Transplantation cardiaque et cœur artificiel : mais de quoi ce jargon peut-il bien être le nom ?

Bonjour

Où l’on en revient, après nombre de polémiques médiatiques, à reparler de CARMAT qui se présente comme « le projet de cœur artificiel le plus performant au monde ». Ou encore comme « concepteur et développeur du projet de cœur artificiel total le plus avancé au monde, visant à offrir une alternative thérapeutique aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque bi-ventriculaire terminale ».

CARMAT et ses « fondateurs et actionnaires prestigieux fortement impliqués » :Airbus Group (Matra Défense), le Pr Alain Carpentier, le Centre Chirurgical Marie Lannelongue,Truffle Capital, un leader européen du capital investissement, ALIAD (l’investisseur de capital risque d’Air Liquide), CorNovum (holding d’investissement détenue à parité par Bpifrance et l’Etat), les family offices de M. Pierre Bastid (Lohas) et du Dr Ligresti (Santé Holdings S.R.L.), Groupe Therabel ainsi que « les milliers d’actionnaires, institutionnels et particuliers, qui lui ont fait confiance ».

CARMAT qui,en accord avec la Commission Européenne, « bénéficie de l’aide la plus importante jamais accordée par Bpifrance à une PME : 33 millions d’euros ». CARMAT, fruit du rapprochement de deux expertises uniques au monde : celle, médicale, du Pr Carpentier, mondialement reconnu notamment pour l’invention des valves cardiaques Carpentier-Edwards® les plus implantées au monde – et celle, technologique, d’Airbus Group, leader mondial de l’aéronautique.

CARMAT et son « cœur artificiel total » qui « par sa taille, le choix des matériaux de structure et ses fonctions physiologiques inédites pourrait, sous réserve de la réussite des essais cliniques à effectuer, sauver chaque année la vie de milliers de patients, sans risque de rejet et avec une bonne qualité de vie ». Reste, précisément, à obtenir « la réussite des essais cliniques ». Et ce communiqué de presse qui suit le congrès de l’American Society for Artificial Internal Organs (26 au 29 juin 2019 – San Francisco).

Voici ce communiqué :

« CARMAT a notamment présenté les données d’autorégulation, une des caractéristiques uniques de la bioprothèse qui permet d’adapter automatiquement le débit sanguin aux besoins du patient grâce à l’utilisation d’algorithmes de contrôles intelligents et aux capteurs embarqués. Tous les patients de la 1ère cohorte ont bénéficié avec succès de ce système dès leur implantation ce qui a conduit à une récupération hémodynamique immédiate et durable fournissant les conditions optimales pour rétablir leurs fonctions vitales.

« Les principes et la réactivité de l’autorégulation nécessitent un nombre négligeable de réglages permettant aux médecins de se focaliser sur le suivi clinique de leur patient. Après environ 8 jours en soins intensifs, suivis d’un processus de réadaptation standard, les patients ont pu rentrer à domicile moins de 2 mois après l’implantation. Grâce à la prothèse CARMAT, ces patients ont passé environ 70% de leur temps à domicile et ont retrouvé une qualité de vie leur permettant de réaliser des activités quotidiennes classiques.

De plus, une nouvelle transplantation cardiaque a été réalisé avec succès dans le cadre de l’étude PIVOT   portant ainsi à 5 le nombre de patientsqui ont pu recevoir un greffon humain après avoir bénéficié du support de la prothèse CARMAT pendant plusieurs mois. A date, la prothèse a atteint, dans le cadre de l’étude PIVOT, une durée record de 16 mois de support individuel, et de 6 ans et 3 mois en support cumulé chez les 11 patients implantés. »

On ajoute, à l’attention des journalistes, les déclarations de Stéphane Piat, Directeur général de CARMAT :

 « Ces résultats additionnels positifs renforcent encore davantage notre niveau de confiance quant à la capacité de la prothèse à offrir une solution sûre et efficace aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque biventriculaire qui se trouvent aujourd’hui dans une impasse thérapeutique. Nous sommes particulièrement satisfaits des résultats d’autorégulation qui corroborent l’un des fondamentaux de conception de notre prothèse.

« Compte tenu à la fois du taux de 100% de transplantations réussies et du support fourni par la prothèse à date, CARMAT prouve sa capacité à répondre tant aux besoins des patients en attente d’une greffe que de ceux, toujours plus nombreux, qui ne sont pas sur la liste d’attente à la transplantation ou qui n’y sont pas éligibles. D’un point de vue opérationnel, nos nouveaux processus de production sont en place et nous visons toujours la reprise des implantations d’ici la fin du troisième trimestre 2019. »

Qui vise quoi ? Pour qui et comment ? Qui peut comprendre quoi ? Et qui effectuera la traduction pour « les patients en attente d’une greffe que de ceux, toujours plus nombreux, qui ne sont pas sur la liste d’attente à la transplantation ou qui n’y sont pas éligibles » ?

A demain @jynau

Personnes intersexuées, mutilation, éthique et dignité : faut-il interdire d’opérer ?

Bonjour

Il arrive, parfois, que la presse généraliste pose clairement et calmement les termes d’un débat qui, ailleurs, fait polémique. C’est le cas dans Le Monde daté du 5 juillet qui ouvre ses colonnes à la question de la médicalisation des personnes « intersexuées ».A l’occasion de la révision des lois de bioéthique, est envisagée la proposition d’un article de loi visant « à ne plus autoriser la chirurgie précoce des enfants présentant une anomalie de différenciation génitale ». Il serait alors inscrit dans la loi que la chirurgie ne puisse être effectuée sans obtenir le consentement de l’enfant lui-même, le laissant jusqu’à ce choix dans une situation indifférenciée. L’enfant devrait alors se construire sans le repère que constitue une identité sexuelle.

Deux camps, deux conceptions, deux idéologies s’affrontent. Ceux qui jugent que la médecine doit ici avoir pleinement sa place. Et ceux qui plaident pour que la prochaine loi de bioéthique protège ces personnes en prohibant des « pratiques indignes ». Commençons par cette deuxième position défendue par un collectif de dix-sept signataires, dont quatre députés (trois macronistes) 1 : « Ces actes ne guérissent pas et peuvent être considérés comme des mutilations ». Extraits.

« Comment croire que, dans notre pays, des actes chirurgicaux et des traitements hormonaux irréversibles soient pratiqués sur des enfants, en l’absence de toute nécessité médicale et sans leur consentement ? C’est pourtant ainsi que sont traitées les personnes intersexuées. Celles-ci naissent avec des variations de leurs caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux caractéristiques typiques des hommes et des femmes. Ces variations sont naturelles et le développement de ces enfants demeure satisfaisant et sain.

Pourtant, notre société accepte que des actes invasifs et définitifs soient réalisés sur leur corps, souvent dans la petite enfance, ainsi que des traitements hormonaux tout au long de leur existence. Le but de ces traitements est simple : assigner ces corps à des idéaux types d’hommes et de femmes, dans une sorte de fiction médicale qui voudrait que la conformité anatomique soit nécessaire à l’éducation dans une catégorie ou dans l’autre. Ces actes ne guérissent pas. Ils ne résolvent aucun problème physique et ne permettent même pas d’apaiser une souffrance quelconque qu’auraient exprimée ces enfants. C’est en réalité l’inverse. »

Pour les signataires ces actes peuvent être considérés comme des « mutilations » – ainsi que l’a par exemple reconnu la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Ils ajoutent que différentes organisations internationales de référence ont précisé que ces interventions revêtaient un caractère illégal. Telle est la position de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la torture, du Conseil de l’Europe ou encore, en France, du Conseil d’Etat qui, dans son Etude préparatoire sur les lois bioéthiques écrit que « la finalité thérapeutique des traitements en cause ne peut être reconnue indépendamment de l’expression de la volonté de l’intéressé ».

« Certains présentent à tort l’argument de la préservation de l’intérêt de l’enfant afin de favoriser ces opérations. Selon eux, il serait en effet nécessaire de le conformer à un corps masculin ou féminin afin qu’il développe l’identité correspondante ‘’non ambiguë’’ puisque notre société ne reconnaîtrait que l’existence des hommes et des femmes. Cet argument consiste pourtant à justifier la réalisation de meurtrissures par l’existence de discriminations. Ce sont au contraire les discriminations qui doivent être corrigées plutôt que les corps soient mutilés. En outre, lorsque ces actes sont réalisés, ils conforment arbitrairement l’enfant vers un corps masculin ou féminin, sans aucun égard pour son développement ultérieur. Il n’est surtout nullement prouvé que le fait de ne pas subir ces actes médicaux entraîne des troubles spécifiques chez l’enfant. Au contraire, les personnes ne les ayant pas subis témoignent à l’âge adulte de leur satisfaction. »

Dans ces conditions, la seule urgence, selon eux, consiste donc à modifier la loi « afin de rappeler, expressément, le caractère illicite de ces pratiques indignes lorsqu’elles concernent des enfants incapables de consentir ».

Epanouissement de la personne

Face à eux un collectif de vingt-quatre professeurs de médecine et chirurgiens 2 et cent-seize autres professionnels qui assurent, sur la foi de leur expérience, l’intérêt de la précocité du geste chirurgical, dans les premiers mois après la naissance : « L’absence systématique d’intervention chirurgicale précoce aurait de graves conséquences » ? Extraits :

Ils reconnaissent qu’il y a plusieurs décennies la prise en charge de ces enfants a, dans un certain nombre de cas, entraîné des souffrances physiques et psychologiques graves. Mais ils ajoutent aussitôt qu’une meilleure compréhension dans le domaine psychologique, le dialogue et l’accompagnement des parents, que les progrès réalisés dans le dépistage, les examens biologiques et génétiques associés aux progrès dans les techniques chirurgicales ont grandement changé la prise en charge de ces enfants. « Il est important, écrivent-ils, d’entendre les personnes adultes qui ont souffert d’anciens traitements inappropriés qui n’ont plus cours actuellement. Nous comprenons mieux, aujourd’hui, l’importance de ce que le jeune perçoit dans la construction de son identité sexuelle. Celle-ci, conséquence d’une cascade d’événements corporels, hormonaux, éducatifs, sociaux et psychologiques individuels, est essentielle pour l’épanouissement de sa personnalité. »

 « Si notre réflexion de médecins praticiens et nos connaissances en ce domaine méritent toujours d’être approfondies, l’observation de l’évolution de nos petits patients et de leur famille nous a montré combien était fondamental pour l’enfant et ses parents qu’il soit le plus tôt possible inscrit dans une identité sexuelle et que son corps corresponde à cette identité. Ainsi, pour de très rares cas où le choix de la meilleure option d’orientation physique pour l’enfant reste difficile, l’absence systématique d’intervention chirurgicale précoce induite par cette nouvelle loi aurait de graves conséquences pour la majorité des enfants concernés par ce problème.

Notre expérience de médecins et chirurgiens, qui accompagnons ces enfants et leurs familles au cours de l’enfance et jusqu’à l’âge adulte, nous a montré que la précocité du geste chirurgical, dans les premiers mois après la naissance, donne de meilleurs résultats. Cette précocité est un atout important pour que l’enfant, accompagné de ses parents informés de la situation et du projet proposé, ne soit pas marqué psychologiquement, ce qui est souvent le cas lorsqu’une chirurgie plus tardive est réalisée. »

On se gardera bien de conclure. On s’interrogera, en revanche, pour savoir comment, sur un tel sujet, députés et sénateurs peuvent, au mieux, s’informer avant de modifier, ou pas, la loi.

A demain @jynau

1 David Belliard, président du groupe écologiste au Conseil de Paris ; Florent Berdeaux, coprésident de l’Association française des avocats LGBT+ ; Xavier Bessouat, président des Progressistes LGBT+ ; Joël Deumier, président de SOS-Homophobie ; Emilie Duret, coprésidente de l’Association française des avocats LGBT+ ; Raphaël Gérard, député (LRM) ; Véronique Godet, coprésidente de SOS-Homophobie ; Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale, université Paris-Sud-Paris-Saclay ; Bastien Lachaud, député (LFI) ; Jean-François Mbaye, député (LRM) ; Blaise Meyrat, chirurgien pédiatre, Lausanne ; Benjamin Moron-Puech, enseignant-chercheur en droit privé ; Lil’r Nury, président.e du Collectif intersexes et allié.e.s-OII France ; Mila Petkova, avocat à la Cour ; Loé Petit, président.e du Réseau francophone de recherche sur l’intersexuation (Réfri) ; Benjamin Pitcho, avocat à la Cour ; Laurence Vanceunebrock-Mialon,députée (LRM).

2 Premiers signataires : Pr Pierre Alessandrini, Pr Frédéric Auber, Dr Bernard Boillot, Pr Eric Dobremez, Pr Marc Fellous, Pr Patrick Fenichel, Pr Philippe Galinier, Pr Jacques Gonzales, Pr Jean-Michel Guys, Pr Frédéric Huet, Dr Nathalie Josso, PrMarc-David Leclair, Pr Jean-Louis Lemelle, Pr Guillaume Levard, Pr Agnès Liard-Zmuda, Dr Henri Lottmann, Pr Thierry Merrot, Dr Catherine Pienkowski, PrRaphaël Rappaport, Pr Philippe Ravasse, Pr Emmanuel Sapin, Pr Frédérique Sauvat, Pr Jeff Valla, Pr François Varlet

Greffe d’utérus ou mère porteuse : que veut nous dire l’Académie nationale de médecine ?

Bonjour

C’est un communiqué mandé depuis la rue Bonaparte, dans un Paris meurtri après l’incendie de sa cathédrale. : « Transplantation utérine ou GPA : l’Académie nationale de médecine s’interroge ». Après lecture, nous nous interrogeons.

L’Académie rappelle que dans sa séance du 23 juin 2015 elle avait traité de la transplantation utérine. Et abordé les aspects législatifs, cliniques – notamment le risque chirurgical pour la donneuse et la receveuse, le caractère à risque de la grossesse, les risques du traitement immunosuppresseur pour la mère et l’enfant. Sans oublier « les aspects éthiques de  concernant le choix entre donneuses vivantes ou décédées et l’avenir de l’enfant ». Et au terme de sa réflexion l’Académie « avait donné un avis favorable à la poursuite de ces expérimentations ».

Marchandisation du corps humain

 Quatre ans plus tard l’Académie nationale de médecine se félicite de la réussite de la première transplantation à partir d’une donneuse vivante réalisée en France par l’équipe animée par Jean-Marc Ayoubi à l’hôpital Foch en collaboration avec l’équipe du pionnier de la technique, le Pr Mats Brannström. Transplantation qui vient de faire l’objet d’un communication quelque peu précipitée. Puis la rue Bonaparte ajoute :

« Cependant l’Académie tient à préciser que la transplantation utérine, qui constitue néanmoins un grand espoir pour les femmes sans utérus et qui apparaît comme une alternative à la gestation pour autrui, ne sera pas une chirurgie classique avant de nombreuses années et demeure un processus expérimental. »

Mais encore ? Devons-nous comprendre que l’Académie nationale ouvre grande la porte aux mères porteuses, à la « Grossesse Pour Autrui » et à la marchandisation du corps humain ?

A demain

@jynau

 

 

Greffe d’utérus en France : mais pourquoi tant de précipitation dans la communication ?

Bonjour

Mail classé « Important » adressé, en fin de matinée, aux journalistes spécialisés: « Bonjour, Pour toute demande concernant la greffe de l’utérus réalisée au sein de l’hôpital Foch, merci de contacter l’agence presse Dentsu Consulting  (‘’Il faut vingt ans pour construire une réputation et cinq minutes pour la détruire’’)». Et peu auparavant une dépêche sur le fil de l’AFP  – le tout avant les premières reprises dans les journaux de la mi-journée.

Résumons l’événement. Pour la première fois en France une greffe d’utérus a été pratiquée (le 31 mars dernier) chez une femme de 34 ans. Greffe pratiquée à l’hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine) par l’équipe du Pr Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction. La donneuse, 57 ans, est la mère de la patiente greffée.

Cette dernière est atteinte du syndrome  de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser : aplasie congénitale de l’utérus et de la partie supérieure (les 2/3) du vagin, chez des femmes ayant un développement normal des caractères sexuels secondaires et un caryotype 46,XX normal. Ce syndrome affecte au moins une femme sur 4500.

Alternative à la mère porteuse

Ce type de greffe est loin d’être une première. Une naissance avait pu être ainsi obtenue après en Suède, un an après la transplantation, en 2014, pratiquée par  l’équipe du Pr Mats Brännström (Université de Göteborg), grand pionnier dans ce domaine. La donneuse vivante avait 61 ans. Le Pr Brännström a expliqué à l’AFP que quinze naissances ont d’ores et déjà été obtenues dans le monde après greffe utérine : « neuf en Suède dont la dernière il y a quatre jours, deux aux Etats-Unis, une au Brésil, en Serbie, en Chine et en Inde ».

Parmi les treize pays (avant la France) ont pratiqué cette greffe figurent aussi selon cet expert le Mexique, le Liban, l’Arabie saoudite, l’Allemagne, la République tchèque et la Belgique. Et en décembre dernier on apprenait la première naissance obtenue (au Brésil) après greffe d’un utérus prélevé chez une donneuse décédée. Annonce alors faite dans les colonnes du Lancet.

Une autre équipe française, du CHU de Limoges, avait reçu en 2015 l’autorisation de l’Agence de la biomédecine et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de conduire un essai clinique à partir de donneuses en état de mort cérébrale. Finalement c’est donc Foch, avec donneuse vivante, qui obtient le premier résultat et qui choisit de l’annoncer en extrême urgence.

On rappellera que cette greffe pourra aussi être une  alternative expérimentale à la gestation pour autrui, interdite en France. Voire à l’adoption. Prochaine étape : la première naissance mondiale obtenue à partir d’un utérus artificiel.

A demain

@jynau

 

Médecine et narcissisme : le Dr Jérôme Cahuzac pourra-t-il exercer avec un bracelet électronique ?

Bonjour

Où l’on retrouve celui que Marie-France Hirigoyen qualifie, dans son dernier et remarquable ouvrage 1, de « Narcisse grandiose ». La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bastia a, mercredi 10 avril, confirmé l’acceptation d’un aménagement de peine (sous forme de bracelet électronique) du Dr Jérôme Cahuzac, 66 ans. L’ancien ministre doit désormais être « convoqué pour la pose de son bracelet  » et devra « respecter des heures de sortie ».

On se souvient que ce chirurgien passé au politique, personnalité flamboyante, avait été condamné pour fraude fiscale le 15 mai 2018 : quatre ans de prison dont deux avec sursis. Après différents voyages à connotation médicale le Dr Cahuzac (qui a déclaré sa résidence principale en Corse-du-Sud) attendait depuis les modalités de l’application de sa peine. Il faut savoir que la loi française permet (pour toute peine allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement, et en l’absence de récidive) la possibilité d’un aménagement immédiat.

En février dernier un juge d’Ajaccio avait accepté cet aménagement « sous surveillance électronique » pour l’ex-ministre. Parmi les arguments retenus, figuraient l’avis favorable du représentant de l’administration pénitentiaire, « les regrets manifestes du condamné », le fait que « le risque de récidive est écarté », « l’implication durable dans différents projets, notamment professionnels » et le fait qu’il avait bel et bien payé son amende de 300 000 euros.

Reprendre le cours de sa vie à l’hôpital de Bonifacio

Mais la haine étatique peut être tenace et le parquet d’Ajaccio avait déposé un appel suspensif, suivi par le parquet général. Ce dernier avait « considéré que le projet avancé par M. Cahuzac au soutien de sa demande (…) ne répondait pas aux efforts sérieux de réadaptation sociale communément exigés pour bénéficier d’une telle mesure ». Et d’assurer que « cette position, au vu des éléments du dossier, aurait été prise à l’identique pour tout autre condamné. »

A l’audience en appel le 19 mars, Me Antoine Vey, avocat de l’ancien chirurgien-ministre avait jugé « regrettable que le parquet s’acharne de la sorte (…) en faisant croire que Jérôme Cahuzac solliciterait une mesure exceptionnelle, ce qui n’est pas le cas ». « Il est normal que Jérôme Cahuzac puisse effectuer sa peine dans le cadre d’un placement sous surveillance électronique », a-t-il réagi, ce 10 avril, l’avocat jugeant que ce n’est là « ni une faveur ni une exception ». « La cour n’a pas cédé à la démagogie », s’est-il félicité, ajoutant que son client de 66 ans « aura droit, une fois cette peine purgée, à reprendre le cours de sa vie ».

Le cours de sa vie ? On attend désormais la décision d’une autre justice, ordinale. Pour d’obscures raisons il doit être prochainement entendu par le Conseil national de l’Ordre des médecins qui décidera de son aptitude à exerxer en tant que médecin généraliste.  Retraité depuis l’an dernier l’ancien ministre n’a plus besoin de travailler pour gagner sa vie . Il aimerait toutefois exercer à l’hôpital de Bonifacio « où les candidats font défaut ».

A demain

@jynau

1 Hirigoyen M-F « Les Narcisse » Editions La Découverte

Implants mammaires et anxiété : ils sont retirés du marché mais ne sont pas à explanter

Bonjour

Le scoop était presque parfait. Comme révélé depuis la veille, l‘Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) a décidé, jeudi 4 avril, de retirer du marché des implants mammaires macrotexturés et des implants mammaires à surface recouverte de polyuréthane. Explication officielle :

« Depuis l’apparition en 2011 des premiers cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés aux implants mammaires (LAGC-AIM), l’ANSM a mené de nombreuses investigations afin d’étudier le lien entre la survenue de cas de LAGC et la texture des implants mammaires.Au regard de l’ensemble des informations dont elle dispose, dont des avis d’experts indépendants, l’ANSM considère que la texturation de certains implants macrotexturés et implants à surface recouverte de polyuréthane constitue un facteur de risque dans l’apparition de LAGC-AIM.

 « Ainsi, l’ANSM prend la décision, par mesure de précaution, de retirer du marché ces implants afin de réduire l’exposition des femmes au risque de LAGC qui reste un risque rare mais grave.Compte tenu de la rareté de ce risque, l’ANSM ne recommande pas d’explantation préventive pour les femmes porteuses de ces implants. L’ANSM met en place le numéro vert 0.800.71.02.35 pour répondre aux interrogations des patientes. Celles-ci sont également invitées à consulter un professionnel de santé en cas de questions complémentaires. » 

 La plus grande prudence

Depuis 2011, 59 cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés aux implants mammaires (LAGC-AIM) ont été déclarés en France. En 2017, le nombre de femmes portant des implants mammaires en France est estimé à 400 000.

Pour autant la même ANSM ne recommande pas d’explantation préventive pour les femmes porteuses de ces implants. Cette agence suit en cela les conclusions de son groupe d’experts (CSST) qui a auditionné les 7 et 8 février 2019 des patientes, des professionnels de santé, des autorités sanitaires européennes et internationales et des fabricants, afin d’émettre un avis sur la place des implants mammaires texturés en chirurgie esthétique et reconstructrice. Extrait de cet avis :

« Dans le contexte de la recommandation faite par l’ANSM d’utiliser préférentiellement des implants lisses et compte tenu des doutes émis par les professionnels de santé, il convient d’interdire le recours à la texture Biocell d’Allergan. La plus grande prudence doit être réservée aux implants mammaires de textures équivalentes et aux implants polyuréthane. Le comité ne recommande toutefois pas d’explantation préventive de ces implants texturés. »

Dès le 5 avril la décision de l’ANSM entrera en vigueur : par mesure de précaution, retirer du marché certains implants macrotexturés de texture équivalente à l’enveloppe Biocell d’Allergan et en polyuréthane afin de réduire l’exposition des femmes au risque de LAGC-AIM qui reste un risque rare mais grave. Pour autant :

« Compte tenu de la rareté du risque de survenue de LAGC-AIM et de l’avis du CSST, l’ANSM ne recommande pas d’explantation préventive des implants macrotexturés et des implants à surface recouverte de polyuréthane. »

Résumons. D’une part on interdit par précaution un implant potentiellement dangereux. De l’autre on ne recommande pas l’explantation de ce même implant chez les milliers de femmes qui en sont porteuses. Une ambivalence largement médiatisée. Le rationnel des experts et des dirigeants de l’ANSM mériterait, ici de faire preuve d’une plus grande pédagogie – ne serait-ce que pour ne pas être poursuivi, ultérieurement, pour non assistance à personne en danger et/ou préjudice caractérisé d’anxiété.

Aucune statistique fiable

Cette observation est d’autant plus justifiée que la décision de l’ANSM vient d’être dénoncée par  Société Française des Chirurgiens Esthétiques Plasticiens (SOFCEP) 1:

« La SOFCEP rappelle qu’à ce jour aucune statistique fiable ne peut être exploitée de manière scientifique prouvant la sur – représentation des autres textures dans la survenue de cette pathologie très rare soit un cas pour plus de 20 000 patientes, comparé par exemple au risque de cancer du sein de 1/9. Cette annonce est inutilement anxiogène pour les 85% de patientes porteuses d’implants texturés.

« Nous tenons à les rassurer, à ce jour, aucune explantation n’est justifiée et une simple surveillance par son chirurgien suffit. Depuis 2011, les plasticiens, informés de cette nouvelle pathologie, ont tous été formés à la diagnostiquer et à s’appuyer sur le réseau lymphopath pour la confirmer. Pris dans sa phase initiale, le simple retrait de l’implant et sa capsule permet de traiter la pathologie.

« A tort, l’ANSM considère, avec cette décision, protéger les patientes contre la pathologie rarissime que représente le LAGC-AIM. Elle prive cependant ces mêmes patientes de prothèses qui ont permis ces dernières années une avancée significative en chirurgie mammaire (…) Cette décision hâtive basée sur des statistiques non significatives représente une perte de chance pour les patientes. La SOFCEP estime que cette décision n’est pas une réponse de sécurité sanitaire adaptée aux problèmes posés par le LAGC-AIM. »

A demain

@jynau

1 La Société Française des Chirurgiens Esthétiques Plasticiens se présente comme une société savante créée il y a 31 ans, qui regroupe exclusivement des chirurgiens plasticiens français, diplômés en Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique, et dont l’activité principale est la chirurgie esthétique. Ses 300 membres représentent aujourd’hui un groupe de praticiens très présents au sein de la société internationale des chirurgiens esthétiques plasticiens (ISAPS) les situant au 3ème rang derrière les Etats-Unis et le Brésil.

«Scoop sur les implants mammaires siliconés». L’Agence du médicament a été doublée

Bonjour

« La décision est historique. D’après les informations du Monde (Emeline Cazi et Stéphane Horel) et du Consortium international des journalistes d’investigation, l’Agence nationale française de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) doit annoncer, jeudi 4 avril, l’interdiction des implants mammaires macrotexturés en silicone et des implants en polyuréthane.»

De fait les journalistes sont invités, demain 4 avril, par le Dr Dominique Martin, Directeur général de l’ANSM, et le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, Directrice générale adjointe de l’ANSM pour partager un « petit déjeuner presse ». Thème abordé :  « Implants mammaires et risque de lymphomes anaplasiques à grandes cellules ».

L’ANSM n’avait pas pensé aux possibles fuites. Dans une lettre adressée aux fabricants le 2 avril, révélée par Le Monde, l’agence explique que cette décision de police sanitaire a été prise « au vu du danger rare mais grave » que posent ces implants, soit « l’augmentation significative » des cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules (LAGC) depuis 2011. Le LAGC, écrit l’ANSM, « est une pathologie cancéreuse rare mais susceptible de conduire au décès des patientes ».

« Si les mécanismes biologiques de la maladie sont encore inconnus, précise le quotidien vespéral, il est désormais établi que le port de ces implants dits macrotexturés en est la cause. Conçus pour leur « effet velcro », qui permet à la prothèse de mieux adhérer aux tissus, ces implants pourraient créer une inflammation chronique qui déclencherait la maladie. A ce jour, 688 cas de LAGC ont été répertoriés dans le monde. On en comptait 58 en France, en février dernier, dont trois mortels.

Tout va très vite désormais, dans ce domaine. « L’ANSM annoncera demain l’interdiction des implants mammaires macrotexturés en silicone et des implants en polyuréthane, prévient une attachée de presse quelques minutes après le scoop du Monde.  Nous vous proposons la réaction du Dr Jacques Saboye, président de la Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique ». On n’ose imaginer, demain, l’ambiance du petit déjeuner de presse.

A demain

@jynau