Greffe, argent et football : sept ans après, la sombre affaire du lobe de foie d’Eric Abidal

Bonjour

C’était une bien belle histoire, cela devient une trop sombre affaire. Une affaire qui vient rappeler la gangrène que peut générer l’argent dans le champ des greffes d’organes. L’Equipe du jour (Florent Torchur) rapporte, depuis Madrid, que la justice espagnole vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur la greffe de foie d’Eric Abidal 1 – une greffe pratiquée le 10 avril 2012 sur ce joueur de football, ancien international français aujourd’hui directeur sportif du FC Barcelone.

Nous avions, en mars 2012, évoqué cette transplantation hors du commun médiatisée avant même qu’elle ne soit pratiquée. « Les stars du football peuvent (elles aussi) servir la cause de la santé publique, écrivions-nous alors. Un exemple nous en est fourni aujourd’hui par Eric Abidal. L’émotion internationale que suscite l’annonce de sa prochaine greffe de foie est une formidable opportunité pour, via la sphère médiatique, (re) dire et (ré) expliquer ce qu’est l’activité de prélèvement et de greffe d’organe. » Et nous citions alors la chronique parue sur Slate.fr rédigée à partir d’un entretien avec Emmanuelle Prada Bordenave, directrice générale de l’Agence de la biomédecine. Extraits :

« Le footballeur Eric Abidal, 32 ans, défenseur international de l’équipe de France  et joueur du FC Barcelone est aujourd’hui  en attente d’une greffe de foie. L’information a été donnée par son club et amplement relayée par L’Equipe et de nombreux médias. Il avait subi une intervention chirurgicale il y a précisément un an –le 17 mars 2011-  pour une « tumeur au foie » (…) Dans le cas d’Eric Abidal cette transplantation hépatique  est d’ores et déjà programmée. Les responsables des activités de prélèvements et de greffes déplorent de manière récurrente la pénurie de dons d’organes et, corollaire, l’allongement des délais d’attente (…) En 2010 on a pratiqué près de 1100 greffes de foie en France alors que le nombre des personnes en attente était d’environ 2400. Dans le même temps on a pratiqué 2900 greffes de rein pour une liste d’attente de 11 600 personnes. »

Miracle

Interrogée sur le fait de savoir si elle était ou non surprise par la rapidité avec laquelle on pu programmer une prochaine greffe de foie chez Eric Abidal la directrice générale de l’Agence de la biomédecine nous répondait : « Je ne connais aucunement ce dossier, je ne sais pas où cette greffe sera pratiquée et me garderai de tout commentaire. En revanche si l’émotion collective grandit sur ce sujet nous nous saisirons peut-être de ce cas pour faire au plus vite une campagne d’information rappelant quelles sont nos règles et nos pratiques, en France concernant l’organisation des listes d’attente et les critères de répartition des greffons. »

Miracle en août 2013 quand on découvre que le greffé du foie d’avril 2012 retrouve l’équipe de France à l’occasion du match amical Belgique-France (0-0) – une sélection qui n’était en rien un « cadeau » du sélectionneur Didier Deschamps, Abidal jouant (pleinement) les 90 minutes. Un solide message d’espoir.

Puis confidence de la star dans un portrait accordé à Libération en octobre 2014 :

« Un an plus tard : la rechute. Le Catalan reçoit du soutien de tous côtés. De Platini à Blatter, le machiavélique président de la Fifa. Il y a des connus, des reconnus et des anonymes. Tout le monde, sauf Raymond Domenech. Mais cette fois, il a besoin de plus pour s’en sortir : un donneur. Son cousin Gérard se propose, et donne une partie de lui : «Je lui suis redevable de beaucoup. Aujourd’hui, c’est le plus compliqué à gérer, ça me ronge de l’intérieur. Un foie, ça n’a pas de prix. Je ne sais pas comment le remercier en sachant que je n’ai pas le droit de le rémunérer, ni de lui acheter des biens.» 

Tabou

 Le remercier ? Le rémunérer ? Lui « acheter des biens » ? Nous sommes en février 2019 et rien ne va plus. Déjà, en juillet dernier, le parquet espagnol avait demandé l’ouverture d’une enquête sur cette greffe de foie après la publication d’informations sur un éventuel trafic d’organes. Ceci faisait suite à la transcription d’écoutes téléphoniques de l’ancien président du Barça Sandro Rosell – par ailleurs impliqué dans différentes affaires judiciaires – qui laissaient entendre que le club avait acheté illégalement un foie pour son ancien joueur. La justice avait enquêté durant un an sur un éventuel délit de trafic d’organes avant de classer l’affaire faute de preuves. L’ancien joueur français, le club et l’Hôpital Clinic de Barcelone, où la greffe avait été pratiquée, avaient alors démenti toute irrégularité lors de cette opération.

L’affaire rebondit aujourd’hui avec l’ouverture de cette enquête décidée par la cour d’appel de Barcelone. L’Equipe rapporte les propos et les silences des différents protagonistes. Le joueur et son cousin germain-donneur ne se parleraient plus, ce dernier supportant mal que l’on puisse imaginer qu’il a touché « un million d’euros » dans la transaction d’organe quand il n’a « pas touché un centime ». Un sujet devenu « tabou dans la famille ».

Quant à savoir si le lobe hépatique greffé a été acheté par le club sur le marché illégal la justice espagnole affirme qu’elle fera toute la lumière. Ce qui, sans préjuger de la suite, ne devrait guère, en théorie, soulever de difficultés biologiques.

 A demain

@jynau

1 Né à Saint-Genis-Laval (Rhône), formé à  l’AS Lyon-Duchère, club de CFA-2, Eric Abidal  rejoint  l’AS Monaco en 2000 puis gagne Lille (2002-2003) avant l’Olympique lyonnais et le maillot de l’équipe nationale en 2004. En 2007 il est transféré (pour environ seize millions d’euros) sur le couloir latéral gauche du FC Barcelone. Il s’ exprimera à merveille :  Ligue des champions,  championnat d’Espagne,  coupe d’Espagne,  supercoupe d’Europesupercoupe d’Espagne et coupe du monde des clubs.

 

Comptabiliser les blessés des Gilets Jaunes : Agnès Buzyn opposée au «fichage des malades»  

Bonjour

Combien ? Agnès Buzyn vient d’annoncer qu’elle allait prochainement recevoir des représentants de la Société française d’ophtalmologie, qui s’alarme des blessures oculaires causées lors des manifestations de Gilets Jaunes. « C’est un problème spécifique dont je souhaite discuter avec la Société française d’ophtalmologie, a-t-elle déclaré sur Europe 1. Je vais les recevoir parce qu’ils m’ont alertée sur beaucoup de blessures à l’œil. Ce problème-là, spécifique, je vais le regarder avec eux. »

La veille, dans une tribune publiée sur Mediapart et accompagnée d’une pétition, une centaine de personnalités avait appelé Agnès Buzyn à « lever le voile » sur le nombre de blessés, manifestants ou forces de l’ordre, hospitalisés depuis le début du mouvement.

Les signataires de la tribune s’indignent des blessures, parfois irréversibles, causées notamment par l’utilisation de lanceurs de balles de défense (LBD), et se disent « choqués » par le « silence » de « l‘administration de la santé publique ». Réplique d’Agnès Buzyn :

« Les hôpitaux reçoivent tout le monde, sans trier et sans ficher. Un médecin, un urgentiste qui soigne un malade va connaître sa blessure mais ne va pas identifier s’il est un Gilet Jaune, un membre des forces de l’ordre ou même un passant qui a couru et s’est blessé. Connaître le nombre de personnes hospitalisées qui seraient soit Gilets Jaunes, soit forces de l’ordre, ce n’est pas comme ça que les hôpitaux fonctionnent et je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent. »

Blessures délabrantes

La Pr Chloé Bertolus  (service de chirurgie maxillo-faciale, hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP) était interrogée il y a peu, par Le Quotidien du Médecin, Elle expliquait dénombrer seize traumatisés faciaux pris en charge dans les hôpitaux de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) depuis le début de ces manifestations de «gilets jaunes». Elle explique en substance que ces lanceurs de balles sont des armes certes non létales mais nullement inoffensives :

 «Les blessures causées sont des fractures comminutives mandibulaires ou du zygoma avec une plaie en regard, mais sans pertes de substance comme on pourrait l’observer avec des armes à feu, précisait-elle. Elles s’apparentent à des fractures obtenues suite à un choc par un objet contondant. Les blessures les plus délabrantes concernent l’orbite, avec une possible perte du globe oculaire. La prise en charge chirurgicale implique une opération de trois heures minimum pour une fracture isolée de la mandibule. Certains patients ont eu des blocs beaucoup plus longs, et auront d’autres interventions chirurgicales.»

«La principale difficulté est que ces blessures sont annoncées par des hématomes et non par des plaies ouvertes, ce qui les rend plus difficiles à diagnostiquer»observait  pour sa part le Pr Pierre Carli, président du Conseil national français de l’urgence hospitalière et patron du Samu de Paris. Ce spécialiste conduit actuellement un travail de recueil et d’analyse des dossiers des blessés par lanceurs de balle pris en charge dans les services d’urgence hospitaliers français. Objectif : élaborer des protocoles visant à améliorer la prise en charge des blessés.

On ajoutera que la pétition lancée auprès des soignants par le Pr Laurent Thines, neurochirurgien (CHRU de Besançon) [« Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales »] a dépassé les 154 000 signatures. Agnès Buzyn n’a pas été interrogée sur ce sujet. En temps que médecin et membre du gouvernement elle pourrait l’être prochainement.

A demain

@jynau

Affaire des prothèses/implants mammaires: l’Agence du médicament va-elle oser interdire ?

Bonjour

Suite d’une vieille affaire qui vient de retrouver le devant de la scène médiatique  française : celle des prothèses/implants mammaires. Le 7 février l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) réunissait un comité de huit expertes 1 « chargé d’émettre un avis sur la place et l’utilisation des implants mammaires texturés en chirurgie esthétique et reconstructrice ». Dès le lendemain l’ANSM publiait les conclusions de ce comité :

« Conclusions du CSST « Consultation publique sur la place et l’utilisation des implants mammaires texturés en chirurgie esthétique et reconstructrice » (Séances des 7 et 8 février 2019)

« La pose d’implants mammaires texturés induit un certain nombre de risques connus et décrits, parmi lesquels le lymphome anaplasique à grandes cellules lié aux implants mammaires (LAGC-AIM).

Dans le cadre de la chirurgie reconstructrice, l’utilisation des implants texturés n’est pas indispensable mais demeure indiquée dans un certain nombre de situations dans lesquelles la texture de l’implant constitue un bénéfice avéré (en termes de forme anatomique, de stabilité, d’expansion tissulaire et de réduction du risque de la capsulite rétractile).

Dans le cadre de la chirurgie esthétique, l’utilisation des implants texturés n’est pas indispensable mais peut rester une option parmi d’autres dans un certain nombre de situations dans lesquelles la texture de l’implant constitue un bénéfice avéré (en termes de stabilité, d’expansion tissulaire et de réduction du risque de la capsulite rétractile).

« Dans le contexte de la recommandation faite par l’ANSM d’utiliser préférentiellement des implants lisses et compte tenu des doutes émis par les professionnels de santé, il convient d’interdire le recours à la texture Biocell d’Allergan. La plus grande prudence doit être réservée aux implants mammaires de textures équivalentes et aux implants polyuréthane. Le comité ne recommande toutefois pas d’explantation préventive de ces implants texturés.(…)

« Il convient que le registre national des implants mammaires dont la création vient d’être approuvée voit le jour rapidement. »

Et maintenant ? Sur la base de cet avis, l’ANSM prendra une décision dans les prochaines semaines sur l’utilisation des implants mammaires à enveloppe texturée en chirurgie esthétique et reconstructrice ».

Avoir les connaissances suffisantes

« Fin novembre 2018, l’ANSM avait recommandé aux professionnels de suspendre l’utilisation de ces implants. « C’était quelques jours avant la publication des « Implant Files », une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), à laquelle Le Monde a participé »  rappelle Le Monde (Stéphane Horel)qui rapporte plusieurs détails asssez troublants, pour ne pas écrire édifiants, de la consultation publique de l’ANSM retransmise en direct (et toujours visible) sur la chaine YouTube de l’ANSM :

« (…) La première matinée a aussi été marquée par les manœuvres des fabricants. L’ANSM avait posé des règles claires : les représentants des firmes pouvaient être présents mais seules les organisations du secteur avaient le droit d’être auditionnées. Se présentant comme ‘’directrice médicale pour Allergan », Nathalie Mesnard a affirmé être là « en tant que représentante du groupe Snitem [Syndicat national de l’industrie des technologies médicales]’’. ‘’Elle n’appartient pas au Snitem’’, a assuré l’organisation, jointe au téléphone par Le Monde.

« Le syndicat des industriels allemands, BVMeD, a lui tenté de revenir sur cette règle au cours des auditions. Sa représentante s’est fait sèchement rappeler à l’ordre par l’ANSM, et l’employé du fabricant allemand Polytech a été contraint au silence. Son message : l’interdiction des « texturés » et l’angoisse qu’elle susciterait ‘’doubleraient le risque de réopération’’.

« Au cours de l’après-midi, réservée à la parole des patientes, la question du LAGC est devenue presque secondaire. Dans un silence bouleversé, douze femmes en colère ont livré le récit de leur calvaire. Reconstruction après un cancer ou intervention esthétique, elles avaient toutes en commun d’avoir manqué d’informations sur les risques encourus (…) 

« Vendredi, c’était le tour des chirurgiens esthétiques et de leurs sociétés savantes, sponsorisées par les fabricants. Cette fois, à l’exception d’une chirurgienne, la salle était remplie d’hommes. D’emblée, la compétence du comité d’expertes a été questionnée. ‘’Je m’interroge sur la commission qu’il y a en face de moi’’, les a défiées Bruno Alfandari, chirurgien à Bordeaux, les invitant à se demander, le moment venu, si elles possédaient ‘’les connaissances suffisantes’’ pour avoir une opinion. »

Qui, ici, possède les connaissances suffisantes ? On attend désormais, avec le plus grand intérêt, la décision de l’ANSM.

A demain

@jynau

1 Mmes BERGERET-GALLEY (Catherine), BRUANT-RODIER (Catherine), DE BIAIS (Dominique), FASSE (Leonor),  MANIGHETTT VIVES (Joëlle), MATHELIN (Carole), PERRET DU CRAY (Christine) et SALLE (Muriel) en qualité de présidente.

 

 

 

Suicide et secret professionnel : les réponses de l’AP-HP après la mort du Pr Christophe Barrat

Bonjour

D’une particulière gravité, l’accusation ne pouvait rester sans réponse. Après le suicide du Pr Christophe Barrat à l’hôpital Avicenne, le  Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) avait dénoncé la « communication désastreuse »  de l’AP-HP sur le sujet et accusé cette dernière de « violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave ». « Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations ! » déclarait le Dr Anne Geffroy-Wernet, citée  dans Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault).

Pour sa part, sur le site whatsupdoc le Dr Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au CH Avicenne et responsable CGT déclarait :  « La décision de se donner la mort est souvent liée à plusieurs facteurs. Mais je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie…Ce collègue était en effet atteint d’un cancer, découvert récemment, il était en traitement… Je trouve assez scandaleux que l’on se défausse de cette manière. »

 Aujourd’hui, pour la première fois, la direction de l’AP-HP réagit publiquement, et ce via son service de presse : « Information sur le décès du Professeur Christophe Barrat » 1 :

« Nous regrettons d’avoir à nous exprimer publiquement et de sortir du recueillement plus opportun en cette période de deuil. Toutefois, les circonstances nous obligent à le faire et ce en plein accord avec la famille du Professeur Christophe Barrat, afin d’apporter les précisions suivantes :

 – nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP,  à l’état de santé du Professeur Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, « d’apporter un éclairage au geste de son mari ». Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de  notre communauté selon la  volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret : son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé.

– le Professeur Christophe Barrat disposait de l’entière confiance et du plein soutien de la gouvernance du Groupe Hospitalier Universitaire  que nous représentons et nous avions décidé collégialement de lui confier de nouvelles responsabilités, ce dont il était parfaitement informé et ce pourquoi il nous avait encore  très récemment exprimé sa satisfaction.

Un processus d’enquêtes s’engage par ailleurs, et il convient que celui-ci puisse se dérouler dans la plus grande objectivité. A nouveau nous exprimons notre pleine solidarité et nos sincères condoléances à son épouse, ses deux enfants et ses proches et souhaitons que chacun respecte la sérénité à laquelle ils peuvent aspirer dans cette période douloureuse et alors que se prépare la cérémonie d’hommages et d’adieux au Professeur Christophe Barrat. »

A demain

@jynau

1 Le communiqué est signé Didier FRANDJI, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis; Pr Nathalie CHARNAUX, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine ; Pr Yves COHENPrésident de la Commission médicale d’établissement locale.

 

Affaire des prothèses-implants mammaires : comment faire la transparence pleine et entière ?

Bonjour

La transparence était presque parfaite. Aujourd’hui 7 février 2019 l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) réunit les un comité d’expertes 1 « chargé d’émettre un avis sur la place et l’utilisation des implants mammaires texturés en chirurgie esthétique et reconstructrice ». Une réunion à laquelle journalistes et citoyens peuvent assister en direct via Internet (chaîne YouTube de l’ANSM). Les membres de ce comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) ont été choisis pour leurs compétences dans divers domaines. Ce comité est composé d’une sociologue, d’une psychologue, de représentantes d’associations de patientes et de médecins spécialistes en chirurgie plastique, en médecine générale et en gynécologie.

Une vieille histoire médicale et médiatique, déjà, que « l’affaire des prothèses/implants mammaires », comme en témoigne notamment ce texte publié sur ce blog le 17 mars 2015 : « Prothèses mammaires et « nouveaux cancers» : le curieux rebondissement d’une affaire connue depuis six ans ».  Question centrale : celle du lien de causalité pouvant ou non exister entre le port de certaines prothèses et l’apparition d’une forme rare de lymphome (LAGC-AIM)  – 673 cas déclarés dans le monde, 59 en France où 500 000 femmes seraient porteuses de tels implants.

Aujourd’hui, 7 février 2019, l’ANSM rappelle qu’elle avait lancé, le 21 novembre 2018, un appel à candidature pour les parties prenantes souhaitant être auditionnées. Et précise que le comité d’experts auditionnera l’ensemble des parties prenantes et notamment des patientes, des représentants associatifs, des professionnels de santé, des sociétés savantes, des représentants des industriels et plusieurs autorités de santé internationales. Puis l’avis du CSST sera remis à l’ANSM et sera consultable sur le site de l’Agence dans les jours qui suivent ces auditions. Et sur la base de cet avis, l’ANSM prendra une décision dans les semaines suivantes « sur l’utilisation des implants mammaires à enveloppe texturée en chirurgie esthétique et reconstructrice ».

La transparence extrême en somme, avec des expertes qui conduiront leurs travaux « à partir des auditions de l’ensemble des parties prenantes et des contributions écrites adressées à l’ANSM ».

La mise en scène était presque parfaite, mais c’était compter sans l’initiative annoncée le même jour par plusieurs médias bien informés (Le Monde et Radio France). Le Monde : (Emeline Cazi) :

« Une quinzaine de femmes porteuses de prothèses a décidé d’aller plus loin et de saisir la justice pour demander des comptes aux autorités et aux fabricants. Selon les informations du Monde et de Radio France, les pôles de santé publique des tribunaux de Paris et de Marseille devaient être saisis de deux séries de plainte pour « blessures involontaires », « tromperie », ou encore « mise en danger de la vie d’autrui », mercredi 6 et jeudi 7 février. »

« La première série de ces plaintes, dont le cas le plus emblématique devait être présenté au parquet de Marseille le 7 février, vise les délits de ‘’tromperie aggravée’’ et de ‘’blessures involontaires’’. L’avocat Emmanuel Molina a été saisi par onze femmes. Toutes ont entre 25 et 45 ans et ont eu recours à la chirurgie esthétique pour des seins jugés trop petits ou parce qu’elles rêvaient de retrouver leur poitrine d’avant grossesse. A la plupart, un lymphome a été diagnostiqué. La deuxième série de plaintes, déposées le 6 février à Paris, vise le délit de ‘’mise en danger de la vie d’autrui’’. Deux femmes implantées en 2010 sont concernées. »

Les plaintes parisiennes visent, outre le laboratoire Allergan, l’ANSM qui « n’aurait pas pris suffisamment de mesures pour protéger les femmes ». Les avocats espèrent, eux, la désignation d’un juge d’instruction. La transparence était presque parfaite.

A demain

@jynau

1 Mmes BERGERET-GALLEY (Catherine), BRUANT-RODIER (Catherine), DE BIAIS (Dominique), FASSE (Leonor),  MANIGHETTT VIVES (Joëlle), MATHELIN (Carole), PERRET DU CRAY (Christine) et SALLE (Muriel) en qualité de présidente.

 

 

Un chirurgien s’est suicidé par défenestration au sein même de l’hôpital Avicenne (AP-HP)

Bonjour

Nouvelle tragédie individuelle. Nouvelles interrogations collectives. Nouveaux émois au sein de la communauté médicale hospitalière parisienne et française.

5 février. On apprend, de sources concordantes, que le Pr Christophe Barrat, chirurgien âgé de 57 ans, s’est suicidé par défenestration le dimanche 3 février au sein des locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Ce praticien était chef du service de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis (Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret).

Dans un email interne adressé aux établissements du groupe hospitalier (auquel Le Quotidien du Médecin  – Anne Bayle-Iniguez) a eu accès, un hommage officiel a été rendu au Pr Barrat, « un professionnel respecté et apprécié de ses équipes »qui « incarnait l’excellence de sa spécialité et avait une reconnaissance nationale dans le domaine de la chirurgie bariatrique ».

Bien évidemment cette fin tragique n’est pas sans rappeler celle du Pr Jean-Louis Mégnien, cardiologue de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) – il s’était lui aussi défenestré sur son lieu de travail le 17 décembre 2015. Une mort qui avait rapidement mis en lumière la somme des conflits internes au sein de cet établissement hospitalier réputé. Et, après enquête, une mort à bien des égards indissociable d’une forme de harcèlement moral et institutionnel.

Interrogé par Le Quotidien du Médecin, le Dr Christophe Prudhomme, urgentiste à Avicenne et membre de l’AMUF et de la CGT, fait le rapprochement entre les deux suicides, tous deux « multifactoriels »: 

« L’hôpital essaye de se défausser de ces responsabilités en évoquant la maladie grave du Pr Barrat [ce dernier souffrait d’un cancer]  mais le contexte professionnel dans lequel il exerçait doit aussi être pris en ligne de compte, Le Pr Barrat était au top à 50 ans, il dirigeait le service de chirurgie viscérale de Jean-Verdier, l’un des meilleurs de France. C’était une belle réussite. Et puis, il y a quatre ans, son service a été fermé pour être regroupé avec celui d’Avicenne. Cette stratégie de regroupement de l’activité médicale de l’AP-HP n’a pas aidé. »

Ce n’est pas tout. A l’échelon local le Dr Prudhomme évoque une « ambiance pas très bonne » (voire « conflictuelle») entre le Pr Barrat et le chef de service de chirurgie générale, digestive, cancérologique, bariatrique et métabolique de l’hôpital Avicenne. « Il y avait à Avicenne un conflit entre deux professionnels, et cela, avec le management autoritaire d’un directeur,souligne l’urgentiste-syndicaliste. C’est une situation interne typique du monde médical, à Avicenne ou ailleurs, qui n’est rien d’autre qu’un système clanique. »

D’ores et déjà un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHST) extraordinaire s’est réuni et une cellule psychologique a été ouverte immédiatement. La CGT a réclamé l’ouverture d’une enquête sur les risques psychosociaux dans les trois établissements qui composent le groupe Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis. La direction générale de l’AP-HP ne s’est pas encore exprimée.

A demain

@jynau

 

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »

 

«Lanceurs de Balles» et «armes sublétales» : le Conseil d’Etat en approuve l’usage

Bonjour

Le Pr Laurent Thines est neurochirurgien au CHU de Besançon. Il vient de lancer une pétition pour un moratoire sur l’utilisation des armes sublétales – au premier rang desquelles le désormais trop célèbre LBD 40 (LBD pour «lanceur de balle de défense») utilisé par les forces de l’ordre lors des différents « Actes » des Gilets Jaunes. Le Pr Thines estime de son devoir d’alerter « sur leur dangerosité extrême ». Sa pétition est adressée à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur : « Les soignants français pour un moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales » (plus de 76 000 personnes ont signé à l’heure où nous écrivons ces lignes). Le Conseil d’Etat doit, ce 1er  février, se prononcer 1 quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie de cet outil fabriqué par l’armurier suisse Brügger & Thomet qui utilise deux types de munition de 40 mm de diamètre.

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » font valoir les organisateurs des manifestations de Gilets Jaunes. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires . On lira ici le texte de cette pétition :

« Chers collègues, Je m’appelle Laurent Thines. Je suis neurochirurgien et chef de service au CHRU de Besançon. Soignant comme vous, j’ai été particulièrement choqué par les photos prises et les lésions observées chez les personnes blessées lors des mouvements de manifestation. Beaucoup, très jeunes (potentiellement nos enfants), ont été mutilés alors qu’ils ne représentaient aucune menace pour les forces de l’ordre. Le cas de la jeune Fiorina, étudiante picarde de 20 ans touchée à l’oeil par un projectile de LBD4O le 8 décembre 2018 en est un des plus tristes exemples (photo). Vitesse du projectile 90m/sec (324 km/h) et force d’impact 200 joules (parpaing de 25 lâché sur un visage d’une hauteur de 1m).

« Je crois qu’il est de notre devoir, en tant que soignants d’alerter sur la dangerosité extrême de ces armes, dites sub-létales et c’est pourquoi je viens de lancer cette pétition « Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales’’. Je souhaiterais savoir si vous voudriez participer en signant ce communiqué pour porter notre voix et en diffusant cette pétition auprès de vos contacts médicaux et paramédicaux:

« Les différents mouvements de revendication qui ont eu lieu ces dernières années dans notre pays (manifestations de lycéens, écologistes, travailleurs, gilets jaunes) ont montré que de nombreux concitoyens ont été gravement blessés par l’utilisation de lanceurs de balle de défense (flash-ball, LBD40) ou de grenades (de type lacrymogène ou désencerclement).

« Les récents événements ont permis de rapporter à ce jour plus de 90 blessés graves parmi les manifestants en relation avec le mésusage de ces armes (personnels non formés, non respect du règlement ou des conditions d’utilisation, ciblage volontaire de l’extrémité cervico-céphalique). Les lésions constatées et prises en charge par Nous, personnels soignants, dues à ces armes utilisées sur des personnes parfois très jeunes ou âgées, exerçant leur droit à manifester, sont choquantes et inacceptables : énucléation, amputation d’extrémité de membre, fracas maxillo-facial et dentaire, traumatisme cranio-cérébral engageant le pronostic vital… Tant de vies ont été ainsi sacrifiées…

« Une étude récente, publiée en 2017 dans le British Medical Journal Open, rapporte une collection internationale de 1984 cas de traumatismes liés à ces armes dites « sub-létales » : le risque cumulé de décès (3%) ou de handicap séquellaire grave (15,5%) est d’1 chance sur 5. Cette étude confirme donc l’extrême dangerosité constatée dans notre pays de ces armes, au même titre que les armes à feu.  (Haar RJ, Iacopino V, Ranadive N, et al. Death, injury and disability from kinetic impact projectiles in crowd-control settings: a systematic review. BMJ Open 2017;7:e018154. doi:10.1136/ bmjopen-2017-018154)

Pour toutes ces raisons, Nous, soignants (médecins, chirurgiens, urgentistes, réanimateurs, infirmier(e)s, aides soignant(e)s…) apolitiques et attachés à l’idéal de notre pays, la France, au travers de la déclaration des Droits de l’Homme, de la Femme et du Citoyen, demandons qu’un moratoire soit appliqué sur l’usage des armes sub-létales de maintien de l’ordre en vue de bannir leur utilisation lors des manifestations. »

Flash-Ball® et traumatisme crânio-encéphalique sévère

Les magistrats du Conseil d’Etat lisent-ils le British Medical Journal Open ? Si non lisent-ils La Revue de Médecine Légale ? Dans ce cas ils se reporteron avec intérêt à  « La dangerosité du Flash-Ball® : cas rapporté d’un traumatisme crânio-encéphalique et revue de la littérature » J.Hiquet E.Christin L.Benali S.Gromb-Monnoyeur https://doi.org/10.1016/j.medleg.2016.01.001. 2 S’ils sont pressés ces magistrats se limiteront au résumé :

« Le Flash-Ball® est couramment utilisé par les unités de police et de gendarmerie en France depuis 1995. Bien que la dangerosité des lanceurs sub-létaux de balles de défense soit connue, les traumatismes imputables au Flash-Ball® sont régulièrement relayés dans les médias mais restent peu décrits dans la littérature. Les auteurs rapportent le cas d’un jeune homme âgé de 34 ans, victime d’un impact de projectile type balle caoutchouc de Flash-Ball® en marge d’une manifestation sportive, à l’origine d’un traumatisme crânio-encéphalique sévère avec persistance d’un tableau sequellaire.

«Ce cas, associé à une revue de la littérature, illustre le fait que bien que le Flash-Ball® soit qualifié d’arme sub-létale, ce dernier peut être à l’origine de tableaux traumatiques graves, particulièrement en cas d’impact au niveau de l’extrémité céphalique, et également de décès. »

A demain

@jynau

1 Le Conseil d’Etat a rejeté vendredi 1er février les demandes de suspension de l’usage du lanceur de balles de défense (LBD) dans les prochaines manifestations de « gilets jaunes ». Le juge des référés du Conseil d’Etat a estimé qu’en raison des « actes de violences et de destructions » observés lors des manifestations des « gilets jaunes » depuis novembre 2018, « ces armes demeurent particulièrement appropriées ».  Le Conseil d’Etat souligne cependant que les forces de l’ordre doivent utiliser le LBD « sous réserve du strict respect des conditions d’usage, qu’il appartient tant aux autorités nationales qu’aux responsables d’unités de rappeler »

2 Une publication opportunément signalée sur le site de France Inter : « Pétition de soignants contre les LBD : « J’ai vu des scanners de patients aux crânes fracassés » » par Ouafia Kheniche

 

Policiers et gendarmes ont-ils le droit de blesser avec leurs « Lanceurs de Balles de Défense »  ? 

Bonjour

Dramaturgie. Les Actes des Gilets Jaunes se suivent sans se ressembler. Le 2 février (Acte XII) devrait être marqué par un « Hommage national pour les victimes ». A Paris, après un temps de parole, les blessés ouvriront la marche. Pendant la manifestation, une pause aura lieu pour demander l’interdiction des armes type Flashball, LBD 40, etc. Il est demandé aux manifestants de bien vouloir venir en se mettant des pansements sur l’œil, des bandages, de mettre du rouge sur les gilets jaunes en guise de sang..

« Alors même que manifester est un droit de tout citoyen français, alors même que les manifestations sont déclarées, partout en France, à Paris comme dans chaque ville de province, le gouvernement d’Emmanuel Manon exerce sur le mouvement des GJ une répression policière d’une violence extrême, font valoir les organisateurs. Les armes utilisées par les forces de l’ordre contre les manifestants sont des flashballs, LBD 40, GLI F4, grenades GMD de désencerclement. »

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » ajoutent-ils. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires 1

Abus individuels

Et les organisateurs de « demander instamment à Emmanuel Macron de cesser la répression de l’expression citoyenne et légale des Gilets Jaunes et l’utilisation des armes de type flashball LBD 40, Gli F4. grenades GMD de désencerclement. »

C’est dans ce contexte que le Conseil d’Etat devrait trancher quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie du « Lanceur de Balle de Défense » (LBD). La plus haute juridiction administrative française vient d’être saisie de cette question  et rendra sa décision avant les manifestations du 2 février. « La section du contentieux, présidée par Edmond Honorat, devait examiner trois affaires distinctes : deux recours contre des décisions rendues par les tribunaux administratifs de Montpellier et de Paris et un référé liberté formé par la CGT, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, et soutenu par la Ligue des droits de l’homme et le Défenseur des droits » précise Le Monde (Nicolas Chapuis).

Pour les avocats des requérants il y là une « urgence extrême » puisque cet outil est, pour résumer, incompatible avec le droit fondamental de manifester sans risque pour son intégrité physique. La preuve par les chiffres : « 350 signalements de blessures », dont « 159 blessés à la tête ».  Question de fond : ces blessures sont-elle la conséquence d’un mauvais usage du LDB ou sont-elles consubstantielles à cet outil dans de telles circonstances  d’ « émeutes urbaines »?

Pour le ministère de l’Intérieur les choses sont claires : les « utilisations abusives individuelles » ne justifient pas la suppression de cet outil policier et relèvent « d’une enquête pénale ». Et ce ministère de préciser qu’il y avait eu 9 228 cas d’utilisation du LBD pour 111 signalements, soit « 9 117 tirs sans enquête judiciaire ». On peut, aussi, faire le calcul inverse. Que dira le Conseil d’Etat ?

A demain

@jynau

1 Une nouvelle vidéo amateur diffusée par l’émission de TMC « Quotidien » et le rapport d’un policier publié par Le Parisien relancent l’hypothèse d’un tir de lanceur de balles de défense (LBD) pour expliquer la blessure de Jérôme Rodrigues, samedi 26 janvier, place de la Bastille à Paris. Hospitalisé après avoir été touché à l’œil droit lors de l’acte XI de la mobilisation des « gilets jaunes », M. Rodrigues, une figure du mouvement, assure avoir été atteint par un tir de grenade et un autre de LBD.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a été saisie et les autorités ont jusqu’à présent émis des réserves sur le scénario avancé par M. Rodrigues : le 27 janvier le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, avait affirmé ne pas disposer d’éléments attestant cette théorie, tout en appelant à être « prudent » et en ajoutant que dix-huit tirs de LBD avaient été recensés samedi place de la Bastille.

 

L’Agence du médicament est condamnée dans l’affaire des prothèses mammaires. Pourquoi ?

Bonjour

Dix ans après les faits. C’est une décision du tribunal administratif de Montreuil en daté du 29 janvier. Il reconnaît la responsabilité de l’Etat dans l’exercice de sa mission de contrôle de police sanitaire des activités de la société PIP (Poly Implant Prothèse).

On se souvient de cette peu banale et tentaculaire affaire qui porte le nom d’une entreprise fondée à la Seyne-sur-Mer en 1991 par Jean-Claude Mas ; entreprise qui fabriquait depuis les années 2000 des prothèses mammaires. La société (liquidée en 2010) et son fondateur furent au cœur d’un scandale de santé publique après la découverte en 2010 de l’origine frauduleuse et dangereuse des produits utilisés.

« Près d’un million de prothèses contenant un gel destiné à l’industrie électronique ont été écoulées entre 2001 et 2010, sans aucune précaution sanitaire, par la société de Jean-Claude Mas,  condamné à quatre ans de prison pour fraude aggravée et pour escroquerie à l’égard du certificateur allemand TÜV, rappelle Le Quotidien du Médecin (Elsa Bellanger). Au total, 400 000 femmes seraient concernées dans le monde. En France, sur les 30 000 victimes recensées, 18 000 ont subi une explantation de leurs prothèses. »

Saisi par une victime qui s’était faite implanter en 2005 des prothèses de la marque PIP, le tribunal administratif s’est prononcé sur la responsabilité de l’Etat dans les années qui ont précédé la suspension de la mise sur le marché de ces prothèses ; suspension correspondant à  une décision du 29 mars 2010 du directeur général de l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé – devenue ANSM en 2012 après diverses controverses) .

Carence fautive

Pour les années antérieures à 2009, le tribunal juge qu’au regard des informations dont disposait l’AFSSAPS, l’instruction ne permet pas d’établir l’existence d’une faute qui serait liée tant au retard à déceler la dangerosité des implants PIP et à en suspendre leur commercialisation qu’à l’absence d’investigations complémentaires à celles réalisées par l’organisme certificateur, qui n’avait pas fait de « remontées ».

En revanche, le tribunal retient que les données de vigilance pour l’année 2008, « qui ont fait apparaître une augmentation significative des incidents », auraient pu être traitées utilement à compter du mois d’avril 2009, date à laquelle ces incidents ont été portés à sa connaissance. « Or l’AFSSAPS ne peut être regardée comme ayant pris les mesures de contrôle et d’investigations complémentaires nécessaires pour analyser ces incidents qu’à partir du 18 décembre 2009, date à laquelle l’agence a débuté ses investigations auprès de la société » écrit le tribunal administratif. Il précise que ni l’absence de certaines données de commercialisation, ni le retard pris par la société PIP dans la transmission des informations commerciales, ni l’absence de remontées de la part de l’organisme certificateur pas plus que la dissimulation intentionnelle du produit par les dirigeants de la société PIP, « ne sont suffisantes pour exonérer l’Etat de sa responsabilité en l’espèce ».

Le tribunal juge ainsi que » la responsabilité pour carence fautive de l’Etat est engagée entre avril 2009 et le 18 décembre de cette même année ». Il est fort peu vraisemblable que le directeur de l’AFSSAPS de l’époque commente cette décision de justice. On peut en revanche espérer que la direction générale actuelle de l’ANSM en prenne toute la graine nécessaire, ne serait-ce que pour ses missions de police sanitaire.

A demain

@jynau