Vape et cigarette électronique : Agnès Buzyn piégée par le prosélytisme des buralistes

 

Bonjour

Que restera-t-il, demain, de la « Révolution des Volutes » ? Pour l’heure télécrans et novlangue fonctionnent. Ainsi, aujourd’hui, la déclaration de Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes : « La baisse conséquente du nombre de fumeurs qui vient d’être annoncée est une bonne nouvelle pour tous. Il faut aller plus loin, à partir des expériences reconnues, pour accompagner les fumeurs qui souhaitent arrêter ou réduire leur consommation vers le vapotage, c’est l’un des engagements forts des buralistes ». Une déclaration du patron des vendeurs de tabac faite à la veille de la Journée mondiale sans tabac 2018.

Ce n’est pas tout. Ainsi :

« La Confédération des buralistes est engagée aux côtés de l’État dans les politiques de santé publique. Elle a encouragé les buralistes à renforcer la qualité de leur gamme de produits de vapotage pour ceux qui souhaitent réduire, voire arrêter, leur consommation de tabac. Le vapotage est une des alternatives les plus efficaces au tabac et la première solution utilisée par des fumeurs ayant tenté d’arrêter de fumer lors du dernier ‘’Mois sans Tabac’’ ».

Où l’on apprend que la profession (de buraliste) se mobilise via son programme «Buraliste de la Vape» pour les aider à accompagner leurs clients vers le vapotage (conseils, coaching, formations) et, d’autre part, en s’associant au « Mois Sans Tabac », en novembre prochain, « conformément au protocole signé avec l’État ».  Ainsi les buralistes travailleraient-ils désormais au futur « Mois de la Vape ». Et ce, « pour sensibiliser leurs clients fumeurs à des alternatives moins nocives » (sic).

Toujours tentés par la victimisation, les mêmes buralistes s’affichent aussi, aujourd’hui, comme des « entrepreneurs responsables ». Ils rappellent avoir conclu, en début d’année, un « protocole d’accord avec l’État pour accompagner la transition de leur métier vers un nouveau modèle économique de commerce de proximité́ ». Où l’on découvre que, grâce aux buralistes, la cigarette électronique entre de plain-pied dans le paysage officiel, politique et économique – là, précisément, où les pionniers de la « Révolution des Volutes » avaient jusqu’ici toujours échoué. Un échec dû, pour l’essentiel, à l’invraisemblable déni de Marisol Touraine ministre en charge des affaires sanitaires (2012-2017) – déni suivi de celui 1, d’Agnès Buzyn (2017-….).

A demain

 1 Agnès Buzyn : « Un dispositif comme la cigarette électronique, qui n’induit pas forcément un arrêt complet du tabac, ne joue pas le rôle que l’on souhaite. Parce que nous souhaitons (…) faire en sorte que les gens ne fument plus du tout (…) ».

Où l’on confirme que la ministre demeure dramatiquement allergique au concept, médical et politique, de « réduction des risques ».

«Baisse historique du tabagisme» : à quand le mea culpa politique sur la cigarette électronique ?

Bonjour

Ainsi donc ce serait une « baisse historique ». Un baisse qui laisse toutefois la France dans le peloton de tête des pays européens consommateurs de tabac. Une baisse affichée par Santé publique France (SpF) et dont se félicite le pouvoir exécutif. Pourquoi ? L’AFP rapporte ici les explications de François Bourdillon, directeur de SpF

« Grâce à un ensemble de mesures : outre la hausse de la taxation, le paquet de cigarettes neutre imposé depuis janvier 2017, et le remboursement des traitements antitabac comme n’importe quel médicament, progressivement mis en place avec la stratégie santé du gouvernement annoncée fin mars. Les bons résultats sont liés à l’ensemble du plan. C’est très difficile de dire quelle est la part du paquet neutre, quelle est la part du mois sans tabac, du remboursement des substituts nicotiniques. »,

Et puis, enfin, cet extrait : « Ce que nous constatons très clairement (…) c’est que la première méthode [de sevrage] utilisée est clairement la cigarette électronique. » Selon  Santé publique France, le vapotage quotidien serait stable : un peu moins de 3% chez les 18-75 ans.

« Produit de luxe » (sic)

Pour autant la cigarette électronique restera dédaignée par l’exécutif. Agnès Buzyn :

« Un dispositif comme la cigarette électronique, qui n’induit pas forcément un arrêt complet du tabac, ne joue pas le rôle que l’on souhaite. Parce que nous souhaitons (…) faire en sorte que les gens ne fument plus du tout (…) J’étais en Australie il y a un mois : là-bas le paquet de tabac est à 27 euros, donc c’est vraiment un produit de luxe. Et ils sont à 13 % de fumeurs ».

La France, aux antipodes de l’Australie, est encore loin de faire du tabac un produit de luxe (sic). Et « baisse historique » ou pas, on attendra avant que les autorités sanitaires fassent leur mea culpa.

Une autre lecture des chiffres et de cette prose est possible. Le site des buralistes publie ainsi  une réaction du porte parole, de fait, de Big Tobacco : Éric Sensi-Minautier, Directeur des affaires publiques, juridiques et de la communication de British American Tobacco Europe de l’Ouest) :

 « Les chiffres avancés par le Gouvernement comportent des incohérences qui interpellent. Il y a deux mois, les chiffres officiels publiés par les Douanes montraient une quasi stabilité des ventes totales de tabac (-2,2 %) et, subitement, on nous parle de 10 %. Surprenant n’est-ce pas ? Par ailleurs, comment un matraquage fiscal engagé en 2018 peut-il faire baisser un nombre de consommateurs … en 2017 ? C’est magique !

 « Ensuite, je note deux grands sujets savamment ignorés dans ce discours :  l’llicite, où vont les 500 000 fumeurs qui ont quitté la cigarette traditionnelle ? Nous le savons, ils s’orientent vers les cigarettes issues de la contrebande ou du commerce transfrontalier ou encore vers des substances illégales. »

  Volutes d’avenir

 « La Ministre s’attribue les lauriers de la victoire : le vapotage, l’alternative la plus efficace qui, pourtant, n’a pas été encouragée par le Gouvernement et qui n’a rien coûté à la Sécurité Sociale, rappelle M. Sensi-Minautier. En effet, il ressort des chiffres évoqués dans le rapport de la Ministre, que la moitié des fumeurs qui ont arrêté de fumer l’ont fait grâce au vapotage. C’est un incroyable succès, une vraie révolution et l’État est totalement passé à côté ! »

Et c’est ainsi que l’on entend, aujourd’hui, Big Tobacco parler comme une ministre en charge de la santé publique : « Aujourd’hui, si nous souhaitons accompagner les fumeurs, donnons-nous les moyens de notre ambition en nous inspirant des méthoqdes éprouvées et pragmatiques engagées au Royaume-Uni  soutenons le vapotage plutôt qu’une nouvelle solution médicamenteuse. Le vapotage c’est l’avenir ! ».

Comment s’y retrouver dans ce déni politique et ces nouveaux appétits capitalistes ? En lisant, sur le site sovape.fr : « Débat : quels effets des réglementations de la vape sur le tabagisme ? (Réglementer la vape a-t-il des effets sur l’arrêt du tabagisme ? Le bon sens l’anticipe, pour autant, les experts addictologues, tabacologues ou usagers, n’appréhendent pas tous de la même manière ses différents impacts, comme en témoignent leurs contributions. Où l’on retrouve Bertrand DAUTZENBERGJean-Félix SAVARYJean-Pierre COUTERONOlivier THÉRAULAZ). Une lecture saine – en attendant que la raison advienne.

A demain

Cigarette électronique : Mme Buzyn laissera-t-elle les buralistes ruiner la réduction des risques ?

Bonjour

Guerre ouverte dans les Civettes. Le buraliste de demain ne sera plus jamais celui du passé. Après un siècle ou presque de monopole tranquille la Confédération des marchands de tabac « met les feux»  pour que les buralistes «renforcent et approfondissent leur offre ‘’produits de vapotage’’ ». « Dans un contexte de transformation du métier, la première étape tend à outiller le réseau pour prendre le marché du vapotage » est-il indiqué dans une communication interne révélée sur lemondedutabac.com.

 C’est ainsi que vient d’être créé le site buralistedelavape.fr  (réservé aux marchands). On y trouve « des conseils, un lexique, des arguments de vente, des tutos, des vidéos et divers outils ». « Plus qu’un site c’est un programme d’accompagnement » dit la publicité. On peut y dialoguer entre buralistes, échanger des conseils concrets et pratiques entre collègues, télécharger des affiches, affichettes, des logos pour les pages Facebook, des vidéos pour les clients. « Montrer à vos clients que vous êtes un buraliste de la vape ».

Trois linéaires : le « classique », le « chauffé » et l’ « électronique »

L’affaire est martelée, en province, par Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes lors de ses « visites de terrain » : les professionnels doivent s’adapter aux évolutions et investir, notamment, le marché du vapotage. « Les clients sont là. À nous d’être les meilleurs, à nous de nous donner les moyens de reprendre le marché avec des produits de qualité et du conseil, explique-t-il de Civette en Celtic. Le tabacc’est l’ADN de notre profession. On doit continuer mais élargir l’offre. » Avec cet objectif : « en 2021 les professionnels devront avoir trois linéaires : les produits classiques, la cigarette électronique et le tabac chauffé ».

 C’est là un épineux dossier. Il soulève avant tout la question, politique, de la pérennité de l’entreprise de réduction du risque tabagique – entreprise révolutionnaire initiée et portée par le maillage du monde de la vape contre le ministère de la Santé. Une question médicale aussi à laquelle devront s’atteler les plus affûtés des addictologues. Une interrogation macronienne en diable : peut-on, en un même lieu, vendre monopolistiquement le poison et, en même temps, son antidote ? L’affaire vient, pour l’heure, d’être remarquablement exposée par Sébastien Béziau sur www.vapyou.com : « Quand les buralistes veulent ‘’reprendre’’ le marché de la vape ».

« J’ai longuement hésité avant d’écrire cet article sur la vape et les buralistes et m’exposer aux quolibets, confie l’auteur. L’objectif n’est donc pas de leur « taper » dessus aveuglément, mais de mettre un peu en ordre mes idées et en m’appuyant sur tout ce que je peux lire ici ou là, avis de vapoteurs, pro de la vape, buralistes, et autres ressources. » Extraits :

 « Il y a actuellement ‘’ bataille ‘’ sur la légitimité à vendre de la vape. Les commerçants spécialisés d’un côté. Ils sont là depuis de nombreuses années, ils ont défriché le marché, éduqué les consommateurs, ils ont essuyé les plâtres face aux réglementations. Et finalement, avec 2 à 3000 boutiques qui maillent le territoire, ils ont créé le plus grand réseau français de réduction des risques, toutes substances confondues. Pas moins !

 Lécher les bottes

 « Et tout cela avec des moyens ridicules, sans aucune aide, plutôt que des bâtons dans les roues. Commerçants, fabricants, consommateurs ont construit le marché, des normes sont en place et se développent, la qualité générale des produits, matériels et liquides ne cesse de progresser grâce aux acteurs de la vape. De même sur les « bonnes pratiques » pour faire démarrer des débutants, que ce soit dans boutiques ou dans les réseaux sociaux. Tout cela relève de l’implication, de l’engagement et du travail du ‘’monde de la vape’’. Ils ont fait le job avec abnégation, persévérance et endurance malgré toutes les embûches semées par tous les « adversaires », y compris les anti-tabac, ce qui relève de l’irréel…

 « De l’autre côté, il y a les buralistes. Une corporation qui ronronne depuis des années sur un monopole insensé et une prévalence tabagique dans le pays qui bat des records. Avec 34%, la France est n°2  en Europe. Du délire ! La situation de monopole a créé un rapport de force intolérable avec l’Etat. Même les anti-tabac leur lèchent les bottes. Comment ne pas penser que ce monopole est directement responsable du nombre incroyable de fumeurs en France et des dizaines de milliers de morts prématurées qui s’en suivent ? »

 Que deviendra la Révolution des Volutes ?

A demain

Nous, ministre de la Santé, politiserons l’action contre les principales addictions du pays

 

Bonjour

Souvenons-nous. C’était le 2 mai 2012. Bientôt un quinquennat. Ce jour-là, grâce à François Hollande, une fraction non négligeable de la population française découvrait l’anaphore. Et depuis cinq ans le célébrissime « Moi, président de la République… » n’a pas quitté la scène. On retrouvait, ces derniers temps, cette figure de style dans toutes gazettes. Mille et un citoyens ont ainsi pu, l’espace d’un instant, exprimer leurs souhaits républicains.

On peut aussi décliner l’exercice. Et passer au rang du ministre. C’est ce qu’a fait la rédaction du site Pourquoidocteur qui a proposé à différentes personnalités du « monde de la santé » de livrer leur programme pour le prochain quinquennat. Un exercice à la veille du départ de Marisol Touraine qui aura été, durant un quinquennat entier, l’unique titulaire du portefeuille des Affaires sociales et de la Santé. Pour quel résultat ?

Nous nous sommes attachés, ici et là, à mettre en lumière certaines des limites de son action politique – notamment dans le champ de la politique de réduction des risques. Désavouée par sa majorité sur le front de la publicité alcoolique, inopérante vis-à-vis de la cigarette électronique, absente sur le front du cannabis.

Et demain ? Pourquoidocteur a mis à la question le Dr William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. Il y expose et développe la politique qu’il mènerait si les astres devaient le conduire à devenir ministre. On peut raisonnablement imaginer que les grands axes de sa politique seraient approuvés par toutes celles et ceux qui, à des degrés divers, sont confrontés aux innombrables difficultés soulevées par les addictions. les mesures qu’il estime nécessaires. Extraits :

« Moi, ministre de la Santé (…) je ferai évoluer la législation sur le cannabis. La politique de prohibition a totalement échoué. (…)Afin de fortifier des politiques de préventions et de réduction des risques sur ce sujet et « couper l’herbe sous le pied » des réseaux mafieux, je réunirai un « groupe de travail-commando » sous la direction du Premier ministre pour livrer, en six mois, un projet structuré de nouvelle législation adossée à un programme sanitaire correctement budgétisé (par les taxes sur la production et la vente de cannabis) et des mesures sécuritaires pour protéger et informer les mineurs.

Peser sur la réalité

 « Le second objectif est de créer une génération sans tabac. Nous connaissons la « trilogie efficace pour faire baisser un tabagisme parmi les plus importants d’Europe et responsable de 79 000 morts par an. Elle associe paquet neutre (c’est fait), augmentation brutale du prix du paquet de cigarettes et un soutien à la meilleure arme antitabac : le vapotage ou usage de la e-cigarette sur le modèle du Royaume-Uni.

« Enfin, concernant l’alcool, il faut diminuer les abus et dépendances, responsables de 50 000 morts par an. Pour cela il convient de « dénormaliser » la consommation régulière et intensive d’alcool dans notre pays, « retricoter » la loi Evin, détricotée durant ce quinquennat, et surtout, soutenir le repérage précoce. L’accès aux médicaments régulateurs de la consommation d’alcool doit être facilité, par l’engagement des médecins généralistes et pas seulement des addictologues. »

Suivent des mesures de restructuration visant à en finir avec l’éparpillement actuel des actions et institutions (MILDECA, ministères de l’Intérieur, de l’Economie, de la Santé, Direction Générale de la Santé, etc.) qui explique (en partie) l’insuffisance des résultats sanitaires. Le fil conducteur est clair. Il s’agit de faire en sorte que l’action politique puisse peser sur la réalité afin de la modifier au bénéfice de la collectivité. Agir et évaluer. En l’espèce, c’est un assez beau projet.

A demain

Avant l’été Marisol Touraine aura libéré quelques terrasses de café de la fumée de cigarettes

 

Bonjour

« Ma terrasse sans tabac ». Voilà, une nouvelle fois, une bonne intention individuelle qui signe l’absence d’une réelle volonté politique. Et une nouvelle fois, des mots masquent l’essentiel du réel – quand ils ne le tordent pas.

« Ma terrasse sans tabac »… Que recouvre cette formule lancée dans l’attente du printemps ?

« Pour que chacun puisse profiter des espaces extérieurs des cafés et restaurants sans subir la fumée du tabac, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, lance aujourd’hui l’opération ‘’Ma terrasse sans tabac’’. Ce dispositif inédit, auquel les représentants des professionnels de l’hôtellerie, de la restauration et des débits de boissons ont été étroitement associés, doit permettre aux Français d’identifier les terrasses qui proposent des espaces totalement ou partiellement libérés de la fumée. »

Participatifs

« Ma terrasse sans tabac » ? Le slogan s’appuie sur une charte signée par les cafetiers et restaurateurs. A travers elle, ces professionnels s’engagent à « créer un environnement non-fumeur sur leur(s) terrasse(s) ». Mais aussi et à sensibiliser leurs salariés sur les enjeux de la lutte contre le tabagisme. Et encore ? En contrepartie, les établissements signataires sont référencés gratuitement sur le site materrassesanstabac.com et sur l’application mobile disponible sur Apple Store et sur Google Play. « Participatifs, le site et l’application permettent à chacun de rechercher des établissements qui adhèrent à cette charte et disposent d’une terrasse sans tabac, mais également de proposer un lieu pour une future adhésion » explique la ministre à l’attention des connectés.

Les communicants sont comme toujours à la manœuvre :  un « kit de communication dématérialisé » (sic) destinés aux responsables d’établissements sera transmis aux établissements signataires. Dès le 22 mars, 72 000 « cart’com » visant à sensibiliser les clients des bars et restaurants et à promouvoir le dispositif seront diffusées dans trois cent-trente lieux à Paris et près de deux cent-cinquante à Bordeaux, Lyon, Marseille, Toulouse, Montpellier, Nantes et Strasbourg.

Essoufflement

S’auto-félicitant comme souvent, la ministre de la Santé ne craint pas de voir dans son opération « un outil précieux de soutien aux anciens fumeurs et aux personnes souhaitant arrêter le tabac ». Elle estime aussi, avec son opération-terrasses « compléter l’arsenal de mesures et dispositifs mis en place par le Gouvernement pour sensibiliser à l’arrêt du tabac ». Et de citer, en boucle, fois le « triplement du remboursement des substituts nicotiniques », « l’opération « Moi(s) sans tabac », ou encore « des mesures pour faciliter la démarche d’arrêt des femmes enceintes et éviter la reprise après la grossesse ».

Reste, au-delà des mots, l’essentiel,  comme vient de le rappeler la chronique de la cigarette électronique :  16 millions de fumeurs de tabac en France – 32% des personnes âgées de 15 à 85 ans. L’absence d’une volonté politique, le refus d’une action massive et durable sur les prix et d’une prise en charge globale de ceux qui veulent en finir avec cet esclavage addictif.

Cette « opération-terrasses » témoigne de cette incurie : elle se situe à l’extrême périphérie des actions législatives et réglementaires qui, en France et depuis un quart de siècle, ont avec succès éloigné la consommation de tabac des sphères collectives. De ce point de vue elle signe, paradoxalement, une impuissance, un essoufflement, la fin d’une politique.

A demain

Schizophrénie et maladies psychiatriques : ne pas diaboliser la molécule de nicotine

 

Bonjour

La lutte, vitale, contre le tabagisme ne doit pas conduire à diaboliser la nicotine. Outre dans les produits industriels induisant une redoutable dépendance cet alcaloïde présent dans les plantes de la famille des solanacées (dont le tabac) a des propriétés insecticides et fongicides. Une famille d’insecticides de synthèse (dénoncés par les écologistes), les néonicotinoïdes, est dérivée de la nicotine naturelle. Et sans doute les propriétés de la nicotine sont-elles encore à découvrir, voire ses usages amenés à s’élargir.

On sait que les personnes schizophrènes consomment du tabac plus fréquemment encore que la moyenne de la population – consommation associée à une forte dépendance à la nicotine 1. Pourquoi ? La question est rarement posée, sauf par quelques équipes 2. Elle ne l’est jamais par les responsables politiques en charge de la lutte contre le tabagisme qui, au mieux, regardent ce phénomène comme une fatalité psychiatrique. Selon des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’INSERM et de l’École normale supérieure (ENS), ce tabagisme intensif pourrait être favorisé par un « effet positif » de la nicotine sur le fonctionnement du cortex préfrontal.

Cortex préfrontal

Associés à des collègues étrangers ces chercheurs viennent de publier dans Nature Medicine une étude originale voire prometteuse permettant de visualiser, dans des modèles animaux, l’effet direct de la nicotine à l’échelon cérébral : « Nicotine reverses hypofrontality in animal models of addiction and schizophrenia »

Dirigés par Fani Koukouli et Uwe Maskos (Institut Pasteur de Paris, Neurobiologie Intégrative des Systèmes Cholinergiques)  ces chercheurs expliquent que le cortex préfrontal est une région dont les mécanismes physiologiques sont altérés chez certains malades psychiatriques, dont les schizophrènes. A l’état normal  l’activité du cortex préfrontal est modulée par des neurotransmetteurs (dont l’acétylcholine) via les récepteurs à acétylcholine (ou « nicotiniques »). Ces récepteurs sont impliqués dans de multiples processus dont le contrôle des mouvements volontaires, la mémoire, l’attention, la douleur ou l’anxiété.

Les auteurs ont créé un modèle murin spécial de schizophrénie via une mutation génétique humaine récemment identifiée comme potentiellement associée aux troubles cognitifs des schizophrènes et à la dépendance au tabac. Il s’agit d’une mutation sur le gène CHRNA5. La baisse d’activité cérébrale de ce modèle peut être comparée à celle de patients schizophrènes voire souffrant d’une addiction. Puis, via une technologie d’imagerie in vivo, les chercheurs ont observé (dans des zones spécifiques d’interneurones) une activité diminuée des cellules du cortex préfrontal chez les souris génétiquement modifiées.

Cigarette électronique

Est-ce une nouvelle cible thérapeutique ? On peut l’espérer. « L’administration répétée de nicotine rétablit l’activité normale du cortex préfrontal », explique Uwe Maskos. La fixation de la nicotine sur les interneurones « influence l’activité des cellules pyramidales du cortex préfrontal qui retrouvent un état d’excitation normal », précise la chercheuse Fani Koukouli. La molécule thérapeutique devra présenter une configuration voisine de la nicotine mais débarrassée de ses effets nocifs.

Dans l’attente, qui s’intéresse à la cigarette électronique chez les malades psychiatriques souffrant en outre d’une addiction tabagique ?

A demain

1 Sur ce thème, venu de Suisse : « Comment arrêter de fumer quand on souffre de troubles psychiatriques ? »

2  Sur ce thème, par exemple, dans la maladie de Parkinson : « Chronic high dose transdermal nicotine in Parkinson’s disease: an open trial ».

 

Prévention : Emmanuel Macron désespérément sec sur l’alcool, le tabac et la e-cigarette

 

Bonjour

François Fillon à la peine, Emmanuel Macron en lévitation : les gazettes ont fait une croix sur les sondages. Elles scrutent désormais les girouettes. On en veut à Fillon d’avoir (presque) caché qu’il avait un manoir, des hectares et des fermiers au bord de la Sarthe. On s’inquiète de l’entendre, dans un mouvement réflexe, (re)dire qu’il est chrétien quand on le cherche sur la Sécurité Sociale.

Face à lui, un ange passe. Emmanuel Macron visitait hier l’hôpital Pierre-Bérégovoy de Nevers. A la clef, un discours fondateur sur ses visions quant à la santé. Deuxième meeting de campagne, des dizaines de journalistes et, au total, « une salle comble de près de mille personnes »… à Nevers… en hiver. Tout nous est rapporté par le site Egora : « Déserts, rémunérations, hôpital… Découvrez le programme santé de Macron ».

« Il a annoncé vouloir intensifier la prévention et modifier le mode de rémunération des médecins. Il souhaite encore ouvrir le numerus clausus et doubler le nombre de maisons pluridisciplinaires de santé. Enfin il veut transformer l’hôpital et généraliser la vente de médicaments à l’unité. »

Rester sur sa faim

Salle électrisée ou pas on reste sur sa faim. Emmanuel Macron, dit-on, séduit les « jeunes ». Il mettra en place un « service sanitaire de trois mois pour tous les étudiants en santé » :

« Ils auront au moins trois mois d’action de prévention. Ils iront dans les écoles, sensibiliser sur le tabac, dans des Ehpad, dans des quartiers défavorisés. Ce service pourra concerner plus de 40 000 étudiants chaque année, et cela ne coûte pas un euro de plus. Ils seront ainsi responsabilisés. »

Attendons. Et qu’en est-il de ce grand « chantier de la prévention » ? On en reste aux généralités exprimées dans un langage nouveau, hors-sol, aérien. La prévention ? Elle « doit permettre de faire de la prochaine génération, la première génération sans tabac ». C’était, déjà le propos tenu par Marisol Touraine il y aura bientôt trois ans lorsqu’elle lança, à la demande de François Hollande, le « programme national de réduction du tabagisme ». Echec radical.

Formons nos bataillons

Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française lorsque François Hollande lança, le 4 février 2014, ce programme. Il était ministre de l’Economie quand Marisol Touraine tenta de le mettre en œuvre- contre la volonté des ministères de Bercy opposés à une augmentation des prix.

Pas de plus beau sujet que le tabac quand on veut parler de santé et de prévention (80 000 morts prématurées par an, première cause de morts évitables). A Nevers Emmanuel Macron n’a pas parlé de politique de réduction des risques. Il n’a pas eu un mot pour la cigarette électronique.

C’était, déjà, la fin. « Les vraies réformes, nous ne les ferons pas contre les Français, en réduisant leurs droits, mais en donnant une place à leur énergie, en la faisant réussir sur nos territoires. (…) Je veux que nous soyons fiers de notre santé, de ce qu’elle doit être au 21ème siècle » a conclu Emmanuel Macron sous les applaudissements. Puis, à Nevers, La Marseillaise fit ce qu’elle sait faire: retentir.

A demain