Nous, ministre de la Santé, politiserons l’action contre les principales addictions du pays

 

Bonjour

Souvenons-nous. C’était le 2 mai 2012. Bientôt un quinquennat. Ce jour-là, grâce à François Hollande, une fraction non négligeable de la population française découvrait l’anaphore. Et depuis cinq ans le célébrissime « Moi, président de la République… » n’a pas quitté la scène. On retrouvait, ces derniers temps, cette figure de style dans toutes gazettes. Mille et un citoyens ont ainsi pu, l’espace d’un instant, exprimer leurs souhaits républicains.

On peut aussi décliner l’exercice. Et passer au rang du ministre. C’est ce qu’a fait la rédaction du site Pourquoidocteur qui a proposé à différentes personnalités du « monde de la santé » de livrer leur programme pour le prochain quinquennat. Un exercice à la veille du départ de Marisol Touraine qui aura été, durant un quinquennat entier, l’unique titulaire du portefeuille des Affaires sociales et de la Santé. Pour quel résultat ?

Nous nous sommes attachés, ici et là, à mettre en lumière certaines des limites de son action politique – notamment dans le champ de la politique de réduction des risques. Désavouée par sa majorité sur le front de la publicité alcoolique, inopérante vis-à-vis de la cigarette électronique, absente sur le front du cannabis.

Et demain ? Pourquoidocteur a mis à la question le Dr William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. Il y expose et développe la politique qu’il mènerait si les astres devaient le conduire à devenir ministre. On peut raisonnablement imaginer que les grands axes de sa politique seraient approuvés par toutes celles et ceux qui, à des degrés divers, sont confrontés aux innombrables difficultés soulevées par les addictions. les mesures qu’il estime nécessaires. Extraits :

« Moi, ministre de la Santé (…) je ferai évoluer la législation sur le cannabis. La politique de prohibition a totalement échoué. (…)Afin de fortifier des politiques de préventions et de réduction des risques sur ce sujet et « couper l’herbe sous le pied » des réseaux mafieux, je réunirai un « groupe de travail-commando » sous la direction du Premier ministre pour livrer, en six mois, un projet structuré de nouvelle législation adossée à un programme sanitaire correctement budgétisé (par les taxes sur la production et la vente de cannabis) et des mesures sécuritaires pour protéger et informer les mineurs.

Peser sur la réalité

 « Le second objectif est de créer une génération sans tabac. Nous connaissons la « trilogie efficace pour faire baisser un tabagisme parmi les plus importants d’Europe et responsable de 79 000 morts par an. Elle associe paquet neutre (c’est fait), augmentation brutale du prix du paquet de cigarettes et un soutien à la meilleure arme antitabac : le vapotage ou usage de la e-cigarette sur le modèle du Royaume-Uni.

« Enfin, concernant l’alcool, il faut diminuer les abus et dépendances, responsables de 50 000 morts par an. Pour cela il convient de « dénormaliser » la consommation régulière et intensive d’alcool dans notre pays, « retricoter » la loi Evin, détricotée durant ce quinquennat, et surtout, soutenir le repérage précoce. L’accès aux médicaments régulateurs de la consommation d’alcool doit être facilité, par l’engagement des médecins généralistes et pas seulement des addictologues. »

Suivent des mesures de restructuration visant à en finir avec l’éparpillement actuel des actions et institutions (MILDECA, ministères de l’Intérieur, de l’Economie, de la Santé, Direction Générale de la Santé, etc.) qui explique (en partie) l’insuffisance des résultats sanitaires. Le fil conducteur est clair. Il s’agit de faire en sorte que l’action politique puisse peser sur la réalité afin de la modifier au bénéfice de la collectivité. Agir et évaluer. En l’espèce, c’est un assez beau projet.

A demain

Avant l’été Marisol Touraine aura libéré quelques terrasses de café de la fumée de cigarettes

 

Bonjour

« Ma terrasse sans tabac ». Voilà, une nouvelle fois, une bonne intention individuelle qui signe l’absence d’une réelle volonté politique. Et une nouvelle fois, des mots masquent l’essentiel du réel – quand ils ne le tordent pas.

« Ma terrasse sans tabac »… Que recouvre cette formule lancée dans l’attente du printemps ?

« Pour que chacun puisse profiter des espaces extérieurs des cafés et restaurants sans subir la fumée du tabac, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, lance aujourd’hui l’opération ‘’Ma terrasse sans tabac’’. Ce dispositif inédit, auquel les représentants des professionnels de l’hôtellerie, de la restauration et des débits de boissons ont été étroitement associés, doit permettre aux Français d’identifier les terrasses qui proposent des espaces totalement ou partiellement libérés de la fumée. »

Participatifs

« Ma terrasse sans tabac » ? Le slogan s’appuie sur une charte signée par les cafetiers et restaurateurs. A travers elle, ces professionnels s’engagent à « créer un environnement non-fumeur sur leur(s) terrasse(s) ». Mais aussi et à sensibiliser leurs salariés sur les enjeux de la lutte contre le tabagisme. Et encore ? En contrepartie, les établissements signataires sont référencés gratuitement sur le site materrassesanstabac.com et sur l’application mobile disponible sur Apple Store et sur Google Play. « Participatifs, le site et l’application permettent à chacun de rechercher des établissements qui adhèrent à cette charte et disposent d’une terrasse sans tabac, mais également de proposer un lieu pour une future adhésion » explique la ministre à l’attention des connectés.

Les communicants sont comme toujours à la manœuvre :  un « kit de communication dématérialisé » (sic) destinés aux responsables d’établissements sera transmis aux établissements signataires. Dès le 22 mars, 72 000 « cart’com » visant à sensibiliser les clients des bars et restaurants et à promouvoir le dispositif seront diffusées dans trois cent-trente lieux à Paris et près de deux cent-cinquante à Bordeaux, Lyon, Marseille, Toulouse, Montpellier, Nantes et Strasbourg.

Essoufflement

S’auto-félicitant comme souvent, la ministre de la Santé ne craint pas de voir dans son opération « un outil précieux de soutien aux anciens fumeurs et aux personnes souhaitant arrêter le tabac ». Elle estime aussi, avec son opération-terrasses « compléter l’arsenal de mesures et dispositifs mis en place par le Gouvernement pour sensibiliser à l’arrêt du tabac ». Et de citer, en boucle, fois le « triplement du remboursement des substituts nicotiniques », « l’opération « Moi(s) sans tabac », ou encore « des mesures pour faciliter la démarche d’arrêt des femmes enceintes et éviter la reprise après la grossesse ».

Reste, au-delà des mots, l’essentiel,  comme vient de le rappeler la chronique de la cigarette électronique :  16 millions de fumeurs de tabac en France – 32% des personnes âgées de 15 à 85 ans. L’absence d’une volonté politique, le refus d’une action massive et durable sur les prix et d’une prise en charge globale de ceux qui veulent en finir avec cet esclavage addictif.

Cette « opération-terrasses » témoigne de cette incurie : elle se situe à l’extrême périphérie des actions législatives et réglementaires qui, en France et depuis un quart de siècle, ont avec succès éloigné la consommation de tabac des sphères collectives. De ce point de vue elle signe, paradoxalement, une impuissance, un essoufflement, la fin d’une politique.

A demain

Schizophrénie et maladies psychiatriques : ne pas diaboliser la molécule de nicotine

 

Bonjour

La lutte, vitale, contre le tabagisme ne doit pas conduire à diaboliser la nicotine. Outre dans les produits industriels induisant une redoutable dépendance cet alcaloïde présent dans les plantes de la famille des solanacées (dont le tabac) a des propriétés insecticides et fongicides. Une famille d’insecticides de synthèse (dénoncés par les écologistes), les néonicotinoïdes, est dérivée de la nicotine naturelle. Et sans doute les propriétés de la nicotine sont-elles encore à découvrir, voire ses usages amenés à s’élargir.

On sait que les personnes schizophrènes consomment du tabac plus fréquemment encore que la moyenne de la population – consommation associée à une forte dépendance à la nicotine 1. Pourquoi ? La question est rarement posée, sauf par quelques équipes 2. Elle ne l’est jamais par les responsables politiques en charge de la lutte contre le tabagisme qui, au mieux, regardent ce phénomène comme une fatalité psychiatrique. Selon des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’INSERM et de l’École normale supérieure (ENS), ce tabagisme intensif pourrait être favorisé par un « effet positif » de la nicotine sur le fonctionnement du cortex préfrontal.

Cortex préfrontal

Associés à des collègues étrangers ces chercheurs viennent de publier dans Nature Medicine une étude originale voire prometteuse permettant de visualiser, dans des modèles animaux, l’effet direct de la nicotine à l’échelon cérébral : « Nicotine reverses hypofrontality in animal models of addiction and schizophrenia »

Dirigés par Fani Koukouli et Uwe Maskos (Institut Pasteur de Paris, Neurobiologie Intégrative des Systèmes Cholinergiques)  ces chercheurs expliquent que le cortex préfrontal est une région dont les mécanismes physiologiques sont altérés chez certains malades psychiatriques, dont les schizophrènes. A l’état normal  l’activité du cortex préfrontal est modulée par des neurotransmetteurs (dont l’acétylcholine) via les récepteurs à acétylcholine (ou « nicotiniques »). Ces récepteurs sont impliqués dans de multiples processus dont le contrôle des mouvements volontaires, la mémoire, l’attention, la douleur ou l’anxiété.

Les auteurs ont créé un modèle murin spécial de schizophrénie via une mutation génétique humaine récemment identifiée comme potentiellement associée aux troubles cognitifs des schizophrènes et à la dépendance au tabac. Il s’agit d’une mutation sur le gène CHRNA5. La baisse d’activité cérébrale de ce modèle peut être comparée à celle de patients schizophrènes voire souffrant d’une addiction. Puis, via une technologie d’imagerie in vivo, les chercheurs ont observé (dans des zones spécifiques d’interneurones) une activité diminuée des cellules du cortex préfrontal chez les souris génétiquement modifiées.

Cigarette électronique

Est-ce une nouvelle cible thérapeutique ? On peut l’espérer. « L’administration répétée de nicotine rétablit l’activité normale du cortex préfrontal », explique Uwe Maskos. La fixation de la nicotine sur les interneurones « influence l’activité des cellules pyramidales du cortex préfrontal qui retrouvent un état d’excitation normal », précise la chercheuse Fani Koukouli. La molécule thérapeutique devra présenter une configuration voisine de la nicotine mais débarrassée de ses effets nocifs.

Dans l’attente, qui s’intéresse à la cigarette électronique chez les malades psychiatriques souffrant en outre d’une addiction tabagique ?

A demain

1 Sur ce thème, venu de Suisse : « Comment arrêter de fumer quand on souffre de troubles psychiatriques ? »

2  Sur ce thème, par exemple, dans la maladie de Parkinson : « Chronic high dose transdermal nicotine in Parkinson’s disease: an open trial ».

 

Prévention : Emmanuel Macron désespérément sec sur l’alcool, le tabac et la e-cigarette

 

Bonjour

François Fillon à la peine, Emmanuel Macron en lévitation : les gazettes ont fait une croix sur les sondages. Elles scrutent désormais les girouettes. On en veut à Fillon d’avoir (presque) caché qu’il avait un manoir, des hectares et des fermiers au bord de la Sarthe. On s’inquiète de l’entendre, dans un mouvement réflexe, (re)dire qu’il est chrétien quand on le cherche sur la Sécurité Sociale.

Face à lui, un ange passe. Emmanuel Macron visitait hier l’hôpital Pierre-Bérégovoy de Nevers. A la clef, un discours fondateur sur ses visions quant à la santé. Deuxième meeting de campagne, des dizaines de journalistes et, au total, « une salle comble de près de mille personnes »… à Nevers… en hiver. Tout nous est rapporté par le site Egora : « Déserts, rémunérations, hôpital… Découvrez le programme santé de Macron ».

« Il a annoncé vouloir intensifier la prévention et modifier le mode de rémunération des médecins. Il souhaite encore ouvrir le numerus clausus et doubler le nombre de maisons pluridisciplinaires de santé. Enfin il veut transformer l’hôpital et généraliser la vente de médicaments à l’unité. »

Rester sur sa faim

Salle électrisée ou pas on reste sur sa faim. Emmanuel Macron, dit-on, séduit les « jeunes ». Il mettra en place un « service sanitaire de trois mois pour tous les étudiants en santé » :

« Ils auront au moins trois mois d’action de prévention. Ils iront dans les écoles, sensibiliser sur le tabac, dans des Ehpad, dans des quartiers défavorisés. Ce service pourra concerner plus de 40 000 étudiants chaque année, et cela ne coûte pas un euro de plus. Ils seront ainsi responsabilisés. »

Attendons. Et qu’en est-il de ce grand « chantier de la prévention » ? On en reste aux généralités exprimées dans un langage nouveau, hors-sol, aérien. La prévention ? Elle « doit permettre de faire de la prochaine génération, la première génération sans tabac ». C’était, déjà le propos tenu par Marisol Touraine il y aura bientôt trois ans lorsqu’elle lança, à la demande de François Hollande, le « programme national de réduction du tabagisme ». Echec radical.

Formons nos bataillons

Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française lorsque François Hollande lança, le 4 février 2014, ce programme. Il était ministre de l’Economie quand Marisol Touraine tenta de le mettre en œuvre- contre la volonté des ministères de Bercy opposés à une augmentation des prix.

Pas de plus beau sujet que le tabac quand on veut parler de santé et de prévention (80 000 morts prématurées par an, première cause de morts évitables). A Nevers Emmanuel Macron n’a pas parlé de politique de réduction des risques. Il n’a pas eu un mot pour la cigarette électronique.

C’était, déjà, la fin. « Les vraies réformes, nous ne les ferons pas contre les Français, en réduisant leurs droits, mais en donnant une place à leur énergie, en la faisant réussir sur nos territoires. (…) Je veux que nous soyons fiers de notre santé, de ce qu’elle doit être au 21ème siècle » a conclu Emmanuel Macron sous les applaudissements. Puis, à Nevers, La Marseillaise fit ce qu’elle sait faire: retentir.

A demain

 

 

Incurie du quinquennat : la France est une très grande malade européenne du tabac.

Bonjour

Voici bientôt venu le temps des inventaires sanitaires. Pour l’heure voici le rapport conjoint publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne. Deux cents pages qui compilent de multiples indicateurs sur l’état de santé des populations des 28 pays de l’Union européenne et l’accès aux soins : « Panorama de la santé 2016 ». Dans Le Monde notre consœur Pascale Santi en livre une petite synthèse claire-obscure :

Claire : « Les Français vivent en moyenne plus vieux que les habitants des autres pays européens. L’espérance de vie les place dans le peloton de tête, derrière l’Espagne, l’Italie et la Suisse, avec une moyenne – hommes et femmes confondus – de 82,8 ans, contre 80,9 ans chez nos voisins. A l’échelle du continent, les femmes vivent plus longtemps (83,6 ans) que les hommes (78,1), avec un plus fort écart en France (86 ans d’espérance de vie pour les femmes contre 79,5 ans pour les hommes). »

Obscure : « Si la France est reconnue pour la qualité de son système de soins, la prévention reste le parent pauvre, avec seulement 1,9 % des dépenses de santé allouées, contre une moyenne de 3 % pour les pays de l’Union européenne. Les facteurs de risque y sont plus élevés. Le tabagisme a certes diminué dans l’Hexagone ces dernières années, mais reste à des niveaux plus élevés que la moyenne en Europe. En effet, la France compte 22,4 % de fumeurs quotidiens (des études françaises parlent de 28 %), presque le double qu’en Suède (12 %) et bien plus qu’au Royaume-Uni (18 %), selon les chiffres de l’OCDE. De même, en France, près d’un adolescent sur cinq déclare fumer au moins une fois par semaine (un sur sept dans les pays de l’UE). »

Bilans du quinquennat

Viendra, bientôt, le temps des bilans du quinquennat. On prendra alors la mesure de l’incapacité chronique du politique à peser sur la « première cause évitable de morts prématurées ». Une illustration parfaite de l’incurie, ce manque total de soin ou d’application dans l’exercice d’une fonction ou dans l’exécution d’une tâche. Le bilan sera ici d’autant plus cruel que le président de la République avait, en personne, lancé un « Plan national de réduction du tabagisme » solennellement confié à sa ministre de la Santé.

C’était il y aura bientôt trois ans. Des annonces ministérielles à répétition. Des velléités d’action (« paquet neutre ») mais sans l’appui d’une volonté présidentielle et gouvernementale d’augmentation soutenue et constante des prix. Et, au final, aucun résultat – alors même que d’autres pays (l’Australie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis) démontrent aujourd’hui au reste du monde que l’on peut progresser dans la lutte contre l’esclavagisme de l’addiction tabagique.

Le bilan sera plus cruel encore quand on prendra la mesure que la ministre de la Santé a, de manière réitérée, refusé d’user du levier « cigarette électronique », outil qui démontre jour après jour son efficacité dans une optique politique de réduction des risques. Combien, à l’avenir, de morts prématurées évitables et qui ne l’auront pas été du fait de l’incurie.

A demain

Les buralistes sont les «boucs émissaires» de la lutte contre le tabagisme (Alain Juppé)

 

Bonjour

Aujourd’hui la France de la droite (et du centre) vote.  Et il faut imaginer le buraliste français heureux. Son site en témoigne  qui reproduit le message que vient de lui adresser  Alain Juppé:

« (…) Je connais bien les sujets qui occupent l’actualité de votre profession (paquet neutre, concurrence déloyale du marché parallèle, hémorragie du réseau des buralistes, etc.) et qui font peser des incertitudes sur l’avenir de votre profession. Je partage votre inquiétude. Vos commerces sont accablés de charges, de normes et de contraintes, qui les empêchent de se développer et les mettent parfois en péril. Il faut soutenir les buralistes qui contribuent au dynamisme de notre économie et à la vitalité de nos territoires, notamment ruraux (…)

 « Je regrette les augmentations de taxes sur le tabac décidées par le gouvernement sans concertation préalable avec les buralistes, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2017. Si je suis élu, je m’engage à ce qu’aucune augmentation du prix du tabac ne soit décidée au détour d’une loi de finances, sans qu’une concertation et un plan n’aient été travaillés et arrêtés en amont avec les professionnels.

« Les buralistes doivent aussi cesser d’être les boucs émissaires des plans de lutte contre le tabagisme. Bien entendu, il nous faut mener une ambitieuse politique de santé publique et de prévention, notamment auprès des plus jeunes. Mais elle ne peut consister à culpabiliser et à montrer du doigt votre profession. Je souhaite que vous soyez davantage associés aux politiques de santé publique et que vous deveniez des partenaires sur ces sujets. »

 Bouteille de vin neutre

 La veille c’était Nicolas Sarkozy qui flattait le même buraliste.

 « Alors que dans quelques jours, le 20 novembre, vous allez devoir affronter l’arrivée brutale du paquet neutre, je souhaitais réitérer mon soutien à votre profession qui, durant ces cinq dernières années, a été mise à mal et stigmatisée sans relâche … Et ce n’est pas le nouveau contrat d’avenir qui vient d’être signé, qui manque cruellement d’ambition, qui va vous apporter les réponses que vous attendez.

« Le paquet neutre est une mesure stigmatisante pour votre profession et vos commerces, qui a été adoptée sans considération aucune pour le rôle de lien social essentiel que vous jouez dans nos territoires (…)

Accepter le paquet neutre aujourd’hui reviendrait à accepter les bouteilles de vin neutres demain ; et il en serait fini de nos appellations. Je m’oppose à cet acharnement permanent dont vous faites l’objet et souhaite pour le futur un apaisement des relations entre l’Etat et ses préposés que vous êtes ; il faut mettre fin à l’hypocrisie du discours actuel. »

 Nul ne sait (encore) ce que pense Macron Emmanuel de ce sujet majeur de santé publique. On l’attend notamment sur la cigarette électronique.

A demain

« Cigarette électronique, entrée sur le tabac ». Théâtre français (acte VII, scènes 8 et 9)

Bonjour

Acte VII, scène 8.

16 novembre 2016. Fin de matinée. QG de la « Veille e-cigarette ». Haute Autorité de Santé, Saint-Denis. France. Mail adressé aux responsables de la Direction Générale de la Santé, à l’Agence nationale de sécurité des médicaments, du ministère de la Santé ainsi que de différentes associations luttant contre le tabagisme et pour la cigarette électronique come outil de la réduction des risques.

« Objet : Veille e-cigarette: étude sur le lien entre vappotage (sic) et tabagisme chez les jeunes

Bonjour à tous,

Ci-joint  une étude 1 qui suggère que la e-cigarette serait une porte d’entrée vers le tabagisme chez les adolescents et qu’elle ne serait pas associée à une réduction du tabagisme dans ces populations. Cette étude réalisée sur une cohorte de plus de 3000 adolescents californiens montre une association entre le vapotage et l’initiation au tabagisme 6 mois plus tard.

Elle montre également un lien entre le vapotage et  la « sévérité » du tabagisme : plus les adolescents vapotaient à l’inclusion, plus ils fumaient de cigarettes et en plus grande quantité 6 mois plus tard.

De plus, si certains déclaraient vapoter dans l’objectif d’arrêter de fumer, le vapotage n’était pas associé à une réduction du tabagisme chez ceux qui fumaient déjà à l’inclusion.

Si ces résultats se confirment, ce sont des éléments importants à prendre en compte pour la réglementation de la e-cigarette chez les jeunes.

Bien cordialement,

1Association of e-Cigarette Vaping and Progression to Heavier Patterns of Cigarette Smoking” JAMA November 8, 2016 Volume 316, Number 18 »

Acte VII, scène 9.

16 novembre 2016. Début d’après-midi. Pluie.  Nous sommes au sein du prestigieux groupe hospitalier de La Pitié-Salpêtrière. Bureau du Pr Bertrand Dautzenberg, spécialiste de pneumologie. Ecran de son ordinateur. Mail en partance vers la Haute Autorité de Santé et forwardé aux différents correspondants :

« La lettre de Leventhal transmise par la HAS repose sur de microscopiques effectifs.  Les données sont très incomplètes car il ne s’agit que d’une lettre. Ainsi la table 2 par exemple montre  qu’il y avait au départ 82 fumeurs d’au moins une cigarette par jour, mais on ne retrouve que 74 « frequent smokers » et si on va dans le groupe ou l’on a l’information sur la vape il n’y a plus que 55 fumeurs fréquents. Dans la table 2, treize des effectifs sont inférieurs à 5 !!!!! bref de microscopiques effectifs utiles.

« De plus l’étude ne dit rien de l’évolution du nombre de fumeurs dans la population globale alors que c’est bien l’objectif de l’action de santé publique chez les jeunes : de diminuer le nombre de fumeurs.

Ce que dit l’étude est ce que disent toutes les études – à savoir  qu’il existe un lien entre Vape et initiation du tabagisme. Mais la direction de ce lien n’est pas établi et de plus peut faire intervenir un tiers  facteur. 

 Par exemple dans l’étude de Paris Sans tabac qui va être présentée à La Rochelle le taux de fumeurs est de 15% chez ceux qui n’ont pas expérimenté l’e-cigarette et de 58,9% chez ceux qui l’ont expérimenté, mais ceci n’empêche en rien d’observer un effondrement du taux de fumeurs de cigarettes en particulier chez les plus jeunes et d’évoquer un effet de compétition de l’e-cigarette avec le tabac chez les plus jeunes et de rendre peu probable la théorie de la porte d’entrée.

Au Congrès E-cig 2016 des 1er et 2 décembre quatre publications d’études  venant de Finlande, d’Angleterre, de France et du Pays de Galles, vont toutes dans le même sens. Les effectifs de ces études incluent infiniment plus de fumeurs que ne le fait la lettre de Leventhal. »

Le Pr Dautzenberg invite celles et ceux qui veulent en savoir plus à venir au « Congrès E-cig 2016 ». Acte VII, scènes 9, 10 et 11. Il faudra, pour cela, quitter Paris et Saint-Denis pour gagner La Rochelle. Il existe des trains directs. Mieux vaut, désormais, réserver.

A demain