Cigarette électronique contre Champix® : voici nos réponses à quelques méchantes critiques

Bonjour

Nous traitions ici même, il y a quelques heures de l’étude ECSMOKE ; étude lancée en octobre dernier financée par des deniers publics (un million d’euros) ayant pour objectif d’évaluer l’efficacité de la cigarette électronique (avec ou sans nicotine) par rapport à un médicament « aidant au sevrage tabagique » (varénicline, Champix®). Et nous nous interrogions sur les difficultés rencontrée par ses promoteurs pour recruter un minimum de 650 personnes volontaires « fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer ». Et ce en dépit de la publicité faite sur le sujet par l’AP-HP.

Deux critiques n’ont guère tardé. Tout d’abord celle, courtoisement formulée sous forme de commentaire, d’Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière, AP-HP) coordinateur de cette étude :

« Cher Jean-Yves Nau,
Comme je vous ai déjà écrit, je veux bien présenter cette étude et ses enjeux à tous ceux qui s’y intéressent. Je refuse toute critique de la part des personnes qui ne connaissent pas ses détails méthodologiques.
Vous écrivez votre blog mais vous ne répondez jamais à ma demande de discussion ouverte.
C’est facile d’être négatif, faire des critiques sans connaitre les détails. Ça fait lire votre blog.
Par ailleurs, notre recrutement est excellent, nous souhaitons finir l’étude le plus tôt possible pour rendre public les résultats le plus tôt possible – d’où la nouvelle campagne de recrutement.
Ivan Berlin »

Ensuite celle postée sur Twitter, de Bertrand Dautzenberg (Pitié-Salpêtrière, AP-HP): « Contrairement à ce qu’affirme JY Naux [sic] sans vérifie [re-sic] les faits, le recrutement de l’étude ecsmoke fonctionne bien (recrutement plus rapide qu’anticipé). JY Nau insinue qu’il y a des conflits d’intérêts, c’est faux, merci à lui de préciser ou de se rétracter. »

Nos réponses

1 Le recrutement. Nous écrivions, en citant nos sources, qu’il manquait encore à cette étude lancée en octobre dernier  plus de 500 personnes sur les 650 nécessaires. Ivan Berlin et Bertrand Dautzenberg affirment l’un que le « recrutement est excellent », l’autre que ce recrutement « fonctionne bien »  et mieux : qu’il est « plus rapide qu’anticipé ». Dont acte.

Questions : Quel était le plan initial de recrutement ? Où en est-il précisément ? Quelles sont les modalités de la « nouvelle campagne de recrutement ? Quand cette étude sera-t-elle terminée ? Quand les résultats seront-ils rendus publics ?

Précisons qu’en octobre nous avions, sur ce blog, donné toutes les précisions pour aider les personnes intéressées à s’informer et, le cas échéant, à participer à cette étude.

2 Le conflit d’intérêt. Nous n’ « affirmons » ni n’ « insinuons ». Nous parlons d’une étude « potentiellement grevée de conflits d’intérêts » ; et ce en renvoyant à deux papiers publiés sur ce blog (l’un le 14 octobre 2018, l’autre le 17 octobre 2018) comportant des éléments permettant de soulever la question au regard de la promotion faire pour le Champix® de la multinationale pharmaceutique Pfizer. Ivan Berlin nous avait alors répondu fort courtoisement :

« Cher M. JY Nau, Je suis très content qu’un journaliste de renom comme vous s’intéresse à l’épidémie tabagique et au sevrage tabagique. Toutefois, il me semble que vous n’étiez pas présent à cette conférence de presse, en tout cas je ne vous ai pas vu. C’aurait été enfin une occasion de se parler et d’aborder plusieurs sujets dont vous écrivez. A votre disposition. »

A quel titre devrions-nous, dès lors, nous « rétracter » ?

3 La méthodologie. Ivan Berlin n’ignore pas qu’ECSMOKE fait l’objet de nombreuses critiques de spécialistes – non du Champix® mais de la réduction des risques et du vapotage.Une partie de ces critiques a été formulées sur ce blog le 31 octobre 2018 (par Sébastien Béziau, Jacques Le Houezec, Patrick Favrel, Jean-Pierre Couteron, William Lowenstein).

Aujourd’hui Ivan Berlin dit « refuser toute critique de la part des personnes qui ne connaissent pas les détails méthodologiques » de cette étude. Tout laisse penser que ces cinq spécialistes sont pleinement au fait de ces détails qui n’ont par aielleurs (et fort heureusement) rien de secret. Pourquoi se refuse-t-il, dès lors, à répondre à leurs critiques ?

4 L’absence de réponse. « Vous écrivez votre blog mais vous ne répondez jamais à ma demande de discussion ouverte » nous écrit Ivan Berlin. Nous prenons bonne note ce cette demande – la première après le commentaire du 17 octobre dans lequel M. Berlin expliquait être à notre disposition. Il sait, depuis, que notre blog lui est ouvert. Comme il l’est à Bertrand Dautzenberg.

5 L’audience de notre blog. « C’est facile d’être négatif, faire des critiques sans connaître les détails. Ça fait lire votre blog ». Le propos nous semble quelque peu excessif. S’il est, de fait, aisé d’être dans la négativité il nous semble connaître assez bien les détails du sujet.

Quant à l’audience de notre blog, elle est effectivement très nettement en pointe dès lors que nous traitons des questions médicales et politiques relatives à la cigarette électronique et à la réduction des risques. Faudrait-il se flageller ? Où se féliciter de voir là un symptôme de l’intérêt général pour ces questions – une donnée qui ne peut que nous inciter à persévérer. En cherchant, merci Sénèque, à éviter les erreurs et sans jamais diaboliser.

Bien cordialement

A demain

@jyanu

80 km/h et e-cigarette : Edouard Philippe va-t-il sauver des vies ou remplir des caisses ?

Bonjour

Les a -t-il lui-même écrites, ces lignes qui disent tant du politique et de la santé publique ? Edouard Philippe, Premier ministre rendait ce lundi 8 avril les premières conclusions du Grand Débat National. Il est revenu à cette occasion sur sa mesur-polémique : « l’abaissement de la limitation de la vitesse sur les routes ». À cette occasion, le chef du gouvernement a publiquement regretté la « défiance » qui a accompagné l’instauration des 80 km/h sur les routes secondaires.

On peut voir et entendre Edouard Philippe ici.

« Parfois la bonne fois ne suffit pas. La bonne foi, c’est celle qui m’a par exemple conduit à instaurer les 80 km/h, parce que je ne pouvais pas accepter l’hécatombe quotidienne qui brise des vies, des familles, des existences … Je voulais sauver des vies, on m’a accusé de vouloir remplir des caisses…

« Je ne me résigne pas à abandonner cette ambition en matière de sécurité routière. C’est une grande politique publique au service de nos concitoyens, elle est indispensable

« Mais je dois apprendre à composer avec l’incompréhension ou le rejet de certains de nos concitoyens. Renouer avec une forme de confiance c’est le grand défi de notre génération politique. »

Où l’on redoute de comprendre : que signifie « ne pas se résigner à abandonner » mais aussi, en même temps,  « apprendre à composer » ? C’est poser, simplement l’équation générale de la politique de réduction des risques. Elle vaut tout particulièrement pour les 80 000 morts prématurées annuelles du tabagisme . Oublions Agnès Buzyn. Quand Edouard Philippe s’emparera-t-il, enfin, de la promotion de la cigarette électronique ?

A demain

@jynau

 

Tabagisme : combien de temps encore le buraliste sera-t-il «fier de sa carotte rouge» ?

Bonjour

Dernières nouvelles du front tabagique : les prix montent, les ventes officielles diminuent légèrement tandis que la contrebande augmente. Un grand classique du commerce des produits addictifs qui ne sont pas illicites. Dans ce contexte les chiffres du « nombre de fumeurs » avancés par les autorités sanitaires n’ont guère de signification – sinon celle d’afficher l’efficacité de la politique mise en œuvre visant à « un paquet à 10 euros en 2020 ».

 Reste une certitude : les conséquences de la baisse des ventes officielles sur les 24 500 débits de tabac de l’Hexagone.   Peut-on d’ores et déjà comparer l’avenir des buralistes à celui des sidérurgistes ? Les prix augmentent et les médias interrogent Philippe Coy, dynamique président de la Confédération des buralistes. Lemondedu tabac.com a repris ses dernières déclarations sur France Info. Propos édifiants quant à l’écartèlement de ces débitants :

France Info  : L’objectif annoncé est le paquet de cigarettes à 10 euros en 2020. Cela vous inquiète ?

Philippe Coy : Cela fait du tort au réseau (des buralistes) : les volumes (des ventes de paquets de cigarettes( se retrouvent impactés, la fréquentation de nos magasins aussi. On peut être totalement favorable au plan de santé mis en place par le gouvernement, mais aujourd’hui, un paquet à un prix aussi élevé reste pour nous un souci puisque nous avons le prix le plus élevé de l’Europe occidentale. L’année dernière, le volume a été impacté de 9,3 % : c’est toujours des fréquentations de clients en moins et si on peut comprendre cette politique, il est important pour nous que le dispositif européen soit plus performant, puisque la santé de tous les Européens doit compter et l’Europe n’est pas protectionniste dans ce domaine-là.

Accompagner la santé publique grâce à la cigarette électronique

F. I. : Vous comprenez cet objectif de santé publique ?

P.C.: Personne n’est contre la santé publique. La hausse de la fiscalité ne doit pas être le seul outil pour lutter contre le tabagisme: il devrait y avoir plus d’éducation, plus de prévention. Aujourd’hui, il y a 24 500 entrepreneurs qui peuvent être inquiets. Nous avons lancé un grand plan de transformation, nous accompagnons la santé publique à travers le dispositif de vapotage, mais le prix ne doit pas être le seul argument.

F.I.  : Vous faites une croix sur le tabac ?

P.C. : Non, je suis très fier de ma carotte rouge 1 devant mon établissement. Je m’adapte aussi aux usages des consommateurs parce que quand on fait du commerce, c’est bien pour répondre aux besoins des consommateurs.

Il est évident que notre métier principal, notre ADN, est autour de la vente du tabac, des produits de vapotage, des produits de services. Je suis commerçant et quand un réseau accueille chaque jour 10 millions de Français, il est nécessaire de s’adapter aux comportements de nos clients. Pour demain, il faut que nous proposions plus de services, plus de proximité, plus d’offres pour que le Français puisse nous fréquenter toujours aussi régulièrement.

 A demain

@jynau

1 La « carotte », c’est d’abord le nom donné à cette enseigne rouge que l’on trouve à l’entrée de tous les bureaux de tabac. C’est une obligation légale : tous les buralistes sont obligés d’arborer cette signalétique depuis 1906 , pour indiquer qu’ils vendent du tabac. Elle a d’ailleurs beaucoup évolué : elle n’était pas nécessairement rouge à l’origine, parfois marron. « Aujourd’hui, elle doit être obligatoirement lumineuse » affirme France Bleu. Pourquoi ?

L’une des explications souvent entendues au sujet de l’origine de ce symbole est que la carotte permet une meilleure conservation du tabac. Mettre un morceau de carotte dans un pot à tabac permet de le maintenir frais, c’est vrai… Mais ce n’est pas la véritable explication. Mais alors, d’où vient la forme et le nom de cette enseigne ? C’est une évocation de la vente du tabac telle qu’elle se faisait au XVIe siècle : à l’époque, le tabac était vendu en feuilles, que l’on mâchait ou que l’on fumait .

Or ces feuilles n’étaient pas rassemblées en paquets, mais en petits rouleaux ficelés… ressemblant à des carottes ! De plus, pour consommer ces rouleaux de tabac, le fumeur (ou le mâcheur) devait le râper, comme une carotte ! Depuis, l’usage du tabac, désormais tassé dans des cigares ou des cigarettes, a changé, mais le symbole de la carotte est resté.  Pour France Bleu, cette carotte « enseigne culte » fait partie du patrimoine français.

Tabagisme : pour y entrer, les ados français n’ont pas besoin de cigarette électronique

Bonjour

Qui s’en souvient ? Il y a cinq ans, jour pour jour, François Hollande, président de la République lançait solennellement, à la Maison de la Chimie,  le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer et confiait à Marisol Touraine, ministre de la Santé, le soin d’élaborer un « Programme national de réduction du tabagisme ». Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»

On sait ce qu’il en résulta. A commencer par un invraisemblable (et coupable) déni ministériel (et gouvernemental) du levier sanitaire que représentait, déjà, la cigarette électronique en tant qu’outil de réduction des risques tabagiques.

Cinq ans après, jour pour jour. C’est une information qui (pourquoi ?) a bien du mal à émerger : « Plus d’un ado sur deux a déjà testé la cigarette électronique » (RMC-BFM-TV). Une information qui, paradoxalement, semble gêner ceux qui la produisent. Une information reprise sur  le site des buralistes français : plus d’un adolescent de 17 ans sur deux (52 %) a déjà expérimenté la cigarette électronique, soit un pourcentage voisin de ceux qui ont expérimenté la cigarette de tabac (59 %). Ce sont là les premiers résultats d’une étude de l’Inserm, financée par la Ligue contre le Cancer, dans le cadre du programme dit « PETAL » 1 .

« Alors qu’un quart des jeunes de 17 ans fument tous les jours, seulement 2 % d’entre eux vapotent quotidiennement, et un sur six occasionnellement. Cette nouvelle étude semble écarter l’hypothèse d’une porte d’entrée du vapotage dans le tabagisme. Les jeunes de 17 ans qui testent la cigarette électronique ont déjà expérimenté le tabac auparavant. C’est toujours le tabac qui vient en premier et pas l’inverse.

 « La baisse de consommation de tabac chez ces ados ne serait pas plus liée à la cigarette électronique : 63 % des jeunes vapoteurs sont aussi des fumeurs réguliers ou quotidiens de cigarette. L’e-cigarette se cumulerait avec d’autres comportements à risque, tabac mais alcool et stupéfiants. S’il y a autant de filles qui fument des cigarettes que de garçons, toujours à 17 ans, les garçons ont davantage tendance à vapoter (21 % d’entre eux le font occasionnellement contre 13 % des filles). Autant de pistes et de données que les chercheurs vont continuer à approfondir, sachant que la vente de la cigarette électronique est interdite aux moins de 18 ans. »

Incurie gouvernementale et présidentielle

Tout ou presque est dit, ici, de l’incurie gouvernementale récurrente face à ce fléau. A commencer par l’exposé officiel du contexte dans lequel s’inscrit l’étude PETAL (nous soulignons):

«  Compte tenu des lourdes conséquences sanitaires du tabagisme et du potentiel addictif des produits du tabac, sa consommation par les adolescents et les jeunes adultes constitue un enjeu primordial de santé publique. En France, le Programme National de Réduction du Tabagisme 2014-2019 vise en premier lieu la prévention de l’initiation tabagique chez les adolescents. Au cours de la dernière décennie, certaines mesures de lutte contre le tabagisme étaient spécifiquement destinées aux jeunes, comme l’interdiction de fumer dans les établissements scolaires en 2007, l’interdiction de vente de tabac étendue à l’ensemble des moins de 18 ans en 2009 et la mise en place du paquet neutre. Dans la mesure où des évaluations robustes n’ont pas été systématiquement menées, les décideurs disposent de peu d’éléments permettant de savoir si ces mesures ont été efficaces. »

Ce projet de recherche inclut notamment deux objectifs : évaluer l’efficacité et l’équité de l’interdiction de vente de tabac aux moins de 16 ans puis aux moins de 18 ans, comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France.

« L’utilisation de l’e-cigarette chez les jeunes s’est rapidement développée ces dernières années. Plusieurs études récentes ont évoqué son possible rôle dans l’initiation tabagique. Dans le cadre de la prévention du tabagisme des jeunes, il apparaît donc important de comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France. »

Les premiers résultats officiels sont donc là, qui confirment mille et une observations ponctuelles. Combien faudra-t-il encore d’années avant que les autorités sanitaires et politiques françaises acceptent la réalité, organisent et amplifient des stratégies de réduction des risques tabagiques, se plient à la loi du pragmatisme ? Combien de temps, en un mot, avant que l’actuel président de la République, champion de la prévention avant de prendre la place de François Hollande, accepte de prendre modèle sur la politique britannique ?

A demain

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

L’exploitation politique de la baisse des quantités de cigarettes livrées aux buralistes

Bonjour

Comme un gentil parfum de « village Potemkine » – construction factice dans laquelle l’imminent « Mois sans tabac » aurait remplacé la visite de l’impératrice Catherine II dans la Crimée de 1787.  Avec, en lieu et place du ministre russe Grigori Potemkine, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA). Extraits du dernier message de cette mission qui ne parvient toujours pas à ficeler le Plan qui justifie et conditionne son existence :

« Au cours du 3ème trimestre 2018, à nombre de jours de livraison constants et par rapport au 3ème trimestre 2017, les quantités de cigarettes livrées aux buralistes sont marquées par un net recul (à l’instar des deux précédents) : – 10 % pour les cigarettes et – 8 % pour le tabac à rouler. Cette diminution des ventes dans le réseau buraliste français s’explique toujours par la hausse de prix intervenue le 1er mars 2018. 

« À l’inverse, suivant là encore la tendance du début d’année, les ventes de traitements pour l’arrêt du tabac progressent de presque 25 % à jours constants, toujours portées par le marché des timbres transdermiques et du Champix® (respectivement + 73 % et + 52 %). Cette évolution résulte très probablement du meilleur remboursement des prescriptions de substituts nicotiniques (forfait de 150 euros par an et passage progressif en 2018 au remboursement à 65 % par la Sécurité sociale). Concernant le forfait, près de 125 000 personnes en ont bénéficié au 2ème trimestre 2018, soit moitié plus qu’à la même période en 2017. Enfin, les appels gérés par les tabacologues de Tabac info service ont augmenté de 17 %.

« En cumul sur les neuf premiers mois de l’année et à jours constants par rapport à la même période en 2017, les ventes de cigarettes et de tabac à rouler ont baissé dans les mêmes proportions (- 10 %) alors que les traitements pour l’arrêt sont en hausse de 22 %. Par ailleurs, les appels à la ligne téléphonique Tabac info service ont augmenté, autant en premier niveau (information : + 7 %) qu’en deuxième niveau (tabacologues : + 11 %). »

Maquillage de la vérité

A la veille de la Révolution française, accompagnant l’impératrice russe, on trouvait le prince Charles-Joseph de Ligne. Ce dernier, dans sa correspondance avec la marquise de Coigny, rapporta ce qu’il en était, en Crimée, du maquillage de la vérité. Aujourd’hui Patrick Favrel, spécialiste référent réputé dans le champ de la « réduction des risques» :

« Le ‘’Mois Sans Tabac’’ est parfaitement marketé et orchestré par le ‘’Tableau de bord Tabac’’ de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Les clés du succès sont dues exclusivement à la Politique du Ministère : Augmentation des prix & Remboursements des substituts nicotiniques, associés aux bons & loyaux services de Tabac Info Service.

« Au plan institutionnel il est hors de question d’accepter de quelque façon que ce soit la contribution de la vape à la diminution du tabagisme. C’est une ligne de conduite qui est alignée sur la position qu’avait eu Marisol Touraine de 2012 à 2017. La lutte contre le tabagisme et ses succès ne concernent que le Ministère & ses services : Santé Publique France, Tabac Info Service.

« La vape, quand elle parvient à s’exprimer et à revendiquer sa contribution ne sera jamais qu’un épiphénomène. Et si l’on en voulait encore une preuve, il suffit de se reporter à la subvention magnanime accordée aux associations Aiduce & Sovape. On est ici dans une posture parfaitement macronienne. Une conduite psychorigide qui masque une méconnaissance du sujet.

« Hors du corps médical & pharmaceutique en France, point de salut & le lobby de Big Pharma est omniprésent. Si l’on devait être plus trivial ou mercantile, mieux vaut 150 € remboursés pour les substituts nicotiniques que 150€ dépensés par un fumeur en e-liquide et vaporisateur. Pour l’institution toute comparaison avec le Stoptober britannique est à écarter. Circulez, il n’y a rien à voir, rien à apprendre de cette pragmatique expérience. Quel sera le journaliste & le média qui interpellera Agnès Buzyn sur le sujet ? ».

Voilà qui est fait.

A demain

@jynau

 

Cigarette électronique : l’OMS sera bientôt accusée d’entrave à la réduction des risques

Bonjour

 Pour la première fois, plusieurs associations et dirigeants de l’industrie du vapotage 1, issus d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Australie s’unissent pour faire entendre leur voix et rappeler le rôle du vapotage dans la réduction du nombre de fumeurs. À cette occasion, elles lancent un appel à̀ l’OMS et lui demandent de clarifier sa position sur le vapotage. Voici leur communiqué de presse :

« Le groupe de lutte antitabac de l’OMS se réunira pour la 8ème session de la Conférence des parties (COP8) à Genève (1-6 octobre) dans le but de formuler des recommandations en matière de règlementation des produits du vapotage. Or à ce jour, la position de l’OMS apparaît contradictoire : d’un côté́, elle reconnaît le potentiel du vapotage pour faire reculer le nombre de fumeurs, mais d’un autre côté́ elle a estimé́ en 2016 qu’il était légitime pour les États d’interdire la commercialisation de produits de vapotage dans le cadre de plans de lutte contre le tabagisme.

 « Plusieurs États signataires de la Convention, notamment le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, encouragent activement les fumeurs à passer à la cigarette électronique dans une optique de réduction des risques. D’autres, comme l’Australie, les Émirats Arabes Unis ou les Philippines envisagent de lever l’interdiction du vapotage.

Les treize organismes représentatifs du vapotage craignent qu’une position floue voire négative de l’OMS encourage de nouveaux interdits, compromettant ainsi les avancées réalisées dans ces différents pays, au risque de porter préjudice aux efforts conduits en matière de santé publique.

Les treize associations signataires 2 appellent le groupe de lutte antitabac de l’OMS :  à reconnaître le rôle du vapotage dans les politiques de réduction des risques ; à s’abstenir d’encourager les gouvernements à interdire le vapotage ;  à tirer pleinement partie du potentiel du vapotage en matière de santé publique, en séparant clairement dans les discours comme dans la réglementation les produits du tabac et le vapotage. »

Pour l’heure il semble impossible de savoir qui représentera la France à Genève…

Tout cela n’a que trop duré. Si, comme on peut le craindre, rien ne change, l’OMS sera bientôt accusée d’entrave à la réduction des risques tabagiques. Les preuves s’accumulent. Et l’on peut d’ores et déjà commencer à dresser le bilan, catastrophique,  de cette inaction planétaire. Certains s’y emploient.

 A demain

 1 Certaines ont aussi (et surtout) des marchands de tabac (à commencer par France Vapotage) ce qui complique notablement la lecture de cette démarche.

2 ANAFE / Confindustria (Italie) ; Asian Vape Association / AVA (Asie) ; Australian Taxpayers’ Alliance / ATA (Australie) ; Australian Vaping Advocacy, Trade and Research / AVATAR (Australie) ; Canadian Vaping Association (Canada) ; Global Vaping Standards Association / GVSA (États-Unis) ; France Vapotage (France) ; Koora Elektronické Kouřeni / KELK) (République Tchèque) ; Malaysia E-Vaporizers and Tobacco Alternatives / MEVTA (Malaisie) ; Philippine E-Cigarette Industry Association / PECIA (Philippines) ; Udruga Korisnika Osobnih Isparivača / CROHM (Croatie) ; Vape Business Ireland / VBI (Irlande) ; Vaping Trade Association of New Zealand / VTANZ (Nouvelle-Zélande) ; Verband des eZigarettenhandels / VdeH (Allemagne)

Politique :  le paquebot Tobacco  se lance à l’abordage des esquifs français du vapotage

Bonjour

Cinq ans après la Révolution des volutes est-elle en grand danger ? La création de « France Vapotage » pourrait le faire craindre. Il s’agit ici, nous dit le site des buralistes, d’une « fédération professionnelle » créée par « des fabricants de produits du vapotage opérant en France ». Objectif : « défendre leurs intérêts et faire la promotion de la cigarette électronique comme ‘’outil de sortie du tabac’’ ».

 Pour un peu on applaudirait à la naissance de ce lobby. Mais la vérité, comme souvent, est un peu plus compliquée. Surtout quand on découvre que parmi les six membres fondateurs on retrouve  les géants cigarettiers  British American Tobacco, Imperial Brands et Landewyck – accompagnés de deux fabricants de produits pour cigarettes électroniques et d’une boutique spécialisée.

C’est là un symptôme : les crocodiles ont saisi que le vent commençait sérieusement à tourner.  Aujourd’hui, plus de deux millions de Français vapotent – un  chiffre est en constante progression. « Forts de ce constat, des fabricants de produits du vapotage opérant en France ont souhaité́ s’unir pour organiser et structurer leur secteur d’activité » expliquent, ouvertement, France Vapotage. Et de se donner une mission : « instaurer, auprès de l’ensemble des parties prenantes, publiques et privées, françaises et européennes, tout échange constructif propre à̀ servir les intérêts du vapotage ». Voilà qui est clair. Et pour la France ?

« Les objectifs sont de permettre le développement responsable de la filière, de promouvoir le vapotage comme outil de sortie du tabac, d’informer et défendre les consommateurs actuels et futurs. Notre Fédération a vocation à̀ rassembler et organiser la filière en France car nous sommes pleinement conscients des enjeux économiques et sanitaires majeurs portés par notre secteur d’activité́. Avec cette structure, nous voulons créer les conditions optimales du dialogue entre nos membres comme auprès de toutes les autres parties prenantes : entreprises, pouvoirs publics, communauté́ scientifique et consommateurs.»

Un siège unique pour fumer et vapoter

On peut le dire autrement : France Vapotage entend faire entendre ses intérêts auprès des pouvoirs publics français qui ont toujours fermé leur porte aux militants novateurs et financièrement désintéressés de la Révolution des volutes. C’est bel et bien à cette aune qu’il faut décrypter le discours de France Vapotage qui s’attachera à « créer les conditions du dialogue entre la filière et les pouvoirs publics », à « développer une campagne de sensibilisation avec les pouvoirs publics » ou à « simplifier les règles relatives au vapotage dans les espaces à usage collectif ».

Un France Vapotage muet, par définition, sur la lutte contre la consommation de tabac. Depuis leur Celtique les buralistes observent que les boutiques indépendantes de cigarettes électroniques se sont regroupées au sein du Syndicat interprofessionnel des indépendants de la Vape (Si2V). Il faut aussi compter avec la Fivape (Fédération Interprofessionnelle de la Vape) l’Aiduce  (Association Indépendante Des Utilisateurs de Cigarette Électronique) et l’historique et irremplaçable association Sovape.

Courageuse Sovape « qui  a pour but de développer, défendre et promouvoir une culture de réduction des risques et des dommages associés aux usages des produits fumés en général et du tabagisme en particulier ». « France Vapotage (dont le siège se trouve à la même adresse que British American Tobacco France) aura-t-elle de meilleures chances que nous d’obtenir des rendez-vous avec le gouvernement, en particulier avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé qui reçoit régulièrement les buralistes » interroge, amer, Sebatien Béziau, vice-président de Sovape.

M. Béziau, comme nombre des spécialistes de la réduction des risques (et donc, par définition, indépendants de l’industrie du tabac), dénonce une nouvelle fois la disparition, de fait, du « Groupe de travail vapotage » qu’était parvenu à mettre en place le Pr Benoît Vallet, ancien Directeur général de la Santé – et ce en dépit des allergies de Marisol Touraine vis-à-vis de la cigarette électronique. Agnès Buzyn n’a pas souhaité prolonger la survie de cette une structure originale entre deux mondes étrangers. Et le successeur de Benoît Vallet ne semble nullement intéressé par ce levier – un levier politique qui aiderait à la réduction de la première cause évitable de mortalité prématurée.

Découvrira-t-on, grâce à France Vapotage, les causes véritables de l’étrange désintérêt pour la e-cigarette du pouvoir exécutif français ?

A demain