Prévention : Emmanuel Macron désespérément sec sur l’alcool, le tabac et la e-cigarette

 

Bonjour

François Fillon à la peine, Emmanuel Macron en lévitation : les gazettes ont fait une croix sur les sondages. Elles scrutent désormais les girouettes. On en veut à Fillon d’avoir (presque) caché qu’il avait un manoir, des hectares et des fermiers au bord de la Sarthe. On s’inquiète de l’entendre, dans un mouvement réflexe, (re)dire qu’il est chrétien quand on le cherche sur la Sécurité Sociale.

Face à lui, un ange passe. Emmanuel Macron visitait hier l’hôpital Pierre-Bérégovoy de Nevers. A la clef, un discours fondateur sur ses visions quant à la santé. Deuxième meeting de campagne, des dizaines de journalistes et, au total, « une salle comble de près de mille personnes »… à Nevers… en hiver. Tout nous est rapporté par le site Egora : « Déserts, rémunérations, hôpital… Découvrez le programme santé de Macron ».

« Il a annoncé vouloir intensifier la prévention et modifier le mode de rémunération des médecins. Il souhaite encore ouvrir le numerus clausus et doubler le nombre de maisons pluridisciplinaires de santé. Enfin il veut transformer l’hôpital et généraliser la vente de médicaments à l’unité. »

Rester sur sa faim

Salle électrisée ou pas on reste sur sa faim. Emmanuel Macron, dit-on, séduit les « jeunes ». Il mettra en place un « service sanitaire de trois mois pour tous les étudiants en santé » :

« Ils auront au moins trois mois d’action de prévention. Ils iront dans les écoles, sensibiliser sur le tabac, dans des Ehpad, dans des quartiers défavorisés. Ce service pourra concerner plus de 40 000 étudiants chaque année, et cela ne coûte pas un euro de plus. Ils seront ainsi responsabilisés. »

Attendons. Et qu’en est-il de ce grand « chantier de la prévention » ? On en reste aux généralités exprimées dans un langage nouveau, hors-sol, aérien. La prévention ? Elle « doit permettre de faire de la prochaine génération, la première génération sans tabac ». C’était, déjà le propos tenu par Marisol Touraine il y aura bientôt trois ans lorsqu’elle lança, à la demande de François Hollande, le « programme national de réduction du tabagisme ». Echec radical.

Formons nos bataillons

Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française lorsque François Hollande lança, le 4 février 2014, ce programme. Il était ministre de l’Economie quand Marisol Touraine tenta de le mettre en œuvre- contre la volonté des ministères de Bercy opposés à une augmentation des prix.

Pas de plus beau sujet que le tabac quand on veut parler de santé et de prévention (80 000 morts prématurées par an, première cause de morts évitables). A Nevers Emmanuel Macron n’a pas parlé de politique de réduction des risques. Il n’a pas eu un mot pour la cigarette électronique.

C’était, déjà, la fin. « Les vraies réformes, nous ne les ferons pas contre les Français, en réduisant leurs droits, mais en donnant une place à leur énergie, en la faisant réussir sur nos territoires. (…) Je veux que nous soyons fiers de notre santé, de ce qu’elle doit être au 21ème siècle » a conclu Emmanuel Macron sous les applaudissements. Puis, à Nevers, La Marseillaise fit ce qu’elle sait faire: retentir.

A demain

 

 

Incurie du quinquennat : la France est une très grande malade européenne du tabac.

Bonjour

Voici bientôt venu le temps des inventaires sanitaires. Pour l’heure voici le rapport conjoint publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne. Deux cents pages qui compilent de multiples indicateurs sur l’état de santé des populations des 28 pays de l’Union européenne et l’accès aux soins : « Panorama de la santé 2016 ». Dans Le Monde notre consœur Pascale Santi en livre une petite synthèse claire-obscure :

Claire : « Les Français vivent en moyenne plus vieux que les habitants des autres pays européens. L’espérance de vie les place dans le peloton de tête, derrière l’Espagne, l’Italie et la Suisse, avec une moyenne – hommes et femmes confondus – de 82,8 ans, contre 80,9 ans chez nos voisins. A l’échelle du continent, les femmes vivent plus longtemps (83,6 ans) que les hommes (78,1), avec un plus fort écart en France (86 ans d’espérance de vie pour les femmes contre 79,5 ans pour les hommes). »

Obscure : « Si la France est reconnue pour la qualité de son système de soins, la prévention reste le parent pauvre, avec seulement 1,9 % des dépenses de santé allouées, contre une moyenne de 3 % pour les pays de l’Union européenne. Les facteurs de risque y sont plus élevés. Le tabagisme a certes diminué dans l’Hexagone ces dernières années, mais reste à des niveaux plus élevés que la moyenne en Europe. En effet, la France compte 22,4 % de fumeurs quotidiens (des études françaises parlent de 28 %), presque le double qu’en Suède (12 %) et bien plus qu’au Royaume-Uni (18 %), selon les chiffres de l’OCDE. De même, en France, près d’un adolescent sur cinq déclare fumer au moins une fois par semaine (un sur sept dans les pays de l’UE). »

Bilans du quinquennat

Viendra, bientôt, le temps des bilans du quinquennat. On prendra alors la mesure de l’incapacité chronique du politique à peser sur la « première cause évitable de morts prématurées ». Une illustration parfaite de l’incurie, ce manque total de soin ou d’application dans l’exercice d’une fonction ou dans l’exécution d’une tâche. Le bilan sera ici d’autant plus cruel que le président de la République avait, en personne, lancé un « Plan national de réduction du tabagisme » solennellement confié à sa ministre de la Santé.

C’était il y aura bientôt trois ans. Des annonces ministérielles à répétition. Des velléités d’action (« paquet neutre ») mais sans l’appui d’une volonté présidentielle et gouvernementale d’augmentation soutenue et constante des prix. Et, au final, aucun résultat – alors même que d’autres pays (l’Australie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis) démontrent aujourd’hui au reste du monde que l’on peut progresser dans la lutte contre l’esclavagisme de l’addiction tabagique.

Le bilan sera plus cruel encore quand on prendra la mesure que la ministre de la Santé a, de manière réitérée, refusé d’user du levier « cigarette électronique », outil qui démontre jour après jour son efficacité dans une optique politique de réduction des risques. Combien, à l’avenir, de morts prématurées évitables et qui ne l’auront pas été du fait de l’incurie.

A demain

Les buralistes sont les «boucs émissaires» de la lutte contre le tabagisme (Alain Juppé)

 

Bonjour

Aujourd’hui la France de la droite (et du centre) vote.  Et il faut imaginer le buraliste français heureux. Son site en témoigne  qui reproduit le message que vient de lui adresser  Alain Juppé:

« (…) Je connais bien les sujets qui occupent l’actualité de votre profession (paquet neutre, concurrence déloyale du marché parallèle, hémorragie du réseau des buralistes, etc.) et qui font peser des incertitudes sur l’avenir de votre profession. Je partage votre inquiétude. Vos commerces sont accablés de charges, de normes et de contraintes, qui les empêchent de se développer et les mettent parfois en péril. Il faut soutenir les buralistes qui contribuent au dynamisme de notre économie et à la vitalité de nos territoires, notamment ruraux (…)

 « Je regrette les augmentations de taxes sur le tabac décidées par le gouvernement sans concertation préalable avec les buralistes, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2017. Si je suis élu, je m’engage à ce qu’aucune augmentation du prix du tabac ne soit décidée au détour d’une loi de finances, sans qu’une concertation et un plan n’aient été travaillés et arrêtés en amont avec les professionnels.

« Les buralistes doivent aussi cesser d’être les boucs émissaires des plans de lutte contre le tabagisme. Bien entendu, il nous faut mener une ambitieuse politique de santé publique et de prévention, notamment auprès des plus jeunes. Mais elle ne peut consister à culpabiliser et à montrer du doigt votre profession. Je souhaite que vous soyez davantage associés aux politiques de santé publique et que vous deveniez des partenaires sur ces sujets. »

 Bouteille de vin neutre

 La veille c’était Nicolas Sarkozy qui flattait le même buraliste.

 « Alors que dans quelques jours, le 20 novembre, vous allez devoir affronter l’arrivée brutale du paquet neutre, je souhaitais réitérer mon soutien à votre profession qui, durant ces cinq dernières années, a été mise à mal et stigmatisée sans relâche … Et ce n’est pas le nouveau contrat d’avenir qui vient d’être signé, qui manque cruellement d’ambition, qui va vous apporter les réponses que vous attendez.

« Le paquet neutre est une mesure stigmatisante pour votre profession et vos commerces, qui a été adoptée sans considération aucune pour le rôle de lien social essentiel que vous jouez dans nos territoires (…)

Accepter le paquet neutre aujourd’hui reviendrait à accepter les bouteilles de vin neutres demain ; et il en serait fini de nos appellations. Je m’oppose à cet acharnement permanent dont vous faites l’objet et souhaite pour le futur un apaisement des relations entre l’Etat et ses préposés que vous êtes ; il faut mettre fin à l’hypocrisie du discours actuel. »

 Nul ne sait (encore) ce que pense Macron Emmanuel de ce sujet majeur de santé publique. On l’attend notamment sur la cigarette électronique.

A demain

« Cigarette électronique, entrée sur le tabac ». Théâtre français (acte VII, scènes 8 et 9)

Bonjour

Acte VII, scène 8.

16 novembre 2016. Fin de matinée. QG de la « Veille e-cigarette ». Haute Autorité de Santé, Saint-Denis. France. Mail adressé aux responsables de la Direction Générale de la Santé, à l’Agence nationale de sécurité des médicaments, du ministère de la Santé ainsi que de différentes associations luttant contre le tabagisme et pour la cigarette électronique come outil de la réduction des risques.

« Objet : Veille e-cigarette: étude sur le lien entre vappotage (sic) et tabagisme chez les jeunes

Bonjour à tous,

Ci-joint  une étude 1 qui suggère que la e-cigarette serait une porte d’entrée vers le tabagisme chez les adolescents et qu’elle ne serait pas associée à une réduction du tabagisme dans ces populations. Cette étude réalisée sur une cohorte de plus de 3000 adolescents californiens montre une association entre le vapotage et l’initiation au tabagisme 6 mois plus tard.

Elle montre également un lien entre le vapotage et  la « sévérité » du tabagisme : plus les adolescents vapotaient à l’inclusion, plus ils fumaient de cigarettes et en plus grande quantité 6 mois plus tard.

De plus, si certains déclaraient vapoter dans l’objectif d’arrêter de fumer, le vapotage n’était pas associé à une réduction du tabagisme chez ceux qui fumaient déjà à l’inclusion.

Si ces résultats se confirment, ce sont des éléments importants à prendre en compte pour la réglementation de la e-cigarette chez les jeunes.

Bien cordialement,

1Association of e-Cigarette Vaping and Progression to Heavier Patterns of Cigarette Smoking” JAMA November 8, 2016 Volume 316, Number 18 »

Acte VII, scène 9.

16 novembre 2016. Début d’après-midi. Pluie.  Nous sommes au sein du prestigieux groupe hospitalier de La Pitié-Salpêtrière. Bureau du Pr Bertrand Dautzenberg, spécialiste de pneumologie. Ecran de son ordinateur. Mail en partance vers la Haute Autorité de Santé et forwardé aux différents correspondants :

« La lettre de Leventhal transmise par la HAS repose sur de microscopiques effectifs.  Les données sont très incomplètes car il ne s’agit que d’une lettre. Ainsi la table 2 par exemple montre  qu’il y avait au départ 82 fumeurs d’au moins une cigarette par jour, mais on ne retrouve que 74 « frequent smokers » et si on va dans le groupe ou l’on a l’information sur la vape il n’y a plus que 55 fumeurs fréquents. Dans la table 2, treize des effectifs sont inférieurs à 5 !!!!! bref de microscopiques effectifs utiles.

« De plus l’étude ne dit rien de l’évolution du nombre de fumeurs dans la population globale alors que c’est bien l’objectif de l’action de santé publique chez les jeunes : de diminuer le nombre de fumeurs.

Ce que dit l’étude est ce que disent toutes les études – à savoir  qu’il existe un lien entre Vape et initiation du tabagisme. Mais la direction de ce lien n’est pas établi et de plus peut faire intervenir un tiers  facteur. 

 Par exemple dans l’étude de Paris Sans tabac qui va être présentée à La Rochelle le taux de fumeurs est de 15% chez ceux qui n’ont pas expérimenté l’e-cigarette et de 58,9% chez ceux qui l’ont expérimenté, mais ceci n’empêche en rien d’observer un effondrement du taux de fumeurs de cigarettes en particulier chez les plus jeunes et d’évoquer un effet de compétition de l’e-cigarette avec le tabac chez les plus jeunes et de rendre peu probable la théorie de la porte d’entrée.

Au Congrès E-cig 2016 des 1er et 2 décembre quatre publications d’études  venant de Finlande, d’Angleterre, de France et du Pays de Galles, vont toutes dans le même sens. Les effectifs de ces études incluent infiniment plus de fumeurs que ne le fait la lettre de Leventhal. »

Le Pr Dautzenberg invite celles et ceux qui veulent en savoir plus à venir au « Congrès E-cig 2016 ». Acte VII, scènes 9, 10 et 11. Il faudra, pour cela, quitter Paris et Saint-Denis pour gagner La Rochelle. Il existe des trains directs. Mieux vaut, désormais, réserver.

A demain

Cigarette électronique : la Direction Générale de la Santé va-t-elle en autoriser la publicité ?

 

Bonjour

Il est des dossiers de santé publique qui portent en eux de redoutables dynamiques. C’est le cas de celui de la cigarette électronique. Au rang des dynamiques positives il y a ce jeu de fleuret moucheté entre, d’un côté, le monde de l’addictologie et celui de la vape  et, de l’autre, la Direction Générale de la Santé (Pr Benoît Vallet).

C’est dans ce cadre qu’a été organisée, par #Sovape, une « Consultation publique sur la liberté d’expression concernant le vapotage : propagande, publicité directe et indirecte ». Et le rapport de synthèse de cette consultation a, lundi 14 novembre, été adressé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. Il s’agit ici de nourrir le dialogue avec la DGS et d’argumenter concernant la liberté d’expression sur le vapotage qui avait donné lieu au dépôt d’un recours de 5 associations devant le Conseil d’État.

Le rapport de cette consultation publique est un document anthropologique et politique. Une photographie addictologique, un instantané de la réduction des risques. Extraits:

« La vape s’est répandue dans un premier temps par le bouche à oreille, en l’absence de toute réglementation, un vaste système d’information s’est développé très librement pour répondre aux interrogations des consommateurs sur la santé bien sûr, mais aussi sur les nombreuses autres questions nécessaires  à une bonne pratique : matériels, liquides, techniques et sécurité.

« Découvrant la vape par leurs patients, les professionnels de santé, faute d’informations suffisamment rassurantes des instances de santé publique, se sont aussi nourris de ce système d’information créé par la société civile. La réglementation entrée en vigueur au mois de mai 2016 a initialement été calquée sur celle du tabac. Elle interdit notamment la propagande sans définir le terme. Cette situation risque de circonscrire toute l’information sur la vape aux seules instances officielles de santé.

« Ainsi , les fumeurs très nombreux qui souhaitent arrêter en dehors d’un parcours médical, sont gravement lésés par des interdictions de communication qui pèsent sur les professionnels et les particuliers qui parlent de la vape, des matériels, des liquides et des techniques.  Le consensus est total pour affirmer que les interdictions de publicité et propagande sont absolument contraires à l’expérience vécue jusqu’à aujourd’hui. »

En pratique la question est clairement posée. Les participants à cette consultation estiment indispensable d’obtenir une  modification des articles L3513-4 et L3515-3 du Code de la santé publique – articles qui disposent que « la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur des produits du vapotage est interdite » (100 000 euros d’amende). Modifier la loi n’est pas une simple affaire. Peut-on se contenter, ici, d’une circulaire ?

A demain

Cigarette électronique : elle doit désormais être autorisée dans les hôpitaux publics

 

Bonjour

C’est un appui de poids au service de la réduction des risques. Les troupes et chevau-légers lanciers du « Réseau de prévention des addictions » RESPADD viennent de prendre position sur le terrain (politiquement) brûlant de la cigarette électronique. L’information vient de nous être donnée par le Pr Bertrand Dautzenberg, l’un des rares pneumologues hospitalo-universitaire agissant ici à visage largement découvert.

Il faut ici rappeler que le RESPADD fut à l’origine de la mise en place de la politique Hôpital sans tabac. C’était il y a dix ans. Rappeler aussi qu’il constitue aujourd’hui le plus important réseau d’établissements de santé engagés dans la prévention et la prise en charge des pratiques addictives – et qu’il bénéficie d’une longue expérience de la réduction des risques.

Réduire le tabac

C’est à ces différents titres que ce Réseau  « soutient et accompagne la diffusion de la cigarette électronique comme un outil de réduction du tabagisme à fort potentiel ». Ecoutons les responsables de ce Réseau :

« Les professionnels de santé ont le souci constant d’aider les patients à trouver de nouvelles voies de sortie ou de réduction des risques de leurs addictions. La vape, ou cigarette électronique, apparaît comme un produit non anodin, car contenant le plus souvent de la nicotine, mais également comme un outil de réduction des risques et de sortie du tabagisme quand elle correctement utilisée.

« La vape dans les hôpitaux ne doit pas nuire aux non-vapoteurs et aux non-fumeurs, ni ne doit constituer une incitation à vapoter pour les non-fumeurs. Toutefois, elle doit pouvoir être largement utilisée par les fumeurs, dans le respect des impératifs sus-cités, afin de faciliter l’abandon du tabac. »

Pragmatisme collectif

C’est pour répondre à ces impératifs (et en ayant pris en compte les textes législatifs disponibles en novembre 2016) 1  que le RESPADD formule des recommandations pragmatiques qu’il propose aux établissements de santé – et ce dans un document rendu public ce jour issu d’un consensus d’experts en addictologie 2.

Ce document respecte la législation en vigueur tout en proposant des aménagements des textes, en permettant de créer dans les services de psychiatrie, d’addictologie, de long séjour ou de soins palliatifs, une salle collective dédiée au vapotage. Cette mesure semble en effet préférable aux autres solutions possibles pour certains patients.

Pour le RESPADD il serait souhaitable que les textes d’application de l’article L3513-6 du code de la santé prévoient cette exception à la règle générale. Plus généralement il serait (aussi) souhaitable que celle ou celui qui prendra la suite de Marisol Touraine au ministère de la santé commence à se documenter sur le sujet.

A demain

Article L3513-6. Créé par  Ordonnance n°2016-623 du 19 mai 2016 – art. 1
Il est interdit de vapoter dans : les établissements scolaires et les établissements destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs ; les moyens de transport collectif fermés ; les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif.

2 Pr Nicolas Authier, CHU de Clermont Ferrand ; Dr Michel Bolopion, CSAPA et CHS de Gray ; Dr Nicolas Bonnet, RESPADD ; Dr Anne Borgne, RESPADD et CSAPA Victor-Segalen de Clichy-la-Garenne ; Julien Bouvret, CH de Dôle ; Pr Bertrand Dautzenberg, AP-HP Pitié Salpêtrière ; Dr Xavier Guillery, CH Guilaume Régnier, Rennes ; Dr Philippe Michaud, Hôpital Nord-92, Villeneuve-la-Garenne ; Dr Phuc Nguyen, CH de Roanne ; Pr François Vabret, CHU de Caen, Dr Wadji Mehtelli, AP-HP Fernand Widal.

Gilbert Lagrue (1922-2016). Il fut un pionnier historique de la lutte contre le tabagisme

 

Bonjour

L’information a été donnée par la Dr Anne-Laurence Le Faou, présidente de la Société Française de Tabacologie : « J’ai la très grande tristesse de vous annoncer la disparition du Pr Gilbert Lagrue, qui a tant contribué au développement de la tabacologie en France ». Il allait avoir 94 ans.

Comment devient-on l’un des pionniers français de la lutte contre l’addiction au tabac ? Par des chemins bien détournés dont on retrouvera ici le détail. S’intéresser à ce parcours c’est redécouvrir une médecine aujourd’hui disparue. Dans les années 1950, Gilbert Lagrue fait grande partie de son internat et son clinicat ont été faits en pédiatrie dans le service du Pr Robert Debré. Un maître qui enseigne, aussi, le transfert des connaissances obtenues en laboratoire à la pratique clinique. Il connaîtra aussi un autre grand homme en blanc : Paul Milliez

Bannir le tabac et bien vieillir

C’est ainsi qu’il sera nommé chercheur à l’Inserm, où il exerce une activité de recherches clinique et expérimentale. Il est directeur de l’unité de recherche « Hypertension artérielle » de 1966 à 1973 et de l’unité de recherche « Néphropathies expérimentales et humaines » de 1971 à 1984. « PU-PH » il poursuit l’étude des maladies rénales, de l’hypertension artérielle, en se focalisant sur la prévention du risque vasculaire.

C’est via cette filière qu’il aide au fondement de la tabacologie et de la lutte contre le tabac en France : en 1977, il crée l’une des premières consultations d’aide à l’arrêt du tabac. Il ne cessera pas : travaux sur la dépendance tabagique ; marqueurs du tabagisme ; rôle des récepteurs nicotiniques ; thérapeutique avec la mise au point d’une stratégie personnalisée d’aide à l’arrêt du tabac, associant la pharmacothérapie et la thérapie cognitivo-comportementale.

À sa retraite en novembre 1991, il se consacre bénévolement à l’AP-HP, en s’intéressant notamment au tabagisme et au comportement des fumeurs. Il écrit aussi de plusieurs ouvrages généralistes, tous publiés chez Odile Jacob 1.  En 2013, âgé de 91 ans, il signe un formidable ouvrage sur le vieillissement et prodigue des conseils sur les trois piliers du « bien vieillir » : activité physique, nutrition et bannissement du tabac.

« Il a accueilli bien des stagiaires au sein du centre de tabacologie de l’hôpital Albert Chenevier et a encouragé nombre d’entre eux à créer des consultations sur le modèle de celle qu’il avait mise en place, notamment en impliquant les infirmiers et les psychologues dans la prise en charge de l’arrêt du tabac, précise Anne-Laurence Le Faou Son implication dans notre société a toujours été très contributive et il a communiqué puis participé à ses travaux jusqu’à ses 90 ans.  Enfin, il nous a confié les fonds de sa Fondation (…). Gilbert adorait la littérature, la poésie et l’histoire. Il avait des qualités humaines essentielles : une grande gentillesse, une modestie, une empathie et un formidable optimisme qui l’a porté toute sa vie. »

Un souvenir personnel

On nous permettra un souvenir personnel. Nous avions rencontré Gilbert Lagrue, pour Le Monde, en avril 1980 – nous venions alors d’entrer dans le temple de la rue des Italiens. Le tabagisme n’intéressait guère, alors, la presse généraliste – à l’exception notable du Monde et du Dr Claudine Escoffier-Lambiotte, responsable de la rubrique médicale. C’était une fatalité doublée d’un comportement accepté – tout sauf un esclavage addictif.

Il s’agissait alors de couvrir le symposium « Tabac ou santé » organisé par la Ligue nationale française contre le cancer à Paris et qui avait permis à différents spécialistes internationaux « de comparer leurs expériences et leurs résultats sur les tentatives existant actuellement pour permettre aux utilisateurs de tabac de cesser de fumer ». Extraits :

« À plusieurs reprises au cours du symposium, on a comparé le tabagisme aux grandes épidémies des siècles derniers. Si elle est valable à certains égards (la diffusion rapide du phénomène ou son caractère contagieux pouvant, en effet, simuler une épidémie infectieuse), cette comparaison pèche cependant sur un point : la possibilité laissée à chacun de s’y soustraire en décidant de ne pas commencer – ou de cesser – de fumer.

« En apportant les résultats des différentes tentatives réalisées pour transformer un fumeur en non-fumeur, les participants au symposium ont bien précisé qu’il n’y avait dans ce domaine ni technique ni résultats miracles.  » Il peut sembler paradoxal, a indiqué le professeur Gilbert Lagrue, chef du service de néphrologie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil,  » que l’on ne puisse obtenir de bons résultats alors que les sujets sont toujours volontaires « .

Cigarette électronique

« Les échecs peuvent être expliqués, selon lui, par le tabagisme ambiant, par la crainte de la prise de poids qui survient lors de l’arrêt du tabac et qui nécessite un régime, mais aussi et surtout par le phénomène de dépendance qui apparaît après quelques années d’utilisation du tabac, dépendance psychologique – la cigarette devenant un rite quotidien – mais également pharmacologique.  » C’est pourquoi il est urgent d’étudier les différents aspects de la pharmacodépendance à la nicotine, a-t-il ajouté de manière à mettre au point une substance qui atténue les signes cliniques – irritabilité, malaise, sensation de manque – dus à cette dépendance. « .»

Les regrets sont vifs, aujourd’hui, de ne pas avoir songé à retrouver Gilbert Lagrue pour lui demander comment il voyait la suite – à commencer par la cigarette électronique et la démission coupable et chronique des politiques.

A demain

1 Arrêter de Fumer ?, Odile Jacob, 1998 traduit en allemand et espagnol ; Comment arrêter de fumer ?, Odile Jacob, 2003 ; Les pratiques addictives, Odile Jacob, 2003 ; Alerte au Tabac et au Cannabis, Odile Jacob, 2008 ; Bien vieillir, c’est possible, je l’ai fait, Odile Jacob, 2013

Tout le monde ne le sait pas : la cigarette électronique est une thérapeutique anti-tabac

 

Bonjour

C’est l’étude ethnologique que certains redoutaient. Une étude qu’ils ne souhaitaient pas voir publiée. Elle a été menée par l’association Laboratoire de Recherche en Sciences Humaines (LRSH) avec le soutien financier de la Direction Générale de la Santé (DGS). On peut la lire ici: « Etude qualitative auprès des utilisateurs de cigarette électronique – octobre 2016 ». Elle fournit pour la première fois des données « sociales » sur un phénomène que  les autorités sanitaires française ne veulent pas connaître  (à l’exception notable de la DGS). Un phénomène social et sanitaire, économique et politique.

Ce travail est signé Astrid Fontaine, Sonia Laugier et Fernanda Artigas. Il s’inscrit dans un contexte que veut ignorer l’actuelle ministre de la Santé : la cigarette électronique fait aujourd’hui partie du paysage des fumeurs qui cherchent une alternative au tabac et à l’abstinence ; les tabacologues ont à répondre à la demande grandissante des fumeurs ; ils se doivent d’adopter une position claire face à ce dispositif. Les résultats présentés sont issus d’une étude qualitative réalisée avec le soutien financier de la Direction Générale de la Santé.

Rapport à la dépendance

Menée en France entre septembre 2014 et janvier 2016 cette étude se fonde sur un travail de terrain classique en ethnologie : « observations lors d’événements regroupant des usagers de cigarettes électroniques et entretiens semi-directifs réalisés avec des profils variés permettant de défricher un champ encore méconnu ». Parmi les questions soulevées : quelle place prend, en France, la cigarette électroniques dans la vie quotidienne des fumeurs ? En quoi cet usage modifie-t-il leur rapport au tabac, et plus largement à la dépendance ?

« Cette étude contribue à l’observation et à la compréhension d’un phénomène naissant, susceptible de changer durablement notre rapport au tabac, écrivent les auteures. Elle montre la grande variété des profils, parmi les fumeurs, intéressés par la cigarette électronique. Hommes, femmes, jeunes ou anciens fumeurs, adoptent des postures différentes au moment d’essayer ce dispositif et les usages évoluent dans les mois qui suivent cette expérimentation. »

Le premier résultat ne surprendra que la ministre de la Santé : la première raison qui pousse à vapoter est une inquiétude quant aux dégâts causés par le tabac – un tabac en disgrâce mais que les chaînons de l’addiction empêchent de quitter.

Tabac en disgrâce

« Les motivations qui ont conduit les personnes interrogées à s’intéresser à la cigarette électronique sont d’abord et avant tout liées à des préoccupations pour leur santé. Il ressort de l’ensemble des témoignages, tous profils confondus, un grand intérêt pour une façon de fumer « plus saine », « sans les inconvénients », qu’il s’agisse des désagréments quotidiens (mauvaise odeur, mauvaise haleine, brunissement des doigts et des dents, gêne pour les non fumeurs, toux et maux de tête…) ou des risques sanitaires plus sérieux désormais parfaitement connus de tous les fumeurs (cancers et pathologies lourdes).

« Même chez les « gros fumeurs » le tabac est en disgrâce. La cigarette électronique, face à ce tableau, c’est d’abord la perspective de continuer à fumer, mais plus sainement. La toxicité avérée du tabac fumé et la marginalisation progressive de cette pratique rendent d’autant plus attractif ce dispositif. »

La cigarette électronique peut être est identifiée comme un produit de substitution, comme un outil de sevrage tabagique ou encore comme un moyen de réduire ou de contrôler sa consommation de tabac. On espère que la ministre de la Santé lira les témoignages recueillis et analysés. Et qu’elle lira ceci :

« Les personnes interrogées peinent à comprendre les logiques institutionnelles et le fait que les autorités sanitaires en charge de lutter contre le « fléau du tabac », peuvent ne pas soutenir davantage un dispositif dont ils constatent presque tous l’efficacité sur eux-mêmes ou sur des proches. »

Porte d’entrée fantasmatique

Et puis, comme toujours, cet épouvantail : et si elle était « une porte d’entrée vers le tabagisme » ?

« Aucun élément dans les témoignages que nous avons recueillis ne peut laisser penser que la cigarette électronique pourrait être une ‘’porte d’entrée vers le tabac’’ pour les plus jeunes utilisateurs,  écrivent les auteurs. Notre étude contribue à l’observation et à la compréhension d’un phénomène naissant, susceptible de changer durablement notre rapport au tabac. » Ils ajoutent :

« De ces premières observations on peut retenir que pour certains fumeurs la cigarette électronique semble bien représenter un moyen inédit de sortie du tabagisme. Son potentiel comme outil de sevrage du tabac ou de réduction des risques semble encore peu exploité. Par ailleurs, nous n’avons relevé aucun élément permettant de confirmer l’hypothèse des pouvoirs publics concernant un « effet passerelle » (dispositif qui conduirait vers le tabac), plus particulièrement chez les jeunes utilisateurs.

« Les témoignages recueillis mettent en exergue des attentes fortes de la part des fumeurs et utilisateurs de la cigarette électronique en termes d’information « officielle » (émanant de leur médecin ou de l’Etat) sur l’innocuité/les dangers du dispositif et d’accompagnement dans ses modalités d’utilisation. »

Vapoteurs électeurs

On se souviendra que les auteurs de ces témoignages sont aussi des électeurs. Des électeurs qui ne comprennent rien au « message institutionnel qui paraît trouble et double ». On n’évitera pas, pour finir, un peu de jargon sociologique :

« Rappelons pour conclure que le fait que les connaissances scientifiques ne soient pas stabilisées dans ce domaine et que les acteurs, nombreux, impliqués dans la diffusion et la gestion de cet outil, poursuivent des logiques différentes voire opposées, font de ce phénomène une controverse sociotechnique encore difficile à appréhender. Il devrait donc faire l’objet d’une attention particulière, visant à produire des connaissances actualisées, par le biais notamment des méthodes qualitatives. »

C’est un appel à ceux qui entendent nous gouverner à compter du prochain mois de mai. C’est aussi un rappel pour les oreilles des gouvernants actuels : la cigarette électronique est un dispositif politique.

A demain

Luttant contre la «prévalence tabagique» (sic) le gouvernement augmente les buralistes

 

Bonjour

« Christian Eckert est agrégé de mathématiques. Ce qui ne l’empêche pas d’être secrétaire d’État chargé du Budget et des Comptes publics. Il s’est rendu dans la matinée   au Congrès des buralistes. Les buralistes l’on applaudi. Puis Bercy a publié un communiqué de presse dont nous donnons les principaux extraits :

 « Le Ministre a tout d’abord rappelé l’importance du réseau des buralistes, qui avec ses 25 000 débits, est un acteur majeur de l’aménagement du territoire, en particulier dans les zones rurales ou les quartiers de zones urbaines prioritaires, où le débit de tabac est très souvent le dernier commerce de proximité. Il a souligné que dans le même temps, la lutte contre la prévalence tabagique 1 dans notre pays est une priorité du Gouvernement.

Remise nette de 6,9 % à 8 %

 « Le protocole d’accord entre l’État et la confédération des buralistes doit donc tenir compte de ces évolutions. Ce protocole, qui couvrira la période 2017-2021, sera un soutien à la transition du réseau au service des objectifs de santé publique. Il matérialisera le pacte de confiance conclu entre l’Etat et la profession, qui s’engage à faire évoluer son offre de produits et de services dans le cadre de points de vente mieux normés et contribuera à la lutte contre la fraude

« En contrepartie, le Gouvernement s’engage à augmenter la rémunération des buralistes : la remise nette passera de 6,9 % à 8 % du prix de vente sur l’ensemble de la période 2017 à 2021, avec une hausse de 0,6 point dès 2017.  Le Gouvernement prévoit également d’améliorer le ciblage des aides budgétaires, en les réorientant vers les buralistes implantés dans des zones géographiques sensibles ou prioritaires, et dans les départements frontaliers ou en difficulté. Ce nouveau dispositif d’accompagnement doit aider les buralistes à préparer sereinement le futur de leur profession ».

Christian Eckert n’a rien dit sur la cigarette électronique. Et rien non plus sur « Moi(s) sans Tabac »

A demain

1 « Prévalence » Nombre de cas de maladie ou de personnes malades ou de tout autre événement tel qu’un accident, existant ou survenant dans une population déterminée, sans distinction entre les cas nouveaux et les cas anciens, soit à un moment précis, soit au cours d’une période donnée.

 

Bizarre : voici que les buralistes applaudissent, eux aussi, à l’opération «Moi(s) sans Tabac»…

 

Bonjour

Le premier jour tout est beau. Jusqu’à  Lemondedutabac.com qui ne critique pas « la campagne nationale d’encouragement aux fumeurs souhaitant s’arrêter ». Tout se passe, pour les proches des buralistes, « comme si le ministère de la Santé et la Direction générale de la Santé – après avoir imposé de force le paquet neutre, en instrumentalisant les politiques, et avoir longuement ignoré l’intérêt de la cigarette électronique – se rattrapaient avec une campagne réaliste et intelligente … ».

La suite est de la même veine anaphorique :

« Il ne s’agit plus de « faire Halloween » avec le fumeur potentiel ou effectif, en pourrissant au passage la vie du buraliste … comme avec le paquet neutre.

 « Il ne s’agit plus de se donner bonne conscience et de justifier son impuissance devant des résultats médiocres en termes de baisse de la prévalence tabagique … en mettant tout sur le dos du « lobby du tabac ».

« Il ne s’agit plus de perdre toute crédibilité en poussant à la hausse des prix du tabac … tout en ne mettant rien de sérieux en place pour lutter contre le marché parallèle.

Sourires devant le présentoir

En un mot le buraliste observe, souriant, qu’il ne s’agit plus de stigmatiser le fumeur mais de l’aider à ne plus fumer. Son sourire en dit long sur ce qu’il postule quant au succès de l’opération. Et le buraliste de se féliciter du petit geste en faveur du remboursement des frais nicotiniques. Mieux vaut encore un geste sur les nicorettes qu’une augmentation massive du prix du paquet de cigarettes…

Et Lemondedutabac.com de se féliciter que de « Moi(s) sans Tabac » soit « accompagné à leur façon par « les associations du monde du vapotage ». Et d’applaudir le Pr William Lowenstein (SOS Addictions) qui, le 1er novembre, a souhaité – sur France Info – « que les buralistes soient associés à la campagne ». C’est évidemment un tout petit peu plus compliqué : on peut entendre ici, un instant, le président de SOS Addictions faire un lien entre dépendance au tabac et dépendance à l’héroïne.

De même que les addictologues, les buralistes savent ce qu’il en est de la puissance des liens qui unissent le fumeur à son tabac. Quant à l’Etat, il ne l’ignore pas. Quand aurons-nous les résultats, certifiés par huissier, de l’opération « Moi(s) sans Tabac » ?

A demain