Tragédie: quand Renaud prend la défense du brave Pr Raoult contre «ses confrères jaloux»

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10/07/2020. Jusqu’où? Même Le Figaro (Olivier Nuc) s’en est ému. « Corona song, la nouvelle chanson de Renaud plus embarrassante que jamais ; s’il est resté discret durant le confinement, le chanteur a pris ses fans par surprise en publiant un titre sur le Covid-19. Nombreux sont ceux qui ont manifesté leur consternation après l’avoir écouté. »

De quoi s’agit-il ? Cette nouvelle chanson a été dévoilée mercredi 8 juillet, en fin de journée, à la surprise générale. «Coronavirus, connard de virus»: c’est le refrain du titre d’un morceau où le chanteur prend fait et cause pour le Pr Didier Raoult (4’23’’).

AFP : « On voit le chanteur en veston de cuir, bras nus et tatoués, chanter dans un jardin – près de l’Isle sur la Sorgue, dans le Vaucluse où il réside, précise le générique final – devant deux guitaristes et un bassiste, une choriste rejoignant ensuite le groupe. ‘’Quand je pense au brave Docteur Raoult/Conchié par des confrères jaloux/Par des pontes, des sommités/Qui ont les moules de perdre du blé’’, l’entend-on déclamer de sa voix éraillée, usée par les années et les excès passés. » On appréciera aussi les mots sur Philippe Douste-Blazy.

La vidéo se termine par Renaud qui baisse son emblématique bandana rouge utilisé en guise de masque, pour lâcher son célèbre «tain tain tain». Puis on lit sur un message écrit de sa main: «Pour tous les potes qui ont souffert de ce putain de virus, pour tous les soignants, amitiés».

« On a honte pour l’auteur de merveilleuses chansons »

« Très vite, l’effet de surprise a cédé la place à une grande consternation, assure Le Figaro. Sur la forme comme sur le fond, c’est le geste le plus embarrassant d’un homme qui s’est relevé de tout. Heureux pour Renaud que le ridicule ne tue pas: cette chanson franchit allégrement les limites du genre. Les réactions des fans ne se sont pas fait tarder, exprimant une grande tristesse devant ce spectacle affligeant. Renaud (…) ânonne – on a l’impression qu’il a gardé son masque pour chanter – sur une mélodie de Thierry Geoffroy. À nos confrères du Parisien, ce dernier explique que «cela a pris dix jours». Une heure aurait largement suffi. »

Et, sans pitié, le quotidien poursuit : « On a honte pour l’auteur de merveilleuses chansons qui ont rythmé les années 1980 et 1990. Auparavant, quand il réagissait à l’actualité, Renaud le faisait avec des pièces comme Miss Maggie, écrite dans la foulée du drame du Heysel, en 1985, ou Putain de Camion, suite à la disparition brutale de Coluche l’année suivante. Aujourd’hui, avec quatre mois de retard, l’homme n’est pas capable d’écrire un morceau décent. Il aurait été plus avisé de s’abstenir et de nous laisser sur le souvenir de son dernier album en date, Les mômes et les enfants d’abord, qui ne compromettait pas sa dignité d’artiste. Prenant des accents populistes qu’on ne lui connaissait pas encore, Renaud défend le Pr Didier Raoult. Pas de doute, l’homme est mûr pour les ‘’Grosses têtes’’. »

Roselyne Bachelot, citée, RTL et Marseille apprécieront.

A demain @jynau

Fatalité : laisser Kronenbourg et Pernod-Ricard faire revivre les villages français déshérités ?

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10/07/2020. Lutter contre les addictions quand on ne croit pas à la prédestination. « L’alcool pour oublier la crise Le remède de Kronenbourg, de Pernod Ricard et du Groupe SOS » dénoncent quatre présidents d’association qui, précisément, luttent. Ecoutons-les :

« Alors que la crise sanitaire due à la Covid-19 se fait moins prégnante, les multinationales Kronenbourg SAS et Pernod Ricard proposent d’en aggraver une autre, chronique et meurtrière, en arrosant les campagnes de ses produits alcooliques. Dans un tweet daté du 8 juillet 2020, l’initiative « 1000 cafés » du Groupe SOS remercie ses partenaires, dont les deux entreprises. Celles-ci avaient effectivement annoncé le 2 juin un partenariat pour soutenir l’opération ayant pour objectif de créer des cafés dans les zones rurales en voie de désertification. »

Une ré-alcoolisation qui va dans le même sens que le projet du gouvernement d’Edouard Philippe. Souvenons-nous : il proposait le 21 février dernier, via la distribution de «licence IV», la création dix mille sites de consommation de boissons, notamment alcooliques.

Les solitudes alcoolisées

« Le lancement de l’opération « 1000 cafés » repose sur la reprise d’arguments éculés du lobby alcoolier selon lequel le seul fondement de la convivialité est l’alcool, ainsi que sur le postulat que les bars suffiront à remplacer une économie vacillante ou inexistante, nous disent aujourd’hui les associations de lutte contre les addictions. Cette opération est un véritable leurre sinon une tromperie pour les populations et villages concernés, et un risque certain pour la santé publique. »

Or, selon eux « toutes les études » prouvent que plus le nombre de cafés-bars augmente, plus l’offre d’alcool est importante, plus la consommation augmente – ainsi que les dégâts sanitaires et sociaux qui en sont la conséquence mécanique. Et puis, plus incisifs :

« L’intervention des groupes Kronenbourg SAS et Pernod Ricard dans cette opération déjà contestable ne fait que dévoiler leur vraie nature et leurs objectifs purement commerciaux, derrière les éléments de langage lénifiants : « convivialité respectueuse et responsable », soutien à l’économie de proximité et souci écologique en recyclant les déchets. Les habitants de ces zones rurales méritent mieux que l’alcool pour oublier l’appauvrissement économique de leurs territoires. Ce ne sont pas quelques emplois de gérants de bars qui les feront revivre. Kronenbourg SAS et Pernod Ricard ne pouvaient laisser passer une telle occasion de blanchir leur image, grâce au Groupe SOS. Les populations rurales seront les otages valorisants de cette opération commerciale en trompe-l’œil de deux multinationales de l’alcool. »

Et maintenant ? Du haut deux puissance les responsables de Kronenbourg SAS, de Pernod Ricard et du Groupe SOS ne répondront sans doute pas à cette attaque. Les bars décriés ouvrent. Participeront-ils mécaniquement à une augmentation des alcoolisations ? Luttant contre la solitude (dont on sait qu’elle peut, elle aussi, être amplement alcoolisée) participeront-ils aux bienfaits d’une socialisation retrouvée ? Ne pas croire à la fatalité imposerait, ici, d’évaluer les véritables impacts de ces nouvelles licence IV. Qui, ici, aura le courage et l’argent pour une évaluation qui répondrait à la question ?

A demain @jynau

 1  Pr Amine Benyamina, président de la Fédération Française d’Addictologie ; Dr Bernard Basset, président de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie ; Pr Axel Kahn, président de La Ligue contre le Cancer et  Pr Mickael Naassila, président de la Société Française d’Alcoologie 

The Lancet : 216 médecins dénoncent la «torture» dont est victime Julian Assange

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26/06/2020. S’indigner ? Jouer les blasés ? Voilà une publication du Lancet qui ne sera pas rétractée. Un document qui pourrait aussi, malheureusement, faire date : « The ongoing torture and medical neglect of Julian Assange ». Les 216 signataires de trente-trois pays plus qu’inquiets de l’état de santé et des conditions de détention de Julian Assange. Selon eux situation dans laquelle se trouve Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, s’apparente à de la « torture ».

« Il ne s’agit pas d’un travail de recherche ou de diagnostic, précise Le Monde (Martin Untersinger). Ses auteurs n’ont pas examiné directement Julian Assange et l’on n’y apprend rien sur la situation médicale de l’Australien. Il s’agit en fait d’un éditorial de médecins appartenant à un collectif de soutien à M. Assange, toujours incarcéré dans une prison du sud-ouest londonien dans l’attente de la deuxième partie de son procès en extradition, qui doit se tenir en septembre. »

Faut-il rappeler que Julian Assange (informaticien, journaliste et  »cybermilitant ») est au cœur d’une affaire politico-judiciaire d’envergure internationale depuis 2010 – à la suite notamment de révélations accablantes sur la manière dont les Etats-Unis et leurs alliés mènent la guerre en Irak et en Afghanistan – avant d’être accusé d’agressions sexuelles en Suède ?

« Une escalade dans les tactiques de torture psychologique »,

L’état de santé de M. Assange fait désormais régulièrement l’objet d’alertes de la part de ses défenseurs qui espèrent pouvoir user de cet argument pour faire barrage à son extradition vers les Etats-Unis, où il encourt 175 ans de prison pour avoir publié, il y a dix ans, des documents secrets.

Les médecins signataires du Lancet dénoncent en particulier les « violations continues des droits humains et juridiques de M. Assange, aux mains des autorités judiciaires et pénitentiaires au cours de la procédure d’extradition ». « Ils se font là l’écho des reproches déjà formulés à plusieurs reprises par les avocats du fondateur de WikiLeaks, notamment sur son isolement dans la prison de haute sécurité de Belmarsh et la grande difficulté que rencontrent ses avocats pour s’entretenir avec lui et préparer sa défense » souligne Le Monde. Ainsi, rappellent-ils que, pendant la première partie du procès en extradition, en février, « il a été cantonné à un box en vitres pare-balles d’où il lui était impossible de suivre l’audience, on lui a refusé de s’entretenir avec ses avocats. Il a été fouillé à nu, menotté onze fois, déplacé dans onze cellules différentes et certains documents confidentiels de sa défense ont été saisis ».

« L’isolation et une stimulation insuffisante sont des techniques de tortures majeures, capables de déclencher un désespoir important, de la désorientation, de la déstabilisation et la désintégration de fonctions mentales et psychologiques cruciales », écrivent les signataires. Ces derniers dénoncent aussi le refus de la justice britannique d’accorder une libération conditionnelle afin de la protéger de la pandémie de Covid-19, particulièrement virulente en milieu carcéral. « M. Assange court un risque important de contracter le coronavirus et d’y succomber » affirment-ils.

La publication du texte survient deux jours après que la justice américaine a annoncé un renforcement de l’accusation qui le vise. Cette annonce constitue « une escalade dans les tactiques de torture psychologique », a dénoncé l’une des co-autrices de la lettre, Lissa Johnson, dans un communiqué.  Le 21 octobre dernier, l’Australien de 48 ans était apparu désorienté au cours de sa première apparition en public en six mois, bredouillant pendant une audience à Londres et semblant avoir des difficultés à se rappeler sa date de naissance. C’était le 3 juillet 1971 à Townsville. Il y aura bientôt quarante-neuf ans. S’indigner ?

A demain @jynau

Grippe : Emmanuel Macron va-t-il rendre obligatoire cette vaccination «altruiste» ?

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15/06/2020. Altruisme. Dans sa nouvelle allocution solennelle et « surplombante » le président de la République a estimé que face à la pandémie « l’Etat a tenu » – quand d’autres accusaient, hier le même Etat d’avoir été « lamentable ». Et que d’autres étrillent l’ « union de l’incompétence et de l’arrogance ». Emmanuel Macron ;

« Clore aujourd’hui le moment entamé avec le début du confinement n’avait rien d’une évidence. Si nous pouvons rouvrir le pays, c’est parce qu’à chaque étape de l’épidémie chacun a pris sa part. Le Premier ministre et le Gouvernement ont travaillé d’arrache-pied, le Parlement s’est réuni, l’Etat a tenu, les élus de terrain se sont engagés. »

Reste que « le virus est toujours là » et que gouverner c’est prévoir, anticiper. Tout en organisant le déconfinement et en préparant l’achat massif des premiers vaccins anti-Covid, le gouvernement doit songer, déjà, à la grippe hivernale 2020/2021. Le sujet préoccupe déjà les hautes sphères des responsables sanitaires. Comment agir au mieux ? Comment ne pas être accusé, demain, de n’avoir pas su anticiper ? Imposer ou pas, aux soignants notamment, une vaccination désormais considérée comme « altruiste » et potentiellement réductrice de mortalité chez les plus fragiles ?

Il y a peu Jérôme Salomon, Directeur général de la santé saisissait « en urgence » la Haute Autorité de santé (HAS). Objectif : définir la stratégie nationale de vaccination contre la prochaine vague de grippe saisonnière dans le contexte de l’épidémie de Covid-19. Une vaccination qui débutera à le mi-octobre en France métropolitaine et dans les départements-régions d’Outre-Mer des Amériques (…).

A lire sur Slate.fr :  « Le gouvernement va-t-il rendre obligatoire la vaccination «altruiste» contre la grippe? »

A demain @jynau

Altruisme. Conduite de l’homme responsable qui pose comme but de l’activité morale l’intérêt de ses semblables. Quasi-synon. abnégation, générosité; anton. égoïsme, hédonisme : − Je crois, en effet, Maître, qu’on ferait bien… − Ah! vous le pensez aussi, Bardamu, je ne vous le fais pas dire! Chez l’homme, voyez-vous, le bon et le mauvais s’équilibrent, égoïsme d’une part, altruisme de l’autre… chez les sujets d’élite, plus d’altruismeque d’égoïsme. L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 117.

Certaines «émotions» nous permettent-elles, désormais, de ne plus respecter le droit ?

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10/06/2020. Il y avait eu le déjà célèbre « soupçon avéré ». Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur,  récidive depuis 48 heures dans son maniement hautement problématique de la langue française. Certains journalistes parlent de « gaffes », de « dérapages » ou de « monstruosités sémantiques ou juridiques ».Vint ensuite, le 9 juin les propos tenus sur BFM TV-RMC . C’était à la veille des manifestations prévues contre le racisme et les violences policières :

« Les manifestations ne sont pas [autorisées] dans les faits, car il y a un décret du Premier ministre dans le cadre de la deuxième phase du déconfinement qui interdit les rassemblements de plus de dix personnes. Mais je crois que l’émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent. »

« Nous ne souhaitons pas réaffirmer l’interdiction, qui est de droit, qui est de fait, et il n’y aura pas de sanctions et de procès-verbal pour la participation à cette manifestation. Il faut que cette émotion forte puisse être soutenue. »

Jean-Paul Sartre et la magie

Ces mots ont aussitôt embrasé l’opposition politique et inquiètent certains piliers de la majorité présidentielle. Les juristes ne tarderont guère a donner de la voix sur le thème de l’Etat et du droit. Pour l’heure, le président des Républicains, Christian Jacob, a estimé sur Twitter que dire que « l’émotion prédomine sur la loi » met « gravement en danger l’ordre public ». « Ses propos sont indignes d’un ministre de l’Intérieur, écrit-il.  En République, la force doit rester à la loi.» Florian Philippot, ancien cadre du Rassemblement national, sur franceinfo  :

« C’est le cirque : le ministre de l’Intérieur explique que les manifestations sont interdites mais que l’émotion les justifie. Peut-on organiser des manifs si on est ému, par exemple par l’appartenance de la France à l’UE? ».

Qu’en diront, le moment venu le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel ? Où l’on en vient, sans véritable surprise, à s’interroger sur un concept pleinement d’actualité, spécialité des psychologues et de tous les professionnels de la psyché : l’émotion. En y intégrant les variantes ministérielles : émotion « mondiale » et émotion « saine » (sic) qui de nature à pouvoir dissoudre les règles juridiques habituelles. Et comment résister à ne pas citer ces lignes, étrangement prophétiques, écrites il y a quatre-vingts ans :

« À présent nous pouvons concevoir ce qu’est une émotion. C’est une transformation du monde. … Le passage à l’émotion est une modification totale de « l’être-dans-le-monde » selon les lois très particulières de la magie. » Sartre, Esquisse d’une théorie des émotions, Paris, Hermann, 1939, p. 43, 66.

A demain @jynau

Bernard-Henri Lévy dénonce tous ces médecins qui nous faisaient la leçon à la télévision

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01/05/2010. Pour un peu, en rire : « Sur la pandémie, Bernard-Henri Lévy n’a rien à nous dire, aussi en fera-t-il un livre ». Or il l’a (déjà) fait  : « Ce qui virus qui rend fou » 1. Et ce matin le philosophe était (déjà) l’invité du Grand Entretien de la matinale de France Inter en compagnie de Nicolas Demorand et Léa Salamé.

Etait-ce la précocité de l’heure ou la complexité d’un sujet trop vite survolé ?  On a connu BHL capable d’autres envolées. Comment comprendre, par exemple, qu’il puisse attribuer à Paul Valéry « et d’autres » (sic) la célèbre formule de René Leriche : « La santé c’est la vie dans le silence des organes ». Pour le reste qu’a-t-il à nous dire ? Extraits :

« Il y a eu une sorte de mondialisation de la peur, la façon dont, à la seconde, une épidémie de terreur s’est abattu sur le monde, ça ne s’est jamais produit (…) Je trouve que les villes vides, c’est pas beau, rester chez soi était utile pour une raison sanitaire, mais ce n’est pas une vertu.

« Sanitairement, il fallait les gestes barrières, cesser de se serrer la main…la vrai problème, c’est que les gens se soient confit dans ce confinement, cette incroyable docilité, que ce silence des organes soit un silence de couvre-feu et mirador. Quand j’entends certains médecins, comme Anthony Fauci, dire ‘le serrement de main ne reviendra plus’, c’est affreux ! (…) J’ai du mal à associer soumission et … grandeur : je trouve qu’il y a plus de grandeur chez ceux qui ont accepté les règles en râlant.

« Pascal ne disait pas que rester chez soi était de cuisiner et mettre ses plats sur Instagram, mais que c’était douloureux, que le repli sur le soi n’est pas une vertu (…) On est devenu délateur. Il y a eu des actes de civisme, mais aussi un incivisme grandissant : le civisme, c’est pas de s’enfermer, de jouir de rester chez soi« .

« Il y avait un traitement plus complexe à faire de tout ça (…) Il y avait quelque chose qui était en route et qui est en train de se sceller. Nous sommes de plus en plus nombreux à choisir la santé dans le débat entre sécurité et santé (…) Le passage entre contrat social et contrat vital : c’est ce qui est préoccupant, je crois que c’est pas un bon deal. »

« La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! »

De cette promotion on ne retiendra guère, avec la mémoire de Michel Foucault, que le passage les rapports entre pouvoir politique et le pouvoir médico-scientifique. Un pouvoir politique qui cherche à se relégitimer grâce à un « supposé savoir » associé à un « abus d’autorité incroyable ». Le Pr Jean-François Delfraissy et son Conseil scientifique apprécieront- de même qu’Emmanuel Macron. BHL:

« Ces médecins qui passaient leur temps à nous faire la leçon à la télévision, pardonnez-moi mais moi, à l’oreille j’entendais l’abus d’autorité. Ce pouvoir médical cela fait des siècles qu’il se cherche, des siècles qu’il tente de s’imposer. Et là il a failli triompher ! La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! La République c’est le pouvoir des politiques. La République ce n’est pas l’hygiénisme, c’est pas le pouvoir des médecins qui transforme la politique en clinique, qui font la chasse au virus …. La politique, ce n’est pas le pouvoir médical … »

Et le philosophe médiatique d’accuser journalistes, médias et spectateurs d’avoir accepté cette « prise de pouvoir par les médecins ». « D’ailleurs les meilleurs d’entre eux savaient que c’était absurde, ils étaient embarrassés de ce rôle, ils savent qu’ils ne sont pas d’accord les uns avec les autres, que la médecine n’est que très partiellement une science exacte, que la médecine c’est plein de querelles, que c’est encore pire que la philosophie… ».

Selon lui le président de la République a eu grand tort de parler de « guerre », les médecins et les médias ont eu tort d’entretenir un sentiment de peur cette « mauvaise conseillère ». Avec, en toile de fond des « émerveillés du confinement », un monde qui serait (enfin) débarrassé des humains.

Et BHL d’évoquer (lui aussi) le Pr Didier Raoult qu’il n’est pas sans admirer.

« Moi je connais la chloroquine, je suis un vieux paludéen, c’est aussi un bon médicament, il m’a sauvé la vie il y a cinquante ans… Le spectacle qu’ont donné les médecins à cette occasion, ce tintamarre,  cette pétarade, cette chamaillerie, cette pétarade à la table du roi, c’était l’illustration  du pire de ce que je dis sur les exagérations du pouvoir médical. »

Précision : durant le confinement BHL n’est pas allé à la campagne. Il est resté à Paris et n’a fait que deux reportages, l’un au Bangladesh, l’autre à Lesbos.

A demain @jynau

1 « Ce virus qui rend fou » Bernard-Henri Levy, Editions Grasset, 112 pages, 8 euros, sortie le 10 juin L’ intégralité des droits d’ auteur de ce livre sera versée à l’ ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création).

Quelques chiffres français assez surprenants concernant l’alcool, le tabac et le confinement

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13/05/2020. Voici la première photographie « tabac, alcool » de la France confinée. Elle nous est gracieusement fournie par Santé publique France (SpF). Où il apparaît qu’environ un quart des fumeurs déclare avoir, durant le confinement, augmenté sa consommation de tabac alors que d’autres la diminuait. Il en irait différemment avec l’alcool : si environ un consommateur sur dix déclarent avoir augmenté sa consommation, un sur cinq assure l’avoir diminuée.

Tabac. Les fumeurs sont : · 27% à déclarer que leur consommation de tabac a augmenté depuis le confinement, · 55% qu’elle est stable · 19% qu’elle a diminué. La hausse moyenne du nombre de cigarettes fumées par les fumeurs quotidiens (94 % des fumeurs interrogés) est de cinq cigarettes par jour. L’augmentation de la consommation de tabac est plus fréquemment mentionnée par les 25-34 ans (41 %), les actifs travaillant à domicile (37%). Rien n’est dit sur la réduction des risques associée au vapotage et à la cigarette électronique.

Alcool. Près d’un quart des Français ont diminué leur consommation d’alcool Parmi les consommateurs d’alcool interrogés3 : · 11 % déclarent que leur consommation d’alcool a augmenté depuis le confinement, · 65% qu’elle est stable · 24% qu’elle a diminué. Parmi ceux qui déclarent avoir augmenté leur consommation, 51 % déclarent avoir augmenté leur fréquence de consommation, 10% le nombre de verres bus les jours de consommation et 23% les deux paramètres.  L’augmentation de la consommation de boissons alcooliques est plus fréquemment mentionnée par les moins de 50 ans, les personnes vivant dans une ville de plus de 100 000 habitants et les parents d’enfants de moins de 16 ans.

« Retrouvailles avec le noyau familial, une étonnante surprise » 

« L’ennui, le manque d’activité, le stress et le plaisir sont les principales raisons mentionnées par les fumeurs ou usagers d’alcool ayant augmenté leur consommation. On note également que l’augmentation aussi bien pour le tabac que pour l’alcool est corrélée au risque d’anxiété et de dépression » observe Viêt Nguyen Thanh, responsable de l’unité addictions à la direction de la prévention et de la promotion de la santé à SpF.

« Pour ma part je redoutais des chiffres plus mauvais, nous explique le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Et ce à cause de l’effet cumulatif de la pandémie, de sa médiatisation et des comptes-rendus quotidiens oppressants de la morbi-mortalité par la Direction générale de la santé – le tout associé au confinement, au stress ou à l’ennui. Or seul un quart des fumeurs aurait augmenté sa consommation – et ce après annonce d’un possible rôle protecteur de la nicotine sur la contamination par le SARS-CoV-2 … – et un cinquième l’aurait diminué. Ce n’est certes pas rien, mais c’est moins que ce nous pouvions redouter. »

Pour le Dr Lowenstein il serait désormais utile de disposer des chiffres sur la consommation de cannabis et sur celle des benzodiazépines. « Durant la période que nous venons de vivre j’ai été parfois (et non rarement) été surpris (notamment lors des 3eme et 4ème semaines de confinement) d’entendre des patients ‘’soulagés’’ par le confinement, confie-t-il.  Certains rapportaient la diminution du stress par rapport au travail, d’autres l’allègement des ‘’efforts sociaux’’ ou des tentations dites conviviales : pas de sorties, pas de tentations pour des patients confrontés à des abus d’alcool ou des abus de cocaïne associée à l’alcool.  Quelques-uns, sûrement psychologiquement et socialement privilégiés, m’ont même confié à quel point le temps libre et les retrouvailles avec le noyau familial étaient une étonnante surprise ; et qu’ils voulaient vivre positivement cette période exceptionnelle tout en ayant conscience du drame épidémique. »

A demain @jynau

Covid-19 : les soignants des Ehpad pourront-ils tous respecter leur «devoir d’humanité»?

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28/03/2030. Voici un texte majeur qui dit l’urgence et la gravité croissante de la situation que nous traversons. Un texte qui interpelle pour mieux dire ce qui est peut-être, ici et là, une tragique réalité. Signé de l’Académie nationale de médecine, daté du 27 mars, il est intitulé « Permettre auxmédecins et aux soignants d’exercer leur mission en accord avec leur devoir d’humanité ». Comment faire autrement que de le publier :

« La fulgurance de la crise sanitaire due au Covid 19 a créé une rupture d’équilibre entre les besoins des patients et les ressources en personnels, produits et matériels disponibles. Le manque de moyens se fait ressentir avec une acuité particulière dans les structures qui accueillent les personnes âgées et dépendantes.  Dans les établissements qui les hébergent, ces personnes pâtissent d’un isolement accru, et les personnels de santé souffrent de ne pouvoir honorer les valeurs qui les animent, faute de bénéficier des conditions de soin requises. Pour les familles, l’annonce du décès d’un proche est d’autant plus traumatisante qu’elle s’accompagne de mesures d’hygiène sanitaire qui transgressent leur droit fondamental au recueillement. 

Face à ce constat très grave, l’Académie considère comme une urgence de pourvoir les établissements de personnes âgées en masques et en tests de dépistage, autant à destination des patients que des personnels et ce dès les premiers symptômes. 

La visite d’accompagnants devrait être autorisée lorsque le glissement rapide de l’état de santé du résident survient suite à la rupture relationnelle, à la condition du strict respect des mesures barrières.  

L’Académie en appelle à la création de lits dans les établissements de moyen séjour/soins de suites, permettant le transfert des résidents testés positifs. 
Les personnels en place devraient également bénéficier de moyens humains en renfort afin de pouvoir pratiquer des soins en accord avec les textes qui garantissent le respect du consentement éclairé des personnes et la procédure collégiale.  

Le sort d’une vie demande un instant de réflexion qui ne peut être le fait d’un seul. 

L’Académie rappelle par ailleurs qu’une décision médicale ne peut dépendre de la seule lecture de scores de prédiction dont l’application automatique serait inhumaine, voire arbitraire puisque variable en fonction de diverses spécialités. Les scores apportent un éclairage utile et nécessaire, mais qui ne saurait être exclusif sauf à substituer la froideur d’un protocole à l’analyse clinique et humaine de chaque situation.

S’agissant de la décision de ne pas transférer dans un établissement de recours ou en réanimation, l’Académie souligne qu’elle doit être assortie des alternatives de soin et d’accompagnement, avec le soutien des équipes mobiles de gériatrie et de soins palliatifs et des acteurs associatifs.

Un temps d’accompagnement religieux ou spirituel doit être aménagé en cas de volonté exprimée par le patient ou ses proches. Un soutien psychologique par un professionnel peut s’avérer nécessaire, en complément de l’écoute empathique et des sentiments d’humanité que le médecin se doit de manifester auprès du patient et de ses proches. »

Nous sommes le 28 mars 2020. On annonce, dans la journée, une longue conférence de presse pédagogique du Premier ministre Edouard Philippe et d’Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. Comment ne pas espérer que ces deux représentants du pouvoir exécutif abordent l’ensemble des questions soulevées ici par l’Académie nationale de médecine ?

A demain @jynau

NB En France, fin 2015, 728 000 personnes fréquentaient un établissement d’hébergement pour personnes âgées ou y vivaient, soit 10 % des personnes âgées de 75 ans ou plus et un tiers de celles âgées de 90 ans ou plus. Huit sur dix étaient accueillies en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Les résidents étaient de plus en plus âgés : la moitié avait plus de 87 ans et 5 mois, contre 86 ans et 5 mois fin 2011 (Source Insee)