Nouveaux comas : la « drogue du viol » est devenue une source d’ivresse sans alcool

Bonjour

La mode est partout y compris dans le champ des toxicomanies. A Paris, du temps de Jean Cocteau, c’était l’opium 1. Aujourd’hui, si l’on en croit Le Parisien/Aujourd’hui en France, c’est le GHB/GBL. Cette ancienne « drogue du viol, revisitée, représenterait une nouvelle menace considérable pour les fêtards de la capitale – au point d’en faire trembler une préfecture de police depuis peu orpheline du Palais de Justice (et bientôt de l’Hôtel-Dieu).

Sans doute faut-il ici raison garder et revenir à l’essentiel : une note datée du 13 avril de l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT) : « GHB/GBL, éléments récents d’information ».

Viols et récréations

De quoi parle-t-on ici ?  Du GHB (gamma-hydroxybutyrate), classé comme « stupéfiant » en France depuis 1999. C’est une molécule utilisée dans le cadre médical comme anesthésique et dans le traitement de la narcolepsie. Mais c’est aussi, en même temps,  une substance « consommée de manière récréative » ainsi (mais beaucoup plus rarement) que dans le cadre de « tentatives de soumission chimique » – d’où son ancienne appellation de « drogue du violeur ».

Que savoir, en pratique ? Que ses effets apparaissent au bout de 15 minutes et durent habituellement 1 heure 30 à 2 heures. Qu’à faibles doses, elle a un effet relaxant, désinhibant et euphorisant. Mais qu’au-delà ses effets sédatif et dépresseur respiratoire peuvent conduire à une perte de conscience -« communément appelée G-hole » (sic) –  qui peut « aller jusqu’à un coma et aboutir au décès » (re-sic).

Savoir aussi, l’affaire ne manque pas de sel, que le GBL (gamma-butyrolactone) est un solvant industriel qui, une fois ingéré, est transformé en GHB par l’organisme. « La prise de GBL entraîne donc les mêmes effets que celle du GHB bien qu’ils apparaissent plus progressivement (30 à 45 mn) et durent un peu plus longtemps (3 à 5 heures) » précise, dans sa sagesse, l’OFDT.  Et signe des temps difficiles que nous vivons, ce dernier a vu, à partir de 2006, le GBL se substituer progressivement au GHB en raison de son faible coût (de 50 à 70 euros le demi-litre) et de sa facilité d’accès via Internet – en dépit de l’interdiction de cession au public intervenue en 2011. A savoir :

« Le GHB, incolore et inodore et le GBL, incolore, sont facilement transportables dans les établissements festifs où ils sont dilués sur place dans de l’eau ou un soda. Le GHB/GBL fait très rarement l’objet d’une revente en établissement. Il est le plus souvent partagé entre consommateurs. »

« Jusqu’au milieu des années 2000, la consommation de GHB est un phénomène bien circonscrit à une frange du milieu homosexuel masculin et urbain qui fréquente notamment les clubs gay , principalement parisiens. L’usage du GHB/GBL s’intensifie provoquant à Paris une série de surdoses (avec coma) relayées par des campagnes de presse et de prévention dans le milieu festif gay. Ils’étend aux espaces gay friendly de plusieurs métropoles régionales françaises (Bordeaux, Lille, Toulouse et Marseille).

« Ce milieu ne concerne pas les personnes homosexuelles en général. Il s’agit des personnes qui fréquentent le milieu de la fête et notamment les cercles urbains gays ou à tendance gays où une attention particulière est prêtée au corps et aux activités sexuelles. »

A Paris : préfet de police et prophète de la nuit

Les consommateurs trouvent dans le GHB/GBL une alternative peu onéreuse à l’alcool – qu’ils consomment habituellement. Il peut être utilisé « à des fins de stimulation du désir sexuel, d’amplification de la libido ou encore de recherche d’endurance et de performance sexuelle ». Et depuis environ deux ans il connaît en outre, une nouvelle diffusion dans les clubs et discothèques – une offre « liée au développement récent d’une offre festive regroupant différentes populations.

« Ainsi, l’usage du GHB/GBL concerne aujourd’hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans) qui fréquente habituellement les espaces festifs généralistes. Au sein des espaces festif techno, les motivations des jeunes usagers sont liés à la recherche d’effets semblables à ceux de l’ecstasy/MDMA (d’où le nom d’« ecstasy liquide » parfois donnée au GHB/GBL par ces consommateurs) : euphorie, désinhibition, sentiment de bien-être, empathie, intensification des perceptions. »

Or ces nouveaux usagers, quels que soient leurs profils, n’ont qu’une faible connaissance du produit et des risques. Peu familiers des dosages précis indispensables à une consommation « récréative », ils consomment en outre le GHB/GBL avec d’autres substances, notamment l’alcool, ce qui accroît considérablement les risques de comas.

Plusieurs « articles de presse » ont fait état de ce type d’événements fin 2017 et début 2018 alors que les professionnels organisateurs de soirées ont relayé des inquiétudes sur les conséquences de ces usages. Depuis 2014, le CEIP-A de Paris, ville particulièrement concernée, constate une augmentation des cas de comas pour lesquels la consommation de GHB/GBL est incriminée. Le nombre de comas qui lui a été signalé a ainsi doublé entre 2014 et 2017 pour atteindre une quarantaine de cas en 2017. Le phénomène continue en 2018 et inquiète les patrons des ces nuits festives. Comme ceux du  « Rosa Bonheur sur Seine », du « Rex Club », des « Nuits fauves » ou du « Petit Bain ».

Dans Le Parisien, Michel Delpuech, 65 ans, préfet de police de Paris, prophétise : « Si rien n’est fait, on pourrait avoir 100 comas dans l’année ». Et après ? Cocteau, lui, en était revenu. Né en 1889 il est mort en 1963.

A demain

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

 

Affaire Vincent Lambert : soixante dix soignants demandent, d’urgence, son transfert

Bonjour

Nouvelle séquence tragique dans l’affaire Vincent Lambert. Alors que le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne doit rendre une décision ce jeudi 19 avril 2018, soixante dix soignants spécialisés 1 publient une tribune dans Le Figaro pour dénoncer une « euthanasie qui ne dit pas son nom ». Ils demandent, surtout, que Vincent Lambert soit transféré dans une unité spécialisée. Une demande qui, pour d’obscures raisons n’a jusqu’ici jamais pu aboutir. Extraits :

« Nous, médecins et professionnels spécialisés dans la prise en charge de personnes cérébro-lésées en état végétatif ou pauci-relationnel (EVC-EPR), tenons à exprimer, en notre âme et conscience, notre incompréhension et notre extrême inquiétude au sujet de la décision d’arrêt de nutrition et hydratation artificielles concernant M. Vincent Lambert. Un tissu d’incertitudes et d’hypothèses, ainsi que des jugements contradictoires concernant le niveau de conscience, les capacités de relation et de déglutition, le pronostic, fondent une sanction dramatique, incompréhensible. Certains d’entre nous ont une expérience de trente à quarante ans de soins et de réflexion autour de ces personnes. La circulaire du 3 mai 2002, qui a marqué une étape essentielle pour l’organisation et la qualité de la prise en charge des personnes EVC-EPR, constitue une référence toujours d’actualité. (…)

 S’il nous est impossible de nous prononcer sur son niveau exact de conscience et ses capacités relationnelles, en revanche M. Vincent Lambert nous apparaît semblable aux patients relevant de nos unités EVC-EPR, de ceux qui n’ont même pas de trachéotomie. Il est manifeste qu’il n’est pas en fin de vie.

 Sa survie dans les conditions et le contexte qui l’entourent – déchirement familial, procédures juridiques interminables, déchaînement médiatique, absence de projet de vie avec abandon de toute rééducation ou sortie ou mise au fauteuil, isolement sensoriel et relationnel dans sa chambre où il est enfermé à clé depuis quatre ans… – témoigne même, à nos yeux, de sa pulsion tenace de vie. (…) »

 Sur ces bases, les auteurs de cette tribune

1.- « Dénoncent les conditions de vie imposées à M. Vincent Lambert: alitement permanent, absence de mise en fauteuil adapté, absence de sortie, enfermement à clé dans sa chambre, absence de prise en charge rééducative d’entretien, absence de rééducation de la déglutition, limitation des visites, toutes mesures s’opposant au maintien d’une vie sociale et affective, primordiale pour ces personnes. Ces conditions, aussi incompréhensibles qu’inadmissibles, s’apparentent à une incarcération prolongée, indigne de son état, de sa personne, de ses proches. Elles nous apparaissent contraires à toute éthique et déontologie médicales. »

2.– « N’arrivent pas à comprendre qu’à aucun moment de cette terrible histoire l’avis d’une équipe expérimentée n’ait été sollicité devant une décision aussi grave. Grave car n’ayant pas d’autre finalité que de provoquer la mort d’un homme qui n’est pas en fin de vie et dont l’état de handicap paraît stabilisé, même sous couvert d’une procédure collégiale. Ni l’équipe médicale en charge de M. Vincent Lambert, au début de cette situation, ni quelque instance de Justice que ce soit, pour aussi nombreuses qu’elles aient été sollicitées, n’ont fait une telle proposition pourtant de bon sens et usuelle entre collègues. »

3.– « Formulent le vœu que M. Vincent Lambert, qui n’est pas en fin de vie, bénéficie d’une prise en charge conforme à l’esprit de la circulaire du 3 mai 2002. Pour cela, il doit être transféré dans une unité dédiée aux patients EVC-EPR dynamique, proposant un projet de vie de qualité incluant ses proches. »

A Châlons – en-Champagne, les juges du tribunal administratif lisent-ils Le Figaro ?

A demain

1 Hélène Alessandri, psychologue ; Luce Bardagi, médecin ; Djamel Ben Smail, PUPH ; Cécile Bernier, ergothérapeute ; Anne Boissel, maître de conférences ; Marie-Hélène Boucand, médecin ; Patricia Bourgogne, médecin ; Joseph Bou Lahdou, médecin ; Françoise Canny-Vernier, médecin ; Hélène Carriere-Piquard, médecin ; Mathilde Chevignard, praticien ; Emmanuel Chevrillon, médecin ; Pauline Coignard, médecin ; Florence Colle, médecin ; Floriane Cornu, kinésithérapeute ; Hélène Curalluci, médecin ; François Danze, neurologue ; Danielle Darriet, neurologue ; Xavier Debelleix, médecin ; Jacques Delecluse, médecin ; Monique Delwaulle, encadrante ; Philippe Denormandie, chirurgien ; Jean-Pascal Devailly, médecin ; Xavier Ducrocq, neurologue ; Marc Dutkiewicz, neuro-psychanalyste ; Nadine Ellahi, secrétaire médicale ; Michel Enjalbert, médecin ; Alain Faye, chirurgien ; Catherine Fischer, neurologue ; Louis Fromange, médecin ; Jean-Yves Gabet, neurologue ; Laure Gatin, chirurgien ; Christine Greselin, aide-soignante ; Lysiane Hatchikian, psychologue ; Alain Hirschauer, chef de service ; Marie-Hélène Jean, orthophoniste ; Bernard Jeanblanc, médecin ; Catherine Kiefer, médecin ; Isabelle Laffont, PUPH ; Françoise Lagabrielle, psychiatre ; Hervé Lautraite, médecin ; Sonia Lavanant, médecin ; Bernard Lange, neurologue ; Jean-Luc Le Guiet, médecin ; Marc Lestienne, médecin ; Emma Lozay, ergothérapeute ; Pascale Lublin-Morel, médecin ; Marie-Paule Mansour, infirmière ; Jérôme Martin-Moussier, médecin ; Daniel Mellier, professeur émérite ; Samir Mesbahy, docteur ; Sabrina Monet, aide-soignante ; Dominique Norblin, cadre de rééducation ; Dominique Papelard, médecin ; Frédéric Pellas, médecin ; Philippe Petit, médecin ; David Plantier, médecin ; Bruno Pollez, médecin ; Bénédicte Pontier, médecin ; Perrine Quentin, médecin ; Chantal Regnier, gériatre ; Edwige Richer, neurologue ; Dalila Solal, médecin ; Brigitte Soudrie, praticien hospitalier ; Hélène Staquet, neurochirurgien ; François Tasseau, médecin ; Jean-Luc Truelle, professeur ; Hélène Turpin, orthophoniste ; Hervé Vespignani, neurologue ; Yves-André Vimont, médecin ; Jean-Bernard Witas, médecin.

 

Le Conseil d’Etat a finalement tranché le cas d’Inès, 15 ans, en « état végétatif persistant »

Bonjour

Tragédie moderne. Soit le cas d’ Inès, âgée de 15 ans, en « état végétatif persistant » depuis juin 2017, conséquence d’un arrêt cardio-respiratoire  chez cette jeune fille atteinte d’une myasthénie auto-immune. Inès au cœur d’une bataille médicale et judiciaire opposant ses parents au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy.

Le 7 décembre, la justice avait donné raison au CHRU qui souhaitait « laisser mourir la jeune fille ». Les parents d’Inès refusent l’arrêt des soins. « Notre fille nous appartient, pas aux médecins, affirme sa mère. Tant qu’il n’y a pas de certitude, c’est comme si j’autorisais son crime.  Je trouve qu’elle est consciente par moments. » « Ils veulent qu’on maintienne leur fille en vie, car ils veulent croire en une guérison » explique Me Frédéric Berna, leur avocat. Des parents persuadés que leur fille est encore capable de certains mouvements – volontaires selon eux. Des « mouvements réflexes » affirment les médecins. Nous avions, il y a peu, évoqué cette tragédie moderne.

 Que peut la justice éclairée par la médecine ? Trois experts, mandatés par le tribunal administratif, ont estimé qu’Inès était plongée « dans un état végétatif persistant » et qu’elle « n’a pas et n’aura plus jamais la capacité d’établir le moindre contact » avec ses proches. Que peut la médecine ? Le CHRU de Nancy a lancé une « procédure collégiale » visant à arrêter les soins. Les parents avaient saisi la justice administrative pour s’y opposer. Ils avaient quinze jours pour contester la décision du tribunal administratif de Nancy devant le conseil d’Etat, ce qu’ils ont fait.

Et le Conseil d’Etat a validé, vendredi 5 janvier, la possibilité que les médecins de l’hôpital de Nancy puissent procéder à l’arrêt des soins d’une adolescente de 14 ans, dans un état végétatif depuis juin, mais que les parents refusent de laisser mourir : « Traitements administrés à une enfant. Le Conseil d’État se prononce sur une décision médicale d’arrêter les traitements administrés à une enfant se trouvant dans un état végétatif persistant ». Ecoutons les magistrats du Palais Royal :

« (…) selon le rapport des trois médecins experts rendu à la demande du tribunal administratif de Nancy, le pronostic neurologique de l’enfant est « catastrophique » et qu’elle se trouve dans un état végétatif persistant, incapable de communiquer avec son entourage, le caractère irréversible des lésions neurologiques étant certain dans l’état actuel de la science.

Nouvelle lecture diagnostique des comas profonds

« Il indique également qu’il est impossible de déterminer quelle aurait été la volonté de l’enfant et relève que les parents de l’enfant s’opposent à l’arrêt des soins. Toutefois, malgré cette opposition, au vu de l’état irréversible de perte d’autonomie de l’enfant qui la rend tributaire de moyens de suppléance de ses fonctions vitales et en l’absence de contestation sérieuse tant de l’analyse médicale des services du CHRU de Nancy que des conclusions du rapport du collège d’experts mandaté par le tribunal administratif, il juge qu’en l’état de la science médicale, la poursuite des traitements est susceptible de caractériser une obstination déraisonnable, au sens des dispositions de l’article L. 1110-5-1 du CSP.

Par conséquent, la décision du 21 juillet 2017 d’interrompre la ventilation mécanique et de procéder à l’extubation de l’enfant répond aux exigences fixées par la loi et ne porte donc pas une atteinte grave et manifestement illégale au respect d’une liberté fondamentale. Le juge des référés du Conseil d’État rejette donc l’appel des parents contre l’ordonnance du juge des référés du tribunal de Nancy.

Il précise toutefois qu’il appartient au médecin compétent d’apprécier si et dans quel délai la décision d’arrêt de traitement doit être exécutée compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce. En outre, la mise en œuvre de cette décision imposera en tout état de cause à l’hôpital de prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder la dignité de la patiente et de lui dispenser les soins palliatifs nécessaires. »

En écho, donc, les mots d’une mère : « Notre fille nous appartient, pas aux médecins. Tant qu’il n’y a pas de certitude, c’est comme si j’autorisais son crime.  Je trouve qu’elle est consciente par moments. » Des mots qui entrent soudain en résonance avec la nouvelle lecture diagnostique des comas profonds que vient de proposer le PLionel Naccache (Institut du cerveau et de la moelle épinière, Pitié-Salpêtrière) dans la revue spécialisée Brain: « Minimally conscious state or cortically mediated state? »1.

C’est ainsi, parfois, que s’écrivent les tragédies modernes.

A demain

1 « Le coma ne sera plus jamais ce qu’il a trop longtemps été » Slate.fr, 5 janvier 2018

Champignons hallucinogènes : leurs chemins thérapeutiques dans les cerveaux dépressifs

Bonjour

D’abord ne pas s’automédiquer. Puis (re)lire Aldous Huxley en ouvrant « Les Portes de la perception » (1954). Et enfin découvrir ce papier de Medscape France : « Quand la psilocybine des champignons hallucinogènes ‘’reboote’’ le cerveau »  (Stéphanie Lavaud).

Psilocybine : principe actif de nombre de champignons hallucinogènes. Medscape nous rappelle que la recherche anglaise, et en particulier l’équipe menée par le Dr David Nutt (centre de psychiatrie, Imperial College London), a montré ces dernières années que cet alcaloïde de type indole avec un radical d’acide phosphorique est une voie possible d’un traitement potentiel de la dépression – comme d’autres molécules psychédéliques. Aujourd’hui l’équipe de l’Imperial College s’est attachée à comprendre comment la psilocybine agit au niveau cérébral pour entraîner des améliorations de l’humeur.

« C’est la première fois qu’il mène une étude d’imagerie, non pas sur des volontaires sains, mais sur 19 patients dépressifs dont 47% étaient comme ‘’re-bootés’’ le lendemain de la prise. De façon anecdotique, les chercheurs rapportent que les meilleurs « trip » étaient prédictifs de la réponse à 5 semaines. Malgré ces résultats enthousiasmants, les neurobiologistes mettent en garde contre l’automédication. »

Les 19 patients (âge moyen 42 ans) souffraient d’une dépression résistante aux traitements ; deux doses de psilocybine (10 mg et 25 mg) à une semaine d’intervalle. Tous ont bénéficié d’une IRM fonctionnelle initiale (avant tout traitement) et un jour après la deuxième dose (25 mg) ; imagerie utilisée pour mesurer le flux sanguin cérébral et pour évaluer la connectivité entre les différentes régions du cerveau. Les patients ont aussi rempli un questionnaire à 16 items pour évaluer leurs symptômes dépressifs, en début d’étude, au moment de l’imagerie et à 5 semaines pour évaluer les modifications sur le long terme.

« Douce euphorie »

« Quasi immédiatement après le traitement par psilocybine, les patients rapportent une diminution des symptômes dépressifs –les patients parlant même d’un effet ‘’afterglow’’ (une douce euphorie) pour décrire l’amélioration de l’humeur et la diminution de l’angoisse (…) Un effet qui s’est maintenu dans le temps (…)

L’imagerie fonctionnelle a montré des flux sanguins diminués dans des régions du cerveau, y compris l’amygdale, impliquées dans la gestion de la réponse émotionnelle, au stress et à la peur (…) Toujours par IRMf, les chercheurs se sont intéressés à la connectivité entre 4 régions cérébrales différentes que l’on sait être impliquées dans la dépression, à savoir le cortex cingulaire antérieur, cortex préfrontal ventromédian, l’amygdale bilatérale et la région de l’hippocampe. Ils ont observé une augmentation de la connectivité fonctionnelle des réseaux à l’état de repos après traitement par psilocybine. »

Ces résultats donnent un premier aperçu de ce qui se passe dans les cerveaux ainsi traités. Non, les hallucinogènes n’entraînent pas ipso facto une simple « désintégration » initiale des réseaux neuronaux (une dissolution de l’ego). Oui, les champignons psychédéliques peuvent aussi « réinitialiser » les réseaux associés à la dépression, permettant au patient de « sortir » de cet état.

Ne pas partir « en vrille »

On ne peut, ici, ne pas être marqué par les analogies faite avec le langage informatique – lointain écho des analogies de la psychanalyse avec celui de la thermodynamique. « Outre le fait d’avoir été comme ‘’ré-initialisé (reset)’’, certains ont évoqué l’impression d’avoir été défragmenté à la manière d’un disque dur, et d’autres ont dit avoir été ‘’re-booté’’, comme si la psilocybine avait permis à ces patients le ‘’redémarrage (kick-start)’’ dont ils avaient besoin pour se sortir de l’état dépressif » expliquent les chercheurs cités par Medscape ; qui rappelle que des effets similaires ont été mentionnés avec l’électroconvulsivothérapie.

Résultats prometteurs mais aussi des chercheurs qui mettent en garde les patients déprimés contre l’automédication, précisant qu’en dehors d’un contexte thérapeutique bien défini, l’expérience peut vite partir « en vrille ».

« Les Portes de la perception » ? Après une brève présentation des recherches autour de la mescaline, Huxley raconte qu’il en a consommé 0,4 grammes un beau jour de mai 1953. Il espérait ainsi pouvoir générer des visions hautement colorées. Puis il déchanta, sans vraiment déchanter. « L’hédonisme, écrit-il, est une philosophie insuffisante. Notre nature et le monde sont tels que, si nous faisons du bonheur notre but, nous n’atteindrons pas au bonheur.»

Il écrit aussi que la philosophie implicite  dans la publicité moderne est une forme spéciale de l’hédonisme. « Le bonheur, nous apprennent les auteurs de réclames, doit être poursuivi comme une fin en soi ; et il n’y a d’autre bonheur que celui qui vient de l’extérieur, comme résultat de l’acquisition de l’un des produits de la technologie en progrès. » (Re)voir Mad Men. (Re)lire Huxley. Ne pas s’automédiquer.

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Comment ausculter l’état de conscience en écoutant battre les cœurs des comateux 

 

Bonjour

C’est, à sa façon, une révolution : établir, simplement, si un patient est conscient lorsque ce dernier est incapable de communiquer. Publiée dans Annals of neurology  ( « Brain–heart interactions reveal consciousness in noncommunicating patients ») une étude établit que la modification des battements cardiaques en réponse à une stimulation sonore constitue un bon indicateur de l’état de conscience. Ce travail é été mené par un groupe de chercheurs dirigés par le Pr Jacobo Sitt (Inserm, Institut du cerveau et de la moelle épinière, hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris)

Le test consiste à faire écouter des séquences sonores initialement répétitives puis présentant, de manière rare et aléatoire, des variations. Lors de ces perturbations, les chercheurs déterminent si le rythme des battements cardiaques s’en trouve modifié,  traduisant une prise de conscience des bruits environnants.

Nouvelles perspectives

Les chercheurs ont étudié les données de 127 patients (soit en « état végétatif » soit en état de « conscience minimale ») admis à la Pitié-Salpêtrière entre février 2008 et avril 2015 pour une évaluation de l’état de la conscience. Et ils ont  constaté que les cycles cardiaques étaient effectivement modulés par la stimulation auditive – et ce uniquement chez les patients conscients ou minimalement conscients. Ils ont également démontré que ces résultats étaient complémentaires des résultats obtenus en EEG. La combinaison de ces deux tests (« test cardiaque » et EEG) améliore nettement les performances de prédictions de l’état de conscience d’un patient.

« Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives sur une approche globale pour évaluer l’état de conscience des patients » estiment les auteurs. Ils souhaitent étendre le cadre à d’autres signaux physiologiques modulés par des processus conscients (comme la respiration ou la dilatation des pupilles) pour mettre au point un outil complet d’évaluation de l’état de conscience au lit du patient – sans avoir obligatoirement recours aux examens sophistiqués de l’IRM fonctionnelle ou du PET scan.

On estime entre 1.500 et 1.700 personnes le nombre des personnes qui, en France, sont dans une forme ou une autre de « coma profond ».

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Ehique et comas végétatifs : l’affaire Guillaume T. après l’affaire Vincent Lambert

 

Bonjour

À Reims, les médecins de Vincent Lambert, dans le coma depuis 10 ans, s’apprêtent à décider de l’arrêt ou non des soins. Au même moment, à Lyon, une équipe médicale annonce être parvenue à sortir un malade de son état végétatif avant de faire l’objet de vives critiques.

Hasard et ou fatalité. L’affaire intéressera ceux qui croient (ou non) au ciel et tous ceux qui font confiance à la science. Dans un courrier daté du 22 septembre, le Dr Vincent Sanchez du CHU de Reims a informé la famille de Vincent Lambert, dans le coma depuis 2008, qu’une nouvelle procédure «collégiale médicale» allait être engagée à la demande d’un membre de la famille favorable à un arrêt des soins.

Trois jours plus tard, une équipe de chercheurs et de médecins lyonnais publiait une première mondiale dans la revue scientifique Current Biology: ils étaient parvenue à faire qu’un homme aujourd’hui âgé de 35 ans plongé depuis quinze ans dans un «état végétatif» retrouve un état de «conscience minimale» grâce à la stimulation électrique répétée du nerf vague. Dans leur «correspondance» à la revue, les chercheurs expliquent en substance avoir implanté une électrode chez ce patient, à proximité de son artère carotide gauche, pour stimuler le nerf vague gauche. L’électrode a été reliée, sous la peau, à un générateur d’impulsions électriques. Une stimulation de 30 hertz a alors été appliquée jour et nuit par cycles de trente secondes, suivies de cinq minutes d’arrêt. Puis l’intensité a été progressivement augmentée. Après un mois de cette stimulation, une double amélioration a été observée (…)

La suite sur Slate.fr

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Rebondissement : le patient lyonnais qui avait été sorti de son état végétatif est décédé  

 

Bonjour

Certains auront l’impression d’avoir été floués. A tort. Le Monde (Florence Rosier et Herbé Morin) revient aujourd’hui sur les raisons expliquant que le « décès de Guillaume T. n’a pas été révélé ». Guillaume T., un cas hors du commun dont la récente médiatisation allait éveiller de nouveaux espoirs et rallumer de vieilles controverses : un homme âgé de 35 ans, plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») et qui avait retrouvé un état de « conscience minimale » ; un résultat spectaculaire obtenu via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

Cette première avait fait l’objet d’une publication datée du 25 septembre dans la revue Current Biology :« Restoring consciousness with vagus nerve stimulation » ; une publication signée par un groupe de onze chercheurs lyonnais dirigés par la Dr Angela Sirigu (Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod, UMR5229, Centre CNRS, Université Claude Bernard, Hospice civils de Lyon).

Le Monde avait été l’un des premiers médias généralistes à faire état de cette première. En prenant soin de préciser qu’Angela Sirigu était une contributrice régulière de son  supplément « Science & médecine ».

Et c’est Le Monde qui, dans ce supplément annonce la mort du patient. « C’est à notre demande que le décès de Guillaume n’a pas été révélé, pour des raisons privées » souligne la mère de Guillaume T. qui « a accepté de parler au Monde ». Ni l’ article de Current Biology ni les chercheurs (pourtant interrogés sur l’ avenir de ce patient) n’avaient fait état de cette mort. C’est le Parisien qui, le mercredi 27  septembre, avait révélé ce son décès – une « omission » qui  a suscité de nombreuses questions. Pour sa part Angela Sirigu indique s’être conformée au souhait des proches.

Apnées du sommeil et infection fatale

« Nous en avions discuté avec la -familleEnsemble  nous avions pensé, à tort, que cela allait entraîner un amalgame entre la stimulation et le décès , confirme le Pr JacquesLuauté, qui suivait Guillaume T. depuis plusieurs années dans son service de réadaptation neurologique du CHU de Lyon. On était arrivé à la conclusion que ce décès – sans lien avec l’expérimentation – était un événement familial intime . C’était une erreur, car il était évident qu’on nous demanderait ce que ce patient était devenu. » Exact.

Guillaume T. a fait l’objet , conformément à un protocole visé par un « comité de protection des personnes » d’une stimulation nerveuse entre janvier et septembre  2016. Sa famille a ensuite souhaité poursuivre ces stimulations. « Il était beaucoup plus présent , j’ai vu les bénéfices pour mon fils, témoigne sa mère . Cela a été une très belle période. » Puis, en février  2017, la famille fait état d’apnées du sommeil (effet indésirable de la stimulation du nerf vague). Après diminution de l’ampérage, le stimulateur implanté a été définitivement éteint en mars dernier. « En juin, alors qu’il faisait très chaud, relate sa mère, il a fait une infection qui s’est aggravée en quelques jours. » Elle sera fatale. Il n’y a pas eu d’autopsie. Pourquoi ?

Fallait-il faire état du décès dans le manuscrit accepté par Current Biology ? Sans doute. Etait-ce possible ? Selon Steven Laureys (université de Liège), l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du domaine « par souci d’honnêteté, il aurait été bien de le mentionner». « La transparence , c’est très important, souligne-t-il. Mais cela n’enlève rien, selon moi, à l’ intérêt potentiel de cette technique. » Et maintenant ?

A demain