Mais qui est ce médecin et député macronien soudain accusé de sexisme et de vulgarité ?

Bonjour

Le nouveau monde macronien n’est pas sans réserver quelques surprises et autres désinhibitions. Au lendemain de Noël les citoyens apprenaient que le chef de file des députés La République en marche (LRM), Gilles Le Gendre, dénonçait les « propos inadmissibles » d’un député LRM – député « des Français établis à l’étranger ». Avant le réveillon ce député avait tweeté ceci à l’adresse d’Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du Val-de-Marne.

« Avec le pot de maquillage @EstherBenbassa que vous vous mettez sur la tête, vous incarnez plus que jamais ce que vous tentez maladroitement de caricaturer. Vous le sentez l’amalgame violent maintenant? https://twitter.com/EstherBenbassa/status/1076414210370883584 … »

Réaction, deux jours plus tard, de M. Le Gendre sur Twitter : « Le bureau du groupe parlementaire LRM se désolidarise de notre collègue Joachim Son-Forget à la suite de ses propos inadmissibles contre la sénatrice Esther Benbassa. Aucune controverse politique ne justifie de verser dans le sexisme et la vulgarité », a déclaré M. Le Gendre sur Twitter.

Pour sa part la sénatrice déclarait à l’Agence France Presse que « l’expression sans complexe d’un tel sexisme, venant d’un parlementaire, après #metoo, a de quoi laisser sans voix ». Et le député de répliquer : « La référence au maquillage ne peut en aucun cas être mélangée à une attaque sur le physique ». Et Le Monde de rappeler qu’en septembre dernier ce député des Français de l’étranger avait déjà reçu de vives critiques pour avoir défendu le forain Marcel Campion, qui avait tenu des propos homophobes à propos d’élus parisiens.

Rebondissement à la veille des vœux du président de la République : le député accusé de sexisme a annoncé au magazine Valeurs actuelles puis à l’Agence France-Presse, samedi 29 décembre, qu’il venait de quitter le parti présidentiel et son groupe parlementaire. Ce représentant à l’Assemblée nationale « des Français de Suisse et du Liechtenstein » a confié à l’hebdomadaire continuer de soutenir le président Emmanuel Macron, mais ne pas exclure de « constituer une liste aux élections européennes et de créer un parti, quitte à continuer à utiliser la satire et des méthodes de communication innovantes ».

Drame et constance

« Après échanges téléphoniques non fructueux, j’ai pris ma décision après l’avoir annoncée au président. Pas de drame mais de la constance », a, de son côté, écrit le député de 35 ans dans un de ses nombreux messages publiés samedi sur Twitter. « J’ai fait la guerre pour habiter rue de la paix », a-t-il encore publié, citant ainsi le rappeur Booba, accompagné du mot-clé « démissionLREM ».

Et la sénatrice EELV Esther Benbassa de se réjouir (toujours sur Twitter) de ce départ :

« Merci à ttes & ts pour votre soutien. D’abord suspendu de son groupe à l’#Assemblée, @sonjoachim quitte #LREM. Le #sexisme en politique, ça ne passe plus, ça casse. Un seul espoir: qu’il ne passe plus nulle part. C’est notre combat commun à ttes et à ts. Avis à @MarleneSchiappa. »

Les médias recensent les sorties du député abandonnant son groupe. Un peu avant minuit jeudi, il avait commencé par un selfie posté par le député avec une peluche de blaireau, où il s’en prenait à ceux, dont ses collègues LRM, qui avaient critiqué ses propos envers Mme Benbassa. « Dédicace spéciale à tous les trolls, collègues hypocrites déversant leur fiel, poltrons cachés dans leur anonymat, et toute ma compassion envers les binaires et les coincés au level 1, le boss de fin étant trop subtil et trop intelligent pour eux », avait-il légendé.

Plus tard, le député a posté une vidéo de lui tirant avec un fusil de sniper – un de ses hobbies – ou des photomontages le montrant en personnage de dessin animé ou en joueur de foot avec le maillot de la Suisse devant le drapeau du Kosovo.

Mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle

Mais qui est donc ce député ? Il s’agit de Joachim Son-Forget, 35 ans, né Kim Jae Duk à Séoul – avant d’être adopté, à l’âge de trois ans, par une famille française et de grandir à Langres. Il fait ses études à Dijon, Paris et Lausanne. Une carrière peu banale exposée dans le détail sur Wikipédia :

« Titulaire d’un master recherche en sciences cognitives (co-accrédité par l’université Paris-Descartes, l’EHESS et l’ENS Paris) qu’il valide avec un mémoire encadré par Stanislas Dehaene. Poursuivant aussi des études de médecine, il obtient en 2008 son diplôme de fin de deuxième cycle des études médicales à l’université de Dijon puis passe l’examen classant national.

« À la suite de cet examen, il décide de poursuivre son cursus médical en Suisse et d’y effectuer l’intégralité de son internat, en tant qu’interne en radiologie au centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne. Il obtient en 2015 un doctorat en sciences médicales en neurosciences cohabilité par l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l’université de Lausanne ; rédigé sous la direction d’Olaf Blanke et Reto Meuli, il porte sur le thème des mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle. »

Et, en parallèle, ce médecin soutient François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012. Cinq ans plus tard est nommé candidat nommé de LREM  aux élections législatives dans la sixième circonscription des Français établis hors de France. Obtient 63,21 % des voix dès le premier tour. Une trop forte abstention ne lui permet pas d’être directement élu13. Au second tour, il obtient 74,94 % des voix, l’abstention culminant à 81,22 %.

Président du cercle de réflexion Global Variations il obtient la nationalité kosovare en juin 2018 « à titre exceptionnel ». Il explique que dès son adolescence « il a été très tôt captivé par la richesse culturelle et humaine du pays » et est par ailleurs vice-président du groupe d’amitié France-Kosovo à l’Assemblée nationale.  Le Monde parle, à son endroit, d’un député qui signe « de nombreux tweets assez éloignés de la réserve attendue d’un député ». Euphémisme. Nouveau monde macronien, surprises et désinhibitions.

A demain

@jynau

 

Homéopathie : que veut dire Agnès Buzyn quand elle affirme être «incroyablement rationnelle» ?

Bonjour

Le pouvoir exécutif est encore bien loin d’en avoir fini avec les charmes et les vertus de l’homéopathie. Avec, en première ligne Agnès Buzyn. La ministre des Solidarités et de la santé a dû, une nouvelle fois, traiter du sujet sur les ondes de France Inter dimanche 23 septembre.

« La première question c’est : est-ce qu’il faut continuer à rembourser à 30 % l’homéopathie alors que tous les médicaments remboursés aujourd’hui par la Sécurité sociale sont évalués pour leur efficacité. J’ai simplement demandé à la Haute Autorité de Santé qu’elle évalue l’homéopathie comme n’importe quel médicament. Si elle montre que c’est efficace, ça continuera à être remboursé. Mais ce n’est pas parce que ce n’est plus remboursé que ça ne pourra plus être prescrit. »

Ventouses

On lui demande : « Si l’on vient vous voir en consultation, Dr Buzyn, pouvez-vous prescrire de l’homéopathie ? » « Il y a peu de chances, répond-elle [« dans un sourire qui en dit long », observe Le Quotidien du Médecin ). Quand on connaît ma spécialité, la cancérologie et l’hématologie, l’homéopathie est assez peu utilisée… »

Prenant l’exemple d’un hôpital chinois visité lors d’un déplacement officiel elle explique y avoir vu vu « plein d’enfants avec des ventouses brûlantes dont sortaient énormément d’odeurs bizarres » (sic), Agnès Buzyn a ajouté :  « Je ne mets pas en doute la médecine chinoise mais pour autant, chaque culture a ses pratiques ancestrales, moi je fais confiance à ce qui est évalué scientifiquement. « Car je suis rationnelle. Je suis incroyablement rationnelle. Je crois en la science et donc je crois en la preuve scientifique. »

 Rationnel Qui appartient à la raison, relève de la raison. Ensemble des facultés intellectuelles, considérées dans leur état ou leur fonctionnement normal (« N’avoir plus toute sa raison ») ; Incroyablement  adverbe qui renvoie à incroyable Qui n’est pas croyable; difficile à croire. Qui dépasse les limites habituellement admises. Excessif.

A demain

 

 

Post-Orwell :  les embryons humains commencent à être triés par l’Intelligence Artificielle

Bonjour

Dans le meilleur des mondes possibles la question, essentielle, serait intégrée d’urgence dans le projet de révision de la loi de bioéthique. C’est une étude qui a été présentée par le Dr Marcos Meseguer, embryologiste de « IVI Valence » 1, lors du 34ème Congrès de la Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie (ESHRE)  à Barcelone : « Using Artificial Intelligence (AI) and Time-Lapse to improve human blastocyst morphology evaluation« .

« Historiquement, rappellent les auteurs, le rôle de l’embryologiste a été et continue d’être un élément clé dans l’évaluation et la sélection des embryons viables afin d’être transférés dans l’utérus maternel, au cours des traitements de procréation assistée » Et demain ?

C’est la conclusion que l’on peut tirer de ce travail auquel ont contribué cinq embryologistes de quatre pays différents. Ils ont analysé 223 embryons selon des critères morphologiques conventionnels, nécessaires à la sélection embryonnaire. Les techniques de l’IA ont permis de mesurer, interpréter, analyser et distinguer les différentes parties de l’embryon et à les sélectionner en fonction de ces critères – un processus sans cesse amélioré avec le nombre d’embryons testés.

L’IA permet, en d’autres termes, « de réduire la subjectivité qui affecte le processus de sélection de l’embryon » dès lors qu’elle est associée  au traitement numérique de l’image – en collaboration avec Time-Lapse. « Ce dernier permet de choisir le moment de l’évaluation de l’embryon, toujours à heure fixe, ce qui apporte beaucoup de cohérence au processus, ajoutent les auteurs. Cette analyse est effectuée de la même manière partout dans le monde, car elle est basée sur des images fixes et des images standardisées ». Dépassé, enfoncé, l’ « opérateur humain ».

« L’application de l’IA à la classification du blastocyste humain est peu coûteuse, non invasive et plus fiable que la classification par un opérateur. Au lieu de regarder des milliers d’images, l’IA évalue, apprend et quantifie continuellement des informations supplémentaires. Comme nous l’avons démontré, cette technologie peut intrinsèquement améliorer notre capacité d’évaluer la viabilité embryonnaire » résument les auteurs.

La suite vous intéresse ? Relire le Meilleur des mondes (Huxley, 1932). Puis 1984 (Orwell, 1948).

A demain

1 IVI, fondée en 1990, se présente comme la première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la reproduction assistée. Depuis cette date, IVI a contribué à la naissance de plus de 160.000 enfants grâce à la mise en œuvre des méthodes de reproduction assistée les plus innovantes. Début 2017, IVI a fusionné avec RMANJ, devenant ainsi le plus grand groupe de procréation assistée au monde et le leader en médecine reproductive avec plus de 70 cliniques.

« IVG=homicide »: à quoi le Dr de Rochambeau, chef des gynécos français sera-t-il condamné ?

Bonjour

Mesurait-il la vague qui suivrait ?  Le Dr Bertrand de Rochambeau est le président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof). Aucune ambiguïté : c’est le seul syndicat des gynécologues médicaux, des gynécologues obstétriciens publics et privés. Il rassemble 1600 adhérents, « à jour de leur cotisation », « reflet satisfaisant de l’activisme des gynécologues français ». Son président est le Dr Bertrand de Rochambeau (hôpital privé de Marne Chantereine, Brou-sur-Chantereine).

Le Dr de Rochambeau vient de parler publiquement. C’était au micro d’une journaliste de l’émission « Quotidien ». (TMC) :

« Nous ne sommes pas là pour retirer des vies. » Le docteur Bertrand De Rochambeau est président du syndicat des gynécologues et il refuse de pratiquer des IVG. Il a accepté de répondre à @valentineoberti.#Quotidien 20:18 – 11 sept. 2018

« Moi, je fais un métier avec mes tripes. Je me lève à n’importe quelle heure. La nuit, je fais des opérations très difficiles, avec mes tripes. Et donc aux choses auxquelles je ne crois pas, je ne les fais plus », explique le médecin, estimant que « nous [les médecins] ne sommes pas là pour retirer des vies ».

La journaliste de TMC fait remarquer au Dr Bertrand de Rochambeau que « ce n’est pas un homicide 1 que de faire une IVG », le médecin répond : « Si, madame. »

« Toutes les femmes ne considèrent pas qu’avoir un embryon dans le ventre, c’est une vie », insiste la journaliste. Le gynécologue-obstétricien rétorque alors que c’est ici « son opinion »« Moi, en tant que médecin, je ne suis pas forcé d’avoir votre opinion. Et si je ne l’ai pas, la loi me protège et ma conscience aussi. »

Quelques minutes plus tard:

« Rien ni personne ne doit entraver »le droit à l’IVG a réagi Agnès Buzyn, ministres des Solidarités et de la santé. « Nous ne devons laisser passer aucune attaque, d’où qu’elle vienne, contre le droit des femmes à accéder librement à l’avortement », a aussitôt ajouté Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes. Et ce dans un communiqué commun qui « condamne fermement » les propos du Dr Bertrand de Rochambeau.

Puis vint, dans sa nouvelle sagesse 2, le Conseil national de l’Ordre des médecins :

«Le Dr Bertrand de Rochambeau a fait état publiquement de son opposition à
l’interruption volontaire de grossesse, qu’il rattache à un homicide. Cette opinion
personnelle ne peut effacer le fait que le Dr de Rochambeau est également président du
Syndicat national des gynécologues-obstétriciens, ce qui pose le problème de la portée
de ses propos tenus dans une émission de grande écoute. 

« A cet égard le Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle que toute femme, majeure ou mineure, ne souhaitant pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin l’interruption de celle-ci conformément à la loi. 

« Le médecin contacté a parfaitement le droit d’invoquer sa clause de conscience personnelle. Toutefois le code de déontologie précise que, lorsqu’il se dégage de sa mission, quel qu’en soit le motif, le médecin doit impérativement en avertir le patient,
et transmettre sans délai à un autre médecin désigné par ce patient, toutes les
informations utiles à la poursuite de la prise en charge. 

« La clause de conscience ne saurait donc être un moyen de se soustraire à la loi et aux dispositions de la déontologie médicale qui sont parfaitement claires.»

Pour sa part le Dr de Rochambeau estime avoir été «piégé» par la journaliste de l’émission «Quotidien» . «A plusieurs reprises, j’ai rappelé que je m’exprimais en mon nom propre, mais cela a été coupé. J’ai été son trophée , déplore-t-il. Il y a eu manipulation de ce que j’ai dit pour faire le buzz.»

A demain

1 Homicide: action de tuer un autre être humain.

2 En février 1973 le Pr Jean-Louis Lortat-Jacob, alors président du Conseil de l’Ordre dénonçait  ouvertement les médecins partisans du droit des femmes à avorter. Sur ce sujet : « L’Ordre et l’avortement : la question de l’oubli et celle de l’hypocrisie ».

 

Que vont nous enseigner la médecine et la science sur les expériences de mort imminente ?

Bonjour

C’est une expérience spectaculaire qui n’est pas sans faire songer à celle d’Orphée et Eurydice. Conduite par des chercheurs du Psychedelic Research Group (Imperial College de Londres) et du Coma Science Group (Université de Liège) ses résultats viennent d’être publiés dans la revue en ligne Frontiers in Psychology. Ses auteurs et autrices nous expliquent qu’un puissant hallucinogène, la diméthyltryptamine, peut induire expérimentalement des perceptions similaires à celles décrites par les personnes ayant vécu les joies (ou les affres) d’une expérience de mort imminente (EMI) –near-death experience (NDE).

« Ces travaux ont été menés auprès de volontaires sains, six femmes et sept hommes (âge moyen 34 ans). C’est la première fois qu’une étude scientifique évalue la relation entre une EMI induite par une drogue et une “véritable” EMI, survenant chez des patients comateux ou accidentés et se manifestant par la vision d’un tunnel, d’une lumière brillante, un sentiment de paix intérieure, une expérience de décorporation (“sortie de corps”), d’entrée dans une “autre réalité”, la rencontre avec des “êtres” spirituels», résume le journaliste Marc Gozlan sur son blog Réalités Biomédicales. (…)

La suite sur  Slate.fr : « Expériences de mort imminente: que va nous dévoiler la science ? »

A demain

Dignité : la trop belle vidéo de Jacqueline qui se suicidera avant la fin du quinquennat

Bonjour

Trop beau pour être vrai ? Trop laid pour être faux ? Nous sommes ici aux antipodes de l’ode aux soignants de Nicolas Philibert. C’est une vidéo paradoxalement mortifère diffusée dans deux formats par Brut (3’01 ») et Kombini  (7’35 »).

Résumons la seconde version : un échange de salon post-café, sur sofa/canapé, entre Jacqueline Jencquel, 74 ans et le bien trop jeune Hugo Clément. Le second demande à la première pourquoi elle a programmé sa mort dans moins de deux ans – et ce alors qu’elle fait tout pour montrer qu’en dépit de ses trois quarts de siècle elle est en « pleine forme. » Association étudiée de langage châtié et de vulgarité.

Nous sommes ici entre Narcisse, le mythe, et Zénon, celui de Yourcenar. Elle veut « mourir debout ». Jacqueline Jencquel, donc, qui couche ses pensées sur son blog. Et qui choque son hébergeur : Le Temps, de Genève. Précisément, lisons, lentement, Le Temps (Sylvia Revello)

« En médiatisant sa mort, Jacqueline Jencquel choque. Après avoir ouvert un blog au ‘’Temps’’, la Française de 74 ans justifie sans états d’âme sa volonté de mourir dans des vidéos tournées pour Brut et Konbini. L’aspect à la fois intime et militant de sa démarche interpelle.

« Planifier le jour de sa mort: le choix de Jacqueline Jencquel, 74 ans, choque, irrémédiablement. Elle qui ne souffre d’aucune maladie incurable ou dégénérative souhaite bénéficier d’un suicide assisté en Suisse en janvier 2020. La médiatisation volontaire de sa démarche interpelle d’autant plus. Après avoir entamé un blog sur le site du Temps, la Française a tourné deux vidéos pour Brut et Konbini, qui ont déclenché ce week-end des milliers de réactions, aussi contrastées les unes que les autres.

« Pourquoi vouloir cesser de vivre? Celle qui milite pour la légalisation du suicide assisté en France depuis plusieurs années dévoile pléthore d’arguments: l’impression d’avoir fait le tour, la peur de devenir prisonnière de son corps, infantilisée, surmédicalisée, impuissante face à la vieillesse qui progresse inexorablement. Pas question pour elle d’entendre un jour la voix d’une infirmière lui murmurer à son réveil dans un mouroir: «Alors Madame Jencquel, il fait beau aujourd’hui, on est bien.» Elle l’avoue, elle est loin d’en être là, mais la perspective de subir cette inéluctable dégradation la rebute. 

« Courage d’affronter la mort ou caprice indécent face à ceux qui n’ont vraiment pas le choix: les avis des internautes sont partagés. Certains pointent un témoignage  »difficile à entendre », mais «tellement humain». D’autres fustigent une décision  »contraire au destin », un «choix cynique»,  »comble du nihilisme et de l’égoïsme ». C’est que la mort reste un tabou. Sans raisons majeures, la vie doit être vécue, presque par défaut. La décréter bonne à jeter sonne comme un affront incongru.

« Dans l’interview accordée à Konbini, Jacqueline Jencquel fait voler en éclats cette pudeur. Elle se montre goguenarde, presque vulgaire. C’est sur un ton provocateur qu’elle répond aux questions d’Hugo Clément.  »J’ai tout fait », lâche-t-elle, en se qualifiant de  »femme libre », lucide, qui refuse de  »faire l’amour avec un mec au bide énorme » ou de finir ‘’légume’’ dans un ‘’plumard’’. 

Pimpante, en baskets et ensemble rose poudré, elle toise la caméra, confortablement installée dans un sofa. Lorsque le journaliste lui demande si elle redoute le grand saut, elle rit aux éclats à l’idée de ‘’sucer’’ des ‘’beaux mecs comme Hugo pour l’éternité’’ au paradis. Quant à la date précise de sa mort, elle ne résulte que de l’agenda de son médecin, qui rentrera tout juste de vacances. »

Pour Le Temps cette surexposition médiatique sape toute crédibilité. Un mauvais coup, en somme porté aux volontés de « mourir dans la dignité ». Pourquoi faire étalage d’un choix dont la dignité réside, précisément, dans l’intimité ?  On lira aussi, dans le quotidien suisse, l’opinion éclairée de deux médecins:  Mort planifiée: une inquiétante mise en scène du suicide. Un texte signé des Drs Mélina Andronicos et Dr Laurent Michaud, membres du Groupe romand de prévention du suicide.

A demain

 

Psychiatriser l’homosexualité : pour le Vatican les paroles du pape ne sont plus d’Evangile

Bonjour

Comment dit-on rétropédalage en romain ? Nous soutenions, hier, que le Vatican ne pourrait plaider l’ambiguïté quent à la position du pape François sur la nécessité d’avoir recours à la psychiatrie devant les premiers symptômes (avant 20 ans) de l’homosexualité. C’était pécher par oubli du savoir-faire des jésuites. Au journaliste qui lui demandait ce qu’il dirait à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant le pape, entre Dublin et Rome :

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

Révélation du lapsus

Or le Vatican a, le 27 août, modifié les paroles du pape en gommant le mot « psychiatrie » dans la transcription officielle (en italien, consultable sur le site du Vatican) de la conférence de presse tenue la veille dans l’avion. Une source vaticane a indiqué à l’Agence France Presse que ce caviardage avait été commis  « pour ne pas altérer la pensée du pape ». « Quand le pape se réfère à la “psychiatrie”, il est clair qu’il le fait comme un exemple qui rentre dans les différentes choses qui peuvent être faites, a encore expliqué cette source. Mais avec ce mot, il n’avait pas l’intention de dire qu’il s’agissait d’une maladie psychiatrique, mais que peut-être il fallait voir comment sont les choses au niveau psychologique. »

D’autres exégètes font valoir que Jorge Mario Bergoglio, d’origine argentine, ne fait guère de distinctions entre la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse. « En bon Argentin, rappelle Le Monde, il a révélé avoir lui-même suivi  »une psychanalyse »  pendant six mois, autour de la quarantaine, dans son pays. » Aussi  connaît-il sans doute mieux que d’autres, le poids des mots, le choc révélateur des lapsus.

Et, caviardage ou pas, que François ne compte pas sur la France, fille aînée de l’Eglise, pour le défendre. Le gouvernement d’Emmanuel Macron a ainsi fustigé des propos qu’il qualifie d’ « incompréhensibles et indéfendables ». Et ce par la voix de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes – et de la lutte contre les discriminations homophobes.

A demain

 NB : Sur France Culture : « Les transidentités, racontées par les trans ». En partenariat avec Slate, une série documentaire de Perrine Kervran, réalisée par Annabelle Brouard.

« Raconter les transidentités autrement et surtout demander aux interessé.e.s de nous les raconter. Retracer l’histoire de la militance « trans », décrypter la façon dont la médecine et la psychiatrie ont mis la main sur les destinées des personnes transgenres, montrer comment le questionnement du genre rejaillit sur toute la société. Et faire le point sur les revendications des personnes transgenres aujourd’hui. Pour sortir des récits de transitions spectaculaires, qui occultent le quotidien de citoyens considérés par l’Etat et la société comme des citoyens de seconde zone. »