Veille de Toussaint: croisade monothéiste inédite contre l’euthanasie et le suicide assisté

Bonjour

Assistons-nous à une forme inédite de radicalisation ? A la veille de la Toussaint de très hauts représentants des trois religions monothéistes – christianisme, judaïsme et islam – viennent de remettre au pape François un document dans lequel ils se prononcent fermement contre l’euthanasie et le suicide assisté  – des pratiques qui, selon eux, « sont intrinsèquement et moralement répréhensibles». Des pratiques qui doivent être «interdites sans exception». De même que  «toute pression ou action sur des patients pour les inciter à mettre fin à leur propre vie ».

Le Document sur la fin de vie des « religions abrahamiques monothéistes» a été paraphé solennellement au Vatican par un représentant de chaque religion dont le rabbin David Rosen, directeur des affaires religieuses de l’American Jewish Committee, Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, un représentant du métropolite (orthodoxe) de Kiev, Hilarion, et le président du comité central de la Muhammadiyah indonésienne (association socio-culturelle musulmane), le Dr Samsul Anwar. L’idée de cette déclaration avait été proposée au pape par le rabbin Avraham Steinberg, co-président du Conseil national israélien de bioéthique.

Objection de conscience

Ce Document se prononce dans le même temps en faveur de l’objection de conscience pour le personnel sanitaire de tous les hôpitaux et cliniques :  «aucun opérateur sanitaire ne doit être contraint ou soumis à des pressions pour assister directement ou indirectement à la mort délibérée et intentionnelle d’un patient à travers le suicide assisté ou toute forme d’euthanasie». Ce droit qui doit être «universellement respecté», reste «valable même lorsque ce type d’actes ont été déclarés légaux au niveau local ou pour certaines catégories de personnes». L’Agence France Presse rappelle qu’en Italie, la Cour constitutionnelle a récemment dépénalisé le suicide assisté dans certaines conditions strictes tout en demandant au parlement de légiférer sur le vide juridique existant.

Les signataires du Document encouragent «une présence qualifiée et professionnelle dans les soins palliatifs, partout et accessible à tout le monde». «Même lorsque éloigner la mort est un poids difficile à supporter, nous sommes moralement et religieusement engagés à fournir un réconfort, un soulagement à la douleur, une proximité et une assistance spirituelle à la personne mourante et à sa famille», ajoutent les signataires.

Estimant que «la vie mérite d’être soutenue jusqu’à sa fin naturelle», les trois religions promettent de «soutenir les lois et politiques publiques qui protègent le droit et la dignité des patients en phase terminale pour éviter l’euthanasie et promouvoir les soins palliatifs». Elles s’engagent aussi à «utiliser la conscience et la recherche» pour fournir «un maximum d’informations et d’aide à ceux qui affrontent de graves maladies et la mort». Les trois religions prévoient de «sensibiliser l’opinion publique sur les soins palliatifs à travers une formation adéquate et la mise en œuvre de ressources pour le traitement de la souffrance et la mort». Elles promettent, enfin, outre «d’impliquer les autres religions et toutes les personnes de bonne volonté» dans ce combat.

Radicalisation ou simple rappel de l’essentiel ?

A demain @jynau

Dans des machines à sous des chercheurs français découvrent la source de notre créativité !

Bonjour

Jusqu’où peut aller la liberté de chercher ? C’est une publication scientifique de  Nature Neuroscience  1 signée par des chercheurs de l’Inserm – un Inserm que l’on n’imaginait pas pouvoir vagabonder aussi loin de ses bases médicales. Rappelons que cet Institut a pour mission l’étude de la santé humaine avec pour vocation d’investir le champ de la recherche biomédicale fondamentale et appliquée. 

Le travail a été mené par une équipe du Laboratoire de Neurosciences Cognitives et Computationnelles, Inserm U960, Département d’Études Cognitives, École Normale Supérieure) dirigée par Valentin Wyart. Extrait du communiqué :

« Où aller dîner ce soir : choisir son restaurant favori ou essayer un nouvel endroit ? Pour quelle destination opter pour ses prochaines vacances : la maison familiale que l’on connait par cœur ou une location à l’autre bout du monde ? Lorsque nous devons faire un choix entre plusieurs options, nos décisions ne se dirigent pas toujours vers l’option la plus sûre en se fondant sur nos expériences passées. Cette variabilité caractéristique des décisions humaines est le plus souvent décrite comme de la curiosité : nos choix seraient le reflet d’un compromis entre exploiter des options connues et explorer d’autres options aux issues plus incertaines. La curiosité serait même un attribut de l’intelligence humaine, source de créativité et de découvertes inattendues. Cette interprétation repose sur une hypothèse très forte, quoique rarement mentionnée explicitement, selon laquelle nous évaluons nos options sans jamais faire d’erreur.

(…) Pour étayer leurs soupçons, les chercheurs ont étudié le comportement d’une centaine de personnes dans un jeu de machines à sous qui consistait à choisir entre deux symboles associés à des récompenses incertaines. Ils ont analysé le comportement des participants à l’aide d’un nouveau modèle théorique tenant compte d’erreurs d’évaluation des symboles développé par Charles Findling, post-doctorant dans l’équipe et co-premier signataire de l’article. Les chercheurs ont ainsi découvert que plus de la moitié des choix habituellement considérés comme relevant de la curiosité était en réalité due à des erreurs d’évaluation. »

Valentin Wyart, directeur de l’équipe : « Ce résultat est important, car il implique que de nombreux choix vers l’inconnu le sont à notre insu, sans que nous en ayons conscience. Nos participants ont l’impression de choisir le meilleur symbole et non pas le plus incertain, mais ils le font sur la base de mauvaises informations résultant d’erreurs de raisonnement. »

Christophe Colomb et Henri Becquerel

Résumons. Pour comprendre d’où viennent ces erreurs, les chercheurs ont enregistré l’activité cérébrale d’une partie des participants en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Ils ont découvert que l’activité du cortex cingulaire antérieur, une région impliquée dans la prise de décision, fluctuait avec les erreurs d’évaluation des participants. L’Inserm le dit autrement : plus l’activité de cette région était grande au moment de l’évaluation des options, plus les erreurs d’évaluation étaient importantes. Pour Vasilisa Skvortsova, post-doctorante et co-première signataire de l’article, « ces erreurs d’évaluation pourraient être régulées via le cortex cingulaire antérieur par le système neuromodulateur de la noradrénaline, en contrôlant la précision des opérations mentales effectuées par le cerveau ». Autrement dit, notre cerveau utiliserait ses propres erreurs pour produire des choix vers l’inconnu, sans s’appuyer sur notre curiosité. « C’est une vision radicalement différente des théories actuelles qui considèrent ces erreurs comme négligeables », assure Valentin Wyart.

Fin du communiqué de l’Inserm : « Si ces résultats peuvent paraître surprenants, le sont-ils vraiment ? De nombreuses découvertes majeures sont le résultat d’erreurs de raisonnement : la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, qui croit avoir atteint les « Indes orientales » – une erreur de navigation de 10 000 km. Mais aussi la découverte de la radioactivité par Henri Becquerel, qui pense initialement que les radiations émises par l’uranium sont dues à la réémission de l’énergie solaire, ou encore la découverte du pacemaker par John Hopps en essayant de traiter l’hypothermie à l’aide d’une fréquence radio. En allant plus loin, « l’évolution des espèces repose elle aussi sur des variations aléatoires du génome, autrement dit des erreurs génétiques, dont certaines sont conservées par sélection naturelle », rappelle Valentin Wyart.  

Serait-ce là, tout bien pesé, la base moléculaire de la sérendipité ? On peut le postuler. Et ne pas s’étonner de penser que notre cerveau tire parti de ses erreurs pour sortir des sentiers battus. Comme le font les chercheurs de l’Inserm.

A demain @jynau

1 Computational noise in reward-guided learning drives behavioral variability in volatile environments Charles Findling, Vasilisa Skvortsova, Rémi Dromnelle, Stefano Palminteri et Valentin Wyart

PMA : Nouvelle agression méchamment confraternelle contre l’Académie de médecine

Bonjour

Qui veut ruiner une institution séculaire l’accuse d’être « datée ». Agnès Buzyn vient de le faire à propos de l’Académie nationale dé médecine coupable, à ses yeux, de ne pas soutenir la « PMA pour toutes » promise par le Président et voulue par le Gouvernement. Puis vint Laurent Joffrin et ses ‘’vieilles barbes burgraves’’. Dans le sillage ministériel et celui de Libération, aujourd’hui, le Pr Jean-Louis Touraine 1 co-rapporteur du projet de loi. L’ancien immunologiste socialiste devenu député (Rhône) macronien s’exprimait aujourd’hui 24 septembre 2019 sur les ondes de France Culture.

Extraits ciblés sur ses confrères de l’Académie qui voient là « une rupture anthropologique majeure » :

« L’Académie de médecine, très souvent, émet des avis très conservateurs. Elle était contre, en son temps, l’interruption volontaire de grossesse et contre les différentes avancées … Par contre ils font de très bons travaux, de très bonnes analyses, sur le plan médical. Quand ils s’égarent à donner des avis sur des sujets sociétaux, c’est plus incertain car ils ont de la peine à comprendre la société de notre temps (sic). Mais sur le plan médical, ils font des analyses formidables (re-sic).

« Donc je les exhorte à faire le travail auquel il sont habitués, auquel ils sont rompus et pour lequel ils travaillent avec une dextérité remarquable. Là leur avis est simplement une exception parmi tous les autres, comme ceux du comité d’éthique, du Conseil d’Etat ou celui de l’Ordre des médecins qui n’est pas pourtant le plus progressiste des organismes … »  

Et le Pr Touraine de tenter de faire un peu d’anthropologie mineure. Puis de ranger l’Académie nationale de médecine dans la même catégorie que la Conférence des évêques de France. La question est désormais posée : le député macronien du Rhône sera poursuivi pour double manquement à la confraternité ?

A demain @jynau

1 A lire, dans Libération (Eric Favereau) son portrait ripoliné : « Jean-Louis Touraine, médicalement assistant ». Médecin, ce député LREM, rapporteur de la loi de bioéthique défend la PMA, mais plaide aussi pour la GPA «éthique» et la fin de vie

«PMA pour toutes» : à l’Académie de médecine la messe est encore bien loin d’être dite

Bonjour

On ne l’attendait plus, la voici : Depuis la rue Bonaparte l’Académie nationale de médecine vient (enfin) de prendre une « position officielle » quant au projet de loi de révision de la loi de bioéthique 1. Et nous sommes bien loin du consentement béat que le gouvernement semblait espérer dans le paysage « apaisé » que souhaitait le président de la République.

Les griffes académiques portent sur le titre 1er, consacré au thème de l’Assistance Médicale à la Procréation et tout particulièrement sur le chapitre de la « PMA pour toutes ». Ainsi donc il y aurait extension de l’accès à l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Et le critère médical d’infertilité, qui aujourd’hui conditionne cet accès serait supprimé. Dans le même temps, la prise en charge par l’assurance maladie resterait identique et se trouverait étendue aux nouveaux publics éligibles. Voici la position (nous soulignons) de l’Académie nationale de médecine (ANM) : :

« L’extension de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules relève davantage d’une loi sociétale s’inscrivant dans la suite des lois sur le Pacte civil de solidarité et du Mariage pour tous, que de la loi de bioéthique dans la mesure où les techniques utilisées sont anciennes et ne soulèvent pas de nouvelles questions d’ordre médical. S’agissant d’une mesure à caractère sociétal et au-delà des convictions de chacun, 1’ANM ne s’estime pas à même de donner un avis hors du champ de ses missions. En revanche, elle se sent impliquée et estime de son devoir de soulever un certain nombre de réserves liées à de possibles conséquences médicales.

« L’ANM reconnaît la légitimité du désir de maternité chez toute femme quelle que soit sa situation, mais elle veut souligner que si 1 ‘invocation de 1 ‘égalité des droits de toute femme devant la procréation est compréhensible, il faut aussi au titre de la même égalité des droits tenir compte du droit de tout enfant à avoir un père et une mère dans la mesure du possible. Sur ce point, il y a donc une rupture volontaire d’égalité entre les enfants.

« A ce titre, la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure qui n’est pas sans risques pour le développement psychologique et l’épanouissement de l’enfant. L ‘argument régulièrement avancé pour rejeter le risque pour 1’enfant se fonde sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de 1’enfant. L’ANM ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âgege des questions existentielles. Quoiqu’il en soit, 1’ANM rappelle que 1’incertitude persiste sur le risque de développement psychologique de ces enfants au regard du besoin souvent exprimé de connaître leurs origines.

« Cela conduit donc à souhaiter qu’il y ait des études en milieu pédopsychiatrique à partir d’enfants privés de pères, parmi lesquels ceux issus de 1’AMP pour des femmes seules ou en couples. Cela permettra d ‘évaluer le devenir de ces enfants au nom du principe de précaution si souvent évoqué pour des sujets d ‘importance moindre. II apparaît, à 1’ANM que cette disposition est contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989, ratifiée par la France. Celle-ci mentionne le droit de l’enfant à connaître ses parents en insistant sur le « bien de l’enfant » comme sur son « intérêt supérieur ».

« De fait, on quitte le domaine de la vraisemblance puisque deux parents du même sexe ne suffisent pas pour donner vie à un enfant. Il s ‘agira pour la première fois de permettre à deux femmes d’être les deux mères d’un même enfant. Pourtant, l’existence de deux mots distincts, père et mère, signifie que l’un ne peut se substituer à 1’autre car le rôle des mères et des pères ne sont pas équivalents. L’ANM estime que, de plus en plus malmenée par les évolutions sociétales, la figure du père reste pourtant fondatrice pour la personnalité de l’enfant comme le rappellent des pédopsychiatres, pédiatres et psychologues qui demeurent dans leur majorité pour le moins réservés sur cette innovation radicale. A la différence notoire des situations subies par certaines familles monoparentales, des réserves médicales sont également exprimées sur 1’extension de la procréation volontaire aux femmes seules en raison de 1’observation d’une vulnérabilité, source d’anxiété et de fragilité maternelle avec des couples mère/enfant qui peuvent être pathologiques comme cela a été souligné lors des auditions par la commission spéciale à 1’Assemblée nationale. Dans tous les cas d’extension de 1’AMP, on ne peut méconnaître la question de l’altérité et celle de la différence homme-femme. »

Plus généralement l’Académie nationale de médecine veut encore souligner que la « PMA pour toutes » (comme celle de l’autoconservation des ovocytes par volonté personnelle) correspondent à des demandes sociétales pour des femmes qui ne souffrent d’aucune pathologie de la reproduction. « II ne s’agit aucunement d’indications médicales conformes à la mission de la médecine qui est de soigner, souligne-t-on rue Bonaparte. Ce changement de nature de l’acte médical n’est pas sans soulever de sérieuses questions de fond pour 1’avenir de la pratique médicale. » A n’en pas douter, ces questions seront soulevées. Les réponses risquent de nous parvenir un peu trop tard.

A demain @jynau

1 Le rapport est signé: Jean-François Mattei (rapporteur) au nom du Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine. Comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine: Catherine Barthélémy, Marie-Germaine Bousser, Jacques Bringer, Jean Dubousset, Gilles Crépin, Elisabeth Eléfant, Claudine Esper, Jean-Noël Fiessinger, Dominique Lecomte, Yves Le Bouc, Jean-Roger Le Gall, Jean-François Mattei, Dominique Poitout, Paul Vert.

L’Académie dans sa séance du mardi 18 septembre 2019, a adopté le texte de ce rapport par 69 voix pour, 11 voix contre et 5 abstentions.

«PMA pour toutes» : avant la «malédiction», le devoir de participer à la manifestation

Bonjour

Y aurait-il ici un grand architecte organisant la montée en pression médiatique ? Hier un philosophe catholique traite de la « malédiction » associée à la volonté gouvernementale de permettre « à toutes les femmes » (veuves exceptées) d’avoir accès aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Aujourd’hui la voix au chapitre médiatique est prise par Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la la Conférence des évêques de France (CEF).

Cela s’est passé au célèbre Collège parisien des Bernardins. Un endroit, observe Le Monde (Cécile Chambraud)  qui « est en passe de devenir le cadre privilégié des relations entre l’Eglise catholique et la République macronienne ». Les fidèles des deux camps se souviennent encore que le 9 avril 2018le président de la République française y menait une étrange opération de séduction envers les catholiques – allant jusqu’à encourager ces derniers à nourrir de leurs réflexions critiques le débat sur la révision des lois de bioéthique.

Et c’est au même endroit que plusieurs « figures de l’épiscopat » ont exprimé, lundi 16 septembre, tout le mal qu’elles pensent du texte adopté samedi en commission par les députés, et qui viendra en séance publique à l’Assemblée nationale dès le 24 septembre.

Dissociation de la sexualité et de la procréation

« A ce stade du débat parlementaire, souligne Le Monde, le moment était propice pour s’adresser à l’opinion catholique et l’alerter en particulier contre l’extension de la PMA à toutes les femmes et contre les risques de manipulation du génome humain perçus dans les dispositions du projet de loi. Sur l’estrade du grand auditorium des bernardins, retransmis en direct par la chaîne de télévision KTO, le panel d’orateurs a élevé le ton. » A commencer par son président :

Mgr de Moulins-Beaufort : « Nous devons constater que nos responsables politiques restent aveugles aux enjeux de ce qu’ils vont décider et qu’ils ne tiennent pas vraiment compte du résultat des Etats généraux (…) On livre la procréation à la manipulation médicale et la filiation au bricolage que la sophistication de nos sociétés est capable d’imaginer par toute une ingénierie juridique ».

Dr Michel Aupetit, archevêque de Paris :  « Nous sommes dans l’ère du professeur Nimbus et des savants fous (…) Il faut donner un statut juridique à l’embryon humain ». 

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et spécialiste de la bioéthique à la CEF : « Une telle révolution dans le droit de la filiation est-elle voulue par le peuple français ? ».

Le devoir de le faire

Interrogé à l’issue de la réunion des Bernardins, Mgr de Moulins-Beaufort a apporté tout son soutien à la manifestation du 6 octobre à laquelle seront présents, à droite et plus, François-Xavier Bellamy et Marion Maréchal : « Je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre et pour faire progresser le débat. Et j’aurais tendance à dire qu’ils ont le devoir de le faire. » 

On aura compris qu’après son opposition séculaire à toute forme de dissociation de la sexualité et de la procréation humaines, la hiérarchie catholique française ne pouvait faire l’économie du combat contre l’extension de la PMA à « toutes les femmes » – en éclairant sur toutes les modifications qu’elle entraîne dans le champ de la parentalité avec la « suppression de l’ascendance paternelle ».

Pour en savoir plus, prière de se reporter au dernier livre en date rédigé par Mgr d’Ornellas, Bioéthique, quel monde voulons-nous ? (Codédition Bayard, les Editions du cerf, MAME). En attendant de manifester, ou pas.

A demain @jynau

«PMA pour toutes»: François-Xavier Bellamy écartelé entre bioéthique et malédiction

Bonjour

Parler en plein conscience. C’est un document : l’entretien accordé au Journal du Dimanche (David Revault d’Allonnes) par François-Xavier Bellamy. Où l’on perçoit, en pleine lumière et en une phrase la voie qui peut mener du politique à la religion, de l’action à la croyance.

On se souvient de François-Xavier Bellamy, détendu et cortiqué, visage d’ange, bientôt trente-quatre ans, essayiste, professeur agrégé de philosophie ainsi, depuis peu, que député européen dans le camp déserté « Les Républicains ».

« Fils d’un cadre et d’une enseignante de français, passe sa jeunesse à Versailles, effectue sa scolarité à l’école privée Sainte-Marie des Bourdonnais, puis au lycée Notre-Dame-du-Grandchamp, découvre le scoutisme où il occupe des responsabilités en étant assistant du commissaire national éclaireur pour les scouts marins et chef de la Passerelle (équipe responsable du scoutisme marin) en 2009, lycée Henri-IV, intègre l’École normale supérieure,  effectue des stages au sein des rédactions du Times et du Sunday Times. Entre 2009 et 2011, enseigne la philosophie au lycée Auguste-Renoir d’Asnières, puis au lycée Louis-Bascan à Rambouillet et au lycée hôtelier de Guyancourt. Depuis 2011, il en détachement dans le privé et enseigne la philosophie à l’École normale catholique. »

La réalité de nos corps

Quoique incontestablement conservateur de droite l’homme demeure parfois difficile à classer. Aujourd’hui il François-Xavier explique dans le JDD pourquoi il s’oppose à la « PMA pour toutes », actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Extraits :

« Nous sommes à un carrefour historique. Depuis son apparition, la médecine a pour but de remédier à la maladie. Dans ce cadre, la loi autorisait la PMA pour pallier une infertilité pathologique, qui devait être médicalement constatée. Si nous supprimons ce critère, la technique médicale ne servira plus à rétablir l’équilibre de la condition humaine, mais à dépasser ses limites. Cette nouvelle PMA n’est plus un acte médical, en fait : elle concernerait des femmes en parfaite santé, qui n’ont pas d’enfant non pas à cause d’une pathologie, mais simplement parce que la vie se transmet organiquement par la complémentarité du masculin et du féminin. Ce n’est pas une violence sociale, c’est la réalité de nos corps…

« Si nous voulons nous en affranchir, nous assumerons une rupture inédite dans le principe même de la technique médicale : il ne s’agira plus de rétablir le vivant, mais de le dépasser ; non plus de réparer nos corps, mais de les vaincre. Une fois cette nouvelle logique acceptée, je ne vois pas ce qui nous arrêtera : elle nous conduit directement au transhumanisme, par la transformation technique de nos corps. Le désir d’avoir un enfant est bien sûr légitime, mais il ne permet pas tout. »

Un dévoiement de la médecine, la PMA ?  « C’est un choix de société : rompre avec la condition humaine parce que ses limites frustrent nos désirs. Je crois que ce choix sera notre malédiction. » Ainsi le mot est lâché par celui qui sait le poids et le sens du verbe : « malédiction » 1. Il ne reste plus, ensuite, qu’à développer en élargissant le propos :

« La prise de conscience écologique nous l’a déjà fait comprendre : nous avons transformé le monde pour que tout s’organise autour de la satisfaction de nos désirs, quitte à vaincre les résistances que la nature nous imposait ; cela ne nous a pas rendus plus heureux. Au contraire : notre immense pouvoir technique a produit des catastrophes qu’il ne sait pas résoudre, et une fuite en avant perpétuelle dans l’insatisfaction et la frustration. Voulons-nous faire de nos corps le prochain terrain de cette expérience?

Publicités dans le métro

Puis François-Xavier Bellamy souligne un point fort peu abordé par les médias généralistes : l’autorisation donnée par la commission spéciale dans la nuit du 11 au 12 septembre pour que le secteur privé puisse, aussi, assurer la conservation des ovocytes humains. Traduction : « Le marché peut désormais se saisir de la procréation humaine pour en faire commerce. Demain, nous pourrons avoir des publicités dans le métro proposant aux femmes de conserver leurs ovocytes, et les employeurs par exemple pourront faire pression sur des salariées pour qu’elles reportent leur grossesse si elle n’arrange pas l’entreprise… Nous sommes tous responsables du monde qui se construit sous nos yeux. » 

Et l’euro-député LR de citer le député macronien Jean-Louis Touraine, rapporteur du projet de loi, qui aurait selon lui affirmé affirmé en commission : « Il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père. » « La mère n’est plus celle qui accouche, mais celle qui veut être mère, a expliqué Jean Louis Touraine. C’est une transformation complète de la filiation, qui ne reposera plus sur le lien de la gestation, mais sur la volonté de l’adulte. Or la volonté humaine est fluctuante et fragile, contrairement au fait d’avoir conçu, porté un enfant, qui est irrévocable et définitif… Quand la volonté seule définit la filiation, que se passe-t-il si la mère ne veut plus être la mère? Peut-elle divorcer de son enfant? »

Le JDD demande au catholique conservateur s’il nous décrit « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Réponse :

« C’est toujours en rêvant du « meilleur » des mondes en effet, et même avec les meilleures intentions, que nous préparons un enfer, quand nous acceptons pour cela que la technique remplace le vivant. La promesse du transhumain, c’est la certitude de l’inhumain. Et à la différence d’Huxley, ici il ne s’agit pas de science-fiction. » 2

Politique, pour finir :  oui, il participera au défilé organisé le 6 octobre par la Manif pour tous et par d’autres associations. Au bras de Marion Maréchal ? « Manifester est un droit démocratique. Tout le monde peut y prendre part. Quelle que soit ses convictions politiques. Et je vois des grandes figures issues de la gauche, Sylviane Agacinski ou José Bové, qui s’opposent à cette réforme. » Où l’on comprend, une nouvelle fois ici, le caractère incongru de certains classements.

A demain @jynau

1 « Malédiction » : Action de maudire; résultat de cette action. Paroles par lesquelles on souhaite avec véhémence tout le mal possible à une personne, une famille, une ville, un pays, etc., sans appeler la colère de Dieu mais le plus souvent en l’impliquant

Relig. Parole annonçant un châtiment en punition d’une faute«  (Foi t. 1 1968). Les malédictions du Deutéronome, de Jérémie, des prophètes; Condamnation au malheur prononcé par Dieu; état de celui (ou de ce) qui en est la victime. Malédiction des païens (DG); Imprécations par lesquelles on appelle la colère, la vengeance de Dieu sur quelqu’un. Malédiction divineappeler sur qqn la malédiction de Dieu. 

2 Il faut toutefois, ici, ne pas oublier, du même Aldous Huxley, « Retour au Meilleur des Mondes» (1958) écrit presque trente ans après sa célèbre dystopie, l’auteur cherche à analyser si le monde a évolué dans la direction de la vision du futur qu’il avait eue dans les années 1930 ou s’il s’en était éloigné. Où l’on apprend que si Huxley ne cherchait pas, initialement,  à décrire une vision d’avenir il conclut dans Retour au Meilleur des Mondes, que notre monde se mettait à ressembler à celui de son roman. C’était il y a soixante ans.

«Maladie sans nom» et cigarette électronique : la huileuse métaphore du Pr Dautzenberg

Bonjour

L’inquiétude monte outre-Atlantique sur les « cas possibles d’atteintes pulmonaires sévères potentiellement liés à l’utilisation de cigarettes électroniques». Pour l’heure les grands médias généralistes français n’ont pas jugé utile de se pencher sur le sujet. Pourquoi ? Peut-être parce qu’à la différence des CDC, rien ne bouge du côté de la Direction Générale de la Santé. Que penser ?

 « Cette enquête américaine est strictement obligatoire, indispensable, car il s’agit d’un mésusage massif qui semble être dû à l’utilisation d’huile de cannabis ou d’autres substances huileuses pas du tout adaptées à la vaporisation, avec des effets secondaires qui semblent bien réels, a pour sa part déclaré à Santé Magazine le Pr Bertrand Dautzenberg, tabacologue historique et ancien pneumologue à La Pitié-Salpêtrière (AP-HP).  L’enquête dira exactement ce qu’il s’est produit, mais au vu de ce que rapportent les médias américains, les premiers cas seraient tous dus à des produits ‘trafiqués’, à l’huile de cannabis notamment. A priori il s’agit de produits qui ne sont pas commercialisés aux États-Unis mais qui circulent sous le manteau. »

Huiles frelatées (Espagne, 1981)

La dangerosité de tels produits ? Il use ici d’une métaphore qui n’est pas sans rappeler le « syndrome toxique espagnol » (30 000 victimes, plusieurs centaines de morts en 1981) : « c’est un peu comme le fait de remplacer l’huile de friture par de l’huile de vidange: le fait de mettre de l’huile dans une cigarette électronique à la place d’un produit adapté peut, dans certains conditions, transporter des gouttelettes dans les poumons, et les poumons ont horreur des lipides ».

Pour ce pneumologue, il n’existe pas à ce jour de cas en France d’atteintes pulmonaires dues à ce type de produit à base d’huile. Pourquoi ? Peut-être à cause de la grande régulation des produits pour cigarette électronique et du grand panel de produits disponibles pour les vapoteurs. Pour autant l’auteur d’un opuscule sur la chicha 1 « déconseille fermement d’utiliser des huiles avec du THC ou du CBD dans une cigarette électronique » : ces produits ne sont pas conçus pour être vaporisés. Incorporer ces huiles à des « gâteaux » ou à du tabac est dangereux (en plus d’être illégal). En user pour vapoter ? Ce serait faire preuve d’une très grande inconscience.

A demain @jynau

1 Dautzenberg B, Nau J-Y, dessins de Charb (1967-2015 ) « Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha » éditions Margaux-Orange, 2007,