Cannabis en vente demain chez les buralistes ? Surprises à venir dans le champ politique

 

Bonjour

Les gazettes sont devenues allergiques aux sondages politiques. Cela n’interdit pas les sociétaux- à commencer par le cannabis qui assure toujours de bonnes recettes médiatiques. Aujourd’hui c’est le site Atlantico qui, avec la complicité de l’Ifop, a cédé à la tentation. Ses résultats, repris par l’AFP, ne manqueront pas d’étonner. La proportion de Français favorables à la dépénalisation de sa consommation ne cesse d’augmenter. Et elle atteint désormais 43 % des citoyens en âge de voter.

Ce chiffre est en hausse constante : avril 2016 (41 %) contre 30% en 2012 et 26% en 1996. « En 2017, la moitié des moins de 35 ans sont favorables à la dépénalisation du cannabis, résume l’AFP. Entre juin 2011 et janvier 2017, il y a eu très peu d’évolution chez les plus jeunes et les plus vieux, mais l’étude montre qu’il y a une progression chez les classes d’âge intermédiaires vers l’adhésion à la dépénalisation (+ 13 points pour les 35-49 ans et + 14 points pour 50-64 ans).

Déchirements socialistes

Le temps passant, l’attirance pour le THC apparaît moins un marqueur de l’âge que des opinions politiques.   « Nous pouvons constater une adhésion très forte à la dépénalisation chez les proches du Front de gauche (69 %) et des écologistes tandis que l’électorat PS (50 %) est coupé en deux, explique Jérôme Fouquet, directeur du département opinion publique à l’Ifop. Par ailleurs, les personnes proches de la droite et du centre sont majoritairement contre la dépénalisation du cannabis, l’électorat FN (42 %) est plutôt contre mais moins opposé que les partisans de droite. »

Faut-il rappeler que l’usage du cannabis come des autres stupéfiants illicite est, en vertu de la loi du 31 décembre 1970, passible d’un an d’emprisonnement et/ou d’une amende de 3 750 euros ? Que 17 millions de personnes ont, en France, déjà expérimenté ses effets sur leur état de conscience ? Que près de 1,5 million de personnes en consomment au moins dix fois par mois (chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies) ?

Droit de l’homme

L’homme libre a-t-il le droit de consommer des drogues ? La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’est prononcée il y a quelques semaines sur ce sujet philosophique. Comme on peut le découvrir ici dans son rapport « Usages de drogues et droits de l’homme ».  Et la réponse est plutôt oui :

 « Une troisième alternative, qui trouve un certain écho en France, vise à  ouvrir un accès légal, mais restreint et contrôlé par l’Etat aux produits cannabiques,  sur le modèle de ce qui a été mis en place en Uruguay. Le récent rapport du  laboratoire d’idées Terra Nova préconise même de confier la vente de cannabis  à des détaillants agréés par une autorité de régulation spécialement créée,  l’Autorité de Régulation du CAnnabis (ARCA), dans « le réseau des débitants de tabac, celui des officines pharmaceutiques ou un nouveau réseau de magasins».

 « Comme pour le tabac, la commercialisation devrait alors être soumise à une interdiction aux mineurs, des « avertissements sanitaires et un packaging neutre», ainsi qu’à « une interdiction de la consommation dans les lieux à usage collectif  et de travail clos et couverts ». Quant à la production, elle « pourrait soit se faire par des agriculteurs français autorisés par des licences du ministère de l’agriculture, soit par des entreprises étrangères», avec un dosage en THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) limité. »

Cannabis de la Sarthe

Dépénaliser le cannabis ? Restons au centre global de l’échiquier :

On imagine mal François Fillon accepter les champs de marijuana jouxtant son manoir sarthois. Jusqu’ici Manuel Valls ne voulait pas en entendre parler : « J’ai la conviction, comme le président de la République, que toute société doit savoir fixer des interdits. Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un », avait-il déclaré le 13 avril 2016. Une porte fermée qui n’a pas empêché le débat de revenir par la fenêtre.

Marisol Touraine ? La ministre de la Santé, s’est dernièrement prononcée favorable non pas à la dépénalisation, mais à « la tenue d’un débat sur la nature de la sanction » assortie à la consommation de cannabis.

Emmanuel Macron ? Dans son ouvrage « Révolution » (XO Editions, 17,90 euros) l’ancien secrétaire général-adjoint de l’Elysée écrit : « je plaide pour une dépénalisation de la détention en petite quantité du cannabis afin de désengorger les tribunaux ». C’est terriblement jésuite, un brin hypocrite – et radicalement flou sur la quantité. On réclame un trébuchet.

A demain

François Roustang l’insoumis (1923-2016) : jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute

 

Bonjour

François Roustang est mort dans la nuit du 22 au 23 novembre. Il avait 93 ans. Souvent qualifié de « dissident », ou de « loup solitaire », il fut tout à la fois  expert en psychopathologie, hypnothérapeute, philosophe, théologien… De ses vingt premières années, au lendemain de sa mort, les gazettes ne disent rien, ou presque. On le retrouve, à sa majorité, dans la Compagnie de Jésus. Il y poursuit des études de philosophie et de théologie avant d’être ordonné prêtre. Les mêmes gazettes se souviennent que, dans les années 1950, il participe de l’aventure d’une revue jésuite, Christus dont il deviendra directeur en 1964.

On réfléchit beaucoup, en France, dans ces années-là. François Roustang y fréquente des hommes au croisement de bien des chemins, à commencer par le jésuite Michel de Certeau. Pour sa part, il ne résiste pas à la psychanalyse, entame une cure (rapide) avec Serge Leclaire (1924–1994), devient membre de l’Ecole freudienne de Paris de Jacques Lacan (1901–1981).

Béatitude bousculée

Philosophie, théologie, psychopathologie, psychanalyse… L’homme ne craint pas de sortir des sillons tracés. Il y a un demi-siècle, on le voit bousculer la béatitude du Concile Vatican II. Il lui faudra quitter les Jésuites – il y était « écartelé ». Quitter la religion catholique pour migrer vers cette autre Eglise qu’est la psychanalyse. Autre Eglise, qui le débarrasse de toute croyance. Et pourtant autres étouffements. Ce n’est pas la libération en laquelle il croyait. Au contraire : l’homme est, dit-on, frappé de constater l’esprit de soumission qui règne au sein de l’Ecole freudienne. Voilà un bien bel objet d’étude : le voici qui, sacrilège, s’intéresse alors à la question des relations maître-disciple dans l’histoire des chapelles analytiques.

C’est le début de nouveaux déchirements : Un destin si funeste (1976), lecture critique des relations entre Sigmund Freud et certains de ses disciples évadés ; Suggestion au long cours (1978), étude du rôle de la suggestion dans la cure analytique. Son intérêt pour les dimensions thérapeutiques de la thermodynamique de l’inconscient va diminuant tandis que croît celui qu’il nourrit pour l’hypnose.

Saint des saints

En France, il est l’un des premiers à s’intéresser à cette pratique thérapeutique méconnue, toujours scrutée de loin avec beaucoup de suspicion. François Roustang remonte aux sources, met en évidence l’intérêt que porta Freud à l’hypnose à ses débuts. Il travaille et fait connaître les textes de l’Américain Milton H. Erickson, « père » de cette discipline qui commence seulement à entrer dans le saint des saints hospitalo-universitaire.

Peu avant l’annonce de sa mort, le neuvième colloque de l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale était consacré à ses travaux sur l’hypnothérapie. On y rappela qu’il avait cofondé le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (Paris) au sein du département d’anesthésie-réanimation. C’était au début de ce siècle. Objectif : associer une réflexion médicale, thérapeutique, philosophique à la compréhension du phénomène hypnotique. « L’œuvre de François Roustang a permis de mieux définir le phénomène hypnotique, la place du thérapeute dans la relation patient-praticien et surtout de s’intéresser, en plus des moyens d’entrer en hypnose, à ce qui se passe dans la transe hypnotique, ce qu’il a appelé “la perceptude hypnotique” » soulignent ceux qui l’ont connu dans cet exercice.

Relation hypnotique

On y a rappelé, aussi, la place centrale du thérapeute dans la relation hypnotique – ce thérapeute qui « organise la rencontre » et crée un « espace de correspondance ». On y a éclairé son propos sur l’apprentissage de « l’expérience hypnotique » et l’acceptation de la confusion de la suggestion hypnotique. Et tous ont salué la richesse de ses visions, de ses écrits, de son enseignement. Certains, dont nous sommes, se souviennent d’un exercice à haut risque : user de l’image de Michel Platini (alors joueur de football) pour éclairer sur ce que peut être l’apport de l’hypnose sur le terrain de la thérapeutique.

C’était dans une émission télévisée alors animée par Bernard Pivot. 1 Nous étions en l’an 2000 et chacun se souvenait encore de Platini n° 10 distributeur de jeu : immergé dans l’action et pourtant capable de percevoir toutes les possibilités offertes. « Dormez, je le veux » : tout le contraire de l’enfermement, le symbole d’une libération, d’une ouverture à la conscience. Guérir ? C’est assez simple : s’ouvrir pleinement aux autres – et donc à soi-même.

Ruptures

« Successivement jésuite, psychanalyste et hypnothérapeute, cet homme inclassable avait consacré sa pratique et sa réflexion au mystère de la vie, vient d’écrire de lui La Croix, quotidien catholique et français. De l’extérieur, il fut incontestablement un homme de ruptures. De l’intérieur, il était celui d’une grande fidélité : une fidélité à la vie, qu’on écrirait presque avec une majuscule si cela ne risquait de masquer l’humilité de l’homme et son souci des vies toujours singulières, la sienne et celle de ceux qui venaient à lui – ou le lisaient – pour aller mieux. »

« Avec l’hypnose, François Roustang se fait l’avocat d’une nouvelle posture dans l’existence, plus souple, plus relâchée, plus détachée, poursuit La Croix. Pour lui, l’hypnose a pour but de déplacer le patient dans un autre état de conscience pour le faire habiter autrement sa vie. Elle fait cesser le flux du langage, la plainte, les ratiocinations diverses liées à la névrose. C’est un “exercice par lequel on cesse de vouloir la maîtrise de notre existence pour se couler dans le flot de la vie”, plaide François Roustang. Grâce à elle, l’humain cesse de “se regarder vivre et accepte de vivre, tout simplement”. »

De Socrate à René Girard

Dans le quotidien Libération, Robert Maggiori complète utilement ce portrait compliqué : « Polémiste né, d’une culture immense, qui allait de la pensée grecque et de Socrate (à ses yeux “trahi” par le Platon de la maturité) à Nietzsche, à Wittgenstein, à Kierkegaard ou à René Girard, il ne se satisfaisait d’aucune orthodoxie, cueillait ce qui lui semblait bon à des fins thérapeutiques aussi bien chez l’“autre père” de la psychanalyse Carl Gustav Jung que chez les théoriciens de l’école californienne de Palo Alto, entre autres Gregory Bateson, où les hypnothérapeutes américains disciples de Milton Erikson. »

Maggiori ajoute que l’auteur d’Un destin si funeste (1976) savait être sardonique, ironique, féroce ; qu’il avait subi durant sa vie autant de critiques qu’il en adressa à ses pairs. Quant au Monde, il rapporte la manière dont, un jour de 2005, il traita en une séance unique l’écrivain Emmanuel Carrère, qui lui rendit visite en songeant au suicide : « Oui, c’est une bonne solution », lui dit-il. Et il ajouta après un silence : « Sinon vous pouvez vivre. »

Redevenir vivant

Vivre c’était, expliquait-il en substance, respirer sur deux registres. Celui de la conscience et celui, organique, du vivant animal. Quant à soigner c’est faire comprendre au souffrant qu’il a une force en lui, la force énergétique de guérir. C’est là une autre dimension, une dimension hypnotique sans laquelle la psychothérapie ne saurait pleinement se pratiquer. Ne pas chercher à guérir mais redevenir, simplement, vivant. Comme une souche. Oublier, enfin, l’humain qui est en soi. Participer, magiquement,au vivant.

Dans son dernier opus  sont réunis quelques uns de ses écrits majeurs 2. Il nous explique que la meilleure manière de transformer sa vie, c’est d’effectuer un « retour au présent », de s’asseoir, de cesser de se lamenter sur son passé et, enfin, d’accepter sa souffrance pour mieux l’évacuer. Parvenir, de très loin, à entendre la voix de Socrate, guérisseur des maladies de l’âme.

A demain

1 Une extrait vidéo de cette émission est disponible à cette adresse http://www.ina.fr/video/I16334709 (Bouillon de culture, 18 février 2000).

On peut aussi l’entendre, sur France Culture, revenir sur son parcours,  lors d’un échange avec Laure Adler : https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/francois-roustang (Hors Champ, 9 janvier 2012). On y entend aussi Michel de Certeau, Serge Leclaire et Léon Chertok.

2  Roustang F. « Jamais contre, d’abord, La présence d’un corps » Odile Jacob, Paris 2015.

 NB Ce texte a initialement été publié dans la Revue Médicale Suisse : « François Roustang (1923-2016) – jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute »

 

Lumières thérapeutiques : jouer sur la couleur verte pour calmer les douleurs chroniques

 

Bonjour

« La santé c’est la vie dans le silence des organes » (René Leriche).On a beaucoup écrit sur la nécessité médicale de la douleur, symptôme éclairant  d’une pathologie émergente. Il en va tout autrement quand le phénomène s’installe, devient chronique. Ce n’est plus la douleur mais bien la souffrance. S’il devait exister on pourrait voir là un avant-goût des soufres de l’enfer.

Et puis, ici ou là, quelques lumières, scientifiques et médicales. Une équipe internationale, comprenant des chercheurs français (CNRS, Inserm) et espagnols (Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique de Barcelone) vient d’annoncer avoir identifié (et pouvoir « contrôler »)  un des centres cérébraux associés aux douleurs chroniques. Cette découverte vient d’être publiée dans Molecular Psychiatry : Dynamic modulation of inflammatory pain-related affective and sensory symptoms by optical control of amygdala metabotropic glutamate receptor 4”. Elle fait l’objet d’un communiqué de presse du CNRS qui n’a malheureusement connu qu’une diffusion restreinte.

Désordres affectifs

Le postulat des auteurs était que les épisodes de douleurs chroniques (une personne sur cinq en a fait – ou en fera – l’expérience) est associée à des modifications du système nerveux central. Comment le cerveau module-t-il la douleur physique et les désordres affectifs et cognitifs qui l’accompagnent (anxiété majeure, perte des « émotions positives », hypersensibilité à la douleur etc.).

Ces chercheurs ont, ici, focalisé leur attention sur l’amygdale, une région du cerveau passionnante en ce qu’elle est impliquée dans la gestion de la douleur et des émotions. Puis ils ont réduit leur focale sur le récepteur du glutamate de type 4 (mGlu4). Il s’agit là du principal transmetteur des signaux de douleur dans le système nerveux des mammifères. Pour faire court, ce neurorécepteur « détecte la présence du glutamate et diminue, selon les besoins, sa libération au niveau de la synapse ». Voici la suite de leur travail :

« Afin d’étudier ces récepteurs, les chercheurs utilisent en général un ligand capable de les activer ou de les inhiber. Ils ont innové en créant un ligand particulier photo-contrôlable, l’optogluram, dont l’action sur mGlu4 est pilotée par la lumière. L’utilisation de fibres optiques leur permet alors de contrôler très précisément l’activation du neurorécepteur dans une zone donnée du cerveau. »

Souris libres et conscientes

Ces chercheurs ont travaillé  sur des souris « conscientes et libres de leurs mouvements » mais souffrant de douleurs inflammatoires chroniques. En activant l’optogluram par la lumière, ils ont pu inhiber de manière rapide et réversible ces symptômes douloureux. Ils démontrent ainsi que le cerveau de ces souris conservait sa capacité à contrer ces effets. Avec l’identification d’un modulateur capable d’agir sur la douleur chronique, ces travaux sont  porteurs d’espoirs thérapeutiques.

On parle ici d’ « optopharmacologie ». « Quand une lumière verte est projetée dans le thalamus via une fibre optique est allumée, l’animal atteint de douleur chronique inflammatoire se comporte normalement, poursuit Le Quotidien du Médecin. Quand cette lumière est violette, il redevient hypersensible à la douleur, se toilette moins et explore peu son environnement. » Moins se toiletter…

Amygdales et Parkinson

Cyrille Goudet chercheur au CNRS (Institut de génomique fonctionnelle, Université de Montpellier) :

 « L’amygdale est impliquée dans le contrôle des émotions, elle reçoit des infos provenant de diverses régions du cerveau pour intégrer les émotions dans la réponse à la douleur. Nos travaux ont mis en évidence que des récepteurs aux neurotransmetteurs régulent, dans certains circuits de l’amygdale, les symptômes liés aux douleurs chronique. »

 « L’optopharmacologie est une technique complémentaire à l’optogénétique. Cette dernière qui consiste à exprimer par manipulation génétique des canaux ioniques commandés par la lumière pour prendre le contrôle des neurones, l’optogénétique nous renseigne sur le rôle des différents circuits de neurones, tandis que l’optopharmacologie, nous permet d’agir sur les mécanismes naturels de ces circuits », et ainsi débusquer de nouvelles pistes pharmaceutiques. »

« Il n’existe pas encore de médicament agissant sur le récepteur, mGlu4. Des molécules sont toutefois en développement dans le traitement symptomatique de la maladie de Parkinson ».

On rapprocher ce travail de celui, récents (maladie d’Alzheimer)  où la rétine semble pouvoir devenir, comme avec l’hypnothérapie, une nouvelle approche soignante. L’espoir luirait-il ?

A demain

Pathologies médiatiques : les personnes épileptiques peuvent-elles twitter sans danger ?

Bonjour

L’affaire fera florès. Elle est rapportée sur le blog BigBrowser (Luc Vinogradoff ) hébergé par Le Monde. C’est l’histoire d’une mésaventure. Celle de Kurt Eichenwald, journaliste politique américain bien connu outre-Atlantique où il a couvert la campagne présidentielle américaine pour Newsweek et Vanity Fair. Il a publié de très nombreux articles, dont quelques scoops, nous dit BigBrowser – notamment sur les violations de l’embargo cubain par Donald Trump. Et ce  sans jamais cacher sa haine du candidat républicain et sa très nette préférence pour Hillary Clinton.

Incarnation

Cette activité intense et cette haine ont fait de lui une cible privilégiée des pro-Trump. Il s’agit là, pour eux, de la parfaite incarnation de la collusion contre nature entre la presse grand public et les démocrates. Une presse qui avait appelé à ne pas voter pour Trump. Avec le succès que l’on sait. BigBrowser :

« Eichenwald a été très, peut-être trop, actif sur Twitter, qu’il utilisait pour promouvoir ses articles, donner son opinion, critiquer Donald Trump et insulter ceux qui le critiquaient, qu’ils soient journalistes, responsables politiques ou anonymes sans followers. Cela a fait de lui une cible, doublement, pour l’armée de trolls qui s’est rangée derrière Trump.

« Le journaliste, âgé de 55 ans, n’a jamais caché le fait qu’il souffrait d’épilepsie depuis l’adolescence. Ces crises peuvent notamment être provoquées par des stimulations de lumières intermittentes, comme des images clignotantes ou des stroboscopes. Lorsque les rumeurs sur la maladie grave dont souffrait Hillary Clinton étaient à leur paroxysme – certains médias conservateurs ont émis l’hypothèse qu’elle était épileptique – il a mis en avant son cas pour expliquer qu’elle n’en avait pas les symptômes. »

Problème mental et secret médical

Le 15 décembre, Kurt Eichenwald participe à un débat politique sur Fox News. Cela se termine mal. On y parlait d’une hospitalisation de Donald Trump dans les années 1990 pour (dixit) des « problèmes mentaux » une affirmation sans preuves ni respect du secret médical. L’émission a été qualifiée d’« accident de train télévisuel » ou de « nouveau bas dans la lente descente de l’Amérique vers l’incivilité ». BigBrowser :

« Dans la foulée, le journaliste postera une cinquantaine de tweets « colériques et généralement incohérents […] avant d’en effacer la plupart ». Dans le dialogue de sourds qu’il menait sur Twitter, il a été interpellé par un compte au nom clairement antisémite, @jew_goldstein, qui lui a envoyé une image stroboscopique avec la phrase « Tu mérites une crise d’épilepsie à cause de tes posts ».

La réponse (venant du compte de Kurt Eichenwald) émanera de sa femme. Elle affirme que le correspondant a déclenché une crise d’épilepsie (partielle) chez son mari – et précise qu’elle a appelé la police pour porter plainte.

Hypnose et régressions

Ce n’est pas la première fois que des trolls tentent de provoquer des crises d’épilepsie en postant des images stroboscopiques sur Internet. En octobre, un compte Twitter soutenant ouvertement Donald Trump avait envoyé au journaliste américain une vidéo contenant des stroboscopes. « Sans réfléchir », il avait joué la vidéo et avait eu le temps de jeter son iPad lorsqu’il avait compris ce que c’était. Un adulte devrait  toujours réfléchir avant de jouer.

Kurt Eichenwald a déposé une plainte pour agression. Son avocat postule que le fait d’envoyer une image dont on sait qu’elle peut provoquer une crise à une personne que l’on sait épileptique doit être considéré comme un crime. Serait-ce si simple ? « Nous sommes arrivés à un point dans l’histoire de ce pays, a écrit le journaliste dans un article de Newsweek, où les gens pensent qu’il est justifié de tenter de blesser gravement quelqu’un simplement à cause de politique ou parce qu’ils pensent que c’est marrant. »

Qui écrira, bien vite, la somme des pathologies induites par cette écriture hypnotique consubstantiellement réductrice ?

A demain

 

La puissance de l’antalgique sans le risque de dépendance : une morphine nouvelle est annoncée

Bonjour

Alcaloïde de l’opium, grand modulateur de la conscience, la puissante fée morphine est une image de l’ambivalence. En médecine, sa puissance antalgique est grevée par les risques inhérents à son potentiel addictif et les effets secondaires qui en résultent. Certains estiment que c’est là un prétexte pour ne pas en user comme il conviendrait – un vieux reliquat du temps où l’Eglise catholique évoquait en chaire le caractère rédempteur de la douleur. Qui sait ?

Le temps a passé. Décembre 2016, une publication de la revue Anesthesiology 1 ouvre de nouveaux horizons médicaux. Elle est signée par des chercheurs de Gustave Roussy, de l’Inserm, de l’Université Paris-Sud, de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (Hôpital Bicêtre) et de l’Institut Pasteur.

Dépressions respiratoires

La morphine et ses dérivés sont les antalgiques les plus puissants actuellement disponibles. Face à des douleurs rebelles, on augmente leur posologie. Et les augmentations progressives font redouter les problèmes respiratoires, les troubles confusionnels, somnolences, nausées et autres troubles digestifs. « La dépression respiratoire est l’effet le plus redouté de la morphine et ses dérivés. Elle peut entraîner l’arrêt de la respiration et le décès. Dans notre étude, nous avons montré que l’opiorphine et sa forme stabilisée, le STR-324 étaient sans effet sur la pression artérielle et sur la dépression respiratoire, tout en ayant les même propriétés analgésiques » dexplique  le Dr Philippe Sitbon, premier auteur de la publication Anesthesiology et anesthésiste-réanimateur à Gustave Roussy.

Les auteurs de ce travail expliquent aussi que l’opiorphine, et une forme stabilisée de celle-ci (appelée STR-324), sont aussi efficaces que la morphine sur les douleurs post-opératoires. STR-324 est un peptide naturellement produit par l’organisme découvert par le Dr Catherine Rougeot, chercheur de l’Institut Pasteur. (voir la vidéo pédagogique). Lors de précédents travaux, le Dr Rougeot avait démontré les propriétés analgésiques de l’opiorphine. Elle avait également montré l’absence de dépendance et de constipation (J Physiol Pharmacol. 2010 Aug;61(4):483-90).

Premiers essais cliniques

Pour schématiser, lorsqu’on l’injecte la morphine va se fixer au niveau de tous les récepteurs opioïdes de l’organisme – avec des effets secondaires multiples selon les organes où se trouvent ces récepteurs. L’opiorphine et sa forme stabilisée n’ont pas exactement le même mécanisme d’action que la morphine. Elles bloquent la dégradation des enképhalines, « morphine humaine naturelle ». L’opiorphine agit uniquement là où il y a production importante d’enképhalines donc uniquement sur les voies de la douleur lorsqu’il y a une stimulation douloureuse

Aujourd’hui la publication de cette équipe établit les bons résultats obtenus sur les douleurs post-opératoires sur des modèles animaux – des résultats qui « encouragent le développement du STR-324 chez l’homme ». Les premiers essais cliniques devraient débuter fin 2017. A terme le STR-324 pourrait venir soulager d’autres types de douleurs comme les douleurs neuropathiques souvent difficiles (ou impossibles) à calmer par les antalgiques classiques.

On peut voir là, rédemption ou pas, un message d’espoir terrestre.

A demain

1  “STR-324, a Stable Analog of Opiorphin, Causes Analgesia in Postoperative Pain by Activating Endogenous Opioid Receptor–dependent Pathways

Philippe Sitbon, M.D., Alain Van Elstraete, M.D., Leila Hamdi, Ph.D., Victor Juarez-Perez, Ph.D.,

Jean-Xavier Mazoit, M.D., Ph.D., Dan Benhamou, M.D., Catherine Rougeot, Ph.D.

Anesthesiology, 2016; 125:1017-1029