Catholicisme, éthique et politique: Agnès Thill dira-t-elle merci à la République en Marche ?

Bonjour

La rigueur idéologique, notamment soviétique, n’est décidément plus ce qu’elle fut. Agnès Thill députée (LRM, Oise) de religion catholique désormais bien connue des médias ne sera pas condamnée, martyre, à mendier un siège politique. Ils étaient pourtant nombreux, dans son groupe macronien à réclamer publiquement son exclusion après des déclarations controversées (provocatrices) contre  la procréation médicalement assistée « pour toutes ».

Accompagnée d’un avocat, elle a été entendue le 19 février par la « commission des conflits » de La République en Marche. « Ces provocations n’étaient en rien conformes à l’attitude que les adhérents de LRM et les Français dans leur ensemble sont en droit d’attendre de leurs élus », a souligné le parti dans un communiqué publié jeudi 21 février. Cette mise en garde pourrait se transformer en exclusion « si [Agnès Thill] venait à renouveler un tel comportement ».

Aussitôt Mme Thill s’est réjouie dans un tweet « de rester membre » de LRM, dont elle « partage et adhère à toutes les valeurs ». « Je me suis engagée à faire attention à mes propos », a précisé à l’Agence France-Presse la députée de l’Oise, se félicitant que soit « reconnu » qu’elle n’est « ni homophobe ni islamophobe ».

Machisme

Dans un courrier qu’elle va adresser à son président de groupe, Gilles Le Gendre (Paris), elle demandera désormais « un débat apaisé et serein » -mais  prévient qu’elle déposera plainte en cas de « nouvelle attaque » de la part de ses collègues, notamment sur sa vie privée et sa religion catholique. La tempête n’est en rien calmée. Guillaume Chiche, un des députés (Deux-Sèvres) LRM qui avait plaidé pour son exclusion, a affirmé à l’AFP que sa demande restait « intacte ». « Je reste atterré par les déclarations d’Agnès Thill. J’espère que cette décision la fera grandir », a-t-il ajouté. Mme Thill accusera-t-elle dès demain M. Chiche, sinon de machisme du moins de paternalisme?

Dans une déclaration transmise à l’AFP, Gilles Le Gendre, chef en titre des députés macroniens, relève que Mme Thill « s’est engagée à ne pas réitérer de tels propos, et à observer les règles d’un débat serein et respectueux lors de l’examen prochain des lois de bioéthique. » « Je serai attentif à ce que cet engagement soit respecté », promet le patron du groupe majoritaire.

Lobby LGBT et écoles coraniques

Selon Hervé Berville (Côtes-d’Armor) porte-parole des députés LRM, « c’est le dernier avertissement » et « il faut qu’elle arrête de jeter de l’huile sur le feu ». « Il y a des divergences de fond mais il faut respecter la liberté de parole », a-t-il aussi souligné à l’AFP. Où l’on comprend qu’il ne faut pas jouer avec le feu mais que rien n’est simple devant la cheminée allumée.

Mme Thill, qui s’oppose à l’extension de la procréation médicalement assistée, avait estimé en janvier que « l’absence de genre dans le mot “parent” favoris[ait] l’éclosion d’écoles coraniques », à l’occasion de la publication du rapport de la mission parlementaire sur la bioéthique. Elle avait déjà été mise en garde à plusieurs reprises auparavant par LRM, notamment pour des propos concernant l’existence d’un hypothétique « lobby LGBT » oeuvrant au sein de l’Assemblée nationale.

Puis, plus récemment elle déclenchait une nouvelle levée de boucliers après avoir comparé les « femmes seules » qui, souffrant de ne pas avoir d’enfants et réclamant un droit à la PMA, à des « droguées ». Qui, ici, tirera, au fond, les marrons du feu ?

A demain

@jynau

 

Pédophilie au sein de l’Eglise : l’incompréhensible mea culpa prononcé par Mgr Pontier

Bonjour

La une et cinq pages : c’est en majesté que notre quotidien dominical traite de la pédophilie dans l’Eglise. Tout, il est vrai converge pour l’évoquer. Un film primé à Berlin et objet de polémique juridique (« Grâce à Dieu » de François Ozon). Un livre-enquête  choc à paraître, signé de notre confrère Frédéric Martel (« Sodoma Enquête au coeur du Vatican», Robert Laffont). Des affaires récurrentes jamais soldées. Et la prochaine réunion, au Vatican par le pape François, d’un « sommet mondial pour prévenir les abus sexuels » – une forme d’émergence d’un politique catholique des risques.

Et dans ce concert, page 3 du Journal du Dimanche, une « exclusivité » : un entretien avec Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France. Une voix plus qu’autorisée dont on n’imagine pas un seul instant qu’elle n’ait pas reçu la bénédiction des autorités suprêmes. Or que nous dit Mgr Georges Pontier, 75 ans, par ailleurs archevêque de Marseille après l’avoir été deDigne et de Saintes ? Mgr Pontier dont le magazine La Vie  nous assure qu’il incarnerait une ligne « foncièrement modérée » à l’opposé de la « ligne Lustiger » ainsi qu’une Église « accompagnatrice spirituelle plutôt qu’une donneuse de leçons ».

L’AFP a résumé le long propos de l’archevêque. Etrange propos plus qu’embarrassé. Douloureuse exégèses à venir. Où l’on entend que pour lui le silence fait autour des abus sexuels dans l’Eglise résulte d’un « péché collectif » et d’un système qui « néglige » la parole des victimes. « Nous devons travailler tous ensemble contre la pédophilie. La hiérarchie [religieuse]n’est pas la seule coupable. Dans certaines familles, des parents très chrétiens ont empêché leur enfant de parler, dit-il encore. C’est un péché collectif ».

« Grâce à Dieu »

Et ces phrases : « Il existe une vénération de l’Eglise qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole (…)  Il y a quelque chose de systémique dans la négligence, le poids et la défense des institutions par rapport aux personnes victimes (…) On ne peut plus rejeter la faute, dire que ce sont les médias ou le monde extérieur qui en voudraient à l’Eglise (…) Les victimes n’ont pas besoin de repentance permanente si les actes ne suivent pas ».

L’actualité ? Mrg Georges Pontier est favorable au report de la sortie du film Grâce à Dieu consacré au père Preynat, un prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles sur mineur et qui n’a pas encore été jugé. Il s’en explique à sa façon :

 « Nous sommes dans un calendrier ahurissant, qui voudrait que l’on termine par la reconnaissance de culpabilité devant les tribunaux après avoir vu tant de choses sur ce père Preynat qui, cela ne fait pas de doute, a commis des faits répréhensibles. Il faut un respect minimum de la présomption d’innocence. »

Interrogé sur l’enquête pour agressions sexuelles visant à Paris l’ambassadeur du pape en France Mgr Ventura, le prélat se montre également prudent : « Si des actes ont été commis qui auraient traumatisé profondément quelqu’un, ce serait, bien sûr, choquant. Je connais bien Mgr Ventura et, pour le moment, je le présume innocent. »

Mais qui a bien pu accuser les médias d’en vouloir à l’Eglise ? Comment confesse-t-on un péché collectif et qui doit faire, alors, pénitence ? Mgt Pontier ne nous le dit pas.

A demain

@jynau

 

De l’eugénisme et du transhumanisme: les prophéties auto-réalisatrices de Jacques Testart

Bonjour

Qui aurait pensé lire, un jour, Jacques Testart dans Valeurs actuelles (propos recueillis par Charlotte d’Ornellas) ?

Jacques Testart, 80 ans ou presque, phosphorescence intacte et un site où il guerroie contrele libéralisme économique et l’eugénisme, son allié naturel. Jacques Testart héraut solitaire d’une « science citoyenne » et allergique sinon à la « médecine » du moins à presque tous les médecins. Jacques Testart qui voit dans le Diagnostic préimplantatoire (DPI) et les Centres d’études et de conservation du sperme et des œufs humains (CECOS) la source du mal présent et à venir. Jacques Testart qui, si tout va bien, fêtera dans trois ans et avec René Frydman les quarante ans d’Amandine-premier-bébé-éprouvette-français.

Pour l’heure l’ancien chercheur paradoxal ne commente pas l’actualité médiatique et la prochaine révision de la loi de bioéthique qui devrait (si rien ne change) bouleverser la donne français en dépénalisant la pratique de la « PMA pour toutes ». C’est que, pour Testart, « il y a des questions infiniment plus graves et dont personne ne parle. Pas même ceux qui sont censés voter la loi ! Or l’eugénisme s’affirme comme projet de société. C’est ça dont il faudrait parler aujourd’hui. »

« Eugénisme » ?

« La volonté de constituer une espèce humaine de meilleure qualité, plus performante, plus compétitive… C’est le transhumanisme, finalement ! Le but de la médecine serait d’avoir des individus en bonne santé mais elle augmente sans cesse le nombre de ses clients en identifiant des malades qui s’ignoraient et en élevant la barre du « normal ». Si l’on ne fixe pas de limites, cela peut conduire à l’eugénisme. En Europe, on n’ose pas en parler parce que ça rappelle le nazisme. Alors nous évitons le débat. Sauf que, dans la pratique du tri des embryons, il est bien question de mettre en compétition les individus qui vont survivre selon des critères de plus en plus exigeants.

 « Voilà trente ans que j’alerte et que je préviens. Hélas, je suis bien obligé de vous dire que cela n’a absolument rien changé. J’ai parlé devant des députés, des sénateurs, le Conseil d’État… Les décideurs m’interrogent chaque fois que l’on veut changer une loi. Je leur sers toujours la même rengaine : le gros problème, c’est l’eugénisme. J’explique, ils acquiescent. Me disent que j’ai raison. Et tout se poursuit sans embûches. »

Le dernier avis (n°129) du Comité national d’éthique 

« Le CCNE franchit cette fois-ci des pas énormes, sans que rien n’ait été discuté dans les états généraux de la bioéthique. Les députés vont se retrouver avec cet avis qui est le même que celui du comité d’éthique de l’Inserm ou de l’Académie de médecine. Ils sont tous d’accord et ils poussent sans que personne ne réagisse.

 « L’avis préconise de libéraliser encore un peu plus la recherche sur les embryons, en supprimant la nécessité d’une finalité médicale. Maintenant, ce pourrait être pour des enjeux économiques, par exemple ; l’humain devient matière première. On pourrait établir des gestations chez l’animal avec des chimères humain-animal…

 « Mais il y a aussi l’élargissement du recours au diagnostic préimplantatoire, au diagnostic pré-conceptionnel ainsi qu’au diagnostic génétique à généraliser dans la population totale. Il est clairement question de tri d’embryons pour ne garder que les plus performants. Cela mériterait au minimum de longues discussions, or il n’y en a aucune, pas même dans les médias. Nous sommes en train de laisser passer des choses gravissimes. »

 Mais encore ?

« À la page 64 de l’’’Avis 129’’ du CCNE, il est écrit : ‘’La médecine génomique et les examens génétiques permettent de réduire l’incidence de certaines maladies génétiques graves et ouvrent de nouvelles pistes pour des prises en charge adaptées pour les patients.’’ C’est absolument faux. Cela ne permet pas de réduire l’incidence sauf si l’on interdisait la procréation des couples découverts ‘’ à risque’’, et cela n’ouvre pas de nouvelles pistes puisque, en général, il n’y a pas de traitement. Les embryons sont triés, c’est tout. Ils affirment des choses fausses. Avec l’assurance que leur donne une expertise supposée être la meilleure. »

Désespéré ?

« C’est un peu désespérant, à vrai dire. J’avais essayé de prévenir en 1986, avant même l’invention du diagnostic préimplantatoire (DPI, en 1990). Je pressentais que ça déraperait très rapidement et qu’il n’y avait pas de limites possibles. Si l’on arrive à obtenir – par de nouvelles technologies – de nombreux embryons dans les années à venir, des centaines éventuellement, on pourra alors détecter des centaines ou des milliers de supposées pathologies et c’est un véritable système de tri eugénique qui nous guette, d’autant que les servitudes de la fécondation in vitro seraient alors épargnées aux patientes.

 « J’étais donc contre, mais quand le DPI a été légalisé en 1994, j’ai cherché des limites possibles. Et j’en ai trouvé une qui vaut ce qu’elle vaut : limiter le diagnostic à une pathologie ‘’particulièrement grave et incurable’’ par couple. Ça n’a jamais été repris, ni par mes collègues ni par les politiques, alors que c’était la seule façon d’éviter l’élargissement sans limites du DPI, même s’il demeure intrinsèquement eugénique. »

 Transhumanisme, nouvelle rupture du XXIème siècle ?

 « C’est une rupture définitive. Certains proposent, d’autres acceptent et les gens finissent par s’habituer, voire demander. Regardez le nombre de gens prêts à porter des bracelets pour savoir le nombre de pas, de battements cardiaques, le poids… Les techniques sont encore rudimentaires, mais l’habitude est là et la prise en compte du corps est incroyablement présente. Ils veulent absolument survivre, c’est tout. Comment imaginer un retour en arrière ? Les gadgets vont peu à peu s’introduire dans nos vies puis dans nos corps, sans que personne ne résiste. »

 Plus généralement Testart observe l’avancée à marche forcée vers la « libéralisation ». « Personne ne propose jamais d’interdire ce qui était autorisé, dit-il. Pour compenser, on parle d’encadrer les pratiques, on confie la gestion des limites à des autorités qui seraient par principe non critiquables. Le Comité consultatif national d’éthique ou l’Agence de la biomédecine, par exemple. Mais cette dernière est au service de la science elle aussi, et se laisse donc griser par les ‘’progrès’’ de la médecine ! ». Sans parler de  l’Académie de médecine : « la plupart des médecins qui en font partie ne sont pas compétents sur ces sujets précis, on peut leur raconter ce que l’on veut au nom des progrès de la science et du bien de l’humanité. Qui voudrait s’y opposer ? Personne. Il n’y a donc aucun contre-pouvoir dans ce domaine et quelques rares experts ont les coudées franches. »

Valeurs Actuelles lui demande alors s’il est ou non possible d’imaginer une autre raison de vivre que cette fascination pour tant et tant de dérives.

« Très honnêtement, je pense que c’est perdu tant que ce système attire et fascine. Parce que sa ‘’religion’’ est cohérente : elle est celle de la croissance économique, de l’amélioration des capacités humaines, de la toute-puissance d’Internet, de la compétition généralisée… Puisqu’on ne peut interdire, qu’il semble impossible de limiter en raison de comités cautions, de la pression internationale ou du tourisme médical, il faut donc espérer que les gens n’en veuillent plus. Il faut générer une autre attirance, comme ce que faisait la religion dans la société, avant. »

 Etait-ce « mieux avant », avec le Vatican  ? Sera-ce pire plus tard, sans ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

Rougeole : fake news, anti-vax et vraie flambée mondiale. Au moins 136 000 morts en 2018.

Bonjour

Dépassons Val Thorens, la Savoie, et gagnons Genève. On entend déjà les oukases des anti-vax radicaux. Mais, raisonnablement, quelle autre solution que la vaccination ?

Jeudi 14 février, l’Organisation Mondiale de la Santé a alerté : flambée de rougeole dans le monde – bond d’environ 50 % des cas signalés l’an dernier par rapport à 2017. « Quand nous voyons les cas signalés augmenter de 50 %, nous savons que nous nous dirigeons dans la mauvaise direction », a déclaré la Pr Katherine O’Brien, directrice du département « Vaccination et produits biologiques » à l’OMS ».  « Nos données montrent qu’il y a une augmentation substantielle [du nombre] des cas de rougeole, précise-t-elle. Nous le constatons dans toutes les régions. Nous observons des épidémies qui se prolongent et qui prennent de l’ampleur. »

L’AFP rapporte ces données. A la mi-janvier, près de 229 000 cas de rougeole (chiffre provisoire) avaient été signalés dans le monde pour 2018, contre environ 170 000 en 2017.  « Toutes les régions ont vu une hausse des cas l’an dernier », a souligné la Dr Katrina Kretsinger, responsable médicale du Programme élargi de vaccination de l’OMS. Epidémies en Ukraine, à Madagascar, en République démocratique du Congo, au Tchad et en Sierra Leone. « Dans la région Europe, environ 83 000 cas ont été signalés en 2018 jusqu’à présent, dont 53 000 en Ukraine » précise-t-elle.

Et la Dr Kretsinger de rappeler que la rougeole, infection virale hautement contagieuse et pouvant être gravissime dans les pays sous-développés. Elle peut, depuis quelques décennies, être efficacement prévenue à l’aide de deux doses d’un vaccin « sûr et efficace ». Et l’OMS de déplorer « la diffusion de fausses informations sur le vaccin » – « notamment dans les pays riches ».

Démocratie et contraintes

Est-ce là un retour vers l’ancien monde ? Selon l’OMS le nombre des cas de rougeole recensés dans le monde avait diminué jusqu’en 2016. « Nous reculons par rapport aux progrès réalisés et nous ne reculons pas parce que nous n’avons pas les outils pour empêcher cela, nous avons les outils pour éviter la rougeole. Nous reculons, car nous n’arrivons pas à vaccinerles enfants » déplore la Pr O’Brien.

Pour cette spécialiste la principale raison de cet échec dans la vaccination des enfants est que ceux « qui en ont le plus besoin n’ont pas accès au vaccin ».  De ce point de vue les chiffres de l’OMS sont le triste reflet de l’augmentation du nombre des « Etats fragiles, des urgences sanitaires et des réfugiés ». « Les enfants qui ne sont pas vaccinés sont les plus pauvres, ceux qui vivent dans les communautés les plus marginalisées, cela peut être des enfants de réfugiés, de migrants » dit-elle.

Il est aussi, d’autres enfants, dans les pays riches et démocratiques, dont les parents sont opposés à la vaccination. Des pays où les pouvoirs publics estiment ne pas avoir d’autres outils que le recours à l’obligation. Et où les fausses nouvelles galopent sur les réseaux sociaux.

A demain

@demain

Homéopathie : un médecin français sur trois croirait en ses bienfaits pour la santé. Et après ?

Bonjour

Ce sont des chiffres troublants, des chiffres à faire enrager tous les rationalistes. Ils sont issus du dernier « Baromètre santé 360 » réalisé par Odoxa pour différents médias 1. Où il est question des « médecines alternatives et complémentaires » (homéopathie, hypnose, ostéopathie, acupuncture, sophrologie, méditation, phytothérapie).  Avec cette donnée édifiante : 28 % des patients refusent « parfois » un traitement prescrit (ou ne le prennent pas) au profit d’un traitement à base d’homéopathie ou de médecines alternatives. Une proportion que les médecins sous-estiment très largement.

« On y apprend qu’un médecin sur trois (33 %) croit aux ‘bienfaits pour la santé’’ de l’homéopathie, résume Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). La bienveillance grandit quand on évoque les vertus de l’acupuncture et de la sophrologie (69 % des médecins), de l’ostéopathie (74 %) ou de l’hypnose (85 %). Une majorité de praticiens montre aussi des signes d’intérêt pour la phytothérapie (58 %) et la méditation (66 %). »

Sans surprise les non-médecins font preuve d’un enthousiasme nettement plus élevé pour ces pratiques alternatives. Et l’homéopathie arrive en troisième position sur le podium (72 % des Français lui attribuent des ‘’bienfaits’’ pour la santé), derrière l’acupuncture (78 %) et l’ostéopathie (85 %).

« Charlatanerie »

« Le sondage révèle ainsi un fossé entre d’une part les avis et pratiques des patients et d’autre part les recommandations de leurs médecins. Un Français sur deux (52 %) déclare utiliser l’homéopathie pour se soigner, quand moins d’un médecin sur trois (28 %) en fait la publicité dans son cabinet, ajoute Le Quotidien. En revanche, ils sont 67 % de praticiens à avoir déjà recommandé une autre médecine alternative et complémentaire.

Plus significatif encore, parmi les médecins qui recommandent le recours à l’homéopathie à leurs patients, seul un praticien sur deux (51 %) met en avant « l’efficacité propre » à cette thérapie, « hors effet placebo ». 41 % (de ceux qui recommandent) ne lui reconnaissent pas d’efficacité propre mais estiment qu’il s’agit là d’un « bon placebo ». Enfin 8 % expliquent qu’ils répondent, simplement, à une demande de leurs patients.

Plus croustillant : il a été  proposé aux médecins d’associer à l’homéopathie une série de propositions. Selon eux l’homéopathie est d’abord « facile à se procurer »(89 %) et « naturelle » (53 %). Mais seuls 19 % la jugent « efficace pour guérir » et 39 % « utile ». Dans le même temps 86 % de l’ensemble des médecins associent les granules homéopathiques à un effet placebo et 74 % considèrent l’homéopathie « dénuée de valeur scientifique ». On observera que moins d’un médecin sur deux (45 %) applique à l’homéopathie le qualificatif radical de « charlatanerie ».

Et après ? Ces données précèdent de quelques semaines la décision -très attendue – d’Agnès Buzyn concernant la poursuite (ou l’arrêt) du remboursement des spécialités homéopathiques. Une décision qui s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu et hautement mouvant (Gilets Jaunes, revendications pour le « pouvoir d’achat », Grand Débat National). Où l’on pressent que la place que le pouvoir exécutif réservera au rationalisme pourrait, ici, être plus réduite qu’initialement prévu.

A demain

1 Sondage réalisé pour Orange, nehs (actionnaire du « Quotidien du Médecin »), Asip Santé, Sciences Po, Le Figaro santé et France Inter, auprès d’un échantillon de 290 médecins (76 généralistes, 166 spécialistes et 48 internes) interrogés par Internet du 26 décembre 2018 au 20 janvier 2019 et d’un échantillon de 995 Français représentatif de la population française, interrogés par Internet les 19 et 20 décembre 2018.

 

Pédophilie au sein du clergé et célibat perpétuel des prêtres imposé par le pape François

Bonjour

Une nouvelle fois le pape passe à confesse entre Ciel et Terre. Dimanche 27 janvier, lors de la conférence de presse tenue dans l’avion qui le ramenait de Panama François a parlé. Et l’AFP était là. « A un mois de l’organisation de la réunion mondiale sur ’la protection des mineurs’’ au Vatican, le pape  s’est montré plutôt lucide sur son issu. Lucide ou fataliste ?  Il estime que cette réunion suscite des attentes « surdimensionnées » – et ce alors même que la pédophilie est « problème humain qui est partout ». Pour autant, heureusement, tout n’est pas perdu :

« Il faut redimensionner cette attente, parce que, je le dis, le problème des abus continuera.Il faut résoudre le problème dans l’Eglise, mais, en résolvant le problème dans l’Eglise par une prise de conscience, nous contribuerons à le résoudre dans la société, dans les familles, où la honte fait que l’on couvre tout. »

Officiellement, dans le jargon traditionnel, la réunion des présidents des conférences épiscopales convoquée fin février par le pape a pour ambition d’élaborer « des protocoles pour aller de l’avant », une sorte de « catéchèse » sur ce thème d’une particulière gravité et d’une grande ampleur. C’est que, confie le pape, « parfois les évêques ne savent pas quoi faire ». A eux de « prendre conscience du drame » car, assure par ailleurs le Souverain Pontife, « la souffrance est terrible ».

Une interdiction millénaire

Et puis l’immanquable corollaire. Interrogé sur un possible assouplissement des règles sur le célibat des prêtres, le pape François a clairement rejeté fermement toute remise en cause générale de cette pratique en vigueur dans le catholicisme romain. « Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Eglise. Deuxièmement, je ne suis pas d’accord pour permettre que le célibat soit optionnel. Non », a déclaré le pape. Et puis, néanmoins, une brèche dans cette muraille théologique.  Il a, nous dit l’AFP, néanmoins envisagé « quelques possibilités pour des endroits très reculés » comme les îles du Pacifique ou l’Amazonie (sic), quand « il y a une nécessité pastorale ». « C’est une chose en discussion avec les théologiens, ce n’est pas ma décision ».

 On sait que le rite romain, observé par l’immense majorité des catholiques, rejette complètement cette possibilité depuis le XIe siècle (et ce alors même qu’auparavant les prêtres ont, pendant des siècles)  pu être mariés. « Les textes bibliques indiquent d’ailleurs que l’apôtre Pierre, dont le pape est officiellement le successeur, avait une belle-mère » observe l’AFP.

En mars 2017, le pape François avait publiquement annoncé « réfléchir » à la possibilité d’ordonner des  viri probati – des hommes mariés d’âge mûr impliqués dans l’Eglise –, excluant donc cette ouverture pour les jeunes hommes, et bien sûr les femmes. L’hypothèse de ces ordinations sera à l’ordre du jour du prochain synode en octobre dédié à l’Amazonie, immense territoire latino-américain souffrant d’un manque de prêtres autochtones.

Réduction des risques

Mais le pape argentin a, dans son avion, confirmé son rejet de la fin du célibat – et ce en citant une phrase de son prédécesseur Paul VI (« Je préfère donner ma vie que de changer la loi du célibat »). Il y a quelques mois, une proposition de l’épiscopat belge de permettre à certains jeunes hommes mariés de devenir prêtres n’a eu aucune suite. Quant à l’Eglise catholique allemande, elle prie pour une discussion en son sein sur le célibat – et ce non pas en raison de la crise des vocations, mais bien après la révélation d’agressions sexuelles sur des milliers d’enfants pendant des décennies.

Et l’AFP de signaler qu’un récent rapport commandé par l’Eglise allemande sur ces sévices sexuels commis par des membres du clergé (entre 1946 et 2014) a identifié le « célibat des prêtres » comme l’une des possibles causes (indirectes) de ces agressions. Où l’on regrette de ne pas connaître la bibliographie des travaux médicaux et scientifiques, épidémiologiques et théologiques qui, sans nul doute, ont, depuis un millénaire, dû être menés sur un sujet d’une telle gravité. Un sujet désormais indissociable d’une politique de réduction des risques.

A demain

@jynau

 

 

 

Vaccination: quelle sanction pour un homéopathe signant un faux certificat de contre-indication ?

Bonjour

C’est une histoire pour le Grand Débat National. Un fait divers édifiant, au croisement du médical et du politique.

Un médecin homéopathe exerçant à Angers vient d’être condamné par le Conseil départemental du Maine-et-Loire de l’Ordre des médecins – information rapportée par Le Parisien. Il était reproché au Dr François Beaudoin d’avoir, en février 2017, délivré un «certificat de complaisance» de «contre-indication» à la vaccination. Ce certificat avait été signé à la demande des parents, pour que leur enfant de deux ans puisse être admis à la crèche. On peut voir là une conséquence directe des nouvelles obligations vaccinales voulues et imposées par le gouvernement 1.

« Le certificat a été découvert par un médecin du CHU d’Angers, où était prise en charge la petite sœur de l’enfant, expliqua Le Figaro. Cette dernière, née prématurément, avait contracté la coqueluche par l’intermédiaire de l’enfant qui n’était pas vacciné. La coqueluche fait en effet partie des onze maladies contre lesquelles les parents ont l’obligation de faire vacciner leurs enfants nés depuis le 1er janvier 2018. Le médecin du CHU a alors signalé ce manquement auprès du conseil de l’Ordre. »

Le médecin homéopathe, âgé de 65 ans, a expliqué avoir été «poussé» par les parents à délivrer le certificat, et a précisé qu’il signait «en général peu de certificats de ce type». Il n’avait jusqu’alors jamais été sanctionné pour de tels actes. Pour se défendre il a fait valoir «le problème de la très difficile gestion des parents hostiles à la vaccination précoce de leurs enfants». La mère du petit garçon aurait ainsi expliqué que son enfant était sujet à des otites et des poussées d’eczéma pour convaincre le médecin de ne pas le vacciner.

La chambre disciplinaire du conseil de l’Ordre a quant à elle estimé que ce confrère avait «fait courir un risque injustifié à l’enfant et à son entourage» et qu’il avait «manqué à son obligation déontologique de vigilance sanitaire».  «Aujourd’hui, un médecin ne peut s’opposer à la vaccination sans motif prouvé scientifiquement», a rappelé le Dr Charles Rouessé, membre du conseil de l’Ordre du Maine-et-Loire.

Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault) ajoute que l’institution ordinale s’est saisie de cette affaire pour alerter la profession sur les dangers des certificats de « complaisance » en matière vaccinale.  Après le premier signalement, le conseil du Maine-et-Loire avait adressé un premier courriel à tous les généralistes et pédiatres du département pour leur rappeler, certes, leur droit de faire appel à leur clause de conscience pour refuser de vacciner un enfant, mais à condition seulement de transférer le patient vers un confrère.

Chasse aux sorcières

Mais au vu de l’ampleur médiatique prise par cette affaire, l’Ordre a jugé nécessaire d’adresser une mise en garde à tous les directeurs de crèche l’information suivante :

« Le conseil de l’Ordre lutte contre les certificats de complaisance de contre-indication médicale à la vaccination. Ainsi, en cas de certificat médical de contre-indication à la vaccination pour un enfant accueilli dans votre Etablissement d’accueil des jeunes enfants, il est nécessaire d’en informer le médecin de votre structure ou, à défaut, le médecin de PMI de votre secteur pour suites à donner. »

 « Il faut battre en brèche le refus de la vaccination, a déclaré au Quotidien le Dr Luc Fouché, président du conseil de l’Ordre du Maine-et-Loire et généraliste à Seiches-sur-le-Loir.C’est notre conviction générale !  Le médecin peut avoir ses convictions mais il doit respecter la loi. » Selon lui les praticiens délivrant des certificats de contre-indication à la vaccination doivent se protéger. « Le certificat d’un généraliste seul ne suffit pas, il faut s’entourer d’un service hospitalier d’allergologie, d’immunologie ou de pédiatrie pour prouver qu’il y a une contre-indication, souligne-t-il. Nous ne menons pas une chasse aux sorcières, mais les médecins doivent prendre conscience de leurs actes. »

A Angers le praticien fautif a été condamné six mois d’interdiction d’exercer dont quatre avec sursis. Une peine qui devra être exécutée à compter du 1er mars.

A demain

@jynau

1 Information officielle destinée aux parents:

« Pour que votre enfant soit admis en crèche ou dans les autres collectivités d’enfants (école, centre de loisirs, colonie, garde par une assistante maternelle…), vous devez présenter les pages vaccination du carnet de santé (fournir une photocopie) ou un document signé par un professionnel de santé autorisé à pratiquer les vaccinations et attestant de la réalisation des vaccinations obligatoires en fonction de l’âge de votre enfant.

 Si l’enfant n’est pas à jour de ses vaccinations obligatoires, seule une admission provisoire est possible en crèche, chez une assistante maternelle ou à l’école. Les parents ont alors trois mois pour régulariser la situation en fonction du calendrier des vaccinations. Si les vaccinations ne sont pas pratiquées dans ce délai, l’enfant ne pourra pas être maintenu en collectivité.

 Pour les enfants nés avant le 1er janvier 2018, seules les vaccinations contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite sont exigées pour leur entrée en collectivité. Toutefois, toutes les autres vaccinations du calendrier vaccinal sont indispensables pour protéger ces enfants des maladies infectieuses évitables par la vaccination. Pour en savoir plus consulter le site vaccination-info-service »