Guerre vaccins-aluminium : les deux ennemis vont-ils bientôt commencer à parlementer ?

Bonjour

L’affaire n’est pas, étrangement, sans faire songer aux deux Corées. Finalement ne jamais (trop) désespérer de l’humanité ? En juillet dernier le LEEM (organisation professionnelle et lobby de l’industrie pharmaceutique) publiait un rapport intitulé « Le point sur l’aluminium et les vaccins – 9 questions-réponses » . Il s’agissait (enfin) de répondre de manière argumentée aux accusations, rumeurs ou fantasmes concernant les dangers inhérents à l’aluminium et plus généralement aux « adjuvants » présents dans les vaccins.  Synthèse rapide de la position du LEEM :

« 1 • Les adjuvants aluminiques sont utilisés pour optimiser l’efficacité des vaccins non vivants depuis près de 90 ans, dans le monde entier, et présentent un profil de tolérance excellent. 2 • Le niveau de qualité de ces travaux ne permet pas de conclure à la toxicité des adjuvants aluminiques, ce que confirme l’ensemble des rapports, français et internationaux, sur le sujet. 3 • La Myofasciite à macrophages (MMF) n’est pas une maladie mais un « tatouage vaccinal ». 4  • Le phosphate de calcium n’est pas une alternative aux sels d’aluminium car ses résultats en termes de tolérance et d’efficacité étaient contradictoires.

« 5 • La quantité d’aluminium ingérée dans notre vie quotidienne est incomparablement plus importante que celle reçue par la vaccination tout au long de la vie. 6 • La recherche portant sur de nouveaux adjuvants a pour finalité la découverte denouveaux vaccins, pour lesquels les sels d’aluminium ne permettent pas toujours d’offrir l’efficacité attendue. 7 • Les travaux qui incriminent l’aluminium dans les vaccins proviennent essentiellement d’une seule équipe, française, dont les travaux n’ont été reconnus par aucune instance nationale ou internationale. 8 • Si la recherche publique sur les adjuvants aluminiques doit se poursuivre, alors c’est une équipe indépendante qui devra mener ces travaux. »

Casquettes au vestiaire

Nous sommes en septembre et l’association E3M  répond au LEEM dans son « contre-rapport » : « La double casquette du LEEM, fabriquant de vaccins et manipulateurs d’opinions ».

« La synthèse de ce document s’articule autour de huit affirmations censées démontrer que la polémique sur l’aluminium vaccinal n’a pas lieu d’exister » résume Didier Lambert, porte-parole de la campagne Pour des vaccins sans aluminium

« L’association E3M commente chacune de ces affirmations en s’appuyant notamment sur les travaux menés par l’équipe INSERM des Pr Gherardi et Authier. Pour E3M, la volonté de l’industrie pharmaceutique est claire : récuser toute critique sur l’aluminium vaccinal et discréditer les lanceurs d’alerte, quitte à utiliser des arguments scientifiques erronés et à diffuser des propos calomnieux… Ce positionnement est extrêmement dangereux pour la santé de la population, mais aussi pour notre démocratie. 

En contre-point, E3M conclut en ces termes : qu’attend-on pour financer la recherche sur l’aluminium, et pour mettre à disposition de la population des vaccins sans aluminium, par exemple ceux ayant comme adjuvant du phosphate de calcium ? »

Pour M. Lambert chacun peut ainsi « se faire son opinion ». C’est sans doute un peu plus compliqué. Pour autant tout indique que nous sommes sur le chemin du progrès. Enfin deux professions de foi, deux blocs de certitudes mais aussi deux argumentaires référencés. L’espoir d’une première rencontre autour d’une même table. Casquettes au vestiaire et déclarations d’intérêts affichées au bar. L’affaire n’est pas sans faire songer ni à Le Carré ni aux deux Corées. Trump ou Smiley ? Rêver ou cauchemarder ?

A demain

 

 

L’opposition vaccinale est devenue virale, le pouvoir exécutif incapable de trouver la parade

Bonjour

C’est un document essentiel : une docteure en géopolitique, Lucie Guimier, vient de décrypter les racines idéologiques des opposants et opposantes françaises à la vaccination obligatoire. Agnès Buzyn et Emmanuel Macron entendront-ils le message ? Combien faudra-t-il encore attendre avant que le pouvoir exécutif et les autorités sanitaires saisissent que tout, ou presque, se joue ici en dehors des canaux habituels de la « communication » et des médias qui, jadis, avaient pignon sur rue ?

Ce passionnant travail qui commence par l’analyse originale des écrits du Pr Henri Joyeux –un médecin plus qu’atypique devenu un puissant vaccino-sceptique aujourd’hui poursuivi par l’Ordre national des médecins français. Rappel. En mai 2015, ce cancérologue de Montpellier lançait une pétition-pamphlet intitulée «Vaccin obligatoire: les Français piégés par la loi et les laboratoires!». Dans ce pamphlet adressé à Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, cet ancien président (2001-2013) de l’association Familles de Francedénonçait (non sans raison) une situation de pénurie imposant en pratique aux parents d’immuniser leurs enfants avec un vaccin hexavalent (protégeant contre six maladies infectieuses) quand les obligations vaccinales ne comportaient que trois valences: diphtérie-tétanos-poliomyélite.

La commercialisation du «DTPolio» avait en effet été stoppée depuis 2008, ce vaccin étant alors remplacé par un vaccin tétravalent (diphtérie-tétanos-poliomyélite-coqueluche) ayant fait l’objet de ruptures de stocks à compter de septembre 2014. Un imbroglio pharmaceutique qui contraignait les parents ne souhaitant administrer que les vaccins obligatoires à leurs enfants à utiliser des spécialités pharmaceutiques comprenant trois autres valences pour lesquelles la vaccination n’était pas de rigueur. Une incohérence exploitée par le Pr Joyeux (…)

Lire la suite sur Slate.fr : « Ce que révèlent les mots et les phrases des anti-vaccins »

A demain

 

 

Religions anti-vaccinations : fatwa indonésienne, Fraternité Saint-Pie-X et anthroposophie

Bonjour

C’est une information du quotidien indonésien Kompas relayée par Courrier International : « Dans le plus grand pays le plus musulman du monde, une fatwa évoquant des « extraits de porcs » dans un vaccin porte un coup à la campagne de vaccination contre la rougeole ».

La fatwa a été publiée le 20 août 2018 par le Conseil des oulémas indonésiens (MUI). Elle se fonde sur l’information selon laquelle le vaccin protégeant de la rougeole et de la rubéole produit par le Serum Institute of India contient des extraits de porc et qu’il est, de ce fait, haram”. 

Dès le paragraphe suivant, précise le journal de Jakarta, « le MUI note qu’il a toutefois décidé, dans l’attente d’un vaccin alternatif halal, d’autoriser l’utilisation de ce vaccin dans la campagne d’immunisation de 31,9 millions d’enfants par le gouvernement indonésien, étant donnée l’urgence de la situation sanitaire ».

Comment comprendre ? « Cette fatwa est de fait une déclaration de soutien du Conseil des oulémas à la campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole », affirme Arifianto, un pédiatre de Jakarta, auteur d’un ouvrage sur la vaccination. Courrier International :

 « Mais le mal est fait, se désole le quotidien national. Dans le pays qui abrite la plus grand population musulmane, beaucoup de citoyens n’ont lu que le premier paragraphe de la fatwa et l’ont fait circuler sur les réseaux sociaux. De nombreux parents refusent désormais que des extraits de porc soient injectés à leurs enfants. Kompas rappelle que selon les chiffres fournis en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Indonésie est le dixième pays au monde dans le triste palmarès des pays où la population souffre le plus de la rougeole. »

Miviludes

Retour en France où, on le sait, les autorités sanitaires observent une recrudescence de la rougeole (plus de 2500 cas depuis novembre 2017. C’est une étude originale et passionnante publiée dans le cadre du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) (pages 115-138) et heureusement citée par Le Monde. Elle est signée par Lucie Guimier, docteure en géopolitique (Institut français de géopolitique, Université Paris 8). Mme Guimier a travaillé sur la dernière grande épidémie de rougeole, entre 2008 et 2012 et démontre que l’obligation vaccinale est peu respectée au sein de certains groupes religieux et de certaines communautés spirituelles.

Ce refus serait tout particulièrement fort au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X ; le site de cette dernière comptabilise une soixantaine d’écoles « catholiques de tradition » en France. En cartographiant les données épidémiques de la rougeole à partir des données de Santé publique France, la chercheuse note une propagation de la maladie à partir de ces établissements. Lucie Guimier :

« La dispersion rapide de la rougeole à l’échelle intrafamiliale dans le réseau d’obédience lefebvriste résulte de toute évidence d’une couverture vaccinale insuffisante des enfants de la communauté, des carences possiblement liées aux aspirations spirituelles de leur famille ».

Esotérisme et parts de marché

Autre type d’établissements étudié par Mme Guimier : les écoles Steiner-Waldorf et leur doctrine fondatrice, l’anthroposophie, un mouvement ésotérique créé au début du XXe siècle.

 « Sous l’effet de l’expansion du mouvement anthroposophique ces dernières années, de nombreuses études (…) menées après l’apparition d’épidémies de maladies prévisibles par la vaccination ont mis en évidence que les parents adeptes de ce courant de pensée sont moins enclins que les autres à vacciner leurs enfants. »

Extraits de la conclusion de l’étude :

« (…), la défiance vaccinale que l’on observe aujourd’hui est devenue « virale », facilitée par la démocratisation d’Internet et la mise en réseaux des mouvements complotistes ou des groupes opposés à toute vaccination par principe. Lorsqu’elle agit dans un groupe social, l’assimilation de la vaccination comme étant un danger se fait le plus souvent au nom de la défense des libertés individuelles, argument contre lequel il est délicat de se défendre. L’invocation du complot étatique ou des laboratoires pharmaceutiques est également fréquente dans les milieux réfractaires à la vaccination, qui mêlent dans leur discours des éléments véridiques à des arguments non fondés scientifiquement.

« Au terme de cette réflexion, la vaccination apparaît ainsi être en lien avec des idéologies dont des mouvements de nature sectaire peuvent se servir pour gagner des parts de marché. Face à l’idée aujourd’hui répandue que toutes les données disponibles se valent, de l’information scientifique aux « faits alternatifs», la question se pose de savoir comment renforcer la vigilance, notamment pour défendre le symbole que représente la politique vaccinale dans la construction du projet national de santé publique.

«  Internet doit bien sûr être investi par les autorités de santé publique et les scientifiques pour faire la transparence sur les interrogations qui entourent les vaccins. Enfin, il est nécessaire que les principales institutions de l’État soient vigilantes à la propagation de théories et pratiques vaccino-sceptiques en leur sein, comme par exemple à l’école publique, lieu de socialisation et de promotion du vivre-ensemble par excellence. »

A demain

1 Courrier International présente ainsi Kompas (http://kompas.com):

« Fondé en 1965 pour s’opposer à la presse communiste, écrit en indonésien, “Boussole” est le plus grand quotidien national, la référence, avec des enquêtes de fond sur des faits de société et des reportages sur les îles “extérieures”, indonésiennes mais souvent oubliées par le centre, Java.

« Au cours des premières années, beaucoup virent dans ce titre la contraction de “Komando Pastor” (“commando des curés”). Pendant les trente-deux ans de l’ordre nouveau, le régime du général Suharto, “Kompas” prit rarement de risques dans le traitement de ses informations, sous la surveillance du pouvoir. Toutefois, il ouvrait régulièrement ses pages aux intellectuels du pays, devenant alors une tribune où s’exprimaient des idées courageuses, ce qu’il est toujours. »

 

Dignité : la trop belle vidéo de Jacqueline qui se suicidera avant la fin du quinquennat

Bonjour

Trop beau pour être vrai ? Trop laid pour être faux ? Nous sommes ici aux antipodes de l’ode aux soignants de Nicolas Philibert. C’est une vidéo paradoxalement mortifère diffusée dans deux formats par Brut (3’01 ») et Kombini  (7’35 »).

Résumons la seconde version : un échange de salon post-café, sur sofa/canapé, entre Jacqueline Jencquel, 74 ans et le bien trop jeune Hugo Clément. Le second demande à la première pourquoi elle a programmé sa mort dans moins de deux ans – et ce alors qu’elle fait tout pour montrer qu’en dépit de ses trois quarts de siècle elle est en « pleine forme. » Association étudiée de langage châtié et de vulgarité.

Nous sommes ici entre Narcisse, le mythe, et Zénon, celui de Yourcenar. Elle veut « mourir debout ». Jacqueline Jencquel, donc, qui couche ses pensées sur son blog. Et qui choque son hébergeur : Le Temps, de Genève. Précisément, lisons, lentement, Le Temps (Sylvia Revello)

« En médiatisant sa mort, Jacqueline Jencquel choque. Après avoir ouvert un blog au ‘’Temps’’, la Française de 74 ans justifie sans états d’âme sa volonté de mourir dans des vidéos tournées pour Brut et Konbini. L’aspect à la fois intime et militant de sa démarche interpelle.

« Planifier le jour de sa mort: le choix de Jacqueline Jencquel, 74 ans, choque, irrémédiablement. Elle qui ne souffre d’aucune maladie incurable ou dégénérative souhaite bénéficier d’un suicide assisté en Suisse en janvier 2020. La médiatisation volontaire de sa démarche interpelle d’autant plus. Après avoir entamé un blog sur le site du Temps, la Française a tourné deux vidéos pour Brut et Konbini, qui ont déclenché ce week-end des milliers de réactions, aussi contrastées les unes que les autres.

« Pourquoi vouloir cesser de vivre? Celle qui milite pour la légalisation du suicide assisté en France depuis plusieurs années dévoile pléthore d’arguments: l’impression d’avoir fait le tour, la peur de devenir prisonnière de son corps, infantilisée, surmédicalisée, impuissante face à la vieillesse qui progresse inexorablement. Pas question pour elle d’entendre un jour la voix d’une infirmière lui murmurer à son réveil dans un mouroir: «Alors Madame Jencquel, il fait beau aujourd’hui, on est bien.» Elle l’avoue, elle est loin d’en être là, mais la perspective de subir cette inéluctable dégradation la rebute. 

« Courage d’affronter la mort ou caprice indécent face à ceux qui n’ont vraiment pas le choix: les avis des internautes sont partagés. Certains pointent un témoignage  »difficile à entendre », mais «tellement humain». D’autres fustigent une décision  »contraire au destin », un «choix cynique»,  »comble du nihilisme et de l’égoïsme ». C’est que la mort reste un tabou. Sans raisons majeures, la vie doit être vécue, presque par défaut. La décréter bonne à jeter sonne comme un affront incongru.

« Dans l’interview accordée à Konbini, Jacqueline Jencquel fait voler en éclats cette pudeur. Elle se montre goguenarde, presque vulgaire. C’est sur un ton provocateur qu’elle répond aux questions d’Hugo Clément.  »J’ai tout fait », lâche-t-elle, en se qualifiant de  »femme libre », lucide, qui refuse de  »faire l’amour avec un mec au bide énorme » ou de finir ‘’légume’’ dans un ‘’plumard’’. 

Pimpante, en baskets et ensemble rose poudré, elle toise la caméra, confortablement installée dans un sofa. Lorsque le journaliste lui demande si elle redoute le grand saut, elle rit aux éclats à l’idée de ‘’sucer’’ des ‘’beaux mecs comme Hugo pour l’éternité’’ au paradis. Quant à la date précise de sa mort, elle ne résulte que de l’agenda de son médecin, qui rentrera tout juste de vacances. »

Pour Le Temps cette surexposition médiatique sape toute crédibilité. Un mauvais coup, en somme porté aux volontés de « mourir dans la dignité ». Pourquoi faire étalage d’un choix dont la dignité réside, précisément, dans l’intimité ?  On lira aussi, dans le quotidien suisse, l’opinion éclairée de deux médecins:  Mort planifiée: une inquiétante mise en scène du suicide. Un texte signé des Drs Mélina Andronicos et Dr Laurent Michaud, membres du Groupe romand de prévention du suicide.

A demain

 

Psychiatriser l’homosexualité : pour le Vatican les paroles du pape ne sont plus d’Evangile

Bonjour

Comment dit-on rétropédalage en romain ? Nous soutenions, hier, que le Vatican ne pourrait plaider l’ambiguïté quent à la position du pape François sur la nécessité d’avoir recours à la psychiatrie devant les premiers symptômes (avant 20 ans) de l’homosexualité. C’était pécher par oubli du savoir-faire des jésuites. Au journaliste qui lui demandait ce qu’il dirait à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant le pape, entre Dublin et Rome :

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

Révélation du lapsus

Or le Vatican a, le 27 août, modifié les paroles du pape en gommant le mot « psychiatrie » dans la transcription officielle (en italien, consultable sur le site du Vatican) de la conférence de presse tenue la veille dans l’avion. Une source vaticane a indiqué à l’Agence France Presse que ce caviardage avait été commis  « pour ne pas altérer la pensée du pape ». « Quand le pape se réfère à la “psychiatrie”, il est clair qu’il le fait comme un exemple qui rentre dans les différentes choses qui peuvent être faites, a encore expliqué cette source. Mais avec ce mot, il n’avait pas l’intention de dire qu’il s’agissait d’une maladie psychiatrique, mais que peut-être il fallait voir comment sont les choses au niveau psychologique. »

D’autres exégètes font valoir que Jorge Mario Bergoglio, d’origine argentine, ne fait guère de distinctions entre la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse. « En bon Argentin, rappelle Le Monde, il a révélé avoir lui-même suivi  »une psychanalyse »  pendant six mois, autour de la quarantaine, dans son pays. » Aussi  connaît-il sans doute mieux que d’autres, le poids des mots, le choc révélateur des lapsus.

Et, caviardage ou pas, que François ne compte pas sur la France, fille aînée de l’Eglise, pour le défendre. Le gouvernement d’Emmanuel Macron a ainsi fustigé des propos qu’il qualifie d’ « incompréhensibles et indéfendables ». Et ce par la voix de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes – et de la lutte contre les discriminations homophobes.

A demain

 NB : Sur France Culture : « Les transidentités, racontées par les trans ». En partenariat avec Slate, une série documentaire de Perrine Kervran, réalisée par Annabelle Brouard.

« Raconter les transidentités autrement et surtout demander aux interessé.e.s de nous les raconter. Retracer l’histoire de la militance « trans », décrypter la façon dont la médecine et la psychiatrie ont mis la main sur les destinées des personnes transgenres, montrer comment le questionnement du genre rejaillit sur toute la société. Et faire le point sur les revendications des personnes transgenres aujourd’hui. Pour sortir des récits de transitions spectaculaires, qui occultent le quotidien de citoyens considérés par l’Etat et la société comme des citoyens de seconde zone. » 

Homosexualité à traiter par la psychiatrie : le pape François irresponsable ou coupable ?

Bonjour

La démonstration vient d’en être faite par le pape François : il est désormais possible de faire le buzz depuis un aéroplane. A un journaliste qui, dans son avion, lui demandait ce qu’il répondrait à des parents découvrant les orientations homosexuelles de leur enfant, le souverain pontife a répondu qu’« il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses ». Plus précisément :

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

Ceci fut dit entre Ciel et Terre, le 26 août 2018, entre Dublin et Rome. Acté par des journalistes qui, statistiquement, ne peuvent tous être mécréants. Des mots qui, depuis quelques heures, alimentent le subconscient des infernaux réseaux sociaux internationaux. Dans ce ciel mêlé, au grand jour français : les associations tricolores de défense des droits LGBT (lesbiennes, gays, bi, trans). Elles viennent de dénoncer des propos papaux « irresponsables ».

Où l’on en revient au gouffre, religieux et républicain, séparant la responsabilité assumée de la culpabilité auto-refusée (Georgina Dufoix – affaires du sang contaminé).

Et les LGBT de rappeler, fort justement et avec le soutien de l’AFP, que l’homosexualité ne figure plus sur la liste des maladies mentales de l’OMS. Depuis longtemps ? Pas vraiment…  Depuis 1990. Pour Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, les propos du pape « renvoient à l’idée que l’homosexualité est une maladie. Or, s’il y a une maladie, c’est cette homophobie ancrée dans la société qui persécute les personnes LGBT ».

Soigner sans savoir

Clémence :  « Ces paroles sont choquantes car elles ciblent les enfants. Des études ont démontré que le risque de suicide était plus élevé que la moyenne chez les jeunes LGBT ». « Graves et irresponsables ces propos incitent à la haine des personnes LGBT dans nos sociétés déjà marquées par des niveaux élevés d’homophobie et de transphobie », a par ailleurs réagi #SOS Homophobie.

 « J’aimerais que le pape François n’utilise pas les homosexuels pour qu’on cesse de parler des prêtres pédophiles », commente encore Catherine Michaud, présidente de GayLib, mouvement LGBT de centre droit, qualifiant les mots papaux « d’irresponsables, outranciers et homophobes ». Quant à l’Association des familles homoparentales :

« Il est très étonnant d’entendre régulièrement des conseils et des jugements moraux de l’Eglise au sein de laquelle certaines personnes sont incapables de dénoncer des actes pédo-criminels commis par des prêtres, qui devraient être les premiers à bénéficier de soins psychiatriques ».

On attend désormais la lecture des propos papaux par les servants de la pratique psychiatrique. Une discipline que l’on espère, loin du Vatican, sinon athée, du moins solidement agnostique – à des fins thérapeutiques.

A demain

 

Homosexualité et hérésie : le pape François préconise la prière et la psychiatrie

Bonjour

Ce devait être un voyage historique. Le retour restera dans l’histoire. Confronté, en Irlande, au fléau récurrent des abus sexuels commis par des prêtres sur des enfants le pape François a, dans l’avion qui le ramenait à Rome eut des propos qui ne manqueront pas, a minima, d’inquiéter. Entre terre et ciel Jorge Mario Bergoglio, 82 ans,  a ainsi recommandé, dimanche 26 août 2018, le recours à la psychiatrie lorsque des parents constatent des penchants homosexuels chez leurs enfants.

Le Vatican ne pourra pas, demain, plaider l’ambiguïté Un journaliste a demandé au pape François ce qu’il dirait à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant.

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

 Analyses et commentaires ne tarderont guère. Et on perçoit la confusion des genres. Le jour même, à Dublin, lors d’une grande messe en plein air, le pape François avait égrené une litanie de « Nous demandons pardon » pour « chaque scandale » dans lequel l’Eglise catholique était impliquée. « Le pape a aussi reconnu que des membres de la hiérarchie catholique avaient cherché à couvrir les péchés de leurs collègues et n’avaient pas fait preuve de compassion pour les victimes », écrit l’Irish Examiner.

Contrition et confession

Le pape faisait notamment référence aux crimes sexuels, dans un pays où près de 15.000 personnes ont déclaré depuis 2002 avoir été victimes d’abus – mais aussi à d’autres scandales ayant impliqué l’Église irlandaise pendant une bonne partie du XXe siècle, notamment les séparations forcées entre les enfants nés hors mariage et leurs mères, considérées comme des « pécheresses ».

« Je n’avais jamais entendu parler de ces femmes » a assuré le pape François aux journalistes (toujours dans l’avion le ramenant au Vatican). Pas plus qu’il ne connaissait l’existence de ces « hôpitaux, je ne sais pas comment ils les appellent, ou de ces écoles dirigées par des nonnes, qui proposaient les enfants à l’adoption ». Selon The Irish Independent, le pape avait aussi devant les pèlerins venus à Knock qualifié les actions de l’Église de « répugnantes » et a déclaré que les abus commis en Irlande étaient une « plaie ouverte »

Faut-il faire un lien entre ces actes de contrition et ces propos concernant l’homosexualité et la psychiatrie 1 ? Comment ne pas voir ici une inquiétante forme de régression ? Un retour des démons issus des mariages forcés entre médecine et religion ?

On peut, sur ce sujet, conseiller une lecture qui peut éclairer : « Psychiatrie et homosexualité Lectures médicales et juridiques de l’homosexualité dans les sociétés occidentales de 1850 à nos jours » de Malick Briki – 232 pages – 16 x 22 cm. Un format idéal pour toutes celles et ceux qui aiment lire en avion.

A demain

1 « Quand l’homosexualité était une maladie » Slate.fr, 24 juillet 2011