Electricité : les compteurs Linky® déclencheront-ils une polémique sanitaire ?

 

Bonjour

Survolté, Le Canard Enchaîné revient aujourd’hui sur les nouveaux compteurs électriques Linky®. Et il se gausse de l’avis rassurant que vient d’émettre, sur le sujet, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail 1. Cette Anses vient d’expliquer, expertises savantes à l’appui, que nous n’avions pas à nous affoler : « Compteurs communicants : des risques sanitaires peu probables » :

« Les compteurs Linky®, que ce soit en champ électrique ou magnétique, sont à l’origine d’une exposition comparable à celle d’autres équipements électriques déjà utilisés dans les foyers depuis de nombreuses années (télévision, chargeur d’ordinateur portable, table de cuisson à induction…). L’exposition à proximité d’un compteur de gaz ou d’eau est très faible, compte tenu de la faible puissance d’émission et du nombre réduit de communications (moins d’une seconde 2 à 6 fois par jour). L’exposition due aux compteurs est par exemple bien plus faible que celle due à un téléphone mobile GSM. »

 Pour sa part Le Canard Enchaîné relève que « le courant passe mal ». Il évoque les « 306 » maires qui « font de la résistance » et refuse ces installations – dont ceux de Caen et d’Aix-en-Provence. Idem, en Dordogne, à Montpeyroux (460 habitants) et à Montferrand-du-Périgord (160 âmes) où l’affaire est devant la justice administrative. A Pamiers, à Niort, à Chartres-de-Bretagne certains se barricade  contre les installateurs de compteurs communicants. Cette résistance fait parfois l’objet d’entrefilets dans la presse locale.

Passage de courant

Le « courant passe mal » : on rapporte encore des plaques de cuisson en survoltage, des boxes Internet qui vacillent, des lampes tactiles comme prises de folie… Le Canard ne rapporte pas (encore) les premiers cas d’hyper-électro-sensibilité et les premiers certificats médicaux contre-indiquant la pose d’un compteur communicant au domicile du patient. Cela ne saurait tarder. Que dira alors, s’il est saisi, l’Ordre des médecins ?

L’affaire Linky® ne fait (peut-être) que commencer. Deux millions des ces compteurs sont déjà installé en France. Il y en aura trente-cinq millions en 2021. Un dossier à cinq milliard d’euros. EDF saura-t-elle communiquer ?

A demain

1 « Officiel : les compteurs électriques Linky® ne sont pas dangereux. Faut-il en avoir peur ? » Journalisme et santé publique du 15 décembre 2016. Lire aussi « Une bonne nouvelle pour Linky, votre futur compteur électrique ‘’communicant’’» Slate.fr, 15 décembre 2016

François Roustang l’insoumis (1923-2016) : jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute

 

Bonjour

François Roustang est mort dans la nuit du 22 au 23 novembre. Il avait 93 ans. Souvent qualifié de « dissident », ou de « loup solitaire », il fut tout à la fois  expert en psychopathologie, hypnothérapeute, philosophe, théologien… De ses vingt premières années, au lendemain de sa mort, les gazettes ne disent rien, ou presque. On le retrouve, à sa majorité, dans la Compagnie de Jésus. Il y poursuit des études de philosophie et de théologie avant d’être ordonné prêtre. Les mêmes gazettes se souviennent que, dans les années 1950, il participe de l’aventure d’une revue jésuite, Christus dont il deviendra directeur en 1964.

On réfléchit beaucoup, en France, dans ces années-là. François Roustang y fréquente des hommes au croisement de bien des chemins, à commencer par le jésuite Michel de Certeau. Pour sa part, il ne résiste pas à la psychanalyse, entame une cure (rapide) avec Serge Leclaire (1924–1994), devient membre de l’Ecole freudienne de Paris de Jacques Lacan (1901–1981).

Béatitude bousculée

Philosophie, théologie, psychopathologie, psychanalyse… L’homme ne craint pas de sortir des sillons tracés. Il y a un demi-siècle, on le voit bousculer la béatitude du Concile Vatican II. Il lui faudra quitter les Jésuites – il y était « écartelé ». Quitter la religion catholique pour migrer vers cette autre Eglise qu’est la psychanalyse. Autre Eglise, qui le débarrasse de toute croyance. Et pourtant autres étouffements. Ce n’est pas la libération en laquelle il croyait. Au contraire : l’homme est, dit-on, frappé de constater l’esprit de soumission qui règne au sein de l’Ecole freudienne. Voilà un bien bel objet d’étude : le voici qui, sacrilège, s’intéresse alors à la question des relations maître-disciple dans l’histoire des chapelles analytiques.

C’est le début de nouveaux déchirements : Un destin si funeste (1976), lecture critique des relations entre Sigmund Freud et certains de ses disciples évadés ; Suggestion au long cours (1978), étude du rôle de la suggestion dans la cure analytique. Son intérêt pour les dimensions thérapeutiques de la thermodynamique de l’inconscient va diminuant tandis que croît celui qu’il nourrit pour l’hypnose.

Saint des saints

En France, il est l’un des premiers à s’intéresser à cette pratique thérapeutique méconnue, toujours scrutée de loin avec beaucoup de suspicion. François Roustang remonte aux sources, met en évidence l’intérêt que porta Freud à l’hypnose à ses débuts. Il travaille et fait connaître les textes de l’Américain Milton H. Erickson, « père » de cette discipline qui commence seulement à entrer dans le saint des saints hospitalo-universitaire.

Peu avant l’annonce de sa mort, le neuvième colloque de l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale était consacré à ses travaux sur l’hypnothérapie. On y rappela qu’il avait cofondé le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (Paris) au sein du département d’anesthésie-réanimation. C’était au début de ce siècle. Objectif : associer une réflexion médicale, thérapeutique, philosophique à la compréhension du phénomène hypnotique. « L’œuvre de François Roustang a permis de mieux définir le phénomène hypnotique, la place du thérapeute dans la relation patient-praticien et surtout de s’intéresser, en plus des moyens d’entrer en hypnose, à ce qui se passe dans la transe hypnotique, ce qu’il a appelé “la perceptude hypnotique” » soulignent ceux qui l’ont connu dans cet exercice.

Relation hypnotique

On y a rappelé, aussi, la place centrale du thérapeute dans la relation hypnotique – ce thérapeute qui « organise la rencontre » et crée un « espace de correspondance ». On y a éclairé son propos sur l’apprentissage de « l’expérience hypnotique » et l’acceptation de la confusion de la suggestion hypnotique. Et tous ont salué la richesse de ses visions, de ses écrits, de son enseignement. Certains, dont nous sommes, se souviennent d’un exercice à haut risque : user de l’image de Michel Platini (alors joueur de football) pour éclairer sur ce que peut être l’apport de l’hypnose sur le terrain de la thérapeutique.

C’était dans une émission télévisée alors animée par Bernard Pivot. 1 Nous étions en l’an 2000 et chacun se souvenait encore de Platini n° 10 distributeur de jeu : immergé dans l’action et pourtant capable de percevoir toutes les possibilités offertes. « Dormez, je le veux » : tout le contraire de l’enfermement, le symbole d’une libération, d’une ouverture à la conscience. Guérir ? C’est assez simple : s’ouvrir pleinement aux autres – et donc à soi-même.

Ruptures

« Successivement jésuite, psychanalyste et hypnothérapeute, cet homme inclassable avait consacré sa pratique et sa réflexion au mystère de la vie, vient d’écrire de lui La Croix, quotidien catholique et français. De l’extérieur, il fut incontestablement un homme de ruptures. De l’intérieur, il était celui d’une grande fidélité : une fidélité à la vie, qu’on écrirait presque avec une majuscule si cela ne risquait de masquer l’humilité de l’homme et son souci des vies toujours singulières, la sienne et celle de ceux qui venaient à lui – ou le lisaient – pour aller mieux. »

« Avec l’hypnose, François Roustang se fait l’avocat d’une nouvelle posture dans l’existence, plus souple, plus relâchée, plus détachée, poursuit La Croix. Pour lui, l’hypnose a pour but de déplacer le patient dans un autre état de conscience pour le faire habiter autrement sa vie. Elle fait cesser le flux du langage, la plainte, les ratiocinations diverses liées à la névrose. C’est un “exercice par lequel on cesse de vouloir la maîtrise de notre existence pour se couler dans le flot de la vie”, plaide François Roustang. Grâce à elle, l’humain cesse de “se regarder vivre et accepte de vivre, tout simplement”. »

De Socrate à René Girard

Dans le quotidien Libération, Robert Maggiori complète utilement ce portrait compliqué : « Polémiste né, d’une culture immense, qui allait de la pensée grecque et de Socrate (à ses yeux “trahi” par le Platon de la maturité) à Nietzsche, à Wittgenstein, à Kierkegaard ou à René Girard, il ne se satisfaisait d’aucune orthodoxie, cueillait ce qui lui semblait bon à des fins thérapeutiques aussi bien chez l’“autre père” de la psychanalyse Carl Gustav Jung que chez les théoriciens de l’école californienne de Palo Alto, entre autres Gregory Bateson, où les hypnothérapeutes américains disciples de Milton Erikson. »

Maggiori ajoute que l’auteur d’Un destin si funeste (1976) savait être sardonique, ironique, féroce ; qu’il avait subi durant sa vie autant de critiques qu’il en adressa à ses pairs. Quant au Monde, il rapporte la manière dont, un jour de 2005, il traita en une séance unique l’écrivain Emmanuel Carrère, qui lui rendit visite en songeant au suicide : « Oui, c’est une bonne solution », lui dit-il. Et il ajouta après un silence : « Sinon vous pouvez vivre. »

Redevenir vivant

Vivre c’était, expliquait-il en substance, respirer sur deux registres. Celui de la conscience et celui, organique, du vivant animal. Quant à soigner c’est faire comprendre au souffrant qu’il a une force en lui, la force énergétique de guérir. C’est là une autre dimension, une dimension hypnotique sans laquelle la psychothérapie ne saurait pleinement se pratiquer. Ne pas chercher à guérir mais redevenir, simplement, vivant. Comme une souche. Oublier, enfin, l’humain qui est en soi. Participer, magiquement,au vivant.

Dans son dernier opus  sont réunis quelques uns de ses écrits majeurs 2. Il nous explique que la meilleure manière de transformer sa vie, c’est d’effectuer un « retour au présent », de s’asseoir, de cesser de se lamenter sur son passé et, enfin, d’accepter sa souffrance pour mieux l’évacuer. Parvenir, de très loin, à entendre la voix de Socrate, guérisseur des maladies de l’âme.

A demain

1 Une extrait vidéo de cette émission est disponible à cette adresse http://www.ina.fr/video/I16334709 (Bouillon de culture, 18 février 2000).

On peut aussi l’entendre, sur France Culture, revenir sur son parcours,  lors d’un échange avec Laure Adler : https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/francois-roustang (Hors Champ, 9 janvier 2012). On y entend aussi Michel de Certeau, Serge Leclaire et Léon Chertok.

2  Roustang F. « Jamais contre, d’abord, La présence d’un corps » Odile Jacob, Paris 2015.

 NB Ce texte a initialement été publié dans la Revue Médicale Suisse : « François Roustang (1923-2016) – jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute »

 

Officiel : les compteurs électriques Linky® ne sont pas dangereux. Faut-il en avoir peur ?

 

Bonjour

Celles et ceux qui ne connaissent pas  Linky® seront de moins en moins nombreux. Tous les foyers français en seront (obligatoirement) équipés en 2021. Pour l’heure on en compte déjà deux millions (Tours et Lyon) et Enedis (anciennement ERDF) en installe plus de dix mille par jour. C’est la fin programmée d’un monde, l’entrée du vieux « compteur bleu » au rayonnage collector des téléphones en bakélite.

Certains voient là une intrusion. Parfois les Linky® font peur. Est-ce parce qu’ils communiquent « de façon filaire (via le réseau de distribution d’électricité) par la technologie « du courant porteur en ligne » (CPL) avec des points relais des informations de consommation » ?

Moins d’exposition que le mobile

A celles et ceux qui sont effrayés, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de répondre : « Compteurs communicants : des risques sanitaires peu probables ». Un seul paragraphe de l’avis de l’Anses devrait suffire à calmer les interrogations sinon les angoisses :

« Les compteurs Linky®, que ce soit en champ électrique ou magnétique, sont à l’origine d’une exposition comparable à celle d’autres équipements électriques déjà utilisés dans les foyers depuis de nombreuses années (télévision, chargeur d’ordinateur portable, table de cuisson à induction…). L’exposition à proximité d’un compteur de gaz ou d’eau est très faible, compte tenu de la faible puissance d’émission et du nombre réduit de communications (moins d’une seconde 2 à 6 fois par jour). L’exposition due aux compteurs est par exemple bien plus faible que celle due à un téléphone mobile GSM. »

Pour abonnés

On peut aussi soutenir que ce paragraphe est ne nature à inquiéter les innombrables utilisateurs exposés aux téléphones mobiles GSM … Demandé par la Direction Générale de la Santé, cet avis scientifique sera-t-il suffisant pour calmer les angoisses et les inquiétudes d’une partie de la population : « surcoût éventuel généré pour les abonnés », « respect de la vie privée », « utilisation des données personnelles »,  « exposition aux champs électromagnétiques émis par différents compteurs et objets connectés » ?

Nous serons bientôt en 2017. La nouvelle saison de l’étrange série Linky® ne fait que commencer. La regarder nécessite d’être abonné à l’électricité.

A demain

 

 

Maladie de Lyme : la «goutte épaisse» n’aidera pas à sortir des brouillards du grand bazar

 

Bonjour

Pasteur a vécu. « Un germe, une maladie », c’est fini. Plus précisément c’est à la fois vrai et nettement plus compliqué. En ce début du troisième millénaire (et en France) la maladie de Lyme incarne à merveille la complexité de la biologie moderne –et  les impasses auxquelles elle conduit quand elle est impuissante à décrypter la pathologie à laquelle elle est confrontée.

Lyme alimente et cristallise bien des passions, bien des déraisons. On lit ici ou là des propos insensés et le politique peine à rapprocher ce continent de la réalité objectivable. Nous en sommes à de telles extrémités que l’on en vient à demander  à la justice, au droit, à des magistrats, ce qu’il en est de la fiabilité des tests de dépistage de cette entité pathologique aux contours contestés. 1

« Une situation inédite et assez déroutante pour les scientifiques qui, comme moi, travaillent sur le sujet dans leur laboratoire de recherche, résume Muriel Vayssier-Taussat sur le site The Conversation 2. Entre les tests homologués peu fiables, les tests non officiels peut-être plus fiables mais non évalués et les tests complètement fantaisistes défendus par des malades dans le désarroi, c’est… le grand bazar. »

Souffrances et charlatans

Le grand bazar et bien plus que cela. A commencer par nombreuses personnes diagnostiquées négatives par les « tests officiels », mais qui sont persuadées souffrir de la maladie de Lyme. Des personnes souvent en quête parfois désespérées de méthodes alternatives qui pourraient confirmer (ou pas) l’existence leur maladie et les aider à moins souffrir. Des personnes susceptibles d’être la proie de ce qu’il faut bien nommer des charlatans : « vendeurs ambulants de drogues qu’ils débitent à grand fracas de trompe et de boniments sur les places publiques, montés sur des tréteaux ou sur une voiture. »

Mme Vayssier-Taussat nous autorisera à dire qu’elle est tout sauf une novice 3. « Le défi, avec cette maladie encore en grande partie mystérieuse, est de trouver où, dans l’organisme, se loge la bactérie incriminée, explique-t-elle. Ou alors de repérer les traces qu’elle laisse durant sa migration depuis le point de piqûre vers d’autres parties du corps. Dans ce jeu de pistes, la bactérie semble être plus forte que les chercheurs. Pour le moment du moins. »

Elisa et Western Blot

Il faut lire son texte pour comprendre le cheminement de ce qu’il faut bien appeler la science. La recherche des anticorps dans le sang, la mise au point des tests Elisa et Western Blot – tests validés par une conférence de consensus qui s’est tenu il y a dix ans – conférence de consensus dont les conclusions sont désormais très discutées.  Mme Vayssier-Taussat :

« En France et ailleurs en Europe, la maladie de Lyme n’est pas due à une seule bactérie mais à plusieurs appartenant à cinq espèces différentes au moins, toutes du genre Borrelia. Pour mettre en évidence les anticorps produits par l’organisme au contact de ces bactéries, il faut donc utiliser des antigènes (les protéines de la bactérie reconnues par ces anticorps) qui puissent être reconnus quelles que soient les espèces bactériennes à l’origine de la maladie. Soit des antigènes communs à toutes ces bactéries, soit une combinaison d’antigènes qui couvre toutes les espèces de bactéries. Sauf que les fabricants de la vingtaine de tests sérologiques autorisés en France n’indiquent pas toujours les réactifs utilisés… Parfois leurs tests ne permettent de reconnaître que certaines bactéries, et on le sait. D’autres fois, on n’a pas cette information. »

Il y a encore le génie infectieux de Borrelia qui avance masquée et piège les tests Elisa et Western Blot. Dans cette jungle, une vingtaine de tests sont autorisés en France ? Si la fiabilité de certains a été établie, elle reste discutable pour d’autres, pour lesquels peu de données sont disponibles. Le Haut conseil de la santé publique a d’ailleurs recommandé dès 2014 que la sensibilité et la spécificité de l’ensemble de ces tests puissent être vérifiées.

Microscope à fond noir

Il existe aussi une autre voie diagnostique, non officielle : tenter de repérer Borrelia à l’œil nu, sous un microscope, à partir d’un peu de sang. En France et en Allemagne), des laboratoires d’analyses proposent cette vieille technique simplissime : le test « de la « goutte épaisse ». Elle consiste à observer une goutte de sang déposée sur une lame à l’aide d’un microscope à fond noir. Ce test est déjà utilisé pour repérer l’agent pathogène du paludisme.

Lisons Mme Vayssier-Taussat  sur The Conversation :

« Avertie par une association de patients que certains utilisaient cette technique à la maison, notre équipe a souhaité l’évaluer. En effet, si cette technique extrêmement simple à mettre en œuvre pouvait faire ses preuves, cela révolutionnerait, ni plus ni moins, le diagnostic de la maladie de Lyme. Nous avons ainsi réalisé un essai, avec nos collègues médecins de l’équipe du Pr Christian Perronne à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), sur deux groupes de sujets : des malades qui avaient obtenu un résultat positif en utilisant cette technique chez eux (témoins positifs de notre étude), et des personnes en bonne santé (témoins négatifs de notre étude).

Résultat : toutes ces personnes, malades ou non, se sont révélées positives au test de la goutte épaisse ! On voyait bien des bâtonnets en forme de petits serpents, ressemblant à s’y méprendre à la forme typique de Borrelia, sortir des cellules de malades… mais aussi de celles des personnes en bonne santé. Nous avons conclu que cette technique ne pouvait pas être utilisée comme moyen de diagnostic, puisqu’elle déclarait positifs des individus malades, mais aussi des individus en bonne santé. »

Utiliser des pincettes

Cette spécialiste expose les autres pistes actuellement suivies, comme traquer l’ADN de Borrelia dans tous les fluides du corps et les tissus biologiques où elle pourrait se loger ou transiter : le sang, les urines ou le liquide céphalo-rachidien. On peut aussi tenter de mettre en évidence des cellules du système immunitaire du patient qui auraient été en contact avec Borrelia. C’est le test de l’Elispot, est proposé par certains laboratoires d’analyse médicales qui l’utilisent, habituellement, pour le diagnostic de la tuberculose.

« En dépit de mes recherches dans la littérature scientifique, je n’ai trouvé aucune donnée permettant d’affirmer que ce test a une spécificité et une sensibilité acceptable pour être employé dans le diagnostic de la maladie de Lyme, écrit Mme Vayssier-Taussat. Les résultats de l’Elispot sont donc à prendre avec une grande précaution. D’autant qu’ils coûtent très cher (environ 300 euros) et que dans leur désarroi, certains malades se retrouvent à débourser des sommes importantes pour un résultat non probant. » Charlatans ?

Peut-on espérer disposer un jour d’un test efficace contre la maladie de Lyme ? « Oui » répond la directrice de recherche à l’Inra Mais elle ne nous dit pas combien de temps nous devrons encore errer dans les allées et les brouillards du grand bazar.

A demain

1 La Cour d’appel de Colmar devait rendre le 14 décembre, son arrêt dans le procès des « rebelles » de Lyme. L’un des prévenus, pharmacienne, pratiquait dans son laboratoire d’analyses à Strasbourg une « méthode alternative » de dépistage. Elle a été condamnée en première instance à neuf mois de prison avec sursis pour « escroquerie ». Au mois d’octobre, 130 patients regroupés dans un collectif baptisé Lymaction ont déposé plainte contre les laboratoires fabriquant les tests officiels auxquels ils reprochent leur manque de fiabilité.

2 « Lyme : le grand bazar des tests de dépistage » The Conversation, 14 décembre 2016

3 Muriel Vayssier-Taussat est directrice de recherche à l’Inra, responsable de l’équipe Vectotiq, sur le thème écologie des agents pathogènes transmis par les tiques, à l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort. De formation universitaire, elle est docteur en microbiologie et travaille sur la thématique des tiques depuis 2001. Elle a écrit une soixantaine d’articles sur les infections transmises par les tiques. Son équipe fait partie de l’unité Inra-Anses-Enva « Biologie moléculaire et immunologie parasitaires ».

Elle développe des approches basées sur les nouvelles méthodes de séquençage à haut débit pour la découverte de nouveaux agents pathogènes transmis par les tiques.  Ses projets prennent en compte les agents pathogènes dans leur environnement microbien, un concept qui prend le nom de « pathobiome ». Elle a notamment dirigé une thèse sur les « Mécanismes de persistance de la bactérie Bartonella » dans son hôte réservoir.

Elle a été membre du groupe de travail sur l’état des connaissances sur la Borréliose de Lyme, qui a remis son avis au Haut conseil de la santé publique. Elle est aussi membre du conseil scientifique de la Fédération française contre les maladies vectorielles à tique.

 

Soigner l’autisme : psychanalystes contre comportementalistes. Flambées de violences.

 

Bonjour

Pour un peu cela deviendrait lassant. Aujourd’hui 8 décembre l’Assemblée nationale va débattre d’un texte déposé par le député Daniel Fasquelle (Les Républicains, Pas-de-Calais). Ce texte est disponible ici 1. Soutenu par près d’une centaine de députés de son camp (dont les médiatiques Laurent Wauquiez, Bernard Debré et Nathalie Kosciusko-Morizet). Ce texte vise à interdire toute pratique psychanalytique dans la prise en charge des personnes souffrant de troubles autistiques. Une pétition a été lancée pour « sauver les personnes autistes ».

C’est le dernier (et violent) rebondissement en date d’une guerre de près d’un demi-siècle. Une guerre médicale et scientifique, idéologique et philosophique dont on ne voit malheureusement pas la fin. Une guerre étrange proche de celles dite de religions. La roide froideur du comportementalisme reproductible anglo-saxon  versus les  brouillards inconscients  de la psychanalyse individuelle à la française.

Scandale sanitaire

Dans La Croix Daniel Fasquelle tient d’emblée à le préciser : son combat contre l’autisme n’est pas lié à une histoire personnelle douloureuse. « Je n’ai pas d’enfant autiste et il n’y a pas de cas dans ma famille », affirme le député (Les Républicains) du Pas-de-Calais. « J’ai découvert ce problème en 2010, ajoute-t-il. J’ai regardé les données scientifiques, écouté des familles. Et je trouve inacceptable qu’on finance des méthodes qui n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité. C’est un scandale sanitaire. »

Plus grave, note La Croix (Pierre Bienvault) le texte demande au gouvernement « de faire systématiquement engager la responsabilité pénale des professionnels de santé qui s’opposent aux avancées scientifiques et commettent des erreurs médicales en matière d’autisme ».

Dans le château-fort d’en face les bassines d’huile politiques sont en ébullition. « L’empêchement de penser, donc de créer, pour les patients, pour les professionnels, et pour les familles, est une atteinte à la démocratie et à la culture », proclame le Collectif des 39. Une fièvre  partagée par l’Union syndicale de la psychiatrie (USP): « Il ne peut et il ne doit pas y avoir de doctrine scientifique d’État et, corollaire, de doctrine psychothérapique d’État! »

Chapelles analytiques

Pour comprendre ce débat, il faut remonter à la prise de position datant de 2012 de la Haute Autorité de santé (HAS) :« Autisme : la HAS et l’Anesm recommandent un projet personnalisé d’interventions pour chaque enfant ». Des conclusions à fleurets mouchetés pour ne pas heurter le camp très français des chapelles analytiques :

« Par ailleurs, il est recommandé aux parents d’être particulièrement prudents vis-à-vis d’interventions présentées comme permettant de supprimer complètement les manifestations des troubles envahissants du développement (TED), voire de guérir totalement leur enfant car aucun élément probant ne permet d’envisager une telle efficacité. Ils doivent être également vigilants vis-à-vis des méthodes exigeant une exclusivité de l’accompagnement, car l’abandon d’interventions peut présenter un danger ou induire une perte de chances pour l’enfant ou l’adolescent suivi. »

Gros sous et fanatisme

En pratique il est aussi question de gros sous. « Les méthodes psychanalytiques ne marchent pas. Il faut arrêter de les rembourser », plaide Daniel Fasquelle. « Ce député dévoie les recommandations de la HAS. Celle-ci n’a jamais demandé l’interdiction de la psychanalyse », rétorque le Pr Bernard Golse, psychanalyste influent et pédopsychiatre à l’hôpital Necker-Enfants Malades de Paris. Dans Le Point il ajoute :

« Il faut savoir que Daniel Fasquelle est un très ancien adversaire, et je dirais même un adversaire fanatique de la psychanalyse. Songez qu’il a jadis écrit à tous les présidents et doyens des universités de France pour leur interdire l’enseignement de la psychanalyse ! Ce qui n’était évidemment pas en son pouvoir… Il avance main dans la main avec les lobbys anti-psys les plus farouches.

Son texte présenté à l’Assemblée détourne les recommandations faites par la Haute Autorité de santé (HAS) en 2012 ! Selon Fasquelle, la HAS a conclu que la psychanalyse n’était pas ‘’ recommandée’’  dans le traitement de l’autisme, alors qu’en réalité la HAS a simplement rappelé qu’elle n’était pas ‘’consensuelle’’, ce qui est tout de même très, très différent. Et Fasquelle va plus loin en préconisant que ces recommandations soient opposables, ce qui signifie clairement que, si l’on souhaite tenter autre chose que les méthodes comportementales, on peut être attaqué. La médecine devient donc une science d’État…

Les recommandations de la HAS vont être révisées, et elles vont sans doute aller vers plus de libre choix pour les patients, vers une prise en charge multidisciplinaire de l’autisme. Fasquelle attaque, car il craint ce changement. Vous savez, ce projet est grave pour le traitement de l’autisme, évidemment, mais il représente aussi d’une manière générale une menace grave sur la liberté des patients et le choix des familles, et même sur la simple liberté de pensée… »

Angoisses et tocsins

Reste, durant le tocsin républicain, à  savoir comment sont pris en charge les enfants autistes de France. La Croix cite le Collectif Autisme, qui regroupe plusieurs associations. Il a mené, en 2014, une enquête en ligne auprès de 636 familles. « Il en ressort que 77 % des enfants autistes n’ont pas accès du tout, ou l’ont seulement de manière partielle, à une éducation adaptée à leurs besoins et conforme aux recommandations de la HAS. Parmi ceux qui y ont accès, 70 % doivent supporter une large charge financière », indique Florent Chapel, vice-président de la Maison de l’autisme. De fait, les méthodes éducatives semblent se diffuser lentement.

Certains psychiatres parlent encore ici, en catimini, de « dressage » 2. « Ces méthodes éducatives, je les utilise, affirme le Pr Golse. Mais dans certains cas, il faut les associer à une psychothérapie. Pas pour rechercher la cause de l’autisme ni culpabiliser les parents. Le but est de comprendre les angoisses de l’enfant et de l’aider à desserrer ses mécanismes de défense pour qu’il puisse profiter au mieux de ses compétences. »

S’il n’y avait tous ces enfants et adultes en souffrance, cela deviendrait lassant. Fort heureusement il est interdit, sur un tel sujet, de se lasser.

A demain

1 En voici l’exposé des motifs :

« À ce jour, on recense 600 000 autistes en France soit environ une naissance sur 100. En 2014, 44 % des personnes autistes étaient victimes de maltraitance, soit 250 000 personnes autistes sur les 600 000 que compte notre pays.

En outre, 80 % des enfants atteints de troubles du spectre autistique (TSA) sont exclus de l’école en milieu ordinaire. Ainsi, seuls 20 % d’entre eux sont pris en charge conformément au cadre défini par le Gouvernement et aux attentes exprimées par les familles.

Si des avancées ont été réalisées, notamment par la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées dite « loi Chossy » de 2005 qui oblige la scolarisation de tous les enfants en milieu scolaire ordinaire, force est de constater que cette loi n’est pas appliquée pour les enfants autistes. De plus, l’autisme a été déclaré grande cause nationale en 2012 peu avant les recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de santé (HAS) qui promeuvent les approches développementales et comportementales dans la prise en charge médicale de l’autisme. Depuis lors, le groupe d’études sur l’autisme, créé à l’Assemblée nationale en 2011, à l’initiative de Messieurs les députés Daniel Fasquelle et Gwendal Rouillard, a souligné les nombreuses contradictions entre le discours officiel et la prise en charge effective de ces personnes.

Nous proposons donc que notre Assemblée vote une résolution encourageant le Gouvernement français à agir dans le sens des conclusions de la HAS afin de promouvoir une prise en charge effective de l’autisme dans le respect des droits fondamentaux des personnes qui en sont atteintes. »

2 « ABA » est  la plus connue des méthodes comportementales. Les techniques mises en œuvre sont basées sur la « théorie de l’apprentissage » et de « modification du comportement et de développement de compétences », souligne l’association ABA. L’objectif est « d’augmenter la communication, les apprentissages et les comportements sociaux adaptés », et de « diminuer voire faire disparaître les comportements inappropriés », souligne le site du gouvernement sur l’autisme (http://social-sante.gouv.fr/grands-dossiers/l-autisme/www.autisme.gouv.fr). Selon un rapport de février 2015 de la Caisse de solidarité pour l’autonomie portant sur 28 structures utilisant les méthodes ABA et financées par la « Sécu », le coût d’une place est d’environ 64 000 € par an contre un coût moyen d’un peu  plus de 32 000 € pour les instituts médico- éducatifs.

Réalité augmentée contre «membres fantômes»: une preuve de l’inexistence de l’âme ?

 

Bonjour

Le beau pitch : une réalité qui n’existe pas contre une réalité  sans substrat biologique…. On lira le détail dans le dernier Lancet 1. C’est une étude multicentrique menée par un groupe de treize chercheurs suédois et slovènes placé sous la direction du Pr Liselotte Hermansson (Faculty of Medicine and Health, Örebro University). Ce travail a été mené auprès de quatorze personnes qui, toutes, souffraient depuis des années de douleurs chroniques de type « membres fantômes » – et ce à la suite à l’amputation d’un (ou des deux) bras. Les tentatives  destinées à soulager ces douleurs  (antalgiques et /ou chirurgie) avaient toutes échouées.

« Membre fantôme » ? On désigne ainsi les sensations laissant penser qu’un membre (voire un organe) amputé ou manquant est toujours relié au corps. Ces sensations sont le plus souvent douloureuses, voire inupportables. On parle parfois d’hallucinose.

La première description de ce phénomène est publiée en 1545 par le plus célèbre des chirurgiens renaissants : Ambroise Paré (1510-1590). Il expose alors la douleur fantôme éprouvée par une personne amputée d’un membre à la suite d’une blessure par arme à feu. Et Paré pose l’hypothèse que cette douleur a pour origine un mécanisme de mémoire cérébrale. Un peu plus tard Nicolas Malebranche (1638-1715) utilise fréquemment dans son œuvre philosophique  l’expérience de ce qu’il appelle « l’illusion des amputés ». Le terme de « membres fantômes » a été utilisé pour la première fois par Silas Weir Mitchell (1871) qui en fournit la première description clinique claire.

Le fantôme de Nelson

Autre pitch : lorsque Lord Nelson perd son bras droit dans l’attaque ratée de Santa Cruz de Tenerife . Il percevra alors, dans les douleurs qui s’ensuivirent, ce qu’il estima être une « preuve directe de l’existence de l’âme ». On ne rit pas.

Dans The Lancet les auteurs expliquent de quelle manière ils ont entraîné les volontaires  (au moyen d’électrodes placés sur l’avant-bras d’un membre supérieur amputé) à imiter les mouvements d’un bras vu sur écran « avec leur membre fantôme ». Puis comment, avec la réalité virtuelle et augmentée, ces volontaires ont ensuite visualisé les mouvements de leur membre fantôme grâce à un bras virtuel affiché sur écran. Ils ont ensuite manipulé une voiture évoluant sur un circuit dans un jeu vidéo. Et enfin ils se sont entraînés à associer  les mouvements de leur bras virtuel à ceux d’un autre bras virtuel projeté sur le même écran.

Après douze séances pour chaque patient, les chercheurs disent observer une amélioration cliniquement et statistiquement significative de la sévérité et de la fréquence des douleurs du membre. L’intensité des douleurs était diminuée tant pendant la veille que pensant le sommeil – et ce six mois encore après la fin de cette expérience.

Cauchemars

Il s’agit ici d’une extension de la thérapie « par le miroir » mise au point dans les années 1990 et qui permet notamment de faire croire au cerveau que le mouvement observé sur écran, est bien celui du membre amputé. « La réorganisation corticale liée à une amputation s’explique généralement par un phénomène de désafférentation », observent les auteurs du Lancet. Selon eux, cette approche thérapeutique  permet de mobiliser les circuits centraux et moteurs périphériques du système cérébral.

Dernier pitch : les auteurs reconnaissent que des pans entiers manquent à une explication détaillée. Pour autant la plasticité cérébrale semble, ici, ouvrir d’innombrables possibilités.  D’ores et déjà cette technique, apparemment efficace, présente les avantages d’être « non invasive, non-pharmacologique et sans effets secondaires identifiés ». Apporte-t-elle la preuve directe de l’inexistence de l’âme ? Cela pourrait presque faire rêver. Ou effrayer.

A demain

1Phantom motor execution facilitated by machine learning and augmented reality as treatment for phantom limb pain: a single group, clinical trial in patients with chronic intractable phantom limb pain”. The Lancet 1er décembre

DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(16)31598-7

Vaccinations et démocratie : Donald Trump, Michèle Rivasi, mensonges et supercherie

 

Bonjour

Que restera-t-il, demain, du grand œuvre médical du quinquennat socialiste, de cette pierre philosophale: la concertation sur la vaccination ? Pour l’heure de quels éléments disposons-nous ? 1. Des conclusions, on ne peut plus sèches, tirées par Marisol Touraine qui avait endossé cette entreprise voulue par Manuel Valls et confiée à Sandrine Hurel, ancienne députée (Parti socialiste, Seine-Maritime). 2. Du rapport rendu public mercredi 30 novembre par le Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination. 3. De deux enquêtes d’opinion réalisées par deux jurys (l’un de « citoyens », l’autre de « professionnels de la santé »). 4. D’un site qui a recueilli un peu plus de 10 000 contributions – le tout disponible en ligne.

Tout cela partait de bonnes intentions : il s’agissait, plus d’un siècle après le triomphe de Pasteur et de ses élèves,  de restaurer la confiance de la population française envers les vaccins et la vaccination. Le politique avait voulu être original. Transparence et démocratie, éradication des conflits d’intérêts. Ce débat public avait été confié (par le pouvoir exécutif) à un « comité indépendant » de seize personnes émanant  de la « société civile », des « professionnels de santé », des « chercheurs en sciences humaines et sociales ». Le tout placé sous la présidence de deux personnalités tenues à juste titre pour incontestées chacune dans leur domaine : le Pr Alain Fischer, spécialiste réputé d’immunologie pédiatrique, et Claude Rambaud, responsable du Collectif interassociatif sur la santé (CISS). Débats pendant six mois. Pour quels résultats ?

Coup de théâtre

Il s’agissait (pour résumer) d’en finir avec les « obligations vaccinales » (diphtérie, le tétanos, et la poliomyélite) et de passer au stade, citoyen, des seules « recommandations vaccinales ». Des recommandations incluant, en outre, les vaccins contre coqueluche,  hépatite B, Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C sans oublier rougeole, oreillons, et rubéole.

Or c’st un coup de théâtre sur la mécanique duquel il faudra se pencher : le comité préconise de rendre obligatoires ces vaccins pédiatriques et leurs rappels. Rendre obligatoire avant de lever l’obligation…. Pour faciliter la mise en œuvre de cette mesure initiale il préconise une prise en charge intégrale du coût des vaccins par le régime obligatoire de l’assurance-maladie, soit un montant d’environ 150 millions d’euros par an.

Marisol Touraine en revient-elle ? La ministre  a demandé à la Direction générale de la santé, à la Direction de la sécurité sociale et à Santé publique France « d’étudier ces propositions ». Elles devront par ailleurs « faire l’objet d’une évaluation juridique et financière » (que n’ont-elles déjà été faites ?). Puis elle « présentera sur cette base les mesures qu’elle entend prendre pour renforcer la confiance dans la vaccination ». Quand fera-t-elle cette présentation éminemment politique ? Le citoyen peut se poser la question.

Marcher sur des œufs

Un détail, repris par Le Monde (Pascale Santi) montre à quel point on marche ici sur des œufs. Le comité  propose aux parents qui ne souhaitent pas faire vacciner leur enfant une clause d’exemption, motivée par leurs convictions. Ils devront signer un document écrit, courant le risque de voir leur enfant refusé à la crèche ou l’école. Toutefois, si elle était trop utilisée, prévient Alain Fischer, « cette clause serait supprimée ».

La possibilité de lever totalement l’obligation vaccinale, comme dans de nombreux pays européens a été étudiée. Les avis sont partagés, mais « les conditions d’une telle suspension ne sont pas réunies ». La fin de l’obligation vaccinale est jugée trop risquée. L’objectif demeure, mais il est à atteindre « dans quelques années ».

Les réactions, prévisibles, ont été celles qui étaient attendues. Didier Lambert, porte-parole de la campagne « Pour des vaccins sans aluminium » dénonce avec virulence « un simulacre de démocratie ». Michèle Rivasi, député européenne (Europe Ecologie-Les Verts) fulmine – comme on peut le lire dans un communiqué. Et elle aborde un autre sujet :

« Le comité suggère « que le futur comité technique de vaccination de la Haute Autorité de Santé réexamine les indications et étendent aux jeunes garçons» la recommandation de vaccination du Gardasil et du Cervarix (les deux vaccins contre les papillomavirus -HPV). Ce projet est aberrant. Nous réclamons depuis des années, la mise en place d’un moratoire sur le Gardasil. Des indices inquiétants s’amoncellent, avec des dizaines de décès et des milliers de pathologies graves qui pourraient lui être imputables. La décision d’étendre la vaccination contre le papillomavirus doit être suspendue, et des études indépendantes sur l’opportunité de cette vaccination doivent être diligentées au plus vite. »

François Fillon, par précaution

Le Monde cite encore Anne Chailleu, présidente du Formindep, association qui ne se lasse pas de défendre « une formation et une information médicales indépendantes de tout autre intérêt que celui de la santé des personnes ». Elle craint que « la méthodologie biaisée » du comité « loin de rétablir la confiance, ait précisément l’effet inverse ». « Etendre l’obligation vaccinale ? C’est un aveu d’échec », poursuit-elle. Un aveu d’échec ? C’est bien possible. Mais pour qui ? On conseille, sur ce sujet, la lecture d’un papier éclairant sur le site Slate.fr 1 Il raconte la croyance du nouveau président des Etats-Unis dans le lien de causalité entre un vaccin pédiatrique et les syndromes autistiques : « L’élection de Trump annonce-t-elle la victoire prochaine des anti-vaccins? »

Ce texte pourrait intéresser ceux qui croient aux vaccins comme ceux qui n’y croient pas. En toute hypothèse on attend, sur la vaccination, les convictions de François Fillon. Par simple précaution.

A demain