«PMA pour toutes»: François-Xavier Bellamy écartelé entre bioéthique et malédiction

Bonjour

Parler en plein conscience. C’est un document : l’entretien accordé au Journal du Dimanche (David Revault d’Allonnes) par François-Xavier Bellamy. Où l’on perçoit, en pleine lumière et en une phrase la voie qui peut mener du politique à la religion, de l’action à la croyance.

On se souvient de François-Xavier Bellamy, détendu et cortiqué, visage d’ange, bientôt trente-quatre ans, essayiste, professeur agrégé de philosophie ainsi, depuis peu, que député européen dans le camp déserté « Les Républicains ».

« Fils d’un cadre et d’une enseignante de français, passe sa jeunesse à Versailles, effectue sa scolarité à l’école privée Sainte-Marie des Bourdonnais, puis au lycée Notre-Dame-du-Grandchamp, découvre le scoutisme où il occupe des responsabilités en étant assistant du commissaire national éclaireur pour les scouts marins et chef de la Passerelle (équipe responsable du scoutisme marin) en 2009, lycée Henri-IV, intègre l’École normale supérieure,  effectue des stages au sein des rédactions du Times et du Sunday Times. Entre 2009 et 2011, enseigne la philosophie au lycée Auguste-Renoir d’Asnières, puis au lycée Louis-Bascan à Rambouillet et au lycée hôtelier de Guyancourt. Depuis 2011, il en détachement dans le privé et enseigne la philosophie à l’École normale catholique. »

La réalité de nos corps

Quoique incontestablement conservateur de droite l’homme demeure parfois difficile à classer. Aujourd’hui il François-Xavier explique dans le JDD pourquoi il s’oppose à la « PMA pour toutes », actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Extraits :

« Nous sommes à un carrefour historique. Depuis son apparition, la médecine a pour but de remédier à la maladie. Dans ce cadre, la loi autorisait la PMA pour pallier une infertilité pathologique, qui devait être médicalement constatée. Si nous supprimons ce critère, la technique médicale ne servira plus à rétablir l’équilibre de la condition humaine, mais à dépasser ses limites. Cette nouvelle PMA n’est plus un acte médical, en fait : elle concernerait des femmes en parfaite santé, qui n’ont pas d’enfant non pas à cause d’une pathologie, mais simplement parce que la vie se transmet organiquement par la complémentarité du masculin et du féminin. Ce n’est pas une violence sociale, c’est la réalité de nos corps…

« Si nous voulons nous en affranchir, nous assumerons une rupture inédite dans le principe même de la technique médicale : il ne s’agira plus de rétablir le vivant, mais de le dépasser ; non plus de réparer nos corps, mais de les vaincre. Une fois cette nouvelle logique acceptée, je ne vois pas ce qui nous arrêtera : elle nous conduit directement au transhumanisme, par la transformation technique de nos corps. Le désir d’avoir un enfant est bien sûr légitime, mais il ne permet pas tout. »

Un dévoiement de la médecine, la PMA ?  « C’est un choix de société : rompre avec la condition humaine parce que ses limites frustrent nos désirs. Je crois que ce choix sera notre malédiction. » Ainsi le mot est lâché par celui qui sait le poids et le sens du verbe : « malédiction » 1. Il ne reste plus, ensuite, qu’à développer en élargissant le propos :

« La prise de conscience écologique nous l’a déjà fait comprendre : nous avons transformé le monde pour que tout s’organise autour de la satisfaction de nos désirs, quitte à vaincre les résistances que la nature nous imposait ; cela ne nous a pas rendus plus heureux. Au contraire : notre immense pouvoir technique a produit des catastrophes qu’il ne sait pas résoudre, et une fuite en avant perpétuelle dans l’insatisfaction et la frustration. Voulons-nous faire de nos corps le prochain terrain de cette expérience?

Publicités dans le métro

Puis François-Xavier Bellamy souligne un point fort peu abordé par les médias généralistes : l’autorisation donnée par la commission spéciale dans la nuit du 11 au 12 septembre pour que le secteur privé puisse, aussi, assurer la conservation des ovocytes humains. Traduction : « Le marché peut désormais se saisir de la procréation humaine pour en faire commerce. Demain, nous pourrons avoir des publicités dans le métro proposant aux femmes de conserver leurs ovocytes, et les employeurs par exemple pourront faire pression sur des salariées pour qu’elles reportent leur grossesse si elle n’arrange pas l’entreprise… Nous sommes tous responsables du monde qui se construit sous nos yeux. » 

Et l’euro-député LR de citer le député macronien Jean-Louis Touraine, rapporteur du projet de loi, qui aurait selon lui affirmé affirmé en commission : « Il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père. » « La mère n’est plus celle qui accouche, mais celle qui veut être mère, a expliqué Jean Louis Touraine. C’est une transformation complète de la filiation, qui ne reposera plus sur le lien de la gestation, mais sur la volonté de l’adulte. Or la volonté humaine est fluctuante et fragile, contrairement au fait d’avoir conçu, porté un enfant, qui est irrévocable et définitif… Quand la volonté seule définit la filiation, que se passe-t-il si la mère ne veut plus être la mère? Peut-elle divorcer de son enfant? »

Le JDD demande au catholique conservateur s’il nous décrit « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Réponse :

« C’est toujours en rêvant du « meilleur » des mondes en effet, et même avec les meilleures intentions, que nous préparons un enfer, quand nous acceptons pour cela que la technique remplace le vivant. La promesse du transhumain, c’est la certitude de l’inhumain. Et à la différence d’Huxley, ici il ne s’agit pas de science-fiction. » 2

Politique, pour finir :  oui, il participera au défilé organisé le 6 octobre par la Manif pour tous et par d’autres associations. Au bras de Marion Maréchal ? « Manifester est un droit démocratique. Tout le monde peut y prendre part. Quelle que soit ses convictions politiques. Et je vois des grandes figures issues de la gauche, Sylviane Agacinski ou José Bové, qui s’opposent à cette réforme. » Où l’on comprend, une nouvelle fois ici, le caractère incongru de certains classements.

A demain @jynau

1 « Malédiction » : Action de maudire; résultat de cette action. Paroles par lesquelles on souhaite avec véhémence tout le mal possible à une personne, une famille, une ville, un pays, etc., sans appeler la colère de Dieu mais le plus souvent en l’impliquant

Relig. Parole annonçant un châtiment en punition d’une faute«  (Foi t. 1 1968). Les malédictions du Deutéronome, de Jérémie, des prophètes; Condamnation au malheur prononcé par Dieu; état de celui (ou de ce) qui en est la victime. Malédiction des païens (DG); Imprécations par lesquelles on appelle la colère, la vengeance de Dieu sur quelqu’un. Malédiction divineappeler sur qqn la malédiction de Dieu. 

2 Il faut toutefois, ici, ne pas oublier, du même Aldous Huxley, « Retour au Meilleur des Mondes» (1958) écrit presque trente ans après sa célèbre dystopie, l’auteur cherche à analyser si le monde a évolué dans la direction de la vision du futur qu’il avait eue dans les années 1930 ou s’il s’en était éloigné. Où l’on apprend que si Huxley ne cherchait pas, initialement,  à décrire une vision d’avenir il conclut dans Retour au Meilleur des Mondes, que notre monde se mettait à ressembler à celui de son roman. C’était il y a soixante ans.

Du rififi dans la GPA : La Croix dément totalement la révélation matinale de France Info

Bonjour

A l’office de matines France Info (Solenne Le Hen) livrait sa proi: le gouvernement français allait pleinement reconnaître la filiation des enfants nés d’une « grossesse pour autrui » (GPA) mise en œuvre à l’étranger. La mesure entrerait en vigueur dans les prochaines semaines – et ce par le biais d’une simple circulaire.  Les enfants nés à l’étranger au terme d’une grossesse « portée » par une femme deviendraient ainsi les enfants du couple qui a rémunéré cette femme à cette fin (« parents d’intention »). C’est peu dire que cette exclusivité radiophonique fut entendue.

A l’Angélus, coup de théâtre : La Croix nous révèle que la Chancellerie lui a démenti  préparer une circulaire ayant pour but de retranscrire automatiquement la filiation des enfants nés par GPA à l’étranger.

Le ministère de la justice prépare-t-il une circulaire ordonnant la retranscription automatique à l’état civil des enfants nés par GPA à l’étranger ? Interrogée par La Croix, la Chancellerie répond clairement, mardi 10 septembre, par la négative, démentant ainsi des informations de France Info publiées quelques heures plus tôt.

Au moment des vêpres

Et si une circulaire est bien « en cours de préparation », c’est pour « rappeler l’état du droit existant », affirme le porte-parole du ministère de la justice. « La jurisprudence actuelle de la Cour de cassation permet la transcription de l’acte de naissance à l’égard du père et l’adoption de l’enfant par le conjoint ou la conjointe du père. Il ne s’agit donc pas d’une reconnaissance automatique, souligne la même source. Le maintien de la prohibition de la GPA reste une ligne rouge infranchissable pour le gouvernement. »  

Interrogée par des députés sur une éventuelle légalisation du recours aux mères porteuses à l’occasion de la révision des lois de bioéthique, la ministre de la santé Agnès Buzyn a, lundi 9 septembre, affirmé qu’il n’en était pas question. « La GPA est clairement contraire à nos principes éthiques. Il n’y a pas lieu d’en discuter », a-t-elle insisté. « Malgré les affirmations des ministres, ajoute toutefois  La Croix, la question devrait immanquablement revenir sur le devant de la scène par amendement lors de l’examen du texte qui doit débuter ce mardi 10 septembre à la commission spéciale de l’Assemblée nationale. »

On rappelera  qu’il y a quelques jours Marlène Schiappa, déclarait sur RTL que le gouvernement avait « toujours été extrêmement clair sur le fait que l’on est opposé à la GPA ». Et puis elle ajoutait : « Il n’est pas du tout question d’ouvrir ou de débattre de la GPA pendant ce quinquennat ».  Que dira, au moment des vêpres, la secrétaire d’Etat Schiappa ?

A demain @jynau

Vincent Lambert : dans l’attente de sa mort, inéluctable, ses parents rendent les armes

Bonjour

Lundi 8 juillet 2019. Cela fera l’ouverture du journal de France Inter. Hier les parents de Vincent Lambert déposaient plainte au commissariat de Reims contre le docteur Vincent Sanchez, du Centre Hospitalier Universitaire de Reims, pour «tentative d’homicide volontaire». Aujourd’hui ils abandonnent la partie.

«Cette fois, c’est terminé. Nos avocats ont multiplié ces derniers jours encore les recours et mené d’ultimes actions pour faire respecter le recours suspensif devant l’ONU qui bénéficiait à Vincent. En vain», écrivent dans un courrier transmis à la presse Viviane et Pierre Lambert – ainsi que la sœur de Vincent, Anne Lambert, et son demi-frère David Philippon. L’ultime plainte n’est certes pas retirée mais «la situation de santé» de Vincent Lambert a évolué, indique l’un des avocats au Figaro. «Des complications résultent de sa sédation, affirme Me Paillot. Dès lors, remettre en route l’alimentation et l’hydratation amènerait Vincent à se retrouver dans une situation d’obstination déraisonnable».

«Un recours n’aurait plus de sens au regard des dispositions de la loi Leonetti», poursuit l’avocat – qui estime toutefois que Vincent Lambert «meurt aujourd’hui d’une application de la loi Leonetti qui ne lui était pas destinée.» La plainte pénale déposée «était destinée à appeler une dernière fois au secours : vendredi, Vincent était encore susceptible d’être sauvé». «Un jour, on fera les comptes. Mais aujourd’hui est venu le temps du recueillement. Ses parents accompagnent Vincent dans ses derniers moments», insiste le conseil de Pierre et Viviane Lambert, qui appelle à la «dignité» et à la hauteur de vue.»

Prières et pensées

Les médias rappellent à l’unisson que Vincent Lambert est hospitalisé au CHU de Reims après un accident de la circulation survenu en 2008. Que l’ultime décision a été rendue possible le 28 juin par la Cour de cassation. Et que le protocole terminal prévoit notamment l’arrêt de l’hydratation et de la nutrition du patient ainsi qu’une «sédation profonde et continue». Les parents dont les médias rappellent sans cesse que ce sont de « fervents catholiques » :

«La mort de Vincent est désormais inéluctable. Elle lui a été imposée à lui comme à nous. Si nous ne l’acceptons pas, nous ne pouvons que nous résigner dans la douleur, l’incompréhension, mais aussi dans l’espérance. Nous voulions tous vous remercier de votre amitié, de votre amour, de votre soutien, de vos prières pendant toutes ces années. Il n’y a plus rien à faire sinon prier et accompagner notre cher Vincent, dans la dignité et le recueillement. Vous êtes avec nous tous par la pensée et la prière auprès de Vincent».

Face à eux, dans une tragédie jusqu’ici sans fin : l’épouse de Vincent, Rachel, ainsi que six de ses frères et sœurs et son neveu François. Ils plaident depuis des années dans les émdias contre tout «acharnement thérapeutique» et pour laisser mourir cet homme devenu « le symbole du débat sur la fin de vie en France ». Dimanche, le père de Vincent Lambert avait dénoncé, en arrivant au CHU, «l’assassinat» en cours de son fils. Le collectif «Je soutiens Vincent», également opposé à l’arrêt de l’alimentation, a annoncé à l’AFP l’annulation du rassemblement prévu lundi après-midi. Les avocats des parents Lambert avaient déclaré un peu plus tôt à l’AFP qu’ils n’y participeraient finalement pas.

Dans quelques heures, dans quelques jours, le CHU de Reims nous apprendra la mort de Vincent Lambert. On en parlera au journal de France Inter. Chronologie. Derniers commentaires. Premières analyses. Fin du règlement des comptes. Début de l’apaisement. Et peut-être découvrirons-nous alors, plus tard,  que « l’affaire Vincent Lambert » nous aura, collectivement, aidé à progresser dans notre regard sur la mort.

A demain @jynau   

Agnès Buzyn soudain face à Yannick Jadot, à Xavier Bertrand et à 900 000 Français proHoméo

Bonjour

C’est l’autre front politique, majeur, sur lequel Agnès Buzyn est en première ligne : en même temps que la crise ouverte des urgences, le déremboursement pré-annoncé des spécialités homéopathiques. « Les défenseurs de l’homéopathie remboursée ne désarment pas » observe Le Quotidien du Médecin  (Loan Tranthimy). La Haute autorité de santé (HAS) vient de demander aux journalistes de « réserver la date » : elle rendra son « avis définitif » le 28 juin. Ce qui réactive l’énergie  du collectif MonHoméoMonchoix  auréolé d’une pétition qui a récolté près de 900 000 signatures.

On sait que cette association ultra-pro-homéopathie est composée d’ « organisations professionnelles », de « sociétés savantes », d’ « associations de patients » – sans oublier les trois firmes très directement concernées (Boiron, Lehning et Weleda). C’est une forme original de lobbying qui cristallise la colère entretenue depuis la désormais célèbre « fuite médiatique » de l’avis provisoire du Comité de transparence de la HAS.

Officiellement l’avis définitif sera transmis au gouvernement qui tranchera. Or Agnès Buzyn a d’ores et déjà abandonné son pouvoir de décision en annonçant qu’elle suivrait l’avis de la HAS. Et elle l’a réaffirmé au Quotidien du Médecin :   les produits homéopathiques seront déremboursés « s’il s’avère qu’ils ne sont pas efficaces » car « ce n’est pas à la solidarité nationale de payer pour des thérapies sans effets scientifiquement prouvés ».

Effondrement et marginalité

« Le déremboursement inquiète fortement les patients car cela va toucher à leur pouvoir d’achat et pénaliser les plus fragiles. Mais il y a aussi la crainte de sortir l’homéopathie du champ du système de santé. Pour nous, cela est insupportable », répond en écho Joël Siccardi, président de l’association Homéo Patients France (AHP), créée en 1998, qui « réunit les utilisateurs d’homéopathie ». Quant au  Dr Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF) : « Notre préoccupation est l’avenir même de cette pratique thérapeutique. Un déremboursement créerait un effondrement de la formation, ou bien elle deviendrait marginale pour les médecins mais aussi pour les non-médecins. Là est notre grande crainte car nos patients courraient un grand risque ».

Sans oublier le Dr Antoine Demonceaux, président de l’association SafeMed qui dénonce le « biais scientifique » de la méthode d’évaluation de la HAS : « On parle de molécules ! Si un médicament n’a pas molécules, cela ne peut pas marcher. Si cela ne peut pas marcher, alors c’est inefficace… Mais on occulte les recherches physiques, biophysiques des médicaments homéopathiques qui ne sont certes pas des médicaments portant des molécules mais qui sont une réalité de médicaments. Les dés sont pipés à l’avance ».

L’effervescence dépasse de loin les soignants. Agnès Buzyn et le gouvernement doivent aussi désormais compter avec deux nouveaux poids lourds du paysage politique national. Xavier Bertrand tout d’abord qui n’a jamais caché sa position, plus économique que pro-homéopathique : « Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! ». Xavier Bertrand existe politiquement. Ancien ministre de la Santé, aujourd’hui retiré dans son fief nordiste il est, débâcle de son camp oblige, amplement courtisé pour revenir aux affaires républicaines. On dit même qu’il a l’oreille du Président.

Maison de la Chimie

Et puis, à ses côtés, Yannick Jadot, encore auréolé de son score aux élections européennes. Un écologiste qui entend bien conquérir le pouvoir exécutif et qui déclarait il y a peu sur France-Inter :

« Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte…. –Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ? –L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Nous en sommes ici, à la confluence de la médecine et de la science, du pouvoir et de la croyance. La prochaine étape est fixée au 12 juin, date de l’audition des laboratoires par les experts de la Commission de la transparence. Puis, le 26 juin  cette Commission adoptera en séance plénière « l’avis définitif sur l’intérêt de maintenir le remboursement des médicaments homéopathiques en séance plénière». Enfin, le 28 juin  « exclusivement réservé aux journalistes », le bouquet final :  à 9h 15 une conférence de presse en présence du Pr Dominique Le Guludec, Présidente du Collège de la HAS, du Pr Christian Thuilliez,  Président de la Commission de la transparence et de Mathilde Grande – Cheffe du service évaluation des médicaments. Des membres de la Commission de la transparence seront également présents.

Une question, déjà, tracasse et alerte : comment interpréter le fait que, pour parler de l’homéopathie, on réunisse les journalistes au sein de la Maison de la Chimie ?

A demain @jynau

Certains militants anti-alcooliques ostracisent la cigarette électronique anti-tabac. Pourquoi ?

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Ostracisme. Hier la galaxie médiatique faisait état d’une une avancée politique et médicale de taille : la reconnaissance officielle de l’apport de la cigarette électronique dans la lutte contre l’esclavage du tabac. Une reconnaissance signée Santé publique France – et ce dans l’attente des premières paroles d’Agnès Buzyn signant la fin d’un trop long et coupable déni. Une reconnaissance soulignée par le CESE ainsi que par les buralistes français.

Aujourd’hui, un communiqué de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). C’est là un poids lourd historique dans le champ de la lutte contre l’esclavage addictif. Voici son communiqué :

« Les chiffres publiés par Santé publique France à l’occasion de la journée mondiale sans tabacmontrent une baisse très significative du nombre de fumeurs : 1,6 million de fumeurs en moins en deux ans, soit une baisse de 12% en deux ans. L’impact sanitaire ne va cependant pas décliner dans les années à venir. La lutte contre le tabagisme doit dès lors rester une priorité.   

« La baisse du nombre de fumeurs en France est à mettre au crédit d’une politique vigoureuse alliant mobilisation sociale (Moi(s) sans tabac), actions de prévention de proximité, taxes, action sur le packaging (paquets neutres), remboursement des substituts nicotiniques, restriction des lieux où il est possible de fumer, et discours public de dénormalisation. Cette politique d’ensemble porte ses fruits même si le nombre de fumeurs quotidiens reste toujours très élevé (25,4 % de la population). »

Après ce soutien sans faille à la politique gouvernementale l’ANPAA observe que les chiffres offficiels confirment « l’inégalité sociale face au fléau du tabac » : « plus on est pauvre, plus on fume ». Elle pourrait ajouter que plus on est pauvre et fumeur et plus on remplit les caisses de Bercy en vidant celles de l’assurance maladie. Suite du communiqué :

« L’ANPAA soutient cette politique de lutte contre le tabagisme qui doit se maintenir dans la durée. Elle demande qu’on tire les leçons de ces premiers succès pour engager une politique tout aussi vigoureuse envers la deuxième cause de mortalité évitable, l’alcool. » Pas un mot sur la cigarette électronique devenue levier essentiel et croissant de la réduction des risques tabagiques.

Ostracisme : « Bannissement d’une durée de dix ans prononcé à la suite d’un jugement du peuple, dans certaines cités grecques et en particulier à Athènes, à l’encontre d’un citoyen devenu suspect par sa puissance, son ambition ».

A demain

@jynau

Journaliste : parviendra-t-il à traiter de l’affaire Vincent Lambert sans céder à la passion ?

Bonjour

« Vincent Lambert et le vol noir des certitudes ». C’est le titre d’un papier peu banal – un éditorial de Marianne signé de la directrice de la rédaction : Natacha Polony,journaliste, femme politique et essayiste. Parcours complexe et pluraliste. Il y a quatre ans a créé le « Comité Orwell », un « laboratoire d’idées » qui a pour objectif de défendre un « souverainisme populaire » contre « l’absence totale de pluralisme sur des sujets comme l’Europe, la globalisation, le libéralisme » :

« Plus encore que les autres citoyens, nous avons, en tant que journalistes, la responsabilité de défendre la liberté d’expression et le pluralisme des idées. Face à une idéologie dominante « libérale-libertaire », qui fait du libre-échange mondialisé un horizon indépassable et du primat de l’individu sur tout projet commun la condition de l’émancipation, l’association entend défendre notre héritage social et politique fondé sur la souveraineté populaire. »

Entrer dans la complexité

Natacha Polony, aujourd’hui, tente d’entrer dans l’épaisseur de la complexité de l’affaire Vincent Lambert – entreprise encore rarissime dans les médias généralistes 1.Et cite, d’entrée Friedrich Nietzsche : « Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ». Une phrase qui selon elle résonne étrangement pour qui a entendu ces derniers jours s’exprimer les certitudes et la bonne conscience autour de Vincent Lambert, comme des corbeaux en vol circulaire, pour qui a entendu les cris de liesse et les expressions de supporteurs de foot de ces militants catholiques apprenant la suspension du processus d’arrêt des traitements sur décision d’une énième cour d’appel. »

Elle cite aussi les « on a gagné » hurlés avec rage, la « remontada » revendiquée par l’un des avocats des parents de Vincent Lambert qui « donnent une idée non pas seulement de l’indécence mais surtout de la folie à laquelle peuvent conduire des convictions quand elles veulent effacer la complexité du réel ». Sans oublier le camp d’en face et ses mortelles évidences, l’obtention d’un droit au suicide médicalement assisté ; la promulgation en France d’une loi belge qui hierarchiserait les personnes ayant à décider de la vie ou pas d’un proche (« la femme avant les parents ») ; ou cette autre loi belge qui autorise l’euthanasie – y compris sur des mineurs ou des majeurs souffrant de dépression et de mélancolie. des personnes.

« L’affaire Vincent Lambert parle à notre humanité commune. La situation tragique de cet homme, les déchirements de sa famille, réveillent en nous des angoisses universelles, écrit encore Natacha Polony.  C’est précisément pour cette raison que les certitudes des uns et des autres nous agressent. Pour cette raison que les discours politiques nous semblent d’un clientélisme déplacé. Quiconque s’aventure en ces contrées intimes et incertaines ne peut le faire qu’avec l’humilité de celui qui ne sait pas. » Or la passion est ici comme ailleurs, radicalement incompatible avec l’humilité.  

« Nous ne savons pas ce que vit, ressent ou ne ressent pas Vincent Lambert. Aucun médecin, même, ne le sait véritablement, tant les contours de la conscience nous sont encore flous. Evitons donc de projeter nos fantasmes sur ce visage dans lequel nous ne pouvons lire que l’insondable mystère du vivant. Quelles que soient nos convictions, ce corps nous bouscule, nous déstabilise, nous pousse dans nos retranchements. La plupart d’entre nous, sans doute, y voient l’image même de ce qu’ils ne veulent pas vivre, de sorte que, si cette affaire a une conséquences, elle sera de faire progresser en France l’adhésion à toute idée de ‘’mort douce’’ et de ‘’droit de mourir dans la dignité’’ sans que toutefois les concepts ne soient analysés. Mais, justement, ce sont ces concepts qu’il nous faut expliciter. »

Collèges des jésuites

On sait, depuis des années que rien n’est simple dans l’affaire Vincent Lambert. Et que rien ne pourra jamais l’être 2. La chronologie de la tragédie (et la faute inaugurale de mai 2013) ; les incertitudes sur son niveau exact de conscience ; la confusion, plus ou moins sciemment entretenue, dans les termes utilisés (« soins », « traitements », « nutrition/hydratation ») – ce qui autorise ou pas d’invoquer l’ « acharnement thérapeutique » ou l’ « obstination déraisonnable ». Or, écrivons-le : on observe, depuis des années, un traitement médiatique de cette affaire qui ne parvient guère à faire la part entre, d’un côté, un exposé des faits et des concepts et, de l’autre, l’exposé de la passion qui pourrait trouver sa place dans des éditoriaux et autres commentaires. La passion s’insinue presque partout, pèse le déroulé de la tragédie et cherche à peser sur son issue, à la précipiter.

Un traitement avec une majorité médiatique soutenant (plus ou moins ouvertement) « l’épouse » contre « les parents », le camp du « non-acharnement » contre les « catholiques traditionnalistes »…. Un traitement emprunt de passion plus ou moins consciente. Un traitement qui, le moment venu, vaudra d’être décrypté et analysé dans les écoles de journalisme – sinon dans les collèges des jésuites. Sans parler des facultés de droit puisque c’est bien in fine cette matière qui (du fait des conflits de ceux qui la servent et des contradictions qui en résultent) est à l’origine de « l’indignation » que vient de manifester  le  Syndicat national des praticiens hospitaliers en anesthésie et réanimation (SNPHARE).

« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou » ? On trouve cette phrase dans Ecce homo, dernier ouvrage original de avant la période de démence des dernières années de Nietzsche, dix dernières années dans un état mental, dit-on, « quasi végétatif ».

A demain

1 Une exception notable : « Le grand face-à-face » (France Inter, samedi 25 mai) et son invité : Frédéric Worms. « Que dit de nous l’affaire Vincent Lambert ? Pourquoi est-il si difficile d’avoir un débat démocratique sur des sujets qui nous concernent tous ? Nous recevons Frédéric Worms, philosophe, professeur à l’Ecole normale supérieure et membre du Conseil consultatif national d’éthique. »

 2 « Dans l’affaire Vincent Lambert, la bonne réponse n’existe pas. Le dernier rebondissement de ce dossier médico-légal sans précédent impose un constat: la justice ne parviendra pas à parler d’une seule voix et la médecine restera dans l’impasse. » Slate.fr 22 mai 2019

3 En mai 2013, un premier arrêt des traitements avait été interrompu au bout de trente et un jours sur injonction du tribunal administratif, saisi par les parents de Vincent Lambert, au motif qu’ils n’avaient pas été informés de cette décision.

 

Biologie synthétisée : Dieu est peut-être encore un peu plus compliqué qu’imaginé

Bonjour

Comment le vivant est-il structuré ? Traduction : comment est-il né ? Deux questions au cœur des entreprises de la biologie synthétique, cette nouvelle frontière biologique, religieuse et symbolique : créer un vivant spontanément, ex nihilo – l’Homme dépassant le Créateur.

Il y a un an Bertrand Jordan rapportait, dans l’une de ses rafraîchissantes « Chroniques génomiques » de l’aride Médecine/Sciences 1 un très très joli travail. Celui, réalisé au département de chimie du Scripps Research Institute (La Jolla, Californie) associé à l’entreprise Synthorx de la  synthése de deux nouvelles bases analogues aux classiques C, T, A et G et qui pouvaient former dans l’ADN une nouvelle paire de bases. 

« Ces chercheurs avaient même réussi à faire répliquer cet ADN par une bactérie, à assurer (grâce à diverses manipulations de haute volée) sa transcription et sa traduction et ainsi à insérer dans une protéine un acide aminé anormal (ne faisant pas partie des vingt acides aminés classiques) ajoutait-il. Bien que très intéressant et novateur, ce travail comportait une limite : les deux bases artificielles ne forment pas de liaisons hydrogène au sein de la double hélice de l’ADN (comme le font G et C, d’une part, A et T, d’autre part) et leur association repose sur la compatibilité de leurs formes. »

Or voici que Bertrand Jordan récidive 2 :

« Un article récemment publié dans la revue Science par un ensemble de laboratoires et d’entreprises démontre, lui, la possibilité de concevoir des bases alternatives qui peuvent s’associer par des liaisons hydrogène et respectent ainsi la structure de la double hélice 3. Ces auteurs obtiennent ainsi un système baptisé « hachimoji » comprenant huit (« hachi » en japonais) lettres (« moji ») — les quatre habituelles plus quatre nouvelles — et montrent qu’il possède les propriétés minimales nécessaires à un système biologique capable de porter de l’information. »

Le Vatican

Comment, au-delà de la technique, ne pas être pris de vertige ? « Sur un plan plus philosophique ce travail confirme que les bases C, A, T et G utilisées par tous les organismes terrestres ne sont pas les seules possibles, prolonge Bertrand Jordan. Leur ubiquité dans notre monde vivant reflète simplement le fait que nous descendons tous du même organisme qui s’est trouvé fonctionner avec ces éléments : le hasard de la constitution du premier « réplicateur » s’est combiné avec la nécessité de la sélection naturelle pour aboutir aux organismes d’hier et d’aujourd’hui. »

Et cette mise en garde :

« Nous aurions bien tort, dans nos tentatives de découvrir des traces de vie sur Mars, sur le satellite Europe (une lune de Jupiter) et peut-être, plus tard, sur des planètes extrasolaires, de cibler trop précisément nos analyses sur des molécules semblables à celles que nous connaissons. Même si une vie apparue ailleurs est fondée sur la chimie du carbone, de l’oxygène et de l’azote, même si elle utilise une molécule d’ADN comme mémoire génétique, il n’y a aucune raison pour s’attendre à ce que les bases alignées le long de cette molécule soient nos habituels C, A, T ou G… »

Aucune raison de ne pas croire aux miracles nés de l’alignement des planètes. Aucune raison d’imaginer que le Vatican ne figure pas sur la liste des abonnés de Médecine/Sciences et de ses transcendantes « Chroniques génomiques ».

A demain

@jynau

  1. Jordan B.. Bases alternatives et organismes synthétiques. Med Sci (Paris). 2018 ; 34 : 179–182. [CrossRef] [EDP Sciences] [PubMed] [Google Scholar]
  2. Jordan B Extension du domaine du codage : l’ADN hachimoji Med Sci (Paris) 2019 ; 35 : 483–485
  3. Hoshika, Leal NA, Kim MJ, et al. Hachimoji DNA and RNA: a genetic system with eight building blocks. Science 2019; 363 : 884–7. [Google Scholar]