Trop mystérieux Henri Joyeux : l’Ordre des médecins va-t-il se décider à le radier ?

Bonjour

« C’est tout sourire que le Pr Henri Joyeux s’est présenté ce 24 mai au siège national de l’Ordre des médecins, dans le 17arrondissement de Paris, où l’attendait un petit comité de soutien » rapporte Le Quotidien du Médecin (Coline Garré). Un Pr Henri Joyeux dont Le Monde brossait, il y a quelques jours, un portrait que l’on peut tenir pour inquiétant. Un médecin amplement controversé au même titre que le Pr Luc Montagnier 1 avec lequel il vient de signer une peu banale lettre ouverte à Emannuel Macron.

Rappel : Henri Joyeux comparaît devant la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins – elle doit, en appel, décider si ce médecin a bel et bien manqué à sa déontologie après la radiation prononcée le 8 juillet 2016 en première instance, par la chambre disciplinaire du Languedoc-Roussillon. Le Pr Joyeux – ainsi, phénomène remarquable, que le conseil départemental de l’Hérault –  avaient fait appel de cette radiation. « Cette décision de radiation vient directement du ministère de la Santé et du Conseil de l’Ordre national qui cherche à me faire taire mais ils n’y arriveront pas, avait alors déclaré le radié sur RTL. Il est évident que je vais faire appel et l’appel est suspensif. Je continuerai à consulter, à conseiller. »

« Ce sont deux pétitions lancées par le chirurgien cancérologue qui sont à l’origine de la plaine de l’Ordre » rappelle Le Quotidien du Médecin.  Pétitions chapeautées par « l’Institut pour la protection de la santé naturelle » . La première (septembre 2014) s’oppose à « la vaccination massive des enfants contre les papillomavirus » et aux recommandations du Haut Conseil de la Santé publique en faveur d’un abaissement de l’âge de la vaccination de 11 ans à 9 ans. Le seconde (mai 2015), réclame à la ministre de la Santé la disponibilité du vaccin DTP sans autre valence et fait valoir  que « les Français sont piégés par la loi et les laboratoires ».

Chantre de la prudence

Pour l’Ordre, aucune hésitation : ce médecin manque à plusieurs articles du code de déontologie et de santé publique, notamment le R 4127-12 qui veut que « le médecin apporte son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire », et le R 4127-13, qui exige que « le médecin qui participe à une action d’information du public (…) doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public. »

Le Pr Joyeux avait comparu devant la chambre de première instance sans avocat, désinvolte, se souvient Le Quotidien. Cette fois-ci, Me Jean-François Jésus a défendu son client quarante-cinq minutes, en cherchant à démontrer qu’il n’était pas un anti-vaccin, fâcheuse étiquette dont il serait la victime. Me Jésus a in fine appelé l’instance disciplinaire à juger en toute indépendance et à blanchir le Pr Joyeux ; et fait part de son souhait de voir plusieurs médecins, dont le Dr Bouet président du conseil national de l’Ordre, lui présenter ses excuses. »

Et Le Quotidien de nous apprendre que le Pr Joyeux a tenté, dans un discours policé (très loin des références assumées à Andrew Wakefield en compagnie du Pr Luc Montagnier)  de se démarquer de son « personnage médiatique » pour asseoir sa « légitimité scientifique ». « Tout en assurant ne pas ‘’avoir à se mettre à genoux devant des décisions’’ qui ne lui semblent pas justes le Pr Joyeux s’est fait le chantre de la prudence et de l’humilité, écrit Coline Garré. Non, il n’est pas ce médecin rétrograde anti-pilule et anti-IVG qu’a dépeint Marisol Touraine. Mais il est de son devoir d’universitaire de porter un regard critique. »

« J’ai dédié ma vie à la médecine, a-t-il conclu. J’ai prêté serment en 1972 et y resterai fidèle jusqu’à mon dernier souffle. » La chambre disciplinaire de l’Ordre dira, dans trois à six semaines, si ce médecin doit, quarante-six ans plus tard, être rayé de ses listes. Au nom de la déontologie et de la santé publique.

A demain

1 A lire, dans le dernier numéro du Point (24 mai 2018) « Mais qu’arrive-t-il au Pr Montagnier ? » de Thomas Mahler et Violaine de Montclos. Nous reviendrons sous peu sur ce dossier.

 

L’étrange courrier des Prs Joyeux et Montagnier au locataire du Palais de L’Elysée

 

Bonjour

« Le professeur Joyeux, médecin à effets indésirables », c’est le titre du portrait signé de la journaliste Zineb Dryef – portrait publié dans la dernière livraison de « M » supplément glacé du Monde. Actualité : la possible radiation définitive de l’Ordre des médecins de celui qui est progressivement devenu l’étrange porte-drapeau tricolore des innombrables militants opposés aux vaccinations forcées et à Big Pharma. Henri Joyeux, « le cauchemar du ministère de la santé ».

« Multipliant ouvrages et conférences, ce chrétien traditionaliste use de sa crédibilité de professeur en médecine pour prêcher sa bonne parole pseudoscientifique : contre l’industrie pharmaceutique, mais aussi contre la pilule, l’IVG et l’homosexualité, résume Le Monde. Une croisade idéologique qui pourrait bien lui valoir, le 24 mai, à 72 ans, sa radiation définitive »

 Nullement allergique aux passages sur les riants plateaux télévisés, porté aux nues par quelques stars (Sophie Marceau, Isabelle Adjani), auteur de best-sellers (Éditions du Rocher), conférencier adulé, souvent cité l’homme demeure mal connu, souvent insaisissable. De ce point de vue cet excellent  portrait fournit quelques enseignements essentiels à qui veut comprendre les racines les plus profondes des oppositions vaccinales. Il refuse généralement les rencontres avec les journalistes critiques de la presse généraliste. Faisant une exception pour Le Monde il a, en préalable, adressé un CV de vingt-quatre pages « sa vie (six enfants, huit petits-enfants), son oeuvre, ses combats (la famille, la nutrition, les vaccins), ses écrivains et philosophes préférés (Romain Gary, Friedrich Nietzsche, René Girard…) ».

Et de redire qu’il n’est pas un anti-vaccinal radical. Il se bornerait à « émettre des réserves ». C’est bien évidemment nettement plus complexe. Ses propres enfants ? Ils sont vaccinés contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite , mais  « il n’était pas question » de les vacciner contre l’hépatite B. Ses petits-enfants ? « En fonction de ce dont ils ont besoin, rougeole, oreillons, rubéole, parce qu’il n’y a pas d’aluminium dans le ROR, mais ils ne vont pas suivre la loi de Mme Buzyn. » Onze vaccins sont obligatoires depuis le 1er janvier 2018. Lesquels préconise-t-il ?  » « L’allaitement maternel, le meilleur des vaccins. »

Lette énigmatique à Emmanuel Macron

Tout est ainsi résumé d’une position qui, au-delà de l’aluminium et des vaccins, autorise finalement tous les discours, toutes les croyances, tous les amalgames.  Son site officiel le démontre à l’envi. Site où l’on découvre une étrange lettre ouverte en faveur du « principe de précaution » co-signée avec le Pr Luc Montagnier, prix Nobel de médecine – lettre énigmatique adressée à Emmanuel Macron, président de la République. Extraits :

« Il est désormais impératif et urgent d’inscrire le principe de précaution en matière de santé et de médecine dans la Constitution, à la place qui lui est naturellement due. Le président de la République doit être le premier protecteur de la santé des Français. Nous avons le droit le plus précieux d’exiger des médicaments sans danger.

Le principe de précaution le garantira. Les laboratoires pharmaceutiques seront d’autant plus vigilants qu’ils engageront leur responsabilité de façon renforcée ; ainsi leurs profits seront mérités et la recherche, encouragée.

Cette avancée restaurera la sérénité. La France doit montrer l’exemple dans le concert des nations. Ce n’est pas une affaire de religion, de tendance politique, d’appartenance ethnique, de catégorie sociale, de niveau de richesse ou d’orientation sexuelle : c’est l’affaire de tous, sans différence, dans le respect de la devise de la France : liberté, égalité, fraternité.

Nous, signataires de la présente lettre ouverte, vous demandons, Monsieur le Président de la République, d’exercer en conscience, avec autorité, sagesse et courage, vos prérogatives pour que le principe de précaution en matière de santé et de médecine soit inscrit dans la Constitution, par la voie parlementaire ou référendaire, afin de nous protéger. »

Un médecin peut-il tout dire ? Le 24 mai, à 9 heures, Henri Joyeux comparaîtra devant la chambre disciplinaire du Conseil national de l’ordre des médecins. La suite d’une affaire suivie sur ce blog et qui démontre que l’homme n’est pas sans soutiens. Le Pr Joyeux  aura pour avocat, cela ne s’invente pas, Me Jean-François Jésus. « On ne me fera pas taire, assure-t-il au Monde. Si je suis radié, j’irai au Conseil d’État. J’irai jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. » Avec son confrère Luc Montagnier aura-t-il, d’ici là, reçu une réponse du locataire de l’Elysée ?

A demain

 

 

Religion et thérapeutique : première confession du Dr Michel Aupetit, archevêque de Paris

 

Bonjour

Il parle. Il parle, enfin, et c’est dans Le Quotidien du Médecin. Et que nous dit Mgr/Dr Michel Aupetit ? Ceci : « Le médecin n’a pas l’obligation de répondre à tous les desiderata des patients ». « Sur la bioéthique, le nouvel archevêque de Paris ne mâche pas ses mots, résume Le Quotidien. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, cet ancien généraliste parle en médecin aux médecins. Il s’inquiète de l’évolution actuelle de leur métier et justifie les positions de l’Église, hostile aux évolutions de la législation en matière de fin de vie, de recherche sur l’embryon ou de procréation médicalement assistée.

« Face à de telles sollicitations, le médecin a-t-il encore une latitude pour réfléchir ? » interpelle-t-il. Et d’alerter sur le risque d’une « société du désir individuel aux conséquences terribles ». Morceaux (généraux) choisis – suivis de quelques exemples concrets :

« La médecine évolue et c’est important : plus on a de moyens à disposition, mieux l’on peut soigner les patients. La question bioéthique est : que fait-on de ce progrès technique ? J’ai peur que nous pratiquions une médecine à l’anglo-saxonne, fondée sur le contrat, et non plus une médecine fondée sur la relation de confiance entre le médecin et le patient, qui est pourtant la tradition médicale française 1. Je crois beaucoup à cette médecine fondée sur la confiance : la confiance fait partie prenante du soin. L’homme n’est pas seulement une mécanique ou un complexe moléculaire ou chimique ; c’est aussi une personne qui entre en relation. Et cette relation fonde le soin, l’accompagnement et la thérapie.

« Ce glissement vers le contrat m’inquiète. Je crois à la rencontre de deux libertés : le patient doit avoir la liberté de choisir son médecin ; et le médecin, sauf urgence, n’a pas l’obligation de répondre à tous les desiderata des patients. C’est le pacte fondateur de la médecine. Le corps médical est dans une situation difficile. Aujourd’hui, il tend à être considéré comme un prestataire de service. Et ça c’est terrible.  ‘’C’est possible, donc je vous le demande’’ : face à de telles sollicitations, le médecin a-t-il encore une latitude pour réfléchir, ou est-il simplement là pour exécuter des ordres ? »

« L’Église n’est pas là pour faire des lois, mais pour éveiller les consciences. Quelle société voulons-nous pour demain ? Il y a un vrai enjeu de société. Nous sommes à un carrefour entre deux sociétés. L’une est fondée sur la fraternité, elle repose sur les relations interpersonnelles, et sur un droit qui cherche la défense du plus faible. Mais aujourd’hui, un autre type de société se construit, fondée sur l’individualisme et sur le principe de l’autonomie. Le droit change et s’aligne sur les désirs individuels. Cela devient, comme pour la médecine, un contrat entre l’État et la personne. Il n’y a plus de principe commun. Avec le risque de verser dans le communautarisme. »

Au sujet de la PMA/AMP :

Pour Michel Aupetit la question est : y a-t-il un droit de l’enfant ou un droit à l’enfant ? A-t-on droit à l’enfant ? « Non, répond-il. C’est le chosifier. (…) La Convention relative aux droits de l’enfant adoptée en 1989 avec la participation de la France, mentionne le droit d’être élevé par son père et par sa mère. Voulons-nous une société du désir individuel aux conséquences terribles ? Ou celle qui prône le respect des personnes, du droit de l’enfant, des plus fragiles… »

Concernant le disgnostic prénatal et la trisomie :

Pour Michel Aupetit la question est que fait-on des avancées techniques ? « Le progrès technique est-il ordonné au progrès humain ? Le diagnostic prénatal est formidable pour détecter des problèmes et anticiper des soins. Mais s’il ne sert qu’à éliminer les trisomiques, ça ne va pas. C’est entrer dans une société eugéniste où les plus faibles n’ont plus leur place.  Ce qui pose problème, c’est que l’on procède à un tri sélectif. Or nous sommes tous porteurs d’une pathologie, quelle qu’elle soit. De prime abord, pouvoir avoir des enfants qui ne sont pas porteurs d’une pathologie semble bien. Mais, ceux qui en sont porteurs n’auraient-ils pas le droit de vivre ? Les trisomiques eux-mêmes se disent : ‘’Et moi, est-ce que la société m’accepte ? ‘’ ‘’Est-ce que j’aurai le droit de vivre »

Concernant Emmanuel Macron, président de la République.

 On se souvient qu’au Collège des Bernardins Jupiter avait dit qu’il entendait la voix de l’Église sur la thématique de l’AMP, mais qu’en même temps, il lui demandait d’ouvrir les yeux sur la réalité sociétale. « Je ne juge pas des intentions du Président, répond le médecin-évêque.  Il a dit ce qu’il avait à dire, et aussi que nous avions le droit de nous exprimer, ce que nous faisons. » Expression :

« Jusqu’à présent, l’AMP compensait la souffrance d’un manque pour un couple victime d’infertilité. La médecine est réparation d’un dommage. L’adoption quant à elle, est la compensation d’une situation malheureuse existante. Mais créer un enfant qui n’aurait pas de père, ce n’est pas réparer une injustice, c’est en créer une ! L’AMP sert ici à maîtriser la procréation et à jouer aux apprentis sorciers. Voyez ce qui se passe aux États-Unis, où l’on commence à choisir les bébés sur catalogue dans certaines cliniques. »

L’oracle a parlé. Ite missa est. La consultation vient de s’achever.

A demain

1 Ceci n’est bien évidemment pas sans faire songer au « colloque singulier », du moins dans son acception première : la relation « bilatérale et protégée, en confiance, du médecin et de son patient ». Avec cette expression marquante et historique fréquemment prêtée au Dr Louis Portes : « la rencontre d’une confiance et d’une conscience ».

Antisémitisme, politique et œcuménisme: des centaines de personnalités accusent les extrêmes

Bonjour

C’est, à coup sûr, l’émergence d’un symptôme français. Il s’exprime ce dimanche 22 avril 2018 dans Le Parisien Aujourd’hui en France : « Manifeste «contre le ‘’nouvel antisémitisme’’ ». Puis, demain, dans un livre (Albin Michel) préfacé par Elisabeth de Fontenay.

Résumons : près de trois cents « personnalités » signent un manifeste «contre le nouvel antisémitisme» en France marqué par la «radicalisation islamiste». Elles dénoncent , qui plus est, un «silence médiatique» et une «épuration ethnique à bas bruit» dans certains quartiers. Parmi les signataires : Elisabeth Badinter, Gérard Depardieu, Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, Manuel Valls, Bertrand Delanoë, Jean Glavany, Zabou Breitman, Charles Aznavour, Pierre Arditi, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut – mais aussi des journalistes, des responsables religieux juifs, musulmans et catholiques. Le texte a été rédigé par le souvent controversé Philippe Val, 65 ans, ancien directeur de Charlie Hebdo.

«Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France », lit-on dans ce texte assez œcuménique. « Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs par des islamistes radicaux», écrivent les auteurs, en référence à l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006, à la tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012, à l’attaque de l’Hyper Cacher en 2015, à la la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et au meurtre récent de Mireille Knoll, dans la capitale.

« Les Français juifs ont 25 fois plus de risque d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50.000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile Zola et de Clemenceau. »

C’est aussi un appel à forte dimension politique et religieuse. Ce manifeste soutient ainsi que «la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’elle véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale (…) au vieil antisémitisme de l’extrême droite s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société. »  «La bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif», observent en outre les signataires.

Ces derniers demandent «que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ».

C’est, à coup sûr, l’émergence d’un symptôme. Lequel ? Rappel : nous sommes en France et, qui plus est, en 2018.

A demain

« Frère Emmanuel » a déclenché la colère des associations de défense des droits homosexuels

Bonjour

Les réseaux sociaux sont sur des charbons ardents. « Frère Emmanuel » titre, taquin, Libération. Mais le président de la République est déjà bien loin des évêques de France et du sublime Collège des Bernardins. Il guerroie sur le front de la Syrie compliquée, sera demain en compagnie de Jean-Pierre Pernault à l’heure de l’Angélus, puis face à « deux hommes blancs de plus de 60 ans » (Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel). Puis commencera une autre semaine présidentielle, ses calvaires ferroviaires, ses colères universitaires, etc.

Aujourd’hui les médias sont, comme souvent, en retard sur le Maître des Horloges. Ainsi l’Agence France Presse qui poursuit le recensement des réactions enregistrées après le discours tenu devant la Conférence des évêques de France – discours qui « n’en finit pas de faire des vagues ». «  Après les critiques venues surtout de la gauche de la définition par le chef de l’Etat de la laïcité, des associations de défense des droits des homosexuel·le·s ont dénoncé la ‘’maladresse’’ voire le caractère ‘’choquant’’ des propos du président de la République » résume Le Monde.

A commencer par la référence présidentielle aux « familles homosexuelles ». On se souvient peut-être que  Emmanuel Macron avait, aux Bernardins, salué « les associations catholiques et les prêtres » qui « accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles ».

« On ne parle pas de la sexualité d’une famille », a réagi Catherine Michaud, présidente de GayLib. Elle rappelle que l’expression consacrée est « famille homoparentale et pas homosexuelle ». « Ce distinguo est terrifiant et inacceptable », a-t-elle déclaré à l’AFP.  De même, pour le président de SOS Homophobie, Joël Deumier, le président de la République a commis une « maladresse » en évoquant « les familles homosexuelles ».

Après le président, le nouvel archevêque de Paris

 Plus généralement la bienveillance du chef de l’Etat envers les instances catholiques a choqué ces associations. « J’aimerais qu’on m’explique à quel moment en France l’Eglise accompagne les familles homoparentales », déclare Catherine Michaud, rappelant que certains évêques avaient au contraire publiquement pris position, lors du précédent quinquennat, « contre le mariage pour tous » ou pour l’organisation de « thérapies de conversion pour les homosexuels ». « L’Eglise n’aide pas et n’accompagne ces familles [homoparentales] mais s’oppose à leur reconnaissance et à leur protection par la loi », ajoute Joël Deumier.

Et ensuite ? Les associations de défense des droits des homosexuel·le·s espèrent toujours que le gouvernement proposera au Parlement d’étendre le droit à la PMA aux couples de femmes et femmes seules, à l’issue des Etats généraux de la bioéthique. Et que les élus en marche de la majorité suivront d’un pas unique et cadencé. « La promesse du président de la République était d’ouvrir la PMA à toutes les femmes, sous couvert d’un avis favorable du Comité consultatif national éthique obtenu en juin 2017 », rappelle Catherine Michaud.

Or les nouvelles paroles d’Emmanuel Macron ne la rassurent pas. « Il n’a pas apporté de réponse sur les questions relatives à la PMA, à la création d’un statut de beau-parent ou la protection des familles homoparentales » observe le président de SOS Homophobie.  «Que le président parle avec les religions est très bien, il doit parler avec tout le monde. Mais dans ce régime laïc, les réformes ne doivent pas être contraintes par le religieux » conclut Catherine Michaud.

On attend désormais, sur ce point, les explications et la position de Mgr Michel Aupetit, médecin et nouvel archevêque de Paris qui n’a jamais caché son opposition radicale à la promesse présidentielle de la « PMA pour toutes ».

A demain

Macron et l’euthanasie : quand le diable est dans les détails du Conseil Economique et Social 

 

Bonjour

Transcendance ou pas certains y verront un discret signe de la fatalité : au lendemain de l’étrange discours du président de la République devant les évêques de France la polémique bioéthique rebondit avec un avis atypique du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE). Mardi 10 avril ce dernier a adopté (107 pour, 18 contre, 44 abstentions) un avis sur la fin de vie recommandant notamment au législateur d’instaurer pour les personnes atteintes d’une maladie incurable en « phase avancée ou terminale », et dont la souffrance physique ou psychique est « inapaisable », un droit à bénéficier d’une « sédation profonde explicitement létale ». 

« Les dispositions visant à placer la personne malade au centre des décisions la concernant demeurent méconnues tant du grand public que des professionnel.le.s. Enfin, la mise en œuvre du droit à la sédation profonde et continue instauré par la loi de 2016 est entravée par des difficultés d’ordre tant médical que juridique et éthique.

« La persistance dans ce contexte de situations dramatiques, certes rares mais récurrentes, conduit à s’interroger, à la lumière notamment des expériences étrangères et des apports de la pensée philosophique et religieuse, sur la nécessité d’ouvrir un nouveau droit qui permettrait la mise en oeuvre, dans des conditions strictement encadrée, d’une aide à mourir. »

Pire la publication, le 15 mars, par la Haute Autorité de santé (HAS) de règles précisant le mode d’emploi de la loi en vigueur sur la fin de vue serait même venue, selon le CESE,  « restreindre les droits d’accès des patients ». « Cette prise de position sur un terrain ‘’sociétal’’ inhabituel pour le CESE alors que 156 députés de la majorité se sont prononcés, fin février, en faveur d’une nouvelle loi sur la fin de vie » rappelle Le Monde. Or on sait, de source bien informée (et a fortiori après le discours fait aux évêques) qu’Emmanuel Macron, s’il est prêt à « élargir » le champ d’application de la PMA aux femmes seules et homosexuelles, bloquera toute modification de l’actuelle loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie.

Le président et La Croix

Il est d’ores et déjà, sur ce terrain, soutenu par la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) qui, dans un communiqué, fait valoir que « donner la mort n’est pas un soin ».

« Sur les 14 préconisations du CESE, la SFAP est en accord avec 11 d’entre elles qui vont dans le sens d’une application de la loi Claeys-Leonetti de 2016 et d’un développement des soins palliatifs. En revanche la SFAP s’oppose totalement à la préconisation n°12 qui apparaît en parfaite contradiction avec les onze premières et la loi de 2016 puisqu’elle autoriserait le suicide assisté et l’euthanasie en considérant la mort comme le soin palliatif ultime ce qui est une aberration.  Elle s’oppose de la même façon aux préconisations n°13 et n°14 qui visent à organiser ce droit avec une forte inquiétude supplémentaire à l’idée que la clause de conscience accordée aux soignants puisse être un droit révisable. »

Rappelons que la question centrale dont s’était saisie le CESE était « Faut-il changer la loi avant que celle-ci ne s’applique ? ». « Pendant cinquante pages celui-ci explique que la priorité est de l’appliquer et que la nécessité d’une éventuelle révision divise ses propres membres puis en deux pages il propose de l’enterrer et d’en écrire une nouvelle pour libéraliser l’euthanasie, concluent les spécialistes des soins palliatifs. Cette incohérence essentielle interroge sur la portée éventuelle de cet avis. »

Dans ses convictions le président Macron est ici soutenu par La Croix qui, dans son édition du 11 avril dénonce les « préconisations n° 12, 13 et 14 » du Conseil Economique, Social et Environnemental. Il reste à connaître la réactions des députés de la majorité dont la trajectoire se sépare, ici, de la marche présidentielle.

A demain

PMA – GPA et Eglise catholique : que veut donc nous dire le président de la République ?

Bonjour

C’est, nous affirment quelques commentateurs catholiques, un discours historique que celui prononcé par Emmanuel Macron, président de la République française, le 9 avril 2018 au sein du collège des Bernardins, à Paris.

« Sous la voûte de la très belle nef cistercienne des Bernardins, un silence monacal s’était installé à l’arrivée du chef de l’Etat, accompagné de son épouse Brigitte Macron, qui a fait l’essentiel de sa carrière de professeur dans deux prestigieux établissements scolaires des jésuites » raconte Libération (Bernadette Sauvaget). Puis un discours d’une heure au terme duquel les représentants de l’Eglise ont longuement applaudi le chef de l’Etat.

« Emmanuel Macron s’est employé à ravauder les liens en voie de relâchement tissés entre les catholiques et la République, résume calmement, dans Le Monde, Cécile Chambraud. Ce discours demeurera comme fondateur pour une partie du catholicisme et comme provocateur pour une partie du laïcisme. » («Macron en plein délire métaphysique. Insupportable. On attend un président, on entend un sous-curé», a notamment tweeté Jean-Luc Mélenchon)

Il faudra relire, patiemment, le texte de ce discours luxuriant pour tenter de décrypter la pensée complexe d’un président omniprésent. Un texte étrangement disponible sur le site de La Croix avant de l’être sur celui de la Présidence de la République : « Discours du président de la République devant les évêques de France ».

Jouer à l’agenda caché

On retiendra, pour l’heure, comme symptomatique de la complexité de cette pensée présidentielle, ce passage relatif à la bioéthique :

« Sur la bioéthique, on nous soupçonne de jouer parfois un agenda caché. De connaître d’avance les résultats d’un débat qui ouvrira de nouvelles possibilités dans la procréation assistée, ouvrant la porte à des pratiques qui irrésistiblement s’imposeront ensuite, comme la Gestation Pour Autrui. Et certains se disent que l’introduction dans ces débats de représentants de l’Église catholique, comme de l’ensemble des représentants des cultes, comme je m’y suis engagé dès le début de mon mandat est un leurre, destiné à diluer la parole de l’Église ou à la prendre en otage.

« Vous le savez, j’ai décidé que l’avis du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE), Monsieur le président, n’était pas suffisant et qu’il fallait l’enrichir d’avis de responsables religieux 1. Et j’ai souhaité aussi que ce travail sur les lois bioéthiques, que notre droit nous impose de revoir, puisse être nourri d’un débat organisé par le CCNE mais où toutes les familles – philosophique, religieuse, politique –, et notre société auront à s’exprimer de manière pleine et entière. C’est parce que je suis convaincu que nous ne sommes pas là face à un problème simple qui pourrait se trancher par une loi seule. Mais nous sommes parfois face à des débats moraux, éthiques profonds qui touchent au plus intime de chacun d’entre nous. »

S’exprimer « pleinement » et « entièrement » ? On attend, désormais et avec le plus grand intérêt, la suite.

A demain

1 On observera toutefois que depuis 1983, année de sa création, le CCNE comprend en son sein cinq personnalités désignées par le Président de la République appartenant aux «principales familles philosophiques et spirituelles».