Alzheimer. A Saumur un nonagénaire tue sa femme avant de retourner l’arme contre lui

Bonjour

C’est une tragédie « du quotidien », parfaitement résumée par l’AFP – cinq cents caractères.

« Un homme de 91 ans a tué par arme à feu sa femme de 92 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer, avant de se donner la mort à Saumur (Maine-et-Loire), a indiqué ce 19 décembre le parquet de la ville. Le couple de nonagénaires avait été retrouvé sans vie le 17 décembre à son domicile de Bagneux, commune associée de Saumur, a indiqué Guillaume Donnadieu, procureur de la République de Saumur. Selon les enquêteurs, l’homme a tué sa femme avec un pistolet avant de retourner l’arme contre lui. Trois courriers expliquant son geste ont été retrouvés, dont un adressé à l’auxiliaire de vie qui s’occupait de la malade. »

A demain @jynau

Alzheimer: pourquoi Agnès Buzyn laisse-t-elle en vente des médicaments qu’elle a déremboursés ?

Bonjour

Polémique médicamenteuse sur l’Alzheimer, suite et fin d’un affrontement édifiant. L’information est relayée par Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) : le recours contentieux déposé devant le Conseil d’État vient d’être rejeté. Il avait été déposé par l’association France Alzheimer et quatre sociétés savantes directement concernées :  La Société de neuropsychologie de langue française, la Société francophone de psychogériatrie et de psychiatrie de la personne âgée, l’Association des neurologues libéraux de langue française et la Société française de neurologie.

 Le recours avait été déposé en juillet dernier à la suite d’un arrêté publié le 1er juin 2018 actant le déremboursement  de l’Aricept (donépézil) de la firme Eisai (commercialisé depuis septembre 1997), l’Exelon (rivastigmine) de Novartis (mai 1998), le Reminyl (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et l’Exiba (mémantine) de Lundbek (mai 2002). Et fin d’une polémique de plus de dix ans marquée par les hésitations récurrentes des ministres Xavier Bertrand et Marisol Touraine

L’annonce en avait été faite le 29 mai par Agnès Buzyn sur RTL. Avant même cette annonce le Pr Mathieu Ceccaldi, président de la Fédération nationale des centres mémoire de ressources et de recherche (FCMRR) avait confié au Quotidien du Médecin  tout le « mal » que cette décision risquait d’occasionner aux patients. « Les praticiens vont se tourner vers les neuroleptiques, autrement plus délétères que les anti-Alzheimer » expliquait-il. A l’opposé, le Pr Olivier Saint-Jean, gériatre à l’hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP), co-auteur d’un ouvrage détonnant et partisan du déremboursement chiffrait l’économie pour la collectivité  entre « 100 et 130 millions d’euros par an » pour les 30 000 à 40 000 patients traités.

Interrogée le 1er juin sur Europe 1 Agnès Buzyn expliquait que cette mesure, « purement médicale » n’était  absolument pas « un sujet financier ». « Tout l’argent qui va être économisé sera intégralement réorienté vers l’accompagnement des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer, soit pour les centres mémoire soit pour le secteur médico-social qui les prend en charge », a-t-elle assuré.

Un an et demi plus tard le Conseil d’Etat a tranché : Agnès Buzyn et son ministère n’ont « pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en jugeant insuffisant le service médical rendu par ces spécialités (…) et en décidant de les radier pour ce motif de la liste des médicaments remboursables ».

L’humour froid du Conseil d’Etat

Certes, mais dans leur saisine de juillet 2018, les requérants avaient fait valoir que le Pr Olivier Saint-Jean rapporteur du dossier de la HAS  à l’origine de la décision de non-remboursement (ainsi que deux experts sollicités par la commission de la transparence) avaient publiquement pris position en faveur du déremboursement de ces spécialités… Notamment début mai sur les ondes de France Culture :

« Pr O.S.-J. : Ces médicaments sont totalement inefficaces. La démonstration scientifique en a été apportée [en octobre 2016] par la Haute Autorité de Santé. Et il y a quelques semaines cette même Haute Autorité de Santé a bouclé le dossier médico-administratif de la radiation, ce qui fait qu’aujourd’hui le dossier est prêt à la signature de la ministre.

« France Culture (Florian Delorme) : Mais on se souvient qu’alors la ministre de la Santé Marisol Touraine ne s’était pas rangée à l’avis de la Haute Autorité de Santé. Pensez-vous que l’actuel gouvernement pourrait s’y risquer ? Et je parle bien de risque…

« Pr O.S.-J. : Dès lors qu’Agnès Buzyn ne cesse de parler de la ‘’pertinence des actions de soins’’ comme axe de politique de santé, elle se doit de dérembourser. Car ce qui est démontré par la Haute Autorité de Santé, c’est la non pertinence de ces médicaments. »

Il y avait eu, par la suite, un entretien accordé à Libération. Puis la polémique pris de l’ampleur. Tout cela balayé par le Conseil d’État. Qui explique : « Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que les personnes ainsi mises en cause auraient été mues par un intérêt personnel ou qu’elles auraient eu des liens avec une entreprise intéressée aux résultats de l’examen des spécialités en litige ». On appréciera comme il se doit l’humour froid du Conseil d’Etat.

Et maintenant ?

Cette décision est qualifiée de « très décevante » par le Pr Pierre Krolak-Salmon (Hospices civils de Lyon), aujourd’hui président de la Fédération des centres mémoire. « Ils ne font que valider l’avis de la HAS qui va à l’encontre de toutes les recommandations internationales, de l’avis du NICE britannique et de la revue Chrochrane, déclare-t-il, cité par Le Quotidien du Médecin. Le combat contre le déremboursement est désormais derrière nous. Nous devons maintenant nous concentrer sur l’amélioration du parcours de soins au sein duquel les médicaments n’occupent qu’une petite place. Les patients paient désormais pour leur traitement ou ont changé pour les versions génériques. Les coûts supplémentaires vont de 12 à 100 euros selon les patients. L’actualité de la recherche est très dynamique, il faut permettre aux patients d’entrer dans les essais cliniques ».

Où l’on en revient à cette question, logique autant que dérangeante : s’ils sont inefficaces et potetiellement dangereux pourquoi laisser ces médicaments sur le marché et à la charge de ceux à qui ils ne profitent pas ? Une question à laquelle Agnès Buzyn ne répondra malheureusement pas.

A demain @jynau

«Des centaines de corps entassés … ils vendaient des jambes, des bras, des têtes, des cœurs ! »

Bonjour

L’indécence nourrit parfois le fantastique, aide à la résurgence de l’étrange.

Jardin de la France, 1er décembre 2019. Marché de la place François-Rabelais à Tours (Indre-et-Loire). Une ville calme, presque celle de Babar. Le confort, sinon l’opulence, sur les étals. Les municipales approchent : ancien journaliste le maire actuel, immobile est tout sourire. Son concurrent « en marche », un universitaire, est déjà ailleurs. Les innombrables bataillons fragmentés de la gauche et de l’écologie se font attendre.

Entre les pommes clochards de Vallères et les fromages de Sainte-Maure, la queue chez l’un des nouveaux bouchers de la place. Comme sur tous les marchés de France l’homme découpe, renseigne sur les durées de cuisson, tient le haut du pavé. Ici il commente l’actualité.  

« Vous avez vu, un truc de fou, une vraie bombe, à Paris, à Descartes … – Non  – Mais si, à l’hôpital Descartes, une bombe, des centaines de corps entassés…. Ne savaient plus où le mettre … ça débordait.. Partout… Dépassés .. Non, je n’ai pas vu …- Un truc de folie, allez sur internet et vous faites « Paris-Descartes » tout y est, on voit tout…une bombe … Oui, c’est vrai, moi je l’ai vu chez Jean-Pierre Bourdin … – ??? … – Bourdin, le journaliste du matin, à RMC … ils expliquaient tout ….

« – C’est pas tout… Des rats, des souris, l’odeur … Impensable… – Et encore … ils vendaient des jambes, des bras, des têtes, des cœurs … – Oui mais les journalistes … c’est pas possible … – Comme je vous le dis, allez-y, sur internet, tout y est, c’est des étudiants, ils ont tout filmé, tout y est raconté. C’est un truc de dingue, une vraie bombe  … – C’est vrai … Ils ont même, après la télé, été obligé de tout fermer … – On va regarder … Et puis il faudra le dire à te belle-sœur, elle qui voulait donner son corps à la science… »

Le maire et ses concurrents n’ont rien perçu, rien entendu. Qu’auraient-ils répondu ? Jardin de la France, 1er décembre 2019. Place François-Rabelais. A deux pas de la faculté de médecine du même nom. A moins d’une heure ferroviaire de Paris. A quelques lieux de la maison de naissance, intacte, de René Descartes devenu symbole mondial de la raison.

A demain @jynau

 

Boire du vin de Champagne et démence précoce : que faut-il, en pratique, vraiment savoir ?

Bonjour

Nous sommes sous les soleils de juillet. François Goullet de Rugy a démissionné et les médias vont pouvoir commencer à lever le pied. Pour autant la chasse aux « fausses nouvelles » est toujours grande ouverte. Avec quelques variantes pétillantes. Ainsi Le Monde (Adrien Sénécat) nous régale-t-il en croisant démence précoce, et vins de Champagne.

« ‘’Le champagne permettrait de lutter contre la démence et la maladie d’Alzheimer 1’’, affirment des articles publiés sur des sites sensationnalistes comme Letopdelhumour.fr ou Lastucerie.fr, nous explique le dernier quotidien vespéral de la capitale. A en croire la rumeur, l’affirmation serait tout ce qu’il y a de plus sérieuse, puisqu’elle serait tirée d’une’étude de l’université de Reading, au Royaume-Uni’’. »

Or cette étude existe bel et bien, comme en témoigne un communiqué de presse, publié le 7 mai 2013 par cette université. Communiqué qui renvoyait à la publication originale  dans Antioxidants and Redox Signaling. : « Phenolic Acid Intake, Delivered Via Moderate Champagne Wine Consumption, Improves Spatial Working Memory Via the Modulation of Hippocampal and Cortical Protein Expression/Activation » Published Online: 24 Oct 2013 https://doi.org/10.1089/ars.2012.5142

« C’est sur ce document que de nombreux articles se sont basés à l’époque, accréditant l’idée que la consommation de champagne pourrait être bénéfique sur le cerveau, souligne Le Monde. En France, BFM-TV écrivait ainsi, il y a six ans, que « le champagne stimulerait la mémoire ». Les années passèrent, et cette conclusion s’est popularisée, faisant l’objet de multiples articles ; elle connaît toujours, y compris ces derniers temps, un certain succès sur les réseaux sociaux. »

Faire boire des rats de laboratoire

Mais on ne parle pas sans grands risques des potentiels effets bé,éfiques de l’alcool – sous toutes se formes. Surtout à notre époque. La rumeur moustillante prenait corps. Au point qu’en novembre 2015, le National Health Service britannique publiait, non sans humour, un rectificatif : « No hard evidence champagne can prevent dementia »

Où les non-spécialistes découvraient que des chercheurs anglais avaient osé faire boire des rats. Trois groupes de huit rats : le premier consommait un peu de vin de Champagne, le deuxième consommait une autre boisson alcoolisée et le troisième aucun alcool. Et les chercheurs de découvrir, médusés, que quelques rats ayant bu du vin de Champagne retrouvaient paradoxalement mieux leur chemin que leur congénères privés de cette réjouissance :

« Changes in spatial working memory induced by the Champagne supplementation are linked to the effects of absorbed phenolics on cytoskeletal proteins, neurotrophin expression, and the effects of alcohol on the regulation of apoptotic events in the hippocampus and cortex. » 

Il ne semble pas que ce travail expérimental soit, aujourd’hui confirmé sur des rongeurs. Quand bien même il resterait à mener de vastes et coûteux essais cliniques avant de pouvoir, le cas échéant, le traduire en recommandation sanitaire. « L’autre problème posé par bon nombre de ces articles sensationnalistes est qu’ils occultent les dangers, avérés et largement documentés cette fois, de la consommation d’alcool » prend soin de rappeler Le Monde. La consommation d’alcool est néfaste pour la santé et aucune, ni le vin ni le champagne (sic) , ne font exception. »

On peut, pour conclure sur ce thème définitif, se reporter aux dernières lignes de Céline 2, dans son Rigodon : « Reims… Epernay … de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe… ».

A demain

1 A conseiller, cet ouvrage (à paraître en septembre prochain) : « Que faire face à Alheimer » du Dr Véronique Lefebvre des Noëttes », préface du Pr Eric Piat (éditions du Rocher)

2 A conseiller, dès maintenant, sur France Culture : « Grandes traversées : Louis-Ferdinand Céline, au fond de la nuit » par  Christine Lecerf

Québec : autoriser l’«aide médicale à mourir» aux personnes «inaptes» à la demander ?

Bonjour

Froid dans le dos ? Les médias généralistes n’ont pas encore, de ce côté de l’Atlantique, fait écho à ce qui se passe au Québec. Danielle McCann y est ministre de la Santé et des Services sociaux de Québec. Elle vient d’annoncer être favorable à l’ouverture d’un débat sur l’ouverture de « l’aide médicale à mourir » aux personnes « inaptes » 1. Entendre par là qui ne sont pas ou plus capables de donner leur consentement à l’acte euthanasique : personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mais aussi toutes les personnes « souffrant de diverses formes de démence et de pertes cognitives », un phénomène « grandissant avec le vieillissement de la population ».

Au Québec, en vertu d’une loi adoptée en 2014, une personne apte à donner son consentement souffrant d’une maladie incurable et qui est en fin de vie peut obtenir une « aide médicale à mourir ». Mais une personne souffrant d’Alzheimer ou de démence qui se retrouve dans la même situation ne peut l’obtenir au motif qu’elle est incapable d’exprimer son consentement.

L’affaire est notamment rapportée par le Huffington Post (Jocelyne Richer) et par   La Presse.ca (Tommy Chouinard) :

Lesdéclarations de la ministre de la Santé et des Services sociaux font suite à une décision de justice : « la juge Hélène Di Salvo a envoyé Michel Cadotte derrière les barreaux pour deux ans moins un jour pour l’homicide involontaire de sa femme Jocelyne Lizotte. M. Cadotte disait avoir agi ‘’par compassion’’, afin de mettre fin aux souffrances de sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer ».

Danielle McCann n’a pas voulu commenter l’affaire Cadotte. Elle a néanmoins tenu à dire qu’’’il faut être sensible à ce que met en lumière cette situation-là et voir que, vraiment, nous devons avancer dans [le] dossier’’ de l’élargissement de l’aide médicale à mourir. ‘’ Le Québec est rendu à se pencher sur cette question-là : comment nous allons le faire, à quel moment nous allons le faire. Ce sont évidemment avec les recommandations du groupe d’experts qu’on va travailler’’, a-t-elle expliqué. Créé il y a quelques mois, le comité doit remettre son rapport prochainement. ‘’C’est sûr qu’on entend beaucoup dans la population qu’on souhaite qu’on élargisse. On entend ça, et je pense qu’on ne peut pas le nier. Mais on ne va pas s’avancer davantage sans attendre les recommandations du groupe d’experts.’’ .

La ministre n’a pas voulu donner son opinion personnelle – mais elle fait valoir que ses fonctions font qu’elle est « au service de la population ». « Et je sais que la population a des attentes par rapport à ce dossier. Nous avons une Commission sur les soins de fin de vie, des experts, et je dis à la population qu’on va s’occuper de ce dossier-là. Ce sera un dossier majeur pour nous, et nous serons à l’écoute de la population ».

Que dira « la population » ? Et qui décidera que l’on peut « aider à mourir » les personnes (de plus en plus nombreuses) qui n’auront pas les capacités de le demander ? Froid dans le dos ?

A demain

@jynau

1 « Inapte » 

Les Gros Pardessus, ou la descente aux enfers programmée des joueurs de rugby français 

Bonjour

Hier L’Equipe résumait en deux mots l’objectif de la saison rugbystique 2018-2019 : préserver « l’intégrité physique » (sic). Message repris à l’envi, ruissellement de bonnes intentions officielles insufflées aux arbitres et claironnées aux entraîneurs. Du vent, en somme. Une manière pour les Gros Pardessus de se protéger : il en va de l’avenir du sport sur lequel ils prospèrent et qui, pour l’heure engrange de substantielles recettes. Tout fait ventre en Ovalie. Jusqu’à quand ?

« Intégrité physique ». Il faut voir là une conséquence du décès, le 10 août dernier de Louis Fajfrowski, 21 ans joueur d’Aurillac, disparu après un match amical. Conséquenc paradoxale puisque rien n’est encore établi quant au lien de causalité entre sa mort et le placage magistral qui l’a précédée. Mais conséquence éclairante quant au malalaise qui gagne au vu de la violence croissante qui, désormais, caractérise un jeu qui semble n’avoir jamais connu les grâces de la légèreté. Pour la première journée du Top 14, samedi 25 et dimanche 26 août, une minute d’applaudissements précédera chaque match. Applaudir ? « Une forme d’hommage » dit-on. Et ensuite ?

Applaudir ? La vérité est que rien n’est prévu pour agir en amont des fameuses « commotions cérébrales » qui commencent à terroriser les joueurs. Rien et surtout pas une refonte radicale du règlement concernant les placages – aucun ne devrait plus être autorisé au dessus de la ceinture abdominale. Aucune mesure, non plus, pour réduire les violences inhérentes aux invraisemblables déblayages. Aucune amorce, en somme, d’une prise de conscience de la nécessité d’une politique de réduction des risques. Aucune anticipation quant au fait que cette dernière, loin de lui nuire, ajouterait à la beauté du spectacle.

On entend déjà les plus férus des Gros Pardessus réciter leur rugby. Et de citer, comme pour s’exonérer, la mort de l’Agenais Michel Pradié, 18 ans, des suites d’un placage en 1930. « Mais le drame actuel s’inscrit dans l’évolution du rugby, où les professionnels courent de plus en plus vite, tapent de plus en plus fort, façonnés au rythme de leurs séances de musculation, rapporte Le Monde.  Il y a un mois, l’un des meilleurs joueurs au monde lançait déjà l’alerte sur ce rugby moderne : le capitaine gallois Sam Warburton a préféré prendre sa retraite dès l’âge de 29 ans. « Une décision devenue évidente » à force d’endurer blessures et opérations, selon l’homme de Cardiff, qui désire maintenant préserver ‘’sa santé’’ et ‘’son bien-être’’ ».

Nimier, Lalanne, Lacouture, Georges, Cormier, Blondin …

Et puis ce courage de Jefferson Poirot (Union Bordeaux-Bègles, XV de France) : « Pour être honnête, je ne suis pas totalement sûr de vouloir que mon fils de 9 mois fasse du rugby… ». Ce pilier ose avouer qu’il attend « des mesures pour améliorer les choses » : « Cette question de la santé des joueurs, on doit se la poser toute l’année ». Comme dans un métier. Sauf à imaginer, sous son pardesssus, que le spectacle passe avant la santé. Et que l’argent des retransmissions télévisées prime tout. Jefferson Poirot :

 « A la télé, on voit le ralenti d’un gros choc trois ou quatre fois, alors qu’un cadrage-débordement, ça peut être bien plus efficaceMon fils, s’il fait du rugby, je l’encouragerai à pratiquer ce rugby d’évitement qu’on ne voit plus assez. »

Rien de plus beau que l’absurde beauté de la mêlée quand elle porte en gestation l’intelligence à venir de l’évitement-cadrage-débordement.  Rien de plus suave qu’une entreprise de déménageurs qui permettra, demain, d’entendre pianoter sur l’ensemble de la gamme. A condition que personne ne meure dans l’affaire. Une affaire qui, égoïsme bien compris, concerne aussi l’écriture et le journalisme. Pour ne citer qu’eux:  Denis Lalanne, Jean Lacouture, Pierre Georges et Jean Cormier.

Roger Nimier (Arts, 13 avril 1960), rapportant un France-Irlande joué à Colombes « où un public de hasard, groupé sur un stade misérable, vient se livrer à son sport favori, le chauvinisme » :

« L’homme naît mauvais, la société le déprave, mais le rugby le sanctifie. Aussi un paradis toujours verdoyant attend-il les âmes de Cahors, de Pau, de Cork, de Brive, d’Edimbourg ou de Lourdes. C’est pourquoi -il est intéressant de le savoir- un joueur de rugby ne meurt pas. A la touche, il saute directement au ciel. A moins qu’il ne soit directement talonné par saint Pierre, qui recueille le bon et le mauvais de nos mêlées humaines et sauve tout ce qu’il peut des ballons – souvent ingrats – que nous lui fournissons ».

Applaudissements.

A demain

Nimier R. « Variétés » Arléa éditions (mars 1999)

Alzheimer et « maladies apparentées » : un petit livre bousculant, à lire avant cet été

 

Bonjour

Que ferions-nous sans la « Haute Autorité de Santé » et son jargon sans cesse renouvelé ? « Prolongeant une  « thématique majeure » elle publie aujourd’hui un « guide synthétique et des outils destinés à offrir une prise en charge adaptée et réactive ». Il est ici question des « plus de 850 000 personnes aujourd’hui atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée ». Et tout est dans ce dernier terme.

De quoi parlons-nous au juste quand nous parlons de maladie d’Alzheimer ? Et quels sont ces liens de parenté (ou de ressemblance) dont nous parle la HAS ? Et dans quelles proportions ? On peut le dire autrement : la « maladie d’Alzheimer » existe-t-elle ? Ne sommes-nous pas, ici, dans les pièges du faux-semblant comme le professe le Dr Olivier Saint-Jean dans un livre détonnant 1. Un ouvrage suffisamment dérangeant pour que le patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou ne soit guère entendu – ni de ses pairs, ni des médias.

La HAS le rappelle : « aucun médicament ne permet à ce jour de guérir ces malades ». Et elle insiste : «  un diagnostic dès les premiers signes est indispensable ». Mais quel diagnostic ? Outre celui d’ « Alzheimer » il faut compter avec « l’encéphalopathie neuro-vasculaire », la « maladie à corps de Lewy », les « dégénérescences lobaires fronto-temporales » voire « d’autres maladies plus rares – prion, HIV… [sic] ». « Ces maladies apparentées, moins connues que la maladie d’Alzheimer, sont parfois associées à une errance diagnostique et à un retard au diagnostic, ajoute la HAS. Des études sont en cours pour préciser la fréquence des principales causes de troubles neurocognitif en France »… Patientons.

Comment s’y retrouver ? Comment ne pas perdre pied dans ces brouillards diagnostiques et ces béances phsysiopathologiques ? Il faut, ici, ouvrir cet ouvrage dérangeant cosigné avec le journaliste Eric Favereau (Libération).  

« En finir avec Alzheimer ne serait-il pas byzantin ? Tout cela ne serait-il pas une simple querelle d’experts un peu trop égocentriques ? Pas vraiment si l’on se place du côté des malades, peut-on lire en conclusion de cet ouvrage problématique. En passant de la maladie au vieillissement, tout peut changer. Ce déclin cognitif, à moins de mourir avant, s’inscrit dans la normalité de l’espèce humaine. Il est sûr qu’exprimé ainsi, cela ne ressemble pas à une bonne nouvelle. On voudrait tellement être éternel, jeune, hyper-performant ! Mais voilà : il se peut que notre condition humaine nous amène à autre chose. Par exemple, dire que perdre la mémoire dans le grand âge est normal, nous autorise à revendiquer sans limite le maintien de notre espace de liberté en quittant l’identité du malade. »

Liberté, Vieillissement, Identité. Petit livre, grands sujets. Un ouvrage de chevet pour l’été. « Alzheimer, le grand leurre ». 168 pages, 17 euros.

A demain