Alzheimer et « maladies apparentées » : un petit livre bousculant, à lire avant cet été

 

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Que ferions-nous sans la « Haute Autorité de Santé » et son jargon sans cesse renouvelé ? « Prolongeant une  « thématique majeure » elle publie aujourd’hui un « guide synthétique et des outils destinés à offrir une prise en charge adaptée et réactive ». Il est ici question des « plus de 850 000 personnes aujourd’hui atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée ». Et tout est dans ce dernier terme.

De quoi parlons-nous au juste quand nous parlons de maladie d’Alzheimer ? Et quels sont ces liens de parenté (ou de ressemblance) dont nous parle la HAS ? Et dans quelles proportions ? On peut le dire autrement : la « maladie d’Alzheimer » existe-t-elle ? Ne sommes-nous pas, ici, dans les pièges du faux-semblant comme le professe le Dr Olivier Saint-Jean dans un livre détonnant 1. Un ouvrage suffisamment dérangeant pour que le patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou ne soit guère entendu – ni de ses pairs, ni des médias.

La HAS le rappelle : « aucun médicament ne permet à ce jour de guérir ces malades ». Et elle insiste : «  un diagnostic dès les premiers signes est indispensable ». Mais quel diagnostic ? Outre celui d’ « Alzheimer » il faut compter avec « l’encéphalopathie neuro-vasculaire », la « maladie à corps de Lewy », les « dégénérescences lobaires fronto-temporales » voire « d’autres maladies plus rares – prion, HIV… [sic] ». « Ces maladies apparentées, moins connues que la maladie d’Alzheimer, sont parfois associées à une errance diagnostique et à un retard au diagnostic, ajoute la HAS. Des études sont en cours pour préciser la fréquence des principales causes de troubles neurocognitif en France »… Patientons.

Comment s’y retrouver ? Comment ne pas perdre pied dans ces brouillards diagnostiques et ces béances phsysiopathologiques ? Il faut, ici, ouvrir cet ouvrage dérangeant cosigné avec le journaliste Eric Favereau (Libération).  

« En finir avec Alzheimer ne serait-il pas byzantin ? Tout cela ne serait-il pas une simple querelle d’experts un peu trop égocentriques ? Pas vraiment si l’on se place du côté des malades, peut-on lire en conclusion de cet ouvrage problématique. En passant de la maladie au vieillissement, tout peut changer. Ce déclin cognitif, à moins de mourir avant, s’inscrit dans la normalité de l’espèce humaine. Il est sûr qu’exprimé ainsi, cela ne ressemble pas à une bonne nouvelle. On voudrait tellement être éternel, jeune, hyper-performant ! Mais voilà : il se peut que notre condition humaine nous amène à autre chose. Par exemple, dire que perdre la mémoire dans le grand âge est normal, nous autorise à revendiquer sans limite le maintien de notre espace de liberté en quittant l’identité du malade. »

Liberté, Vieillissement, Identité. Petit livre, grands sujets. Un ouvrage de chevet pour l’été. « Alzheimer, le grand leurre ». 168 pages, 17 euros.

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Alcools et  démences : des statisticiens français confirment la vista des anciens cliniciens

 

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Signes. Diagnostic. Traitement. On en revient toujours là. A fortiori avec Big Data. Dernier exemple en date :  dans les colonnes virtuelles de The Lancet Public Health 1. Une étude de l’Inserm menée en collaboration avec des chercheurs canadiens. Elle parvient à la conclusion qu’une consommation excessive d’alcool est associée à un triplement du risque de démences en général – et à un doublement de celui de développer la maladie d’Alzheimer.

C’est un travail remarquable : mené au-delà du chevet des malades ; « à partir des données exhaustives des hospitalisations en France entre 2008-2013 ». Big Data auscultant « l’association entre alcoolisme et démences ». Et ce monstre chiffré oubliant dans le même temps que d’autres que lui travaillèrent, jadis, le sujet. Pour l’heure cela donne, signé Inserm :

« La liste des troubles associés à l’alcool s’allonge encore. Après les problèmes hépatiques, cardiovasculaires et les cancers, les démences font maintenant partie du lot. Une consommation excessive d’alcool correspondant à six verres ou plus par jour pour les hommes et quatre pour les femmes s’est en effet trouvée associée à un triplement du risque de démences. Celles-ci incluent les démences précoces enregistrées avant 65 ans et directement attribuables à l’alcool de type syndrome de korsakoff (sic), les démences vasculaires résultant par exemple d’accidents vasculaires cérébraux et enfin, les démences neurodégénératives de type Alzheimer. »

Nous sommes ici dans un champ voisin du macronisme : Quelques études suggèrent un effet protecteur d’une consommation faible à modérée d’alcool sur la fonction cognitive mais en même temps peu de données permettent de travailler sur des consommations élevées. Confidence du service de presse de l’Inserm :

« Les personnes alcooliques refusent en effet, dans la plupart des cas, de participer à des cohortes de recherche médicale. Pour contourner ce problème, les chercheurs ont utilisé les informations issues du Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information qui renseigne toutes les causes d’hospitalisation. A partir de cette base, ils ont identifié 31,6 millions d’adultes hospitalisés entre 2008 et 2013 dont 1,3 million étaient affectés de démences et 950 000 présentaient une consommation excessive d’alcool (dont 85% une dépendance). Après exclusion des cas de démences attribuables à une pathologie bien identifiée, les chercheurs ont retrouvé une consommation excessive d’alcool dans 57% des démences précoces et 8% de celles survenues après 65 ans. Alors que pour l’ensemble des adultes hospitalisés, les taux d’alcoolisme étaient évalués à 6,2% chez les hommes et 1,5% chez les femmes. »

Table rase de notre passé

Signes. Diagnostic. Traitement. Pourquoi l’Inserm oublie-t-il le passé qui justifie sa présence ? Pourquoi ignorer les innombrables travaux menés sur le sujet ? On les retrouvera notamment ici : « Complications neurologiques de l’alcoolisme – Neurological complications of alcohol abuse » – dans La Lettre du Neurologue et sous la signature du Dr Thomas de Broucker (service de neurologie, hôpital Delafontaine, Saint-Denis) :

« Les complications neurologiques de l’alcoolisme chronique touchent le SNC et le système nerveux périphérique. Il s’agit des grands syndromes encé- phalopathiques que sont l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, l’encéphalopathie pellagreuse, le syndrome de Korsakoff, le syndrome de démyélinisation osmotique et le syndrome de Marchiafava-Bignami. L’ataxie cérébelleuse qui complique les intoxications aiguës peut devenir chronique et progressive en rapport avec une atrophie vermienne. »

Gayet-Wernicke, Korsakoff, Marchiafava-Bignami. Big Data.

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1 « Contribution of alcohol use disorders to the burden of dementia in France 2008–13: a nationwide retrospective cohort study ». Michaël Schwarzinger,  Prof Bruce G Pollock, Omer S M Hasan, Carole Dufouil, Prof Jürgen Rehm, for the QalyDays Study Group

DOI: https://doi.org/10.1016/S2468-2667(18)30022-7

Cannabis : bientôt en prescrire pour aider les personnes âgées à ne pas oublier ?

 

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Une série de données scientifiques récentes laissent penser que le cannabis pourrait protéger les vieux cerveaux de la sénescence. À quand des joints dans les Ehpad ?

Nous sommes encore bien loin d’en avoir fini avec le cannabis. En France, plus gros consommateur européen, le gouvernement refuse d’envisager sa dépénalisation et se borne à de prochains aménagements dans les sanctions policières frappant les usagers les moins chanceux –ou les plus défavorisés. Quant à son usage thérapeutique, il est toujours invraisemblablement interdit.

Dans le même temps, de nouvelles perspectives scientifiques se dégagent, laissant augurer de nouvelles indications médicales. Une possible révolution scientifique, médicale et pharmaceutique. Le dernier point des travaux sur le sujet vient d’être fait dans la revue Médecine/Sciences sous la signature d’Hélène Gilgenkrantz 1.

La suite sur Slate.fr.

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1 Gilgenkrantz H., «Effets paradoxaux du cannabis sur la mémoire. Une question d’âge!», Med Sci (Paris) 2018; 34: 15–16.

Il faut expérimenter l’usage thérapeutique de la lumière contre la maladie d’Alzheimer

 

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Inefficaces et potentiellement dangereux les coûteux médicaments contre la maladie d’Alzheimer continuent d’être remboursés via la solidarité nationale. Cent cinquante millions d’euros par an en pure perte. Ainsi en a décidé Marisol Touraine qui, assurent les gazettes, va pulvériser le record de durée (cinq années) au ministère de la Santé. Une minuscule fraction de cette somme  permettrait de valider les conclusions d’un travail expérimental américain qui vient d’être publié dans la revue Nature . Un travail repris par la BBC : « ‘Flashing light therapy’ for Alzheimer’s ».

Cette étude a été dirigée par le Dr Li-Huei Tsai à la tête d’une importante équipe spécialisée dans l’étude de la dégénérescence cérébrale au sein du Massachusetts Institute of Technology. Elle a été menée sur des souris génétiquement modifiée de manière à souffrir d’une pathologie dont les lésions cérébrales sont l’exacte reproduction de celles observées dans la forme humaine de la maladie d’Alzheimer.

Stroboscopes de discothèques

Ces chercheurs établissent, en substance, que la projection d’une lumière intermittente (stroboscopique) dans les yeux de rongeurs  a pour effet d’induire très rapidement (en quelques heures) une involution des lésions pathologiques irréversibles (plaques amyloïdes) observées lors de la progression de la maladie dégénératives. Ce phénomène est la conséquence de fines modifications tissulaires cérébrales et d’une activation des cellules « détoxifiantes » et protectrices de la microglie. La lumière, en somme, luit.

La meilleure fréquence des clignotements potentiellement « thérapeutiques »  était, selon les auteurs de ce travail, de quarante par seconde soit un scintillement à peine perceptible, quatre fois plus rapide que ceux généré par les stroboscopes des salles de discothèque.

Les chercheurs estiment d’ores et déjà que cette approche, dénuée de risque, doit être expérimentée sur l’homme. Des demandes en ce sens ont été formulées auprès de la Food and Drug Administration américaine. Et la BBC explique qu’ils ont créé une société commerciale pour développer au plus vire une société capable de développer la technologie ad hoc.

 Lunettes thérapeutiques

«Nous sommes optimistes » a déclaré  le Dr Li-Huei Tsai. Ces chercheurs estiment que dans un futur proche les malades pourraient porter des lunettes spéciales ou être assis en face d’un dispositif émettant de la lumière pour recevoir des doses thérapeutiques de lumière stroboscopique. « Des études comme celle-ci sont utiles pour révéler de nouveaux processus impliqués dans la maladie d’Alzheimer et pour ouvrir de nouvelles voies pour de nouvelles recherches » a pour sa part  déclaré le Dr David Reynolds (Alzheimer’s Research, UK).

Nous sommes en décembre 2016. Les espoirs placés dans le développement de nouveaux médicaments s’écroulent 1. Rien n’interdit, d’un point de vue éthique, de mener de tels essais cliniques. La question sera-t-elle, en France, soulevée avant ou après la fin de l’actuel  quinquennat ?

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1 « Le futur médicament contre l’Alzheimer ne sera jamais mis sur le marché (ni remboursé) » (Journalisme et santé publique, 23 novembre 2016)

 

 

 

 

 

François Fillon, la bobologie et le Dr Ventouse. Veut-il tuer la Sécu ou la sauver ?

 

Bonjour

Il pressent, déjà, le vent du boulet. Gagner la campagne présidentielle impose désormais de rassurer sur le front de la solidarité. Rassurer les Français quant à la prise en charge collective de leur frais médicaux. On ne touche pas sans mal à la Sécurité Sociale.

Présent à la petite messe du 20 heures de France 2 l’élu de la Sarthe a pris un engagement dès le lendemain de son pré-sacre :

« Je prends l’engagement de faire en sorte que toutes les personnes qui doivent être protégées, qui ont des revenus modestes ou moyens, ne seront pas moins bien remboursées ».

Stop  la polémique

Plus fort encore, et plus à gauche, il a été jusqu’à assurer qu’il entendait que les personnes « les plus modestes et âgées » soient « mieux remboursées qu’aujourd’hui ». Mieux remboursées par qui ? Par l’assurance maladie ou par les Mutuelles Complémentaires ? Par « les deux » répond-il. François Fillon sait que, déjà, le feu couve, que ses ennemis sont là, prêts à bondir :

«  Je veux tout de suite arrêter cette polémique sur ‘’moins bien rembourser’’, moi ce que je veux c’est sauver la Sécurité Sociale (…) L’accusation que porte la gauche sur ‘’il veut privatiser la Sécurité Sociale’’ est exactement la même accusation qu’on portait contre moi quand j’ai fait la réforme des retraites en 2003: ‘’il veut mettre par terre le régime par répartition » (…) »Aujourd’hui non seulement il n’est pas à terre mais je considère que j’ai largement contribué à le sauver ». »

Le héraut de la Droite et du Centre avait déjà séché l’actuelle ministre de la Santé lorsqu’elle avait tweeté  (« J‘ai fait chiffrer le programme santé de #Fillon : chaque foyer paiera en moyenne 3200€ de + par an pour se soigner. #Danger#LeGrandDebat »). Une déclaration  « mensongère et absurde » avait-il répondu. Et d’expliquer : « Je veux clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles. Cela passe par un panier de soins « solidaire » dont sont exclus les soins de confort et la « bobologie ». »

Furetière et Brétécher

« Bobologie » n’est peut-être pas le mot le mieux choisi, qui renvoie chacun et chacune à de petits soucis dont on aimerait ne pas avoir à parler. C’est un mot tordu, usé avant d’avoir vraiment servi. Par certains côtés il n’est pas sans faire songer au « chochotte » du regretté Alain Juppé. Il faut, ici, lire les phrases éclairantes du Dr François Pilet dans la Revue Médicale Suisse :

 « Vous avez dit ‘’bobologie’’ ? Ce vocable, refusé pour l’instant par les dictionnaires usuels, est très probablement issu du néologisme inventé par Claire Bretécher quand elle publie en 1985 le premier tome de son Dr Ventouse, bobologue. Cette scénariste et dessinatrice de BD, brillante et acide, a dû fréquenter l’intimité d’un médecin pour décrire avec autant d’acuité et de pertinence les pensées secrètes du Dr Ventouse.

Mais si le personnage de Claire Bretécher me fait beaucoup rire, la diffusion de ce terme au sein de notre corporation m’agace et m’inquiète. Selon le dictionnaire historique de la langue française Le Robert, le mot bobo, employé dans le langage enfantin en référence à une douleur physique, a pris le sens figuré de «mal anodin, sans gravité» dans la langue familière, enregistré par Furetière en 1690 déjà. Le terme «bobologie» en est donc étymologiquement dérivé et s’insinue subrepticement dans la pensée médicale, ramenant sans le dire les plaintes des patients à des enfantillages et le travail du médecin à un jeu sans importance dont la société pourrait facilement se passer (ou qu’elle pourrait pour le moins renoncer à financer). »

Infirmières fatiguées

Où l’on voit la complexité de la tâche qui attend François Fillon. « Je vais travailler avec les professions de santé, avec les responsables de l’assurance maladie, avec tout ceux qui ont un rôle dans ce domaine, pour travailler à un projet qui doit être un projet permettant l’équilibre de la Sécurité Sociale mais améliore la couverture des soins en particulier pour les plus modestes » dit-il. « Sur certains types de soins il faut voir si certaines personnes qui ont des revenus convenables peuvent participer ».

Un revenu « convenable ». Comment définira-t-on le seuil à partir duquel je ne bénéficierai plus de la solidarité pour laquelle j’ai cotisé. Et qu’en sera-t-il du monde hospitalier, des horaires et de la fatigue des infirmières condamnées à des réductions d’effectifs et à un allongement de leurs horaires hebdomadaires ? On passera ensuite à l’immense chantier de la dépendance, conséquence d’une population vieillissante pour laquelle tout ou presque n’est que souffrance – ou bobologie.

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Le futur médicament contre l’Alzheimer ne sera jamais mis sur le marché (ni remboursé)

 

Bonjour

Hier encore c’était un espoir affiché, médiatiquement clamé. Aujourd’hui c’est un échec. Reconnu sinon assumé. Nous parlons du solanezumab gloire montante de la lutte contre la maladie d’Alzheimer. La déconfiture est annoncé depuis Indaniapolis par son producteur : la multinationale américaine Eli Lilly :  “Lilly Announces Top-Line Results of Solanezumab Phase 3 Clinical Trial”.

Précédent de peu l’autorisation planétaire de mise sur le marché l’essai clinique « EXPEDITION 3 » (2100 personnes souffrant d’une forme modérée de la maladie, étude de 18 mois contre placebo) n’a pas, c’est un euphémisme, confirmé les espoirs que la firme mettait dans son principe tenu pour être actif. Tout cela sera expliqué, dans le détail à San Diego et par vidéo le 8 décembre prochain (9:15 p.m. ET) :  http://www.ctad-alzheimer.com. 

Orgueils et préjugés

Il restera à comprendre comment on pouvait, en juillet 2015 tresser autant de couronnes précoces de lauriers à ce même pré-médicament : “Alzheimer’s drug solanezumab could slow patients’ decline” (BBC). Sur la même BBC John Lechleiter, directeur général de Lilly déclare aujourd’hui : « Les résultats de l’essai solanezumab de EXPEDITION3 ne sont pas ce que nous avions espéré et nous sommes déçus pour les millions de personnes en attente d’un traitement potentiel de la maladie. »

Des millions de personnes peuvent être déçues. Lilly aussi, qui dit avoir a investi depuis un quart de siècle trois milliards de dollars dans la recherche sur la lutte contre les démences plus ou moins précoces.

En France personne n’a encore commenté cet échec. Pour l’heure le pays continue, du fait de la seule volonté politique de Marisol Touraine, ministre de la Santé, à rembourser quatre médicaments qui ont amplement fait la preuve de leur inefficacité et de leur potentielle toxicité. C’est une autre forme, nationale et politique, de déception.

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Intelligence politique : l’épidémie de démence montre de premiers signes de décroissance

 

Bonjour

Le pire n’est (peut-être) pas écrit. On commence, ici ou là, à engranger les premiers signes laissant espérer que la croissance des taux de démences et de maladies neurodégénératives  donne des signes encourageants d’essoufflement.  Des signes certes faibles mais convergents et encourageants dont les responsables politiques devraient s’emparer pour intensifier les recherches et amplifier ce phénomène.

Le dernier symptôme en date est une étude qui vient d’être publiée dans JAMA Internal Medicine : “A Comparison of the Prevalence of Dementia in the United States in 2000 and 2012”. Menée auprès de plus de 21 000 personnes de plus de 65 ans aux Etats-Unis, elle démontre que la proportion des démences (effondrement des fonctions cognitives avec perte massive  d’autonomie) est passée de 11,6% en 2000 à 8,8% en 2012. La BBC relève que des conclusions similaires ont aussi été observées en Europe comme en témoigne une étude parue il y a peu dans The Lancet Neurology :  Dementia in western Europe: epidemiological evidence and implications for policy making.

Intellect et hygiène de vie

« Nos résultats s’ajoutent à un nombre croissant de preuves démontrant que la diminution du risque de démence est un phénomène réel – et que la croissance future attendue des taux démence pourrait ne pas être aussi forte que pronostiqué » explique le Pr  Kenneth Langa (Veterans Affairs Center for Clinical Management Research, Ann Arbor, Michigan) responsable de l’étude américaine.

C’est là un sujet majeur de santé publique. Et c’est aussi une affaire éminemment politique et économique. Car s’il est clair que les neurosciences peinent à comprendre les causes premières de maladie d’Alzheimer et des autres maladies neurodégénératives les possibilités de prévention existent. Et leur mise en œuvre est pleinement du ressort des politiques publiques – à commencer par le développement précoce et constant des politiques d’éducation et de stimulation des fonctions intellectuelles – ainsi, plus généralement, que celle « d’hygiène de vie ».

Laïc et catholique

De ce point de vue les premiers symptômes chiffrés pourraient être la traduction des progrès en matière d’éducation accomplis durant les dernières décennies. A l’inverse ces éléments positifs sont menacés par l’augmentation des taux de diabète (de type 2), d’obésité et d’hypertension artérielle – autant de pathologies qui, loin d’être des fatalités individuelles, sont (comme l’éducation ou la lutte contre l’esclavage du tabagisme) également pleinement du ressort des politiques publiques.

Il y a là un facteur d’espérance et un levier d’action dont les responsables politiques ne semblent pas avoir pris conscience. Les turbulences et passions actuellement observées en France à l’occasion des « Primaires de la Droite et du Centre » en témoignent à l’envi. Chômage… temps de travail… réduction de la dette… amitiés franco-russes … et totale impasse sur la décadence de la vieillesse qui pourrait ne plus être une fatalité. Qui sera le premier à s’emparer du sujet ?  Qui, radicalement laïc ou raisonnablement catholique, expliquera que le pire n’est (peut-être) pas totalement écrit ?

A demain