Les Gros Pardessus, ou la descente aux enfers programmée des joueurs de rugby français 

Bonjour

Hier L’Equipe résumait en deux mots l’objectif de la saison rugbystique 2018-2019 : préserver « l’intégrité physique » (sic). Message repris à l’envi, ruissellement de bonnes intentions officielles insufflées aux arbitres et claironnées aux entraîneurs. Du vent, en somme. Une manière pour les Gros Pardessus de se protéger : il en va de l’avenir du sport sur lequel ils prospèrent et qui, pour l’heure engrange de substantielles recettes. Tout fait ventre en Ovalie. Jusqu’à quand ?

« Intégrité physique ». Il faut voir là une conséquence du décès, le 10 août dernier de Louis Fajfrowski, 21 ans joueur d’Aurillac, disparu après un match amical. Conséquenc paradoxale puisque rien n’est encore établi quant au lien de causalité entre sa mort et le placage magistral qui l’a précédée. Mais conséquence éclairante quant au malalaise qui gagne au vu de la violence croissante qui, désormais, caractérise un jeu qui semble n’avoir jamais connu les grâces de la légèreté. Pour la première journée du Top 14, samedi 25 et dimanche 26 août, une minute d’applaudissements précédera chaque match. Applaudir ? « Une forme d’hommage » dit-on. Et ensuite ?

Applaudir ? La vérité est que rien n’est prévu pour agir en amont des fameuses « commotions cérébrales » qui commencent à terroriser les joueurs. Rien et surtout pas une refonte radicale du règlement concernant les placages – aucun ne devrait plus être autorisé au dessus de la ceinture abdominale. Aucune mesure, non plus, pour réduire les violences inhérentes aux invraisemblables déblayages. Aucune amorce, en somme, d’une prise de conscience de la nécessité d’une politique de réduction des risques. Aucune anticipation quant au fait que cette dernière, loin de lui nuire, ajouterait à la beauté du spectacle.

On entend déjà les plus férus des Gros Pardessus réciter leur rugby. Et de citer, comme pour s’exonérer, la mort de l’Agenais Michel Pradié, 18 ans, des suites d’un placage en 1930. « Mais le drame actuel s’inscrit dans l’évolution du rugby, où les professionnels courent de plus en plus vite, tapent de plus en plus fort, façonnés au rythme de leurs séances de musculation, rapporte Le Monde.  Il y a un mois, l’un des meilleurs joueurs au monde lançait déjà l’alerte sur ce rugby moderne : le capitaine gallois Sam Warburton a préféré prendre sa retraite dès l’âge de 29 ans. « Une décision devenue évidente » à force d’endurer blessures et opérations, selon l’homme de Cardiff, qui désire maintenant préserver ‘’sa santé’’ et ‘’son bien-être’’ ».

Nimier, Lalanne, Lacouture, Georges, Cormier, Blondin …

Et puis ce courage de Jefferson Poirot (Union Bordeaux-Bègles, XV de France) : « Pour être honnête, je ne suis pas totalement sûr de vouloir que mon fils de 9 mois fasse du rugby… ». Ce pilier ose avouer qu’il attend « des mesures pour améliorer les choses » : « Cette question de la santé des joueurs, on doit se la poser toute l’année ». Comme dans un métier. Sauf à imaginer, sous son pardesssus, que le spectacle passe avant la santé. Et que l’argent des retransmissions télévisées prime tout. Jefferson Poirot :

 « A la télé, on voit le ralenti d’un gros choc trois ou quatre fois, alors qu’un cadrage-débordement, ça peut être bien plus efficaceMon fils, s’il fait du rugby, je l’encouragerai à pratiquer ce rugby d’évitement qu’on ne voit plus assez. »

Rien de plus beau que l’absurde beauté de la mêlée quand elle porte en gestation l’intelligence à venir de l’évitement-cadrage-débordement.  Rien de plus suave qu’une entreprise de déménageurs qui permettra, demain, d’entendre pianoter sur l’ensemble de la gamme. A condition que personne ne meure dans l’affaire. Une affaire qui, égoïsme bien compris, concerne aussi l’écriture et le journalisme. Pour ne citer qu’eux:  Denis Lalanne, Jean Lacouture, Pierre Georges et Jean Cormier.

Roger Nimier (Arts, 13 avril 1960), rapportant un France-Irlande joué à Colombes « où un public de hasard, groupé sur un stade misérable, vient se livrer à son sport favori, le chauvinisme » :

« L’homme naît mauvais, la société le déprave, mais le rugby le sanctifie. Aussi un paradis toujours verdoyant attend-il les âmes de Cahors, de Pau, de Cork, de Brive, d’Edimbourg ou de Lourdes. C’est pourquoi -il est intéressant de le savoir- un joueur de rugby ne meurt pas. A la touche, il saute directement au ciel. A moins qu’il ne soit directement talonné par saint Pierre, qui recueille le bon et le mauvais de nos mêlées humaines et sauve tout ce qu’il peut des ballons – souvent ingrats – que nous lui fournissons ».

Applaudissements.

A demain

Nimier R. « Variétés » Arléa éditions (mars 1999)

Alzheimer et « maladies apparentées » : un petit livre bousculant, à lire avant cet été

 

Bonjour

Que ferions-nous sans la « Haute Autorité de Santé » et son jargon sans cesse renouvelé ? « Prolongeant une  « thématique majeure » elle publie aujourd’hui un « guide synthétique et des outils destinés à offrir une prise en charge adaptée et réactive ». Il est ici question des « plus de 850 000 personnes aujourd’hui atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée ». Et tout est dans ce dernier terme.

De quoi parlons-nous au juste quand nous parlons de maladie d’Alzheimer ? Et quels sont ces liens de parenté (ou de ressemblance) dont nous parle la HAS ? Et dans quelles proportions ? On peut le dire autrement : la « maladie d’Alzheimer » existe-t-elle ? Ne sommes-nous pas, ici, dans les pièges du faux-semblant comme le professe le Dr Olivier Saint-Jean dans un livre détonnant 1. Un ouvrage suffisamment dérangeant pour que le patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou ne soit guère entendu – ni de ses pairs, ni des médias.

La HAS le rappelle : « aucun médicament ne permet à ce jour de guérir ces malades ». Et elle insiste : «  un diagnostic dès les premiers signes est indispensable ». Mais quel diagnostic ? Outre celui d’ « Alzheimer » il faut compter avec « l’encéphalopathie neuro-vasculaire », la « maladie à corps de Lewy », les « dégénérescences lobaires fronto-temporales » voire « d’autres maladies plus rares – prion, HIV… [sic] ». « Ces maladies apparentées, moins connues que la maladie d’Alzheimer, sont parfois associées à une errance diagnostique et à un retard au diagnostic, ajoute la HAS. Des études sont en cours pour préciser la fréquence des principales causes de troubles neurocognitif en France »… Patientons.

Comment s’y retrouver ? Comment ne pas perdre pied dans ces brouillards diagnostiques et ces béances phsysiopathologiques ? Il faut, ici, ouvrir cet ouvrage dérangeant cosigné avec le journaliste Eric Favereau (Libération).  

« En finir avec Alzheimer ne serait-il pas byzantin ? Tout cela ne serait-il pas une simple querelle d’experts un peu trop égocentriques ? Pas vraiment si l’on se place du côté des malades, peut-on lire en conclusion de cet ouvrage problématique. En passant de la maladie au vieillissement, tout peut changer. Ce déclin cognitif, à moins de mourir avant, s’inscrit dans la normalité de l’espèce humaine. Il est sûr qu’exprimé ainsi, cela ne ressemble pas à une bonne nouvelle. On voudrait tellement être éternel, jeune, hyper-performant ! Mais voilà : il se peut que notre condition humaine nous amène à autre chose. Par exemple, dire que perdre la mémoire dans le grand âge est normal, nous autorise à revendiquer sans limite le maintien de notre espace de liberté en quittant l’identité du malade. »

Liberté, Vieillissement, Identité. Petit livre, grands sujets. Un ouvrage de chevet pour l’été. « Alzheimer, le grand leurre ». 168 pages, 17 euros.

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Alcools et  démences : des statisticiens français confirment la vista des anciens cliniciens

 

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Signes. Diagnostic. Traitement. On en revient toujours là. A fortiori avec Big Data. Dernier exemple en date :  dans les colonnes virtuelles de The Lancet Public Health 1. Une étude de l’Inserm menée en collaboration avec des chercheurs canadiens. Elle parvient à la conclusion qu’une consommation excessive d’alcool est associée à un triplement du risque de démences en général – et à un doublement de celui de développer la maladie d’Alzheimer.

C’est un travail remarquable : mené au-delà du chevet des malades ; « à partir des données exhaustives des hospitalisations en France entre 2008-2013 ». Big Data auscultant « l’association entre alcoolisme et démences ». Et ce monstre chiffré oubliant dans le même temps que d’autres que lui travaillèrent, jadis, le sujet. Pour l’heure cela donne, signé Inserm :

« La liste des troubles associés à l’alcool s’allonge encore. Après les problèmes hépatiques, cardiovasculaires et les cancers, les démences font maintenant partie du lot. Une consommation excessive d’alcool correspondant à six verres ou plus par jour pour les hommes et quatre pour les femmes s’est en effet trouvée associée à un triplement du risque de démences. Celles-ci incluent les démences précoces enregistrées avant 65 ans et directement attribuables à l’alcool de type syndrome de korsakoff (sic), les démences vasculaires résultant par exemple d’accidents vasculaires cérébraux et enfin, les démences neurodégénératives de type Alzheimer. »

Nous sommes ici dans un champ voisin du macronisme : Quelques études suggèrent un effet protecteur d’une consommation faible à modérée d’alcool sur la fonction cognitive mais en même temps peu de données permettent de travailler sur des consommations élevées. Confidence du service de presse de l’Inserm :

« Les personnes alcooliques refusent en effet, dans la plupart des cas, de participer à des cohortes de recherche médicale. Pour contourner ce problème, les chercheurs ont utilisé les informations issues du Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information qui renseigne toutes les causes d’hospitalisation. A partir de cette base, ils ont identifié 31,6 millions d’adultes hospitalisés entre 2008 et 2013 dont 1,3 million étaient affectés de démences et 950 000 présentaient une consommation excessive d’alcool (dont 85% une dépendance). Après exclusion des cas de démences attribuables à une pathologie bien identifiée, les chercheurs ont retrouvé une consommation excessive d’alcool dans 57% des démences précoces et 8% de celles survenues après 65 ans. Alors que pour l’ensemble des adultes hospitalisés, les taux d’alcoolisme étaient évalués à 6,2% chez les hommes et 1,5% chez les femmes. »

Table rase de notre passé

Signes. Diagnostic. Traitement. Pourquoi l’Inserm oublie-t-il le passé qui justifie sa présence ? Pourquoi ignorer les innombrables travaux menés sur le sujet ? On les retrouvera notamment ici : « Complications neurologiques de l’alcoolisme – Neurological complications of alcohol abuse » – dans La Lettre du Neurologue et sous la signature du Dr Thomas de Broucker (service de neurologie, hôpital Delafontaine, Saint-Denis) :

« Les complications neurologiques de l’alcoolisme chronique touchent le SNC et le système nerveux périphérique. Il s’agit des grands syndromes encé- phalopathiques que sont l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, l’encéphalopathie pellagreuse, le syndrome de Korsakoff, le syndrome de démyélinisation osmotique et le syndrome de Marchiafava-Bignami. L’ataxie cérébelleuse qui complique les intoxications aiguës peut devenir chronique et progressive en rapport avec une atrophie vermienne. »

Gayet-Wernicke, Korsakoff, Marchiafava-Bignami. Big Data.

A demain

1 « Contribution of alcohol use disorders to the burden of dementia in France 2008–13: a nationwide retrospective cohort study ». Michaël Schwarzinger,  Prof Bruce G Pollock, Omer S M Hasan, Carole Dufouil, Prof Jürgen Rehm, for the QalyDays Study Group

DOI: https://doi.org/10.1016/S2468-2667(18)30022-7

Cannabis : bientôt en prescrire pour aider les personnes âgées à ne pas oublier ?

 

Bonjour

Une série de données scientifiques récentes laissent penser que le cannabis pourrait protéger les vieux cerveaux de la sénescence. À quand des joints dans les Ehpad ?

Nous sommes encore bien loin d’en avoir fini avec le cannabis. En France, plus gros consommateur européen, le gouvernement refuse d’envisager sa dépénalisation et se borne à de prochains aménagements dans les sanctions policières frappant les usagers les moins chanceux –ou les plus défavorisés. Quant à son usage thérapeutique, il est toujours invraisemblablement interdit.

Dans le même temps, de nouvelles perspectives scientifiques se dégagent, laissant augurer de nouvelles indications médicales. Une possible révolution scientifique, médicale et pharmaceutique. Le dernier point des travaux sur le sujet vient d’être fait dans la revue Médecine/Sciences sous la signature d’Hélène Gilgenkrantz 1.

La suite sur Slate.fr.

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1 Gilgenkrantz H., «Effets paradoxaux du cannabis sur la mémoire. Une question d’âge!», Med Sci (Paris) 2018; 34: 15–16.

Il faut expérimenter l’usage thérapeutique de la lumière contre la maladie d’Alzheimer

 

Bonjour

Inefficaces et potentiellement dangereux les coûteux médicaments contre la maladie d’Alzheimer continuent d’être remboursés via la solidarité nationale. Cent cinquante millions d’euros par an en pure perte. Ainsi en a décidé Marisol Touraine qui, assurent les gazettes, va pulvériser le record de durée (cinq années) au ministère de la Santé. Une minuscule fraction de cette somme  permettrait de valider les conclusions d’un travail expérimental américain qui vient d’être publié dans la revue Nature . Un travail repris par la BBC : « ‘Flashing light therapy’ for Alzheimer’s ».

Cette étude a été dirigée par le Dr Li-Huei Tsai à la tête d’une importante équipe spécialisée dans l’étude de la dégénérescence cérébrale au sein du Massachusetts Institute of Technology. Elle a été menée sur des souris génétiquement modifiée de manière à souffrir d’une pathologie dont les lésions cérébrales sont l’exacte reproduction de celles observées dans la forme humaine de la maladie d’Alzheimer.

Stroboscopes de discothèques

Ces chercheurs établissent, en substance, que la projection d’une lumière intermittente (stroboscopique) dans les yeux de rongeurs  a pour effet d’induire très rapidement (en quelques heures) une involution des lésions pathologiques irréversibles (plaques amyloïdes) observées lors de la progression de la maladie dégénératives. Ce phénomène est la conséquence de fines modifications tissulaires cérébrales et d’une activation des cellules « détoxifiantes » et protectrices de la microglie. La lumière, en somme, luit.

La meilleure fréquence des clignotements potentiellement « thérapeutiques »  était, selon les auteurs de ce travail, de quarante par seconde soit un scintillement à peine perceptible, quatre fois plus rapide que ceux généré par les stroboscopes des salles de discothèque.

Les chercheurs estiment d’ores et déjà que cette approche, dénuée de risque, doit être expérimentée sur l’homme. Des demandes en ce sens ont été formulées auprès de la Food and Drug Administration américaine. Et la BBC explique qu’ils ont créé une société commerciale pour développer au plus vire une société capable de développer la technologie ad hoc.

 Lunettes thérapeutiques

«Nous sommes optimistes » a déclaré  le Dr Li-Huei Tsai. Ces chercheurs estiment que dans un futur proche les malades pourraient porter des lunettes spéciales ou être assis en face d’un dispositif émettant de la lumière pour recevoir des doses thérapeutiques de lumière stroboscopique. « Des études comme celle-ci sont utiles pour révéler de nouveaux processus impliqués dans la maladie d’Alzheimer et pour ouvrir de nouvelles voies pour de nouvelles recherches » a pour sa part  déclaré le Dr David Reynolds (Alzheimer’s Research, UK).

Nous sommes en décembre 2016. Les espoirs placés dans le développement de nouveaux médicaments s’écroulent 1. Rien n’interdit, d’un point de vue éthique, de mener de tels essais cliniques. La question sera-t-elle, en France, soulevée avant ou après la fin de l’actuel  quinquennat ?

A demain

1 « Le futur médicament contre l’Alzheimer ne sera jamais mis sur le marché (ni remboursé) » (Journalisme et santé publique, 23 novembre 2016)

 

 

 

 

 

François Fillon, la bobologie et le Dr Ventouse. Veut-il tuer la Sécu ou la sauver ?

 

Bonjour

Il pressent, déjà, le vent du boulet. Gagner la campagne présidentielle impose désormais de rassurer sur le front de la solidarité. Rassurer les Français quant à la prise en charge collective de leur frais médicaux. On ne touche pas sans mal à la Sécurité Sociale.

Présent à la petite messe du 20 heures de France 2 l’élu de la Sarthe a pris un engagement dès le lendemain de son pré-sacre :

« Je prends l’engagement de faire en sorte que toutes les personnes qui doivent être protégées, qui ont des revenus modestes ou moyens, ne seront pas moins bien remboursées ».

Stop  la polémique

Plus fort encore, et plus à gauche, il a été jusqu’à assurer qu’il entendait que les personnes « les plus modestes et âgées » soient « mieux remboursées qu’aujourd’hui ». Mieux remboursées par qui ? Par l’assurance maladie ou par les Mutuelles Complémentaires ? Par « les deux » répond-il. François Fillon sait que, déjà, le feu couve, que ses ennemis sont là, prêts à bondir :

«  Je veux tout de suite arrêter cette polémique sur ‘’moins bien rembourser’’, moi ce que je veux c’est sauver la Sécurité Sociale (…) L’accusation que porte la gauche sur ‘’il veut privatiser la Sécurité Sociale’’ est exactement la même accusation qu’on portait contre moi quand j’ai fait la réforme des retraites en 2003: ‘’il veut mettre par terre le régime par répartition » (…) »Aujourd’hui non seulement il n’est pas à terre mais je considère que j’ai largement contribué à le sauver ». »

Le héraut de la Droite et du Centre avait déjà séché l’actuelle ministre de la Santé lorsqu’elle avait tweeté  (« J‘ai fait chiffrer le programme santé de #Fillon : chaque foyer paiera en moyenne 3200€ de + par an pour se soigner. #Danger#LeGrandDebat »). Une déclaration  « mensongère et absurde » avait-il répondu. Et d’expliquer : « Je veux clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles. Cela passe par un panier de soins « solidaire » dont sont exclus les soins de confort et la « bobologie ». »

Furetière et Brétécher

« Bobologie » n’est peut-être pas le mot le mieux choisi, qui renvoie chacun et chacune à de petits soucis dont on aimerait ne pas avoir à parler. C’est un mot tordu, usé avant d’avoir vraiment servi. Par certains côtés il n’est pas sans faire songer au « chochotte » du regretté Alain Juppé. Il faut, ici, lire les phrases éclairantes du Dr François Pilet dans la Revue Médicale Suisse :

 « Vous avez dit ‘’bobologie’’ ? Ce vocable, refusé pour l’instant par les dictionnaires usuels, est très probablement issu du néologisme inventé par Claire Bretécher quand elle publie en 1985 le premier tome de son Dr Ventouse, bobologue. Cette scénariste et dessinatrice de BD, brillante et acide, a dû fréquenter l’intimité d’un médecin pour décrire avec autant d’acuité et de pertinence les pensées secrètes du Dr Ventouse.

Mais si le personnage de Claire Bretécher me fait beaucoup rire, la diffusion de ce terme au sein de notre corporation m’agace et m’inquiète. Selon le dictionnaire historique de la langue française Le Robert, le mot bobo, employé dans le langage enfantin en référence à une douleur physique, a pris le sens figuré de «mal anodin, sans gravité» dans la langue familière, enregistré par Furetière en 1690 déjà. Le terme «bobologie» en est donc étymologiquement dérivé et s’insinue subrepticement dans la pensée médicale, ramenant sans le dire les plaintes des patients à des enfantillages et le travail du médecin à un jeu sans importance dont la société pourrait facilement se passer (ou qu’elle pourrait pour le moins renoncer à financer). »

Infirmières fatiguées

Où l’on voit la complexité de la tâche qui attend François Fillon. « Je vais travailler avec les professions de santé, avec les responsables de l’assurance maladie, avec tout ceux qui ont un rôle dans ce domaine, pour travailler à un projet qui doit être un projet permettant l’équilibre de la Sécurité Sociale mais améliore la couverture des soins en particulier pour les plus modestes » dit-il. « Sur certains types de soins il faut voir si certaines personnes qui ont des revenus convenables peuvent participer ».

Un revenu « convenable ». Comment définira-t-on le seuil à partir duquel je ne bénéficierai plus de la solidarité pour laquelle j’ai cotisé. Et qu’en sera-t-il du monde hospitalier, des horaires et de la fatigue des infirmières condamnées à des réductions d’effectifs et à un allongement de leurs horaires hebdomadaires ? On passera ensuite à l’immense chantier de la dépendance, conséquence d’une population vieillissante pour laquelle tout ou presque n’est que souffrance – ou bobologie.

A demain

Le futur médicament contre l’Alzheimer ne sera jamais mis sur le marché (ni remboursé)

 

Bonjour

Hier encore c’était un espoir affiché, médiatiquement clamé. Aujourd’hui c’est un échec. Reconnu sinon assumé. Nous parlons du solanezumab gloire montante de la lutte contre la maladie d’Alzheimer. La déconfiture est annoncé depuis Indaniapolis par son producteur : la multinationale américaine Eli Lilly :  “Lilly Announces Top-Line Results of Solanezumab Phase 3 Clinical Trial”.

Précédent de peu l’autorisation planétaire de mise sur le marché l’essai clinique « EXPEDITION 3 » (2100 personnes souffrant d’une forme modérée de la maladie, étude de 18 mois contre placebo) n’a pas, c’est un euphémisme, confirmé les espoirs que la firme mettait dans son principe tenu pour être actif. Tout cela sera expliqué, dans le détail à San Diego et par vidéo le 8 décembre prochain (9:15 p.m. ET) :  http://www.ctad-alzheimer.com. 

Orgueils et préjugés

Il restera à comprendre comment on pouvait, en juillet 2015 tresser autant de couronnes précoces de lauriers à ce même pré-médicament : “Alzheimer’s drug solanezumab could slow patients’ decline” (BBC). Sur la même BBC John Lechleiter, directeur général de Lilly déclare aujourd’hui : « Les résultats de l’essai solanezumab de EXPEDITION3 ne sont pas ce que nous avions espéré et nous sommes déçus pour les millions de personnes en attente d’un traitement potentiel de la maladie. »

Des millions de personnes peuvent être déçues. Lilly aussi, qui dit avoir a investi depuis un quart de siècle trois milliards de dollars dans la recherche sur la lutte contre les démences plus ou moins précoces.

En France personne n’a encore commenté cet échec. Pour l’heure le pays continue, du fait de la seule volonté politique de Marisol Touraine, ministre de la Santé, à rembourser quatre médicaments qui ont amplement fait la preuve de leur inefficacité et de leur potentielle toxicité. C’est une autre forme, nationale et politique, de déception.

A demain