Vingt-quatre empoisonnements, neuf mortels : comment l’affaire bisontine évoluera-t-elle ?

Bonjour

Son nom peine à imprimer : le Dr Frédéric Péchier. Aussi les médias parlent-ils de « l’anesthésiste bisontin ». L’affaire est simplement inimaginable. Aussi cherche-t-on des points d’ancrage. Et, quand ils se souviennent, les médias évoquent « l’affaire Mériel » (CHU de Poitiers, 1984, un mort).

La cour d’appel de Besançon a, le 12 juin,  maintenu le Dr Frédéric Péchier, soupçonné de vingt-quatre empoisonnements dont neuf mortels, en liberté sous contrôle judiciaire. L’information a été donnée par les avocats de la défense et ceux des parties civiles. À l’issue de quatre heures de débats et d’une heure de délibéré les magistrats bisontin ont (à nouveau) laissé le médecin anesthésiste libre – comme il l’est depuis sa première mise en examen, prononcée en mars 2017, pour sept premiers cas d’empoisonnement.

Me Jean-Yves Le Borgne, l’un des avocats du médecin : « La chambre de l’instruction a purement et simplement confirmé la décision qui avait été prise au mois de mai par le juge des libertés et de la détention. C’était ce que nous sollicitions, c’était ce que nous espérions, c’était dans notre esprit ce que l’équité mais aussi le droit et la procédure pénale française commandaient. Nous vous le disons avec force, le Dr Péchier est présumé innocent (…), c’est un dossier en l’état sans preuves, il y a encore beaucoup d’actes d’investigation à accomplir ».

La démesure de l’ego

C’est peu dire que les parties civiles ont mal compris la décision des magistrats bisontins. Les chaînes télévisées ont amplement relayé leurs réactions. A ce stade l’affaire est d’un peu banale complexité, comme en témoigne un remarquable dossier du Parisien (Louise Colcombet) : « Anesthésiste de Besançon : révélations sur le mobile présumé du docteur Péchier En plus d’un ‘’ego démesuré’’, les enquêteurs soupçonnent le docteur Péchier d’avoir empoisonné des patients pour se venger de ses confrères. Le mobile est selon eux pluriel. Narcissisme confinant à la mégalomanie ou volonté de régler ses comptes par patients interposés ? (…) ».

Où l’on en revient à cette fascination que peut exercer le « fait divers ». Un sujet traité dans Libération ( Frédérique Roussel) : « Ecrire un fait divers est un défi lancé au réel » – un remarquable entretien avec Frédérique Toudoire-Surlapierre (« Le fait divers et ses fictions » Minuit, 192 pp., 18 €).

« Le fait divers n’existe que par les médias. Si un crime a lieu mais qu’il n’est pas signalé dans le journal, ce n’est pas un fait divers. Donc sa première expression est médiatique ; elle se caractérise souvent par la concision, la surprise, elle est un surgissement de l’extraordinaire dans une vie ordinaire. En revanche, le fait divers littéraire est tout autre puisque l’écrivain développe l’intrigue, il donne aussi des éléments de biographie des protagonistes, il rend compte de la complexité, voire de l’ambivalence des faits. C’est le cas de Truman Capote avec De sang-froid, Philippe Jaenada avec La Serpe, Lola Lafon avec Mercy, Mary, Patty, Emmanuel Carrère avec L’Adversaire à sa façon. »

Quel écrivain, s’emparera, demain, de l’affaire de l’anesthésiste bisontin ?

A demain @jynau

 

Attaché.e.s de presse et soupçons de conflits d’intérêts : un bel exemple à méditer

Bonjour

Mercredi, Le Canard chasse. Dans son viseur Sophie Le Quellec. Qui la connaissait ? Elle  a été nommée, le 3 juin 2019, « directrice de la communication et des relations institutionnelles » de la prestigieuse Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail. Et, en même temps, Directrice de cabinet du Directeur général de l’Agence (le scientifique Roger Genet). Elle est officiellement présentée ainsi à la presse spécialisée :

« Spécialiste des enjeux de communication associés aux sujets scientifiques et techniques d’intérêt public, Sophie Le Quellec coordonne désormais la réflexion et les actions visant à renforcer le rayonnement de l’expertise et les valeurs de l’Anses. Elle succède à Alima Marie-Malikité, nommée Directrice de la communication à Météo France.

« Ingénieur agronome, Sophie Le Quellec débute sa carrière comme chargée de communication pour la Société commerciale des potasses d’Alsace. Après une première expérience dans le conseil, en tant que directrice d’études auprès d’entreprises du secteur agricole, puis après avoir suivi un cursus de formation en communication institutionnelle au Celsa, elle rejoint en 2002 l’agence de communication et de relations publiques i&e.  Chez i&e puis Burson-Marsteller i&e, où elle évolue jusqu’au poste de directeur conseil, elle se spécialise dans le domaine de la santé et en particulier dans les sujets de santé publique, de santé environnementale ou encore d’innovation médicale

« Elle conseille et accompagne notamment l’Afsset, l’Agence de la biomédecine et le ministère en charge de l’écologie sur des orientations de communication institutionnelle, des campagnes de santé publique (don d’organes, don de gamètes) et des actions de concertation (Etats généraux de la bioéthique 2009, Assises nationales des risques naturels 2013, Rencontres nationales santé environnement 2013).

Un CV du genre à se pâmer

« En 2016, Sophie Le Quellec rejoint l’Unédic pour accompagner le développement de sa communication sur sa performance et son utilité sociale en tant que gestionnaire de l’Assurance chômage. Promue directrice de l’information et de la communication en 2017, elle s’attache à faire connaître et à mettre en valeur l’appui expert apporté par l’Unédic aux récentes phases de négociation et de concertation entre les partenaires sociaux, et entre les partenaires sociaux et l’Etat. 

« Sophie Le Quellec assure désormais la fonction de directrice de cabinet du directeur général et pilote la stratégie de communication et des relations institutionnelles de l’Anses. A ce titre, elle impulse et met en œuvre les orientations de l’Agence pour diffuser ses travaux scientifiques en appui aux politiques publiques. Elle contribue ainsi à poursuivre un dialogue continu avec l’ensemble des partenaires et parties prenantes afin de partager l’expertise scientifique de l’Anses selon ses principes d’ouverture et de transparence. »

Salaire non précisé. Au terme ce ce CV à se pâmer la nouvelle Directrice déclare :

« Soucieuse de l’utilité sociale des projets et actions que je porte, j’adhère pleinement aux engagements scientifiques et déontologiques ainsi qu’aux valeurs de transparence et de dialogue portés par l’Anses. Alimenter les débats et la décision de repères scientifiques solides, c’est essentiel pour accompagner les politiques publiques au plus près des réalités sanitaires et des questions de la société civile. »

C’est alors que Le Canard (Isabelle Barré) entre en scène. Il rapporte (« Une recrue très industrieuse ») que priée de préserver une totale indépendance vis-à-vis des lobbys, l’Anses vient d’opérer un choix qui se discute : chez i&e et Burson-Marsteller les cliens se nommaient Coca Cola, Findus, Danone, Total, Bayer et Monsanto. Et Le Canard de se souvenir que Sophie Le Quellec a participé, au début des années 2000 à une oparation de communication commanditée par un consortium d’industriel – dont Monsanto « visant à redorer le blason des OGM. « C’est, dit-elle aujourd’hui, un atout » :

« J’ai observé des points de vue très divers et je sais accueillir la complexité des sujets ». [sic ajoute le volatile]

On pourrait retourner le compliment. Dénoncer un parcours qui pourrait laisser redouter une forme de duplicité. Se morfondre de la dissolution des cohérences dans le ciel des idéologies disparues. Et après ?

A demain @jynau

Urgences en crise : la vérité enfin révélée sur la mort de «la patiente de Lariboisière»

Bonjour

11 juin 2019. Une centaine de service d’urgences en grève, montée en puissance des syndicats du secteur. Abcès collecté. Est-ce un hasard ? Le jour même où la contestation de la politique hospitalière prend un ampleur sans précédent, le voile est levé sur les causes de la mort, le 17 décembre 2018, de « la patiente de Lariboisière » : Micheline M., 55 ans, employée de la police municipale et originaire de Martinique.

Le 18 décembre dernier l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) avisait le procureur de la République de Paris de la survenue du « décès inexpliqué » d’une patiente, 55 ans – état sans gravité apparente, au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière. Ce décès avait été constaté à 6 h 20. Cette femme avait été prise en charge la veille par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et amenée à l’hôpital Lariboisière vers 18 h 45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service. L’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière commençait.

Un mois plus tard, l’AP-HP publie un long communiqué politiquement plus que correct. Une ombre de mea culpa et la pleine lumière sur tout ce qui sera mis en œuvre faute de l’avoir été auparavant. Où l’on découvre les résultats de l’enquête interne diligentée par l’AP-HP. Rapport remis le 12 janvier 2019.

Dramatiquement exemplaire

En janvier dernier on apprenait l’existence d’un « œdème pulmonaire » aux conséquences fatales. Aujourd’hui ce sont les résultats de l’enquête préliminaire sont dévoilés par Le Monde (Cécile Bouanchaud). Où l’on apprend que Selon le rapport d’autopsie, les causes de la mort de Micheline M. sont « compatibles » avec une méningite, elle-même cause de l’embolie pulmonaire.

L’histoire est dramatiquement exemplaire. A plusieurs titres. Le 17 décembre 2018, Micheline M. souffre depuis la veille de douleurs aux mollets et de maux de tête. Elle ne se rend pas directement aux urgences mais va consulter au centre médical de Stalingrad, non loin de chez elle, dans le 19e arrondissement de Paris. A 18 heures elle fait un malaise devant l’établissement, sur le point de fermer. Un agent de sûreté travaillant dans le bâtiment est alors prévenu et se rend auprès de la patiente à qui il propose son aide.

Elle réclame, « tremblante », d’être reçue par un médecin – en vain. Contre la volonté de la patiente, qui souhaite rentrer se reposer chez elle, l’agent de sécurité appelle les pompiers, qui arrivent sur place vers 18 h 20. Les sapeurs-pompiers de Paris procèdent à un bilan de santé, notant sur une fiche d’intervention les symptômes dont souffre la quinquagénaire.  Arrivé à l’hôpital vers 18 h 50 avec la patiente, le chef d’équipe des pompiers transmet la fiche d’intervention.

Vers 19 heures, la patiente est brièvement examinée. L’infirmière constate alors une fièvre de 40,1° et lui administre un Doliprane. Lorsqu’elle lui demande de décliner son identité, cette dernière prononce « quelque chose d’inaudible », avant de confirmer en hochant la tête que le nom inscrit sur le bracelet d’admission est le bon, alors qu’il est erroné – un bracelet qui sera perdu après sa mort précise Le Monde.

Il est 19 heures passées lorsque la patiente est conduite, sur un brancard, dans la salle où se trouvent de nombreuses autres personnes alitées. Commence alors une longue attente. Ce n’est qu’à 23 h 55 qu’elle est finalement appelée, sous une mauvaise identité, pour une consultation avec un médecin.

Selon les éléments de l’enquête, une infirmière l’appelle une première fois en salle d’attente, puis à l’accueil, avant de réitérer son appel dans la salle du circuit court. Faute de réponse, Micheline M. est alors inscrite dans le logiciel comme « ne répondant pas à l’appel ». A 1 h 18, elle est déclarée « en fugue » par un membre du personnel médical qui n’a pas pu être identifié.

Rejet de l' »erreur humaine« 

 A 4 heures du matin, une infirmière l’inscrit comme « définitivement sortie », l’excluant alors officiellement du circuit. Deux heures plus tard la patiente est découverte inanimée par une infirmière qui la pensait endormie. Après quinze minutes de tentative de réanimation, elle est déclarée morte. En regardant dans ses affaires, les membres du personnel découvrent alors que la victime avait été enregistrée sous une mauvaise identité.

« A l’unisson, les personnels hospitaliers interrogés soulignent ‘’une charge de travail très importante la nuit du drame’’, souligne Le Monde. Rejetant ‘’une erreur humaine’, ils privilégient une explication structurelle sur l’organisation des urgences, ‘’saturée en permanence’’.». Sans surprise, le directeur des ressources humaines de l’hôpital estime, lui, que le personnel était ‘’en nombre suffisant’’ ce soir-là, quand le DRH des médecins précise pour sa part que les effectifs de sa section étaient respectés. 

La famille de la défunte a déposé plainte, le 14 janvier,pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». Ce drame révèle-t-il les coulisses d’une organisation hospitalière à bout de souffle ?

A demain @jynau

Maladie de Lyme: ce qu’elle nous dit de la rupture entre les médecins et leurs malades

Bonjour

Qui dira la puissance révélatrice de certaines bactéries pathogènes transmises par les tiques ? Ces germes mettent à mal le socle central sur lequel la médecine occidentale officielle s’est construite et fortifiée: pour les médecins, face à leur patientèle, de percevoir les signes, de porter un diagnostic et enfin de prescrire un traitement. Un socle omniprésent dans les amphithéâtres et les questions d’internat

Il y a peu, tout s’emballa : le corps médical prit conscience que cela ne suffisait plus –trop de failles, trop d’erreurs, quelques scandales. Vint alors, complétant scientifiquement l’ensemble, le concept de la médecine basée sur les faits/preuves (ou evidence-based medicine). En d’autres termes, «l’utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse des meilleures données disponibles pour la prise de décisions concernant les soins à prodiguer à chaque patient». Ce fut là un progrès indéniable. Pour autant on observe des espaces croissants où l’incertitude demeure, des cas où les symptômes fluctuent, le diagnostic se discute, le traitement fait polémique. L’étrange est là, sous-jacent, qui vient défier la raison et la science. Ainsi avec Lyme …. Lire la suite sur Slate.fr

A demain @jynau

Quand et comment Agnès Buzyn parviendra-t-elle à en finir avec la crise montante des urgences ?

Bonjour

6 juin 2019. Il y a trois quarts de siècle c’était le D-Day. Puis vint le célèbre Plan Marshall (« Programme de rétablissement européen ») un vaste dispositif  de prêts américains accordés de ce côté-ci de l’Atlantique pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées. Générosité ? On a aujourd’hui généralement oublié que ces prêts étaient assortis de la condition d’importer pour un montant équivalent d’équipements et autres produits venus des Etats-Unis.

Aujourd’hui c’est bien, toutes proportions gardées, un « Plan Marshall » que réclame, dans les colonnes du Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) le très mesuré Dr François Braun,  président de SAMU-Urgences de France. Un Plan Marshall avec, dans l’attente, des bouffées d’oxygène « pour passer l’été ». Et, le même jour, on annonce qu’Agnès Buzyn devrait « faire des annonces ». Le Congrès des urgentistes se tient à Paris et une manifestation animée est programmée entre Montparnasse et le ministère de la Santé.

Soignants grévistes et représentants syndicaux accusent la ministre de n’avoir pas mesuré l’ampleur du malaise des soignants. « Elle est très méprisante, aucune négociation n’a été ouverte avec les personnels alors que des services d’urgence sont en grève depuis des semaines », dénonce Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). L’heure est grave. Le Dr Braun:

« L’année dernière, on allait dans le mur. Cette année, nous y sommes ! Les services sont en train de lâcher. L’Observatoire de la souffrance au travail des praticiens hospitaliers a enregistré davantage de déclarations de collègues en burn-out sur les quatre premiers mois de 2019 que sur tout 2018. À Tourcoing, à Lons-le-Saunier, la situation est dramatique. Cette souffrance, jusque-là médicale, s’est étendue aux paramédicaux. On embauche des infirmières en intérim, c’est du jamais vu. Nous sommes arrivés au bout du système. »

« Aujourd’hui ,dit-il, plus de 100 services d’urgences se sont mobilisés. Si rien n’est fait, la moitié des services d’urgences seront en grève cet été ou dans l’impossibilité de bosser. Nous avons besoin d’un plan Marshall pour les urgences. Qu’on nous donne de l’oxygène pour passer l’été ! Directeurs d’hôpital et ARS doivent maintenir à tout prix l’activité des urgences cet été. Quand un service tourne sans médecins, on nous dit :  »Débrouillez-vous » Non ! Ça suffit ! Les PH dont l’activité ne relève pas de l’urgence doivent désormais s’investir davantage et venir faire leur boulot aux urgences. Nous n’avons pas besoin de plus d’urgentistes mais de plus de temps. 40 à 50 % de notre activité ne relève pas de l’urgence. Certains services ne font plus d’entrées directes de patients et préfèrent les faire passer par chez nous, c’est plus confortable, les examens complémentaires sont faits. Eux peuvent se permettre de fermer des lits en été, nous non. »

Où l’on mesure l’ampleur du défi posé à la ministres des Solidarités et de la Santé – défi compliqué de la défaillance croissante de la médecine de ville. « Ce n’était pas le cas il y a 15 ans. Les pouvoirs publics ont laissé faire par complaisance, accuse le Dr Braun. Cet été, les libéraux vont probablement tous partir en même temps en vacances, comme à chaque fois, et les conseils départementaux de l’Ordre ne diront rien, comme à chaque fois. Non, ce n’est plus possible ! C’est de la responsabilité de l’Ordre des médecins de maintenir la permanence des soins sur les territoires pendant les vacances. »

Or l’Ordre vient précisément de s’adresser solennellement à Agnès Buzyn et au gouvernement. « Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France, observe-t-il. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. » Dans ce contexte l’Ordre « appelle avec gravité à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé. » « Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue ».

Entendre politiquement la souffrance ? Emmanuel Macron donnera-t-il à Agnès Buzyn a-t-elle les moyens d’un « Plan Marshall » pour les urgences de France ?

A demain

@jynau

Grève aux urgences : l’Ordre des médecins en appelle solennellement à Agnès Buzyn

Bonjour

5 juin 2019. Sujet chaque jour un peu plus médiatique, la grève des soignants urgentistes entre dans une nouvelle phase. Après Agnès Buzyn (et la polémique sur le « dévoiement ») hier sur France Inter nous avons entendu ce matin  Sibeth Ndiaye, conseillère en communication et porte-parole du gouvernement sur RTL (Elizabeth Martichoux). Entre l’affaire Benalla et la Coupe du monde de football féminin elle s’est exprimée sur ce mouvement atypique autant que symptomatique.

La porte-parole du gouvernement a notamment assuré que la ministre des Solidarités et de la Santé était « disponible pour recevoir » les médecins urgentistes prévoient une manifestation le jeudi 6 juin en plein Congrès des urgentistes organisé à Paris. Un congrès majeur où Agnès Buzyn hésite visiblement à se rendre.

À propos des « arrêts maladie » controversés Sibeth Ndiaye a dit « ne jeter la pierre à personne » et appelle « tout le monde à converger pour essayer de trouver des solutions ». Agnès Buzyn campera-t-elle sur sa position et sa condamnation de ces « arrêts maladie » ? Matignon aimerait que non.  La ministre « suit le sujet avec énormément d’attention, de préoccupation », a encore souligné la porte-parole du gouvernement. « Elle-même médecin », elle « connaît parfaitement la situation de l’hôpital français » ajoute-t-elle.

C’est dans ce contexte que vient de s’exprimer, avec la hauteur et la solennité qui sied, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) qui, inquiet, « appelle à une concertation d’urgence ». Extraits :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a suivi les évolutions des grèves des médecins et personnels soignants dans les services d’urgences des hôpitaux. Il a pris connaissance des réquisitions préfectorales, notamment à Lons-le-Saulnier, et de l’émotion que les conditions de leur mise en application ont suscitée (…)  

« L’Ordre des médecins appelle avec gravité, dans le cadre du dialogue social, à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé, tant pour le service des patients que pour eux même. Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue (…)

«  Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. L’Ordre des médecins apporte son écoute et son soutien à l’ensemble des médecins et professionnels de santé qui exercent près des patients dans des conditions de plus en plus difficiles, et il est prêt à prendre toute sa part dans l’élaboration des décisions ministérielles qui ne sauraient être plus longtemps différées. »

Agnès Buzyn est-elle toujours inscrite à l’Ordre des médecins ?

A demain

@jynau

Combien de temps notre société acceptera-t-elle de soigner les personnes les plus âgées ?

Bonjour

Aucun hasard mais des signes convergents, en marge de l’affaire Vincent Lambert et du regain d’intérêt pour les « directives anticipées ». A commencer par cette interrogation officiellement soulevée au Québec : élargir ou pas le suicide médicalement assisté aux personnes devenues « inaptes » à le demander. Ou cette question ouvertement posée au Benelux : interdire ou pas les traitement au-delà de la barrière des 85 ans ? Et aujourd’hui le quotidien catholique français La Croix (Pierre Bienvault) qui s’interroge : « Faut-il soigner les patients très âgés comme les autres ? » Où l’on pressent que la réponse est (presque) inscrite dans la forme donne à la question.

Un débat d’actualité, nous dit La Croix : « Face à l’arrivée de traitements au prix parfois astronomique, notamment dans le domaine du cancer, certains médecins se demandent s’ils vont pouvoir continuer à soigner tout le monde de la même manière. ‘’Pour l’instant, il n’existe pas de consignes pour éviter de traiter des patients très âgés uniquement pour des raisons de coût. Mais j’ai le sentiment que le débat devient de plus en plus âpre dans les hôpitaux’’, souligne le Dr Véronique Lefebvre des Noettes, gériatre et psychiatre à l’hôpital Émile-Roux de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne).

Mais La Croix donne aussi à voir la complexité du sujet. Comme en donnant la parole à Jean-Pierre Droz, professeur émérite d’oncologie à l’université de Lyon : « Il y a une vingtaine d’années, on traitait peu le cancer à partir d’un certain âge. Pas mal de gens, y compris des médecins, estimaient que cela ne valait pas la peine d’infliger des traitements parfois lourds à ces patients. Mais, aujourd’hui, on a conscience qu’une personne de 80 ans, en bon état général, peut très bien espérer vivre dix ou quinze ans de plus si on soigne son cancer. » Pour le Pr Droz, l’âge en soi ne peut en aucun cas être un critère pour décider d’un traitement.

Tarifer à l’activité

Au cœur du débat : «la « qualité de vie ». Dr Véronique Lefebvre des Noettes : « Il faut toujours se demander si tel traitement va améliorer ou détériorer la qualité des dernières années de vie qui restent à la personne. » Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est la qualité au regard du coût pour la collectivité. Toujours dans La Croix la Pr Anne-Laure Boch neurochirurgienne à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière récuse l’idée que des impératifs économiques conduiraient à ne plus soigner les patients âgés. « C’est presque l’inverse aujourd’hui avec la tarification à l’activité. Avec ce système de financement, les hôpitaux sont au contraire poussés à faire le plus d’actes possible, y compris chez des gens âgés ».

De ce point de vue le cas de l’insuffisance rénale est riche d’enseignement. Yvanie Caillé, fondatrice de l’association de patients Renaloo : « La dialyse est une activité très rentable car très bien remboursée. En France, plus d’un patient sur 10 qui démarre la dialyse a plus de 85 ans. Pour certains d’entre eux, qui vont décéder en quelques semaines ou quelques mois, on peut se demander si ce choix est toujours dans leur intérêt, d’autant qu’il existe des traitements palliatifs conservateurs qui leur permettraient de vivre aussi longtemps mais dans de meilleures conditions ».

Soigner sans surmédicaliser. Soigner sans abandonner à la fatalité. « Qualité de vie » de la personne âgée, revendication montante d’un droit à mourir dans la dignité, augmentation croissante de la proportion des personnes vieillissantes, chacun pressent qu’il s’agit ici d’un sujet politique et médical majeur. Un sujet qui n’est jamais abordé dans sa globalité par l’exécutif français 1. Au risque de voir apparaître, demain, la même funeste question que celle aujourd’hui soulevée au Québec.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème, on peut se reporter au Comité national d’éthique et à son avis de mai 2018 sur les enjeux éthiques du vieillissement.