Alcoolisme fœtal, grossesse et publicité: à partir de quand faut-il commencer à s’indigner ?

Bonjour

Bloguer c’est aussi, sinon s’indigner, du moins faire part des indignations. Nouvelle polémique à la frontière du sanitaire et du publicitaire. « Une campagne de prévention orchestrée par une association représentant la filière viticole provoque la colère des professionnels de la santé publique » rapporte Le Figaro (Soline Roy).  «Un bon vin peut bien attendre neuf mois.» : tel est le slogan d’une nouvelle campagne de prévention des risques liés à la consommation d’alcool pendant la grossesse qui en a fait bondir plus d’un dans le monde de la santé publique. » Cœur de la controverse : un visuel associant la rondeur d’un verre de vin à celle du ventre d’une femme enceinte

L’affaire vaut d’être rapportée. Elle est menée par Vin & Société, une structure qui  dit représenter les 500.000 acteurs de la vigne et du vin. La nouvelle campagne « émet un message important à l’attention des femmes enceintes : en raison des risques que la consommation d’alcool peut représenter pour la santé du futur bébé, ‘’par précaution, zéro alcool pendant la grossesse’’ ». Pitch :

« La notion de temps long est propre à la grossesse. Elle l’est également au vin : produit culturel, il est ancré dans notre histoire et dans notre patrimoine, il se prépare patiemment au rythme des saisons jusqu’à la vendange. Il vieillit parfois dans nos caves et nous accompagne tout au long d’une vie lors des moments de partage, à table, en famille et entre amis. C’est cette double attente qui s’exprime à travers la signature ‘’Un bon vin peut bien attendre neuf mois’’ et que l’on retrouve dans le visuel, qui évoque le verre de vin et l’arrondi du ventre des femmes enceintes. »

 Une campagne publicitaire au service d’une ambition : « toucher directement les femmes enceintes ou souhaitant l’être » (sic). Une campagne publicitaire et « trois volets complémentaires » : « une annonce diffusée début novembre dans les journaux et les sites mobiles de la presse féminine et familiale – (Parents, Cosmopolitan, Magic Maman) ; une initiative originale avec la création d’un bijou en série limitée (re-sic) avec les créatrices de la marque April Please ; et enfin un dispositif web et digital permettant à la fois la diffusion d’informations pratiques et l’engagement des femmes enceintes qui le souhaitent via la participation de la blogueuse influenceuse Poussine (re-re-sic) ».

 Krystel Lepresle, déléguée générale de Vin & Société :  « Nous avons souhaité nous adresser directement aux femmes enceintes à travers ce dispositif multi-canal, sans les culpabiliser. Nous ne remplacerons jamais les professionnels de santé, ce n’est pas notre rôle. En revanche, nous sommes les mieux placés pour donner le bon mode d’emploi de notre produit. Nous avons toute une vie pour nous faire plaisir, mais pendant la grossesse, et en l’absence d’études concordantes, il est recommandé de ne pas consommer d’alcool »

Pr Michel Reynaud, psychiatre addictologue et président du Fonds Actions Addictions : « C’est terrifiant ! Tout est utilisé pour se donner une bonne image.»

Bernard Jomier, médecin généraliste et sénateur écologiste (apparenté PS) de Paris – très actif sur Twitter : «La prévention doit rester le domaine des acteurs de santé publique. On est dans un contournement très subtil et très bien mené de la loi Évin ».

Guylaine Benech, consultante formatrice en santé publique : « On atteint des sommets de cynisme ! »

Joël Forgeau, président de Vin & Société : « Comme nous nous y sommes engagés en juin 2018 auprès du Président de la République, Vin & Société met en oeuvre des mesures fortes de prévention et de lutte contre les consommations nocives d’alcool. La filière vitivinicole porte une attention particulière au syndrome d’alcoolisation foetale et a une position claire : pendant la grossesse, par précaution, il convient de ne pas consommer d’alcool. Nous avons également proposé au gouvernement d’améliorer la visibilité du pictogramme femme enceinte sur les étiquettes, avec une taille à 0,8 cm et en améliorant le contraste. C’est un rappel utile, mais rien ne vaut la prévention et la parole des professionnels de santé face à un public vulnérable » (re-re-re sic).

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : on attend toujours qu’elle s’exprime sur le sujet.

Palais de L’Elysée : silence complet.

A demain @jynau

Accouchement et transparence: à quand la liste des maternités françaises «malveillantes» ?

Bonjour

La quête de la transparence et la volonté de classement sont désormais sans limites. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) n’est pas épargné. Il vient, rapporte l’AFP, de présenter un nouveau « label » : il sera attribué aux maternités «qui s’engagent à mettre la bienveillance au centre» de leurs activités et «qui acceptent la transparence» sur leurs pratiques.

Cette initiative, dont le projet avait été annoncé fin 2017, est l’une des réponses de la profession aux récentes, récurrentes et troublantes accusations de «violences obstétricales», gestes médicaux « inappropriés » ou « pratiqués sans consentement » – accusations qui s’étaient multipliées sur les réseaux sociaux et dans différents médias généralistes.   

Les maternités labellisées «CNGOF» s’engagent à respecter douze critères (possibilité pour les patientes de «vivre un accouchement démédicalisé» en l’absence de facteur de risque ; amélioration de l’information des femmes enceintes ;  transparence sur les taux d’épisiotomie, d’accouchements déclenchés et de césariennes etc). Le mécanisme a été expliqué pat le Pr Israël Nisand, président du CNGOF au cours d’une conférence de presse. L’évaluation du respect de ces critères ? Elle sera en partie confiée «aux femmes elles-mêmes», avec un questionnaire «trois jours, puis trois mois après leur accouchement».

Appel politique à Agnès Buzyn et à Marlène Schiappa.

 «Nous sommes la première spécialité médicale à procéder ainsi et chaque établissement labellisé disposera d’un précieux baromètre de qualité», souligne le Collège. Une soixantaine d’établissements ont d’ores et déjà demandé à en bénéficier et une dizaine sont déjà labellisés de façon provisoire – sur la base de leurs statistiques d’activité actuelles et de leur engagement à respecter cette démarche de «bientraitance». Par la suite le respect des critères sera ensuite vérifié tous les ans pour prolonger ou retirer le label.

Mieux encore : l’amélioration de l’information des patientes s’appuie sur le site internet Maternys (vidéos thématiques et infographies en 3D illustrant le suivi de la grossesse, le déroulement de l’accouchement et la prise en charge post-natale) – son coût (5 euros par patiente) sera pris en charge par les maternités labellisées. Cette plateforme servira également de support pour recueillir la satisfaction des femmes sur leur suivi de grossesse et le déroulement de leur accouchement.

Pour mieux diffuser cet outil, le Pr Nisand demande publiquement un « soutien politique » à la ministre de la Santé Agnès Buzyn et à la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa. Il semble d’ores et déjà acquis que cette dernière répondra.

A demain @jynau

 

Vrai ou faux : les fœtus humains goûteraient la musique classique et celle des tambours africains

Bonjour

Il est des études qui ne semblent menées que pour que la presse s’en empare et en chante les vertus – retombées économiques assurées. Ainsi ce travail que viennent de présenter à Berlin les responsables du centre barcelonais de PMA de l’Institut Marquès 1 lors de la 29ème édition du Congrès Mondial Ultrasound in Obstetrics and Gynaecology (ISUOG). Où l’on apprend que, « comme les nouveau-nés, les fœtus aiment la musique classique et traditionnelle, mais ne peuvent l’entendre que si elle leur parvient par le vagin de leur mère ». Tout ou presque est expliqué ici : Fetal facial expression in response to intravaginal emission of different types of music

« Les chercheurs ont évalué les mouvements de la bouche et de la langue de trois cents foetus entre 18 et 38 semaines de gestation, explique-t-on à la presse. Et ce en réponse à quinze chansons de trois styles musicaux différents: classique (Mozart, Beethoven…), traditionnel (chants, tambours africains …) et pop-rock (Shakira, Queen …).

Les hymnes de l’équipe de football préférée de leurs parents

Pour cela, un haut-parleur vaginal mis au point par l’équipe de l’Institut Marquès. » Pour la Dr López-Teijón, directrice de l’Institut, «les fœtus ne peuvent entendre que si le son leur parvient directement du vagin, ils peuvent à peine percevoir le bruit venant de l’extérieur ».

Conclusion : La musique préférée des foetus « sont des mélodies qui ont perduré au fil des ans »,explique la Dr Marisa López-Teijón, « soit une sérénade de Mozart, soit le son ancien des tambours africains ». Une exception : la chanson de Bohemian Rhapsody (Queen), « qui s’est avérée à être l’une des chansons préférées des bébés pendant la grossesse ». On verra ici le hit parade global.

Aller plus loin ? Tout ici est possible. L’Institut Marquès vient ainsi de commencer une étude, toujours à Barcelone, « afin d’analyser la réaction des fœtus lorsqu’ils entendent les hymnes de l’équipe de football préférée de leurs parents ». Tout est possible, à commencer par ce qui commence à ressembler au pire?

A demain @jynau

1 L’Institut Marquès se présente comme un centre de référence international en Gynécologie, Obstétrique et Procréation Médicalement Assistée, présent à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et au Koweït. Il assure offrir « les taux de réussite de grossesse les plus élevés, avec 89% par cycle de FIV avec don d’ovocytes ».

 

 

Agnès Buzyn «surveille»-t-elle les mails des médecins ? Nos précisions sur un titre critiqué

Bonjour

Ecrire, bloguer c’est, parfois, donner l’impression d’exagérer. Ainsi ce titre : « Pourquoi Agnès Buzyn surveille-t-elle les mails des médecins hospitaliers tentés par la grève ? ». Un titre né des déclarations publiques de la ministre des Solidarités et de la Santé

« Ils ne le savent pas mais je suis dans la boucle de mails des médecins qui s’écrivent au sujet de leur envie de faire grève. Je suis sidérée, d’abord de leur méconnaissance du système, du nombre d’informations fausses dont ils disposent et sur lesquelles ils basent leurs raisonnements et à quel point leurs solutions sont des solutions de court terme qui ne régleront pas le problème. »

Pour sa part Le Quotidien du Médecin évoquait ici une « prise de risque », celle de critiquer l’implication de certains médecins hospitaliers dans le Collectif inter-hôpitaux et la grève nationale annoncée pour le 14 novembre.  Plusieurs lecteurs nous ont fait part de leur surprise et de leurs critiques. « Bien qu’elle ne me soit pas sympathique je trouve vache (un coup bas en fait) de dire qu’elle « surveille » les mails. A lire le titre on dirait qu’elle les espionne de façon illégale, nous écrit ainsi Umberto Ucelli.  Il se trouve que les médecins (aussi) s’écrivent des courriels à destinataires nombreux, sorte de forum. Donc elle est parmi probablement des dizaines de destinataires et elle lit ce qu’on lui adresse sans voir forcément qu’elle parmi les destinataires. »

Sans doute faut-il ici revenir aux définitions de « surveiller » : Nos critiques retiennent celle-ci : « Observer les agissements d’adversaires potentiels, les lieux d’où peut survenir le danger » ; ou celle-là : « Se tenir informé, par des moyens policiers, des activités de personnes jugées suspectes, du comportement de collectivités, de groupes, de lieux à risques. »

Pour notre part nous ne songions qu’à : « Observer quelqu’un avec une certaine attention pour comprendre son comportement. » Aucun « coup bas », donc. Mais, sans doute, la nécessité de mieux s’expliquer.

A demain @jynau

Pourquoi Agnès Buzyn surveille-t-elle les mails des médecins hospitaliers tentés par la grève ?

Bonjour

Elle l’a (enfin) reconnu … Dimanche 13 octobre, sur le plateau de CNews/Europe1/Les Echos  Agnès Buzyn a parlé d’« un problème de rémunération »des personnels hospitaliers, médicaux ou pas. Mieux encore « rendre l’hôpital public plus attractif ». Une annonce qui précédait de deux jours la nouvelle journée de manifestation (15 octobre) de deux collectifs : « inter-urgences » et « inter-hôpitaux ». Interrogée sur leur revendication centrale (une revalorisation salariale générale de 300 euros net) la ministre des Solidarités et de la Santé, a (enfin) déclaré :

« Il la faut, il y a un vrai sujet sur les rémunérations directes, mais il faut aussi tenir compte des rémunérations indirectes, le temps de travail, les gardes, etc. Un vrai travail doit s’engager. J’ai demandé à mes équipes d’ouvrir ce dossier pour les débuts de carrières médicales et infirmières, parce que c’est vraiment trop difficile aujourd’hui. » « Je pense qu’il y a un problème de rémunération si on veut rendre l’hôpital attractif ».

Ceci ne va pas sans faire mal : en parlant ainsi Agnès Buzyn en a profité, observe Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez), pour jeter une pierre dans le jardin de ses prédécesseurs (citons notamment Marisol Touraine, Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand): « Il y a eu plein de réformes non accompagnées qui ont entraîné des dysfonctionnements internes. Il faut changer la gouvernance et l’attractivité. J’y travaille.» 

Manquement à la confraternité

Mais, ajoute Le Quotidien, l’ancienne hématologue hospitalo-universitaire devenue ministre macronienne a aussi osé prendre le risque de critiquer l’implication de certains médecins hospitaliers dans le « collectif inter-hôpitaux .

« Ils ne le savent pas mais je suis dans la boucle de mails des médecins qui s’écrivent au sujet de leur envie de faire grève, a souri la ministre, rappelant qu’elle avait une activité de consultation d’hématologie à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP) il y a moins de trois ans. Je suis sidérée, d’abord de leur méconnaissance du système, du nombre d’informations fausses dont ils disposent et sur lesquelles ils basent leurs raisonnements et à quel point leurs solutions sont des solutions de court terme qui ne régleront pas le problème. »

Cette sidération sera appréciée. L’Ordre verra-t-il là un grave manquement à la confraternité par personne ayant autorité ? On observera enfin que celle qui a abandonné l’hôpital public pour la politique rejette, la concernant, le qualificatif de « mandarin ». On désignait ainsi, il y a quelques années encore dans le monde hospitalier-universitaire français, un médecin qui, souvent en raison de ses titres, de ses diplômes, de ses fonctions, fait figure de potentat dans son domaine. On pouvait ainsi, dans Le Monde du 15 décembre 1976 lire ceci: «La population finalement appréciera peu de ne plus pouvoir ‘’se payer’’, quand elle estime en avoir besoin, une consultation privée de mandarin ! ».

Ou encore, en 1931 : « À côté des médecins et thérapeutes, qui cherchent à guérir, il y a les pontifes, mandarins et autres, qui ne cherchent qu’à donner le change, gagner des grades, des titres et à faire de l’argent (Léon Daudet, Devant la douleur,1931, p. 7). Question : combien reste-t-il, aujourd’hui, de véritables mandarins dans les hôpitaux français en mal d’attractivité ?

A demain @jynau

Etrange affaire de Ligonnès: quand connaîtra-t-on les identités des mystérieuses «cinq sources» ?

Bonjour

La transparence à tout prix, certes. Mais jusqu’où ? C’est une séquence exemplaire, une affaire dans l’affaire – à décrypter dans toutes les écoles de journalisme. Un « emballement » policier et médiatique comme nous n’en avions jamais connu en France. Des médias expliquant à l’unisson pourquoi, la veille, ils avaient, également à l’unisson, diffusé une fausse information dans une affaire criminelle hautement rocambolesque : « L’affaire Dupont de Ligonnès » (également connue comme « La tuerie de Nantes »…).

C’est sans doute Le Monde (La rédaction) qui résume le mieux l’histoire : « Arrestation dans l’affaire Dupont de Ligonnès : retour sur l’emballement policier et médiatique ». Un papier écrit et publié « dans un souci de transparence et d’éclairage sur le traitement de l’actualité, nous publions le récit de ces quelques heures où une information incorrecte a été publiée sur notre site » :

« L’information selon laquelle Xavier Dupont de Ligonnès avait été arrêté, vendredi 11 octobre, par la police écossaise, a été démentie dans la matinée de samedi 12 octobre par des sources policières. Des tests ADN, effectués sur la personne suspectée par la police française d’être Xavier Dupont de Ligonnès, interpellée par la police écossaise à la descente de son avion à Glasgow, ont exclu formellement qu’il s’agisse de l’homme suspecté depuis 2011 de l’assassinat de sa femme et de ses quatre enfants. L’homme arrêté a été libéré par la police écossaise samedi en fin de journée.

« Entre-temps, la grande majorité des médias français, dont Le Monde, avait donné cette information sur la foi de plusieurs recoupements auprès de sources policières. Comment ce qui s’est avéré une information erronée a pu être repris aussi largement par les médias pendant plusieurs heures ? Comment est-elle parvenue au Monde, à quelle heure et comment avons-nous choisi de la diffuser ? Dans un souci de transparence et d’éclairage sur le traitement de l’information, nous publions le récit de ces quelques heures où une information incorrecte a été publiée sur notre site. »

Transparence et secret des sources

Et c’est sans doute Le Parisien (le premier média généraliste a avoir publié la fausse information) qui présente le plus clairement, sous la plume de Stéphane Albouy, directeur des rédactions « ses excuses à la famille des victimes et à celle de la personne interpellée à tort ». Et « pour l’ensemble de ses lecteurs, ses plus sincères regrets d’avoir rendu publique une information qui s’est révélée être erronée ».

« Nous avons été alertés par une de nos sources habituelles qui a fait état d’une avancée ‘’importante’’ dans cette affaire », a-t-il indiqué à l’AFP. Nous avons contacté cinq sources judiciaires françaises, à différentes strates de hiérarchie et autant centrales que régionales. On ne parle pas ici de cinq personnes assises dans un même bureau. Nous avons multiplié les angles de recherche et de confirmation, c’était à un très haut niveau de vérification ».

Et tous les médias, là encore à l’unisson, de citer « cinq sources ». Sollicitées par l’AFP, les « sources françaises ou écossaises » n’ont à ce stade fourni aucune explication sur l’origine de cette erreur. Et rien sur l’appel anonyme qui aurait tout précipité…

Mais encore ? Les journalistes, c’est une règle non écrite mais absolue, « protègent leurs sources ». Ces dernières se dévoileront-elles ? Y aura-t-il une prime à la délation sur les « réseaux sociaux » ? Jusqu’où ira, ici, la nouvelle quête, dévorante, de la transparence absolue ?

A demain  @jynau

Le Dr Jérôme Cahuzac a-t-il enfin bouclé sa boucle au centre hospitalier corse de Bonifacio ?

Bonjour

C’est fait. Les médias seront-ils présents pour la sortie du premier patient ?  Corse Matin  nous révèle que l’ancien ministre du Budget (condamné pour fraude fiscale et blanchiment en 2018) s’apprête à exercer de nouveau sa profession initiale. « Sa prise de fonction est imminente », a confirmé au Quotidien du Médecin  le directeur du centre hospitalier de Bonifacio, à la porte duquel le Dr Jérôme Cahuzac patientait depuis plusieurs mois.  Au programme : trois demi-journées hebdomadaires au sein du service de soins de longue durée.

L’avocat de l’ancien ministre a justifié le retour de son client à la vie professionnelle. « La fonction professionnelle de Jérôme Cahuzac avant sa vie politique, c’était d’être médecin. Il aspirait à pouvoir exercer une profession. Je tiens à dire qu’il continue à purger sa peine, il est toujours sous bracelet électronique et il ne s’agit pas d’une faveur mais de la mesure normale que chacun pourrait voir accomplir dans le cadre d’une peine », a-t-il précisé, selon des propos rapportés par BFM TV.

La boucle est-elle enfin bouclée pour celui qui fut un chirurgien prometteur avant de planer vers le zénith politique puis  de s’effondrer, d’être condamné et placé sous surveillance électronique? Cet homme pourra-t-il exercer sereinement sur la durée ? « Nous verrons bien, répond le prudent directeur du centre hospitalier de Bonifacio. Pour l’instant, les patients n’ont pas rencontré le Dr Cahuzac. Il est contractuel. Nous verrons s’il rend service à la population. Si cela ne convient pas, on peut mettre fin au contrat. »

De la morale générale et de la déontologie médicale

Rendre service à la population corse ? « En tant que contractuel, Jérôme Cahuzac n’est pas soumis aux règles qui s’imposent aux fonctionnaires, qui en théorie ne peuvent pas travailler si les mentions inscrites au bulletin numéro 2 de leur casier judiciaire «sont incompatibles avec l’exercice des fonctions», précise Libération (Anaïs Condomines) Pour revenir à son premier métier, ce chirurgien de formation avait besoin de deux choses : d’abord, de l’inscription au tableau de l’Ordre des médecins. Ensuite, d’une autorisation du procureur de la République, laquelle nous a été confirmée par Dominique Russo, directeur de l’hôpital de Bonifacio. » Celui-ci indique  : «Cette autorisation que nous avons reçue précise simplement les modalités d’horaires compatibles avec le port du bracelet électronique de monsieur Cahuzac», qui réside par ailleurs à un quart d’heure de route du centre hospitalier.

Quant au conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom), il a lui aussi donné son accord pour la reprise d’activité de Jérôme Cahuzac, le 13 juin dernier, réuni en formation restreinte. Me  Elias Bourran, avocat pénaliste au barreau de Paris, nous détaille les nuances législatives : «Le rapporteur du conseil de l’Ordre doit vérifier si le candidat remplit les conditions de moralité, de probité et de dévouement imposées par le code de déontologie des médecins. Lorsqu’il y a une mention au casier judiciaire, le rapporteur devrait refuser l’inscription du candidat. En théorie, Jérôme Cahuzac ne devrait pas pouvoir s’inscrire au tableau de l’ordre. Mais il y a une nuance : les commentaires de l’article 3 du code de la déontologie précisent que « si la moralité renvoie aux mœurs d’une société, celle du médecin a sa dimension propre à l’exercice de la profession de médecin ». En d’autres termes, le Cnom a estimé qu’une condamnation pour fraude fiscale ne contrevient ni aux compétences médicales de l’ancien ministre, ni à sa moralité de médecin.»

Où l’on voit (au risque d’irriter) que le temps ne change rien à cette vérité qui veut que la médecine, cet art nourri de science, ne soit pas confondue avec la morale générale.

A demain @jynau