De l’eugénisme et du transhumanisme: les prophéties auto-réalisatrices de Jacques Testart

Bonjour

Qui aurait pensé lire, un jour, Jacques Testart dans Valeurs actuelles (propos recueillis par Charlotte d’Ornellas) ?

Jacques Testart, 80 ans ou presque, phosphorescence intacte et un site où il guerroie contrele libéralisme économique et l’eugénisme, son allié naturel. Jacques Testart héraut solitaire d’une « science citoyenne » et allergique sinon à la « médecine » du moins à presque tous les médecins. Jacques Testart qui voit dans le Diagnostic préimplantatoire (DPI) et les Centres d’études et de conservation du sperme et des œufs humains (CECOS) la source du mal présent et à venir. Jacques Testart qui, si tout va bien, fêtera dans trois ans et avec René Frydman les quarante ans d’Amandine-premier-bébé-éprouvette-français.

Pour l’heure l’ancien chercheur paradoxal ne commente pas l’actualité médiatique et la prochaine révision de la loi de bioéthique qui devrait (si rien ne change) bouleverser la donne français en dépénalisant la pratique de la « PMA pour toutes ». C’est que, pour Testart, « il y a des questions infiniment plus graves et dont personne ne parle. Pas même ceux qui sont censés voter la loi ! Or l’eugénisme s’affirme comme projet de société. C’est ça dont il faudrait parler aujourd’hui. »

« Eugénisme » ?

« La volonté de constituer une espèce humaine de meilleure qualité, plus performante, plus compétitive… C’est le transhumanisme, finalement ! Le but de la médecine serait d’avoir des individus en bonne santé mais elle augmente sans cesse le nombre de ses clients en identifiant des malades qui s’ignoraient et en élevant la barre du « normal ». Si l’on ne fixe pas de limites, cela peut conduire à l’eugénisme. En Europe, on n’ose pas en parler parce que ça rappelle le nazisme. Alors nous évitons le débat. Sauf que, dans la pratique du tri des embryons, il est bien question de mettre en compétition les individus qui vont survivre selon des critères de plus en plus exigeants.

 « Voilà trente ans que j’alerte et que je préviens. Hélas, je suis bien obligé de vous dire que cela n’a absolument rien changé. J’ai parlé devant des députés, des sénateurs, le Conseil d’État… Les décideurs m’interrogent chaque fois que l’on veut changer une loi. Je leur sers toujours la même rengaine : le gros problème, c’est l’eugénisme. J’explique, ils acquiescent. Me disent que j’ai raison. Et tout se poursuit sans embûches. »

Le dernier avis (n°129) du Comité national d’éthique 

« Le CCNE franchit cette fois-ci des pas énormes, sans que rien n’ait été discuté dans les états généraux de la bioéthique. Les députés vont se retrouver avec cet avis qui est le même que celui du comité d’éthique de l’Inserm ou de l’Académie de médecine. Ils sont tous d’accord et ils poussent sans que personne ne réagisse.

 « L’avis préconise de libéraliser encore un peu plus la recherche sur les embryons, en supprimant la nécessité d’une finalité médicale. Maintenant, ce pourrait être pour des enjeux économiques, par exemple ; l’humain devient matière première. On pourrait établir des gestations chez l’animal avec des chimères humain-animal…

 « Mais il y a aussi l’élargissement du recours au diagnostic préimplantatoire, au diagnostic pré-conceptionnel ainsi qu’au diagnostic génétique à généraliser dans la population totale. Il est clairement question de tri d’embryons pour ne garder que les plus performants. Cela mériterait au minimum de longues discussions, or il n’y en a aucune, pas même dans les médias. Nous sommes en train de laisser passer des choses gravissimes. »

 Mais encore ?

« À la page 64 de l’’’Avis 129’’ du CCNE, il est écrit : ‘’La médecine génomique et les examens génétiques permettent de réduire l’incidence de certaines maladies génétiques graves et ouvrent de nouvelles pistes pour des prises en charge adaptées pour les patients.’’ C’est absolument faux. Cela ne permet pas de réduire l’incidence sauf si l’on interdisait la procréation des couples découverts ‘’ à risque’’, et cela n’ouvre pas de nouvelles pistes puisque, en général, il n’y a pas de traitement. Les embryons sont triés, c’est tout. Ils affirment des choses fausses. Avec l’assurance que leur donne une expertise supposée être la meilleure. »

Désespéré ?

« C’est un peu désespérant, à vrai dire. J’avais essayé de prévenir en 1986, avant même l’invention du diagnostic préimplantatoire (DPI, en 1990). Je pressentais que ça déraperait très rapidement et qu’il n’y avait pas de limites possibles. Si l’on arrive à obtenir – par de nouvelles technologies – de nombreux embryons dans les années à venir, des centaines éventuellement, on pourra alors détecter des centaines ou des milliers de supposées pathologies et c’est un véritable système de tri eugénique qui nous guette, d’autant que les servitudes de la fécondation in vitro seraient alors épargnées aux patientes.

 « J’étais donc contre, mais quand le DPI a été légalisé en 1994, j’ai cherché des limites possibles. Et j’en ai trouvé une qui vaut ce qu’elle vaut : limiter le diagnostic à une pathologie ‘’particulièrement grave et incurable’’ par couple. Ça n’a jamais été repris, ni par mes collègues ni par les politiques, alors que c’était la seule façon d’éviter l’élargissement sans limites du DPI, même s’il demeure intrinsèquement eugénique. »

 Transhumanisme, nouvelle rupture du XXIème siècle ?

 « C’est une rupture définitive. Certains proposent, d’autres acceptent et les gens finissent par s’habituer, voire demander. Regardez le nombre de gens prêts à porter des bracelets pour savoir le nombre de pas, de battements cardiaques, le poids… Les techniques sont encore rudimentaires, mais l’habitude est là et la prise en compte du corps est incroyablement présente. Ils veulent absolument survivre, c’est tout. Comment imaginer un retour en arrière ? Les gadgets vont peu à peu s’introduire dans nos vies puis dans nos corps, sans que personne ne résiste. »

 Plus généralement Testart observe l’avancée à marche forcée vers la « libéralisation ». « Personne ne propose jamais d’interdire ce qui était autorisé, dit-il. Pour compenser, on parle d’encadrer les pratiques, on confie la gestion des limites à des autorités qui seraient par principe non critiquables. Le Comité consultatif national d’éthique ou l’Agence de la biomédecine, par exemple. Mais cette dernière est au service de la science elle aussi, et se laisse donc griser par les ‘’progrès’’ de la médecine ! ». Sans parler de  l’Académie de médecine : « la plupart des médecins qui en font partie ne sont pas compétents sur ces sujets précis, on peut leur raconter ce que l’on veut au nom des progrès de la science et du bien de l’humanité. Qui voudrait s’y opposer ? Personne. Il n’y a donc aucun contre-pouvoir dans ce domaine et quelques rares experts ont les coudées franches. »

Valeurs Actuelles lui demande alors s’il est ou non possible d’imaginer une autre raison de vivre que cette fascination pour tant et tant de dérives.

« Très honnêtement, je pense que c’est perdu tant que ce système attire et fascine. Parce que sa ‘’religion’’ est cohérente : elle est celle de la croissance économique, de l’amélioration des capacités humaines, de la toute-puissance d’Internet, de la compétition généralisée… Puisqu’on ne peut interdire, qu’il semble impossible de limiter en raison de comités cautions, de la pression internationale ou du tourisme médical, il faut donc espérer que les gens n’en veuillent plus. Il faut générer une autre attirance, comme ce que faisait la religion dans la société, avant. »

 Etait-ce « mieux avant », avec le Vatican  ? Sera-ce pire plus tard, sans ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

Justice: le Dr Jérôme Cahuzac sera-t-il autorisé à exercer la médecine au fond de sa prison ?

Bonjour

Pour l’exemple. Le Dr Jérôme Cahuzac, 66 ans, ancien ministre du Budget, condamné (en mai 2018) à un an de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, a été autorisé à purger sa peine sous bracelet électronique par la justice. Mais cette décision a aussitôt été contesté par le procureur de la République d’Ajaccio qui a déposé un appel suspensif.

Lors des débats (le 31 janvier) Eric Bouillard, le procureur, s’était déjà opposé à la demande de port de bracelet électronique pour ce célèbre condamné (fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale).

« Je me suis opposé, pas parce que c’était Jérôme Cahuzac, mais parce que le projet me paraissait insuffisamment étayé, avait expliqué M. Bouillard. L’aménagement de peine est possible pour répondre à une obligation personnelle ou une obligation professionnelle, j’ai considéré qu’il n’avait pas d’obligation particulière ni d’un côté ni de l’autre. »

Raisons obscures

Des arguments bien fragiles : ils n’ont pas été retenus par le juge ajaccien de l’application des peines (Jérôme Cahuzac a déclaré sa résidence principale en Corse-du-Sud). La loi permet pour toute peine allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement, et en l’absence de récidive, la possibilité d’un aménagement immédiat. Cette demande peut être acceptée ou rejetée par le juge.

Ce n’est pas tout. Pour d’obscures raisons le Jérôme Cahuzac (jadis chirurgien brillant) doit être prochainement entendu par le Conseil national de l’Ordre des médecins qui décidera de son aptitude à exerxer en tant que médecin généraliste.  Retraité depuis l’an dernier l’ancien ministre n’a plus besoin de travailler pour gagner sa vie . Il aimerait toutefois exercer à l’hôpital de Bonifacio « où les candidats font défaut ».

Ainsi donc, au temps de l’électronique, comme jadis, la lie et le calice.

A demain

@jynau

 

Un généraliste peut-il consulter plus vite que son ombre sans être condamné à rembourser?

Bonjour

C’est une histoire comme on n’imagine plus en trouver dans un monde médical hypersurveillé.  Elle nous est rapportée par La Dépêche (Jean Cohadon). Soit un « médecin généraliste » (la presse régionale cultive encore l’anonymat) installé au Mirail, à Toulouse est accusé d’avoir facturé des consultations jamais effectuées. Un médecin jamais mis en cause pour la qualité de ses soins mais poursuivi devant le tribunal correctionnel.

« La ‘’Sécu’’ a d’abord compris que ce médecin recevait plus de 60 patients par jour. Un chiffre trop important. ‘’Une consultation classique, c’est 15-20 minutes, détaille Me Nathalie Banchet, avocate de la caisse. Si on multiplie par 60, cela fait des journées de plus de 15 heures.’’ « « Les malades s’enchaînent, les pathologies aussi. Je peux aller très vite», rétorque le médecin, âgé de 46 ans. ‘’51 % de vos patients vus en moins de 5 minutes, 39 % en moins de 3 minutes’’, insiste la procureure Anne Gaulhier.

 « ‘’Ce calcul s’appuie sur quoi ?», répond Me Alexandre Martin, en défense. Offensif, l’avocat dénonce une enquête « ‘’uniquement à charge’’. ‘’La victime, la CPAM, accuse, le parquet reprend, on pose trois questions, on le juge coupable et donc on va le condamner… Et les preuves ? Pour le condamner, il fallait ouvrir une instruction, nous donner le temps et les moyens de nous expliquer.’’»

Evidente fictivité des soins

Mais il existe, semble-t-il, d’autres indicateurs qui laisse un parfum d’étrange ? Comme ce patient reçu 268 fois en juillet 2013. Ou de trop  grandes familles qui débarquent sans carte vitale, des actes chirurgicaux qui « explosent ». «Par rapport au médecin qui partage votre cabinet, les différences sont impressionnantes», observe l’avocate de la CPAM. Et puis le style. La procureure, nous dit La Dépêche, n’aime ni «l’arrogance» du prévenu, ni «son humanité à la carte bleue ». « Il fait payer un autre et en plus il majore», dénonce la magistrate. Elle souligne «une évidence fictivité des soins». Et elle réclame trente mois d’emprisonnement dont dix-huit avec sursis et une interdiction d’exercer en tant que profession libérale.

Soit, pour la défense, « une mort sociale». «Vous le condamnerez pour ce qu’il a fait et reconnu, environ 50 000 €. Pas pour les rêves de la CPAM, loin de la réalité du quartier » plaide la défense. Le tribunal a fixé la condamnation à 18 mois de prison avec sursis, n’a pas ordonné la confiscation des biens saisis mais a fixé l’amende à 100 000 €. La CPAM a quant à elle obtenu 379 419 € de dommages et intérêts. Sans oublier l’Ordre des médecins, reparti avec l’euro symbolique qu’il réclamait.

A demain

@jynau

 

Suicide du Pr Christophe Barrat : l’AP-HP n’a pas «à ce stade, d’autres éléments à apporter »

Bonjour

Véritable faute ou simple maladresse ? Pourquoi, au lendemain du suicide du Pr Christophe Barrat à l’hôpital Avicenne, l’AP-HP  a-t-elle fait état des problèmes de santé auxquels ce médecin était confronté ? Les différentes analyses que nous avons sollicitées convergent avec la lecture que fait l’Ordre des textes en vigueur : rien ne permet, en l’espèce, de justifier le non-respect du secret médical.

Les spécialistes de déontologie médicale font notamment observer qu’un membre de la famille (en l’espèce il s’agit de l’épouse du chirurgien) ne pouvait en aucun cas délier des médecins du secret professionnel qui s’imposait à eux. « Le principe est qu’il n’existe pas de dérogation au profit de l’épouse du vivant du patient, le patient lui-même ne pouvant délier les médecins du secret médical » résume un avocat spécialisé.

Insinuations

Véritable faute ou simple maladresse, cette décision a eu un effet immédiat : donner l’impression que l’AP-HP cherchait, d’emblée, à minimiser son éventuelle part de responsabilité dans cette fin tragique. Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) avait ainsi rapidement dénoncé la « communication désastreuse »  de l’AP-HP et accusé cette dernière de « violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave ». « Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations » déclarait-il. Et à la lumière des précisions apportées par l’AP-HP (invoquant l’accord donné par l’épouse du chirurgien) la  Dr Anne Geffroy-Wernet, présidente de ce syndicat maintenait ses accusations.

« Je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie, avait pour sa part commenté le Dr Christophe Prudhomme,  médecin urgentiste à l’hôpital Avicenne et responsable CGT. Je trouve assez scandaleux que l’on se défausse de cette manière. »

Eléments en ligne

Comme nous le précisions sur ce blog le 7 février avons demandé à l’AP-HP, via son service de presse, quelle était, sur ce sujet, sa position et ses commentaires. Réponse : « à ce stade, nous n’avons pas d’autres éléments à vous apporter que ceux en ligne dans notre espace médias. » Ces éléments avaient, le 7 février été apportés par Didier Frandji, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis, la Pr Nathalie Charnaux, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine et le Pr Yves Cohen, Président de la Commission médicale d’établissement locale.

Le 8 février le cabinet du directeur général de l’AP-HP diffusait le message suivant :

« Nous avons la profonde tristesse de vous annoncer le décès du Pr Christophe Barrat, responsable de l’activité de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux Universitaires Paris Seine-Saint-Denis, survenu le dimanche 3 février 2019, dans sa 57ème année. 

Il a intégré l’AP-HP en mai 1993 en qualité d’interne puis de Chef de clinique assistant à La Pitié Salpêtrière. Il est entré à l’hôpital Jean-Verdier en novembre 1995 en tant que Chef de clinique assistant au sein du service de chirurgie digestive et métabolique. Nommé PU-PH en 2003, il fut Chef de service de chirurgie digestive et métabolique de l’hôpital Jean-Verdier. Il a conduit brillamment sa mission de Chef du pôle AIAN des Hôpitaux Universitaires Paris Seine-Saint-Denis de 2011 à 2017.

Le Pr Christophe Barrat incarnait l’excellence de sa spécialité et avait une reconnaissance nationale dans le domaine de la chirurgie bariatrique. Il était un professionnel respecté et apprécié de ses équipes, de ses patients et de la communauté hospitalière dans son ensemble. 

Nous nous associons à la douleur de sa famille, à qui nous adressons nos sincères condoléances. L’ensemble de la communauté hospitalière gardera le souvenir de ce grand nom de la médecine. »

Un moment de recueillement en hommage au Pr Christophe Barrat aura lieu le mercredi 13 février dans les hôpitaux Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret.

A demain

@jynau

 

Suicide du Pr Christophe Barrat : la question de la violation du secret médical est posée

Bonjour

Les dernières précisions de l’AP-HP n’auront nullement suffi à calmer la polémique. Bien au contraire. Et la question, grave, est désormais ouvertement posée : la direction de l’AP-HP a-t-elle violé le secret médical en faisant publiquement savoir, au lendemain de son suicide par défenestration sur son lieu de travail, que le Pr Christophe Barrat, souffrait d’une « maladie grave » ?

« Nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP,  à l’état de santé du Pr Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, ‘’d’apporter un éclairage au geste de son mari’’, vient de faire savoir l’AP-HP. Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de  notre communauté selon la  volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret : son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé. »

 Or donc, ces précisions, loin de clore la polémique, la relancent. Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) avait d’emblée dénoncé la « communication désastreuse »  de l’AP-HP et accusé cette dernière de « violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave ». « Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations » déclarait-il. Aujourd’hui, à la lumière des précisions de l’AP-HP la  Dr Anne Geffroy-Wernet, présidente de ce syndicat maintient ses accusations.

Inacceptable

« Nous affirmons avec force que la violation du secret professionnel est inacceptable, la mort ne déliant pas de ce secret (article 4 du code déontologie médicale, article R. 4127-4 du Code de Santé Publique), nous a déclaré le Dr Geffroy-Wernet. Selon l’arrêt du 8 mai 1947  « L’obligation du secret professionnel s’impose aux médecins comme un devoir de leur état. Elle est générale et absolue, et il n’appartient à personne de les affranchir« . »

 Sans vouloir se prononcer précisément sur ce dossier, le Conseil national de l’Ordre des médecins nous a précisé faire une lecture similaire des textes en vigueur et de la jurisprudence. En d’autres termes ni malade, ni son épouse, ni un ayant-droit, ne peut délier un médecin du secret qui s’impose à lui.

« Article 4 (article R.4127-4 du code de la santé publique) : Le secret professionnel, institué dans l’intérêt des patients, s’impose à tout médecin dans les conditions établies par la loi. Le secret couvre tout ce qui est venu à la connaissance du médecin dans l’exercice de sa profession, c’est-à-dire non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu’il a vu, entendu ou compris. »

« Code pénal – Article 226-13 : La révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. »

Nous avons demandé à l’AP-HP, via son service de presse, quelle était, sur ce sujet, sa position et ses commentaires. Et ne manquerons pas de faire connaître ses réponses quand elles nous parviendront.

A demain

@jynau

 

 

Suicide et secret professionnel : les réponses de l’AP-HP après la mort du Pr Christophe Barrat

Bonjour

D’une particulière gravité, l’accusation ne pouvait rester sans réponse. Après le suicide du Pr Christophe Barrat à l’hôpital Avicenne, le  Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) avait dénoncé la « communication désastreuse »  de l’AP-HP sur le sujet et accusé cette dernière de « violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave ». « Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations ! » déclarait le Dr Anne Geffroy-Wernet, citée  dans Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault).

Pour sa part, sur le site whatsupdoc le Dr Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au CH Avicenne et responsable CGT déclarait :  « La décision de se donner la mort est souvent liée à plusieurs facteurs. Mais je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie…Ce collègue était en effet atteint d’un cancer, découvert récemment, il était en traitement… Je trouve assez scandaleux que l’on se défausse de cette manière. »

 Aujourd’hui, pour la première fois, la direction de l’AP-HP réagit publiquement, et ce via son service de presse : « Information sur le décès du Professeur Christophe Barrat » 1 :

« Nous regrettons d’avoir à nous exprimer publiquement et de sortir du recueillement plus opportun en cette période de deuil. Toutefois, les circonstances nous obligent à le faire et ce en plein accord avec la famille du Professeur Christophe Barrat, afin d’apporter les précisions suivantes :

 – nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP,  à l’état de santé du Professeur Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, « d’apporter un éclairage au geste de son mari ». Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de  notre communauté selon la  volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret : son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé.

– le Professeur Christophe Barrat disposait de l’entière confiance et du plein soutien de la gouvernance du Groupe Hospitalier Universitaire  que nous représentons et nous avions décidé collégialement de lui confier de nouvelles responsabilités, ce dont il était parfaitement informé et ce pourquoi il nous avait encore  très récemment exprimé sa satisfaction.

Un processus d’enquêtes s’engage par ailleurs, et il convient que celui-ci puisse se dérouler dans la plus grande objectivité. A nouveau nous exprimons notre pleine solidarité et nos sincères condoléances à son épouse, ses deux enfants et ses proches et souhaitons que chacun respecte la sérénité à laquelle ils peuvent aspirer dans cette période douloureuse et alors que se prépare la cérémonie d’hommages et d’adieux au Professeur Christophe Barrat. »

A demain

@jynau

1 Le communiqué est signé Didier FRANDJI, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis; Pr Nathalie CHARNAUX, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine ; Pr Yves COHENPrésident de la Commission médicale d’établissement locale.

 

Le suicide du Pr Christophe Barrat à Avicenne : l’AP-HP a-t-elle violé le secret professionnel ?

Bonjour

Vive émotion – colère contenue. C’est un tweet ordinal bref autant que peu banal :

« ✔@ordre_medecins Très vive émotion après le suicide d’un de nos confrères, chirurgien à l’hôpital Avicenne de Bobigny. L’Ordre assure sa famille, ses proches, et tous ses collègues de son soutien dans ce terrible drame. Il est urgent de répondre à la souffrance des médecins. 16:42 – 5 févr. 2019 »

Répondre en urgence à la souffrance des médecins ? A l’évidence le suicide du Pr Christophe Barrat, y invite. Suicide survenu le 3 février, par défenestration au sein de l’hôpital Avicenne (AP-HP). Aujourd’hui le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARe) réagit vivement au décès de ce spécialiste de chirurgie bariatrique.

Violation du secret professionnel

« Le syndicat présidé par le Dr Anne Geffroy-Wernet, farouche défenseur du bien-être au travail des soignants, dénonce la ’communication désastreuse’’ de l’AP-HP sur le sujet accusée de violer le secret professionnel en laissant fuiter dans la presse qu’il luttait depuis plusieurs mois contre une maladie grave’’, peut-on lire dans Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault). ‘’Il s’agit d’un suicide réalisé sciemment sur le lieu de travail et cela ne mérite pas de telles insinuations !’’ 1.»

Ce syndicat demande l’ouverture d’une enquête indépendante menée par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) pour faire toute la lumière sur les causes de ce drame. Vive émotion – colère contenue. On attend avec intérêt, sur ce point précis, la décision que prendra Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

1 Sur le site whatsupdoc le Dr Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au CH Avicenne et responsable CGT a pour sa part déclaré :

 « La décision de se donner la mort est souvent liée à plusieurs facteurs. Mais je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie…Ce collègue était en effet atteint d’un cancer, découvert récemment, il était en traitement… Je trouve assez scandaleux que l’on se défausse de cette manière. Car nous sommes actuellement dans un contexte à l’hôpital public, notamment à l’AP-HP, soumis à des restructurations, à des plans d’économie, qui nous rendent la vie impossible. Il faut savoir que le professeur Christophe Barrat, avait vu son service fermer il y a quatre ans à l’hôpital Jean Verdier. Il avait été obligé de se déplacer à Avicenne dans des conditions difficiles, conflictuelles… Le service qu’il dirigeait à Jean Verdier était considéré comme un service d’excellence. Il n’a pas pu retrouver ce rang quand il a été obligé de fusionner avec Avicenne.

« Nous sommes actuellement dans un hôpital avec une direction administrative et médicale, qui est très autoritaire, restructure à la hache. Nous avions connu une situation comparable avec le responsable de la réanimation de Jean Verdier qui avait été traité de manière très brutale par la direction, qui était en arrêt maladie, et qui quitte l’hôpital pour se reconstruire ailleurs et se sauver. On ne peut pas accepter que la direction évoque une longue maladie alors que le contexte aujourd’hui à l’hôpital entraîne des risques psycho-sociaux qui entraîne des suicides très importants. Ce n’est pas anodin, même si on est malade, de venir sur son lieu de travail, habillé en tenue professionnelle et se jeter par la fenêtre de son bureau !  Je suis outré par la communication de l’hôpital qui parle d’une longue maladie. »