Jeu de rugby : les traumatismes sont désormais similaires à ceux de la circulation routière

Bonjour

« Si les médias s’emparent du dossier, cela peut évoluer. confiait-il il y a quelques jours au Figaro. Pour le moment, je suis le seul à dire les choses. J’ai reçu les témoignages de tas de gens mais ils ne s’expriment pas dans le presse. Je suis tout seul. Certains ne veulent pas perdre leur truc… »

Aujourd’hui le Pr Jean Chazal, neurochirurgien et ancien doyen de la faculté de Clermont-Ferrand est toujours aussi seul. Il reprend la parole dans Centre Presse. A la veille des obsèques de Louis Fajfrowski, 21 ans, un rugbyman d’Aurillac mort le 10 août après un choc reçu lors d’un match amical – une mort qui pourrait constituer une salutaire prise de conscience dans un sport qui, sinon, court à sa perte.

La parole du Pr Chazal fait autorité. « Il a opéré plus d’une trentaine de joueurs de rugby. Ainsi qu’un grand nombre de sportifs de haut niveau, rappelle Centre Presse (Caroline Devos). Le skieur Luc Alphand (après un accident de moto), les rugbymen Damien Chouly et Wesley Fofana sont ainsi passés entre ses mains au CHU de Clermont-Ferrand. Jean Chazal est un neurochirurgien réputé mais aussi un vrai spécialiste de la traumatologie du sport. Et depuis des années, il tire la sonnette d’alarme pour dénoncer les dérives qui rendent la pratique sportive – et surtout celle du rugby – de plus en plus dangereuse. »

Ce lanceur d’alerte dérange les gros pardessus de l’Ovalie autant que nombre de ses confrères confortablement installés sous les ors des institutions rugbystiques nationales. Et le président Bernard Laporte vient d’obtenir son exclusion…  de l’Observatoire médical du rugby 1.

Les instances du rugby français et international ont certes pris la mesure du péril des commotions cérébrales (Le « protocole commotion », « carton bleu », renforcement de l’encadrement médical) mais rien n’est fait pour que ces « commotions » ne surviennent pas.

« Dès 2005,  avec le médecin du club de Clermont, nous avons commencé à nous préoccuper de la violence sur les terrains, précise-t-il. Aujourd’hui, on a une augmentation des blessures et notamment celles qui touchent le crâne, le thorax et l’abdomen.

 « Aujourd’hui, dans le rugby, on a une traumatologie qui ressemble à celle de la routeEt pour cause. On a mis des moteurs de 1.000 chevaux dans des carrosseries qui ne sont pas faites pour cela. Les joueurs ont pris dix kilos de masse musculaire en quelques années. On a des ailiers de 130 kg qui courent comme des lapins. Mais à l’intérieur, les ligaments, les articulations, les viscères, les os sont restés identiques. Le rugby fabrique des surhommes, des exceptions physiques. »

Exclusion immédiate

Dans Le Figaro Le Pr Chazal mettait aussi en garde les jeunes rugbymen rarement prêts pour le très haut niveau. Des jeunes en pleine maturation de leur système ostéo-ligamentaire et de leur système cérébral. Ce n’est qu’à 25 ans, selon lui, que le cerveau est totalement mature, en particulier pour l’esprit critique, la préhension de l’espace, la gestion de l’émotion.

« C’est une véritable révolution qu’il faut opérer. Se mettre autour de la table et trouver des solutions. Les arbitres aussi doivent être impliqués. Certaines actions dangereuses ne sont pas sifflées. J’ai vu des joueurs se faire ‘’décalquer’’ par derrière, sans ballon, totalement relâchés… Ce devrait être l’exclusion immédiate ! (…)

« Dans l’équipe de France des moins de 20 ans qui a été championne du monde, il y a des gars qui font 2 m et plus de 100 kg. Faire marche arrière pour la génération actuelle, c’est un peu tard… Il faut modifier les règles, voir ça avec les arbitres. Il faut sévir ! (…)

« En Top 14, les joueurs sont gainés, prévenus, ils sont avertis. Mais au niveau professionnel, il n’y a que quatre ou cinq clubs qui ont un médecin permanent. Dans d’autres clubs, ils ne passent que quelques heures par semaine. On nous met de la poudre aux yeux en disant que le rugby est médicalisé. Au Racing, à Toulon, à Clermont, dans quatre ou cinq clubs, c’est médicalisé. J’ai reçu des SMS d’insultes après avoir déclaré dans Midi Olympique que certains clubs faisaient passer des protocoles commotions par visioconférence. Je ne comprends pas comment on peut procéder ainsi… (…)

Le Pr Chazal en est persuadé : « Si les médias s’emparent du dossier, cela peut évoluer. » Il dit aussi : « Je ne suis pas sûr que ce nouveau décès changera quelque chose ». Que feront les médias ?

A demain

1 Sur ce sujet lire la réponse donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.

 

Homosexualité : en Suisse un médecin français estime pouvoir la traiter par homéopathie 

Bonjour

L’étrange est aussi à nos frontières. Aujourd’hui dans la cité de Calvin, à la Une du quotidien Le Courrier (Rachad Armanios): « ‘’Remèdes contre l’homosexualité’’ : Le chef de la Santé à Genève, choqué par les propos d’un médecin sur l’homosexualité, a saisi la commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients.

Où l’on apprend que les autorités suisses ont, mercredi 15 août, ouvert une enquête concernant un médecin français – un docteur en médecine qui qualifie l’homosexualité  de « symptôme » pouvant faire l’objet d’un traitement homéopathique.

Ce médecin généraliste et naturopathe exerce depuis 2004 à Genève et Lausanne. Il a également créé un télé-enseignement payant sur Internet consacré aux « médecines alternatives ». Sur son site :

« Jean-Yves HENRY est un médecin généraliste, homéopathe et acupuncteur. Il développe depuis 1988 des bases de données biologiques et des systèmes-experts d’aide au diagnostic et au choix thérapeutique 

« Installé en Suisse, il coordonne l’enseignement de la FFMI ( www.medecine-integree.com ). Publication d’une dizaine d’ouvrages médicaux, dont : une « Matière Médicale diathésique » et un « Répertoire de Médecine intégrée », qui organisent la pathologie et la thérapeutique, mettant en lumière sur les liens existants entre l’homéopathie, la MTC, la psychologie et la biologie sérique. » 

Conseiller d’Etat du canton de Genève, et alerté via les réseaux sociaux, Mauro Poggia, a demandé l’ouverture d’une enquête. Il estime que le fait que le médecin semble penser que l’homosexualité soit une maladie à guérir est « un élément suffisant pour ouvrir une enquête ». Pour sa part le président de l’Association des médecins genevois, Michel Matter, cité par la RTS, parle de « charlatanisme »Des associations de personnes homosexuelles envisagent pour leur part de saisir la justice.

Joint par téléphone par la télévision publique RTS, le Dr Jean-Yves Henry (né en 1947 et diplômé de l’université de Bordeaux) affirme ne pas comprendre l’effervescence provoquée par son article publié en 2009 sur son site.

Choix de vie « respectable »

Sur son site, le médecin écrit que « l’homosexualité n’est pas une pathologie, mais un symptôme particulier (choix de vie respectable) de patients “border-line” ». Et ajoute:

« Il se trouve que la Matière médicale homéopathique comporte des remèdes présentant ce symptôme (attirance pour une personne d’un même sexe) … parmi beaucoup d’autres.

« Garçons : Argentum nitricum … Don Juanisme (n’a pas pu choisir son sexe !), multiplication des expériences amoureuses par peur de rater quelque chose (et donc infidélité chronique ++) ; Pulsatilla (si) …  immaturité et demande de dépendance : « aimes-moi deux fois moi, puisque moi et l’autre c’est pareil …» ; Platina (au) … problématique de séduction et de domination, NB. si travesti  (cf. les “drag queens”) : aspect hystérique surajouté.

« Filles : Lachesis (ge) … dominatrice et jalouse, revanches à prendre ; Sepia (mg) … par difficulté à « rencontrer » l’altérité et à accepter sa féminité. Souvent dans un parcours de “non-détachement paternel” = sorte d’Amazone au “Sur-moi” très fort, qui ne vit que dans un auto-contrôle strict ; Natrum muriaticum … situation de deuil et mélancolie –> régression : patiente anxieuse, agitée, déteste qu’on la touche. Dysmorphophobie (cellulite ++), désir de “faire comme les autres filles“, mais ne peut pas se décider. »

Réfléchir/Rembourser

Dans une note en bas de la page, le Dr Henry apporte quelques précisions :

« Ce bref article professionnel spécialisé à  ‘’bénéficié’’ d’un traitement médiatique particulier de la part d’une journaliste de la revue « Au féminin », rapidement relayé par certains média qui a fait bondir la fréquentation de notre site ! Le médecin qui guéri l’homosexualité avec l’homéopathie” ! Ce titre accrocheur, destiné à faire le buz sur la toile, est bien éloigné de la réalité.

Nous regrettons bien sûr que cette personne ne nous ai pas d’abord contacté pour se faire expliquer l’approche particulière que constituait l’homéopathie : le symptôme « homosexualité » n’étant pour ces praticiens qu’un des 64 000 symptômes des bases de données sur lesquelles nous travaillons quotidiennement.

Cet article, vieux de dix ans qui n’avait jamais fait polémique au niveau professionnel, était avant tout destiné à faire réfléchir nos étudiants aux rapports entre les remèdes de la matière médicale et les symptômes comportementaux. L’homéopathe attentif recoupera ce symptôme avec d’autres présentés par le patient, dans le but de trouver le remède susceptible de corriger les régulations défaillantes de tous ordres qui peuvent être motifs de consultation (maux de tête, troubles digestifs, etc …). »

L’étrange ? En France la question est de savoir si les prescriptions homéopathiques doivent, ou non, être prise en charge par l’assurance maladie. C’est une très vieille question politique à laquelle n’a toujours pas répondu l’actuelle ministre Agnès Buzyn.

A demain

 

Pour tuer des condamnés, l’opioïde fentanyl est du meilleur effet : premier cas au Nebraska

Bonjour

Fête-t-on l’Assomption dans l’Etat du Nebraska ?

Le mardi 14 août 2018, pour la première fois au Etats-Unis (et sans doute au monde) un condamné à mort a été exécuté dans le Nebraska par une injection létale à base de fentanyl. C’est là un analgésique opioïde, dérivé de la phénylpipéridine, qui interagit principalement sur les récepteurs morphiniques µ du cerveau, de la moelle épinière et des muscles lisses.

« Il présente un effet analgésique rapide et une courte durée d’action, nous apprend le site de l’antique dictionnaire Vidal.  Le fentanyl possède un effet analgésique environ 100 fois plus puissant que celui de la morphine.Ses principaux effets thérapeutiques sont analgésiques et sédatifs. Les concentrations sériques de fentanyl qui induisent un effet analgésique minimal chez les patients non traités antérieurement par des opioïdes fluctuent entre 0,3 et 1,5 ng/ml ; la fréquence des effets indésirables augmente lorsque les concentrations plasmatiques dépassent 2 ng/ml. »

Commercialisé en France sous une dizaine de marques ce médicament est officiellement prescrit dans la prise en charge des accès douloureux paroxystiques d’origine cancéreuse, comme analgésie postopératoire, dans les anesthésies, contre les douleurs chroniques intenses ainsi que dans les neuroleptanalgésies.

Au Nebraska il aura, pour la première fois, servi à tuer. L’affaire est racontée dans The New York Times : « Fentanyl Used to Execute Nebraska Inmate, in a First for U.S. ». Une double première pour cet État situé au cœur de la région des Grandes Plaines et du Midwest. Le Nebraska n’avait pas exécuté de prisonnier depuis 1997. Et il s’agissait de la première mise à mort par injection létale de son histoire. Carey Dean Moore a été tué après avoir été condamné pour deux meurtres commis en 1979. Son exécution a, nous assure-t-on, duré environ une vingtaine de minutes.

Aimer avant d’être tué

« Calme et posé », selon les représentants des médias, M. Moore s’est tourné vers ses proches pour leur adresser ses derniers mots : « Je vous aime ; Je vous aime ; Je vous aime ».

Puis il est mort après l’injection d’une association de quatre substances, dont trois n’avaient encore  jamais été utilisées lors d’une exécution : diazépam, fentanyl et cisatracurium associé au chlorure de potassium.

Soucieux d’élargir la perspective du sujet les médias rapportent que la consommation de fentanyl, est responsable aux Etats-Unis d’un épidémie de morts par overdoses – plus de 20 000 décès en 2016. Sans oublier quelques célébrités dont Prince (2016) et Dolores O’Riordan (2018), égérie des Cranberries.

Carey Dean Moore, lui, ne chantait pas. Ou rarement. Ses avocats arguaient que sa condamnation à mort avait été commuée en peine de prison à perpétuité en 2015 quand le Nebraska avait aboli la peine capitale. C’était un an an avant que les électeurs la rétablissent par référendum.  Le condamné aura passé 38 ans de sa vie dans le couloir de la mort. On dit qu’il avait fait savoir qu’il ne voulait plus que son exécution soit repoussée.

Il semble, tout bien pesé, que l’Assomption ne soit pas fêtée dans l’Etat du Nebraska.

A demain

Jeu de rugby : qui a tué Louis Fajfrowski, qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

Bonjour

Ecouter Graeme Allwright dans « Qui a tué Davy Moore ? ».

Louis Fajfrowski, 21 ans joueur de rugby du club d’Aurillac est mort le 10 août dernier. Mort après avoir subi un choc lors d’un match amical. Un placage « viril mais correct ». On apprend aujourd’hui que l’autopsie pratiquée le 13 août à l’institut médico-légal de Clermont-Ferrand n’a pas permis de déterminer la cause exacte du décès.

« Les constatations du médecin légiste ne sont pas probantes et ne permettent pas de conclure à la cause du décès, a précisé Mars Rous, substitut du procureur de la République. Des prélèvements ont été effectués en vue de réaliser des analyses toxicologiques et anatomo-pathologiques ». On sait déjà que les résultats de ces nouvelles analyses ne seront pas connus avant un mois et demi ou deux mois.

« Wouhhhh »

La Montagne avait rapporté que le jeune joueur, titulaire au centre de l’attaque du Stade aurillacois (Pro D2), était sorti du terrain en seconde période du match contre le club de Rodez (Fédérale 1) après avoir été l’objet d’un plaquage. Sonné, il avait pu se relever avec l’aide des soigneurs avant de se rendre par ses propres moyens aux vestiaires, accompagné d’un médecin. C’est aux vestiaires qu’il a perdu connaissance à plusieurs reprises. Pris en charge par le service médical et les secours supplémentaires arrivés sur place, il n’a pas pu être ranimé. Midi Olympique rapporte les faits :

« 50e minute : lancer en touche pour Rodez, sur les 22 mètres aurillacois. Le ballon, cafouillé, retombe chez les locaux. Relance immédiate. Une passe, puis une deuxième vers Louis Fajfrowski qui s’empare du ballon. Et, presque immédiatement, il prend un énorme tampon. Une clameur, de ces « Wouhhhh » qui résonnent dans les stades sur les chocs destructeurs, s’élève de la tribune garnie de la jeunesse cantalienne. Les copains, les copines, les familles, les joueurs de la veille sont là. Sur l’action, les Ruthénois récupèrent le ballon abandonné au contact et filent à l’essai, en contre.

« Assis en tribunes, Latuka Maïtuku et Kevin Savea, troisième ligne et talonneur du Stade, ont assisté à la scène. Leur analyse ? Rien de condamnable, sur l’action« Le plaquage était régulier. Dans le mouvement, sec. Dur, même. Mais rien de répréhensible, effectivement. Le genre d’impact qu’on voit tous les week-ends, en Top 14 et en Pro D2″ se souviendra Maxime Petitjean, le lendemain. « Le joueur d’Aurillac a hérité du ballon avec peu de vitesse. Le troisième ligne de Rodez, lui, arrivait à pleine vitesse. Il l’a plaqué au niveau de la zone poitrine-sternum, confirme Jérémy Rozier, arbitre de cette rencontre. Avec l’écart de vitesse, c’était impressionnant. L’impact a fait un gros bruit, mais il n’y avait rien de répréhensible. Le défenseur touche la bonne zone et encercle avec les bras. Des plaquages comme ça, j’en vois tous les week-ends. Même au 7, que j’arbitre souvent. » »

Deux pistes considérées sont aujourd’hui évoquées dans le milieu médical spécialisé : un arrêt cardiaque lié à des produits dopants (rien, à ce stade, ne soutient cette hypothèse) ou une pathologie cardiaque méconnue et indécelable à l’autopsie. D’où les prélèvements destinés à la toxicologie et à l’anatomopathologie.

Simple corrélation ou lien de causalité entre le placage et le décès, l’affaire commence à faire grand bruit dans le monde du rugby. Cette mort fat suite à celle d’Adrien Descrulhes, 17 ans, qui a succombé à un traumatisme crânien après un match, en mai dernier. Deux morts qui relancent comme jamais la polémique sur les nouveaux risques liés à l’inquiétante évolution de ce sport – un sport qui ne cesse de gagner en violence, en chocs et en commotions cérébrales.

Le courage de Midi Olympique

Il faut lire, ici, l’éditorial signé Emmanuel Massicard dans le Midi Olympique du 13 août. Intitulé « La nausée » il dénonce courageusement un sport « de plus en plus destructeur », mettant « ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse »

« Nous ne fermerons pas les yeux. Pas question de céder à la complicité. Midi Olympique continuera ainsi de donner la parole à tous les Chazal du monde 1 qui viendront éclairer le débat, prêts à se pencher sur la santé des joueurs et sur l’avenir de ce jeu évoluant contre sa propre nature. Un jeu de plus en plus destructeur, qui met ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse. Un jeu de plus en plus con – on se répète, hélas – à force d’oublier la moitié de son ADN: la recherche de l’évitement qui lui conféra longtemps une force créatrice enviée par tant d’autres disciplines.

Il n’est plus temps de se bercer d’illusions sans quoi, c’est sûr, nous risquons d’avoir d’autres nausées et de pleurer d’autres Louis. Il n’est plus temps de croire que les seules mesures mises en place feront des miracles et nous protègeront du danger qui plane. Il y a désormais urgence et il faut agir pour voir, demain, le rugby changer radicalement dans son approche du jeu, en assumant ses maux actuels et la propre menace qu’il génère pour avoir cédé au tout physique. »

Dans « Qui a tué Davy Moore ? » Graeme Allwright s’interroge, après Bob Dylan, sur les responsables de la mort à 29 ans, d’un champion du monde de boxe (poids plume). C’était le 21 mars 1963. Après un violent crochet Davy Moore chute, se heurte la tête et décède deux jours plus tard. En 1963 la boxe était florissante. Un demi siècle plus tard elle ne fait plus recette.

A demain

1 Il s’agit ici du Pr Jean Chazal, neurochirurgien et doyen honoraire de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand. Cet « ancien référent » de la Ligue nationale de rugby (LNR) en matière de commotions, s’était alarmé face à ces drames. Lanceur d’alerte atypique, il redoutait depuis des mois dans les médias la mort d’un joueur sur le terrain, une liberté de ton guère du goût des instances du rugby français qui lui avaient fait savoir qu’il avait, sur ce sujet, tout intérêt à se taire.  Une réponse bien peu confraternelle vient de lui être donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.

 

 

 

 

Avortement : de Bailleul (Sarthe) à Buenos Aires, politique, médecine et polémiques

Bonjour

L’IVG (sa dépénalisation, sa légalisation, sa pratique) est un sujet permanent de polémiques médiatisées. On vient de l’observer en Argentine. En juin les députés argentins avaient approuvé sa légalisation (129 voix contre 125. Mercredi 8  août, leurs collègues du Sénat s’y sont opposés (38 voix contre 31 et 2  abstentions). Rejet du projet de loi au grad dam de centaines de milliers de personnes qui s’étaient rassemblées à Buenos Aires et dans les principales villes du pays.

« Le débat sur le droit à l’avortement est loin d’être refermé en Argentine. Certes, le vote des sénateurs témoigne du solide pouvoir d’influence de l’Eglise catholique et des Eglises évangéliques, vigoureusement mobilisées contre ce texte, ainsi que du machisme persistant dans les provinces les plus traditionnelles, éditorialise Le Monde. Mais la démonstration est désormais faite, confirmée par tous les sondages ces dernières semaines, que la société argentine a profondément évolué et est aujourd’hui majoritairement favorable au droit à l’IVG. En tout état de cause, après quatre mois d’un débat intense – et qui a ouvert d’autres brèches, comme la demande de la séparation de l’Eglise et de l’Etat –, il est probable que la dépénalisation et la légalisation ne sont plus qu’une question de temps, en Argentine, et certainement dans le reste du continent, où les mouvements féministes sont plus actifs que jamais. »

En France, plus de quarante ans après la promulgation de la loi Veil les polémiques, pour s’être apaisées, n’ont jamais véritablement cessé.

Le 26 juillet dernier, au cours d’une question orale au Sénat à l’attention d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé  Agnès Buzyn, la sénatrice Nadine Grelet-Certenais (Socialiste, Sarthe) a déclaré :

« Il est intolérable que les femmes ne puissent pas exercer leur droit essentiel parce que des médecins, au mépris de l’accès aux soins, font valoir des réticences d’ordre personnel ou éthique ». (JO du Sénat du 26/07/2018 page 3808).

Cette déclaration faisait référence au cas exceptionnel du centre hospitalier du Bailleul, dans la Sarthe, où suite au départ à la retraite d’un médecin et au recours à la clause de conscience des trois autres praticiens de l’établissement, ce dernier n’était plus en mesure temporairement de pratiquer l’IVG.

Intolérable

En réponse à la sénatrice, le Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France (SYNGOF) a réagi avec une particulière virulence :

« Si l’accès à l’avortement pour les femmes est un droit essentiel, incontesté et incontestable, la réalisation de l’avortement n’est pas un acte de soins ordinaire. A ce titre,  il nécessite des médecins à qui la loi reconnait le droit d’avoir une liberté de conscience. Qu’une sénatrice de la France, élue de la Nation, ne reconnaisse pas la liberté de conscience des soignants est intolérable à la Nation. Prétendre que les médecins ont le mépris de l’accès aux soins, alors qu’ils sont au contact direct avec la souffrance de leurs patientes, c’est ne pas connaitre leur vie. »

Pour autant le SYNGOF reconnaît que le cas exceptionnel de Bailleul, dans la Sarthe angevine, met en évidence un problème de fond dans l’organisation de l’accès aux soins sur le territoire français Alors que la loi N°2016-41 du 26 janvier 2016, dans son article premier, fait de l’Etat l’organisateur et le responsable de la santé en France, la pénurie de gynécologues annoncée par la profession depuis vingt ans s’aggrave depuis plusieurs années, et les gouvernements successifs n’ont pas jugé utile de la corriger.

« Et ce n’est pas en retirant leur éthique et leur conscience aux médecins que la Nation permettra un égal accès à l’avortement pour les Françaises qui le demandent. Comme Madame la sénatrice a une éthique et une conscience, qu’elle souffre que les médecins en aient une et que l’Etat la respecte. » 

Et le SYNGOF de noter que la ministre de la Santé « n’a pas acquiescé » aux attaques de la sénatrice socialiste. Et ensuite ?

A demain

Cahuzac : l’ancien ministre doit-il aussi être condamné à ne plus jamais pouvoir soigner ?

Bonjour

Nous l’avions quitté alors qu’il venait d’être embauché, pour un mois, au fin fond de la Guyane – médecin généraliste dans un dispensaire. Et demain ? Haine vigilante, la confraternité va-t-elle le frapper de plein fouet ? Faire de l’ancien ministre prometteur de la République un paria définitif ? Le Dr Alain Choux, un confrère parisien, vient de saisir l’Ordre. Observant que le casier judiciaire de l’ancien brillant chirurgien n’est plus vierge il va engager une action contre lui. L’affaire est rapportée dans Le Journal du Dimanche.

On y explique qu’il ne reste plus au Dr Choux qu’à porter plainte contre ce confrère «  qui a manifestement bafoué les bases de notre exercice médical ». « Bien entendu, après une tentative de conciliation, je saisirai le Conseil disciplinaire de l’Ordre des médecins pour demander une radiation de ce repris de justice ». « Implacable procédurier – il avait obtenu en 2014 un an d’interdiction d’exercer, dont six mois avec sursis, à l’encontre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré suite à la publication de leur Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, sorti en 2012 » rapporte le journal dominical, repris par de nombreux médias dans une France caniculaire à la recherche d’informations fraîches.

Dans le courrier qu’il vient d’adresser au président du conseil de l’Ordre des médecins de Corse du Sud (« et que le JDD a pu consulter »), le médecin parisien fait mine de s’interroger : « Sauf erreur ou omission de ma part, lors de mon inscription à l’Ordre des médecins de Paris, j’ai dû fournir une copie certifiée conforme qui confirmait que mon casier judiciaire était vierge de toute condamnation ». L’ancien ministre du Budget a été condamné, en mai dernier, à 4 ans de prison et 300.000 euros d’amende pour « fraude fiscale » et « blanchiment de fraude fiscale ».

Cela impose-t-il, dans la foulée, de ne plus jamais pouvoir disposer d’un caducée ? De ne plus jamais pouvoir visser sa plaque ? De ne plus jamais regarder Knock les yeux dans les yeux ? Ce Knock qui, sur la fin, ne pouvait plus, sans trembler, se regarder dans un miroir.

A demain

Mais pourquoi diable manque-t-il 19 000 médecins statutaires dans les hôpitaux français ?

Bonjour

Alerte. Les établissements hospitaliers français souffrent d’un manque chronique de médecins titulaires : plus de 19 000 postes y étaient « statutairement vacants » au début de cette année – données du rapport annuel du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers (CNG). Un sujet brièvement résumé par l’AFP. Le taux de « vacance statutaire » pour les postes à temps plein « a progressé de 0,9 point entre 2017 et 2018 » et s’établissait au 1er janvier à 27,4%, indique le rapport. Cela correspond à 15 052 postes « budgétés »mais pas « occupés statutairement » par des praticiens hospitaliers (PH).

Une grande partie de ces postes à temps plein sont toutefois « provisoirement occupés » par des praticiens contractuels : une étude du CNG réalisée en janvier 2017 estimait leur nombre à plus de 12 000. Pour les postes de PH à temps partiel, la vacance statutaire culminait à 47 % au début de 2018, soit 4 039 titulaires manquants.

Le taux de « vacance statutaire » varie selon les régions : dans les deux catégories (temps plein et temps partiel), il est supérieur à la moyenne en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire et Normandie, mais inférieur en Bretagne, Ile-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les disparités varient aussi selon les spécialités médicales : l’anesthésie-réanimation, l’ophtalmologie et la radiologie font partie des moins pourvues, à l’inverse de la pédiatrie, de la chirurgie infantile et de la dermatologie.

Entre 2000 et 3000 euros la journée

« Et pendant ce temps là Agnès Buzyn continue de pilonner les hospitaliers intérimaires dans les médias », observe Le Quotidien du Médecin. Le 10 juillet, sur RMC/BFMTV Agnès Buzyn a ainsi expliqué qu’un « bras de fer » était engagé avec les médecins intérimaires sur l’abrogation du édcret plafonnant leur rémunération.

« Comme à l’accoutumée, la ministre de la Santé, qui semble s’être trouvé un nouveau cheval de bataille, s’est montrée offensive sur le sujet, résume Le QuotidienDepuis l’entrée en vigueur du décret, ces médecins sont rémunérés 1 400 euros la journée, M. Bourdin. On parle du salaire mensuel moyen de beaucoup de Français !’’.

Agnès Buzyn est allée plus loin, en évoquant même le salaire de ’2 000 à 3 000 euros la journée’’ de certains praticiens qui ‘’profitent des failles du système’’ en préférant travailler ’une semaine par mois en intérim ‘’ plutôt que d’accepter un poste de praticien hospitalier à temps plein. » En revanche, dans cet entretien de dix minutes, la ministre n’est pas revenue sur l’énième report de la réforme sur l’hôpital, annoncé la veille par Emmanuel Macron. »

A demain