OGM=Poisons : les toutes dernières révélations ! Un mea culpa du Nouvel Observateur ?

Bonjour

C’était il y a six ans. Septembre 2012 Une formidable tornade médiatique lancée par un Nouvel Observateur s’affranchissant de toutes les règles médiatiques relatives aux publications scientifiques. Et cette manchette jaune maïs :  « Exclusif : oui les OGM sont des poisons ! » . Images spectaculaires de rats atteints de tumeurs envahissantes. Commentaires à l’avenant. Artillerie en batterie, livre à suivre et pouvoir exécutif comme tétanisé. C’était le début de la triste autant que formidable « affaire Séralini ».

19 septembre 2012. « Tumeurs mammaires chez les femelles, troubles hépatiques et rénaux chez les mâles, espérance de vie réduite sur les animaux des deux sexes… L’étude conduite par le biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen) et à paraître dans la prochaine édition de la revue Food and Chemical Toxicology fait grand bruit : elle est la première à suggérer des effets délétères, sur le rat, de la consommation d’un maïs génétiquement modifié – dit NK603, commercialisé par la firme Monsanto – associé ou non au Roundup, l’herbicide auquel il est rendu tolérant. » pouvait-on lire ce jour-là dans Le Monde

Se souvenir

« Vous souvenez-vous ? » demande aujourd’hui, sur son blog, notre confrère Sylvestre Huet. Celles et eux qui l’ont vécue se souviennent de cette ahurissante affaire – une affaire qui vit  de solides confrères allant (pourquoi diable ?) jusqu’à signer de leur encre un pacte contre nature leur assurant une « exclusivité ». Le Monde écrivait ainsi alors, toute colère rentrée :

« De manière inhabituelle, Le Monde n’a pu prendre connaissance de l’étude sous embargo qu’après la signature d’un accord de confidentialité expirant mercredi 19 septembre dans l’après-midi. Le Monde n’a donc pas pu soumettre pour avis à d’autres scientifiques l’étude de M. Séralini. Demander leur opinion à des spécialistes est généralement l’usage, notamment lorsque les conclusions d’une étude vont à rebours des travaux précédemment publiés sur le sujet. »

Dès le 4 octobre 2012 l’Autorité européenne de sécurité des aliments avait jugé que ce travail était d’une «qualité scientifique insuffisante». Puis la publication fut, sanction grave, «rétractée» avant d’être publiée, sous une autre version, dans une autre revue. L’affaire conservait tout son mystère. Où était la vérité vraie ?

Puis le temps passa, l’aura du chercheur de Caen baissa en intensité, d’autres turbulences émergèrent sur le front des OGM, des herbicides toxiques et des convictions qui ne s’embarrassent guère de la raison scientifique. On attendait toutefois que la lumière soit faite. « Affaire Séralini: six ans après, l’heure des comptes » signions-nous en juillet dernier sur Slate.fr.  « Trois expertises, française et européennes, invalident alors les résultats et conclusions de l’étude de GE Séralini sur les maïs OGM » assurait alors l’Association française des biotechnologies végétales.

Derniers clous

Aujourd’hui c’est l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) qui enfonce les derniers clous : « Maïs OGM MON 810 et NK603 : pas d’effets détectés sur la santé et le métabolisme des rats »

« Un régime alimentaire à base de maïs transgénique MON 810 ou NK603 n’affecte pas la santé et le métabolisme des rats dans les conditions du projet GMO 90+. Cette étude inédite réalisée par un consortium de recherche piloté par l’Inra implique de nombreux partenaires dont l’Inserm. Les travaux ont été réalisés dans le cadre du programme Risk’OGM financé par le Ministère de la transition écologique et solidaire.

« Pendant six mois, des rats ont été nourris avec un régime contenant soit du maïs OGM (MON 810 ou NK603) soit du maïs non OGM, à différentes concentrations. Les chercheurs, par les techniques de biologie à haut débit, n’ont identifié aucun marqueur biologique significatif lié à l’alimentation au maïs transgénique. De même, ils n’ont observé aucune altération anatomo-pathologique du foie, des reins ou de l’appareil reproducteur des rats soumis aux régimes contenant ces OGM. Ces travaux, publiés le 10 décembre 2018 dans la revue Toxicological Sciences, ne mettent pas en évidence d’effet délétère lié à la consommation de ces deux maïs OGM chez le rat même pour de longues périodes d’exposition. »

Et Le Monde (Stéphane Foucart) de contextualiser: « OGM : six ans après l’’’affaire Séralini’’, une étude conclut à l’absence de toxicité sur les rats. En 2012, les photos de rongeurs déformés par des tumeurs avaient provoqué l’émoi et la controverse. Une étude d’ampleur prouve finalement l’innocuité des maïs transgéniques. C’est l’épilogue de l’’’affaire Séralini’’ ».

Le calibre de l’ânerie

Pour autant rien n’est acquis. « Dire que ces expériences prouvent que ‘’Les OGM ne sont pas des poisons’’ serait une ânerie de même calibre que l’affirmation inverse du Nouvel Observateur en septembre 2012, souligne fort justement Sylvestre Huet. Elles montrent seulement que les plantes transgéniques testées, et uniquement celles-là, ne sont pas des poisons. Ces expériences donnent raison une fois de plus aux biologistes qui estiment qu’il faut « une raison » (biochimique, biologique) de se demander si telle ou telle plante transgénique pose un problème de santé ou non et non supposer a priori que l’introduction d’un gène (ou sa manipulation à l’aide des nouvelles techniques disponibles comme CRISPR) représente un risque sanitaire plus élevé que, par exemple, un croisement artificiel utilisé en sélection de semences traditionnel. »

Puis notre confrère fait un rêve :  que les journaux, radios, télévisions, journalistes et ONG (ou responsables politiques) qui ont en chœur assuré à leurs publics, lecteurs, électeurs et militants que Gilles-Eric Séralini avait « prouvé » que « les OGM » sont des « poisons » mortels, vont consacrer autant d’efforts, de temps de paroles, de longueur d’articles et de propos publics à annoncer cette nouvelle  désormais bien établie.

Ce rêve n’a que bien peu chance de se réaliser :  cela ne susciterait guère d’écoute – et ne ferait guère vendre. « L’homme qui mord un chien, c’est une info, mais si c’est un chien qui mord un homme, c’est une info seulement s’il en meurt, rappelle-t-il. Une plante transgénique qui tue, c’est une information; elle se contente de nourrir, ce n’en est pas une. Et les près de 98% des journalistes qui ont écrit sur cette affaire sans lire l’article originel de G-E Séralini ne vont pas plus lire les résultats de ces expériences ni se voir incité à les présenter par des rédactions en chef qui n’y verront pas le motif d’un titre bien saignant. (…) Il est regrettable que l’affaire Séralini soit celle d’un lanceur de fausse alerte, puisque toute fausse alerte occupe une part de la citoyenneté et de l’expertise publique disponible pour une vraie alerte sanitaire ou environnementale. Certes, il vaut mieux se tromper de temps en temps et traiter une fausse alerte que de passer à côté d’une vraie mais ne pas se noyer dans les fausses alertes est indispensable.

Où l’on en revient à une histoire qui reste à écrire. Celle du journaliste qui criait toujours au loup et qui n’a pas été cru lorsque le vrai loup survint.

A demain

@jynau

Pour Noël, offrez des téléconsultations médicales : 6 euros la question, 2 euros la minute

Bonjour

Décembre, Gilets Jaunes, stress collectif exponentiel  – et cette nouvelle invite faite à la presse : « Noël arrive à très grands pas et beaucoup de Français profitent de cette période des fêtes pour se retrouver en famille. Mais, entre le froid, la neige ou la fatigue accumulée de l’année, c’est également à ce moment que beaucoup tombent malades.

«  Grâce à MesDocteurs.com, l’unique plateforme interactive de téléconseil et de téléconsultation médicale en France, docteurs et spécialistes répondent 7 j/7, 24 h/24, sans prise de rendez-vous ou de délai d’attente de diagnostic, à toutes les questions d’ordre médical ! » 1

Quelles spécialités ?

  • Médecine générale, mais aussi pédiatrie, gynécologie, ORL, dentaire, dermatologie ou encore psy… L’objectif premier de ‘’MesDocteurs’’ est de délivrer des informations médicales fiables, de mettre en contact des personnes en attente de conseils médicaux et des médecins qualifiés. Les médecins de la plateforme sont donc diplômés en France et garantissent évidemment le secret médical.

Combien vais-je devoir débourser ?

  • Via le chat, ou par téléphone, les tarifs vont de 1,9€ à 5,9€ par question et le site offre la première question. Le patient n’a rien à craindre pour ses données qui sont entièrement sécurisées. [Le site précise « 6 euros la question unique » et « 2 euros la minute de l’échange par chat, visio ou audio » »]

Puis-je me faire rembourser ?

  • Depuis le 15 septembre dernier, l’Assurance-maladie rembourse les téléconsultations pratiquées par les médecins traitants, au même tarif qu’une consultation classique : 25 euros pour un généraliste, 30 euros pour un spécialiste.  MesDocteursa, à cette occasion, développé son nouveau service, ‘’AvecMonDoc’’, qui permet aux médecins et à leurs patients d’effectuer des téléconsultations par visioconférence remboursées comme des consultations classiques.
  • Une ordonnance est délivrée dans le cadre d’une téléconsultation uniquement. La téléconsultation sur le site MesDocteurs.com est un service proposé uniquement en partenariat avec votre entreprise ou votre mutuelle. Vous pouvez cependant utiliser le service MesDocteurs sans passer par votre entreprise ou mutuelle, en revanche, les médecins ne pourront vous délivrer d’ordonnance.

A demain

@jynau

1 Cette initiative avait été détaillée en février 2016 par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) : « mesdocteurs.com : des médecins payés pour donner des conseils en ligne ».

2 L’affaire est, à dire vrai, un peu plus compliquée : « Télémédecine remboursée : l’Ordre des médecins met en demeure Qare d’arrêter ses publicités » Journalisme et santé publique du 8 octobre 2018.

NB « L’Ordre des médecins se félicite de constater que téléconsultation et télé-expertise vont s’inscrire pleinement dans l’organisation de l’accès aux soins dans la proximité du patient et dans le respect du parcours de soins coordonné. Pour autant, l’Ordre entend maintenir clairement son engagement contre toute ubérisation du système de santé via des moyens numériques. Cette ubérisation porte en effet, en elle-même, un risque fondamental d’atteinte au principe de la solidarité sur lequel est fondé notre système de soins et d’assurance maladie. »

Premiers humains génétiquement modifiés : le Frankenstein chinois va faire une « pause »

Bonjour

28 novembre 2018. Quelques lignes mandées depuis Hongkong par l’AFP. Et une question centrale : l’a-t-il ou non véritablement fait ?  He Jiankui, chercheur de la Southern University of Science and Technology (SUSTech) à Shenzhen a-t-il commis l’irréversible : a-t-il, comme il l’avait affirmé à l’Associated Press, modifié pour la première fois dans l’histoire le patrimoine héréditaire d’embryons humains ?

Cette annonce avait suscité d’innombrables interrogations au sein de la communauté scientifique spécialisée. Puis quelques indignations. Mercredi 28 novembre dans le cadre du « Second International Summit on Human Genome Editing » (sic) He Jiankui a annoncé faire une « pause » dans ses essais cliniques – et ce « compte tenu de la situation actuelle ». Le scientifique a déclaré devoir « présenter des excuses pour le fait que ce résultat ait fuité de façon inattendue » (re-sic). Pour autant il semble être fier de son exploit, financé sur ses propres deniers nous dit la BBC.

« He Jiankui est également revenu sur les conditions dans lesquelles son expérience s’était déroulée, précise l’AFP. Il a ainsi expliqué lors d’une table ronde qui se tenait dans un amphithéâtre bondé que huit couples composés d’un père séropositif et d’une mère séronégative s’étaient portés volontaires avant que l’un d’entre eux ne se rétracte. »

Nous sommes en novembre 2018. Que se passera-t-il ensuite ?

A demain

@jynau

«Euthanasie non conforme» : trois médecins flamands poursuivis pour « empoisonnement »

Bonjour

Que s’est-il passé en deçà du Styx et au-delà de la frontière franco-belge ? C’est une première depuis la loi de 2002  nous dit La Libre : « Trois médecins renvoyés devant les assises pour une euthanasie non conforme » (Annick Hovine)

Trois médecins flamands, dont une psychiatre, suspectés de ne pas avoir respecté les conditions légales (celles dans lesquelles une euthanasie peut être pratiquée) ont été renvoyés le 22 novembre devant les assises par la chambre des mises en accusation de Gand. Ils sont poursuivis pour empoisonnement.

« C’est la première fois, depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2002 dépénalisant partiellement l’euthanasie 1, que des médecins qui ont mis fin à la vie d’un patient doivent répondre de leurs actes devant la justice. Jusqu’ici, les quelques plaintes introduites par des proches avaient toutes abouti à un classement sans suite. »

Les faits ? Le 27 avril 2010, Tine Nys, une jeune femme de 38 ans était euthanasiée pour « cause de souffrances psychiques ». « On n’a évidemment pas accès au dossier médical de la patiente, précise la journaliste. Mais on sait qu’une sœur de Tine a déposé plainte, avec constitution de partie civile, déclenchant une enquête sur cette euthanasie. »

« Incroyable amateurisme »

Selon les proches, rapporte encore La Libre l’acte euthanasique a été posé de manière « inadéquate ».

« Le médecin aurait omis de placer une perfusion préalable, n’aurait pas prévu le matériel nécessaire ni correctement placé la seringue. Les détails racontés par les sœurs sont effroyables : le docteur aurait comparé l’euthanasie de Tine Nys à « une injection létale administrée à un animal domestique aimé pour mettre fin à ses souffrances ». Après le décès, le médecin a demandé aux parents s’ils voulaient vérifier, avec le stéthoscope, que le cœur de leur fille s’était bien arrêté de battre »

Suivent d’autres détails évoquant  un « incroyable amateurisme » et de « graves négligences techniques ». Les sœurs de Tine reprochent notamment aux médecins d’avoir  bien trop hâtivement accédé à la demande de la jeune femme.  Selon ses proches, la jeune femme ne souffrait nullement d’une maladie psychique incurable. La chambre des mises en accusation de Gand a quant à elle estimé qu’elle disposait de suffisamment d’éléments permettant de conclure que les procédures prévues par la loi n’avaient pas été respectées.

La Libre : « Selon nos informations, la psychiatre renvoyée devant les assises est le docteur L. T., connue en Flandre pour un discours et une pratique très laxistes face à des demandes d’euthanasie de personnes souffrant de troubles psychiatriques ».

A demain

@jynau

1 La loi belge du 28 mai 2002 dépénalise l’euthanasie active défini comme étant « l’acte, pratiqué par un tiers, qui met intentionnellement fin à la vie d’une personne à la demande de celle-ci ». L’acte d’euthanasie est notamment autorisé sous trois conditions : le patient doit être majeur (ou mineur émancipé), capable et conscient au moment de sa demande ; celle-ci doit être formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée et ne résulte pas d’une pression extérieure ; le patient se trouve dans une situation médicale sans issue et fait état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable.

 

Conflits d’intérêts et cholestérol  : la Haute Autorité de Santé reconnaît sa relative légèreté

Bonjour

C’est un petit événement dans le monde de la quête de la transparence et de la lutte contre les conflits d’intérêts masqués. La Haute Autorité de Santé (HAS) vient d’annoncer qu’elle « abrogeait sa recommandation sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies ». Une décision prise « face au doute sur l’impartialité de certains de ses experts ». Une première.

Nous avions rapporté le 22 octobre dernier les principaux éléments de ce dossier : « Conflits d’intérêts et cholestérol : des experts de la HAS visés par une action anticorruption ». On apprenait alors que l’association Anticor avait déposé plainte au tribunal de grande instance de Bobigny pour prise illégale d’intérêt contre un groupe d’experts travaillant au service la Haute autorité de santé (HAS). Anticor (« contre la corruption, pour l’éthique en politique ») accusait ces experts d’avoir, en élaborant une recommandation publiée en 2017 sur les dyslipidémies, d’ inciter à la prescription de certains médicaments alors même que des liens financiers les unissent à des entreprises qui les fabriquent. Une affaire qui, de manière indirecte, pouvait concerner Agnès Buzyn, ancienne présidente de la HAS.

Déontologie

Aujourd’hui, au vu du recours devant le Conseil d’État de l’association Formindep demandant son abrogation, la HAS dit « avoir constaté qu’elle n’avait pas eu à l’époque connaissance de l’ensemble des liens d’intérêts de certains des experts ». Et le « non-respect des règles déontologiques de l’institution conduit à abroger cette recommandation ».

On sait que cette Haute Autorité de Santé est chargée d’élaborer des recommandations de bonne pratique pour les professionnels de santé, contribuant ainsi à la régulation des pratiques médicales. A ce titre elle est « garante de la rigueur scientifique de ses recommandations, lesquelles s’appuient notamment sur l’impartialité de ses experts ». C’est précisément pourquoi « elle s’est dotée de règles méthodologiques et déontologiques qu’elle actualise régulièrement pour tenir compte des nouveaux outils disponibles pour la transparence et la prévention des conflits d’intérêts ».

Dès lors comment comprendre ? Voici l’explication :

La recommandation publiée en mars 2017 sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies a été élaborée selon les règles déontologiques en vigueur : les membres du groupe de travail ont été sélectionnés à l’automne 2015 et en janvier 2016 après analyse par les services de la HAS de leur déclaration publique d’intérêts (DPI). Or ce ne serait qu’à l’occasion du recours de l’association Formindep devant le Conseil d’État « que la HAS a pris connaissance, sur la base de données transparence-santé alimentée par les déclarations des entreprises, de l’existence de liens qui n’avaient pas été renseignés par certains experts dans leur déclaration publique d’intérêts ». « Elle a également été informée qu’une plainte pour prise illégale d’intérêts avait été déposée contre eux ».

Transparence-santé

Et maintenant ?  La justice pénale devra déterminer avec précision s’il y a eu des omissions volontaires. Mais d’ores et déjà «  la distorsion d’informations présentes dans les DPI et sur la base transparence-santé entraîne un doute sur l’impartialité des experts qui ont participé à l’élaboration de la recommandation sur les dyslipidémies ». « C’est la raison pour laquelle la HAS décide de l’abroger et d’initier au plus vite un nouveau travail afin de fournir aux professionnels de santé une recommandation élaborée en toute impartialité fondée sur les dernières données de la science. »

Pour finir la HAS émet un vœu : elle souhaiterait « disposer des données en temps réel sur la base transparence-santé pour que l’analyse des liens au moment de la constitution des groupes de travail soit la plus précise possible ». Comment imaginer que ce vœu ne soit pas, au plus vite, exaucé ?

A demain

@jynau

 

«Recertifiés» les médecins français auraient-ils été meilleurs que ceux du passé ?

Bonjour

Voici un beau rapport. Destiné à remplir l’un des innombrables tiroir des bureaux en acajou du pouvoir. On le retrouvera ici (69 pages) : « Mission de recertification des médecins » Et ici ses auteurs 1. Accompagné d’un communiqué de presse transmis aux journalistes par la ministre des Solidarités et de la Santé. Le Dr Agnès Buzyn rappelle à ses confrères  qu’elle avait demandé à Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation « une mission permettant de  définir une procédure  pour l’actualisation régulière des compétences des médecins ». Et ce rapport a été remis aujourd’hui même aux deux ministres.

Rien de bien révolutionnaire ici. Ni de bien contraignant. Chaque docteur en médecine connaît par cœur l’article 11 de son bréviaire de déontologie. Il dispose depuis toujours que « tout médecin entretient et perfectionne ses connaissances dans le respect de son obligation de développement professionnel continu ». « Cette notion de formation et de mise à jour régulière des connaissances et compétences professionnelles est chaque jour un peu plus d’actualité : on estime que 50% des connaissances médicales ont évolué au bout de cinq ans – « rendant impérative une poursuite de la formation au-delà de la délivrance du diplôme » fait souligner le Dr Buzyn.  Un certain nombre de pays anglo-saxons et européens ont d’ailleurs adopté des procédures de certification et de recertification des médecins. » Et la France ?

« Prendre soin »

On se reportera ici, dans l’avenir, au précieux rapport : il préconise une certification et une valorisation périodique du parcours professionnel et des acquis tous les six ans. Et ce pour tous les médecins, et tous les modes d’exercices. « Plus qu’un contrôle, la procédure proposée se veut un exercice de promotion et de valorisation, voire d’évolution des compétences » tempère toutefois le document – et une « démarche » qui  s’appliquerait à « tous les médecins diplômés à partir de 2021, dans le cadre du 3ème  cycle rénové des études médicales ». Qui plus est cette mesure serait entièrement dématérialisée, « chaque professionnel disposant d’un espace personnel numérique, et qu’elle repose en grande partie sur l’auto-évaluation ».

« La certification pourrait reposer sur cinq critères d’évaluation et un critère de valorisation. Parmi les critères d’évaluation, le rapport inclut deux éléments spécifiques : le médecin doit montrer qu’il s’inscrit dans une démarche d’amélioration de la relation médecin-patient. C’est le ‘’prendre soin’’ qui est ici valorisé. La procédure donne également une place à la qualité de vie et à la santé du professionnel. »

Que tous les médecins se rassurent : ce précieux rapport (69 pages) est désormais bien rangé dans l’un des innombrables tiroir des bureaux en acajou du pouvoir.

 A demain

@jynau

 1 Composition de la « mission Recertification » : Président : Pr Serge Uzan, doyen honoraire de la Faculté de Médecine de Pierre et Marie Curie, Assesseur : Pr Yves Matillon, Université de Lyon, Pr Djillali Annane, vice-président de la conférence des doyens de facultés de médecine, Mr Jean-Baptiste Bonnet, président de l’Intersyndicale nationale des internes (Isni), Dr Patrick Bouet, président du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), Pr Michel Claudon, président de la conférence des présidents de CME de CHU, Pr Pierre-Louis Druais, président du Collège de la Médecine Générale (CMG), Pr Olivier Goëau-Brissonnière, président de la Fédération des Spécialités Médicales (FSM), Pr Dominique Le Guludec, présidente de la Haute Autorité de Santé (HAS), Mr Samuel Valero, puis Mr Thomas Iampietro, Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), Mr Maxence Pithon, président de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (Isnar-IMG)Mme Claude Rambaud, vice-présidente du Lien, Dr Jean-François Thébaut, président du haut conseil du Développement Professionnel Continu (DPC), Pr Jean-Pierre Vinel, président de l’université de Toulouse.

 

 

 

 

 

 

Fallait-il soigner et sauver Robert Bowers, l’auteur de la tuerie de la synagogue de Pittsburgh ?

Bonjour

La question est provocante et la réponse évidente. Elle vaut néanmoins d’être évoquée à la lumière des propos tenus par les médecins concernés – des propos rapportés notamment par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). A la lumière, également, de ce que les médias donnent quotidiennement à voir  quant à l’évolution sociétale d’un pays dirigé par un Donald Trump chaque jour un peu plus désinhibé.

Le samedi 27 octobre 2018, pendant l’office matinal de shabbat  un tueur a fait irruption dans la synagogue « Tree of Life » de Pittsburgh. Selon Jewish Telegraphic Agency, le suspect est entré dans la synagogue où se préparait une cérémonie de circoncision en criant : « Tous les juifs doivent mourir ! » avant d’ouvrir le feu. Le tireur, blessé durant l’affrontement avec la police, a été hospitalisé, placé en garde à vue puis inculpé et emprisonné. Robert Bowers, 46 ans, avait tué onze personnes présentes dans la synagogue – dont un médecin âgé de 66 ans, le Dr Jerry Rabinowitz.

On devait rapidement apprendre que Robert Bowers avait été pris en charge et sauvé par des médecins juifs au Allegheny General Hospital (AGH) de Pittsburgh – précisions données par le Dr Jeffrey Cohen, président de l’AGH. Et le Dr Cohen (dont la belle-mère était présente à la synagogue lors de la fusillade) explique lui avoir rendu visite dans son hôpital.

« Les premières personnes à l’avoir pris en charge sont des juifs, a-t-il expliqué aux médias américains. Ce sont des héros, (…) ils ont fait leur travail, en accord avec leurs convictions profondes. Je suis très fier d’eux ». « J’étais curieux de voir qui il était a-t-il ajouté concernant le tueur. Et je voulais aussi m’assurer qu’on prenait bien soin de lui ».

« Mon job c’est de soigner, pas de juger »

Au journaliste qui lui demande : « Qu’avez-vous lu dans ses yeux ? », il répond qu’il s’agit d’un patient comme les autres. « Ils ont peur, ils sont désorientés. Ils ne comprennent pas ce qu’il leur arrive. Mais encore une fois, mon job n’est pas de le juger. D’autres personnes ont cette lourde responsabilité. Mon job, c’est de le soigner. »

L’honneur de la médecine résumé en quelques mots à faire entendre sur les bancs de toutes les facultés : « Le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine (…) leur réputation ou les sentiments qu’il peut éprouver à leur égard ».

Reste le contexte.Un article publié le jour de la fusillade dans The New Yorker, signé Alexandra Schwartz, expose les symptômes avant-coureurs de l’attentat et la montée de l’antisémitisme aux États-Unis depuis la campagne présidentielle de 2016, avec en particulier une recrudescence de la négation de la Shoah  et l’explosion de « l’antisémitisme au vitriol » sur Internet. Selon l’auteure l’antisémitisme n’avait pas pris une telle ampleur dans la culture américaine depuis le début  années 1940.

A Pittsburgh des médecins ont soigné et sauvé Robert Bowers, 46 ans. Aujourd’hui il risque la peine de mort.

A demain

@jynau