Covid et secret médical : le Conseil scientifique fait la leçon à l’Ordre des médecins

Bonjour

22/06/2020. Il y a une semaine le Conseil national de l’Ordre des médecins dénonçait le « double langage » du gouvernement sur une question essentielle quant au respect de la parole donnée et du secret médical. Un accusation grave visant le revirement du gouvernement à propos de l’article 2 du projet de loi organisant la fin de l’urgence sanitaire. 1 En pratique cet article permettrait une durée de conservation supérieure à trois mois des données médicales relatives à la Covid-19. L’Ordre dénonçait « la conservation et l’utilisation des fichiers Sidep (Service intégré de dépistage et de prévention)  et AmeliPro contraires aux engagements pris vis-à-vis de la profession en mai dernier ».

L’Ordre demandait alors solennellement au Gouvernement et au Parlement de supprimer cet article 2 au nom du respect du secret médical potentiellement mis en danger par une augmentation de la durée de la conservation des données. Silence, depuis sur le sujet du Dr Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé.

Aujourd’hui la donne politique change avec le nouvel avis du Conseil scientifique du gouvernement.1 Où l’on découvre que, loin du « double langage » dénoncé par l’institution ordinale, cette structure applaudit au choix de l’exécutif quant à la sauvegarde des données de santé en lien avec l’épidémie COVID-19, tout particulièrement les données issues de Sidep. Ces données incluent notamment la date de diagnostic d’infection par le SARS-CoV-2 et la localisation de l’ensemble des cas sur le territoire français. A ce titre, pour le Conseil scientifique, « elles constituent une source d’information unique pour les modélisateurs afin de comprendre la dynamique de propagation du virus, et d’apprécier l’impact des différentes mesures de contrôle de la circulation du virus ».

Toujours selon ce Conseil ces données resteront extrêmement précieuses tant que persistera la menace d’une reprise de la circulation du virus sur le territoire français. Et ce d’autant que les dernières données dont nous disposons quant à la constitution d’une immunité collective – » 5% de la population française – sont très insuffisantes pour empêcher la survenue d’une deuxième vague épidémique. Mais aussi que la circulation encore très importante du virus à l’échelle planétaire, et notamment dans l’hémisphère sud qui aborde sa période hivernale « suggère qu’une intensification de la circulation du SARSCoV-2 dans l’hémisphère nord à une échéance plus ou moins lointaine (quelques mois, et notamment à l’approche de l’hiver) est extrêmement probable ».

Dans ce contexte, il paraît essentiel aux membres du Conseil scientifique de conserver les données à des fins de recherche et de suivi épidémiologique. Cette conservation devrait selon lui se faire sous une forme « pseudonymisée » et non simplement « anonymisée » – et ce de manière à ce que les données d’un même individu, non identifiantes, puissent tout de même être reliées entre elles ou chaînées avec des données d’autres bases.

S’émouvoir ? S’inquiéter ? En appeler à Orwell ? « A titre de comparaison, les données des maladies à déclaration obligatoire, dont fait partie la Covid-19, sont généralement conservées sous forme directement identifiante pour une durée de 12 mois, rappelle le Conseil. Et ce avant d’être conservées sous forme pseudonymisée pour des durées allant jusqu’à 25 ans pour les maladies à déclaration obligatoire faisant l’objet d’investigation comme la tuberculose. » Que répondra l’Ordre ? Que décidera le Parlement ?

A demain @jynau

1 « Conservation des données dans le cadre de l’article 2 du projet de loi organisant la sortie de l’état d’urgence sanitaire » Membres du Conseil scientifique ayant participé à la rédaction de la note : Jean-François Delfraissy, Président Laetitia Atlani Duault, Anthropologue Daniel Benamouzig, Sociologue Lila Bouadma, Réanimatrice Simon Cauchemez, Modélisateur Franck Chauvin, Médecin de santé publique Pierre Louis Druais, Médecine de Ville Arnaud Fontanet, Epidémiologiste Marie-Aleth Grard, Milieu associatif Aymeril Hoang, Spécialiste des nouvelles technologies Bruno Lina, Virologue Denis Malvy, Infectiologue Yazdan Yazdanpanah, Infectiologue. Correspondant Santé Publique France : Jean-Claude Desenclos.Cette note a été transmise aux autorités nationales le 21 juin 2020 à 13H30.

Chloroquine et déontologie : l’Ordre des médecins condamnera-t-il le Pr Christian Perronne ?

Bonjour

21/06/20020. Au départ, un pamphlet doublé d’un premier entretien médiatisé pour le lancer : « Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce ‘’l’union de l’incompétence et de l’arrogance’’ ». Auteur : le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, personnalité controversée, a été président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique.  

C’est un pamphlet nourri d’une colère tenant à la «chloroquine» : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait selon lui permis de réduire le nombre de morts. « J’en suis convaincu. Il était criminel de ne pas la prendre au sérieux, alors qu’on savait par la Chine et par les résultats, certes insuffisants au début, de Raoult, qu’elle était efficace. Encore fallait-il l’administrer de la bonne manière. J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon qui étudiaient ses effets dans des conditions défiant tout bon sens. »

Le Pr Perronne accuse d’autre part des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. Puis il s’attaque au Conseil scientifique du gouvernement (et à son président) dont il moque les « avis contradictoires » et les « commentaires évasifs ».

« Quelles suites pourront connaître ces différentes accusations ? » nous demandions-nous le 14 juin.  Une semaine plus tard voici qu’une pétition cible l’auteur.  

« Nous interpellons le Conseil National de l’Ordre des Médecins sur les propos inacceptables du Professeur Perronne, chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Celui-ci affirme que « 25 000 morts » auraient pu être évités en France si la combinaison hydroxychloroquine et l’azithromycine avait été prescrite massivement. Il poursuit en prétendant que le service de maladies infectieuses du CHU de Nantes et les médecins de l’hôpital auraient « laissé crever son beau-frère ». Christian Perronne accuse ainsi directement, à de multiples reprises, sans aucune retenue ni preuve médicale ou scientifique, des collègues médecins d’avoir refusé de prescrire un traitement et laissé « crever » des gens du fait d’intérêts financiers, entretenant ainsi l’idée que ses collègues sont des « criminels » au service de l’industrie pharmaceutique. »
 
Et de citer Sud Radio le 16/06 (https://www.youtube.com/watch?v=crbITXQTo24&feature=youtu.be ainsi que  
C News le 18/06 (https://www.youtube.com/watch?v=j_oR4gXc4WA .

« Non seulement ces propos sont scandaleux, inacceptables et totalement faux, médicalement et scientifiquement, mais ils contreviennent au code de déontologie médicale et au code de la santé publique, écrivent les pétitionnaires. En effet, de tels propos, tenus par un professeur de médecine, chef d’un service hospitalier, sont à même d’attiser la haine du public envers les médecins visés et mettent en danger des collègues, exposés à la vindicte populaire sur la base d’arguments fallacieux. »

Pour eux le Pr  Perronne contrevient à l’article 39 du code de déontologie médicale (article R.4127-39 du code de la santé publique) qui dispose que « les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. ». De même, ces propos ne tiendraient pas compte de l’article 13 du code de déontologie médicale (article R.4127-13 du code de la santé publique) qui rappelle que « lorsque le médecin participe à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public ».  Tous ces éléments seraient à même de déconsidérer la profession de médecin, ce qui est contraire à l’article 31 (article R.4127-31 du code de la santé publique) : « Tout médecin doit s’abstenir, même en dehors de l’exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci. ». 
 
Et les signataires de demander instamment au Conseil National de l’Ordre des Médecins de « réagir en urgence » en » condamnant les propos de M. Perronne, et en le convoquant afin qu’il s’explique et rende des comptes ».

On peut aussi, sur ce thème, lire le Pr Axel Kahn : « (…) le professeur Christian Perronne, a non seulement pris fait et cause pour le traitement préconisé par Didier Raoult, ce qui est admissible. Mais il a de plus déclaré que ceux qui ne l’utilisaient pas, voire dont les essais cliniques disqualifiaient l’hydoxychloroquine, sont des assassins. Et que les incrédules du conseil scientifique Covid-19 sont vendus aux majeurs de l’industrie pharmaceutique (…)  imaginez ce que représente une telle accusation, dénonciation, calomnie ? Sans doute passible de poursuites pénales, en l’occurrence. Mais auparavant, au plan déontologique ? (…) Il ne me revient pas de me mêler de l’aspect judiciaire de l’affaire. En revanche, j’ai établi, quelque soient les critiques que l’on puisse faire au Conseil de l’Ordre des médecins, l’évidence d’une instance déontologique pour ce métier qu’est la médecine. Et alors expliquer mon incompréhension qu’elle ne se saisisse pas de cette affaire. »

Que fera l’Ordre ? Quelles suites une telle affaire connaîtra-t-elle ? Quelles suites devrait-elle, raisonnablement, connaître ?

A demain @jynau

Quelles blouses blanches «héroïques» ne toucheront pas la «prime Covid» de 1500 euros ?

Bonjour

17/06/2020. Nous étions à la mi-avril. En reconnaissance de « l’incroyable dévouement de tout le personnel soignant », Edouard Philippe, Premier ministre annonçait qu’une prime exceptionnelle serait versée aux personnels hospitaliers dès le mois de mai. Le président de la République, Emmanuel Macron, s’y était engagé le 25 mars, depuis l’hôpital militaire de campagne installé à Mulhouse, en annonçant une « prime exceptionnelle pour pouvoir accompagner financièrement cette reconnaissance ». Ce serait une « réponse claire et forte de court terme ». Nous sommes à la mi-juin et rien n’est fait, rien n’est réglé. Un exécutif qui apparaît comme incapable de tenir ses promesses. Désillusion, polémique et discorde chez les premiers concernés.

Le gouvernement avait annoncé deux échelons : une prime de 1 500 euros pour les hospitaliers dans les quarante départements les plus touchés ; trois fois moins dans les autres. Avec toutefois chez ces derniers, une exception  « les agents ayant travaillé dans les services Covid + des 108 hôpitaux de référence percevront également la prime de 1 500 euros ». « Un mois plus tard pourtant, le décret d’application ne contenait plus que 79 établissements. Puis, le 11 juin, une nouvelle liste de 117 établissements est publiée, observe Le Monde (Ulysse Bellier). Entre les deux, 38 hôpitaux de différence et des jeux d’influence politique. Dans la Manche, en Ardèche, en Corrèze, dans l’Orne et ailleurs les élus s’indignent, écrivent au ministre de la Santé. »

Interrogée, la direction générale de l’offre de soin (DGOS), en charge du dossier au ministère de la santé, affirme au Monde que « chacun » des 117 établissements listés « a été identifié en raison, notamment, de l’impact du nombre de patients Covid + pris en charge sur ses capacités d’accueil » – sans plus de précision. Personne n’a connaissance des éléments précis sur lesquels se fonde le ministère.

Etrangement, à Pau, aucune difficulté. « On a rétabli la justice », note François Bayrou, maire de la ville et proche du président de la République. Il se félicite, sans mystère, d’« avoir pu obtenir une décision » en « faisant valoir le grand mérite » des équipes locales auprès du ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran : « Les critères étaient mal réfléchis, et ils ont été modifiés », assure M. Bayrou, président du MoDem, qui reconnaît qu’« avoir une certaine influence, ça aide à se faire entendre ». Comme une méchante fragrance de l’ancien monde.

Le directeur des ressources humaines et son adjointe

Ce n’est pas tout. Les organisations syndicales sont d’autant plus irritées qu’au sein des 117 hôpitaux listés, la hausse de 500 à 1 500 euros de la prime n’est possible que pour 40 % des effectifs au maximum. Qui en profitera ? La liste des bénéficiaires est laissée « à la seule appréciation des chefs d’établissement », précise la DGOS. Ambiance.

« A Montargis, dans le Loiret, la hiérarchie a choisi d’utiliser le maximum de son quota de 40 % : les fonctions supports, comme la logistique, les repas, la lingerie, en profiteront aux côtés des services les plus impliqués, précise Le Monde.  A Toulouse, la CGT du centre hospitalier universitaire (CHU) s’est émue de voir le directeur des ressources humaines et son adjointe toucher les 1 500 euros ‘’alors que certains soignant.e.s ayant pris en charge des patients Covid (…) n’auront que 500 euros.’’ ‘’Choisir ces personnes-là, qui ont de gros salaires et plein d’avantages, par rapport à d’autres, c’est explosif !’’, s’exclame Julien Terrié, secrétaire général local du syndicat. »

Face à lui le directeur général du CHU « assume » « Oui, cinq directeurs adjoints ont la prime [de 1 500 euros], parce qu’ils ont travaillé, se défend Marc Pénaud. Ils répondent aux critères. J’ai trouvé légitime de leur attribuer cette prime. » « C’est le fait du prince !, s’indigne Christophe Prudhomme, le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France. « Les gens ne réclamaient pas cette prime mais une revalorisation salariale permanente.»

A Montargis et La Réunion, les primes seront versées sur le salaire de la fin juin prévient Le Monde. A Bordeaux, tout le monde aura sa prime de 500 euros à la fin du mois et le complément de 1 000 euros – pour ses bénéficiaires – sera versé en juillet. A Pau, « ce sera sur le salaire de fin juillet, au pire fin août ». Seule garantie, le coût total : 1,3 milliard d’euros. pour une prime de la discorde.

A demain @jynau

L’hydroxychloroquine et le scandale du Lancet : la royale impunité d’un rédacteur en chef

Bonjour

16/06/2020. Il est unique, le sait, en profite. Le Dr Richard Charles Horton, 58 ans, empereur éditorial planétaire car rédacteur en chef du Lancet. Depuis 1995. Un règne d’un quart de siècle Le hasard veut qu’il publie (déjà) un ouvrage dans lequel il donne des leçons quant à la gestion de la pandémie 1 au moment où son prestigieux hebdomadaire est au cœur d’un scandale éditorial. On le retrouve sur les deux fronts dans Libération (Sonia Delesalle-Stolper)  – un entretien avec Richard Horton, rédacteur en chef du Lancet ;

The Lancet : hebdomadaire médical vieux de bientôt deux siècles, propriété du géant néerlandais Elsevier depuis 1991. Il tire son pouvoir, son prestige et ses substantiels revenus de la « relecture par les pairs » ; un filtre censé garantir la véracité, la qualité et le caractère novateur des textes originaux qui sont publiés. Un filtre en somme, une autorégulation assurée (gratuitement et avec joie) par les membres qualifiés d’une profession donnée. Une méthode qui n’est pas, non plus, sans danger – comme en témoigne la toute récente affaire/scandale de l’hydroxychloroquine.

Le 4 juin dernier, coup de théâtre: la direction de l’hebdomadaire annonçait la rétractation d’une étude publiée le 22 mai dans ses propres colonnes ; étude désormais célèbre qui suggérait que l’hydroxychloroquine, associée ou non à un antibiotique comme l’azithromycine, augmentait la mortalité et les arythmies cardiaques chez les patients hospitalisés pour Covid-19 ; étude qui avait aussitôt été suivie en France d’une abrogation de la dérogation qui permettait l’utilisation de cette molécule contre le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, ainsi que la suspension d’essais cliniques destinés à tester son efficacité.

Où l’on mesurait le poids planétaire du Lancet. La médiatisation internationale de cette publication avait conduit l’OMS à suspendre  le recrutement de patients qui auraient reçu de l’hydroxychloroquine dans un le vaste essai clinique international, Solidarity. En France, les seize essais cliniques expérimentant les effets de l’hydroxychloroquine avaient aussi été immédiatement suspendus à la demande de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM). Et Olivier Véran ministre des Solidarités et de la Santé avait aussitôt abrogé la dérogation qui permettait de prescrire dans certaines circonstances cette molécule en milieu hospitalier.

Puis la bombe de la « rétractation », événement de taille qui jetait un discrédit majeur sur la revue britannique et, au-delà, sur l’ensemble du système des publications médicales et scientifiques. Dans un communiqué, The Lancet indiquait que le retrait de l’article a été demandé par trois des quatre coauteurs – mais pas par le Dr Sapan Desai, chirurgien et fondateur de la société Surgisphere qui était supposée avoir collecté les données médicales de 96 000 patients « dans 671 hôpitaux sur six continents » – données qui avaient fondé leur analyse.

Les trois autres co-signataires, Mandeep Mehra (Harvard Medical School), MD, Frank Ruschitzka (hôpital universitaire de Zurich) et Amit Patel (Université de l’Utah)« avouaient au monde entier leur coupable légèreté : ils n’avaient pas été en mesure d’effectuer un audit indépendant des données qui sous-tendent leur analyse ; et de reconnaître qu’ils « ne peuvent plus garantir la véracité des sourcede données primaires ». Dans le texte de la rétractation, les trois coauteurs tentent de s’expliquer et présentent leurs excuses à la revue comme à ses lecteurs « pour tout embarras ou désagrément que cela aurait pu causer ».

Nullement responsable, encore moins coupable

Qu’allait bien pouvoir dire à Libération, sur un tel sujet, le rédacteur en chef du Lancet ? Ceci :

« L’évaluation par les pairs est un très mauvais détecteur de fraudes. Elle ne teste pas la véracité d’une étude. Le seul moyen de tester la véracité de ce qui est écrit dans un article serait de recommencer toutes les expériences. L’évaluation par les pairs consiste à tester l’acceptabilité d’un papier. Cet article apparaissait plausible. Les pairs auraient dû vérifier s’il y avait des données fiables, mais avant eux, les auteurs aussi auraient dû étudier les données ! Trois d’entre eux ne l’ont manifestement pas fait. Le quatrième, Sapan Desai, également PDG de Surgisphere, le collecteur de données, a refusé de partager ces données avec une société d’audit indépendante et a disparu des radars. Le papier a été retiré et c’est une bonne chose. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, il faut une enquête complète sur comment l’étude a été conduite. »

On peut le dire autrement : The Lancet n’est aucunement responsable -encore moins coupable. Il est tout simplement victime du système sur lequel il a bâti sa gloire et son pouvoir – système qui autorise les fraudes. On croirait rêver. Ecoutons encore le Dr Horton :  

« Cet épisode représente un échec complet pour la science. C’est une leçon qui se présente à chaque retrait d’un article. Des auteurs accolent leur nom à une étude parce qu’ils veulent être associés à une grande découverte. Mais le revers de la pièce qui vous apporte la notoriété est la responsabilité. Vous ne pouvez pas clamer la responsabilité d’une découverte à moins d’être absolument certain que ce que vous clamez est vrai. Or, dans ce cas précis, ce qui est vrai, c’est que trois des quatre auteurs n’avaient aucune idée de ce sur quoi ils apposaient leur nom et c’est, en soi, extraordinaire. »

Extraordinaire est le mot 

The Lancet accepte, en somme, de publier des données qu’il ne peut vérifier…. Libération lui fait observer qu’au cours des dix dernières années, le nombre de retraits d’articles scientifiques, limité par rapport aux articles maintenus, a augmenté. Y a-t-il plus de cas de fraude ou plus de vérifications sérieuses ? Réponse, « extraordinaire », du rédacteur en chef :

« La réponse honnête est qu’on ne sait pas. J’aurais tendance à dire que les gens sont aujourd’hui plus conscients du risque de fraude dans la science et qu’il y a une pression pour plus de transparence quand il y a des occurrences de fabrication ou de falsification. Il y a vingt ans, face à ce type de situation, on aurait eu tendance à enterrer l’histoire. Ce n’est plus acceptable. »

Comment ne pas l’interroger sur l’autre grand scandale de l’histoire du Lancet, l’affaire Andrew Wakefield qui établissait un lien, prouvé faux depuis, entre la vaccination contre la rougeole et l’autisme. Cette étude, publiée en 1998, a entraîné une forte chute du nombre d’enfants vaccinés, une recrudescence de la rougeole et une viralité accrue des mouvements anti-vaccinaux. Or  The Lancet n’a retiré l’article que douze ans plus tard… Pourquoi ?

« Dans le cas Wakefield, les auteurs ne voulaient pas retirer leur article. Le problème est alors que vous devez disposer de très bonnes preuves de fabrication ou falsification et à ce moment-là, nous ne les avions pas. En soi, l’article décrivait simplement un groupe d’enfants atteints de ce qui semblait être une nouvelle pathologie. La possibilité d’un lien avec le vaccin était évoquée, mais il était clairement écrit, noir sur blanc, que ce lien n’avait pas été prouvé.

« Ce qu’a fait Andrew Wakefield dans les médias, en public, c’est de lancer une campagne contre le vaccin, dire qu’il était dangereux et devait être retiré de la circulation. S’il avait alors dit très clairement qu’il n’y avait absolument aucune preuve d’un lien entre le vaccin et cette pathologie, et que des recherches supplémentaires étaient nécessaires, il est probable qu’il n’y aurait pas eu cette panique. Ce qu’on a appris après, c’est qu’il était partie prenante dans un projet de mise au point d’un vaccin rival, donc il avait un conflit d’intérêts financiers dans cette histoire. Ensuite, nous avons fait partie du processus officiel qui a apporté toutes les preuves sur la fraude. Ça a pris beaucoup de temps (sic). Mais bien sûr que j’aurais aimé retirer l’article plus tôt (re-sic). »

Autrice : Marisol Touraine

Dans son ouvrage (encore non traduit en français) le rédacteur en chef du Lancet a des mots très durs envers Donald Trump et Boris Johnson. Vous accusez le premier de «crimes contre l’humanité» et le second d’avoir «manqué à ses devoirs de serviteur du public ou d’avoir menti» ? Il dénonce dans le même temps « l’arrogance de l’Occident ».  Propos d’un spécialiste :

« Cette arrogance est responsable de dizaines de milliers de morts. Les décès ont été provoqués par un virus, mais ils ont aussi été causés par un orgueil d’exceptionnalisme occidental. C’est même pire que cela parce que, si vous regardez en arrière – je ne sais pas bien en France – mais certainement au Royaume-Uni, nous savions depuis quatre ans que nous n’étions pas prêts en cas de pandémie, et nous n’avons rien fait pour nous préparer. Le 24 janvier, au moment où nous avons publié un premier article sur le Covid-19, on savait. On savait qu’il fallait distribuer en urgence du matériel de protection, qu’il fallait appliquer le principe de tester, retracer et isoler les patients contaminés, on savait qu’il fallait élargir la capacité d’accueil en soins intensifs. Et qu’est-ce qui a été fait en février pour se préparer ? Rien, absolument rien ! »

C’est démontré : les responsables politiques ne lisent pas assez The Lancet. A l’exception de Marisol Touraine qui publia dans ces prestigieuses colonnes. C’était en avril 2014 et la ministre de la Santé de François Hollande annonçait un « nouveau contrat social pour la santé ». Six ans après son papier n’a pas encore été rétracté

.A demain @jynau

1 The Covid-19 Catastrophe. What’s Gone Wrong and How to Stop It Happening Again, par Richard Horton, 120 pp., éditions Polity Press

Secret médical : le Conseil de l’Ordre accuse le gouvernement de « double langage »

Bonjour

15 juin 2020. C’est sans précédent : entendre le Conseil national de l’Ordre des médecins accuser le pouvoir exécutif. Cela donne « exprimer sa vive inquiétude face au double langage du Gouvernement ». Et ce sur un sujet éthique et déontologique essentiel : les garanties relatives à la durée de conservation des données médicales des fichiers SIDEP et AmeliPro.

Rappel. En mai dernier, le Gouvernement avait souhaité mettre en place des dispositifs dédiés à la réponse sanitaire face à la Covid-19. Il s’agissait, on s’en souvient, de la détection et de l’isolement en milieu familial des malades et de leurs contacts (« contact tracing »). Ce souhait fut traduits dans une loi adoptée en urgence par le Parlement.

Le fichier Sidep – pour « service intégré de dépistage et de prévention » – est une base nominative qui contient l’intégralité des résultats des tests PCR réalisés à partir du 11 mai. 

« Au cœur de ces dispositifs et de cette loi, la mise en place de bases de données permettant de rompre les chaines de contamination avait suscité de nombreuses interrogations, souvent légitimes » rappelle l’Ordre. Lors de la discussion parlementaire ce dernier avait obtenu du Gouvernement et des députés et sénateurs les garanties nécessaires à la mise en place de ces fichiers, en particulier pour ce qui concerne leur durée de conservation.

La réponse attendue du Dr Olivier Véran

C’est pour l’essentiel à cette condition que l’Ordre avait engagé les médecins à contribuer à la mise en place des dispositifs de santé publique mis en œuvre. On sait que, garant du secret médical, l’Ordre des Médecins, est tout particulièrement vigilant quant à l’utilisation des données des patients. C’est pourquoi il exprime aujourd’hui sa vive inquiétude face au revirement du gouvernement dans le cadre de l’article 2 du projet de loi organisant la fin de l’urgence sanitaire. 1

En pratique cet article 2modifie l’article 11 de la loi du 11 mai 2020 et permettrait une durée de conservation supérieure à trois mois des données médicales. L’Ordre dénonce ainsi « la conservation et l’utilisation des fichiers SIDEP et AmeliPro contraires aux engagements pris vis-à-vis de la profession en mai dernier ». Ce donne une accusation en règle :

« Les modalités de prolongation qui seraient fixées par décret, et donc échappant au débat parlementaire, n’apparaissent pas conformes non plus à l’enjeu démocratique que représente pour les citoyens ce débat important. Il est d’autant plus incompréhensible que le gouvernement étende le champ de conservation des données au moment même où à partir de données épidémiologiques confirmant le recul de la pandémie, il légifère sur la fin de l’urgence sanitaire. »

 L’Ordre de médecins demande donc solennellement au Gouvernement et au Parlement de supprimer l’article 2 de l’actuel projet de loi organisant la fin de l’état d’urgence sanitaire. On attend avec le plus vif intérêt la réponse que ne manquera pas d’apporter le  Dr Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. Un ministre dont on ne sait s’il est inscrit à cet Ordre en charge du respect de la protection des données et du secret médical.

A demain @jynau

1 Article 2 « La durée de conservation de certaines données à caractère personnel peut être prolongée, dans la limite de celle mentionnée au premier alinéa du I, par décret en Conseil d’État pris après avis publics du comité mentionné au VIII et de la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Ce décret détermine, pour chacune des catégories de données auxquelles il s’applique, les finalités du traitement (…) en vue desquelles la durée de conservation de ces données est prolongée. Il précise également, pour les données collectées avant son entrée en vigueur, les modalités selon lesquelles les personnes concernées en sont informées sans délai. »

Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce «l’union de l’incompétence et de l’arrogance»

Bonjour

14/06/2020. On ne l’avait pas vu sur les plateaux médiatiques ; il s’exprime aujourd’hui haut et fort dans un ouvrage qui se veut « choc » et dont il donne la substance dans un entretien accordé au Figaro Magazine (Charles Jaigu). L’ouvrage :  « Y a-t-il une erreur qu’ILS n’ont pas commise ? : Covid-19, l’union sacrée de l’incompétence et de l’arrogance » (Albin Michel).  Quatrième de couverture :

« Vous croyez savoir ce qui s’est passé ? Un médecin réputé raconte à quel point la crise du Covid-19 a été un désastre sanitaire. Le président ? Le premier ministre ? Les ministres de la santé ? Les experts ? Ils n’ont rien vu venir. Plus grave : certains savaient. Un témoignage féroce, incontestable, inquiétant. Un livre nécessaire sur tout ce qui n’a pas été dit. »

On pourrait tourner la page. Mais le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, a été président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique. Et celui qui « ne retient pas ses coups dans le livre qu’il publie » est aussi une personnalité controversée dans son cercle professionnel – au vu notamment des positions qu’il défend dans le champ de la maladie de Lyme. Il se dévoile un peu plus dans l’entretien accordé au Figaro.

Aucun mea culpa : « Tous les médecins spécialistes des maladies infectieuses savent que l’on est toujours surpris. Cela a été beaucoup dit, et à juste titre. J’ai dit, dès le mois de février, que cette épidémie ne serait pas une grande tueuse, mais qu’il y aurait beaucoup de victimes parmi les personnes à risque. Finalement, c’était à peu près ça. Il suffisait de regarder ce qu’il se passait en Chine! »

Attaque frontale du Pr Jérôme Salomon, Directeur général de la santé . «  Il a été médecin dans mon service et j’ai poussé sa nomination comme professeur. Je le connais bien: il est carré, méticuleux, il aime les procédures solides. Je lui faisais confiance. (…)  J’ai été troublé, puis consterné par ses choix opérationnels. Après l’interview d’Agnès Buzyn accordée au Monde, nous avons appris qu’elle aurait alerté le directeur général de la santé dès le 20 décembre d’un risque de pandémie potentiellement sérieuse. Pendant tout le mois de janvier, la pression est montée. Et il n’a pas bougé. Il a laissé venir. Et c’est seulement le 30 qu’il se réveille, pour ne commander que 1,1 million de masques, à savoir une quantité dérisoire. (…)

« S’il avait pris conscience de l’erreur commise pendant le quinquennat Hollande, pourquoi ne l’a-t-il pas aussitôt corrigée une fois aux responsabilités avec Emmanuel Macron? Bien au contraire, il laisse les stocks en l’état. Puis il est alerté dès le 20 décembre, comme l’affirme Agnès Buzyn. Et il attend quarante jours avant de passer une commande très insuffisante. Il n’a pas pris les précautions auxquelles on aurait pu s’attendre. »

Où l’on en vient à sa colère quant au dossier «chloroquine» et à sa conviction : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait permis de réduire le nombre de morts.

« J’en suis convaincu. Il était criminel de ne pas la prendre au sérieux, alors qu’on savait par la Chine et par les résultats, certes insuffisants au début, de Raoult, qu’elle était efficace. Encore fallait-il l’administrer de la bonne manière. J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon qui étudiaient ses effets dans des conditions défiant tout bon sens. »

Le Pr Perronne accuse d’autre part des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents.

« Je connais le règlement intérieur du Haut Conseil. Plusieurs médecins n’auraient pas dû participer à la délibération sur la chloroquine. Rien n’a été fait dans les règles. Les procédures accélérées existent, mais elles sont sous contrôle. Le Pr Franck Chauvin a rendu deux avis bâclés. Pas de vote, pas de déclaration d’intérêt: ce n’est plus le Haut Conseil que j’ai connu.

Et pour finir attaque du Conseil scientifique du gouvernement (et de son président) dont il moque les « avis contradictoires » et les « commentaires évasifs »

« Ce n’est pas parce qu’ils n’avaient pas de certitudes qu’ils ne pouvaient pas prendre certaines mesures énergiques. Ils ont immobilisé toute la France et gravement mis en péril l’économie. J’étais hostile au confinement total, jusqu’au moment où il n’a pas été possible de faire autrement. Mais, justement, on aurait pu éviter cela. Cette pandémie ne touchait pas la population active ou les jeunes – contrairement à H1N1, en 2009 -, mais les populations âgées ou fragiles. S’ils avaient fait des tests au lieu d’attendre. S’ils avaient eu les masques, ils auraient isolé les Ehpad, les patients fragiles et les malades infectés. C’était possible et ils ne l’ont pas fait. Pourtant, à les entendre, ils sont très contents d’eux. C’est aussi cela que je dénonce, leur autosatisfaction ! »

Quelles suites pourront connaître ces différentes accusations ?

A demain @jynau

Racisme policier. Christophe Castaner, que veut-il nous dire avec son «soupçon avéré» ?

Bonjour

09/06/2020. Qui écrit les discours de Christophe Castaner ? Comment peut-on en arriver à de telles formulations ?  On se souvient des mots, solennels, du ministre de l’Intérieur : « Aucun raciste ne peut porter dignement l’uniforme de policier ou de gendarme (…) Aussi, j’ai demandé à ce qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes».

Associé à l’annonce du la fin de la « pratique de l’étranglement » ces propos font grand bruit dans le monde policier qui, dit-on, se sent désavoué (euphémisme) par son ministre. Où l’on entend des syndicalistes décrypter la sémantique ministérielle. A commencer par l’étrange « soupçon avéré d’actes ou de propos racistes ».

« Soupçon avéré » : une « formulation juridique hasardeuse » dit Le Monde. Il faut ici revenir aux sources

Avéré . Dans le langage courant on trouve d’avantage la locution « il s’avère que »  pour exprimer que la vérité de certains faits est établie. Dans la langue judiciaire ce participe s’emploi dans la forme impersonnelle : « il est avéré que… » avec le sens de «  il est démontré que… ».

Soupçon. Opinion défavorable, fondée sur des indices discutables, souvent par apriorisme ou suggestion affective, par laquelle, à tort ou à raison, on attribue à quelqu’un des actes répréhensibles ou des mauvaises pensées.

Comment comprendre, dès lors, les propos ministériels ? Est-ce dire qu’en matière d’actes ou de propos racistes  dans la police une suspension sera « systématiquement envisagée » (sic) pour chaque opinion défavorable dont l’existence a été démontrée ? Est-ce bien cela ? Qu’en dira le droit ? Dans l’attente on sait ce qu’en pensent les policiers.

A demain @jynau

Retour sur la crise sanitaire : l’exécutif va-t-il créer sa propre «commission d’enquête» ?

Bonjour

08/06/2020 Volonté d’écrire l’histoire à sa façon ou simple ballon d’essai ? Le gouvernement pourrait annoncer prochainement «la création d’une commission qui portera un regard indépendant et collégial sur la gestion de la crise» du coronavirus – confidence  à « plusieurs médias » d’une source proche de l’exécutif. Selon les informations de BFMTV, cette future commission, souhaitée par Emmanuel Macron, travaillerait avec la Cour des comptes et des personnalités scientifiques. Pour l’heure silence à la Cour – et motus chez quelques personnalités qui pourraient être tentées par cet étrange mélange des genres.

Imaginer l’exécutif nommer une commission chargée d’enquêter sur ses propres failles ? Et ce alors que le Parlement est à la manœuvre…. La démarche déplaît y compris dans les rangs de la majorité. «Une commission indépendante nommée par le gouvernement ? Déjà c’est un oxymore», relève le député (LREM, Cher) François Cormier-Bouligeon, qui rappelle le rôle du Parlement fixé par la Constitution : «C’est à lui et à lui seul de contrôler l’action du gouvernement, il faut remettre un peu d’ordre dans les institutions».

«Plus il y aura d’éclairages, plus on y verra clair»

D’autres ne voient pas l’oxymore. «Evidemment que le Parlement contrôle l’action du gouvernement. Mais l’exécutif a aussi la possibilité de faire auditer ses propres choix», répond à Libération (Laure Equy).Richard Ferrand (LREM). Je ne vois pas le problème.» Pour le président de l’Assemblée nationale, «plus il y aura d’éclairages, plus on y verra clair»( sic) . Le délégué général de LREM, Stanislas Guerini, juge lui aussi que la commission envisagée par l’exécutif n’empiéterait pas sur les plates-bandes parlementaires. «Avoir un comparatif international sur la gestion de la crise, je ne crois pas que ce soit l’objet des commissions d’enquête, a-t-il affirmé sur RTL. Il n’y a pas la moindre prérogative qui sera retirée au Parlement.» 

Le président du groupe PS au Sénat, Patrick Kanner, y voit plutôt «un mépris pour le Parlement» et le symptôme que le président de la République «doute de l’impartialité du travail à venir des commissions d’enquête». Le président du Sénat, Gérard Larcher, en est tombé à grand bruit de sa chaise : «Quand nous avons appris la création par l’Elysee d’une commission sur la #CriseSanitaire, nous avons d’abord cru à une « fake news ». Nous sommes stupéfaits! Alors que les deux chambres du Parlement ont créé une commission d’enquête», s’est-il étranglé sur Twitter. #coronavirus @Senat

De fait le Sénat a prévu d’installer sa commission d’enquête fin juin. Et à l’Assemblée nationale, la mission d’information sur «l’impact, la gestion et les conséquences de l’épidémie de Coronavirus» vient de doter des pouvoirs d’une commission d’enquête. Elle sera présidée par Brigitte Bourguignon (LREM) et Eric Ciotti en sera le rapporteur. Ce dernier ironise déjà sur Twitter parlant d’un un pouvoir «en panique». Eric Ciotti ne craint pas, parfois, d’exagérer.

A demain @jynau

« Hydroxychloroquine – Didier Raoult », la grande affaire française étrillée depuis Genève

Bonjour

04/06/2020. C’est acquis : l’affaire « Didier Raoult – Chloroquine » est devenue la grande affaire nationale française du moment. Elle intègre à merveille la peur et l’espoir, la médecine à la science, la croyance à la politique, le médiatique aux polémiques, les élites aux Gilets Jaunes. Jouant miraculeusement de l’étrange, l’homme parle où et quand il veut, délivre des messages, philosophe sur la médecine, cet art qui se nourrit de science, dénonce les vices de sa confrérie, accuse les méthodologistes-mathématiciens glorifie en permanence son parcours et ses compétences.

C’est sans précédent et cela dure, l’affaire s’auto-alimente. Pour autant, sauf à imaginer une rapide propulsion vers les sphères politiques (Didier Raoult, ministre de la Santé et/ou maire de Marseille) le sujet, bientôt, s’épuisera.

Pour l’heure, tout ceci intéresse-t-il au-delà de nos frontières ? Comment, par exemple, perçoit-on ce phénomène depuis Genève ? Donnons ici un extrait du « bloc-notes » 1 que tient le Dr Bertrand Kiefer dans la Revue Médicale Suisse dont il est le rédacteur en chef :

« Il était un savant de Marseille qui, depuis son bain de bulles, affirmait que la pandémie commençante serait moins mortelle que les accidents de trottinette. Il savait, avec certitude. Le même savant annonce ces jours la fin imminente de la pandémie. Il sait, là encore. Et c’est lui qui, enveloppé dans son immense savoir et télégénisé par son look ésotérico-rebelle, a entraîné le monde sur la piste savonneuse d’un antimalarique miracle.

« Avec ses disciples (groupe qui comprend une partie non négligeable de l’humanité, quantité de chefs d’État, plein de professeurs et de médecins de tous poils, et un quarteron de spécialistes fumeux), il affronte les autres, l’élite, les « bien-pensants », affirmant que l’urgence pandémique exige d’abandonner la servitude de la méthode et de l’éthique de la recherche scientifique. S’imposerait donc, selon lui, l’instinct, le savoir infus.

La bouée, le parachute et le savoir du gourou

« Quand quelqu’un se noie, on lui lance une bouée, sans d’abord vérifier son efficacité, ou encore, quand on saute d’un avion, on utilise un parachute, même s’il n’a jamais fait l’objet d’une recherche contre placebo (cet argument prend au sérieux un article du BMJ sur le sujet, publié dans l’un des numéros de Noël connus pour servir de défouloir annuel à l’humour british). Certes, mais comment savoir qu’on a bien affaire à une bouée ou un parachute ? Le gourou, lui, sait.

« En conséquence, tout a été fait à l’envers. Courant derrière l’engouement international, quantité d’études ont été lancées, impliquant des dizaines de milliers de patients dans le monde, sans coordination, avec des protocoles souvent bâclés. Il a fallu trois mois d’un immense effort pour que la marge d’ignorance se resserre. Résultat : l’antimalarique n’est en tout cas pas le médicament-miracle annoncé, celui qui devait sonner la « fin de partie » (selon le savant) ou s’imposer en « game changer » (selon un autocrate narcissique nord-américain). Mais l’argent et l’énergie drainés par ces études (sans compter la difficulté à recruter les patients : personne ne voulant plus prendre le risque de se trouver dans un bras autre ou placebo) ont empêché de tester d’autres hypothèses intéressantes, à l’efficacité a priori autant, voire davantage plausible. Un immense gâchis. »

Il nous restera à comprendrecomment une telle « flambée d’irrationnel » a pu se mondialiser à la vitesse de la pandémie. « Il faudrait analyser les ressorts archaïques qui meuvent les humains, même à l’ère des réseaux sociaux, écrit le Dr Kiefer. Besoin de croire, transes émotionnelles, attachement à la figure sacrée de la victime (le savant persécuté), violence mimétique antiscience et anti-establishment ? Les technologies de l’information sont de formidables machines à amplifier les vieux modèles. » Il ajoute :

« A quoi se reconnaît un pseudo-scientifique ? A ceci : il sait. Il est soit infatué, soit incompétent. Mais l’infatué ne cherche pas à savoir. Et savoir qu’on est incompétent demande d’être compétent. »

A demain @jynau

1 Kiefer B Science et doutes : le bazar Rev Med Suisse 2020; volume 16. 1068-1068

Le Pr Didier Raoult est accusé d’avoir expérimenté sans le consentement de ses patients

Bonjour

03/06/2020. L’affaire couvait, elle éclate dans Le Canard enchaîné. Mi-avril le soupçon avait été évoqué dans Le Quotidien du Médecin et nous nous en étions fait l’écho : « Hydroxychloroquine: questions sur la légalité des recherches du Pr Didier Raoult ». Puis le sujet fut développé dans Libé : « Le professeur Raoult a-t-il pris des libertés avec les règles éthiques ? » (Florian Gouthière). Et aujourd’hui le dossier s’étoffe dans Le Canard Enchaîné.

Selon l’hebdomadaire satirique le parquet de Marseille aurait reçu un « signalement » dénonçant certaines des pratiques du Pr Raoult. Le microbiologiste marseillais et ses collaborateurs  de l’IHU Méditerranée Infection sont accusés par « un de leurs confrères » (sic) d’avoir administré de l’hydroxychloroquinesans le consentement formel des patients. « Selon le dénonciateur, l’équipe de Didier Raoult a présenté une étude publiée le 27 mars comme une simple ″recherche observationnelle″ ne nécessitant pas l’accord formel des patients », écrit l’hebdomadaire.

Sollicitée par le parquet, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a indiqué avoir mené son enquête et demandé des explications au Pr Raoult. Et selon un courrier envoyé au parquet (que Le Canard Enchaîné s’est procuré) le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM écrit que « les modalités d’information des patients et de traçabilité de la motivation de la prescription ne sont pas conformes aux exigences légales ».

Comme Antoine Laurent Lavoisier, mort guillotiné.

Interrogé par l’hebdomadaire le Pr Raoult assure quant à lui avoir « respecté l’ensemble de la légalité ». Pour autant l’ANSM a d’ores et déjà saisi le Conseil national de l’Ordre des médecins.

Rappel 1 : en France, pour pouvoir conduire des «recherches impliquant la personne humaine» (RIPH), tout scientifique doit impérativement obtenir l’avis favorable de l’un des quarante comités de protection des personnes (CPP) répartis sur le territoire. Ces comités d’éthique, indépendants des établissements de recherche, sont composés de praticiens, de juristes ou de représentants d’associations de patients. Conduire une RIPH sans l’aval d’un CPP est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende

Rappel 2 : sont considérées comme des RIPH toutes les études dans lesquelles les interventions (par exemple les gestes médicaux) ou les observations (suivi, questionnaires aux patients…) ne sont pas uniquement réalisées pour le soin du malade, mais aussi dans l’intention de mener une recherche destinée à faire évoluer les connaissances biologiques ou médicales.

Le 27 mars, l’équipe du professeur Raoult avait présenté les résultats d’une étude relative aux effets associés de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine  chez quatre-vingt patients « Covid + ». Les chercheurs marseillais expliquaient alors avoir fait valider ce projet par leur propre comité d’éthique, et non par un CPP. Avec cet argument : «Ce n’est pas de la recherche, c’est du soin.» Plus tard ils expliqueront : «L’hypothèse que [cette] étude serait une intervention sur la personne non justifiée par sa prise en charge habituelle est fausse, car il n’y a eu aucune autre intervention que celles justifiées par les soins courants.»

Cette défense comporte toutefois quelques sérieuses failles, comme en témoignent différents éléments recueillis et publiés, fin mai, par Libération. Hasard ou fatalité la publication du Canard enchaîné coïncide avec une nouvelle vidéo mettant en scène le microbiologiste marseillais (#LancetGate. Les Pieds nickelés font de la science).  

« Moi je suis une star des maladies infectieuses, j’ai tout eu, j’ai un cursus qui fait rêver à peu près n’importe qui, déclare-t-il. J’ai été le plus jeune président de l’Université de France, le plus jeune président des médecins, le plus jeune de tous les professeurs de la classe exceptionnelle, le professeur le plus ancien dans le grade le plus élevé de tout ce pays en médecine, j’ai tout eu dans ma vie. C’est moi, l’élite (…)».

Il ajoute, aussi, que la France est un pays où, parfois, on se prend à aimer décapiter les élites. Comme Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794).

A demain @jynau