Faire une croix, dès demain, sur les «cadeaux» de Big Pharma aux médecins généralistes ?

Bonjour

A trop lire Prescrire, on croyait le sujet définitivement bouté hors de la réalité. A tort. « Les médecins généralistes français qui reçoivent des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques ont tendance à faire ‘’des prescriptions plus chères et de moindre qualité’’, montre une étude originale à fort potentiel polémique et politique. Elle est publiée mercredi 6 novembre dans le British Medical Journal 1 et résumée sur le fil de l’AFP.

Corollaire : les généralistes  « qui ne reçoivent aucun avantage de la part de l’industrie pharmaceutique sont associés en moyenne à de meilleurs indicateurs établis par l’Assurance-maladie quant à l’efficacité de leurs prescriptions, et celles-ci coûtent globalement moins cher ». Attention toutefois : ces résultats ne démontrent pas de lien de cause à effet. Ils mais « renforcent l’hypothèse selon laquelle l’industrie pharmaceutique peut influencer les prescriptions des médecins généralistes et offrent un aperçu sur l’étendue de cette influence », soulignent l’université, le CHU de Rennes et l’Ecole des hautes études en santé publique dans un communiqué.

Des auteurs qui ne redoutent pas d’ajouter :  « Cette influence, parfois inconsciente chez les médecins, peut conduire à choisir un traitement qui n’est pas optimal, au détriment de la santé du patient et du coût pour la collectivité. »

Ce travail repose sur le croisement de deux bases de données. La première est le portail Transparence Santé, sur lequel doivent être déclarés (à partir d’un montant unitaire de 10 euros) tous les « liens d’intérêt » des professionnels de santé – équipements, repas, frais de transport ou d’hôtel offerts par des entreprises du secteur (laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux, etc.). Une base qui établirait que « près de 90 % des médecins généralistes ont déjà reçu au moins un cadeau depuis 2013 ».

« Un aperçu sur une étendue« 

La seconde base est le système national des données de santé (SNDS), qui recense consultations, actes médicaux, prescriptions de médicaments et hospitalisations remboursés en conservant l’anonymat des assurés. Les auteurs ont ainsi analysé les prescriptions d’un peu plus de 41 000 médecins généralistes travaillant exclusivement dans le secteur libéral libéral. Puis ils les ont classés en six groupes, en fonction du montant des avantages perçus au cours de l’année 2016.

Résultat ? D’un côté les compromis, plus ou moins conscients de l’impact des cadeaux sur leurs ordonnances. De l’autre côté ceux qui refusent les avantages et qui sont (« en moyenne ») associés à  « des prescriptions moins coûteuses » ; « plus de prescriptions de médicaments génériques par rapport aux mêmes médicaments non génériques » (pour trois types de médicaments : antibiotiques, antihypertenseurs, statines) ; « moins de prescriptions de vasodilatateurs et de benzodiazépines pour des durées longues », dont l’usage est déconseillé par l’Assurance-maladie ; « moins de prescriptions de sartans » par rapport à une autre famille de médicaments, recommandés pour leur efficacité similaire avec un moindre coût.

RAS en revanche pour les prescription d’aspirine, de génériques d’antidépresseurs ou de génériques d’inhibiteurs de la pompe à protons ». Plus étrange encore, au vu de l’absence de relation de causalité : les auteurs montrent que plus le montant total des avantages perçus est élevé, plus le surcoût moyen par prescription augmente – de même que le déficit de prescription des versions génériques pour les antibiotiques, les antihypertenseurs et les statines.

Pour les auteurs ces résultats « observationnels » renforcent l’hypothèse « selon laquelle l’industrie pharmaceutique peut influencer les prescriptions des médecins généralistes ». Et ils « offrent un aperçu sur l’étendue de cette influence ». Mais que dit de la réalité statistique, économique et politique un « aperçu sur une étendue » ?

A demain @jynau

1 Association between gifts from pharmaceutical companies to French general practitioners and their drug prescribing patterns in 2016: retrospective study using the French Transparency in Healthcare and National Health Data System databases. Bruno Goupil, Frédéric Balusson, Florian Naudet, Maxime Esvan, Benjamin Bastian, Anthony Chapron, Pierre Frouard doi: 10.1136/bmj.l6015 | BMJ 2019;367:l6015

Demandeurs d’asile: Agnès Byzyn a-t-elle abandonné Santé et Solidarités ? (Laurent Berger)

Bonjour

« Agnès Buzyn a bien résisté mais ne l’a pas emporté … ! » Telle est, pour l’heure, la petite musique des commentateurs politiques après l’invraisemblable annonce: la décision voulue par le président de la République d’instaurer un « délai de carence de trois mois » avant que les demandeurs d’asile puissent accéder à la Protection universelle maladie (PUMa). C’est là un franchissement symbolique qui ne sera pas sans conséquences médicales, politiques, morales. Christian Reboul, référent migration, droits et santé à Médecins du monde (MDM) cité par Le Monde (Manon Rescan et Julia Pascual):

 « Jusqu’à présent, le principe d’accès aux soins des demandeurs d’asile n’avait jamais été remis en cause, eu égard à leur vécu, à qui ils sont. Donc c’est une étape de franchie, même symboliquement. Il y aura une aggravation des pathologies et une convergence vers les urgences. On va précariser davantage des personnes qui sont déjà en situation de vulnérabilité, quand on sait aujourd’hui que la moitié de ceux qui se trouvent dans les campements sont des demandeurs d’asile. » 

Martine Lalande, vice-présidente du Syndicat de la médecine générale (SMG) : « C’est sscandaleux. Ce gouvernement fait du clientélisme vis-à-vis de l’électorat d’extrême droite. On n’a pas besoin de ça pour l’économie de la Sécurité sociale, au contraire. »

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, sur France Inter :

« C’est choquant. C’est choquant pour deux raisons. D’abord c’est une question d’humanité, ensuite c’est une question de santé publique.  On aura bonne mine quand on aura mis un délai de carence, qu’une personne sera porteuse d’une maladie, qu’elle aura pendant trois mois développer cette maladie et qu’elle l’uara transmise. Il faut arrêter. Je le redis : santé publique et humanité.

« Tout cela va avoir des conséquences désastreuses… Et vous savez pour qui ? Pour les personnes concernées mais aussi pour les travailleurs sociaux, les bénévoles dans les associations, les personnes qui sont dans les centres de santé etc. On aurait pu en discuter avec les associations concernées, avec France Terre d’Asile, avec la Cimade, avec d’autres … mais non…. On a l’impression que tous ceux qui consacre leur temps à l’accueil des migrants sont quantité négligeable. Et pourtant, heureusement qu’ils sont là, heureusement ».

Chacun le voit: Emmanuel Macron a d’ores et déjà engagé sa bataille en vue de la prochaine présidentielle dans un duel contre le Rassemblement national. Aussi l’exécutif veut-il afficher en urgence sa volonté de lutter contre toute forme de fraude (présumée) dans les droits accordés aux étrangers. Ces mesures seront intégrées par voie d’amendement du gouvernement et votées dès après-demain dans le projet de loi de finances pour 2020  – et ce alors que les députés n’ont plus la possibilité de déposer d’amendement sur le texte.

« Agnès Buzyn a bien résisté mais ne l’a pas emporté … ! » Il semble exclu que la ministre des Solidarités et de la Santé ait, un instant, envisagé de démissionner.

A demain @jynau

Harcèlements sexuels : le corps des soignants français est bien loin d’être indemne

Bonjour

Qui, vers la fin du XXème siècle, aurait imaginé une « enquête sur le harcèlement sexuel dans le milieu médical en France » ? Nous sommes en 2019 et cette enquête vient d’être faite, ses résultats publiés 1. Seront-ils contestés ? Qu’apprend-on ? Ceci :

« Une femme médecin sur six a déjà été harcelée sexuellement par un autre professionnel de santé au cours des six dernières années. Tous sexes confondus, le harcèlement sexuel touche un médecin sur douze. Les praticiens les plus jeunes (- 45 ans) sont trois fois plus fréquemment victimes de harcèlement sexuel que leurs collègues plus âgés.

« Préoccupants et ‘’banalisés’’ ces actes de harcèlement ont des conséquences néfastes sur les victimes : 40% adoptent des mauvaises habitudes de vie (consommation d’alcool, de tabac ou de médicaments, etc.) et trois sur quatre reconnaissent que le harcèlement sexuel au travail a une incidence sur la qualité des soins prodigués aux patients.

« Dans plus de 70% des cas, les victimes ne dénoncent pas leur agresseur. Les médecins sont six fois plus fréquemment harcelés par un patient que par un collègue — 1/4 des victimes témoignent de comportements inappropriés comme des demandes de rendez-vous (42%), des tentatives d’attouchement (25%) ou des demandes de rapport sexuel (8%). En interne (15% des agressions), l’agresseur occupe une position hiérarchique supérieure à celle de la victime : il est médecin à 61%.

« Pour les 2/3 des personnes interrogées, le harcèlement sexuel de la part d’un collègue se traduit par des commentaires à connotation sexuelle sur le physique, et pour la moitié d’entre elles, par des propositions de relations sexuelles. Près du tiers ont cité des demandes répétées de rendez-vous ou un envahissement délibéré sur leur sphère personnelle.

« Une victime sur vingt a reçu des propositions de promotion en échange d’une relation sexuelle ou des menaces en cas de refus. Les infirmières sont également concernées : elles sont 51% à avoir été victimes ou témoins de harcèlement sexuel ces trois dernières années. Parmi les répondants, les personnes de moins de 45 ans sont aussi les plus touchées (44% victimes ou témoins) et beaucoup indiquent que c’est surtout en début de pratique ou en cours de stage que le risque est le plus grand.

« À la suite de l’incident, 20% des victimes ont envisagé de démissionner, 8% l’ont fait. »

Ces données seront-elles contestées ? Que peut-on, raisonnablement, ajouter ?

A demain @jynau

1 Enquête réalisée par Medscape (filiale de WebMD Health Corp).  1007 médecins pratiquant à plein temps en France ont témoigné de leur expérience à travers un sondage en ligne entre le 7 juin et le 13 août 2019. Un peu plus de la moitié étaient des hommes (55%), salariés (70%) et travaillant à l’hôpital (63%). Ont également répondu 88 internes/étudiants en médecine et 76 infirmières/sages femmes. Environ un répondant sur 7 était médecin généraliste. Les autres spécialités les plus représentées étaient la médecine d’urgence et la psychiatrie (10%), l’anesthésiologie (7%), et la cardiologie (6%).

Medscape a interrogé les professionnels de santé sur leur expérience en lien avec des abus, harcèlement ou inconduite à caractère sexuel, tels que décrits dans la loi du 6 août 2012 : « le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle, qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, au profit de l’auteur des faits ou d’un tiers. »

Demandeurs d’asile: comment Agnès Buzyn pourra-t-elle justifier le «délai de carence» ?

Bonjour

Elle avait déjà été accusée de « double discours » par les ONG humanitaires 1; comment Agnès Buzyn parviendra-t-elle désormais à se justifier ? En dépit des appels solennels lancés par les cercles humanistes et associatifs le président de la République et gouvernement Philippe ont tranché. Cela sera officiellement acté demain 6 novembre mais tous les médias généralistes sont déjà informés : la France va instaurer un « délai de carence » de trois mois avant que les demandeurs d’asile ne puissent accéder à la Protection universelle maladie (PUMa).

Sera également annoncée la mise en place d’un accord préalable de la Sécurité sociale pour certains actes « non-urgents » entrant dans le cadre de l’Aide médicale d’Etat (AME). Sans oublier, corollaire : la mise en place de quotas concernant les candidats à l’immigration en fonction des métiers « en manque de main d’œuvre ».

Quelques retouches

Que nous dira Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé ? Comment pourra-t-elle justifier médicalement l’existence de ce « délai de carence », notamment en cas de pathologies infectieuses et contagieuses ? Tout a été confectionné par l’exécutif pour faire au plus vite. Ces « retouches » à la PUMa et l’AME figureront dans les amendements du gouvernement examinés le 7 novembre à l’Assemblée dans le cadre du budget santé. Un rapport sur l’AME commandé à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale des finances (IGF) et qui « a guidé les orientations du gouvernement » doit aussi être rendu public ce 5 novembre. On l’attend.

Ainsi donc les cris d’alarme associatifs, les appels à la raison auront été vains. Le « délai de carence de trois mois » se substituera à l’accès immédiat à la Protection universelle maladie des demandeurs d’asile. Il est vrai qu’Agnès Buzyn avait déjà avancé l’idée que la PUMa serait «dévoyée» par des demandeurs d’asile venant de Géorgie et d’Albanie «qui sont a priori des pays sûrs» (sic).

Quand Agnès Buzyn parlera-t-elle ? On entend déjà la ministre des Solidarités et de la Santé souligner que l’AME « n’est pas directement touchée ». Ce dispositif (qui bénéficie à 318 000 personnes sans-papiers) est régulièrement attaqué par la droite et l’extrême droite. La aussi, donc, le gouvernement à tranché en urgence : désormais, certains actes considérés comme «non-urgents» pourront faire l’objet d’un accord préalable de la Sécurité sociale. On attend, impatiemment, la liste des urgences

A demain @jynau

1 EMMAUS SOLIDARITE, FÉDÉRATION DES ACTEURS DE LA SOLIDARITE, FRANCE ASSOS SANTE,  ODSE (Observatoire du droit à la santé des étrangers-ères) : ACT UP Paris, ACT UP Sud-Ouest, AFVS (Association des familles victimes du saturnisme), AGS (Alliance pour une gestion solidaire), AIDES, ARCAT, LA CASE DE SANTE (Centre de santé communautaire – Toulouse), CATRED (Collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l’égalité des droits), CENTRE PRIMO LEVI, CIMADE, COMEDE (Comité pour la santé des exilés), CoMeGAS, CRETEIL-SOLIDARITE, DOM’ASILE (Domiciliation et accompagnement des demandeurs d’asile), DROITS D’URGENCE, FASTI (Fédération des associations de solidarité avec tou-te-s les immigré-e-s), FTCR (Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives), GAIA Paris, GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), la LIGUE DES DROITS DE L’HOMME, MEDECINS DU MONDE, MEDECINS SANS FRONTIERES, MIGRATIONS SANTE ALSACE, le MOUVEMENT FRANÇAIS POUR LE PLANNING FAMILIAL, MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), RESEAU LOUIS GUILLOUX, SIDA INFO SERVICE, SOLIDARITE SIDA, SOS HEPATITES, SID’ACTION, UNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux).

Divorce et dénonciation calomnieuse du médecin : le très édifiant jugement de Coutances

Bonjour

Non la souffrance d’une séparation de justifie pas tout. Surtout pas la pratique de la délation. On peut en prendre connaissance dans La Presse de la Manche. Le 28 octobre une femme de 41 ans comparaissait devant le tribunal de Coutances. Pourquoi avait-elle, « dans un contexte de séparation de son couple », cru bon d’informer la CPAM qu’un médecin avait délivré un arrêt de travail pour cause d’ « accident du travail « à son ancien compagnon – et ce alors que ce dernier alors se serait selon elle blessé à son domicile ? Et pourquoi ajoutait-elle que ce médecin ne respectait pas ses obligations de secret professionnel ?

Sans doute n’imaginait-elle pas que ce même médecin recevrait du Conseil de l’Ordre la copie de ce courrier envoyé au médecin-conseil de la CPAM. Ni que le médecin ainsi accusé userait de la procédure de citation directe pour obtenir la condamnation de la signataire de cette lettre.

Cette dernière se dit aujourd’hui « dévastée par les proportions prises par ce courrier » : elle postulait que seule la CPAM en aurait connaissance. Et n’imaginait nullement la suite des événements : pour « dénonciation calomnieuse », elle vient d’être condamnée à une peine de deux mois de prison (avec sursis) ainsi qu’à verser 1 500 € au médecin pour ses frais de justice. C’est, dans la Manche, le prix de la délation.

A demain @jynau

Inespéré : la e-cigarette est «probablement» une aide efficace pour arrêter de fumer

Bonjour

C’est une étape importante dans la -déjà- longue histoire de la Révolution des Volutes. Et la démonstration que petit à petit l’oiseau de la réduction des risques fait son nid dans l’immense jungle du tabagisme et dans méandre du principe politique de précaution. Après nombre d’addictologues, d’esprits éclairés et d’un ancien Directeur général de la Santé, deux sociétés savantes hier encore rétives viennent de progresser dans leur perception du phénomène : la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) et la Société Francophone de Tabacologie (SFT).

A l’occasion du Mois sans tabac elles « proposent dans un document une information sur la cigarette électronique ; information basée sur l’analyse des données scientifiques publiées ; document destiné avant tout aux fumeurs envisageant d’utiliser la cigarette électronique comme outil d’aide au sevrage tabagique ; document signé du Pr Nicolas Roch, président de la SPLF et de la Dr Anne-Laurence Le Faou, présidente de la SFT. Extraits :

La dépendance. « La dépendance tabagique a deux composantes : 1- Une dépendance physique liée au manque de nicotine (indépendante de la volonté) qui peut être comblée par apport de nicotine non-fumée médicamenteuse (patchs, pastilles, comprimés, inhaleurs, sprays ou comprimés sub-linguaux) et/ou non médicamenteuse (cigarette électronique). La varénicline qui bloque certains récepteurs nicotiniques est aussi un traitement efficace de la dépendance physique à la nicotine. 2- Une dépendance psychologique et comportementale.

Les traitements. « Les traitements médicalement validés sont ceux qui ont fait l’objet d’essais cliniques. Ils ont démontré qu’ils augmentaient les chances de l’arrêt du tabac avec un rapport bénéfice/risque positif. C’est le cas de tous les substituts nicotiniques et de la varénicline, remboursés en France ainsi que du bupropion, non remboursé. Ces traitements (à l’exception de l’inhaleur, des Nicorette Microtab et du spray de nicotine) sont remboursés par l’assurance maladie sans reste à charge pour les patients atteints d’une maladie de longue durée (en particulier dans le domaine des troubles respiratoires pour l’insuffisance respiratoire liée à la BPCO ou à l’asthme, pour le cancer du poumon ou la tuberculose), le reste à charge de 35% est payé par la complémentaire santé dans les autres cas. Ces traitements restent les traitements recommandés par les autorités de santé pour tous les fumeurs dont ceux atteints de maladies respiratoires.

La cigarette électronique. « Que sait-on de la toxicité de la cigarette électronique ? En utilisation normale Les émissions de la cigarette électronique contiennent moins de substances toxiques que la fumée du tabac. Elles peuvent induire toutefois des effets biologiques mesurables. Les conséquences cliniques et épidémiologiques (santé publique) à long terme de l’utilisation des cigarettes électroniques, à ce jour, ne sont pas connues. Les études bien conduites cliniques et épidémiologiques concluantes sont nécessaires pour évaluer le bénéfice et les risques exacts de leur utilisation.

Les cas de toxicité pulmonaire rapportés aux USA. « Ces cas ont concerné 1888 personnes à la date du 31 octobre 2019 dont 37 décès. Ces cas sont liés aux liquides que certains utilisateurs de cigarette électronique ont mis dans le réservoir. Dans 75- 80% des cas, ces liquides étaient fabriqués ou achetés hors du commerce officiel et contenaient des huiles de cannabis, du cannabis synthétique ou d’autres produits assimilés et souvent de l’acétate de vitamine E (produits formellement interdits dans liquides pour cigarettes électroniques en Europe). Il s’agissait donc du détournement d’usage du dispositif c’est-à-dire dans le cadre d’un usage récréationnel et non dans l’objectif de l’arrêt de la consommation du tabac. En absence d’identification de l’agents ou des agents causaux provoquant ces pneumopathies, il est recommandé de n’utiliser que les liquides commercialisés, de ne pas acheter des liquides dans la rue et de pas utiliser des huiles de cannabis ou d’autres produits non commercialisés.  En France le Directeur général de l’ANSES qui assure le contrôle des liquides pour cigarettes électroniques, a affirmé qu’aucun des liquides commercialisés en France ne posait de problème sanitaire. Intérêt de la cigarette électronique dans la sortie du tabac

Mais encore. « La cigarette électronique est utilisée le plus souvent sans aide médicale par des fumeurs qui veulent soit réduire leur tabagisme, soit arrêter de fumer. Selon Santé Publique France,

1) les données recueillies après le Mois sans tabac 2016 montrent que la cigarette électronique est de loin le produit le plus utilisé dans l’arrêt du tabac avec aide : 27% contre 18% pour les substituts nicotiniques et 10% pour le recours aux professionnels de santé.

2) il est estimé que 700 000 fumeurs ont arrêté de fumer en 7 ans avec la cigarette électronique seule ou en association avec d’autres aides.

Mais encore (bis). « Les données scientifiques actuellement disponibles sont toutefois insuffisantes pour conclure avec certitude que la cigarette électronique est un traitement efficace et sûr pour aider les fumeurs à arrêter de fumer. Un essai publié récemment dans le New England Journal of Medicine montre qu’il y a près de deux fois plus d’arrêt à un an avec la cigarette électronique qu’avec les substituts nicotiniques.

« L’utilisation prolongée de la cigarette électronique De nombreux utilisateurs continuent à fumer tout en vapotant. Cette situation laisse persister les risques du tabagisme. Ces vapo-fumeurs doivent être mieux substitués en nicotine par ajout de patchs et optimisation de la prise de nicotine par la cigarette électronique. Chez les fumeurs sevrés du tabagisme grâce à la cigarette électronique, un avis médical est recommandé en cas de dépendance persistante à la nicotine. En cas de consommation de cigarette électronique au-delà de 12 mois après l’arrêt du tabac 1,2, l’arrêt de la cigarette électronique est conseillé s’il n’existe aucun risque de retour au tabac. Cas particulier des maladies respiratoires chroniques Il est préférable d’utiliser un des traitements médicamenteux recommandés pour l’arrêt du tabac et remboursés en France : substituts nicotiniques ou varénicline, plutôt que la cigarette électronique.

Pour conclure. « Ne plus fumer est le premier objectif à poursuivre chez les fumeurs, notamment porteurs de maladies respiratoires chroniques. La cigarette électronique est probablement une aide efficace pour arrêter de fumer. Elle doit dans ce cas être utilisée de façon transitoire (en l’absence de donnée précise sur ses effets à long terme) en vue de l’arrêt de la consommation tabagique. Elle doit être proscrite chez les non-fumeurs. Fumer et vapoter dans le même temps n’est pas une solution, car cette conduite ne réduit pas les risques liés au tabac. »

Il ne faut probablement jamais désespérer.

A demain

1 Réaction-questions du Dr Anne Borgne (SOS Addictions) :  » 12 mois? Pourquoi pas 6 ou 24 ? D’où sort cette durée, de quelles données de la science? Ces donneurs de leçons frileux de ne pas s’avancer tant que la preuve scientifique de 25 000 études n’est pas faite peuvent-ils nous donner la référence concernant cette durée ? »

2 Réaction- commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #sovape. « Je partage ce point de vue.  AUCUN fondement pour limiter la durée à 12 mois. Ils font appel à une science soit-disant inexistante et incapable de démontrer une innocuité absolument indémontrable par définition. Mais quelle référence pour cette affirmation, à part le doigt mouillé ?

L’emploi permanent des conditionnels / potentiels est insupportable – et ne fait que renforcer les doutes chez les consommateurs, fumeurs, et même vapoteurs. Aucun risque, c’est pas possible, tout le monde est d’accord. Beaucoup moins de risque, c’est une certitude.

La phrase : « L’existence aux USA de cas de toxicité pulmonaire rapportée à l’utilisation de cigarettes électroniques inquiète les fumeurs qui envisagent l’arrêt du tabac et les vapoteurs’’… fait persister l’amalgame entre LA vape et la consommation de produits frelatés et illicites.

Même l’explication est douteuse « Dans 75-80% des cas, ces liquides étaient fabriqués ou achetés hors du commerce officiel’’… Cela laisse à penser que les 20-25% restants sont des produits « normaux ». NON !! Les 20-25% des cas sont seulement des gamins qui n’ont pas « avoué » les produits qu’ils ont consommé.

Pour ce qui est de l’étude ECSMOKE, elle ne démontrera pas grand chose, si ce n’est comparer UN liquide / UN taux de nicotine (12 = trop faible) / UN arôme / UN appareil Vs UN médicament. Soir 1/100000e des possibilités de combinaisons possibles pour utiliser le vapotage, rien à voir avec l’usage courant. Il faudrait cesser de dire que cette étude compare LA vape. C’est FAUX.

Quant aux « non-fumeurs » qui ne doivent pas y toucher… L’expérience américaine avec un taux de tabagisme juvénile qui a plongé à moins de 6% VS 25% en France, ne fait se poser de questions à personne ?

Le problème est très complexe, certes, mais doit-on le trancher sans aucun débat ? Pas de question sociale, éducative, vision globale de santé publique, pas de regard sur les faits ?   J’imagine que ce communiqué a donné lieu à d’âpres échanges en interne, avec beaucoup de bonne volonté, on sent bien la SFT qui veut bien / mieux faire… Mais le résultat est-il vraiment de nature à rassurer ? »

Santé des étrangers migrants: Agnès Buzyn accusée de «double discours» par les ONG

Bonjour  

Elles sont « trente-quatre » – 34 associations humanitaires et sanitaires 1 qui partent en guerre préventive et ciblent la ministre des Solidarités et de la Santé. « Alors même qu’Agnès Buzyn réaffirmait début octobre devant les députés-es « le droit à la santé pour tous-tes », son audition devant les parlementaires le 30 octobre laisse présager la mise en place de nombreuses entraves à ce droit, écrivent-elles. La couverture santé des personnes étrangères est gravement menacée par l’instauration d’un délai de carence pour les demandeurs-ses d’asile et d’un accord préalable aux soins pour les personnes sans papiers. »  

« Comment d’un côté défendre le droit de toutes et tous à être soigné et de l’autre annoncer des mesures qui empêcheraient un accès aux soins déjà difficile à des personnes déjà très précarisées ? Nos associations s’inquiètent de cette incohérence et de ses conséquences. Les mesures proposées par la ministre portent gravement atteinte à la santé individuelle des personnes et vont à l’encontre de tous les principes de santé publique. »

Est-ce là une nouvelle déclinaison du en même temps macronien ? Faudrait-il, une fois encore, que la couverture de santé des personnes demandeuses d’asile ou sans papiers est primordiale ? Qu’elle permet à ces personnes aux conditions de vie très dégradées et très exposées aux risques de santé un accès à la prévention et aux soins ? Que ces personnes sont déjà confrontées à des multiples barrières pour accéder à leurs droits et aux soins ? Que porter atteinte à leur couverture santé, que ce soit par la mise en place d’un délai à l’entrée, ou en restreignant le maintien de droit à la fin d’un titre de séjour, c’est pousser les personnes vers une prise en charge encore plus tardive ou plus restreinte, et donc dans une situation dangereuse pour elles, et pour leur entourage en cas de maladies transmissible ou contagieuse ? Qu’une telle politique aura également des conséquences majeures sur les soignants de ville ou hospitaliers, pourtant déjà en souffrance, ainsi que sur les finances hospitalières déjà fragilisées ?  

Travail politique de détricotage

« A entendre certains arguments, les abus seraient nombreux et cette couverture santé serait ‘’un luxe’’, ajoutent les ‘’trente-quatre’’Cependant, pour les demandeurs d’asile, cet accès n’est en réalité pas totalement effectif en raison des difficultés majeures et croissantes de l’accès même à la procédure de demande d’asile (structures d’accueil saturées, rendez-vous tardif en préfecture, etc.). En ce qui concerne les personnes sans titres de séjour, un délai de carence de trois mois est déjà en place, et le panier de soins à laquelle la couverture donne accès est déjà limité. Ces droits sont par ailleurs attribuées sous condition de ressources (les revenus doivent être inférieurs à 746 € par mois) et de nombreux rapports successifs ont salué leur bonne gestion et confirmé la part infime des cas réels de fraude. »  

Pourquoi, dès lors, montrer un tel acharnement à détricoter ces dispositifs essentiels ? C’est un non-sens en termes d’accueil, de la lutte contre les inégalités devant la maladie, de la santé publique de l’ensemble de la population, et de dépenses de santé pour la collectivité. Dès lors les « trente-quatre » menacent : le gouvernement ne peut pas toucher à la couverture maladie des personnes migrantes. Que se passera-t-il si Agnès Buzyn feint de ne pas les entendre et poursuit le travail gouvernemental de détricotage qui lui aura été confié ?  

A demain @jynau

1 EMMAUS SOLIDARITE, FÉDÉRATION DES ACTEURS DE LA SOLIDARITE, FRANCE ASSOS SANTE,  ODSE (Observatoire du droit à la santé des étrangers-ères) : ACT UP Paris, ACT UP Sud-Ouest, AFVS (Association des familles victimes du saturnisme), AGS (Alliance pour une gestion solidaire), AIDES, ARCAT, LA CASE DE SANTE (Centre de santé communautaire – Toulouse), CATRED (Collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l’égalité des droits), CENTRE PRIMO LEVI, CIMADE, COMEDE (Comité pour la santé des exilés), CoMeGAS, CRETEIL-SOLIDARITE, DOM’ASILE (Domiciliation et accompagnement des demandeurs d’asile), DROITS D’URGENCE, FASTI (Fédération des associations de solidarité avec tou-te-s les immigré-e-s), FTCR (Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives), GAIA Paris, GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), la LIGUE DES DROITS DE L’HOMME, MEDECINS DU MONDE, MEDECINS SANS FRONTIERES, MIGRATIONS SANTE ALSACE, le MOUVEMENT FRANÇAIS POUR LE PLANNING FAMILIAL, MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), RESEAU LOUIS GUILLOUX, SIDA INFO SERVICE, SOLIDARITE SIDA, SOS HEPATITES, SID’ACTION, UNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux)