StopCovid : ce traçage de contact via smartphone pourrait être activé dès ce week-end

Bonjour

26/05/2020. Là encore tout se précipite au sein de l’exécutif et du législatif.  La CCNIL vient, en urgence, de donner  son ultime feu vert à la mise en place de « StopCovid », l’application controversée de traçage de contacts pour smartphones voulue par le gouvernement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. On trouvera ici tout les détail de cette décision : « La CNIL rend son avis sur les conditions de mise en œuvre de l’application « StopCovid » »

La CNIL se prononçait « en urgence » sur un projet de décret relatif à cette application mobile. Une application qui « vise à informer les personnes utilisatrices qu’elles ont été à proximité de personnes diagnostiquées positives au COVID-19 et utilisant la même application ». Postulat : « cette proximité induit un risque de contamination ».

Cette saisine faisait suite à l’avis rendu par la CNIL le 24 avril 2020 sur le principe même du déploiement d’une telle application. Compte tenu du contexte exceptionnel de gestion de la crise sanitaire, la CNIL avait considéré possible la mise en œuvre de « StopCovid », sous réserve qu’elle soit utile à la stratégie de déconfinement et qu’elle soit conçue de façon à protéger la vie privée des utilisateurs.

L’application utilisera des données « pseudonymisées » (sic), sans recours à la géolocalisation, et ne conduira pas à créer un fichier des personnes contaminées. La CNIL constate que ses principales recommandations ont été prises en compte et estime ainsi que ce dispositif temporaire, basé sur le volontariat, peut légalement être mis en œuvre.

Orwell

Et dans le même temps, toujours l’urgence, Cédric O, jeune secrétaire d’État au Numérique explique au FigaroElsa Bembaron et Mathilde Siraud) : «Sous réserve du vote au Parlement, l’application StopCovid pourrait être disponible dès ce week-end». Confiant sur le résultat du vote ? Réponse :

« Il y a eu beaucoup de questions légitimes, mais plus nous donnons d’explications, plus les réticences diminuent. Je suis donc raisonnablement confiant et ne crains pas une division de la majorité, mais il convient que chacun s’exprime selon sa conviction. Ce qu’il est important d’expliquer, c’est en quoi l’application vient très utilement compléter le dispositif global, en sus des masques, des tests et des brigades sanitaires.

Ces dernières sont indispensables mais leur action peut avoir des limites que StopCovid vient combler, comme les contaminations dans les transports en commun ou dans la queue du supermarché. C’est ce que nous disent les professions de santé qui, avec le Conseil scientifique, considèrent l’application comme un geste barrière supplémentaire. Ce sont elles les mieux placées pour juger de son utilité. Cela étant dit, si le Parlement devait s’opposer au déploiement de StopCovid, l’application ne serait pas déployée. »

Où l’on voit que nous sommes bien, toujours, en démocratie, que les librairies sont à nouveau ouvertes et que rien n’interdit de lire le 1984 d’Orwell. Sur papier ou sur écran.

A demain @jynau

Chloroquine : dans The Lancet, une étude contredit gravement les affirmations du Pr Raoult

Bonjour

22/05/2020. Que répondra-t-il ? C’est une publication d’importance que vient de diffuser, sans embargo, The Lancet : « Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19: a multinational registry analysis ». Elle est co-signée par les Drs Mandeep R. Mehra (Brigham and Women’s Hospital Center for Advanced Heart Disease, Boston) et Frank Ruschitzka (Centre de cardiologie de l’hôpital universitaire de Zurich).

Ce travail établit, en substance, qu’aucune preuve ne peut être apportée quant aux bénéfices de l’usage de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine chez les patients souffrant de COVID-19. Et souligne que « des essais randomisés urgents sont nécessaires » – le tout dans un contexte hautement problématique puisque l’utilisation aujourd’hui à large échelle de chloroquine ou d’hydroxychloroquine est selon eux associée « à une augmentation des taux de mortalité et des arythmies cardiaques chez les patients hospitalisés atteints de COVID-19 ».

Les auteurs de cette vaste étude observationnelle ont analysé les données de 96032 patients hospitalisés entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020 avec une infection au SRAS-CoV-2 confirmée en laboratoire – et ce dans 671 hôpitaux. Tous les patients inclus dans l’étude étaient sortis ou étaient décédés au 21 avril 2020. Les patients atteints de COVID-19 recevaient une combinaison de l’un des quatre schémas thérapeutiques actuellement utilisés à travers le monde.

Comparaison des taux de mortalité

L’équipe a ainsi comparé les résultats des patients traités par chloroquine seule (1868), hydroxychloroquine seule (3016), chloroquine en association avec un macrolide (3783) ou hydroxychloroquine avec un macrolide (6221). Les patients de ces quatre groupes ont été comparés au groupe témoin de 81 144 patients.

« À la fin de la période d’étude, environ un patient sur onze dans le groupe témoin était décédé à l’hôpital (9,3%, 7 530/81 144), résume The Lancet. Les quatre traitements étaient associés à un risque plus élevé de mourir à l’hôpital. Parmi ceux traités par la chloroquine ou l’hydroxychloroquine seule, environ un patient sur six est décédé (16,4%, 307/1 868 chloroquine et 18,0%, 543/3 016 hydroxychloroquine). Lorsque les médicaments étaient utilisés en association avec un macrolide, le taux de mortalité atteignait plus d’un sur cinq pour la chloroquine (22,2%, 839/3783) et près d’un sur quatre pour l’hydroxychloroquine (23,8%, 1479/6221). »

Dr Mandeep R. Mehra :

«Il s’agit de la première étude à grande échelle à trouver des preuves statistiquement solides que le traitement à la chloroquine ou l’hydroxychloroquine ne bénéficie pas aux patients atteints de COVID-19. Au lieu de cela, nos résultats suggèrent qu’il peut être associé à un risque accru de problèmes cardiaques graves et à un risque accru de décès. Les essais cliniques randomisés sont essentiels pour confirmer tout préjudice ou bénéfice associé à ces agents. En attendant, nous suggérons que ces médicaments ne devraient pas être utilisés comme traitements pour COVID-19 en dehors des essais cliniques. »

Dr Frank Ruschitzka :

«Plusieurs pays ont préconisé l’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine, seules ou en combinaison, comme traitements potentiels pour le COVID-19. La justification de la réutilisation de ces médicaments de cette manière repose sur un petit nombre d’expériences anecdotiques qui suggèrent qu’elles peuvent avoir des effets bénéfiques pour les personnes infectées par le virus du SRAS-CoV-2. Cependant, des études antérieures à petite échelle n’ont pas réussi à identifier des preuves solides d’un avantage et de plus grands essais contrôlés randomisés ne sont pas encore terminés. Cependant, nous savons maintenant grâce à notre étude que la probabilité que ces médicaments améliorent les résultats de COVID-19 est assez faible. »

On trouve aussi, dans The Lancet, un commentaire du Pr Christian Funck-Brentano et du Dr Joe-Elie Salem (service de pharmacologie médicale, Pitié-Salpêtrière, Inserm) : «Cette étude observationnelle bien menée s’ajoute aux rapports préliminaires suggérant que la chloroquine, l’hydroxychloroquine, seul ou avec de l’azithromycine n’est pas utile et peut être nocif chez les patients COVID-19 hospitalisés. »

C’est peu dire que l’on attend, désormais, l’analyse détaillée que fera de ces données mondialisées le Pr Didier Raoult, en son IHU Méditerranée Infection.

A demain @jynau

Mourir du Covid-19 à Paris ou à Marseille : les dangereuses comparaisons du Pr Raoult

Bonjour

21/05/2020. La série continue. « Les choses sont en train de se résoudre », affirme le Pr Didier Raoult au sujet de l’épidémie de coronavirus dans une vidéo mise en ligne le 19 mai sur la chaîne YouTube de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée-Infection,  Et le microbiologiste, cette fois, va plus loin dans la provocation.

« Le fait d’arriver au bout, ça nous permet d’avoir une idée de la mortalité et de ce qui s’est passé dans les différents éléments puisqu’il y a eu beaucoup de commentaires sur la différence entre notre stratégie et celle d’autres régions ». Selon lui  on recense « 759 morts par million d’habitants » à Paris. Selon lui la mortalité de Paris serait plus de cinq fois supérieure à celle de Marseille puisque, selon ses données  ce chiffre serait de 140 morts par million d’habitants à Marseille.

« On voit que ce n’est pas parce que les gens étaient plus âgés, parce qu’il y a des jeunes qui sont morts en Île-de-France, et donc il y a une grande différence dans la prise en charge, ce qui doit amener à se poser des questions très sérieuses sur la gestion de l’épidémie dans cette partie de la France »

Déontologie

L’accusation est grave et l’affaire intéresse à  juste titre BFMTV (Clarisse Martin) qui fait observer qu’il est délicat  de vérifier de telles assertions car « les données sont régionales ». »Quand on appelle l’Agence régionale de Santé PACA, elle nous dit que c’est impossible d’avoir des données par ville, donc ce sont des données du professeur Raoult qui dit avoir appelé les différents hôpitaux de la ville, là c’est impossible de vérifier ».

« Toutefois, si on se base sur les chiffres donnés par le professeur Raoult, à savoir les 759 décès à Paris et 140 à Marseille pour un million d’habitants, il est mathématiquement juste de dire qu’il y a eu cinq fois plus de morts à Marseille. 140 multipliés par 5 donnent un résultat de 700. Mais c’est très difficile de comparer des régions qui n’ont pas été touchées au même moment » ajoute BFMTV.

« « Ce sont des déclarations qui sont très difficiles à prouver ou à contredire parce que c’est très compliqué de faire ce genre de calculs, il y a tellement de facteurs confondants dans ce type d’études. On peut l’étudier mais on ne peut pas le déclarer comme ça sans avoir toutes les données qui peuvent expliquer ces différences, explique le Pr Yves Buisson, président du groupe Covid-19 à l’Académie nationale de médecine. Peut-être qu’il y a une différence, peut-être qu’on meurt plus à Paris qu’à Marseille, est-ce-que c’est à cause de la prise en charge comme semble le suggérer le professeur Raoult? Cela  m’étonnerait beaucoup ».

Et de juger « très graves » ces accusations d’un point de vue déontologique. L’Ordre des médecins sera-t-il saisi ? Qu’en dira l’exécutif ? La série ne peut que continuer.

A demain @jynau

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Vaccin contre la Covid-19 : quand le géant Sanofi avoue publiquement l’insupportable vérité

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14/05/2020. C’est un cas d’école. Une pierre blanche posée à mi-chemin entre deux mondes : celui d’avant la pandémie et celui à venir qui, comme on le sait, sera radicalement différent. Résumons l’affaire. Marco Cavaleri, directeur de la stratégie de l’Agence européenne du médicament vient d’annoncer qu’un vaccin contre la Covid-19  pourrait être prêt d’ici un an (scénario « optimiste »). La veille, Paul Hudson, directeur général de Sanofi, géant pharmaceutique (pour partie) français annonçait (publiquement) ce qui, en d’autres temps, n’aurait guère choqué ; à savoir que dans l’hypothèse où il parviendrait à élaborer un vaccin contre la Covid-19, son groupe servirait « en premier » les Etats-Unis.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ce pays « partage le risque » des recherches dans le cadre d’un partenariat avec l’Autorité pour la recherche et le développement avancés dans le domaine biomédical (Barda). Le gouvernement américain « a le droit aux plus grosses précommandes », car les Etats-Unis « ont investi pour essayer de protéger leur population », a-t-il argué dans un entretien à l’agence de presse Bloomberg. Il a précisé que cette avance pourrait être de quelques jours ou de quelques semaines. Viendraient, ensuite, l’Europe, la France et le reste du monde.

Aussitôt, cris d’orfraie politiques de ce côté-ci de l’Atlantique. « Inacceptable ! » a réagi jeudi 14 mai la secrétaire d’Etat à l’économie, Agnès Pannier-Runacher, au micro de Sud Radio : « Pour nous, ce serait inacceptable qu’il y ait un accès privilégié de tel ou tel pays sous un prétexte qui serait un prétexte pécuniaire » (sic). Et Mme Pannier-Runacher d’expliquer avoir « immédiatement contacté » Sanofi après les propos de son directeur général. « Le patron de Sanofi France m’a confirmé que le vaccin serait accessible à tous les pays et évidemment (…) aux Français, ce d’autant qu’il a des capacités de production en France. »

« Cette décision est scandaleuse ! »

Devant l’ampleur de la polémique montante, le responsable français du géant pharmaceutique a aussitôt répondu sur BFM-TV que Sanofi ne distribuerait pas prioritairement aux Etats-Unis un éventuel vaccin contre le Covid-19 – du moins si l’Union européenne se montrait aussi « efficace » pour financer son développement : « Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin. »

« Cette décision est scandaleuse ! Le gouvernement doit agir avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision », a réagi le Parti socialiste français. L’engagement des Français pour développer un champion dans la filière de la santé ne peut pas aboutir à le voir préférer d’autres marchés pour lancer ses vaccins. […] Parce que la santé est un bien commun à soustraire aux jeux du marché, aucune entreprise française ne doit pouvoir jouer contre notre propre souveraineté sanitaire sans s’exposer à une nationalisation. »

Le même jour on pouvait, dans les colonnes du Monde, lire une tribune intitulée « S’unir pour un vaccin contre le Covid-19 accessible à tous ». Un texte signé par plus 130 « personnalités internationales » 1 qui réclament de garantir un accès universel et gratuit au prochain vaccin contre le Covid-19. Une publication qui précède la réunion, le 18 mai, de l’Assemblée mondiale de la santé de l’OMS.

« Nous demandons aux ministres de la santé réunis à l’Assemblée mondiale de la santé de se rallier d’urgence à la cause d’un vaccin pour tous contre cette maladie, écrivent les signataires. Les gouvernements et les partenaires internationaux doivent s’engager : lorsqu’un vaccin sûr et efficace sera développé, il devra être produit rapidement à grande échelle et mis gratuitement à la disposition de tous, dans tous les pays. Il en va de même pour tous les traitements, diagnostics et autres technologies contre le Covid-19. »

Un texte à mi-chemin entre deux mondes : celui d’avant, et celui qui reste entièrement à inventer. Sanofi n’a pas commenté.

A demain @jynau

1 Parmi les signataires : Gordon Brown, premier ministre du Royaume-Uni (2007-2010), Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia (2006-2018) ; Imran Khan, premier ministre de la République islamique du Pakistan ; Thomas Piketty, économiste ; Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud ; Joseph Stiglitz, économiste américain. La liste complète se trouve sur Oxfam.org

Masques: une pauvre affaire d’entremetteur chez un ancien collaborateur d’Olivier Véran

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10/05/2020. Il est, parfois, des faits divers que l’on aimerait ne pas avoir à évoquer. Un ancien collaborateur du ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a tenté, en vain, de toucher une commission en cherchant à placer auprès du ministère une offre de masques FFP2. C’était à la mi-mars, alors que la France souffrait d’une pénurie massive de masques de protection contre l’épidémie de coronavirus. Une triste affaire qui vient d’être révélée samedi 9 mai Mediapart (MATTHIEU SUC et MARINE TURCHI).

Cet ancien collaborateur, Tewfik Derbal est ensuite devenu collaborateur d’une députée (LREM, Isère), Emilie Chalas. Il a «confirmé» à cette dernière les faits relatés par le site d’information – puis a démissionné de son poste précise dans un communiqué la députée. Elle ajoute qu’elle «ignorait tout» de ces «faits et comportements», qu’elle «condamne avec la plus grande fermeté».

De son côté, Olivier Véran a répondu au quotidien Le Dauphiné Libéré (Eve Moulinier) que «cette histoire» ne le «concerne pas». «Les premières semaines, le ministère a reçu des centaines d’offres de masques, par tous les canaux imaginables. À tel point que la cellule de crise a dédié une équipe à l’examen de ces offres. L’écrasante majorité était d’ailleurs hélas bidon. J’imagine que celle de Tewfik Derbal l’était aussi, vu qu’aucune suite n’y a été donnée», explique-t-il. Je n’en sais pas plus et j’avoue que j’ai vraiment d’autres choses à gérer dans la période. »

Interrogé par l’AFP, le ministère de la Santé n’a pas souhaité faire de commentaire.

Selon Mediapart, l’ancien assistant parlementaire d’Olivier Véran (ancien député de l’Isère de 2012 à 2015 et de 2017 à 2020) a cherché, à la mi-mars, à positionner une offre de masques FFP2 auprès du ministère de la Santé. Ces masques en grande quantité – au moins un million – étaient proposés par une société française d’import-export avec la Chine, auprès de qui «plusieurs pays» avaient manifesté leur intérêt, «sauf la France».

Selon des messages produits par Mediapart, la société est alors entrée en contact avec Tewfik Derbal, qui a affirmé être «en lien» avec le ministère de la Santé, et réclamé une commission en tant «qu’apporteur d’affaires»: un certain pourcentage du prix sur chaque masque vendu. Un contrat est signé entre les deux parties, mais «la transaction n’aura jamais lieu», et «Tewfik Derbal ne finalisera jamais la commande de l’Etat».

Une pauvre et sordide affaire. On pourrait ne pas en parler. Elle resurgira, le moment venu, quand seront conduites les différentes enquêtes officielles sur les causes véritables (et les conséquences) de la pénurie récurrente, en France, de masques de protection – l’une des failles politiques majeures de la lutte contre cette épidémie.

A demain @jynau

Pourquoi Olivier Véran fait-il référence à Matrix au sujet du «tracing» du déconfinement ?

Bonjour

09/05/2020. Après les « brigades d’anges gardiens » voici deux nouvelles étranges références du ministre français des Solidarités et de la Santé. C’était le 8 mai devant l’Assemblée nationale qui validait la création du controversé nouveau «système d’information» (contact tracing) pour identifier les personnes infectées par le coronavirus et leurs contacts. Une Assemblée qui a adopté le texte du gouvernement en dépit des vives inquiétudes exprimées dans l’opposition qui dénonce ici une  «brèche au secret médical» et de nouvelles menaces vis-à-vis de la protection de la vie privée.

On connaît l’essentiel de «système d’information» créé en lien avec l’Assurance maladie, «destiné à identifier des personnes infectées» et «à collecter des informations» sur les personnes en contact avec elles, afin que le cas échéant elles soit placées à l’isolement.  Avec, patrouillant dans les villes et les territoires des «brigades d’anges gardiens» (des agents de la Sécurité sociale) seront chargés d’enquêter et d’établir la liste des « cas contacts ».

Au terme d’un débat nourri de plusieurs heures, les députés ont voté à main levée en première lecture l’article 6 du projet de loi qui fonde ce dispositif. Pour autant, rapporte l’AFP, des élus de tous bords (y compris dans une majorité présidentielle en cours de fragmentation) ont fait part de craintes en particulier sur le respect du secret médical. Et ce écho avec l’appel solennel du Conseil national de l’Ordre des médecins. Emilie Cariou (LREM) a dit son inquiétude sur une «mise à mal des principes fondamentaux de l’éthique médicale».

Une société des fichiers

«Ce que nous ne voulons pas, c’est une société des fichiers», a affirmé pour sa part Jean-Luc Mélenchon (LFI). Sébastien Jumel (PCF) s’est inquiété du «juste équilibre entre préoccupation sanitaire légitime et respect des droits fondamentaux». Valérie Rabault (PS) a estimé que mettre des personnes non malades dans un tel fichier était «une première», pointant «une brèche inouïe dans le droit français». Pour le groupe LR, Philippe Gosselin a aussi évoqué «une brèche dans le secret médical» tandis que Pascal Brindeau (UDI-Agir) jugeait que l’article porte aussi atteinte «à la vie privée».

Restait à entendre Olivier Véran, plaidant devant les députés le «besoin» de ce dispositif dans le cadre de la stratégie visant «à casser les chaînes de contamination». Un ministre de la Santé, par ailleurs docteur en médecine, assurant, au vu des inquiétudes formulées par certains élus, que ce n’est pas l’«Armageddon» ni «Matrix». Bigre !

Armageddon : un petit mont dans la vallée de Jezréel en Israël. C’est un terme biblique mentionné dans l’Apocalypse pour désigner le lieu du combat final entre le Bien  et le Mal lors de la fin du monde. Ce mot est utilisé pour désigner des batailles catastrophiques, éventuellement d’ampleur planétaire, et, au sens de bataille finale, celle dont l’issue donnera la victoire définitive.

Matrix : création cinématographique (1999) qui dépeint un futur dystopique dans lequel la réalité perçue par la plupart des humains est en fait une simulation virtuelle appelée « Matrice », laquelle est créée par des machines douées d’intelligence afin d’asservir les êtres humains, à leur insu, et de se servir de la chaleur et de l’activité électrique de leur corps comme source d’énergie. Le programmeur informatique Neo apprend cette vérité, c’est le début d’une rébellion.

Pour Olivier Véran il ne s’agit ici, bien au contraire, que «de mettre une brique» à un fichier déjà existant de l’Assurance maladie. Il s’agit certes d’une « entaille faite au secret médical», qui (à la différence les affections dite de longue durée) ne concernera pas que des gens malades. Une entaille indispensable selon lui, car sinon le gouvernement ne pourrait, au moment du déconfinement, développer son maillage de « tracing ». Certes. Et pourtant, quoique puisse dire et penser le ministre-médecin de la Santé on peut percevoir ici, désormais bien présent dans la loi, le méchant parfum de la dystopie.

A demain @jynau

Déconfinement : le secret médical sera-t-il respecté par le gouvernement et sa majorité ?

Bonjour

08/05/2020. L’Ordre se reprend. Après une première prise de position a minima, le voici qui, solennellement, interpelle le gouvernement. Le 4 mai, dans le cadre de l’examen du projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire, l’institution ordinale « rappelait le rôle essentiel des médecins dans la stratégie de déconfinement », notamment dans la mise en place de base de données permettant d’identifier et de rompre les chaines de contamination. Garant du secret médical, l’Ordre « demandait que le texte soit précisé pour clarifier les missions du médecin et l’utilisation des données des patients ».

Trois jours plus tard, le ton a changé : « Après avoir pris connaissance du plan de déconfinement présenté par le Premier ministre, le Conseil national de l’Ordre des médecins exhorte le Gouvernement à préciser le rôle du médecin dans le recensement des personnes infectées par le coronavirus ou susceptibles de l’être, et à garantir le respect du secret médical ». Et ajoute : « sans ces précisions, les médecins ne pourront pas remplir pleinement leur rôle dans cette phase clé de lutte contre le virus. »

On sait que ce nouveau projet de loi d’urgence sanitaire prévoit la création d’un système d’information permettant de « recenser les personnes infectées par le coronavirus ou susceptibles de l’être », ainsi que « les personnes ayant été en contact avec elles ». L’Ordre avait invité le Gouvernement à confirmer que le « secret médical » serait pleinement respecté dans le cadre des « brigades sanitaires ». « Or, révèle-t-il, les précisions indispensables n’ont pas  été apportées à cette heure, ni dans les amendements du projet de loi pour la prorogation d’urgence sanitaire ni dans les déclarations de l’exécutif. »

Inacceptable

C’est pourquoi l’institution ordinale renouvelle sa demande au Gouvernement : « garantir que les médecins n’aient en aucun cas à transmettre de données médicales à une plateforme, mais uniquement une donnée d’identification, pour éviter la constitution de fichiers de malades qui contiendraient des données médicales ». « Tout partage de données médicales de leurs patients serait absolument inacceptable pour les médecins » prévient l’institution ordinale qui  demande solennellement aux pouvoirs publics :

  • de garantir l’utilisation de données uniquement liées au COVID dans les systèmes d’information créés spécifiquement pour le déconfinement ;
  •  d’affirmer qu’aucun autre élément afférent à l’état de la personne, à ses antécédents et à ses éventuels traitements, autant d’éléments susceptibles de rompre le secret, ne doit être transmis ;
  • de déterminer spécifiquement les personnes ayant accès à ces systèmes d’information ;
  • de déclarer ces données comme incessibles et ne pouvant faire l’objet d’une rémunération ;
  • d’assurer une supervision de la gestion de ces fichiers et des personnes y ayant accès par le CCNE ;
  • d’établir tous les trois mois, un rapport transparent et public sur l’utilisation des données collectées.

Nous  sommes à trois jours du début du déconfinement. L’Ordre attend les réponses du gouvernement. Il n’est pas le seul.

A demain @jynau