Médecine : combien continuent à la pratiquer quand ils pourraient jouir de leur retraite ?

Bonjour

Médecin un jour, médecin toujours. Faut-il parler de vocation, de sacerdoce ou d’addiction ? Ou, plus simplement, de continuer à travailler pour gagner sa vie, soutenir ses proches et ses patients ? Autant de questions soulevées par ce travail que vient de publier la direction de la recherche , des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) : « Un médecin libéral sur dix en activité cumule emploi et retraite ».

Où l’on apprend qu’en France, au 1er janvier 2018, près de 10 % des médecins libéraux ou ayant une activité mixte exercent dans le cadre du dispositif « cumul emploi-retraite » 1, soit un peu plus de 12 000 médecins (contre 4 500 en 2011) . Le nombre de bénéficiaires du dispositif s’est fortement accru ces dernières années. Les spécialistes conventionnés en secteur 2, et notamment les psychiatres, y ont davantage recours que les généralistes.

Au-delà de 65 ans

Mieux : au-delà de 65 ans, près de 70 % des médecins encore en activité sont des « cumulants ». La cessation d’exercice définitive de ces bénéficiaires intervient en moyenne à 69,5 ans, après avoir cumulé revenu d’activité et pension de retraite pendant près de quatre ans. Leurs revenus sont quasiment au même niveau que ceux des actifs « non cumulants ».

On peut le dire autrement : la croissance du dispositif d’année en année entraîne un recul progressif de l’âge de fin d’activité des médecins libéraux : en moyenne 67 ans en 2017. La fin d’activité intervient plus tardivement pour les spécialistes, du moins dans les zones où ils sont nombreux à exercer, ainsi que pour les généralistes, mais dans les zones peu denses. Les médecins généralistes sont en dessous de la moyenne de l’ensemble des médecins cumulants (8,3%). Ils reculent ou diffèrent leur départ à la retraite « dans les zones très peu denses, là où ils savent que leurs patients auront des difficultés à retrouver un médecin traitant ».

Où l’on voit que les chiffres de la Dress permettent, en dépit de leur sécheresse, de prendre la mesure de ce qui peut, au choix, être qualifié de vocation, de sacerdoce ou d’addiction.

A demain

@jynau

1 Le « cumul emploi-retraite » permet de percevoir des revenus professionnels tout en étant retraité. Ce dispositif existe depuis la création du système de retraite en 1945, mais ses modalités ont été assouplies par la loi du 21 août 2003, puis par la loi de financement de la Sécurité sociale de 2009. Avant le 1er janvier 2009, l’exercice de l’activité libérale devait procurer des revenus nets inférieurs annuellement à 130 % du plafond de la Sécurité sociale (soit 39 732 euros au 1er janvier 2018). Mais depuis le 1er janvier 2009, ce plafond n’existe plus. Pour bénéficier de ce dispositif, il faut à la fois avoir fait valoir ses droits à la retraite et avoir atteint l’âge du taux plein, ou avoir l’âge légal de départ à la retraite et justifier de la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier d’une pension de retraite à taux plein.

Georges David (1923-2018), pilier de l’éthique de la procréation médicalement assistée

Bonjour

Le Pr Georges David, créateur du premier Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos), est mort le 22 décembre à Paris. Il avait 95 ans. Créateur du premier Cecos, en 1973, à l’hôpital de Bicêtre, mais aussi fondateur de l’éthique française de la procréation médicalement assistée ; une éthique calquée sur celle de la transfusion sanguine : anonymat, gratuité et bénévolat ; trois principes aujourd’hui brutalement et dangereusement remis en question.

Avec Georges David c’est l’un des derniers représentants des pionniers médicaux du XXème siècle qui disparaît. Un médecin qui, après avoir envisagé d’être généraliste campagnard devint un spécialiste de la transfusion sanguine avant de gagner l’histo-embryologie et d’oser codifier, médicaliser et moraliser la pratique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur (IAD) contre la stérilité masculine. Puis de participer au développement du réseau des Cecos. Et enfin, consécration, de greffer (en 1994) dans la loi de bioéthique les trois principes auxquels il tenait plus que tout et qui, aux antipodes de la jungle de la marchandisation du corps humain, constituent le socle de l’éthique à la française. C’est dans ce contexte que ce médecin hors du commun devint membre du Comité consultatif national d’éthique et de l’Académie nationale de médecine.

Inventeur du don de sperme

Il avait « inventé le don de sperme » – pour reprendre le titre d’un livre d’entretiens (Cahen C, Van Wijland J. Inventer le don de sperme. Entretiens avec Georges David, fondateur des Cecos. Éditions Matériologiques, 2016). Un ouvrage dont le Pr Roger Henrion avait fait la recension devant l’Académie nationale de médecine. Un Roger Henrion visionnaire :

« On ne doit pas se dissimuler que les deux conditions majeures édictées par les Cecos, l’anonymat et la gratuité des dons, qui ont fait et font encore toute l’originalité de la position française et ont évité à ce jour, dans notre pays, la dérive commerciale observée dans les pays anglo-saxons où les donneurs sont proposés sur catalogue, sont particulièrement menacées. La procréation médicalement assistée dans les couples homosexuels féminins ouvrira une brèche à laquelle il sera de plus en plus difficile de résister. »

Fatalité ou pas, c’est ainsi : l’inventeur du don de sperme nous quitte à la veille d’une révision de la loi de bioéthique qui risque de ruiner les principes sur lequel il avait bâti son œuvre. Et d’ouvrir, en France, les portes au grand marché florissant et destructeur des cellules sexuelles humaines.

A demain

Polémique : peut-on oser faire un parallèle entre la PMA «pour toutes» et le droit à avorter ?

Bonjour

Pierre Jouannet, 76 ans, est une personnalité. Membre de l’Académie nationale de médecine. Biologiste de la reproduction. Professeur émérite à l’Université Paris Descartes. Il a longuement travaillé sur  les aspects fondamentaux, cliniques et éthiques de la fertilité humaine et de la procréation médicalement assistée. Il  fut aussi membre du GIS (Groupe d’information santé) et a participé à la création du MLAC : Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception.

Praticien au centre hospitalier de Bicêtre, il y a notamment dirigé le CECOS historique à partir de 1989 avant d’exercer au sein du groupe hospitalier Cochin-Saint Vincent de Paul. De 1997 à 2003, il a été le président de la fédération française des CECOS et vice-président du Conseil Médical et Scientifique de l’Agence de la Biomédecine de 2005 à 2008.

Le Pr Jouannet signe aujourd’hui dans Le Monde une tribune titrée : « Toutes les femmes devraient pouvoir initier une grossesse librement et dans de bonnes conditions ». Et le quotidien vespéral de résumer, pour ses lecteurs pressés, que Pierre Jouannet estime que « toutes les femmes devraient bénéficier d’un droit à la procréation non motivé médicalement ». Quel est l’argument principal qui sous-tend une telle prise de position ? Résumons le propos du Pr Jouannet.

1 Le contexte.  Il rappelle tout d’abord que si « le droit à l’enfant n’existe pas », « des femmes et des hommes peuvent souhaiter devenir parents ». Que la femme peut se sentir incapable de mener à terme la grossesse quand elle n’est pas désirée ou si elle doit conduire à la naissance d’un enfant sévèrement malade ou atteint d’un grave handicap. Que le grand mérite de Simone Veil est d’avoir compris qu’une loi interdisant l’avortement était inopérante car la plupart des femmes qui le souhaitaient avortaient de toute façon, soit en allant à l’étranger, soit en ayant recours à des pratiques clandestines plus ou moins dangereuses pour elles. Et qu’il convenait donc, non seulement d’autoriser l’avortement, mais aussi de faire en sorte qu’il soit pratiqué dans de bonnes conditions.

2 Interrompre volontairement la grossesse. Le Pr Jouannet revient sur  l’interruption médicale de grossesse (IMG) et l’interruption volontaire de grossesse (IVG).  « Le deuxième grand mérite de Simone Veil, écrit-il,  est d’avoir fait inscrire dans la loi dès 1975 que c’est la femme et elle seule qui peut décider de réaliser une IVG. La décision ne peut appartenir ni à l’Etat, ni aux médecins, ni à qui que ce soit d’autre que la femme elle-même. »

3 Devenir parents grâce à la médecine et à la loi. Si les traitements de l’infertilité ne sont pas toujours efficaces, de nombreuses procédures médicales ont été développées depuis un demi-siècle pour obtenir une grossesse, y compris en ayant recours aux gamètes de tiers donneurs.

« Les technologies permettant d’intervenir sur le début de la vie ont interpellé la société dans de nombreux pays et il a été souvent décidé de les encadrer de manière plus ou moins stricte. C’est le cas en France depuis 1994 où la PMA a été légalisée mais où il a été décidé qu’elle ne pouvait être entreprise que si elle était motivée médicalement et si la demande était formulée par un couple composé d’une femme et d’un homme. »

4 Quand la loi interdit de donner la vie.  « Aujourd’hui de nombreuses femmes, qui n’ont pas d’infertilité médicalement diagnostiquée et/ou ne vivent pas avec un homme désirent devenir mères en procréant dans de bonnes conditions avec l’aide de la médecine. Mais la loi française le leur interdit. Alors, comme les femmes qui souhaitaient interrompre leur grossesse au début des années 1970, soit elles vont à l’étranger dans des pays où ceci est autorisé, soit elles ont recours à des pratiques clandestines plus ou moins douteuses et dangereuses.

«  La loi est donc devenue inopérante, de plus elle est incompréhensible. Si on a reconnu à toutes les femmes le droit de pouvoir interrompre une grossesse librement et dans de bonnes conditions, au nom de quoi devrait-on refuser à certaines femmes le droit de pouvoir procréer librement et dans de bonnes conditions ? »

C’est l’argument principal du Pr Jouannet : faire un parallèle, au nom du caractère « inopérant » de la loi, entre celle de 1975 et celle qu’il appelle de ses vœux. Un parallèle entre l’interruption d’une grossesse et la possibilité d’une procréation. En d’autres termes :

« De même que l’on a su reconnaître, il y a plus de quarante ans, aux femmes le droit de décider librement d’interrompre une grossesse, peut-être le temps est-il venu de reconnaître à toutes les femmes le droit de pouvoir initier une grossesse librement et dans de bonnes conditions. De même que l’on a su reconnaître, à l’époque, qu’à côté des IMG il pouvait y avoir des IVG, peut-être serait-il temps de reconnaître qu’à côté des procréations assistées pour raison médicale, il peut y avoir des procréations volontaires assistées (PVA) non motivées médicalement. »

5 Après l’IVG, le droit à la PVA. « Comme l’IVG, la PVA sera un acte médical dont la décision appartiendra à la femme et à elle seule, ni à l’Etat, ni aux médecins, ni à qui que ce soit d’autre. Cette reconnaissance ne devra pas signifier pour autant que cet acte soit réalisé dans n’importe quelles conditions et n’importe comment. Il devra impliquer respect et responsabilités. »

Plus généralement le Pr Jouannet estime qu’il convient  de respecter les conditions dans lesquelles les femmes et les hommes de notre pays peuvent vivre leur sexualité, leur reproduction et leur vie familiale – et ce quelles que soient leurs convictions philosophiques, religieuses ou autres. Il ne répond malheureusement pas aux réserves pratiques émises sur ce sujet par le Comité consultatif national d’éthique dans son avis n°126 du 15 juin 2017 sur les demandes sociétales de recours à l’assistance médicale à la procréation (AMP).

Lourdes questions sans réponses

Si une majorité de ses membres s’était prononcée pour autoriser, par la loi, les couples de femmes et les femmes seules à avoir accès à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur le CCNE soulignait aussi que cette évolution soulèverait bien des interrogations: sur la relation des enfants à leurs origines (puisqu’en France le don de sperme est anonyme et gratuit) ou sur le fait de grandir sans père. Interrogations, aussi, sur la prise en charge par l’assurance-maladie d’un geste qui ne peut en aucune manière être considéré comme une thérapeutique de la stérilité féminine.

« Cette demande d’ouverture doit être confrontée à la rareté actuelle des gamètes qui risque de provoquer un allongement des délais d’attente ou une rupture du principe de gratuité des dons, soulignait encore le CCNE. Cela pourrait ouvrir des perspectives de marchandisation des produits du corps humain et remettre en cause le système de santé français fondé sur des principes altruistes. »  Ce sont là des questions éthiques essentielles ; des questions pour l’heure noyées sous les considérations philosophiques, politiciennes ou partisanes.

Pour sa part le Pr Jouannet estime qu’il conviendra (si la loi qu’il souhaite devait être votée) de bien identifier les responsabilités des équipes médicales qui prendront en charge la PVA « avec toute l’efficacité et la sécurité nécessaires ». , Bien identifier aussi les responsabilités de l’Etat « pour éviter que les femmes qui y ont recours et les enfants qui en sont issus soient traités de façon discriminatoire sur les plans social, financier et juridique ». « Ne doutons pas des capacités du gouvernement et des parlementaires, qui ont entamé le processus de révision de la loi relative à la bioéthique, à agir dans ce sens comme ont su le faire leurs prédécesseurs pour l’IVG » conclut-il.

La question devra toutefois d’être posée quant à la légitimité d’un tel parallèle.

A demain

@jynau

 

Curare : l’anesthésiste de l’hôpital de Lavaur a été mise en examen pour homicide volontaire 

Bonjour

Pour l’heure son nom n’est pas connu. Une médecin anesthésiste, soupçonnée d’avoir euthanasié une patiente octogénaire à l’hôpital de Lavaur (Tarn), a été mise en examen vendredi 21 décembre pour « homicide volontaire ». le Le parquet de Toulouse a précisé à l’AFP qu’elle avait placée sous contrôle judiciaire. L’infirmière qui a injecté la dose mortelle, sous l’autorité de cette anesthésiste, a quant à elle été « placée sous le statut de témoin assisté » – et n’a donc pas été mise en examen, a précisé le parquet.

L’affaire avait été révélée par La Dépêche (Richard Bornia). On apprenait alors que ce médecin, soupçonné d’avoir injecté une dose létale à une patiente de 84 ans avait été placée en garde à vue à la gendarmerie de Gaillac dans la soirée du 19 décembre.  Motif : le décès suspect d’une octogénaire survenu en fin de semaine dernière. Elle avait été admise la veille de sa mort au centre hospitalier de Lavaur (605 lits). « Entre la pression et le désarroi d’une famille confrontée à une situation dramatique » cette praticienne expérimentée aurait administré (ou fait administrer) à la patiente un « produit sédatif » ajoutait La Dépêche.

La garde à vue de cette anesthésiste avait alors été confirmée par le parquet de Castres qui qualifiait cette affaire de «complexe», se refusant à tout autre commentaire. Bernard Carayon, maire de Lavaur et président du conseil de surveillance de l’hôpital, avait d’emblée réagi . «Je suis bouleversé, dit-il. Je ne me prononcerai pas avant la fin de l’enquête. Notre ville, notre hôpital a toujours été à la pointe en matière de soins palliatifs. Nous avons toujours soutenu JALMALV (Jusqu’à la mort accompagner la vie) l’association locale pour le développement des soins palliatifs qui a été pionnière, dès la fin des années 90, dans l’accompagnement des personnes en fin de vie.»

Rassurer sur la qualité de la prise en charge

Vendredi 21 décembre cette anesthésiste a été mise en examen pour homicide volontaire après sa présentation devant le juge d’instruction du parquet de Toulouse. Lors de la réunion du conseil de surveillance de l’hôpital de Lavaur, réuni le même jour il a été précisé que la morts avait été obtenue par injection de curare 1.

« Cette femme de 81 ans avait été admise aux urgences du centre hospitalier de Lavaur le mercredi 12 décembre au soir. Après une nuit cauchemardesque pour ses proches qui étaient restés à son chevet, le lendemain matin, jeudi 13 décembre, l’anesthésiste a pris la décision de mettre un terme à l’agonie de la patiente avec une injection létale, précise La Dépêche (Richard Bornia).  Selon plusieurs témoignages, elle aurait dit qu’elle avait par le passé connu une situation identique lors de la fin de vie d’un de ses parents. Un douloureux souvenir qui pourrait expliquer peut-être son geste. »

Le quotidien régional ajoute que cette anesthésiste est « reconnue pour sa compétence et estimée par le personnel hospitalier ». Dans le box des urgences, elle était assistée d’une infirmière « dont le professionnalisme a été mis en avant lors du conseil de surveillance ». C’est cette infirmière (âgée d’une quarantaine d’années et qui exerce dans ce centre hospitalier depuis de nombreuses années) qui a signalé à un supérieur les conditions du décès de l’octogénaire.

« Le mardi 18 décembre, dans l’après-midi, très certainement informée que son geste était connu, l’anesthésiste a téléphoné au directeur de l’hôpital. Au téléphone c’est une femme effondrée, qui reconnaît sa faute et en assume l’entière responsabilité. Devant la gravité des faits exposés, la direction de l’hôpital informe dans la foulée le parquet de Castres et l’Agence Régionale de Santé (ARS) du Tarn. »

Deux décisions ont été prises par le conseil de surveillance de l’établissement hospitalier : un courrier sera adressé très rapidement aux familles des personnes actuellement hospitalisées pour les rassurer sur la qualité de la prise en charge des patients à l’hôpital de Lavaur ;  l’ensemble du personnel hospitalier sera également destinataire d’une note informative de la direction. Un personnel, dont un soignant a confié à La Dépêche qu’il est « abasourdi et triste » par l’ampleur de cette crise qui secoue leur hôpital.

A demain

@jynau

1 Très fréquemment utilisées en anesthésie les spécialités pharmaceutiques à base de curare ne peuvent en aucune façon utilisées dans les sédations mises en œuvre lors des soins palliatifs. Ce sujet avait été au cœur de l’affaire du Dr Nicolas Bonnemaison, ancien médecin urgentiste à l’hôpital de Bayonne qui avait été poursuivi pour sept « empoisonnements » de patients.

Ethique politique : la France peut-elle sonder les os pour  déterminer l’âge des jeunes étrangers ?

Bonjour

Une minute de lecture d’une dépêche de l’AFP pour des abîmes de réflexion éthique et politique. Nous sommes en France.  Le Conseil constitutionnel statuera prochainement « sur les examens osseux effectués pour déterminer l’âge des mineurs étrangers isolés ». Les « sages » se prononceront avant le printemps 2019 : il nous diront si, à leurs yeux, la Constitution française autorise la pratique de tels tests. Un jeu de patate chaude : cette question prioritaire de constitutionnalité (QPC) leur a été transmise par la Cour de cassation aujourd’hui 21 décembre.

Le dossier : cette QPC a été soulevée par la défense d’un « jeune » Guinéen qui avait assuré être âgé de 15 ans à son arrivée en France. C’était en 2016. Renvoyé vers le conseil départemental de l’Ain, il avait refusé de se soumettre à ces examens radiologiques censés permettre de déterminer son âge, mais (nous rappelle fort utilement Le Monde) dont la fiabilité est vivement critiquée médicalement et judiciairement.

Dans le cas de ce « jeune » Guinéen un juge des enfants avait cru pouvoir déduire qu’il n’était pas mineur et avait levé son placement auprès de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Nous étions alors, déjà, en 2017.

Taubira, Touraine et Valls

« Le jeune homme avait fait appel en acceptant cette fois les tests osseux, explique l’AFP. En juillet, la cour d’appel de Lyon avait estimé son âge entre 20 et 30 ans, confirmant qu’il ne bénéficierait pas de l’ASE. Il avait formé un pourvoi en cassation. A l’appui de ce pourvoi, qui a été examiné mardi par la Cour de cassation, sa défense a déposé une QPC visant l’article 388 du code civil, qui encadre depuis 2016 le recours à ces examens radiologiques – souvent de la main ou du poignet – pour déterminer l’âge d’un jeune. »

Utilisés dans de nombreux pays européens pour déterminer l’âge des jeunes migrants lorsqu’un doute subsiste, ces examens de maturité osseuse sont très critiqués, notamment par les associations d’aide aux migrants et certains médecins et professionnels de la justice. Une circulaire de 2013 de la garde des Sceaux Christiane Taubira Marisol Touraine (Santé) et Manuel Valls (Intérieur) préconisait que ces examens ne devaient intervenir qu’en dernier recours ; pourtant l’examen médical reste souvent pratiqué aujourd’hui. En décembre 2017, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, affirmait encore y être « fermement opposé », et demandait à ce qu’il soit proscrit.

Questions politiques et éthiques. Qui, en France, lit les circulaires signées  de la garde des Sceaux et des ministres de la Santé et de l’Intérieur ? Qui, en France, écoute le Défenseurs des droits ? Qui s’intéressera aux délibérations radiographiques des « sages » du Conseil constitutionnels ?

A demain

@jynau

 

 

La France peut-elle sonder les os des jeunes étrangers isolés pour déterminer leur âge ?

Bonjour

Une minute de lecture d’une dépêche de l’AFP pour des abîmes de réflexion éthique et politique. Nous sommes en France.  Le Conseil constitutionnel statuera prochainement « sur les examens osseux effectués pour déterminer l’âge des mineurs étrangers isolés ». Les « sages » se prononceront avant le printemps 2019 : il nous diront si, à leurs yeux, la Constitution française autorise la pratique de tels tests. Un jeu de patate chaude : cette question prioritaire de constitutionnalité (QPC) leur a été transmise par la Cour de cassation aujourd’hui 21 décembre.

Le dossier : cette QPC a été soulevée par la défense d’un « jeune » Guinéen qui avait assuré être âgé de 15 ans à son arrivée en France. C’était en 2016. Renvoyé vers le conseil départemental de l’Ain, il avait refusé de se soumettre à ces examens radiologiques censés permettre de déterminer son âge, mais (nous rappelle fort utilement Le Monde) dont la fiabilité est vivement critiquée médicalement et judiciairement.

Dans le cas de ce « jeune » Guinéen un juge des enfants avait cru pouvoir déduire qu’il n’était pas mineur et avait levé son placement auprès de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Nous étions alors, déjà, en 2017.

Taubira, Touraine et Valls

« Le jeune homme avait fait appel en acceptant cette fois les tests osseux, explique l’AFP. En juillet, la cour d’appel de Lyon avait estimé son âge entre 20 et 30 ans, confirmant qu’il ne bénéficierait pas de l’ASE. Il avait formé un pourvoi en cassation. A l’appui de ce pourvoi, qui a été examiné mardi par la Cour de cassation, sa défense a déposé une QPC visant l’article 388 du code civil, qui encadre depuis 2016 le recours à ces examens radiologiques – souvent de la main ou du poignet – pour déterminer l’âge d’un jeune. »

Utilisés dans de nombreux pays européens pour déterminer l’âge des jeunes migrants lorsqu’un doute subsiste, ces examens de maturité osseuse sont très critiqués, notamment par les associations d’aide aux migrants et certains médecins et professionnels de la justice. Une circulaire de 2013 de la garde des Sceaux Christiane Taubira Marisol Touraine (Santé) et Manuel Valls (Intérieur) préconisait que ces examens ne devaient intervenir qu’en dernier recours ; pourtant l’examen médical reste souvent pratiqué aujourd’hui. En décembre 2017, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, affirmait encore y être « fermement opposé », et demandait à ce qu’il soit proscrit.

Questions politiques et éthiques. Qui, en France, lit les circulaires signées  de la garde des Sceaux et des ministres de la Santé et de l’Intérieur ? Qui, en France, écoute le Défenseurs des droits ? Qui s’intéressera aux délibérations radiographiques des « sages » du Conseil constitutionnels ?

A demain

@jynau

 

 

Agnès Buzyn rattrapée par l’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière

Bonjour

Ce sera, désormais, « l’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière ». Comme il y avait eu, il y a cinq ans, celle de « la femme retrouvée morte aux urgences de Cochin ». Etranges similitudes mais stratégie radicalement différente de la direction générale de l’AP-HP. Entre-soi absolu pour Cochin vs transparence générale et transfert à la justice pour Lariboisière. On ne saura jamais pourquoi. Ou dans très longtemps. Ce qui n’interdit nullement d’observer dès aujourd’hui  les conséquences de cette différence politique de traitement.

20 décembre 2018, c’est l’Ordre des médecins qui, solennellement, prend la parole, élève et politise le sujet. L’institution ordinale, pour l’heure, parle du « terrible drame survenu aux urgences de l’hôpital Lariboisière. Il fait publiquement part « de sa très vive émotion » et « appelle à des mesures d’urgence structurantes pour les établissements hospitaliers et leur personnel ». Extraits ordinaux :

« L’Ordre déplore l’extrême difficulté dans laquelle se trouve aujourd’hui l’hôpital public, et assure de son soutien l’ensemble des médecins et professionnels de santé qui y exercent dans des conditions périlleuses. Cette extrême difficulté appelle des mesures d’urgence structurantes, dirigées vers les établissements bien sûr, mais aussi vers le personnel hospitalier, afin de retrouver les voies d’un fonctionnement normal. L’institution ordinale continuera de défendre des propositions allant en ce sens dans le débat public. »

#soutienauxurgenceslariboisière

Et l’Ordre de renouveler « sa pleine et entière confiance à l’ensemble du personnel hospitalier qui, chaque jour, prend en charge les patients avec le plus grand soin, notamment dans les services d’urgences ». Conclusion qui fera siffler bien des oreilles en haut-lieu : « L’Ordre ne saurait tolérer que le poids et la responsabilité des difficultés liées à l’organisation des établissements hospitaliers pèsent sur les professionnels de santé, dont le professionnalisme et le dévouement honorent l’ensemble du corps médical ».

Lariboisière, donc. Les médias se souviennent qu’en août dernier, les infirmières et les aides-soignantes de cet hôpital manifestaient pour dénoncer le manque d’effectif et les temps d’attente trop longs aux urgences, comme le relayait France Bleu.  #soutienauxurgenceslariboisière avait même été initié sur les réseaux sociaux. Interrogée la direction de l’hôpital de Lariboisière avait assuré au Monde qu’elle « remplaçait systématiquement et sans délai l’ensemble des départs des agents des urgences » et que « tous les postes sont aujourd’hui pourvus ». 

Drame prophétisé

Aujourd’hui les téléspectateurs des messes du 20 heures comme ceux des chaînes en continu découvrent le bel et antique ensemble hospitalier pavillonnaire. Et les mêmes sons : urgences saturées, incompréhension, drame prophétisé. Les syndicalistes s’expriment face aux caméras. La direction managériale fuit les journalistes. La direction générale est avenue Victoria. Quelques médecins parlent, des urgentistes extérieurs à l’établissement. Comme le Dr Gérald Kierzek, sur TF1 et France Info : « Hôpital Lariboisière : « On ne peut pas débiter du malade comme on fait sur une chaîne de production » »

« Le service [des urgences] est en surchauffe permanente. Les syndicats alertent en permanence en disant qu’il va y avoir un drame, malheureusement c’est ce drame-là et je crains que ce ne soit ni le premier ni le dernier ».

« On sait que ce service de Lariboisière est un des plus gros services d’urgences, qui a été construit en 1997 pour 120 malades par jour, et ils sont à plus de 300 malades par jour, donc les équipes font ce qu’elles peuvent, avec ce qu’elles ont en terme de moyens, c’est-à-dire pas grand-chose. Ce n’est c’est pas faute d’avoir alerté la direction générale [de l’AP-HP]. On ne peut pas débiter du malade comme on fait sur une chaîne de production, et c’est ce qu’on nous demande de faire en ce moment. »

Usines à malades

L’urgentiste médiatique Gérald Kierzek n’est pas un inconnu d’Agnès Buzyn. La ministre avait choisi cet « urgentiste et journaliste qui fait beaucoup d’information médicale » pour coprésider la « mission information et médicament » mise en place il y a un an et qui a remis son travail en septembre dernier – un document formulant une série de recommandations pour « améliorer les informations liées à l’utilisation des médicaments». Le Dr Gérald Kierzek était alors présenté comme « représentant des professionnels de santé, praticien hospitalier et chroniqueur santé pour Europe 1, France Télévision et Télé 7 jours ».

 Aujourd’hui Gérald Kierzek en appelle à Agnès Buzyn : « Il ne faudrait pas que la responsabilité retombe sur les infirmiers, les infirmières et les médecins ». Selon lui, il faut à tout prix qu’Agnès Buzyn comprenne qu’on ne peut plus faire des « usines à malades ». Il faut revenir à une « taille humaine », de façon à ne plus « oublier des malades sur des brancards ». Les oublier le soir avant de les retrouver morts, à l’aube, sur les mêmes brancards.

A quelle heure Agnès Buzyn le comprendra-t-elle ?

A demain