Esthétique et consentement éclairé : les mystères du grand marché épilatoire et lipolytique

Esthétique et consentement éclairé : le marché épilatoire et lipolytique reste à surveiller

Bonjour

Rien (ou presque) ne sépare l’éthique de l’esthétique. Comment ne pas faire ce rapprochement à la lecture du considérable travail que vient d’abattre l’ANSES ? L’Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail s’attaque, après les carafes-filtrantes, aux appareils destinés à épiler et à la lipolyser. Et l’ANSES de nous alerter.

De quoi parle-t-on ici ? D’une demande (celle d’actes à visée esthétique) qui est en forte croissance. Une demande stimulée par une offre bondissante elle-même résultant du développement de nouvelles énergies : lasers, la lumière pulsée intense, ultrasons, maniement du froid et/ou des radiofréquences. Les actes d’épilation dite « définitive » et de « lipolyse » sont aujourd’hui effectués à l’aide d’appareils destinés à des professionnels, dans des cabinets médicaux ou des instituts de beauté, explique l’ANSES. Par ailleurs, la pratique de l’épilation à l’aide d’appareils à usage domestique, essentiellement au moyen de lumière pulsée intense, est en forte croissance.

Troubles pigmentaires

Or, et on ne le sait pas assez, toutes les méthodes utilisées (généralement non encadrées) peuvent occasionner des effets indésirables. Il n’en fallait pas plus pour que l’ANSES travaille le sujet des risques liés à ces pratiques esthétiques, domestiques ou pas. Elle y fut d’ailleurs incitée par la Direction générale de la santé, la Direction générale du travail, la Direction générale de la prévention des risques et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Et nous disposons aujourd’hui du rapport :

« Dans le cas des appareils à visée d’épilation, les effets indésirables les plus fréquemment rapportés sont des réactions inflammatoires immédiates, localisées, de faible intensité et de faible durée. Les troubles pigmentaires, plus tardifs, sont observés moins fréquemment. Des sensations de brûlures et des douleurs modérées pendant les séances, qualifiées par les experts d’effets indésirables légers, sont également rapportées. Des effets plus importants sont observés après des usages inadaptés des appareils : brûlures cutanées profondes et brûlures oculaires. »

 « S’agissant de la lipolyse, les effets indésirables rapportés les plus fréquents sont des inflammations importantes et des douleurs. Peuvent également survenir, plus rarement, des cas d’hyper- ou hypo pigmentation transitoire, d’acné ou de croûtes, en cas d’utilisation de diode laser, de cryolipolyse ou de massages mécaniques. La cryolipolyse entraîne des effets secondaires immédiats : érythème, inflammation avec œdème et douleur ; ces effets régressent spontanément en quelques heures. »

Information obligatoire

On observera aussi, aux frontières du placebo, que les principes de fonctionnement et d’efficacité de certains de ces appareils ne sont pas démontrés. Faut-il s’en indigner ?

Dans sa sagesse administrative l’ANSES « souligne la nécessité de prendre des mesures visant à limiter la survenue des effets indésirables observés ». Elle « recommande de revoir l’ensemble du cadre réglementaire associé aux appareils à visée esthétique et à leur utilisation » et propose « de soumettre les appareils à visée esthétique, y compris à usage domestique, aux mêmes exigences que celles applicables aux dispositifs médicaux afin de garantir des niveaux d’efficacité et d’innocuité satisfaisants ».

Plus philosophiquement l’ANSES recommande la mise en place d’une information obligatoire préalable des personnes qui s’exposent à des actes à visée esthétique concernant le risque de survenue d’effets indésirables. Une forme, là aussi, de consentement libre et éclairé. Où l’on confirme que rien (ou presque) ne sépare l’éthique de l’esthétique.

A demain

 

 

Officiel : impossible de dire s’il y a un danger à laver son linge avec de l’eau tombée du ciel

Bonjour

La France est un pays incroyablement plus humide et plus riche qu’on ne le dit. Le dernier exemple date d’aujourd’hui. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de rendre un avis « relatif à l’utilisation de l’eau de pluie pour le lavage du linge chez les particuliers ». Ou plus précisément un avis relatif à la « faisabilité de l’expertise » concernant ce travail. C’est un document de 94 pages dont on imagine combien il a dû demander d’énergie et de matières grises.

On peut voir là, au choix, un effet du réchauffement climatique ou de la progression de la pauvreté : « les pratiques de récupération et d’utilisation de l’eau de pluie pour des usages domestiques sont en augmentation depuis plusieurs années dans un but de réaliser des économies d’eau et/ou de maîtrise du ruissellement et des inondations » nous disent les fonctionnaires de l’Anses. Et puis, sans doute, faut-il compter, dans la population féminine notamment, avec la mémoire ancestrale, féministe, des lavoirs et de leurs lavandières – (version alternative).

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Roselyne Bachelot

Or ces temps ne sont plus. Quand ils existent encore, les lavoirs sont des musées communaux et la pluie est, dit-on, moins pure qu’elle ne le fut. « Lors de leur passage dans l’atmosphère, du ruissellement sur les toitures, dans le réservoir de stockage puis dans le réseau, les eaux de pluie peuvent se charger en métaux, matières organiques, micropolluants organiques et en micro-organismes » (Anses).

C’est si vrai que dès 2008 un arrêté ministériel était publié relatif à la récupération des eaux de pluie et à leur usage à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments – document signé de Jean-Louis Borloo et de Roselyne Bachelot (aujourd’hui sur RMC) et Christine Boutin. Depuis bientôt dix ans ce document précise des conditions d’usage de l’eau de pluie récupérée en aval des toitures inaccessibles, dans les bâtiments et leurs dépendances, ainsi que les conditions d’installation, d’entretien et de surveillance des équipements nécessaires à leurs récupération et utilisations. C’est un texte d’essence libérale : il autorise l’utilisation de l’eau de pluie à l’extérieur de l’habitation (usages domestiques et arrosage des espaces verts) et à l’intérieur (alimentation des chasses d’eau et lavage des sols intérieurs).

Linge de maison

Restait la question du linge de maison. « L’utilisation d’eaux de pluie pour le lavage du linge est autorisée à titre expérimental, sous réserve de mise en œuvre de dispositifs de traitement de l’eau adaptés. » Voilà, on en conviendra, qui était assez vague. Aussi la Direction générale de la santé a-t-elle saisi l’Anses. Mission :

« Définir les risques sanitaires potentiels directs et indirects que pourrait représenter la mise en œuvre d’une installation de récupération et d’utilisation d’eau de pluie à laquelle serait raccordé un lave-linge, et d’évaluer les modalités de traitement de l’eau éventuellement nécessaires afin que l’eau de pluie puisse être autorisée pour le lavage du linge. »

Or voici que nous apprenons que la mission a échoué/ « Compte tenu des variations locales et climatiques et de l’hétérogénéité des pratiques des particuliers pour le lavage du linge, l’Agence conclut à l’impossibilité de réaliser une évaluation des risques sanitaires potentiels liés à la mise en place de telles installations » avoue l’Anses.  Principe de précaution oblige elle recommande que l’eau de pluie ne soit pas utilisée des populations les plus vulnérables. A savoir :

Peaux atopiques

« Les populations à risque d’allergie cutanée, ayant des maladies de peau ou des peaux atopiques (propices aux allergies) ; les jeunes enfants, qui mettent régulièrement le linge à la bouche ; les personnes immunodéprimées ; les personnes en hospitalisation à domicile ; les personnes hospitalisées dont le linge est lavé à la maison, et leur entourage ; les personnes vivant à côté de sites industriels et de sites agricoles, où l’eau de pluie est susceptible de contenir davantage de contaminants chimiques. »

Soit, in fine, une proportion non négligeable de la population française. Une population qui ignore sans soute le risque auquel elle aurait, peut-être, pu être potentiellement exposée.

On conclura avec quelques données officielles (Anses) trop méconnues de celles et ceux qui ne redoutent pas de laver leurs linges au sein de leur famille :

« Un lave-linge n’est pas une enceinte stérile et contient des populations microbiennes constituées de micro-organismes apportés par l’eau d’alimentation, les biofilms et/ou le linge sale. Ces différents micro-organismes sont susceptibles d’être retrouvés sur le linge sortant de la machine à laver. Le devenir des micro-organismes sur le linge est étroitement lié aux conditions de lavage (température, produits lessiviels, cycle et qualité de l’eau de rinçage), aux autres étapes d’entretien du linge (séchage, repassage) et à leur synergie. »

 A demain

 

Après le triomphe du «deuxième cerveau», les éditeurs vont-ils exploiter notre peau ?

 

Bonjour

Aujourd’hui, au courrier, un carton d’invitation. Nous sommes conviés, un jour prochain (gardons le secret) dans un restaurant de la bien charmante rue du Cherche-Midi, à deux pas de la tanière de l’ogre-géant Depardieu. Qu’est-ce qu’un ogre-géant, sinon un corps qui se distend, qui augmente le volume de ses intestins et la surface de sa peau ? Depardieu est-il un ogre ou un géant ? La Barbe bleue ou le Gargantua ? Gentil ou méchant ? Les deux ?

Le facteur. « Veuillez trouver ci-dessous une invitation à un déjeuner presse pour la sortie du livre « Dans ma peau, une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » (Editions Solar). L’auteur, le Dr Yaël Alder sera parmi nous, un traducteur l’accompagnera. »

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » ? Voici le texte qui incitera (ou pas) à acheter :

« Elle nous entoure de toutes parts, mesure près de deux mètres carrés et enveloppe tout ce que nous portons en nous. La peau est notre lien avec le monde extérieur. Notre antenne. Elle peut émettre et recevoir. Elle nourrit nos sens. Elle est objet de désir, elle est notre zone frontière, le fascinant réceptacle de toute notre vie, et en même temps une gigantesque terre d’accueil pour les bactéries, les champignons, les virus et les parasites.

Pourtant, peu d’entre nous savent vraiment ce qu’est cet organe, comment il fonctionne et surtout quelles missions vitales il accomplit pour nous. Dans cet ouvrage, Yael Adler, dermatalogue, [on peut la voir ici] choisit de parler de la peau en faisant tomber tous les tabous qui lui sont associés. Celui de la nudité très souvent ? organes génitaux visibles ou sentiments de honte invisibles ?, mais aussi ceux des odeurs, un peu fortes ou carrément nauséabondes, des petits défauts, creux, bosses et taches, ou encore des sécrétions. Bref, bien des choses dont nous n’aimons pas parler ou que nous trouvons écoeurantes viennent de la peau : pellicules, cérumen, boutons, sébum, sueur, etc. Autre tabou : les maladies vénériennes, surtout quand il s’agit de savoir où on les a attrapées.

Pour elle, tout cela n’a rien de répugnant, bien au contraire. Elle pense et analyse avec ses sens : elle observe, gratte, presse et sent. Car la nature, la consistance et l’odeur d’une affection cutanée sont autant d’indices qui aident à démasquer le coupable.

La peau est un organe fascinant, le plus vaste du corps humain. Une pure merveille ! Aussi divertissant qu’instructif, cet ouvrage nous explique ce qu’il faut savoir sur cet organe essentiel qui nous relie au monde, aux autres et à nous-mêmes. »

Bourgeoisie discrète

L’éditeur nous dit encore que ce livre est, en Allemagne, un best-seller (100 000 exemplaires vendus). « Après l’intestin, la peau est le nouvel organe qui fascine grand public et professionnels » ajoute-t-il. Où l’on voit que les maisons d’éditions peuvent se marquer à la culotte, le phare dans ce domaine étant le succès historique, prodigieux (et qui perdure) d’Actes Sud avec son inimitable « Charme discret de l’intestin ». Un titre comme en rêvent tous les éditeurs et nombre d’auteurs ; un titre que nous imaginions (à tort nous assure l’éditeur) décalqué du non moins célèbre film de Luis Buñuel (et Jean-Claude Carrière).

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air », donc. Est-ce un bon titre ? Consulté nous aurions penché pour Paul Valéry et sa célèbre formule superficiellement profonde : « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau ».  On l’effleure dans « L’Idée fixe ou Deux hommes à la mer » (1933) lors d’un dialogue improvisé sur une plage entre un apprenti philosophe et un médecin assez désabusé. L’ouvrage est dédié au célèbre Pr Henri Mondor, et à tous les amis que compte Valéry dans le corps médical.

« (…) Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau, — en tant qu’il se connaît. Mais ce qu’il y a de… vraiment profond dans l’homme, en tant qu’il s’ignore… c’est le foie (…). »

Tout est là, y compris de bons titres. On attend l’éditeur qui nous débitera de l’hépatique. Irons-nous rue du Cherche-Midi. Grignote-t-on calmement à l’ombre d’un géant ?

A demain

PS. Plusieurs lecteurs lettrés (mais trop timides pour se dévoiler) nous signalent l’heureux rapprochement qui eût résulté d’une référence au psychanalyste-psychologue Didier Anzieu et à son célèbre Moi-Peau. C’est ainsi: Paul Valéry tire encore trop souvent la couverture à lui. Que ces lettrés soient, ici, chaudement remerciés.