Marine nationale (héroïne), Douanes françaises (diazépam) : que deviennent leurs prises ?

Bonjour

Ascension 2019. Un stock de 415 695 de comprimés de diazépam a été saisi par les douanes à Calais, à l’entrée du tunnel sous la Manche. L’information vient d’être donnée par Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics. Extrait du communiqué scénarisé :

« La valeur de ces médicaments transportés en contrebande est estimée à 470 000 euros. Les douaniers du tunnel ont procédé jeudi au contrôle d’un camion immatriculé en Lituanie et s’apprêtant à partir pour la Grande-Bretagne via le tunnel sous la Manche. Les documents présentés par le chauffeur couvraient un groupage de colis en provenance d’Allemagne.

« Lors de l’inspection du chargement, les douaniers ont découvert plusieurs cartons emballés d’un film noir contenant des bidons en plastique scellés supposés contenir des protéines pour la nutrition. A l’ouverture de l’un des pots, ce sont toutefois des tablettes de médicaments en vrac, sans notice ni emballage, qui ont été découvertes. Au total, 44 bidons ont été extraits du chargement pour un total de 415 695 comprimés.

« Le conditionnement de ce médicament, transporté en contrebande depuis la Slovaquie, laisse supposer un usage détourné de sa vocation thérapeutique (sic). Cette molécule est en effet fréquemment utilisée en substitut des opiacés ou de l’alcool. En association avec ce dernier, elle permet de modifier le comportement. Le chauffeur du camion de nationalité biélorusse, mis hors de cause, a été laissé libre. Les médicaments ont été saisis et un échantillon est en cours d’analyse au Service commun des laboratoires douane/DGCCRF de Lille. Le Parquet de Boulogne a été saisi du dossier. »

Que vont devenir les 415 695 de comprimés de diazépam ? Les retrouvera-t-on sur quel marché ? Dans quelles pharmacies ? Rien ne nous est dit à ce sujet.

Et puis ce communiqué de presse scénarisé du ministère des Armées :

« Dans son incessante lutte contre le trafic de drogue en Océan indien, la Marine nationale vient de réaliser une nouvelle saisie de stupéfiants. La ministre des Armées, Florence Parly, félicite l’équipage du Floréal : ‘’leur action réussie permet de continuer un travail de fond dans une zone stratégique pour la France. Les trafics sont des vecteurs de financement d’activités terroristes, les armées remplissent ainsi leur mission de protection de nos ressortissants et nos intérêts’’.  

Le 28 mai, la frégate de surveillance Floréal a de nouveau réalisé une belle performance en saisissant 520 kg d’héroïne. Après la saisie de près de 7,5 tonnes de drogues diverses au début du mois de mai, la frégate de surveillance Floréal avait continué ses patrouilles de lutte contre les trafics liés au terrorisme dans la zone nord de l’Océan Indien.

Lors d’une surveillance maritime de nuit, le Panther, hélicoptère embarqué de la frégate, a détecté un boutre présentant différents critères de suspicion et naviguant dans une zone connue pour être fréquentée par les trafiquants. Après avoir élaboré une route d’interception, dite « route de chasse », le Floréal a détecté à son tour, au moyen de son radar, le boutre suspect et s’en est rapproché dans la nuit ; de nombreuses incohérences dans les propos du capitaine ont confirmé le caractère suspect du boutre. 

Le Floréal a obtenu alors l’autorisation d’effectuer une enquête de pavillon, c’est-à-dire de monter à bord pour lever le doute sur la nationalité du navire inspecté. Une fois la sécurisation du boutre effectuée par l’équipe de visite du Floréal, les documents du bord ne permettant toujours pas d’établir sa nationalité, le navire a été déclaré « sans pavillon ».

Au milieu d’une cargaison de ciment, une première cache d’héroïne a été découverte. Les investigations supplémentaires ont permis de découvrir deux nouvelles caches portant à 434 le nombre de ballots détenus. »

Que vont devenir les « plus de 520 kg d’héroïne qui ont été saisis » ? Au nom du  « principe de dissociation administrative » ils ont été détruits par la frégate de surveillance « Floréal » nous assure-t-on. « Autant de produits stupéfiants qui n’alimenteront pas le financement des activités terroristes » nous dit la ministre Parly. Ni, donc, celui des activités anti-terroristes.

A demain

@jynau

Coup de théâtre : la justice ordonne la reprise de l’alimentation/hydratation de Vincent Lambert

Bonjour

20 mai 2019, fin de soirée. Et ce coup de théâtre dans l’affaire Vincent Lambert. Le matin on commençait de cesser de le nourrir, mesure provoquant une serie sans précédent de réactions et de commentaires définitifs. Le soir même la cour d’appel de Paris ordonnait la fin de cette pratique conduisant à la mort du malade.

La cour « ordonne à l’Etat français (…) de prendre toutes mesures aux fins de faire respecter les mesures provisoires demandées par le Comité international des droits des personnes handicapées le 3 mai 2019 tendant au maintien de l’alimentation et l’hydratation » de Vincent Lambert, selon la décision consultée par l’Agence France Presse.

 « La cour de Paris a ordonné des mesures conservatoires, à savoir que l’alimentation et l’hydratation de Vincent doivent être reprises sans délai. C’est donc une extraordinaire victoire (…) », a commenté Me Jean Paillot, l’un des avocats des parents du patient qui commençait, depuis le matin, à être « sédaté » par l’équipe du Dr Vincent Sanchez (hôpital Sébastopol, CHU de Reims).

On se souvient qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait déclaré que la décision du Comité international des droits des personnes handicapées ne s’imposait pas à la France. C’était le 4 mai, sur RMC-BFMTV :

« Aujourd’hui, juridiquement parlant, tous les recours » dans cette affaire « sont arrivés au bout, et toutes les instances juridictionnelles, qu’elles soient nationales ou européennes, confirment le fait que l’équipe médicale en charge de ce dossier est en droit d’arrêter les soins.

« Les parents de Vincent Lambert se sont retournés vers ce comité qui s’occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert [et cet organisme a demandé de surseoir à un arrêt des soins] parce qu’ils n’ont que la version des parents. Nous ne sommes pas tenus par ce comité légalement, mais bien entendu nous prenons en compte ce que dit l’ONU et nous allons leur répondre ».

Séparation des pouvoirs

Toujours le 20 mai, la Cour européenne des droits de l’homme avait rejeté une requête des parents. Peu après Emmanuel Macron avait pris la parole :

« Aujourd’hui, comme Président de la République, il ne m’appartient pas de suspendre une décision qui relève de l’appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois.  La décision d’arrêter les soins a été prise au terme d’un dialogue permanent entre ses médecins et sa femme, qui est sa tutrice légale. Elle l’a été, en application de notre législation qui permet de suspendre les soins en cas d’obstination déraisonnable – ce qui, selon les différentes équipes médicales, est le cas de Vincent Lambert. »

« Le citoyen aurait pu espérer que le chef de l’Etat traite, ici, des rapports de la France avec le comité de l’ONU en charge des droits des personnes handicapées » observions-nous alors. Et donc, in fine, ce coup de théâtre qui, grâce à la séparation des pouvoirs, voit la justice s’opposer aux conclusions de la ministre des Solidarités et de la Santé comme à celles du président de la République.

A demain

@jynau

Vincent Lambert : Emmanuel Macron dit pourquoi il ne suspendra pas la décision de fin de vie

Bonjour

Après-midi du 20 mai 2019. Tout se précipite. Pressé d’accorder une forme de grâce présidentielle à Vincent Lambert Emmanuel Macron vient, enfin, de prendre la parole. Il le fait huit heures après l’annonce de « l’initiation de « l’arrêt des traitements» et de la mise en place d’une « sédation profonde et continue» par le Dr Vincent Sanchez, chef de service des soins palliatifs de l’hôpital Sébastopol (CHU de Reims). Il le fait alors que l’affaire Vincent Lambert (qui alimente depuis quelques jours à flux continu les colonnes et les ondes) fait l’objet de multiples déclarations dans le champ politicien.

Que nous dit Emmanuel Macron via son compte facebook ? D’abord son émotion, puis ses interrogations.  

« Comme chacun d’entre vous, je suis profondément touché par la situation de Vincent Lambert. Comme citoyen, j’ai suivi son accident en 2008, et sa situation depuis plus de dix ans. Comme homme, comme tous les Français, je me suis interrogé pour moi, pour mes proches. Sur cette question, qui touche à la part intime de chacun, il n’y a aucune réponse simple ou univoque. Seulement des incertitudes et des déchirements, qui ont traversé la famille de Vincent Lambert et traversent tant de familles de France. Et la volonté de respecter la dignité de toute vie humaine. »

Que nous dit le président de la République ?

« Aujourd’hui, comme Président de la République, il ne m’appartient pas de suspendre une décision qui relève de l’appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois. »
Le président Macron pourrait s’arrêter ici. Mais non, il reprend et poursuit :

« Mais il m’appartient d’entendre l’émotion suscitée, et de vous répondre. Vincent Lambert a été victime d’un accident de la route le 29 septembre 2008, il y a plus de dix ans. Toutes les expertises médicales ont conclu au caractère irréversible de son état. La décision d’arrêter les soins a été prise au terme d’un dialogue permanent entre ses médecins et sa femme, qui est sa tutrice légale. Elle l’a été, en application de notre législation qui permet de suspendre les soins en cas d’obstination déraisonnable – ce qui, selon les différentes équipes médicales, est le cas de Vincent Lambert.

Puis il élargit son propos :

« Derrière les déchirements, j’entends une angoisse : celle qu’en France, on puisse décider de manière arbitraire de la mort d’un citoyen. C’est précisément parce que ce n’est pas le cas, parce qu’il n’y a pas, dans notre pays, de place pour l’arbitraire, que je n’ai pas à m’immiscer dans la décision de soin et de droit qui a été prise dans le cas de Vincent Lambert. Juste à réaffirmer les principes fondamentaux qui tiennent notre Nation et prévalent sur toute autre considération : le combat pour la vie, le respect de la mort, la protection de chacun. »

Et le président de la République française de conclure :

« Nous devons aujourd’hui une chose à Vincent Lambert et à sa famille : le respect de leur intimité et de leur douleur. »

Le citoyen aurait pu espérer que le chef de l’Etat traite, ici, des rapports de la France avec le comité de l’ONU en charge des droits des personnes handicapées. Qu’il s’engage solennellement en faveur du développement des soins palliatifs. Qu’il incite chacun à réfléchir à la rédaction de ses « directives anticipées ». Il ne l’a pas fait. Une grande occasion manquée. Le citoyen ne pourra que le regretter.

A demain

@jynau

Tweeter ou ne pas tweeter pour qualifier l’inqualifiable série d’attentats au Sri Lanka ?

Bonjour

Tweeter ? Dimanche de Pâques. Au moins 158 personnes ont été tuées et plus de 400 ont été blessées, aujourd’hui, au Sri Lanka, dans une série d’attentats. Visés : trois hôtels de luxe et trois églises où les fidèles assistaient à la messe pascale. Aucune revendication n’a encore été faite pour cette vague d’attaques d’une violence que l’île n’avait pas connue depuis la fin de la guerre civile, il y a une décennie. Le bilan, communiqué par différentes sources policières, est provisoire et devrait encore évoluer – on dénombre des dizaines de blessés dans un état critique dans tous les lieux touchés.

Comment, aujourd’hui, les grands de ce monde pourraient-ils en parler en urgence sans tweeter ? Au Vatican, après sa bénédiction urbi et orbi au Vatican, le pape François s’est exprimé à l’ancienne :

« J’ai appris avec tristesse la nouvelle des graves attentats, qui précisément aujourd’hui, jour de Pâques, ont porté deuil et douleur dans plusieurs églises et autres lieux de réunion au Sri Lanka. Je désire exprimer ma proximité affectueuse à la communauté chrétienne, touchée pendant qu’elle était recueillie et en prière, et à toutes les victimes d’une si cruelle violence. Je confie au Seigneur ceux qui ont tragiquement disparu et je prie pour les blessés et tous ceux qui souffrent à cause de cet événement dramatique. »

En France le président Emmanuel Macron, a quant à lui fait part de sa « profonde tristesse ». « Nous condamnons fermement ces actes odieux, a écrit le chef de l’Etat sur Twitter.Toute notre solidarité avec le peuple sri lankais et nos pensées pour tous les proches des victimes en ce jour de Pâques. »

« Odieux » : qui suscite la haine, l’indignation, le dégoût.

Tweeter et la haine. Vaste sujet.

En plus d’un couvre-feu illimité sur l’ensemble de l’île, le gouvernement du Sri Lanka a aussitôt décrété le blocage temporaire « les plateformes de réseaux sociaux ». Officiellement, il s’agit « d’empêcher la propagation d’informations incorrectes et fausses. Ceci est seulement une mesure temporaire »a dit la présidence dans un communiqué.

Quelques heures après les attentats, Facebook et Whatsapp, tout comme Twitter, étaient bloqués ou ralentis. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement sri-lankais décide de bloquer l’accès à Facebook.  En mars 2018 des militants de ce pays ravagé par près de trois décennies de guerre civile avaient, en vain, alerté Facebook au sujet de plusieurs messages haineux contre la minorité musulmane, en vain.

« En 2012, Facebook avait déjà servi de véhicule à la propagation de la haine sur l’île, contribuant à des émeutes entre bouddhistes et musulmans qui avaient causé la mort, officiellement, de plus de deux cents personnes, rappelle l’AFP. La page Facebook du moine bouddhiste islamophobe (sic) Ashin Wirathua a été supprimée en février 2018 mais un certain nombre d’associations pointaient encore récemment l’instrumentalisation répétée du réseau social. Tweeter ?

A demain

@jynau

 

Cher confrère médecin : oseras-tu, toi aussi, faire entendre ta voix dans le Grand Débat ?

Bonjour

Une fois n’est pas coutume. Nous reproduisons ci-dessous le courrier à nous adressé par le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des Médecins. Ce sera notre contribution, confraternelle, au Grand Débat dont ne cessent de parler, plus moutonniers que jamais, l’ensemble des médias généralistes. Une initiative pour laquelle, métaphorise Le Monde (Virginie Malingre) « le gouvernement cherche des pistes d’aterrissage ».

Où l’on croit, déjà, entendre « Mayday, Mayday, Mayday » – qui, comme chacun sait est la transposition phonétique du « M’aider ! » français. Inventée un siècle avant le Brexit. Mais, pour l’heure, parole à l’Ordre.

« Chère consœur, Cher confrère,

 « L’année 2019 est une année cruciale, pour notre pays comme pour notre système de santé. Au moment où l’accès aux soins est au cœur des inquiétudes de nos concitoyens, qui l’expriment avec force dans le cadre du Grand débat national, le Gouvernement a présenté le 13 février en Conseil des ministres son projet de loi « Ma Santé 2022 ».

 « Tous les jours, dans nos cabinets, nos services, aux urgences, dans le colloque singulier avec nos patients, nous sommes les témoins de leurs craintes, voire de leur colère, face aux difficultés dans l’accès aux soins. Tous les jours l’engagement qui est le nôtre, la passion pour notre métier, sont confrontés à un exercice rendu difficile par les pesanteurs d’un système de santé sclérosé. Tous les jours, malgré ce contexte épuisant, nous continuons à le porter à bout de bras. C’est aujourd’hui grâce à nous qu’il répond aux attentes des Français ; mais combien de temps encore pourrons-nous remplir ce rôle, si une véritable réforme de notre système de santé n’intervient pas ?

 « Conscient des difficultés auxquelles nous faisons face, conscient de l’importance du rôle des médecins auprès des patients, je veux vous inviter dans ce moment charnière à prendre pleinement part au Grand débat initié par le Gouvernement, en participant aux réunions organisées dans vos territoires pour y parler des médecins et du système de santé dans les valeurs éthiques et de dévouement qui nous rassemblent. Portons, ensemble, la voix des médecins au cœur des débats !

 « Le Conseil national de l’Ordre est pleinement mobilisé à cette fin. Nous avons organisé, le 12 février, un débat intitulé « Ma santé 2022 : des paroles aux actes ». Celui-ci a réuni les acteurs du monde de la santé. Une synthèse des échanges sera versée au Grand débat national, pour qu’émergent les propositions des acteurs de terrain à quelques semaines de l’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale. Nous souhaitons que tous les médecins puissent aussi s’exprimer librement sur l’avenir du système de santé. Nous avons pour ce faire créé un espace d’expression en ligne, accessible à tous les médecins, à l’adresse suivante : « https://www.conseil-national.medecin.fr/vos-propositions

 Je vous encourage à utiliser cet outil pour faire entendre votre voix. Comme en 2015, vos contributions viendront enrichir le travail du Conseil national de l’Ordre auprès du Gouvernement et de nos parlementaires dans les mois à venir. Médecins élus par nos pairs, dans l’indépendance nous porterons haut et fort la voix de la profession devant les pouvoirs publics.

 « Veuillez agréer, chère consœur, cher confrère, l’expression de mes sentiments confraternels les meilleurs. »

 A demain

@jynau

 

Fléau tabagique : de quel droit l’OMS peut-elle encore ne pas prôner la cigarette électronique ?

Bonjour

Remettre l’ouvrage sur le métier et s’indigner que l’usine à gaz onusienne en charge de la santé planétaire ne remplisse en rien le rôle qui est le sien en matière de réduction des risques tabagiques. Lundi 1er octobre : ouverture à Genève de la 8ème sommet mondial des parties (COP8FCTC) de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Une petite semaine de travaux plus ou moins secrets et de pressions majeures des lobbies. Définition officielle:

« La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac est un  traité fondé sur des données factuelles, qui réaffirme le droit de tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible. La Convention représente une évolution fondamentale en ce sens qu’elle met au point une stratégie visant à réglementer des substances engendrant la dépendance ; à la différence des précédents traités de lutte contre la drogue, la Convention-cadre affirme l’importance des stratégies de réduction de la demande au même titre que de réduction de l’offre. »

C’est dans ce contexte que soixante-douze experts 1 de renommée internationale depuis longtemps  impliqués dans la lutte anti-tabac  ont pris leur plume pour appeler la direction de l’OMS et les participants à infléchir la direction prise et s’ouvrir à la réduction des risques. « Jusqu’ici sous la direction du secrétariat, qui outrepasse son rôle, la Convention a orienté ses recommandations contre le vapotage, allant jusqu’à prôner la criminalisation des vapoteurs en Asie. A l’opposé, cette lettre au Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, milite pour l’intégration de la réduction des risques dans l’approche de la Convention, peut-on lire sur vapolitique.blogspot.com  Elle est signée d’experts britanniques, américains, français, italiens, grecs, malaysiens, néo-zélandais, mexicains, belges, australiens, suisses, japonais, vénézuéliens, canadiens, indiens, norvégiens, autrichiens, suédois, tunisiens. »

«  Cher Dr. Adhanom Ghebreyesus 

 « Nous écrivons pour exprimer notre espoir que l’OMS assumera un rôle de premier plan dans la promotion de politiques efficaces et rapides pour la réglementation du tabac et de la nicotine. Dans cette lettre, nous proposons que l’OMS et les parties prenantes adoptent une approche plus positive des nouvelles technologies et des innovations susceptibles d’en finir plus rapidement avec l’épidémie de maladie causée par le tabagisme.

« Dans le domaine de la lutte antitabac et de la santé publique, le monde a considérablement évolué depuis la signature de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) en 2003. Il est impossible d’ignorer ou de rejeter l’essor des systèmes alternatifs de délivrance de la nicotine (ANDS). Ceux-ci sont établis et de nouvelles technologies fournissent de la nicotine à l’utilisateur sans combustion de feuilles de tabac ni inhalation de fumée de tabac. Ces technologies offrent la perspective de gains importants et rapides en matière de santé publique grâce à la ‘réduction des risques liés au tabac’. Les utilisateurs qui ne peuvent ou ne veulent pas cesser de consommer de la nicotine ont la possibilité de passer des produits les plus risqués (principalement les cigarettes) à des produits présentant un risque bien moindre que les produits à fumer (p.ex. produits de nicotine propre, tabac sans fumée, vapotage ou tabac vaporisé). 

 «  Nous croyons que cette stratégie pourrait apporter une contribution substantielle à l’objectif de développement durable (SDG) visant à réduire les décès prématurés dus aux maladies non transmissibles (objectif 3.4 de la SDG).

Le concept de réduction des risques du tabac est consigné dans la définition même de ‘lutte antitabac’ figurant dans la CCLAT (article 1.d) et nous pensons qu’il doit maintenant être pleinement exprimé dans la CCLAT et par les parties dans leur approche de la mise en œuvre. (…) »

 Tribunal pénal sanitaire international

Et les auteurs de proposer plusieurs principes directeurs pour l’élaboration de la prochaine phase de la lutte mondiale contre le tabagisme – à commencer lors de la rencontre de Genève). Ils expliquent notamment que la réduction des risques du tabac devrait faire partie intégrante de la lutte antitabac comme elle l’est devenue dans différents champs de la santé publique (p.ex. VIH, consommation de drogues, santé sexuelle). Selon eux la principale distinction à faire entre les produits contenant de la nicotine est de savoir s’ils sont combustibles ou non.   «  Il ne s’agit pas de savoir si ce sont des produits du tabac ou des produits autres que le tabac ou s’ils sont établis ou nouveaux. Le principal objectif de la CCLAT étant la gestion des risques pour la santé, cette distinction devrait faire partie intégrante de la conception et de la mise en œuvre de la CCLAT. »

 Point essentiel dans le contexte actuel :

« L’incertitude quant aux effets à long terme ne devrait pas être une raison de paralysie. Il est vrai que nous n’aurons pas d’information complète sur l’impact des nouveaux produits jusqu’à ce qu’ils aient été utilisés exclusivement pendant plusieurs décennies – et compte tenu des schémas d’utilisation complexes, peut-être même jamais. Mais nous avons déjà des connaissances suffisantes basées sur les processus physiques et chimiques impliqués, la toxicologie des émissions et les biomarqueurs d’exposition pour être sûr que ces produits sans combustion seront beaucoup moins nocifs que le tabagisme. Nous savons également avec certitude que le produit en place (la cigarette) est extrêmement nocif. »

Et ces experts de dénoncer le huis-clos stalinien qui, comme souvent à l’OMS, prévaut quand on traite des affaires sensibles. « De nombreuses parties prenantes, y compris les consommateurs, les médias et les experts en santé publique ayant des opinions favorables à la réduction des risques, devraient faire partie du processus, écrivent-ils. Nous sommes préoccupés par le fait que la CCLAT ait exclu des points de vue divergents appropriés. Ses délibérations et ses décisions pourraient être plus solides et plus crédibles si ses travaux étaient plus ouverts. »

Pour finir, maniant l’euphémisme qui sied aux échanges diplomatiques, les soixante-douze disent leurs préoccupations devant la stratégie et la politique de l’OMS, aux antipodes de leurs préconisations. On observera, sous peu, quel aura été le poids de cette démarche. Au vu des résultats la question se posera peut-être de savoir si la diplomatie a, ici encore sa place. Ou si le temps n’est pas venu d’accuser l’OMS d’entrave à la réduction des risques tabagiques. Et, à ce titre, de poursuivre les dirigeants de cette usine à gaz onusienne devant un tribunal pénal sanitaire international.

A demain

1 David B. Abrams, PhD; Marion Adler, PhD; Jasjit S Ahluwalia, MD, MPH, MS; Sanjay Agrawal, MD, MBChB; Philippe Arvers, MD, PhD; Frank Baeyens, PhD; Shamsul Bahri Mohd Tamrin; Scott D. Ballin, JD; Clive Bates, MA, MSc; Robert Beaglehole, MD, DSc, FRSNZ; Mihi Blair (Ngāti Whātua); Anne Borgne, MD Ron Borland, PhD; Thomas H. Brandon, PhD; John Britton, MD; Dr Jamie Brown, PhD CPsychol; Jean-Pierre Couteron; Sharon Cox, PhD; Kenneth Michael Cummings, PhD; Lynne Dawkins, PhD; Jean-Michel Delile, MD; Allan C. Erickson; Jean-François Etter, PhD; Konstantinos Farsalinos, MD, MPH; Antoine Flahault, MD, PhD; Jonathan Foulds, PhD; Thomas J. Glynn, PhD; Peter Hajek, PhD; Wayne Hall, PhD; Natasha A. Herrera; Martin J Jarvis, DSc OBE; Martin Juneau, députés, MD, FRCPC; Dr.Aparajeet Kar, MD; Leon Kosmider, PhD, PharmD; Lynn T. Kozlowski, PhD; Hiroya Kumamaru, MD, PhD; Christopher E. Lalonde, PhD; Murray Laugesen QSO; Jacques Le Houezec, PhD; William Lowenstein, MD; Karl E Lund, PhD; Bernhard-Michael Mayer, PhD; Olivia Maynard, PhD; Andy McEwen, PhD; Ann McNeill PhD; Klim McPherson, PhD, FMedSci, Hon FRCP; Colin Mendelsohn; Robin Mermelstein, PhD; Faares Mili, MD; Thomas J. Miller; Marcus Munafò, PhD; Raymond Niaura, PhD; Caitlin Notley, PhD; David Nutt, DM, FRCP, FRCPsych, FMedSci, DLaws; Konstantinos Poulas, PhD; Philippe Presles, MD; Lars M. Ramström, PhD; Vaughan Rees, PhD; Steven A. Schroeder, MD; John R. Seffrin, PhD; Lion Shahab, PhD; Rajesh N. Sharan, Ph. D .; Michael Siegel, MD, MPH; Roberto A Sussman, PhD; David Sweanor, JD; Professeur Umberto Tirelli MD; Natalie Walker, PhD; Kenneth Warner, PhD; Alex Wodak; Naohito Yamaguchi, MD; Ben Youdan;  [pour les titres complets et les affiliations voir le PDF original]

Les auteurs de cette lettre confirment n’avoir aucun conflit d’intérêts concernant l’industrie du tabac

Epidémie hémorragique : Ebola menace à nouveau la République démocratique du Congo   

 

Bonjour

Même cause virale, mêmes effets médiatiques. Et pour l’heure désintérêt occidental quant à cette nouvelle menace épidémique, menace naissante au cœur de l’Afrique. La République démocratique du Congo (RDC)  est à nouveau confrontée au virus Ebola. Officiellement, déjà, dix-sept morts dans la province de l’Equateur, au nord-ouest de cet immense pays.  « Vingt et un cas de fièvre avec des signes hémorragiques et dix-sept décès » – soit un taux de létalité de 80 % – ont été notifiés au ministère républicain congolais qui parle d’ « une urgence de santé publique de portée internationale ».

 La ré-émergence du mal viral épidémique a été identifiée dans une zone de forêt équatoriale, frontalière du Congo-Brazzaville et située à environ 600 km au nord-ouest de Kinshasa. Une équipe du ministère de la Santé, (soutenue par l’OMS et par Médecins sans frontières) s’est rendue sur zone, dans la ville de Bikoro. Cette ré-émergence épidémique en RDC est la neuvième depuis la découverte du virus Ebola sur son sol, en 1976. La dernière datait de 2017. On se souvient encore, en France, des frayeurs nées de la vague épidémique – une vague qui (de fin 2013 et 2016) fit plus de 11 000 morts sur 29 000 cas recensés en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

« Une réaction rapide et coordonnée des pouvoirs publics et la mobilisation scientifique internationale seront essentiels pour contenir cette épidémie souligne d’ores et déjà l’Institut de recherche pour le développement (IRD). La coopération scientifique franco-congolaise est déjà mobilisée, et va pouvoir s’appuyer sur les actions de préparation aux épidémies et de formation des équipes locales sur le virus, comme sur la qualité de la collaboration scientifique mise en place entre pays africains. » Même cause, mêmes effets ?

A demain