Facebook : non, tous les médecins ne sont pas condamnés à être e-lynchés en place publique !

Bonjour

Le pire n’est jamais certain. Un médecin vient de remporter une édifiante bataille juridique qui l’opposait à la fille d’une patiente. Elle était l’auteure d’une « lettre ouverte » (sic) sur Facebook l’accusant d’avoir laissé sa mère mourir dans la souffrance. Publié sur le réseau social le 4 juin 2018, le texte (partagé trente-mille fois) visait directement le médecin (qui n’était pas le médecin traitant) en remettant en cause sa prise en charge de la patiente (à l’époque en fin de vie et depuis décédée.)

Le médecin avait aussitôt porté plainte pour « injures et propos diffamatoires ». L’audience s’était tenue tenue le 14 mai devant le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier (Doubs). Âgée de 90 ans et souffrant d’une gangrène à une jambe (à la suite d’une ischémie), la résidente refusait l’amputation et demandait (en mai 2018) à mourir à domicile – c’est-à-dire à l’EHPAD dont le médecin était le coordonnateur.

Ce dernier accepte alors ce choix et met en place de la morphine en patchs (puis en gouttes) pour soulager les douleurs de la patiente. Au bout de plusieurs semaines, ses proches demandent la mise en place d’un pousse-seringue avec morphine à la demande. Le médecin coordonnateur n’est alors pas en mesure d’accorder une réponse favorable à cette requête, déclenchant la colère de la famille et la publication de cette lettre ouverte.

« Ce n’est pas une euthanasie que l’on vous demande, juste un confort de fin de vie, qui lui permettra de mourir en douceur », y écrit la fille de la résidente, avant d’indiquer : « J’avais commencé à percevoir que vous étiez un salaud. » Plus loin dans sa publication, on peut également lire : « Vous aviez cette arrogance des gens bien nés, vous savez le charme discret de la bourgeoisie, on traite les petits par le mépris. J’ai essayé de parler avec vous de la prise en compte de la douleur de ma mère, et vous m’avez parlé de démocratie, que vous seriez le dernier rempart, pour un peu il aurait fallu vous passer sur le corps pour qu’elle ait enfin son pousse-seringue ! »

D’autres paragraphes du texte, rapportés notamment par Le Quotidien du Médecin (Marie Foult) sont plus virulents encore. À la suite de ce texte, le médecin porte plainte, soutenu par la CSMF régionale et par l’Ordre départemental, qui s’était constitué partie civile.

Vindicte populaire

« Notre confrère a été victime d’un e-lynchage massif à la suite de cette publication, il a reçu des menaces de mort ! », assurait alors le président de la CSMF Bourgogne – Franche-Comté qui remettait en cause la version des faits exposés par la famille dans sa lettre ouverte.

« Un pousse-seringue a bien été demandé, mais il n’y en avait pas de disponible dans l’établissement. Pour que cela soit possible, le médecin coordonnateur a donc demandé une hospitalisation à domicile (HAD) pour la fin de vie, sauf qu’il a fallu attendre la validation du médecin traitant, ce qui a pris plusieurs jours. Or, la lettre a été publiée entre-temps ! Mais l’HAD a bien eu lieu et la résidente est décédée dans ce cadre ».

Pour le syndicaliste, ce genre d’utilisation des réseaux sociaux est « plus que délétère » pour la profession. « C’est la porte ouverte à toutes les exigences personnelles des patients : dès que le médecin ne voudra pas répondre « oui », les citoyens vont se tourner vers les réseaux sociaux ou les notations sur Internet. C’est un danger pour les professionnels de santé ».

Le tribunal a rendu sa décision le jeudi 4 juillet. L’auteure de la lettre ouverte sur Facebook a été condamnée à 2000 euros d’amende avec sursis. Elle devra aussi rembourser les frais de procédure au médecin – de 2000 euros également. Il se verra verser un euro symbolique a indiqué son avocat au Quotidien du Médecin (Marie Foult)

« Ce lynchage médiatique doit cesser ! Il faut que les gens comprennent que s’ils écrivent ce genre de choses sur les réseaux sociaux, ils pourront être condamnés. Les médecins sont suffisamment en stress avec leur boulot, si en plus on est dans la vindicte populaire, c’est non » a déclaré le président du conseil départemental de l’Ordre des médecins. Le praticien visé a décidé de ne pas commenter publiquement cette décision. Il n’avait pour sa part demandé que l’euro symbolique.

A demain @jynau

Opium et Tramadol® : pour la première fois les forçats du Tour n’y ont plus droit. Pourquoi ?

Bonjour  

6 juillet 2019. Cette fois c’est bien l’été : L’Equipe est imprimée sur papier jaune (type Midi Olympique) et le Tour de France s’élance depuis le Manneken-Pis. On fête le centenaire du Maillot Jaune et le cinquantenaire victorieux de saint Eddy Merckx. On retrouve le vieux mythe sans cesse revivifié, on applaudit la course-poursuite du gendarme-sain et du voleur-dopé.  

L’Equipe, page 12, rayon antidopage, nous apprend que la nouveauté, cette année, c’est l’interdiction du Tramadol®. « Son usage est interdit par le biais du règlement santé » précise le quotidien sportif. Mais encore ? Que savoir sur ce médicament anti-douleur dérivé de l’opium développé depuis un demi-siècle mais qui existait depuis des millénaires sr le sol africain 1 ?

Tramadol® (chlorhydrate de tramadol) :  Traitement des douleurs modérées à intenses de l’adulte. La dose devra être adaptée à l’intensité de la douleur et à la sensibilité individuelle de chaque patient. La posologie minimale efficace doit généralement être utilisée. Douleurs aiguës : la dose d’attaque est de 100 mg (2 comprimés) suivie de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) toutes les 4-6 heures sans dépasser 400 mg/24 h (8 comprimés). Douleurs chroniques :la dose d’attaque est de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) suivie de 50 ou 100 mg (1 ou 2 comprimés) toutes les 4-6 heures sans dépasser 400 mg/24 h (8 comprimés). » Nombreux effets secondaires indésirables psychiatriques (notamment confusion mentale ou hallucinations) neurologiques (dont vertiges, somnolence et convulsions) et gastro-intestinaux (nausées et vomissements).

Perversité

« D’après les données de l’assurance maladie, près de dix millions de français ont eu une prescription d’antalgique opioïde en 2015, nous enseigne l’Agence nationale de sécurité du médicament. En 2017, l’antalgique opioïde le plus consommé en France est le tramadol puis la codéine en association et la poudre d’opium associée au paracétamol. Viennent ensuite la morphine, premier antalgique opioïde fort, l’oxycodone, à présent pratiquement autant consommé que la morphine, puis le fentanyl transdermique et transmuqueux à action rapide. »

Pourquoi interdire cet antalgique aux forçats de la route millésimés 2019 ? C’est une vieille histoire parfaitement racontée sur le site http://www.cyclisme-dopage.com. Uniquement pour des raisons de « santé », semble-t-il, plus que pour « lutter contre le dopage ». Et il semblerait, une fois n’est pas coutume, que l’Union Cycliste Internationale (UCI) est la première institution sportive à s’intéresser à la prévention via l’interdiction de ce dérivé de l’opium. Où l’on en conclut que, privés d’opium, les forçats du Tour 2019 souffriront un peu plus encore que leurs aînés. Pour la plus grande joie, cet été, des amateurs sur canapé.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Nau J-Y « L’arbre à tramadol existe : il prend racine en Afrique » Rev Med Suisse 2013; volume 9. 1862-1863

Cannabis thérapeutique : l’Académie nationale de pharmacie a piteusement perdu la partie

Bonjour

S’en remettra-t-elle ?  Le 17 juin l’Académie nationale de pharmacie publiait un communiqué d’une particulière agressivité : « Cannabis ‘’thérapeutique’’ : une appellation abusive et dangereuse ». Cette institution entendait ainsi « mettre en garde contre une banalisation de préparations de cannabis qui trompe les attentes des patients en se faisant abusivement passer pour ‘’thérapeutique’’ ». Un réquisitoire partial d’un autre temps suivin e, retour, d’une volée de bois vert de quelques médecins experts, professionnels du sujet.

Deux jours plus tard, communiqué de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui poursuit, à son rythme (que l’on pourra trouver bien lent), son chemin : « Cannabis à visée thérapeutique en France : Projet de cadre de la phase expérimentale de mise à disposition – Point d’Information ». La démonstration, s’il en était besoin, que l’Académie nationale de pharmacie est désormais plus qu’isolée dans le paysage pharmaceutique français.

Sécuriser

Objectif principal de cette phase expérimentale : évaluer, en situation réelle, le circuit de prescription et délivrance ainsi que l’adhésion des professionnels de santé et des patients à ces conditions. Objectif secondaire : recueillir des premières données françaises d’efficacité et de sécurité.

Il s’agit de sécuriser au mieux la prescription et le suivi des patients. Sécurisation de la prescription : le traitement ne pourra être initié que par des médecins spécialistes des indications visées et qui exercent dans des centres de référence, sur tout le territoire. La participation se fera sur la base du volontariat ; les médecins prescripteurs devront obligatoirement avoir été formés au préalable pour pouvoir prescrire le cannabis. Sécurisation du suivi des patients : mise en place d’un registre national électronique exhaustif qui recueillera également les premières données cliniques françaises d’efficacité et de sécurité.

Brouilleurs de discours

Ce n’est pas tout : lors de sa dernière séance le Comité entendra « certains acteurs économiques français » qui lui présenteront leur projet de développement de cannabis thérapeutique. Cette séance sera filmée et les auditions seront retransmises en direct sur la chaîne Youtube de l’ANSM  . Le programme complet sera bientôt disponible. A l’issue de cette séance, les experts du comité rendront leur avis à l’ANSM sur l’encadrement de la phase expérimentale de la mise à disposition du cannabis à visée thérapeutique en France. Sa mise en place prendra au moins six mois. Certaines modifications réglementaires seront mises en place, notamment un registre dans lequel toutes les données des patients seront saisies par les médecins à chaque prescription. Tout le monde ne pourra pas prescrire du cannabis. Il y aura une formation préalable obligatoire pour les médecins volontaires. Les données seront analysées et un rapport sera fait et présenté via l’ANSM au ministère de la Santé. Se posera alors la question de pérenniser ou non ce système.

« Nous sommes dans une approche médicale, pour soulager des patients qui sont dans une souffrance réelle. On n’est pas en train de parler de shit, de résine ou d’herbe, mais de médicaments. Ceux qui viennent brouiller volontairement le discours sont malhonnêtes, accuse, dans Libération (Charles Delouche) le Pr Nicolas Authier (CHU de Clermont-Ferrand), président de ce Comité. En mélangeant intentionnellement l’usage récréatif, le bien-être et l’usage thérapeutique, l’Académie nationale de pharmacie fait de la désinformation dangereuse. Je les encourage à faire de la médecine, à rencontrer des patients qui souffrent et qui ont été soulagés par du cannabis. Il y a aussi ceux qui mélangent tout pour détruire le projet et ceux qui se dispersent dans leur combat, qui est plus économique que réellement thérapeutique. Autant être franc, le cannabis bien-être, c’est du business. Il n’y a aucun rapport avec le cannabis thérapeutique : aucun autre médicament en France ne sera prescrit avec autant de précautions. Il sera plus compliqué de prescrire du cannabis thérapeutique que de la morphine. »

Que répondront, le moment venu, les brouilleurs de discours, les malhonnêtes, les désinformateurs et autres pharmaciens académiciens ?

A demain @jynau

Cannabis thérapeutique : l’activisme injustifiable de l’Académie nationale de pharmacie

Bonjour

Pour un peu on se gausserait. Sur le mode « l’Academie abuse la galerie ». Les faits : un communiqué de presse daté du 17 juin de l’Académie nationale de pharmacie : « Cannabis ‘’thérapeutique’’ : une appellation abusive et dangereuse ». Cette institution entend aujourd’hui « mettre en garde contre une banalisation de préparations de cannabis qui trompe les attentes des patients en se faisant abusivement passer pour ‘’thérapeutique’’ ». Extraits de ce réquisitoire que l’on pourrait tenir pour être d’un autre temps :

« 7 % des jeunes français de 17 ans sont dépendants au cannabis. Les intoxications au cannabis par ingestion accidentelle chez les enfants ont été multipliées par 2,5 de 2010 à 2014. Le cannabis est la 3ème cause de déclenchement d’infarctus du myocarde ; il est une cause largement sousestimée de mortalité y compris par cancer du poumon – usage sous forme de cigarettes (Nawrot TS, Perez L, Künzli N, et al. Public health importance of triggers of myocardial infarction: a comparative risk assessment. Lancet, 2011. Aldington S, Harwood M, Cox B, Weatherall M, Beckert L, Hansell A, Pritchard A, Robinson G, Beasley R; Cannabis and Respiratory Disease Research Group. Cannabis use and risk of lung cancer: a case-control study. Eur Respir J. 2008). Les parents consommateurs de cannabis exposent leurs enfants à une vulnérabilité accrue aux drogues (Szutorisz H, Hurd Y. Epigenetic effects of cannabis exposure. Biological Psychiatry, 2016). »

Et l’Académie de parler d’un « abus de langage ». « Des extraits de plantes fournissent les principes actifs de médicaments, comme la morphine extraite du pavot ou le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD) du cannabis. Pour autant, même si la morphine ou la codéine entrent dans la composition de médicaments, l’opium ‘’thérapeutique’’ n’existe pas. Le cannabis ‘’thérapeutique’’ non plus, explique-t-elle. Mélange végétal composé de 200 principes actifs différents, variables en quantités et en proportions en fonction des modalités de culture, de récolte, de conservation, n’étant ni dosé, ni contrôlé, le cannabis dit thérapeutique ne peut apporter les garanties d’un médicament. »

Mieux encore elle dénonce un « abus de confiance ». Toute appellation « médicale » ou « thérapeutique » appliquée à un produit n’ayant pas suivi le « long processus réglementaire » de l’AMM est, selon elle, « abusive et illicite ». Et de rappeler quatre « médicaments » issus de cannabinoïdes de synthèse et d’un extrait pur de cannabis (cannabidiol), sont actuellement autorisés « dans certaines situations cliniques spécifiques et des conditions rigoureuses de prescription » : le THC de synthèse (Marinol®) et un dérivé synthétique du THC (Cesamet®), le cannabidiol (Epidyolex®) et le Sativex® (non commercialisé en France).

Et pour achever le tout l’Académie estime que l’on « abuse les patients » :

« Avec 1 300 000 usagers réguliers, la France est le premier pays européen consommateur de cannabis, malgré son statut illicite et les risques notoires qu’il fait courir sur les plans physique et psychique. Le THC stimule les récepteurs cannabinoïdes dans le cerveau, provoquant les effets bien connus des consommateurs, mais il produit surtout des effets délétères souvent irréversibles, notamment chez les plus jeunes : décrochage scolaire ; effets désinhibiteurs ; dépression, pouvant conduire au suicide ; déclenchement ou aggravation de la schizophrénie ; induction d’une polytoxicomanie ; responsabilité avérée dans les accidents de la route et en milieu professionnel ; augmentation du risque de cancer du poumon… ».

Désinformation idéologique

Aucun hasard : cette sortie coïncide avec le processus mis en place en France pour (après des années de déni) pour organiser au mieux la délivrance raisonnée de « cannabis thérapeutique ». Un processus placé sous la direction du Pr Nicolas Authier (Service de pharmacologie médicale & CETD, CHU de Clermont-Ferrand ; Observatoire Français des Médicaments Antalgiques) dans le cadre de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Avec l’annonce, aussi, en mai dernier de la création d’Espoir (Im)patient,  premier lobby français dont l’action sera au service des malades qui pourraient être aidés par une version médicamenteuse du cannabis. Une initiative qui réunit une cinquantaine de patients, proches de patients et professionnels de santé (Amine Benyamina, William Lowenstein,  Olivier Bertrand, Bertrand Lebeau et Rodolphe Ingold). Et une action sera développée  dans le cadre des travaux conduits au sein de l’ANSM. 

Nous avons demandé au Pr Authier quelle lecture il faisait du communiqué de l’Académie nationale de pharmacie. Voici sa réponse :

« L’Académie nationale de pharmacie est le parfait exemple de cette désinformation  idéologique, jouant sur les peurs et les risques, faisait fi de la souffrance humaine et de la médecine. Des propos irresponsables qui n’honorent pas cette académie dont l’intégrité scientifique interroge. Des propos qui s’avèrent probablement plus dangereux vis à vis des populations jeunes et vulnérables aux addictions ou usages à risque. Ils participent plus à rendre attractif des préparations pharmaceutiques, qui ne les seront pas, et à une désinformation du grand public. Ne pas être en mesure de faire la différence entre un usage thérapeutique de préparations pharmaceutiques calibrées, prescrites pour soigner et rigoureusement surveillées, et un joint de résine ou d’herbe de cannabis obtenu illégalement en deal de rue pour faire la fête ou se défoncer, montre la totale méconnaissance clinique du sujet par les académiciens. »

Pour le Pr Authier ces Académiciens  « oublient volontairement de dire  qu’un médicament à plusieurs statuts possibles et que l’AMM n’est pas le seul moyen de rendre accessible un médicament (ATU, RTU, préparations pharmaceutiques et magistrales) ». « Pire encore, ajoute-t-il, ils mentent en expliquant que l’opium n’est pas un médicament en France : la poudre d’opium est consommée comme antalgique par plus de trois millions de français chaque année dans des spécialités pharmaceutiques (donc avec une AMM) comme Lamaline® et Izalgi®. Engager la responsabilité de toute une Académie en publiant des allégations fausses, hors sujet voire mensongères d’un groupe d’académiciens activistes interroge sur le (dys)fonctionnement de l’Académie de pharmacie et sa légitimité à s’exprimer sur de tels sujets. »

Pour le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions, aucune véritable surprise « Cet abus de position, pour dire n’importe quoi, dure depuis vingt ans, nous a-t-il déclaré. Être Académicien et mentir par activisme réactionnaire ne devrait pas exister – à la différence du cannabis à usage thérapeutique. » Cet activisme insoupçonné conduira-t-elle la vieille institution pharmaceutique à répliquer ? Aura-t-elle, Rodrigue moderne, assez de cœur pour descendre sur le pré ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème, on peut se reporter avec le plus vif intérêt au texte du  Pr Nicolas Authier piblié sur le site The Conversation : « Pourquoi nous devrions expérimenter le cannabis thérapeutique en France ». 

« Le dernier mort du Bataclan» : première affaire de suicide après stress post-traumatisant

Bonjour

Couverture-choc du Parisien de ce dimanche 16 juin (Timothée Boutry) : « 131ème victime. Guillaume Valette. Le dernier mort du Bataclan ». Nous sommes à la frontière de la violence terroriste, de la médecine, de la psychiatrie et de la justice. C’est aussi une tragédie, celle d’un survivant du Bataclan, indemne physiquement, mais atteint d’un état de stress post-traumatique d’une particulière sévérité. Guillaume Valette s’est pendu le 19 novembre 2017, dans sa chambre de la clinique psychiatrique du Val-de-Marne où il avait été admis un mois et demi plus tôt. Il avait 31 ans.

Mais aujourd’hui, dix-neuf mois plus tard, quelle est l’actualité ? « Depuis le mois dernier, le suicide de Guillaume Valette n’est plus seulement une tragédie, révèle Le Parisien.  Sur la base d’un rapport médical ayant imputé son geste à l’attaque, les juges d’instruction ont considéré que cet ancien analyste dans un laboratoire scientifique pourrait bien être le 131ème mort des attentats du 13 novembre. Pour ses parents, qui se sont battus pour obtenir cette première reconnaissance, c’est un soulagement, même s’il n’atténue pas leur peine et que leur combat n’est pas terminé. Car il appartiendra à la cour d’assises d’apporter une réponse définitive »

Etat de stress post-traumatique (ESPT), selon l’Institut de Victimologie :

 « Une situation ou un événement stressant (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus » entraîne « une réponse différée ou prolongée » dont la conséquence est dans 15 à 35 % des cas selon la nature de l’événement traumatique et le vécu subjectif du sujet, un ESPT.

« L’ESPT peut s’accompagner de divers troubles comorbides qui sont parfois la seule manifestation clinique dont se plaint le patient qui ne fait pas le lien avec l’événement traumatique causal. La prévalence vie entière de l’ESPT atteint en Europe, selon l’étude ESEMeD menée en 2004 sur un échantillon de 21 425 habitants de six pays d’Europe, 2.9 % des femmes et 0.9 % des hommes, c’est beaucoup moins qu’aux Etats-Unis. Il faudrait par conséquent rechercher systématiquement des antécédents traumatiques chez tous les patients qui consultent un professionnel de santé pour traiter la cause de certains troubles et non les conséquences. »

De ce point de vue le cas de Guillaume illustre de manière exemplaire combien le terrorisme peut faire des ravages à distance. Le jeune homme  avait fait l’objet, en janvier 2017, d’un examen médico-légal par un psychiatre du Fonds de garantie des actes de terrorisme et autres infractions (FGTI), l’organisme chargé d’évaluer le préjudice des victimes.     «Ce sujet présente un trouble psycho-traumatique caractérisé, qui reste évolutif, avec de très nombreux évitements, des moments d’anxiété majeure en de nombreuses circonstances […], une modification de son rapport à l’existence, un remaniement de son système de valeurs, le sentiment d’un éloignement dans son rapport aux autres », résume-t-il alors, précisant que son état n’est pas encore stabilisé.

Episode dépressif majeur

« L’état médical de Guillaume s’aggrave à l’été 2017, rapporte Le Parisien. Hypocondriaque, il multiplie les visites chez le médecin. Son état d’anxiété est tel qu’il est admis en psychiatrie en août. Trois mois plus tard, il met fin à ses jours. Alain et Arlette Valette prennent attache avec Me Claire Josserand-Schmidt, une avocate qui intervient notamment auprès de l’Association française de victimes du terrorisme (AFVT). Ils sont persuadés que le suicide de leur fils est la conséquence de l’attentat. »

C’est alors le Dr Catherine Wong, psychiatre spécialisée dans la réparation juridique du dommage corporel qui prend connaissance du dossier. Et qui porte un diagnostic : au moment de son décès, le jeune homme souffrait d’une « dépression délirante ». Aucun antécédent psychiatrique,  Dr Wong privilégie la piste du traumatisme psychique dans son rapport daté de janvier 2019 :

« On peut établir que le traumatisme du 13/11/15 a été responsable d’un état de stress post-traumatique chez M. Guillaume Valette, qui s’est compliqué d’un épisode dépressif majeur […] et que le suicide a été une complication de cet épisode dépressif majeur. Le suicide de M. Valette Guillaume est donc bien la conséquence ultime de l’attentat du 13/11/15 ».

Et le 2 mai dernier les juges d’instruction en charge du dossier adressent aux parents de Guillaume un « avis à partie civile » reconnaissant ainsi implicitement le statut de victime de leur fils. « C’est une avancée considérable, souligne Me Josserand-Schmidt. En accueillant la constitution de partie civile de la famille de Guillaume, les juges d’instruction admettent la possibilité du lien de causalité entre l’attentat et son suicide. La discussion médicale se poursuivra devant la cour d’assises qui tranchera lors du procès. »

Où l’on apprend que le trébuchet aveugle de la justice française peut percevoir le poids de certaines blessures invisibles. « Ces blessures peuvent, tout autant qu’une jambe amputée ou un œil arraché, handicaper la victime dans sa sphère personnelle, familiale, intime, sociale, dit l’avocate, en écho. L’histoire de Guillaume doit alerter les pouvoirs publics sur le nécessaire accompagnement des victimes d’attentats sur la durée. Notre système d’indemnisation devrait aussi en tirer les conséquences : si les atteintes fonctionnelles sont plutôt bien évaluées en cas de blessures corporelles, nous en sommes encore, s’agissant des blessures psychiques, très loin. »

A demain @jynau

Inquiétantes disparitions de médicaments corticoïdes : mais que fait le gouvernement ?

Bonjour

Année 2019. Etrange époque où les tribunes des quotidiens dénoncent le retour des tickets de rationnement dans les pharmacies françaises. Ainsi Le Monde daté de demain : « Mettons fin à la pénurie de corticoïdes. Patients et professionnels de santé demandent aux autorités de faire en sorte qu’une fourniture pérenne de ces médicaments d’intérêt thérapeutique majeur soit assurée ». Un texte signé par cinq médecins responsables et dix associations de malades très directement concernées 1.

« Nous, patients et professionnels de santé, notamment médecins rhumatologues, sommes très préoccupés des pénuries actuelles et répétées concernant les corticoïdes par voie orale ou injectable, alors que ces médicaments font partie des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) définis par le décret du 20 juillet 2016. »

Ces pénuries sont graves pour la sécurité et la bonne prise en charge des patients souffrant de maladies inflammatoires chroniques. Une affaire d’importance : entre 1 % et 4 % de la population est sous corticoïdes au long cours, notamment pour des affections rhumatologiques (polyarthrite rhumatoïde, pseudopolyarthrite rhizomélique, lupus et autres maladies auto-immunes) mais aussi pneumologiques (asthme et broncho-pneumopathies obstructives), digestives (maladies chroniques inflammatoires de l’intestin) ou dermatologiques.

Ce n’est pas tout. Ces médicaments sont également très utiles en cures courtes pour soulager certaines affections rhumatologiques aiguës, dans lesquelles ils sont particulièrement efficaces (névralgies cervico-brachiales et sciatiques, goutte…). Et nous parlons ici de médicaments qui ne peuvent être interrompus brutalement au risque de provoquer un syndrome de sevrage et un rebond de la maladie pouvant mettre en jeu la sécurité des malades.

Demande du blocage du retrait du Kenacort Retard®

« La situation actuelle est grave alors que l’on est confronté à la fois à des tensions d’approvisionnement des corticoïdes oraux (Cortancyl® et son générique la prednisone, Solupred® et son générique la prednisolone), à des ruptures de stock du Diprostène® et du Célestène Chronodose®, suspensions injectables de bétaméthasone, peut-on lire dans la tribune vespérale. La rupture de stock du Diprostène® initialement prévue jusqu’à la mi-mai est actuellement étendue jusqu’au début de l’année 2020 ! De plus, nous sommes choqués d’apprendre, dans ce contexte difficile, le retrait du Kenacort Retard® prévu, le 31 juillet, par la compagnie pharmaceutique. La disparition de cet autre corticoïde pour infiltration va réduire encore les alternatives thérapeutiques, après le retrait de l’Altim® par le fabricant, il y a deux ans, et d’autres (tel le Dilar®), ou le non-remboursement d’autres formulations (tel le Depomédrol®). Ces problèmes ne vont faire qu’accroître encore plus la pression sur les très rares corticoïdes injectables restant disponibles sur le marché, déjà le plus souvent en situation de rupture, avec un risque de spirale infernale de disparition de cette classe de produits. »

Les causes de ces pénuries à répétition et de ces disparitions ? Elles sont multiples : problèmes sur les chaînes de fabrication ; le prix extrêmement bas de ces médicaments anciens [moins de 4 euros la boîte] retentit de manière très négative sur leur rentabilité, poussant les industriels à les retirer du marché indépendamment de l’intérêt thérapeutique.

Certes l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a bien convoqué, le 9 mai, l’ensemble des laboratoires concernés, et a bien informé, le 24 mai, d’une avancée significative sur ce dossier. Mais rien n’est vraiment réglé 2. Et les signataires « demandent aux autorités de santé de résoudre en urgence avec les industriels concernés les problèmes de tensions d’approvisionnement des pharmacies en cortisone orale. Et aussi  « de bloquer le retrait programmé du Kenacort Retard®». Retrait programmé par la frrme BristolMyersSquibb avec l’accord de l’ANSM

Il faudra ensuite prendre des mesures fortes qui permettront de réduire les pénuries et les retraits de médicaments essentiels pour l’ensemble des spécialités médicales : plus de flexibilité réglementaire, plus de collaboration avec Les Entreprises du médicament (LEEM) mais aussi (et surtout) plus d’obligations pour l’ensemble des industriels, par exemple la constitution de « stocks minimaux obligatoires ». Comment expliquer que ce ne soit pas, déjà, le cas ?

A demain

@jyant

1 Les signataires : Professeur Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie, APHP hôpital Saint-Antoine, Paris ; professeur Thierry Thomas,président de la Société française de rhumatologie ; docteur Christian Augareils, président du Syndicat national des médecins rhumatologues ; professeur Aleth Perdriger, président du Collège français des médecins rhumatologues ; professeur Benoit Le Goff,président du Collège français des enseignants de rhumatologie. Et dix associations de malades : Association française de lutte antirhumatismale, Association française du Gougerot Sjögren et des syndrômes secs, Association française des polyarthritiques et des rhumatismes inflammatoires chroniques, Association nationale de défense contre l’arthrite rhumatoïde, Action contre la spondylarthrite ankylosante-France, France Psoriasis, Spondyloaction, Pass SAPHO, Fibromyalgie France, Solidarité Handicap autour des maladies rares.

Européennes, corrida, cirque et politique: le «Parti animaliste» égale le Parti communiste

Bonjour

27 mai 2019. Tête de liste absente des écrans, programme et score radicalement oubliés des commentateurs : le « Parti animaliste ».  « Parmi les petites listes, c’est celle qui a le plus créé la surprise, résume Le Monde (Mathilde Gérard). Sans avoir été invité à aucun des débats entre candidats organisés sur les principales chaînes télévisées, le Parti animaliste a recueilli, selon les résultats quasi définitifs, 2,2 % des suffrages exprimés en France aux européennes de dimanche 26 mai. C’est plus que la liste « Urgence écologie », de Dominique Bourg (1,8 %), l’ »Union populaire républicaine », de François Asselineau (1,2 %) ou « Lutte ouvrière » (0,8 %), et presque autant que les voix qui se sont portées sur le Parti communiste, emmené par Ian Brossat (2,5 %). »

« Parti animaliste » ? Il n’a que trois ans et double aujourd’hui le score obtenu aux élections législatives de 2017 (1,1 %)  – et ce en dépit de l’absence de la distribution de ses bulletins dans certains bureaux de vote. Tête de liste : Hélène Thouy, avocate au barreau de Bordeaux ; intervient et conseille des associations et des militants engagés pour la cause animale depuis une dizaine d’années ; co-fondatrice de l’association Animal Justice et Droit ; engagée dans la défense des droits de l’homme ; a présidé l’Institut de Défense des étrangers du barreau de Bordeaux.

Les intérêts des êtres dotés de sensibilité

Ce parti est soutenu par des « personnalités médiatiques » : une cinquantaine d’acteurs, animateurs, chanteurs, humoristes et inclassables  – Brigitte Bardot, Claude Lelouch, Laurent Baffie, Laura Smet, Virginie Lemoine, Anny Duperey, Dave, Stone … (et le Dr Colette Goujon, présidente du Comité de lutte contre la douleur du groupe hospitalier Henri Mondor) – ont signé une tribune appelant à « prendre le parti des intérêts des êtres sensibles » 1.

Programme : plus d’une centaine de mesures dans son programme, ciblant dans leur grande majorité la souffrance des animaux d’élevage – sans oublier la chasse, la corrida, les cirques ou les expérimentations scientifiques 1. « A Bruxelles, des organisations en défense de la cause animale se sont regroupées au sein d’une plate-forme, Eurogroup for animals, pour faire avancer leurs dossiers au sein du Parlement et de la Commission européenne, précise Le Monde.  Car c’est bien à l’échelon bruxellois que se jouent de nombreux dossiers affectant le bien-être animal, notamment à travers la politique agricole commune, mais aussi plusieurs directives déterminant les conditions de transport d’animaux d’élevage, ou les modalités de pêche, pisciculture ou d’expérimentation animale. »

Le score de la liste animaliste en France ne lui permet certes pas d’obtenir d’eurodéputé à Strasbourg, ni d’obtenir un remboursement de sa campagne. Mais en Allemagne,le Parti de la protection des animaux obtient deux sièges, tandis que la liste animaliste néerlandaise en occupera un, précieux.

Egaler le Parti communiste français …! Où l’on voit émerger en Europe, sur les décombres des partis antiques – et en marge des aspirations croissantes « écologiques »- une nouvelle idéologie, une idéologie de la « sensibilité ». A surveiller, comme le feu sous le lait.

A demain

@jynau

1 Extrait : « La soumission des animaux au régime des choses est entrée en crise parce qu’elle est entrée dans sa phase critique. Les efforts conjoints des filières, des lobbys et du marketing n’y pourront rien. Car, il faut insister, cette critique n’est pas le fait récent des « vegans » ou des « antispécistes », comme eux-mêmes, les médias ou leurs adversaires se plaisent à les appeler. Ces personnes forment la crête d’une vague bien plus large, qui porte une inquiétude contemporaine que nul n’exprima mieux que le philosophe Jacques Derrida. En 2001, il écrit : « Cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée, en fait ou en droit. Elle se trouvera de plus en plus discréditée. Les rapports entre les hommes et les animaux devront changer. Ils le devront, au double sens de ce terme, au sens de la nécessité “ontologique’’ et du devoir “éthique’’».

Le couple crise/critique traverse notre époque à la manière d’une lame de fond : elle vient des profondeurs. Le caractère virtuellement interminable de l’exploitation animale, que nos moyens scientifiques et techniques rendent désormais possible, tient dans le fait que le « stock » détruit est aussitôt renouvelé, et ainsi de suite. L’animal n’a pas eu le temps de vivre qu’il est déjà bon pour l’abattoir. Faut-il rappeler que, par exemple, un poulet de chair n’est maintenu en vie que durant les 40 jours nécessaires à son engraissement ? (…) La condamnation des violences envers les animaux n’a cessé de jalonner l’histoire de la pensée. Elle est portée par les plus grands noms de notre culture philosophique et littéraire. Ils offrent à la voix de ceux qui défendent les animaux une épaisseur culturelle dont leurs adversaires n’aiment pas entendre parler. (…) »2 Sur ce thème : « Pourquoi ces deux millions d’animaux utilisés ‘’pour la recherche’’, en France, en 2017 ? » Journalisme et santé publique, 17 mai 2019