Cannabis, 25 octobre 2019: les députés français ont ouvert la voie à la légalisation du récréatif

Bonjour

Du thérapeutique au récréatif. L’Assemblée nationale a donné, vendredi 25 octobre, son « feu vert » (sic) à une expérimentation de l’usage médical du cannabis dans le cadre de l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2020. Les députés ont voté à main levée un amendement du rapporteur, le Dr Olivier Véran (LRM, Isère)qui autorise ce test en situation réelle. On se souvient que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait – après de longs atermoeiments- donné précefemment le même « feu vert ».

 « Je souhaite vivement que cette expérimentation puisse débuter au cours du premier semestre 2020 », a commenté (pourquoi ?)  Christelle Dubos, secrétaire d’Etat auprès d’Agnès Buzyn. Cette expérimentation est prévue pour durer deux ans : six mois de mise en place, six mois d’inclusion des patients, six mois de suivi des patients et six mois d’analyse des données, avec remise d’un rapport définitif par un comité scientifique. Le Dr Véran :

« Elle pourra porter sur 3 000 patients en France et visera à expérimenter l’impact positif des dérivés du cannabis sur certaines pathologies ;  17 pays de l’Union européenne ont déjà autorisé des traitements à base de cannabis médical.  Ce n’est absolument pas la martingale, ce n’est pas le Graal de l’antidouleur, il ne s’agit pas de développer un nouveau médicament qui remplacerait le paracétamol ou un autre antalgique mais de trouver le moyen d’un nouveau traitement adjuvant. »

Où la France va-t-elle s’approvisionner ?

Les patients de tout le territoire seront éligibles. Mais dans cinq indications seulement : douleurs neuropathiques réfractaires ; certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes ; les soins de support en oncologie dans les situations palliatives ; la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ; ou d’autres pathologies du système nerveux central.

L’expérimentation sera menée dans plusieurs centres hospitaliers, en particulier des centres de référence pour les pathologies concernées. Seuls les médecins spécialistes volontaires – formés au préalable sur des plates-formes d’e-learning et exerçant dans des centres et structures de référence pluridisciplinaires (épilepsie, oncologie, soins palliatifs…) – seront autorisés à réaliser la prescription initiale. Les patients devront d’abord se fournir en pharmacie hospitalière, puis pourront renouveler leurs traitements en pharmacie de ville.

La mesure a été accueillie favorablement dans l’Hémicycle, nous dit l’AFP. « Il faut passer outre les critiques qui sont faites autour de cette proposition puisqu’un groupe d’experts avait validé le principe » d’une expérimentation, a estimé le Dr Jean-Pierre Door (Les Républicains, Loiret). « Toutefois cela pose la question de la filière d’approvisionnement, la France n’autorisant pas la production de cannabis », a rappelé le journaliste Pierre Dharréville (PCF, Bouches-du-Rhône).

Où l’on perçoit, déjà, l’essentiel : le 25 octobre 209 les députés français ont bel et bien ouvert la voie à la culture de la plante – puis à la légalisation du cannabis récréatif.

A demain @jynau

Cannabis thérapeutique : si tout va bien il ne sera pas disponible avant un certain temps

Bonjour

Le temps de l’administration du médicament n’est pas celui du patient souffrant.

Il y a un an on découvrait un mouvement de l’Agence nationale de sécurité médicament (ANSM) : « Évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». On apprenait alors qu’un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire créé pour un an, aurait pour mission « d’évaluer la pertinence de développer en France l’utilisation thérapeutique du cannabis pour certaines indications et de proposer le cas échéant, les modalités de sa mise à disposition ». On appréciera la formulation.

On découvrait aussi le texte, publié sur The Conversation, signé par le Dr Nicolas Authier,  psychiatre, professeur de pharmacologie médicale, directeur de l’Observatoire Français des Médicaments Antalgiques et président de la Commission des stupéfiants et psychotropes de l’ANSM : « Usage thérapeutique du cannabis : la France engage officiellement la réflexion ».

Ainsi donc la France allait  « s’interroger sur l’usage médical du cannabis dans des pathologies chroniques mal soulagées par les traitements conventionnels ». Cette même France qui avait, il y a quelques années, donné une autorisation pour le marché à un médicament à base de cannabis (le Sativex®) mais qui avait, depuis, toujours refusé le prix à payer. Rien ne semblait presser. On rappellera que vingt-et-un pays de l’Union européenne sur vingt-huit autorisent le cannabis à usage thérapeutique.

Le temps du patient souffrant

Puis, en mai dernier, on apprenait  la création d’Espoir (Im)patient : le premier lobby français au service des malades qui pourraient être aidés par une version médicamenteuse du cannabis, l’usage de fleurs ou de spécialités comme les huiles ou les sprays. Des « actions d’influence » étaient annoncées avec des rencontres auprès de parlementaires, membres de l’administration et du gouvernement ; « forte présence dans les médias via la présentation des réalités de patient.e.s qui souhaiteraient être accompagné.e.s pour mener leur combat publiquement ». L’initiative réunissait une cinquantaine de patients, proches de patients et professionnels de santé (Amine Benyamina, William Lowenstein,  Olivier Bertrand, Bertrand Lebeau et Rodolphe Ingold). Une action développée  dans le cadre des travaux conduits au sein de l’ANSM pour ouvrir l’accès au cannabis thérapeutique. 

Nous sommes en octobre 2019. Et qu’apprend-on ? Que l’ANSM « poursuit les travaux nécessaires à la mise en place d’une expérimentation visant à l’accès au cannabis à usage médical ».  Aujourd’hui, création d’un comité scientifique pluridisciplinaire composé de dix-huit professionnels de santé et représentants de patients. Premier objectif de ce comité est de mettre en place les conditions pratiques de l’expérimentation : produits qui seront utilisés, formations des professionnels de santé et conditions du suivi des patients. « Les travaux de ce comité seront poursuivis au cours de l’expérimentation afin de suivre, analyser les données du registre, notamment les données d’efficacité et de sécurité, et de rédiger un rapport d’analyse.

Soyons raisonnable et impatient. On comprend sans mal que le temps de l’administration du médicament ne soit pas celui du patient souffrant. Est-ce dire pour autant que tout est définitivement figé ? Qu’il n’existe pas de procédures accélérées ? Que l’on ne peut s’inspirer des solutions adoptées à l’étranger ?

A demain @jynau

Migraine : sans le bon géant Novartis, pourrait-on en parler dans les hôpitaux français ?

Bonjour

Le temps ne passe pas. Réception d’un message adressé par le service de presse du géant pharmaceutique suisse Novartis :

« Dans le cadre du mois’’consacré à la Migraine’’, le Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier, en partenariat avec Novartis, organise une  Journée de sensibilisation dédiée à la migraine le jeudi 19 septembre 2019 au Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier

« A cette occasion, le Professeur Anne Ducros, Chef du service Neurologie et présidente de la SFEMC (Société Française d’Étude des Migraines et Céphalées) animera la conférence ‘’Migraine : mieux la connaître pour la combattre’’ ».

Enjeux médicaux et sociétaux

Sans doute ne combat-on bien que ce que l’on connaît. Aussi le géant suisse mettra-t-il à disposition des visiteurs, un stand d’information sur la migraine dans le hall du CHU. Les « patients migraineux » mais aussi le « grand public » pourront-ils ainsi « se documenter » sur cette pathologie. Pour résumer l’affaire :

« Le Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier et Novartis s’engagent à accompagner les patients migraineux dans la prise en charge et l’accompagnement médical de leur pathologie et à sensibiliser le plus grand nombre en réalisant ensemble cette journée de sensibilisation dédiée à la migraine. »

D’autres établissements hospitaliers français sont concernés. Ainsi la même opération, le même jour, sera organisée grâce à Novartis avec le Centre d’Évaluation et de Traitement de la Douleur du Centre Hospitalier de Valenciennes. A cette occasion, plusieurs stands d’information, de prévention et de dépistage seront tenus par des professionnels de santé et des experts au sein de cet établissement hospitalier – et ce « afin d’aborder les enjeux médicaux et sociétaux de cette maladie comme, notamment, la migraine au travail ou le risque d’abus médicamenteux ».

Ne pas abuser, voilà la clef.

A demain @jynau

Antalgiques opiacés, esclavage pharmaceutique : un grand reportage dans les Appalaches

Bonjour

Karen Lajon. Profession : grand reporter au JDD. « Elle parcourt la planète depuis plus de trente ans et a couvert les principaux conflits contemporains, dit-on d’elle. Elle pratique un journalisme de terrain et donne la parole aux gens, loin de la communication officielle des gouvernements. »

Aujourd’hui elle signe « Les zombies des Appalaches ». La démonstration des vertus du reportage « de terrain », cette discipline journalistique que l’on dit en perdition. Epidémie amaricaine d’antalgiques opiacés ? On avait eu vent du scandale américain et de la culpabilité de Big Pharma –  et notamment Purdue Pharma, avec son tristement célèbre OxyContin. On savait que depuis les années 1990 la distribution-prescription  massive d’antidouleurs hautement addictifs avait fait des centaines de milliers de morts prématurées par overdose outre-Atlantique. On apprend ici comment des laboratoires pharmaceutiques ont délibérément ciblé les classes moyennes et inférieures blanches du « South East » désindustrialisé.

Karen Lajon, envoyée spéciale à Saint-Charles (Virginie), Welch (Virginie-Occidentale) et Louisville (Kentucky). Elle nous a mandé un long papier porteur des lumières que peut transmettre un grand reporter. Elle narre ce que l’on pourrait nommer « la malédiction des Appalaches ». C’est, écrit-elle, « une guerre qui ne dit pas son nom ». C’est là, dans un régal de montagnes et de forêts que s’est nouée « l’une des pires tragédies de l’histoire moderne américaine ». La Virginie-Occidentale : épicentre de la crise-scandale des opiacés, le « ground zero » de la hillbilly heroin. « Une métaphore de l’Amérique » écrit l’écrivain Ron Rash, auteur de deux nouvelles prémonitoires Back of Beyong et The Ascent.

Puis vinrent les révalations du Washington Post, en juillet dernier, fondées sur des données de la Drug Enforcement Administration (DEA). « De 2006 à 2012, une dizaine de grand groupes pharmaceutiques ont bel et bien ciblé la région des Apalaches, écrit Karen Lajon. ‘’Ils ont apréhendé ce territoire comme n’importe quel autre marché, s’insurge l’écrivain. Ils n’on jamais eu l’intention de soigner les gens, mais plutôt de faire un maximum de cash’’. » Un un maximum de casse humaine.

Le nouveau marché du Narcan®

Au fil de ce grand reportage on croise un autre grand écrivain, apallachien : David Joy. « Il y a toujours eu une culture de la drogue aux Eats-Unis, explique-t-il. Mais pour la première fois les classes moyennes et supérieures ont été touchées. Et l’on était plus dans le fun, mais dans le désespoir. Les grans industriels étrangers, aux Appalaches, nous ont colonisés. Ils ont pris le charbon, le bois, et maintenant la dernières ressources, les gens. » Une métaphore de l’Amérique, une métaphore du capitalisme, une résurgence de l’esclavage qui fiat un maximum de cash.

On découvrira, sous la plume de Karen Lajon les premières observations du Dr Art Van Zee, l’action du shérif Martin West aux chuassures remarquables de sophistication, et celle de Me Mark Troy, avocat de Charleston. Et partout ce mal rampant face auquel l’exécutif et les politiques sont ongtemps restés les bras ballants. Comme le rapporte un autre journaliste, du Guardian, Chris McGreal, auteur du remarquable American Overdose (Public Affairs), malheureusement non traduit en français.

On lira la suite de ce remarquable grand reportage et le quotidien des anciens narcodépendants, la distribution de seringues, celles et ceux qui carburent désormais à l’héroïne ou à la meth, la proposition faite du Narcan ® (naloxone) qui, comme on le sait, permet de « récupérer » des overdoses. Les ventes de Narcan® sont passée de 21 millions de dollars en 2011 à 274 millions en 2016. Nouvel esclavage. Après le scandale, le marché continue.

A demain @jynau

Espérance et dépendance : pourra-t-on guérir de l’addiction croissante aux réseaux sociaux ?

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Fait.e.s comme des rats dans la Toile. Il y a, d’abord, le brouillard des mots, quand le pluriel n’a plus rien à voir avec son singulier. « Réseau social » : les différentes relations que les personnes tissent et entretiennent entre elles. « Réseaux sociaux » : applications dédiées à la communication ou, plus précisément, services de réseautage social qui via la toile Internet permet de maintenir la communication avec des « connaissances » (famille, amis ou collègues de travail etc.) mais aussi de  « rencontrer » de nouvelles personnes. Réseaux sociaux car ils permettent d’échanger avec d’autres membres du même réseau des messages publics ou privés, des photos, des vidéos etc.

Des toiles en perpétuelle expansion et des araignées bien cachées, comme toujours prêtes à dévorer.

« Et si le stress causé par les médias sociaux chez leurs utilisateurs était justement un facteur majeur de dépendance accrue à ces mêmes médias sociaux » s’interroge la rédaction de santelog.com qui reprend une publication d’Information Systems Journal : « Explaining the link between technostress and technology addiction for social networking sites: A study of distraction as a coping behavior » un travail signé de quatre chercheurs des universités de Lancaster (Angleterre) et de Barnberg (Allemagne)

Les auteurs ont  décrypté les comportements de quatre cent quarante-quatre utilisateurs de Facebook. Et elle met en lumière l’mniprésence du stress inhérent à cet usage – et notamment le  comportement de « bascule » d’une activité à une autre, (du tchat à la lecture de news, par exemple) dès que le stress associé à une fonctionnalité particulière émerge. Les chercheurs ont identifié différentes formes de « technostress » induits par une utilisation intense des médias sociaux.

Et Facebook engrange

Les amateurs reconnaîtront aisément : envahissement de la vie personnelle, influence exacerbée des amis avec l’adaptation de l’utilisation personnelle des réseaux sociaux à celle des amis, demandes « sociales » excessives et flux exagéré d’informations sociales, stress liés aux changements constants et aux mises à jour de la plateforme de réseau social.

Aucun doute n’est plus permis : en utilisant les différents éléments de la plate-forme sur une période plus longue, les participants utilisateurs développent un risque accru de dépendance à la technologie. « Bien que cela puisse sembler contre-intuitif, les utilisateurs des médias sociaux continuent à utiliser les plates-formes mêmes qui leur causent du stress plutôt que de s’en détourner, ce qui crée un flou entre le stress et l’usage compulsif ».

 Le piège addictif n’a aucune originalité :ces réseaux sont conçus de manière à proposer des fonctionnalités plus nombreuses qui fidélisent leurs utilisateurs qui stressés par une fonctionnalité, vont passer à une autre et à une autre et ainsi de suite. Il suffit d’associer facteurs de stress et source de distractions multiples. Plaisir, manque, souffrance et récompense. Prière d’augmenter les doses.

Quoique  stressés par l’utilisation d’une fonctionnalité, les sujets restent sur la même plateforme et se tournent vers une nouvelle activité pour (croient-ils) se libérer. En réalité ils développent un comportement compulsif et excessif. Ils s’inscrivent dans l’environnement global du réseau social et plutôt que de s’en éloigner, ils développent une dépendance. Le rat ne sortira pas de sa cage. Et Facebook engrange. On n’attend plus, désormais que la parole et l’écoute bienveillantes des psychologues-addictologues.

A demain @jynau

A l’attention des taureaux: pour votre bien les mineurs français seront interdit de corridas

Bonjour

Dans la foulée taurine de l’aficionado ministre Didier Guillaume, Aurore Bergé, 32 ans, porte-parole médiatique parisienne de LREM. Didier Guillaume se pique de corrida et en même temps, de bien-être animal ? Aurore Bergé va plus loin encore dans cette formidable maîtrise des contraires qui interroge quant au quotient intellectuel que le politique prête à ses électeurs.

« La question du bien-être animal ne se réduit pas à quelques bobos parisiens écervelés (sic). Je n’appartiens pas à une secte, je considère juste, comme une grande majorité des Français, que c’est une question sociétale majeure, a doctement déclaré, à l’aube et sur franceinfo, Mme Bergé. J’aimerais a minima qu’on puisse interdire la corrida aux mineurs. Est-ce que c’est 12 ans, 14 ans, 16 ans… Il faut avancer là-dessus ».

Pandore et le Minotaure

L’avancement est consubstantiel de LREM. On pourrait presque écrire ontologique. « Un certain nombre de films sont interdits aux mineurs, mais un film c’est une fiction. Or la corrida n’est pas une fiction, conclut Aurore Bergé qui n’appartient pas à une secte (re-sic). Je ne considère pas que ce soit un spectacle car à la fin quoi qu’il arrive, vous avez un animal victime de souffrances et qui meurt. »

Résumons : la corrida n’est pas un spectacle ; les films sont des spectacles ; certains films sont interdits aux mineurs ; donc il faut interdire la corrida aux mineurs 1. Où l’on en vient à se demander si, en démocratie, l’exercice de la politique est un spectacle pour tous les publics.

A demain @jynau

1 Le président de de l’Observatoire national des cultures taurines, André Viard, a aussitôt estimé que cette proposition posait la question de « la privation de son autorité parentale pour une communauté culturelle », ce qui « équivaudrait à ouvrir une boîte de Pandore dont on peut imaginer les effets dévastateurs dans de nombreux domaines ». Ouvrir la boîte de Pandore face au Minotaure ?  Une telle mesure, selon lui, irait aussi « à l’encontre de la Déclaration universelle des droits de l’enfant, dont la France est signataire, qui lui garantit de pouvoir être élevé dans la culture de ses parents ».

Bien-être des animaux : quand un ministre tente de mettre de l’eau dans son vin tauromachique

Bonjour

Longtemps socialiste, il avait dit qu’il quittait la politique. Avant d’y revenir pour un maroquin de ministre macroniste. Il avait dit qu’il ne répondrait pas aux défenseurs des taureaux de combat, que c’était une « affaire privée ». Avant d’y revenir et d’en faire une affaire publique. Didier Guillaume, 60 ans, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation et du Bien-être animal aime se contredire. Partant il fait parler de lui. Comme ce lundi 19 août quand, sur France Info, il est revenu sur une image qui suscite un grand émoi au sein de la classe politique et l’ire des défenseurs des animaux. Une image qui le montrait avec sa collègue Jacqueline Gourault aux premières loges de la corrida de Bayonne.

« Didier Guillaume ‘’s’en branle’’ de la souffrance animale! Lamentable! » avait commenté, tout en nuances, l’eurodéputé vert Yannick Jadot. « Le ministre ne peut pas défendre la cause animale et d’un autre côté s’asseoir dans une arène de corrida, se divertir face à la torture d’un être vivant, sensible et innocent », avait ajouté sa collègue écologiste Karima Delli. « En assistant à une corrida, Didier Guillaume affiche son mépris pour la condition animale », avait poursuivi Manuel Bompard, chef des élus Insoumis au Parlement européen.  « Aucune limite dans l’indécence, avait conclu la Fondation Brigitte Bardot. C’est au-delà du scandaleux et de l’écœurement ! »

Tenir la barre et manier la cape

Quatre jours après avoir déclaré qu’il s’agissait d’une sortie privée le ministre a cherché à rétropédaler : « Je regrette que ça ait pu choquer un certain nombre de citoyens qui sont contre ces pratiques. Ce qui a été terrible sur les réseaux sociaux, ça a été la récupération politique, politicienne, faite par d’autres. » 

« Les Français attendent autre chose que de vaines polémiques (…), Ça suffit maintenant, regardons les choses tranquillement et rassemblons ce pays » #8h30Politique Ce que je ne voudrais pas, c’est que l’on résume la maltraitance animale ou la lutte pour le bien-être animal à une photo dans un spectacle. Je suis le premier ministre de l’Agriculture à avoir une collaboratrice, une conseillère au cabinet en charge du bien-être animal. Je suis le premier ministre de l’Agriculture en charge du bien-être animal qui a pérennisé le Conseil national de surveillance des abattoirs. »

Pour le ministre, ancien élu de la Drôme, la corrida est une «tradition séculaire ». Et faire durablement saigner, avant de les tuer, des taureaux au grand air ne tombe pas sous le coup de la loi française.  

« Je pense qu’il ne faut pas mélanger les choses, qu’il faut faire le distinguo entre ce qui a pu se passer un soir dans un spectacle et tout le travail qui est fait, les mesures qui seront prises à la rentrée -et qui ne l’ont jamais été- sur le bien-être animal »

Où l’on comprend que tuer peut, au-delà de l’art tauromachique, n’être qu’un spectacle. « Ça a duré 24 heures, ça a tapé fort… Mais c’est la vie, a-t-il conclu au sujet de la polémique. Nous avons fait la démonstration que ce gouvernement tient la barre, que le président de la République tient la barre. » Sans doute le ministre voulait-il parler de la cape.

A demain @jynau 

Après l’addictologie, le ministre Guillaume rattrapé par son appétit pour la tauromachie

Bonjour

Traitant de l’alcool il avait eu cette sortie mémorable : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». C’était en janvier dernier. Nous sommes en août et le ministre Guillaume fait à nouveau parler de lui. Didier Guillaume, 60  ans : ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste, annonce son abandon de la politique puis abandonne l’idée, devient le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

A la veille de la fête de l’Assomption il assistait à une corrida de Bayonne, aux côtés de sa collègue Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires). Didier Guillaume, également en charge du « bien-être animal »… C’est une « affaire privée », a-t-il évacué deux jours plus tard  interrogé par la radio France Bleu Drôme Ardèche, d’où il est originaire. « Je ne réponds pas aux réseaux sociaux », a-t-il également lancé. Pourquoi ?

La polémique est née d’un cliché publié sur Twitter dès mercredi par un journaliste de Sud Ouest : on y voyait Didier Guillaume assis au premier rang au côté du maire UDI de Bayonne, Jean-René Etchegaray, et de Jacqueline Gourault, ministre MoDem. Six mille personnes étaient présentes ce soir-là dans les arènes de Bayonne pour acclamer Daniel Luque (considéré comme l’un des meilleurs matador encore en piste), et le voir affronter six taureaux. Ces derniers ont bien été mis à mort et le torero est reparti avec quatre oreilles et une queue. Applaudissements.

Au-delà du scandaleux et de l’écœurement!

« Aucune limite dans l’indécence », a commenté la Fondation Brigitte Bardot, qui rappelle que le ministre de l’Agriculture a fait de la « lutte contre la maltraitance animale » une priorité de son action. « C’est au-delà du scandaleux et de l’écœurement! », a sobrement ajouté l’association.

Sur Europe 1, le porte-parole de la Fondation, Christophe Marie, indique que Brigitte Bardot va demander à Edouard Philippe de retirer la responsabilité de la « protection animale » du maroquin de M. Guillaume. Même ligne pour le collectif L214, qui diffuse régulièrement des vidéos pour dénoncer la maltraitance animale. Sa co-fondatrice, Brigitte Gothière, a ainsi demandé sur BFMTV à ce que ce sujet soit « sorti du ministère de l’Agriculture ».

Plusieurs élus politiques condamnent également les deux ministres macronistes. A commencer par les écologistes : « Didier Guillaume ‘’s’en branle’ » de la souffrance animale! Lamentable! » a commenté, tout en nuances, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot. « Le ministre ne peut pas défendre la cause animale et d’un autre côté s’asseoir dans une arène de corrida, se divertir face à la torture d’un être vivant, sensible et innocent », a ajouté sa collègue écologiste Karima Delli. « En assistant à une corrida, Didier Guillaume affiche son mépris pour la condition animale », a ajouté Manuel Bompard, chef des élus Insoumis au Parlement européen. 

 Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, Didier Guillaume déclarait: « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Que voit précisément le ministre du « bien-être animal » quand il se régale de la mort du taureau ?

A demain @jynau

Cannabis tricolore ? Au pied du Tourmalet, Emmanuel Macron n’ose ni le oui ni le non

Bonjour

Gouverner c’est, parfois, ne pas mentir. C’est aussi se faire filmer et ne pas répondre aux questions que l’on ne devrait pas vous poser. La France entière le sait : Emmanuel Macron jouait au pseudo-régional de l’étape du Tour, samedi 20 juillet, à Bagnères-de-Bigorre. Sourire éclatant et bain de foule virevoltant, spontané, improvisé. Le président de la République française, confiant, avait « demandé à son équipe de sécurité d' »ouvrir les barrières » afin de laisser les Français s’approcher de lui » (sic). 

Les citoyens français, rapportent les envoyés spéciaux des gazettes sportives et politiques ont « sauté sur l’occasion pour interroger Emmanuel Macron sur différents sujets ». « De l’affaire François Goullet de Rugy à celle de la disparition de Steve Maia Caniço à Nantes, les Français n’ont pas laissé de répit au Président, rapportent les journalistes (dont celui de La Libre Belgique). Mais une question n’est pas passée inaperçue. Un passant a ainsi questionné le chef d’Etat français sur… la légalisation du cannabis. » Une aubaine pour buzz. Echange  

« – Emmanuel Macron (jouant l’interloqué) : Vous seriez pour, vous ?

Le jeune français (nullement démonté) : – Je serais pour, parce que ça ferait plus de boulots pour les gens … Le  pays est en crise.

Emmanuel Macron : C’est vrai. Mais je ne vais pas vous mentir, même si on légalisait le cannabis, cela ne créerait pas des dizaines ou des centaines de milliers d’emplois ». 

Puis le Président a ainsi présenté « plusieurs alternatives » au jeune français, désireux de travailler – comme les secteurs de la restauration et du bâtiment. Mauvaise pioche : « Je ne trouve justement pas d’emploi dans le bâtiment » a conclu l’interlocuteur du chef de l’Etat.

Pour le reste ce fut une bien belle étape que la 14ème. Elle conduisit le Président, le Maillot Jaune, les coureurs et la caravane réduction des risques depuis Tarbes jusqu’au col du Tourmalet (117,5 km) : 1. Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) en 3h10’20 » 2. Julian Alaphilippe (Deceunick-Quick Step) + 6 » (…). Classement général : 1. Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) en 56h11’29 » (…).

Le Tour quittera bientôt les Pyrénées. Rendez-vous sur les Champs-Elysées, à l’ombre du Palais de l’Elysée.

A demain @jynau

Scandale américain des opiacés : représentation de Tartuffe au Louvre, salle des Antiquités

Bonjour

De l’intérêt de l’adhésivité enrubannée. Mercredi 17 juillet, un journaliste de l’Agence France Presse a pu constater que les panneaux de plusieurs salles du Louvre consacrées aux Antiquités orientales étaient recouverts de morceaux de ruban adhésif pour masquer la mention « aile Sackler », encore gravée sur les plaques. Contactée, la direction du célèbre musée n’était pas en mesure de préciser quand ce masque avait été posé.

« Sackler » :  patronyme de riches mécènes américains accusés, via leur firme pharmaceutique Purdue Pharma d’être directement et gravement impliqués dans ce qu’il est convenu d’appeler la « crise des opiacés » aux Etats-Unis -un scandale sanitaire majeur sur fond de commerce massif de puissants antalgiques addictifs..

Or cette section du Louvre arborait le nom de cette famille américaine depuis un don que cette dernière avait fait en 1996. Le 1er juillet dernier l’association américaine PAIN (acronyme de « Prescription Addiction Intervention Now », « Intervention contre l’addiction aux prescriptions maintenant ») organisait une manifestation devant le Louvre pour  réclamer à la direction de débaptiser cette aile. Menée par la photographe Nancy Goldin, ancienne accro aux antidouleurs, l’organisation milite pour inciter les institutions culturelles à s’éloigner de la famille Sackler, au vu de son rôle dans la crise des opioïdes responsable de dizaine de milliers de morts aux Etats-Unis.

Le président du Louvre, Jean-Luc Martinez, a réagi sur RTL en expliquant que le musée n’a « pas à débaptiser ces salles puisqu’elles ne portent plus le nom de Sackler » : les règles internes à l’institution prévoient que le « nommage » d’une salle dure « vingt ans » maximum, avait-il expliqué. Le nom Sackler ne serait donc plus associé au Louvre, selon lui, depuis 2016. Le musée aurait-il oublié d’effacer les mentions « aile Sackler » sur ses panneaux depuis trois ans ? Interrogé à ce sujet, à tout autre commentaire la direction du musée s’est refusée.

Quirrons le Louvre. Quelques pas et voici la Comédie française. Chef d’œuvre, Acte III, scène 2.

« (…) Tartuffe, tirant un mouchoir de sa poche.

 Ah ! mon Dieu ! je vous prie,
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

Dorine

Comment !

Tartuffe

 Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées. (…) »

A demain @jynau