L’affaire E 171 : cet additif alimentaire blanchissant pourrait (peut-être) être dangereux

 

Bonjour

Le citoyen doit-il être informé de tous les risques auxquels il est (potentiellement) exposé ? Le politique doit-il sans cesse montrer les coulisses, ouvrir ses parapluies, se protéger de tout au risque d’affoler sans raison ? Quant aux médias doivent-ils se borner à jouer le porte-voix du politique, à amplifier l’émotion affolée du « grand public » ? Toutes ces questions sont au cœur de l’affaire E 171.

Le E 171 ( ou « dioxyde de titane ») est une substance naturelle que l’on peut trouver (non sans difficultés) présent sous la forme de rutile. Il a été décrit par Abraham Gottlob Werner en 1803. « Rutile » car  rutilus, rouge, en référence à sa couleur rouge profond observée dans quelques spécimens par lumière transmise. Le rutile est depuis longtemps utilisé comme pigment et opacifiant pour toutes sortes de substances : peinture (le célèbre blanc de titane), mais aussi comme agent opacifiant pour toutes les teintes ; papier ; plastiques ; céramiques ; médicaments ; dentifrices ; chewing-gums ; fromage industriel ; pâtisserie ; confiserie ; crème solaire ; produits cosmétiques, etc.

Il y a onze ans (en mars 2006) le Centre international de recherche sur le cancer a classé le dioxyde de titane « cancérogène possible » pour l’homme.

« Chez le rat exposé au TiO2 nanoparticulaire par instillation intra-trachéale, intra-nasale ou plus par inhalation, un impact toxicologique pulmonaire à long terme a été observé, avec « saturation de la clairance pulmonaire accompagnée d’une inflammation pulmonaire chronique, de la production d’espèces réactives de l’oxygène, d’une diminution des mécanismes de défense, d’une altération des cellules, d’une prolifération cellulaire et d’une fibrose .»

Onze ans plus tard

Onze ans plus tard le gouvernement français saisit l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur la base des conclusions d’une étude de l’INRA 1. Voici les explications des ministères de la Santé et de l’Agriculture :

« Une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) menée sur des animaux et publiée aujourd’hui montre que l’exposition orale au dioxyde de titane (E 171), additif utilisé notamment dans l’industrie agroalimentaire, est susceptible d’entraîner des effets sur la santé.  À ce stade, les résultats de l’étude ne permettent toutefois pas d’extrapoler ces conclusions à l’homme.

Au regard des conclusions de cette étude, les ministères chargés de l’économie, de la santé et de l’agriculture ont décidé de saisir conjointement l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) afin de déterminer si l’additif alimentaire E171 présente un éventuel danger pour les consommateurs.

Cette saisine dont les résultats seront connus fin mars s’inscrit dans le cadre des travaux de l’agence déjà engagés à la demande du gouvernement le 17 octobre 2016 sur l’impact potentiel sur la santé des nanomatériaux présents dans l’alimentation de manière plus générale. »

Blanquettes

Le citoyen n’en saura pas plus. S’il est inquiet du « plus blanc que blanc » il découvrira, sur internet, que le dioxyde de titane est présent dans de nombreux  bonbons et chewing-gum (marques Jelly BeanM&M’sSkittles AirwavesFreedent,  Hollywood, Malabar etc.) mais aussi dentifrices « blancheur » et peut-être même des gélules de Doliprane. Jusqu’à la blanquette de veau « William Saurin ».

Et après ?  Le citoyen doit-il être informé de tous les risques auxquels il est exposé ? Dans l’attente des prochains résultats il est recommandé de confectionner soi-même ses blanches blanquettes.

A demain

1 « Additif alimentaire E171 : les premiers résultats de l’exposition orale aux nanoparticules de dioxyde de titane » Communiqué de presse de l’INRA, 20 janvier 2017. Les chercheurs démontrent schématiquement, chez l’animal in vivo, que le TiO2 franchit la barrière intestinale et passe dans le sang.

Vivre à proximité des grosses artères routières pourrait conduire à la démence. Pourquoi ?

 

Bonjour

« La pollution accroît le risque de démence » titre Le Monde de ce 6 janvier. C’est un raccourci que l’on accusera d’être excessif. Ainsi, souvent, en va-t-il avec les titres-choc. Le Figaro est plus prudent qui parle de lien fragile. La BBC est plus près de la vérité scientifique : « Dementia rates ‘higher near busy roads’ ». Pour notre part nous avons développé le sujet, sur Slate.fr :   « Vivre à proximité d’une route surchargée augmente les risques de démence ».

Il faut ici bien s’entendre sur la définition de la démence. Non pas la « folie » (l’«aliénation mentale ») mais bien la réduction progressive et handicapante des capacités intellectuelles. C’est elle qui est au cœur d’une vaste étude menée auprès de 6,6 millions de personnes vivant dans l’état canadien de l’Ontario.  Dirigés par le Pr Hong Chen (Institute for Clinical Evaluative Sciences, Toronto) les auteurs publient leur travail dans The Lancet.

Stress ou pollution

Plusieurs travaux épidémiologiques précédents avaient déjà mis en lumière une possible corrélation entre le fait de vivre à proximité immédiate d’un fort trafic routier et la survenue de pathologies neurologiques dégénératives comme la démence mais aussi la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques. On évoqua alors les possibles effets chroniques de la pollution atmosphériques et /ou le stress induit par le bruit incessant du trafic. Financés par des fonds publics canadiens les chercheurs de Toronto ont voulu aller plus loin dans l’analyse de ce phénomène.

On lira, dans The Lancet ou sur Slate.fr les détails de ce travail mené de 2001 à 2012 auprès d’une population d’environ 6,6 millions de personnes âgées de 20 à 85 ans vivant en Ontario. L’analyse des données ainsi recueillies permet d’affirmer que le risque de démence diminue avec l’éloignement du trafic : il est de 7% plus élevé chez les personnes vivant à moins de 50 mètres, pour passer à une élévation de 4% entre 50 et 100 mètres puis à 2% entre 101 et 200 mètres. Aucune augmentation statistique du risque de démence n’est plus observée au-delà de cette distance.

 « La croissance démographique et l’urbanisation font que beaucoup de personnes vivent désormais à proximité de routes à fort trafic et l’augmentation, même réduite, du risque de démence pourrait constituer un lourd fardeau de santé publique, prévient le Pr Hong Chen. Nous devons travailler pour comprendre la nature précise des liens pouvant expliquer ce phénomène. » D’autres spécialistes estiment que le constat ici établi suffit, d’ores et déjà, pour prendre des mesures.

Faiblesses

« Les élévations du risque mises en lumière par les auteurs (entre 2 et 7%) sont faibles, explique à Slate.fr le Pr Antoine Flahault, spécialiste d’épidémiologie (Université de Genève). Il faut rappeler qu’un « risque relatif » de 2 représente une élévation du risque de 200%, et que pour la relation entre tabac et cancer du poumon le risque relatif de 20 représente une augmentation de risque de 2000% ! Pour ma part je ne suis pas sûr qu’une seule étude épidémiologique comme celle-ci, détectant un risque faible, permette de conclure comme le font les commentateurs du Lancet. Le risque serait alors d’ouvrir la porte à des actions intempestives. »

Le Pr Flahault rappelle que les principaux facteurs de risque connus de démence sont les mêmes que ceux des maladies cardio-vasculaires. « Cette étude est-elle suffisante pour tenir compte des facteurs de confusion qui seraient eux-mêmes des facteurs de risque cardio-vasculaires ? On peut par exemple imaginer que les personnes  qui habitent dans les endroits plus reculés du Canada (les plus éloignés des grandes voies de communication) font davantage d’exercice physique, sont plus loin des fast-food…. Comme toujours, en présence de risques faibles, la première réaction qui s’impose me semble être la prudence dans l’interprétation, et la demande que ce type d’études soit reproduites ailleurs. »

Ce type de travail sera-t-il, un jour, conduit en France où l’application (politique) d’un principe de précaution (généralement mal interprété) précède le plus souvent l’évaluation (scientifique) du risque sanitaire. Ce serait, là aussi, un bon sujet d’étude. A mener dans le calme, loin des grosses artères.

A demain

 

Fragments de physiologie et d’éthologie pour ceux qui croient que le foie gras est une pathologie

 

Bonjour

Nous évoquions il y a peu la tribune d’un improbable collectif réuni par la détestation du foie gras de canard et, sans doute, d’oie : « Foie gras : Nagui et Marcela Iacub n’en veulent plus. Et ils réclament que nous n’en mangions pas ». Des précisions s’imposent 1. Elles nous sont apportées par le Pr. Gabriel Perlemuter. Membre de l’Académie nationale de médecine, il est chef du service d’hépato-gastroentérologie et nutrition de l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart et directeur de l’unité de l’Inserm « Microbiote intestinal, macrophages et inflammation hépatique ». C’est dire si sa parole fait autorité (du moins quand on reconnaît une légitimité aux experts).

Détestation

On peut partager la détestation des méthodes utilisées pour élaborer le foie gras et ne pas accepter les erreurs commises par ces militants «anti-foie gras français». Voici les explications du Pr Perlemuter :

 «Les affirmations des auteurs de cette tribune sur les oies et canards malades sont fausses. Ce n’est que du marketing pour faire avancer de façon mensongère une cause», «Les oies et les canards sont des animaux qui ont la capacité naturelle de faire de la stéatose (foie gras). Les Egyptiens l’avaient bien compris et les utilisaient déjà il y a bien longtemps.

 « Ces animaux font naturellement de la stéatose pour emmagasiner un stock d’énergie sous forme de graisse afin de pouvoir faire leurs grandes migrations hivernales, du Nord vers le Sud, en passant au dessus du Proche-Orient… et de l’Egypte. Ils consomment alors progressivement la graisse accumulée dans le foie pour ne pas avoir à atterrir et à s’alimenter. Il n’y a dans le foie de ces animaux ni inflammation, ni fibrose, ni cirrhose. D’ailleurs, les hommes et femmes qui font une stéatose sans inflammation ou fibrose n’ont pas de diminution de leur espérance de vie.»

Jésuites

Ainsi donc le foie gras n’est pas stricto sensu une maladie mais bien un état. Il faut ici faire la part entre la stéatose et la cirrhose hépatique qui est pathologique. On ne saurait goûter un foie cirrhotique. Il faut ajouter que s’intéresser à la stéatose des palmipèdes conduit à découvrir l’existence du zugunruhe, cette étrange  « agitation migratoire », sentiment d’anxiété qui apparaît chez les animaux migrateurs et que l’on retrouve lorsqu’ils sont en cage. Zugunruhe ? Le mot vient de l’allemand Zug : mouvement, migration et Unruhe : inquiétude, anxiété (lui-même venant de un : particule de négation et Ruhe : quiet, calme). En allemand, les oiseaux migrateurs sont nommés Zugvögel.

Où l’on voit que loin d’enfermer le foie gras peut, aussi, ouvrir sur de bien vastes horizons. Pour un peu un père jésuite pourrait soutenir que le gavage calme les anxiétés. Celle des migrateurs avant le grand voyage. Celles des humains lors des fêtes de famille. En toute hypothèse il exacerbe également les passions. «La seule chose sur laquelle je ne peux pas me prononcer est la souffrance animale éventuelle induite par le gavage», souligne le Pr Perlemuter. Qui le pourrait ?

A demain

1 « Non, Marcela Iacub, le foie gras n’a pas de maladie! » Slate.fr 24 décembre 2016.

Maladie de Lyme: et si elle était la petite cousine de la syphilis, cette «grande simulatrice» ?

 

Bonjour

Lyme : la reprise en main politique éteindra-t-elle la polémique ? Fera-t-elle au contraire flamber celle qui se développe  et s’amplifie en France autour de la maladie de Lyme. Comment calmer un jeu ? Peut-être en se nourrissant des conclusions de la séance consacrée à cet abcès, le 20 septembre dernier, par l’Académie nationale  de médecine. Ces conclusions viennent d’être rendues publiques. Les voici :

1 D’abord l’essentiel : au sens strict du terme la maladie de Lyme est une maladie infectieuse bien individualisée sur le plan microbiologique (Borrelia), épidémiologique, clinique, sérologique. Et ce si les tests permettant les diagnostics sont, à ce jour, imparfaits. Un autre acquis est que la sensibilité des Borrelia aux antibiotiques adaptés permet un traitement efficace – du moins à la condition de respecter posologies et durée, notamment dans les formes primaires. Pour l’Académie le célèbre « érythème migrant » est suffisant pour porter le diagnostic et la confirmation sérologique n’est pas nécessaire. Les formes secondaires (phase de dissémination du germe pathogène) comportent de façon variable des localisations neurologiques, articulaires, cardiaques et/ou cutanée.

2 Il ne fait aucun doute que des difficultés peuvent apparaître à la phase tertiaire (correspondant à une forme non diagnostiquée précocement et/ou non traitée, caractérisée par des signes le plus souvent objectifs cutanés, neurologiques ou articulaires). La réponse au traitement antibiotique est alors plus lente et plus aléatoire « en raison d’une participation immunologique à l’origine de la symptomatologie ».

3 Il ne fait aucun doute, non plus, que les controverses concernent surtout ce qu’il est désormais convenu de nommer un « Lyme chronique » : une phase tardive que l’Académie rapproche des phases tertiaires de l’infection. Elles sont caractérisées par des signes cliniques le plus souvent subjectifs et persistants (douleurs articulaires, musculaires, céphalées, asthénie, troubles du sommeil, perte de mémoire…). A ce stade ce sont des données sérologiques parfois positives, ailleurs incertaines, voire négatives, souvent polémiques qui conduiraient à incriminer la maladie de Lyme.

4 « Le débat se dégrade si l’on tente d’intégrer dans la maladie de Lyne des tableaux neurologiques s’apparentant à des scléroses en plaques (SEP), à des scléroses latérales amyotrophiques (SLA), ou même à la maladie d’Alzheimer – et ce que la sérologie soit positive, douteuse, voire négative… » observe l’Académie. Une observation qui suscitera l’ire de certaines associations.

5 Comment répondre à la question de fond concernant la responsabilité de l’entité maladie de Lyme dans les « formes chroniques » qui lui sont attribuées ? Pour l’Académie plusieurs éléments doivent être soulignés.

Il faut d’abord reconnaître le « polymorphisme » de cette maladie  qui en fait une infection complexe. Pour l’Académie on en peut pas ne pas faire un parallèle avec une autre spirochétose, la syphilis, cette « grande simulatrice » à laquelle l’Académie a consacré, en son temps, d’innombrables travaux et qui, sexe oblige, alimenta de considérables passions. Puis l’Académie entre dans le dur :

« Même si les Borrelia sont extra et intra cellulaires, susceptibles de se modifier, d’échapper partiellement au système immunitaire, même si des réactions immunes éventuellement excessives peuvent survenir dans ces ‘’formes tardives’’, on comprend mal pourquoi cette maladie infectieuse à germe sensible serait une exception, au point de nécessiter des mois de traitement ou davantage, des cures successives, ou des associations d’anti-infectieux avec des antiparasitaires ou des antifungiques ou avec des immunomodulateurs, prescriptions que certains préconisent. 

 « Les tests diagnostics sont certes imparfaits, mais la communauté internationale reconnaît la validité de certains d’entre eux, recommandés dans tous les pays, en Europe, y compris en Allemagne par les organismes officiels.

Il faut rappeler qu’une sérologie positive vis-à-vis d’un germe ne témoigne que d’un contact antérieur avec ledit agent infectieux mais qu’elle n’est pas obligatoirement le signe d’une maladie infectieuse évolutive. L’efficacité supposée des traitements prolongés ou associant diverses molécules n’a jamais été démontrée dans la littérature scientifique. A contrario, une récente étude néerlandaise parue dans The New England Journal of Medicine a montré l’inefficacité et même les dangers des traitements prolongés dans ces ‘’ formes chroniques’’. »

Essais cliniques

Progresser ? Pour cela il faut  poursuivre des recherches sur la responsabilité d’autres agents infectieux ; améliorer les tests de diagnostic ; mettre en place de protocoles thérapeutiques contrôlés contre placebo à partir de choix rationalisés de molécules avec des malades volontaires sélectionnés. Pour l’Académie cette démarche longue et difficile est à la fois raisonnable et éthique. Au vu de la nature et de l’intensité de la  polémique il n’est pas dit que la raison l’emportera de sitôt.

A demain

 

Les jouets en plastique PVC peuvent être mis à la bouche avant trois ans. Cela reste à confirmer

 

Bonjour

Sisyphe. C’est sans fin. Estampillé sans danger mais il faut encore le revérifier. Nous ne décelons aucun risque mais cela ne signifie pas que ce risque n’existe pas. Nous vivons dans un océan de dangers et la science ne peut tout éclairer.  Le gendarme scientifique et le méchant voleur de certitudes.

Exposition orale

Aujourd’hui  c’est l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) qui officie. Elle  publie les résultats d’une pénultième expertise : « sur les risques sanitaires liés à une exposition orale à plusieurs substances chimiques présentes dans des jouets et équipements en matière plastique, pouvant être mis à la bouche par des nourrissons et des enfants de moins de 3 ans ».

Des essais de composition ciblant des phtalates et substituts ont été réalisés par la DGCCRF, dans un échantillon de jouets et d’équipements pour enfants (bavoirs, anneaux de dentition, sucettes). Ils ont été suivis d’essais de migration dans un simulant de salive. Ces essais ont été complétés par une mesure de l’activité endocrinienne du liquide de migration.

Chaud-froid

D’abord rassurante : « L’Agence ne met pas en évidence de risque pour la santé des enfants pour quatre des substances étudiées qui sont des substituts de phtalates (DINCH, DEHTP, ATBC et TXIB) ».

Puis précautionneuse : « L’Agence recommande toutefois qu’une évaluation des risques soit conduite systématiquement, préalablement  à leur mise sur le marché, pour toute substance nouvelle entrant dans la composition des plastiques utilisés dans les jouets et équipements destinés aux enfants. »

Et rassurante pour des lendemains qui seront moins incertains : « L’Agence engagera prochainement une évaluation des risques sanitaires cumulés liés à l’exposition des enfants à certains phtalates classés toxiques pour la reproduction, prenant en compte plusieurs voies d’exposition (articles de consommation, air, poussières, alimentation, etc.). » Que ferions-nous sans l’Agence ? Avec quoi jouerions-nous avant l’âge de trois ans ?

Le contexte :

« Plusieurs études fondées sur l’observation du comportement des enfants de 0 à 36 mois montrent que le plastique est le matériau le plus couramment mis en bouche, suivi par les textiles. De plus, les jouets en matière plastique représentent la majorité des jouets achetés en France. Le polychlorure de vinyle (PVC) représente l’une des matières plastiques les plus utilisées dans le domaine des jouets et les plastifiants les plus utilisés dans le PVC sont les phtalates [souligné dans le communiqué de presse].

« L’exposition à de multiples substances chimiques présentes dans des produits de consommation, pendant les périodes critiques du développement de l’enfant (période périnatale, petite enfance), est évoquée parmi les hypothèses qui permettraient d’expliquer l’augmentation de l’incidence de certaines pathologies telles que l’obésité, les troubles neuro-développementaux, des effets sur l’appareil reproducteur, etc. [relire cette phrase]. Les enfants, en particulier ceux âgés de moins de 36 mois, constituent une population particulièrement vulnérable. »

Information

C’est ainsi, suite à l’interdiction de certains phtalates toxiques utilisés dans les jouets que l’Agence s’était autosaisie du sujet. Et qu’elle continuera à le faire pour évaluer au plus fin « les risques sanitaires liés aux substituts de ces substances présents dans des jouets et équipements en matière plastique, destinés à des nourrissons et des enfants de moins de 3 ans ». Aucun conseil n’est donné pour les matériaux des ustensiles et jouets pouvant raisonnablement être mis à disposition.

Voilà les parents informés. Ils ne pourront, demain, accuser l’Agence.

 

A demain.

 

Maladie de Lyme: que faire contre «le sentiment d’abandon» et «l’errance thérapeutique» ?

 

Bonjour

« Il est des maladies qui frappent les esprits plus que d’autres. La maladie de Lyme appartient à cette catégorie de maladie. On peut même dire qu’elle s’inscrit dans un phénomène de société, à tel point que certains patients se la sont appropriée et en font une cause qui pourrait expliquer nombre de leurs maux ». 1

C’est un abcès qui inquiète le politique et rien ne dit qu’il sera crevé par Marisol Touraine. La ministre de la Santé a, ce 29 septembre, présenté aux « associations de défense des malades » son « Plan national de lutte contre la maladie de Lyme et les maladies transmises par les tiques ». On trouvera ici la synthèse dudit Plan. A dire vrai rien n’est chiffré et rien n’est encore fait : une « concertation » est engagée avec ces associations sur les modalités de mise en œuvre des mesures.  La ministre :

« Ce plan vise à éviter le sentiment d’abandon et l’errance thérapeutique auxquels sont confrontés des malades de Lyme. Il permet de mieux comprendre la maladie, de soigner plus efficacement les patients et de mobiliser tous les outils disponibles pour prévenir la maladie. »

Panneaux pour promeneurs

On notera dans les mesures : installation par l’Office national des forêts (ONF) et « Santé publique France » de panneaux d’information pour les promeneurs et les randonneurs à l’entrée des forêts ;  mise en place d’une application sur « smartphone » permettant de signaler la présence de tiques (à l’instar du dispositif existant pour les moustiques) ;  amplification des actions d’information à destination de la population, et de formation des professionnels de santé, sur les maladies transmises par les tiques (affiches, dépliants, etc.).

Ce Plan entend améliorer le diagnostic et la prise en charge des malades pour mettre fin à « l’errance médicale »:

« Mise à disposition des médecins d’un bilan standardisé décrivant la liste des examens permettant un diagnostic complet chez toute personne présentant des symptômes évocateurs ;  mise en place d’un protocole national de diagnostic et de soins (PNDS), élaboré en lien avec les associations, pour assurer une prise en charge standardisée et remboursée des malades sur l’ensemble du territoire ;  ouverture en 2017 de centres de prise en charge spécialisés, regroupant toutes les spécialités impliquées : ces centres seront également un lieu de formation des professionnels. »

Impasses de la désespérance

Ce Plan national va encore « encourager » (sic) la mise en place d’une cohorte, constituée des patients suivis dans les centres de prise en charge spécialisés, pour améliorer les connaissances scientifiques sur la maladie ;  développement de recherches autour du diagnostic par l’Institut Pasteur. Il y aura aussi la conduite de recherches approfondies dans le cadre d’« OH ! TICKS » (sic) – un  programme visant à mieux connaître l’ensemble des maladies transmises à l’homme par les tiques, à identifier les symptômes cliniques et à fournir des outils pour une meilleure prise en charge des malades.

Est-ce ainsi qu’on lutte contre ce qui est présenté comme un « sentiment d’abandon » ? On peut malheureusement redouter que non. Le Plan national prend d’autre part bien garde d’affronter la grande question sous-jacente à l’errance thérapeutique : celle de savoir si la maladie de Lyme chronique existe 1 ou si elle est une construction physio-psycho-pathologique  ne pouvant conduire qu’aux impasses de la désespérance ?.

A demain

1 Sur ce thème il faut impérativement lire, dans le dernier numéro (septembre 2016) de La Revue du Praticien : « La maladie de Lyme chronique existe-t-elle ? » de Yves Hansmann yves.hansmann@chru-strasbourg.fr (Service des maladies infectieuses et tropicales, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Strasbourg)

 

Poisons et toxiques dans les aliments pour les tout-petits ? Un bilan moins figue que raisin

 

Bonjour

Bonne nouvelle. Le Parti Communiste Français n’est plus ce qu’il a été ; mais on peut juger le bilan dressé « globalement positif ». Nous disposons enfin, ce 28 septembre 2016, de la première photographie officielle des « expositions alimentaires » des enfants de moins de trois ans. Ces données sont disponibles sur le site de lAnses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

Il s’agit ici de l’Etude de l’alimentation totale infantile (EATi) qui couvre en plus de 95 % du régime alimentaire des tout-petits. Près de 670 substances ont été analysées. « Cette étude confirme le bon niveau de maîtrise sanitaire au regard des valeurs toxicologiques de référence, puisque pour la plupart des substances évaluées, le risque peut être écarté » rassure l’Anses.

Arsenic et nanoparticules

Pour autant certains points méritent selon elle une vigilance particulière : parmi les substances ou familles de substances pour lesquelles le risque n’a pu être écarté, seize nécessitent une réduction de l’exposition, dont neuf de manière prioritaire (des métaux lourds comme l’arsenic ou des polluants organiques persistants comme le  PCB). 1 Prudente l’Anses recommande donc « des actions visant à diminuer l’exposition de la population infantile à ces substances ».

Elle souligne aussi la nécessité d’étudier le risque lié aux préparations à « létat nano-particulaire » – et  engagera prochainement un travail d’évaluation des risques concernant les « nanomatériaux » présents dans l’alimentation, chez l’enfant comme chez l’adulte.  Il faut aussi compter avec la question des effets de type « perturbateurs endocriniens » des substances chimiques, c’est également un « défi majeur » dans l’évaluation de risques liés à l’alimentation.

« Préparations infantiles » …

Ce n’est pas tout : l’Agence rappelle qu’il ne faut pas introduire des aliments autres que les « préparations infantiles » avant l’âge de six mois et, par la suite, varier le régime alimentaire et les sources d’approvisionnement. De plus, l’Agence rappelle que seuls le lait maternel ou les « préparations infantiles » permettent de couvrir les besoins du nourrisson. Le « lait courant », quelle que soit l’espèce animale productrice, n’est pas adapté aux besoins nutritionnels des enfants de moins d’un an.

Bilan « globalement positif », donc, qui sera sans doute critiqué et noirci par les écologistes extrêmes. Reste, au moins, une question : que sont ces « préparations infantiles » que l’Anses impose aux parents dès lors que la maman n’allaite plus ? Et que faut-il entendre par « lait courant » ? Il serait bon que l’Anses éclaire ici les parents. Interrogée, l’Agence répond:  les «préparations infantiles»  sont « le lait premier âge avant 6 mois et le lait deuxième âge, de 6 mois à un an ». Quant au «lait courant»  c’est, tout bonnement, le lait de vache (ou de chèvre) qui n’est pas adapté aux besoins nutritionnels des enfants de moins de 12 mois.

A demain

1  Il s’agit de substances « pour lesquelles un nombre non négligeable d’enfants présente une exposition supérieure aux valeurs toxicologiques de référence » : arsenic inorganique, plomb, nickel, PCDD/F, PCB, mycotoxines T-2 & HT-2, acrylamide, déoxynivalénol et ses dérivés et furane.. Pour sept autres substances, notamment l’aluminium, le cobalt, le strontium, le méthylmercure, le sélénium, le cadmium et la génistéine chez les consommateurs de soja, le risque ne peut être écarté.

L’exposition à certaines de ces seize substances avait déjà été jugée préoccupante lors de travaux antérieurs de l’Agence. Par ailleurs, douze minéraux d’intérêt nutritionnel ont été analysés. Les résultats montrent que la couverture des besoins nutritionnels est globalement satisfaisante. Toutefois on observe des insuffisances d’apport pour le zinc, le calcium et le fer ou des excès d’apport pour le zinc et le calcium en fonction de l’âge de l’enfant.