Cigarette électronique soluble dans le capitalisme (à propos de British American Tobacco) ?

Bonjour

Morale et business. Faut-il avoir « honte » de travailler pour Big Tobacco au même titre qu’il faut, aujourd’hui, avoir « honte » de prendre l’avion 1 ? Ce n’est pas une nomination comme les autres. Elle survient chez British American Tobacco (BAT) 2 : l’annonce de la nomination, le jour même, de Mauricio Lara-Ferez au poste de Directeur Général France. Il occupait depuis 2016 les fonctions de Directeur Marketing de BAT France et Europe de l’Ouest.

« Diplômé du Monterrey Institute of Technology and Higher Education, Mauricio Lara-Ferez a commencé sa carrière professionnelle en 2000 au Mexique au sein du département Marketing du groupe Unilever. En 2009, il rejoint BAT Mexique en tant que Directeur du Développement Marketing puis Directeur de Marque. De 2013 à 2016, il occupait les fonctions de Directeur Régional du Planning Stratégique de BAT Europe de l’Ouest. Cette nomination fait suite au départ de Richard Bakker du poste de Directeur général de BAT France et Europe de l’Ouest et dont les nouvelles fonctions au sein de BAT seront annoncées prochainement. »

Mauricio Lara-Ferez a déclaré : «Je suis très honoré et enthousiaste à l’idée de relever de nouveaux défis en qualité de Directeur Général France. La filiale française du groupe BAT est engagée dans une dynamique très positive. Elle dispose de marques de cigarettes fortes et elle est récemment devenue n°1 de la cigarette électronique en France chez les buralistes grâce à sa marque VYPE. J’entends poursuivre la stratégie engagée par mon prédécesseur».

Au-delà de ses responsabilités en matière de développement commercial, Mauricio Lara-Ferez sera également chargé de mettre en avant la contribution de BAT sur d’importants sujets de débat public parmi lesquels : trajectoire fiscale sur les produits du tabac, lutte contre la contrebande, traçabilité, accompagnement des buralistes dans leurs projets de transformation, mise en place de mécanismes de lutte contre la pollution générée par les mégots de cigarettes, développement de la cigarette électronique en tant qu’alternative à la cigarette combustible dans une perspective de santé publique.

« Santé publique ». Un siècle plus tard Big Tobacco découvre que ce concept existe. Ce qui donne, chez lui : « Transforming Tobacco ». Où l’on peut lire ceci, en note du communiqué de nomination :

« Pour la première fois dans l’histoire, les innovations technologiques, les transformations sociétales et l’importance croissante des enjeux de santé publique convergent pour permettre à une opportunité unique de se concrétiser : proposer aux consommateurs des alternatives crédibles et efficaces au tabac combustible, avec un risque potentiellement réduit sur la santé (tabac à chauffer, vapotage, produits nicotiniques…). BAT est résolument engagée dans cette transformation historique. »

 Business as usual entrelardé de morale et de publicité. Pour un peu on applaudirait devant tant de plasticité incluant la cigarette électronique. Les avionneurs parviendront-ils à réaliser un tel exploit face au réchauffement climatique ?

A demain

@jynau

1 Dutheil G « Le mouvement ‘’la honte de prendre l’avion’’ inquiète le secteur aérien. Les compagnies, réunies ce week-end en Corée du Sud, s’inquiètent de l’« aviation bashing » et de l’instauration d’une taxe pour lutter contre le réchauffement climatique. » Le Monde du 3 juin 2019

2 La firme se présente ainsi : « British American Tobacco (BAT), entreprise fondée en 1902, est la seconde plus grande entreprise de tabac manufacturé au monde en parts de marché. Ses marques sont vendues dans plus de 200 pays. Sa filiale française, British American Tobacco France emploie près de 250 collaborateurs à travers le pays. Son activité comprend le soutien commercial, la vente et la distribution des produits du tabac du Groupe BAT sur le territoire national ainsi que ses gammes innovantes de produits de vapotage. » 

Quatre poumons, 160 000 euros : l’Etat est-il coupable de la pollution que nous respirons ?

Bonjour

Jusqu’où remonter dans l’enchaînement des responsabilités ? « C’est une première » annonce Le Monde (Stéphane Mandard). Mardi 28 mai, au tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’Etat est poursuivi pour son incapacité à protéger les citoyens contre la pollution de l’air. En clair : visé par un recours pour « carence fautive » parune mère et sa fille âgée de 17 ans, toutes deux atteintes de pathologies respiratoires importantes.

Pendant une vingtaine d’années, Farida a vécu à Saint-Ouen coincée entre le périphérique et deux avenues fréquentées. Elle souffre alors d’une toux persistante, de bronchites à répétition avec des signes d’asthme. Cures d’antibiotiques, douleurs, épuisement, arrêts de travail fréquents… sa vie est un calvaire. « Tous les jours, j’appréhendais, je regardais la qualité de l’air sur le site d’Airparif. Et si elle était vraiment très mauvaise, j’évitais de sortir », témoigne Farida dans un enregistrement sonore mis en ligne sur le site de l’association Respire, qui la soutient dans sa démarche, avec l’ONG Ecologie sans frontière.

Enfant la fille de Farida est une habituée des urgences pédiatriques et des séances de kinésithérapie respiratoire pour des bronchiolites. Puis, après l’âge de raison,  rhinopharyngites et crises d’asthme. Depuis qu’elle s’est installée avec sa fille à Orléans (sur « prescription médicale ») ces problèmes de santé ne seraient plus qu’un mauvais souvenir. Elles réclament aujourd’hui 160 000 euros d’indemnisation pour le préjudice qu’elles estiment avoir subi et dont elles tiennent l’Etat pour responsable. Pour Me François Lafforgue, leur avocat, la « carence fautive » de l’Etat est double : aucun dispositif efficace n’a été mis en place pour enrayer le phénomène de la pollution atmosphérique ni sur le long terme ni lors des pics de pollution.

Responsabilités et culpabilités

Et Me Lafforgue de rappeller que la France est en infraction avec le droit européen pour des dépassements répétés des normes sur la qualité de l’air. Visé par le recours de Farida et de sa fille, François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire soutient via son ministère que « l’Etat a pris toutes les mesures nécessaires, dans la limite des responsabilités qui lui incombent en la matière, pour ramener les concentrations de polluants en deçà des valeurs limites » fixées par la directive européenne sur la qualité de l’air, et que ces actions ont permis ces dernières années « une réduction » pour les PM10 et le NO2 en région parisienne.

Quant à la  Préfecture de police de Paris (Christophe Castaner), elle reporte la faute sur la victime, estimant que le dommage qu’elle a subi est « la conséquence directe et exclusive d’un choix strictement personnel ». Pourquoi ne pas quitter une ville polluée quand on se sait de constitution pulmonaire fragile ? Et de quel droit accuser l’Etat de sa propre incurie ?

Le droit, précisément. Pour le rapporteur public, avant de rendre son jugement, le tribunal doit vérifier si les troubles médicaux sont bel et bien dus à la pollution de l’air de Saint-Ouen. Relation de causalité ou simple corrélation. Que serait la justice sans la science et la médecine ?

Dans l’affaire Farida le tribunal administratif de Montreuil rendra son jugement dans une quinzaine de jours. Une cinquantaine d’autres recours ont été déposés pour les mêmes motifs par des victimes de la pollution de l’air à Paris, Lyon, Lille et Grenoble. Ils devraient être audiencés dans les prochaines semaines.

« La pollution, rappelle Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou)  est responsable de 48 000 à 67 000 décès prématurés chaque année en France – et de 4,2 millions dans le monde. D’après « The Lancet Planetary Health », il y aurait 4 millions de nouveaux cas d’asthme pédiatrique dans le monde liés à la mauvaise qualité de l’air. » Jusqu’où la justice française remontera-t-elle dans l’enchaînement des culpabilités ?

A demain

@jynau

Européennes, corrida, cirque et politique: le «Parti animaliste» égale le Parti communiste

Bonjour

27 mai 2019. Tête de liste absente des écrans, programme et score radicalement oubliés des commentateurs : le « Parti animaliste ».  « Parmi les petites listes, c’est celle qui a le plus créé la surprise, résume Le Monde (Mathilde Gérard). Sans avoir été invité à aucun des débats entre candidats organisés sur les principales chaînes télévisées, le Parti animaliste a recueilli, selon les résultats quasi définitifs, 2,2 % des suffrages exprimés en France aux européennes de dimanche 26 mai. C’est plus que la liste « Urgence écologie », de Dominique Bourg (1,8 %), l’ »Union populaire républicaine », de François Asselineau (1,2 %) ou « Lutte ouvrière » (0,8 %), et presque autant que les voix qui se sont portées sur le Parti communiste, emmené par Ian Brossat (2,5 %). »

« Parti animaliste » ? Il n’a que trois ans et double aujourd’hui le score obtenu aux élections législatives de 2017 (1,1 %)  – et ce en dépit de l’absence de la distribution de ses bulletins dans certains bureaux de vote. Tête de liste : Hélène Thouy, avocate au barreau de Bordeaux ; intervient et conseille des associations et des militants engagés pour la cause animale depuis une dizaine d’années ; co-fondatrice de l’association Animal Justice et Droit ; engagée dans la défense des droits de l’homme ; a présidé l’Institut de Défense des étrangers du barreau de Bordeaux.

Les intérêts des êtres dotés de sensibilité

Ce parti est soutenu par des « personnalités médiatiques » : une cinquantaine d’acteurs, animateurs, chanteurs, humoristes et inclassables  – Brigitte Bardot, Claude Lelouch, Laurent Baffie, Laura Smet, Virginie Lemoine, Anny Duperey, Dave, Stone … (et le Dr Colette Goujon, présidente du Comité de lutte contre la douleur du groupe hospitalier Henri Mondor) – ont signé une tribune appelant à « prendre le parti des intérêts des êtres sensibles » 1.

Programme : plus d’une centaine de mesures dans son programme, ciblant dans leur grande majorité la souffrance des animaux d’élevage – sans oublier la chasse, la corrida, les cirques ou les expérimentations scientifiques 1. « A Bruxelles, des organisations en défense de la cause animale se sont regroupées au sein d’une plate-forme, Eurogroup for animals, pour faire avancer leurs dossiers au sein du Parlement et de la Commission européenne, précise Le Monde.  Car c’est bien à l’échelon bruxellois que se jouent de nombreux dossiers affectant le bien-être animal, notamment à travers la politique agricole commune, mais aussi plusieurs directives déterminant les conditions de transport d’animaux d’élevage, ou les modalités de pêche, pisciculture ou d’expérimentation animale. »

Le score de la liste animaliste en France ne lui permet certes pas d’obtenir d’eurodéputé à Strasbourg, ni d’obtenir un remboursement de sa campagne. Mais en Allemagne,le Parti de la protection des animaux obtient deux sièges, tandis que la liste animaliste néerlandaise en occupera un, précieux.

Egaler le Parti communiste français …! Où l’on voit émerger en Europe, sur les décombres des partis antiques – et en marge des aspirations croissantes « écologiques »- une nouvelle idéologie, une idéologie de la « sensibilité ». A surveiller, comme le feu sous le lait.

A demain

@jynau

1 Extrait : « La soumission des animaux au régime des choses est entrée en crise parce qu’elle est entrée dans sa phase critique. Les efforts conjoints des filières, des lobbys et du marketing n’y pourront rien. Car, il faut insister, cette critique n’est pas le fait récent des « vegans » ou des « antispécistes », comme eux-mêmes, les médias ou leurs adversaires se plaisent à les appeler. Ces personnes forment la crête d’une vague bien plus large, qui porte une inquiétude contemporaine que nul n’exprima mieux que le philosophe Jacques Derrida. En 2001, il écrit : « Cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée, en fait ou en droit. Elle se trouvera de plus en plus discréditée. Les rapports entre les hommes et les animaux devront changer. Ils le devront, au double sens de ce terme, au sens de la nécessité “ontologique’’ et du devoir “éthique’’».

Le couple crise/critique traverse notre époque à la manière d’une lame de fond : elle vient des profondeurs. Le caractère virtuellement interminable de l’exploitation animale, que nos moyens scientifiques et techniques rendent désormais possible, tient dans le fait que le « stock » détruit est aussitôt renouvelé, et ainsi de suite. L’animal n’a pas eu le temps de vivre qu’il est déjà bon pour l’abattoir. Faut-il rappeler que, par exemple, un poulet de chair n’est maintenu en vie que durant les 40 jours nécessaires à son engraissement ? (…) La condamnation des violences envers les animaux n’a cessé de jalonner l’histoire de la pensée. Elle est portée par les plus grands noms de notre culture philosophique et littéraire. Ils offrent à la voix de ceux qui défendent les animaux une épaisseur culturelle dont leurs adversaires n’aiment pas entendre parler. (…) »2 Sur ce thème : « Pourquoi ces deux millions d’animaux utilisés ‘’pour la recherche’’, en France, en 2017 ? » Journalisme et santé publique, 17 mai 2019

Comment faire un vrai tabac médiatique avec charcuterie, glyphosate, et viande rouge

Bonjour

Pierre Médevielle, 59 ans est depuis cinq ans sénateur (centriste) de la Haute-Garonne. Cet ancien maire de la commune de Boulogne-sur-Gesse, vice-président du groupe d’études Chasse et pêche est également vice-président (avec le célèbre mathématicien Cédric Villani)  de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Pierre Médevielle fut aussi pharmacien d’officine.

Depuis quelques heures l’homme a atteint la célébrité médiatique nationale. Tout simplement en violant l’embargo qui protégeait le rapport (rendu public le 16 mai) de l’OPECST – rapport qui traite, notamment, du célèbre glyphosate. Tout est écrit dans l’entretien que l’ancien pharmacien a accordé à La Dépêche (Lionel Laparade). Extrait :

« Dans notre rapport, nous avons relevé des points d’amélioration. [concernant le glyphosate] En Europe, l’évaluation, c’est un peu la foire d’empoigne. Si l’on veut progresser, il va falloir uniformiser les pratiques d’évaluation des dangers et du risque des substances. L’Agence européenne des produits chimiques et l’Agence européenne de sécurité alimentaire évaluent le danger des substances, or il y a une différence fondamentale entre le danger et le risque. Sur le glyphosate, on a fait des études de danger, point final. Alors certes, 117 autorisations de mises sur le marché de produits contenant du glyphosate ont été supprimées par l’ANSES. Mais c’était à une époque où la molécule était associée des co-constituants, la talowamine par exemple, extrêmement toxique en milieu aquatique.

« Je veux aussi souligner que l’on épand de moins en moins de glyphosate et que l’herbicide reste une charge pour l’agriculteur : croyez-vous qu’il peut aujourd’hui se permettre le luxe du gaspillage ? Je voudrais que l’on puisse débattre sereinement et que chacun retrouve ses esprits… Évitons d’interdire des substances avant de disposer d’éléments scientifiques. Et quand les preuves sont là, comme pour les néonicotinoïdes, agissons. C’est ce que nous avons fait avec Chantal Jouanno en réclamant leur interdiction. »

Ne pas se hâter d’interdire le glyphosate ?

« Je serai parmi les premiers à réclamer son interdiction dès que les preuves scientifiques de sa nocivité seront apportées. Or, à la question : Le glyphosate est-il cancérogène, la réponse est non ! Il est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge qui ne sont pas interdites. »

Sur quelles bases affirmer cela ?

« Sur la base d’études scientifiques ! Des études menées à l’Agence européenne de sécurité alimentaire de Parme, à Bruxelles, à l’ANSES, agence la plus performante en Europe et probablement au monde. Nous avons aussi en France un excellent système de pharmacovigilance mais que voulez-vous, nous vivons aujourd’hui dans un monde où tout est remis en cause, sans preuve, où un lanceur d’alerte peut, sur de simples allégations, jeter le discrédit sur toute la communauté scientifique…

« Nous prenons nos responsabilités. Ce rapport, nous le rendons à quatre parlementaires, sous l’égide de l’OPECST dont les membres sont tous des scientifiques. Je ne vois aucune raison pour laquelle nous prendrions notre part de l’hystérie collective suscitée par une molécule dont on affirme qu’elle est cancérogène alors qu’en réalité, elle ne l’est pas. Ou alors on devient tous fous… »

Colossale énormité

Comme prévu ces propos ont déclenché une vive polémique 1. « Pour le sénateur il n’existerait aucune étude scientifique montrant que le glyphosate est cancérogène ! C’est faire fi de la revue complète réalisée par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) en 2015. C’est faire également fi des études commanditées par l’industrie elle-même et qui montrent aussi le potentiel cancérogène du glyphosate, soutient Générations Futures. Le sénateur nous ressort le vieil argument utilisé par l’industrie selon lequel le glyphosate serait moins cancérogène que la viande. Totalement à côté de la plaque cet argument fait allusion au classement cancérogène de la viande rouge par le CIRC. Il vise à brouiller les cartes. » François Veillerette, le co-fondateur et porte-parole de l’ONG Générations Futures, interrogé sur France Info, a dénoncé une « contre-vérité, d’une énormité colossale au niveau scientifique ».

Propagande

José Bové a immédiatement dénoncé une « propagande »: « Cela fait partie des éléments de langage sortis régulièrement pour essayer de discréditer tous les rapports scientifiques. Ce n’est pas la première fois que cet office du Parlement défend des positions qui vont à l’encontre des faits scientifiques avérés » .

Quant au mathématicien macronien Cédric Villani, interrogé sur France Info, il s’est dit désolé de tels propos : « Je regrette que le sénateur Médevielle, en s’exprimant prématurément et sous une forme qui ne reflète pas le rapport, ait contribué à ajouter de l’huile sur le feu ».

Où l’on voit que manier la science la plus dure n’interdit pas d’user des vieilles métaphores. Et qu’il est toujours aussi compliqué de séparer le gentil bon grain écologique de la méchante ivraie politique.

A demain

@jynau

1 Gérard Longuet, président et Cédric Villani, premier vice-président ont apporté les précisions suivantes dans l’après-midi du 13 mai: « (….) Contrairement à ce qui a pu être indiqué, le rapport de l’OPECST ne se prononce pas sur la toxicité à long terme du glyphosate, qui doit être réexaminée par plusieurs agences d’évaluation européennes dans le cadre du processus de ré-autorisation du glyphosate à l’horizon 2022. Si la question du glyphosate est abordée dans le rapport, c’est pour mettre en perspective les différences d’appréciations entre le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et les agences d’évaluation, notamment l’EFSA, afin d’éclairer le public sur le contenu et la portée de ces divergences apparentes entre experts, mais pas de rouvrir le débat sur l’interdiction du glyphosate, qui a été tranché par le Gouvernement.

Extinction. Pourquoi tant de sang au Trocadéro ? Et ces pressions sur les journalistes ?

Bonjour

Connaissez-vous, né en Grande Bretagne, le mouvement Extinction Rebellion ? Il exige « la reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles » et « une communication honnête sur le sujet ». Mais aussi « la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025 ». Et encore « l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant ». Sans oublier « la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable ».

Des militants se réclamant de la branche française de cette mouvance ont déversé, dimanche 12 mai, du faux sang sur les marches du Trocadéro, à Paris. Vêtus de noir, jeunes gens pour la plupart, ils s’étaient munis de trois cents litres de « sang » – mélange de colorant alimentaire et de maïzena®. Puis ils ont déversé le rouge contenu de leurs bidons sous les yeux de nombreux touristes et des policiers présents dans le secteur.

Porteurs de grandes banderoles vertes « Extinction Rebellion » et d’un calicot noir « Stop à la 6e extinction de masse », ils se sont ensuite recueillis plusieurs minutes en silence – avant de commencer à éponger les marches innombrables.

A Bordeaux, six personnes se revendiquant du même mouvement ont été placées en garde en vue dimanche pour avoir participé à l’accrochage dans la nuit d’une grande banderole « Chirac reviens ! » sur des échafaudages de la Chambre de commerce et d’industrie, place de la Bourse, haut lieu touristique. Selon un organisateur, ce message visait d’abord à « interloquer les gens ».

Les six personnes ont été interpellées sur place pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » (celle des passants sous l’échafaudage et des policiers et pompiers intervenus sur les lieux). La banderole a, le lendemain, été retirée par les pompiers.

Fin (humoristique) du journalisme

Extinction Rebellion France s’est structuré ces derniers mois, sur le modèle de celui né à l’automne 2018 en Grande-Bretagne où il prône la « désobéissance civile non violente » pour contraindre gouvernants et responsables à répondre à la crise climatique et écologique. Le trois mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, ce mouvement organisait « les funérailles du journalisme » ; « action satirique et non violente » qui s’inscrivait  dans le cadre de : « La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet ». Humour :

« Nous avons la douleur de vous faire part de la disparition du devoir d’information des journalistes. Nous vous présentons nos sincères condoléances et vous convions aux obsèques du journalisme. Force est de constater que face à l’Urgence des défis environnementaux & sociaux, du dérèglement climatique, de l’extinction massive d’espèces, des risques d’effondrement de nos sociétés, … vous ne remplissez pas votre devoir d’information et ne respectez pas la charte de déontologie journalistique et la déclaration des devoirs des journalistes (Charte de Munich 1971). »

Et de réclamer aux médias quatre preuves d’engagement : une rubrique quotidienne quelques soient leurs supports (presse / radio / TV) ; un bandeau en couverture : « Urgence climatique, regardons la vérité en face » ; dossier spécial : état du monde & perspectives ; la signature d’une charte d’engagement de ‘’Journalistes Authentiques, Réalistes & Honnêtes’’. Est-ce là, toujours, de l’humour ? Ou les premiers symptômes d’un mouvement qui au nom des meilleurs raisons écologiques du monde, ne pourra qu’évoluer vers les menaces, la contrainte et les actions violentes médiatisées. Sur le modèle des vegans anti-bouchers.

A demain

@jynau

1er mai 2019. On ne plaisante plus : les moustiques tigre sont entrés dans Paris

Bonjour

C’est un nouveau rituel sanitaire : à la veille du 1er mai le ministère des Solidarités et de la Santé fait un point annuel sur l’implantation du « moustique-tigre » dans l’Hexagone. Cela donne : « Cartes de présence du moustique tigre (Aedes albopictus) en France métropolitaine ». Soit la progression sur notre sol d’un vecteur de pathogènes (dengue, chikungunya, zika) venu d’Asie. Informations délivrées au citoyen :

« Le moustique tigre est essentiellement urbain. Son caractère anthropophile (qui aime les lieux habités par l’homme) explique qu’une fois installé dans une commune ou un département, il est pratiquement impossible de s’en débarrasser : les départements dans lesquels le moustique tigre est implanté et actif, c’est à dire durablement installé et se multipliant sont classés au niveau 1 du plan national anti-dissémination du chikungunya, de la dengue et du Zika. A ce jour, aucun département classé au niveau 1 n’est redescendu aux niveaux 0a ou 0b (voit les cartes du site). Le niveau d’implantation du moustique tigre est déterminé par les experts des opérateurs publics de démoustication (OPD). »

Ainsi ce moustique tigre, arrivé en 2004 via les Alpes-Maritimes, est désormais durablement implanté dans plus de la moitié des départements français : 51 en 2018 contre 42 un an plus tôt. – dont Paris, avertissent les autorités sanitaires.

Repas sanguin

La capitale, jusqu’ici épargnée, fait désormais partie des zones où le moustique est « implanté et actif », tout comme la Seine-Saint-Denis, la Seine-et-Marne et l’Essonne. Sur les huit départements d’Ile-de-France, seul le Val-d’Oise est encore vierge de la présence de cet insecte, qui a été « détecté sporadiquement » dans les Yvelines. Autres nouvelles terres de conquête du moustique tigre :  la Charente-Maritime, la Côte-d’Or, la Loire, la Nièvre et le Puy-de-Dôme. On notera que l’Indre-et-Loire et ses châteaux sont, pour l’heure, indemnes.

Pourquoi ? Le réchauffement climatique et la multiplication des échanges internationaux favorisent l’expansion du territoire de cet insecte et des virus qu’il véhicule. Certes la seule présence du moustique n’entraîne pas nécessairement l’apparition des maladies dont il est vecteur. La contamination humaine survient lorsqu’un moustique tigre « sain » pique et se nourrit du sang d’une personne contaminée (notamment lors d’un séjour hors de France métropolitaine). L’insecte devient alors « porteur » du virus et peut, lors d’un nouveau repas sanguin, le transmettre à une personne saine n’ayant pas séjourné hors du territoire.

Les premiers cas de contamination autochtones sont apparus en métropole en 2010, avec deux cas de dengue dans les Alpes-Maritimes et deux cas de chikungunya dans le Var. Depuis, les autorités françaises ont comptabilisé 22 cas de dengue et 31 cas de chikungunya. En 2017 et 2018, elles ont par ailleurs observé 29 cas de contamination par le virus du Nil occidental, qui est quant à lui transmis par le moustique commun dans l’hémisphère Nord, le Culex pipiens.

L’heure est à la mobilisation citoyenne. Un portail en ligne (www.signalement-moustique.fr) ainsi qu’une application mobile, IMoustique (disponible sur l’AppStore et Google Play), permettent de signaler aux autorités les moustiques tigres. Et dans le même temps, comme rien n’est simple, il faut prendre garde aux répulsifs anti-moustiques.

A demain

@jynau

Justice : les médecines de la vigne ne seraient pas dangereuses pour les enfants des écoles

Bonjour

Cinq ans plus tard justice est dite. Et l’affaire apparaît aussi médiatiquement bruyante que, finalement, exemplaire. En mai 2014, des élèves d’une école primaire de Villeneuve-de-Blaye (Gironde) se plaignaient d’un cortège de symptômes : maux de tête et de gorge, picotement oculaires, nausées… Leur enseignante avait été hospitalisée et les enfants confinés dans l’école.

Hasard ou pas, ce jour-là, deux domaines viticoles voisins avaient traité leurs parcelles avec des fongicides. Y avait-il un lien ? Non, a répondu ce mardi 30 avril 2019 le tribunal correctionnel de Libourne, qui a relaxé les deux propriétés viticoles du Bordelais en appellation Côtes-de-Bourg : le Château Escalette (agriculture traditionnelle) et l’autre en agriculture biologique, le Château Castel La Rose.

« Les magistrats ont suivi les réquisitions du parquet qui, à l’audience du 20 mars, s’en était remis ‘’à la sagesse du tribunal’ mais avait estimé qu’’’aucun lien de causalité entre les malaises et les épandages’ n’a pu être établi » rapporte l’AFP.

En 2014 la Sepanso (Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) avait déposé une plainte contre X pour ‘’utilisation inappropriée de produits phytopharmaceutiques’’.L’émotion provoquée par cette affaire avait conduit à l’ouverture d’une enquête administrative de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt qui avait conclu qu’il n’était pas possible « d’attester formellement de la matérialité de l’infraction ». Le parquet de Libourne avait donc classé l’affaire sans suite en avril 2015.

La célèbre bouillie bordelaise

Mais les associations, ne lâchant rien,  avaient alors saisi la cour d’appel de Bordeaux – obtenant finalement le renvoi devant un tribunal. Et aux dires de France 3, la justice en venait à mettre en examen, en octobre 2016, les deux châteaux, poursuivis en tant que personnes morales. « Les moyens utilisés » lors du traitement des vignes « étaient manifestement insuffisants », avait alors estimé la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux pour motiver le renvoi en correctionnelle.

Le château en agriculture conventionnelle avait eu recours aux fongicides Eperon et Pepper, utilisés contre le mildiou et l’oïdium. Quant au Château Castel La Rose il avait eu recours à la célèbre « bouillie bordelaise », fongicide à base de cuivre et de chaux contre lequel les écologistes n’ont pas développé d’anticorps neutralisants.

« Dans cette affaire, les parties civiles reprochaient aux deux exploitations d’avoir procédé à des épandages ce jour-là dans des conditions inappropriées, les enfants pouvant être atteints en raison notamment des conditions de vent, rapporte encore l’AFP.  Pour MeFrançois Ruffié, avocat de l’association de défense de l’environnement Sepanso, ‘’ce qui définit l’infraction c’est l’utilisation de moyens appropriés pour éviter l’étalement du produit en dehors de la parcelle traitée’’. C’est donc sur ce point qu’il compte encore porter le fer et faire appel, estimant que ‘’cette décision est un très mauvais signal pour les excès de la viticulture’’, même s’il reconnaît ’qu’on ne peut pas faire de vin sans traiter la vigne’’.

Sans attendre que passe la justice la médiatisation de cette affaire cette affaire avait fait, rappelle Le Monde, que  l’Assemblée avait voté en juillet 2014 des mesures restreignant l’usage de pesticides près des « lieux sensibles », comme les écoles. Quant aux malaises des élèves et de leur maîtresse ils demeurent, cinq ans plus tard, dans les brouillards de l’étrange.

A demain

@jynau