Gilets Jaunes : quand Agnès Buzyn discourait sur l’ubérisation, et l’instrumentalisation

Bonjour

Voici un nouveau symptôme des bouleversements économiques et politiques du monde hospitalier. Il y a un mois un millier de « véhicules sanitaires » bloquaient le périphérique parisien pendant près de trente-six heures. La même colère s’exprimera à nouveau ce 3 décembre dans une capitale encore meurtrie par les scènes de guérilla urbaine d’avant-hier. Ce n’est là que l’un des aspects d’un dossier autrement plus compliqué. Explications.

« Depuis le 1er octobre, les transports médicaux inter-établissements, soit une charge annuelle de 125 millions d’euros, sont à la charge des hôpitaux et non plus de l’Assurance-maladie. « Cette disposition, dite de «l’article 80» de la loi de financement de la Sécurité sociale 2017 mais dont l’application a été reportée à 2018, ne vise pas le trajet du domicile du patient à un établissement de santé, mais bien le transport au sein d’un même établissement. Ou entre deux établissements, comme entre un hôpital et un centre de dialyse spécialisé , explique Le Figaro (Marie-Cécile Renault)C’est l’établissement prescripteur qui a désormais en charge l’organisation du transfert et doit attribuer les marchés de transport sanitaire, via des appels d’offres. »

« La réforme ne concerne que 5 % des 4,6 milliards d’euros de la dépense totale de l’Assurance maladie en matière de transport, ajoute Le Monde (François Béguin). Mais elle a cristallisé les inquiétudes d’une profession qui comptait près de 5 700 entreprises en 2015 et dont les trois quarts emploient moins de vingt salariés. » Ces petites entreprises redoutent que les hôpitaux fassent toujours appel aux mêmes sociétés : les « grands groupes » qui auront remporté les appels d’offres en cassant les prix.

On comprend la logique : « responsabiliser » les établissements de santé, grands prescripteurs de transports sanitaires, mais qui ne paient qu’une faible part de la dépense totale. «La réunion, au sein d’une même “main”, du payeur et du prescripteur, est indispensable pour responsabiliser les acteurs», indiquait l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans sa revue de dépenses des transports sanitaires 2016 – une recommandation déjà formulée par la Cour des comptes. L’IGAS évaluait ainsi à 250 millions d’euros les dépenses de transport intra-établissements de santé à leur seule charge, soit 10 % des dépenses totales de transfert sanitaire prescrites par ces mêmes établissements.

Inquiétudes des hôpitaux et des patients

« Mais les dirigeants de ces structures protestent et les quatre fédérations hospitalières (FHF, FHP, Fehap et Unicancer) demandent déjà le report de la réforme, souligne Le Figaro. ‘’Dans un contexte économique toujours plus difficile, les établissements de santé ne peuvent assumer de nouvelles responsabilités financières sans une visibilité suffisante sur l’impact de la mesure et sans la garantie d’une compensation complète’’, expliquent-elles. À titre d’exemple, cette réforme représenterait pour l’AP-HP de 20 à 40 millions d’euros en plus en 2019. »

Il faut aussi compter avec les inquiétudes des organisations de patients quant aux conséquences pour les personnes handicapées hospitalisées en soins de suite et de réadaptation. Trois associations (AFM-Téléthon, APF France handicap et France Assos santé) ont ainsi alerté Agnès Buzyn et Sophie Cluzel, nouvelle  secrétaire d’État aux Personnes handicapées. Inquiétude également chez France Rein, qui rappelle que 43.000 patients dialysés doivent se rendre trois fois par semaine dans un centre spécialisé.

Toutes ces inquiétudes furent d’emblée rejetées par la ministre des Solidarités et de la Santé. «J’ai été très vigilante à ne pas favoriser l’ubérisation et à protéger, contrairement à ce qu’ils peuvent penser , leur profession » a assuré la ministre à l’attention des ambulanciers, invitée  de l’émission Audition publique (Le Figaro/LCP/Public Sénat/AFP). (…) « Ce n’est pas de l’ubérisation, c’est de la rationalisation.»

C’était il y a un mois. La colère, alors, commençait à monte sur la hausse des prix des carburants à la pompe et que les Gilets Jaunes commençaient à émerger. Agnès Buzyn, alors, dénonçait une «instrumentalisation» : «Je n’entends pas beaucoup les Verts et les anciens du PS, qui prônaient plus d’écologie » accusait-elle. Et de rappeler que « la taxation de l’essence et du diesel est la seule façon de réduire la pollution ».

La ministre des Solidarités ignorait qu’un mois plus tard le monde aurait changé.

A demain

@jynau

Face à la paralysie des antibiotiques, que penser des phages thérapeutiques de Géorgie ?

Bonjour

16 novembre 2018. « Se soigner sans antibiotiques c’est possible ! » clame la manchette du Parisien (Elsa Mari). Qui ajoute : « Un traitement étonnant : la phagothérapie » Et Aujourd’hui en France de vanter les possibles mérites d’une thérapeutique « très répandue en Géorgie » et qui « apparaît comme une solution crédible ». Tout en mentionnant l’existence d’un circuit actif de tourisme médical (« Se soigner en Géorgie » 1).

Le cadre promotionnel est parfait avec la « Semaine mondiale pour le bon usage des antibiotiques » et les innombrables interventions médiatiques expliquant l’épuisement progressif de ces médicaments et la gabegie dont il font l’objet. Le Parisien :

 « Alors, dans ce tableau si noir, des patients se chuchotent un traitement de la dernière chance, miracle pour certains, la phagothérapie. De quoi parle-t-on ? De la médecine des phages, des virus naturels que l’on trouve partout, dans les sols, les eaux des lacs, des égouts et capables de manger les bactéries mêmes les plus coriaces, responsables d’infections des os ou des poumons. »

Médecine abandonnée

C’est aussi, un siècle plus tard, la redécouverte d’une approche pasteurienne. Et le quotidien de citer le Dr Alain Dublanchet, médecin microbiologiste :  « Avant d’être enterrée définitivement, en France, dans les années 1980, face au succès des antibios, elle avait guéri des milliers de patients. On avait des collections de phages dans les labos de Pasteur, tout a été jeté. On a abandonné cette médecine ». « En 2016, une société française est parvenue à fabriquer des phages de bonne qualité, testés, chez quelques malades graves principalement à l’hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon, en complément des antibiotiques, ajoute Le Parisien. La plupart souffraient d’infections très sévères. ‘’Sur les 5 traités, 4 n’ont plus de signe d’infection, se réjouit Tristan Ferry, chef du service adjoint adjoint au département des maladies infectieuses. C’est un énorme succès, on est dans un tournant de l’histoire de la phagothérapie’’. ».

Pourquoi ne pas importer les phages thérapeutiques de Géorgie ? Le Dr Caroline Semaille (Agence nationale de sécurité du médicament) explique n’avoir  « aucun moyen de connaître leur qualité ». « Si cette thérapie suscite encore beaucoup d’interrogations, elle est pleine d’espoir. Dès qu’il y aura une production plus importante, on délivrera des autorisations temporaires d’utilisation ».

 A demain

1 Site où l’on peut lire ceci :

« Puis-je être soigné par phagothérapie ? Contactez-nous, communiquez nous de quelle infection (bactérie) vous êtes atteint, et fournissez nous le plus d’informations possibles sur vos antécédents médicaux. Nous vous répondrons dans un premier temps pour vous dire si vous êtes a priori éligible à ce traitement. Si la réponse est favorable, nous vous ferons passer des tests pour trouver le phage virulent contre votre infection et vous soigner.

 « La phagothérapie est interdite en France, Parce qu’en dépit des recherches en cours qui lui sont toutes favorables (lisez les nombreux exemples, et visionnez les vidéos), cela ne rentre pas dans les cases administratives de nos pays occidentaux. La phagothérapie n’est pas un médicament, il n’y a qu’à se baisser pour trouver des phages, sa validation, non brevetable, couterait très cher sans rien rapporter!  »

Cancers et aliments biologiques : le dérangeant communiqué de la Recherche Agronomique

Bonjour

Refusant le conditionnel, le service de presse de l’Inra n’a pas résisté au point d’interrogation. Cela donne : « Moins de cancers chez les consommateurs d’aliments bio ? ». Et prenons le pari : c’est un communiqué de presse qui sera amplement repris. Comment pourrait-il en être autrement avec ce pitch :

«  Une diminution de 25% du risque de cancer a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio, par rapport aux personnes qui en consomment moins souvent. C’est ce que révèle une étude épidémiologique menée par une équipe de l’Inra, Inserm, Université Paris 13, CNAM, grâce à l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants de la cohorte NutriNet-Santé. »

L’affaire est aussitôt relayée par les militants de Générations Futures qui remplace le point d’interrogation par un autre, d’exclamation. « Une nouvelle étude INSERM/INRA montre que les consommateurs réguliers de bio ont un risque moindre de 25 % de développer un cancer par rapport aux non-consommateurs de produits bio ! ». Puis reprise par Le Monde (Stéphane Foucart, Pascale Santi) : « L’alimentation bio réduit de 25 % les risques de cancer. Selon une étude menée sur 70 000 personnes, la présence de résidus de pesticides dans l’alimentation conventionnelle explique ce résultat. »

Possibles biais

 Tout cela en plein Salon international de l’innovation alimentaire organisé à Paris.  Pourquoi, dès lors, aller plus loin que les titres ? Qui ira jusqu’à lire le travail scientifique qui justifie le communiqué de presse : The frequency of organic food consumption is inversely associated with cancer risk: results from the NutriNet-Santé prospective Cohort. JAMA Internal Medicine. 22 octobre 2018 (Julia Baudry, Karen E. Assmann, Mathilde Touvier, Benjamin Allès, Louise Seconda, Paule Latino-Martel, Khaled Ezzedine, Pilar Galan, Serge Hercberg, Denis Lairon & Emmanuelle Kesse-Guyot). Résumé de l’Inra :

 « Le marché des aliments issus de l’agriculture biologique « bio » connaît un développement très important depuis quelques années. Au-delà des aspects éthiques et environnementaux, une des principales motivations de consommation est le fait que ces produits sont issus de modes de production sans produits phytosanitaires et intrants de synthèse et pourraient donc s’accompagner d’un bénéfice pour la santé. Toutefois, les rares données épidémiologiques disponibles ne sont pas suffisantes à l’heure actuelle pour conclure à un effet protecteur de l’alimentation bio sur la santé (ou un risque accru lié à la consommation des aliments issus de l’agriculture conventionnelle). Si la manipulation des intrants chimiques, en particulier via une exposition professionnelle chez les agriculteurs, a été associée à un risque accru de pathologies (en particulier cancer de la prostate, lymphome et maladie de Parkinson), le risque encouru via les consommations alimentaires en population générale n’est pas connu.

 « Des chercheurs du centre de recherche en Epidémiologie et Statistiques Sorbonne Paris Cité (Inra/ Inserm/Université Paris 13/CNAM) ont mené une étude épidémiologique basée sur l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants (78% de femmes, âge moyen 44 ans) de la cohorte française NutriNet-Santé  1. Leurs données relatives à la consommation d’aliments bio ou conventionnels ont été collectées à l’inclusion, à l’aide d’un questionnaire de fréquence de consommation (jamais, de temps en temps, la plupart du temps) pour 16 groupes alimentaires.

 « Des caractéristiques socio-démographiques, de modes de vie ou nutritionnelles ont également été prises en compte dans cette analyse. Au cours des 7 années de suivi (2009-2016), 1 340 nouveaux cas de cancers ont été enregistrés et validés sur la base des dossiers médicaux. Une diminution de 25% du risque de cancer (tous types confondus) a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio comparés aux consommateurs plus occasionnels. Cette association était particulièrement marquée pour les cancers du sein chez les femmes ménopausées (-34 % de risque, score bio élevé versus bas) et les lymphomes (-76 % de risque). La prise en compte de divers facteurs de risque pouvant impacter cette relation (facteurs socio-démographiques, alimentation, modes de vie, antécédents familiaux) n’a pas modifié les résultats. »

Exclamation et « Nutrinautes »

Certes l’Inra précise que plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces données : la présence de résidus de pesticides synthétiques beaucoup plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus d’une agriculture conventionnelle, comparés aux aliments bio. Autre explication possible : des teneurs potentiellement plus élevées en certains micronutriments (antioxydants caroténoïdes, polyphénols, vitamine C ou profils d’acides gras plus bénéfiques) dans les aliments bio.

Certes Le Monde souligne que l’une des difficultés de l’exercice est de corriger l’analyse de nombreux biais possibles :

« En particulier, des travaux antérieurs montrent que les consommateurs d’aliments bio ont en moyenne une alimentation plus saine, pratiquent plus régulièrement de l’exercice physique ou encore appartiennent à des catégories sociales plus élevées que la moyenne. Autant de facteurs qui influent sur le risque de contracter diverses maladies – dont le cancer. »

 Certes Le Monde convient que « d’autres études doivent être menées pour préciser le lien de cause à effet ». Et L’Inra corrige en soulignant que « le lien de cause à effet ne peut être établi sur la base de cette seule étude ». Reste les points, d’interrogation et d’exclamation, de préférence au mode conditionnel.

 A demain

1 L’étude NutriNet-Santé est une étude de cohorte nationale réalisée sur une large population d’adultes volontaires (qui deviennent des « Nutrinautes » (sic) après inscription) lancée en 2009, dont l’objectif est d’étudier les relations nutrition-santé. Dans le cadre de cette étude NutriNet-Santé, le volet BioNutriNet s’intéresse à l’impact potentiel de la consommation des aliments en fonction de leurs modes de production (bio versus conventionnel) sur l’état nutritionnel, sur des marqueurs toxicologiques, sur l’environnement et sur la santé des individus.

Le recrutement de nouveaux volontaires pour participer à l’étude NutriNet-Santé se poursuit. Il suffit pour cela de s’inscrire en ligne (www.etude-nutrinet-sante.fr) et de remplir des questionnaires, qui permettront aux chercheurs de faire progresser les connaissances sur les relations entre nutrition et santé et ainsi d’améliorer la prévention des maladies chroniques par notre alimentation.

 

« Bébés nés sans bras » : le gouvernement ne supporte pas le silence de Santé publique France

Bonjour

Voilà une bien étrange affaire qui ne pouvait que prendre de l’ampleur – précisément à cause de son étrangeté. L’affaire des « bébés nés sans bras ». « Que dire aux médias quand on est, raisonnable et scientifique, confronté à l’étrange » demandions-nous début octobre. Le même jour   un communiqué de Santé publique France commençait ainsi : « La presse fait écho de cas groupés rapportés d’agénésie des membres supérieurs dans l’Ain . Deux autres situations de nature similaire ont été signalées en Bretagne et en Pays-de-Loire. Nous avons conduit une investigation épidémiologique de ces trois signalements rendus public ce jour. »

On apprenait alors que dans le cadre de ses missions, le Registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) avait informé l’agence d’une suspicion de sept cas groupés dans l’Ain. Des enfants privé de tout ou partie d’un bras nés entre 2009 et 2014. Conclusion : « l’analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale, et Santé publique France n’a pas identifié une exposition commune à la survenue de ces malformations ».

 Tournesols et pesticides

On apprenait encore que Santé publique France avait par ailleurs conduit des investigations similaires sur deux signalements d’agénésie des membres supérieurs survenus en Loire Atlantique (trois cas nés entre 2007 et 2008) et dans le Morbihan (quatre cas nés entre 2011 et 2013). Dans ces deux derniers cas l’investigation avait conclu à un excès de cas. Cependant, aucune exposition commune n’a été identifiée pour les cas groupés de ces deux départements.

Pour résumer : le mystère restait entier en dépit d’un protocole standardisé visant à déterminer si tout ceci était dû au hasard ou non – et d’identifier d’éventuelles expositions communes (prise de médicaments, exposition environnementale, etc.). Nombreuses réactions médiatiques désordonnées mais toujours critiques. A commencer par celle, aux antipodes du scientifique de l’écologiste Yannick Jadot flattant l’opinion en accusant les pesticides et les tournesols.

Réplique immédiate, sur RTL, de Didier Guillaume, le nouveau ministre de l’Agriculture, déclarant qu’il y avait «  peut-être des soupçons, mais aucune preuve scientifique  », concernant la présence de pesticides. Puis dans les colonnes de 20 Minutes, la tonitruante eurodéputée écologiste Michèle Rivasi dénonçait l’arrêt de l’enquête. Puis, face à ces accusations, le directeur général de l’agence Santé publique France, François Bourdillon, s’est dit agressé. « Comme quoi je veux casser le thermomètre, cacher la réalité des choses, alors que l’agence est probablement une de celles qui fait le plus », a-t-il répliqué, interrogé par France info.

Puis vint Le Monde (Stéphane Foucart) accusant, chiffres à l’appui, la méthodologie épidémiologique de Santé Publique France :

« Des erreurs méthodologiques « grossières »« indignes », des marges de confiance « ubuesques »… Le Monde a soumis à trois biostatisticiens le rapport publié jeudi 4 octobre par l’organisme de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF), statuant sur un nombre suspect d’enfants naissant sans bras, ou sans main, dans le centre de l’Ain : les trois scientifiques, dont deux ont demandé au Monde de garantir leur anonymat [sic], formulent des critiques assassines à l’encontre du rapport rassurant de l’agence. »

 Santé publique France publiquement désavouée

 Nous sommes aujourd’hui le 21 octobre de la même année. Et l’on apprend que le gouvernement a décidé d’ouvrir une nouvelle enquête. L’information a été donnée par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé, cette dernière  jugeant « insupportable » que ces cas groupés restent sans explication. Avec le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, « nous avons décidé de relancer une enquête » avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et Santé publique France pour avoir des « regards croisés » de médecins et d’experts de l’environnement, a-t-elle déclaré lors du Grand jury RTL – Le Figaro – LCI. « On ne peut pas se satisfaire de dire qu’on n’a pas trouvé de causes, c’est insupportable », a déclaré Mme Buzyn.

Et François de Rugy de tweeter aussitôt en écho :

« Bébés nés sans bras : s’en remettre à la fatalité n’est pas acceptable ! Nous allons lancer avec @agnesbuzyn une nouvelle enquête de l’@Anses_fr et Santé publique France pour faire toute la lumière sur l’origine de ces malformations. 13:33 – 21 oct. 2018 »

Selon Mme Buzyn, on observerait chaque année « entre 80 et 100 naissances par an avec des malformations de membres » en France. Les causes peuvent être génétiques, liées à des contraintes physiques ou dues à des substances toxiques (alimentation, environnement, voire médicaments dans la tristement célèbre affaire de la thalidomide. Or toutes ces causes avaient été écartées par les enquêteurs de Santé publique France.

Une agence aujourd’hui publiquement désavouée par le gouvernement – qui va démissionner ? Un gouvernement qui réclame des « regards croisés » pour faire la lumière pleine et entière. Un gouvernement qui ne peut se résoudre à accepter de voir ici un effet du hasard voire, pire, de la fatalité.

A demain

Journalisme et vérité : faut-il exécuter celles et ceux qui créent de l’anxiété généralisée ?

Bonjour

Le premier qui ne dira pas la vérité vraie devra être exécuté. Didier Raoult, 66 ans, est un biologiste, professeur de microbiologie, spécialiste des maladies infectieuses et des virus atypiques. C’est aussi un invité régulier de l’hebdomadaire généraliste Le Point – il y signe des chroniques acidulées tendant généralement à bousculer les priorités médiatiques sur des sujets aux frontières de ses compétences scientifiques.

Aujourd’hui la chronique du Pr Raoult est intitulée «  Et si on lançait un délit de création d’anxiété ». C’est une mise en abyme qui ne cite pas clairement sa cible prioritaire : une petite catégorie de journalistes, ceux qui jouent (ou relaient) les lanceurs d’alerte – des lanceurs systématiques ne hiérarchisant jamais ou presque leurs lancements. Face à eux, et au vu de leurs méfaits, le Pr Raoult juge que le moment est venu de créer un nouveau délit en France, « pays qui doute de lui-même et qui consomme énormément d’anxiolytiques ». Ecoutons un instant ce biologiste se piquant de journalisme et de justice.

« L’angoisse et l’anxiété tuent. Dans les pays développés, les causes de mortalité qui augmentent, et plus particulièrement aux Etats-Unis dans la population d’origine européenne, ce sont les suicides et la consommation excessive de dérivés d’opium pour calmer les douleurs et les inquiétudes. La France est l’un des pays qui consomment le plus d’anxiolytiques. L’alcool est partiellement utilisé aussi pour calmer les angoisses. Notre société est terriblement anxiogène. Les peurs maniées par les puritains et par une certaine presse (sic) ajoutent à l’angoisse généralisée. Certains ont tellement été marqués par ces peurs et par les notions de l’absence de seuil à l’exposition, comme pour l’amiante, qu’ils ont porté plainte maintenant pour délit de création d’anxiété. Pourtant le risque de contracter un cancer en passant dans une pièce où il y a de l’amiante à cause de cette exposition est nul. Je pense que ce délit, pour être nouveau, devrait effectivement faire l’objet d’une loi. »

 Ravages médiatiques écologiques

Il explique encore que tous les jours, de « fausses alertes », propagées par des « scientifiques approximatifs », des angoisses écologiques, ou des peurs d’épidémies, ont leur lot d’inquiétudes propagées à la vitesse d’Internet, sans jamais recevoir de vérification. « Dans mon monde, qui est celui des maladies infectieuses, les différentes ‘’crises’’ concernant le bioterrorisme, la maladie de la vache folle, les deux grippes aviaires, le chikungunya et Ebola ont fait, dans notre pays, moins de dix morts en l’espace de vingt ans » précise-t-il.

« Tous les jours, nous lisons comme étant des certitudes que l’ensemble des pesticides ou herbicides qui nous sont proposés constituent des dangers reconnus par tout le monde, mais cela est faux, ceci représente une partie de l’opinion, et certainement pas celle des scientifiques les plus rigoureux (…) qui, pour l’instant, ne considère pas le bisphénol comme étant toxique ni le glyphosate comme étant cancérigène, et l’influence des lobbys chimiques dans ce domaine semble bien moins forte que celle de la peur écologique. »

Le Pr Raoult connaît bien les corrélations entre la peur et les audiences médiatiques. En 2015 ce microbiologiste atypique avait publié un livre sur ce thème :  « Votre Santé Tous les mensonges qu’on vous raconte », Michel Lafon). C’était à l’époque de la sortie d’un ouvrage de deux de ses collègues, les Prs François Bricaire et Jean-Philippe Derenne, « Pandémie : la grande menace de la grippe aviaire » (Editions Fayard)

Aujourd’hui, nouvelle étape dans ce chemin de croix : « créer une loi pour poursuivre ceux qui ont suscité une angoisse caractérisée sans avoir les éléments pour pouvoir le faire ». Qui le suivra ?

A demain

 

Quatorze enfants nés avec un « bras coupé » : Santé publique France ne peut pas l’expliquer   

Bonjour

Que dire aux médias quand on est, raisonnable et scientifique, confronté à l’étrange ? Daté du 4 octobre 2018, c’est un communiqué qui commence ainsi : « La presse fait écho de cas groupés rapportés d’agénésie des membres supérieurs dans l’Ain . Deux autres situations de nature similaire ont été signalées en Bretagne et en Pays-de-Loire. Santé publique France a conduit une investigation épidémiologique de ces trois signalements qu’il rend public ce jour. » Pour dire quoi ?

1 On nous explique ce qu’il en est, en France, de la surveillance des anomalies congénitales : « une méthodologie rigoureuse ». Où l’on apprend que pour « surveiller les anomalies congénitales », Santé publique France coordonne un réseau de six registres couvrant 19% des naissances. Pourquoi pas 100 % ? On ne le saura pas.

2 On apprend que dans le cadre de ses missions, le Registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) a informé l’agence d’une suspicion de sept cas groupés dans l’Ain. Des enfants privé de tout ou partie d’un bras nés entre 2009 et 2014. Conclusion : « l’analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale, et Santé publique France n’a pas identifié une exposition commune à la survenue de ces malformations ».

3 On apprend encore que Santé publique France a par ailleurs conduit des investigations similaires sur deux signalements d’agénésie des membres supérieurs survenus en Loire Atlantique (trois cas nés entre 2007 et 2008) et dans le Morbihan (quatre cas nés entre 2011 et 2013). Dans ces deux derniers cas l’investigation a conclu à un excès de cas. Cependant, aucune exposition commune n’a été identifiée pour les cas groupés de ces deux départements.

4 Pour résumer : le mystère reste entier en dépit d’un protocole standardisé visant à déterminer si cela est dû au hasard ou non – et d’identifier d’éventuelles expositions communes (prise de médicaments, exposition environnementale, etc.).

Hasard et fatalité

Tout cela ne pouvait pas être publié sans faire réagir les différents médias qui avaient publiquement, ces derniers jours fait état du phénomène. Ils peuvent d’ores et déjà donner la parole à Michèle Rivasi, « députée européenne écologiste, biologiste agrégée et normalienne, spécialisée dans les scandales sanitaires, la pharmacovigilance et la santé publique et environnementale ». Pour elle l’absence d’explications « montre une fois de plus la défaillance de notre démocratie sanitaire et de notre système de surveillance ».

Aucun doute pour Mme Rivasi : les causes sont « certainement d’origine environnementale ». Elle poursuit en ces termes :

« Dans l’affaire des enfants de l’Ain, on apprend aussi que l’on assiste à un désengagement de l’Etat et de la Région Auvergne Rhône Alpes (présidée par Laurent Wauquiez) pour le financement du REMERA. Cela va dans le sinistre sens de l’histoire avec la ministre de la santé qui souhaite réduire les centre de pharmacovigilance régionaux malgré les derniers scandales sanitaires (Levothyrox…). On voudrait tuer l’alerte, on ne s’y prendrait pas autrement.

 « Une nouvelle fois dans cette affaire, les autorités publiques sont dans le déni, Santé publique France estimant lors d’une réunion sur la question en 2016 que ces anomalies sur ces enfants sur trois territoires différents sont certainement le fait du hasard. Scandaleux! Comme pour le sang contaminé, la Dépakine ou le scandale du Levothyrox, on assiste toujours à un défaut d’information et de transparence sur les données de santé et l’usage qui en est fait. C’est cela qui explique la faillite de notre système de surveillance et les critiques répétées et légitimes sur la démocratie sanitaire. »

Pour sa part Santé publique France consent, du bout des lèvres, à reconnaître que la surveillance des anomalies congénitales est, en France, « un dispositif à renforcer ». Ce qui permettrait, peut-être, de faire la part entre le hasard et la fatalité.

A demain

L’inquiétante résistance planétaire de Staphylococcus epidermitis aux antibiotiques

Bonjour

Ce pourrait être le pitch d’un série catastrophe. Pour l’heure c’est une information de Nature Microbiology 1 relayée par l’AFP et Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb). Une équipe de scientifiques australiens nous apprend qu’une bactérie devenue multirésistante se répand dans les hôpitaux de nombreux pays du monde.

Focus sur Staphylococcus epidermidis bactérie commensale de l’homme et naturellement présente au sein de la flore cutanée. C’est aussi, de ce fait, une source majeure de contaminations dans les laboratoires. Bien qu’elle soit le plus souvent non pathogène, elle peut être responsable d’infections cutanées, nasales ou urinaire. C’est aussi une cause importante d’infections chez les patients exposés à un risque (cathéters, prothèses) ou dont le système immunitaire est affaibli.

C’est dire, avec un tel spectre, le danger que représenterait ce staphylocoque s’il parvenait à augmenter son pouvoir pathogène. Or, précisément, les Pr Benjamin Howden et Timothy Stinear (Department of Microbiology and Immunology, The University of Melbourne at The Doherty Institute for Infection and Immunity) expliquent aujourd’hui que cette bactérie « a évolué pour devenir un formidable pathogène responsable d’infections nosocomiales ». Ils ont ainsi découvert que trois lignées multirésistantes ont émergé au cours des dernières décennies et se sont répandues dans près d’une centaine d’hôpitaux de vingt-quatre pays.

Potentiellement incurable

« Nous avons commencé par des échantillons en Australie, puis avec d’autres prélèvements, nous avons obtenu un aperçu global et constaté que la bactérie est présente dans de nombreux pays et de nombreuses institutions à travers le monde », a expliqué à l’AFP le Pr Howden. Ces lignées sont devenues résistantes à la rifampicine, via l’acquisition de mutations du gène rpoB. Une analyse d’isolats provenant de 96 hôpitaux montre que les deux mutations D471E et I527M sont les plus communes (86,6 % des mutations).

Attention : ces mutations ne se contentent pas de procurer une résistance à la rifampicine. Elles réduisent aussi la susceptibilité de la bactérie aux antibiotiques de « dernière ligne » : vancomycine et teicoplanine. Une découverte qui ne va pas sans surprendre les microbiologistes australiens.

Comment comprendre une telle évolution et une telle expansion ?  Il est possible, disent-ils, que les pratiques hospitalières, telles que la monothérapie antibiotique utilisant des dispositifs médicaux imprégnés de rifampicine, a conduit cet organisme à évoluer de telle manière qu’il pourrait, demain, provoquer des infections potentiellement incurables.

Une série catastrophe ?

A demain

1 Lee J. H. Lee, Monk I. R., Gonçalves da Silva. Global spread of three multidrug-resistant lineages of Staphylococcus epidermidis Nature Microbiology (2018)