Fin du numerus clausus médical : l’épais brouillard de l’usine à gaz gouvernementale

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En finir avec un système « inefficace, injuste, et périmé » (Emmanuel Macron en campagne). Certes. Mais le remplacer par quoi ? Pour l’heure c’est le grand flou avec son inaltérable corollaire, le loup (Martine Aubry). L’affaire commencera à être examinée mardi 12 mars par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale – déjà près de 1 500 amendements déposés.

Suppression, donc, de la première année commune aux études de santé (Paces) et du numerus clausus. Avec un nombre de places  pour rejoindre les études médicales qui ne sera plus théoriquement fixé par l’Etat. Voilà qui est posé. Mais comment avancer ?

« Si nous sommes favorables à la fin du numerus clausus, nous ne connaissons pas les contours du système qui aura vocation à le remplacer, et beaucoup de questions se posent », s’inquiète le journaliste devenu député (PCF, Bouches-du-Rhône) Pierre Dharréville.   « Mettre fin à ce système absurde est une très bonne chose, mais il est clair que cela ne va pas être simple » prévient Pascal Roblot, doyen de la faculté de médecine et de pharmacie de Poitiers, cité par Le Monde (Camille Stromboni).

Jacobinisme et addiction

Tuer le vieux numerus clausus pour former plus de futurs médecins. Certes, mais combien ? Les facultés pourront désormais déterminer elles-mêmes leurs effectifs, en fonction des capacités des formations et des besoins de santé du territoire. Mais, attention,  « sur avis conforme de l’Agence régionale de santé », et ce au « regard d’objectifs nationaux établis par l’Etat ». Où l’on voit l’addiction du pouvoir à ses prérogatives dans un système qui, quoiqu’il dise, ne peut en finir avec son jacobinisme constitutionnel.

Au pouvoir, précisément, Agnès Buzyn a déjà fixé la barre :  une progression attendue de 20 % – et ce alors que plus de 8 000 étudiants accèdent aujourd’hui en deuxième année de médecine. « Sur le terrain, de Paris à Bordeaux en passant par Poitiers, on tempère déjà fortement l’ambition affichée de la ministre, nous apprend Le Monde. Pas les capacités d’encadrement suffisantes, mais surtout, pas les terrains de stage pour les futurs étudiants » entend-on chez les doyens de médecine. Et de remettre en question la justification d’une telle augmentation ne fait pas l’unanimité, alors qu’elle est régulièrement brandie dans les discours politiques comme une solution aux déserts médicaux. La rhumatologue devenue députée (LRM, Loiret) Stéphanie Rist, co-rapporteuse du projet de loi, estime ainsi que le rétablissement d’une « offre » suffisante de professionnels de santé permettra de rééquilibrer les choses.

Beaucoup soutiennent le contraire. « Ce 20 % n’est absolument pas fondé » estime ainsi, toujours cité par Le Monde, le Pr Patrice Diot, doyen de la faculté de médecine de Tours et président de l’Observatoire national de la démographie des professions de santé. Il souligne, non sans raison, le risque de se retrouver, dans dix ans, « dans la même situation que dans les années 1980, où l’on encourageait les préretraites des médecins, trop nombreux ». « Le problème en France, ce n’est pas le nombre, c’est la répartition sur le territoire », soutient-il. Agnès Buzyn saurait-elle démontrer le contraire ?

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@jynau

Michel Houellebecq, Jean-Michel Blanquer et ses très étranges «ventilateurs à angoisses»

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Pour ce que l’on en perçoit, il incarne l’archétype gouvernemental de la raison raisonnante éducatrice. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse au sein du gouvernement Philippe-Macron. Sans doute est-ce plus complexe. Scolarité privée au collège Stanislas, étudiant à Sciences Po, auteur avec François Baroin d’une « Déclaration du troisième millénaire » modeste version actualisée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789,  étudiant à l’université Harvard, grâce à la bourse d’excellence Lavoisier du ministère des Affaires étrangères, DEA de droit public, maîtrise de philosophie, DEA de science politique, docteur en droit, agrégé de droit public …

Execrcices professionnels divers à Paris, Bogota, Tours, Lille etc. Puis retour dans la capitale et ascension constante dans la hiérarchie centrale de l’Education nationale. Souvent étiqueté (à gauche) « réac de droite ». Jusqu’à sa nomination par Emmanuel Macron. Auteur, parmi de nombreux ouvrages, de « Construisons ensemble l’école de la confiance », Odile Jacob, 2018.

3 février 2019 Jean-Mihel Blanquer a donné un long entretien au Journal du Dimanche (Hervé Gattegno, Marie Quenet, David Revault d’Allonnes). Titre peu banal « La réforme du lycée permet de compenser les inégalités » et quelques images ou néologismes osés. Un ministre en service commandé ?

Selon Jean-Michel Blanquer, la crise et les violences inhérentes des Gilets Jaunes révèlent surtout l’attente de plus de considération de la part des Français. « Il y a un besoin d’attention, d’amour, de lien social. Autrefois, les gens admiraient Stendhal et voulaient ‘’stendhaliser’’ le monde. Aujourd’hui, on admire Houellebecq mais on veut ‘’déhouellebecquiser’’ le monde » professe-t-il.

Opposer les pauvres et les riches

 Combien d’enseignants français, sans parler de leurs élèves, pourraient aujourd’hui rendre une dissertation acceptable sur la stendhalisation de l’ancien monde et la déhouellebecquisation du nouveau ? Et qu’en dirait l’auteur de l’impayable Sérotonine hier passé à la moulinette de France Culture : « Le mystère Houellebecq.  Que signifie être houellebecquien ? Alain Finkielkraut s’entoure d’Agathe Novak-Lechevalier et Frédéric Beigbeder pour l’éclairer ».

Ce n’est pas tout. Le ministre Blanquer  revient aussi sur la réforme du lycée et tente de rassurer alors que certains s’inquiètent des inégalités entre établissement. « Aujourd’hui, 92% des lycées proposent au moins sept enseignements de spécialités au-delà du tronc commun. Auparavant, seuls 84% des lycées offraient les trois séries L, S et ES. C’est une palette de choix qui s’ouvre pour les lycéens, professe-t-il. La réforme permet au contraire de compenser les inégalités. (…) Concrètement, chaque lycéen de la voie générale aura le choix parmi une vingtaine ou une trentaine de combinaisons, contre deux ou trois seulement aujourd’hui. C’est un progrès considérable! Il ne faut pas écouter les habituels ventilateurs à angoisses ; ce serait hallucinant qu’ils réussissent à faire passer l’or pour du plomb. »

Ventilateurs à angoisses ? Faut-il parler ici d’image ou de métaphore ? Nous n’en saurons pas plus, ni sur la marque, ni sur la puissance, ni sur la source d’énergie. Une question de fond, toutefois. Pourquoi user du verbe « écouter » à propos de ventilos ? Et comment comprendre l’association de cette image électrique – psychiatrique avec une malversation métallique.

Jean-Michel Blanquer est-il loin de de Pierre Dac et de Coluche quand il ose : « On cherche toujours à opposer les riches et les pauvres, mois je fais l’inverse ». Les Gilets Jaunes ? La crise lui fait songer à une phrase dont bien peu se souviennent : « L’amour n’est pas un feu que l’on tient dans la main ». Un alexandrin signé de Marguerite d’Angoulème (1492-1549). Sur un tème voisin on peut également citer, de Pierre Dac (1893-1975) : « Quand le clairon de l’amour sonne l’extinction des feux amoureux, la démobilisation générale des sens n’est pas loin d’être décrétée ».

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@jynau

 

Mantes-la-Jolie : l’« interpellation collective » de lycéens est-elle ou non une « rafle » ?

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7 décembre 2018. Avant le « samedi de tous les dangers » c’est la grande affaire du jour, celle que personne n’attendait, une affaire scolaire qui « embrase les réseaux sociaux ». Elle est parfaitement résumée par Le Monde : « La vidéo de l’interpellation collective de dizaines de lycéens à Mantes-la-Jolie provoque de vives réactions. Les images montrent des rangées d’élèves à genoux, mains sur la tête, sous la surveillance de policiers casqués, armés de matraques et de boucliers. Une personne commente : ‘’Voilà une classe qui se tient sage !’’ » (Mattea Battaglia et Louise Couvelaire).

Et force est de constater le caractère glaçant des images ainsi proposées (et dont la véracité est attestée par Le Monde et l’AFP). Où l’on voit des dizaines d’adolescents, alignés en rangées, genoux à terre, en silence, mains derrière la nuque, têtes baissées, leurs sacs à dos de lycéens sur les épaules, encadrés par des policiers en tenue, debout, casqués, armés de matraques et de boucliers.

Cette vidéo a été filmée à Mantes-la-Jolie (Yvelines) le 6 décembre. 153 lycéens y ont été interpellés « collectivement » par les forces de l’ordre – et ce à la suite de différentes scène de violences en marge de « blocages » aux lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand, deux établissements situés à 500 mètres l’un de l’autre aux abords de la zone urbaine sensible du Val Fourré. « Ces images sont impressionnantes mais aucun jeune n’a été blessé, ni maltraité, nous n’avons enregistré aucune plainte » a tenu à souligner le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot.

Ces images ont immédiatement suscité nombre de réactions politiques indignées. « Glaçant, inadmissible. Cela n’est pas la République. La jeunesse Française humiliée. Mais que cherche le pouvoir sinon la colère en retour ? », s’est interrogé Benoît Hamon leader de Génération.s, ancien candidat socialiste à la présidentielle, et ancien ministre de l’Education nationale sur Twitter« Intolérable », a commenté l’ancienne ministre de l’Egalité des territoires et directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot« images inacceptables »a appuyé Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris. Le député (La France insoumise, Seine-Saint-Denis) Eric Coquerel a dénoncé une « violence inacceptable et humiliante ». « Effrayant. Et inacceptable d’un point de vue humain et démocratique », a posté également Clémentine Autain (La France insoumise, Seine-Saint-Denis). Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT: «  Le gouvernement joue avec le feu. On ne frappe pas des gamins».

« Ce que l’on voit dans la vidéo des jeunes à Mantes-la-Jolie ne se discute pas sous l’angle de ce qu’ils ont fait. Ils peuvent être interpellés et jugés, mais dans cette séquence, les policiers cherchent à obtenir leur soumission par l’humiliation –et c’est le meilleur moyen d’obtenir l’effet inverse » écrit Titiou Lecoq sur Slate.fr

Saint-Exupéry et Jean-Rostand

S’indigner en se souvenant d’horribles images du passé ?  Tenter de comprendre, et la misère du Val Fourré et les policiers ? « Comment 70 policiers maintiennent-ils au calme 150 jeunes ? Il leur fallait bien trouver des moyens pour les faire tenir tranquilles. Je ne connais pas d’autres méthodes », répond au Monde Thierry Laurent, directeur de cabinet du préfet, qui s’est rendu sur place. « Nous avons demandé aux policiers d’intervenir avec calme face à ce mélange de violences lycéennes et de violences urbaines, explique le préfet Brot. Et nous avons décidé avec le procureur de la République qu’il fallait faire des interpellations. »

Bilan de la journée : 190 gardés à vue dans tout le département des Yvelines, dont 153 à Mantes-la-Jolie. La plupart des 79 jeunes qui ont été relâchés sont des mineurs de moins de 16 ans.

Et déjà un mot circule qui attisera le tout : « rafle ». Un mot réfuté par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale invité ce matin sur France Inter .« Oui, l’image est forcément choquante, il y a eu des images choquantes parce qu’on est dans un climat de violence exceptionnelle » dit le ministre.

 « Rafle » : arrestation massive opérée par la police à l’improviste. Synon. descente* (de police), coup de filet* (fam.), razzia (vieilli). Rafles de prostituées sur la voie publique; la police opère des rafles; être pris, ramassé dans une rafle; les rafles de la Gestapo.

On apprend aussi, en classe de botanique, que la rafle est l’ensemble du pédoncule central ou axe et des ramifications d’une grappe de fruits, en particulier d’une grappe de raisins. L’apprend-on dans les lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand ?

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@jynau

 

 

Etudes de médecine : sommes-nous vraiment à la veille de la fin d’un «gâchis humain» ?

 

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Officiellement c’est terminé : une croix sur les Epreuves Classantes Nationales informatisées (ECNi), cet infernal bachotage-couperet à bac + 6. La voie ouverte à une sélection un peu plus éclairée des futures et futurs médecins ?  Les ECNi avaient, en 2016, succédé aux «épreuves classantes nationales» (ECN) qui, en 2004, avaient pris la place du célèbre «concours de l’internat de médecine» –institution qui, depuis deux siècles, avait gentiment évolué au rythme des avancées de la profession comme de celles de la société.

Ainsi donc, il y a quatorze ans (et pour des raisons qui restent encore à expliquer), apparut une croix faite sur l’internat; un second cycle s’achevant sur cette épreuve obligatoire et bachotante, classante et nationale. Avec, en prime, la promotion de la «médecine générale» élevée au rang de «spécialité médicale». Une entreprise jacobine et touristique en diable: selon son classement, le futur médecin choisissait son centre hospitalier universitaire d’affectation, ainsi que l’une des onze «filières» et les services où il effectuerait des stages de six mois.

La suite sur Slate.fr : « Les études de médecine vont enfin devenir efficaces »

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Médecine – 1ère année : demain, tout candidat non reçu d’emblée aura la tête tranchée

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Longtemps, en médecine, tout fut presque possible. Puis vint (après les pavés de 68) le numerus clausus. Redoublements en vue. Triplements parfois. Puis les effectifs gonflèrent, sans que le goulet ne s’ouvre. Restait, toujours, le soupirail de la seconde-première année.

Nous voici en 2018 et, comme l’écrit Le Point, c’est « un tremblement de terre pour les aspirants médecins ». Un voile est levé par  Le Quotidien du pharmacien : la première année d’études ne sera plus « redoublable » dans certaines facultés. Dès la rentrée 2018 quatre facultés de médecine parisiennes – Paris V (Descartes), Sorbonne Université (ex-Paris VI), Paris VII (Diderot) et Paris XII (Paris-Est-Créteil) – ne permettront plus de se réinscrire en première année commune aux études de santé (Paces). Lille et Brest sont sur les rangs.

L’idée serait de « ne pas faire perdre de temps à l’étudiant avec un redoublement », de « réorienter activement les étudiants en échec à l’issue de la première année ». La belle affaire diront les opposants au changement. Le ministère de l’Enseignement supérieur travaille sur les derniers arbitrages de cette expérimentation qui va faire l’objet d’un arrêté » rapporte Le Figaro.

« Très sérieusement discuté depuis novembre au sein de sept universités concernées, le projet, que le ministère de l’Enseignement supérieur souhaite voir aboutir rapidement, a été validé en décembre par Paris-Diderot, Paris-Descartes, Pierre-et-Marie-Curie et l’université Paris-Est Créteil (Upec). En catimini. Car de leur côté, les élèves de terminale qui, depuis le 22 janvier et jusqu’au 13 mars, doivent formuler leurs vœux sur la nouvelle plateforme d’orientation Parcoursup, n’ont pas reçu d’information sur ce projet. »

« Selon nos informations, le ministère de l’Enseignement supérieur, qui doit valider l’expérimentation par un arrêté, réfléchit encore au dispositif à adopter pour l’année de transition, qui verra se côtoyer les «primants» (les bacheliers qui passent pour la première fois le concours) et les redoublants, afin d’éviter une rupture d’égalité entre les deux populations. La solution serait, pour l’année 2018-2019, de faire deux numerus clausus. ».

Sélection par l’argent

« C’est est une petite révolution en marche, estime Le Quotidien du Médecin. Cette sélection, qui risque de provoquer un débat vif dans les amphis, s’inscrit dans les expérimentations d’alternatives à la PACES qui, depuis 2014, testent de nouveaux modèles d’entrée dans les études de santé.  Pour autant, le principe de la deuxième chance, exigé par les étudiants, serait systématiquement maintenu grâce au dispositif complémentaire AlterPACES, permettant de rejoindre le cursus santé plus tard, après une deuxième ou troisième année licence. »

Cette nouvelle voie (concours PACES 1) couvrirait environ 75 % du numerus clausus de chaque faculté concernée (le reste des places – 25 % au maximum  étant réservées par avance à l’AlterPACES de deuxième chance).  Même si le redoublement en première année est interdit, une seconde chance sera donc accordée grâce à l’AlterPACES, passerelle déjà opérationnelle dans une quinzaine de facs mais qui gagnerait donc ses galons de voie à part entière. Elle permet le recrutement sur dossier et entretien d’étudiants ayant déjà validé une licence. Selon les cas, 10 à 25 % du numerus clausus serait réservé à cet accès tardif, davantage qu’actuellement. Les étudiants ayant échoué en PACES 1 pourraient y postuler.

Question : quid de l’impact sur le commerce des prépas privées « P0 » en parallèle du lycée ? Comment ne pas voir là l’ouverture à un système qui « renforcerait l’inégalité des chances » et « la sélection par l’argent » ? Ce contre quoi furent jetés, il y a un demi-siècle, quelques pavés.

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Harcèlement-enseignant : le voile se lèverait-il sur le sexisme des études de médecine ?  

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C’est une étude qui n’a pas de valeur statistique mais qui marquera les esprits. Réalisée par l’Inter-syndicat national des internes (ISNI) et rendue publique ce 17 novembre, elle est mis en scène par Le Monde : « Hey doc les études de médecine sont-elles sexistes ? ».

Pour la première fois de son histoire, le syndicat a souhaité interroger les 30 000  internes en médecinepour « quantifier leur expérience du sexisme et du harcèlement sexuel » pendant leurs études. Il s’en expliquait début septembre :

« La profession médicale française se féminise. Pourtant, il existe toujours un plafond de verre. La présence de sexisme durant les études pourrait être une des raisons. Dans les autres pays occidentaux, les enquêtes sont unanimes : 30 à 50% des étudiants en médecine sont confrontés à du sexisme durant leur formation et sur leur lieu de travail. En France, les témoignages se multiplient à ce sujet.

« Pour lutter contre le sexisme, il faut d’abord l’évaluer. C’est pourquoi, l’InterSyndicat National des Internes lance la première grande enquête nationale sur le sujet dans les études médicales, auprès de tous les internes de France :  L’objectif est bien sûr de dénoncer ces discriminations et d’en comprendre l’impact sur les choix de carrière et sur le quotidien des jeunes médecins.

Les résultats seront présentés à l’Université de Rentrée de l’ISNI, le 18 novembre. Ils devront aboutir à une prise de conscience de la communauté médicale et à des mesures concrètes contre le sexisme dans le monde médical. L’ISNI condamne toute forme de sexisme, du sexisme ordinaire au harcèlement sexuel, envers les femmes et les hommes. Le sexisme dans les études médicales ne doit plus être un tabou. Les internes doivent se saisir du sujet pour être un des principaux acteurs du changement. »

Pesanteur du climat

Sur les 30 000 internes, seuls 2 946 ont répondu au questionnaire – dont 75 % de femmes et 25 % d’hommes. Parmi les répondants, 8,6 % affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel et 34 % relèvent des « attitudes connotées », comme le contact physique ou le geste non désiré (65 %), la simulation d’acte sexuel (9 %), la demande insistante de relation sexuelle (14 %) ou le chantage à connotation sexuelle (12 %). « Subir le sexisme ou en être directement victime : c’est le quotidien de 86 % des internes de médecine – hommes et femmes confondus ».

« L’étude, bien que non représentative de la population des internes, confirme l’existence d’un climat pesant dans le monde médical et en particulier pour les étudiants, qu’ils soient infirmiers, médecins ou aides-soignants, résume Le Monde. Un climat, voire une « nébuleuse sexiste », comme le décrit Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine (Université Paris-Diderot), par ailleurs contributrice d’ « Omerta à l’hôpital » (Editions Michalon) de Valérie Auslender, médecin de Sciences Po.

Les témoignages évoquent souvent le huis clos du bloc opératoire comme lieu propice aux remarques sexistes et aux comportements les plus violents. L’ISNI relève que 24 % du sexisme quotidien se situe dans cet entre-soi. Bien triste exemple :

« Au bloc, on est coupé du monde, et le chirurgien est une sorte de dieu qui peut se comporter de manière déplacée. Je me souviens d’une opération en orthopédie ; le chirurgien m’a regardée en me disant : “Tu vois, je plante ce clou dans l’os comme ma bite dans ta chatte.” Sur le coup, on ne dit rien, on rit jaune, mais c’est violent. »

Avec les enseignants et dans la mixité

 « C’est un climat ambiant permanent qui existe depuis le début des études. En réalisant cette étude, j’ai été étonnée par le nombre de personnes qui ne se considèrent même plus victimes de sexisme tellement tout cela a été intégré et accepté. Le problème, c’est que le sexisme crée un climat qui conduit à accepter un geste déplacé qui prépare le terrain au harcèlement sexuel », explique Alizée Porto, vice-présidente « droits des femmes », qui vient de terminer son internat en chirurgie et qui est à l’origine de l’enquête de son syndicat.

Les temps commenceraient-ils à changer ? On peut l’espérer. Dans les facultés de médecine, des groupes de travail ou des associations d’étudiants commencent à faire évoluer le « rapport de force » avec le corps enseignant. « J’ai l’impression que notre génération accepte de moins en moins le sexisme. Les chefs de service se plaignent de voir leurs blagues et leurs propos sexistes diffusés sur Twitter ou sur Payetablouse [site Internet qui recueille les témoignages sexistes du monde médical]. Peut-être que la crainte d’être de plus en plus exposé va changer la donne » espère, sous couvert d’anonymat,  une étudiante en sixième année de médecine qui raconte ses expériences dans de grands hôpitaux parisiens sur les réseaux sociaux.

Et après ? Il n’y a là aucune fatalité – mais il restera encore à saisir les véritables racines de ces comportements sexistes et à élaborer, avec les enseignants et dans la mixité, une pédagogie préventive.

A demain

 

 

Le ministre de l’Education nationale ne peut pas rester muet : laissera-t-il fumer dans les lycées ?

 

Bonjour

C’est la rentrée, qui nous fait songer à l’une des polémiques les plus absurdes de l’an passé. Une polémique sanitaire et politique. Où l’on voyait des proviseurs et de hauts responsables de l’éducation nationale réclamer que des lycéens puissent fumer dans les enceintes scolaires : « Ubu est roi : les directeurs des collèges et lycées réclament une loi en faveur du tabac ! ». Créer des « zones provisoires fumeurs » dans les lycées pour éviter que les élèves se regroupent pour fumer à l’extérieur : sur le trottoir face aux établissements. Et ce en avançant le risque terroriste : ces regroupements étaient des cibles potentielles en contradiction avec les actuelles mesures et recommandations de prévention de l’état d’urgence.

C’est la rentrée : les mêmes causes vont-elles produire les mêmes effets ? Le Comité national contre le Tabagisme le redoute dans un communiqué daté du 31 août, communiqué délaissé par la presse généraliste mais repris sur le site des buralistes. Il révèle que plusieurs associations de santé ont été informées de la volonté supposée du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, de permettre aux proviseurs de laisser fumer les élèves au sein des lycées. On mesure l’incohérence d’une telle situation dans un pays où 200 000 adolescents entrent chaque année dans l’enfer de l’addiction tabagique. Loin de mettre en place une indispensable prévention précoce on reviendrait sur les interdits en vigueur dans les espaces

 « Alors que le gouvernement s’est engagé avec force pour réduire la consommation de tabac particulièrement importante en France, notamment chez les jeunes, l’annonce d’un possible retour du tabac dans les lycées est de nature à mettre à mal tout cet effort. En droit, il s’agirait d’une remise en cause sans précédent de la Loi Evin et, même, de nos principes constitutionnels. N’oublions pas que la protection de la santé publique, ainsi que l’égalité devant la loi, ont valeur constitutionnelle.

« Pour la santé publique, ce serait porter atteinte à l’interdiction de fumer, indispensable tant à la protection contre le tabagisme passif qu’à la dénormalisation d’un produit mortifère. En outre, cette atteinte serait portée sur le terrain le plus sensible : les établissements scolaires. »

 C’est la rentrée. Pour le CNCT « la sécurité sanitaire de nos jeunes compatriotes ne peut être sacrifiée sur l’autel du risque terroriste ». Faut-il rappeler à M. Blanquer que, l’an dernier, la justice administrative avait donné raison au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé : on ne touche pas à la loi, on ne fume pas là où l’on apprend. Le ministère de la Santé l’avait alors fort heureusement emporté sur les atermoiements coupables de l’Education nationale. Aujourd’hui les associations réunies au sein de l’Alliance contre le Tabac, demandent une clarification à ce sujet au gouvernement. On attend.

A demain

1 « Peut-on, oui ou non, s’en griller une à la récré? » (Slate.fr, 19 avril 2016)