Vaccins, ondes, wifi et homéopathie: est-il encore possible de débattre avec Michèle Rivasi ?

Bonjour

A verser au dossier Rivasi Michèle. C’est un exercice original que vient de réaliser Le Point (Thomas Mahler et Géraldine Woessner) : organiser un entretien avec une eurodéputée Europe Écologie-Les Verts, une élue qui s’estime victime d’une « campagne de déstabilisation » de la part … du Point. Et ce depuis le mois de juin et un dossier de l’hebdomadaire : « Écologie : vérités et fariboles »  qui présentait les positions de Michèle Rivasi – numéro deux de la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV) aux élections européennes et agrégée de sciences naturelles – « contre les vaccins, pour l’homéopathie et contre les ondes électromagnétiques ».  soit trois oppositions à des consensus scientifiques. Dans son éditorial, le directeur du Point Étienne Gernelle écrivait, à propos de l’eurodéputée, que «  certaines positions semblent tenir plus du champignon hallucinogène que de la science. Sa posture complotiste contre les vaccins, derrière lesquels elle voit la main des laboratoires, et ses convictions sur la nocivité des ondes, qui vont bien au-delà des faits pour l’instant établis, sont ahurissantes ».

Réplique. Sur le site de Politis Michèle Rivasi évoqua une « campagne calomnieuse » en raison de « son combat contre les lobbys ». « Alors qu’elle nous réclamait, par avocats interposés, un droit de réponse, nous lui avons proposé à la place un grand entretien, estimant que le débat était toujours plus fécond, précise l’hebdomadaire. La rencontre s’est faite dans l’antenne parisienne du Parlement européen. De notre point de vue, ce fut courtois, pour ne pas dire sympathique sur le plan humain, mais scientifiquement totalement surréaliste. Michèle Rivasi a présenté sa position sur les vaccins et, après un semblant de mea culpa, a défendu les ‘’travaux’’ d’Andrew Wakefield, chef de file des anti-vaccins mis au ban de la communauté scientifique. Elle a aussi maintenu ses positions sur l’homéopathie, ravivant la fumeuse mémoire de l’eau de Jacques Benveniste. » Extraits.

I Vaccins.

Michèle Rivasi est-elle ou non « antivaccins » quand elle déclare : « Aujourd’hui, les vaccins créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent » ? Que répond-elle à Agnès Buzyn qui l’accuse de diffuser des « fake news » ?

« C’est une phrase sortie de son contexte. Je rencontrais une délégation des pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP). On me disait que pour résoudre les problèmes de santé en Afrique, il faut des vaccins. J’ai répondu que, parfois, la vaccination ne résout pas tous les problèmes ; qu’il faut plutôt réfléchir à des dispensaires, à assainir la qualité de l’eau… Cette phrase ne doit ainsi pas être généralisée.

« Il y a deux ans, Mme Buzyn m’avait convoquée au ministère de la Santé, à propos de l’obligation vaccinale. Je lui ai dit que je préférais des recommandations à l’obligation, comme ce qui se fait dans beaucoup de pays européens. Je l’avais avertie que l’obligation vaccinale allait faire monter le nombre des antivaccins… Mon objectif en matière de politique vaccinale, ce n’est pas de contraindre, mais de convaincre en restaurant la confiance (…) La perte de confiance est pour moi liée aux scandales, comme la campagne vaccinale contre l’hépatite B et la grippe H1N1 et les 90 millions de doses commandées. Il y a aussi une épidémie de conflits d’intérêts. Les experts ne doivent pas être payés par les laboratoires. Il faut aussi qu’on évalue le rapport bénéfices-risques pour chaque vaccin et que l’on fasse plus de pédagogie plutôt que de l’imposer en infantilisant l’usager. Pour retrouver la confiance, je réclame également une meilleure vaccinovigilance, des études indépendantes sur les adjuvants en aluminium et la multivaccination chez le nourrisson de moins de 18 mois. Ne risque-t-on pas, en vaccinant trop tôt, de fragiliser le système immunitaire des enfants ? En Allemagne, suite à une étude épidémiologique, l’hexavalent a été retiré du marché. En quoi mon discours est-il alarmiste ? »

Pourquoi a-t-elle déclaré qu’il existait un lien de causalité entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques ?

« Non ! Sous le gouvernement de Lionel Jospin  j’étais députée à l’Assemblée nationale. Bernard Kouchner avait demandé qu’on ne vaccine plus les adolescents au niveau du collège, suite à la campagne vaccinale menée par Philippe Douste-Blazy au milieu des années 1990. Le directeur général de la Santé, Lucien Abenhaïm, m’a dit en 1999 qu’il n’y a à l’heure actuelle pas d’élément de preuves entre le vaccin contre l’hépatite B et la sclérose en plaques, mais qu’il avait deux infirmières qui, après vaccination et rappel, ont déclaré une sclérose en plaques. Il m’a confié être menacé si jamais il évoquait ce lien de causalité…

« Certes, établir un lien de causalité direct est très difficile à faire. En l’espèce, il n’y a que des présomptions de preuves. Saisie en 2015, la Cour de cassation décide alors de surseoir à statuer et de renvoyer une série de questions préjudicielles à la Cour de justice de l’Union européenne. Celle-ci a ouvert la voie en 2017 à des indemnisations dans des procédures entre malades et fabricants de vaccins. L’affaire peut être résumée ainsi : en l’absence de consensus scientifique quant à une relation de causalité, la «  proximité temporelle » entre l’administration d’un vaccin et la survenance d’une maladie et «  l’absence d’antécédents médicaux personnels et familiaux (ainsi que l’existence d’un nombre significatif de cas répertoriés de survenance de cette maladie à la suite de telles administrations) peuvent constituer des indices suffisants pour justifier une indemnisation. »

« Agnès Buzyn, elle-même, m’a dit qu’on s’est aperçu qu’il y a plus de risques à vacciner des ados que des bébés. Voilà ce que m’a déclaré la ministre ! Sur le fond, le lien de causalité est un principe juridique et non scientifique. De même, pour votre gouverne, la justice s’appuie sur des expertises scientifiques. Il faut reconnaître, en l’espèce, qu’il n’y a pas de consensus scientifique, mais vous ne pouvez pas dire que « toutes les études disent le contraire ». Ce serait un déni. » 

II Homéopathie

Pourquoi être contre le déremboursement de l’homéopathie alors que son efficacité n’a pas été scientifiquement prouvée ?

« Ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas le mode d’action que cela signifie qu’il n’y a pas d’effets ! Ceux de l’homéopathie s’expliqueraient par une vibration. La molécule laisse une trace, en quelque sorte, dans le liquide de dilution… Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi on s’acharne à vouloir dérembourser l’homéopathie, qui ne coûte pas beaucoup à la Sécu, quand on sait que notre pharmacopée contient sur le marché un quart de médicaments coûteux pour la Sécu et dangereux pour la santé comme l’ont dit les professeurs Bernard Debré et Philippe Even. Peut-être faudrait-il commencer par dérembourser ceux-ci !

« Il existe aujourd’hui six ou sept modèles théoriques différents tentant d’expliquer pourquoi l’homéopathie marche (…)

On sait que la science avance et progresse au fil du temps. Il faut bien se garder d’avoir des avis définitifs sur les choses, parce qu’on a d’abord des phénomènes, et après des théories ou des modèles explicatifs pour décrire les choses. Il existe aujourd’hui six ou sept modèles théoriques différents tentant d’expliquer pourquoi l’homéopathie marche : la mémoire de l’eau en est un, l’approche quantique en est un deuxième, des Italiens travaillent sur la notion de nanopharmacologie… Il y a aussi d’autres recherches en cours sur l’homéopathie appliquée aux plantes.

« Mon argumentaire est simple : on utilise l’homéopathie depuis environ deux cents ans. Et cela fonctionne ! L’homéopathie a un effet chez certains patients et sur certaines maladies, sinon on n’aurait pas autant de patients qui se soignent à l’homéopathie. Les gens observent que lorsqu’ils donnent des granules à leurs enfants atteints d’otites ou de maladies ORL, les symptômes disparaissent. Je me dis : c’est très bien ! J’ai aussi rencontré des vétérinaires qui ont montré l’effet positif des granules dans des élevages de poules. Cela interroge sur le seul effet placebo de l’homéopathie. (…)

« Je suis pour la sécurité du patient bien entendu. Supprimer la formation d’homéopathie à l’université me pose d’ailleurs un problème : il faut qu’un médecin puisse dire à quel instant l’homéopathie ne suffit plus, et qu’il faut passer aux antibiotiques. Si on supprime cette formation, on laisse la porte ouverte aux charlatans, aux « guérisseurs » d’antan qui n’auront pas fait d’études de médecine pour administrer l’homéopathie. Pour moi, la sécurité du patient passe par un médecin.

« Et pour tout vous dire, je pense que dans l’homéopathie, il y a un effet placebo. Comme dans tout médicament. Mais si les gens préfèrent recourir à de l’homéopathie plutôt que de consommer d’autres médicaments chimiques, c’est leur droit, quand même ! On a soigné des gens à l’homéopathie, et des études le prouvent, même s’il n’y a pas assez d’études cliniques. »

II Ondes, Linky, wifi

Dénoncer les effets nocifs des ondes électromagnétiques ? Croire en une réalité biologique de l’électrosensibilité ?

« Je suis pour qu’on établisse une liste des symptômes qui ont été autorapportés par ceux qui en souffrent : perte de mémoire, problèmes cognitifs, problèmes cardiaques, problèmes de peau, dépression… Quand bien même l’origine de la maladie n’est pas établie, on est confronté à cette réalité : à l’heure actuelle, des milliers de personnes souffrent en présence des émissions électromagnétiques rayonnées par nos appareils sans fil et le réseau électrique. Essentiellement des femmes parfois jeunes. En tant que politique, vous vous demandez comment aider ces personnes-là. Et c’est mon éthique : je dois aider les plus démunis, les personnes qui se disent victimes de facteurs environnementaux émergents. En ce moment, j’essaie de trouver une zone blanche dans laquelle reloger ces gens. Dans cette zone sera mis en place un suivi médico-social, et une recherche européenne, pour identifier des bio-indicateurs spécifiques pour cette maladie.

« Si une personne électrosensible me dit : je ne peux pas vivre avec Linky, je dois l’écouter. Ce sont des « ondes sales » : vous avez des micro-sautes de tension qui correspondent à des interférences que l’on injecte dans le réseau électrique et qui se « surajoutent » au courant domestique. Et la justice a condamné Énédis à poser un filtre protecteur chez treize personnes électrosensibles ou à laisser le compteur initial. La justice se doit de faire respecter nos droits fondamentaux dont le principe de précaution, inscrit dans notre bloc de constitutionnalité. Il existe de nombreux scientifiques différents. On ne peut considérer la science comme un bloc monolithique. De surcroît, la justice est fondée sur un principe important : celui du contradictoire qui permet dans la transparence entre les parties de faire vivre des controverses scientifiques. »

Pour finir Le Point demande à Michèle Rivasi si elle « éteint son wifi le soir. « Je n’en ai pas chez moi, répond-elle. Je suis câblée. Attention, j’ai aidé le département de la Drôme à avoir la fibre optique. Je suis à fond pour Internet, mais sans ondes ! Le principe de précaution doit guider nos choix politiques et techno-scientifiques. Il y va de la protection de la santé de nos concitoyens. »

Question journalistique et citoyenne, au terme de ce long entretien : est-il encore utile (nécessaire, possible) de débattre avec la députée écologiste Michèle Rivasi ? Que répondrait, ici, Sisyphe ?

A demain @jynau

Linky = danger ? Qui sont ces médecins qui défient la science et les bienfaits de l’électricité ?

Bonjour

30 juillet 2019. C’est une nouvelle étape dans un feuilleton médiatique à trois bandes : la science (habituellement triomphante), la justice (aveugle) et la médecine (cet art qui se nourrit de science). Le tribunal de grande instance de Tours vient de demander le retrait « pour raisons médicales » du compteur Linky chez treize particuliers qui avaient saisi la justice (AFP). Sur cent vingt-et-un référés anti-Linky (cités dans trois jugements et déposés par des habitants de la région Centre-Val de Loire opposés à la pose de ce compteur à leur domicile) cent-huit ont été rejetés mais treize ont été admis « pour des raisons médicales ».

Pour l’un d’entre eux, un enfant âgé de 7 ans domicilié dans la ville de Tours, le tribunal a admis que « l’état de fatigue chronique » et « les difficultés de sommeil », « pouvaient être en rapport avec le compteur Linky ». Ces données cliniques figuraient sur un « certificat médical ».  Pour ce cas, comme pour les douze autres, le TGI de Tours demande le retrait des compteurs et ordonne « la livraison d’électricité exempte de courant porteur en ligne ». Arguant du principe de précaution et muni de « certificats médicaux », Me Arnaud Durand, l’avocat (spécialisé) des plaignants, avait évoqué le 4 juin un « dommage imminent » pour « des personnes qui ne pourront pas vivre chez elles ».

Comment comprendre ? Tout ou presque a été dit sur le désormais célèbre « Linky-le-compteur-intelligent, » dont l’installation, pilotée par  Enedis, permet « de relever à distance et en direct la consommation des clients ». Linky – le-compteur-communiquant ; symbole de la modernité nourrissant d’innombrables fantasmes polémiques depuis son déploiement imposé à compter de 2015. Cœur du sujet, médical politique et judiciaire : l’exposition aux champs électromagnétiques et le respect de la vie privée. Avec cette contrainte : il est désormais impossible, en France, de se faire livrer en électricité si l’on refuse l’installation d’un Linky à son domicile.

Dangereux Linky ? L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait répondu (une nouvelle fois) par le menu il y a précisément deux ans :

« Faible probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants radioélectriques (gaz et eau) et les autres (électricité), dans la configuration de déploiement actuelle, engendre des effets sanitaires à court ou long terme ».

Livraison de la Fée Electricité

« Incertitudes sanitaires » conclut pour sa part Me Durand qui, s’engouffrant dans la brèche, annonce sa volonté  « de saisir d’autres tribunaux dans toute la France pour lutter contre l’installation de ces compteurs ».

Que répond Enedis ? Dans une réaction adressée à l’AFP l’entreprise chargé du déploiement des Linky, a annoncé sa volonté de faire appel de cette décision du TGI de Tours, tout en se disant « convaincu de l’innocuité des compteurs » (sic). Mais ce n’est pas tout – et la suite ne manque pas de sel. :

 « Concernant les personnes pour lesquelles la juge demande à Enedis de prendre en compte leur situation particulière, la décision du tribunal nous conforte dans notre démarche d’écoute à l’égard de certains clients qui se déclarent électrosensibles. Il s’agit (…) de cas extrêmement rares pour lesquels nous mettons en œuvre un accompagnement personnalisé et adapté à chaque situation particulière. »

L’AFP rappelle encore qu’en France vingt-deux tribunaux ont été saisis d’actions conjointes et que la grande majorité des plaignants ont été déboutés. En mars dernier, à Toulouse,  treize personnes souffrant « d’hypersensibilité aux ondes » avaient toutefois obtenu le droit de ne pas être équipées contre leur gré. A Bordeaux, le juge avait demandé à Enedis de poser un « filtre protecteur » chez une dizaine de personnes considérées comme « électro-hypersensibles ». Le géant opérateur avait fait appel de ces deux décisions.

Une question reste toutefois pendante : qui sont ces médecins qui  certifient percevoir des liens étranges que la raison officielle ne connaît pas ? Qui sont ces docteurs en médecine qui, d’une signature, défient aujourd’hui la science, la société et les innombrables bienfaits de la livraison, intelligente et domiciliée, de la Fée Electricité ?

A demain @jynau

Greta Thunberg : comment un médecin peut-il oser écrire-tweeter des choses comme celles-ci ?

Bonjour

C’est peu dire que Greta Thunberg, 16 ans, interloque. On sait que cette adolescente suédoise milite « pour le climat » après avoir initié la Skolstrejk för klimatet (« grève de l’école pour le climat »). Dans le même temps elle focalise depuis plusieurs mois l’attention médiatique planétaire. Corollaire, elle cristallise l’irrationnel, les passions, la haine.

Mère chanteuse d’opéra, père acteur de cinéma, devenue végane, refusant désormais de prendre l’avion, dotée dit-on d’une grande capacité à convaincre. Elle sera reçue demain en grandes pompes au sein de notre Assemblée nationale, suscitant la colère de certains députés 1.

Tout cela peut naturellement interroger, intriguer, inquiéter. Pourquoi une telle aura ? Où commence la manipulation, l’exploitation ?

Et puis ces lignes, glanées dans le flots des tweets et signées @dr_l_alexandre

« Je ne suis pas jaloux de @GretaThunberg. J’aimerais pas (sic) avoir des TOC graves, une dépression infantile, un mutisme sélectif, un Asperger avec monoideation et des troubles alimentaires graves me conduisant à être minuscule! Je respecte l’enfant malade mais regrette sa manipulation »

Comment un docteur en médecine, 59 ans, peut-il écrire ceci ? Son hyper-médiatisation en est-elle la raison ? Une fraction de la Toile s’indigne. Réponse du Dr Laurent Alexandre :

« Je rappelle que ce sont les parents de @GretaThunberg qui ont révélé son dossier psychiatrique (pas moi). Et je pense que cela devrait être un délit de révéler le dossier médical de son enfant mineur ! Je trouve cela dégueulasse ! Signalez les parents de @GretaThunberg »

L’Ordre des médecins français sera-t-il saisi ? Se saisira-t-il de lui-même ? La haine et la déraison sont-elles consubstantielles aux réseaux sociaux ? Si oui pourquoi ? On en reste coi.

A demain @jynau

1 Greta Thunberg a été invitée mardi 23 juillet à l’Assemblée nationale par les 162 députés membres du collectif « transpartisan » pour le climat « Accélérons ». La jeune écologiste suédoise doit assister aux questions au gouvernement depuis la tribune d’honneur et doit s’exprimer lors d’une réunion ouverte à tous les parlementaires. Plusieurs députés, principalement de droite, protestent depuis quelques jours contre sa venue.

« Je respecte la liberté de penser… mais ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culottes courtes »a écrit sur Twitter l’élu (Les Républicains, Vaucluse) Julien Aubert, qualifiant la jeune suédoise de « Prix Nobel de la peur ». « La planète, oui. Le greenbusiness, non. »

« Non à l’infantilisation obscurantiste, la moraline et la terreur par la peur. Greta Thunberg invitée d’honneur : l’Assemblée se couvre de ridicule », a jugé de son côté Jean-Louis Thieriot (LR, Seine-et-Marne).

Une députée de La République en marche (LRM), Bénédicte Peyrol, a elle aussi pris dimanche ses distances avec l’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée : « Pourrait-on mettre autant à l’honneur les scientifiques, les personnes qui agissent depuis des années pour la planète. Utiliser le manichéisme du Bien contre le Mal est bien trop simple pour agir dans un monde complexe ».

Une semaine avant l’intervention prévue de Greta Thunberg, le secrétaire d’Etat Gabriel Attal, 30 ans, s’était dit « halluciné par tous ces propos méprisants sur la venue » de la jeune Suédoise. « A croire que pour certains, la jeunesse est un facteur disqualifiant pour s’exprimer… »

Démission soudaine de François de Rugy : Macron et les Dix petits nègres d’Agatha Christie

Bonjour

16 juillet 2019. Mis en cause par les révélations de Mediapart (dîners fastueux entre amis sur les fonds publics et coûteuse rénovation de son logement de fonction) François Goullet de Rugy a présenté sa démission. Il s’en explique dans un communiqué :

« Depuis le début de la semaine dernière, Mediapart m’attaque sur la base de photos volées, de ragots, d’approximations, d’éléments extérieurs à ma fonction. La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute. Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques.

Face aux contre-vérités de Médiapart, j’ai déposé ce matin une plainte pénale en diffamation (…) Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l’objet me conduisent aujourd’hui à prendre le recul nécessaire – ce que chacun comprendra. La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le Président de la République et le Premier ministre.

Dès lors, j’ai présenté ma démission au Premier ministre ce matin (…) Je remercie le Président de la République et le Premier ministre de la confiance qu’ils m’ont témoignée en me demandant de relever le défi du ministère de la transition écologique et solidaire. Je leur redis ma fidélité.

Je pense aussi à mes collaborateurs qui ont servi avec conscience et engagement. Merci à elles et à eux. Je pense enfin à ma femme et à ma famille, que je veux aussi protéger par ma décision difficile. Je veux dire aussi à bientôt (…) »

Château d’Yquem et crustacés

Mediapart, rappelle Le Monde ;  a recensé mercredi 10 juillet une dizaine de repas, avec homards et grands crus, qui ont eu lieu entre octobre 2017 et juin 2018 et où étaient reçus à chaque fois entre dix et trente invités appartenant au cercle amical et relationnel (sic) de Séverine Servat de Rugy, l’épouse de l’ex-écologiste (re-sic), journaliste à Gala. Parmi les convives identifiés par le site figuraient aussi des membres de la famille de l’ancien président de l’Assemblée et des amis de son épouse. Les photos montrant Mme de Rugy poser devant une bouteille de Mouton Rothschild 2004 ou M. de Rugy devant une table de Saint-Valentin ornée de pétales de rose ont été abondamment relayées sur les réseaux sociaux et ont fait aussitôt scandale. On vit aussi des bouteilles de château d’Yquem étrangement trôner devant mayonnaise et crustacés.

D’autres révélations croustillantes suivirent. Et c’est peu dire que ces images passèrent mal – après les Gilets Jaunes et les exhortations gouvernementales et présidentielles à moins dépenser. La polémique fit des vagues grossissantes au sein même du parti du Président. La députée et ancienne ministre de l’écologie Delphine Batho estima très vite que la démission s’imposait. C’est donc fait. Reste la question du remboursement des sommes injustement dépensées… Et celle de savoir si l’ancien ministre d’Etat demeurera député.

Rappelons que François Goullet de Rugy, 45 ans, avait été nommé en septembre dernier au gouvernement après la démission surprise de Nicolas Hulot. Il nourrissait alors une nouvelle ambition : durer au « ministère de l’impossible ». « Je suis ici pour agir pour l’écologie avec méthode, détermination et persévérance dans le temps », avait-il lancé lors de sa prise de fonction au ministère.

« République de la délation »

La veille de l’annonce de cette démission Emmanuel Macron, depuis la Serbie amie, était revenu sur le dossier de Rugy, masi pour s’en prendre aux médias – comme il l’avait fait il y a un an lors de la piteuse affaire Benalla.  Voici ce qu’il déclara :

« Il y a encore dans notre pays le respect de la personne individuelle, des droits de la défense et de la possibilité de répondre, sinon ça devient la République de la délation. Il suffit que je sorte une photographie, dise des choses sur vous, sur n’importe qui, ça devient les Dix petits nègres « Je souhaite que chacun puisse être respecté, que les principes que j’ai posés soient respectés »

« Dix petits nègres » ?Quel rapport avec la République française, le contre-pouvoir médiatique et le respect de la personnes. Est-ce l’inconscient du Président qui nous parle depuis la lointaine Serbie ?

On se souvient de ce célèbre roman d’Agatha Christie, vieux précisément de quatre-vingts ans. En quoi concerne-t-il François de Rugy ? Dix personnages, qui ont tous, par le passé, perpétré un homicide devant lequel la justice est impuissante, sont invités à se rendre sur une île : bien qu’ils en soient alors les seuls résidents, ils sont mystérieusement assassinés les uns après les autres, d’une façon qui rappelle les dix couplets d’une comptine. Voici le premier couplet :

« Dix petits nègres s’en allèrent dîner.
L’un d’eux s’étouffa
et il n’en resta plus que Neuf. »

On attend la suite.

A demain @jynau

Leucémies et électricité : les troublantes recommandations sur les Lignes à Haute Tension

Bonjour

Alors ? Dangereuses ou pas ? On ne le saura pas. Ou du moins pas de sitôt. Telle est la principale conclusion d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) – « avis du 5 avril rendu public vendredi 21 juin » : « Effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences ».

Nous sommes ici aux confins des inquiétudes de l’exécutif, de l’invisible et de la réduction des risques. Six ans de travail. L’Anses avait été saisie le 27 février 2013 par les ministères en charge de la santé, du travail, de l’environnement et de l’agriculture. Deux missions. D’abord approfondir l’expertise scientifique relative aux conséquences sur la santé animale et les performances zootechniques de l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences. Ensuite réaliser une mise à jour de l’expertise scientifique sur les effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences, pour la population générale et les travailleurs.

Cœur du sujet, en 2013 : l’étude Géocap (Sermage-Faure et al. 2013), dont l’objectif était d’étudier l’influence de différentes expositions environnementales en France sur le risque de cancer de l’enfant. Elle avait « mis en évidence », chez les enfants âgés de moins de 5 ans, une association statistiquement significative entre le fait d’habiter à moins de 50 m de l’aplomb d’une ligne de transport d’électricité à très haute tension (supérieure à 225 kV) et le risque de développer une leucémie infantile. C’était une nouvelle étude épidémiologique sur un vieux sujet à très haut potentiel polémique.

« Ce n’était pas la première, tant s’en faut, à mettre en évidence une telle association, mais d’autres enquêtes épidémiologiques donnent des résultats contradictoires, se souvient Le Monde (Stéphane Foucart). La co-saisine par le ministère de l’agriculture était justifiée par les suspicions d’effets délétères sur les animaux d’élevage. L’Anses a abordé cet aspect dans un rapport précédent, rendu en 2015, qui ne mettait pas en évidence de liens. »

Où en sommes nous, six ans plus tard ?  « S’agissant des suspicions d’effets sur les humains, nous avons voulu passer en revue l’ensemble de la littérature sur le sujet, des études menées in vitro ou sur l’animal, aux études épidémiologiques disponibles, précise Olivier Merckel, chef de l’unité Agents physiques, nouvelles technologies et grands aménagements à l’Anses. Plusieurs ont été publiées depuis 2010 et trouvent plutôt moins fréquemment de lien entre lignes à haute tension et leucémies infantiles que les études plus anciennes, mais un certain nombre d’entre elles indiquent toutefois une association. »

L’angoisse des « gueules noires » de Moselle

En 2010, l’Anses soulignait « la convergence d’études épidémiologiques » qui montraient une association entre la survenue de leucémie infantile et l’exposition aux champs magnétiques basses fréquences à des niveaux supérieurs à 0,2 µT ou 0,4 µT [microTesla]. Au regard des nouvelles données, l’Agence confirme le niveau de preuve « limité » associé à cet effet à long terme.  Dans le cadre de cette expertise, l’Anses explique avoir  financé une étude afin de quantifier la part de la population française, et plus spécifiquement les enfants, exposée à de tels niveaux de champs émis par une ligne à haute tension. Cette étude a été menée par une équipe de l’Inserm et du CHU de Caen. Elle indique qu’environ 40 000 enfants de moins de 15 ans (0,35 % de la population) sont exposés à leur domicile à un champ magnétique supérieur à 0,4 µT, et environ 8 000 enfants (0,18 %) sont scolarisés dans une école exposée à un champ magnétique supérieur à 0,4 µT.

Mais encore ? Considérant l’ensemble de ces résultats, l’Agence « réitère sa recommandation de limiter, par précaution, le nombre de personnes sensibles exposées autour des lignes à hautes tension ainsi que les expositions ». À ce titre, elle recommande « de ne pas installer ou aménager de nouveaux établissements accueillant des personnes sensibles (hôpitaux, écoles…) à proximité immédiate des lignes à très haute tension, ni d’implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements ».

Ce n’est pas tout. A des niveaux d’exposition élevés (pouvant être rencontrés en milieu professionnel) des études expérimentales ont mis en évidence la possibilité de certains « effets biologiques » (« stress oxydant, effets génotoxiques, effets sur la physiologie cellulaire »). S’alarmer ? Pas vraiment : l’Anses indique que les études épidémiologiques « sont trop hétérogènes pour établir un lien entre l’exposition professionnelle et l’apparition de pathologies chroniques, en particulier maladies neurodégénératives et tumeurs du système nerveux ». Que faire ? « Il apparaît nécessaire de poursuivre les recherches concernant le risque éventuel de pathologies associées à l’exposition aux champs magnétiques basses fréquences » répond l’Agence.

Et cette dernière « d’attirer l’attention sur les cas d’exposition de la femme enceinte au travail ». Pourquoi ? Car « il a été montré que dans certains scénarios d’exposition professionnelle, la densité de courant induite chez le fœtus peut être supérieure aux valeurs limites recommandées pour la population générale ». L’Anses recommande donc « de mieux informer et sensibiliser les femmes sur les dispositions réglementaires d’aménagement de leur poste de travail lorsqu’elles sont enceintes, afin de limiter l’exposition du fœtus aux champs électromagnétiques basses fréquences ».

21 juin 2019. Le jour même de la publication de cet avis, Le Monde (Patricia Jolly) nous apprend que la veille, lors d’une audience à la chambre sociale de la Cour de cassation réunie en formation plénière, l’avocate générale, Catherine Courcol-Bouchard, a requis le rejet du pourvoi formé par ces « gueules noires » de Moselle contre une décision de la cour d’appel de Metz de 2017. Plus de 700 mineurs exposés à un cocktail de produits toxiques et cancérogènes durant toute leur carrière professionnelle, vivent dans la peur de tomber malade à tout moment. Ils réclament justice depuis juin 2013.

On ne tirera bien évidemment aucune conclusion de ce qui n’est qu’une coïncidence : l’Anses venait alors d’être saisie par les ministères en charge de la santé, du travail, de l’environnement et de l’agriculture inquiets des possibles effets délétères de l’électricité sur les animaux et sur les jeunes humains.

A demain @jynau

EDF refuse de poser des filtres magnétiques chez ses clients médicalement «hypersensibles»

Bonjour

Qui comprendra quoi à cette décision de justice ? D’une part c’est une nouvelle défaite judiciaire pour les militants opposés à l’installation à leur domicile de compteurs électriques Linky.  Le juge des référés du tribunal de grande instance de Bordeaux a débouté, mardi 23 avril, 206 plaignants « anti-Linky ». Réunis pour certains en associations ils réclamaient l’arrêt du déploiement, ou le retrait, de ces « compteurs intelligents » – invoquant des raisons de santé, une atteinte au libre choix, à la vie privée, ou le manque de professionnalisme des poseurs. D’autre part la même justice entend les personnes « hypersensibles » dotées d’un certificat médical.

« De nombreux collectifs de citoyens ne veulent pas de ce nouvel appareil vert anis capable de fournir via Internet des données sur la consommation électrique des foyers qui en sont équipés, rappelle l’AFP. D’ici à 2021, 35 millions de compteurs communicants doivent obligatoirement être en service, selon un décret d’août 2010. »

« Treize certificats médicaux à l’appui »

Pour le juge bordelais il apparaît que les demandeurs « ne justifient pas de l’existence d’un trouble manifestement illicite, que ce soit par rapport au droit à la consommation ou au Règlement général sur la protection des données (RGPD) ». « Ils ne justifient pas davantage d’un dommage imminent, que ce soit par rapport à leur santé, à la sécurité des personnes et des biens ou à la qualité du travail demandé aux installateurs », ajoute-t-il, dans une décision à laquelle l’Agence France-Presse a eu accès.

Mais dans le même temps le juge des référés a considéré que treize des requérants qui avaient, certificats médicaux à l’appui, invoqué des symptômes (maux de tête, insomnies, notamment) à l’audience de mars, « justifient d’un trouble manifestement illicite par manquement d’un principe de précaution ». Pourquoi ? Parce la pose d’un compteur Linky s’est faite chez eux « sans la pose d’un filtre les protégeant des champs électromagnétiques ». Dans leurs cas, il a donc condamné Enedis à poser sous deux mois un « dispositif de filtre les protégeant » de ces champs. Enedis, filiale d’EDF, a « prévu de faire appel de cette décision ». Elle assure que « toutes les mesures réalisées par les organismes indépendants mettent en évidence des niveaux de champs électriques et magnétiques très largement inférieurs aux limites réglementaires ».

 Plus qu’une question financière il semble bien qu’il s’agisse ici d’une question de principe. Pourquoi poser un filtre dès lors que l’on refuse la relation de causalité ? Il serait, de ce point de vue, intéressant de pouvoir consulter les certificats médicaux qui ont conduit le juge de Bordeaux à cette cote rationnellement bien mal taillée.

A demain

@jynau

 

Linky® et big data : des chaînes humaines contre un compteur électrique qui communique

Bonjour

5 mai 2018. La chaleur envahit la France. A Paris des dizaines de milliers de personnes réunies pour la « fête à Macron ». Un président de la République et, en même temps, « des riches » qui célébrera demain sa première année d’exercice du pouvoir suprême. Des cheminots affolés du futur qu’on leur promet : grève « perlée ». Des soignants hospitalier usés, ne sachant plus quels saints prier – qu’ils croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas. Un pays fracturé qui peine à célébrer – via ses médias – le cinquantenaire d’un mouvement autoproclamé révolutionnaire.

Est-ce là un terreau rêvé pour l’émergence de l’étrange ?

Téléportons-nous, dans le charmant petit village d’Autrans, département de l’Isère, massif du Vercors, ancienne province du Dauphiné. Le bourg, situé dans une grande clairière, et l’ensemble de ses hameaux occupent le val de Méaudre, drainé par un affluent de la Bourne, le Méaudret. Le territoire de la commune est encadré par de nombreuses montagnes de moyenne altitude dont les sommets ne dépassent pas 1 800 m, la Sure, le bec d’Orient, le sommet de Plénouze, la Molière.

« Gilets fluo »

Ce n’est pas tout : du fait de sa situation sur un sol de nature karstique, Autrans dispose d’un important réseau hydrographique souterrain. Est-ce là l’explication du phénomène rapporté par l’AFP ?

« Vêtues de gilets fluo, quelque trois cents personnes de tous âges ont formé, samedi 5 mai, une chaîne humaine samedi pour protester contre les compteurs communicants Linky®. Sous un soleil radieux, les membres de collectifs anti-Linky, venus en famille de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ont défilé dans une ambiance festive dans les rues et les champs de ce village du massif du Vercors. « Enedis, touche pas à mon compteur », proclamait une grande banderole, tandis que les pancartes dénonçant le compteur communicant fleurissaient parmi les marcheurs. »

La révolte gronde et, désormais une épidémie pointe. Le 26 avril, un collectif d’opposants au compteur Linky® a annoncé à Bordeaux avoir saisi en référé une vingtaine de tribunaux de grande instance en France pour demander de « surseoir à l’installation » de ces appareils.

Surseoir ? C’est, très précisément ce qui ne peut être entendu en haut lieu. Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité en France s’est fixé un objectif : avoir installé, en France, 34 millions de ces compteurs communicants à la fin de 2021. Au rythme de dix mille par jour…

 Pour les opposants le complot est là, la cause entendue : « L’Etat connecte nos foyers à des systèmes communicants centralisés et remplace toute intervention humaine par le pilotage automatique et le big data ». Ce qui n’est pas faux et qui n’est pas pour rassurer. Mais que fera-t-on demain, à Autrans, sans la vieille fée Electricité ?

A demain