Attaché.e.s de presse et soupçons de conflits d’intérêts : un bel exemple à méditer

Bonjour

Mercredi, Le Canard chasse. Dans son viseur Sophie Le Quellec. Qui la connaissait ? Elle  a été nommée, le 3 juin 2019, « directrice de la communication et des relations institutionnelles » de la prestigieuse Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail. Et, en même temps, Directrice de cabinet du Directeur général de l’Agence (le scientifique Roger Genet). Elle est officiellement présentée ainsi à la presse spécialisée :

« Spécialiste des enjeux de communication associés aux sujets scientifiques et techniques d’intérêt public, Sophie Le Quellec coordonne désormais la réflexion et les actions visant à renforcer le rayonnement de l’expertise et les valeurs de l’Anses. Elle succède à Alima Marie-Malikité, nommée Directrice de la communication à Météo France.

« Ingénieur agronome, Sophie Le Quellec débute sa carrière comme chargée de communication pour la Société commerciale des potasses d’Alsace. Après une première expérience dans le conseil, en tant que directrice d’études auprès d’entreprises du secteur agricole, puis après avoir suivi un cursus de formation en communication institutionnelle au Celsa, elle rejoint en 2002 l’agence de communication et de relations publiques i&e.  Chez i&e puis Burson-Marsteller i&e, où elle évolue jusqu’au poste de directeur conseil, elle se spécialise dans le domaine de la santé et en particulier dans les sujets de santé publique, de santé environnementale ou encore d’innovation médicale

« Elle conseille et accompagne notamment l’Afsset, l’Agence de la biomédecine et le ministère en charge de l’écologie sur des orientations de communication institutionnelle, des campagnes de santé publique (don d’organes, don de gamètes) et des actions de concertation (Etats généraux de la bioéthique 2009, Assises nationales des risques naturels 2013, Rencontres nationales santé environnement 2013).

Un CV du genre à se pâmer

« En 2016, Sophie Le Quellec rejoint l’Unédic pour accompagner le développement de sa communication sur sa performance et son utilité sociale en tant que gestionnaire de l’Assurance chômage. Promue directrice de l’information et de la communication en 2017, elle s’attache à faire connaître et à mettre en valeur l’appui expert apporté par l’Unédic aux récentes phases de négociation et de concertation entre les partenaires sociaux, et entre les partenaires sociaux et l’Etat. 

« Sophie Le Quellec assure désormais la fonction de directrice de cabinet du directeur général et pilote la stratégie de communication et des relations institutionnelles de l’Anses. A ce titre, elle impulse et met en œuvre les orientations de l’Agence pour diffuser ses travaux scientifiques en appui aux politiques publiques. Elle contribue ainsi à poursuivre un dialogue continu avec l’ensemble des partenaires et parties prenantes afin de partager l’expertise scientifique de l’Anses selon ses principes d’ouverture et de transparence. »

Salaire non précisé. Au terme ce ce CV à se pâmer la nouvelle Directrice déclare :

« Soucieuse de l’utilité sociale des projets et actions que je porte, j’adhère pleinement aux engagements scientifiques et déontologiques ainsi qu’aux valeurs de transparence et de dialogue portés par l’Anses. Alimenter les débats et la décision de repères scientifiques solides, c’est essentiel pour accompagner les politiques publiques au plus près des réalités sanitaires et des questions de la société civile. »

C’est alors que Le Canard (Isabelle Barré) entre en scène. Il rapporte (« Une recrue très industrieuse ») que priée de préserver une totale indépendance vis-à-vis des lobbys, l’Anses vient d’opérer un choix qui se discute : chez i&e et Burson-Marsteller les cliens se nommaient Coca Cola, Findus, Danone, Total, Bayer et Monsanto. Et Le Canard de se souvenir que Sophie Le Quellec a participé, au début des années 2000 à une oparation de communication commanditée par un consortium d’industriel – dont Monsanto « visant à redorer le blason des OGM. « C’est, dit-elle aujourd’hui, un atout » :

« J’ai observé des points de vue très divers et je sais accueillir la complexité des sujets ». [sic ajoute le volatile]

On pourrait retourner le compliment. Dénoncer un parcours qui pourrait laisser redouter une forme de duplicité. Se morfondre de la dissolution des cohérences dans le ciel des idéologies disparues. Et après ?

A demain @jynau

Nucléaire : des pilules iodées gratuites pour deux millions de Français. Trente-huit ans après

Bonjour

Rappel : la prise d’iode stable (iodure de potassium) permet de protéger la thyroïde contre les effets des rejets d’iode radioactif qui peuvent intervenir en cas d’accident nucléaire C’est une information relayée par l’AFP : 2,2 millions de riverains des centrales nucléaires françaises vont bientôt recevoir des comprimés d’iode et des informations sur la conduite à tenir en cas d’accident. Annonce faite, lundi 3 juin, par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Les dix-neuf centrales exploitées par EDF disposent chacun d’un plan particulier d’intervention (PPI) qui détermine les actions de protection et les moyens de secours en cas d’accident. Or leur rayon est étendu à 20 km autour des centrales, contre 10 km auparavant – décision prise en 2016 par Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement et de l’Energie.  

Cette extension « vise à organiser au mieux la réponse des pouvoirs publics ainsi qu’à sensibiliser et préparer la population à réagir en cas d’alerte nucléaire », précise l’ASN dans un communiqué. Elle concerne 2,2 millions de personnes et plus de 200 000 établissements recevant du public (ERP : établissements scolaires, restaurants, magasins, gares, équipements sportifs…) répartis sur 1 063 communes.

L’ASN annonce aussi le lancement d’une campagne d’information auprès des habitants concernés, tandis que la distribution de comprimés d’iode aura lieu en septembre : les personnes concernées recevront un bon pour aller retirer leurs comprimés en pharmacie.

Plan Orsec-Rad

Il y a trente-huit ans Le Monde s’intéressait à ce sujet :  « Accident nucléaires et pilules iodées » (1er novembre 1981). Les autorités sanitaires de l’État du Tennessee venaient alors d’annoncer la distribution prochaine de pilules contenant de l’iodure de potassium aux sept mille familles qui habitent dans un rayon de 8 kilomètres autour de la centrale nucléaire de Sequoyah. « Ces pilules sont destinées à empêcher, en cas d’accident nucléaire, l’absorption par l’organisme de l’iode radioactif contenu dans les émanations gazeuses, expliquions-nous alors. Le principe est simple : il consiste à saturer la glande thyroïde en iode stable de manière à éviter la fixation du composé radioactif au niveau de cette glande. Observée dans les plus brefs délais après l’alerte, cette précaution peut prévenir les graves conséquences pathologiques – immédiates ou chroniques – qu’entraînerait une telle fixation. »

Et la France ? « Les responsables français – civils et militaires – en matière de risque nucléaire semblent avoir, eux aussi, envisagé des actions préventives du même type, ajoutions-nous.   » Ces produits, explique un responsable militaire, font partie de nos trousses de traitement et sont utilisés là où peut exister une nuisance radio-logique.  » Le plan Orsec-Rad (1) ne prévoit cependant aucune protection de ce type. On n’envisage aucunement, d’autre part, de distribution préventive aux populations habitant à proximité des centrales nucléaires.

« Pour les responsables français, le délai entre l’annonce d’un accident dans le fonctionnement d’une centrale nucléaire et les risques pour les populations serait suffisamment long pour que l’on puisse organiser une distribution collective de composés iodés. On précise aussi que seules des autorités médicales compétentes pourraient décider qu’une telle distribution puisse avoir lieu.

« Les quelques éléments d’Information – parfois divergents – fournis au ministère de l’intérieur (protection civile), au Service central de protection contre les rayonnements rayonisants (S.C.P.R.I.) ou au ministère de la défense ne permettent pas de conclure qu’un tel schéma soit véritablement opérationnel. Aucune indication n’est notamment fournie en ce qui concerne le volume et l’emplacement des stocks d’iodure de potassium. Seront-ils centralisés ou non ? Sous la garde d’une autorité civile ou militaire ? Qui effectuera, le cas échéant, les distributions ? Disposera-t-on du temps nécessaire pour fournir des explications aux personnes concernées ? Surtout, et compte tenu du faible nombre d’accidents survenus jusqu’à présent dans les centrales nucléaires, quels sont les éléments permettant de conclure que la mise à disposition des composés iodés pourra se faire en temps utile ? »

C’était il y aura trente-huit ans, en novembre prochain.

A demain

@jynau

(1) Les plans Orsec-Rad sont des annexes des plans Orsec départementaux, qui organisent les secours à mettre en œuvre  » en cas d’accident grave d’origine militaire ou civile, pouvant entraîner des risques radiologiques pour la population ». En 1979, M. Christian Bonnet, ministre de l’Intérieur, avait déclaré que ces plans ne seraient pas publiés « pour des raisons touchant simultanément à la défense et à la sécurité publique « .


Cigarette électronique soluble dans le capitalisme (à propos de British American Tobacco) ?

Bonjour

Morale et business. Faut-il avoir « honte » de travailler pour Big Tobacco au même titre qu’il faut, aujourd’hui, avoir « honte » de prendre l’avion 1 ? Ce n’est pas une nomination comme les autres. Elle survient chez British American Tobacco (BAT) 2 : l’annonce de la nomination, le jour même, de Mauricio Lara-Ferez au poste de Directeur Général France. Il occupait depuis 2016 les fonctions de Directeur Marketing de BAT France et Europe de l’Ouest.

« Diplômé du Monterrey Institute of Technology and Higher Education, Mauricio Lara-Ferez a commencé sa carrière professionnelle en 2000 au Mexique au sein du département Marketing du groupe Unilever. En 2009, il rejoint BAT Mexique en tant que Directeur du Développement Marketing puis Directeur de Marque. De 2013 à 2016, il occupait les fonctions de Directeur Régional du Planning Stratégique de BAT Europe de l’Ouest. Cette nomination fait suite au départ de Richard Bakker du poste de Directeur général de BAT France et Europe de l’Ouest et dont les nouvelles fonctions au sein de BAT seront annoncées prochainement. »

Mauricio Lara-Ferez a déclaré : «Je suis très honoré et enthousiaste à l’idée de relever de nouveaux défis en qualité de Directeur Général France. La filiale française du groupe BAT est engagée dans une dynamique très positive. Elle dispose de marques de cigarettes fortes et elle est récemment devenue n°1 de la cigarette électronique en France chez les buralistes grâce à sa marque VYPE. J’entends poursuivre la stratégie engagée par mon prédécesseur».

Au-delà de ses responsabilités en matière de développement commercial, Mauricio Lara-Ferez sera également chargé de mettre en avant la contribution de BAT sur d’importants sujets de débat public parmi lesquels : trajectoire fiscale sur les produits du tabac, lutte contre la contrebande, traçabilité, accompagnement des buralistes dans leurs projets de transformation, mise en place de mécanismes de lutte contre la pollution générée par les mégots de cigarettes, développement de la cigarette électronique en tant qu’alternative à la cigarette combustible dans une perspective de santé publique.

« Santé publique ». Un siècle plus tard Big Tobacco découvre que ce concept existe. Ce qui donne, chez lui : « Transforming Tobacco ». Où l’on peut lire ceci, en note du communiqué de nomination :

« Pour la première fois dans l’histoire, les innovations technologiques, les transformations sociétales et l’importance croissante des enjeux de santé publique convergent pour permettre à une opportunité unique de se concrétiser : proposer aux consommateurs des alternatives crédibles et efficaces au tabac combustible, avec un risque potentiellement réduit sur la santé (tabac à chauffer, vapotage, produits nicotiniques…). BAT est résolument engagée dans cette transformation historique. »

 Business as usual entrelardé de morale et de publicité. Pour un peu on applaudirait devant tant de plasticité incluant la cigarette électronique. Les avionneurs parviendront-ils à réaliser un tel exploit face au réchauffement climatique ?

A demain

@jynau

1 Dutheil G « Le mouvement ‘’la honte de prendre l’avion’’ inquiète le secteur aérien. Les compagnies, réunies ce week-end en Corée du Sud, s’inquiètent de l’« aviation bashing » et de l’instauration d’une taxe pour lutter contre le réchauffement climatique. » Le Monde du 3 juin 2019

2 La firme se présente ainsi : « British American Tobacco (BAT), entreprise fondée en 1902, est la seconde plus grande entreprise de tabac manufacturé au monde en parts de marché. Ses marques sont vendues dans plus de 200 pays. Sa filiale française, British American Tobacco France emploie près de 250 collaborateurs à travers le pays. Son activité comprend le soutien commercial, la vente et la distribution des produits du tabac du Groupe BAT sur le territoire national ainsi que ses gammes innovantes de produits de vapotage. » 

Quatre poumons, 160 000 euros : l’Etat est-il coupable de la pollution que nous respirons ?

Bonjour

Jusqu’où remonter dans l’enchaînement des responsabilités ? « C’est une première » annonce Le Monde (Stéphane Mandard). Mardi 28 mai, au tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’Etat est poursuivi pour son incapacité à protéger les citoyens contre la pollution de l’air. En clair : visé par un recours pour « carence fautive » parune mère et sa fille âgée de 17 ans, toutes deux atteintes de pathologies respiratoires importantes.

Pendant une vingtaine d’années, Farida a vécu à Saint-Ouen coincée entre le périphérique et deux avenues fréquentées. Elle souffre alors d’une toux persistante, de bronchites à répétition avec des signes d’asthme. Cures d’antibiotiques, douleurs, épuisement, arrêts de travail fréquents… sa vie est un calvaire. « Tous les jours, j’appréhendais, je regardais la qualité de l’air sur le site d’Airparif. Et si elle était vraiment très mauvaise, j’évitais de sortir », témoigne Farida dans un enregistrement sonore mis en ligne sur le site de l’association Respire, qui la soutient dans sa démarche, avec l’ONG Ecologie sans frontière.

Enfant la fille de Farida est une habituée des urgences pédiatriques et des séances de kinésithérapie respiratoire pour des bronchiolites. Puis, après l’âge de raison,  rhinopharyngites et crises d’asthme. Depuis qu’elle s’est installée avec sa fille à Orléans (sur « prescription médicale ») ces problèmes de santé ne seraient plus qu’un mauvais souvenir. Elles réclament aujourd’hui 160 000 euros d’indemnisation pour le préjudice qu’elles estiment avoir subi et dont elles tiennent l’Etat pour responsable. Pour Me François Lafforgue, leur avocat, la « carence fautive » de l’Etat est double : aucun dispositif efficace n’a été mis en place pour enrayer le phénomène de la pollution atmosphérique ni sur le long terme ni lors des pics de pollution.

Responsabilités et culpabilités

Et Me Lafforgue de rappeller que la France est en infraction avec le droit européen pour des dépassements répétés des normes sur la qualité de l’air. Visé par le recours de Farida et de sa fille, François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire soutient via son ministère que « l’Etat a pris toutes les mesures nécessaires, dans la limite des responsabilités qui lui incombent en la matière, pour ramener les concentrations de polluants en deçà des valeurs limites » fixées par la directive européenne sur la qualité de l’air, et que ces actions ont permis ces dernières années « une réduction » pour les PM10 et le NO2 en région parisienne.

Quant à la  Préfecture de police de Paris (Christophe Castaner), elle reporte la faute sur la victime, estimant que le dommage qu’elle a subi est « la conséquence directe et exclusive d’un choix strictement personnel ». Pourquoi ne pas quitter une ville polluée quand on se sait de constitution pulmonaire fragile ? Et de quel droit accuser l’Etat de sa propre incurie ?

Le droit, précisément. Pour le rapporteur public, avant de rendre son jugement, le tribunal doit vérifier si les troubles médicaux sont bel et bien dus à la pollution de l’air de Saint-Ouen. Relation de causalité ou simple corrélation. Que serait la justice sans la science et la médecine ?

Dans l’affaire Farida le tribunal administratif de Montreuil rendra son jugement dans une quinzaine de jours. Une cinquantaine d’autres recours ont été déposés pour les mêmes motifs par des victimes de la pollution de l’air à Paris, Lyon, Lille et Grenoble. Ils devraient être audiencés dans les prochaines semaines.

« La pollution, rappelle Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou)  est responsable de 48 000 à 67 000 décès prématurés chaque année en France – et de 4,2 millions dans le monde. D’après « The Lancet Planetary Health », il y aurait 4 millions de nouveaux cas d’asthme pédiatrique dans le monde liés à la mauvaise qualité de l’air. » Jusqu’où la justice française remontera-t-elle dans l’enchaînement des culpabilités ?

A demain

@jynau

Le Soja et les hormones perturbées : peut-on encore en manger sans s’exposer au danger ?

Bonjour

Soja : soya, pois chinois ou haricot oléagineux (Glycine max) – espèce de plante annuelle de la famille des légumineuses (fabaceae), originaire de l’est de l’Asie.  Véganisme ou pas, permet de limiter sa consommation de viande. Or voici que L’UFC-Que choisir lance une alerte : le soja pourrait être un « perturbateur endocrinien » majeur. Tout est expliqué dans un communiqué de l’association de défense de consommateurs :

« Sur la base d’un test en laboratoire sur des produits à base de soja, révélant des teneurs particulièrement préoccupantes en phytoestrogènes, des composés fortement suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, l’UFC-Que Choisir saisit l’ANSES et la DGCCRF pour renforcer la sécurité et l’information sur les produits alimentaires en contenant. Dans cette attente, l’Association formule des recommandations à l’attention des consommateurs pour limiter leur exposition à ces substances potentiellement nocives.

« Dans le cadre des préoccupations croissantes en matière de santé, de bien-être animal ou encore de bilan carbone, le soja se révèle une alternative intéressante pour les consommateurs désirant limiter leur consommation de viande. Revers de la médaille, le soja est aussi une source importante de phytoestrogènes (appelés isoflavones dans le cas du soja). Ces substances dont la structure moléculaire est proche d’une hormone naturelle du corps humain, pourraient être des perturbateurs endocriniens et favoriser certains cancers, voire agir sur le fœtus, le jeune enfant ou la fertilité. A ce titre, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avait émis dès 2005 un avis2 pour limiter la présence de ces substances et mieux informer les consommateurs. »

L’UFC-Que Choisir a mesuré les doses de phytoestrogènes dans cinquante-cinq aliments courants à base de soja (plats préparés, biscuits, desserts, boissons, apéritifs et sauces) afin de calculer l’exposition des consommateurs par rapport aux valeurs jugées tolérables par l’ANSES. Quatorze ans après les premières recommandations de l’Agence, les résultats sont particulièrement préoccupants :

Jusqu’à 5 fois la dose maximale dans une seule portion ! Les produits les plus mal notés de notre test excèdent très largement les doses maximales admissibles. Un verre de la boisson au soja « Sud-Ouest nature » de la marque Cereal Bio apporte à lui seul près de 150 % de la dose maximale admissible pour un adulte, quand une portion du « couscous gourmand protéines de soja » de Jardin Bio dépasse trois fois et demie cette dose. Pire, une seule poignée de graines de soja toastées pour apéritif « Soya party nature » de Soy, renferme plus de 5 fois la dose maximale !

Des phytoestrogènes dans les boulettes de viandes ! Loin de se cantonner aux « laits » de soja et au tofu, les phytoestrogènes se nichent également dans des aliments où on ne s’attendrait pas à trouver du soja. Ces protéines bon marché ajoutées par les fabricants dans certaines boulettes de viande, peuvent exposer les consommateurs à des teneurs élevées en phytoestrogènes. Ainsi, sur les douze produits à base de viande de notre échantillon (boulettes « au bœuf », nuggets « au poulet », tomates farcies …), cinq d’entre eux apportent dans une portion plus d’un quart de la dose maximale. Les teneurs les plus élevées ont été trouvées dans les boulettes « au bœuf » de chez Auchan, Leader Price et Leclerc dont chaque portion apporte respectivement 68 %, 60 % et 42 % de la dose maximale admissible pour un enfant.

Pas plus d’un produit au soja par jour. Si les teneurs relevées dans les autres produits sont un peu moins élevées, c’est le cumul qui pose problème. Une consommation régulière expose ainsi les consommateurs à de forts dépassements équivalents à deux fois et demie la dose maximale admissible pour les adultes ou les enfants. Ceci explique que l’Anses recommande d’éviter la consommation de produits à base de soja pour les femmes enceintes et les enfants de moins de trois ans. Sur cette base, il apparaît prudent de ne pas consommer plus d’une portion de produit à base de soja par jour.

Et l’UFC-Que Choisir de saisir l’Anses (pour qu’elle réévalue le niveau de risque pour les consommateurs) et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour qu’elle « rende obligatoires sur l’étiquetage les teneurs en phytoestrogènes présentes dans les produits, ainsi qu’une mention sur les restrictions à la consommation pour les enfants et les femmes enceintes ».

En attendant elle recommande aux consommateurs : d’éviter la consommation de tout produit contenant du soja pour les enfants de moins de trois ans et les femmes enceintes ; de  limiter la consommation de produits à base de soja à une portion par jour ; de privilégier les produits les mieux notés dans notre test consultable gratuitement sur son site quechoisir.org.

Réplique

Réaction immédiate de la firme Sojaxa 1 qui dénonce la méthodologie mise en œuvre et qui dit « se tenir à la disposition de l’Anses ».

« Après avoir indiqué que les produits au soja séduisent un large public soucieux de limiter sa consommation de viande, tant pour sa santé que pour celle de la planète et que ses atouts nutritionnels sont bien réels, le dossier de l’UFC-Que Choisir fait une impasse totale sur ce sujet (…)   Le soja a, en effet, des atouts conséquents. Il est riche en protéines de très bonne qualité nutritionnelle. Par ailleurs, la consommation d’aliments au soja contribue à limiter les apports excessifs en acides gras saturés. Le profil en acides gras du soja est caractérisé par un faible apport en acides gras saturés et une majorité d’acides gras insaturés (85 % des acides gras totaux dont 7 % d’acides gras polyinsaturés oméga-3). Ce profil particulier permet aux aliments au soja de participer au maintien d’un taux normal de cholestérol circulant, ce taux étant un marqueur du risque cardiovasculaire.

Les deux isoflavones majeures du soja, la daidzéine et la génistéine, ont une structure chimique proche de l’œstradiol. Mais leur activité est bien moindre et différente de celle des œstrogènes féminines (…) Certaines publications scientifiques ont laissé supposer que les isoflavones pourraient avoir des effets défavorables sur la santé, mais ces publications reposent principalement sur des modèles animaux. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a récemment conclu que les isoflavones ne nuisent pas à la santé des femmes ménopausées (notamment vis-à-vis du cancer du sein et concernant la fonction thyroïdienne).

Olivier Clanchin, Président de Sojaxa : ‘’Les produits au soja, issus de l’agriculture française et garantis sans OGM que proposent nos membres, ont toute leur place dans le cadre d’une alimentation diversifiée et équilibrée. Ces produits, tels que nous les concevons, sont une opportunité pour répondre aux enjeux de santé individuels et collectifs actuels tout en étant respectueux de l’environnement. Ce sont ces valeurs et apports que nous souhaitons plus que jamais faire reconnaître et nous sommes, comme toujours, à la disposition de l’Anses si celle-ci décide d’actualiser ce dossier’’ ».

Actualisons

A demain

@jynau

1 Sojaxa se présente ainsi : « Créée en 1989, Sojaxa est l’association pour la promotion des aliments au soja. Elle réunit les acteurs de la filière partageant les mêmes valeurs et désirant faire connaitre au plus grand nombre les atouts nutritionnels et environnementaux des aliments au soja français. Pour en savoir plus : www.sojaxa.com »

 

Dès demain, fin des inhumations et autres crémations : vive le «compost humain» !

Bonjour

Avant de donner l’information qui justifie le titre de ce post, quelques rappels sont nécessaires.

1 Loin des tickets de transports le « compostage » est une opération durant laquelle des déchets organiques sont dégradés dans des conditions contrôlées, en présence de l’oxygène de l’air et d’humidité – et ce par l’action conjuguée des bactéries, champignons, micro-organismes et autres macro-organismes. Le produit obtenu,  riche en éléments nutritifs, peut ensuite être intégré au sol afin de l’enrichir.  

2 Le « compost » résulte de ce processus de transformation, ayant pour origine l’humain tandis que l’humus résulte d’une transformation naturelle. Pour autant l’humus partage avec le compost beaucoup de propriétés, notamment la capacité à retenir l’eau et les nutriments. De très nombreux types de sous-produits et de déchets organiques peuvent être compostés (plus ou moins bien) : déchets de cuisine, sous-produits de jardin, déchets de maison, mais aussi certains déchets et sous-produits de l’industrie abro-alimentaire – sans parler des boues d’épuration, des fumiers ou des digestats de méthanisation.

De même que le labourage et pâturage furent longtemps les deux mamelles de la France (et qu’un binage vaut deux arrosages) compost et compostage sont deux préoccupations de notre époque écartelée obsédée par le recyclage et l’obsolescence programmée.

Solutions alternatives à l’inhumation

L’information (AFP) : les habitants de l’Etat de Washington vont désormais pouvoir être transformés en « compost humain » et retourner, ainsi, littéralement à la terre. La loi autorisant la « réduction organique naturelle » – officiellement définie comme la « conversion, accélérée et en milieu clos, de restes humains en humus » – adoptée fin avril par le Parlement local a été promulguée mardi par Jay Inslee, gouverneur démocrate de cet Etat « très progressiste ». La mesure doit entrer en vigueur en mai 2020. Jay Inslee est candidat à l’élection présidentielle de 2020 sur un programme misant beaucoup sur l’écologie.

« La recomposition offre une alternative à l’embaumement et à l’inhumation ou à la crémation, elle est naturelle, sûre, durable, et permet des économies importantes en matière d’émissions de CO2 et d’utilisation des terres », plaide Katrina Spade, 41 ans, qui a vanté la loi auprès des élus locaux. La jeune femme s’est prise de passion pour ces solutions alternatives à l’inhumation voici plus de dix ans – et elle a créé à Seattle la société « Recompose », qui a mis au point un processus de compostage humain qu’elle s’apprête à commercialiser. Pour Katrina cette nouvelle option est aussi riche de spiritualité : « L’idée de retourner à la nature de manière aussi directe et d’être placé de nouveau dans le cycle de la vie et de la mort, est en fait assez belle. »

Epine et poussière

Mais il y a une épine : en dépit de la poussière qui doit redevenir poussière, la conférence épiscopale de l’Etat de Washington a officiellement pris position contre cette loi dans une lettre transmise au Parlement local : « L’Eglise catholique croit que traiter des restes humains de cette manière ne fait pas suffisamment preuve de respect pour le corps du défunt. » Il est vrai que l’Eglise a longtemps refusé la créamtion. Avant de s’incliner.

Mais il faudra aussi compter avec la concurrence au pays du capitalisme triomphant : les entreprises de pompes funèbres n’apprécient guère. « Recompose » prévoit de facturer 5 500 dollars pour une « réduction organique », davantage que le prix moyen d’une crémation mais moins qu’un enterrement avec cercueil de qualité.

A méditer : Soleil vert (1973). « Nous sommes à New York en 2022. La métropole est devenue une mégapole de 44 millions d’habitants. 33]C. L’eau est rare. La faune et la flore ont quasiment disparu. La nourriture issue de l’agriculture également. La plupart des habitants n’ont pas les moyens d’acheter des aliments naturels, les prix étant exorbitants. Ils en sont réduits à manger des produits de synthèse, fournis par Soylent Industries, sous forme de tablettes carrées de couleur jaune, rouge ou bleue. Un nouvel aliment vient d’être lancé, le Soylent Green ; beaucoup plus nutritif, cet aliment est cher et disponible uniquement le mardi (…) ».

A demain

@jynau

Le vigneron biologique et l’acidité trop volatile: ses deux mille bouteilles survivront-elles ?

Bonjour

Où l’on revient sur ce phénomène des temps moderne : l’affrontement entre la justice française et les chapelles de la viticulture biologique. Soit, en l’espèce, l’affaire de l’acidité volatile de Sébastien David, vigneron de Saint-Nicolas-de-Bourgueil . Un vigneron soutenu (à l’heure où nous écrivons ces lignes) par plus de 160 000 signataires via une pétition en ligne : « Soutenons Sébastien David, vigneron bio! ».

Au terme d’un imbroglio biologico-administratif qui reste à décrypter ce vigneron était convoqué devant le tribunal administratif d’Orléans. Grosse affluence, réseaux sociaux surchauffés et publicité nationale.

Amphores italiennes dans caves souterraines

Objet du litige : un arrêté préfectoral  pris suite à une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) – arrêté exigeant la destruction de 2078 bouteilles millésimées 2016 cuvée « Coef » (cabernet franc, vignes de plus de 50 ans, sol de gravier et d’ argiles, macération courte en grappes entières, élevé neuf mois en amphore Italienne – argile- dans des caves souterraines).

 Mais destruction imposée par la préfète d’Indre-er-Loire du fait d’une « acidité volatile » dépassant les limites autorisées et rendant ce vin impropre à la consommation. Ce que le vigneron conteste sur la base de ses propres contre-analyses.

On connaît désormais le jugement : le tribunal administratif d’Orléans n’a pas suspendu l’arrêté préfectoral. Les 2000 bouteilles devront partir à la vinaigrerie. Pour autant le même tribunal examinera la légalité de cet arrêté au plus vite après le 31 mai. Comment comprendre ? Joint par Le Figaro, Me Eric Morain – avocat du vigneron bio 1 -, explique: « le tribunal administratif d’Orléans a rejeté la demande de suspension de l’arrêté ordonnant la destruction du vin de Sébastien David, au motif qu’on ne démontrait pas qu’il y avait urgence. Mais dans le même temps, le tribunal a ordonné que le fond de l’affaire soit examiné très rapidement lors d’une prochaine audience».

Biodynamie et bilan carbone

Concrètement, la décision du tribunal administratif d’Orléans signifie que l’arrêté de la préfecture d’Indre-et-Loire est toujours valable. Sébastien David doit donc détruire ses 2078 bouteilles. Mais Me Eric Morain 1 estime que cette décision de justice  est «une pierre dans le jardin de l’administration». «Le tribunal dit qu’il va examiner la légalité de l’arrêté sur le fond très rapidement. Sous-entendu: ne forcez pas la destruction. Normalement l’administration dans toutes ses composantes devrait faire preuve d’une certaine mesure», estime l’avocat. Avant de poursuivre: «Nous n’avons pas l’intention de détruire les 2000 bouteilles ! ».

Quand Sébastien David sera-t-il définitivement fixé? Le tribunal administratif d’Orléans a indiqué ce lundi que l’échange des arguments entre les parties devrait être clôturé au plus tard le 31 mai. On peut le dire autrement : il y aura une audience après le 31 mai – toujours devant le tribunal administratif d’Orléans -, qui dira si l’arrêté préfectoral imposant la destruction des bouteilles est annulé ou non.

Dans l’attente, nous explique La Nouvelle République (Pascal Denis) le vigneron de Saint-Nicolas-de-Bourgueil (« 15 hectares en Agrobiologie et Biodynamie certifié DEMETER »), par ailleurs président des vignerons bio du Val de Loire,
« voyage entre Londres et New York pour vendre ses vins atypiques ». Où l’on voit que la biodynamie, tout bien pesé, sait ne pas trop s’embarrasser des bilans carbonés.

A demain

@jynau

1 Avocat au barreau de Paris depuis 1997, spécialisé en droit pénal, droit de la famille et droit de la presse, Eric Morain est également devenu « l’avocat du vin naturel ». Il est l’auteur de « Plaidoyer pour le vin naturel ». « Après avoir livré de nombreuses plaidoiries pour sa défense, et défendu des vignerons emblématiques tels que Olivier Cousin ou Alexandre Bain, et en ayant gagné tous ses procès, Eric Morain prend ici la plume pour raconter ces différentes histoires reprises par la presse, explique son éditeur. Il prône également la défense pour un vin naturel, une agriculture raisonnée pointant les incohérences des différentes accusations portées contre ses clients ou les « machinations » mises en place. C’est un « combat juridico-humain » qu’il nous conte de façon simple mais avec un style enlevé et joyeux. »

Les droits d’auteur générés par ce livre seront intégralement reversés à l’association « Vendanges Solidaires » qui vient en aide aux artisans vignerons sinistrés par les graves intempéries climatiques.