Le Roundup® cause de lymphomes ? Bayer dénonce le mélange des pommes et des oranges

Bonjour

La science est plurielle ;  toutes ses conclusions ne se valent pas. Et l’affaire Séralini, amplement médiatisée, nous a appris à être prudent quant aux affirmations sur les liens entre OGM,  Roundup et cancers. Pour autant comment passer sous silence la nouvelle étude qui vient d’être publiée dans ce domaine : « Exposure to Glyphosate-Based Herbicides and Risk for Non-Hodgkin Lymphoma: A Meta-Analysis and Supporting Evidence » (Mutation Research/Reviews in Mutation Research) ?

« C’est le dernier épisode en date du feuilleton scientifique sur le glyphosate/Roundup®, résume Le Monde daté du 19 février (Stephane Horel) qui consacre une très large place à cette méta-analyse dont les conclusions chiffrées sont peut-être moins parlantes qu’on pourrait a priori l’imaginer : « le risque de développer un lymphome non hodgkinien (LNH), est accru de 41 % pour les travailleurs les plus exposés à l’herbicide inventé par Monsento, vendu sous le nom commercial de Roundup® est aujourd’hui le plus utilisé au monde. »

Porte-à-faux

Le Monde a, ici, contacté l’une des auteures de ce travail : Emanuela Taioli, spécialiste d’épidémiologie (Institute for Translational Epidemiology and Department of Population Health Science and Policy, Icahn School of Medicine at Mount Sinai, New York). Sans surprise cette dernière a précisé que leurs résultats étaient « très convaincants ».

« L’étude réalisée par Emanuela Taioli et ses consœurs est une méta-analyse, c’est-à-dire que ses auteures ont agrégé les résultats de plusieurs études afin de donner un poids statistique plus important à leurs conclusions. En l’occurrence : cinq études dites cas témoins (historique d’usage du produit par des personnes malades, comparé à celui des personnes non touchées par la maladie) et une étude ayant suivi au cours du temps des travailleurs agricoles exposés (étude de cohorte) aux Etats-Unis, au Canada, en Suède et en France – soit six études au total. Le nombre d’études épidémiologiques ayant tenté de jauger le lien entre une exposition au glyphosate/Roundup® et l’apparition de lymphomes non hodgkiniens est, en effet, très limité. »

« L’ensemble des méta-analyses effectuées à ce jour, y compris la nôtre, parviennent au même constat clé,écrivent Emanuela Taioli et ses quatre coauteures. L’exposition au glyphosate, plus précisément aux formulations à base de glyphosate, est associée à un risque accru de lymphome non hodgkinien statistiquement significatif ».

Mais le quotidien est allé plus loin. Dans une déclaration transmise au Monde, le géant allemand Bayer (qui a racheté Monsanto en août 2018) juge que cette publication « ne fournit pas de nouvelles données épidémiologiques »et « mélange des données incompatibles » en comparant non pas « des pommes avec des pommes, mais des pommes avec des oranges ». L’étude, poursuit le géant allemand, est « en porte-à-faux avec un vaste corpus scientifique, quarante ans d’expérience dans le monde réel et les conclusions des autorités réglementaires », lesquelles ont conclu que « les produits à base de glyphosate étaient sûrs lorsque utilisés selon les instructions, et que le glyphosate n’était pas cancérogène ».

Malheureuses et frustrées

Mais Le Monde va plus loin encore dans l’éclairage des coulisses. Il explique ainsi que trois des cinq chercheuses américaines (Luoping Zhang, Iemaan Rana,  Rachel M.Shaffer, EmanuelaTaioli et LianneSheppard) avaientparticipé au panel d’experts sur le glyphosate mis en place par l’agence américaine Environmental Protection Agency (EPA) en 2016. Or l’EPA avait alors conclu que le glyphosate n’était pas cancérogène. Comment comprendre ? Il faut lire Le Monde :

« L’épidémiologiste raconte que la majorité des experts constituant le panel, appelés à débattre sans avoir de voix délibérative, n’étaient pas heureux’’ de cette décision. Au vu des données scientifiques, concernant en particulier les études sur l’animal, ils avaient estimé que le glyphosate est bel et bien cancérogène. ‘’ Frustrées’’, les trois scientifiques ont donc attendu que s’écoule l’année de délai figurant dans l’accord de confidentialité que l’EPA leur avait fait signer pour reprendre les données, effectuer leur propre analyse, et la publier dans une revue après examen par un comité de lecture. »

La science est plurielle. Et les scientifiques peuvent, eux aussi, être frustrés de ne pouvoir dire leur vérité.

A demain

@jynau

Trois ministres répliquent à Mediapart dans la mystérieuse affaire des «bébés nés sans bras» 

Bonjour

Le 7 février dernier Mediapart (François Bonnet) dégoupillait : « ‘’Bébés sans bras’’: l’enquête nationale est au point mort » :

« Plus de trois mois après l’annonce par la ministre Agnès Buzyn d’une enquête nationale sur l’affaire dite ‘’des bébés sans bras’’, rien ou presque n’a été fait, accuse le site. Il n’y a pas de rapport d’étape public, les deux comités de pilotage n’ont pas été constitués, l’agence Santé publique France poursuit sa guerre contre le registre lyonnais Remera. 

 « ’Moi, je veux savoir, je pense que toute la France veut savoir.’’ C’était le 31 octobre 2018, et la ministre de la santé Agnès Buzyn tapait du poing sur la table en annonçant le lancement d’une enquête nationale sur l’affaire dite des « bébés sans bras ». Deux objectifs : tenter un recensement des cas d’enfants nés avec cette malformation congénitale qu’est l’agénésie transverse des membres supérieurs (ATMS) ; et tenter d’identifier les causes d’un nombre de cas anormalement élevé dans plusieurs départements (Ain, Morbihan, Loire-Atlantique) [ la suite sur abonnement ].»

Nous sommes le 12 février. Contre-attaque gouvernementale via un communiqué groupé de la ministre des Solidarités et de la Santé, du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire et du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. Et, clairement, la volonté de démonter l’accusation de Mediapart.

Où l’on apprend que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)  et Santé publique France ont été saisies le 29 octobre dernier par ces trois ministres (Agnès Buzyn, François de Rugy et Didier Guillaume) « pour conduire des investigations possibles sur les causes, notamment environnementales, de cas groupés d’agénésie transverse des membres supérieurs dans les départements de l’Ain, du Morbihan et de la Loire-Atlantique. » Ce n’est pas tout :

« Afin d’assurer la plus grande transparence et indépendance aux travaux d’expertise, un dispositif d’expertise collective a été mis en place, animé conjointement par l’Anses et Santé publique France. Un comité d’experts scientifiques (CES) a ainsi été constitué, après appel à candidatures puis analyse des déclarations publiques d’intérêts. Composé de 22 personnalités scientifiques couvrant l’ensemble des disciplines scientifiques utiles à ces investigations et sous la présidence d’Alexandra Benachi, professeur de gynécologie-obstétrique à la Faculté de médecine Paris Sud et présidente de la Fédération française des centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal.

 « Ce comité aura pour mission d’identifier et d’analyser les différentes hypothèses conduisant à faire un lien entre des expositions, notamment environnementales, et la survenue d’agénésies transverses des membres supérieurs (ATMS), et de formuler des recommandations aux pouvoirs publics pour la prévention et la prise en charge des cas détectés. Une première réunion du CES se tiendra début mars. »

Et encore :

« Un comité d’orientation et de suivi (COS) a également été constitué afin d’assurer un espace de dialogue, d’échange et d’information avec l’ensemble des parties prenantes concernées par ces cas d’ATMS, représentants des familles, associations de patients ou de défense de l’environnement, professionnels de santé et représentants des registres, agences régionales de santé. Présidé par Daniel Benamouzig, sociologue au Centre de sociologie des organisations (CNRS – Sciences Po), ce comité se réunira à intervalle régulier tout au long de la phase d’expertise. La première réunion se tiendra le 21 février 2019. »

Et sans attendre la mise en place opérationnelle de ces deux comités, l’Anses et Santé publique France ont engagé un certain nombre d’investigations préliminaires qui serviront de base aux travaux du CES. Une revue de la bibliographie, des investigations locales et des développements méthodologiques ont ainsi été réalisés afin de nourrir les travaux de l’ensemble des données disponibles.  Il y a donc eu, dans ce contexte, un « point d’étape » 1 à l’issue duquel les trois ministres ont « pris acte » de la méthodologie scientifique adoptée par l’Anses et Santé publique France.

Ainsi donc que Mediapart se rassure : on ne cache rien (ici) à la presse ; tout (ou presque) est dit aux journalistes. L’ampleur des travaux et la complexité des questions posées « nécessitent le recours à une expertise scientifique rigoureuse ». Les résultats de ces travaux « sont attendus pour le 30 juin 2019 ». Et à ce stade, aucune hypothèse n’est privilégiée par rapport à une autre.

A demain

@jynau

1 Le « point d’étape » au 31 janvier 2019 transmis aux trois ministres par l’Anses et Santé publique France est disponible : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dg-19-d-0050.pdf

 

 

Emmanuel Macron relance la polémique sur le caractère cancérigène ou pas d’un insecticide

Bonjour

Et à nouveau une « petite phrase » qui vienne dynamiter l’ensemble de la prestation médiatique. L’affaire est racontée dans le détail par Le Monde (Faustine Vincent). C’était sous les ors de l’Elysée, vendredi 1er février. Emmanuel Macron y avait réuni des élus d’outre-mer dans le cadre de son Grand Débat National. Sujet obligé de la discussion, médical et politique, le chlordécone, un insecticide organochloréécotoxique et persistant, un perturbateur endocrinien dont la dangerosité n’est plus à prouver. Il fut logtemps utilisé comme substitut au lindane contre le charançon du bananier (Cosmopolites sordidus) dans le monde Atlantique francophone (de 1972 à 1993 dans les Antilles françaises). Face à la centaine d’élus ultramarins, le président, en bras de chemise et micro à la main, a déclaré :

 « Il ne faut pas dire que c’est cancérigène. Il est établi que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente les peurs. »

Alimenter les peurs ? Polémique immédiate. D’abord, nous dit Le Monde, avec plusieurs des élus présents confrontés à un « empoisonnement collectif » ; ensuite avec des spécialistes du sujet.  « Des scientifiques, auteurs d’une étude citée lors de l’échange avec le président, sont sortis de leur réserve afin de rappeler des faits dûment vérifiables’’, rapporte le quotidien. Dans un courageux communiqué, publié le 2 février le professeur Pascal Blanchet, urologue, et le Dr Luc Multigner, directeur de recherche  à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), énumèrent les travaux et classifications scientifiques prouvant la dangerosité du chlordécone. Ils rappellent que leur propre étude, menée en 2010, a démontré que « l’exposition au chlordécone est associée à une augmentation de risque de survenue du cancer de la prostate ».

Leurs conclusions ont été publiées en 2010 dans le Journal of Clinical Oncology : « Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer ». « Le président affirme des choses inexactes et minimise le problème », se désole auprès du Monde le Dr Luc Multigner, qui précise « condamner tout autant les discours alarmistes » sur la dangerosité de l’insecticide.

Il faut aussi tenir compte des conclusions, publiés en octobre 2018, par Santé publique France :

« Le principal message est que les taux d’incidence du cancer de la prostate en Guadeloupe et en Martinique se situent parmi les plus élevés au monde.  Un résultat à rapprocher de la situation d’autres îles de la Caraïbe et de la population américaine et britannique d’origine africaine. Cependant, l’analyse spatiale de la distribution des cas de cancer de la prostate en Martinique ne montre pas d’excès dans les zones contaminées par la chlordécone.  Le rôle d’autres facteurs de risque expliquant ce taux élevé de cancer de la prostate reste à étudier. »

Et maintenant ? Contacté, l’Elysée a tenté, le 4 février, d’éteindre la polémique – récusant tout « retour en arrière » et en plaidant un « malentendu » :

 « Le président n’a jamais dit que le chlordécone n’était pas cancérigène. Quand il dit : “Il ne faut pas dire que c’est cancérigène”, c’est une façon de dire : “On ne peut pas se contenter de dire que c’est cancérigène, il faut aussi agir.”  La pensée du président est limpide et n’a pas bougé sur ce sujet. [Emmanuel Macron] n’est pas un scientifique mais un responsable politique. ce n’est donc pas à lui de dire si le chlordécone est cancérigène ou pas. La polémique est mal venue car c’est un sujet sur lequel nous avons fait preuve de transparence et de notre volonté d’agir.»

Où l’on retrouve les brouillards de la corrélation et de la causalité. Et les limites de l’ « en même temps » macronien face à la complexité de certains sujets.  Emmanuel Macron avait dénoncé en septembre dernier qu’il y avait là un « scandale environnemental » dans lequel l’Etat avait « sa part de responsabilité ». Il faut selon lui permettre la la reconnaissance de la « maladie professionnelle » pour les travailleurs agricoles, qui ont été les plus exposés au pesticide. Pour autant rien de simple. « A chaque fois que le lien peut être prouvé entre le chlordécone et une maladie, on indemnisera », assure-t-on au Palais de l’Elysée – où l’on insiste : « les études scientifiques n’ont pas établi de lien direct » entre l’insecticide et les affections cancéreuses.

A demain

@jynau

 

Couches pour bébés à usage unique : la bien étrange tornade déclenchée par trois ministres

Bonjour

Comment le pouvoir exécutif peut-il ne pas trop en faire ? Et que vont penser les complotistes ? C’est une alerte sans précédent connu – si l’on excepte celle lancée au siècle dernier sur la « vache folle ».  Une tornade dans un ciel serein, une fébrilité de l’exécutif qui affolera jeunes parents et rayons des grandes surfaces.

C’est aussi une alerte lancée « sous embargo » (sic) : alertée dans la soirée du 22 janvier les journalistes avait interdiction de l’évoquer avant minuit. De manière à coordonner la décision gouvernementale et la publication de l’avis l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Où l’on retrouve la mise en scène médiatique d’une articulation idéale entre l’évaluation (scientifique) du risque et sa gestion (politique) de ce dernier.

Ainsi donc l’Anses « recommande d’améliorer la sécurité sanitaire des couches pour bébé ».

« A partir d’essais réalisés sur des couches jetables et leur usage, l’expertise de l’Agence a mis en évidence des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs substances chimiques. Au regard des risques que peuvent présenter ces substances pour la santé des bébés, l’Anses recommande de les éliminer ou de réduire au maximum leur présence dans les couches jetables. L’Agence préconise également de renforcer le contrôle de ces substances dans les couches mises sur le marché. Enfin, l’Anses souligne la nécessité d’un cadre réglementaire plus restrictif encadrant ces produits. »

Et, en même temps, trois ministres (de Rugy,  Transition écologique et solidaire ; Buzyn, Solidarités et Santé ; Lemaire,  Economie et Finances) « demandent aux professionnels la mise en œuvre rapide d’actions correctives ». « Des engagements sont attendus sous 15 jours. Les contrôles du marché des couches pour bébés par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) seront renforcés en 2019 tandis que la France plaidera à Bruxelles pour des règles européennes plus « protectrices ».

Procter & Gamble convoqué dès l’aube à Bercy

Ce n’est pas tout. Les industriels devront « prendre dans les meilleurs délais les mesures garantissant la sécurité des produits sur le marché », ajoutent les trois ministres qui invitent dans l’immédiat les parents à se renseigner sur la composition des produits. Première cible, les parfums, les seuls de ces produits chimiques à être intentionnellement ajoutés par les industriels. Les fabricants, convoqués mercredi à 8h00 à Bercy, devront réévaluer « l’usage de certaines substances ajoutées intentionnellement ».

« Le gouvernement exige des industriels qu’ils réévaluent l’usage de certaines substances ajoutées intentionnellement, qu’ils contrôlent mieux la qualité des matières premières utilisées et qu’ils modifient les procédés de fabrication susceptibles d’être à l’origine de la formation de certaines substances. Les professionnels seront de nouveau convoqués dans 15 jours afin qu’ils fassent part des actions déjà réalisées et de leurs engagements. »

Une urgence et une fébrilité d’autant plus étrange que l’’Anses ne met pas en évidence de danger grave et immédiat. Seule observation : « certaines substances chimiques sont présentes dans des quantités qui ne permettent pas d’exclure un risque sanitaire lié au port de couches ». L’Agence précise aussi qu’il n’existe aucune donnée épidémiologique présentant des effets sanitaires liés au port de couches pour les bébés, en lien avec la présence de ces substances chimiques. Tout juste se bornait-elle à recommander, pour limiter l’exposition des jeunes enfants aux substances chimiques, « que des actions de nature à éliminer ou réduire autant que possible la présence des substances préoccupantes identifiées soient mises en œuvre par les fabricants ».

La situation est d’autant plus confuse que les trois ministres ne donnent aucune information sur les marques potentiellement à risque tout en laissant dire que même des couches jetables écologiques (re-sic) seraient problématiques. Pour sa part, hyper-réactif sur RTL, Benjamin Binot, le directeur général de Procter & Gamble France ( couches Pampers) a affirmé que ses couches [Pampers] « sont sûres » 1.

Comme toujours exhaustif  Le Monde (Stéphane Mandard)  précise que la toxicité des couches lavables, auxquelles on recourt seulement 5 % des parents, n’a pas encore été testée par l’Anses. Les trois ministres n’en parlent donc pas.

A demain

@jynau

1 Réagissant à la publication du rapport concernant la sécurité sanitaire des couches pour bébé  Carole Juge-Llewellyn, présidente fondatrice de JOONE, « le spécialiste des couches et des produits de puériculture éco-responsables et Made in France », a fait annoncer, pendant la rencontre de Bercy : « Depuis la création de JOONE, il y a un an et demi, nous avons été les premiers à nous engager pour une politique transparente en étant la première marque de couches au monde à publier intégralement les analyses toxicologiques de nos changes pour bébéCet engagement pour une politique de transparence très exigeante fait aujourd’hui enfin l’objet d’une prise de conscience partagée par les pouvoirs publics avec la publication du rapport alarmiste de l’Anses aujourd’hui.»

 

« Trois nouveaux cas » : l’affaire désormais sans fin, dans les médias, des bébés nés sans bras

Bonjour

Cette fois l’information est à découvrir en exclusivité dans Le Parisien : « Bébés nés sans bras : une nouvelle affaire dans les Bouches-du-Rhône » (Marc Payet avec E.M.).  Où l’on apprend l’existence de « trois nouveaux cas »  de « bébés sans bras ». Où l’on retrouve aussi Emmanuelle Amar, « lanceuse d’alerte » fortement médiatisée dont l’action et les démêlés avec les autorités sanitaires sont au cœur de cette nouvelle affaire sanitaire.

« Selon nos informations, il s’agit bien ‘’d’un cas groupé’’, encore appelé cluster. En effet, la survenue de trois malformations de ce type dites « agénésie transverse des membres supérieurs » (ATMS), à quelques kilomètres de distance, et en peu de temps, est supérieure statistiquement à ce qui devrait survenir, selon les données de la littérature scientifique, explique Le Parisien. Ce que confirme Emmanuelle Amar, la première à avoir révélé l’affaire des bébés sans bras dans l’Ain, grâce à une enquête du Registre d’étude des malformations en Rhône-Alpes (Remera) dont elle est la directrice. Il s’agit de trois petites filles, nées en juin, août, novembre 2016, dans un rayon de 30 km autour de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) à Salon de Provence, Septèmes-les-Vallons, à Gignac-la-Nerthe ».

Point notable : ce sont les familles elles-mêmes qui ont lancé l’alerte. « Les données ont été transmises à Santé Publique France », explique Emmanuelle Amar. Interrogé par Le Parisien dans la soirée du 20 janvier le ministère de la Santé explique que « de la même manière que des enquêtes ont été diligentées dans L’Ain, le Morbihan et en Loire-Atlantique, tous les nouveaux clusters doivent être investigués sur la base d’informations concordantes, suivant une méthodologie précise, et permettant d’en tirer des conclusions scientifiques ». Et d’assurer au quotidien qu’Agnès Buzyn  suit de « près le dossier » et insiste sur « l’accompagnement des familles ».

Etang de Berre et Yannick Jadot.

 Autre point notable : dans les Bouches-du-Rhône, les parents des trois enfants vivent tous à proximité de sites industriels polluants et pollués. « J’ai regardé les dossiers. Effectivement, les cas apparaissent autour de l’Etang de Berre, dans une zone qui est connue pour être très polluée, avec des risques pour la santé. Cela mérite une enquête plus approfondie pour comprendre ce qui s’est passé », explique le Dr Annie Lévy-Mozziconacci, généticienne, responsable du centre de médecine fœtale de l’hôpital-Nord, et conseillère municipale PS à Marseille. Pour l’heure, en toute rigueur et n’en déplaise à l’écologiste Yannick Jadot aucun lien de causalité n’a été démontré.

Dernier point à souligner, en dépit du suivi rapproché du dossier parAgnès Buzyn : le retard pris par les autorités sanitaires. Une enquête nationale a été lancée par les autorités sanitaires, dont les premières conclusions doivent être divulguées fin janvier. Mais selon les informations du Parisien, alors que plusieurs médecins épidémiologistes de Sante Publique France tentent de déterminer, département par département, combien de « bébés sans bras » naissent chaque année  le « Comité scientifique » et le « Comité d’orientation et d’information » annoncés le 29 octobre 2018 n’ont toujours pas été constitués.

Que conclure ? On peut, pour saisir la complexité du sujet, se reporter à la publication signée, dans Le Revue du Praticien 1, par l’épidémiologiste Catherine Hill connue pour sa liberté d’expression et ses engagements citoyens au service de la santé publique. Mme Hill s’est notamment penchée sur les données du réseau européen de surveillance des anomalies congénitales « Eurocat » qui  rassemble les données de cinquante-et-un registres couvrant 1,7 million de naissances par an.

« Au total, 165 clusters ont été identifiés dans Eurocat, sans qu’aucune cause n’ait jamais été identifiée, résume-t-elle en reprenant les conclusions d’une publication spécialisée 2.  Les auteurs recommandent que la stratégie des autorités vis-à-vis de ces clusters soit proactive et transparente plutôt que d’attendre pour réagir et faire des investigations que des clusters soient identifiés par le public et les médias. Les autorités françaises ont fait exactement le contraire. »

Il reste encore à comprendre pourquoi.

A demain

@jynau

1 Hill C.  Agrégation dans le temps et dans l’espace de naissances d’enfants sans avant-bras. La Revue du Praticien 2018 ;68.

2 Dolk H, Loane M, Teljeur C, et al. Detection and investigation of temporal clusters of congenital anomaly in Europe : seven years of experience of the EUROCAT surveillance system. Eur J Epidemiol 2015;30:1153-64.

 

 

 

 

 

OGM=Poisons : les toutes dernières révélations ! Un mea culpa du Nouvel Observateur ?

Bonjour

C’était il y a six ans. Septembre 2012 Une formidable tornade médiatique lancée par un Nouvel Observateur s’affranchissant de toutes les règles médiatiques relatives aux publications scientifiques. Et cette manchette jaune maïs :  « Exclusif : oui les OGM sont des poisons ! » . Images spectaculaires de rats atteints de tumeurs envahissantes. Commentaires à l’avenant. Artillerie en batterie, livre à suivre et pouvoir exécutif comme tétanisé. C’était le début de la triste autant que formidable « affaire Séralini ».

19 septembre 2012. « Tumeurs mammaires chez les femelles, troubles hépatiques et rénaux chez les mâles, espérance de vie réduite sur les animaux des deux sexes… L’étude conduite par le biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen) et à paraître dans la prochaine édition de la revue Food and Chemical Toxicology fait grand bruit : elle est la première à suggérer des effets délétères, sur le rat, de la consommation d’un maïs génétiquement modifié – dit NK603, commercialisé par la firme Monsanto – associé ou non au Roundup, l’herbicide auquel il est rendu tolérant. » pouvait-on lire ce jour-là dans Le Monde

Se souvenir

« Vous souvenez-vous ? » demande aujourd’hui, sur son blog, notre confrère Sylvestre Huet. Celles et eux qui l’ont vécue se souviennent de cette ahurissante affaire – une affaire qui vit  de solides confrères allant (pourquoi diable ?) jusqu’à signer de leur encre un pacte contre nature leur assurant une « exclusivité ». Le Monde écrivait ainsi alors, toute colère rentrée :

« De manière inhabituelle, Le Monde n’a pu prendre connaissance de l’étude sous embargo qu’après la signature d’un accord de confidentialité expirant mercredi 19 septembre dans l’après-midi. Le Monde n’a donc pas pu soumettre pour avis à d’autres scientifiques l’étude de M. Séralini. Demander leur opinion à des spécialistes est généralement l’usage, notamment lorsque les conclusions d’une étude vont à rebours des travaux précédemment publiés sur le sujet. »

Dès le 4 octobre 2012 l’Autorité européenne de sécurité des aliments avait jugé que ce travail était d’une «qualité scientifique insuffisante». Puis la publication fut, sanction grave, «rétractée» avant d’être publiée, sous une autre version, dans une autre revue. L’affaire conservait tout son mystère. Où était la vérité vraie ?

Puis le temps passa, l’aura du chercheur de Caen baissa en intensité, d’autres turbulences émergèrent sur le front des OGM, des herbicides toxiques et des convictions qui ne s’embarrassent guère de la raison scientifique. On attendait toutefois que la lumière soit faite. « Affaire Séralini: six ans après, l’heure des comptes » signions-nous en juillet dernier sur Slate.fr.  « Trois expertises, française et européennes, invalident alors les résultats et conclusions de l’étude de GE Séralini sur les maïs OGM » assurait alors l’Association française des biotechnologies végétales.

Derniers clous

Aujourd’hui c’est l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) qui enfonce les derniers clous : « Maïs OGM MON 810 et NK603 : pas d’effets détectés sur la santé et le métabolisme des rats »

« Un régime alimentaire à base de maïs transgénique MON 810 ou NK603 n’affecte pas la santé et le métabolisme des rats dans les conditions du projet GMO 90+. Cette étude inédite réalisée par un consortium de recherche piloté par l’Inra implique de nombreux partenaires dont l’Inserm. Les travaux ont été réalisés dans le cadre du programme Risk’OGM financé par le Ministère de la transition écologique et solidaire.

« Pendant six mois, des rats ont été nourris avec un régime contenant soit du maïs OGM (MON 810 ou NK603) soit du maïs non OGM, à différentes concentrations. Les chercheurs, par les techniques de biologie à haut débit, n’ont identifié aucun marqueur biologique significatif lié à l’alimentation au maïs transgénique. De même, ils n’ont observé aucune altération anatomo-pathologique du foie, des reins ou de l’appareil reproducteur des rats soumis aux régimes contenant ces OGM. Ces travaux, publiés le 10 décembre 2018 dans la revue Toxicological Sciences, ne mettent pas en évidence d’effet délétère lié à la consommation de ces deux maïs OGM chez le rat même pour de longues périodes d’exposition. »

Et Le Monde (Stéphane Foucart) de contextualiser: « OGM : six ans après l’’’affaire Séralini’’, une étude conclut à l’absence de toxicité sur les rats. En 2012, les photos de rongeurs déformés par des tumeurs avaient provoqué l’émoi et la controverse. Une étude d’ampleur prouve finalement l’innocuité des maïs transgéniques. C’est l’épilogue de l’’’affaire Séralini’’ ».

Le calibre de l’ânerie

Pour autant rien n’est acquis. « Dire que ces expériences prouvent que ‘’Les OGM ne sont pas des poisons’’ serait une ânerie de même calibre que l’affirmation inverse du Nouvel Observateur en septembre 2012, souligne fort justement Sylvestre Huet. Elles montrent seulement que les plantes transgéniques testées, et uniquement celles-là, ne sont pas des poisons. Ces expériences donnent raison une fois de plus aux biologistes qui estiment qu’il faut « une raison » (biochimique, biologique) de se demander si telle ou telle plante transgénique pose un problème de santé ou non et non supposer a priori que l’introduction d’un gène (ou sa manipulation à l’aide des nouvelles techniques disponibles comme CRISPR) représente un risque sanitaire plus élevé que, par exemple, un croisement artificiel utilisé en sélection de semences traditionnel. »

Puis notre confrère fait un rêve :  que les journaux, radios, télévisions, journalistes et ONG (ou responsables politiques) qui ont en chœur assuré à leurs publics, lecteurs, électeurs et militants que Gilles-Eric Séralini avait « prouvé » que « les OGM » sont des « poisons » mortels, vont consacrer autant d’efforts, de temps de paroles, de longueur d’articles et de propos publics à annoncer cette nouvelle  désormais bien établie.

Ce rêve n’a que bien peu chance de se réaliser :  cela ne susciterait guère d’écoute – et ne ferait guère vendre. « L’homme qui mord un chien, c’est une info, mais si c’est un chien qui mord un homme, c’est une info seulement s’il en meurt, rappelle-t-il. Une plante transgénique qui tue, c’est une information; elle se contente de nourrir, ce n’en est pas une. Et les près de 98% des journalistes qui ont écrit sur cette affaire sans lire l’article originel de G-E Séralini ne vont pas plus lire les résultats de ces expériences ni se voir incité à les présenter par des rédactions en chef qui n’y verront pas le motif d’un titre bien saignant. (…) Il est regrettable que l’affaire Séralini soit celle d’un lanceur de fausse alerte, puisque toute fausse alerte occupe une part de la citoyenneté et de l’expertise publique disponible pour une vraie alerte sanitaire ou environnementale. Certes, il vaut mieux se tromper de temps en temps et traiter une fausse alerte que de passer à côté d’une vraie mais ne pas se noyer dans les fausses alertes est indispensable.

Où l’on en revient à une histoire qui reste à écrire. Celle du journaliste qui criait toujours au loup et qui n’a pas été cru lorsque le vrai loup survint.

A demain

@jynau

Gilets Jaunes : quand Agnès Buzyn discourait sur l’ubérisation, et l’instrumentalisation

Bonjour

Voici un nouveau symptôme des bouleversements économiques et politiques du monde hospitalier. Il y a un mois un millier de « véhicules sanitaires » bloquaient le périphérique parisien pendant près de trente-six heures. La même colère s’exprimera à nouveau ce 3 décembre dans une capitale encore meurtrie par les scènes de guérilla urbaine d’avant-hier. Ce n’est là que l’un des aspects d’un dossier autrement plus compliqué. Explications.

« Depuis le 1er octobre, les transports médicaux inter-établissements, soit une charge annuelle de 125 millions d’euros, sont à la charge des hôpitaux et non plus de l’Assurance-maladie. « Cette disposition, dite de «l’article 80» de la loi de financement de la Sécurité sociale 2017 mais dont l’application a été reportée à 2018, ne vise pas le trajet du domicile du patient à un établissement de santé, mais bien le transport au sein d’un même établissement. Ou entre deux établissements, comme entre un hôpital et un centre de dialyse spécialisé , explique Le Figaro (Marie-Cécile Renault)C’est l’établissement prescripteur qui a désormais en charge l’organisation du transfert et doit attribuer les marchés de transport sanitaire, via des appels d’offres. »

« La réforme ne concerne que 5 % des 4,6 milliards d’euros de la dépense totale de l’Assurance maladie en matière de transport, ajoute Le Monde (François Béguin). Mais elle a cristallisé les inquiétudes d’une profession qui comptait près de 5 700 entreprises en 2015 et dont les trois quarts emploient moins de vingt salariés. » Ces petites entreprises redoutent que les hôpitaux fassent toujours appel aux mêmes sociétés : les « grands groupes » qui auront remporté les appels d’offres en cassant les prix.

On comprend la logique : « responsabiliser » les établissements de santé, grands prescripteurs de transports sanitaires, mais qui ne paient qu’une faible part de la dépense totale. «La réunion, au sein d’une même “main”, du payeur et du prescripteur, est indispensable pour responsabiliser les acteurs», indiquait l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans sa revue de dépenses des transports sanitaires 2016 – une recommandation déjà formulée par la Cour des comptes. L’IGAS évaluait ainsi à 250 millions d’euros les dépenses de transport intra-établissements de santé à leur seule charge, soit 10 % des dépenses totales de transfert sanitaire prescrites par ces mêmes établissements.

Inquiétudes des hôpitaux et des patients

« Mais les dirigeants de ces structures protestent et les quatre fédérations hospitalières (FHF, FHP, Fehap et Unicancer) demandent déjà le report de la réforme, souligne Le Figaro. ‘’Dans un contexte économique toujours plus difficile, les établissements de santé ne peuvent assumer de nouvelles responsabilités financières sans une visibilité suffisante sur l’impact de la mesure et sans la garantie d’une compensation complète’’, expliquent-elles. À titre d’exemple, cette réforme représenterait pour l’AP-HP de 20 à 40 millions d’euros en plus en 2019. »

Il faut aussi compter avec les inquiétudes des organisations de patients quant aux conséquences pour les personnes handicapées hospitalisées en soins de suite et de réadaptation. Trois associations (AFM-Téléthon, APF France handicap et France Assos santé) ont ainsi alerté Agnès Buzyn et Sophie Cluzel, nouvelle  secrétaire d’État aux Personnes handicapées. Inquiétude également chez France Rein, qui rappelle que 43.000 patients dialysés doivent se rendre trois fois par semaine dans un centre spécialisé.

Toutes ces inquiétudes furent d’emblée rejetées par la ministre des Solidarités et de la Santé. «J’ai été très vigilante à ne pas favoriser l’ubérisation et à protéger, contrairement à ce qu’ils peuvent penser , leur profession » a assuré la ministre à l’attention des ambulanciers, invitée  de l’émission Audition publique (Le Figaro/LCP/Public Sénat/AFP). (…) « Ce n’est pas de l’ubérisation, c’est de la rationalisation.»

C’était il y a un mois. La colère, alors, commençait à monte sur la hausse des prix des carburants à la pompe et que les Gilets Jaunes commençaient à émerger. Agnès Buzyn, alors, dénonçait une «instrumentalisation» : «Je n’entends pas beaucoup les Verts et les anciens du PS, qui prônaient plus d’écologie » accusait-elle. Et de rappeler que « la taxation de l’essence et du diesel est la seule façon de réduire la pollution ».

La ministre des Solidarités ignorait qu’un mois plus tard le monde aurait changé.

A demain

@jynau