Ebola a été identifié en République démocratique du Congo. L’OMS fera-t-elle diligence ?

 

Bonjour

Cette fois l’OMS fera-t-elle diligence ?  Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) ont, jeudi 11 mai, prévenu l’Organisation mondiale de la santé qu’une épidémie à virus Ebola avait été identifiée dans le pays. Selon les informations de RFI, neuf cas suspects auraient été signalés depuis le 22 avril. Trois personnes sont déjà décédées. Pour l’heure, un seul cas a pu être confirmé par des tests menés dans un laboratoire de Kinshasa.

L’épidémie en RDC se serait déclarée dans le nord du pays, à Likati, dans la province du Bas-Uélé – une zone difficile d’accès. Il y a quarante ans c’était en RDC que le virus Ebola avait, pour la première fois, été identifié en 1976, le long de la rivière dont il porte le nom, pas très loin de la zone actuellement touchée 1.

Incurie

Le ministère de la Santé de RDC a sollicité l’appui de l’OMS afin de renforcer la riposte. Dans une déclaration faite à la télévision publique, le ministre de la santé congolais, M. Ilunga Kalenga, a confirmé la réapparition du virus tout en appelant la population « à ne pas céder à la panique ». L’OMS explique qu’elle « travaille en étroite collaboration » avec les autorités congolaises « pour faciliter le déploiement des matériels de protection et du personnel sur le terrain afin de renforcer la surveillance épidémiologique et contrôler très rapidement l’épidémie ».

L’organisation onusienne avait été accusée d’incurie lors de la dernière épidémie qui avait fait 11.000 morts en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. On peut espérer que l’accusation n’aura pas été sans effet.

A demain

1 Sur ce thème : « Une course contre la montre Mes combats contre les virus mortels, sida et Ebola » de Peter Piot. Editions Odile Jacob

Trois mille personnes ont déjà pris du Truvada® contre une contamination sexuelle par le VIH

 

Bonjour

C’est une étape médicale dans l’histoire de la lutte contre l’épidémie de sida. Elle se résume à quelques lignes sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Etape majeure en ce qu’elle consacre le recours à un médicament antiviral comme méthode de prévention de la contamination par le VIH par des comportements sexuels connus pour être « à risques ».

C’est aussi une étape réglementaire : la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) de Truvada® dans la prophylaxie Pré-exposition au VIH (PrEP) établie en janvier 2016 prendra fin le 28 février 2017. C’est la conséquence mécanique compte de l’extension de l’AMM de cette spécialité pharmaceutique dans cette indication.

Rappelons l’essentiel. Le Truvada® est une association à dose fixe de deux inhibiteurs de la transcriptase inverse du VIH, l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil fumarate. Depuis 2005 cette spécialité (commercialisée par la firme américaine Gilead Sciences)  bénéficie d’une AMM européenne dans le « traitement de l’infection par le VIH chez l’adulte ».

Sécurité sociale

Après plusieurs années de controverses empruntant à la méthodologie (autant qu’aux passions associatives, convictions idéologiques et volontés politiques) une RTU de Truvada® avait été mise en place en France en janvier 2016. Cadre : « la prophylaxie pré-exposition au VIH chez les personnes adultes à haut risque d’acquisition du VIH par voie sexuelle ». Le jargon utilisé dit tout de la complexité sociétale du sujet. Avec, sous-jacente, la question de la prise en charge par la collectivité de cette nouvelle (et coûteuse) méthode de prévention 1.

L’ANSM révèle aujourd’hui qu’en France « plus de 3000 personnes » ont reçu Truvada® dans ce cadre. L’extension d’AMM a été octroyée en août 2016 par la Commission européenne. En pratique :

« Truvada®  associé à des pratiques sexuelles à moindre risque, est indiqué en prophylaxie pré-exposition pour réduire le risque d’infection par le VIH-1 par voie sexuelle chez les adultes à haut risque de contamination, selon un schéma posologique en continu (1 comprimé /jour).

Le traitement sera initié par un médecin spécialiste hospitalier et/ou exerçant en « Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic des infections par le VIH, les hépatites virales et les infections sexuellement transmissibles ». Il pourra être renouvelé par le médecin généraliste, dans la limite d’un an, comme c’est actuellement le cas dans le traitement de l’infection par le VIH. »

Préservatif

L’ANSM souligne les principaux risques associés à cette utilisation du Truvada® : le risque de toxicité rénale lié et  le risque de séroconversion sous traitement pouvant être associé à l’apparition de mutations de résistance du VIH. C’est pourquoi « un suivi régulier, incluant un dépistage du VIH au minimum tous les trois mois et une surveillance de la fonction rénale, est indispensable ». De plus des « documents de réduction des risques » doivent être mis à la disposition des médecins et des personnes traitées. :

. une brochure d’information sur la PrEP et d’une check-list pour l’initiation et le suivi des sujets traités, destinées aux prescripteurs ; cette brochure contient notamment une fiche et les modalités de déclaration des séroconversions VIH,

. une brochure d’information sur la PrEP et d’une carte de rappel des modalités de prise du médicament et des rendez-vous, destinées aux sujets traités et qui devront leur être remises par les prescripteurs,

. un courrier de liaison entre le prescripteur initial (médecin spécialiste hospitalier et/ou exerçant en CeGIDD) et le médecin généraliste, en cas de renouvellement de la prescription de Truvada® par ce dernier.

Un médicament comme les autres ? Pas véritablement : l’ANSM surligne en gras que cet usage médicamenteux   « s’intègre dans une stratégie de prévention diversifiée de la transmission du VIH par voie sexuelle avec notamment la promotion de l’usage du préservatif, qui protège non seulement du VIH mais également des autres infections sexuellement transmissibles ».

Le Truvada® est actuellement commercialisé environ 400 euros les trente comprimés. Un coût pris en charge à 100% par la Sécurité sociale.

A demain

1 « Sida: la Sécurité sociale doit-elle rembourser le Truvada® à titre préventif ? » Slate.fr (30 octobre 2014)

 

Officiel : l’IGAS vient de confirmer que la grippe peut être mortelle chez les personnes âgées

 

Bonjour

C’était, il y a un mois, une urgence ministérielle rouge et fébrile 1. Souvenons-nous. Le 8 janvier le ministère des Affaires sociales et de la Santé fait savoir qu’il vient d’être informé par l’Agence Régionale de Santé Auvergne Rhône-Alpes « de l’importance exceptionnelle de l’épidémie de grippe au sein d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ». Il s’agit de l’EHPAD  Korian Berthelot situé dans le 7ème arrondissement de Lyon. Un établissement de 110 places du puissant groupe Korian – (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle).

L’EHPAD visé venait de faire savoir qu’au 7 janvier, 72 personnes avaient contracté la grippe et que 13 d’entre elles en étaient décédées depuis le 23 décembre. Marisol Touraine lançait aussitôt une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) « afin de contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe ».

Et Marisol Touraine d’annoncer qu’elle avait également demandé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, de se rendre sur place toutes affaires cessantes. Objectif de ce déplacement hors norme : « évaluer précisément la situation et de prendre, le cas échéant, des mesures d’urgence pour circonscrire l’épidémie et prendre en charge les résidents le nécessitant ». Le DGS constatait alors bien vite que les mesures de prévention étaient bien mises en place.

Délicieux extraits

Nous sommes le 7 février et  Marisol Touraine vient de rendre public le rapport de l’IGAS. C’est un très long document dont l’intérêt est inégal mais qui, en lui-même est un fait politique édifiant. On pourra le découvrir ici : « L’épidémie de grippe à l’EHPAD Korian Berthelot de Lyon ». Etabli par Alain Meunier et le Dr. Alain Lopez, membres de l’Inspection générale des affaires sociales, ce document (en deux tomes) retrace un historique de l’épisode épidémique. « Ont été examinées les mesures prises en amont de l’épisode, de nature préventive, et celles adoptées pour lutter contre l’épidémie et prendre en charge les résidents malades » résument les auteurs. Et que nous disent-ils, en conclusion ? Des choses délicieuses de ce type :

 « Autant qu’on puisse en juger a  posteriori (sic) l’établissement prenait des précautions pour  limiter les risques de contamination par le virus de la grippe : dispositifs de lavage des mains,  sensibilisation du personnel aux mesures d’hygiène à prendre, informations du personnel et des visiteurs. Conseillées par l’équipe d’EMH, des mesures d’hygiène renforcées ont été mises en œuvre dès le début de l’épidémie : isolement des résidents malades, lavages des mains plus systématiques, port de masque systématique, limitation des visites, suspensions des animations pour les personnes symptomatiques. L’arrêt des admissions et des activités collectives a été décidé  le 28 décembre.

 « Malgré ces dispositions respectueuses des recommandations nationales rappelées par l’ARS, l’épidémie a touché un peu plus des deux tiers des résidents et entraîné le décès de 13 personnes, soit 12% des 102 pensionnaires de cet établissement. Les personnes accueillies par cet établissement sont âgées et sont fragilisées par les pathologies dont elles souffrent, en témoignent les scores élevés des indicateurs GIR et Pathos. Leur  grand âge (91 ans en moyenne pour les personnes décédées) rend moins efficace la protection  apportée par la vaccination. Leur vie au sein d’une collectivité les expose à des contaminations plus faciles. Aussi, les risques pour elles de contracter la grippe et de ne pas la surmonter sont grands, comme les risques d’être mal protégé par un vaccin pourtant adapté à la lutte contre le virus dominant circulant. Ces raisons peuvent expliquer le nombre élevé de personnes touchées par la  grippe et celui des décès constatés, malgré les précautions prises pour éviter cette situation  épidémique et ses conséquences. »

Deux observations

Mais on ne saurait en rester à ce constat. Alain Meunier et le Dr. Alain Lopez font ainsi deux observations :

« ○ la survenue des premiers cas juste avant le jour de Noël, suivie d’un répit ayant laissé croire que le danger était écarté, a fait que les mesures d’isolement et d’hygiène générale n’ont pas été appliquées pendant plusieurs jours avec toute la rigueur  souhaitable. Trois jours après, le 28 décembre, 14 nouveaux cas se sont déclarés entraînant l’interdiction de toute visite au sein de l’établissement.

○ le  taux de couverture vaccinale des résidents, qui était de 80 % l’année dernière, était moitié moindre cette année (40 % ). Bien sûr le vaccin est moins protecteur chez les personnes âgées, bien sûr des résidents vaccinés ont été touchés par la grippe et certains sont décédés, cependant, la concomitance d’une aussi forte épidémie difficile à  contrôler avec cette baisse importante de la garde vaccinale ne peut que laisser penser  qu’il ne s’agit pas là d’un effet du hasard. »

 Vaccins « sans adjuvants »

Mais il faut aller plus loin, pousser son avantage, oser s’aventurer au-delà de ce que Mme la ministre avait demandé :

« Il ne serait cependant pas raisonnable que la prudence se limite à ces mesures et ne s’étende pas à l’examen de la couverture vaccinale des résidents et des professionnels, mais aussi à celle des visiteurs. Il n’était pas demandé à la mission de se prononcer sur l’opportunité de rendre obligatoire ou pas la vaccination pour les professionnels des EHPAD et les résidents [pourquoi?] Pour le faire, d’autres investigations seraient nécessaires afin d’étudier les avantages et les inconvénients de la politique vaccinale assurant le mieux la protection des personnes âgées admises dans des ‘’maisons de  retraite’’ » 2.

Et c’est alors que, sous le couvert des adjuvants, survient l’étrange (nous soulignons):

« Cependant, après examen de ce qui s’est passé à l’EHPAD Berthelot, la conclusion qui  s’impose est qu’un principe de précaution mériterait d’être appliqué dans les EHPAD où sont  concentrés tous les risques favorisant l’apparition d’épidémies de grippe avec leurs conséquences mortelles pour les résidents : vie en collectivité, grand âge, état de santé précaire, comorbidités. Les vaccins contre la grippe, préparés sans adjuvants, n’assureraient- ils qu’une protection limitée, devraient tout de même être prescrits pour tous les professionnels et les résidents, et fortement  recommandés aux visiteurs. »

 Aujourd’hui l’épidémie parait être terminée à l’EHPAD Berthelot de Lyon. Des explications ont commencé à être apportées aux familles par l’établissement lui-même. Quant à Marisol Touraine, elle a demandé que l’ensemble de ces recommandations de l’IGAS soient mises en œuvre. On ne sait toutefois pas si, dans les hautes sphères, l’usage du mode conditionnel équivaut à une recommandation officielle. Ni pourquoi l’IGAS se pique de la question des adjuvants.

A demain

1 « Grippe dans les populations de personnes âgées : la fébrilité du ministère de la Santé ». Journalisme et Santé Publique, 8 janvier 2017.

2 « Grippe : dans le brouillard de la surmortalité ; personnel étrangement sous-vacciné des EPHAD » Journalisme et Santé Publique, 25 janvier 2017.

L’étrange histoire de Marisol Touraine en visite dans un « service d’urgence Potemkine »

 

Bonjour

L’affaire couvait, voici qu’elle perce. « La ministre aux urgences : comme un malaise… » titre, à la Une, l’édition dominicale de La Nouvelle République du Centre Ouest (Pascal Denis). La ministre, c’est Marisol Touraine, élue députée d’Indre-et-Loire très fréquemment en visite dans son « fief électoral ». Les urgences, ce sont celles du CHU de Tours où la ministre de la Santé était en visite il y a quelques jours pour savoir ce qu’il en était de la situation hospitalière face à l’épidémie de grippe. Marisol Touraine s’était alors réjouie de la « maîtrise » de la situation tourangelle. Or voici qu’une autre réalité, syndicale, prend le pas sur le satisfecit ministériel. C’est cette réalité que rapporte le quotidien régional :

« En fin de semaine dernière, alors que l’épidémie de grippe semait la panique dans de nombreux hôpitaux saturés, la ministre de la Santé a effectué une visite (surprise et éclair) aux urgences du CHU de Tours pour vérifier que ses consignes étaient bien appliquées. Dans un calme apparent, Marisol Touraine a constaté que la situation était « bien maîtrisée », selon les termes de la directrice, qui avait déclenché quelques heures plus tôt une cellule de crise pour dégager des lits supplémentaires dans les services. Au terme de sa visite, la ministre pouvait donc repartir rassérénée. »

Avant les vœux

La ministre avait fait une halte aux urgences sur le chemin qui la conduisait vers une charmante petite commune de sa circonscription (Reignac) où elle allait présenter ses vœux (et faire quelques confidences) à la population. La Nouvelle République était là :

« Marisol Touraine a fait étape à l’hôpital Trousseau pour constater que la mobilisation avait porté ses fruits et que la situation était effectivement « maîtrisée », selon les termes de la directrice Marie-Noëlle Gérain Breuzard. Elle a aussi pu vérifier que la situation aux urgences du CHU de Tours avait positivement évolué depuis sa dernière visite en 2014.

« A l’époque, la moitié des médecins urgentistes menaçaient de démissionner devant l’engorgement permanent du service. Depuis, un poste de gestionnaire de lit a été nommé au sein de l’établissement et 29 lits supplémentaires ont été créés en médecine communautaire et en unité d’hospitalisation temporaire. « Désormais, le CHU de Tours a des urgences à la hauteur de son activité », s’est réjoui la ministre de la Santé. Qui n’y est sans doute pas pour rien. »

Las, dans les jours qui ont suivi trois syndicats – la CGT, Sud et FO – ont soupçonné et accusé les autorités d’avoir détourné les admissions aux urgences du CHU (Trousseau) vers d’autres établissements afin d’offrir à la ministre une vision tronquée de la réalité quotidienne.

Urgences propres et aseptisées

Résumé de Sud : « Parce que Marisol Touraine vient, on lui vide les urgences. C’était propre, ça sentait bon et c’était aseptisé. Sauf que depuis plusieurs semaines, le temps d’attente était parfois de cinq-six heures sur les brancards ». Analyse partagée par le syndicat CFTC des sapeurs-pompiers d’Indre-et-Loire, qui dénonce lui aussi un véritable « bouchon sanitaire » aux urgences de Trousseau. Statistiques à l’appui, ce syndicat affirme que le délai d’attente des ambulanciers avant prise en charge atteint ou dépasse 45 minutes dans 60 % des cas. Le record s’établit à 5 heures 42. Commentaire de ce syndicat :

« Ce n’est concevable, ni pour les victimes ni pour la continuité des secours. Quand toutes nos ambulances sont bloquées, qui assure les interventions ? Aujourd’hui, nous avons des sapeurs volontaires et des employeurs qui ne veulent plus subir cela. Cela pose un réel problème pour la sécurité civile ». 
Selon le président des pompiers CFTC, la situation aux urgences de Trousseau est loin de s’être améliorée depuis deux ans, contrairement à ce qu’affirment la direction du CHU et la ministre. « La réorganisation interne qui est évoquée, c’est de la poudre aux yeux. J’invite Madame Touraine à nous rencontrer. Elle verra que la réalité du terrain est tout autre », affirme le pompier, qui assure avoir le soutien de sa hiérarchie.
L’impératrice Catherine II

Responsables des urgences du CHU depuis mai 2015, le Pr Saïd Laribi ne conteste pas les problèmes que peuvent rencontrer les pompiers, tout en relativisant les chiffres avancés par la CFTC. « L’an dernier, nous avons enregistré 52.000 passages aux urgences de Trousseau. Ce chiffre est en hausse de 15 % depuis 2013. Actuellement, le temps médian de triage des malades est d’une trentaine de minutes et la moitié des patients sont vus par un médecin dans les deux heures », assure le chef de service, en indiquant qu’un groupe de travail a été créé il y a six mois pour optimiser l’accueil du public.

Où est la stricte vérité ? Les syndicats sont-ils dans le vrai quand ils accusent la direction d’avoir détourné les patients vers d’autres établissements dans les heures qui ont précédé la visite inopinée de la ministre ? Cette dernière voudra-t-elle en savoir plus ?

Difficile, proportion gardée, de ne pas songer aux villages Potemkine. On se souvient peut-être de cette « légende historique » qui veut que de luxueuses façades en carton-pâte aient été érigées (à la demande du ministre russe Grigori Potemkine) afin de masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II. C’était en Crimée, en l’an 1787. On connaît, dans les grandes lignes, la suite.

A demain

Grippe : pourquoi Xavier Bertrand a-t-il permis aux médecins de ne pas se faire vacciner ?

Bonjour

Comment justifier que la vaccination contre la grippe ne soit pas imposée aux médecins ? Et plus généralement comme à l’ensemble des professionnels de santé, vecteurs privilégiés et sujets directement exposés ?  Le Conseil national de l’Ordre des médecins a tranché : il est favorable à une vaccination obligatoire.  « Dans le cadre de la grippe, les professionnels de santé doivent être obligatoirement vaccinés » vient de déclarer le Dr Patrick Bouet. Or, seuls 50 % des professionnels de santé sont vaccinés. « Nous demandons à l’État d’assumer ces responsabilités en la matière » menace-t-il. Que fera l’Etat ? Et quelles seront les responsabilités lorsque les choses tourneront mal ?

Comment justifier que l’Etat n’impose pas cette vaccination aux professionnels – vaccination qu’il ne cesse par ailleurs de recommander à celles et ceux que ces mêmes professionnels sont amenés à soigner ? Nous évoquions il y a peu sur ce blog et sur Slate.fr 1 la responsabilité, sur ce point, de Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé.

Explications

« L’obligation de la vaccination antigrippale des professionnels de santé figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement alors dirigé par Dominique de Villepin. Sans doute serait-il utile que M. Bertrand, aujourd’hui président du conseil régional des Hauts-de-France, s’explique sur les raisons de cette suspension; une suspension à laquelle le directeur général de la Santé entend, fort opportunément mettre un terme. »

Depuis les Hauts-de-Seine le président Xavier Bertrand nous a fait savoir pourquoi il avait agi ainsi. Ce décret n’a pas été signé « sur un coin de table ». Cette décision de suspension a été prise sur la base d’un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (section maladies transmissibles) : avis « relatif à la mise en œuvre de la protection individuelle contre la grippe des professionnels visés à l’article L 3111-4 du code de la santé publique par une obligation vaccinale (séance du 19 mai 2006) ». C’est un avis sur lequel il vaut de ses pencher.

Se vacciner pour soi-même

1 Il rappelle que l’obligation vaccinale contre la grippe saisonnière des professionnels (visés par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) avait été adoptée depuis le 1er janvier 2006, « dans un contexte de menace pandémique ».

2 Il souligne – point remarquable – que les obligations vaccinales (prescrites par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) « visent exclusivement à protéger les professionnels du risque d’être eux-mêmes contaminés ». En d’autres termes ces obligations  « ne visent pas à protéger les personnes dont ils prennent soin et pour lesquelles la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

3 Il considère que l’obligation vaccinale, dans l’objectif de protection des professionnels visés contre la grippe, « doit être abordée de façon différente en période de grippe saisonnière inter-pandémique et en période de pandémie grippale confirmée ». Suivent différentes considérations épidémiologiques et éthiques (il n’y a pas de sur risque pour les professionnels de santé en période de grippe saisonnière inter-pandémique ; il n’existe pas de données permettant de comparer l’incidence de la grippe saisonnière chez les professionnels de santé, les professionnels d’établissements de soins et les professionnels d’hébergement pour personnes âgées avec celle des autres professionnels en contact avec le public ou avec la population générale ; quelques rares études sont en faveur d’une hétérogénéité du risque de contracter la grippe pour les professionnels de santé en fonction de leur pratique professionnelle et sont en faveur d’un risque plus élevé chez des professionnels de santé exerçant au contact d’enfants ou de patients présentant des syndromes grippaux etc.)

Vaccination « altruiste »

Au final le CSHP (section des maladies transmissibles, recommande « que l’obligation vaccinale contre la grippe des professionnels visés à l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique soit suspendue ». Mais dans le même temps, sans craindre d’être taxé de jésuite, il recommande aussi « que les campagnes d’information auprès des professionnels de santé et des professionnels en contact régulier avec les personnes à risque soient renforcées afin de poursuivre l’augmentation de la couverture vaccinale annuelle avec le vaccin contre la grippe saisonnière ».  Mieux encore, il « tient à rappeler qu’il recommande depuis 1999 la vaccination contre la grippe saisonnière aux personnels soignants de manière à réduire la transmission de l’infection aux personnes atteintes de certaines pathologies chroniques et pour celles âgées de 65 ans et plus, a fortiori hospitalisées ou en institution, pour lesquels la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

Et de conclure que cette « vaccination altruiste » des professionnels de santé fait régulièrement l’objet de campagnes d’information pour obtenir l’adhésion des professionnels de santé. On sait ce qu’il en est dix ans plus tard.

C’est donc sur la base de cet avis plus que paradoxal que Xavier Bertrand a pris la décision de suspendre le texte de loi qui aurait dû s’appliquer à compter du 1er janvier 2006. M. Bertrand nous fait aussi observer que personne n’est revenu sur son décret depuis dix ans ». Ce qui est vrai. Ni lui-même, ni Roselyne Bachelot, ni Marisol Touraine. Nul ne sait non plus combien de grippes auraient, sinon, pu être prévenues. Sans parler des décès.

A demain

1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

Grippe et « hécatombe » : les révélations du Parisien, les ombres de la canicule de 2003

 

Bonjour

Grippe, Marisol  Touraine est redevenue seine ; Le Parisien ne l’est pas qui nous promet des « révélations sur une hécatombe » (Elsa Mari, Florence Méréo et Vincent Mongaillard) :

« Sur la dernière semaine de 2016, le nombre de décès est bien supérieur à la moyenne, déjà habituellement élevée en janvier. Un diagnostic confirmé par l’Observatoire européen de la mortalité, dont les derniers chiffres sont tombés jeudi. Pour la première semaine de janvier, la France est en « excès important » de décès, tout comme l’Italie. Le Portugal traverse, lui, un phénomène ‘’très important’’ ».

 « La grippe va faire des milliers de morts cet hiver. Impossible pour l’heure de savoir si le bilan de 18 300 décès supplémentaires pendant l’épidémie de 2014-2015 sera dépassé. Mais ce qui est sûr, c’est que le fléau frappe très fort en cette saison de froid, alors même que son pic n’a pas encore été atteint à l’échelle nationale. » 

 Funéraire et marbrerie

Le quotidien cite le virologiste Bruno Lina (omniprésent dans tous les médias) qui évoque la virulence et la prégnance du A(H3N2), contemporain des pavés latins de 1968. Et Le Parisien d’aller plus loin que le marronnier des urgences et de s’intéresser à l’activité des entreprises de pompes funèbres et des crématoriums. A commencer par la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM) :

« On est à l’extrême limite mais, pour le moment, on tient. Il ne faudrait surtout pas que ça s’amplifie, sinon on ne pourrait plus avoir un accompagnement idéal. Une agence nous a dit que son activité habituelle du mois de janvier avait été cette année réalisée en moins de deux semaines. Par rapport à 2015, soit c’est plus fort, soit c’est plus concentré dans le temps. »

 Certification électronique des décès

Et Le Parisien de décliner : «  Un centre funéraire : «On a dû rappeler des employés en vacances» » ; « A Lyon, les familles doivent patienter » ;  « Le crématorium du Père-Lachaise saturé » ; « Un prêtre en Essonne constate «Un tiers d’enterrements en plus» ».

Tout ceci n’est pas sans rappeler les premières alertes (non entendues) des entreprises funéraires de la petite et de la grande couronne parisienne lors de la canicule de 2003 – lorsque Jean-François Mattei, alors ministre de la Santé (gouvernement Raffarin), témoignait de sa sérénité au journal télévisé. Ces interrogations sur la surmortalité qui sera enregistrée imposent, aussi, de soulever une nouvelle fois la question de la numérisation des certificats médicaux de décès.

En toute logique les autorités sanitaires devraient, dans un pays aussi moderne et centralisé que la France, pouvoir disposer en temps réel des causes médicales de décès et des chiffres associés. Quatorze années après la canicule de sinistre mémoire, la grippe de 2017 vient nous le rappeler.

A demain

 

Grippe : il en faudrait plus pour déstabiliser l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris

 

Bonjour

Un plan de communication peut ne pas en cacher un autre. Hier 11 janvier Marisol Touraine alertait. Aujourd’hui, sur le perron du Palais de l’Elysée elle disait sa sérénité ; ses consignes avaient bel et bien été suivies d’effet (voire peut-être même, qui sait, anticipées…). Peu de temps après la réunion élyséenne « de crise » le directeur général de l’AP-HP a exprimé sa volonté de rassurer la population de la capitale (et au-delà). Martin Hirsch a fait le point devant les membres de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), comme le rapporte Le Quotidien du Médecin.

 « Les hôpitaux ne sont pas désorganisés. Il n’y a pas de situation de déstabilisation de l’hôpital mais une forte mobilisation des professionnels, qui font plus d’heures supplémentaires et posent moins de jours de repos », a tenu à préciser M. Hirsch.  Interrogé sur le périmètre du parc hospitalier, le directeur général a, là aussi, rassuré.  « Il n’y a pas de manque de lits dans l’absolu à l’AP-HP, a-t-il dit. On pourrait fixer le nombre de lits par rapport au pic de l’épidémie. Ce serait effectivement plus confortable mais nous serions surdimensionnés le reste de l’année… ». C’était là une réponse indirecte à l’urgentiste-syndicaliste Patrick Pelloux toujours prompt à dénoncer la réduction de la voilure hospitalière ».

Blocs hurlants

La richesse de la gigantesque machinerie de l’AP-HP c’est aussi (en cas de nécessaire délestage ponctuel) ses deux cents blocs opératoires.  « Si on demande à un service de chirurgie de faire moins de bloc la semaine prochaine, il va hurler […] mais je pense qu’on doit s’adapter », a expliqué M. Hirsch. Où l’on entend que le directeur général de l’AP-HP est un familier du hurlement des chirurgiens. Des hurlements qui vont cesser :  « En Île-de-France, le pic le plus élevé est probablement derrière nous. La fin de la semaine dernière était peut-être notre moment le plus compliqué ».

Tout cela, et plus encore, vient d’être expliqué sur le site de l’AP-HP : « Epidémies hivernales ». On y apprend que le  plan « hôpital en tension » a été directement déclenché par le directeur général dès le 6 janvier. Ce plan consiste en un arsenal de mesures anticipées et hiérarchisées pouvant être mises en œuvre dans un délai court, pour gérer un épisode de tension hospitalière quelle qu’en soit la cause et notamment lors de phénomènes épidémiques. Il comporte trois niveaux : alerte vigilance, tension avérée, tension prolongée ou de grande amplitude. C’est, ni plus ni moins (au-delà des plans et impératifs politiques de communication) la manifestation concrète de l’organisation de la solidarité.

Ministre des généralistes

Dans le même temps d’autres voix s’élèvent que l’on se saurait bâillonner. Celle de la CGT-Santé qui dénonce des conditions « inacceptables et inhumaines ». Qui affirme que « notre système est tellement sous tension qu’il est incapable de gérer une hausse d’activité, liée à une épidémie de grippe tout à fait prévisible, comme il s’en produit tous les quatre à cinq ans ». Ou celle, aux antipodes libérales, de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

Son président, le Dr Jean-Paul Ortiz, dénonce un nouvel oubli de la médecine de ville. « Alors que l’hôpital est présenté comme l’unique recours, la CSMF rappelle que plus de 90 % des cas sont pris en charge par la médecine de ville, en particulier les médecins généralistes qui font face aussi à un afflux de demandes en soins de la population ». Dans sa prochaine communication il faudra que Marisol Touraine n’oublie pas qu’elle est, aussi, la ministre des médecins généralistes.

A demain