L’étrange histoire de Marisol Touraine en visite dans un « service d’urgence Potemkine »

 

Bonjour

L’affaire couvait, voici qu’elle perce. « La ministre aux urgences : comme un malaise… » titre, à la Une, l’édition dominicale de La Nouvelle République du Centre Ouest (Pascal Denis). La ministre, c’est Marisol Touraine, élue députée d’Indre-et-Loire très fréquemment en visite dans son « fief électoral ». Les urgences, ce sont celles du CHU de Tours où la ministre de la Santé était en visite il y a quelques jours pour savoir ce qu’il en était de la situation hospitalière face à l’épidémie de grippe. Marisol Touraine s’était alors réjouie de la « maîtrise » de la situation tourangelle. Or voici qu’une autre réalité, syndicale, prend le pas sur le satisfecit ministériel. C’est cette réalité que rapporte le quotidien régional :

« En fin de semaine dernière, alors que l’épidémie de grippe semait la panique dans de nombreux hôpitaux saturés, la ministre de la Santé a effectué une visite (surprise et éclair) aux urgences du CHU de Tours pour vérifier que ses consignes étaient bien appliquées. Dans un calme apparent, Marisol Touraine a constaté que la situation était « bien maîtrisée », selon les termes de la directrice, qui avait déclenché quelques heures plus tôt une cellule de crise pour dégager des lits supplémentaires dans les services. Au terme de sa visite, la ministre pouvait donc repartir rassérénée. »

Avant les vœux

La ministre avait fait une halte aux urgences sur le chemin qui la conduisait vers une charmante petite commune de sa circonscription (Reignac) où elle allait présenter ses vœux (et faire quelques confidences) à la population. La Nouvelle République était là :

« Marisol Touraine a fait étape à l’hôpital Trousseau pour constater que la mobilisation avait porté ses fruits et que la situation était effectivement « maîtrisée », selon les termes de la directrice Marie-Noëlle Gérain Breuzard. Elle a aussi pu vérifier que la situation aux urgences du CHU de Tours avait positivement évolué depuis sa dernière visite en 2014.

« A l’époque, la moitié des médecins urgentistes menaçaient de démissionner devant l’engorgement permanent du service. Depuis, un poste de gestionnaire de lit a été nommé au sein de l’établissement et 29 lits supplémentaires ont été créés en médecine communautaire et en unité d’hospitalisation temporaire. « Désormais, le CHU de Tours a des urgences à la hauteur de son activité », s’est réjoui la ministre de la Santé. Qui n’y est sans doute pas pour rien. »

Las, dans les jours qui ont suivi trois syndicats – la CGT, Sud et FO – ont soupçonné et accusé les autorités d’avoir détourné les admissions aux urgences du CHU (Trousseau) vers d’autres établissements afin d’offrir à la ministre une vision tronquée de la réalité quotidienne.

Urgences propres et aseptisées

Résumé de Sud : « Parce que Marisol Touraine vient, on lui vide les urgences. C’était propre, ça sentait bon et c’était aseptisé. Sauf que depuis plusieurs semaines, le temps d’attente était parfois de cinq-six heures sur les brancards ». Analyse partagée par le syndicat CFTC des sapeurs-pompiers d’Indre-et-Loire, qui dénonce lui aussi un véritable « bouchon sanitaire » aux urgences de Trousseau. Statistiques à l’appui, ce syndicat affirme que le délai d’attente des ambulanciers avant prise en charge atteint ou dépasse 45 minutes dans 60 % des cas. Le record s’établit à 5 heures 42. Commentaire de ce syndicat :

« Ce n’est concevable, ni pour les victimes ni pour la continuité des secours. Quand toutes nos ambulances sont bloquées, qui assure les interventions ? Aujourd’hui, nous avons des sapeurs volontaires et des employeurs qui ne veulent plus subir cela. Cela pose un réel problème pour la sécurité civile ». 
Selon le président des pompiers CFTC, la situation aux urgences de Trousseau est loin de s’être améliorée depuis deux ans, contrairement à ce qu’affirment la direction du CHU et la ministre. « La réorganisation interne qui est évoquée, c’est de la poudre aux yeux. J’invite Madame Touraine à nous rencontrer. Elle verra que la réalité du terrain est tout autre », affirme le pompier, qui assure avoir le soutien de sa hiérarchie.
L’impératrice Catherine II

Responsables des urgences du CHU depuis mai 2015, le Pr Saïd Laribi ne conteste pas les problèmes que peuvent rencontrer les pompiers, tout en relativisant les chiffres avancés par la CFTC. « L’an dernier, nous avons enregistré 52.000 passages aux urgences de Trousseau. Ce chiffre est en hausse de 15 % depuis 2013. Actuellement, le temps médian de triage des malades est d’une trentaine de minutes et la moitié des patients sont vus par un médecin dans les deux heures », assure le chef de service, en indiquant qu’un groupe de travail a été créé il y a six mois pour optimiser l’accueil du public.

Où est la stricte vérité ? Les syndicats sont-ils dans le vrai quand ils accusent la direction d’avoir détourné les patients vers d’autres établissements dans les heures qui ont précédé la visite inopinée de la ministre ? Cette dernière voudra-t-elle en savoir plus ?

Difficile, proportion gardée, de ne pas songer aux villages Potemkine. On se souvient peut-être de cette « légende historique » qui veut que de luxueuses façades en carton-pâte aient été érigées (à la demande du ministre russe Grigori Potemkine) afin de masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II. C’était en Crimée, en l’an 1787. On connaît, dans les grandes lignes, la suite.

A demain

Grippe : pourquoi Xavier Bertrand a-t-il permis aux médecins de ne pas se faire vacciner ?

Bonjour

Comment justifier que la vaccination contre la grippe ne soit pas imposée aux médecins ? Et plus généralement comme à l’ensemble des professionnels de santé, vecteurs privilégiés et sujets directement exposés ?  Le Conseil national de l’Ordre des médecins a tranché : il est favorable à une vaccination obligatoire.  « Dans le cadre de la grippe, les professionnels de santé doivent être obligatoirement vaccinés » vient de déclarer le Dr Patrick Bouet. Or, seuls 50 % des professionnels de santé sont vaccinés. « Nous demandons à l’État d’assumer ces responsabilités en la matière » menace-t-il. Que fera l’Etat ? Et quelles seront les responsabilités lorsque les choses tourneront mal ?

Comment justifier que l’Etat n’impose pas cette vaccination aux professionnels – vaccination qu’il ne cesse par ailleurs de recommander à celles et ceux que ces mêmes professionnels sont amenés à soigner ? Nous évoquions il y a peu sur ce blog et sur Slate.fr 1 la responsabilité, sur ce point, de Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé.

Explications

« L’obligation de la vaccination antigrippale des professionnels de santé figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement alors dirigé par Dominique de Villepin. Sans doute serait-il utile que M. Bertrand, aujourd’hui président du conseil régional des Hauts-de-France, s’explique sur les raisons de cette suspension; une suspension à laquelle le directeur général de la Santé entend, fort opportunément mettre un terme. »

Depuis les Hauts-de-Seine le président Xavier Bertrand nous a fait savoir pourquoi il avait agi ainsi. Ce décret n’a pas été signé « sur un coin de table ». Cette décision de suspension a été prise sur la base d’un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (section maladies transmissibles) : avis « relatif à la mise en œuvre de la protection individuelle contre la grippe des professionnels visés à l’article L 3111-4 du code de la santé publique par une obligation vaccinale (séance du 19 mai 2006) ». C’est un avis sur lequel il vaut de ses pencher.

Se vacciner pour soi-même

1 Il rappelle que l’obligation vaccinale contre la grippe saisonnière des professionnels (visés par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) avait été adoptée depuis le 1er janvier 2006, « dans un contexte de menace pandémique ».

2 Il souligne – point remarquable – que les obligations vaccinales (prescrites par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) « visent exclusivement à protéger les professionnels du risque d’être eux-mêmes contaminés ». En d’autres termes ces obligations  « ne visent pas à protéger les personnes dont ils prennent soin et pour lesquelles la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

3 Il considère que l’obligation vaccinale, dans l’objectif de protection des professionnels visés contre la grippe, « doit être abordée de façon différente en période de grippe saisonnière inter-pandémique et en période de pandémie grippale confirmée ». Suivent différentes considérations épidémiologiques et éthiques (il n’y a pas de sur risque pour les professionnels de santé en période de grippe saisonnière inter-pandémique ; il n’existe pas de données permettant de comparer l’incidence de la grippe saisonnière chez les professionnels de santé, les professionnels d’établissements de soins et les professionnels d’hébergement pour personnes âgées avec celle des autres professionnels en contact avec le public ou avec la population générale ; quelques rares études sont en faveur d’une hétérogénéité du risque de contracter la grippe pour les professionnels de santé en fonction de leur pratique professionnelle et sont en faveur d’un risque plus élevé chez des professionnels de santé exerçant au contact d’enfants ou de patients présentant des syndromes grippaux etc.)

Vaccination « altruiste »

Au final le CSHP (section des maladies transmissibles, recommande « que l’obligation vaccinale contre la grippe des professionnels visés à l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique soit suspendue ». Mais dans le même temps, sans craindre d’être taxé de jésuite, il recommande aussi « que les campagnes d’information auprès des professionnels de santé et des professionnels en contact régulier avec les personnes à risque soient renforcées afin de poursuivre l’augmentation de la couverture vaccinale annuelle avec le vaccin contre la grippe saisonnière ».  Mieux encore, il « tient à rappeler qu’il recommande depuis 1999 la vaccination contre la grippe saisonnière aux personnels soignants de manière à réduire la transmission de l’infection aux personnes atteintes de certaines pathologies chroniques et pour celles âgées de 65 ans et plus, a fortiori hospitalisées ou en institution, pour lesquels la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

Et de conclure que cette « vaccination altruiste » des professionnels de santé fait régulièrement l’objet de campagnes d’information pour obtenir l’adhésion des professionnels de santé. On sait ce qu’il en est dix ans plus tard.

C’est donc sur la base de cet avis plus que paradoxal que Xavier Bertrand a pris la décision de suspendre le texte de loi qui aurait dû s’appliquer à compter du 1er janvier 2006. M. Bertrand nous fait aussi observer que personne n’est revenu sur son décret depuis dix ans ». Ce qui est vrai. Ni lui-même, ni Roselyne Bachelot, ni Marisol Touraine. Nul ne sait non plus combien de grippes auraient, sinon, pu être prévenues. Sans parler des décès.

A demain

1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

Grippe et « hécatombe » : les révélations du Parisien, les ombres de la canicule de 2003

 

Bonjour

Grippe, Marisol  Touraine est redevenue seine ; Le Parisien ne l’est pas qui nous promet des « révélations sur une hécatombe » (Elsa Mari, Florence Méréo et Vincent Mongaillard) :

« Sur la dernière semaine de 2016, le nombre de décès est bien supérieur à la moyenne, déjà habituellement élevée en janvier. Un diagnostic confirmé par l’Observatoire européen de la mortalité, dont les derniers chiffres sont tombés jeudi. Pour la première semaine de janvier, la France est en « excès important » de décès, tout comme l’Italie. Le Portugal traverse, lui, un phénomène ‘’très important’’ ».

 « La grippe va faire des milliers de morts cet hiver. Impossible pour l’heure de savoir si le bilan de 18 300 décès supplémentaires pendant l’épidémie de 2014-2015 sera dépassé. Mais ce qui est sûr, c’est que le fléau frappe très fort en cette saison de froid, alors même que son pic n’a pas encore été atteint à l’échelle nationale. » 

 Funéraire et marbrerie

Le quotidien cite le virologiste Bruno Lina (omniprésent dans tous les médias) qui évoque la virulence et la prégnance du A(H3N2), contemporain des pavés latins de 1968. Et Le Parisien d’aller plus loin que le marronnier des urgences et de s’intéresser à l’activité des entreprises de pompes funèbres et des crématoriums. A commencer par la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM) :

« On est à l’extrême limite mais, pour le moment, on tient. Il ne faudrait surtout pas que ça s’amplifie, sinon on ne pourrait plus avoir un accompagnement idéal. Une agence nous a dit que son activité habituelle du mois de janvier avait été cette année réalisée en moins de deux semaines. Par rapport à 2015, soit c’est plus fort, soit c’est plus concentré dans le temps. »

 Certification électronique des décès

Et Le Parisien de décliner : «  Un centre funéraire : «On a dû rappeler des employés en vacances» » ; « A Lyon, les familles doivent patienter » ;  « Le crématorium du Père-Lachaise saturé » ; « Un prêtre en Essonne constate «Un tiers d’enterrements en plus» ».

Tout ceci n’est pas sans rappeler les premières alertes (non entendues) des entreprises funéraires de la petite et de la grande couronne parisienne lors de la canicule de 2003 – lorsque Jean-François Mattei, alors ministre de la Santé (gouvernement Raffarin), témoignait de sa sérénité au journal télévisé. Ces interrogations sur la surmortalité qui sera enregistrée imposent, aussi, de soulever une nouvelle fois la question de la numérisation des certificats médicaux de décès.

En toute logique les autorités sanitaires devraient, dans un pays aussi moderne et centralisé que la France, pouvoir disposer en temps réel des causes médicales de décès et des chiffres associés. Quatorze années après la canicule de sinistre mémoire, la grippe de 2017 vient nous le rappeler.

A demain

 

Grippe : il en faudrait plus pour déstabiliser l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris

 

Bonjour

Un plan de communication peut ne pas en cacher un autre. Hier 11 janvier Marisol Touraine alertait. Aujourd’hui, sur le perron du Palais de l’Elysée elle disait sa sérénité ; ses consignes avaient bel et bien été suivies d’effet (voire peut-être même, qui sait, anticipées…). Peu de temps après la réunion élyséenne « de crise » le directeur général de l’AP-HP a exprimé sa volonté de rassurer la population de la capitale (et au-delà). Martin Hirsch a fait le point devant les membres de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), comme le rapporte Le Quotidien du Médecin.

 « Les hôpitaux ne sont pas désorganisés. Il n’y a pas de situation de déstabilisation de l’hôpital mais une forte mobilisation des professionnels, qui font plus d’heures supplémentaires et posent moins de jours de repos », a tenu à préciser M. Hirsch.  Interrogé sur le périmètre du parc hospitalier, le directeur général a, là aussi, rassuré.  « Il n’y a pas de manque de lits dans l’absolu à l’AP-HP, a-t-il dit. On pourrait fixer le nombre de lits par rapport au pic de l’épidémie. Ce serait effectivement plus confortable mais nous serions surdimensionnés le reste de l’année… ». C’était là une réponse indirecte à l’urgentiste-syndicaliste Patrick Pelloux toujours prompt à dénoncer la réduction de la voilure hospitalière ».

Blocs hurlants

La richesse de la gigantesque machinerie de l’AP-HP c’est aussi (en cas de nécessaire délestage ponctuel) ses deux cents blocs opératoires.  « Si on demande à un service de chirurgie de faire moins de bloc la semaine prochaine, il va hurler […] mais je pense qu’on doit s’adapter », a expliqué M. Hirsch. Où l’on entend que le directeur général de l’AP-HP est un familier du hurlement des chirurgiens. Des hurlements qui vont cesser :  « En Île-de-France, le pic le plus élevé est probablement derrière nous. La fin de la semaine dernière était peut-être notre moment le plus compliqué ».

Tout cela, et plus encore, vient d’être expliqué sur le site de l’AP-HP : « Epidémies hivernales ». On y apprend que le  plan « hôpital en tension » a été directement déclenché par le directeur général dès le 6 janvier. Ce plan consiste en un arsenal de mesures anticipées et hiérarchisées pouvant être mises en œuvre dans un délai court, pour gérer un épisode de tension hospitalière quelle qu’en soit la cause et notamment lors de phénomènes épidémiques. Il comporte trois niveaux : alerte vigilance, tension avérée, tension prolongée ou de grande amplitude. C’est, ni plus ni moins (au-delà des plans et impératifs politiques de communication) la manifestation concrète de l’organisation de la solidarité.

Ministre des généralistes

Dans le même temps d’autres voix s’élèvent que l’on se saurait bâillonner. Celle de la CGT-Santé qui dénonce des conditions « inacceptables et inhumaines ». Qui affirme que « notre système est tellement sous tension qu’il est incapable de gérer une hausse d’activité, liée à une épidémie de grippe tout à fait prévisible, comme il s’en produit tous les quatre à cinq ans ». Ou celle, aux antipodes libérales, de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

Son président, le Dr Jean-Paul Ortiz, dénonce un nouvel oubli de la médecine de ville. « Alors que l’hôpital est présenté comme l’unique recours, la CSMF rappelle que plus de 90 % des cas sont pris en charge par la médecine de ville, en particulier les médecins généralistes qui font face aussi à un afflux de demandes en soins de la population ». Dans sa prochaine communication il faudra que Marisol Touraine n’oublie pas qu’elle est, aussi, la ministre des médecins généralistes.

A demain

Grippe : la sérénité retrouvée de Marisol Touraine sur le perron du Palais de l’Elysée

Bonjour

Rassurer après avoir inquiété. Se rapprocher de la vérité. La tension sans le débordement. La ministre de la Santé Marisol Touraine a, dans la matinée du 12 janvier, reconnu que les hôpitaux français étaient sous « tension » face à l’épidémie de grippe mais assuré qu’ils n’étaient « en aucun cas débordés ». «La saturation aujourd’hui des services d’urgence n’existe pas» , a-t-elle encore affirmé.

La ministre s’exprimait à l’issue d’une « réunion de crise » organisée en urgence autour de François Hollande, président de la République. « Les hôpitaux aujourd’hui sont face à une situation de tension, ils ne sont en aucun cas débordés », a rassuré la ministre sur le perron du palais présidentiel.

Auto-centrage

Peu avant, sur France 2 : « Les hôpitaux sont en situation tendue, mais ils ne sont pas débordés et ils font face. Je suis aujourd’hui sereine quant à leur capacité à faire face aux besoins des malades. Ils prennent en charge dans de bonnes conditions tous ceux qui ont besoin d’être soignés. »

Avec cette discrète précision auto-centrée: « Depuis la mise en oeuvre des mesures que j’ai demandées, (la) pression s’est relâchée».

Sereine après avoir mis en scène son inquiétude ? Une réunion de crise pour découvrir qu’elle ne se justifiait pas ? Mauvais tempo. Timing ravageur. Il faut (et il faudra) tenir compte des conséquences politiques de la dramatisation ministérielle de ces derniers jours. Une dramatisation qui conduit, une nouvelle fois, à braquer les projecteurs médiatiques vers l’hôpital public. Avec, derrière lui, l’immense navire amiral de la Sécurité Sociale et les chaloupes, hors-bords et autres pédalos mutualistes. Le tout sur une mer démontée et, désormais, sans météo marine

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Epidémies de grippe : tous les soignants français bientôt obligés de se faire vacciner ?

 

Bonjour

Il a osé ! En marge des opérations récurrentes de communication de sa ministre le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, a soulevé une question essentielle de santé publique : celle de l’obligation de la vaccination annuelle des soignants contre la grippe saisonnière. Le DGS s’est exprimé le 11 janvier au décours d’une conférence de presse consacrée à la gestion par les autorités sanitaires de l’actuelle épidémie.

Les termes de l’équation sont s’une simplicité pasteurienne : moins d’un tiers des soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes) se font vacciner contre la grippe et ils sont, du fait de leur profession, les premiers agents contaminateurs de l’infection. Une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus grippaux aux sein des populations les plus fragiles. Or l’Etat peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt. Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations parmi lesquelles la très efficace (et toujours plus ou moins controversée) immunisation contre l’hépatite virale de type B.

Cabinet court-circuité

« L’annonce de M. Vallet a visiblement pris de court le cabinet de la ministre de la santé, Marisol Touraine, où l’on s’est contenté de rappeler que cette dernière doit prochainement présenter ‘’ les mesures qu’elle entend prendre pour renforcer la confiance dans la vaccination’’ » révèle Le Monde (François Béguin). Comment le cabinet d’un ministre de la Santé pourrait-il, sérieusement, être pris de court sur un sujet sanitaire aussi important et en pleine épidémie grippale ? Faudrait-il voir ici un discret symptôme de tensions intra-ministérielles à l’approche d’échéances importantes ? Marisol Touraine évoquera-t-elle la question lors de sa prise de parole dans la cour de l’Elysée ?

Nous sommes-là, très précisément, à l’articulation du politique et du sanitaire 1. Voici le cadre officiel :

« Bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. »

Xavier Bertrand et Marisol Touraine

Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. « Santé et solidarités » qui, dix ans plus tard, demandera à Xavier Bertrand pourquoi il avait jugé utile de prendre une telle décision ?  Et, depuis cinq ans, pourquoi Marisol Touraine n’a-t-elle pas abrogé ce décret ?

Le Monde cite le Pr Bruno Lina, spécialiste de virologie et l’un des meilleurs spécialistes français de la lutte contre la grippe. Il rappelle qu’aux Etats-Unis, la vaccination contre la grippe est obligatoire et figure dans le contrat de travail des personnes qui travaillent dans les structures de soins. C’était trop simple : le nouveau président des Etats-Unis vient de faire un premier cadeau de poids aux militants anti-vaccinaux. Donald Trump vient de nommer Robert F. Kennedy Jr , un anti-vaccinal, à la tête de la commission officielle en charge de la sécurité vaccinale. Où l’on voit que certains responsables politiques tiennent certaines de leurs promesses.

Une question : que pensent des vaccins et de la vaccination MM Fillon, Macron et Mélenchon ?

A demain

1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain