Epidémie hémorragique : Ebola menace à nouveau la République démocratique du Congo   

 

Bonjour

Même cause virale, mêmes effets médiatiques. Et pour l’heure désintérêt occidental quant à cette nouvelle menace épidémique, menace naissante au cœur de l’Afrique. La République démocratique du Congo (RDC)  est à nouveau confrontée au virus Ebola. Officiellement, déjà, dix-sept morts dans la province de l’Equateur, au nord-ouest de cet immense pays.  « Vingt et un cas de fièvre avec des signes hémorragiques et dix-sept décès » – soit un taux de létalité de 80 % – ont été notifiés au ministère républicain congolais qui parle d’ « une urgence de santé publique de portée internationale ».

 La ré-émergence du mal viral épidémique a été identifiée dans une zone de forêt équatoriale, frontalière du Congo-Brazzaville et située à environ 600 km au nord-ouest de Kinshasa. Une équipe du ministère de la Santé, (soutenue par l’OMS et par Médecins sans frontières) s’est rendue sur zone, dans la ville de Bikoro. Cette ré-émergence épidémique en RDC est la neuvième depuis la découverte du virus Ebola sur son sol, en 1976. La dernière datait de 2017. On se souvient encore, en France, des frayeurs nées de la vague épidémique – une vague qui (de fin 2013 et 2016) fit plus de 11 000 morts sur 29 000 cas recensés en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

« Une réaction rapide et coordonnée des pouvoirs publics et la mobilisation scientifique internationale seront essentiels pour contenir cette épidémie souligne d’ores et déjà l’Institut de recherche pour le développement (IRD). La coopération scientifique franco-congolaise est déjà mobilisée, et va pouvoir s’appuyer sur les actions de préparation aux épidémies et de formation des équipes locales sur le virus, comme sur la qualité de la collaboration scientifique mise en place entre pays africains. » Même cause, mêmes effets ?

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Pourquoi le torchon brûle-t-il à Act-Up Paris ? Question de cinéma, de sida et de politique

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Pour un peu de nombreux médias généralistes s’en mordraient les doigts. Du moins ceux qui, dans leurs « colonnes cinéma », portèrent en triomphe et à bout de bras « 120 battements par minutes ». « Le succès serait-il monté à la tête d’Act Up ? Après le triomphe du film, encensé par la critique et couronné aux derniers Césars, l’association de lutte contre le sida se paye une crise de croissance, avec la démission de sa direction et la nomination d’une nouvelle équipe décidée lors d’une assemblée générale extraordinaire » écrit L’Obs.  

L’ancienne équipe dirigeante d’Act-Up Paris a quitté ses fonctions à la veille de Pâques. Elle déplore une « transition brutale » après le carton du film. Et de nous apprendre que la déjà vieille association, en perte de vitesse (et qui fut un temps placée en redressement judiciaire – en 2014)  a vu « une vague de nouvelles arrivées » avec notamment « de jeunes militants déjà politisés et expérimentés dans d’autres luttes, notamment antiracistes » fait valoir l’équipe démissionnaire. Où l’on retrouve, quelques décennies plus tard, les vieux outils de l’entrisme politique.

Ces jeunes « détournent et exploitent l’outil d’Act Up, en se servant de son historique, pour mettre en avant d’autres luttes », accusent ainsi les deux anciens coprésidents, Rémy Hamai et Mikaël Zenouda ainsi que l’ancien vice-président Xavier Cœur-Jolly. Tous déplorent que le travail d’expertise soit « relégué au dernier plan » au profit « du commentaire permanent de la critique spectacle ». On entend la colère et le dépit. C’est une manière d’observer que le temps passe.

Séronégs, pédés, gouines, biEs, trans, intersexes, queer  etc.

Les deux nouveaux vice-présidents se nomment Fabrice Clouzeau et Marc-Antoine Bartoli. Ils font leurs premières armes en signant un premier communiqué. Extraits :

« RéuniEs en Assemblée Générale Extraordinaire convoquée par le Conseil d’Administration démissionnaire ce samedi 31 mars 2018, les membres ont renouvelé leurs instances dirigeantes (…) Le nouveau Conseil d’Administration a exprimé lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire des propositions d’orientations politiques pour l’année à venir, qui seront débattues lors d’un prochain séminaire politique. (…)

« Act Up-Paris réaffirme l’engagement de l’association dans la lutte contre le VIH/sida, sa solidarité avec les personnes vivant avec le VIH/SIDA et les personnes discriminées. L’ensemble du Conseil d’administration est solidaire des séropos, séronégs, pédés, gouines, biEs, trans, intersexes, queer, hétéros, travailleuSEs du sexe, migrantEs, étrangèrEs, raciséEs, détenuEs, usagèrEs de drogues, handicapéEs, précairEs, jeunEs, vieuxEILLEs.

« Act Up-Paris aussi dénonce la campagne de calomnies de certains membres du Conseil d’Administration démissionnaire. Il s’agit là d’une manœuvre destructrice afin de discréditer le processus démocratique qui fonde depuis son commencement Act Up-Paris, et dont les membres ont choisi sans aucune ambiguïté une nouvelle équipe afin de mobiliser des dynamiques nouvelles dans la lutte.

«  Nous assistons à une utilisation illégitime et à un détournement des réseaux sociaux de l’association pour propager des fausses nouvelles et de sciemment tromper les malades et leurs proches, ainsi que toutes personnes physiques ou morales, partenaires associatifs, institutionnels et médias. Act Up-Paris laisse aux personnes signataires de ce communiqué, l’entière responsabilité de leurs actes et se réserve le droit d’entamer des poursuites judiciaires. »

Comment comprendre ? La France se pâme à l’évocation du cinquantenaire de ses pavés parisiens. Act-Up Paris soufflera, l’an prochain, ses trente bougies.

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Laits infantiles contaminés : que s’est-il passé il y a douze ans dans l’usine de la Mayenne ?  

Bonjour

C’est la pièce épidémiologique manquante du grand puzzle de l’affaire Lactalis 1 : que s’est-il passé il y a douze ans dans la désormais tristement célèbre usine de Craon, département de la Mayenne, section Mayenne angevine ? On sait que cet établissement avait déjà été identifié comme ayant été contaminé par une salmonelle. Et très vraisemblablement, déjà, par une Salmonella sérotype Agona.

On connaît aujourd’hui plus de 2.000 variétés (ou sérotypes) de Salmonella pathogènes parmi lesquelles cette Salmonella sérotype Agona. En Europe, ces bactéries représentent la cause la plus fréquente d’épidémies d’origine alimentaire et la deuxième cause de maladies d’origine alimentaire. «Toutefois, le nombre de foyers où ces bactéries ont été isolées est en constante diminution dans l’Union européenne depuis 2001. Cette amélioration reflète l’efficacité de la politique de l’Europe en matière de sécurité sanitaire des élevages et des abattoirs (abattage systématique des élevages de poules pondeuses contaminés, mesures d’hygiène tout au long de la chaîne de production)», précise-t-on auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES).

Qui dira la vérité bactériologique sur 2005 ? Très vraisemblablement, sous peu, les spécialistes qui sont au cœur du dispositif français de surveillance et de prévention de ces infections on trouve le Centre National de Référence des Salmonella (CNR-Salm) de l’Institut Pasteur de Paris. Ce centre reçoit chaque année 10.000 souches/an dont environ 6% (soit 600) isolées de bébés de moins de 1 an. De 2012 à 2016, ce CNR  a identifié environ 65 souches de Salmonella Agona par an.

Survivre à Craon

En pratique le CNR-Salm reçoit des souches d’un grand réseau de laboratoires volontaires hospitaliers et privés. Ces souches reçues sont ensuite caractérisées par différentes méthodes et classées selon leur sérotype et selon les résultats de typage génomique. Des algorithmes de détection de dépassement de seuils ont d’autre part été établis depuis plusieurs années par Santé publique France et le CNR-Salm –et ce pour chaque sérotype à partir des données historiques. Ils sont utilisés chaque semaine pour rechercher des augmentations inhabituelles ou des cas groupés de souches d’un sérotype donné parmi les souches reçues au CNR-Salm. Les spécialistes disposent ainsi d’une série de précieuses données pour chacune des souches: date d’isolement, date de validation des données de typage, groupe d’âge du patient pour lequel la souche a été isolée, laboratoire ayant isolée la souche, type de prélèvement (selles, sang, urine etc.).

Faut-il être surpris par la présence, à douze ans d’écart, du même sérotype de Salmonella dans la même usine ? Cette similarité n’étonne pas les spécialistes. Pour François-Xavier Weill, directeur du CNR-Salm, cette usine n’est pas a priori son milieu naturel, ce pathogène goûtant nettement plus la lumière des tubes digestifs des animaux. L’hypothèse la plus probable, selon lui, est que cette salmonelle a persisté au sein d’un troupeau de bovins qui fournissait du lait à l’usine. A-t-elle néanmoins pu survivre à Craon ? Et si oui avec quelles conséquences ?

« On va probablement confirmer, parce que ça reste une hypothèse, que la souche de 2017 dérive de celle de 2005. Et on va s’assurer qu’il n’y a pas eu de cas de contamination très sporadiques entre ces deux dates », a déclaré le bactériologiste Simon Le Hello  du CNR-Salm où une comparaison fine des deux souches est en cours.

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1 Sur ce thème : « Lactalis: une crise qui aurait pu être évitée » Slate.fr 15 janvier 2018

 

 

 

Ebola a été identifié en République démocratique du Congo. L’OMS fera-t-elle diligence ?

 

Bonjour

Cette fois l’OMS fera-t-elle diligence ?  Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) ont, jeudi 11 mai, prévenu l’Organisation mondiale de la santé qu’une épidémie à virus Ebola avait été identifiée dans le pays. Selon les informations de RFI, neuf cas suspects auraient été signalés depuis le 22 avril. Trois personnes sont déjà décédées. Pour l’heure, un seul cas a pu être confirmé par des tests menés dans un laboratoire de Kinshasa.

L’épidémie en RDC se serait déclarée dans le nord du pays, à Likati, dans la province du Bas-Uélé – une zone difficile d’accès. Il y a quarante ans c’était en RDC que le virus Ebola avait, pour la première fois, été identifié en 1976, le long de la rivière dont il porte le nom, pas très loin de la zone actuellement touchée 1.

Incurie

Le ministère de la Santé de RDC a sollicité l’appui de l’OMS afin de renforcer la riposte. Dans une déclaration faite à la télévision publique, le ministre de la santé congolais, M. Ilunga Kalenga, a confirmé la réapparition du virus tout en appelant la population « à ne pas céder à la panique ». L’OMS explique qu’elle « travaille en étroite collaboration » avec les autorités congolaises « pour faciliter le déploiement des matériels de protection et du personnel sur le terrain afin de renforcer la surveillance épidémiologique et contrôler très rapidement l’épidémie ».

L’organisation onusienne avait été accusée d’incurie lors de la dernière épidémie qui avait fait 11.000 morts en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. On peut espérer que l’accusation n’aura pas été sans effet.

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1 Sur ce thème : « Une course contre la montre Mes combats contre les virus mortels, sida et Ebola » de Peter Piot. Editions Odile Jacob

Trois mille personnes ont déjà pris du Truvada® contre une contamination sexuelle par le VIH

 

Bonjour

C’est une étape médicale dans l’histoire de la lutte contre l’épidémie de sida. Elle se résume à quelques lignes sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Etape majeure en ce qu’elle consacre le recours à un médicament antiviral comme méthode de prévention de la contamination par le VIH par des comportements sexuels connus pour être « à risques ».

C’est aussi une étape réglementaire : la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) de Truvada® dans la prophylaxie Pré-exposition au VIH (PrEP) établie en janvier 2016 prendra fin le 28 février 2017. C’est la conséquence mécanique compte de l’extension de l’AMM de cette spécialité pharmaceutique dans cette indication.

Rappelons l’essentiel. Le Truvada® est une association à dose fixe de deux inhibiteurs de la transcriptase inverse du VIH, l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil fumarate. Depuis 2005 cette spécialité (commercialisée par la firme américaine Gilead Sciences)  bénéficie d’une AMM européenne dans le « traitement de l’infection par le VIH chez l’adulte ».

Sécurité sociale

Après plusieurs années de controverses empruntant à la méthodologie (autant qu’aux passions associatives, convictions idéologiques et volontés politiques) une RTU de Truvada® avait été mise en place en France en janvier 2016. Cadre : « la prophylaxie pré-exposition au VIH chez les personnes adultes à haut risque d’acquisition du VIH par voie sexuelle ». Le jargon utilisé dit tout de la complexité sociétale du sujet. Avec, sous-jacente, la question de la prise en charge par la collectivité de cette nouvelle (et coûteuse) méthode de prévention 1.

L’ANSM révèle aujourd’hui qu’en France « plus de 3000 personnes » ont reçu Truvada® dans ce cadre. L’extension d’AMM a été octroyée en août 2016 par la Commission européenne. En pratique :

« Truvada®  associé à des pratiques sexuelles à moindre risque, est indiqué en prophylaxie pré-exposition pour réduire le risque d’infection par le VIH-1 par voie sexuelle chez les adultes à haut risque de contamination, selon un schéma posologique en continu (1 comprimé /jour).

Le traitement sera initié par un médecin spécialiste hospitalier et/ou exerçant en « Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic des infections par le VIH, les hépatites virales et les infections sexuellement transmissibles ». Il pourra être renouvelé par le médecin généraliste, dans la limite d’un an, comme c’est actuellement le cas dans le traitement de l’infection par le VIH. »

Préservatif

L’ANSM souligne les principaux risques associés à cette utilisation du Truvada® : le risque de toxicité rénale lié et  le risque de séroconversion sous traitement pouvant être associé à l’apparition de mutations de résistance du VIH. C’est pourquoi « un suivi régulier, incluant un dépistage du VIH au minimum tous les trois mois et une surveillance de la fonction rénale, est indispensable ». De plus des « documents de réduction des risques » doivent être mis à la disposition des médecins et des personnes traitées. :

. une brochure d’information sur la PrEP et d’une check-list pour l’initiation et le suivi des sujets traités, destinées aux prescripteurs ; cette brochure contient notamment une fiche et les modalités de déclaration des séroconversions VIH,

. une brochure d’information sur la PrEP et d’une carte de rappel des modalités de prise du médicament et des rendez-vous, destinées aux sujets traités et qui devront leur être remises par les prescripteurs,

. un courrier de liaison entre le prescripteur initial (médecin spécialiste hospitalier et/ou exerçant en CeGIDD) et le médecin généraliste, en cas de renouvellement de la prescription de Truvada® par ce dernier.

Un médicament comme les autres ? Pas véritablement : l’ANSM surligne en gras que cet usage médicamenteux   « s’intègre dans une stratégie de prévention diversifiée de la transmission du VIH par voie sexuelle avec notamment la promotion de l’usage du préservatif, qui protège non seulement du VIH mais également des autres infections sexuellement transmissibles ».

Le Truvada® est actuellement commercialisé environ 400 euros les trente comprimés. Un coût pris en charge à 100% par la Sécurité sociale.

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1 « Sida: la Sécurité sociale doit-elle rembourser le Truvada® à titre préventif ? » Slate.fr (30 octobre 2014)

 

Officiel : l’IGAS vient de confirmer que la grippe peut être mortelle chez les personnes âgées

 

Bonjour

C’était, il y a un mois, une urgence ministérielle rouge et fébrile 1. Souvenons-nous. Le 8 janvier le ministère des Affaires sociales et de la Santé fait savoir qu’il vient d’être informé par l’Agence Régionale de Santé Auvergne Rhône-Alpes « de l’importance exceptionnelle de l’épidémie de grippe au sein d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ». Il s’agit de l’EHPAD  Korian Berthelot situé dans le 7ème arrondissement de Lyon. Un établissement de 110 places du puissant groupe Korian – (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle).

L’EHPAD visé venait de faire savoir qu’au 7 janvier, 72 personnes avaient contracté la grippe et que 13 d’entre elles en étaient décédées depuis le 23 décembre. Marisol Touraine lançait aussitôt une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) « afin de contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe ».

Et Marisol Touraine d’annoncer qu’elle avait également demandé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, de se rendre sur place toutes affaires cessantes. Objectif de ce déplacement hors norme : « évaluer précisément la situation et de prendre, le cas échéant, des mesures d’urgence pour circonscrire l’épidémie et prendre en charge les résidents le nécessitant ». Le DGS constatait alors bien vite que les mesures de prévention étaient bien mises en place.

Délicieux extraits

Nous sommes le 7 février et  Marisol Touraine vient de rendre public le rapport de l’IGAS. C’est un très long document dont l’intérêt est inégal mais qui, en lui-même est un fait politique édifiant. On pourra le découvrir ici : « L’épidémie de grippe à l’EHPAD Korian Berthelot de Lyon ». Etabli par Alain Meunier et le Dr. Alain Lopez, membres de l’Inspection générale des affaires sociales, ce document (en deux tomes) retrace un historique de l’épisode épidémique. « Ont été examinées les mesures prises en amont de l’épisode, de nature préventive, et celles adoptées pour lutter contre l’épidémie et prendre en charge les résidents malades » résument les auteurs. Et que nous disent-ils, en conclusion ? Des choses délicieuses de ce type :

 « Autant qu’on puisse en juger a  posteriori (sic) l’établissement prenait des précautions pour  limiter les risques de contamination par le virus de la grippe : dispositifs de lavage des mains,  sensibilisation du personnel aux mesures d’hygiène à prendre, informations du personnel et des visiteurs. Conseillées par l’équipe d’EMH, des mesures d’hygiène renforcées ont été mises en œuvre dès le début de l’épidémie : isolement des résidents malades, lavages des mains plus systématiques, port de masque systématique, limitation des visites, suspensions des animations pour les personnes symptomatiques. L’arrêt des admissions et des activités collectives a été décidé  le 28 décembre.

 « Malgré ces dispositions respectueuses des recommandations nationales rappelées par l’ARS, l’épidémie a touché un peu plus des deux tiers des résidents et entraîné le décès de 13 personnes, soit 12% des 102 pensionnaires de cet établissement. Les personnes accueillies par cet établissement sont âgées et sont fragilisées par les pathologies dont elles souffrent, en témoignent les scores élevés des indicateurs GIR et Pathos. Leur  grand âge (91 ans en moyenne pour les personnes décédées) rend moins efficace la protection  apportée par la vaccination. Leur vie au sein d’une collectivité les expose à des contaminations plus faciles. Aussi, les risques pour elles de contracter la grippe et de ne pas la surmonter sont grands, comme les risques d’être mal protégé par un vaccin pourtant adapté à la lutte contre le virus dominant circulant. Ces raisons peuvent expliquer le nombre élevé de personnes touchées par la  grippe et celui des décès constatés, malgré les précautions prises pour éviter cette situation  épidémique et ses conséquences. »

Deux observations

Mais on ne saurait en rester à ce constat. Alain Meunier et le Dr. Alain Lopez font ainsi deux observations :

« ○ la survenue des premiers cas juste avant le jour de Noël, suivie d’un répit ayant laissé croire que le danger était écarté, a fait que les mesures d’isolement et d’hygiène générale n’ont pas été appliquées pendant plusieurs jours avec toute la rigueur  souhaitable. Trois jours après, le 28 décembre, 14 nouveaux cas se sont déclarés entraînant l’interdiction de toute visite au sein de l’établissement.

○ le  taux de couverture vaccinale des résidents, qui était de 80 % l’année dernière, était moitié moindre cette année (40 % ). Bien sûr le vaccin est moins protecteur chez les personnes âgées, bien sûr des résidents vaccinés ont été touchés par la grippe et certains sont décédés, cependant, la concomitance d’une aussi forte épidémie difficile à  contrôler avec cette baisse importante de la garde vaccinale ne peut que laisser penser  qu’il ne s’agit pas là d’un effet du hasard. »

 Vaccins « sans adjuvants »

Mais il faut aller plus loin, pousser son avantage, oser s’aventurer au-delà de ce que Mme la ministre avait demandé :

« Il ne serait cependant pas raisonnable que la prudence se limite à ces mesures et ne s’étende pas à l’examen de la couverture vaccinale des résidents et des professionnels, mais aussi à celle des visiteurs. Il n’était pas demandé à la mission de se prononcer sur l’opportunité de rendre obligatoire ou pas la vaccination pour les professionnels des EHPAD et les résidents [pourquoi?] Pour le faire, d’autres investigations seraient nécessaires afin d’étudier les avantages et les inconvénients de la politique vaccinale assurant le mieux la protection des personnes âgées admises dans des ‘’maisons de  retraite’’ » 2.

Et c’est alors que, sous le couvert des adjuvants, survient l’étrange (nous soulignons):

« Cependant, après examen de ce qui s’est passé à l’EHPAD Berthelot, la conclusion qui  s’impose est qu’un principe de précaution mériterait d’être appliqué dans les EHPAD où sont  concentrés tous les risques favorisant l’apparition d’épidémies de grippe avec leurs conséquences mortelles pour les résidents : vie en collectivité, grand âge, état de santé précaire, comorbidités. Les vaccins contre la grippe, préparés sans adjuvants, n’assureraient- ils qu’une protection limitée, devraient tout de même être prescrits pour tous les professionnels et les résidents, et fortement  recommandés aux visiteurs. »

 Aujourd’hui l’épidémie parait être terminée à l’EHPAD Berthelot de Lyon. Des explications ont commencé à être apportées aux familles par l’établissement lui-même. Quant à Marisol Touraine, elle a demandé que l’ensemble de ces recommandations de l’IGAS soient mises en œuvre. On ne sait toutefois pas si, dans les hautes sphères, l’usage du mode conditionnel équivaut à une recommandation officielle. Ni pourquoi l’IGAS se pique de la question des adjuvants.

A demain

1 « Grippe dans les populations de personnes âgées : la fébrilité du ministère de la Santé ». Journalisme et Santé Publique, 8 janvier 2017.

2 « Grippe : dans le brouillard de la surmortalité ; personnel étrangement sous-vacciné des EPHAD » Journalisme et Santé Publique, 25 janvier 2017.

L’étrange histoire de Marisol Touraine en visite dans un « service d’urgence Potemkine »

 

Bonjour

L’affaire couvait, voici qu’elle perce. « La ministre aux urgences : comme un malaise… » titre, à la Une, l’édition dominicale de La Nouvelle République du Centre Ouest (Pascal Denis). La ministre, c’est Marisol Touraine, élue députée d’Indre-et-Loire très fréquemment en visite dans son « fief électoral ». Les urgences, ce sont celles du CHU de Tours où la ministre de la Santé était en visite il y a quelques jours pour savoir ce qu’il en était de la situation hospitalière face à l’épidémie de grippe. Marisol Touraine s’était alors réjouie de la « maîtrise » de la situation tourangelle. Or voici qu’une autre réalité, syndicale, prend le pas sur le satisfecit ministériel. C’est cette réalité que rapporte le quotidien régional :

« En fin de semaine dernière, alors que l’épidémie de grippe semait la panique dans de nombreux hôpitaux saturés, la ministre de la Santé a effectué une visite (surprise et éclair) aux urgences du CHU de Tours pour vérifier que ses consignes étaient bien appliquées. Dans un calme apparent, Marisol Touraine a constaté que la situation était « bien maîtrisée », selon les termes de la directrice, qui avait déclenché quelques heures plus tôt une cellule de crise pour dégager des lits supplémentaires dans les services. Au terme de sa visite, la ministre pouvait donc repartir rassérénée. »

Avant les vœux

La ministre avait fait une halte aux urgences sur le chemin qui la conduisait vers une charmante petite commune de sa circonscription (Reignac) où elle allait présenter ses vœux (et faire quelques confidences) à la population. La Nouvelle République était là :

« Marisol Touraine a fait étape à l’hôpital Trousseau pour constater que la mobilisation avait porté ses fruits et que la situation était effectivement « maîtrisée », selon les termes de la directrice Marie-Noëlle Gérain Breuzard. Elle a aussi pu vérifier que la situation aux urgences du CHU de Tours avait positivement évolué depuis sa dernière visite en 2014.

« A l’époque, la moitié des médecins urgentistes menaçaient de démissionner devant l’engorgement permanent du service. Depuis, un poste de gestionnaire de lit a été nommé au sein de l’établissement et 29 lits supplémentaires ont été créés en médecine communautaire et en unité d’hospitalisation temporaire. « Désormais, le CHU de Tours a des urgences à la hauteur de son activité », s’est réjoui la ministre de la Santé. Qui n’y est sans doute pas pour rien. »

Las, dans les jours qui ont suivi trois syndicats – la CGT, Sud et FO – ont soupçonné et accusé les autorités d’avoir détourné les admissions aux urgences du CHU (Trousseau) vers d’autres établissements afin d’offrir à la ministre une vision tronquée de la réalité quotidienne.

Urgences propres et aseptisées

Résumé de Sud : « Parce que Marisol Touraine vient, on lui vide les urgences. C’était propre, ça sentait bon et c’était aseptisé. Sauf que depuis plusieurs semaines, le temps d’attente était parfois de cinq-six heures sur les brancards ». Analyse partagée par le syndicat CFTC des sapeurs-pompiers d’Indre-et-Loire, qui dénonce lui aussi un véritable « bouchon sanitaire » aux urgences de Trousseau. Statistiques à l’appui, ce syndicat affirme que le délai d’attente des ambulanciers avant prise en charge atteint ou dépasse 45 minutes dans 60 % des cas. Le record s’établit à 5 heures 42. Commentaire de ce syndicat :

« Ce n’est concevable, ni pour les victimes ni pour la continuité des secours. Quand toutes nos ambulances sont bloquées, qui assure les interventions ? Aujourd’hui, nous avons des sapeurs volontaires et des employeurs qui ne veulent plus subir cela. Cela pose un réel problème pour la sécurité civile ». 
Selon le président des pompiers CFTC, la situation aux urgences de Trousseau est loin de s’être améliorée depuis deux ans, contrairement à ce qu’affirment la direction du CHU et la ministre. « La réorganisation interne qui est évoquée, c’est de la poudre aux yeux. J’invite Madame Touraine à nous rencontrer. Elle verra que la réalité du terrain est tout autre », affirme le pompier, qui assure avoir le soutien de sa hiérarchie.
L’impératrice Catherine II

Responsables des urgences du CHU depuis mai 2015, le Pr Saïd Laribi ne conteste pas les problèmes que peuvent rencontrer les pompiers, tout en relativisant les chiffres avancés par la CFTC. « L’an dernier, nous avons enregistré 52.000 passages aux urgences de Trousseau. Ce chiffre est en hausse de 15 % depuis 2013. Actuellement, le temps médian de triage des malades est d’une trentaine de minutes et la moitié des patients sont vus par un médecin dans les deux heures », assure le chef de service, en indiquant qu’un groupe de travail a été créé il y a six mois pour optimiser l’accueil du public.

Où est la stricte vérité ? Les syndicats sont-ils dans le vrai quand ils accusent la direction d’avoir détourné les patients vers d’autres établissements dans les heures qui ont précédé la visite inopinée de la ministre ? Cette dernière voudra-t-elle en savoir plus ?

Difficile, proportion gardée, de ne pas songer aux villages Potemkine. On se souvient peut-être de cette « légende historique » qui veut que de luxueuses façades en carton-pâte aient été érigées (à la demande du ministre russe Grigori Potemkine) afin de masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II. C’était en Crimée, en l’an 1787. On connaît, dans les grandes lignes, la suite.

A demain