Religion et régression : la vaccination contre la rougeole devient obligatoire à New York

Bonjour

Démocrate et maire de New York, Bill de Blasio  ne plaisante plus avec la rougeole. Il a ordonné mardi 10 avril que les habitants non vaccinés de plusieurs quartiers de la ville soient immunisés sous la contrainte. La ville (près de neuf million d’habitants) a déclaré l’état d’urgence sanitaire dans quatre zones situées dans le quartier de Williamsburg, au nord-ouest de Brooklyn. Tous les individus « ayant pu être exposés à la rougeole » devront être vaccinés, sous peine de poursuites pénales et d’une amende de 1 000 dollars. « Il n’y a pas de place pour la désinformation quand il s’agit de protéger nos enfants. Les vaccins sont sûrs et efficaces. Ils fonctionnent », a rappelé le maire sur Twitter.

Mayor Bill de Blasio ✔@NYCMayor We are declaring a public health emergency in Williamsburg due to the 300 cases of measles reported in our city — primarily concentrated in Brooklyn. There’s no room for misinformation when it comes to protecting our children. Vaccines are safe and effective. They work. 02:34 – 10 avr. 2019

Depuis octobre dernier, 285 cas de rougeole ont été enregistrés à New York alors que la maladie avait quasiment disparu aux Etats-Unis. Mais l’affaire est compliquée, dépassant la seule virologie.

L’affaire est compliquée : la résurgence de la maladie est particulièrement marquée au sein de la communauté juive orthodoxe. La municipalité a donc également prévenu que, toujours dans ces quatre zones, les garderies destinées à cette communauté ainsi que les yeshivas (écoles talmudiques) qui accepteraient des enfants non vaccinés se rendraient  passibles de poursuites pénales et de fermeture administrative.

« Rougeole party »

Car ces mesures risquent d’accroître les tensions qui couvent depuis longtemps entre la communauté juive ultra-orthodoxe et la société laïque. « Des résidents affirment qu’ils essuient désormais les sièges des autobus publics et qu’ils traversent la rue lorsqu’ils voient des juifs ultra-orthodoxes », rapporte le New York Times : « An Outbreak Spreads Fear: Of Measles, of Ultra-Orthodox Jews, of Anti-Semitism » (Sarah Maslin Nir and Michael Gold)

Pour leur part les dirigeants hassidiques disent redouter non seulement une montée de l’antisémitisme, mais aussi « une invasion de leur communauté cloîtrée par les autorités sous couvert de santé publique ». Ni les textes religieux ni les autorités juives de New York ne déconseillent la vaccination.

Bill de Blasio a déclaré être en contact avec les représentants de la communauté juive. Il a rappelé que la ville avait mené, depuis plusieurs mois, une vaste campagne de communication pour inciter à la vaccination. Des documents ont été distribués, de l’information mise en ligne et des dizaines de milliers d’appels téléphoniques automatisés ont été passés en yiddish à des membres de la communauté orthodoxe. « Il était temps de passer à une approche plus musclée », a estimé le maire précisant que le vaccin serait disponible gratuitement pour les familles n’ayant pas les moyens de payer.

« Cette situation peut être résolue rapidement », assure le maire. « Quand vous choisissez de ne pas faire vacciner votre enfant, ayez en tête que vous faites aussi ce choix pour les gens qui gravitent autour de lui », exhorte la Dr Herminia Palacio, maire adjointe chargée de la santé. Elle a également précisé que ses services avaient reçu des informations selon lesquelles se tiennent des « rougeole party », auxquelles des parents exposent leurs enfants au virus rougeoleux. « Evitez cette pratique !» réclame  Mme Palacio, selon CNN.

Quant aux autorités de Rockland, un comté situé au nord de New York devenu un autre foyer majeur de rougeole, elles ont décidé, le 26 mars, d’interdire écoles et lieux publics aux mineurs non vaccinés. Avant qu’un juge suspende cette interdiction après avoir été saisi par une dizaine de parents d’une école concernée.

Où l’on voit, une nouvelle fois, à quel point il demeure difficile, en 2019, de faire coïncider liberté individuelle et priorités collectives de santé publique.

A demain

@jynau

NB Sur ce thème : « Antivax. La résistance aux vaccins, du XVIIème siècle à nos jours » de François Salvadori et Laurent-Henri Vignaud. Editions Vendémiaire

 

Sida : pourquoi évoquer aujourd’hui le spectre d’une « épidémie mondiale de VIH résistants » ?  

Bonjour

Demain le « Sidaction » fêtera son premier quart de siècle. Présidente de l’association Françoise Barré-Sinoussi   co-prix Nobel de médecine (depuis onze ans) évoque, pour le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret), l’évolution de l’épidémie et du VIH. Parle d’une « banalisation effrayante du sida ». S’inquiète de la progression de résistances aux traitements et observe  « l’émergence de résistances très inquiétantes ».

« Dans certains pays d’Afrique ou d’Asie, on est passé en cinq ans de 5 à 15% de personnes contaminées par des virus qui ne répondent pas aux traitements, assure-t-elle. Or l’arsenal de combinaisons thérapeutiques reste limité. On n’est pas à l’abri d’une épidémie mondiale de virus résistants. » Et encore :

« Cette vague d’échecs thérapeutiques dans les pays du Sud pourrait nous conduire à une quatrième épidémie de sida, une phase très préoccupante après celle de l’émergence du VIH, de son expansion mortelle et de la riposte globale.

 « En général les résistances apparaissent en cas d’arrêt des traitements pendant plusieurs semaines ou mois. Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos des patients (sic). En Afrique, j’ai vu des médicaments stockés dans des frigos qui n’arrivaient jamais jusqu’à leurs destinataires. Des problèmes de logistique ou d’organisation peuvent empêcher le maintien de patients sous traitement. »

Et puis, toujours, l’hypothèse de l’espoir d’une guérison totale. Avec l’évocation, début mars, d’une publication médicale concernant un deuxième cas de rémission durable. Ici Françoise Barré-Sinoussi reste plus que prudente : « Depuis plus d’une décennie, on sait, grâce au fameux patient de Berlin, alors également atteint d’un cancer, qu’une telle rémission est extrêmement rare mais possible […] Mais on ignore encore quel sera le traitement du futur capable de conduire si ce n’est à une guérison, du moins à une rémission durable. »

Elle peste aussi contre « tout le battage médiatique » fait autour de cette publication médicale. Et cite la réaction, alors, de l’un de ses « éminents confrères » qui a dit : « So what ? ». Sur toutes ces questions, essentielles, un autre de ses éminents confrères  reste désespérément coi : le Pr Luc Montagnier avec qui elle partageait, il y a bientôt onze ans, le prix Nobel). So what ?

A demain

@jynau

VIH/sida : voici le « patient de Londres», deuxième cas au monde de rémission-guérison  

Bonjour

5 mars 2019. Est-ce véritablement, comme le clament les ondes de l’aube, un « formidable espoir » ? Pour l’heure c’est une annonce qui doit être détaillée devant ses pairs par Ravindra Gupta (University College London) lors de la  « Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections (CROI) » qui se tient à Seattle. Une annonce lancée en fanfare par Nature (Jon Cohen).

Une annonce qui survient dix ans après celle de l’existence du « patient de Berlin » – expression utilisée pour désigner un patient considéré comme « guéri » d’une infection par le VIH – 1. « Ce deuxième cas renforce l’idée qu’une guérison est possible », a d’ores et déjà déclaré la Pr Sharon R Lewin, Université de Melbourne. C’est donc, désormais, « le patient de Londres ». Les deux patients ont fait l’objet de transplantations de cellules souches de donneurs ayant une mutation génétique rare qui rend inopérant le récepteur  CCR5 du VIH.

Le « patient de Londres », pour l’heure anonyme, avait été diagnostiqué infecté par le VIH et avait suivi une thérapie antirétrovirale depuis 2012. Puis on avait diagnostiqué chez lui une forme avancée de la maladie de Hodgkin. En 2016 on avait pratiqué chez lui une greffe de cellules souches hématopoïétiques d’un donneur porteur d’une mutation du gène du CCR5 – qui n’est présente que chez 1 % de la population mondiale. Il a continué son traitement antirétroviral  pendant seize mois avant de l’interrompre. Des tests réguliers ont confirmé que la charge virale du patient était indétectable depuis.

« En parvenant à une rémission sur un deuxième patient tout en utilisant une approche similaire, nous avons montré que le “patient de Berlin” n’a pas été une anomalie » explique Ravindra Gupta.

Stratégies thérapeutiques

Mais encore ? Faudrait-il rappeler qu’aujourd’hui des millions de personnes infectées par le VIH à travers le monde contrôlent cette infection à l’aide d’une thérapie antirétrovirale (ARV) mais que ce traitement ne les « débarrasse » pas du virus ? C’est ce que fait le Pr Gupta :  « En ce moment, la seule façon pour traiter le VIH est par l’administration de médicaments que les gens doivent prendre toute leur vie ».

Rappeler que « cela représente un défi particulier dans les pays en voie de développement », où des millions de personnes n’ont pas accès à un traitement adéquat ?  Que près de 37 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, mais que seules 59 % d’entre elles bénéficient d’une ARV ? Que près d’un million de personnes meurent chaque année d’affections liées au VIH ? Qu’une résistance du VIH aux antirétroviraux  représente une préoccupation grandissante ?

Pour le Pr Gupta et son équipe soulignent que la transplantation de cellules souches – procédure à risque – n’est pas une option envisageable, en pratique, pour le traitement du VIH. Pour autant  ce deuxième cas de rémission (et de probable guérison) pourrait aider au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Formidable ou pas, l’espoir luit.

A demain

@jynau

 

Palu : Agnès Buzyn interdira-t-elle une étrange «médication maison» promue par Cédric Villani ?

Bonjour

L’Académie nationale de médecine part en guerre. Tiré depuis la paisible rue Bonaparte le premier missile a la forme discrète d’un communiqué  – c’est aussi une « prise de position officielle » adoptée lors de la séance du mardi 19 février 2019 par 76 voix pour, 9 voix contre et 12 abstentions.

Cible désignée : la campagne médiatique et commerciale : « Éliminons le paludisme à l’aide de feuilles d’Artemisia » incitant à traiter les malades avec des tisanes ou des capsules de feuilles séchées d’Artemisia annua. Cette action est menée par une association française, « La maison de l’Artemisia », qui crée des succursales dans plusieurs pays d’Afrique, et le soutien d’une association luxembourgeoise, avec le message suivant : chaque village africain doit apprendre à planter des pieds d’Artemisia dans un jardin, récolter et sécher les feuilles pour disposer ainsi d’un « médicament maison » permettant de traiter chaque accès palustre sans qu’il soit nécessaire de consulter un agent de santé ou d’absorber une Combinaison Thérapeutique à base d’Artémisine (CTA), l’un et l’autre n’étant pas toujours disponibles.

L’Académie précise que ces associations ont réussi à entraîner dans leur sillage des « célébrités non médicales de tous horizons », à bénéficier d’une audition à l’Assemblée nationale 1 et d’échos médiatiques (Le Monde 24/04/2018, L’Obs 9/10/2018, Paris Match 06/11/2018, Le Figaro 23/11/2018, La Croix 17/12/2018) qui s’amplifient depuis le début du mois de novembre. Leur discours s’appuie sur des expérimentations d’une biologiste américaine, Pamela Weathers, qui teste la plante chez des rongeurs et tente d’identifier et de doser des composés autres que l’artémisinine présents dans les Artemisia

Cédric Villani et Juliette Binoche

Un essai contrôlé chez l’homme, a été mis en ligne le 5 décembre dernier, publié dans une revue spécialisée de phytothérapie 2. Cette étude, réalisée en 2015 dans cinq bourgades de République Démocratique du Congo (RDC), sur 957 patients (enfants > 5 ans et adultes) ayant un paludisme à P. falciparum non compliqué, compare l’efficacité d’une tisane d’Artemisia consommée pendant sept jours au traitement par l’artésunate-amodiaquine (ASAQ), une Combinaison Thérapeutique à base d’Artémisine (CTA) recommandé en RDC, pendant trois jours, ce qui rend douteuse la qualité du double insu.

« Malgré un évident lien d’intérêts et de nombreuses insuffisances méthodologiques qui auraient dû entraîner un rejet de l’article par les relecteurs, les auteurs proclament la supériorité de la tisane d’Artemisia sur le CTA en utilisant trois critères : disparition de la fièvre, de la parasitémie et taux d’échecs entre J21 et J28 qui atteint le niveau invraisemblablement élevé de 65,6% dans le bras ASAQ, aucun test n’étant effectué pour différencier les rechutes (vrais échecs) des réinvasions, accuse l’Académie. La consommation d’Artemisia seule pendant 7 jours, par des litres de tisane de composition incertaine, expose les jeunes enfants  impaludés à un risque élevé d’accès pernicieux. De plus, cette monothérapie favorise l’émergence de souches de P. falciparum résistantes, alors qu’aucune molécule n’est actuellement disponible pour remplacer l’artémisinine dans les CTA. »

Incompétence et bonnes intentions

L’OMS, en 2007, se prononçait pour le retrait de tout médicament à base d’artémisine seule ; en 2012, elle déconseillait formellement l’utilisation de feuilles séchées en raison de la concentration faible et variable d’artémisine dans la plante et de sa dégradation dans l’eau à forte température ; en 2015, elle publiait une 3ème édition des « Recommandations pour le traitement du paludisme » précisant le traitement des accès simples à P. falciparum, les CTA recommandées et le protocole d’urgence artésunate IV + CTA pour les accès pernicieux.

En France l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM) a suspendu en 2015 et 2017 la mise sur le marché de produits à base d’Artemisia proposés sur internet ou par l’intermédiaire d’associations pour la prévention et le traitement du paludisme, « susceptibles de présenter un danger pour la santé humaine ».

Conclusion, à l’adresse, notamment, d’Agnès Buzyn, ministre française des Solidarités et de la Santé :

« L’Académie Nationale de Médecine, inquiète des dangers immédiats de l’utilisation des feuilles séchées d’Artemisia pour le traitement et la prévention du paludisme et soucieuse de préserver l’avenir de l’efficacité thérapeutique de l’artémisinine, tient à mettre solennellement en garde les autorités de santé, les populations des zones de transmission du paludisme, les voyageurs séjournant dans ces pays, face aux recommandations scientifiquement incertaines et irresponsables pour l’utilisation de cette phytothérapie, dangereuse pour l’avenir de la lutte antipaludique. Elle demande que cesse une campagne de promotion organisée par des personnalités peut-être bien intentionnées mais incompétentes en paludologie. »

A demain

@jynau

1 Extraits de Paris Match daté du 6 novembre 2018 : « Juliette Binoche et les députés Cédric Villani et Stéphane Demilly organisent le 13 novembre à l’Assemblée nationale, la projection d’un documentaire sur l’artemisia, une plante qui guérit le paludisme. Juliette Binoche et les députés Cédric Villani (LREM) et Stéphane Demilly (UDI) s’engagent dans la lutte contre le paludisme. Ils organisent la projection d’un documentaire* sur l’artemisia, une plante qui prévient et guérit du paludisme, le 13 novembre à l’Assemblée nationale. En Afrique, en Europe et aux Etats-Unis, des médecins, chercheurs et ONG valorisent l’utilisation naturelle de cette plante, déconseillée par l’OMS, pour lutter contre le fléau mondial.

« D’après la plus grande étude clinique conduite à ce jour (sur 1000 patients en République démocratique du Congo), les tisanes d’artemisia auraient une efficacité spectaculaire (99%) contre la maladie parasitaire, sans provoquer d’effets secondaires. Aux Etats-Unis, les travaux de la biologiste Pamela Weathers attestent de la sûreté et de l’efficacité de cette thérapie naturelle dont le faible coût et la disponibilité immédiate font d’elle un moyen de lutte particulièrement adapté aux pays en développement.

« Ces médecins, chercheurs et ONG souhaitent que l’artemisia entre dans l’arsenal thérapeutique pour lutter contre la maladie qui tue un enfant toutes les deux minutes dans le monde (90% des cas et des décès se concentrent en Afrique subsaharienne). Les propriétés antimalariennes mises en avant par les promoteurs de l’artemisia seraient capables d’éradiquer le fléau qui sévit avec force depuis des siècles. Engagée sur le sujet, Juliette Binoche a prêté sa voix à « Malaria Business ». L’actrice, qui sera présente lors de la projection du documentaire, souhaite insister sur l’urgence à agir contre le paludisme qui tue chaque année près d’un million de personnes dans le monde.

* « Malaria Business », de Bernard Crutzen, diffusé en novembre sur France 24

2 Artemisia annua and Artemisia afra tea infusions vs. artesunate-amodiaquine (ASAQ) in treating Plasmodium falciparum malaria in a large scale, double blind, randomized clinical trial. Munyangi J, Cornet-Vernet L, Idumbo M, Lu C, Lutgen P, Perronne C, Ngombe N, Bianga J, Mupenda B, Lalukala P, Mergeai G, Mumba D, Towler M, Weathers P. Phytomedicine. 2019 April; 57:49-56. doi: 10.1016/j.phymed.2018.12.002

 

Haine: Emmanuel Macron annonce une loi contre. Le dernier éclat de Marlène Schiappa

Bonjour

21 février 2019. La désinhibition épidémique ne cesse de gagner du terrain. Cortège d’insultes provocatrices, de crises colériques, d’appels au meurtre, de déchaînements de haines.  Et des médias généralistes historiques radicalement dépassés par ces torrents d’insanités. «Les commentaires ignobles et illégaux ont largement dépassé notre capacité à les modérer», raconte Aymeric Robert, l’un des journalistes de FR3 Alsace soudain confronté à cette réalité.

Quelle grille psychiatrique nous aidera à décrypter ? « Que s’est-il passé, s’interroge Le Figaro, (Elisa Braun) pour qu’Internet, qui devait être pour ses créateurs un lieu de partage du savoir et de l’information, devienne l’amplificateur d’une ignorance haineuse et, surtout, exprimée dans la plus totale impunité ? »

Hier, lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) le président de la République a annoncé qu’une proposition de loi pour lutter contre les contenus haineux sur internet sera déposée «dès le mois de mai». «Il faut que les auteurs de ces contenus comprennent que nous irons les chercher partout où ils sont et que nous ferons cesser leurs violences», annonçaient Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique, et Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes au Figaro .

L’objectif est d’imposer aux réseaux sociaux d’être transparents sur leurs règles de modération, de mieux détecter les propos haineux en amont grâce à des outils de prévention, de les retirer plus rapidement et de lutter contre l’impunité en conservant des preuves dans les archives des plateformes.  « Le président de la République a également fait part de son souhait d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux personnes condamnées pour racisme ou antisémitisme, ‘’comme l’on a interdit d’accès aux stades les hooligans’’ ajoute Le Figaro. Une mesure dont la légalité et la mise en application suscitent de nombreuses interrogations. Enfin, Emmanuel Macron est intervenu sur la question épineuse de l’interdiction de l’anonymat sur Internet. ‘’La question sera posée’’ a-t-il indiqué devant son auditoire. ‘’Faut-il l’interdire partout? […] nous pourrions aller vers le pire’’ a toutefois précisé le chef de l’État. »

La mise en scène de soi

Le pire ? Marlène Schiappa, parfois, s’y emploie dans l’application qu’elle met à la mise en scène d’elle-même. Aujourd’hui ce sont les déclarations de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes qui font « grincer des dents ». Dans un improbable entretien à Valeurs actuelles, Mme Schiappa « souligne l’existence d’une convergence idéologique » entre La Manif pour tous et « les terroristes islamistes » – sans toutefois les mettre « sur le même plan » (sic).

« Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes », observe la secrétaire d’Etat, pour qui « il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes qui s’unissent de fait dans ce combat »1.  Valérie Pécresse, chef de file du mouvement Libres ! au sein des Républicains, a aussitôt dénoncé sur Twitter la « faute » de Marlène Schiappa.

« Critiquer les positions des sympathisants de la Manif pour Tous est une chose. Les comparer aux terroristes islamistes qui ont frappé à mort notre pays et qui veulent détruire notre civilisation, c’est une faute. »

D’autres, comme le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a lui aussi fustigé sur Twitter ce qu’il considère comme une « insulte ». La Manif pour tous dénonce un « scandaleux amalgame » et réclame « des excuses immédiates ».« Trop, c’est trop » écrit l’organisation dans un communiqué. 

« En comparant l’incomparable, Marlène Schiappa se livre à une provocation qui augure très mal du débat à venir sur les enjeux majeurs de la révision de la loi de bioéthique. Les caricatures et les violences verbales n’ont pas leur place dans le débat public. » 

Une loi pour lutter contre cette épidémie de désinhibition qui ne cesse de gagner du terrain ?

A demain

@jynau

1 Extraits :  «  (…) Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. Le deuxième point commun entre homophobie et antisémitisme est que ce sont les théories islamistes radicales qui désignent comme boucs émissaires ces personnes-là. Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la « manif pour tous » ont nourri la recrudescence de violences homophobes: + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. (…) »  

 

 

Smartphones : si, d’autorité, le son n’est pas baissé une part de l’humanité souffrira de surdité

Bonjour

On a connu l’OMS nettement moins réactive. Aujourd’hui, mandé depuis Genève, un communiqué de l’organisation onusienne prend les devants. Elle nous annonce que près de 50% des personnes âgées de 12 à 35 ans (soit 1,1 milliard de personnes) risquent fort de souffrir d’une  « déficience auditive » due à une exposition prolongée et excessive à des sons trop forts – à commencer par « la musique écoutée au moyen des appareils audio personnels ».

Mais rien n’est encore perdu À l’approche de la Journée mondiale de l’audition, l’OMS et l’Union internationale des télécommunications (UIT) viennent de publier une nouvelle norme internationale pour la fabrication et l’utilisation de ces appareils (dont les smartphones et les lecteurs audio) afin de sécuriser leur écoute.

Quand le bât blessera

« Du fait que nous avons le savoir-faire technique pour éviter la déficience auditive, on ne devrait pas voir tant de jeunes continuer de détériorer leur audition en écoutant de la musique, estime  le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. Ils doivent comprendre que s’ils perdent l’audition, elle ne reviendra plus. Cette nouvelle norme OMS-UIT permettra de bien mieux préserver ces jeunes consommateurs pendant qu’ils profitent de quelque-chose qu’ils aiment beaucoup.»

Cette norme 1 a été mise au point dans le cadre de l’initiative de l’OMS « Écouter sans risque » – initiative « qui vise à améliorer les habitudes d’écoute particulièrement chez les jeunes, à la fois quand ils sont exposés à la musique et à d’autres sons dans des salles de spectacle bruyantes et quand ils écoutent de la musique au moyen de leurs appareils audio personnels ». L’OMS recommande aux gouvernements et aux fabricants d’appliquer la norme OMS-UIT « sur la base du volontariat ». Sans doute est-ce là que le bât, en silence, blessera. 

A demain

@jynau

1 La norme OMS-UIT recommande différentes caractéristiques pour les appareils audio personnels : fonction de « tolérance sonore » ; information personnalisée (profil d’écoute individualisé, basé sur les pratiques d’écoute) ; options pour la limitation du volume (avec réduction automatique de celui-ci et le contrôle parental.

Vaccination antigrippe obligatoire des soignants : Agnès Buzyn contre la Cour des Comptes

Bonjour

Rituel annuel : la publication du « Rapport public » de la Cour des Comptes. Avec, cette année, outre un croustillant et original  chapitre sur la fragilité de la « médecine thermale occitane », un long passage sur « La politique de prévention des infections associées aux soins : une nouvelle étape à franchir  (page 125)».

Où l’on revient aux frontières de la médecine, de la virologie et de la politique. Et où l’on comprend que la Cour entend que les professionnels de santé soient tous, d’autorité, vaccinés contre la grippe 1. Et où l’on découvre la position désormais affichée d’Agnès Buzyn sur cette question. Alors même qu’Emamnuel Macron s’était, durant la campagne présidentielle, fait le héraut d’une politique de prévention. Une publication, enfin, qui fait suite à l’étrange « affaire d’Orléans ». Extraits du rapport 2019 de la Cour :

Page 142 : « En complément d’une meilleure application des règles d’hygiène, l’augmentation de la couverture vaccinale des professionnels de santé dans l’ensemble des secteurs de soins et, plus particulièrement, du personnel et des résidents dans les établissements médico-sociaux, reste un objectif majeur. En effet, les taux de vaccination contre la grippe des professionnels de santé des établissements de santé et médico-sociaux restent de façon préoccupante en deçà de 25 %. Dans son rapport public annuel de 2018 , la Cour soulignait les conséquences du défaut de vaccination et recommandait de revenir sur la suspension, décidée par un décret du 14 octobre 2006, de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels de santé. »

Page 151 : « La Cour formule les recommandations suivantes à l’attention des directions du ministère des solidarités et de la santé, de Santé Publique France et de la Caisse nationale d’assurance maladie : (…) revenir sur la suspension de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels de santé (recommandation réitérée). »

Page 154 : RÉPONSE DE LA MINISTRE DES SOLIDARITÉS ET DE LA SANTÉ

« (….) Enfin vous recommandez de revenir sur la suspension de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels. Ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le préciser, si je suis favorable à l’obligation vaccinale pour les jeunes enfants, je préfère faire confiance au sens de la responsabilité des professionnels de santé. C’est la raison pour laquelle, à l’occasion du lancement de la campagne d’information sur la vaccination contre la grippe j’ai signé, avec les sept ordres représentatifs des professions de santé une charte de promotion de la vaccination des professionnels de santé. Cette charte vise à encourager les professionnels de santé à se faire vacciner et réaffirme notamment ‘’ l’importance de la vaccination contre la grippe des professionnels de santé et de leurs collaborateurs’’.»

Il est peu probable que cette réponse soit de nature à satisfaire les magistrats de la rue Cambon.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème  « Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe » Slate.fr, 12 janvier 2017