Nouvelle affaire du masque: face à quatorze médecins, le pouvoir va-t-il le rendre obligatoire?

Bonjour

12/07/2020. Voilà une tribune-choc, opportune, édifiante quant aux nouveaux rapports établis entre le pouvoir médical et l’exécutif. Depuis qu’il a été publié dans Le Parisien ce texte ne cesse de prendre de l’importance médiatique – et, corollaire, politique. Il est signé par quatorze médecins parfois présentés comme « de renom » et dont la plupart sont, depuis quelques mois, les invités réguliers des médias généraliste 1. Extraits de cette tribune « #MasquésMaisEnLiberté ! »:

« La première vague du Covid-19 est passée, avec toutes les conséquences humaines, économiques et sociales que nous connaissons. Pour nous tous, la tentation est grande et compréhensible de reprendre une vie normale, d’oublier le virus, de profiter de l’été, des plages, des soirées entre amis et de la proximité retrouvée. Malheureusement le virus, lui, ne nous oublie pas, et cherche encore à se répandre partout où il le peut (…)

Dans le monde le pic de la première vague de la pandémie n’est pas encore atteint, et tous les pays n’ayant pas assez confiné connaissent un nombre de décès considérable et croissant. En France, les indicateurs sont encore au vert pour la plupart, mais des signaux faibles commencent à apparaître et doivent nous alerter sur un possible redémarrage massif des transmissions.

Or, c’est à ce stade qu’il faut agir pour éviter une nouvelle vague massive et meurtrière. Quand les clusters  seront plus nombreux et non contrôlables, il sera trop tard pour éviter un nouveau confinement, plus ou moins complet. La deuxième vague de demain se prépare donc aujourd’hui. Nous, soignants, serons à vos côtés pour vous prendre en charge comme nous l’avons fait pendant la première vague, mais nous ne voulons plus compter les morts comme nous avons dû le faire. »

On attend désormais la réponse de Jean Castex et d’Olivier Véran

Ils ajoutent que « contrairement au début de l’année » (sic) nous savons maintenant qu’une mesure de prévention efficace est le respect des gestes barrières dans les lieux clos très fréquentés. « Le port du masque est ainsi une condition importante pour limiter la diffusion du virus, soulignent-ils. Nous y sommes habitués, même si cela reste inconfortable, et nous avons aujourd’hui les stocks nécessaires. Le port du masque ne vise pas qu’à se protéger soi-même, mais aussi à empêcher la diffusion du virus ; à condition que tout le monde le porte ! Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour vos parents plus âgés, votre frère ou sœur hypertendus ou vos proches fragiles chez qui le virus pourrait être mortel. « 

Résumé : utiliser ces moyens efficaces et accessibles que sont le port du masque obligatoire dans tous les lieux publics clos, la distanciation physique autant que possible, et le lavage des mains. Beaucoup d’entre nous ont relâché leurs efforts depuis quelques jours ou semaines, nous voulons leur dire et leur redire, pour éviter un nouveau confinement : #MasquésMaisEnLiberté ! »

Au-delà du conseil et de l’exhortation citoyenne la question est bel et bien, désormais, politique. Les auteurs réclament en fait que « le port du masque dans tous les lieux publics clos » deviennent bel et bien obligatoire. Un décret suffirait. Rappelons que l’exécutif, il n’y a pas si longtemps, au lieu d’invoquer la pénurie, expliquait que le port du masque était sans intérêt. On attend désormais la réponse de Jean Castex et d’Olivier Véran confrontés à cette tribune-choc, opportune, édifiante.

A demain @jynau

1 Pr Antoine Pelissolo (psychiatre) et Dr Jimmy Mohamed (médecin généraliste). Cosignataires : Pr Philippe Amouyel, médecin de santé publique; Dr Francis Berenbaum, rhumatologue; Pr Eric Caumes, infectiologue; Pr Robert Cohen, pédiatre; Pr Anne-Claude Crémieux, infectiologue; Pr Gilbert Deray, néphrologue; Pr Vianney Descroix, odontologue; Pr Philippe Juvin, urgentiste; Pr Axel Kahn, généticien; Pr Karine Lacombe, infectiologue; Pr Bruno Megarbane, réanimateur; Pr Christine Rouzioux, virologue

Alcool: que peut nous dire une journaliste, critique œnologique, en période épidémique ?

Bonjour

11/07/2020. Les lecteurs du Monde ont appris à découvrir la plume d’Ophélie Neiman. Une journaliste connue ailleurs sous son appellation blogueuse « Miss glou-glou » (elle s’en explique ici). On connaît assez bien cette rubrique journalistique – une forme de critique comme il en existe pour la littérature ou le cinématographe. Une rubrique qui, dans les médias écrits généralistes souvent mise à l’ombre de celle dite « gastronomique ».

Dans le meilleur des cas cette rubrique aide le lecteur à s’ouvrir sur les innombrables univers culturels des vignes et des vins. Il arrive aussi, trop souvent, qu’elle se borne à de simples classements fondé sur le goût du critique. Où l’on voit se rejoindre le vin, la littérature et les arts florissants. On pouvait aussi, jadis, par chance, n’être critique œnologique qu’à ses heures, le reste de son activité journalistique étant consacrée à d’autres disciplines.

Ophélie Neiman, donc. Hier, marronnier d’été, elle sélectionnait pour Le Monde, les vins rosés : « (Château de la Grille, chinon, 2019. Quel joli nez de griotte nous monte aux narines dès qu’on approche le verre ! Ce 100 % cabernet franc est aussi bien en chair, gourmand et juteux. Et doté d’un très joli retour sur la cerise et la compote de fraise. C’en est presque régressif, mais on ne sombre jamais dans le bonbon pâteux.11 € ; Domaine du Four à Chaux, coteaux-du-vendômois-gris, 2019. Sous cette appellation peu connue de la Loire, au nord de Tours et de Blois, on trouve de jolis rosés à prix modique, comme celui de Sylvie et Dominique Norguet. Franc et gourmand, acidulé en bouche, avec des notes d’abricot cuit et de coing, voilà une très bonne affaire. 100 % pineau d’Aunis. 5,20 €. »

Avant-hier elle évoquait les conséquences de la pandémie sur le vignoble français. Aujourd’hui elle s’attaque, non sans courage à un tout autre sujet : « Gestes barrières : boire ou guérir, il faut choisir ». Sujet sanitaire et politique puisque « distanciation sociale et alcool font rarement bon ménage ». Question : la fête « raisonnable » est-elle un vœu pieux ?

« A chaque fois que j’ai bu, c’est parti en sucette »

Selon elle le confinement a aiguisé le besoin de contact, de toucher de la peau. Quid, dès lors de la fête alcoolisée ? « Elle va vite se compliquer, écrit-elle. Car enfin, comment rester raisonnable dans la bringue ? La ‘’ fête raisonnable’’ est un oxymore. Si on ne peut pas lâcher les manettes, autant rester chez soi. Pour autant, l’éventualité de se transformer en cluster ambulant ne fait pas vibrer, admettons-le (…) Car face au vœu pieux de la ‘’fête raisonnable’’, un élément entre en scène et force le destin. Le plus souvent, l’alcool. Son effet désinhibiteur est d’une efficacité redoutable. Au niveau neuronal, il perturbe l’action de la noradrénaline et de la sérotonine. La perception de l’environnement et le niveau de vigilance descendent une volée de marches. Parallèlement, l’alcool stimule la production de dopamine ; on se sent heureux, euphorique, tout baigne. »

« Et tout s’enchaîne. Le bol de cacahuètes égaré qui ne méritait pas un regard semble soudain irrésistible. La planche de charcuterie, dans laquelle on piochait consciencieusement avec sa fourchette, on y égare maintenant les doigts. On tripote le téléphone de la voisine pour zoomer sur une photo, on pousse le verre du voisin au passage, tant pis pour la trace d’empreinte grasse. Quant au pétard qui tourne, il passe gaiement de bouche en bouche. Autant rouler une pelle à tous les convives.Pour compenser, le fêtard repentant dégainera régulièrement son gel hydroalcoolique et s’en enduira comme un roux use son écran total sur une plage espagnole. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? »

Sans doute. Témoignage de Violeta, à peine quadra, qui confectionne elle-même son désinfectant, à base l’alcool pharmaceutique et d’huile essentielle de lavande : «L’alcool n’est absolument pas compatible avec les gestes barrières. A chaque fois que j’ai bu, c’est parti en sucette. La dernière soirée que j’ai faite, je l’ai commencée en disant bonjour du coude, je l’ai terminée en dansant enlacée et en tenant les mains de tout le monde. » 

On lit Ophélie Neiman et on parvient à sa chute :  « Ce qui amène à une question, mère du problème : est-ce qu’on se touche parce qu’on a bu ou est-ce qu’on boit pour se toucher ? ». Boire ou conduire ? Etre ou ne pas être ? On attend avec impatience de lire la réponse des spécialistes – dans la rubrique addictologie.

A demain @jynau

Tragédie: quand Renaud prend la défense du brave Pr Raoult contre «ses confrères jaloux»

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10/07/2020. Jusqu’où? Même Le Figaro (Olivier Nuc) s’en est ému. « Corona song, la nouvelle chanson de Renaud plus embarrassante que jamais ; s’il est resté discret durant le confinement, le chanteur a pris ses fans par surprise en publiant un titre sur le Covid-19. Nombreux sont ceux qui ont manifesté leur consternation après l’avoir écouté. »

De quoi s’agit-il ? Cette nouvelle chanson a été dévoilée mercredi 8 juillet, en fin de journée, à la surprise générale. «Coronavirus, connard de virus»: c’est le refrain du titre d’un morceau où le chanteur prend fait et cause pour le Pr Didier Raoult (4’23’’).

AFP : « On voit le chanteur en veston de cuir, bras nus et tatoués, chanter dans un jardin – près de l’Isle sur la Sorgue, dans le Vaucluse où il réside, précise le générique final – devant deux guitaristes et un bassiste, une choriste rejoignant ensuite le groupe. ‘’Quand je pense au brave Docteur Raoult/Conchié par des confrères jaloux/Par des pontes, des sommités/Qui ont les moules de perdre du blé’’, l’entend-on déclamer de sa voix éraillée, usée par les années et les excès passés. » On appréciera aussi les mots sur Philippe Douste-Blazy.

La vidéo se termine par Renaud qui baisse son emblématique bandana rouge utilisé en guise de masque, pour lâcher son célèbre «tain tain tain». Puis on lit sur un message écrit de sa main: «Pour tous les potes qui ont souffert de ce putain de virus, pour tous les soignants, amitiés».

« On a honte pour l’auteur de merveilleuses chansons »

« Très vite, l’effet de surprise a cédé la place à une grande consternation, assure Le Figaro. Sur la forme comme sur le fond, c’est le geste le plus embarrassant d’un homme qui s’est relevé de tout. Heureux pour Renaud que le ridicule ne tue pas: cette chanson franchit allégrement les limites du genre. Les réactions des fans ne se sont pas fait tarder, exprimant une grande tristesse devant ce spectacle affligeant. Renaud (…) ânonne – on a l’impression qu’il a gardé son masque pour chanter – sur une mélodie de Thierry Geoffroy. À nos confrères du Parisien, ce dernier explique que «cela a pris dix jours». Une heure aurait largement suffi. »

Et, sans pitié, le quotidien poursuit : « On a honte pour l’auteur de merveilleuses chansons qui ont rythmé les années 1980 et 1990. Auparavant, quand il réagissait à l’actualité, Renaud le faisait avec des pièces comme Miss Maggie, écrite dans la foulée du drame du Heysel, en 1985, ou Putain de Camion, suite à la disparition brutale de Coluche l’année suivante. Aujourd’hui, avec quatre mois de retard, l’homme n’est pas capable d’écrire un morceau décent. Il aurait été plus avisé de s’abstenir et de nous laisser sur le souvenir de son dernier album en date, Les mômes et les enfants d’abord, qui ne compromettait pas sa dignité d’artiste. Prenant des accents populistes qu’on ne lui connaissait pas encore, Renaud défend le Pr Didier Raoult. Pas de doute, l’homme est mûr pour les ‘’Grosses têtes’’. »

Roselyne Bachelot, citée, RTL et Marseille apprécieront.

A demain @jynau

« 180 euros » et une invitation à venir admirer l’absence de défilé sur les Champs Elysées

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010/07/2020. Comment l’Etat peut-il honorer ses héros ? Réponse du Palais de l’Elysée : à Paris la cérémonie militaire du 14 juillet (prévue en format réduit sur la place de la Concorde) « comprendra un hommage aux soignants et à la société civile, dont 1400 représentants invités dans les tribunes ».

Plus précisément, et dans le respect des règles de distanciation physique, la cérémonie sera réduite à 4500 personnes, dont 2500 participants et 2000 invités en tribune – parmi lesquels « 1400 soignants et représentants de la société civile, en hommage à l’ensemble des acteurs mobilisés pendant la crise sanitaire ».

Parmi les invités :  les familles de soignants ayant perdu la vie durant l’épidémie, des soignants de toutes les régions, ainsi que des représentants de métiers très sollicités pendant l’épidémie (enseignants, caissiers, agents funéraires, policiers, gendarmes, pompiers, agents de collectivités locales, personnels ayant travaillé à la fabrication de biens liés à la crise, comme les tests et les masques), sans oublier des soignants des armées de « l’opération Résilience ».

Mieux encore, la France invitera aussi les ministres de la Santé de quatre pays qui ont accueilli des malades français (Allemagne, Suisse, Autriche, Luxembourg). Trois précisions : 1 les soignants ne défileront pas, mais la cérémonie comprendra un «tableau d’hommage» aux professionnels de santé ; 2 il n’y aura pas, cette année de blindés ni des troupes à pied descendant les Champs-Elysées – en revanche, une cinquantaine d’avions et une vingtaine d’hélicoptères défileront dans les airs, dont l’emblématique Patrouille de France ; 3 l’événement (qui rassemble d’habitude une foule compacte tout le long de l’avenue des Champs-Elysées pour voir défiler plus de 4000 militaires) ne sera pas ouvert au public, mais uniquement retransmis à la télévision.

Un ministre ancien syndicaliste

Comment l’Etat peut-il honorer ses héros ? Réponse du Ségur de la Santé : après sept semaines de négociations un premier accord ; du moins pour les personnels hospitaliers – hors médecins – qui devraient bénéficier d’une revalorisation salariale de 180 euros net mensuels. Projet d’accord. Olivier Véran propose à l’ensemble des salariés de l’hôpital public paramédicaux (infirmiers, aides-soignants) et non médicaux (techniciens, brancardiers, etc.) une augmentation de salaire en deux temps. Une première revalorisation de 90 euros net mensuels devrait intervenir dès septembre avant une seconde du même montant en mars 2021. Les médecins, internes et étudiants, font l’objet de négociations séparées.

En outre, seraient prévues 15 000 embauches dans les établissements publics – pour une moitié des créations de postes, pour l’autre des recrutements sur des postes non pourvus. Au total, le gouvernement débloquerait une enveloppe de 7,5 milliards d’euros. Les intéressés demandaient 300 euros mensuels dans l’immédiat.  « On a été au bout de ce qu’on pouvait faire », mesure Didier Birig de FO Santé. « Même si ce n’est pas suffisant pour rattraper le retard accumulé depuis des décennies, ça a le mérite d’exister », analyse Ève Rescanières de la CFDT. Seule la CGT Santé déplore qu’une partie de l’enveloppe – de l’ordre de 1,6 milliard d’euros – soit destinée aux salariés des établissements privés. Tous doivent se prononcer d’ici à lundi sur cet accord. Le texte « conduit à une revalorisation significative des métiers hospitaliers », s’est félicitée Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF).

Reste l’abcès chez les praticiens hospitaliers en revanche. Les syndicats de PH sont sortis frustrés d’une nouvelle réunion de négociation avec Olivier Véran,. Jacques Trévidic, le président d’Action praticiens hôpital (APH) parle même de « rupture ». Le ministre de la Santé aurait refusé de dépasser 400 millions d’euros alors qu’en face on réclame 680 millions d’euros répartis entre l’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE), une refonte de la grille salariale et la création d’une cinquième plage de présence par 24 heures de travail effectuées.

« Nous méritons mieux que ça », a déploré le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHARe) qui se dit inquiet de « l’absence de réel dialogue social entre les praticiens et leur ministre, pourtant ancien syndicaliste ». Un ministre peut-il encore avoir la fibre du syndicaliste ? Qui fixe le prix du mérite ? Comment l’Etat doit-il honorer ses héros ?

A demain @jynau

Covid et reconfinement à la rentrée : l’exécutif doit-il nous menacer pour être mieux écouté ?

Bonjour

09/07/2020. Comment l’exécutif doit-il traiter les Français : comme des enfants à chapitrer ou comme des citoyens adultes et vaccinés ? Ce sera l’un des fils rouges politique de la crise épidémique. On le retrouve aujourd’hui emplissant soudain le champ médiatique au moment des vacances d’été et des menaces qui se profileraient pour la rentrée. Dire les choses simplement ou faire trembler pour être mieux écouter.

De ce point de vue la « séquence » est édifiante. Hier, Jean Castex « monsieur déconfinement » était au micro de RMC/BFMTV. Le Premier ministre :  «Il a toujours été dit, prévu et envisagé, qu’il convenait de se préparer à une deuxième vague de l’épidémie». Et d’annoncer l’existence d’un plan de « reconfinement ».

Le nouveau locataire de Matignon a cependant précisé que cette nouvelle future quarantaine serait différente de celle du mois de mars. «Les constatations que j’avais faites ont montré qu’un confinement absolu avait des conséquences terribles (…), donc nous allons cibler, a indiqué Jean Castex. C’est le rôle de l’État de préparer, d’anticiper, le coronavirus est toujours là.».

Le même jour, dans Le Figaro (Delphine Chayet), Jérôme Salomon, Directeur général de la Santé : « Le risque d’une seconde vague est-il élevé? Réponse : « Je l’ai déjà dit : nous ne savons pas tout sur le comportement saisonnier de ce virus qui circule toujours. Il faut se préparer à une reprise de l’épidémie, voire à une deuxième vague. Nous faisons tout pour tirer toutes les leçons de la première vague et anticiper au mieux avec l’ensemble des acteurs. »

Vigilance citoyenne et tests multipliés

Aujourd’hui le Pr Jean-François Delfraissy en majesté, portraitisée à la une de Libération (Eric Favereau). Le président du Conseil scientifique du gouvernement nous menace :  « Les Français ont abandonnés les gestes barrières » accuse – t-il. Long entretien mais rien de neuf. Celui  dont la mission auprès d’Emmanuel Macron vient (à son corps défendant) d’être prolongée  craint une deuxième vague à l’automne. Si un confinement généralisé semble peu envisageable, il prône la vigilance des citoyens et la multiplication des tests.

« Que va-t-il se passer avant novembre ? Le modèle que l’on a privilégié, à savoir une situation plutôt calme pendant l’été avec un niveau de circulation faible mais persistant du virus, va-t-il se maintenir ? Dans des pays proches, on assiste à quelques reconfinements partiels, de villes ou de régions. En France, cela va globalement bien, tous les marqueurs de Santé Publique France sont positifs. Par exemple, nous venons de passer le délai de quinze jours après la Fête de la musique, sans rebond. Tout cela est encourageant. En même temps, nous sommes frappés par le fait que les Français, en général, ont abandonné les gestes barrières… Les mesures de distanciation sociale sont de moins en moins appliquées, sauf dans les transports – et la population la plus âgée reste, elle, vigilante et fait attention. Voilà le tableau : est-ce que ce relâchement va avoir des conséquences ? »

« Nous sommes à la merci d’un rassemblement où il y aurait un ou plusieurs ‘’supercontaminateurs’’, qui peuvent infecter jusqu’à 50, 100 personnes, comme cela fut le cas à Mulhouse en février. »

A la rentrée, confiner d’autorité les « anciens » ?

Aujourd’huitoujours le Pr Jean-François Delfraissy, long entretien dans Le Monde  (Chloé Hecketsweiler) : « Nous sommes à la merci d’une reprise de l’épidémie en France ». Redites :  le respect des mesures barrières se relâche trop vite. Il ne voit « pas comment » on éviterait une résurgence du virus dans l’hémisphère Nord à l’automne, donc une possible deuxième vague en octobre-novembre.

« Il faudra peut-être qu’en cas de retour du virus en novembre – et je souhaite me tromper –, les anciens contribuent à ce qu’une vie sociétale puisse se poursuivre en France en se protégeant. C’est un choix politique mais aussi, à mes yeux, un choix sociétal voire éthique. Je souhaiterais vraiment que la société puisse profiter des deux ou trois mois que nous avons devant nous pour participer à l’élaboration de ce choix.

85 % des décès sont survenus chez des plus de 70 ans, observe Le Monde. L’idée serait donc de demander aux « anciens » un effort afin que le reste de la population puisse continuer à mener une vie plus normale ?

« En tout cas, cette hypothèse est sur la table. Mais rien ne doit être imposé. C’est un choix de citoyen. » On aimerait savoir où est cette « table » et de quelle manière le Président de la République et son nouveau Premier ministre résoudront cette équation : convaincre ou contraindre ?

A demain @jynau

Covid-19 : non, l’hydroxychloroquine ne serait pas efficace en prévention de l’infection

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08/07/2020. Sous le soleil de Marseille, le Pr Didier Raoult twette : «Merci  à SAS Le Prince Albert II de nous avoir fait l’honneur de nous rendre visite, ce matin, à l’IHU Méditerranée Infection ». A Paris on publie : les patients traités «au long cours» avec de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine n’ont pas été moins touchés par des formes graves de Covid-19 durant l’épidémie, conclut une large étude française 1 ; une étude réalisée par Epi-phare, structure originale réunissant l’Agence du médicament (ANSM) et l’Assurance Maladie ce qui permet d’avoir accès à des données jusqu’alors inconnues ou masquées.  

« L’épidémie de Covid-19 est une pandémie mondiale avec plus de 9 millions de cas signalés au 26 juin 2020, dont près de 485 000 décès, rappellent les auteurs. Des traitements efficaces seraient nécessaires de toute urgence, et actuellement plus de six cents essais cliniques sont en cours à travers le monde. L’efficacité des antipaludéens de synthèse (hydroxychloroquine HCQ ou chloroquine) associés ou non à l’azithromycine est débattue depuis le début de la pandémie. Peu d’études ont évalué l’action préventif de ces produits sur l’infection à Covid-19. »

Objectif de l’étude : évaluer le risque d’hospitalisation, le risque d’intubation oro-trachéale et le risque de décès pour Covid-19 chez les patients utilisant des antipaludéens de synthèse (APS) au long cours et de les comparer aux risques en population générale.

Ce travail a été réalisé à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS) et des informations recueillies à partir des séjours hospitaliers (PMSI) liés à la COVID-19 et remontées exceptionnellement de manière hebdomadaire et accélérée. Plus précisément les analyses ont porté sur les données issues de la remontée du 2 juin 2020 qui comprenait les informations de 71 901 patients hospitalisés pour COVID-19 sur l’ensemble du territoire national.

« Un sur-risque d’hospitalisation, d’intubation et de décès »

La population considérée sous APS au long cours était constituée par l’ensemble des personnes ayant reçu au moins six délivrances remboursées d’APS (HCQ ou chloroquine) entre le 1er janvier 2019 et le 15 février 2020, dont la dernière au cours du dernier trimestre 2019 ou début 2020. Cette population était constituée de 54 874 patients : 84,3% étaient des femmes, l’âge moyen était de 55,3 ans ; environ 55% résidaient dans un des territoires les plus touchés par l’épidémie (Grand Est, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Hauts-de-France).

Deux types d’études complémentaires ont été réalisées : une étude de type «observé – attendu»  et une étude de cohorte exposés/non-exposés. On lira ici le détail de la méthodologie et les résultats chiffrés. Conclusion, prudente :

« Les résultats mettent en évidence un sur-risque d’hospitalisation, d’intubation et de décès liés au COVID-19 parmi les patients sous APS au long cours par rapport à la population générale française. Les analyses réalisées suggèrent que ce sur-risque est expliqué par les caractéristiques liées à la pathologie chronique sous-jacente justifiant l’utilisation des APS au long cours, notamment la co-médication par corticoïdes oraux, plutôt que par l’exposition aux APS elle-même. »

Mais les auteurs ajoutent également que ces résultats « ne suggèrent pas de rôle préventif de l’utilisation des antipaludéens de synthèse au long cours sur le risque de survenue d’une hospitalisation, d’une intubation ou d’un décès liés au Covid-19 ». Ils concluent en ces termes : « Même si la nature observationnelle de l’étude ne permet pas de conclure formellement à l’absence de bénéfice des antipaludéens de synthèse pour la prévention d’une forme sévère de Covid-19, ces résultats ne plaident pas en faveur d’une utilisation préventive de l’hydroxychloroquine dans la population, y compris la population la plus à risque – et ce en dehors d’essais thérapeutiques dédiés. »

A demain @jynau

1 « Utilisation au long cours d’antipaludéens de synthèse et risque de survenue de formes graves ou létales de la COVID-19 Etude de pharmaco-épidémiologie à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS) Version finalisée 2 Juillet 2020 Etude réalisée par le Groupement d’Intérêt Scientifique EPI-PHARE : Emilie Sbidian, Laetitia Penso, Philippe Herlemont, Jérémie Botton, Bérangère Baricault, Laura Semenzato, Jérôme Drouin, Alain Weill, Rosermary Dray-Spira, Mahmoud Zureik, (GIS EpiPhare Université Paris Est Créteil, Unité de recherche EpiDermE, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines).

Déclarations d’intérêt Les déclarations d’intérêt des auteurs membres EPI-PHARE, tous salariés de l’ANSM et/ou de l’assurance maladie et/ou l’APHP, sont consultables en ligne sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santé – Consultation des déclarations publiques d’intérêts https://dpi.sante.gouv.fr/dpi-public-webapp/app/recherche/declarant

A la date de l’étude aucun des auteurs n’avait de lien d’intérêt avec une entreprise du médicament

Covid-19 : Olivier Véran et le gouvernement sont accusés de ne pas vraiment tenir parole

Bonjour

07/07/2020. Nous étions fin mars, au moment de l’annonce de la mort du Dr Jean-Jacques Razafindranazy, médecin urgentiste de l’hôpital de Compiègne âgé de 67 ans victime du Covid-19. On apprenait aussi apprend que deux médecins originaires du Haut-Rhin et de Moselle sont décédés des mêmes causes.au plus fort de l’épidémie Nous évoquions alors l’incompréhensible, l’inacceptable situation faisant que le Covid-19 n’était pas, en France, reconnue maladie professionnelle chez les soignants.

Quelques heures plus tard, voici les propos tenus, solennellement par Olivier Véran, déjà ministre de la Santé et des Solidarités :

«  Hier, deux nouveaux médecins, un médecin généraliste et un médecin gynécologue, ont trouvé la mort en faisant leur métier. Ils ont trouvé la mort parce qu’ils étaient médecins. Pour ces deux confrères, j’ai une pensée particulière, qui éclaire d’une lumière dramatique la hauteur de l’engagement des soignants au service de leurs malades. Nous ne les oublierons. Nous ne les oublierons jamais.

« D’autres médecins, soignants, personnes portant assistance aux plus fragiles contractent le virus chaque jour dans nos hôpitaux, dans leurs cabinets ou au domicile de leurs patients. Pour tous ces soignants qui tombent malades, je le dis : le coronavirus sera systématiquement et automatiquement reconnu comme une maladie professionnelle. C’est la moindre des choses. Il n’y a aucun débat là-dessus. » 

« La moindre des choses »,  « aucun débat », mais combien d’attente ? Nous sommes en juillet, Olivier Véran est toujours ministre de la Santé et le gouvernement est accusé d’avoir, sur ce sujet, manqué à sa parole par des responsables associatifs et syndicaux ; ils observent l’écart entre les annonces récemment faites sur ce dossier et les dispositions concrètes qui sont sur le point d’être prises. L’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) s’en est même émue, en parlant de « mensonge » dans une lettre adressée, lundi 6 juillet, au tout nouveau chef du gouvernement, Jean Castex.

A l’origine de cette colère, un projet de décret et un projet d’arrêté, que Le Monde a fort heureusement pu consulter  (Bertrand Bissuel et Raphaëlle Besse Desmoulières). « Ces textes sont censés traduire les engagements que l’exécutif a affichés, le 30 juin, dans un communiqué diffusé notamment par le ministère d’Olivier Véran.  

Ce document faisait la part entre les soignants et ceux qui ne le sont pas :

« Conformément aux engagements pris par Olivier Véran le 23 mars dernier, les soignants atteints de la Covid-19 dans sa forme sévère verront leur maladie systématiquement et automatiquement reconnue comme une maladie professionnelle. Un tableau de maladies professionnelles dédié au Covid-19 sera ainsi créé par décret afin de permettre à tous les soignants atteints d’une forme sévère de Covid-19 de bénéficier d’une reconnaissance de maladie professionnelle. Seront concernés tous les soignants des établissements sanitaires et médico-sociaux, les personnels non-soignants travaillant en présentiel dans ces structures ainsi que les personnes assurant le transport et l’accompagnement des personnes atteintes du Covid-19. Les professionnels de santé libéraux bénéficieront de cette reconnaissance dans les mêmes conditions que les autres soignants. Pour ces derniers, l’indemnisation ne sera pas à la charge de la branche accidents du travail et maladies professionnelles.

« Pour les travailleurs non-soignants, la procédure de reconnaissance de la maladie professionnelle sera facilitée : en lieu et place des comités régionaux, un comité unique de reconnaissance national dédié au Covid-19 sera constitué pour assurer l’homogénéité du traitement des demandes. Des recommandations lui seront adressées pour faciliter la reconnaissance de maladie professionnelle pour les salariés atteints de la Covid-19 dans sa forme sévère, pour les activités réalisées en présentiel pendant la période de confinement. Dans le cadre de cette procédure simplifiée, aucun taux d’incapacité permanente ne sera notamment exigé. »

Un dispositif qui reste encore et toujours à construire.

« Ces intentions avaient déjà été critiquées par plusieurs associations et syndicats, au motif qu’elles manquaient d’ambition et introduisaient un régime à deux vitesses (entre les soignants et les autres), observe Le Monde. Aujourd’hui, la déception s’est muée en colère chez certains protagonistes, l’Andeva qualifiant de ‘’mesquinerie’’ le projet de décret. »

Le quotidien ajoute qu’aux yeux de cette association, les « promesses (…) ne seront pas tenues sur deux points essentiels ». S’agissant des soignants, seule « la prise en charge des séquelles respiratoires graves » du Covid-19 sera possible. « Toutes les autres séquelles sévères de cette maladie – séquelles rénales, neurologiques… – sont exclues, s’alarme l’Andeva. Cela constitue une iniquité flagrante entre les catégories de malades. » Quant aux non-soignants, elle juge que le texte « les envoie dans une impasse totale » : « Ils devront établir “un lien direct et essentiel” entre leurs conditions d’exposition et leur pathologie » – ce qui, en matière de Covid-19, est « absolument impossible ».

Un tel décalage entre la parole et les actes « inspire du dégoût », confie Alain Bobbio, secrétaire national de l’Andeva : « On se gargarise de grands flonflons à propos des soignants, mais, dès qu’il s’agit de passer aux travaux pratiques, les mesures ne suivent pas. » Un avis partagé par Catherine Pinchaut, qui suit ces dossiers à la CFDT et qui observe que ces choix tombent en plein Ségur de la santé – concertation médiatisée destinée à améliorer le sort des personnels de santé. Seule Force ouvrière se montre moins critique.

Et au ministère des Solidarités et de la Santé ? Le Monde explique qu’on y assure rester « à l’écoute » et que « les principes énoncés dans le communiqué seront au cœur du dispositif » ; un dispositif qui reste encore et toujours à construire.

A demain @jynau

Covid-19: qui porterait des vêtements en vison néerlandais potentiellement contaminés ?

Bonjour

06/07/2029. Lu sur la toile marchande : « Vous aimez la fourrure de vison ? Cette fourrure donne une touche luxueuse et raffinée aux personnes qui la portent. Elle peut durer dans le temps (30 à 40 ans) et qui reste indémodable jusqu’à présent. D’ailleurs, les stylistes ont traité le produit d’une façon plus moderne et plus design pour un résultat plus séduisant ! Les peaux des visons femelles sont les plus appréciées, car elles sont plus douces, plus soyeuses et plus légères que les peaux des mâles. Toutefois, le coût peut être légèrement supérieur. »

Dépêche de l’AFP : Des cas d’infection par le virus du Covid-19 ont désormais été identifiés chez des visons dans vingt élevages aux Pays-Bas depuis le début de l’épidémie. Conséquence : l’abattage de dizaines de milliers de ces petits mammifères, a déclaré ce lundi 6 juillet le ministère néerlandais de l’Agriculture. Le gouvernement a par la suite interdit le transport de ces animaux et rendu le dépistage au Covid-19 obligatoire dans tous les élevages de visons des Pays-Bas, où ils ne sont élevés que pour leur célèbre fourrure.

On se souvient peut-être que les autorités néerlandaises avaient imposé les premiers abattages début juin après l’identification des premières contaminations – afin d’éviter que les élevages ne deviennent des foyers infectieux. Au total, des contaminations ont donc désormais été diagnostiquées dans vingt élevages de visons, tous situés au sud du pays.

La totalité des mammifères ont été abattus dans dix-huit de ces fermes. La mise à mort des visons des deux derniers élevages suivra bientôt a ajouté le ministère, précisant que la dernière ferme où le virus a été officiellement détecté comptait environ « douze mille mères ».

En mai les autorités sanitaires néerlandaises supposaient que deux employés d’élevages avaient «très probablement» contracté le Covid-19 via des visons. Ces deux cas sont susceptibles d’avoir été les «premiers cas connus de transmission» du nouveau coronavirus de l’animal à l’homme estime l’Organisation mondiale de la santé.

Hasard ou fatalité la plus haute instance judiciaire du pays avait, en 2016 ordonné la fermeture des élevages de visons d’ici 2024.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : contrairement à ce qui fut annoncé, l’histoire n’est pas terminée

Bonjour

06/07/2020. Tout ne serait-il pas encore écrit ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé, samedi 4 juillet, que face à la Covid-19, l’association des antiviraux lopinavir/ritonavir (Kaletra), avec ou sans interféron bêta, ne constituait pas une solution thérapeutique (essai clinique Solidarity). Idem, en France, avec l’essai Discovery. « Cette décision sonne le glas du repositionnement de ces antiviraux utilisés contre le VIH » réume Le Monde (Hervé Morin).  Dans ces deux essais, après l’annonce, le 17 juin, de l’arrêt du recours à l’hydroxychloroquine, ne reste en expérimentation, dans ces deux essais, que le remdesivir de l’américain Gilead Sciences. Selon un essai américain, ce médicament permettrait de réduire de quelques jours la durée d’hospitalisation

Remdesivir qui, à ce titre, vient d’être autorisé dans l’Union européenne et dont le prix réclamé par Gilead alimente une vive polémique – comme en témoigne l’Observatoire pour la transparence sur les médicaments (OTMEDS) :

« Gilead fixe un prix indécent et illégitime au remdesivir, une molécule dont l’utilité dans le cadre du COVID-19 est évaluée grâce à de l’argent public. Le nouveau premier ministre Jean Castex a les moyens de freiner ces prétentions illégitimes qui ruinent notre système de santé et entravent l’accès universel aux soins. 

« Gilead vendra le remdesivir aux États-Unis 390 dollars (347 €) la dose quotidienne, pour un prix moyen de traitement sur 6 jours de 2340 dollars (2080 €). Ce prix, qui sera sans doute celui proposé à la France et aux pays à revenus intermédiaires, est exorbitant. Selon l’étude réalisée par Andrew Hill et al., le coût de production d’une dose quotidienne de remdesivir est en effet de 75 centimes de dollars. »

La messe préventive n’est pas encore dite

« Les données américaines sur le remdesivir ne sont pas suffisantes, estime cependant l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah cité par Le Monde. Il faut que Solidarity et Discovery se poursuivent pour évaluer l’effet sur la mortalité de cette molécule. »Dès lors, en quoi espérer ? Aujourd’hui seul un ancien corticoïde, la dexaméthasone, a démontré -essai Recovery)  un avantage en termes de réduction de la mortalité dans les cas les plus graves. Un résultat qui n’est en rien une surprise pour les spécialistes des services de réanimation qui, déjà, l’utilisaient.

Où l’on en revient à la trop célèbre mais médiatiquement (indéboulonnable) hydroxychloroquine plus ou moins associée à l’azithromycine. Un traitement, promu en France par le Pr Didier Raoult mais qui, quoiqu’en dise ce dernier, n’a pas fait la preuve de son efficacité sur les patients hospitalisés dans Solidarity, Discovery et Recovery. Pour autant l’histoire n’est pas finie : il existe d’autres essais cliniques prospectifs ont lancés pour explorer son intérêt préventif – la diminution de l’attaque virale dans la période précoce de l’infection.

C’est l’objectif, par exemple, de l’essai COPCOV, qui entend comparer chloroquine et hydroxychloroquine à un placebo auprès de 40 000 professionnels de la santé d’Europe, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. « L’hydroxychloroquine pourrait encore prévenir les infections, et cela doit être déterminé dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé », estime le Pr Sir Nicholas White, de l’université d’Oxford, promoteur de cet essai, dont les résultats ne sont cependant pas attendus avant plusieurs mois. Une étude dont la progression peut être consultée ici.

Où l’on comprend que, finalement, au-delà des « gestes barrières » et du masque la messe préventive est encore loin d’être dite.

A demain @jynau

Sapeurs-pompiers français : contre le ministère de la Santé, un rapport au lance-flammes

Bonjour

06/07/2020. On les avait oublié. Ils savent se faire entendre. Un de leur « rapport interne » a « fuité ». Et l’affaire, depuis deux jours, fait grand bruit. C’est une exclusivité du  Parisien (Damien Delseny et Jean-Michel Décugis) : « Covid-19 : le rapport choc des pompiers sur la gestion de la pandémie ». « Dans un rapport au vitriol publié par Le Parisien, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers dénonce une gestion catastrophique de la crise sanitaire du Covid-19 en France, résument Les Echos. L’action du ministère de la Santé est particulièrement critiquée, tout comme le rôle des préfets. »

Vitriol et lance-flammes. Dans la synthèse d’un « retour d’expérience » (Retex) que Le Parisien – Aujourd’hui-en-France s’est procurée avant sa transmission au ministère de l’Intérieur, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France dresse un constat très critique de la gestion d la pandémie.  

Premières cibles des soldats du feu : les structures administratives du ministère de la Santé « lourdes et rigides », les célèbres Agences régionales de santé (ARS) et le Samu. Sollicité par Le Parisien le colonel Grégory Allione, président la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, précise qu’il s’agit d’un document de travail qui n’était pas destiné « à fuiter dans la presse ». Pour autant, il confirme le sentiment « d’un sous-emploi et d’une absence de prise en compte des capacités opérationnelles » de ses collègues au plus fort de la crise.  

« Les pompiers c’est une force de 250 000 personnes réparties dans 7000 casernes sur tout le territoire. Nous sommes rompus à la gestion de tous les événements. On a fait face au A(H1N1), à la grippe aviaire, aux accidents industriels, aux attentats… A chaque fois, on s’adapte, et là le mot d’ordre c’était tout sauf les pompiers. Nous avons tendu la main à des administration qui n’ont pas l’habitude de gérer des situations de crise. Rien dans leur organisation et leur culture ne les prédisposaient à assurer ce rôle. On ne demande pas à des musiciens qui ne répètent pas des gammes quotidiennement de jouer un concert. »

 « Pour être efficace la gestion d’une crise d’ampleur doit mobiliser un directeur unique, un commandant des opérations unique et des conseillers techniques. » Principes « bafoués » souligne le rapport  le rapport qui rappelle que dans un premier temps c’est la Direction générale de la santé qui a piloté la réponse de l’Etat avant que le ministère de l’Intérieur ne rejoigne le dispositif.

Et puis cette phrase, terrible : « On a confié le rôle de commandant de crise à des conseillers techniques », regrette les pompiers. D’où, selon eux, un « travail en silo des administrations, un brouillage des décisions stratégiques ». Le rapport souligne aussi l’installation tardive du centre interministériel de crise le 17 mars rappelant que les « trois premiers cas recensés en métropole dataient du 24 janvier ».

Ministère de la Santé versus ministère de l’Intérieur

Cette « lourdeur » dénoncée trouve selon les pompiers sa manifestation concrète dans le rôle joué par les ARS : « Elles ont répondu à ce pour quoi elles avaient été conçues : une administration de gestion comptable et financière du système de santé, mais aucunement préparées à la gestion des situations d’urgence. » Conclusion des pompiers, « plutôt qu’une crise sanitaire, cette crise a surtout été celle du leadership de la communication ». conduisant à l’incompréhension des « acteurs de terrains, pompiers mais aussi médecins généralistes ».

Et puis ce mot, pour qualifier les évacuations amplement médiatisées des malades par TGV « de l’esbroufe ». Les pompiers, dans leur Retex : « Pures opérations de communication et véritable esbroufe : était-il efficace de faire faire des centaines de kilomètres aux victimes alors que souvent il y avait de la place dans la clinique d’en face? ».

Et cette autre claque : « Le 15 a montré son vrai visage : celui d’un numéro de renseignement, pas d’un numéro d’urgence. » Pendant la crise du coronavirus le rapport estime que « la décision du gouvernement d’orienter vers le 15 les appels des citoyens connaissant un doute sur leur état de santé a eu pour conséquences immédiates de saturer la réception et la régulation des appels ». « Des requérants non-Covid en situation d’urgence vitale n’ont jamais eu de réponse et sont morts dans l’indifférence générale. Un vrai scandale!»

On découvre encore  « les préfets relégués au second plan en raison d’une absence de dialogue avec les ARS », les « instructions ont été données aux ARS locales et aux directeurs d’hôpitaux de mettre un terme à toutes communications avec les préfets, privant ces derniers des informations nécessaires à la coordination des opérations de secours ». Sans oublier « l’oubli des Ehpad  laissant seules les collectivités territoriales face aux décès en nombre de nos aînés ».

Conséquece : le  Retex des pompiers dresse fort utilement une liste de propositions pour « revoir notre modèle de gestion de crise » qui placerait, selon eux, le ministère de l’Intérieur comme « responsable de la conduite opérationnelle des crises ». Faire confiance aux acteurs de terrain et de proximité. « Toutes les leçons doivent être tirées du succès de la gestion du déconfinement dont les préfets et les maires ont été les pivots. »

La charge ne pouvait être sans réponse. Le ministère des Solidarités et de la Santé a aussitôt réagi en jetant un peu plus d’huile sur le feu. Il estime que ce rapport (qui n’aurait jamais dû « fuiter ») « s’apparente plus à une plate -forme de revendication qu’à un retour d’expérience » (sic). Et ce même ministère « regrette qu’une crise comme celle du Covid et la très forte coopération de toutes les forces vives soient instrumentalisées pour refaire vivre le match des pompiers contre le Samu ». C’est un peu court de même que l’on pourra juger quelque peu déplacée l’utilisation qui est faite, ici, par l’exécutif du terme « match ». Peut-être est-ce une référence au partage des pouvoirs qui oppose le ministère de l’Intérieur à celui de la Santé.

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France sera-t-elle entendue par la Commission d’enquête des députés sur la gestion de l’épidémie ? On peut l’espérer.

A demain @jynau