Bernard-Henri Lévy dénonce tous ces médecins qui nous faisaient la leçon à la télévision

Bonjour

01/05/2010. Pour un peu, en rire : « Sur la pandémie, Bernard-Henri Lévy n’a rien à nous dire, aussi en fera-t-il un livre ». Or il l’a (déjà) fait  : « Ce qui virus qui rend fou » 1. Et ce matin le philosophe était (déjà) l’invité du Grand Entretien de la matinale de France Inter en compagnie de Nicolas Demorand et Léa Salamé.

Etait-ce la précocité de l’heure ou la complexité d’un sujet trop vite survolé ?  On a connu BHL capable d’autres envolées. Comment comprendre, par exemple, qu’il puisse attribuer à Paul Valéry « et d’autres » (sic) la célèbre formule de René Leriche : « La santé c’est la vie dans le silence des organes ». Pour le reste qu’a-t-il à nous dire ? Extraits :

« Il y a eu une sorte de mondialisation de la peur, la façon dont, à la seconde, une épidémie de terreur s’est abattu sur le monde, ça ne s’est jamais produit (…) Je trouve que les villes vides, c’est pas beau, rester chez soi était utile pour une raison sanitaire, mais ce n’est pas une vertu.

« Sanitairement, il fallait les gestes barrières, cesser de se serrer la main…la vrai problème, c’est que les gens se soient confit dans ce confinement, cette incroyable docilité, que ce silence des organes soit un silence de couvre-feu et mirador. Quand j’entends certains médecins, comme Anthony Fauci, dire ‘le serrement de main ne reviendra plus’, c’est affreux ! (…) J’ai du mal à associer soumission et … grandeur : je trouve qu’il y a plus de grandeur chez ceux qui ont accepté les règles en râlant.

« Pascal ne disait pas que rester chez soi était de cuisiner et mettre ses plats sur Instagram, mais que c’était douloureux, que le repli sur le soi n’est pas une vertu (…) On est devenu délateur. Il y a eu des actes de civisme, mais aussi un incivisme grandissant : le civisme, c’est pas de s’enfermer, de jouir de rester chez soi« .

« Il y avait un traitement plus complexe à faire de tout ça (…) Il y avait quelque chose qui était en route et qui est en train de se sceller. Nous sommes de plus en plus nombreux à choisir la santé dans le débat entre sécurité et santé (…) Le passage entre contrat social et contrat vital : c’est ce qui est préoccupant, je crois que c’est pas un bon deal. »

« La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! »

De cette promotion on ne retiendra guère, avec la mémoire de Michel Foucault, que le passage les rapports entre pouvoir politique et le pouvoir médico-scientifique. Un pouvoir politique qui cherche à se relégitimer grâce à un « supposé savoir » associé à un « abus d’autorité incroyable ». Le Pr Jean-François Delfraissy et son Conseil scientifique apprécieront- de même qu’Emmanuel Macron. BHL:

« Ces médecins qui passaient leur temps à nous faire la leçon à la télévision, pardonnez-moi mais moi, à l’oreille j’entendais l’abus d’autorité. Ce pouvoir médical cela fait des siècles qu’il se cherche, des siècles qu’il tente de s’imposer. Et là il a failli triompher ! La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! La République c’est le pouvoir des politiques. La République ce n’est pas l’hygiénisme, c’est pas le pouvoir des médecins qui transforme la politique en clinique, qui font la chasse au virus …. La politique, ce n’est pas le pouvoir médical … »

Et le philosophe médiatique d’accuser journalistes, médias et spectateurs d’avoir accepté cette « prise de pouvoir par les médecins ». « D’ailleurs les meilleurs d’entre eux savaient que c’était absurde, ils étaient embarrassés de ce rôle, ils savent qu’ils ne sont pas d’accord les uns avec les autres, que la médecine n’est que très partiellement une science exacte, que la médecine c’est plein de querelles, que c’est encore pire que la philosophie… ».

Selon lui le président de la République a eu grand tort de parler de « guerre », les médecins et les médias ont eu tort d’entretenir un sentiment de peur cette « mauvaise conseillère ». Avec, en toile de fond des « émerveillés du confinement », un monde qui serait (enfin) débarrassé des humains.

Et BHL d’évoquer (lui aussi) le Pr Didier Raoult qu’il n’est pas sans admirer.

« Moi je connais la chloroquine, je suis un vieux paludéen, c’est aussi un bon médicament, il m’a sauvé la vie il y a cinquante ans… Le spectacle qu’ont donné les médecins à cette occasion, ce tintamarre,  cette pétarade, cette chamaillerie, cette pétarade à la table du roi, c’était l’illustration  du pire de ce que je dis sur les exagérations du pouvoir médical. »

Précision : durant le confinement BHL n’est pas allé à la campagne. Il est resté à Paris et n’a fait que deux reportages, l’un au Bangladesh, l’autre à Lesbos.

A demain @jynau

1 « Ce virus qui rend fou » Bernard-Henri Levy, Editions Grasset, 112 pages, 8 euros, sortie le 10 juin L’ intégralité des droits d’ auteur de ce livre sera versée à l’ ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création).

Chloroquine : Donald Trump bunkerisé offre deux millions de doses au Brésil de Bolsonaro

Bonjour

01/06/2020. Qui a dit que les populistes étaient allergiques à la solidarité ? La Maison Blanche a annoncé, le jour de Pentecôte, que les Etats-Unis venaient d’envoyer au Brésil de Jair Bolsonaro deux millions de doses d’hydroxychloroquine. «Les peuples américain et brésilien sont solidaires dans la lutte contre le coronavirus. Aujourd’hui, pour preuve de cette solidarité, nous annonçons que le gouvernement américain a livré deux millions de doses d’hydroxychloroquine au peuple du Brésil, a indiqué l’exécutif américain dans un communiqué. Elle sera utilisée de manière préventive pour aider à défendre les infirmières, les médecins et les professionnels de la santé contre le virus. Elle sera aussi utilisée comme traitement pour soigner les Brésiliens infectés. »

Le même jour le président brésilien Jair Bolsonaro participait à un rassemblement avec ses partisans à Brasilia, bravant une nouvelle fois les recommandations sanitaires. Le chef de l’Etat brésilien, ouvertement contre les mesures de confinement, s’est présenté devant le palais présidentiel, saluant des dizaines de sympathisants qui scandaient : « mythe ! mythe !mythe !». L’AFP rapporte que, tout en se gardant (cette fois) de toucher les mains de ses partisans, M. Bolsonaro, entouré de ses gardes du corps, a porté deux enfants sur ses épaules. Il est par la suite monté sur un cheval de la police.

C’est là le dernier exemple des mises en scène de Jair Bolsonaro qui s’oppose à tout confinement pour protéger l’économie et fait la promotion de l’usage de l’hydroxychloroquine en dépit des dernières recommandations de l’OMS. « Nous restons très calmes et sereins, et il n’y aura aucune modification » dans nos consignes, a déclaré il y a quelques jours Mayra Pinheiro, secrétaire à la gestion du travail et à l’éducation sanitaire, lors d’une conférence de presse à Brasilia, la capitale.

Sous la pression du président Jair Bolsonaro, le ministère de la Santé du Brésil a publié il y a peu un document qui étendait les recommandations d’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine y compris aux cas bénins de Covid-19. Avec près de 500 000 cas et 30 000 morts, le Brésil (210 millions d’habitants) est le pays le plus touché par la pandémie en Amérique latine et le deuxième dans le monde derrière les Etats-Unis (1, 8 millions de cas ; plus de 100 000 morts).

Officiellement le président Trump est toujours sous hydroxychloroquine à visée préventive. Le 31 mai il a été brièvement conduit dans un bunker souterrain de la Maison-Blanche. Ce confinement a été décidé par le Secret Service, le service de protection du président et de personnalités alors qu’une manifestation (à la suite de la mort de George Floyd) se tenait devant le lieu de résidence du président américain. D’après CNN, le président a passé un peu moins d’une heure en ces lieux, avec sa femme Melania et leur fils Barron. 

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : mais pourquoi diable le Christ s’est-il arrêté à Marseille ?

Bonjour

31/05/2020. Jour de Pentecôte. Questions : Comment lutter contre la promesse d’un traitement miraculeux ? Comment sortir du face-à-face entre un professeur au discours de gourou et des scientifiques aux airs de rats de laboratoires ? Elles sont posées, dans Libération par le Pr. Frédéric Adnet, chef de service des urgences de l’hôpital Avicenne, chef du SAMU 93. Edifiant.

Moins bien connu du plus grand nombre que le microbiologiste de Marseille, le Pr Adnet est néanmoins apparu, ces derniers temps, dans les médias télévisés, où il sait parler haut, clairement, et fort – comme après des propos inexcusables du préfet de police Lallement sur le confinement.

Aujourd’hui, dans Libération il s’attaque à une autre montagne. Il nous confie sa découverte, via une vidéo YouTube, du Pr Didier Raoult. « Dans un cours ‘’improvisé’’, celui-ci expliquait, doctement, les éléments d’un traitement miraculeux du Covid-19 : l’hydroxychloroquinen raconte-t-il. Devant nos yeux ébahis, nous assistions, dès l’administration de ces molécules, à l’effondrement des courbes de charges virales ! Étudiée de plus près, d’un point de vue rationnel et au regard de la rigueur scientifique, la démonstration était… catastrophique. De quoi jeter sa copie au nez d’un interne négligent. Peu importe ! Le ton était donné. D’un côté, l’intuition du professeur, étayé par une communication professionnelle et un sens aigu de la vulgarisation ; de l’autre, des scientifiques, à l’expression austère, prudente, et peu enclins à se faire mettre en pièces par les réseaux sociaux. En un mot, un discours de gourou face au murmure de rats de laboratoires. »

Comment lutter contre une réponse simple à une question complexe ? Comment, en ce jour de Pentecôte, lutter contre un miracle attesté « par une multitude de scientifiques autoproclamés, des professeurs retraités à la recherche d’une ultime heure de gloire, de politiciens flairant le bon coup, faux spécialistes mais vrais communicants, avides de s’associer à une des nombreuses découvertes fracassantes sur la prise en charge de la Covid-19. » ?

On lira la tonique tribune du Pr Adnet dans Libé : « Hydroxychloroquine : le Christ s’est arrêté à Marseille ». Extraits :

« Plus fort que l’absence de méthode scientifique, il y a la méthode de persuasion, toujours la même, l’appel à des bribes d’observations plus ou moins crédibles qu’un rapide raccourci transforme en un lien de causalité pour aboutir à une conclusion logique, mais fausse, et surtout jamais soumise à une expérimentation comparative. On pourrait appeler cela un sophisme rigoureusement scientifique. (…)

« Aller vite ! Cet argument a été invoqué par le Pr Didier Raoult lors de la présentation des 1 061 patients inclus dans une recherche observationnelle. Mais pourquoi ne pas avoir inclus un groupe de patients «contrôle» obtenu par tirage au sort (randomisation) ? La comparaison des deux groupes aurait pu donner une réponse définitive. Sa réponse ? L’intuition, toujours l’intuition, encore l’intuition, tellement forte qu’elle devient force de loi scientifique ! Ne restait plus qu’à trouver LE médicament miracle…

« En médecine, cela existe, comme on l’a vu lors de la découverte de la pénicilline, mélange de hasard et de rigueur scientifique, et non due à la seule intuition ! (…) Le problème, majeur, se pose quand la seule intuition, et une communication à grand spectacle veulent tenir lieu de preuve. Et que face à un quasi divin fondé sur la croyance – «je sens, je sais, donc tu dois croire» – la médecine officielle et ses contre-pouvoirs paniquent en réagissant d’une façon tout aussi maladroite. »

Et le Pr Adnet de revenir sur le dernier et spectaculaire épisode de la série :  la publication dans The Lancet, d’une étude observationnelle rétrospective associant surmortalité et traitement par l’hydroxychloroquine.  Les auteurs soulignaient qu’il s’agissait d’une étude à bas niveau de preuve (absence de lien de causalité) et concluaient que, seule, une étude randomisée prospective pourrait répondre au lien entre hydroxychloroquine et efficacité/dangerosité dans le traitement de la Covid-19.

« Bref, l’article donnait certes une piste importante, mais ne permettait pas de trancher… résume le Pr Adnet. Peu importe ! La réponse de nos tutelles OMS et ANSM, a été immédiate et radicale : interdiction des essais sur la chloroquine ! Une réponse couperet qui n’aura évidemment comme conséquence que d’éterniser le débat et d’enraciner des théories obscurantistes ou complotistes. Ainsi, on ne pourra plus démontrer que son protocole ne marche pas, voire qu’il peut être dangereux… Un beau cadeau à la médecine fondée sur la croyance. Quelle aberration ! C’est la victoire totale du Pr Didier Raoult. »

Ainsi donc le Christ a bien fait une halte à Marseille. « La grande victime de cette spectaculaire et brutale confrontation est donc bien au final la médecine conclut l’urgentiste. Pas celle de la croyance, grande gagnante de ce spectacle, mais bien l’autre médecine, la nôtre, celle fondée sur les preuves. » 

A demain @jynau

A lire également, sur ce thème : Essais cliniques au cours de la pandémie Covid-19 : Cibles thérapeutiques, exigences méthodologiques, impératifs éthiques Académie nationale française de médecine, 29 mai 2020

Anakinra: après l’hydroxychloroquine, ses espoirs thérapeutiques vont-ils faire polémique ?

Bonjour

30/05/2020. Déjà, l’ouverture de France Info. Un médicament, l’anakinra (commercialisé sous la marque Kineret par la firme SWEDISH ORPHAN BIOVITRUM) initialement destiné à des maladies rhumatismales, donne des résultats « encourageants » dans les formes graves de Covid-19-  en réduisant le risque de décès et le besoin d’être mis sous respirateur en réanimation.

Jadis on se serait borné, dans les médias spécialisés, à expliquer que c’était la conclusion d’une étude française, parisienne, qui vient d’être publiée dans The Lancet Rheumatology : « Anakinra for severe forms of COVID-19: a cohort study » 1. On aurait expliqué de quoi il s’agissait. « L’anakinra neutralise l’activité biologique de l’interleukine-1alpha (IL-1alpha) et de l’interleukine-1ß (IL-1ß) par inhibition compétitive de la liaison de l’IL-1 à son récepteur de type I (IL-1RI), résume le Vidal. L’anakinra est utilisé dans la prise en charge de polyarthrites rhumatoïdes. »

Puis on aurait poursuivi. Expliquait que l’objectif, ici, était de contrer l’ « orage cytokinique », cette violente réaction inflammatoire incontrôlée observée dans les formes graves de pneumonie de la Covid-19 – phénomène qui évolue généralement vers un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) imposant l’assistance d’une ventilation artificielle avec l’utilisation de respirateur. Que ce travail a été mené via l’administration par injection sous-cutanée pendant dix jours d’anakinra à 52 patients atteints d’une forme grave de COVID-19 a permis une « réduction statistiquement significative du risque de décès et de passage en réanimation pour assistance respiratoire par ventilation mécanique ».

Brigades vérificatrices

On aurait ajouté qu’un quart des patients traités avec l’anakinra ont été transférés en réanimation ou sont décédés, contre près de 73% de ceux n’ayant pas eu cette thérapie. Que le groupe témoin avait été constitué formé de 44 patients qui avaient été auparavant pris en charge dans la même institution. Et que dans le groupe recevant l’anakinra, une diminution rapide des besoins en oxygène a été également observée au bout de 7 jours de traitement.

On aurait cité, avec l’AFP, le Pr Jean-Jacques Mourad, (service de médecine interne, Hôpital Paris Saint-Joseph, Paris) co-signataire de l’étude :  « En l’absence d’accès à des essais thérapeutiques incluant des médicaments immunomodulateurs pour nos patients, la décision (…) prise de proposer l’anakinra, selon des critères de gravité décidés de manière consensuelle et a priori, a rapidement changé le visage de la maladie en salle. Le bénéfice était palpable au quotidien. » Et ajouté qu’une douzaine d’essais cliniques explorant le blocage de la cytokine IL-1 associée au syndrome de tempête inflammatoire sont actuellement menés.

Avec cette conclusion, tirée d’un commentaire du The Lancet Rheumatology 2 : « Cette étude apporte la preuve la plus probante à ce jour que l’anakinra peut bénéficier aux patients souffrant du syndrome de tempête de cytokines associé à la Covid-19. Dans l’attente de résultats d’essais contrôlés, l’anakinra donne de l’espoir pour ceux qui sont gravement touchés par la Covid-19 ».

Mais il faut désormais compter avec les accusations du Pr Didier Raoult quant à la compromission des plus grandes revues médicales internationales, à commencer par The Lancet. Attendre, donc, l’éventuelle polémique quant à la réalité des effets annoncés de l’anakinara. Ne pas croire qu’il y a là un travail honnête et une vérité qui permet de nourrir une espérance thérapeutique. Attendre, désormais, le verdict des brigades vérificatrices.

A demain @jynau

1 « Anakinra for severe forms of COVID-19: a cohort study » Thomas Huet, Hélène Beaussier, Olivier Voisin, Stéphane Jouveshomme, Gaëlle Dauriat, Isabelle Lazareth, Emmanuelle Sacco, Jean-Marc Naccache, Yvonnick Bézie, Sophie Laplanche, Alice Le Berre, Jérôme Le Pavec, Sergio Salmeron, Joseph Emmerich, Jean-Jacques Mourad, Gilles Chatellier, Gilles Hayem (Hôpital Paris Saint-Joseph, Paris, Hôpital Marie Lannelongue, Université de Paris, INSERM, Hôpital Européen Georges-Pompidou)

2 « Coronavirus is the trigger, but the immune response is deadly ». Commentaire signé  Randy Q Cron Children’s of Alabama, Division of Rheumatology, University of Alabama at Birmingham).

Le Pr Didier Raoult s’en va-t-en guerre contre trois géants mondiaux de l’information médicale

Bonjour

30/05/2020. Après la saison 1, « Chloroquine », bientôt « Raoult contre le reste du monde de l’édition». Loin d’être abattu par la récente et volumineuse publication du Lancet  qui le ciblait, le microbiologiste marseillais est désormais soutenu par une vague inattendue de critiques contre le célèbre hebdomadaire londonien (nous y reviendrons).

Et il contre-attaque aujourd’hui du haut de la tribune que lui offre, cette fois, Le Figaro : «Quand les publications scientifiques véhiculent de fausses informations». Une tribune qui ne manque pas de sel quand on sait que le Pr Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille est l’un des scientifiques qui détient le record, presque inhumain, du nombre de « publications scientifiques ».

« L’information scientifique ou thérapeutique est devenue un enjeu financier tellement extraordinaire que ceci peut être soumis à des manipulations hors du commun, nous explique-t-il aujourd’hui dans Le Figaro. Les informations concernant la possibilité d’utiliser ou non le médicament qui voudrait trouver sa place (contre l’hydroxychloroquine) pour le Covid (le Remdesivir de Gilead) entraînent des fluctuations du cours de Gilead qui porte sur plusieurs milliards de dollars après chaque annonce scientifique ou d’autorité. Par ailleurs, le marché de l’édition scientifique est considérable et génère des bénéfices extrêmes de l’ordre de 35%. Et il a d’ailleurs un capital qui est construit en partie avec les mêmes gestionnaires de fonds américains que Gilead. »

 Après nous avoir rassuré (« Je n’ai jamais eu de contact avec Donald Trump ni avec Bolsonaro ») Didier Raoult évoque le maquis où le politique vient se greffer sur le capitalisme pharmaceutique et  des intérêts financiers « qui sont colossaux et dépassent ce que j’avais connu jusque-là ». Tout ceci pour expliquer que, « comme dans les situations de guerre », l’heure est venue de « prendre les informations et les communiqués avec la plus grande prudence ». Nous traversons, dit-il, une époque de guerre où « la réalité scientifique et médicale passe au deuxième plan ». Et de cibler l’ennemi :

1 The Lancet  qui « a publié une étude aux résultats effarants pour qui a réellement vu et traité des malades. »

« Le Lancet a publié une étude, que peu de scientifiques croient, utilisant des données de pays (l’Australie) qui nient leur participation à cette étude qui ne donne ni source ni capacité d’utilisation. Elle donne des résultats qui sont effarants pour n’importe qui a réellement vu et traité des malades. Il s’agit d’auteurs qui n’ont aucune spécialisation dans le domaine ni épidémiologique, ni en maladies infectieuses, ni en virologie, mais qui dirigent une start-up dont l’objectif est d’analyser les big data. Ils ont aussi publié un article douteux dans le New England Journal of Medecine prétendant connaître l’ethnicité de patients français, ce qui est impossible car illégal. »

2 The British Medical Journal qui aurait « délibérément dissimulé des données ». « Un de ces papiers mettait deux analyses, montrant que l’hydroxychloroquine avait un effet favorable sur l’évolution de la maladie et sur les marqueurs biologiques, qui ont été enlevées dans la version définitive (et nous avons les deux versions). Par ailleurs, il a [été] publié une étude française où l’association azithromycine plus hydroxychloroquine, qui donnait des résultats significativement supérieurs à tous les autres protocoles, n’a pas été analysée. Le résultat était à la portée de tous et montrait une différence significative.

3 The New England Journal Journal of Medicine « qui était le meilleur de tous les journaux ». « Il a publié trois séries de papiers sur le Remdesivir qui ressemble plus à de la publicité qu’à de l’information scientifique, y compris en dissimulant les vrais dangers du Remdesivir qui sont les insuffisances rénales en les groupant avec d’autres effets secondaires (qui comportent la constipation et la nausée!) de façon à ne pas analyser individuellement les vrais risques. »

« Nous sommes, conclut le Pr Raoult, dans une époque de guerre politique et industrielle qui amène à être extrêmement prudent dans l’analyse des données des journaux qui ont fait pendant un temps la gloire de la médecine et qui malheureusement à cette occasion perdent, aux yeux d’une grande partie de la communauté scientifique qui a les capacités de l’analyser, la crédibilité qu’ils avaient mis des décennies à acquérir. » Tout n’est sans doute pas faux dans ce qu’explique aujourd’hui celui qui fut longtemps l’un des gardiens du sérail dont il dénonce aujourd’hui les pratiques. Il ne reste plus à savoir qui combat pour qui et pourquoi. Et à découvrir la vérité. Ce qui ne saurait tarder.

A demain @jynau

Eric Zemmour vous explique la rencontre entre Emmanuel Macron et le Pr Eric Raoult

Bonjour

29/05/2020 « Populisme » : Dans son acception générale actuelle désigne une approche politique qui a tendance à opposer le peuple aux élites politiques, économiques ou médiatiques. C’est une chronique signée Eric Zemmour et publiée aujourd’hui dans Le Figaro « Raoult contre tous, tous contre Raoult ».  Extraits :

« La bataille autour de la figure du Pr Raoult devient foire d’empoigne. Selon la logique de la guerre analysée par Clausewitz, nous assistons à la montée aux extrêmes. Les études scientifiques répondent aux études scientifiques ; les anathèmes aux anathèmes ; les insultes aux insultes ; les menaces aux menaces. »

L’auteur y revient sur la publication désormais célèbre d’une étude dans The Lancet, étude gentiment qualifiée de « foireuse » par le Pr Raoult, directement visé. Eric Zemmour :

« Ce qui n’empêche pas le Haut Conseil de la santé publique de s’appuyer sur cette étude pour proscrire, à la demande du ministre de la Santé, Olivier Véran, qui ne le porte pas dans son cœur, le traitement du professeur marseillais. (…) Guerre d’ego entre mandarins. Guerre économique, guerre politique. Guerre géographique et sociologique aussi entre l’establishment parisien et le rebelle marseillais, voire entre les grands groupes pharmaceutiques mondialisés et le petit village gaulois qui refuse de se rendre. Les imaginaires ancestraux reviennent en force, ce qui est tout à fait normal dans une affaire où il est question de la vie et de la mort. »

Grands coups de clairon médiatique

Pour Eric Zemmour, avec l’actuelle pandémie, « il est inéluctable que les batailles médicales deviennent des guerres politiques, voire géopolitiques. Entre la Chine et les États-Unis, et au sein de chaque pays ». Et de revenir en France où, selon lui, Emmanuel Macron « incarne aux yeux des gens le pouvoir vertical et sa technostructure parisienne, les riches et les puissants ». Selon lui le président de la République « a tenté de désamorcer la force virale ‘’populiste’’ du Pr Raoult en lui rendant visite à grands coups de clairon médiatique. »

Et de citer Jacques Chirac :  «Quand je veux tuer, j’embrasse». « Mais Didier Raoult est toujours vivant et vendra cher sa peau » conclut Eric Zemmour, dans les colonnes du Figaro, sans préciser le prix.

Un président de la République tentant de « désamorcer » la « force virale » d’un microbiologiste qui estime faire partie des « élites »… Une embrassade présidentielle symbolique visant à ruiner une personnalité atypique soutenue (pour l’heure) par les vents médiatiques et certains courants politiques …

Opposer le peuple aux élites politiques, économiques ou médiatiques.

A demain @jynau

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Pandémie et politique, quand Le Monde décrypte la «mémoire sélective» d’Agnès Buzyn

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29/05/2020. Le journal peut, encore et toujours, être un outil démocratique. On voit ainsi le même jour Le Monde publier une assez peu banale tribune « anti journalisme d’investigation »  et offrir un indispensable travail de décryptage-décodage de l’action politique : (William Audureau et Assma Maad) « Coronavirus, « mascarade » et « grippette » : la mémoire sélective d’Agnès Buzyn . L’ex-ministre est revenue sur ses propos polémiques du mois de mars et sur son action au gouvernement, mais ses explications l’obligent à se contredire elle-même. »

Où l’on comprend, finalement, que seules les enquêtes, parlementaires ou judiciaires, permettront de décrypter dans le détail la chronologie de l’action politique face à l’émergence de la pandémie. Et de situer les éventuelles responsabilités et culpabilités. Pour l’heure l’affaire est d’autant plus complexe qu’Agnès Buzyn repart en campagne, l’ancienne ministre des Solidarités et de la Santé  persistant dans sa volonté, candidate de La République en marche (LRM), de devenir maire de Paris. C’est ce qui explique son long entretien au Figaro,  (où elle tente de s’expliquer sur l’usage du terme « mascarade ») puis à France Inter le lendemain.

« On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade »

L’écheveau est complexe puisqu’il lui faut revenir sur ses déclarations au Monde – déclarations ahurissantes qui avaient suscité une large controverse, jusque dans ses propres rangs. Et qu’aujourd’hui c’est Le Monde qui décrypte les déclarations de l’ancienne ministre au Figaro et à France Inter.  « Elle défend enfin sa gestion des débuts de l’épidémie, alors qu’elle était encore ministre, observe le quotidien. Mais la candidate à la mairie de Paris s’arrange un peu avec la réalité pour défendre ses actions. » Et Le Monde de donner des exemples de « la mémoire sélective d’Agnès Buzyn sur les avertissements des experts » et de démontrer le caractère peu convaincant des explications de ses propos tenus auprès du Monde le 16 mars dernier. Et notamment :

« Depuis le début, je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. »

Ces propos d’Agnès Buzyn avaient enflammé l’ensemble de la classe politique et gagné Matignon. Le Premier ministre, Edouard Philippe, s’était défendu publiquement d’avoir sous-estimé le danger : « Si nous n’avions pas pris au sérieux cet événement sanitaire, je n’aurais pas organisé une réunion dès le mois de janvier », ni « pris des décisions lourdes », avait-il fait valoir en mars sur le plateau de France 2.

Dans la tribune publiée le même jour par Le Monde deux anciens directeurs généraux de la santé Jean-François Girard et Joël Ménard font valoir que les leçons à tirer de la crise sanitaire liée au Covid-19 « ne le seront ni par le journalisme d’investigation ni par les commissions d’enquête ou des actions judiciaires collectives ».

A demain @jynau