Coronavirus et peur panique: pour l’OMS les pays d’Afrique ne sont pas «assez agressifs»

Bonjour

24/02/2020. L’épidémie progresse sur la planète et l’OMS nous parle d’Afrique . Elle nous avertit : les systèmes de santé y sont « mal équipés » pour affronter l’épidémie de coronavirus » si des cas de contamination apparaissaient et se multipliaient sur le continent. Or on sait, en Occident, en Asie et ailleurs que le nouveau coronavirus ne peut pas ne pas être présent sur le sol africain. Et chacun sait, à commencer par les Africains, que le « mauvais équipement » évoqué par l’OMS est un euphémisme qui entend cacher des décennies d’incuries multiples.

Dernières actualités sur le sujet. Lors d’une réunion des ministres de la santé des pays de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, samedi 22 février, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé les pays de l’UA à « faire front commun pour être plus agressifs » (sic) dans la lutte contre la maladie à coronavirus Covid-19. « Notre principale préoccupation continue d’être le potentiel de dissémination du Covid-19 dans les pays dont les systèmes de santé sont plus précaires », a déclaré le chef de l’OMS dans une liaison vidéo depuis Genève l’aseptisée. Jusqu’à présent, l’Egypte est le seul pays d’Afrique à avoir officiellement enregistré un cas confirmé de contamination, le 14 février.

Plus de deux cents cas suspects ont été recensés dans les pays de la région Afrique de l’OMS, soit la plus grande partie du continent, mais presque tous se sont avérés négatifs, a déclaré samedi la directrice du bureau régional de l’Afrique, Matshidiso Rebecca Moeti, citée par l’AFP. Toutefois, si le nouveau coronavirus commençait à se répandre sur le continent, les systèmes de santé devraient prendre en charge des patients atteints de symptômes majeurs – comme des défaillances respiratoires, des chocs septiques ou la défaillance simultanée de plusieurs organes, a relevé M. Tedros : « Ces patients ont besoin de soins intensifs nécessitant des équipements comme des appareils d’assistance respiratoire qui manquent dans de nombreux pays africains, et c’est une source de préoccupation. »

« Prendre des mesures drastiques de prévention et de contrôle ».

Corollaire : le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a appelé les responsables africains à « prendre des mesures drastiques de prévention et de contrôle ». Fermer les frontières d’Afrique ?

Dans le même temps John Nkengasong, directeur des Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies a indiqué à l’AFP que le nombre de pays africains pouvant procéder à ces tests « dépasserait bientôt la quarantaine ». Cependant, a-t-il averti, si les cas de contamination apparaissaient en grand nombre, les pays africains pourraient être confrontés à des pénuries de kits de dépistage et d’équipement de protection comme des masques. Si le coronavirus devait se répandre sur le continent africain, la capacité à établir un diagnostic rapidement sera ainsi limitée. « Nous faisons face à une menace imminente, une menace grave », a souligné John Nkengasong.

 Plusieurs compagnies aériennes africaines, dont Kenya Airways, ont suspendu leurs vols à destination de la Chine, mais la première compagnie du continent, Ethiopian Airlines a maintenu les siens. Liu Yuxi, ambassadeur de Chine auprès de l’UA, a appelé les responsables africains à alléger les restrictions sur les voyages. « La panique excessive pourrait en réalité accroître la maladie », a-t-il affirmé. A partir de quand peut-on dire qu’une panique est excessive ? L’ambassadeur Lui Yuxi ne l’a pas dit

A demain @jynau

« Panique » : Vive terreur, soudaine et irraisonnée, souvent dénuée de fondement qui affecte le plus souvent un groupe ou une foule et provoque de grands désordres. Synon. affolement, épouvante.Effroyable panique; panique collective; atmosphère, scène, vent de panique; état, frisson, mouvement de panique; jeter, semer la panique; être gagné par la panique, pris de panique. « Flots de curieux qui, après s’être groupés et pressés sur un point, se précipitaient et s’écrasaient, emportés par une soudaine panique » (Sand,Hist. vie, 1855, t.4, p.112). « Par les violents orages une panique désordonnée s’emparait de ces animaux fous de terreu »r (Verne,Enf. cap. Grant, t.2, 1868, p.106). « Je faisais que des conneries… j’avais la panique… je me trompais tout le temps » (Céline,Mort à crédit, 1936, p.171).

Coronavirus -pédagogie : à partir de quand Paris devra-t-il fermer sa frontière avec l’Italie ?

Bonjour

24/02/2020. Tout se complique pour les pouvoirs exécutifs. En France le député Eric Ciotti (LR, Alpes-Maritimes)  vient de réclamer un plan sanitaire d’urgence pour son département frontalier de l’Italie – avec mobilisation des hôpitaux et contrôles aux frontières. Il a écrit au Premier ministre, Edouard Philippe, en ce sens. C’est là une réaction-réflexe, contagieuse, face à la rapide et inquiétante évolution de la situation en Italie. La réponse du nouveau ministre français de la Santé n’a pas tardé.

Interrogé au journal de 20 heures de France 2, Olivier Véran a sèchement répondu : une fermeture de la frontière avec l’Italie « n’aurait pas de sens ». « Un virus ne s’arrête pas aux frontières », a fait valoir le ministre. Il a aussi soutenu qu’il « n’y a pas à proprement parler d’épidémie » de l’autre côté des Alpes, les autorités ayant justement pris des mesures de confinement « pour éviter » ce risque. « Nous regardons ça avec énormément d’attention et de précautions, nous sommes en train de regarder l’évolution de la situation heure par heure », a-t-il insisté.

Situation évolutive ou pas Olivier Véran se doit désormais de faire un peu de pédagogie : à partir de quand peut-on parler d’ « épidémie ». Et comment qualifier la situation, rapidement évolutive, qui prévaut en Italie ? Et si un virus ne s’arrête pas, naturellement, aux frontières dressées par les hommes, les hommes ne peuvent-ils pas freiner son passage à ces mêmes frontières ?

« Nous ne transformerons pas l’Italie en lazaret » vient de déclarer le président du Conseil italien Giuseppe Conte cherchant à dédramatiser la situation. « Certes, l’Italie ne vit plus au Moyen Age, à l’époque où les marins en provenance de ports où sévissait la peste étaient placés en quarantaine sur des îles ou dans des établissements isolés appelés « lazarets », le temps d’observer s’ils développaient certains symptômes, explique notre confrère Jérôme Gatheret, correspondant du Monde à Rome. De plus, le virus SARS-CoV-2 est certes très contagieux, mais rarement mortel. Reste que la litanie des nouvelles inquiétantes et des mesures de précaution annoncées durant tout le week-end, à mesure que montait le nombre de malades déclarés, ne pouvait que faire monter dans la population le sentiment d’urgence. »

« La frontière comme vaccin contre l’épidémie des murs » (Régis Debray)

Trois morts. Six cas déclaré le 22 février au matin, plus de cent-cinquante le 23 au soir… Notre confrère explique encore que dans ce pays, où la mémoire historique des grandes épidémies est particulièrement vivace, des places publiques aux murs des églises, « certaines peurs enfouies ne demandent qu’à resurgir… ». Pour l’heure les réseaux sociaux diffusent des photographies montrant des rayons de supermarchés vidés de leurs produits de première nécessité, tandis que se succèdent les annonces d’annulations d’événements en tout genre. Le Monde :

« Onze communes de Lombardie, toutes situées dans la province de Lodi (au sud de Milan) ont été placées en quarantaine : les entrées et les sorties y sont autorisées au compte-gouttes, après contrôles, les lieux publics y ont été fermés et les dessertes de transports en commun ont été interrompues. Du Piémont à Trieste et des Alpes à l’Emilie-Romagne, dans tout le nord du pays, les écoles et les universités resteront fermées, au moins jusqu’au 1er mars. Les offices religieux ont été annulés, de même que la plupart des rencontres sportives, tandis que nombre de monuments, comme la cathédrale et La Scala de Milan, fermaient leurs portes. Dans l’après-midi de dimanche, le maire de Venise, Luigi Brugnaro, annonçait même que le carnaval s’arrêterait le soir même, deux jours plus tôt que prévu, deux cas venant d’être détectés dans la ville, ainsi que d’autres dans les communes des environs. »

Comment comprendre ? « Nous avons fait plus de 4 000 contrôles par prélèvement », explique le chef du gouvernement italien Nous sommes le premier pays d’Europe à avoir décidé de faire des examens plus rigoureux. » Entendre : le nombre de malades ne peut qu’augmenter dans les prochains jours, et d’ailleurs il devrait en être de même dans les autres pays du Vieux Continent.

A Paris, le ministre Véran ne dit rien d’autre aux médias : il  prévoit une augmentation du nombre des cas. Soixante-dix hôpitaux supplémentaires vont être « activés » pour faire face à une éventuelle propagation du coronavirus. L’objectif : avoir au moins un établissement par département en métropole, a annoncé dans la soirée du dimanche 23 février le ministre après une réunion d’urgence de ministres autour d’Edouard Philippe à Matignon.

« Pour accueillir les éventuels malades nous disposions jusqu’à présent de 38 établissements de santé essentiellement les CHU. J’ai décidé en accord avec le premier ministre que 70 établissements siège d’un SAMU seront activés dès demain pour augmenter nos capacités de réponse si c’était nécessaire. Nous agissons vite, nous agissons fort pour faire face à la menace épidémique (…) et nous prenons toutes les mesures qui sont nécessaires pour assurer la sécurité des Français. »,

Le Dr Véran a précisé s’être entretenu avec ses homologues italien et allemand :  « Nous avons convenu d’un prochain entretien réunissant plusieurs ministres de la santé de l’Union européenne probablement la semaine prochaine pour aborder ensemble comment faire face au risque épidémique. »

C’est dit : pour l’heure la France ne fermera pas ses fontières avec l’Italie comme elle a, de fait, commencé à le faire avec la Chine. Où l’on en revient à la question soulevée par M. Ciotti et à la réponse du Dr Véran. Si un virus ne s’arrête pas, naturellement, aux frontières dressées par les hommes, les hommes ne peuvent-ils pas freiner son passage à ces mêmes frontières ? Réduire les risques grâce aux vieilles douanes ? On peut le dire autrement : à partir de quel degré d’évolution de la pandémie l’Union européenne contrôlera-t-elle les entrées à ses frontières ? Et qui, face au virus, doit assurer l’indispensable travail de pédagogie ?

A demain

NB, en écho: « Éloge des frontières » de Régis Debray. Collection Blanche, Gallimard«En France, tout ce qui pèse et qui compte se veut et se dit « sans frontières ». Et si le sans-frontiérisme était un leurre, une fuite, une lâcheté? Partout sur la mappemonde, et contre toute attente, se creusent ou renaissent de nouvelles et d’antiques frontières. Telle est la réalité. En bon Européen, je choisis de célébrer ce que d’autres déplorent : la frontière comme vaccin contre l’épidémie des murs, remède à l’indifférence et sauvegarde du vivant. D’où ce Manifeste à rebrousse-poil, qui étonne et détonne, mais qui, déchiffrant notre passé, ose faire face à l’avenir.»

Coronavirus – scandale: le Diamond Princess transformé en un «incubateur expérimental»

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23/02/20. Rien ne va décidément plus au Japon. Au point que l’on en vient à s’interroger sur la tenue des Jeux Olympiques d’été (24 juillet-9 août) 2020.  

Un troisième passager est mort à bord du paquebot Diamond Princess, placé en quarantaine dans le port de Yokohama – annonce le ministère japonais de la santé. L’octogénaire japonais est mort d’une pneumonie précise un communiqué. Le Diamond Princess reste le plus important foyer de contagion hors de Chine. Sur 3711 personnes se trouvant initialement à bord, plus de 630 ont contracté le coronavirus.

Tokyo a aussi confirmé que le virus avait, finalement, été diagnostiqué chez une ex-passagère du Diamond Princess, rentrée chez elle par le train il y a quelques jours après avoir été considérée comme un cas négatif. Plus généralementTokyo vient de reconnnaître que vinf-trois passagers du Diamond Princess avaient pu quitter ce navire de croisière « mis en quarantaine » sans passer tous les examens médicaux requis pour déceler le nouveau coronavirus. «Nous regrettons profondément l’erreur opérationnelle de notre part qui a causé cette situation», a déclaré le ministre japonais de la Santé  lors d’une conférence de presse, affirmant que les passagers concernés seraient testés à nouveau pour le coronavirus.

Les autorités sanitaires japonaises ont autorisé cette semaine quelque 970 personnes à débarquer du navire après des tests apparemment négatifs au coronavirus. Or parmi ces personnes lâchées dans la nature, deux Australiens et une Israélienne ont été déclarés porteurs du virus à leur retour dans leur pays.

Passagers et membres d’équipage du bateau de croisière ont également été rapatriés dans leurs pays: trente-deux au Royaume-Uni, six en Roumanie et deux en Grèce. Tous les passagers japonais ont désormais quitté la navire mais des passagers étrangers attendent toujours à bord l’arrivée d’avions affrétés par leurs pays d’origine pour les rapatrier.

« Un des scandales sanitaires de notre nouveau siècle » 

Plus d’un millier de membres d’équipage du Diamond Princess devraient ensuite être placés en quarantaine pour quatorze jours. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas placés à l’isolement car ils devaient assurer la marche du navire et le service à bord.Ils servaient notamment les repas aux passagers confinés dans leurs cabines, ce qui a suscité des critiques sur les risques de propager ainsi le virus à bord.

Des « critiques » ? Résumons. Partir en croisière en parfaite santé. Etre gardé prisonnier en compagnie de personnes infectées par un nouveau virus dont on ne connaît pas l’exacte virulence mais que l’on sait potentiellement mortel. Etre maintenu dans des conditions non conformes aux standards actuels de protection des personnes contre les agents pathogènes dangereux. Aucune chambre à pression négative pour isoler les personnes infectés, pas de désinfection à bord. Puis une multiplication des personnes infectées à un rythme et un taux d’attaque bien supérieur à celui observé dans la population générale (y compris à Wuhan). Et, pour l’heure, trois morts. Découvrir, en somme, que le confinement dans le bateau a été un sorte d’ « incubateur expérimental ».

Augmenter les risques au lieu de les réduire. « Il y a là, selon moi, un des scandales sanitaires de notre nouveau siècle » estime le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de Santé Globale (Faculté de Médecine, Université de Genève).

Les autorités sanitaires de Tokyo s’efforcent de justifier la procédure de quarantaine à bord choisie par le Japon, affirmant qu’il n’existait pas de structure médicale capable d’accueillir plus de 3000 personnes à la fois. Et d’ajouter qu’un hôpital japonais vient d’utiliser un médicament antigrippal, l’Avigan® ou favipiravir 1, pour traiter un patient infecté par le coronavirus. Le gouvernement japonais envisage de promouvoir un tel traitement s’il s’avérait efficace. On observera que le favipavir est produit par la société japonaise Toyama Chemical.

A demain

1 Voir, sur ce blog, le passé japonais, africain et français du favipiravir utilisé contre Ebola

Coronavirus-19 : le président chinois Xi Jinping sur le point de faire son premier mea culpa ?

Bonjour

23/02/2020. Un virus peut-il conduire l’un des maîtres du monde à faire son autocritique ? C’est ce qui semble en passe de se produire en Chine où le président Xi Jinping, né en 1953, vient d’annoncer que l’épidémie du nouveau coronavirus constitue la plus grave urgence sanitaire à frapper la Chine depuis la fondation du régime communiste en 1949. Rappelons que l’actuel président de la république populaire de Chine.

C’est le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame sur la place Tian’anmen, la fondation de la république populaire de Chine. Le nouveau pouvoir veut mettre en place un nouvel ordre économique et social à la fois inspiré de l’exemple soviétique  et adapté aux réalités chinoises. Dans un premier temps, cherchant d’abord à reconstruire un pays ravagé, il se contente de réformes relativement modérées, inspirées de celles déjà mises en place dans ses anciens bastions du temps de la guerre civile. Le rythme des réformes s’accélère pourtant rapidement, et de nombreuses personnes, soupçonnées de ne pas collaborer avec le régime, sont exécutées. On connaît la suite.

Soixante-dix ans plus tard l’épidémie de COVID-19 «est une crise, une grande épreuve pour nous», déclare Xi Jinping, selon des propos rapportés par la télévision nationale. Il a également reconnu «des lacunes» dans la réponse au coronavirus. Une grande première qui laisse imaginer des sanctions. Comparée à celle du SRAS en 2002 l’épidémie d’aujourd’hui s’avère « très difficile à prévenir et à maîtriser », a déclaré le numéro un chinois lors d’une réunion rassemblant les plus hauts dirigeants du pays. 

Comment dit-on, en chinois, mea culpa ?

A demain @jynau

Coronavirus politique : non, Olivier Véran n’appelle pas à une « restriction des libertés »

Bonjour

23/02/20. Bulletin officiel quotidien 78 767 cas, 2461 morts. Dans le train qui le conduisait à Saint-Etienne (Loire) le nouveau ministre de la Santé, surbooké,  s’est confié au Parisien (Florence Méréo). «Nous nous préparons à une épidémie», prévient-il. Cela donne ceci :

Craindre de nouveaux cas en France ?« D’autres cas, c’est très probable. Une épidémie? Nous nous y préparons. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un seul malade en France, hospitalisé à Lyon. Son état de santé n’est pas préoccupant. Tous les autres, mis à part un homme de 80 ans qui est décédé, sont sortis, guéris et ne sont pas contagieux. J’ai fait  le choix de mettre en quarantainetous les Français rapatriés vendredi 21 février en provenance d’une zone rouge en Chine, c’est-à-dire où le risque de transmission virale est important. Ils seront placés en confinement pendant quatorze jours dans un centre de vacances du Calvados. A ce stade, rien n’indique que l’un d’eux est infecté. Nous restons en alerte maximale. »

« Se préparer » ? « Nous multiplions le nombre de laboratoires équipés en tests de diagnostic pour atteindre une capacité de plusieurs milliers d’analyses par jour et sur tout le territoire, contre 400 aujourd’hui. Nous poursuivons également l’équipement en masques. Santé publique France travaille avec les entreprises françaises qui en fabriquent, en plus des commandes déjà passées à l’étranger. J’ai réuni mardi une soixantaine de décideurs en matière de santé car le partage d’informations et le retour d’expérience sont essentiels. »

« Cela semble donc très sérieux… » « Bien sûr que c’est sérieux, et nous nous mettons en situation. Si l’épidémie atteint l’Europe, je veux que nous soyons pleinement opérationnels. Je suis particulièrement attentif à la situation en Iran, en Corée du Sud où le nombre de cas augmente, ou encore au Japon, et plus près de nous en Italie, où un malade est décédé sans avoir été en Chine ni en contact connu avec un autre malade. »

Le ministre n’appelle pas à une restriction des libertés

Notre consœur va plus loin en rappellant au ministre qu’il y a quelques jours, sur France Inter il n’a pas craint de saluer la « réactivité » de la Chine communiste, précisant qu’il serait impossible de « réaliser cela dans un pays dans lequel les réseaux sociaux seraient ouverts ». Est-ce dire qu’il estime, lui ancien socialiste, que la censure peut constituer une arme efficace face à un fléau épidémique ?

« Certainement pas, répond-il. Et je regrette ce procès intenté sur un sujet aussi grave dans la période que nous connaissons. J’ai fait deux constats. Le premier est que la Chine dispose d’un système sanitaire réactif et de qualité. Le second, est que les Chinois n’ont pas le même degré de liberté que nous. En aucun cas je ne plaide aujourd’hui pour des mesures de confinement à grande échelle en France. Et je n’appelle à aucune forme de restriction des libertés. »

Le citoyen respire. C’est donc que les auditeurs de France Inter n’avaient rien compris. Ou que le jeune ministre ne maîtrise pas encore pleinement sa communication. Comme ce fut le cas, il y a quelques années Roselyne Bachelot, pharmacienne gaulliste devenue ministre – aujourd’hui humoriste sur RTL. Roselyne Bachelot elle aussi confrontée (2009-2010) à une vague pandémique grippale – vague suivie en France d’innombrables remous politiques.

S’inquiéter ?  Se rassurer ? Rester au milieu du gué ? On conseillera la lecture, sur thinkglobalhealth.org  de « What’s Next for COVID-19 ? Containment of the coronavirus would make an enormous difference to health around the world. Is it still possible? » (Tom Frieden). Le citoyen (non ministre) y découvre au moins douze raisons de nourrir un pessimisme raisonnable. Et au moins six de garder, malgré tout, espoir.

Rappelons qu’il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer à vouloir protéger les libertés.

A demain @jynau

Covid-19 et nouvelles questions : s'angoisser quant à la durée maximale d’incubation ?

Bonjour

Quelques lignes de l’agences Reuters relayées par Le Figaro. Où l’on apprend qu’un septuagénaire chinois du Hubei a contracté le nouveau coronarivus mais n’a développé les symptômes de la maladie que 27 jours plus tard – annonce faite le samedi 22 février les autorités locales. L’homme avait été en contact avec sa soeur, malade, le 24 janvier. Il a été pris de fièvre le 20 février et la présence du virus dans son organisme a été détectée le lendemain.

La communauté scientifique estimait jusqu’à présent que la période d’incubation maximale du covid-19 était de 14 jours. Une incubation plus longue, durant laquelle un individu porteur du virus peut être contaminant sans en avoir conscience pourrait amplement compliquer les efforts engagés pour contenir la propagation de l’épidémie.

« Il se peut qu’il y ait, de façon exceptionnelle, des incubations plus longues, reconnaît le Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur de Paris, interrogé par Le Monde Encore faudrait-il être sûr que cette personne n’a pas eu d’autre contact infectant durant les 14 jours précédant le début des symptômes. »

Ce type de cas ne remet cependant pas en cause selon lui les stratégies d’endiguement de l’épidémie. « Aujourd’hui, toutes les estimations convergent vers une période moyenne d’incubation à six jours et maximale à douze jours. La recommandation de quatorze jours pour les quarantaines semble appropriée. Si d’autres cas similaires devaient survenir, on pourrait assortir la fin de la quarantaine d’un message de vigilance en cas de symptômes après la fin de la quarantaine officielle. Quatorze jours c’est déjà très long pour les personnes en quarantaine et les services sanitaires qui doivent en assurer le suivi ».

Pour le reste deuxième décès en Italie, des foyers de la maladie qui se multiplient – premiers cas confirmés au Liban et en Israël, dix nouveaux cas en Iran, 109 décès supplémentaires vendredi en Chine… L’épidémie de coronavirus poursuit sa progression à travers le monde. Elle touche désormais vingt-six pays et territoires en dehors de la Chine continentale et a fait une dizaine de morts. Et pour la première fois, l’Organisation mondiale de la santé qui  s’alarme de l’absence de « lien épidémiologique clair » dans des cas apparus en dehors de la Chine. Brouillards.

A demain @jynau

Coronavirus et gros sous : quand les économistes pèsent le prix de la vie humaine en quarantaine

Bonjour

Le Covid-19 se répand partout –  jusque dans les pages furieusement économiques des Echos. Où l’on croise les angoisses des acteurs capitalistes face à une vague épidémique née en Chine et dont personne (à commencer par le ministre français de l’Economie) ne connaît la date du « pic » et le prix à payer pour les retombées.

Les Echos, donc, datés des 21 et 22 février 2020. Page 9, une tribune intitulée « Coronavirus : le choc d’offre de la quarantaineL e coronavirus affole la planète ». Un texte signé Augustin Landier, professeur à HEC et David Thesmar, professeur au MIT. Deux fortes sommités. Passons sur leurs généralités épidémiologiques. Cœur de la réflexion des deux auteurs : les incertitudes des « décideurs économiques et/ou politiques » confrontés aux « mises en quarantaine » – quarantaines qui « créent de l’incertitude » en ce qu’elles signalent « que l’Etat s’inquiète ».

 Ils nous expliquent ceci :

« En décidant à quel moment le coût économique de la quarantaine devient trop élevé, le décideur public doit prendre en compte l’incertitude sur la durée d’incubation et la détection des malades. Cela le force à expliciter son aversion au risque, c’est-à-dire le poids qu’il met sur les pires scénarios envisageables. Il doit prendre en compte le fait que le virus terrasse des personnes fragiles, dont l’espérance de vie est déjà plus faible. Il doit aussi mettre en balance la privation de liberté imposée aux individus mis en quarantaine. (…)

De plus, l’Etat doit choisir le bon niveau de transparence : cacher la vérité pour éviter la panique à court terme crée la défiance de long terme, comme on l’a vu en Chine ces dernières semaines  (…) Le pari des économistes est d’expliciter ces arbitrages peu ragoûtants (sic) pour éviter le piège de l’irrationnel. L’objectif des quarantaines n’est évidemment pas la croissance économique, mais de sauver des vies. Mais là aussi, des arbitrages économiques sont bien présents : dans la pratique des décisions publiques, la vie humaine n’a pas un prix infini. »

« La vie humaine n’a pas un prix infini », donc. Certes. Les deux auteurs ne nous renseignent pas sur l’élasticité potentielle des prix actuel du marché. S’ils.elles lisent Les Echos, les mis.es en quarantaine ne pourront que le regretter.

A demain @jynau