Le Roundup® cause de lymphomes ? Bayer dénonce le mélange des pommes et des oranges

Bonjour

La science est plurielle ;  toutes ses conclusions ne se valent pas. Et l’affaire Séralini, amplement médiatisée, nous a appris à être prudent quant aux affirmations sur les liens entre OGM,  Roundup et cancers. Pour autant comment passer sous silence la nouvelle étude qui vient d’être publiée dans ce domaine : « Exposure to Glyphosate-Based Herbicides and Risk for Non-Hodgkin Lymphoma: A Meta-Analysis and Supporting Evidence » (Mutation Research/Reviews in Mutation Research) ?

« C’est le dernier épisode en date du feuilleton scientifique sur le glyphosate/Roundup®, résume Le Monde daté du 19 février (Stephane Horel) qui consacre une très large place à cette méta-analyse dont les conclusions chiffrées sont peut-être moins parlantes qu’on pourrait a priori l’imaginer : « le risque de développer un lymphome non hodgkinien (LNH), est accru de 41 % pour les travailleurs les plus exposés à l’herbicide inventé par Monsento, vendu sous le nom commercial de Roundup® est aujourd’hui le plus utilisé au monde. »

Porte-à-faux

Le Monde a, ici, contacté l’une des auteures de ce travail : Emanuela Taioli, spécialiste d’épidémiologie (Institute for Translational Epidemiology and Department of Population Health Science and Policy, Icahn School of Medicine at Mount Sinai, New York). Sans surprise cette dernière a précisé que leurs résultats étaient « très convaincants ».

« L’étude réalisée par Emanuela Taioli et ses consœurs est une méta-analyse, c’est-à-dire que ses auteures ont agrégé les résultats de plusieurs études afin de donner un poids statistique plus important à leurs conclusions. En l’occurrence : cinq études dites cas témoins (historique d’usage du produit par des personnes malades, comparé à celui des personnes non touchées par la maladie) et une étude ayant suivi au cours du temps des travailleurs agricoles exposés (étude de cohorte) aux Etats-Unis, au Canada, en Suède et en France – soit six études au total. Le nombre d’études épidémiologiques ayant tenté de jauger le lien entre une exposition au glyphosate/Roundup® et l’apparition de lymphomes non hodgkiniens est, en effet, très limité. »

« L’ensemble des méta-analyses effectuées à ce jour, y compris la nôtre, parviennent au même constat clé,écrivent Emanuela Taioli et ses quatre coauteures. L’exposition au glyphosate, plus précisément aux formulations à base de glyphosate, est associée à un risque accru de lymphome non hodgkinien statistiquement significatif ».

Mais le quotidien est allé plus loin. Dans une déclaration transmise au Monde, le géant allemand Bayer (qui a racheté Monsanto en août 2018) juge que cette publication « ne fournit pas de nouvelles données épidémiologiques »et « mélange des données incompatibles » en comparant non pas « des pommes avec des pommes, mais des pommes avec des oranges ». L’étude, poursuit le géant allemand, est « en porte-à-faux avec un vaste corpus scientifique, quarante ans d’expérience dans le monde réel et les conclusions des autorités réglementaires », lesquelles ont conclu que « les produits à base de glyphosate étaient sûrs lorsque utilisés selon les instructions, et que le glyphosate n’était pas cancérogène ».

Malheureuses et frustrées

Mais Le Monde va plus loin encore dans l’éclairage des coulisses. Il explique ainsi que trois des cinq chercheuses américaines (Luoping Zhang, Iemaan Rana,  Rachel M.Shaffer, EmanuelaTaioli et LianneSheppard) avaientparticipé au panel d’experts sur le glyphosate mis en place par l’agence américaine Environmental Protection Agency (EPA) en 2016. Or l’EPA avait alors conclu que le glyphosate n’était pas cancérogène. Comment comprendre ? Il faut lire Le Monde :

« L’épidémiologiste raconte que la majorité des experts constituant le panel, appelés à débattre sans avoir de voix délibérative, n’étaient pas heureux’’ de cette décision. Au vu des données scientifiques, concernant en particulier les études sur l’animal, ils avaient estimé que le glyphosate est bel et bien cancérogène. ‘’ Frustrées’’, les trois scientifiques ont donc attendu que s’écoule l’année de délai figurant dans l’accord de confidentialité que l’EPA leur avait fait signer pour reprendre les données, effectuer leur propre analyse, et la publier dans une revue après examen par un comité de lecture. »

La science est plurielle. Et les scientifiques peuvent, eux aussi, être frustrés de ne pouvoir dire leur vérité.

A demain

@jynau

Trois ministres répliquent à Mediapart dans la mystérieuse affaire des «bébés nés sans bras» 

Bonjour

Le 7 février dernier Mediapart (François Bonnet) dégoupillait : « ‘’Bébés sans bras’’: l’enquête nationale est au point mort » :

« Plus de trois mois après l’annonce par la ministre Agnès Buzyn d’une enquête nationale sur l’affaire dite ‘’des bébés sans bras’’, rien ou presque n’a été fait, accuse le site. Il n’y a pas de rapport d’étape public, les deux comités de pilotage n’ont pas été constitués, l’agence Santé publique France poursuit sa guerre contre le registre lyonnais Remera. 

 « ’Moi, je veux savoir, je pense que toute la France veut savoir.’’ C’était le 31 octobre 2018, et la ministre de la santé Agnès Buzyn tapait du poing sur la table en annonçant le lancement d’une enquête nationale sur l’affaire dite des « bébés sans bras ». Deux objectifs : tenter un recensement des cas d’enfants nés avec cette malformation congénitale qu’est l’agénésie transverse des membres supérieurs (ATMS) ; et tenter d’identifier les causes d’un nombre de cas anormalement élevé dans plusieurs départements (Ain, Morbihan, Loire-Atlantique) [ la suite sur abonnement ].»

Nous sommes le 12 février. Contre-attaque gouvernementale via un communiqué groupé de la ministre des Solidarités et de la Santé, du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire et du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. Et, clairement, la volonté de démonter l’accusation de Mediapart.

Où l’on apprend que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)  et Santé publique France ont été saisies le 29 octobre dernier par ces trois ministres (Agnès Buzyn, François de Rugy et Didier Guillaume) « pour conduire des investigations possibles sur les causes, notamment environnementales, de cas groupés d’agénésie transverse des membres supérieurs dans les départements de l’Ain, du Morbihan et de la Loire-Atlantique. » Ce n’est pas tout :

« Afin d’assurer la plus grande transparence et indépendance aux travaux d’expertise, un dispositif d’expertise collective a été mis en place, animé conjointement par l’Anses et Santé publique France. Un comité d’experts scientifiques (CES) a ainsi été constitué, après appel à candidatures puis analyse des déclarations publiques d’intérêts. Composé de 22 personnalités scientifiques couvrant l’ensemble des disciplines scientifiques utiles à ces investigations et sous la présidence d’Alexandra Benachi, professeur de gynécologie-obstétrique à la Faculté de médecine Paris Sud et présidente de la Fédération française des centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal.

 « Ce comité aura pour mission d’identifier et d’analyser les différentes hypothèses conduisant à faire un lien entre des expositions, notamment environnementales, et la survenue d’agénésies transverses des membres supérieurs (ATMS), et de formuler des recommandations aux pouvoirs publics pour la prévention et la prise en charge des cas détectés. Une première réunion du CES se tiendra début mars. »

Et encore :

« Un comité d’orientation et de suivi (COS) a également été constitué afin d’assurer un espace de dialogue, d’échange et d’information avec l’ensemble des parties prenantes concernées par ces cas d’ATMS, représentants des familles, associations de patients ou de défense de l’environnement, professionnels de santé et représentants des registres, agences régionales de santé. Présidé par Daniel Benamouzig, sociologue au Centre de sociologie des organisations (CNRS – Sciences Po), ce comité se réunira à intervalle régulier tout au long de la phase d’expertise. La première réunion se tiendra le 21 février 2019. »

Et sans attendre la mise en place opérationnelle de ces deux comités, l’Anses et Santé publique France ont engagé un certain nombre d’investigations préliminaires qui serviront de base aux travaux du CES. Une revue de la bibliographie, des investigations locales et des développements méthodologiques ont ainsi été réalisés afin de nourrir les travaux de l’ensemble des données disponibles.  Il y a donc eu, dans ce contexte, un « point d’étape » 1 à l’issue duquel les trois ministres ont « pris acte » de la méthodologie scientifique adoptée par l’Anses et Santé publique France.

Ainsi donc que Mediapart se rassure : on ne cache rien (ici) à la presse ; tout (ou presque) est dit aux journalistes. L’ampleur des travaux et la complexité des questions posées « nécessitent le recours à une expertise scientifique rigoureuse ». Les résultats de ces travaux « sont attendus pour le 30 juin 2019 ». Et à ce stade, aucune hypothèse n’est privilégiée par rapport à une autre.

A demain

@jynau

1 Le « point d’étape » au 31 janvier 2019 transmis aux trois ministres par l’Anses et Santé publique France est disponible : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dg-19-d-0050.pdf

 

 

Emmanuel Macron relance la polémique sur le caractère cancérigène ou pas d’un insecticide

Bonjour

Et à nouveau une « petite phrase » qui vienne dynamiter l’ensemble de la prestation médiatique. L’affaire est racontée dans le détail par Le Monde (Faustine Vincent). C’était sous les ors de l’Elysée, vendredi 1er février. Emmanuel Macron y avait réuni des élus d’outre-mer dans le cadre de son Grand Débat National. Sujet obligé de la discussion, médical et politique, le chlordécone, un insecticide organochloréécotoxique et persistant, un perturbateur endocrinien dont la dangerosité n’est plus à prouver. Il fut logtemps utilisé comme substitut au lindane contre le charançon du bananier (Cosmopolites sordidus) dans le monde Atlantique francophone (de 1972 à 1993 dans les Antilles françaises). Face à la centaine d’élus ultramarins, le président, en bras de chemise et micro à la main, a déclaré :

 « Il ne faut pas dire que c’est cancérigène. Il est établi que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente les peurs. »

Alimenter les peurs ? Polémique immédiate. D’abord, nous dit Le Monde, avec plusieurs des élus présents confrontés à un « empoisonnement collectif » ; ensuite avec des spécialistes du sujet.  « Des scientifiques, auteurs d’une étude citée lors de l’échange avec le président, sont sortis de leur réserve afin de rappeler des faits dûment vérifiables’’, rapporte le quotidien. Dans un courageux communiqué, publié le 2 février le professeur Pascal Blanchet, urologue, et le Dr Luc Multigner, directeur de recherche  à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), énumèrent les travaux et classifications scientifiques prouvant la dangerosité du chlordécone. Ils rappellent que leur propre étude, menée en 2010, a démontré que « l’exposition au chlordécone est associée à une augmentation de risque de survenue du cancer de la prostate ».

Leurs conclusions ont été publiées en 2010 dans le Journal of Clinical Oncology : « Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer ». « Le président affirme des choses inexactes et minimise le problème », se désole auprès du Monde le Dr Luc Multigner, qui précise « condamner tout autant les discours alarmistes » sur la dangerosité de l’insecticide.

Il faut aussi tenir compte des conclusions, publiés en octobre 2018, par Santé publique France :

« Le principal message est que les taux d’incidence du cancer de la prostate en Guadeloupe et en Martinique se situent parmi les plus élevés au monde.  Un résultat à rapprocher de la situation d’autres îles de la Caraïbe et de la population américaine et britannique d’origine africaine. Cependant, l’analyse spatiale de la distribution des cas de cancer de la prostate en Martinique ne montre pas d’excès dans les zones contaminées par la chlordécone.  Le rôle d’autres facteurs de risque expliquant ce taux élevé de cancer de la prostate reste à étudier. »

Et maintenant ? Contacté, l’Elysée a tenté, le 4 février, d’éteindre la polémique – récusant tout « retour en arrière » et en plaidant un « malentendu » :

 « Le président n’a jamais dit que le chlordécone n’était pas cancérigène. Quand il dit : “Il ne faut pas dire que c’est cancérigène”, c’est une façon de dire : “On ne peut pas se contenter de dire que c’est cancérigène, il faut aussi agir.”  La pensée du président est limpide et n’a pas bougé sur ce sujet. [Emmanuel Macron] n’est pas un scientifique mais un responsable politique. ce n’est donc pas à lui de dire si le chlordécone est cancérigène ou pas. La polémique est mal venue car c’est un sujet sur lequel nous avons fait preuve de transparence et de notre volonté d’agir.»

Où l’on retrouve les brouillards de la corrélation et de la causalité. Et les limites de l’ « en même temps » macronien face à la complexité de certains sujets.  Emmanuel Macron avait dénoncé en septembre dernier qu’il y avait là un « scandale environnemental » dans lequel l’Etat avait « sa part de responsabilité ». Il faut selon lui permettre la la reconnaissance de la « maladie professionnelle » pour les travailleurs agricoles, qui ont été les plus exposés au pesticide. Pour autant rien de simple. « A chaque fois que le lien peut être prouvé entre le chlordécone et une maladie, on indemnisera », assure-t-on au Palais de l’Elysée – où l’on insiste : « les études scientifiques n’ont pas établi de lien direct » entre l’insecticide et les affections cancéreuses.

A demain

@jynau

 

Pédophilie au sein du clergé et célibat perpétuel des prêtres imposé par le pape François

Bonjour

Une nouvelle fois le pape passe à confesse entre Ciel et Terre. Dimanche 27 janvier, lors de la conférence de presse tenue dans l’avion qui le ramenait de Panama François a parlé. Et l’AFP était là. « A un mois de l’organisation de la réunion mondiale sur ’la protection des mineurs’’ au Vatican, le pape  s’est montré plutôt lucide sur son issu. Lucide ou fataliste ?  Il estime que cette réunion suscite des attentes « surdimensionnées » – et ce alors même que la pédophilie est « problème humain qui est partout ». Pour autant, heureusement, tout n’est pas perdu :

« Il faut redimensionner cette attente, parce que, je le dis, le problème des abus continuera.Il faut résoudre le problème dans l’Eglise, mais, en résolvant le problème dans l’Eglise par une prise de conscience, nous contribuerons à le résoudre dans la société, dans les familles, où la honte fait que l’on couvre tout. »

Officiellement, dans le jargon traditionnel, la réunion des présidents des conférences épiscopales convoquée fin février par le pape a pour ambition d’élaborer « des protocoles pour aller de l’avant », une sorte de « catéchèse » sur ce thème d’une particulière gravité et d’une grande ampleur. C’est que, confie le pape, « parfois les évêques ne savent pas quoi faire ». A eux de « prendre conscience du drame » car, assure par ailleurs le Souverain Pontife, « la souffrance est terrible ».

Une interdiction millénaire

Et puis l’immanquable corollaire. Interrogé sur un possible assouplissement des règles sur le célibat des prêtres, le pape François a clairement rejeté fermement toute remise en cause générale de cette pratique en vigueur dans le catholicisme romain. « Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Eglise. Deuxièmement, je ne suis pas d’accord pour permettre que le célibat soit optionnel. Non », a déclaré le pape. Et puis, néanmoins, une brèche dans cette muraille théologique.  Il a, nous dit l’AFP, néanmoins envisagé « quelques possibilités pour des endroits très reculés » comme les îles du Pacifique ou l’Amazonie (sic), quand « il y a une nécessité pastorale ». « C’est une chose en discussion avec les théologiens, ce n’est pas ma décision ».

 On sait que le rite romain, observé par l’immense majorité des catholiques, rejette complètement cette possibilité depuis le XIe siècle (et ce alors même qu’auparavant les prêtres ont, pendant des siècles)  pu être mariés. « Les textes bibliques indiquent d’ailleurs que l’apôtre Pierre, dont le pape est officiellement le successeur, avait une belle-mère » observe l’AFP.

En mars 2017, le pape François avait publiquement annoncé « réfléchir » à la possibilité d’ordonner des  viri probati – des hommes mariés d’âge mûr impliqués dans l’Eglise –, excluant donc cette ouverture pour les jeunes hommes, et bien sûr les femmes. L’hypothèse de ces ordinations sera à l’ordre du jour du prochain synode en octobre dédié à l’Amazonie, immense territoire latino-américain souffrant d’un manque de prêtres autochtones.

Réduction des risques

Mais le pape argentin a, dans son avion, confirmé son rejet de la fin du célibat – et ce en citant une phrase de son prédécesseur Paul VI (« Je préfère donner ma vie que de changer la loi du célibat »). Il y a quelques mois, une proposition de l’épiscopat belge de permettre à certains jeunes hommes mariés de devenir prêtres n’a eu aucune suite. Quant à l’Eglise catholique allemande, elle prie pour une discussion en son sein sur le célibat – et ce non pas en raison de la crise des vocations, mais bien après la révélation d’agressions sexuelles sur des milliers d’enfants pendant des décennies.

Et l’AFP de signaler qu’un récent rapport commandé par l’Eglise allemande sur ces sévices sexuels commis par des membres du clergé (entre 1946 et 2014) a identifié le « célibat des prêtres » comme l’une des possibles causes (indirectes) de ces agressions. Où l’on regrette de ne pas connaître la bibliographie des travaux médicaux et scientifiques, épidémiologiques et théologiques qui, sans nul doute, ont, depuis un millénaire, dû être menés sur un sujet d’une telle gravité. Un sujet désormais indissociable d’une politique de réduction des risques.

A demain

@jynau

 

 

 

Rumeurs de grippe sur Orléans : six morts, dont deux soignants, dans une bouffée épidémique?

Bonjour

Comme un léger flottement question communication. Au départ une révélation de La République du Centre datée du 26 janvier : un patient de l’Ehpad Les Ombrages (80 places) au centre hospitalier régional d’Orléans-La Source. Une mort liée à l’épidémie de grippe qui a déjà causé la mort de cinq personnes cette fin de semaine. Information confirmée par Edwige Rivoire, directrice générale de l’Ugecam Centre (qui gère les établissements de santé de l’Assurance Maladie).

Et le quotidien régional d’ajouter « qu’au moins » deux salariés d’un centre de soins voisin de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret) sont décédés à leur domicile le 24 janvier « vraisemblablement » suite à un « syndrome grippal ». Selon un communiqué de l’Agence régionale de santé Centre Val de Loire, « deux personnes salariées du CRF des Coteaux à la Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret) sont décédées le 24 janvier 2019 à leur domicile. Elles étaient en arrêt maladie pour ‘syndrome grippal’.»

« On en est six décès : trois résidents dans le courant du mois de janvier, un quatrième résident dont on a eu connaissance le 26 janvier et deux cette semaine parmi le personnel soignant », a expliqué un porte-parole de l’ARS. Les sexes et les âges des victimes n’ont pas été communiqués mais l’ARS précise que les trois résidents décédés dans le courant du mois de janvier « avaient plus de 90 ans ». « Il y a une mesure de confinement. Personne ne sort de l’établissement sans qu’on ait bien pris en compte les traitements qui doivent être faits : distribution de masque, rappel des règles hygiéniques, message de prévention de la vaccination », a ajouté cette source.

On recense actuellement 78 résidents l’Ehpad, situé à cinq km du centre-ville d’Orléans. Dans la même enceinte se trouve aussi un centre de rééducation qui accueille actuellement 81 patients. « Cet épisode nous rappelle toute l’importance qu’il y a à se vacciner, d’autant plus quand on est dans des établissements où on a beaucoup de contacts » a déclaré sur Europe 1 Christophe Lugnot, chef de cabinet adjoint de l’ARS Centre Val de Loire. Et d’oublier de préciser qui, parmi les victimes était ou non vacciné. Sans indiquer, non plus, si la cause unique des décès est bien la conséquence d’une infection grippale. Sans préciser quelle a été la politique suivie dans ec domaine vis-à-vis des résidents et vis-à-vis des soignants. Comme un flottement.

A demain

@jynau

« Trois nouveaux cas » : l’affaire désormais sans fin, dans les médias, des bébés nés sans bras

Bonjour

Cette fois l’information est à découvrir en exclusivité dans Le Parisien : « Bébés nés sans bras : une nouvelle affaire dans les Bouches-du-Rhône » (Marc Payet avec E.M.).  Où l’on apprend l’existence de « trois nouveaux cas »  de « bébés sans bras ». Où l’on retrouve aussi Emmanuelle Amar, « lanceuse d’alerte » fortement médiatisée dont l’action et les démêlés avec les autorités sanitaires sont au cœur de cette nouvelle affaire sanitaire.

« Selon nos informations, il s’agit bien ‘’d’un cas groupé’’, encore appelé cluster. En effet, la survenue de trois malformations de ce type dites « agénésie transverse des membres supérieurs » (ATMS), à quelques kilomètres de distance, et en peu de temps, est supérieure statistiquement à ce qui devrait survenir, selon les données de la littérature scientifique, explique Le Parisien. Ce que confirme Emmanuelle Amar, la première à avoir révélé l’affaire des bébés sans bras dans l’Ain, grâce à une enquête du Registre d’étude des malformations en Rhône-Alpes (Remera) dont elle est la directrice. Il s’agit de trois petites filles, nées en juin, août, novembre 2016, dans un rayon de 30 km autour de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) à Salon de Provence, Septèmes-les-Vallons, à Gignac-la-Nerthe ».

Point notable : ce sont les familles elles-mêmes qui ont lancé l’alerte. « Les données ont été transmises à Santé Publique France », explique Emmanuelle Amar. Interrogé par Le Parisien dans la soirée du 20 janvier le ministère de la Santé explique que « de la même manière que des enquêtes ont été diligentées dans L’Ain, le Morbihan et en Loire-Atlantique, tous les nouveaux clusters doivent être investigués sur la base d’informations concordantes, suivant une méthodologie précise, et permettant d’en tirer des conclusions scientifiques ». Et d’assurer au quotidien qu’Agnès Buzyn  suit de « près le dossier » et insiste sur « l’accompagnement des familles ».

Etang de Berre et Yannick Jadot.

 Autre point notable : dans les Bouches-du-Rhône, les parents des trois enfants vivent tous à proximité de sites industriels polluants et pollués. « J’ai regardé les dossiers. Effectivement, les cas apparaissent autour de l’Etang de Berre, dans une zone qui est connue pour être très polluée, avec des risques pour la santé. Cela mérite une enquête plus approfondie pour comprendre ce qui s’est passé », explique le Dr Annie Lévy-Mozziconacci, généticienne, responsable du centre de médecine fœtale de l’hôpital-Nord, et conseillère municipale PS à Marseille. Pour l’heure, en toute rigueur et n’en déplaise à l’écologiste Yannick Jadot aucun lien de causalité n’a été démontré.

Dernier point à souligner, en dépit du suivi rapproché du dossier parAgnès Buzyn : le retard pris par les autorités sanitaires. Une enquête nationale a été lancée par les autorités sanitaires, dont les premières conclusions doivent être divulguées fin janvier. Mais selon les informations du Parisien, alors que plusieurs médecins épidémiologistes de Sante Publique France tentent de déterminer, département par département, combien de « bébés sans bras » naissent chaque année  le « Comité scientifique » et le « Comité d’orientation et d’information » annoncés le 29 octobre 2018 n’ont toujours pas été constitués.

Que conclure ? On peut, pour saisir la complexité du sujet, se reporter à la publication signée, dans Le Revue du Praticien 1, par l’épidémiologiste Catherine Hill connue pour sa liberté d’expression et ses engagements citoyens au service de la santé publique. Mme Hill s’est notamment penchée sur les données du réseau européen de surveillance des anomalies congénitales « Eurocat » qui  rassemble les données de cinquante-et-un registres couvrant 1,7 million de naissances par an.

« Au total, 165 clusters ont été identifiés dans Eurocat, sans qu’aucune cause n’ait jamais été identifiée, résume-t-elle en reprenant les conclusions d’une publication spécialisée 2.  Les auteurs recommandent que la stratégie des autorités vis-à-vis de ces clusters soit proactive et transparente plutôt que d’attendre pour réagir et faire des investigations que des clusters soient identifiés par le public et les médias. Les autorités françaises ont fait exactement le contraire. »

Il reste encore à comprendre pourquoi.

A demain

@jynau

1 Hill C.  Agrégation dans le temps et dans l’espace de naissances d’enfants sans avant-bras. La Revue du Praticien 2018 ;68.

2 Dolk H, Loane M, Teljeur C, et al. Detection and investigation of temporal clusters of congenital anomaly in Europe : seven years of experience of the EUROCAT surveillance system. Eur J Epidemiol 2015;30:1153-64.