«Confinement renforcé dans la durée» : la demande du Conseil scientifique au gouvernement

Bonjour

07/03/2020. C’est un document d’une grande importance : le gouvernement vient enfin de rendre public le dernier avis en date des membres du Conseil scientifique 1 : « COVID-19, 2 avril 2020 Etat des lieux du confinement et critères de sortie ». Un texte remis au gouvernement il y a cinq jours. C’est une analyse documentée, large et édifiante sur laquelle nous reviendrons et qui soulève bien des questions auxquelles devra répondre l’exécutif.

Cœur du sujet et du questionnement : Sur quels critères baser la sortie du confinement ? Réponse du Conseil au gouvernement (nous soulignons) :

« Tout d’abord, le Conseil scientifique tient à clarifier que la sortie du confinement ne signifie pas que toutes les mesures de contrôle contre covid19 seront levées. La sortie du confinement vise à remplacer le confinement par des stratégies de contrôle de l’épidémie plus facilement supportables et moins couteuses pour la société française. Ces mesures resteront néanmoins fortes. Elles seront amenées à évoluer en fonction de la situation épidémiologique et le cas échéant des avancées de la recherche. Un avis détaillant les stratégies de contrôle pouvant être considérées après le confinement paraîtra prochainement. La sortie du confinement peut être décidée en considérant trois éléments distincts.

· L’objectif à court terme du confinement était de soulager les services de réanimation français, en réduisant le nombre de formes graves nécessitant un séjour en service de réanimation. Avant d’envisager une sortie du confinement, le gouvernement devra s’assurer que l’objectif de l’intervention est atteint. Cette décision pourra être prise sur la base d’indicateurs épidémiologiques indiquant notamment que la saturation des services hospitaliers, et des services de réanimation en particulier, est jugulée. Les équipes de soignants devront également bénéficier d’une période suffisante pour récupérer de l’effort considérable fourni pendant les semaines qui viennent de s’écouler, et les stocks de matériel, traitements spécifiques à la réanimation, et équipement de protection devront être reconstitués.

· Ensuite, le confinement devrait conduire à une réduction du nombre de cas Covid19 sur le territoire national. Idéalement, cette réduction devra être suffisamment importante pour que la détection des nouveaux cas de façon systématique redevienne possible. (….)

· Enfin, le gouvernement devra s’assurer que les éléments d’une stratégie post-confinement seront opérationnels, incluant notamment : – le choix des mesures de distanciation sociale qui seront maintenues pendant la période de post-confinement ; – la disponibilité des protections matérielles comme les gels hydro-alcooliques et les masques à l’usage des personnels soignants, des personnes en situation d’exposition au virus en priorité, puis à l’ensemble de la population, comme en Asie. – des capacités hospitalières et de médecine de ville restaurées dans les régions qui ont été les plus touchées ; – un système de surveillance épidémiologique opérationnel pour les indicateurs les plus sensibles comme le nombre de nouveaux cas sur le territoire national et dans les lieux à risque d’épidémie; – des capacités de diagnostic rapide d’infection aiguë et de rendu des résultats aux patients avec transfert des données en temps réel aux systèmes de surveillance épidémiologique ; – de nouveaux outils numériques permettant de renforcer l’efficacité du contrôle sanitaire de l’épidémie; – des modalités d’isolement des cas et de leurs contacts adaptées au contexte personnel ; – la protection des personnes vulnérables et susceptibles de faire des formes graves de la maladie ; – la protection des populations les plus à risque d’épidémie du fait de leur situation d’habitat (ex : migrants, prisons, personnes en institution) ; – Une politique de contrôle aux frontières ; –

« Se rajouteront éventuellement des traitements efficaces contre le virus, ou à plus long terme un vaccin, qui pourraient bien entendu modifier considérablement ces stratégies. La participation de l’immunité collective au contrôle de l’épidémie n’est pour l’instant pas prise en compte, dans la mesure où elle est très vraisemblablement inférieure à 15%, y compris dans les zones les plus touchées par la première vague de l’épidémie.

Enfin le Conseil scientifique souligne un point essentiel : « La réflexion sur la sortie du confinement, les stratégies post-confinement sont nécessaires. La priorité demeure cependant la poursuite d’un confinement renforcé dans la durée ».

A demain @jynau

1 Membres du Conseil scientifique : Jean-François Delfraissy, Président Daniel Benamouzig, Sociologue Lila Bouadma, Réanimatrice Jean-Laurent Casanova, Immunologie/Pédiatrie Simon Cauchemez, Modélisateur Franck Chauvin, Haut Conseil de la Santé Publique Pierre Louis Druais, Médecine de Ville Laetitia Atlani Duault, Anthropologue Arnaud Fontanet, Epidémiologiste Marie-Aleth Grard, Milieu associatif Bruno Lina, Virologue Denis Malvy, Infectiologue Yazdan Yazdanapanah, Infectiologue Correspondant Santé Publique France : Jean-Claude Desenclos En présence de d’un membres en attente de nomination : Aymeril Hoang, Spécialiste des nouvelles technologies

A qui faut-il demander quand, et comment, nous serons-nous tous totalement déconfinés ?

Bonjour

07/04/2020 Hier encore inconnu, désormais omniprésent, le mot brûle les lèvres de l’exécutif.  Interviewé une fois encore par Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré «Le confinement durera aussi longtemps qu’il sera nécessaire qu’il dure». «C’est à chacun de nous, dans notre comportement quotidien, d’être capable de comprendre qu’en restant chez nous on sauve des vies. Nous devons être patients. Notre patience sauve des vies».

Interrogé sur un probable prolongement de ce confinement, le ministre a répondu : «Ce n’est pas à moi de vous apporter [cette réponse] et je n’ai pas encore la totalité des informations permettant au président de trancher. Vous aurez la réponse rapidement». Puis, face à l’insistance du journaliste, le ministre a déclaré qu’il y aurait «peut-être» une intervention «dans la semaine» du président de la République, du Premier ministre «ou des deux» lors de laquelle la question de la durée du confinement pourrait être abordée.

«Il ne faut pas trop parler du déconfinement, sinon on a l’impression que c’est fini. Nous sommes encore en phase d’aggravation. (…) Il est trop tôt pour parler du déconfinement», a par ailleurs insisté Olivier Véran, qui a cependant rapidement évoqué la cellule chargée «d’étudier toutes les pistes, toutes les solutions» créée au sein de son ministère et dirigée par Jean Castex. C’est ici la troisième structure scientifique crée en quelques semaines et en charge de conseiller l’exécutif  sur des sujets essentiels.

 » C’est un couteau suisse !  »

Les Français vont ainsi, après les Prs Jean-François Delfraissy et Jérôme Salomon, apprendre à découvrir Jean Castex devenu « Mr Déconfinement » : énarque, 54 ans, passé par la Cour des comptes et dernièrement réélu triomphalement maire LR de Prades (Pyrénées-Orientales) quand la France n’était pas encore confinée comme elle l’est désormais. .«Un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d’efficacité», l’a encensé Édouard Philippe. « Jean Castex est un roc, un grand serviteur de l’État qui connaît le monde de la santé sur le bout des doigts » (Gilles Boyer, député européen).

« Depuis longtemps, Jean Castex, un intime d’Alexis Kohler, le plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron à l’Élysée, entretient aussi de solides liens d’amitié avec l’entourage du Premier ministre: son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas, l’adjoint de celui-ci Thomas Fatome ou encore le complice de toujours Gilles Boyer » observe Le Figaro (Marion Mourgue).  «C’est un couteau suisse!», salue Xavier Bertrand qui l’a repéré il y a quinze ans sur les conseils de Philippe Douste-Blazy. 

« Quelques années plus tard, c’est au tour d’Emmanuel Macron de le repérer. Le chef de l’État, qui le reçoit en octobre 2018, songe très sérieusement à Jean Castex pour le ministère de l’Intérieur, croit savoir Le Figaro. Le poste lui échappe de peu: certains ténors de la majorité s’y opposent, voyant en l’élu LR la main invisible de Nicolas Sarkozy. En 2010, l’ancien chef de l’État l’avait choisi comme conseiller aux affaires sociales, en remplacement de Raymond Soubie, puis comme secrétaire général adjoint de l’Élysée. »

Emmanuel Macron avait aussi pensé à ce haut fonctionnaire pour prendre la tête de la SNCF. Il l’avait finalement choisi pour organiser les Jeux olympiques de 2024. Si l’on osait nous dirions qu’il lui reste encore quelques haies à sauter.

A demain @jynau

A lire, sur Slate.fr : « À quoi ressemblera le grand déconfinement ? Pour lever le confinement, les expert·es ne disposent d’aucune certitude. Aussi le gouvernement est-il confronté à une situation sans précédent, à très haut risque sanitaire et politique ».

« Coviplasm » : l’espoir de la transfusion de plasma de patients convalescents à des malades

Bonjour

05/04/2020.L’hydroxychloroquine, et après ? Voici une perspective thérapeutique que les médias généralistes n’ont pas encore beaucoup parlé. C’est, en France, un essai clinique original : la transfusion de plasma de patients guéris du Covid-19 à des patients souffrant du Covid-19. Postulat schématique :  le plasma des personnes qui ont guéri du Covid-19 contient des anticorps spécifiques que leur organisme a développés ; ces anticorps, transfusés, pourraient aider les patients en phase aiguë de la maladie à lutter contre le virus.

Receveurs. Soixante malades seront inclus dans l’essai clinique « Coviplasm » organisé dans différents hôpitaux de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. La moitié d’entre eux recevra un apport en « plasma-convalescent ». Deux unités de plasma de patient convalescent de 200 à 220 ml chacune seront transfusées au jour 6 (+/- 1 jour) après le début des symptômes cliniques. En l’absence d’événements indésirables aigus et imprévus chez les trois premiers patients, deux unités seront transfusées 24 heures après les deux premières, soit un total de quatre unités par patient.

Donneurs. Ils devront être guéris depuis au moins 14 jours. Le prélèvement se fera comme habituellement pour les dons de plasma par plasmaphérèse. Les prélèvements ciblés par l’Etablissement Français du Sang (EFS) débuteront le mardi 7 avril dans trois régions (Ile-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté) chez les premiers malades français guéris du Covid-19. Les patients guéris du Covid-19 seront ainsi invités personnellement à donner leur plasma à l’EFS, unique collecteur de sang en France. Ce dernier prélèvera 600 ml de plasma chez près de 200 patients guéris, permettant ainsi la mise à disposition de 600 unités de 200 ml de plasma pour l’essai clinique chez les malades.

Cet essai clinique est mené sous la direction du Pr Karine LACOMBE, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP) et le Pr Pierre Tiberghien (EFS, Université de Franche Comté). « Une première évaluation pourra être rendue deux à trois semaines après le début de l’essai clinique, précise-t-on auprès de l’EFS. En fonction de l’efficacité du traitement et de l’absence d’apparition d’effets secondaires délétères, l’essai clinique pourra être élargi à un nouveau groupe de patients. »

 Plus largement l’EFS va mener, avec l’Institut Pasteur, dans des études de séroprévalence qui permettront de suivre l’immunité collective contre le coronavirus. En recherchant la présence d’anticorps contre le virus dans un échantillon représentatif des donneurs de sang venant faire un don pendant une période précise, il sera possible d’obtenir une image de la propagation du virus en France. Précision : ces test seront réalisé de manière aléatoire et il n’est pas prévu que les résultats individuels soient communiqués aux donneurs. On est en droit de se demander pourquoi.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement cèdera-t-il aux nouvelles pressions médicales?

Bonjour

04/04/2020. C’est une nouvelle étape, médicale, pharmaceutique et politique. Lancé par l’ex-ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy un appel de personnalités médicales demandant aux autorités sanitaires d’assouplir d’urgence les possibilités de prescription d’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Un appel peu banal réunissant des personnalités que rien, jusqu’ici, ne réunissait hormis le titre de docteur en médecine 1. Un appel relayé par une pétition baptisée «#NePerdonsPlusDeTemps», qui a recueilli en quelques heures plusieurs dizaines de milliers de signatures soutiens sur la plateforme Change.org. Extraits de cet appel :

« Nous vivons une crise sanitaire mondiale d’une grande ampleur et notre pays est fortement frappé par la vague épidémique de Covid-19. Chaque jour, nous déplorons de nombreux décès. Contre cette maladie, nous ne disposons ni de vaccins, ni de traitement antiviral même si les données scientifiques actuelles sont parcellaires et discordantes.

« Des données chinoises récentes ont suggéré l’efficacité de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine au laboratoire et chez les malades. Une étude publiée par Chen et coll. (Efficacy of hydroxychloroquine in patients with Covid-19 : results of a randomized clinical trial) montre l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez les malades atteints par le Covid-19 souffrant de pneumonie moyennement sévère ; les quelques patients qui se sont aggravés ne recevaient pas le traitement.

« Des cartes publiées par Santé Publique France montrent un taux de mortalité chez les personnes hospitalisées beaucoup plus faible à Marseille que dans le reste du territoire. Au vu des données scientifiques internationales ainsi que des expériences de terrain remontant de médecins au contact direct de l’infection et en l’attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, les autorités italiennes, puis américaines ont pris, dans ce domaine, des décisions thérapeutiques hardies (…).

« Le 29 mars, après avis favorable de la FDA (agence américaine du médicament), le ministère de la santé des Etats-Unis d’Amérique (US Department of HHS) a décidé de mettre de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine à la disposition des pharmacies hospitalières sur l’ensemble du territoire fédéral. Le Gouvernement américain utilisera sa réserve stratégique faite de millions de traitements constitués depuis plusieurs semaines.

«  Dès maintenant, la FDA autorise tous les médecins hospitaliers américains à prescrire ces deux médicaments y compris en dehors d’essais thérapeutiques. Elle demande, comme en Italie, que toutes les données médicales des malades traités soient collectées afin de les analyser. Le Portugal vient de recommander ces traitements pour les cas de Covid-19 avec pneumonie (…).

« En attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, dans la situation aigüe que nous connaissons, de plus en plus de médecins pensent que cette stratégie s’impose, conforme à leur serment d’Hippocrate, de traiter leurs malades en leur âme et conscience. »

Que doit faire le pouvoir sanitaire exécutif ?

Les signataires ajoutent que le gouvernement français a pris un décret (n° 2020/337 du 26 mars 2020) qui  ne permet l’utilisation de l’hydroxychloroquine (Plaquenil de Sanofi) qu’ « après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut-Conseil de la Santé Publique et, en particulier de l’indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe ».

Selon eux, à ce stade trop tardif de la maladie, ce traitement risque d’être inefficace. « Si l’efficacité de l’hydroxychloroquine se confirme, il faudra rapidement ouvrir le protocole aux médecins libéraux pour éviter la saturation des hôpitaux » ajoutent-ils encore. Conclusion :

« Nous demandons donc au Premier ministre et à son Ministre de la Santé  de modifier d’urgence ce décret et de mettre à disposition immédiate dans toutes les pharmacies hospitalières de l’hydroxychloroquine ou, à défaut, de la chloroquine pour que chaque médecin hospitalier puisse en prescrire à tous les malades atteints de forme symptomatiques de l’affection à Covid-19, particulièrement à ceux atteints de troubles pulmonaires si leur état le requiert.  Nous appelons l’Etat à effectuer des réserves ou des commandes d’hydroxychloroquine afin que, si l’efficacité se confirmait dans les prochains jours, nous ne soyons pas en manque de traitement. »

Olivier Véran a expliqué à plusieurs reprises ces derniers jours pourquoi il avait pris ce décret (qui reprend les recommandations alambiquées du Haut Conseil de Santé publique. Va-t-il, sous la pression de cet appel, céder ? Si oui comment ne pas voir que de nouvelles demandes d’élargissement seront aussitôt formulées (à commencer par les prescriptions de ville) – et ce toujours en l’absence de certitudes scientifiques.

Que peut, que doit, dans une telle situation, faire le pouvoir sanitaire exécutif ? Saisir ses deux Conseils scientifiques ? Le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

1 Pr. Philippe Douste-Blazy, Professeur de santé publique et d’épidémiologie, ancien Ministre de la Santé ; Pr. Christian Perronne, Chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches ; Dr. Michèle Barzach, ancienne Ministre de la Santé ; Pr. Isabelle Bourgault Villada, Professeur de dermatologie à l’hôpital Ambroise Paré ; Pr. François Bricaire, ancien Chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Marc Gentilini, Professeur de parasitologie, de santé publique et de clinique des maladies infectieuses, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Olivier Goulet, Professeur de pédiatrie de l’hôpital Necker ; Pr. Jacques Marescaux, Président Fondateur de l’IRCAD, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Catherine Neuwirth, Professeur de microbiologie au CHU de Dijon ; Dr. Patrick Pelloux, Président de l’Association des médecins urgentistes de France ; Pr. Paul Trouillas, Professeur de neurologie au CHU de Lyon ; Dr. Martine Wonner, psychiatre, députée LREM du Bas Rhin.

L’inexcusable «corrélation» du préfet de Police de Paris entre le confinement et la réanimation

Bonjour

04/04/2020. Il ne s’agissait nullement, ici, d’un lapsus. Comment le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a-t-il pu s’exprimer ainsi, déclenchant en un instant autant de réactions justement indignées ?

« Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté, c’est très simple, il y a une corrélation très simple », a-t-il déclaré lors d’un point presse sur un contrôle routier pour dissuader les départs en vacances.

Ces propos ont aussitôt provoqué un début de polémique le contraignant, phénomène sans précédent, à s’excuser par deux fois : dans un communiqué et en direct lors d’une courte allocution. « Au-delà de l’inexactitude c’est une erreur et je la regrette à plusieurs titres. D’abord parce que je sais avoir heurté de nombreuses personnes qui ont des proches en réanimation ou qui ont perdu récemment l’un des leurs. Je n’avais pas l’intention de rajouter la culpabilité à leur peine », a-t-il ainsi déclaré. 

Puis il rappelé le « courage » des « citoyens exposés à cette maladie » : soignants, sapeurs-pompiers, policiers, gendarmes, services publics, caissiers, employés de commerce, routiers, taxis… « Je veux leur dire à tous mon profond respect. (…) Ce qui compte c’est l’unité nationale », a précisé celui dont certains responsables politiques ont aussitôt réclamé la démission.

Le corollaire et la corrélation

Sur BFMTV, le Pr Frédéric Adnet, du Samu de Seine-Saint-Denis : .« Je n’ai pas de mots (…) Insulter, traiter les malades qui sont en danger de mort de délinquance c’est vraiment un scandale».

Plusieurs élus de la France Insoumise ont aussi rapidement pris la parole dont le président Jean-Luc Mélenchon : « L’état d’urgence sanitaire ne doit pas avoir ce visage insultant. Les gens doivent être respectés! » Toujours à gauche, le premier secrétaire du Parti socialiste, a évoqué des « propos absolument scandaleux ».

A l’autre extrémité,  Marine Le Pen a qualifié ces propos de « totalement stupides (…) de surcroît d’une froideur et d’une méchanceté qui donnent la nausée ». Non loin d’elle, Nicolas Dupont-Aignant, président de Debout La France : « Les personnes en réanimation luttent contre la mort, elles ont souvent attrapé le coronavirus avant le confinement ou pendant leur travail car l’État ne leur a pas fourni de masques (soignants, policiers, salariés…). Je demande la démission du Préfet ».

Jusqu’au sein des députés LREM et apparentés, les propos du préfet ont choqué. L’élue des Hauts-de-Seine, Laurianne Rossi, évoque des « jugements moraux à répétition et la culpabilisation des Français » ; Aurélien Tâché, député de la majorité dans le Val-d’Oise, estime que le préfet de police, « aux méthodes très contestables et contestées » est à nouveau « sorti de son devoir de réserve ». 

Enfin, pour l’ancien député LREM, Matthieu Orphelin, toujours proche de la majorité, la déclaration préfectorale est à la fois « lamentable et grave ». Corollaire, sinon simple corrélation : « Il doit lui-même en tirer les conclusions qui s’imposent ».

A demain @jynau

Le pouvoir exécutif va-t-il bientôt rendre obligatoire le port du masque «grand public» ?

Bonjour

03/04/2020. C’est une prescription qui devrait faire du bruit : le port du masque devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement mais aussi lors de sa levée. Prescription-recommandation de l’Académie nationale de médecine (qui a dû fermer son siège, rue Bonaparte, à Paris mais qui continue de publier en ligne des avis, communiqués et prises de position sur son site).

On sait que des personnes en période d’incubation (ou en état de portage asymptomatique) excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. Aussi, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population française constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur.

Recommandations officielles de l’Académie nationale de médecine :

–  en situation de pénurie de masques, que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ;

– en phase de décroissance de la courbe épidémique, avec décision de levée du confinement à domicile de la population. Cette levée du confinement doit s’accompagner d’un maintien des mesures barrières actuellement préconisées jusqu’au contrôle de la circulation du virus attesté par l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Dans le cadre de cette levée du confinement, le port obligatoire d’un masque « grand public » ou « alternatif » par la population devrait être maintenu

Masque « grand public » ? Les indications pratiques pour la fabrication d’un tel masque doivent être « largement portées à la connaissance de la population » recommande encore l’Académie. Qui renvoie vers des tutoriels vidéo en ligne, comme celui pédagogique, de la Société française des sciences de la stérilisation.

Puis l’Académie va plus loin :

 « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. »

En France, conclut-elle, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. Et d’ajouter : la pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » ou « alternatif ».

 Prendre le temps de les confectionner durant le confinement. Avant que leur port ne soit rendu obligatoire par le gouvernement ?  

A demain @jynau

La justice va-t-elle condamner des soignants contaminés qui continuent à travailler ?

Bonjour

02/04/2020. Paradoxes, justice et réduction des risques. Ces sont des informations de l’Agence France Presse reprises par les médias généralistes. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, a annoncé jeudi 2 avril avoir saisi les procureurs de Pau et Bayonne du cas de deux soignants soupçonnés d’avoir poursuivi leurs activités tout en se sachant contaminés par le Covid-19.

Dans le Béarn, «c’est un professionnel du corps paramédical», ni médecin ni infirmier, qui est soupçonné d’avoir exercé en faisant fi du virus, a précisé à l’AFP Cécile Gensac, procureure de la République à Pau. Ce soignant, qui exerce «dans l’agglomération paloise», fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet palois, «pour de premières vérifications».

Au Pays basque, le procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier, a été saisi au sujet d’un médecin généraliste qui exerçait dans son cabinet, à Boucau (8300 habitants). «Le signalement fait par le préfet il y a environ une semaine stipule qu’il aurait continué d’exercer après avoir été testé positif au Covid-19», a précisé le procureur. Le mis en cause, le Dr Gilles Lassabe, accusé par un courrier de l’Agence régionale de santé (ARS) de «mise en danger de la vie d’autrui», se dit «choqué» et affirme avoir «fait tout ce qu’il fallait», dans le respect des règles sanitaires.

Il lui est notamment reproché d’avoir fait campagne aux élections municipales, alors même qu’il avait été diagnostiqué Covid+. Testé le 11 mars à l’hôpital de Bayonne, le médecin de Boucau sera déclaré positif deux jours après. Depuis, le maire du Boucau Francis Gonzalez, ainsi qu’un adjoint, sont en réanimation dans le service spécialisé du centre hospitalier de la Côte basque. Dix autres de ses colistiers ont été contaminés et sont (ou ont été) en confinement. Après ses 14 jours d’arrêt, le Dr Lassabe a repris ses activités. «Je suis indigné de ces lettres malveillantes destinées à nuire, dans cette période électorale», a-t-il déclaré à l’AFP.

Une enquête préliminaire, confiée à la gendarmerie de Bayonne, a été ouverte. L’Ordre des médecins a aussi été avisé. Le gouvernement va-t-il saisir, sur le fond, le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau