Face à l’épidémie de punaises de lit : les bras croisés de la Direction générale de la Santé

Bonjour

C’est un superbe dossier de notre temps, à la frontière de l’exécutif et du sanitaire, de l’entomologie et de l’écologie. C’est aussi une affaire qui, étrangement, voit les services d’Agnès Buzyn rester comme étrangers à un sujet on ne peut plus politique. Comment la ministre des Solidarités et de la Santé ne perçoit-elle pas l’importance qu’elle se doit d’accorder à ce sujet ?  

A lire sur Slate.fr : « Les punaises de lit nous envahissent et le gouvernement ne fait rien »

A demain @jynau

Justice et santé publique : étrange épidémie de «non-lieux» dans le scandale de l’amiante

Bonjour

Un vrai scandale peut-il en cacher deux autres ?

Scandale de l’amiante»: c’est ainsi que l’on désigne, en France, le délai qui a existé entre la découverte des effets sanitaires délétères de l’exposition humaine à ce matériau isolant et l’action préventive des autorités sanitaires et politiques. Ce laps de temps, qui apparaît aujourd’hui proprement invraisemblable, s’étale approximativement du milieu des années 1970 à la fin des années 1990 1.

À l’époque, le concept de lanceur d’alerte n’existait pas, pas plus que celui de démocratie sanitaire. À l’époque, les médias généralistes étaient rarement en situation de dénoncer l’action des lobbies. À l’époque, les scandales sanitaires qui devaient suivre –à commencer par les affaires du sang contaminé– n’avaient pas encore conduit à théoriser la dissociation entre l’évaluation médico-scientifique du risque et la gestion politique de ce dernier. À l’époque, enfin, on était à cent mille coudées d’imaginer que l’on inscrirait un jour le principe de précaution au sein de la Constitution.

Depuis 1998, soit un an après l’interdiction de l’usage de l’amiante en France, le Programme national de surveillance des mésothéliomes pleuraux (PNSM) fournit des données chiffrées aidant à prendre progressivement la mesure de l’ampleur du scandale passé. Vingt ans plus tard, fin juin 2019, Santé publique France a dévoilé un rapport revenant sur ces vingt années de surveillance, qui confirme malheureusement que l’exposition à l’amiante demeure et demeurera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique, une forme de tragédie nécessitant le maintien de la surveillance et le renforcement des actions de prévention.

«On estime aujourd’hui que 1.100 nouveaux cas de mésothéliome surviennent annuellement en France. L’augmentation est plus marquée chez les femmes, avec un doublement des cas en vingt ans pour atteindre 310 cas par an. La proportion des personnes atteintes de mésothéliome pleural ayant exercé une activité dans le secteur du BTP est en augmentation constante depuis 1998, pour atteindre 50% en 2016. Une exposition professionnelle à l’amiante est retrouvée de manière probable ou très probable pour 97% d’entre eux.»»

Deuxième scandale

Les maladies générées par l’exposition professionnelle à l’amiante sont inscrites aux tableaux des maladies professionnelles du régime d’assurance-maladie des salarié·es comme des exploitant·es agricoles. Et depuis 2002, toute personne victime des effets de l’amiante peut également obtenir une indemnisation auprès du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA).

Or, et l’on peut voir là un deuxième scandale, les données du PNSM indiquent que le recours à ces dispositifs est encore loin d’être systématique. Ainsi, entre 2005 et 2017, plus d’une personne sur quatre atteinte de mésothéliome et affiliée au régime général de sécurité sociale n’avait entrepris aucune démarche de reconnaissance en maladie professionnelle, pas plus qu’elle n’avait sollicité le FIVA. Une telle situation est d’autant moins compréhensible que le mésothéliome est une pathologie spécifique et que l’établissement d’un tel diagnostic devrait aussitôt conduire à une prise en charge adaptée.

C’est dans ce contexte que l’on découvre la nouvelle dimension, judiciaire, de l’affaire. « En moins d’une semaine, les magistrats instructeurs du Pôle de santé publique de Paris chargés des dossiers d’exposition à l’amiante viennent d’ordonner deux non-lieux généraux dans des affaires vieilles de vingt-trois ans liées à cette fibre tueuse, reconnue cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 1973 » résume Le Monde (Patricia Jolly). De ce point de vue, la décision de non-lieu dans l’affaire Eternit est édifiante.

Le cas d’Eternit est hautement symbolique: l’entreprise était à la fois le premier producteur français d’amiante-ciment jusqu’à l’interdiction de la fibre et le premier producteur visé par une plainte de cette nature, déposée pour homicides et blessures involontaires par d’anciens salariés en 1996. Or, dans leur ordonnance datée du 10 juillet dernier, les juges d’instruction écrivent :

 «Compte tenu de l’impossibilité de dater l’intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l’entreprise […] et quelles réglementations s’imposaient à cette date inconnue.[…] En tout état de cause, les investigations menées au cours de l’instruction ont démontré qu’aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit».

Puis le 17 juillet dans celui de l’équipementier automobile Ferodo-Valeo de Condé-sur-Noireau (Calvados) qui impliquait cinq ex-responsables d’usine. Les personnes visées dans ces deux affaires étaient mises en examen pour « homicides et blessures involontaires ». Ces décisions s’ajoutent à d’autres, analogues, prises depuis un peu plus d’un an dans les affaires de la centrale EDF d’Arjuzanx (Landes), d’Everite-Saint-Gobain, de DCN (chantiers navals militaires), des Charbonnages de France… « Le parquet n’a jamais précisé le nombre de dossiers amiante en cours mais les associations de victimes estiment qu’il en reste une dizaine à régler » précise Le Monde..

« Véritable permis de tuer« 

Me Michel Ledoux, avocat des victimes dans les affaires Eternit et Ferodo-Valeo, prévoit que la quinzaine de dossiers toujours au Pôle Santé seront voués au même sort. « Dans la mesure où le parquet est hostile aux victimes, on s’attend à une pluie de non-lieux motivés par les mêmes arguments dans les semaines à venir, prévient-il. On peut même se demander si le fait de nous les notifier en période de vacances n’est pas une manœuvre supplémentaire pour tenter de nous faire oublier le délai de dix jours pour faire appel. » Dans un communiqué, l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) a pour sa part dénoncé un « véritable permis de tuer sans crainte de poursuites pénales » délivré par les juges.

Les motivations des ordonnances de non-lieux qui se succèdent sont de véritables copier-coller qui, tous, puisent leur argumentation dans un rapport d’expertise définitif de février 2017. Ce dernier, selon l’interprétation des magistrats, affirme l’impossibilité d’établir la date d’une éventuelle faute ayant entraîné la contamination puis l’intoxication des victimes, et donc d’imputer avec certitude la responsabilité à une personne physique.

Dans les ordonnances des 11 et 17 juillet que Le Monde a consultées, les juges estiment qu’il n’est « pas possible de déterminer a posteriori une date précise d’intoxication par les fibres d’amiante » et donc « de mettre en corrélation le dommage et les éventuelles fautes qui pourraient être imputées à des personnes qui auraient une responsabilité dans l’exposition à l’amiante subie ». Une argumentation « spécieuse » pour Me Michel Ledoux. « Ce qu’ils nous demandent pour l’amiante équivaut à sommer un fumeur d’indiquer quelle cigarette est à l’origine de son cancer bronchopulmonaire, or, pour toute substance cancérogène, mutagène et reprotoxique, on ne peut raisonner que par période d’exposition et pas d’intoxication. Il s’agit d’un processus continu », dit-il.

On peut le dire autrement : les faits sont aujourd’hui prescrits parce qu’on ne peut pas les dater précisément. « Ce que je ne comprends pas, c’est qu en datant la période de contamination, et non pas le jour précis, on doit pouvoir faire partir la prescription du dernier jour où le salarié a été exposé à l’amiante, nous a confié une magistrate particulièrement au fait des questions de santé publique. Tout le débat est de savoir si le délai de prescription des délits,  qui est aujourd’hui de sept ans (et qui était de cinq ans à l’époque)  part du dernier jour d’exposition à l’amiante ou, comme dans tous les délits dits occultes ou cachés, du jour où la toxicité du produit a été découverte. Je pense que le « parquet santé » aurait dû tenter cette analyse juridique pour faire avancer les choses en matière de délits liés à la santé publique, c’est tout de même son travail….. »

A demain @jynau

1 Voir « Le scandale de l’amiante est une bombe à retardement » Slate.fr 19 juillet 2019

Epidémie d’Ebola au Congo-Kinshasa : l’OMS décrète l’«urgence sanitaire mondiale»

Bonjour

C’est fait : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré mercredi 17 juillet que l’épidémie d’Ebola, qui sévit en République démocratique du Congo (RDC), était désormais une « urgence sanitaire mondiale ». Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué qu’il « était temps pour le monde de prendre acte » de l’épidémie. Pour autant il a recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes.

L’OMS  a pris sa décision après la découverte d’un cas mortel dans la deuxième ville de la RDC, Goma (un million d’habitants), située à la frontière avec le Rwanda. En juin, deux cas avaient également été détectés en Ouganda voisin. Un vaccin contre cette fièvre hémorragique existe depuis 2016 mais certaines populations locales sont réticentes et le contexte politique tendu entrave l’action de l’OMS en RDC.

À ce jour, près de 3000 agents de santé ont été vaccinés contre la maladie à Goma. Plus de 1650 personnes sont décédées au cours de la flambée actuelle, tandis que douze nouveaux cas environ sont signalés chaque jour.

La flambée restant encore limitée aux provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, la riposte est dans une phase déterminante. L’OMS évalue le risque de propagation aux provinces voisines comme étant très élevé. « En collaboration avec le Gouvernement, nous pouvons mettre un terme à cette flambée et nous y parviendrons. Nous avons des outils plus puissants que jamais pour lutter contre Ebola, y compris un vaccin efficace, a déclaré le Dr Tedros. Mais il faut que les attaques et les autres perturbations des activités de riposte cessent ».

Depuis janvier, l’OMS a compté 198 attaques dirigées contre les interventions de riposte qui se sont traduites par sept décès et ont blessé cinquante-huit agents de santé et patients. « Nous avons besoin du soutien politique de toutes les parties, et de l’investissement de la communauté, pour que les intervenants puissent travailler en toute sécurité et sans être interrompus. C’est le seul moyen d’empêcher le virus de continuer à se propager. »

Les zones des provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu touchées par Ebola se caractérisent par la  médiocrité des infrastructures, l’instabilité politique et des conflits persistants qui impliquent des dizaines de groupes de milices armées, et la défiance des communautés vis-à-vis des autorités nationales et des étrangers. 

Plusieurs milliards de dollars

En mai, le Secrétaire général des Nations Unies et le système humanitaire interinstitutions ont renforcé l’action conjointe des Nations Unies. Parmi les mesures prises figurait la nomination d’un Coordonnateur des interventions d’urgence des Nations Unies pour la lutte contre Ebola (EERC), M. David Gressly, qui est basé dans les zones touchées pour veiller à ce qu’un environnement favorable, en particulier en matière de sécurité, de logistique, de climat politique et de mobilisation communautaire, soit en place pour permettre la riposte en matière de santé publique et répondre aux préoccupations des communautés touchées. 

Mark Lowcock, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’OMS : « Si nous n’obtenons pas immédiatement des ressources financières nettement supérieures, il ne sera pas possible de mettre un terme à la flambée. Tout retard donne au virus la possibilité de se propager, ce qui a des conséquences désastreuses. Nous devons faire tout ce qui est possible aujourd’hui pour éviter d’atteindre l’ampleur de la flambée que nous avons connue en Afrique de l’Ouest il y a cinq ans, qui a coûté la vie à plus de 10 000 personnes avant qu’une riposte de plusieurs milliards de dollars permette de ramener le nombre de cas à zéro. » 

On peut le dire autrement : le combat contre Ebola est mené aux environs d’une zone envahie par des groupes armées. Et l’épidémie pourrait vite se propager au-delà des frontières de la RDC vers l’ensemble de la région. 

« L’urgence sanitaire mondiale » est une mesure exceptionnelle, qui n’a été décrétée que quatre fois seulement par l’OMS : en 2009 pour la grippe A(H1N1), en 2014 pour la poliomyélite, en 2014 (bien trop tardivement) pour une épidémie d’Ebola qui a fait plus de 11 300 morts dans trois pays d’Afrique de l’Ouest (Liberia, Guinée, Sierra Leone) et en 2016 pour le virus Zika.

Les experts du comité d’urgence, réunis à Genève ont exprimé leur « déception au sujet des retards dans le financement » de l’aide. « Il est crucial que les Etats n’utilisent pas le statut d’urgence mondiale comme excuse pour imposer des restrictions au commerce et aux déplacements qui auraient un impact négatif sur la réponse sanitaire et sur la vie de la population dans la région », a souligné le Pr Robert Steffen, chef de ce comité d’urgence. On peut voir là un appel, pressant et solennel, à l’aide.

A demain @jynau

1 Conseils aux voyageurs du gouvernement français : une épidémie de maladie à virus Ebola est déclarée depuis le 1er août 2018 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. La capitale du pays, Kinshasa, n’est pas concernée. Les zones concernées sont notamment : Alimbongo, Beni, Biena, Butembo, Goma, Kalunguta, Katwa, Kyondo, Lubero, Mabalako, Masereka, Oicha, Vuhovi, Manguredjipa (province du Nord-Kivu) ; et Mandima (province de l’Ituri).

Les localités de Bunia et Kisangani, ainsi que la frontière ougandaise demeurent sous surveillance compte tenu du risque de propagation lié aux déplacements de populations, même si l’épidémie reste pour l’heure circonscrite dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Il est recommandé de suivre les consignes de prévention suivantes :

• se tenir régulièrement informé de l’évolution de l’épidémie en consultant le compte twitter du ministère de la Santé de RDC (@MinSanteRDC), les sites Internet de l’ambassade de France en RDC et de l’OMS (http://www.who.int/csr/disease/ebola/fr/ et http://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ebola-virus-disease)

• respecter systématiquement les règles d’hygiène suivantes : http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/ebola/article/maladie-a-virus-ebola

• éviter les lieux et les événements à forte densité de population (marchés, stades, etc.)

En cas d’apparition de symptômes évocateurs de la maladie jusqu’à trois semaines après votre retour en France, cessez toute activité, isolez-vous et contactez immédiatement le SAMU-Centre 15 en signalant votre séjour et vos activités en RDC. 

Agnès Buzyn allège les règles imposées aux homosexuels pour le don de leur sang

Bonjour

L’affaire avait été annoncée fin juin par Marlène Schiappa. Agnès Buzyn vient de l’officialiser. La ministre des Solidarités et de la Santé « annonce l’évolution des conditions d’accès au don du sang pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH)». Et Agnès Buzyn de prendre soin de rappeler qu’elle avait « pris l’engagement en 2018 » de faire évoluer les conditions qui permettent aux HSH de donner leur sang ».

En pratique la ministre « a décidé de réduire de douze à quatre mois, le délai permettant de donner son sang après la dernière relation sexuelle entre hommes ». Mais seulement « à compter du 1er février 2020 ». « Cette décision est une première étape », ajoute Agnès Buzyn. La cible fixée est « l’alignement à terme des critères pour tous les donneurs, la disparition de la référence à l’orientation sexuelle au profit de la recherche d’un comportement individuel à risque ». Où l’on comprend que l’exécutif sanitaire s’éloigne progressivement des affres collectives des affaires du sang contaminé.

Il faut ici rappeler que depuis juillet 2016 les hommes peuvent donner leur sang « s’ils n’ont pas eu de relation sexuelle avec des hommes au cours des 12 derniers mois ». Ils peuvent par ailleurs donner leur plasma dans une filière spécifique « sous réserve de ne pas avoir eu plus d’un partenaire sexuel dans les quatre derniers mois ». Cette décision (obtenue au terme d’un long travail de consensus) a mis fin à l’exclusion permanente qui préexistait depuis 1983 (du fait de l’émergence de l’épidémie de sida).

L’entrée en vigueur de ces critères de sélection s’est accompagnée de mesures visant à suivre et évaluer les conséquences de cette évolution. Parmi les éléments d’évaluation, l’étude Complidon (réalisée auprès de 110 000  donneurs de sang), a établi que les critères d’accès au don du sang étaient respectés « dans une très large majorité », « mais qu’il pouvait arriver dans de rares situations qu’ils ne le soient pas, lorsqu’ils ne sont pas compris ou acceptés » (sic). Ce n’est pas tout : la surveillance épidémiologique des donneurs de sang a montré que l’ouverture du don du sang aux HSH n’avait pas eu d’impact sur le risque résiduel de transmission du VIH par les produits sanguins.

« Démarche altruiste éthique et gratuite »

Dans ce contexte, deux propositions d’évolution de critères ont été évaluées par Santé publique France : ouverture du don du sang aux hommes n’ayant pas eu de relation sexuelle avec des hommes dans les quatre derniers mois avant le don ; ouverture du don du sang aux HSH ayant eu un seul partenaire dans les quatre derniers mois avant le don.

Comme sous le ministère de Marisol Touraine et sous l’autorité du Pr Benoît Vallet, alors Directeur général de la santé, l’ensemble des données et les analyses de risque conduites sur ces deux propositions ont été partagés avec les parties prenantes (représentants de donneurs de sang, de receveurs, associations…), qui ont fait part de leur position.

En définitive Agnès Buzyn a pris sa décision « en tenant compte de ces travaux et de l’expression des acteurs ». Et souligne qu’elle « s’appuie sur des éléments scientifiques, objectifs et indépendants ». « Cette évolution, mise en œuvre à compter du 1er février 2020, sera évaluée très attentivement et en toute transparence pour permettre à horizon 2022, d’envisager l’alignement des critères de sélection pour tous les donneurs. »

« Chaque donneur qui s’engage dans cette démarche altruiste éthique et gratuite doit le faire en toute compréhension des critères lui permettant l’accès au don. Cette décision, éclairée par les données de la science, conforte notre modèle de don volontaire, solidaire et responsable, avec un impératif de haut niveau de sécurité sanitaire. Chaque année, 1,7 millions de personnes donnent leur sang, générant 3 millions de dons. Il faut en moyenne recruter 170 000 nouveaux donneurs chaque année pour maintenir un niveau suffisant de 10 000 dons par jour au regard des besoins. En effet, un million de personnes en moyenne par an reçoivent des produits issus du sang. »

A demain @jynau

Lutter contre le VIH/sida : les objectifs français ne seront jamais atteints. Voici pourquoi

Bonjour

Bientôt quarante ans que nous « vivons avec le VIH ». À la demande du Sénat, la Cour des comptes a mené une enquête « sur les évolutions majeures de la politique de prévention et de prise en charge du VIH en France ». Et nous disposons depuis peu de cette enquête . Un beau tableau de l’incurie dans le champ du sanitaire. Ou, pour de le dire autrement, du décalage entre d’ambitieux objectifs affichés sous les ors du ministère de la Santé et la réalité du terrain français, sexuel et infectieux.

Rappelons qu’en 2016 environ 172 700 personnes vivaient dans en France « avec le VIH » – dont 31 000 « hors de toute prise en charge » et 24 000 « ignorant leur statut sérologique ». Cette épidémie est toujours active et le nombre de cas découverts (estimé à 6 424 en 2017)  demeure « à un niveau élevé ».

Il faut aussi rappeler que bien au-delà des recommandations de l’OMS, la France a mis en place une stratégie « très ambitieuse ». Il s’agit tout simplement d’éradiquer « les nouveaux cas » et ce «  à l’horizon 2030 ». Belle et noble ambition. « Mais elle ne s’est pas donné les moyens d’atteindre ses objectifs, en particulier en matière de prévention et de dépistage » observe la Cour des comptes  Une Cour qui estime qu’une « maîtrise renforcée des dépenses de médicaments » permettrait « de dégager des moyens supplémentaires pour développer les nouveaux outils de prophylaxie ou de dépistage ».

Silence du ministère des Solidarités et de la Santé

Une épidémie qui n’est toujours pas maîtrisée, un nombre croissant de personnes infectées, des outils statistiques fragiles – et ce alors même que la recherche française (après la découverte du VIH dès 1983) est « internationalement reconnue » et que le monde associatif occupe ici une place historique.

« Quel dommage que la Cour des comptes se montre aussi ‘’polie’’ dans son rapport, commente Libération (Eric Favereau). En effet, vu la situation médiocre de la France qui s’habitue, bon an, mal an, à ses 6 000 nouveaux diagnostics par an, on rêvait que les magistrats de la rue Cambon s’énervent, mettent les pieds dans le plat et bousculent cette gestion bien pépère que l’on a depuis quelques années de l’épidémie. Le résultat est en demi-teinte. Certes, la Cour des comptes est critique, pointant une politique manifestement dépassée, mais ce énième rapport a été présenté de façon bien discrète. Mesuré et diplomatique, sans mot de trop, il risque de ne pas provoquer de changements. D’ailleurs le ministère de la Santé s’est bien gardé de réagir. »

Rassurons-nous : le ministère des Solidarités et de la Santé ne réagira pas ; ce ministère est étrillé par les magistrats de la rue Cambon qu’il s’agisse des outils statistiques, du pilotage de la politique, des brouillards ou des imbroglios administratifs. Comment, dans ce contexte, avoir cru pouvoir aller au-delà des objectifs de l’OMS ?  «Cette stratégie peine à trouver une traduction cohérente et opérationnelle faute d’un pilotage suffisant et de définition assumée des priorités et des objectifs par le ministère de la Santé». 

Que faire ? On lira les « dix recommandations » de la Cour, et tout particulièrement la dixième : « Mieux réguler les dépenses de médicaments en mettant en œuvre un plan ambitieux de baisse des prix des antirétroviraux sur la base d’une réévaluation d’ensemble de cette classe thérapeutique, et en augmentant la part des génériques dans les prescriptions d’antirétroviraux, par une sensibilisation des prescripteurs, des pharmaciens et des patients. »

« La Cour propose surtout de sortir du ronron actuel » résume Libération. Question : comment sort-on, en France, du ronron ?

A demain @jynau

Scandale de l’amiante : les dernières et incompréhensibles conclusions des juges d’instruction

Bonjour

« Scandale de l’amiante ». C’est ainsi que l’on désigne, en France, le délai qui a existé entre d’une part la découverte des effets sanitaires délétères de l’exposition humaine à ce matériau isolant et , de l’autre, l’action préventive des autorités sanitaires et politiques. Un délai qui apparaît aujourd’hui proprement invraisemblable – courant approximativement entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1990. Ce n’est pas la seule invraisemblance de ce dossier tentaculaire.

Des juges d’instruction parisiens viennent ainsi de rendre une ordonnance de non-lieu pour les responsables d’Eternit, (célèbre groupe spécialisé dans la production d’amiante). L’information a été donnée lundi 15 juillet par l’Agence France Presse sur la foi de sources concordantes. Dans cette ordonnance datée du 10 juillet, consultée par l’AFP, les magistrats écrivent :

« (…) compte tenu de l’impossibilité de dater l’intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l’entreprise (…) et quelles réglementations s’imposaient à cette date inconnue (…) En tout état de cause, les investigations menées au cours de l’instruction ont démontré qu’aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit »,

Or le « dossier Eternit » est hautement symbolique : il s’agissait du premier producteur français d’amiante-ciment jusqu’à l’interdiction de la fibre. Eternit est aussi le premier producteur visé par une plainte de cette nature, déposée pour homicides et blessures involontaires par d’anciens salariés en 1996.

Responsables nationaux bientôt visés

Dans un communiqué, l’Association nationale des victimes de l’amiante et autres polluants (AVA) annonce qu’elle allait interjeter appel, estimant que ce non-lieu reposait (comme d’autres auparavant)  sur une « erreur majeure d’interprétation des données scientifiques ». Selon l’association, « c’est l’exposition dans son entier qui contribue à la maladie, et toutes les personnes à l’origine de cette exposition ont une responsabilité pénale ».

L’AVA a aussi indiqué qu’elle déposerait, au cours de la première semaine de septembre, une « citation directe visant les responsables nationaux de la catastrophe sanitaire de l’amiante », affirmant que plus de 1 000 victimes s’étaient déjà jointes à cette procédure destinée à permettre la tenue d’un procès. Le parquet et les juges d’instruction cherchent à « faire durer les procédures le plus longtemps possible pour qu’il n’y ait plus personne à juger », estime l’association, qui souligne que les « responsables (…) décèdent les uns après les autres ». En 2012, les autorités sanitaires estimaient que l’amiante pourrait provoquer, d’ici à 2025, 3 000 décès chaque année causés par des cancers de la plèvre (mésothéliomes) ou des cancers broncho-pulmonaires.

On dispose depuis dix ans, sur ce sujet, de données chiffrées qui aident à prendre progressivement la mesure de l’ampleur du scandale passé. Les derniers résultats officiels montrent qu’en France les mésothéliomes pleuraux sont toujours plus nombreux. On estime aujourd’hui que 1100 nouveaux cas de mésothéliome sont diagnostiqués chaque année.

 « Impossibilité de dater l’intoxication des plaignants » ? Jusqu’à quand ?

A demain

Cigarette électronique : l’Inserm, spécialiste de l’ouverture mécanique du grand parapluie

Bonjour

C’est un modèle du genre, glané par Vapyou. Un texte signé par Bertrand Nalpas, directeur de recherche à l’Inserm et responsable éditorial du site www.maad-digital.fr 1. Un spécialiste des addictions. Il revient sur la récente annonce de Santé Publique France : près de 700 000 personnes ont arrêté de fumer du tabac en l’espace de sept ans grâce à l’aide de la cigarette électronique. Et sur le fait qu’en France l’édition 2017 de l’enquête ESCAPAD (réalisée lors de la journée d’appel à la défense) établit que 52% des jeunes de 17 ans ont expérimenté la e-cig, 18,6% l’utilisant au moins une fois par mois et 1,9% quotidiennement. Ces derniers sont également fumeurs dans 60 % des cas. Rappelons que la vente aux mineurs de l’e-cigarette et des recharges est interdite depuis mars 2014.

Que nous dit ce spécialiste ? Il glose longuement sur le e-liquide « qui contient d’une part de la nicotine et d’autre part des arômes ».

La nicotine :

« La nicotine présente dans le e-liquide est identique à celle du tabac. Une étude menée sur 16 sujets n’ayant jamais vapoté ni fumé auparavant a montré que le taux de nicotine dans le sang augmente dès les premières bouffées de e-cigarette et est fonction de la teneur en nicotine du e-liquide. Après 10 bouffées d’un liquide contenant 36 mg de nicotine par ml, la nicotinémie atteignait celle obtenue en fumant une cigarette. Les taux atteints étaient légèrement moindres pour le e-liquide titré à 18 mg/ml. Les dispositifs évoluent rapidement et toujours vers plus de puissance, les e-cigarettes les plus récentes délivrent la nicotine de 1,2 à 2,7 fois plus vite que celles des générations précédentes. 

La nicotine délivrée par la e-cigarette entretient donc la dépendance à cette substance présente chez le fumeur et pourrait provoquer la dépendance chez le non-fumeur. Cette hypothèse est renforcée par les données épidémiologiques montrant une bascule de la e-cigarette vers la cigarette standard dans une proportion non négligeable de cas ; cela pourrait être dû au développement d’une accoutumance à la nicotine, le besoin d’augmenter les doses ne pouvant être satisfait par le e-liquide dont la teneur en nicotine est limitée. Ce d’autant qu’un travail récent portant sur 16 sujets fumeurs a montré que la perception de la nicotine dans le e-liquide échappait à 6 d’entre eux lorsque celle-ci était inférieure à 12 mg/l. En France, la teneur maximale de nicotine dans un e-liquide libre à la vente est fixée à 20 mg/ml. »

Les arômes et les agents de saveur.

Il explique que « les e-liquide sont déclinés avec plusieurs centaines de goût différents ». Et se penche sur le menthol, le diacétyl et le 2-3 pentanedione. Quant aux « agents de saveurs des e-liquide », il souligne qu’ils sont un des facteurs majeurs d’attraction des jeunes vers la e-cigarette. 

« De nombreux travaux portant sur la toxicité pulmonaire des agents de saveur continuent d’être menés. La plupart utilisent des modèles de culture de diverses cellules sur lesquelles sont ajoutés des agents de saveur à des concentrations variées. La viabilité des cellules ne semble pas affectée, par contre ces agents déclenchent une inflammation qui fragilise la barrière épithéliale pulmonaire (= surface protectrice), ce qui facilite le passage de microparticules vers le sang. D’autres travaux ont montré que la viscosité du mucus pulmonaire était augmentée, entravant le bon fonctionnement des cils bronchiques qui permettent l’évacuation des sécrétions et des particules polluantes. Ces résultats obtenus in vitro et, pour la plupart d’entre eux, par ajout direct de l’agent, doivent être confirmés par d’autres manipulations administrant le produit sous forme d’aérosol. »

Enfin, après avoir affirmé que « le vapotage passif, cela existe », le spécialiste conclut en ces termes :

Point n°1. « Même si les conséquences de son utilisation à long terme ne sont pas encore connues, les données actuelles montrent que la e-cig est moins nocive que le tabac du fait entre autres de l’absence de goudrons, ce qui réduit considérablement le risque de pathologie des bronches et de cancer du poumon »

Point n° 2. « La démonstration définitive de l’efficacité de la e-cigarette comme outil de sevrage tabagique est encore en attente mais les premières enquêtes montrent qu’elle aide de nombreux fumeurs à arrêter le tabac. Du point de vue addictologique, la question qui se pose est celle du maintien de la dépendance à la nicotine avec la e-cigarette, et les données à cet égard sont manquantes ». 

Point n°3. « En revanche, chez les non-fumeurs et plus encore chez les jeunes, les études épidémiologiques disponibles [études non citées et affirmation contestée] soulignent que l’utilisation de la e-cig augmente le risque de bascule vers la consommation de tabac et il ne peut être exclu que le vapotage, même exclusif, puisse générer une dépendance problématique à la nicotine ».

« Ne pas pouvoir exclure » … Où l’on voit, ici, qu’un résultat majeur de santé publique (l700 000 personnes qui ont arrêté de fumer du tabac en l’espace de sept ans grâce à l’aide de la cigarette électronique) ne pèse que peu de poids face à l’hypothèse de la dépendance nicotinique débarrassée des goudrons et autres toxiques…. Le titre du papier de Bertrand Nalpas sur maad-digital.fr était : « Pour y voir plus clair dans toute cette fumée ». C’est raté.

A demain @jynau

1 « Un nouveau site web sur les addictions élaboré pour et par les jeunes ! »