Vape news et «maladie sans nom» : l’hypothèse infectieuse désormais abandonnée par les CDC

Bonjour

Toutes les situations pathologiques de ce type renvoient au même casse-tête : cause infectieuse ou toxique ? D’un côté les univers bactériens et viraux (sans oublier les agents transmissibles non conventionnels). De l’autre le monde clos des substances chimiques incompatibles avec l’humain. La « maladie sans nom » qui émerge et inquiète outre-Atlantique d’échappe pas à cette grille d’analyse.

Tout converge aujourd’hui pour laisser penser que le vecteur commun (la « cigarette électronique ») n’est pas la cause première des tableaux cliniques pulmonaires aujourd’hui observés et recensés. De la même manière, oserait-on dire, que l’anophèle femelle n’est pas l’agent du paludisme. Faire la part entre la transmission et la cause première.

Il faut ici (merci à Umberto Ucelli, fidèle critique) se reporter aux remarquables informations destinées à la presse et diffusées par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis : «  CDC, FDA, States Continue to Investigate Severe Pulmonary Disease Among People Who Use E-cigarettes ».

Effet Werther

Où l’on apprend que rien, en l’état des données disponibles, ne permet plus de retenir l’hypothèse d’un agent infectieux unique. Pour autant aucun agent toxique n’a été identifié qui permettrait d’expliquer les symptômes observés chez les 149 patients atypiques identifiés dans quinze Etats (CA, CT, IL, IN, IA, MN, MI, NC, NJ, NM, NY, PA, TX, UT, and WI) entre le 28 juin et le 20 août.

Tout indique donc que l’on ne peut conclure. Et d’ores et déjà se pose la question de l’impact de la diffusion de ces informations sur une possible amplification du phénomène. Entre « effet Werther » et « prophétie semi-auto-réalisatrice ». Mais, comme rien n’est simple, se pose aussi dans le même temps, au vu du nombre des personnes concernées par la vape en France, la question du silence total, sur ce sujet, de la Direction Générale de la Santé.

A demain  @jynau

«Maladie sans nom» et cigarette électronique : la huileuse métaphore du Pr Dautzenberg

Bonjour

L’inquiétude monte outre-Atlantique sur les « cas possibles d’atteintes pulmonaires sévères potentiellement liés à l’utilisation de cigarettes électroniques». Pour l’heure les grands médias généralistes français n’ont pas jugé utile de se pencher sur le sujet. Pourquoi ? Peut-être parce qu’à la différence des CDC, rien ne bouge du côté de la Direction Générale de la Santé. Que penser ?

 « Cette enquête américaine est strictement obligatoire, indispensable, car il s’agit d’un mésusage massif qui semble être dû à l’utilisation d’huile de cannabis ou d’autres substances huileuses pas du tout adaptées à la vaporisation, avec des effets secondaires qui semblent bien réels, a pour sa part déclaré à Santé Magazine le Pr Bertrand Dautzenberg, tabacologue historique et ancien pneumologue à La Pitié-Salpêtrière (AP-HP).  L’enquête dira exactement ce qu’il s’est produit, mais au vu de ce que rapportent les médias américains, les premiers cas seraient tous dus à des produits ‘trafiqués’, à l’huile de cannabis notamment. A priori il s’agit de produits qui ne sont pas commercialisés aux États-Unis mais qui circulent sous le manteau. »

Huiles frelatées (Espagne, 1981)

La dangerosité de tels produits ? Il use ici d’une métaphore qui n’est pas sans rappeler le « syndrome toxique espagnol » (30 000 victimes, plusieurs centaines de morts en 1981) : « c’est un peu comme le fait de remplacer l’huile de friture par de l’huile de vidange: le fait de mettre de l’huile dans une cigarette électronique à la place d’un produit adapté peut, dans certains conditions, transporter des gouttelettes dans les poumons, et les poumons ont horreur des lipides ».

Pour ce pneumologue, il n’existe pas à ce jour de cas en France d’atteintes pulmonaires dues à ce type de produit à base d’huile. Pourquoi ? Peut-être à cause de la grande régulation des produits pour cigarette électronique et du grand panel de produits disponibles pour les vapoteurs. Pour autant l’auteur d’un opuscule sur la chicha 1 « déconseille fermement d’utiliser des huiles avec du THC ou du CBD dans une cigarette électronique » : ces produits ne sont pas conçus pour être vaporisés. Incorporer ces huiles à des « gâteaux » ou à du tabac est dangereux (en plus d’être illégal). En user pour vapoter ? Ce serait faire preuve d’une très grande inconscience.

A demain @jynau

1 Dautzenberg B, Nau J-Y, dessins de Charb (1967-2015 ) « Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha » éditions Margaux-Orange, 2007,

Cigarette électronique : la «maladie sans nom» progresse et inquiète outre-Atlantique

Bonjour

C’est une nouvelle alerte lancée sur The Verge (Ashley Carman) : « More than 100 vapers have contracted a severe lung disease, per CDC » – er reprise en France sur Slate.fr (Thomas Messias) : « Le vapotage semble à l’origine d’une maladie pulmonaire inédite ». Une alerte dont nous nous étions fait il y a peu l’écho :  « Mystérieuse pathologie pulmonaire américaine: le vapotage est-il le coupable ou la victime ? ».

Aux États-Unis, les organismes de santé publique commencent à s’inquiéter. Entre le 28 juin et le 20 août, on leur a signalé 153 cas d’une mystérieuse maladie pulmonaire qui semble ne toucher que des utilisateurs et utilisatrices de cigarettes électronique. Les CDC dirigent actuellement une enquête dans les seize États où les cas ont été signalés. Cette maladie, qui se développe progressivement, se traduit par des difficultés respiratoires, un souffle court, ou encore des douleurs à la poitrine. Chez une partie des malades, on a aussi signalé une fatigue aiguë, ainsi que des problèmes d’ordre gastro-intestinal (vomissements et diarrhées). À l’heure actuelle, aucun décès n’est à signaler.

Le lien de cause à effet n’a toujours pas été démontré, mais d’après The Verge, toutes les personnes concernées seraient des utilisatrices de cigarettes électroniques. Plus précisément, elles auraient consommé des produits à base de THC/cannabis.

Mains de velours et gants de fer

Le CDC a rapidement publié un communiqué demandant aux membres du corps médical américain de reporter scrupuleusement chacun des nouveaux cas qui pourraient apparaître – et notamment de décrire précisément les symptômes et le type d’utilisation de la cigarette électronique. Quant à la Food & Drug Administration, elle enjoint également les utilisateurs et utilisatrices d’e-cigarettes à faire remonter d’éventuels problèmes de ce type via un formulaire à remplir en ligne.

« Encore dépourvue de nom, cette maladie inédite touche principalement des jeunes adultes et des ados, ce qui n’a rien d’une surprise étant donné la forte consommation de cigarettes électroniques chez les jeunes gens, souligne Slate.fr. Au sein de la population lycéenne, le vapotage a augmenté de 78% entre 2017 et 2018, rappelle The Verge, 27% des lycéens et lycéennes affirmant faire une utilisation régulière de la cigarette électronique. »

Il n’en reste pas moins vrai que rien n’est démontrer quant à la causalité. Et qu’en l’état des connaissances, désigner la « cigarette électronique » comme l’agent pathogène équivaut à confondre, volontairement, l’épée et le fourreau, les mains de fer et les gants de velours, le coupable et la victime.  

A demain @jynau

«Mourir d’avoir été vacciné»: Le Monde doit-il ferrailler contre les Prs Joyeux et Montagnier ?

Bonjour

Pierre Desproges est mort et on ne rit plus. Peut-on, sous des cieux démocratiques, débattre de tout avec tout le monde ? « Selon une étude, 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », affirme la page Facebook Advitae Santé naturelle, qui ajoute : « Et ce serait juste une coïncidence ? » Voilà une antienne anti-vaccinale amplement chantée sur les deux rives de l’Atlantique. Faire un lien entre la vaccination et la mort subite du nourrisson. Evoquer les deux faits, laisser planer dans le brouillard de l’angoisse, les concepts de causalité et de corrélation. La rumeur peut prospérer.  

Il faut aussi et surtout, en France, y ajouter la voix et l’aura du Pr Luc Montagnier (lauréat du Nobel 2008 pour avoir co-découvert le VIH, en 1983) sans oublier le poids sociétal du Pr Henri Joyeux – deux opposants aux obligations vaccinales en vigueur qui se plaisent à user de cette une rhétorique. On se souvient de la conférence tenue à Paris en 2017. Déclaration du Nobel :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Wakefield et Pasteur

Nous écrivions alors : « Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : ‘’Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie’’ ».

Aujourd’hui « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat) reviennent sur le sujet : « Non, les vaccins ne sont pas responsables de la mort subite du nourrisson ». Où l’on peut redouter, paradoxalement, qu’ils prennent le risque, en « décodant », de légitimer les errances du Pr Montagnier.

On lira leur argumentaire, fondé sur de sérieuses publications. Ils reviennent notamment sur l’affirmation selon laquelle « 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », relayée par Advitae Santé naturelle et qu’ils qualifie de « complètement fallacieuse ». Explications :

« Cette page Facebook prétend s’appuyer sur le site américain childrenhealthdefense.org. Ce dernier cite bien le chiffre de 79,4 %, mais dans un tout autre contexte. Il s’agit en réalité de la proportion d’enfants qui ont reçu plus d’un vaccin le même jour parmi les cas de morts d’enfants signalées au programme américain de sécurité vaccinale entre 1997 et 2013. Et le site childrenhealthdefense.org lui-même déforme le sens de cette statistique en y voyant un signe que les vaccins pourraient être responsables de la mort subite du nourrisson.

L’étude scientifique dont vient ce fameux chiffre, publiée en 2015 dans la revue Clinical Infectious Diseases, visait à comparer les causes de mortalité signalées au programme de sécurité vaccinale à celles de la population dans son ensemble. Or, les auteurs n’ont relevé aucune surmortalité liée à la vaccination, y compris en ce qui concerne les morts inattendues des nourrissons.

S’il peut être tentant d’associer des événements à cause d’une coïncidence temporelle, les analyses des chercheurs ont là encore conclu que les vaccins ne sont pas en cause. Au contraire, les auteurs de l’étude notent que les effets secondaires graves des vaccins sont en fin de compte rarissimes puisque, en moyenne, seul un cas de mort est rapporté aux autorités pour un million de vaccins distribués, sans qu’il y ait nécessairement de lien de cause à effet entre l’injection et le décès. »

De la raison et de la déraison

On pourrait ajouter les informations données par  l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Tout ceci sera-il suffisant pour convaincre celles et ceux qui sont persuadés du contraire – ou tentés de l’être ? Faire appel à la raison au risque d’amplifier la déraison ? User de la logique et paradoxalement nourrir le complotisme ? Amplifier ainsi la parole du Pr Luc Montagnier, cette personnalité atypique que nul ne sait plus aujourd’hui présenter : pastorien contrarié, coauteur d’une découverte majeure, prix Nobel renié par l’Institut Pasteur. Des déclarations controversées, l’émergence récurrente de l’étrange, un voyage sans retour vers l’irrationnel. Un mystère à raconter. Une biographie qui reste à faire.

A demain @jynau

Face à l’épidémie de punaises de lit : les bras croisés de la Direction générale de la Santé

Bonjour

C’est un superbe dossier de notre temps, à la frontière de l’exécutif et du sanitaire, de l’entomologie et de l’écologie. C’est aussi une affaire qui, étrangement, voit les services d’Agnès Buzyn rester comme étrangers à un sujet on ne peut plus politique. Comment la ministre des Solidarités et de la Santé ne perçoit-elle pas l’importance qu’elle se doit d’accorder à ce sujet ?  

A lire sur Slate.fr : « Les punaises de lit nous envahissent et le gouvernement ne fait rien »

A demain @jynau

Justice et santé publique : étrange épidémie de «non-lieux» dans le scandale de l’amiante

Bonjour

Un vrai scandale peut-il en cacher deux autres ?

Scandale de l’amiante»: c’est ainsi que l’on désigne, en France, le délai qui a existé entre la découverte des effets sanitaires délétères de l’exposition humaine à ce matériau isolant et l’action préventive des autorités sanitaires et politiques. Ce laps de temps, qui apparaît aujourd’hui proprement invraisemblable, s’étale approximativement du milieu des années 1970 à la fin des années 1990 1.

À l’époque, le concept de lanceur d’alerte n’existait pas, pas plus que celui de démocratie sanitaire. À l’époque, les médias généralistes étaient rarement en situation de dénoncer l’action des lobbies. À l’époque, les scandales sanitaires qui devaient suivre –à commencer par les affaires du sang contaminé– n’avaient pas encore conduit à théoriser la dissociation entre l’évaluation médico-scientifique du risque et la gestion politique de ce dernier. À l’époque, enfin, on était à cent mille coudées d’imaginer que l’on inscrirait un jour le principe de précaution au sein de la Constitution.

Depuis 1998, soit un an après l’interdiction de l’usage de l’amiante en France, le Programme national de surveillance des mésothéliomes pleuraux (PNSM) fournit des données chiffrées aidant à prendre progressivement la mesure de l’ampleur du scandale passé. Vingt ans plus tard, fin juin 2019, Santé publique France a dévoilé un rapport revenant sur ces vingt années de surveillance, qui confirme malheureusement que l’exposition à l’amiante demeure et demeurera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique, une forme de tragédie nécessitant le maintien de la surveillance et le renforcement des actions de prévention.

«On estime aujourd’hui que 1.100 nouveaux cas de mésothéliome surviennent annuellement en France. L’augmentation est plus marquée chez les femmes, avec un doublement des cas en vingt ans pour atteindre 310 cas par an. La proportion des personnes atteintes de mésothéliome pleural ayant exercé une activité dans le secteur du BTP est en augmentation constante depuis 1998, pour atteindre 50% en 2016. Une exposition professionnelle à l’amiante est retrouvée de manière probable ou très probable pour 97% d’entre eux.»»

Deuxième scandale

Les maladies générées par l’exposition professionnelle à l’amiante sont inscrites aux tableaux des maladies professionnelles du régime d’assurance-maladie des salarié·es comme des exploitant·es agricoles. Et depuis 2002, toute personne victime des effets de l’amiante peut également obtenir une indemnisation auprès du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA).

Or, et l’on peut voir là un deuxième scandale, les données du PNSM indiquent que le recours à ces dispositifs est encore loin d’être systématique. Ainsi, entre 2005 et 2017, plus d’une personne sur quatre atteinte de mésothéliome et affiliée au régime général de sécurité sociale n’avait entrepris aucune démarche de reconnaissance en maladie professionnelle, pas plus qu’elle n’avait sollicité le FIVA. Une telle situation est d’autant moins compréhensible que le mésothéliome est une pathologie spécifique et que l’établissement d’un tel diagnostic devrait aussitôt conduire à une prise en charge adaptée.

C’est dans ce contexte que l’on découvre la nouvelle dimension, judiciaire, de l’affaire. « En moins d’une semaine, les magistrats instructeurs du Pôle de santé publique de Paris chargés des dossiers d’exposition à l’amiante viennent d’ordonner deux non-lieux généraux dans des affaires vieilles de vingt-trois ans liées à cette fibre tueuse, reconnue cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 1973 » résume Le Monde (Patricia Jolly). De ce point de vue, la décision de non-lieu dans l’affaire Eternit est édifiante.

Le cas d’Eternit est hautement symbolique: l’entreprise était à la fois le premier producteur français d’amiante-ciment jusqu’à l’interdiction de la fibre et le premier producteur visé par une plainte de cette nature, déposée pour homicides et blessures involontaires par d’anciens salariés en 1996. Or, dans leur ordonnance datée du 10 juillet dernier, les juges d’instruction écrivent :

 «Compte tenu de l’impossibilité de dater l’intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l’entreprise […] et quelles réglementations s’imposaient à cette date inconnue.[…] En tout état de cause, les investigations menées au cours de l’instruction ont démontré qu’aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit».

Puis le 17 juillet dans celui de l’équipementier automobile Ferodo-Valeo de Condé-sur-Noireau (Calvados) qui impliquait cinq ex-responsables d’usine. Les personnes visées dans ces deux affaires étaient mises en examen pour « homicides et blessures involontaires ». Ces décisions s’ajoutent à d’autres, analogues, prises depuis un peu plus d’un an dans les affaires de la centrale EDF d’Arjuzanx (Landes), d’Everite-Saint-Gobain, de DCN (chantiers navals militaires), des Charbonnages de France… « Le parquet n’a jamais précisé le nombre de dossiers amiante en cours mais les associations de victimes estiment qu’il en reste une dizaine à régler » précise Le Monde..

« Véritable permis de tuer« 

Me Michel Ledoux, avocat des victimes dans les affaires Eternit et Ferodo-Valeo, prévoit que la quinzaine de dossiers toujours au Pôle Santé seront voués au même sort. « Dans la mesure où le parquet est hostile aux victimes, on s’attend à une pluie de non-lieux motivés par les mêmes arguments dans les semaines à venir, prévient-il. On peut même se demander si le fait de nous les notifier en période de vacances n’est pas une manœuvre supplémentaire pour tenter de nous faire oublier le délai de dix jours pour faire appel. » Dans un communiqué, l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) a pour sa part dénoncé un « véritable permis de tuer sans crainte de poursuites pénales » délivré par les juges.

Les motivations des ordonnances de non-lieux qui se succèdent sont de véritables copier-coller qui, tous, puisent leur argumentation dans un rapport d’expertise définitif de février 2017. Ce dernier, selon l’interprétation des magistrats, affirme l’impossibilité d’établir la date d’une éventuelle faute ayant entraîné la contamination puis l’intoxication des victimes, et donc d’imputer avec certitude la responsabilité à une personne physique.

Dans les ordonnances des 11 et 17 juillet que Le Monde a consultées, les juges estiment qu’il n’est « pas possible de déterminer a posteriori une date précise d’intoxication par les fibres d’amiante » et donc « de mettre en corrélation le dommage et les éventuelles fautes qui pourraient être imputées à des personnes qui auraient une responsabilité dans l’exposition à l’amiante subie ». Une argumentation « spécieuse » pour Me Michel Ledoux. « Ce qu’ils nous demandent pour l’amiante équivaut à sommer un fumeur d’indiquer quelle cigarette est à l’origine de son cancer bronchopulmonaire, or, pour toute substance cancérogène, mutagène et reprotoxique, on ne peut raisonner que par période d’exposition et pas d’intoxication. Il s’agit d’un processus continu », dit-il.

On peut le dire autrement : les faits sont aujourd’hui prescrits parce qu’on ne peut pas les dater précisément. « Ce que je ne comprends pas, c’est qu en datant la période de contamination, et non pas le jour précis, on doit pouvoir faire partir la prescription du dernier jour où le salarié a été exposé à l’amiante, nous a confié une magistrate particulièrement au fait des questions de santé publique. Tout le débat est de savoir si le délai de prescription des délits,  qui est aujourd’hui de sept ans (et qui était de cinq ans à l’époque)  part du dernier jour d’exposition à l’amiante ou, comme dans tous les délits dits occultes ou cachés, du jour où la toxicité du produit a été découverte. Je pense que le « parquet santé » aurait dû tenter cette analyse juridique pour faire avancer les choses en matière de délits liés à la santé publique, c’est tout de même son travail….. »

A demain @jynau

1 Voir « Le scandale de l’amiante est une bombe à retardement » Slate.fr 19 juillet 2019

Epidémie d’Ebola au Congo-Kinshasa : l’OMS décrète l’«urgence sanitaire mondiale»

Bonjour

C’est fait : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré mercredi 17 juillet que l’épidémie d’Ebola, qui sévit en République démocratique du Congo (RDC), était désormais une « urgence sanitaire mondiale ». Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué qu’il « était temps pour le monde de prendre acte » de l’épidémie. Pour autant il a recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes.

L’OMS  a pris sa décision après la découverte d’un cas mortel dans la deuxième ville de la RDC, Goma (un million d’habitants), située à la frontière avec le Rwanda. En juin, deux cas avaient également été détectés en Ouganda voisin. Un vaccin contre cette fièvre hémorragique existe depuis 2016 mais certaines populations locales sont réticentes et le contexte politique tendu entrave l’action de l’OMS en RDC.

À ce jour, près de 3000 agents de santé ont été vaccinés contre la maladie à Goma. Plus de 1650 personnes sont décédées au cours de la flambée actuelle, tandis que douze nouveaux cas environ sont signalés chaque jour.

La flambée restant encore limitée aux provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, la riposte est dans une phase déterminante. L’OMS évalue le risque de propagation aux provinces voisines comme étant très élevé. « En collaboration avec le Gouvernement, nous pouvons mettre un terme à cette flambée et nous y parviendrons. Nous avons des outils plus puissants que jamais pour lutter contre Ebola, y compris un vaccin efficace, a déclaré le Dr Tedros. Mais il faut que les attaques et les autres perturbations des activités de riposte cessent ».

Depuis janvier, l’OMS a compté 198 attaques dirigées contre les interventions de riposte qui se sont traduites par sept décès et ont blessé cinquante-huit agents de santé et patients. « Nous avons besoin du soutien politique de toutes les parties, et de l’investissement de la communauté, pour que les intervenants puissent travailler en toute sécurité et sans être interrompus. C’est le seul moyen d’empêcher le virus de continuer à se propager. »

Les zones des provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu touchées par Ebola se caractérisent par la  médiocrité des infrastructures, l’instabilité politique et des conflits persistants qui impliquent des dizaines de groupes de milices armées, et la défiance des communautés vis-à-vis des autorités nationales et des étrangers. 

Plusieurs milliards de dollars

En mai, le Secrétaire général des Nations Unies et le système humanitaire interinstitutions ont renforcé l’action conjointe des Nations Unies. Parmi les mesures prises figurait la nomination d’un Coordonnateur des interventions d’urgence des Nations Unies pour la lutte contre Ebola (EERC), M. David Gressly, qui est basé dans les zones touchées pour veiller à ce qu’un environnement favorable, en particulier en matière de sécurité, de logistique, de climat politique et de mobilisation communautaire, soit en place pour permettre la riposte en matière de santé publique et répondre aux préoccupations des communautés touchées. 

Mark Lowcock, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’OMS : « Si nous n’obtenons pas immédiatement des ressources financières nettement supérieures, il ne sera pas possible de mettre un terme à la flambée. Tout retard donne au virus la possibilité de se propager, ce qui a des conséquences désastreuses. Nous devons faire tout ce qui est possible aujourd’hui pour éviter d’atteindre l’ampleur de la flambée que nous avons connue en Afrique de l’Ouest il y a cinq ans, qui a coûté la vie à plus de 10 000 personnes avant qu’une riposte de plusieurs milliards de dollars permette de ramener le nombre de cas à zéro. » 

On peut le dire autrement : le combat contre Ebola est mené aux environs d’une zone envahie par des groupes armées. Et l’épidémie pourrait vite se propager au-delà des frontières de la RDC vers l’ensemble de la région. 

« L’urgence sanitaire mondiale » est une mesure exceptionnelle, qui n’a été décrétée que quatre fois seulement par l’OMS : en 2009 pour la grippe A(H1N1), en 2014 pour la poliomyélite, en 2014 (bien trop tardivement) pour une épidémie d’Ebola qui a fait plus de 11 300 morts dans trois pays d’Afrique de l’Ouest (Liberia, Guinée, Sierra Leone) et en 2016 pour le virus Zika.

Les experts du comité d’urgence, réunis à Genève ont exprimé leur « déception au sujet des retards dans le financement » de l’aide. « Il est crucial que les Etats n’utilisent pas le statut d’urgence mondiale comme excuse pour imposer des restrictions au commerce et aux déplacements qui auraient un impact négatif sur la réponse sanitaire et sur la vie de la population dans la région », a souligné le Pr Robert Steffen, chef de ce comité d’urgence. On peut voir là un appel, pressant et solennel, à l’aide.

A demain @jynau

1 Conseils aux voyageurs du gouvernement français : une épidémie de maladie à virus Ebola est déclarée depuis le 1er août 2018 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. La capitale du pays, Kinshasa, n’est pas concernée. Les zones concernées sont notamment : Alimbongo, Beni, Biena, Butembo, Goma, Kalunguta, Katwa, Kyondo, Lubero, Mabalako, Masereka, Oicha, Vuhovi, Manguredjipa (province du Nord-Kivu) ; et Mandima (province de l’Ituri).

Les localités de Bunia et Kisangani, ainsi que la frontière ougandaise demeurent sous surveillance compte tenu du risque de propagation lié aux déplacements de populations, même si l’épidémie reste pour l’heure circonscrite dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Il est recommandé de suivre les consignes de prévention suivantes :

• se tenir régulièrement informé de l’évolution de l’épidémie en consultant le compte twitter du ministère de la Santé de RDC (@MinSanteRDC), les sites Internet de l’ambassade de France en RDC et de l’OMS (http://www.who.int/csr/disease/ebola/fr/ et http://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ebola-virus-disease)

• respecter systématiquement les règles d’hygiène suivantes : http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/ebola/article/maladie-a-virus-ebola

• éviter les lieux et les événements à forte densité de population (marchés, stades, etc.)

En cas d’apparition de symptômes évocateurs de la maladie jusqu’à trois semaines après votre retour en France, cessez toute activité, isolez-vous et contactez immédiatement le SAMU-Centre 15 en signalant votre séjour et vos activités en RDC.