Covid-19 : les insupportables différences entre la France et le royaume du Danemark

Bonjour

19/05/2020. L’actualité politique est à la création d’une « Europe de la santé »…. Le Danemark a, lundi 18 mai, annoncé que tous les adultes asymptomatiques qui le souhaitaient allaient pouvoir être testés vis-à-vis du nouveau coronavirus. « Tous les adultes au Danemark ont la possibilité de prendre de leur propre chef un rendez-vous pour un test de Covid-19 (…) sur le site www.coronaprover.dk », a indiqué le ministère danois de la Santé dans un communiqué, précisant que les prises de rendez-vous étaient dans un premier temps disponibles pour les 18 – 25 ans.

Jusqu’à présent, seuls ceux présentant des symptômes pouvaient être dépistés, après avoir obtenu l’accord de leur médecin traitant. » Une fois le rendez-vous pris en ligne, le test sera effectué dans l’un des centres de dépistage installés dans d’immenses tentes blanches dans 16 villes du pays, précise l’AFP. Il s’agit d’un test virologique qui détermine la présence effective actuelle du virus dans l’organisme et non d’un test sérologique qui permet de mettre en lumière une éventuelle contamination passée grâce à la présence d’anticorps. »

Entre le 17 et le 18 mai seuls 41 nouveaux cas de Covid-19 ont été enregistrés – soit la plus faible hausse depuis la mi-mars, portant le total à 11.166 cas et à 548 décès. «Nous avons ramené le taux d’infection à un niveau très bas. Il est impératif qu’il n’y ait pas de poches d’infection cachées pouvant faire remonter la circulation du virus», a expliqué le ministre danois de la Santé, Magnus Heunicke.

Après avoir annoncé des mesures sévères dès le 11 mars, le Danemark a été le premier pays à réouvert ses écoles maternelles et primaires dès le 15 avril. Depuis, nombreuses sont les restrictions à avoir été levées: réouverture des petites entreprises de soins à la personne comme les salons de coiffure et les tatoueurs, puis des centres commerciaux et grands magasins et enfin des restaurants et cafés. L’AFP observe que cette réouverture n’a pas entraîné de hausse du R0 – lequel a même baissé, passant de 1 fin avril à 0,7 lors de la première semaine du mois de mai.

Sauvez des vies, prenez vos responsabilités #EtatResponsable

Et en France ?  Depuis le début de l’épidémie le gouvernement rappelle quotidiennement à la population les « gestes barrière » à respecter pour protéger et se protéger du coronavirus. « Or, ces gestes a priori simples peuvent être difficilement applicables pour des personnes vivant dans des habitats précaires (bidonvilles, squats, campements ou à la rue) où l’accès à l’eau est rare et la distanciation physique impossible à mettre en œuvre, dénonce Médecins du Monde. Comment demander à une personne vivant à la rue de se laver régulièrement les mains ? »

Cette association observe, comme tant d’autres, que cette crise sanitaire est venue exacerber les inégalités de santé et qu’elle a mis en évidence les dysfonctionnements profonds du système de santé en France. En parodiant la vidéo d’alerte coronavirus du Ministère des Solidarités et de la Santé, Médecins du Monde réclame au gouvernement des mesures fortes et immédiates pour permettre un accès aux soins effectif pour tou.te.s.

Deux exemples concrets. En France, depuis le 11 mai, les masques sont fortement recommandés dans l’espace public – voire obligatoires dans certains espaces. « Or, les personnes en situation de précarité durement touchées par la crise sanitaire ont beaucoup de difficultés à s’en procurer et encore moins gratuitement, observe Médecins du Monde.  Les personnes isolées et précarisées ne doivent pas être exclues et doivent avoir accès aux tests en cas de symptômes puis être isolées. Cela passe par exemple par le renforcement des actions mobiles de repérage pour permettre aux personnes à la rue, en bidonvilles ou en campements d’y avoir accès. La gratuité des masques pour ces personnes doit être assurée en plus d’un accès aux tests en cas de symptômes ou de contact avec une personne symptomatique. ou de contact avec une personne symptomatique. »

C’est dans ce contexte que Médecins du Monde lance une pétition en ligne et invite les citoyen-ne-s et l’ensemble de la société à faire entendre leurs voix en la signant sur le site: Sauvez des vies, prenez vos responsabilités #EtatResponsable : https://www.medecinsdumonde.org/fr/etatresponsable

De telles initiatives sont-elles nécessaires au Danemark ?

A demain @jynau

Comment a-t-on pu imaginer pouvoir utiliser des drones pour mieux déconfiner Paris ?

Bonjour

C’est, d’une certaine manière, un événement démocratique par temps pandémique : le Conseil d’Etat a enjoint lundi 18 mai l’État de cesser «sans délai» d’utiliser des drones à Paris pour surveiller le respect des règles du déconfinement. On lira ici l’ordonnance de jugement.

C’est la « Quadrature du Net » et la « Ligue des droits de l’homme » qui avaient demandé au tribunal administratif de Paris d’ordonner l’arrêt de la surveillance par drones mis en place par la préfecture de police afin de faire respecter les mesures de confinement. Leur requête ayant été rejetée par le tribunal, ces associations avaient fait appel devant le Conseil d’État. La décision de ce dernier est limpide :

« Le juge des référés du Conseil d’État a ordonné à l’État de cesser immédiatement la surveillance par drone du respect des règles sanitaires en vigueur lors de la période de déconfinement. La préfecture de police de Paris avait indiqué que les drones n’étaient pas utilisés pour identifier des personnes, mais uniquement pour détecter des rassemblements du public à Paris contraires aux mesures sanitaires en vigueur et pouvoir ainsi procéder à la dispersion du rassemblement ou l’évacuation des lieux (les drones survolant la ville à une hauteur de 80 à 100 mètres, en utilisant un grand angle et sans capturer d’images en l’absence de carte mémoire).

« Le juge des référés a toutefois relevé que les drones utilisés sont dotés d’un zoom optique et peuvent voler en dessous de 80 mètres, ce qui permet de collecter des données identifiantes. Il a observé que les drones ne sont dotés d’aucun dispositif technique permettant de s’assurer que les informations collectées ne puissent conduire à identifier des personnes filmées, et ce, pour un autre usage que l’identification de rassemblements publics. »

Dès lors, le juge des référés a estimé que l’utilisation de ces drones relève bien « d’un traitement de données à caractère personnel » et, à ce titre, « doit respecter le cadre de la loi informatiques et libertés du 6 janvier 1978». Constatant que ce cadre n’avait pas été respecté, il a par conséquent ordonné à l’État de cesser sans délai la surveillance par drone. Et ce tant qu’un arrêté ou décret ministériel n’aura pas été pris sur le sujet après avis de la CNIL -ou tant que les drones ne seront pas dotés d’un dispositif de nature à rendre impossible l’identification des personnes filmées.

Me Patrice Spinosi, avocat de la LDH a déclaré à l’AFP saluer «la volonté du Conseil d’Etat de marquer son attachement aux libertés fondamentales». Selon lui «il n’y a aucune raison de penser que cette décision n’ait pas vocation à s’appliquer sur l’ensemble du territoire français». Les forces de l’ordre devront surveiller autrement la bonne marche du déconfinement.

A demain @jynau

Covid-19: que va-t-il se passer après la découverte d’un abattoir massivement contaminé ?

Bonjour

17/05/2020. Délicate opération transparence via une conférence de presse organisée par Pierre Pouëssel, préfet du Loiret et de région Centre-Val de Loire, et Laurent Habert, directeur général de l’ARS Centre-Val de Loire. Objet : tout dire sur ce que l’on sait désormais (ou pas) quant à l’abattoir massivement contaminé de Fleury-les-Aubrais (Loiret).

Il s’agit de l’abattoir Tradival, employant 400 salariés, propriété de la coopérative-entreprise Sicarev et souffrant, officiellement, d’ « obsolescence ». Une capacité de 55.000 tonnes par an, ce qui en fait « le plus important abattoir d’animaux de boucherie, spécialisé dans la filière porcine, de la région Centre-Val de Loire ». Trois secteurs : l’abattage, la découpe et la transformation, ce dernier étant interdit d’exercer depuis janvier dernier après la découverte de cas de listériose associés à une « insuffisance de maîtrise sanitaire dans le processus de fabrication » de produits de charcuterie.

Aujourd’hui c’est l’ensemble de l’entreprise qui est à l’arrêt après la découverte de la circulation du virus de la Covid-19  au sein de l’abattoir ; via le tout nouveau système de « tracing » conduisant à la découverte d’un « cluster » par le biais de l’application « Contact Covid ». Dans un premier temps les investigations menées ont permis en quelques jours de confirmer 12 cas au sein de l’entreprise et de deux entreprises sous-traitantes. Puis une première opération de dépistage concernant 84 personnes présentes sur le site ont permis de diagnostiquer 22 cas supplémentaires. Soit, aujourd’hui 34 personnes « mises en isolement ».

La peur du déclassement en rouge

Au vu de ces éléments le reste des 400 salariés subiront un dépistage dans les deux prochains jours. L’ARS du Centre-Val de Loire a estimé que ce dépistage de l’ensemble des salariés (et non seulement de l’unité de découpe qui faisait l’objet des premières investigations) était nécessaire « compte tenu de l’importance de la circulation du virus » dans cet abattoir. Ce dépistage, qualifié « d’assez considérable », est mené par les unités mobiles du CHR d’Orléans. Chaque cas positif identifié conduit à la recherche de l’ensemble des personnes ayant été en contact, soit entre dix et quinze personnes à chaque fois. Où l’on mesure l’ampleur des travaux devant être menés pour établir les chaînes potentielles de contamination -et prévenir les contaminations ultérieures.

Pour Pierre Pouëssel aucun doute n’est permis : il s’agit d’un « important cas groupé Covid », même si  « aucun cas grave » n’a été diagnostiqué à ce stade. Interrogé lors de la conférence de presse sur le fait de savoir s’il s’agissait d’un « cluster » semblable à celui, inaugural en France,  de Mulhouse, le préfet a répondu ceci : « la grande différence est qu’il y a des tests systématiques et que tout l’objectif est de casser la chaîne ». « Selon la DRH de l’entreprise, il y avait bien les masques, les gels, les prises de température à l’entrée de l’abattoir et il semble que le protocole ait été respecté » a-t-il prudemment ajouté.

Dès lors comment comprendre ? Parmi les hypothèses évoquées à Orléans la principale, à ce stade, demeure le non-respect par les salariés des « gestes barrières » en dehors des ateliers de travail. Mais il faut aussi, dès maintenant, compter avec des conséquences en cascade. Comme la question de la fermeture des écoles orléanaises qui venaient de rouvrir; et celle des premières rumeurs concernant de possibles contaminations des aliments commercialisés par l’entreprise.

Avec, en toile de fond la sanction que rien, pour l’heure, ne saurait justifier : le déclassement en « rouge » du département du Loiret.

A demain @jynau

Covid-19 : mystère autour de clusters dans deux abattoirs verts de Bretagne et du Loiret

Bonjour

16/05/2020. Nous sommes loin d’en avoir fini avec les surprises épidémiologiques. Six employés travaillant dans un abattoir situé dans les Côtes-d’Armor ont été testés positifs au Covid-19, et une campagne de dépistage massif est en cours, a annoncé vendredi 15 mai l’Agence régionale de santé (ARS) de Bretagne. Il s’agit de l’un des sites de production du groupe Kermené, filiale des centres distributeurs E.Leclerc

«Un signalement a été transmis le 13 mai à l’ARS par le Centre hospitalier de Saint-Brieuc, relatif à un patient diagnostiqué Covid-19. Ce dernier est employé en tant que prestataire externe pour une entreprise agroalimentaire, indique l’ARS. Les premières enquêtes sanitaires dans l’entreprise menées sans délai par l’ARS et Santé Publique France ont permis de mettre en évidence cinq autres cas confirmés depuis le 9 mai», poursuit l’ARS.

« Ces derniers jours, six employés, externes ou internes, ont été testés positifs au Covid-19, d’après la préfecture des Côtes-d’Armor, résume Ouest-France.  Avec pas moins de 2 500 salariés, la société ‘’est presque une ville à elle toute seule’’, souligne Gérard Daboudet, maire délégué de la commune du Méné. Des ‘’investigations complémentaires’’, menées par les agents de l’ARS et de Santé publique France, ont, cependant, montré que les cas confirmés auraient ‘’exercé leur activité dans une zone circonscrite de l’entreprise’’. L’espace visé regrouperait seulement 220 salariés. »

Et puis cette alerte de l’ARS Centre Val de Loire: « Identification d’un nombre important de cas groupés dans un abattoir du Loiret » :

« Suite au signalement, par le biais de l’application Contact Covid, de cas confirmés de
COVID-19 au sein d’un abattoir de Fleury les Aubrais, les investigations et dépistages
menés ont permis d’identifier à ce jour 34 cas confirmés. Un dépistage complémentaire
de l’ensemble des salariés va être entrepris. L’entreprise restera fermée le temps de
compléter les investigations.

Pour l’heure les investigations menées ont permis de constater 12 cas confirmés au sein de l’entreprise et de deux entreprises sous-traitantes. Par ailleurs, une première opération de dépistage a été menée concernant 84 personnes présentes sur le site. Les résultats des tests font apparaître ce jour 22 cas confirmés supplémentaires, portant le total des cas confirmés à 34. Ces personnes se sont vues prescrire un isolement.

Compte tenu de ces éléments, le dépistage de l’ensemble des salariés de l’entreprise et de
ses prestataires va être entrepris au cours des prochains jours. Parallèlement, l’entreprise sera fermée par arrêté préfectoral, le temps de compléter les investigations et de procéder aux opérations de désinfection des locaux. Enfin, la recherche hors de la sphère professionnelle des cas contact des personnes porteuses du virus va être entreprise par l’Assurance maladie.

Aux Etats-Unis aussi

L’Agence France Presse rappelle qu’aux États-Unis, un contrôleur chargé de faire respecter les règles sanitaires dans les abattoirs américains (dont plusieurs sont devenus des foyers de contagion de la Covid-19)  est décédé mercredi 13 mai après avoir contracté la maladie. Ce fonctionnaire du ministère de l’Agriculture (USDA) était basé à Dodge City, dans le Kansas, a précisé le porte-parole de l’organisation représentant les salariés du gouvernement dans le pays, AFL-CIO. Trois autres contrôleurs morts de la maladie étaient basés dans les Etats de New York, de l’Illinois et du Mississippi. »

Pourquoi, de part et d’autre de l’Atlantique, les abattoirs ? C’est une nouvelle question pour les épidémiologistes.

A demain @jynau

Emmanuel Macron : quel sera le vrai prix de son acte de contrition de La Pitié-Salpêtrière ?

Bonjour

16/05/2020. Ainsi donc hier fut un nouveau jour « historique » dans la petite histoire de la Macronie « Cet épisode sera l’un des marqueurs du quinquennat ! » glissa-t-on, en toute simplicité, à l’attention des médias sous les ors de L’Elysée. De bien grands mots pour une petite surprise présidentielle, sortie semi-secrète et hospitalière. Et finalement le retour en fanfare d’Emmanuel Macron au temple hospitalo-universitaire de la Pitié-Salpêtrière. Même cause, mêmes effets : à  nouveau un chef de l’Etat pris à partie par des soignants exacerbés par de l’incurie récurrente de l’exécutif.  

Il fallait assurer le spectacle. Ce fut comme un étrange acte laïc de contrition/attrition – le besoin soudain de se confesser, d’expier. La grande repentance politique. Où l’on vit ainsi, médusé, le président de la République se présenter comme un « enfant de l’hôpital » : référence à ses attaches familiales, père neurologue au CHU d’Amiens, frère radiologue dans une clinique privée de Seine-Saint-Denis. Et, dans la foulée un mea culpa collectif à très haut risque politique sur la façon dont le système de santé avait été réformé depuis son arrivée à l’Elysée en 2017. « On a sans doute fait une erreur dans la stratégie annoncée il y a deux ans », a-t-il reconnu, en référence à la réforme du système de santé ridiculement baptisé « Ma santé 2022 ».

Ce fut un désaveu cinglant du travail entrepris par son gouvernement – à commencer par Agnès Buzyn qui semble avoir désormais radicalement disparue de la Macronie. Le chef de l’Etat a, rapporte Le Monde, (François Béguin et Cédric Pietralunga) estimé que cette loi « ne portait pas assez de sens » et avait « un rapport au temps et une ampleur qui n’étaient pas du tout suffisants par rapport à l’état où était l’hôpital ». « On mettait fin à quinze ans de baisse des tarifs hospitaliers, on [les] avait même réaugmentés. J’étais convaincu qu’on était en train de changer les choses », et « c’est très cruel pour moi-même », a-t-il ajouté, jugeant que « c’était une super stratégie mais à faire dix ans plus tôt ». Même chose pour les deux plans d’urgence concoctés par Agnès Buzyn à l’automne 2019. « Ils étaient sous-dimensionnés », reconnaît aujourd’hui sans difficultés l’entourage d’Emmanuel Macron.

L’envie, la bonne énergie et le désespoir

Ainsi donc il aura fallu une crise épidémique sanitaire et hospitalière majeure pour susciter une prise de conscience présidentielle – là où, pourtant, tous les feux des soignants étaient au rouge depuis plus d’un an … Où était, alors, le président, cet « enfant de l’hôpital » ? Et comment les mêmes soignants entendront-ils ces nouveaux mots, ce futur « Ségur »de l’organisation du système de santé, du nom de l’avenue parisienne où est situé le ministère de la santé – le type même d’appellation jacobine-administrative  contraire à la révolution girondine-médicale que vient, sous la pression, d’inventer le système de santé français 1

Contrition ? Mea Culpa ?« Il y a un vrai changement de paradigme dans le discours d’Emmanuel Macron, observe le Dr François Salachas, membre du Collectif inter-hôpitaux, qui avait sèchement interpellé le président lors de sa précédente visite à la Pitié le 27 février. Soit on peut être méfiant, soit on peut dire oui, cette crise va permettre de refonder l’hôpital public. »

« Cette soudaine accélération du tempo présidentiel ne doit rien au hasard, souligne Le Monde. Au sein de l’exécutif, les images de cortèges de soignants défilant ces derniers jours devant leur hôpital, à Toulouse, à Saint-Etienne, ou à l’hôpital Robert-Debré à Paris, ont jeté un froid. ‘’On pensait avoir jusqu’à la rentrée pour construire un plan pour l’hôpital, on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas attendre’’, reconnaît un conseiller ministériel. »

Et attendre d’autant moins que les couacs et les impairs s’enchaînent. Comme cette annonce ubuesque de l’attribution d’une « médaille de l’engagement » 2 aux soignants ayant lutté contre le Covid-19. Ou cette annonce d’un défilé de héros en blouses blanches, au pas cadencé, à côté des militaires du 14 juillet déconfiné…

Et puis cette terrible phrase présidentielle, surplombante : « Je n’ai pas envie que la bonne énergie retombe et que le désespoir s’installe ». Il répondait à des infirmières de La Salpêtrière qui l’interpellaient sur leurs trop bas salaires.

A demain @jynau

1 Sur ce thème, écouter les pertinentes analyses du souvent controversé Pr Philippe Juvin, responsable politique (LR) et chef du service des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou. « Pr Juvin : les leçons d’une crise » BFM-TV, 15 mai 2020

2 Sur ce thème, un chef d’œuvre de Denis Pessin, sur Slate.fr : « Ordre du virus »

Seuls 4,4% des Français auraient été infectés avant d’être déconfinés. Que va-t-il se passer ?

Bonjour

14/05/2020. Nouveaux chiffres donnés par un groupe de chercheurs dirigés par Simon Cauchemez (Institut Pasteur de Paris) dans la revue américaine Science 1. C’est la dernière estimation disponible quant au degré d’immunité (potentielle) de la population française vis-à-vis du nouveau coronavirus. C’est aussi une réactualisation des estimations pré-publiées fin avril par cette même équipe. Nous sommes ici au carrefour de l’épidémiologie, de la médecine et du politique : ces estimations (qui se fondent sur des modélisations et des données d’hospitalisation) visent à évaluer quel a été « l’impact immunitaire » de la décision de confiner la population française. A ce titre elles autorisent bien des extrapolations.

Ces nouvelles estimations sont légèrement différentes de celles élaborées par cette même équipe dans sa prépublication qui portait sur des données arrêtées à la mi-avril. La contamination de la population française était alors estimée à 5,7 % (marge d’incertitude entre 3 et 10 %), soit 3,7 millions de personnes. Le taux de létalité était estimé à 0,53 % et l’équipe avançait que le confinement réduirait le R0 (nombre de personnes infectées par un individu porteur du virus) de 3,3 à 0,5 (84 %). Cette réduction est désormais estimée de 77 % (passage de 2,9 à 0,67). Et 4,4 % de la population auraient été infectées au 11 mai, à la veille du déconfinement.

Selon ces estimations, 9,9 % (marge de 6,6 à 15,7 %) des habitants de l’Ile-de-France auraient été contaminés au 11 mai et 9,1 % (marge 6,0 à 14,6 %) dans le Grand-Est. Parmi les personnes infectées, 3,6 % ont été hospitalisés et 0,7 % sont décédées. Ce taux de létalité varierait aujourd’hui de 0,001 % chez les moins de 20 ans, à 10,1 % chez les plus de 80 ans,  Ces dernières estimations ne prennent pas en compte les morts du Covid-19 à domicile et en Ehpad. Pour autant la conclusion reste la même. « L’immunité de la population apparaît insuffisante pour éviter une seconde vague si les mesures de contrôle sont relâchées à la fin du confinement, écrivent les auteurs. Il faudrait qu’environ 65 % de la population soit immunisée pour que l’épidémie soit contrôlée par l’immunité seule. »

Selon eux ces résultats suggéreraient fortement que « l’immunité de groupe » sera à elle seule insuffisante pour éviter une « deuxième vague ». « Des mesures de contrôle efficaces permettant de limiter le risque de transmission doivent être maintenues au-delà du 11 mai pour éviter un rebond de l’épidémie » affirment-ils. Ils ne disent toutefois pas jusqu’à quand.

A demain @jynau

1 Salje H, Tran Kiem C, Lefrancq N et al Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France Science  13 May 2020: eabc3517 DOI: 10.1126/science.abc3517

Anne Hidalgo, Olivier Véran et le gouvernement : à qui le bras de fer «parcs et espaces verts» ?

Bonjour

13/05/2020. Que restera-t-il, après demain de cet étrange épisode médiatisé qui voit la maire de Paris en guerre ouverte contre le gouvernement – et ce au nom de la santé publique. Nous avons déjà fait état de l’étrange colère qui, sur ce thème, anime Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé. Objet de la confrontation : la fermeture, imposée par le gouvernement, des 490 parcs et jardins de la capitale – Buttes-Chaumont et jardin du Luxembourg inclus. Et ce au nom de la récente règle gouvernementale, non écrite, qui veut que ces espaces sont interdits au public dans les départements classés « rouges ».

Anne Hidalgo ne comprend pas. « Compte tenu des besoins des Parisiens, car Paris est une ville très dense, je renouvelle ma demande d’ouvrir à la promenade les parcs et jardins avec port du masque obligatoire », a-t-elle tweeté, mardi 12 mai. Depuis plusieurs jours, la maire socialiste de Paris avance notamment l’argument, pour les Parisiens, d’une meilleure « distanciation sociale » – formule dénoncée par l’Académie française. Elle propose aussi que le port du masque soit obligatoire dans ces espaces verts. Elle annonce des « propositions très concrètes » et la transmission, au Premier ministre d’un « protocole qui permette de rassurer le gouvernement sur les conditions d’ouverture de ces parcs et jardins ».

A commencer par des dispositifs pour qu’il n’y ait pas de pique-niques et d’attroupements plus ou moins alcoolisés sur les pelouses. « Nous sommes en mesure de le faire respecter avec les agents du service municipal », ajoute Anne Hidalgo, appelant le gouvernement à faire vite. « Le beau temps arrive, on ne pourra pas contenir les Parisiens sur les trottoirs à proximité des jardins et des parcs qui seraient fermés » insistait-elle jusqu’à hier. Elle a récidivé ce 13 mai, sur RMC-BFMTV qui se régale de ce bras de fer : « Je pense que c’est une question de santé publique» a-t-elle déclaré, s’étonnant que l’on puisse «prendre le métro mais pas marcher dans un parc».

«Ça suffit, le bashing des Parisiens !»

Il ne s’agit pas d’autoriser le n’importe quoi, d’ouvrir les «aires de jeu», explique l’élue. Seulement de permettre aux habitants de «faire du sport», «marcher» et «respirer» – avec limitation du nombre de promeneurs et port du masque obligatoire. Et d’éviter ainsi les attroupements. «Paris est une ville très dense», «il nous faut vraiment gagner de l’espace», avance celle dont les listes sont arrivées en tête du premier tour des élections municipales le 15 mars dernier. Et d’en appeler à «faire confiance» aux habitants, qu’elle refuse de voir dépeints comme irrespectueux des règles sanitaires. «Ça suffit, le bashing des Parisiens», s’agace-t-elle, arguant que les 2,2 millions d’habitants de la capitale «ont été très raisonnables» pendant le confinement.

Face à elle, étrangement arc-bouté, Olivier Véran : « On peut comprendre le réflexe, mais attention, ça peut être dangereux. Non, nous n’ouvrirons pas les parcs et jardins à Paris et en Ile-de-France ainsi que dans les autres régions qui sont classées rouges. Non pas qu’on n’a pas envie que les gens puissent sortir prendre l’air, mais c’est peut-être extrêmement tentant de se regrouper. » Et le ministre d’imaginer le pire :  « que les gens s’amassent, ne respectent pas les groupes de dix, et ne puissent pas respecter les conditions des gestes barrières ».

Et désormais, au secours d’Olivier Véran, l’ensemble du gouvernement. Ce 13 mai, au sortir du conseil des ministres, Sibeth Ndiaye, porte-parole, a répété la position de l’exécutif : lors de précédentes communications du gouvernement, «nous avons considéré que l’ouverture des parcs et jardins était inopportune compte tenu de la vivacité de la circulation du virus à Paris et en région Île-de-France, et nous ne sommes pas revenus sur cette décision».

Certes. Mais comment comprendre, alors, que les bois de Vincennes et de Boulogne, le Champ-de-Mars et l’esplanade des Invalides ont, eux, bel et bien été déconfinés ? Le virus y est-il moins vivace qu’ailleurs, sur les pentes des Buttes-Chaumont ou dans les douceurs du Luxembourg ?

A demain @jynau