Covid politique : les propos au vitriol d’un rapporteur de la commission d’enquête du Sénat

Bonjour

15/09/2020. Le ton, la température, montent dans les médias. Le pouvoir exécutif, le passé et le présent, est la cible de mille et une nouvelles flèches. Dernier (et passionnant) exemple en date l’entretien accordé au Monde  (Chloé Hecketsweiler et Solenn de Royer) par le Dr Bernard Jomier, sénateur de Paris (apparenté Parti socialiste) – corapporteur de la commission d’enquête parlementaire du Sénat chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire.

En voici des extraits édifiants :

«Ce qui me frappe, d’abord, c’est le désarroi des acteurs de terrain que nous auditionnons depuis juillet. Ils ont eu le sentiment d’être livrés à eux-mêmes lors de cette première vague épidémique et de ne pas comprendre comment était pilotée, gérée, cette crise. Ils nous l’ont dit crûment, évoquant une pénurie, de masques, de tests, de tout. Et il leur a été insupportable d’entendre ministre ou haut fonctionnaire affirmer le contraire, tenter de jouer sur les mots. On ne joue pas sur les mots dans un contexte pareil. Le premier devoir des responsables, c’est la loyauté vis-à-vis du peuple, vis-à-vis des acteurs ayant été en première ligne. Ils nous doivent la vérité. »

« Agnès Buzyn [ministre de la santé jusqu’à la mi-février] a dit la vérité : elle a bien donné l’alerte dès le mois de janvier. Les premières réunions de crise ont eu lieu à ce moment-là, y compris dans des territoires. Dans les Hauts-de-France, par exemple, l’agence régionale de santé [ARS] a fait sa première réunion de crise le 23 janvier ! Or, cette alerte précoce – et c’est l’un des grands enseignements de nos auditions – n’a pas été suivie de décisions. Le mois de février reste un mystère, un trou noir. L’appareil d’Etat est resté l’arme au pied, sans prendre les décisions qui s’imposaient pour faire face à l’épidémie. (…)

« Sur les tests, c’est très net. Le 10 janvier, les Chinois transmettent la carte d’identité du virus à la communauté scientifique dans le monde entier. L’Institut Pasteur la reçoit, prépare le test, et le transmet au Centre national de référence. Puis, plus rien. Au même moment, les Allemands lancent la fabrication des tests à grande échelle. Que s’est-il passé au mois de février pour que les retards s’accumulent ainsi au point que la France s’est retrouvée complètement dépourvue en plein pic de l’épidémie ? »

Le Monde précise que les sénateurs organiseront, le 16 septembre, une confrontation inédite, délicate, entre le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, et l’ex-responsable de Santé publique France, François Bourdillon. « Le second assure avoir alerté le premier de l’état déplorable des stocks de masques… Devant l’Assemblée nationale, M. Salomon a justifié sa décision de ne commander que 100 millions de masques en 2018 alors que 1 milliard auraient été nécessaire pour reconstituer le stock… » rappelle le quotidien. Réponse :

«On constate qu’un certain nombre de personnes auditionnées veulent redessiner a posteriori la cohérence de leurs décisions. Il y a clairement chez certains la volonté de ne pas dire, de ne pas être franc, de tenter d’échapper à ce devoir de loyauté dû au peuple. On ne peut pas avoir vécu une telle crise sanitaire, avec des modes de gestion n’ayant pas été satisfaisants, et avoir des responsables publics, aux niveaux les plus élevés qui n’assument pas leurs responsabilités et se renvoient la balle. C’est intolérable. Notre commission d’enquête n’est pas un tribunal mais chacun doit dire la vérité des faits. »

Or Agnès Buzyn assure de son côté qu’elle n’a pas eu connaissance des courriers de François Bourdillon alertant la direction générale de la santé sur l’état catastrophique des stocks…

« Si c’était le cas, il s’agit d’un défaut de gouvernance majeur dans l’administration du ministère et elle doit l’assumer. Si elle était au courant, ça se passe de commentaire. De toute façon ce n’est pas entendable. Quand on est ministre, on assume tout. (…)

« Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le pilotage n’est toujours pas adapté : la lutte contre l’épidémie a été confiée à un conseil de défense, qui se réunissait à huis clos à l’Elysée, assisté du SGDSN [Secrétariat général à la défense et de la sécurité nationale, rattaché au premier ministre]. Or, ce n’est pas une instance où peut s’élaborer une politique de santé publique. A côté, le conseil scientifique donne son avis de temps à autre, des sociétés savantes émettent des recommandations et les médecins se disputent sur les plateaux de télévision. Mais où se discute la stratégie de dépistage ? Nous avons besoin d’une véritable instance de santé publique. A ce stade, notre dispositif reste donc insuffisamment solide pour répondre aux prochains épisodes épidémiques. »

C’est dire si l’on attend, avec un vif intérêt, les conclusions de la commission d’enquête parlementaire du Sénat

A demain @jynau

Chloroquine : le Pr Pialoux soupçonne le Pr Raoult de ne pas avoir respecté les règles éthiques

Bonjour

14/09/2020. C’est un entretien à bien des égards édifiant. Il est accordé au Monde (Sandrine Cabut) par le Pr Gilles Pialoux « Le Covid-19 peut entraîner un broyage social, avec des glissements entre causalité et responsabilité ». Le chef du service de maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon depuis 2004 y est interrogé à propos de son dernier ouvrage : Nous n’étions pas prêts (éditions JC Lattes, 250 pages, 18 euros), Où l’on retrouve l’une des principales polémiques du moment. .

Question du Monde : Concernant l’hydroxychloroquine, vous êtes très critique envers la méthodologie des études de Didier Raoult, et envers sa communication. Vous faites même un parallèle avec l’affaire de la cyclosporine dans le traitement du sida, et celle de la mémoire de l’eau. Pensez-vous qu’il y a eu fraude ?

Un « parallèle » avec l’affaire dite de « la mémoire de l’eau » ? Il nous faudra nous pencher sur l’ouvrage pour tenter de comprendre où peuvent bien se cacher les parallèles. Reste l’affaire de Marseille et du Pr Raoult. Le Pr Pialoux :

« Les carences méthodologiques des essais de l’équipe de l’lnstitut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille ont été largement décriées, tout comme leur communication outrancière via YouTube ou dans des revues autopromotionnelles. Mais au-delà, le cadre éthique pose un réel problème, comme l’a révélé Libération 1. J’ai pu confirmer, en consultant des rapports des comités de protection des personnes (CPP), que l’IHU semble effectivement s’être assis sur les règles gérant les recherches cliniques sur l’homme.

« Dans l’histoire du sida, les essais cliniques hors cadre ont fait l’objet d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de la direction générale de l’administration et de l’éducation nationale, en 1995. Il me semble que ces études pourraient relever de l’IGAS. Cette histoire a fait en tout cas beaucoup de mal à la recherche clinique. Sans compter toute cette violence sur les réseaux sociaux pour une molécule qui n’a pas prouvé son efficacité. La situation actuelle de l’épidémie à Marseille nous renvoie tous à l’humilité. »

« Humilité ». C’est un bien grand mot qui est ici prononcé. Le Monde : « Vous en voulez aussi aux ‘’experts déconnectés de la réalité’’, qui délivrent des informations erronées. A l’heure où l’épidémie repart en France, quels sont vos messages principaux ? ». Réponse de l’infectiologue parisien :

« Au début de cette pandémie, des spécialistes se sont trompés en parlant de ‘’grippounette ‘’, des modélisations se sont révélées fausses. Dans un phénomène émergent, ces erreurs sont inévitables, mais leur reprise en boucle a créé un courant de négation qui diffuse partout, même chez des chroniqueurs, des philosophes et certains médecins qui nourrissent les dérives complotistes.

« Pour la deuxième vague, il faut accepter de dire : ‘’Je ne sais pas.’’ Par exemple, la place des enfants dans la chaîne de transmission est encore mal connue, idem pour la durée de l’immunité. Et il persiste beaucoup d’incertitudes sur les modes de transmission. On devrait pouvoir laisser l’incertitude exister sans se sentir obligé de donner une opinion. Par ailleurs, pour prendre certaines décisions politiques, comme la généralisation du port du masque, il n’y a pas besoin de preuves de son efficacité. Aujourd’hui, il y a une montée du discours antimasque, mélangée avec des discours antivaccins, anti-5G, etc., et la confusion est attisée par un certain nombre de pseudo-experts et par les réseaux sociaux. Je suis inquiet de cet environnement délétère qui coïncide avec la remontée de l’épidémie. »

Mais qui, aujourd’hui, peut prendre la liberté de ne pas être inquiet ?

A demain @jynau

1 Le Pr Didier Raoult sera-t-il condamné à ne plus pouvoir exercer? Slate.fr 8 septembre 2020

Réquisitoire dérangeant pour le gouvernement «Ne plus être gouvernés par la peur»

Bonjour

12/09/20020. C’est un document d’importance, une tribune collective publiée par Le Parisien et signée par trente-cinq scientifiques, universitaires et professionnels de santé 1 critiquent avec une certaine virulence la politique et la communication gouvernementales. Selon eux, elles relèvent davantage d’un affichage d’une « posture protectrice » que d’une stratégie sanitaire précise. Un document dont Le Monde Hervé MorinPascale Santi et Nathaniel Herzberg) donne fort utilement la généalogie. Un document qui sera peut-être qualifié de « populiste » – où l’on retrouve des opinions et des prises de position rarement exprimées sur les plateaux de télévision. En voici quelques extraits :

« Nous, scientifiques et universitaires de toutes disciplines, et professionnels de santé, exerçant notre libre arbitre et notre liberté d’expression, disons que nous ne voulons plus être gouvernés par et dans la peur. La société française est actuellement en tension, beaucoup de citoyens s’affolent ou au contraire se moquent des consignes, et nombre de décideurs paniquent. Il est urgent de changer de cap.

Nous ne sommes pas en guerre mais confrontés à une épidémie qui a causé 30 décès le 9 septembre, contre 1438 le 14 avril. La situation n’est donc plus du tout la même qu’il y a 5 mois. Par ailleurs, si la guerre peut parfois justifier un état d’urgence et des restrictions exceptionnelles de l’Etat de droit et des libertés publiques qui fondent la démocratie et la République, ce n’est pas le cas d’une épidémie. Aujourd’hui comme hier, cette crise doit nous unir et nous responsabiliser, pas nous diviser ni nous soumettre. »

Complotistes en tout genre

C’est pourquoi les signataires appellent les autorités politiques et sanitaires françaises « à cesser d’insuffler la peur à travers une communication anxiogène qui exagère systématiquement les dangers sans en expliquer les causes et les mécanismes. Il ne faut pas confondre la responsabilisation éclairée avec la culpabilisation moralisatrice, ni l’éducation citoyenne avec l’infantilisation. »

Ils appellent également l’ensemble des journalistes « à ne plus relayer sans distance une communication qui est devenue contre-productive : la majorité de nos concitoyens ne fait plus confiance aux discours officiels, les complotistes en tout genre foisonnent sur les réseaux sociaux et les extrémismes en profitent ».

« Le confinement général, mesure inédite dans notre histoire, a eu des conséquences individuelles, économiques et sociales parfois terribles qui sont loin de s’être encore toutes manifestées et d’avoir été toutes évaluées. Laisser planer la menace de son renouvellement n’est pas responsable.

« Il faut évidemment protéger les plus faibles. Mais de même que l’imposition du masque dans la rue, y compris dans les régions où le virus ne circule pas, l’efficacité du confinement n’est pas démontrée scientifiquement. Ces mesures générales et uniformes, imposées sous surveillance policière, relèvent davantage d’une volonté d’afficher une posture protectrice que d’une stratégie sanitaire précise. D’où leur grande volatilité depuis six mois. Beaucoup d’autres pays agissent avec plus de cohérence. Une coordination européenne serait nécessaire. »

Supprimer (ou refonder) le Conseil scientifique

Les auteurs également le gouvernement « à ne pas instrumentaliser la science ». Et d’ajouter, ce qui ne manquera pas non plus d’irriter : « La science a pour condition sine qua non la transparence, le pluralisme, le débat contradictoire, la connaissance précise des données et l’absence de conflits d’intérêts. Le Conseil scientifique du Covid-19 ne respectant pas l’ensemble de ces critères, il devrait être refondé ou supprimé. »

Suivent des considérations qui nourriront de nombreuses critiques où l’on retrouve, entre les lignes, la promotion de l’usage de l’hyroxychloroquine – ce qui ne manquera pas de réduite la portée et le poids de cette initiative. « Il est urgent, concluent les auteurs, de nous remettre à penser ensemble pour définir démocratiquement nos stratégies sanitaires, redonner de la confiance à nos concitoyens et de l’avenir à notre jeunesse. »

« Nombre des critiques exposées ont déjà été exprimées, mais ce texte a la particularité de réunir des personnalités qui, sur certains aspects de la pandémie, et de sa prise en charge, ont parfois été diamétralement opposées » observe Le Monde. C’est, en d’autres termes, dire l’intérêt, plus ou moins distancié, que l’on pourra lui trouver.

A demain @jynau

1 Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’Université de Paris ; Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS ; Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l’Université de Bordeaux ; Gilles Bœuf, professeur de biologie à Paris-Sorbonne Université ; Pierre-Henri Gouyon, professeur de biologie au Muséum national d’histoire naturelle ; Jean Roudier, professeur de rhumatologie à l’Université d’Aix-Marseille ; Louis Fouché, médecin, anesthésiste-réanimateur à l’Hôpital de la Conception ; Olivier de Soyres, médecin, réanimateur à la clinique des Cèdres ; Christophe Lançon, professeur de psychiatrie à l’Université d’Aix-Marseille ; Laurent Toubiana, épidémiologiste à l’Inserm ; Mylène Weill, biologiste, directrice de recherche au CNRS ; Anne Atlan, généticienne des populations et sociologue, directrice de recherche au CNRS ; Bernard Swynghedauw, biologiste, directeur de recherche émérite à l’Inserm ; Marc-André Selosse, professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle ; Jean-Louis Thillier, médecin, immunopathologiste ; Jean-François Lesgards, biochimiste, chercheur au CNRS ; Alexandra Menant, biologiste, chercheuse au CNRS ; André Comte-Sponville, philosophe ; François Gastaud, chirurgien orthopédiste à Strasbourg ; Éric Desmons, professeur de droit public à l’Université Sorbonne Paris Nord ; Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’Université de Bourgogne Franche-Comté ; Charalambos Apostolidis, professeur de droit public à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté ; Nicolas Sembel, professeur de sociologie à l’Université d’Aix-Marseille ; Dominique Crozat, professeur de géographie à l’Université de Montpellier ; Marnix Dressen-Vagne, professeur de sociologie à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ; Thomas Hippler, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Caen-Normandie ; Nicolas Leblond, maître de conférences en droit à l’Université Polytechnique Hauts-de-France ; Dominique Labbé, politiste, enseignant émérite à l’Université de Grenoble-Alpes ; Arnaud Rey, chercheur en psychologie au CNRS ; Mathias Delori, politiste, chercheur au CNRS ; Jacques Tassin, écologue, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ; Sylvie Gourlet-Fleury, écologue, chercheuse au Cirad ; Emmanuelle Sultan, docteur en océanographie physique, ingénieure de recherche au Muséum national d’histoire naturelle ; Christophe Leroy, biologiste, docteur en biologie moléculaire et cellulaire ; Bernard Dugué, docteur en pharmacologie, docteur en philosophie

Le Pr Didier Raoult bientôt transformé en martyr scientifique par l’Ordre des médecins ?

Bonjour

03/09/2020. C’est une nouvelle et croustillante étape dans une affaire désormais sans fin : « l’affaire Raoult ». On en trouvera l’essentiel dans Le Figaro (Cécile Thibert). Un développement symptomatique des passions et des colères générées par le comportement du microbiologiste marseillais au sein de sa communauté médicale et scientifique spécialisée.

Il faut ainsi rappeler qu’en juillet, la Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf) avait déposé plainte contre Didier Raoult, le plus que médiatique directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection auprès du Conseil départemental de l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône. Sanctions encourues : du simple avertissement à la radiation définitive.

« Promotion d’un traitement qui n’a pas démontré son efficacité, diffusion de fausses informations auprès du public, graves manquements au devoir de confraternité, réalisation d’essais cliniques dont la légalité reste à démontrer… La Spilf – qui rassemble plus de 500 spécialistes des maladies infectieuses – reproche au microbiologiste d’avoir enfreint pas moins de neuf articles du code de déontologie médicale » résume Le Figaro.

Et le quotidien de détailler après avoir pris connaissance d’un argumentaire de six pages dans lequel les plaignants exposent méticuleusement les motifs. À commencer par la promotion et la prescription tous azimuts de l’hydroxychloroquine  par le chercheur marseillais depuis le mois février. «Le Pr Didier Raoult a délibérément prescrit de l’hydroxychloroquine souvent associée à de l’azithromycine à des patients atteints de Covid-19 sans qu’aucune donnée acquise de la science ne soit clairement établie à ce sujet, et en infraction avec les recommandations des autorités de santé», souligne la société savante.

Hydroxychloroquine, essai clinique et cadre légal

Pugnaces les auteurs de la plainte rappellent que le code de déontologie médicale interdit aux médecins de présenter comme «salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé». Et ce alors même que les risques, notamment cardiaques, sont bien établis (150 cas d’atteinte cardiaque liés à l’hydroxychloroquine entre janvier et mai, dont 7 décès, selon l’Agence du médicament).

De même, les médecins sont tenus de ne faire état au public que de «données confirmées», de «faire preuve de prudence» et d’avoir le «souci des répercussions de ses propos». Ce que Didier Raoult n’aurait pas respecté, selon la Spilf,  en affirmant que l’hydroxychloroquine permettait une «amélioration spectaculaire»  – et ce avant de jurer aux députés de la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de l’épidémie n’avoir «jamais recommandé ce traitement»

« Les plaignants n’ont pas non plus digéré les multiples offenses du chercheur marseillais, qui a traité de «fous» ceux qui ne prescrivaient pas son traitement, avant d’insinuer que certains avaient délibérément laissé mourir des patients » ajoute Le Figaro. «Ici, à Paris, on comptait les morts, moi je comptais les positifs (…) On n’a pas soigné les gens (…) c’est un choix qui a été fait», a-t-il ainsi déclaré le 25 juin sur BFMTV.

Enfin, et c’est peut-être le plus grave, les auteurs de la plainte accusent le scientifique marseillais de ne pas avoir réalisé ses essais cliniques sur l’homme dans le cadre légal. Une enquête nationale de l’Agence de sécurité du médicament est en cours qui pourrait dépasser le seul cadre des poursuites ordinales.

Et maintenant ? La plainte argumentée doit donner lieu à une « proposition de conciliation » entre les deux parties. Si, comme on peut l’imaginer, celle-ci n’aboutissait pas, le dossier serait instruit par la chambre disciplinaire régionale, présidée par un magistrat. Une procédure qui dure habituellement près d’un an. Avant les éventuels appels. D’ici là le Pr Raoult pourra, une nouvelle fois, amplement dénoncer dans les médias la méchante vindicte professionnelle dont il fait officiellement l’objet– un phénomène qui ne pourra qu’amplifier l’aura dont ce « semi-rebelle » atypique dispose dans l’opinion comme, plus étonnant sans doute, chez une fraction de ses confrères.

A demain @jynau

Le gouvernement français autorisera-t-il les manifestations de militants « anti-masques » ?

Bonjour

27/08/2020. Voici, pour cette rentrée masquée, un bien beau sujet sur la liberté, la démocratie et la santé publique. L’affaire nous vient de Berlin. La ville a décidé mercredi 26 août d’interdire une manifestation d’opposants au port du masque et aux mesures de restrictions contre la pandémie de nouveau coronavirus, suscitant l’indignation de l’extrême droite qui appelle à «résister».

L’AFP nous apprend que les autorités de la capitale ont justifié leur décision d’interdire cette manifestation (prévue le 29 août) « par l’impossibilité de respecter les distances d’au moins 1,5 mètre entre manifestants, dans un contexte de reprise de l’épidémie en Allemagne ». Les organisateurs du rassemblement peuvent encore engager des recours contre cette interdiction.

Déjà, le 1er août, plusieurs rassemblements avaient été observés, à Berlin, Ils avaient réuni quelque 20.000 personnes dans un cortège hétéroclite rassemblant «libres penseurs», militants antivaccins, conspirationnistes ou encore sympathisants d’extrême droite. Tous estimaient que leurs droits fondamentaux étaient bafoués du fait des mesures (démocratiquement) adoptées pour lutter contre la pandémie du coronavirus. Selon eux, ces mesures n’étaient pas nécessaires pour lutter contre un virus que beaucoup considèrent comme inoffensif. Ou presque.

« Socialement et politiquement, on compte dans leurs rangs des complotistes, des libertariens, des loyalistes et des néonazis, rapportait l’AFP. La devise de la manifestation, ‘’Jour de la liberté’’, est également le titre d’un film de propagande de la réalisatrice nazie Leni Riefenstahl (1902-2003) sur la conférence du parti d’Adolf Hitler NSDAP en 1935. » Mille cinq cents agents avaient été déployés afin d’encadrer les manifestants. À l’aide de mégaphones, la police avait appelé à plusieurs reprises les manifestants à respecter les « gestes barrières ». Les autorités ont ensuite annoncé sur Twitter avoir «déposé une plainte» contre l’organisateur de l’événement en raison du «non-respect des règles d’hygiène».

Libertés publiques versus santé collective

Et aujourd’hui ?  «Ce n’est pas une décision contre la liberté de réunion, mais une décision pour la protection contre les infections , justifie Andreas Geisel, chargé de l’Intérieur à la mairie de Berlin. Nous devons donc mettre en balance le droit fondamental de la liberté de réunion et le droit à l’intégrité de la vie. Nous avons choisi la vie.»

Ce choix n’a pas empêché de susciter un tollé dans les rangs de l’extrême droite. «Auriez-vous pris la même décision si les manifs avaient été « CONTRE LA DROITE » ?», s’est indignée sur Twitter Alice Weidel, cheffe de file des députés de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) au Bundestag. Des appels à «résister» et à manifester en dépit de l’interdiction circulent désormais sur les réseaux sociaux.

Mais il y a plus symptomatique, plus paradoxal, comme le souligne l’AFP. Le quotidien populaire Bild (le plus lu d’Allemagne) a pris position dans un éditorial cinglant sur internet de cette interdiction : une «attaque inacceptable contre l’un de nos droits les plus fondamentaux». «Un groupe très peu recommandable, mais surtout (encore) assez restreint, est mis ici en position de défendre notre Loi fondamentale», déplore Bild. Ce dernier rappelle que nombre de rassemblements ont été autorisés ces derniers mois à Berlin en dépit de la pandémie.

Début août, des responsables politiques allemands, comme Saskia Esken, responsable des sociaux-démocrates (parti minoritaire de la coalition gouvernementale avec les conservateurs d’Angela Merkel) avait fustigé ces «Covidiots». «Sans distance, sans masque: ils ne mettent pas seulement en danger notre santé, mais aussi notre succès contre la pandémie et pour la relance de l’économie, de l’éducation et de la société. Irresponsable !», avait-elle twitté. Un mois plus tard, comme nombre de pays européens, l’Allemagne est confrontée ces dernières semaines à une légère reprise de la pandémie de Covid-19, avec plus de 1000 nouveaux cas officiellement déclarés chaque jour et 9280 décès.

On en sait un peu plus aujourd’hui sur les équivalents français des militants anti-masques » allemands. Question : Gérald Darmanin, ministre français de l’Intérieur s’opposera-t-il, demain, comme outre-Rhin, à leur droit constitutionnel à manifester pour faire valoir leurs idées ? Vraiment, un bien beau sujet pour les élèves et les enseignants de cette rentrée masquée.

A demain @jynau

 

Intermittences du spectacle : ministre de la Culture et «Reine du shopping» sur M6

Bonjour

21/08/2020. Que devient Roselyne Bachelot, pharmacienne, ancienne ministre de la Santé, jeune ministre de la Culture ? Elle « jongle avec la jauge pour sauver le spectacle vivant » nous apprend Libération (Guillaume Tion). On peut le dire autrement : elle vient de prononcer ‘pour la fin de la distanciation dans les salles de concert et les théâtres, au moins pour les spectacles ‘’assis’’».

« Fini les jauges amputées de moitié et le siège vide entre les spectateurs, lesquels devront porter un masque, ajoute Libé. La ministre s’est engagée auprès de différents représentants du spectacle vivant qu’elle a rencontrés à défendre cette idée lors du prochain Conseil de défense, dont la date n’est pas encore fixée. » Attendre, donc.

Mais Roselyne Bachelot est aussi dans Le Canard enchaîné – qui nous apprend que dès le 24 août M6 lancera la nouvelle saison de ses « Reines du shopping ». Le concept n’est pas des plus complexes : quelques célébrités doivent courir les magasins pour renouveler leur garde-robe. Mais ce « en moins de vingt-quatre heures et avec un budget limité » (sic). Et la candidate « la plus stylée », désignée par un jury, reçoit un chèque (destiné à une association).

M6 précise que cette « nouvelle saison » a été enregistrée en janvier – alors qu’émergeait la pandémie de Covid. On retrouvera à cette occasion Roselyne Bachelot, souligne Le Canard, « alors cachetonneuse à LCI et à C8 » et depuis ayant rejoint les rangs du gouvernement français. Dans la bande annonce diffusée par M6, on la voit dans un grand magasin avec talons hauts, habits colorés et rouge à lèvre brillant. En sortant elle lance à la caméra, sans masque : « encore un nouveau challenge ! »

Pour tenter d’éteindre la polémique montante, Roselyne Bachelot a aussitôt répondu à ses détracteurs sur Twitter : « Cette émission a été tournée il y a plusieurs mois avant la crise pandémique et est destinée à financer une association de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Je suis fière de cet engagement », écrit la nouvelle ministre de la Culture.

Comment s’y retrouver ? « Cachetonner » : pour un artiste, courir le cachet. « Cachet » : Rétribution d’un artiste par représentation, par concert. Le cachet d’un artiste, d’un acteur, d’un musicien; toucher un cachet. Les vedettes européennes à gros cachets (Morand, New-York,1930, p. 116).

A demain @jynau

Covid : pourquoi Emmanuel Macron annonce-t-il un vaccin «dans les prochains mois» ?

Bonjour

21/08/2020. Fallait-il une lueur d’espoir présidentiel dans une rentrée française qui s’annonce un peu plus que compliquée ? La voici : depuis le fort de Brégançon, lors d’une conférence de presse organisée en compagnie de la chancelière allemande Angela Merkel Emmanuel Macron a fait preuve « d’optimisme ». S’exprimant à rebours des avis les plus prudents d’une majorité des spécialistes de la discipline vaccinologique, le président de la République française a estimé qu’il existait actuellement des « perspectives raisonnables » que la France obtienne un vaccin « dans les prochains mois ».

On mesurera le flou : des « perspectives raisonnables » et « dans les prochains mois ». Sur quelles bases ? A partir de quelles informations confidentielles ? Qu’en dit son Conseil scientifique ? N’est-il ici que le porte-voix de Big Pharma ? Le citoyen ne le saura pas. Il lui reste à écouter son président de la République :

« Je le dis et c’est très important, au moment même où l’on a plusieurs vaccins qui sont en phase III, nous avons des perspectives qui sont raisonnables d’avoir un vaccin dans les prochains mois. Cela ne va pas régler les problèmes des prochaines semaines, mais des prochains mois. Nous avons amélioré la coopération européenne sur le vaccin ensemble, en associant beaucoup d’autres États et la Commission, pour d’abord encourager nos industriels qui recherchent un vaccin. Et pour nous assurer que nous aurons les capacités de les produire et les livrer à nos populations quand ils seront disponibles. »

De Brégançon jusqu’au au Vatican et à Genève

« Nos populations ? » Il n’était pas au fort de Brégançon mais à Rome. Le pape François a souhaité mercredi 19 août que les futurs vaccins contre le coronavirus ne soient pas destinés prioritairement «aux plus riches», alors que la pandémie a déjà fait «augmenter» les inégalités dans le monde.

 Le futur vaccin doit cibler d’abord «ceux qui en ont le plus besoin», a-t-il plaidé durant sa traditionnelle audience du mercredi retransmise en direct depuis sa bibliothèque privée au Vatican, afin d’éviter les rassemblements sur la place Saint-Pierre. Ecoutons-le souverain pontife :

«Comme il serait triste que le vaccin contre le Covid-19 soit donné en priorité aux plus riches! Comme il serait triste qu’il devienne la priorité d’une nation et qu’il ne soit pas destiné à tous. Et quel scandale cela serait si toute l’aide économique déployée – en majeure partie de l’argent public – servait à sauver des industries qui ne contribuent pas à l’inclusion des personnes exclues, au bien commun et à la préservation de la Création.

« La pandémie a mis en lumière la difficile situation des pauvres et la grande inégalité qui règne dans le monde. Et le virus, tout en ne faisant aucune exception entre les personnes, a rencontré sur son chemin dévastateur de grandes inégalités et discriminations. Et les a fait croître. D’une part, il est essentiel de trouver le remède à un virus minuscule mais terrible qui met le monde entier à genoux. D’autre part, nous devons guérir un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité des chances, de la marginalisation, du manque de protection des plus faiblesIl faut changer le monde. »

Croyant ou pas, l’auditeur appréciera-t-il les métaphores virales papales ? Croira-t-il dans le discours de la République française ? Depuis Genève, en phase avec Rome, l’OMS met en garde : « Nous devons prévenir le nationalisme vaccinal ».

A demain @jynau

Les Français seront-ils contraints et forcés de se faire vacciner, gratuitement, contre le Covid ?

Bonjour

19/08/2020. C’est un formidable ballet à contre-temps. En France, le port du masque est progressivement imposé dans tous les endroits, ouverts et clos, de la cité. Rendu obligatoire pour des raisons de « santé publique » sans pour autant être gratuit. Et sans que l’exécutif, ici, ne s’explique…. Ce n’est là qu’un début. Qu’en sera-t-il quand les premiers vaccins anti-Covid apparaîtront sur le marché français ? Et pourquoi sommes-nous tenus dans l’ignorance totale ? Le gouvernement aurait-il peur, ici comme dans l’affaire des masques, de dire tout avant de clamer son contraire ?

On imagine difficilement, en France, que ces vaccins ne seront pas pris en charge (comme presque tous les autres) par la collectivité. Toujours au nom de la « santé publique ». Mais le chef de l’Etat, Jean Castex, Olivier Véran et tout le pouvoir exécutif l’imposeront-ils comme ils imposent, aujourd’hui le port du masque ? Combien d’épidémiologistes et de spécialistes du droit et de l’éthique, combien de virologistes et de responsables politiques, combien de ministres et démocrates éclairés phosphorent-ils aujourd’hui sur le sujet ? Et combien de militants anti-vaccinaux ?  Tous disposent désormais aujourd’hui de la solution adoptée par l’exécutif australien.

L’AFP nous apprend ainsi que l’Australie devrait rendre obligatoire la vaccination de sa population contre le coronavirus, sauf exemption médicale. Information donnée ce mercredi 19 août le Premier ministre australien Scott Morrison. Ce dirigeant (conservateur) avait annoncé la veille que son pays s’était assuré d’obtenir le vaccin «prometteur» que le groupe pharmaceutique suédo-britannique AstraZeneca est en train de développer avec l’université d’Oxford (Royaume-Uni). Et d’expliquer que l’Australie le fabriquerait et le distribuerait gratuitement à sa population.

Désespérer de disposer d’un peu de transparence républicaine ?

Et d’ajouter, le lendemain que se faire vacciner devrait «être obligatoire, dans la mesure de ce qui peut être obligatoire».  «Il y a toujours des exemptions à la vaccination, pour des raisons médicales, mais cela devrait être la seule», a déclaré Scott Morrison à la radio 3AW de Melbourne. Sera-ce plus simple aux antipodes, sur cette île-continent ? Face aux critiques des mouvements anti-vaccin, l’homologue de Jean Castex a affirmé que les enjeux étaient trop grands pour permettre à la maladie de continuer à se propager librement. «Nous parlons d’une pandémie qui a détruit l’économie mondiale et provoqué des centaines de milliers de morts dans le monde entier», a-t-il souligné.

Le gouvernement australien estime qu’il faudrait que 95% de la population soit immunisée pour l’éradication du virus. «Nous devons apporter la réponse la plus vaste pour que l’Australie renoue avec la normale». En Australie, précise l’AFP, la vaccination contre diverses maladies comme la poliomyélite ou le tétanos est déjà obligatoire avant l’entrée à l’école. Pour autant le débat (comme ailleurs) fait rage, certains citoyens voyant dans cette obligation une négation des libertés personnelles. Et en Australie comme ailleurs les groupes antivaccins, à l’œuvre en ligne, regorgent de théories du complot et d’accusations de désinformation sur les risques.

On sait que le vaccin d’Oxford-AstraZeneca est l’un des cinq vaccins actuellement en phase 3 des essais cliniques. Il semblerait que la rumeur laisserait entendre qu’il tiendrait la corde. Mais le citoyen ne sait pas combien de contrats, d’avances, de clauses secrètes et de promesses bilatérales ont été faites pour que certains pays puissent être les « premiers » à en disposer. Les chercheurs espèrent avoir des résultats d’ici la fin de l’année. L’Australie doit néanmoins encore signer un accord final avec AstraZeneca sur le prix du vaccin, et aucun fabricant local n’a été désigné pour l’instant. Le citoyen français, lui, n’apprend rien de L’Elysée, rien de Matignon, rien de Sanofi – et il désespère : à quand un peu de transparence vaccinale, démocratique et républicaine ?

A demain @jynau

A LIRE AUSSI : « Vaccins anti-Covid : les questions auxquelles devra répondre le gouvernement » Slate.fr 7 août 2020

Covid. A Marseille on redoute un «cauchemar» : mais où est passé le Pr Didier Raoult ?

Bonjour

17/08/2020. Nuages noirs sous le ciel bleu. Il faut, pour bien comprendre, lire le long papier, fort documenté, du Monde (Luc Leroux) consacré à Marseille.  On y apprend que responsables politiques et autorités sanitaires redoutent que la rentrée ne s’y transforme en « cauchemar ». « Dans une ville qui, cet été, fait le plein de touristes avec des plages et des transports en commun y conduisant littéralement pris d’assaut, ainsi qu’une vie nocturne très active, les indicateurs de l’épidémie se sont emballés depuis la fin juillet, allant jusqu’à doubler en une semaine » rapporte Le Monde.

Pour sa part l’Agence régionale de santé (ARS) n’a pas de doute : « La situation continue à évoluer défavorablement. Nous sommes à un tournant. Nous avons jusqu’aux prochains jours pour inverser les choses. Soit il y a une prise de conscience collective de la nécessité d’une application rigoureuse des gestes barrières, soit les deux mois d’efforts consentis par les Marseillais durant le confinement seront rapidement ruinés ». Avec le cauchemar du reconfinement.

Quelques chiffres. Le taux d’incidence dans les Bouches-du-Rhône est passé à 58,4 cas positifs pour 100 000 habitants – il était de 24 le 6 août. Lié à des événements dans des bars, des clubs, voire improvisés sur la voie publique, mais également à des retrouvailles familiales, le taux d’incidence chez les 20-40 ans a doublé passant de 49,5 cas pour 100 000, le 6 août, à 104 huit jours plus tard.

« Le développement du nombre de clusters illustre aussi le relâchement des gestes barrières, écrit Le Monde. Du 3 au 9 août, l’ARS a comptabilisé 26 nouveaux foyers à Marseille, mais aussi dans les autres villes du département, dont onze en milieu professionnels, cinq liés à des événements festifs… Vingt-six en une semaine, c’est beaucoup au regard du total des 79 foyers que l’ARS a eu à traiter depuis la fin du confinement. »

Travailler avec des influenceurs pour être présent sur les réseaux sociaux 

Que fait la puissance publique ? Le préfet des Bouches-du-Rhône, Pierre Dartout, a décidé, samedi 15 août, d’étendre le port obligatoire du masque aux sept premiers arrondissements dans une ville qui en compte seize  ainsi qu’à la frange littorale du 8e et du 16e arrondissements où se situent les plus grandes plages et à certaines zones commerciales hors de ces secteurs.

Quel effet ? « A Marseille, les prochains jours semblent décisifs, continue Le Monde. Mais l’insouciance se mesurait ce week-end encore sur le Vieux-Port, par exemple, où l’obligation de port du masque n’était pas respectée par une proportion non négligeable des centaines de badauds massés sous l’ombrière autour de spectacles de rue ou à la queue leu leu pour embarquer sur les bateaux à destination des îles du Frioul ou des Calanques. » Autres symptômes éclairants :

« Après une phase de sensibilisation, des renforts de police ont été dirigés à Marseille pour procéder à des contrôles et verbaliser le non-respect du port du masque, a annoncé Denis Mauvais, directeur de cabinet du préfet de police des Bouches-du-Rhône. Après la mise en demeure de six établissements, bars ou clubs, ne respectant pas les mesures sanitaires, l’un d’entre eux, un toit terrasse recevant des centaines de jeunes chaque soir, a été fermé par le préfet. Marseille a connu, début août, un cluster au sein d’un gala d’étudiants infirmiers alors que ces jeunes professionnels intervenaient dans des établissements de santé. Une boîte de nuit improvisée sur un parking proche de l’université a été rapidement interrompue, précisent les autorités. »

A Marseille comme partout en France des voix médicales s’élèvent 1 pour expliquer que la seule solution, c’est le port du masque dans les lieux clos, les transports et dans les endroits fréquentés, les foules ». Un port du masque associé à des mesures fortes comme la fermeture des établissements qualifiés, pour simplifier, de « festifs ». , peut-être le soir dans un premier temps, reste à savoir à quel moment il va falloir prendre ces décisions fortes ». Les responsables marseillais expliquent aussi travailler, en lien avec la ville, « avec des influenceurs pour être présent sur les réseaux sociaux : clubs de supporteurs, chanteurs, artistes, car il nous faut aller vite ».

Où l’on en vient à s’interroger sur les raisons du silence du plus connu et du plus puissant des influenceurs marseillais. Un silence que d’autres qualifieraient d’assourdissant. Souvenons-nous. Il y a quelques semaines encore, le Pr Didier Raoult était porté en triomphe dans sa ville et dans tous les médias, visité par le président de la République, honoré par un large éventail du monde politique, enflammant comme il le voulait les réseaux sociaux…. Pourquoi, aujourd’hui, ne prend-il pas au plus vite la parole pour aider, comme il le pourrait, à protéger sa ville et, au-delà, notre collectivité ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème, écouter l’invité du jour surFrance Inter (Carine Bécard) : le Pr Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon à Paris. Objet : son livre, « Nous n’étions pas prêts — Carnet de bord par temps de coronavirus », paraîtra le 19 août aux éditions JC Lattès. Un carton ? Nous y reviendrons. Quatrième :

« Le 9 janvier 2020, un mail informe le Pr Gilles Pialoux qu’un nouveau virus parti de Wuhan, en Chine, est déjà arrivé à Hongkong. Le Covid-19 est en marche. Le président Emmanuel Macron parlera de « guerre ». Gilles Pialoux nous offre à lire cette guerre de l’intérieur.

Durant cinq mois, il tient son carnet de bord, écrit à la façon d’une caméra embarquée, avec l’honnêteté du clinicien, mais sans le parti pris du polémiste. Il nous emmène de cellules de crises en réanimation, d’un TGV sanitaire à la recherche du patient zéro. Comme dans une bataille, le personnel hospitalier lutte et souvent ne devra compter que sur lui-même. Car personne n’était entraîné à mener cette guerre-là. Il fallait la plume humaine, généreuse et précise d’un capitaine, pour que cette première épreuve du Covid soit comprise par tous. »

Covid-éthique : après la rumeur d’Orléans, le voile se lève sur les mystères des clusters

Bonjour

14/08/2020. Nous évoquions hier un scoop que, dans le Loiret, France Bleu peinait à confirmer (Antoine DenéchèreNoémie PhilippotFrance Bleu Orléans). Question centrale : pourquoi les responsables de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Centre Val-de-Loire  se refusaient-ils à confirmer ou à infirmer les éléments avancés par les journalistes : « plusieurs dizaines de cas positifs au Covid-19 liés à un rassemblement conséquent à Orléans » ?

« Selon nos informations, ce foyer épidémique est consécutif à un mariage célébré le dimanche 1er août, quartier de la Source, annonçait France Bleu. Et il y a, à ce jour, plus de cinquante cas testés positifs.  Ce mariage a donné lieu à une grande fête avec un nombre très important d’invités (plus de 250 convives selon nos informations). Selon plusieurs sources, les gestes barrières ont été peu ou pas respectés lors de ce mariage. Il s’agissait d’une fête dans des conditions normales. »  

Silence à l’ARS. Pourquoi ? A quel titre ? De quel droit ? La réponse nous est, peut-être, fournie aujourd’hui par Libération (Emma Donada)Libé qui observe, concernant les clusters, que très peu d’informations précises sont délivrées au public, en dehors de leur nombre. Au niveau national, ce nombre est quotidiennement mis à jour par Santé publique France (SpF). Au 12 août, cette agence recensait, par exemple, en France, 217 clusters en cours d’investigation, hors Ehpad et milieu familial restreint, soit 25 de plus que la veille.

Des effets délétères, comme la stigmatisation et l’anxiété

« Pour obtenir un peu plus de détails sur ces foyers, il faut consulter un tableau de bord de Santé publique France, qui n’est qu’hebdomadaire, conseille Libé. On y retrouve le nombre de clusters en cours d’investigation, la répartition de ces derniers par «type de collectivité» (événements privés, entreprises ou encore écoles), mais aussi la répartition des clusters en cours d’investigation par département. Mais la localisation précise des clusters n’est pas renseignée. »

Pourquoi ? A quel titre ? De quel droit ? Cela s’explique, assure SpF, par le respect de la confidentialité exigée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Selon SpF la communication de la localisation exacte de tous les clusters entraînerait «des effets délétères, comme la stigmatisation et l’anxiété, qui n’ont pas lieu d’être. Cela pourrait aussi faire baisser la garde à des personnes constatant qu’un cluster est identifié mais éloigné de leur domicile».

«Le système d’information MONitorage des Clusters (Monic), développé par Santé publique France, est un outil de signalement à visée d’alerte, avec un traitement à finalité épidémiologique. Le traitement de ces données […] s’appuie sur une autorisation permanente [délivrée] par la Cnil pour les traitements de données à caractère personnel dans le cadre des investigations urgentes. Santé publique France est ainsi garante de la confidentialité des informations du système»,

Libé note encore que la transparence « est parfois plus grande au niveau régional ». Certaines ARS donnent ainsi davantage de détails dans leurs communications. Mais si les pratiques demeurent hétérogènes, la seule constante est qu’aucune information strictement personnelle n’est, jamais, divulguée. Faudrait-il, à la réflexion, s’en indigner ?

A demain @jynau