Vincent Lambert : sera-t-il «euthanasié» ou ses «traitements» vont-ils être «interrompus» ?  

Bonjour

Ne pas ajouter au malheur du monde. Dans la tragique affaire Vincent Lambert, trouver les mots justes, nommer au mieux les choses.

24 avril 2019, nouvelle décision du Conseil d’Etat : « 24 avril 2019 | Décision contentieuse. Interruption des traitements de M. Vincent Lambert. Le Conseil d’État juge légale la décision d’interrompre les traitements de M. Vincent Lambert. » On appréciera l’usage qui est fait, par les magistrats de la plus haute juridiction administrative, du mot « interruption » quand il s’agit, plus précisément d’arrêt définitifs. Et non pas des « traitements » mais bien de l’alimentation et de l’hydratation d’une personne malade qui, nous assure-t-on, a conservé son réflexe de déglutition. Extrait de la décision.

« Le juge des référés du Conseil d’État en déduit qu’étaient réunies les différentes conditions exigées par la loi pour que la décision d’arrêter l’alimentation et l’hydratation artificielles de M. Lambert, en accompagnant l’arrêt de ce traitement d’une sédation profonde et continue, puisse être prise par le médecin en charge du patient. En conséquence, il juge que cette décision ne peut être tenue pour illégale . »

Cette décision du Conseil d’Etat fait suite à une nouvelle requête en urgence déposée le 9 avril 2018 par les parents de Vincent Lambert pour tenter d’annuler la décision collégiale du CHU de Reims de suspendre les soins. La veille, le 8 avril 2018, le CHU avait pris collégialement la décision d’arrêter les soins – décision validée fin janvier par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (Marne) qui avait jugé que « le maintien des soins et traitements » de Vincent Lambert constituait bien « une obstination déraisonnable ».

Et maintenant ?

« Vincent Lambert, handicapé, va être euthanasié (…) Condamner à mort Vincent Lambert, c’est signifier aux personnes handicapées que leur vie n’a aucune valeur aux yeux de la société, fait valoir Jean Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, qui dénonce cette décision et alerte sur la situation des autres patients en état pauci-relationnel qui risquent de connaître le même sort. »

« C’est le pire dénouement possible pour Vincent, pour ses parents, les frères et sœurs qui le soutiennent, pour ses amis et les 110 000 soutiens du comité, mais aussi pour les milliers de patients qui vivent en France dans le même état pauci-relationnel que Vincent, commente le comité de soutien à Vincent Lambert. Les experts mandatés par le Tribunal Administratif avaient eux-mêmes affirmé que sa prise en charge ne relevait pas de l’acharnement thérapeutique ou d’une obstination déraisonnable. Ils avaient préconisé son transfert (…)La justice en a décidé autrement et préfère avaliser des pratiques d’élimination des handicapés sous couvert de lutte contre l’acharnement thérapeutique et de la manière la plus hypocrite qui soit : en provoquant la mort de faim et de soif pour éviter d’avoir à pousser sur la seringue. »

Ce même comité assure toutefois décision du Conseil d’Etat n’est pas définitive. « Les avocats qui défendent la vie de Vincent ont annoncé de nouveaux recours, explique-t-il. En premier lieu devant les instances internationales défendant les droits des handicapés en application de conventions auxquelles la France a adhéré. »

Dans un communiqué publié peu après l’annonce de la décision du Conseil d’Etat, les parents de Vincent Lambert ont annoncé le dépôt de deux recours au fond, « sur des fondements différents ». L’un devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et l’autre devant le Comité international de protection des droits des personnes handicapées (CIDPH) de l’ONU. « La décision du Conseil d’Etat n’est donc pas définitive et la décision de provoquer la mort de Vincent Lambert ne peut pas être exécutée », expliquent -ils.

Sollicité par Le Monde, Nicolas Hervieu, spécialiste du droit européen et chargé d’enseignement à Sciences Po a déclaré : « il est très vraisemblable que la CEDH rejette assez rapidement la demande, peut-être en quelques jours, car sa jurisprudence sur le sujet, établie lors de sa première décision dans l’affaire Lambert le 5 juin 2015, est claire ».

Et ce  juriste d’affirmer qu’il est par ailleurs possible que la France choisisse d’« ignorer » une « mesure provisoire » que pourrait prendre le CIDPH interdisant au CHU de mettre en œuvre la décision d’arrêt des traitements le temps qu’il se prononce. La France, ajouter au malheur du monde ?

A demain

@jynau

Science et conscience : on a fait revivre des cerveaux de porc quatre heures après leur mort

Bonjour

Nous sommes à la lisière dérangeante de l’étrange. C’est à découvrir aujourd’hui même dans Nature (Sara Reardon): «  Pig brain kept alive aoutside body for hours after death. Revival of disembodied organs raises slew of ethical and legal questions about the nature of death and consciousness. ».

 Le travail scientifique : « Restoration of brain circulation and cellular functions hours post-mortem ». Nature volume 568, pages336–343 (2019). Un travail dirigé par le Dr Nenad Sestan (Department of Neuroscience, Yale School of Medicine, New Haven, CT, USA)

Quelle traduction en faire chez l’homme ? s’interroge National Geographic (Michael Greshko) Et une prudence distante pour The New York Times (Gina Kolata) : « ‘Partly Alive’: Scientists ReviveCells in Brains From Dead PigsIn research that upends assumptions about brain death, researchers brought some cells back to life — or something like it ».

Où l’on comprend que nous voguons au frontières, s’il existe, d’un Styx des mammifères. Les dix-sept chercheurs ont utilisé trente-deux cerveaux prélevés sur des porcs morts depuis quatre heures. Puis, au moyen d’un système de « pompes » de marque « BrainEx », ils les ont perfusés durant six heures, à une température équivalente à celle du corps porcin de manière à oxygéner les tissus et les protéger de la dégradation liée à l’arrêt de la circulation sanguine qui caractérise, elle aussi, la mort.

Résultats : diminution de la destruction des cellules cérébrales, préservation des fonctions circulatoires voire restauration d’une activité neuronale synaptique . Les chercheurs insistent sur le fait qu’ils n’ont repéré dans les cerveaux étudiés « aucune activité électrique qui serait le signe de phénomènes de conscience ou de perception ». « Ce ne sont pas des cerveaux vivants, mais des cerveaux dont les cellules sont actives », assure le Dr Nenad Sestan. Certes. Pour autant on perçoit la somme des questions soulevées et des perspectives ouvertes.

A quand des travaux sur des cerveaux humains ?

Le Dr Sestan estime d’ailleurs que ces travaux montrent « qu’on a sous-estimé la capacité de restauration cellulaire du cerveau ». Et comment ne pas voir que ces résultats laissent penser que la détérioration des neurones après l’arrêt du flux sanguin pourrait être un processus d’une durée nettement plus longue que l’on pouvait jusqu’ici le supposer.

« Les défis immédiats posés par ces résultats sont avant tout éthiques », souligne, de l’autre côté de l’Atlantique, le Pr David Menon (Université de Cambridge). « Cela remet en question notre conception de ce qui fait qu’un animal ou un homme est vivant », estiment trois spécialistes américains dans un commentaire joint à l’étude publiée par Nature : « Part-revived pig brains raise slew of ethical quandaries. Researchers need guidance on animal use and the many issues opened up by a new study on whole-brain restoration, argue Nita A. Farahany, Henry T. Greely and Charles M. Giattino.

« Cette étude a utilisé des cerveaux de porcs qui n’avaient pas reçu d’oxygène, de glucose ou d’autres nutriments pendant quatre heures. Cela ouvre donc des possibilités qu’on pensait jusqu’alors inenvisageables » observent-ils. L’étude pourrait, selon eux, remettre en question deux principes :

« Premièrement, le fait que l’activité neuronale et la conscience subissent un coup d’arrêt définitif après quelques secondes ou quelques minutes d’interruption du flux sanguin dans le cerveau des mammifères. Deuxièmement, le fait que, à moins qu’on restaure rapidement la circulation sanguine, un processus irréversible s’enclenche, menant à la mort des cellules puis de l’organe ».

Ils réclament l’établissement de « directives sur les questions scientifiques et éthiques soulevées par ces travaux ». Dans un autre commentaire publié par Nature, deux spécialistes américains de bioéthique, psychiatrie et philosophie font valoir qu’un développement de la technique « BrainEx » pourrait, à terme, nuire aux dons d’organes. Pour une greffe, les organes sont essentiellement prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale. Si l’on se met à considérer que cet état peut être réversible, comment se résoudre au prélèvement d’organes ?

On pourrait aussi, risquer une autre question : des travaux équivalent sont-ils prévus à partir de cerveaux humains ? Ou plus précisément ont-ils, déjà, été effectués ? A quand leur publication dans une revue spécialisée ?

A demain

@jynau

Greffe d’utérus ou mère porteuse : que veut nous dire l’Académie nationale de médecine ?

Bonjour

C’est un communiqué mandé depuis la rue Bonaparte, dans un Paris meurtri après l’incendie de sa cathédrale. : « Transplantation utérine ou GPA : l’Académie nationale de médecine s’interroge ». Après lecture, nous nous interrogeons.

L’Académie rappelle que dans sa séance du 23 juin 2015 elle avait traité de la transplantation utérine. Et abordé les aspects législatifs, cliniques – notamment le risque chirurgical pour la donneuse et la receveuse, le caractère à risque de la grossesse, les risques du traitement immunosuppresseur pour la mère et l’enfant. Sans oublier « les aspects éthiques de  concernant le choix entre donneuses vivantes ou décédées et l’avenir de l’enfant ». Et au terme de sa réflexion l’Académie « avait donné un avis favorable à la poursuite de ces expérimentations ».

Marchandisation du corps humain

 Quatre ans plus tard l’Académie nationale de médecine se félicite de la réussite de la première transplantation à partir d’une donneuse vivante réalisée en France par l’équipe animée par Jean-Marc Ayoubi à l’hôpital Foch en collaboration avec l’équipe du pionnier de la technique, le Pr Mats Brannström. Transplantation qui vient de faire l’objet d’un communication quelque peu précipitée. Puis la rue Bonaparte ajoute :

« Cependant l’Académie tient à préciser que la transplantation utérine, qui constitue néanmoins un grand espoir pour les femmes sans utérus et qui apparaît comme une alternative à la gestation pour autrui, ne sera pas une chirurgie classique avant de nombreuses années et demeure un processus expérimental. »

Mais encore ? Devons-nous comprendre que l’Académie nationale ouvre grande la porte aux mères porteuses, à la « Grossesse Pour Autrui » et à la marchandisation du corps humain ?

A demain

@jynau

 

 

Quand aura-t-on le droit, en France, de créer des enfants à partir de « trois parents » ?

Bonjour

C’est une première médicale qui interroge – une première à haut risque polémique. Un enfant conçu avec le matériel génétique issu de trois personnes (deux femmes et un homme) vient de naître en Grèce. Une vraie naissance au pays des mythes.

Le bébé (sexe masculin –  2,960 kg) est né le 9 avril d’une mère grecque de 32 ans qui avait tenté sans succès plusieurs fécondations in vitro, a précisé le centre grec Institute of Live (IVF), dans un communiqué :

« Greece achieves birth of the world’s first baby through the Institute of Life’s and Embryotools implementation of Maternal Spindle Transfer in a woman suffering from multiple IVF failures. Through pioneering clinical research, Institute of Life IVF Center in Greece and Embryοtools in Spain achieves global innovation in Assisted Reproduction !

 « The birth of the first healthy baby through the pioneering Maternal Spindle Transfer method – implemented for the first time by the Institute of Life and Embryotools – is a global first, offering the potential to preserve the mother’s genetic material. The method was implemented by Institute of Life IVF Center and Embryotools to address fertility issues associated with multiple in vitro fertilization (IVF) failures caused by cytoplasmic dysfunction of the oocytes or rare mitochondrial genetic diseases. The 2.960 grams boy was born at 07:46 a.m. today, 9 April 2019, to a 32-year-old Greek woman with a history of multiple IVF failures and poor oocyte quality. The mother and infant are both in good health.

« The Maternal Spindle Transfer method, which was developed after 5 years of basic research at Embryotools in Spain and two and half years of pioneering clinical validation at the Institute of Life’s laboratory in Greece, involves mitochondrial replacement in human oocytes, fully preserving the genetic material of the woman who wants to reproduce. In this way, specialists can overcome the problems of women with fertility issues and multiple IVF failures caused by cytoplasmic dysfunctions of their oocytes or women suffering from rare mitochondrial genetic diseases. Finally, the clinical implementation of the “Maternal Spindle Transfer” method is carried out under licensing and supervision of the Greek National Authority of Assisted Reproduction. »

Impuissance politique

Cette méthode, qui fait l’objet de controverses au plan éthique, avait déjà été utilisée avec succès en 2016 au Mexique pour éviter la transmission d’une maladie héréditaire maternelle. Elle avait ensuite été autorisée au Royaume Uni. Ici l’objectif est différent : il s’agit de répondre à un problème d’infertilité – c’est une forme de FIV intégrant via, un ovocyte énucléé, un troisième « parent »

« Aujourd’hui, pour la première fois dans le monde, le droit inaliénable d’une femme à devenir mère avec son propre matériel génétique devient une réalité » se félicite Panagiotis Psathas président de l’IVF, dans ce communiqué. Selon lui, « il est désormais possible pour des femmes ayant subi de multiples échecs de FIV ou souffrant de rares maladies génétiques mitochondriales d’avoir un enfant ».

Au-delà de l’emphase une nouvelle question est bel et bien soulevée, celle de la légitimité de créer des enfants conçus à partir de « trois parents » – création interdite en France. Une question qui ne figure pas au menu, en France, du Grand Débat. Elle n’est pas non plus inscrite dans le projet gouvernemental de révision de la loi de bioéthique. Où l’on voit l’impuissance chronique du politique à s’emparer des sujets éthiques majeurs de notre époque.

A demain

@jynau

L’homme a créé des singes dotés d’un cerveau génétiquement transhumanisé, en Chine

Bonjour

Sur la petite planète grossissante des transhumanistes on applaudira. Des scientifiques chinois ont créé des singes transgéniques porteurs d’un gène considéré comme jouant un rôle dans le développement du cerveau humain. L’étude vient de paraître dans National Science Review  « Transgenic rhesus monkeys carrying the human MCPH1 gene copies show human-like neoteny of brain development ». Les auteurs étaient dirigés par Bing Su (China Center for Excellence in Animal Evolution and Genetics, Chinese Academy of Sciences).

Ces chercheurs expliquent avoir obtenu onze macaques rhésus (Huit de première génération et trois descendants) porteurs des versions humaines du gène MCPH1, qui pourrait jouer un rôle dans le développement du cerveau humain. « Ils ont observé que les cerveaux de ces singes, comme ceux des humains, avaient mis plus de temps à se développer et que les animaux obtenaient de meilleurs résultats aux tests sur la mémoire à court terme et le temps de réaction, en comparaison avec les singes vivant dans la nature, rapporte l’Agence France Presse.  La taille des cerveaux des singes de l’expérience n’était toutefois pas supérieure à celle des cerveaux de leurs congénères du groupe contrôle. »

Mieux : ces singes ont été soumis « à des tests de mémoire dans lesquels ils devaient se souvenir de couleurs et de formes sur un écran » ainsi qu’à des examens par IRM. Seuls cinq d’entre eux ont toutefois survécu jusqu’à la phase de tests.

« Quelque chose de mal »

Cette expérience est la dernière en date d’une série de recherches biomédicales effectuées en Chine qui ont suscité une controverse au plan de l’éthique. Dans leur étude, les chercheurs chinois affirment ainsi :

« Nos résultats démontrent que des primates transgéniques non humains (en dehors des espèces de grands singes) ont le potentiel pour fournir des aperçus importants – et potentiellement uniques – concernant des questions fondamentales sur ce qui rend l’homme unique. »

Ces chercheurs se veulent rassurant : le macaque rhésus, bien que nettement plus proche génétiquement des humains que les rongeurs, reste selon eux « suffisamment éloigné de l’homme » pour ne pas « susciter de questionnement éthique » (sic).  Commentaire de Jacqueline Glover, bioéthicienne de l’Université du Colorado à la MIT Technology Review –(Antonio Regalado) : « Les humaniser revient à faire quelque chose de mal. Où vivraient-ils et que feraient-ils ? Il ne faut pas créer un être vivant qui ne peut pas avoir une vie significative dans un contexte quelconque. »

« En janvier, une équipe de scientifiques chinois avait annoncé avoir cloné cinq singes à partir d’un spécimen unique dont les gènes avaient été modifiés pour le rendre malade, afin d’étudier les troubles du sommeil, se souvient l’AFP. Ils avaient découvert que ces singes montraient des signes de problèmes mentaux associés (dépression, anxiété, comportements liés à la schizophrénie). Ces résultats, publiés dans la National Science Review visaient, selon eux, à servir la recherche sur les maladies psychologiques humaines. »

Sur Transhumania, on est aux anges.

A demain

@jynau

 

 

«Patient remarquable» = «ne pas réanimer»!  George Orwell dans les hôpitaux français 

Bonjour

Emergence du novlangue de George Orwell dans l’univers hospitalier français. On l’observe sur le site Gènéthique  – site qui, une fois n’est pas coutume, reprend un papier original de Libération (Eric Favereau).

Où l’on parle d’un colloque sur les décisions médicales en fin de vie organisé à l’Hôpital européen Georges-Pompidou, (Paris). C’est l’histoire d’un « patient remarquable », formule qui peut être remplacée par « NTBR » (« Not To Be Reanimated » ; « A ne pas réanimer »). Elle est employée dans les dossiers médicaux du Samu et des services de réanimation, pour les « patients porteurs d’une maladie grave évoluée et évolutive »,pour qui « les traitements curatifs ne sont plus appropriés ».

Le cas évoqué lors du colloque parisien était celui d’une personne souffrant depuis plus de vingt ans d’une affection dégénérative. Une crise d’insuffisance respiratoire d’une particulière gravité a imposé son hospitalisation Après l’avoir soigné, les médecins de l’hôpital ont organisé une réunion collégiale sur la suite de sa prise en charge – sans consulter sa famille. Quelques jours plus tard cette famille a reçu un courrier l’informant d’une décision : si ce malade devait revenir en urgence à l’hôpital qu’« il ne serait pas réanimé », et qu’« une sédation longue et continue jusqu’au décès serait éventuellement mise en route ».  Cette personne était en effet signalée comme « patient remarquable au Samu ». 

 Pourtant, la loi prévoit quune réunion collégiale ne peut être organisée « qu’au moment où se décide un arrêt ou une limitation de traitement, et non pas en avance » a rappelé la Dr Véronique Fournier, qui dirige le Centre d’éthique clinique des hôpitaux de Paris. Selon elle « jusqu’au dernier moment, le patient peut changer d’avis. C’est son dernier avis qui compte ». Comment ne pas voir ici, à l’heure des contraintes budgétaires hospitalières, un risque, majeur, de dérive ?

« Procédure d’une exceptionnelle gravité »

On peut, sur ce thème et via EM Consulte prendre connaissance de la procédure mise en œuvre en Suisse, à Genève :

« L’ ordre  »Ne pas réanimer » (DNR Do not resuscitate, ou NTBR Not to be resuscitated, ou encore DNAR Do not attempt resuscitation) est totalement spécifique. C’est l’ordre médical de ne pas entreprendre une réanimation cardio-respiratoire (RCP) en cas d’arrêt cardio-respiratoire. Cet ordre ne doit en aucun cas être confondu avec la décision de limiter l’intensité thérapeutique ou d’interrompre la prise en charge vitale (withholding et withdrawing des anglo-saxons).

« Le Conseil d’éthique clinique des hôpitaux universitaires de Genève (Suisse) a publié en 2001 un avis consultatif sur l’ordre NTBR, reproduit intégralement dans cette mise au point. Il y est rappelé que la décision de ne pas entreprendre de RCP en cas d’arrêt cardio-respiratoire est légitime sur le plan éthique quand le patient, convenablement informé et capable de discernement, a exprimé la volonté de ne pas être réanimé ainsi que lorsque le patient est en fin de vie, situation dans laquelle les méfaits de la RCP dépassent considérablement ses bénéfices.

« Dans cette dernière situation, une discussion de l’ordre NTBR avec le patient n’est pas nécessaire alors que la discussion avec le patient de ses objectifs et de ses attentes concernant les soins demeure indispensable. L’ordre NTBR est d’une exceptionnelle gravité. Il doit donc être mûrement réfléchi et discuté et son inscription doit obéir à une procédure du type de celle qui est indiquée dans ce document. Tout ordre NTBR doit faire l’objet d’une réévaluation régulière au cours du temps, afin de tenir compte de l’évolution de l’état du patient.

« Enfin, comme l’inconfort des soignants à discuter de la fin de vie avec leurs patients est une réalité et une limite importante à la participation du malade à la décision d’entreprendre ou non une RCP, il est indispensable d’organiser pour les médecins une formation à ce type d’entretiens. »

Où l’on saisit qu’une langue française bien maîtrisée permet, tout bien pesé, de faire obstacle au novlangue mortifère.

A demain

@jynau

Psychiatrie : que répondra la ministre à la Contrôleure des lieux de privation de liberté ?

Bonjour

« La France serait-elle prise d’une frénésie d’enfermement ? » s’interroge Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin). La question se pose à la lecture du dernier rapport annuel d’activité (2018) d’Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Mme Hazan affirme avoir constaté au travers des visites effectuées dans des établissements et de l’examen des textes votés par le Parlement que « contrairement aux principes du droit français, l’enfermement devient la réponse à tous les maux de la société, à toutes les transgressions, volontaires ou involontaires, des règles ou des normes de la vie en commun ».

Aux termes de la loi, rappelle la Contrôleuse générale, la prison est une peine de dernier recours, le placement d’étrangers en centre de rétention administrative ne peut intervenir qu’en l’absence d’autre solution, le placement sans consentement en hôpital psychiatrique ne peut être motivé que par des raisons médicales… Or, écrit-elle, « pour chacune de ces catégories, le nombre de mesures d’enfermement est en augmentation et atteint des chiffres qui n’ont jamais connu de précédent ». Et faudrait-il redire que l’enfermement peut être synonyme de déshumanisation, d’atteintes à la dignité et à l’intégrité physique ou mentale.

Dangerosité fantasmée

Passons sur les (graves) questions relatives aux prisons et intéressons-nous à la psychiatrie et à l’hospitalisation sans consentement. Mme Hazan y observe les mêmes dérives sécuritaires. « La potentielle dangerosité du malade, le plus souvent fantasmée, a pris une place grandissante » dans la pratique. Dans certains établissements,« les contrôleurs ont rencontré des mesures d’isolement prises dans une logique punitive ou par commodité pour le service ». De même, les personnes hospitalisées sans consentement sont le plus souvent placées dans des unités fermées, restreignant leur liberté d’aller et venir alors que leur situation médicale ne justifie pas de telles mesures. Extraits on ne peut plus politiques du rapport d’activité (dossier de presse) :

 « En ce qui concerne la psychiatrie, l’on est toujours dans l’attente d’une loi, ou du moins d’un plan ambitieux pour faire face à la gravité de la situation : manque de personnel, locaux vétustes ne respectant pas la dignité des patients, recours accru aux soins sans consentement, augmentation des mesures d’isolement et de contention, engorgement des urgences générales faute de place dans les services de psychiatrie.

« La France a été pionnière d’une psychiatrie plus ouverte dans les années soixante et soixante-dix. Il s’agissait alors, dans une logique de désinstitutionalisation de la psychiatrie, de modifier et d’humaniser la politique de soins, par la prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux à l’extérieur des hôpitaux, leur réinsertion dans la société étant l’objectif premier des soins. Certains pays se sont même inspirés de ces pratiques, comme l’Italie qui, en 2018, a célébré le quarantième anniversaire de la suppression de ses hôpitaux psychiatriques.

Limiter sans raison la liberté d’aller et venir des patients

« En France la situation a bien changé : les préoccupations sécuritaires se sont substituées à l’objectif de réinsertion, la plupart des services sont des structures closes, limitant sans raison la liberté d’aller et venir des patients ; le nombre d’hospitalisations sans consentement connait une croissance sans précédent, facilitée par la procédure allégée dite de « péril imminent » ; faute de structures médico-sociales, les séjours en hôpital se prolongent, la continuité des soins est incertaine.

« La France est devenue l’un des pays européens qui enferme le plus les personnes atteintes de troubles mentaux. En l’absence d’une loi, on pouvait à tout le moins espérer que le plan Santé, présenté à l’automne dernier par le Président de la République, affirmerait la volonté de mettre en place de nouvelles formes d’hospitalisation, de limiter les soins sous contrainte ainsi que de favoriser, soutenir et développer des modes alternatifs d’hospitalisation. On en est loin.

« Or il est urgent de revoir la chaîne complète de prise en charge de la maladie mentale : créer des services accessibles pour accompagner les patients dans leur quotidien et prévenir les crises , concevoir des hôpitaux pratiquant par principe une hospitalisation en unité ouverte avec des exceptions rares, médicalement justifiées et régulièrement réévaluées, mettre sur pied des politiques ambitieuses de réduction des pratiques d’isolement et de contention et, enfin, ouvrir des structures médico-sociales adaptées à la prise en charge en fin d’hospitalisation ; en d’autres termes hospitaliser moins pour soigner les patients dans un meilleur respect de leur dignité et de leur liberté. »

Faut-il attendre des réponses de la ministre des Solidarités et de la Santé ?

A demain

@jynau