Catholicisme, éthique et politique: Agnès Thill dira-t-elle merci à la République en Marche ?

Bonjour

La rigueur idéologique, notamment soviétique, n’est décidément plus ce qu’elle fut. Agnès Thill députée (LRM, Oise) de religion catholique désormais bien connue des médias ne sera pas condamnée, martyre, à mendier un siège politique. Ils étaient pourtant nombreux, dans son groupe macronien à réclamer publiquement son exclusion après des déclarations controversées (provocatrices) contre  la procréation médicalement assistée « pour toutes ».

Accompagnée d’un avocat, elle a été entendue le 19 février par la « commission des conflits » de La République en Marche. « Ces provocations n’étaient en rien conformes à l’attitude que les adhérents de LRM et les Français dans leur ensemble sont en droit d’attendre de leurs élus », a souligné le parti dans un communiqué publié jeudi 21 février. Cette mise en garde pourrait se transformer en exclusion « si [Agnès Thill] venait à renouveler un tel comportement ».

Aussitôt Mme Thill s’est réjouie dans un tweet « de rester membre » de LRM, dont elle « partage et adhère à toutes les valeurs ». « Je me suis engagée à faire attention à mes propos », a précisé à l’Agence France-Presse la députée de l’Oise, se félicitant que soit « reconnu » qu’elle n’est « ni homophobe ni islamophobe ».

Machisme

Dans un courrier qu’elle va adresser à son président de groupe, Gilles Le Gendre (Paris), elle demandera désormais « un débat apaisé et serein » -mais  prévient qu’elle déposera plainte en cas de « nouvelle attaque » de la part de ses collègues, notamment sur sa vie privée et sa religion catholique. La tempête n’est en rien calmée. Guillaume Chiche, un des députés (Deux-Sèvres) LRM qui avait plaidé pour son exclusion, a affirmé à l’AFP que sa demande restait « intacte ». « Je reste atterré par les déclarations d’Agnès Thill. J’espère que cette décision la fera grandir », a-t-il ajouté. Mme Thill accusera-t-elle dès demain M. Chiche, sinon de machisme du moins de paternalisme?

Dans une déclaration transmise à l’AFP, Gilles Le Gendre, chef en titre des députés macroniens, relève que Mme Thill « s’est engagée à ne pas réitérer de tels propos, et à observer les règles d’un débat serein et respectueux lors de l’examen prochain des lois de bioéthique. » « Je serai attentif à ce que cet engagement soit respecté », promet le patron du groupe majoritaire.

Lobby LGBT et écoles coraniques

Selon Hervé Berville (Côtes-d’Armor) porte-parole des députés LRM, « c’est le dernier avertissement » et « il faut qu’elle arrête de jeter de l’huile sur le feu ». « Il y a des divergences de fond mais il faut respecter la liberté de parole », a-t-il aussi souligné à l’AFP. Où l’on comprend qu’il ne faut pas jouer avec le feu mais que rien n’est simple devant la cheminée allumée.

Mme Thill, qui s’oppose à l’extension de la procréation médicalement assistée, avait estimé en janvier que « l’absence de genre dans le mot “parent” favoris[ait] l’éclosion d’écoles coraniques », à l’occasion de la publication du rapport de la mission parlementaire sur la bioéthique. Elle avait déjà été mise en garde à plusieurs reprises auparavant par LRM, notamment pour des propos concernant l’existence d’un hypothétique « lobby LGBT » oeuvrant au sein de l’Assemblée nationale.

Puis, plus récemment elle déclenchait une nouvelle levée de boucliers après avoir comparé les « femmes seules » qui, souffrant de ne pas avoir d’enfants et réclamant un droit à la PMA, à des « droguées ». Qui, ici, tirera, au fond, les marrons du feu ?

A demain

@jynau

 

Haine: Emmanuel Macron annonce une loi contre. Le dernier éclat de Marlène Schiappa

Bonjour

21 février 2019. La désinhibition épidémique ne cesse de gagner du terrain. Cortège d’insultes provocatrices, de crises colériques, d’appels au meurtre, de déchaînements de haines.  Et des médias généralistes historiques radicalement dépassés par ces torrents d’insanités. «Les commentaires ignobles et illégaux ont largement dépassé notre capacité à les modérer», raconte Aymeric Robert, l’un des journalistes de FR3 Alsace soudain confronté à cette réalité.

Quelle grille psychiatrique nous aidera à décrypter ? « Que s’est-il passé, s’interroge Le Figaro, (Elisa Braun) pour qu’Internet, qui devait être pour ses créateurs un lieu de partage du savoir et de l’information, devienne l’amplificateur d’une ignorance haineuse et, surtout, exprimée dans la plus totale impunité ? »

Hier, lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) le président de la République a annoncé qu’une proposition de loi pour lutter contre les contenus haineux sur internet sera déposée «dès le mois de mai». «Il faut que les auteurs de ces contenus comprennent que nous irons les chercher partout où ils sont et que nous ferons cesser leurs violences», annonçaient Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique, et Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes au Figaro .

L’objectif est d’imposer aux réseaux sociaux d’être transparents sur leurs règles de modération, de mieux détecter les propos haineux en amont grâce à des outils de prévention, de les retirer plus rapidement et de lutter contre l’impunité en conservant des preuves dans les archives des plateformes.  « Le président de la République a également fait part de son souhait d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux personnes condamnées pour racisme ou antisémitisme, ‘’comme l’on a interdit d’accès aux stades les hooligans’’ ajoute Le Figaro. Une mesure dont la légalité et la mise en application suscitent de nombreuses interrogations. Enfin, Emmanuel Macron est intervenu sur la question épineuse de l’interdiction de l’anonymat sur Internet. ‘’La question sera posée’’ a-t-il indiqué devant son auditoire. ‘’Faut-il l’interdire partout? […] nous pourrions aller vers le pire’’ a toutefois précisé le chef de l’État. »

La mise en scène de soi

Le pire ? Marlène Schiappa, parfois, s’y emploie dans l’application qu’elle met à la mise en scène d’elle-même. Aujourd’hui ce sont les déclarations de la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes qui font « grincer des dents ». Dans un improbable entretien à Valeurs actuelles, Mme Schiappa « souligne l’existence d’une convergence idéologique » entre La Manif pour tous et « les terroristes islamistes » – sans toutefois les mettre « sur le même plan » (sic).

« Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes », observe la secrétaire d’Etat, pour qui « il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes qui s’unissent de fait dans ce combat »1.  Valérie Pécresse, chef de file du mouvement Libres ! au sein des Républicains, a aussitôt dénoncé sur Twitter la « faute » de Marlène Schiappa.

« Critiquer les positions des sympathisants de la Manif pour Tous est une chose. Les comparer aux terroristes islamistes qui ont frappé à mort notre pays et qui veulent détruire notre civilisation, c’est une faute. »

D’autres, comme le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a lui aussi fustigé sur Twitter ce qu’il considère comme une « insulte ». La Manif pour tous dénonce un « scandaleux amalgame » et réclame « des excuses immédiates ».« Trop, c’est trop » écrit l’organisation dans un communiqué. 

« En comparant l’incomparable, Marlène Schiappa se livre à une provocation qui augure très mal du débat à venir sur les enjeux majeurs de la révision de la loi de bioéthique. Les caricatures et les violences verbales n’ont pas leur place dans le débat public. » 

Une loi pour lutter contre cette épidémie de désinhibition qui ne cesse de gagner du terrain ?

A demain

@jynau

1 Extraits :  «  (…) Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. Le deuxième point commun entre homophobie et antisémitisme est que ce sont les théories islamistes radicales qui désignent comme boucs émissaires ces personnes-là. Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la « manif pour tous » ont nourri la recrudescence de violences homophobes: + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. (…) »  

 

 

L’espérance de vie des Français.e.s plafonnerait. Est-ce une bonne raison pour désespérer ?

Bonjour

C’est un scoop-manchette du Monde (Nathaniel Herzberg) : « Pourquoi l’espérance de vie ne progresse plus ». Entendre l’espérance de vie des Français. Compteur bloqué : 79,4 ans pour les hommes, 85,3 pour les femmes en 2018.  Après un gain de trente ans au XXe siècle, ce coup d’arrêt surprend. Environnement, alimentation, niveau de vie : comment expliquer ce plafonnement ? Où l’on sous-entend, bien évidemment, que l’immortalité n’est pas une hypothèse à exclure d’emblée.

 

Que nous dit le quotidien vespéral qui devrait, cette année, célébrer ses 75 ans ? Qu’au XXe siècle, l’espérance de vie des Français a gagné trente ans, en passant de 45 à 74 ans pour les hommes et de 49 à 82 ans pour les femmes. Pourquoi ? Recette connue : amélioration globale de l’état sanitaire du pays, réformes sociales réduisant la pénibilité du travail, « mais aussi et surtout une succession de progrès médicaux majeurs ». La médecine, ses progrès et ses failles, au cœur de tous les espoirs, de toutes les craintes. Ainsi les statisticiens usent-ils de trébuchets pour évaluer l’impact des vagues de grippes hivernales sur cette espérance vitale plafonnante. Sans doute faudrait-il aussi tenter de mesurer les apports des vaccins, des antibiotiques et autres avancées thérapeutiques médicamenteuses et chirurgicales.

On peut aussi privilégier les modes de vie privilégiant l’hygiène aux excès, ce qui expliquerait les diférences longtemps observées entre les hommes et les femmes. Des différences de moins en moins marquées du fait, notamment, de l’augmentation de la consommation de tabac chez ces dernières.

Cent euros de plus par mois = une rallonge de 0,8 ans

 Autre piste : socio-économique.  « Une étude rendue publique en février 2018 par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a ventilé l’espérance de vie, non plus suivant les catégories socioprofessionnelles, mais en fonction du niveau de vie, résume Le Monde. L’espérance de vie des 5 % d’hommes les plus aisés culminait à 84,4 ans ; celle des 5 % les plus pauvres (470 euros de niveau de vie, soit le revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation) plafonnait à 71,7 ans. Un écart de treize ans (huit ans chez les femmes), d’autant plus marqué que l’on descend dans l’échelle des revenus‘’Aux alentours de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes, 0,7 an chez les femmes’’, indique ainsi l’étude. » Le Monde, toujours :

« Si l’on ajoute, toujours selon l’Insee, qu’entre 2008 et 2016 le revenu disponible a diminué en moyenne de 1,2 %, il est tentant de conclure, avec l’épidémiologiste américain Philip Landrigan, du Boston College, que « la montée des inégalités est la première cause de cette stagnation de l’espérance de vie ». « Même dans un pays comme la France, avec son accès universel aux soins, l’augmentation du nombre de pauvres va tirer l’espérance de vie vers le bas, ajoute-t-il. D’autant que ce sont aussi eux qui subissent le plus lourdement les effets de la pollution de l’air’’. ».

Désespérer ? Sans soute pas. Que les Gilets Jaunes lisent ou pas Le Monde sur les ronds-points, ce sont là autant d’éléments à haute valeur politique et qui, à ce titre, devraient trouver leur place dans le Grand Débat.

A demain

@jynau

 

 

Pédophilie au sein de l’Eglise : l’incompréhensible mea culpa prononcé par Mgr Pontier

Bonjour

La une et cinq pages : c’est en majesté que notre quotidien dominical traite de la pédophilie dans l’Eglise. Tout, il est vrai converge pour l’évoquer. Un film primé à Berlin et objet de polémique juridique (« Grâce à Dieu » de François Ozon). Un livre-enquête  choc à paraître, signé de notre confrère Frédéric Martel (« Sodoma Enquête au coeur du Vatican», Robert Laffont). Des affaires récurrentes jamais soldées. Et la prochaine réunion, au Vatican par le pape François, d’un « sommet mondial pour prévenir les abus sexuels » – une forme d’émergence d’un politique catholique des risques.

Et dans ce concert, page 3 du Journal du Dimanche, une « exclusivité » : un entretien avec Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France. Une voix plus qu’autorisée dont on n’imagine pas un seul instant qu’elle n’ait pas reçu la bénédiction des autorités suprêmes. Or que nous dit Mgr Georges Pontier, 75 ans, par ailleurs archevêque de Marseille après l’avoir été deDigne et de Saintes ? Mgr Pontier dont le magazine La Vie  nous assure qu’il incarnerait une ligne « foncièrement modérée » à l’opposé de la « ligne Lustiger » ainsi qu’une Église « accompagnatrice spirituelle plutôt qu’une donneuse de leçons ».

L’AFP a résumé le long propos de l’archevêque. Etrange propos plus qu’embarrassé. Douloureuse exégèses à venir. Où l’on entend que pour lui le silence fait autour des abus sexuels dans l’Eglise résulte d’un « péché collectif » et d’un système qui « néglige » la parole des victimes. « Nous devons travailler tous ensemble contre la pédophilie. La hiérarchie [religieuse]n’est pas la seule coupable. Dans certaines familles, des parents très chrétiens ont empêché leur enfant de parler, dit-il encore. C’est un péché collectif ».

« Grâce à Dieu »

Et ces phrases : « Il existe une vénération de l’Eglise qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole (…)  Il y a quelque chose de systémique dans la négligence, le poids et la défense des institutions par rapport aux personnes victimes (…) On ne peut plus rejeter la faute, dire que ce sont les médias ou le monde extérieur qui en voudraient à l’Eglise (…) Les victimes n’ont pas besoin de repentance permanente si les actes ne suivent pas ».

L’actualité ? Mrg Georges Pontier est favorable au report de la sortie du film Grâce à Dieu consacré au père Preynat, un prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles sur mineur et qui n’a pas encore été jugé. Il s’en explique à sa façon :

 « Nous sommes dans un calendrier ahurissant, qui voudrait que l’on termine par la reconnaissance de culpabilité devant les tribunaux après avoir vu tant de choses sur ce père Preynat qui, cela ne fait pas de doute, a commis des faits répréhensibles. Il faut un respect minimum de la présomption d’innocence. »

Interrogé sur l’enquête pour agressions sexuelles visant à Paris l’ambassadeur du pape en France Mgr Ventura, le prélat se montre également prudent : « Si des actes ont été commis qui auraient traumatisé profondément quelqu’un, ce serait, bien sûr, choquant. Je connais bien Mgr Ventura et, pour le moment, je le présume innocent. »

Mais qui a bien pu accuser les médias d’en vouloir à l’Eglise ? Comment confesse-t-on un péché collectif et qui doit faire, alors, pénitence ? Mgt Pontier ne nous le dit pas.

A demain

@jynau

 

De l’eugénisme et du transhumanisme: les prophéties auto-réalisatrices de Jacques Testart

Bonjour

Qui aurait pensé lire, un jour, Jacques Testart dans Valeurs actuelles (propos recueillis par Charlotte d’Ornellas) ?

Jacques Testart, 80 ans ou presque, phosphorescence intacte et un site où il guerroie contrele libéralisme économique et l’eugénisme, son allié naturel. Jacques Testart héraut solitaire d’une « science citoyenne » et allergique sinon à la « médecine » du moins à presque tous les médecins. Jacques Testart qui voit dans le Diagnostic préimplantatoire (DPI) et les Centres d’études et de conservation du sperme et des œufs humains (CECOS) la source du mal présent et à venir. Jacques Testart qui, si tout va bien, fêtera dans trois ans et avec René Frydman les quarante ans d’Amandine-premier-bébé-éprouvette-français.

Pour l’heure l’ancien chercheur paradoxal ne commente pas l’actualité médiatique et la prochaine révision de la loi de bioéthique qui devrait (si rien ne change) bouleverser la donne français en dépénalisant la pratique de la « PMA pour toutes ». C’est que, pour Testart, « il y a des questions infiniment plus graves et dont personne ne parle. Pas même ceux qui sont censés voter la loi ! Or l’eugénisme s’affirme comme projet de société. C’est ça dont il faudrait parler aujourd’hui. »

« Eugénisme » ?

« La volonté de constituer une espèce humaine de meilleure qualité, plus performante, plus compétitive… C’est le transhumanisme, finalement ! Le but de la médecine serait d’avoir des individus en bonne santé mais elle augmente sans cesse le nombre de ses clients en identifiant des malades qui s’ignoraient et en élevant la barre du « normal ». Si l’on ne fixe pas de limites, cela peut conduire à l’eugénisme. En Europe, on n’ose pas en parler parce que ça rappelle le nazisme. Alors nous évitons le débat. Sauf que, dans la pratique du tri des embryons, il est bien question de mettre en compétition les individus qui vont survivre selon des critères de plus en plus exigeants.

 « Voilà trente ans que j’alerte et que je préviens. Hélas, je suis bien obligé de vous dire que cela n’a absolument rien changé. J’ai parlé devant des députés, des sénateurs, le Conseil d’État… Les décideurs m’interrogent chaque fois que l’on veut changer une loi. Je leur sers toujours la même rengaine : le gros problème, c’est l’eugénisme. J’explique, ils acquiescent. Me disent que j’ai raison. Et tout se poursuit sans embûches. »

Le dernier avis (n°129) du Comité national d’éthique 

« Le CCNE franchit cette fois-ci des pas énormes, sans que rien n’ait été discuté dans les états généraux de la bioéthique. Les députés vont se retrouver avec cet avis qui est le même que celui du comité d’éthique de l’Inserm ou de l’Académie de médecine. Ils sont tous d’accord et ils poussent sans que personne ne réagisse.

 « L’avis préconise de libéraliser encore un peu plus la recherche sur les embryons, en supprimant la nécessité d’une finalité médicale. Maintenant, ce pourrait être pour des enjeux économiques, par exemple ; l’humain devient matière première. On pourrait établir des gestations chez l’animal avec des chimères humain-animal…

 « Mais il y a aussi l’élargissement du recours au diagnostic préimplantatoire, au diagnostic pré-conceptionnel ainsi qu’au diagnostic génétique à généraliser dans la population totale. Il est clairement question de tri d’embryons pour ne garder que les plus performants. Cela mériterait au minimum de longues discussions, or il n’y en a aucune, pas même dans les médias. Nous sommes en train de laisser passer des choses gravissimes. »

 Mais encore ?

« À la page 64 de l’’’Avis 129’’ du CCNE, il est écrit : ‘’La médecine génomique et les examens génétiques permettent de réduire l’incidence de certaines maladies génétiques graves et ouvrent de nouvelles pistes pour des prises en charge adaptées pour les patients.’’ C’est absolument faux. Cela ne permet pas de réduire l’incidence sauf si l’on interdisait la procréation des couples découverts ‘’ à risque’’, et cela n’ouvre pas de nouvelles pistes puisque, en général, il n’y a pas de traitement. Les embryons sont triés, c’est tout. Ils affirment des choses fausses. Avec l’assurance que leur donne une expertise supposée être la meilleure. »

Désespéré ?

« C’est un peu désespérant, à vrai dire. J’avais essayé de prévenir en 1986, avant même l’invention du diagnostic préimplantatoire (DPI, en 1990). Je pressentais que ça déraperait très rapidement et qu’il n’y avait pas de limites possibles. Si l’on arrive à obtenir – par de nouvelles technologies – de nombreux embryons dans les années à venir, des centaines éventuellement, on pourra alors détecter des centaines ou des milliers de supposées pathologies et c’est un véritable système de tri eugénique qui nous guette, d’autant que les servitudes de la fécondation in vitro seraient alors épargnées aux patientes.

 « J’étais donc contre, mais quand le DPI a été légalisé en 1994, j’ai cherché des limites possibles. Et j’en ai trouvé une qui vaut ce qu’elle vaut : limiter le diagnostic à une pathologie ‘’particulièrement grave et incurable’’ par couple. Ça n’a jamais été repris, ni par mes collègues ni par les politiques, alors que c’était la seule façon d’éviter l’élargissement sans limites du DPI, même s’il demeure intrinsèquement eugénique. »

 Transhumanisme, nouvelle rupture du XXIème siècle ?

 « C’est une rupture définitive. Certains proposent, d’autres acceptent et les gens finissent par s’habituer, voire demander. Regardez le nombre de gens prêts à porter des bracelets pour savoir le nombre de pas, de battements cardiaques, le poids… Les techniques sont encore rudimentaires, mais l’habitude est là et la prise en compte du corps est incroyablement présente. Ils veulent absolument survivre, c’est tout. Comment imaginer un retour en arrière ? Les gadgets vont peu à peu s’introduire dans nos vies puis dans nos corps, sans que personne ne résiste. »

 Plus généralement Testart observe l’avancée à marche forcée vers la « libéralisation ». « Personne ne propose jamais d’interdire ce qui était autorisé, dit-il. Pour compenser, on parle d’encadrer les pratiques, on confie la gestion des limites à des autorités qui seraient par principe non critiquables. Le Comité consultatif national d’éthique ou l’Agence de la biomédecine, par exemple. Mais cette dernière est au service de la science elle aussi, et se laisse donc griser par les ‘’progrès’’ de la médecine ! ». Sans parler de  l’Académie de médecine : « la plupart des médecins qui en font partie ne sont pas compétents sur ces sujets précis, on peut leur raconter ce que l’on veut au nom des progrès de la science et du bien de l’humanité. Qui voudrait s’y opposer ? Personne. Il n’y a donc aucun contre-pouvoir dans ce domaine et quelques rares experts ont les coudées franches. »

Valeurs Actuelles lui demande alors s’il est ou non possible d’imaginer une autre raison de vivre que cette fascination pour tant et tant de dérives.

« Très honnêtement, je pense que c’est perdu tant que ce système attire et fascine. Parce que sa ‘’religion’’ est cohérente : elle est celle de la croissance économique, de l’amélioration des capacités humaines, de la toute-puissance d’Internet, de la compétition généralisée… Puisqu’on ne peut interdire, qu’il semble impossible de limiter en raison de comités cautions, de la pression internationale ou du tourisme médical, il faut donc espérer que les gens n’en veuillent plus. Il faut générer une autre attirance, comme ce que faisait la religion dans la société, avant. »

 Etait-ce « mieux avant », avec le Vatican  ? Sera-ce pire plus tard, sans ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

Cancer du sein : est-il ou non éthique de ne pas vouloir rembourser les «tests génomiques» ?

Bonjour

Sous le langage technique des experts c’est une polémique frontale. Une polémique médicale et scientifique, économique et éthique. Elle trouve son origine dans un avis que vient de rendre public la Haute Autorité de Santé : « Utilité clinique des signatures génomiques dans le cancer du sein de stade précoce – Rapport d’évaluation ».

L’objectif de la HAS était d’évaluer, en vue d’un remboursement par l’Assurance Maladie, l’utilité clinique de chacune des quatre « signatures génomiques » (Mammaprint®, Oncotype DX®, Endopredict® et Prosigna®) aujourd’hui prises en charge (depuis avril 2016, de façon temporaire et dérogatoire) dans le cadre spécifique du Référentiel des actes innovants hors nomenclatures (RIHN). Ces « signatures » sont utilisées en vue d’optimiser la décision d’administrer ou non une chimiothérapie adjuvante dans certains cas de cancer du sein de stade précoce.

Rappel du contexte par la HAS : Les femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant présentent, après l’ablation de la tumeur, un risque plus ou moins élevé de récidive contre lequel une chimiothérapie adjuvante peut être envisagée. Pour déterminer s’il est pertinent d’y recourir, l’équipe médicale dispose de critères clinico-pathologiques. Mais dans certaines situations « d’incertitude thérapeutique »  l’utilisation des « signatures génomiques » pourrait constituer une aide complémentaire. La HAS explique avoir évalué quatre signatures génomiques et, en conclusion,  « considère qu’elles ne peuvent pas encore faire l’objet d’une prise en charge par la collectivité ».

L’affaire est d’importance. Chaque année, 55 000 nouveaux cas de cancers du sein sont recensés en France. De multiples formes sont identifiées, auxquelles les traitements doivent être adaptés : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie… « Au-delà du traitement de la tumeur elle-même, l’enjeu est d’éviter les récidives. C’est l’objectif de la chimiothérapie adjuvante, qui peut être proposée à la patiente après une opération chirurgicale, rappelle la HAS.  Or, la chimiothérapie est un traitement lourd présentant de nombreux effets secondaires. Il convient donc de n’y recourir que lorsque cela est nécessaire et utile au regard du risque de récidive. »

En pratique la décision médicale, partagée avec la femme, repose notamment sur des critères clinico-pathologiques tels que son âge, l’existence d’un envahissement des ganglions de l’aisselle, la taille et la nature de la tumeur.  Mais pour les cancers du sein dits « infiltrants », les « signatures génomiques » permettent d’estimer un risque de récidive à partir de l’expression d’un panel de gènes dans la tumeur. En complétant les critères clinico-pathologiques, et en particulier pour les patientes pour lesquelles ces critères ne lèvent pas toutes les incertitudes, elles pourraient être un outil d’amélioration de la décision thérapeutique.

Une condition sine qua non

 C’est dans ce contexte que la HAS a évalué l’utilité clinique des quatre signatures génomiques disponibles en France actuellement financées (et non pas remboursées) de manière dérogatoire. Cette institution explique définir, pour la première fois, la population a priori concernée  (« les femmes dont la tumeur mesure entre 1 et 5 cm, est sensible à l’hormonothérapie adjuvante, de statut HER2 négatif, de grade 2 et sans envahissement ganglionnaire ou avec un micro-envahissement »). « Cela représenterait 5 à 10% des femmes atteintes d’un cancer du sein infiltrant » précise-t-elle.

Et la HAS de souligner que l’utilisation des signatures génomiques en dehors de la population d’intérêt définie pourrait engendrer deux risques : dissuader des patientes qui en auraient besoin de recourir à une chimiothérapie adjuvante, générant ainsi un risque supplémentaire de récidive voire de décès ; inversement, réaliser une chimiothérapie adjuvante non pertinente, exposant inutilement des patientes à des effets indésirables non-négligeables (sur-traitement délétère).

La HAS explique encore avoir évalué l’utilité clinique des « signatures génomiques » dans la « population d’intérêt définie ».  Et conclut qu’au regard du « manque de données » elle attribue aux quatre signatures étudiées un service attendu insuffisant et donc (pour l’instant) un « avis défavorable à un remboursement par l’Assurance maladie ». Pour autant elle reconnaît « l’intérêt potentiel des signatures génomiques » comme « outil complémentaire d’aide à la décision thérapeutique dans le contexte actuel de développement d’une médecine de précision ». A ce titre elle recommande « dans une logique de soutien à l’innovation » de « maintenir le financement dérogatoire des signatures génomiques ».

La HAS pose toutefois une condition sine qua non à cette prise en charge : la réalisation d’une étude clinique prospective, comparative, permettant de recueillir exhaustivement des données cliniques pertinentes et exploitables. Ce n’est que lorsqu’elle aura ces données qu’elle pourra « revoir son avis en vue du remboursement ».

« Etudes complémentaires vouées à l’échec »

Cette prise de position inhabituelle de la part de cette institution a aussitôt fait réagir la Société Française de Médecine Prédictive et Personnalisée (SFMPP) :

« La HAS donne un avis défavorable à un remboursement par l’Assurance Maladie des tests génomiques pour guider la décision de chimiothérapie chez les femmes ayant un cancer du sein précoce. A l’inverse, plusieurs pays de l’OCDE ont ouvert l’accès à ces tests et leur prise en charge suivant des recommandations nationales et internationales récentes. Ces recommandations prennent notamment en compte les résultats de deux grands essais internationaux prospectifs qui ont fait l’objet de publications dans la revue de référence des pratiques médicales, en plus d’autres grandes études rétrospectives confirmant la valeur pronostique de ces tests et leur utilité clinique.

« Au-delà des divergences d’experts, la SFMPP s’inquiète du fait de ne pas préconiser le remboursement d’outils qui optimisent les décisions en permettant de s’abstenir de chimiothérapie pour des patientes où il existe un fort doute sur son intérêt (…) Des études complémentaires sont appelées des vœux du groupe d’experts, que nous pensons d’avance vouées à l’échec puisque les trois premières années d’utilisation en France n’ont pas permis de mettre en place un observatoire national pour mieux identifier la population cible. Quand bien même ces études seraient menées, leur valeur scientifique serait bien plus faible que celle des études aujourd’hui disponibles. »

 Pour sa part la SFMPP « continue à demander la prise en charge de ces tests via leur inscription au dispositif de remboursement des actes de l’Assurance Maladie ». Les termes de la polémique sont ainsi clairement posés. Reste deux questions pour l’heure sans réponse : quel est le montant des sommes en jeu, et qui prendra la décision de rembourser, ou pas, les « tests génomiques » par la Sécurité sociale ?

A demain

@jynau

L’Agence du médicament est condamnée dans l’affaire des prothèses mammaires. Pourquoi ?

Bonjour

Dix ans après les faits. C’est une décision du tribunal administratif de Montreuil en daté du 29 janvier. Il reconnaît la responsabilité de l’Etat dans l’exercice de sa mission de contrôle de police sanitaire des activités de la société PIP (Poly Implant Prothèse).

On se souvient de cette peu banale et tentaculaire affaire qui porte le nom d’une entreprise fondée à la Seyne-sur-Mer en 1991 par Jean-Claude Mas ; entreprise qui fabriquait depuis les années 2000 des prothèses mammaires. La société (liquidée en 2010) et son fondateur furent au cœur d’un scandale de santé publique après la découverte en 2010 de l’origine frauduleuse et dangereuse des produits utilisés.

« Près d’un million de prothèses contenant un gel destiné à l’industrie électronique ont été écoulées entre 2001 et 2010, sans aucune précaution sanitaire, par la société de Jean-Claude Mas,  condamné à quatre ans de prison pour fraude aggravée et pour escroquerie à l’égard du certificateur allemand TÜV, rappelle Le Quotidien du Médecin (Elsa Bellanger). Au total, 400 000 femmes seraient concernées dans le monde. En France, sur les 30 000 victimes recensées, 18 000 ont subi une explantation de leurs prothèses. »

Saisi par une victime qui s’était faite implanter en 2005 des prothèses de la marque PIP, le tribunal administratif s’est prononcé sur la responsabilité de l’Etat dans les années qui ont précédé la suspension de la mise sur le marché de ces prothèses ; suspension correspondant à  une décision du 29 mars 2010 du directeur général de l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé – devenue ANSM en 2012 après diverses controverses) .

Carence fautive

Pour les années antérieures à 2009, le tribunal juge qu’au regard des informations dont disposait l’AFSSAPS, l’instruction ne permet pas d’établir l’existence d’une faute qui serait liée tant au retard à déceler la dangerosité des implants PIP et à en suspendre leur commercialisation qu’à l’absence d’investigations complémentaires à celles réalisées par l’organisme certificateur, qui n’avait pas fait de « remontées ».

En revanche, le tribunal retient que les données de vigilance pour l’année 2008, « qui ont fait apparaître une augmentation significative des incidents », auraient pu être traitées utilement à compter du mois d’avril 2009, date à laquelle ces incidents ont été portés à sa connaissance. « Or l’AFSSAPS ne peut être regardée comme ayant pris les mesures de contrôle et d’investigations complémentaires nécessaires pour analyser ces incidents qu’à partir du 18 décembre 2009, date à laquelle l’agence a débuté ses investigations auprès de la société » écrit le tribunal administratif. Il précise que ni l’absence de certaines données de commercialisation, ni le retard pris par la société PIP dans la transmission des informations commerciales, ni l’absence de remontées de la part de l’organisme certificateur pas plus que la dissimulation intentionnelle du produit par les dirigeants de la société PIP, « ne sont suffisantes pour exonérer l’Etat de sa responsabilité en l’espèce ».

Le tribunal juge ainsi que » la responsabilité pour carence fautive de l’Etat est engagée entre avril 2009 et le 18 décembre de cette même année ». Il est fort peu vraisemblable que le directeur de l’AFSSAPS de l’époque commente cette décision de justice. On peut en revanche espérer que la direction générale actuelle de l’ANSM en prenne toute la graine nécessaire, ne serait-ce que pour ses missions de police sanitaire.

A demain

@jynau