PMA : le Comité national d’éthique répondra-il ou non aux vœux d’Emmanuel Macron ?

 

Bonjour

Le Pr Jean-François Delfraissy, nouveau président du Comité national d’éthique (CCNE) vient de donner un entretien à Famille Chrétienne (Antoine Pasquier). Un entretien éclairant quant aux relations toujours étranges et complexes qu’entretiennent cette institution et le pouvoir politique qui lui permet d’exister 1. Un entretien qui permet, aussi, d’en savoir un peu plus sur un avis que l’on pensait perdu dans les sables : celui à haute valeur sociétale qui devait traiter de l’ouverture de la PMA aux femmes homosexuelles et aux femmes célibataires. On sait qu’à la différence de Marine Le Pen, Emmanuel Macron y est favorable – mais qu’il attend l’avis du CCNE. Jean-François Delfraissy :

« Cet avis sera rendu public après l’élection présidentielle. Le CCNE, qui est une instance autonome et indépendante, préfère ne pas entrer dans le débat présidentiel, en raison du risque possible de manipulation. C’est plus raisonnable. L’agenda du CCNE et du politique n’est pas le même. Cette élection mettra au pouvoir une nouvelle équipe qui aura peut-être déjà des positions claires ou non sur le sujet de la PMA. C’est un assez bon moment, je crois, pour venir l’éclairer avec notre avis et lui envoyer un message. »

Le président du CCNE a bien conscience du fait qu’autoriser la PMA aux couples de femmes homosexuelles et aux femmes seules constituerait un bouleversement majeur. « Sur des sujets aussi difficiles que celui de la PMA, nous n’arriverons pas à contenter tout le monde » se borne-t-il à dire. On lui rappelle qu’en janvier dernier, sur France Inter, il a déclaré qu’existait, en France « une demande sociétale pour recourir à la gestation pour autrui ».

Revoir la copie

« La GPA est un sujet complexe et difficile, répond-il aujourd’hui Ce que j’ai voulu exprimer sur France Inter, c’est la nécessité d’aborder les deux aspects du sujet : constater d’un côté qu’il existe une demande sociétale qui est indiscutable et, de l’autre, tenir compte du risque de marchandisation du corps de la femme. Encore une fois, je vous renvoie à l’avis que publiera le CCNE, avec un débat autour de ces questions. Cet avis adoptera une vision assez large. »

Mais encore ? « L’avis du CCNE qui sortira au printemps 2017 sera différent de celui qui serait sorti il y a deux ans ; j’en suis persuadé. Nos réflexions sont valables pour un temps donné, dans un contexte sociétal et international qui est lui-même mouvant et changeant. Nous devons tenir compte des aspects positifs et négatifs du moment. S’il faut revoir la copie lors de la révision de la loi de bioéthique de 2018, ça sera l’occasion de le faire. »

Revoir la copie ? Le CCNE s’était exprimé sur la GPA dans un avis du 1er avril 2010 « Problèmes éthiques souleves par la gestation pour autrui ». Pour s’y opposer :

« Finalement, à l’issue d’une réflexion riche et collégiale, pour les six ordres de raisons qui viennent d’être exposées et pour la grande majorité des membres du CCNE, l’ensemble des arguments favorables au maintien de la législation en vigueur l’emportent sur ceux qui sont favorables à la légalisation de ce procédé de PMA, même de manière strictement limitée et contrôlée. »

Le marbre et l’hérésie

Revoir la copie ? En novembre 2005, le même CCNE avait rendu une copie radicalement négative quant à l’ouverture de la PMA aux homosexuelles ou aux femmes seules. Il s’agissait de l’avis n° 90 (adopté à l’unanimité des membres du CCNE moins une abstention).

« La loi française est formelle, exigeant la présence d’un homme et d’une femme, à l’origine du projet parental. Si l’AMP était ouverte aux personnes seules et/ou aux homosexuels, cela impliquerait une indifférence des donneurs de spermatozoïdes ou d’ovocytes, au destin de leurs gamètes qui pourraient être donnés à un couple hétérosexuel ou homosexuel ou à une personne seule sans choix préalable de leur part. La levée de l’anonymat qui serait éventuellement réclamée par des receveurs ou des donneurs volontaires dans une telle situation, introduirait paradoxalement une discrimination.

 « L’ouverture de l’AMP à l’homoparentalité ou aux personnes seules ouvrirait de fait ce recours à toute personne qui en exprimerait le désir et constituerait peut-être alors un excès de l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif. La médecine serait simplement convoquée pour satisfaire un droit individuel à l’enfant. »

Jean-François Delfraissy confie être « de ceux qui pensent que l’éthique évolue ». « C’est pour cela que je suis favorable au mécanisme français de révision de la loi de bioéthique, ajoute-t-il. Si on considère que certaines grandes questions d’éthique sont très liées à l’évolution de la société, il est logique que les réponses qui sont apportées puissent ne pas être inscrites dans le marbre. Certains vous diront que c’est une hérésie ce que je suis en train de vous raconter, et qu’il existe des choses intangibles auxquelles il ne faut pas toucher. Je ne le crois pas. » Une hérésie ?

A demain

1 « La bioéthique, c’est éminemment politique » Slate.fr 26 avril 2017

 

Pharmacie, éthique et politique : méchantes recettes pour faire de gros bénéfices

 

Bonjour

On peut voir là, au choix, des informations édifiantes ou révoltantes. Elles sont disponibles sur le site Medscape (Aude Lecrubier). On y découvre les révélations de plusieurs médias britanniques quant aux méthodes de la multinationale pharmaceutique sud-africaine Aspen Pharmacare. « S’il n’obtient pas les hausses de prix demandées auprès des gouvernements, Aspen va jusqu’à stopper les ventes, quitte à envisager de détruire ses propres stocks, résume Medscape. Or, Aspen est en situation de quasi-monopole sur ces génériques… »

Après The Guardian, ces pratiques sont mises en lumière par The Times (Billy Kenber) : « Drug giant’s secret plan to destroy cancer medicine » et par  The Independant (Katie Forster): « Pharmaceutical giant ‘plotted to destroy cancer drugs to drive prices up 4,000%’ ». On y apprend le bras de fer engagé avec le gouvernement espagnol pour obtenir une forte hausse des prix de cinq génériques d’anticancéreux acquis auprès de GlaxoSmithKline.  Une bataille qu’ont déjà perdu (ou que n’ont pas mené) certains pays européens.

Parmi les cinq médicaments concernés, le busulfan (Myleran®, Aspen) indiqué dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique a vu son prix passer de 5,20 £ à 65,22 £ le flacon de comprimés en 2013 – soit une augmentation de plus de 1100% après l’acquisition par Aspen.

Faire céder les gouvernements

« Notons qu’en France, le prix du médicament vendu par Aspen est désormais de 68 euros par flacon de 25 comprimés alors qu’il était de 14,93 euros en 2006, souligne Medscape. Une autre molécule, le chlorambucil (Leukeran®, Aspen), également utilisée en hémato-oncologie coute désormais 40,51 £ par boite versus 8,36 £ avant le rachat en 2013. En France, le produit est aujourd’hui commercialisé par le laboratoire Techni Pharma pour 20,96 euros la boite de 30 cps. Dans l’Hexagone, le Purinethol® coute désormais 64,63 euros par flacon de 25 cps au lieu de 4,35 euros lorsqu’il était commercialisé par GSK. »

Face à refus du gouvernement espagnol d’accepter une augmentation de prix allant jusqu’à 4000%, le laboratoire est passé des menaces à l’action destructrice. Selon The Independent, cette méthode de pression a déjà été utilisée par le laboratoire en Italie où les pénuries de médicaments et les menaces d’arrêter les ventes ont fini par faire céder le gouvernement.

Interrogé par The Times, Aspen n’a pas fait de commentaire sur la question de la destruction des stocks espagnols, précise Medscape. En revanche, Dennis Dencher, DG d’Aspen Pharma Europe a indiqué que les hausses de prix avaient pour but « de promouvoir un accès durable aux patients », que les prix initiaux étaient « très bas et insoutenables » et que les « pénuries d’anticancéreux d’Aspen n’étaient pas délibérées ».

Existe-t-il une éthique minimale dans la jungle des multinationales pharmaceutiques ? Que pourrait révéler, sur le sujet, le Comité économique français des produits de santé ?

A demain

 

Un utérus artificiel pour mouton mis au point aux Etats-Unis. Demain chez l’humain ?

Bonjour

C’est une publication scientifique qui renvoie immanquablement au chef d’œuvre d’Aldous Huxley. On trouve la publication dans Nature Communications du 25 avril 2017 : « An extra-uterine system to physiologically support the extreme premature lamb ». Le chef d’œuvre date de 1931 : «Le Meilleur des mondes »

La BBC (Michelle Roberts) développe le sujet de même que Le Monde (Hervé Morin). Soit un incubateur/couveuse qui reproduit au plus près la physiologie d’un utérus – et ce pour y placer les très grands prématurés. Un travail mené par l’équipe d’Alan Flake (Center for Fetal Research, Department of Surgery, The Children’s Hospital of Philadelphia).

C’est là une étape majeure qui laisse présager la mise au point d’un « utérus artificiel » qui pourrait être utilisé dans l’espèce humaine. Testé sur le mouton, le dispositif a permis de faire se développer des fœtus d’agneaux durant quatre semaines et apparemment sans séquelles. « Le but est de répondre au défi de l’extrême prématurité », explique sans détour Alan Flake. Soit en amont de vingt-trois semaines de gestation placer les embryons dans un espace entre l’utérus maternel et le monde extérieur.

« Nous avons été surpris par la qualité de la réponse physiologique des animaux, fait valoir Emily Partridge, premier auteur de l’article de Nature Communications. Les fœtus régulent eux-mêmes ces échanges. » Pour autant les animaux, après avoir été extraits et après avoir montré qu’ils pouvaient respirer spontanément ont été « humainement euthanasiés » – et leurs organes analysés. Epargné, l’un d’entre eux est aujourd’hui la preuve vivante du succès de l’opération. Des recherches pré-cliniques plus poussées seront menées et, un jour prochain, aux Etats-Unis et ailleurs, on passera à l’essai sur l’homme.

Frontière éthique

Des réactions de ce côté-ci de l’Atlantique ? Le Monde cite René Frydman qui salue « un pas supplémentaire, une étude incontestablement sérieuse » et soulève quelques objections techniques quant au passage à l’espèce humaine – sans oublier les impacts psychologiques.  Pour sa part Alan Flake estime que mission de son utérus artificiel ne visera rien d’autre que la maturation des poumons des très grands prématurés. Aucune envie « de tenter de remonter plus tôt dans la grossesse. Et aucune possibilité, assure-t-il, d’établir un pont entre l’embryon l’extrême prématurité – clef de voûte de la dystopie d’Huxley. C’est aussi le point de vue du philosophe et médecin auteur d’un remarquable ouvrage sur le sujet (L’Utérus artificiel, Seuil, 2005). 

 On rappellera toutefois qu’il y a un an une équipe dirigée par Anna Hupalowska et Magdalena Zernicka-Goetz, de l’Université de Cambridge, une équipe de biologistes annonçait être parvenue à cultiver in vitro des embryons humains jusqu’à un stade jamais atteint : treize jours 1. Ces biologistes auraient pu poursuivre leur culture. Mais ils avaient alors choisi de ne pas franchir le seuil des quatorze jours, frontière éthique mise en place il y a une quarantaine d’années et, depuis, jamais officiellement dépassée. Jusqu’à quand ?

 A demain

1 « Les premiers pas de l’utérus artificiel » Slate.fr, 12 mai 2016

 

 

Marisol Touraine aimerait que Macron se souvienne qu’elle appelle à voter pour lui

Bonjour

La ministre partante de la Santé n’avait pas encore parlé. Et puis, quelques minutes après les résultats du premier tour de l’élection présidentielle elle a tweeté : « J’appelle les Français à voter massivement en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai prochain ».

Comme tant d’autres et sans surprise, face à Marine Le Pen, elle justifie son choix. Défendre « nos valeurs démocratiques » et œuvrer pour « l’avenir de la France ». « L’enjeu, ce n’est pas seulement que Emmanuel Macron l’emporte et que Marine Le Pen soit battue, mais c’est qu’elle soit battue le plus largement possible », a insisté la ministre sur France Info.

Loches, cages mouvantes

On observera que Marisol Touraine ne pose aucune condition à son soutien au candidat d’ « En Marche ! ». Pouvait-elle faire autrement ? Pour autant elle lui lance un étrange appel. S’il devait l’emporter au second tour « Emmanuel Macron devra se souvenir que c’est grâce à un large rassemblement qu’il aura pu devenir président de la République ». Elle lui demande aussi d’entendre les voix des « hommes et les femmes de gauche, socialistes, réformistes, progressistes ». Pourquoi ne les entendrait-il pas ?

On connaît la violence extrême qui prévaut, parfois, dans les arènes politiques. Emmanuel Macron se souviendra-t-il de celle qui, aujourd’hui, se prépare à retourner sur le terrain de son ancien « fief électoral » : la 3ème circonscription d’Indre-et-Loire. Centrée sur Loches qui a préféré Fillon. Loches et les terribles cages mouvantes de Louis XI où souffrit durablement Jean de la Balue. Souvenons-nous. Carrière fulgurante. Déchéance. Et retour en grâce en fin de carrière.

A demain

Ethique: pourquoi Emmanuel Macron refuse-t-il de répondre à la question de la GPA ?

Bonjour

C’est une lettre ouverte qui réclame, d’urgence, une réponse claire du plus jeune des candidats à l’élection présidentielle.  Elle est signée aujourd’hui, dans Le Figaro, par Sylviane Agacinski, philosophe, Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le respect de la personne, et Martine Segalen, ethnologue. C’est faute d’avoir reçu une réponse d’Emmanuel Macron que ces trois femmes prennent ainsi la parole. Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Benoît Hamon ont pris clairement position contre la pratique de la gestation pour autrui (GPA). Mieux : ils se prononcent en faveur d’initiatives internationales pour l’abolition de cette pratique perçue comme une nouvelle forme d’esclavage de la femme. Or, sur ce sujet, Emmanuel Macron se tait. Ou laisse planer l’ambiguïté. Extraits :

« La « Lettre ouverte » que vous avez adressée aux personnes LGBTI le 16 avril et diffusée sur le site d’En marche! nous étonne et nous inquiète. Non que nous ne partagions votre volonté de lutter contre toutes les formes de haine et de discrimination envers les personnes LGBTI, mais parce que vous êtes désormais le seul candidat qui prenne sur la question de la GPA une position réglementariste.

Vous dites vouloir « lancer une initiative internationale afin de s’attaquer au problème de la GPA très peu payée et subie ». Est-ce à dire que, supposée « bien payée » et consentie, sur le modèle californien, cette pratique vous paraît légitime ? »

Apparence éthique

Le diable, ici se niche entre les lignes. Les trois signataires postulent qu’Emmanuel Macron penche pour la solution actuellement étudiée dans le cadre des travaux sur la GPA transnationale menés au sein de la Conférence de La Haye (organisation internationale s’occupant de droit civil et commercial). « Or, l’objectif de ces travaux n’est nullement de lutter contre les trafics au nom des droits humains, mais plutôt d’adopter quelques règles juridiques minimales pour donner à la GPA une apparence « éthique » et d’assurer son bon fonctionnement en levant les obstacles tels que les problèmes d’état civil, écrivent-elles. Autrement dit, leur but est de réguler le marché de la procréation, avec le soutien actif des partisans de la GPA. »

Où l’on retrouve les convictions d’Emmanuel Macron qui (pour ce que l’on peut en comprendre) font du marché un modèle quasi indépassable des relations humaines. Or ce modèle est en l’espèce radicalement opposé à celui défendu jusqu’à présent par les lois françaises de bioéthique; des lois fondées sur le principe de l’indisponibilité du corps humain – ce corps et ses éléments échappant, précisément, au marché, à ses lois, à son appétit. Sur ce sujet essentiel la lettre ouverte du Figaro est publiée à point nommé. Emmanuel Macron se doit de répondre, clairement, à la question dérangeante mais fondamentale qu’elle soulève. Le plus tôt serait sans doute le mieux.

A demain

 

Mutilations génitales féminines : des médecins peuvent-ils, éthiquement, les pratiquer ?

Bonjour

C’est une bien dérangeante question qu’aborde, avec les mutilations génitales féminines, le dernier numéro de Population & Sociétés 1, revue de l’Institut national d’études démographiques (INED). Ces mutilations réunissent « toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme et/ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non thérapeutiques ».

Elles sont définitivement reconnues par la communauté internationale comme une forme de violation des droits humains doublée d’une atteinte grave à la santé des jeunes filles et des femmes concernées. Nous parlons ici d’ablation partielle ou totale du clitoris (clitoridectomie) plus ou moins associée à celle des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres. Il peut s’agir aussi du rétrécissement de l’orifice vaginal avec recouvrement par l’ablation et l’accolement des petites lèvres et/ou des grandes lèvres, avec ou sans excision du clitoris (infibulation). On recense encore d’autres interventions pratiquées sur les organes génitaux féminins à des fins non thérapeutiques : ponction, percement, incision, scarification ou cautérisation.

Les conséquences de ces mutilations génitales féminines sont multiples : risques immédiats (douleur, hémorragies, rétention urinaire, infections et état de choc consécutif à l’intervention) ou plus tardifs (infections pelviennes, stérilité, difficultés menstruelles, complications gynécologiques et obstétricales). Sans parler des conséquences psychologiques et sexuelles.

Déviation condamnée

On sait que depuis la fin des années 1990, la prise en charge médicale des conséquences des mutilations génitales féminines s’est peu à peu développée. Plusieurs protocoles chirurgicaux visant à améliorer la situation des femmes concernées ont été évalués et font l’objet de recommandations par l’OMS. Il faut aussi compter avec la mondialisation de la circulation des personnes, la révélation de ces pratiques dans certaines régions et la diffusion de formes médicalisées de mutilations génitales féminines. C’est là une déviation fermement condamnée par l’OMS et les organisations internationales.

« Si dans la majorité des cas, les mutilations continuent à être faites par des exciseuses ‘’traditionnelles’’, dans plusieurs pays (Égypte, Guinée, Indonésie, Kenya, Nigeria, Soudan du Sud, Yémen), de plus en plus de filles sont excisées par des professionnels de santé en milieu médical qui prétendent réduire les risques sanitaires de l’opération, soulignent les chercheuses de l’INED. À l’initiative du Fond des Nations unies pour les activités en matière de population (FNUAP), les organisations internationales ont condamné ce dévoiement des premières campagnes de sensibilisation qui compromet l’éradication de l’excision.

Esprit de lucre

À ce propos, il faut rappeler que ces pratiques ont aussi existé dans les pays du Nord jusqu’à très récemment à l’encontre de certaines catégories de population dans le cadre de prises en charge médicales. On observe aux États-Unis, en Amérique latine, en Asie et en Europe, un développement très récent de pratiques de chirurgie esthétique génitale telle que la nymphoplastie (ablation partielle ou totale des petites lèvres avec réduction éventuelle du capuchon clitoridien). »

Cette tendance à la médicalisation de la pratique s’observe également au Kenya où environ 40 % des excisions ont été effectuées par du personnel de santé à la fin des années 2000 contre un tiers à la fin des années 1990 Cette tendance récente s’expliquerait par un effet contre-productif des premières campagnes de lutte contre les mutilations menées dans les années 1990. Ces premières campagnes étaient en effet axées sur les risques sanitaires, notamment les risques à court terme (hémorragies et/ou infections) laissant penser qu’ils seraient réduits si les mutilations étaient pratiquées par des professionnels de santé et dans des conditions sanitaires plus correctes.

S’indigner que des médecins, attirés par l’esprit de lucre, participent à de telles pratiques ? Sans doute, tout en sachant, comme l’observe Armelle Andro, qu’il ne faut pas pécher ici par trop de manichéisme 2. La médicalisation peut aussi être un premier pas vers l’abandon de pratiques jusqu’alors cantonnées aux sphères du rituel.

A demain

1 « Les mutilations génitales féminines » Armelle Andro (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et Institut national d’études démographiques) et Marie Lesclingand (Université Côte d’Azur, CNRS, IRD URMIS) Population & Sociétés (avril 2017).

2 Pour plus de renseignements, se reporter à « Les mutilations génitales féminines. État des lieux et des connaissances » Armelle Andro, Marie Lesclingand. Population Vol. 71, 2016/2, p. 224-311

Neuroéthique : demain les ordinateurs et les neurones humains ne feront-ils plus qu’un ?

Bonjour

Elon Musk est un cas. PDG de multiples sociétés futuristes (dont SpaceX) il nourrit aussi une passion compliquée pour l’intelligence artificielle. Aujourd’hui il lance la société Neuralink  pour développer une technologie mariant cerveaux humains aux ordinateurs. Applications à venir : « amélioration du développement de l’intelligence artificielle, possibilité d’accéder à des performances intellectuelles plus importantes, faculté de contrôler des objets par la pensée, sauvegarde de sa mémoire etc. ».

The Wall Street Journal vient de s’en faire l’écho.  Et Elon Musk a publié un message sur Twitter, affirmant qu’un long article sur Neuralink allait être mis en ligne sur le site de vulgarisation Waitbutwhy.

Dans un premier temps, comme souvent, des perspectives thérapeutiques sont avancées : certaines formes d’épilepsies ou de dépressions sévères. Ensuite il s’agira de passer de la correction du pathologique à l’amélioration du normal existant.

Machines et fusion

« Un peu selon le même schéma que le développement de SpaceX, qui a commencé par réaliser des vols commerciaux rentables (envoi de satellite ou de vivres pour l’ISS), pour ensuite mettre en place des plans pour coloniser Mars » résume The Huffington Post (Gregory Rozieres) . Une démarche d’autant plus surprenante qu’Elon Musk  met en garde contre l’émergence d’une hypothétique intelligence artificielle qui pourrait dépasser l’humain. Pour lui, la seule réponse possible à cela est de permettre à l’homme de fusionner avec la machine, grâce à des « lacis neuraux » – une technologie qui permettrait de relier le cerveau à un ordinateur de manière bien moins invasive que les implants actuels.

« Lacis neuraux » ?  L’équivalent de filets minuscules qui se connecteraient aux neurones cérébraux. D’abord imaginés par l’auteur de science-fiction Iain Banks, ceux-ci sont devenus bien réels quand des chercheurs ont annoncé avoir réussi à créer quelque chose de similaire en 2015. Le dispositif est si petit et souple qu’il pourrait être injecté à l’aide d’une simple aiguille. Un vrai sujet de neuroéthique et de chirurgie de l’âme.

Transhumanisme et intégrisme

Mathieu Terence a le même âge qu’Elon Musk. Ecrivain, poète et essayiste – auteur du précieux « Le transhumanisme est un intégrisme », il dénonce avec force (dans Le Figaro) l’idéologie d’un mouvement « scientiste, matérialiste et ultralibéral ». Une utopie qui instaure « un nouveau monde en fonction des valeurs dominantes du précédent : jeunesse, efficacité, rentabilité ».

« Elon Musk est, avec Mark Zuckerberg, l’un des principaux argentiers du transhumanisme. Rien d’étonnant à cela. La Silicon Valley a repris le flambeau, en Californie, du millénarisme que prônaient il y a quarante ans les tenants du New Age à San Francisco. Simplement leur idéal est aux antipodes de celui, mystique, spirituel et anti-consumériste de ces oncles spirituels. Il est scientiste, matérialiste, et ultra-libéral. »

« Au fond, rien là que de très logique: le self made man absolu, tel que Musk l’incarne de façon relative et triomphante, est bel et bien le transhumain, écrit encore Terence. Cet IGM (individu génétiquement modifié) fait de sa personne sa propre petite entreprise dont l’unique but consiste à être le plus rentable possible dans le monde dans lequel il doit s’intégrer. L’ ‘’homme augmenté’’, que les neurosciences et le génie génétique rendent plausible aujourd’hui , est le fantasme d’un monde qui, au lieu de savoir donner à vivre une vie vraie, complète, libre, choisie, ou même simplement digne, à l’ensemble du genre humain, a pour but d’abolir la mort de quelques ressortissants, privilégiés. »

Et la France ? Selon Terence le scientisme 2.0 du transhumanisme à la Elon Musk y est incarné par Laurent Alexandre voire par Luc Ferry. Le nouvel ouvrage de Mathieu Terence («  De l’avantage d’être en vie ») paraîtra dans quelques jours chez Gallimard. Il est attendu.

A demain