Un cadeau original, discret et urgent : pour les fêtes de fin d’année, un peu de votre sang

Bonjour

Qui écrit les communiqués de presse de l’Établissement français du sang (EFS) ? Jadis c’était du copié-collé : il fallait donner. Avec le temps le texte a évolué. Aujourd’hui on pianote sur plusieurs claviers, pour toucher plusieurs « cibles ». Cela donne :

« Engagez-vous ! Prenez le temps de sauver des vies. Partagez votre pouvoir ! »

S’engager, comme dans l’armée. Prendre un peu de son temps, contre la mort. Reste le partage du pouvoir ? Voilà qui est plus complexe. Plus dangereux aussi, qui pourrait paradoxalement nous rapprocher de la marchandisation des éléments du corps humain. Pour l’heure nous sommes toujours dans un pays laïc qui, contre les vents capitalistes mauvais, maintient son credo du don corporel anonyme bénévole et gratuit. Notamment à l’approche des « fêtes de Noël ».

Moins d’une heure

Et puis l’essentiel : les réserves de sang sont en baisse depuis une dizaine de jours et sont désormais trop fragiles pour aborder en sécurité le début de l’année nouvelle.

« Alors que la fin de l’année est marquée par une baisse de la collecte de sang du fait des congés, des phénomènes météorologiques et des épidémies saisonnières, l’EFS en appelle à la générosité de toutes et tous en cette période de fêtes en les conviant dans l’un de ses 128 centres de collecte ou dans l’une des nombreuses collectes mobiles qui se tiennent en décembre. Vous êtes surbooké ? Cela ne prendra que 45 minutes de votre temps (dont seulement une dizaine pour le prélèvement).

« Engagez-vous ! Prenez le temps de sauver des vies. Partagez votre pouvoir ! »

A demain

Opposé à la «PMA pour toutes», le Dr Aupetit devient le nouvel archevêque de Paris

 

Bonjour

De Bichat jusqu’à Notre-Dame de Paris. En passant par Colombes (Hauts-de-Seine) où il pratiqua durant douze ans la médecine générale. « Drôle de cursus pour un prélat… » observe Le Quotidien du Médecin. Le pape François a, le 7 décembre, nommé le Dr Michel Aupetit archevêque de Paris – un médecin qui quitta son exercice de généraliste en 1990 pour entrer au séminaire de Paris.

Baccalauréat canonique de théologie en 1995, puis diplôme universitaire en bioéthique médicale à la faculté de Créteil deux ans plus tard. Ce n’était qu’un début. Ordonné prêtre du diocèse de Paris par le cardinal Lustiger, Michel Aupetit est aussitôt en charge, à Paris,  de différents ministères de vicaire et curé ; aumônier auprès de la jeunesse ; promu évêque auxiliaire ; évêque des Hauts-de-Seine. Puis, aujourd’hui la consécration capitale.

Et Le Quotidien de confier qu’un quart de siècle après avoir dévissé sa plaque, le prélat avait toujours son ECG dans sa boîte à gants. « À 66 ans, c’est un homme décrit comme affable par tous ceux qui l’approchent, ajoutait-il. Avec cette dimension de pasteur, que le pape actuel entend privilégier. Mais ce fils de cheminot qui tient aujourd’hui le conseil ‘’famille et société’’ de la Conférence des évêques de France se montre plutôt conservateur sur la morale, hostile à l’IVG, et au ‘’mariage pour tous’’ ». Une tendance qui semble confortée par les thèmes de ses nombreux ouvrages , son opposition ouverte à la loi Taubira et sa participation (remarquée et controversée) à la « Manif pour Tous » du 26 mai 2013. La Croix rappelle qu’il écrivait alors :

« Il ne convient pas qu’au nom d’un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L’inceste ? L’adoption d’un enfant par un frère et une sœur ? Pourquoi pas, en effet, “puisqu’ils s’aiment”, pour reprendre l’argumentation des partisans du “mariage homosexuel” ? »

On peut dès lors supposer, après la flamboyance du cardinal Lustiger et les longs silences du cardinal Vingt-Trois, que cette voix va rapidement se faire entendre. Notamment lors des prochains débats et controverses qu’alimentera la révision de la loi sur la bioéthique – à commencer par la question politique de l’ouverture des techniques de PMA hors du champ de la thérapeutique. Il y a peu encore, en souriant, le Dr Aupetit qualifiait son parcours personnel de bizarre : « Autrefois j’étais médecin pour me battre pour la vie. Aujourd’hui, je suis au service de la vie éternelle ». Lui seul sait s’il faut, ou pas, voir là un conflit d’intérêts.

A demain

Ethique dermatologique : peut-on se faire tatouer quand on ne veut surtout pas être réanimé ?

Bonjour

On peut voir là une nouvelle forme de directives anticipées. L’affaire est à lire dans la dernière livraison du New England Journal of Medicine : « An Unconscious Patient with a DNR Tattoo ». Les Drs Gregory E. Holt, Bianca Sarmento, Daniel Kett et Kenneth W. Goodman (University of Miami) y exposent (photographie à l’appui) le cas d’un homme de 70 ans avec des antécédents de pathologies pulomnaire, cardiaque et métaboliques. Arrivé en urgence, inconscient et avec un taux d’alcoolémie élevé, l’homme n’avait pas de papiers d’identité sur lu ? En revanche, un tatouage fort visible : « Do Not Resuscitate » sur la poitrine – avec le NOT surligné associé à sa signature.

Dans un premier temps les médecins américains ont décidé de ne pas respecter la consigne gravée sur la peau de l’homme et lui ont administré les soins de base que réclamait son état :

« We initially decided not to honor the tattoo, invoking the principle of not choosing an irreversible path when faced with uncertainty. This decision left us conflicted owing to the patient’s extraordinary effort to make his presumed advance directive known; therefore, an ethics consultation was requested. He was placed on empirical antibiotics, received intravenous fluid resuscitation and vasopressors, and was treated with bilevel positive airway pressure. »

Toutefois, troublés par le message tatoué, ils ont également demandé une consultation éthique spécialisée. Conclusion : le tatouage devait a priori être pris en considération. Entre-temps, l’homme avait pu être identifié et l’expression de son souhait de ne pas être réanimer avait été retrouvée dans son dossier du département de la santé de l’Etat de Floride. Puis son état  s’est rapidement dégradé et il est mort peu de temps après son admission.

Please Turn Over

 Pour les auteurs de cette communication originale ce tatouage « a apporté plus de confusion que de clarté ». L’une des questions soulevées est celle de savoir si ces messages encrés sont, le moment venu, toujours d’actualité. Ne seraient-ils pas, par exemple, une décision « prises quand la personne était sous l’influence de l’alcool ». L’équipe médicale américaine évoque le cas, publié en 2012, où un homme de 59 ans ainsi tatoué avait, après réanimation, expliqué que le message n’était pas à prendre en compte : c’était la trace d’un pari alcoolisé perdu dans sa jeunesse. L’homme n’avait jamais pensé que des médecins pourraient, un jour, le lire au premier degré.

De ce côté-ci de l’Atlantique, en 2011, une octogénaire britannique s’était ainsi fait tatouer sur le torse « ne pas réanimer » – affaire rapportée sur le site du quotidien britannique The Mirror et alors reprise par Le Nouvel Observateur. « Je ne veux pas être à moitié morte. Je veux être pleinement morte. J’ai peur que le corps médical, avec les meilleures intentions, me garde en vie alors que je ne veux pas vivre, expliquait Joy Tomkins, 81 ans habitante de Downham Market. Je ne veux pas être allongée, mourante, pendant des heures, des mois ou même des années. Je ne veux pas finir comme un légume. (…) C’est pour cela que j’ai fait ce tatouage. »

Outre, sur le torse, le tatouage « Do not resucitate » Joy Tomkins s’était également fait tatouer, dans le dos, « PTO », abréviation de « Please turn over ». Où l’on perçoit l’association parfaite de l’humour et du pragmatisme qui caractérisent les habitants d’un pays qui a choisi le Brexit.

A demain

 

Médecins mercenaires hospitaliers piégés : jamais plus de 1 500 euros par 24 heures

 

Bonjour

A la différence notable des journalistes, les médecins français ne lisent jamais assez. Même le dimanche. A commencer par le Journal Officiel de la République française. Celui dominical du 26 novembre publie un arrêté d’importance : « Décret n° 2017-1605 du 24 novembre 2017 relatif au travail temporaire des praticiens intérimaires dans les établissements publics de santé ». Une pièce maîtresse signée de la ministre des Solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, accompagnée du ministre montant de l’Action et des Comptes publics, le jeune Gérald Darmanin (qui, fatalité, fait la Une du Journal du Dimanche au motif qu’il rejoint le camp du Président).

Résumons ce qui constitue un petit événement dans le grand monde hospitalier : la rémunération des médecins « intérimaires » (employés dans les hôpitaux publics pour pallier la pénurie de praticiens) sera plafonnée à compter de janvier 2018 – et ce de manière dégressive jusqu’en 2020. En pratique le salaire brut maximal d’un médecin, dentiste ou pharmacien mis à disposition d’un établissement public ne pourra plus, désormais, dépasser 1 404,05 euros pour une journée de vingt-quatre heures en 2018, 1 287,05 euros en 2019 et 1 170,04 euros en 2020.

Gardes en or massif

Un rapport parlementaire de 2013 estimait à 500 millions d’euros par an la facture liée aux recours à l’incompréhensible intérim hospitalier. L’objectif de ce décret est, aussi, de réduire le décalage entre la rémunération des « médecins mercenaires » et celles des postes de praticiens hospitaliers, qui sont de deux à quatre fois moins bien payés. La sénatrice Frédérique Gerbaud (Les Républicains, Indre) avait « alerté » en novembre 2017 via une question écrite la ministre Agnès Buzyn sur ce sujet – elle évoquait des rémunérations « allant de 1 800 à plus de 2 000 euros pour vingt-quatre heures de garde ». Sans parler de certains titulaires hospitaliers qui ne résistent pas à la tentation sont d’arrondir/compléter leur salaire en faisant des gardes en intérim dans d’autres établissements que le leur – et ce sur leur temps libre.

Devant sa cheminée, le Journal Officiel replié, le médecin français pourra, en ce 26 novembre 2017 « gélif », ouvrir son Journal du Dimanche – chaque semaine plus macronien. Il y trouvera un étrange poulet intitulé « Le scandale des opérations inutiles ». Une roquette administrative pilotée depuis les moquettes de la Fédération hospitalière de France contre les blocs opératoires ; où l’on ne démontre nullement 1 (contrairement au titre) que les chirurgiens français opéreraient dans le seul but de gagner de l’argent – et, qui plus est, contre l’intérêt de leurs patients.

A demain

1 Extrait: « Césarienne, pontage coronarien, chirurgie de la colonne vertébrale, pose d’un stent (petit ressort) coronaire ou vasculaire, chirurgie du cristallin. Cinq opérations fréquentes ont été scrutées à la loupe dans la base hospitalière PMSI (programme de médicalisation des systèmes d’information) par la société Héva. Plus précisément, ce cabinet spécialisé dans le traitement des données de santé a mesuré la « consommation de soins » territoire par territoire (taux de recours, dans le jargon statistique). Finalement, prolongeant un atlas publié l’an dernier par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), l’étude met au jour d’étonnantes disparités géographiques (…)

« « Autrefois, on pratiquait trop d’interventions dans le privé mais pas dans le public. Aujourd’hui, un chirurgien hospitalier qui n’utilise pas assez son bloc opératoire perd des infirmières dans son service, donc il peut préférer pousser la machine », relève Israël Nisand, à la tête de deux maternités au CHU de Strasbourg. Le professeur refuse de « juger » l’obstétricien « seul aux commandes » qui, après avoir bossé toute la journée et sauvé la vie d’une femme en pleine hémorragie, opère un peu trop vite en début de soirée et accélère la naissance pour éviter de passer la nuit debout. »

 

 

Sexe et harcèlements : l’Ordre des médecins pousse à porter plainte, si besoin, contre les siens

Bonjour

C’est sans précédent ;  la fin officiellement programmée des « brutes en blanc ». Un symptôme éclairant du changement des temps que nous traversons. On peut en prendre la mesure sur le site du Conseil national de l’Ordre des Médecins. Symptôme signifiant : cette institution longtemps tenue pour « conservatrice-rétrograde » s’engage contre le « harcèlement sexuel ». « La fin du mariage de la carpe et du lapin… » ose un confrère.

Gardons raison : l’Ordre des médecins vient de fixer trois principes qui doivent unir la profession dans ce combat : transparence, prévention et sanction. Et l’Ordre des médecins va plus loin, qui « encourage à nouveau les personnes qui déclarent être victimes de harcèlement sexuel dont l’auteur serait médecin à porter plainte devant ses instances, afin que les abus soient reconnus et sanctionnés professionnellement ».

On apprend ainsi que dans une communication transmise aux Conseils départementaux ordinaux, le « National » rappelle que le harcèlement et les abus sexuels « sont définis et réprimés tant par le Code Pénal et le Code du Travail que par le Code de Déontologie Médicale ». Et ce « qu’ils soient exercés par un médecin envers un membre de l’équipe de soins, un collaborateur, un étudiant ou un patient ».

Transparence-Prévention-Sanction

« Ces agissements inacceptables, contraires aux principes éthiques et déontologiques de la profession, doivent être combattus sans relâche. Pour cela, l’Institution fixe trois principes majeurs. Le premier, celui de la transparence, consiste à réaffirmer l’obligation pour les Conseil départementaux, dès réception de signalements pour harcèlement sexuel, d’en prendre acte et d’entamer systématiquement la procédure disciplinaire habituelle. »

Le deuxième principe est celui de la prévention. Il vise « à rappeler la nécessité de sensibiliser les étudiants et les médecins à ces comportements tout au long de leur cursus universitaire et professionnel ». Et, in fine, si rien n’est fait, le principe de la sanction. Elle sera prononcée « via le jugement en toute indépendance des chambres disciplinaires lorsque de tels actes sont avérés ».

La fin officiellement programmée des « brutes en blanc » ? « La profession toute entière doit se mobiliser pour dénoncer et combattre le harcèlement sexuel dans le milieu médical, déclare le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national. Nous réitérons aujourd’hui notre appel : dès lors qu’un médecin est mis en cause, n’attendez plus et saisissez l’Ordre. Notre institution sera toujours un allié important aux côtés des victimes de harcèlement sexuel.»

A demain

La tragique absurdité de la publicité voulant sensibiliser les « jeunes » au don d’organes

 

Bonjour

Jusqu’où faudra-t-il donc aller ? C’est le « nouveau film de sensibilisation » (sic) de l’Agence de la biomédecine 1. Il est « destiné à un public jeune ». C’est une « parodie des plus grandes remises de prix de cinéma ». Spoilons : « au lieu de présenter les Oscars, ce sont les Endy Awards, directement inspirés des Darwin Awards bien connus et très appréciés des jeunes ».

« Cette cérémonie remet le prix de la mort la plus absurde  (sic). Des extraits des vidéos de tous les nominés et leur mort absurde, comme lors d’une vraie cérémonie, sont diffusés. Le ton est burlesque et comique.

 Lorsque le gagnant est annoncé, la femme, désormais veuve (re-sic) monte sur scène pour récupérer le prix et annonce que malgré la mort de son mari dans des conditions absurdes, il a permis de sauver des vies grâce au don de ses organes. »

Cela donne : « DON D’ORGANES ET DE TISSUS : TOUS CONCERNÉS MÊME LES JEUNES ! LE NOUVEAU SPOT DE L’AGENCE DE LA BIOMÉDECINE POUR SENSIBILISER LES 16/25 ANS 

Comment peut-on en arriver là, à cette absurdité-publicité ? Quelle image faut-il, pour cela, avoir des « 16-25 ans » ? Quand il suffirait d’inciter à la lecture de « Réparer les vivants ».

A demain

1 L’Agence de la biomédecine est une agence nationale d’État, placée sous la tutelle du ministère de la santé. Créée par la loi de bioéthique de 2004, elle exerce ses missions dans les domaines du prélèvement et de la greffe d’organes, de tissus et de cellules, ainsi que de la procréation, de l’embryologie et de la génétique humaine. L’Agence de la biomédecine assure « mettre tout en œuvre pour que chaque malade reçoive les soins dont il a besoin, dans le respect des règles de sécurité sanitaire, d’éthique et d’équité ».

 

 

Trisomie 21 : existe-t-il un « fichage national » ?  Voici la réponse officielle du Conseil d’Etat 

 

Bonjour

Sur fond d’eugénisme démocratique l’affaire, curieusement, ne passionne guère les médias généralistes friands de polémiques. Résumons-là. Et faisons-là commencer avec le décret n° 2016-545 du 3 mai 2016 qui modifie le code de la santé publique via l’article R. 2131-2-3. Le ministre chargé de la santé peut arrêter (dans le cadre de l’évaluation et du contrôle de qualité de certains examens de diagnostic prénatal) les données que les biologistes médicaux doivent transmettre à l’Agence de la biomédecine.

Quelques jours plus tard, sur le fondement de cet article, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé prenait un arrêté précisant notamment les données transmises par les biologistes médicaux.  La Fondation Jérôme Lejeune, le collectif contre l’handiphobie ainsi que des particuliers demandèrent alors l’annulation de ces disposition pour excès de pouvoir. L’essentiel de la requête mettait en cause la conformité du traitement informatique des données ainsi collectées aux principes constitutionnels et issus de la Convention européenne des droits de l’homme ainsi qu’à la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. La fondation Jérôme Lejeune faisait notamment valoir :

« Le décret et l’arrêté obligent les professionnels à transmettre de nombreuses données intimes et personnelles des femmes enceintes qui ont fait le dépistage : date de début de grossesse, date de réalisation de l’échographie,  numéro identifiant l’échographiste, code barre fourni par le laboratoire, dans les faits, la fiche recueille également l’ ‘’issue de la grossesse’’, selon l’euphémisme officiel  

« Ces données sont mises dans les mains de l’Agence de Biomédecine (ABM), transformée pour l’occasion en organe de ‘’contrôle qualité’’ des pratiques médicales eugéniques. Les dispositions réglementaires prévoient que l’ABM transmet ces données personnelles à des organisations de santé telles que la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité,  les organismes agréés par la HAS, les réseaux de périnatalité et à chaque organisme agréé par la HAS. »

Dignité de l’humain respecté

S’agissait-il là d’un « fichage national ? Dix-hui mois plus tard le Conseil d’Etat vient de trancher. Il rejette l’essentiel du recours de la Fondation Jérôme Lejeune. Il annule toutefois partiellement l’arrêté du 11 mai 2016 dans sa partie « mise à disposition des données » : « mise à disposition de la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité de l’ensemble des données collectées par les praticiens et biologistes lors des examens d’échographie et d’analyse des marqueurs sériques maternels nécessaires au diagnostic prénatal du risque de trisomie 21 «  – et  « mise à disposition des organismes agréés par la Haute Autorité de santé (HAS) pour l’accréditation de la qualité de la pratique professionnelle des données collectées autres que celles correspondant aux professionnels ayant adhéré au programme d’assurance qualité de l’organisme ».

Pour le Conseil d’État le dispositif d’évaluation ici mis en œuvre « répond à l’objectif d’intérêt général d’amélioration des pratiques des professionnels et de recherche d’une plus grande fiabilité des tests de dépistage, en vue notamment de diminuer le recours aux méthodes invasives de diagnostic telles que les amniocentèses ». A ce titre il juge qu’en tant que telle, cette évaluation « ne porte aucune atteinte au principe constitutionnel du respect de la dignité de la personne humaine ni aux principes de droit à la vie ou de non-discrimination ».

Il constate en revanche que le ministre « n’a pas démontré en quoi la mise à disposition de l’ensemble des données à caractère personnel recueillies sur le territoire national à la Fédération française des réseaux de périnatalité et de tous les organismes agréés par la Haute Autorité de santé, était justifiée ».

Demi-teinte et transhumanisme

Pour la Fondation Jérôme Lejeune il s’agit là d’une « décision en demi-teinte » qui « prive en partie le fichage de son intérêt ». « Ce fichage aggrave la longue pratique d’élimination systématique des enfants trisomiques, tant dans l’intention que dans les faits. 96% des enfants diagnostiqués trisomiques sont déjà avortés, et il est anormal que l’État ne trouve rien de mieux que de valider la performance du système qui conduit à cet eugénisme national » accuse cette Fondation. Il est regrettable que le principe même du fichage ne soit pas davantage remis en cause, dans la mesure où il aggrave l’eugénisme. »

Cette Fondation estime que les conséquences de ce fichage de la trisomie 21 sont bien différentes de celles des statistiques nationales sur d’autres pathologies (type cancer du sein). « Alors que pour ces dernières le but est thérapeutique, pour la trisomie 21, elles ont pour objectif de pérenniser et perfectionner un système d’élimination quasi-systématique, observe-t-elle.Il ne s’agit plus de mieux dépister pour guérir plus, il s’agit de mieux dépister pour éliminer davantage. »

Aussi lance-t-elle un campagne pour informer sur cette réalité. Toile de fond, prochaine échéance et prochaine polémique : la révision de la loi bioéthique.

A demain

1 La Fondation Jérôme Lejeune se présente notamment comme un recours contre l’avancée de cette forme de transhumanisme qui, à défaut de fabriquer des hommes augmentés, élimine les hommes diminués.