Que dire de l'affaire du «Divan des médecins» ? Non, l’«humour carabin» ne justifie rien

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9 janvier 2019. La triste affaire a soudain pris une nouvelle dimension. Extrait du discours des vœux 2020 prononcé par le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Concernant le groupe privé Facebook ‘’Le Divan des médecins » » nous mettons en demeure le régulateur du groupe s’agissant du contrôle des contenus, et nous signalerons ces contenus au Procureur de la République. »

Connue du cénacle le sujet a été révélé il y a quelques jours par L’ObsLouise Auvitu et Béatrice Kammerer) ». « ‘’Quand les seins tombent, je refuse la consultation’’. Sur Facebook, des médecins violent leur serment ». Une bien affaire reprise et analysée par Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos) : « Accusé de graves dérapages en ligne, le « Divan des médecins » se défend et divise la profession ». Deux titres qui disent beaucoup des divergences de lecture et des incompréhensions pouvant exister sur un tel sujet.

« Depuis plusieurs jours, le groupe Facebook privé « Le Divan des médecins » est sous les feux de la rampe, résume Le Quotidien. Propos sexistes ou diffamatoires, dérapages, dénigrement : dans une enquête publiée le 5 janvier, L’Obs a dévoilé, à la lumière de plusieurs témoignages, le côté sombre de ce groupe de praticiens parfois accusé de violer le secret médical. » De bien méchants feux, une bien triste rampe.

« Divan » ? Il s’agit ici d’un groupe fermé est composé de plus de 11 000 médecins. « Il a été créé en 2017 par les Drs Elsa Fayad et Christophe Poyer et se définit comme un espace d’entraide médicale entre confrères mais aussi d’échanges pour s’interroger sur la pratique et le quotidien avec bienveillance. Tout y passe : demande d’avis sur des cas cliniques, remplacement, CARMF, installation, posologie, gestion du coup de blues du praticien, soutien moral… » ajoute encore Le Quotidien.

Photos mal floutées de patients, noms mal anonymisés

« Bienveillance » ? Interrogés par L’Obs, plusieurs membres actuels ou anciens dénoncent des photos mal floutées de patients, des noms mal anonymisés, mais aussi des blagues obscènes sous couvert « d’humour carabin » – mais aussi et surtout des propos sexistes, homophobes, racistes ou grossophobes.

Plusieurs captures d’écran ont été diffusées par L’Obs. On peut y lire des commentaires tels que « peut-on mettre un coup de pelle au patient qui termine sa partie sur son smartphone ? » ou « Et hop ! Un certif de sport chez CMU ! Désolée, faut payer… ba j’peux pas ! Moi non plus ! Et je suis à l’heure ! Merci Madame CMU ». 

Le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) et l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) ont condamné les propos diffusés « Le SNJMG condamne les agissements en ligne du groupe #divandesmedecins révélés par @lobs.

 « Le respect est la base d’une relation saine avec les patients et de tels propos peuvent entraîner une défiance légitime », commente Romain Levesy, 1er vice-président de l’ANEMF.  Contactée par Le Quotidien,  l’une des fondatrices, le Dr Elsa Fayad, affirme que de tels dérapages concernent une poignée d’individus, « parfois occasionnellement et parfois de façon répétée ».  Elle reconnaît quelques « rares cas » de non-anonymisation des cas cliniques, rapidement « signalés et corrigés ». Même constat pour les propos sexistes, homophobes ou grossophobes pointés par L’Obs. Le Dr Fayad souligne qu’un à deux « signalements » en moyenne sont effectués chaque semaine et qu’« un à deux membres sont expulsés du divan par trimestre ». Pour elle encore, ces incidents « isolés » discréditent et déshonorent cette communauté médicale « animée, par un esprit de partage, d’entraide et de confraternité, parfois aussi de détente et non pas sur le dos des patients ».

« Pas d’éthique sans médecins, pas de médecins sans éthique »

Également joint par Le Quotidien le Conseil national de l’Ordre national assurait n’avoir reçu aucun signalement concernant le groupe. Tel n’est plus le cas, grâce aux médias. Le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président de l’Ordre condamne déjà certains propos jugés « effarants ». « Qu’il s’agisse d’un groupe privé ne change rien dans la mesure où la diffusion est massive, dit-il . Quant à la question de l’humour carabin, s’il y a pu avoir un temps une certaine tolérance, elle n’a plus lieu d’être dans le contexte actuel. » 

Au-delà de l’affaire du « Divan » il restera à l’Ordre des Médecins une mission urgente et d’importance : définir « l’humour carabin » et fixer les nouvelles frontières de la tolérance. Extrait du discours des vœux 2020 prononcé le 9 janvier par le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Il n’y a pas d’éthique sans médecins, et pas de médecins sans éthique. Là est notre légitimité à s’exprimer ».

A demain @jynau

Dictature chinoise : mieux vaut modifier l’espèce humaine qu’inciter à la subversion

Bonjour

Ceux sont deux jugements édifiants, à faire trembler. Il avait provoqué une forme de scandale éthique et génétique sanitaire. Il en connaît désormais le prix. He Jiankui, 35 ans, avait annoncé en novembre 2018 être parvenu à modifier l’ADN de jumelles humaines pour les rendre « résistantes au VIH » – modification transmissible à leur descendance. Le gouvernement chinois, accusé à l’époque de laxisme éthique, avait ordonné la suspension des recherches. Puis M. He avait alors fait l’objet d’une enquête policière.

Il vient d’être condamné par un tribunal de Shenzhen, là où il avait effectué ses travaux, pour « avoir illégalement procédé à la manipulation génétique d’embryons à des fins de reproduction », a précisé l’agence Chine nouvelle ce 30 décembre 2019. Sanction : trois ans de prison.

En janvier dernier les autorités chinoises avaient rapporté qu’une deuxième femme était enceinte d’un enfant à l’ADN modifié, en plus des jumelles, mais la naissance de ce bébé n’avait pas été officialisée. Chine nouvelle confirme finalement qu’au total trois bébés avaient été, « génétiquement modifiés ».

Orwell et Huxley enfin réunis

Toujours en Chine. Un pasteur protestant contestataire a été condamné lundi 30 décembre  à neuf ans de prison pour «incitation à la subversion». Le pasteur contestataire Wang Yi avait été arrêté en décembre 2018 avec plusieurs dizaines de fidèles de son «Église de l’alliance de la pluie d’automne», une congrégation clandestine de la grande ville de Chengdu (Sud-Ouest).

« Le régime communiste a pour habitude de condamner des opposants politiques en période de fêtes de fin d’année, semblant miser sur un déficit d’attention des pays occidentaux » observe l’Agence France Presse. Le pasteur Wang se montrait ouvertement critique à l’encontre du pouvoir chinois. «Le parti peut prospérer pendant un certain temps, mais cela ne peut pas durer éternellement», écrivait-il sur la page Facebook de son église le 8 décembre 2018, à la veille de l’intervention de la police.

Dans ce texte, il s’insurgeait contre le contrôle du pouvoir politique sur la religion et dissertait sur la « désobéissance non violente ». Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch, basée à New York, plus d’une centaine de fidèles avaient été interpellés en même temps que le pasteur. La congrégation aurait compté plus de 500 fidèles.

« La Chine du président Xi Jinping a accru ces dernières années sa surveillance de l’ensemble des cultes, souligne l’AFP. Des églises ont été détruites, des croix descendues des clochers et des écoles maternelles religieuses fermées. Dans les régions à forte population musulmane, ce sont des symboles islamiques qui ont été ôtés des espaces publics. Au Xinjiang, dans le nord-ouest du pays, les Ouïghours et autres minorités ethniques de langues turciques sont punis s’ils enfreignent l’interdiction du port de la barbe et de la burqa, ou même pour la possession d’un Coran, selon des organisations de défense des libertés. Les cultes sont divisés en Chine entre les églises officielles, où l’on prie notamment pour le Parti communiste, et les ‘’clandestines’’. »

Où l’on en vient à se demander, Orwell et Huxley réunis, quels seront, demain, les honneurs réservés aux chercheurs capables de créer des embryons humains génétiquement modifiés pour ne plus pouvoir croire en un ailleurs – au-delà qui ne serait ni communiste, ni Chinois.

A demain @jynau

La multinationale pharmaceutique Novartis accusée de jouer avec la vie de bébés condamnés

Bonjour

Comment un géant de Big Pharma peut-il en arriver à une telle extrémité ? Existe-t-il une déontologie pharmaceutique ? Comment Novartis peut-il prendre le risque de mettre en place une loterie internationale dont les gagnants seraient des bébés atteints d’une maladie génétique incurable ? Des gagnants qui auraient ainsi une chance de guérir ? Pire peut-être : comment des éthicien·nes en chaire parviennent-il à justifier une pratique à ce point contraire à l’éthique ?

C’est la nouvelle affaire du Zolgensma®, le médicament le plus cher du monde : près de 2 millions d’euros l’injection (unique). Une affaire d’autant plus sensible, en France, que ce médicament est, pour une bonne partie, le fruit de recherches financées par la générosité publique via le Téléthon. D’ores et déjà l’AFM-Téléthon a fait part de son indignation.

L’affaire a pris une dimension politique en Belgique. En France l’Observatoire de la transparence dans les politiques des médicaments dénonce un « hold-up » et demande à Agnès Buzyn d’agir au plus vite. La ministre des Solidarités et de la Santé pourra-t-elle longtemps garder le silence ?

Lire sur Slate.fr : « Le médicament le plus cher du monde va être donné à cent bébés condamnés tirés au sort »

A demain

Noël 2019. Haro moral sur les foies gras, insémination artificielle de la femelle panda

Bonjour

Noël et sa crèche. Jésus, Marie, Joseph, le bœuf (qui aurait réchauffé le nouveau-né de son souffle), l’âne (qui a transporté Marie enceinte) et les agneaux des fidèles bergers, premiers informés par les anges.

Noël 2019 dans une France où l’animal (sa place, ses perceptions, son statut) soulève chaque jour de nouvelles questions – à commencer par celle de sa consommation. L’affaire est traitée aujourd’hui dans un « Libé des animaux ». Editorial de Matthieu Ecoiffier :

« Notre événement s’ouvre sur ces «maîtres» qui (mal) traitent leurs animaux de compagnie en les considérant comme des mini-humains. Et propose un petit guide pour éviter de tomber dans la «décanisation» de son chien. Une maltraitance plus light, certes, mais une forme de violence. A l’autre extrémité du spectre, notre enquête met en lumière les dérives de la recherche agronomique qui usine des animaux d’élevage génétiquement modifiés. Jusqu’à créer des porcs ou des poulets qui ne tiennent plus debout.

Face à ces monstruosités, une prise de conscience a lieu, aussi via les réseaux et les vidéos. En mars, le Parti animaliste compte se faire entendre aux municipales. Et nombreux sont ceux qui interrogent leurs propres pratiques. Comme le patron du zoo de Montaigu-la-Brisette. A quoi servent les répliques de grenouilles rares qu’un savant, au milieu des Andes, recrée dans son labo ? Qu’est-ce que pensent les dindes à Noël ? Il n’est pas, en la matière, de réponse toute faite, mais se le demander, c’est déjà sortir de l’illusion anthropocentrique. Car le porc, c’est moi. Les porcs, c’est nous. »

Noël 2019. L’Agence France Presse nous apprend que Huan Huan, la célébrissime femelle panda prêtée à la France par la Chine au Zoo de Beauval (Loir-et-Cher), a été inséminée artificiellement. Cela s’est passé dans la soirée du lundi 23 décembre soir. Une opération décidée après cinq « mises en contact » (sic) manquées avec le mâle Yuan Zi. Une autre insémination pourrait être pratiquée afin de « multiplier les chances » d’obtenir une grossesse, a précisé le chef vétérinaire du zoo, Baptiste Mulot.

Le Monde nous rappelle que le 4 août 2017, Huan Huan (désormais âgée de 11 ans) avait donné naissance à Yuan Meng, premier panda né en France (baptisé par Brigitte Macron) était (déjà) le fruit d’une insémination artificielle. Le jeune mâle, qui doit s’installer en Chine en 2020, a été séparé de sa mère en septembre. Le sevrage et l’indépendance de son premier enfant permettaient à Huan Huan d’être prête pour une nouvelle gestation.

 « Les chaleurs peuvent avoir lieu toute l’année, mais c’est préférentiellement en février et mars. Là, les soigneurs ont constaté des changements dans son comportement , a expliqué M. Mulot. Nous avons procédé à cinq mises en contact, mais il n’y a pas eu d’accouplement réussi. Le mâle manquait d’expérience et n’a pas réussi ». Il faut ici savoir que la période de fertilité ne durant que 48 heures. C’est ainsi que dans le Loir-et-Cher l’équipe du zoo, épaulée par un scientifique chinois, a décidé de procéder à une insémination artificielle. Yuan Zi a été endormi quarante-cinq minutes pour un prélèvement de sperme, avant que Huan Huan ne soit anesthésiée trente minutes pour l’insémination. « Ils se sont réveillés normalement. A priori, cela ne les a pas perturbés », a assuré M. Mulot ; 50 % de chances de succès.

La réussite de l’insémination pratiquée dans la nuit de lundi à mardi ne pourra être évaluée que dans quelques mois : les femelles pandas ont en effet la faculté (rarissime dans le règne animal) d’arrêter le développement du fœtus si elles estiment que la période est « peu favorable ». L’homme parle ici de « diapause ».

Noël 2019. Le Parisien (Émilie Torgemen) se consacre au foie gras (de canard et/ou d’oie). Question : peut-on encore manger un aliment dont l’obtention est jugé barbare par les défenseurs des animaux ? Un délice gustatif qui va bientôt être interdit à New York ? « Entre le gastronome qui se fait une joie de préparer chaque année son foie gras à l’armagnac, et l’ado qui refuse catégoriquement d’en avaler la moindre bouchée, il y a tout un nuancier de Français qui culpabilisent désormais en dégustant leur toast » peut-on lire dans Le Parisien. Qui ajoute toutefois que selon un sondage commandé par le Comité interprofessionnel du foie gras (Cifog), près de huit Français sur dix (77 %) prévoient d’en manger (en terrine ou poêlé) pendant les fêtes.

Il faut toutefois compter avec la publication, le 11 décembre, d’une vidéo sur les maltraitances subies par les canards à gaver. « Diffusées par l’association de défense des animaux L214, les images indigestes ont été tournées au domaine de la Peyrousse, en Dordogne dont le foie gras a reçu la médaille d’or au concours général agricole cette année, ne craint pas d’écrire Le Parisien. On y voit notamment des canetons femelles abandonnés dans une benne jusqu’à ce que mort s’ensuive parce qu’on ne conserve que les mâles au foie plus gros et moins innervés. Les tuer est légal à condition de les broyer ou de les gazer immédiatement. L’association a porté plainte pour cette infraction et réclame des « sanctions exemplaires ».

« Les membres de L214 sont des marchands de peur, leur stratégie, c’est le sensationnalisme et la théâtralisation pour interdire l’élevage ! » défend la directrice du Cifog, Marie-Pierre Pé, qui met en cause la véracité des images d’oisons agonisant dans les bacs équarrissage. Il n’en reste pas moins vrai que vingt pays de l’Union européenne ont interdit le « gavage-stéatose » – ainsi que la Flandre et la région de Bruxelles. Seuls quatre le pratiquent encore : France, Espagne, Hongrie, Bulgarie – sans oublier la Wallonie.

Marie-Pierre Pé : « Il ne faut pas tout mélanger, les canards ne sont pas des humains, ils ne souffrent pas quand on les gave, leur gosier est extensible comme des bas en nylon (sic). Les dirigeants de L214 sont des pros de la communication qui font semblant d’ignorer que le sort des canards s’est bien amélioré depuis trente ans. »

Noël 2019. On lira, dans Libé (Catherine Calvet) le dérangeant entretien  avec l’éthologue Fabienne Delfour 1 : «Tous les animaux s’expriment, ont des émotions et même des jugements moraux». Est-ce dire que les animaux jugeraient les humains qui, après une halte devant la crèche, consomment des foies de volatiles gavés ?

A demain @jynau

1 Fabienne Delfour Que pensent les dindes de Noël ? Oser se mettre à la place de l’animal Tana, 252 pp., 18,90 €.

Indignation : Novartis joue à la loterie pour offrir à cent bébés son Zolgensma® hors de prix.

Bonjour

L’affaire n’a curieusement pas encore été reprise par les médias généralistes français – à la différence de la Belgique. Une affaire développée par Reuters. Résumons-là. Elle concerne le Zolgensma®, un espoir médicamenteux majeur contre une maladie neuromusculaire incurable d’origine génétique : l’amyotrophie spinale (SMA).

Ce traitement vient d’être commercialisé aux États-Unis à un prix dépassant tous les records ; 2,125 millions de dollars l’injection unique, soit environ 1,9 million d’euros.  Un dossier qui éclaire de manière exemplaire les sombres coulisses de la fixation du prix des médicaments véritablement innovants. Un dossier dont nous avons exposé les différentes pièces sur Slate.fr : « À quel prix le Zolgensma®, le médicament le plus cher du monde, sera-t-il vendu en France ? »

« Novartis annonce la mise en place d’un programme d’accès gratuit à Zolgensma®, la thérapie génique autorisée aux USA pour l’amyotrophie spinale et en cours d’autorisation en Europe et au Japon. Selon des modalités très particulières… vient de faire savoir l’AFM-Téléthon.  Le laboratoire suisse et sa filiale Avexis prévoient de mettre gratuitement à disposition, en 2020, 100 doses de thérapie génique pour les bébés de moins de deux ans dans les pays qui n’ont pas encore aujourd’hui d’autorisation de mise sur le marché. »

Mise en compétition de plusieurs milliers d’enfants à travers le monde

En pratique cette mise à disposition se fera par « tirage au sort des bébés de moins de deux ans éligibles à la thérapie génique dont les dossiers médicaux auront été adressés au laboratoire par leurs médecins ». Un tirage au sort hebdomadaire sans précédent qui va mettre en compétition plusieurs milliers d’enfants à travers le monde. 

L’AFM-Téléthon « s’indigne qu’un tel programme basé sur un tirage au sort ait pu être imaginé et, a fortiori, proposé  à des parents dont l’enfant atteint d’une amyotrophie spinale sévère est condamné à mourir à court terme. Comment peut-on envisager un instant que la vie d’un enfant puisse être le gros lot d’une loterie ? ». C’est là une question d’autant plus légitime que ce médicament est le fruit d’une avancée majeure réalisée pour partie par une équipe de recherche française dirigée par Martine Barkats chez Généthon, une structure créée grâce à l’énergie et au fruit des opérations caritatives de l’AFM-Téléthon.

Pour sa part l’Observatoire de la transparence  dans les politiques des médicaments estime que le hold-up du géant Novartis doit prendre fin :

« Ce traitement a été développé grâce à l’argent du Téléthon, et donc des dons défiscalisés, en France comme en Belgique. Il est plus que temps de récupérer NOTRE médicament. Les gouvernements ont le devoir de recourir à des dispositions prévues par le droit international de l’Organisation Mondiale du Commerce, mais aussi les droits nationaux : la licence d’office. Nous appelons donc le ministère français des Solidarités et de la Santé à entamer les démarches administratives en ce sens. »

Question : quand Agnès Buzyn entamera-t-elle de telles démarches ?

A demain @jynau

Combien de temps la France pourra-t-elle interdire le transfert d'embryons post mortem ?

Bonjour

C’est une décision toujours  bien difficile à accepter – elle deviendra sous peu impossible à justifier. 

Le tribunal administratif de Rennes vient de rejeter la demande d’une femme qui souhaitait le transfert en Espagne d’embryons conçus de son vivant avec son époux décédé. Cette femme avait saisi le tribunal en référé pour obtenir la suspension d’une décision du CHU  de Brest lui rappelant  que «le transfert d’embryons post-mortem n’était pas autorisé» en France. La femme demandait que ce transfert soit effectué vers un centre de reproduction assistée à Barcelone.

Le couple avait eu un premier enfant en 2014, puis un deuxième, cette fois par PMA en 2018, après que l’époux soit tombé gravement malade en 2017. Le CHU de Brest conservait pour sa part quatre embryons par congélation. Le couple avait alors émis le souhait d’avoir «au moins» un troisième enfant, a fait valoir l’avocate de la requérante, mais l’homme est décédé en avril dernier.

Contrairement à la loi française, la loi espagnole autorise la procréation post-mortem dans les douze mois suivant le décès du mari – soit, dans ce cas,  jusqu’en avril prochain. «Le projet de transfert d’embryon à l’étranger poursuivi» par l’épouse «a pour effet de contourner les dispositions législatives françaises qui font obstacle à sa réalisation», ont considéré les trois juges rennais qui ont statué sur cette affaire. «Cette décision de refus ne porte donc pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale», contrairement à ce qu’affirme la plaignante, peut-on lire dans la décision du tribunal dont l’AFP a eu connaissance.

«C’est une décision très dure», a commenté l’avocate de la plaignante, Me Catherine Logéat. Accepter la PMA pour les personnes seules implique de se poser la question sur le cas des couples dont l’époux est décédé». De fait l’Assemblée nationale a adopté en octobre un projet de loi bioéthique qui prévoit notamment l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, qu’il s’agisse de femmes célibataires ou de couples de lesbiennes – mais qui, à la demande d’Agnès Buzyn,  refuse la PMA pratiquée post mortem

Ici les quatre embryons conservés par le CHU de Brest ne peuvent plus, selon la loi en vigueur, qu’être donnés, utilisés à des fins de recherche ou détruits. C’est une décision qui, une fois la loi de bioéthique promulguée, sera difficile à justifier.

Le sujet avait été  traité il y a un an par le Comité national d’éthique :

« Le Comité, dans l’avis 113, publié en février 2011, avait analysé ce type de demande, en distinguant clairement le transfert d’embryon après le décès du membre du couple de l’utilisation post mortem du sperme congelé. Concernant l’utilisation post mortem du sperme cryoconservé, il ne semblait pas opportun à la majorité des membres du CCNE de revenir sur son interdiction, notamment parce que le caractère du consentement du futur géniteur au moment même de la procréation est alors difficilement vérifiable.

« En revanche, le Comité considérait que les couples engagés dans une procédure d’assistance médicale à la procréation ayant donné lieu à la cryoconservation d’embryons dits ‘’surnuméraires’’ avaient seuls le pouvoir de décider du sort de ces embryons. Si l’homme décède, c’est à la femme qu’il revient de prendre toute décision sur le devenir de l’embryon cryoconservé sauf, paradoxalement, celle de demander son transfert in utero dans l’espoir de mener à bien une grossesse, la loi lui interdisant, en effet, de poursuivre le projet parental dans lequel elle s’était engagée avec son conjoint décédé. La majorité des membres du Comité  avait considéré et considère toujours que le transfert in utero d’un embryon après le décès de l’homme faisant partie du couple devrait pouvoir être autorisé (…) ».

Le législateur entendra-t-il la voix de l’éthique ?

A demain @jynau

Euthanasie : quand pourra-t-on la pratiquer sans danger chez les patients devenus déments ?

Bonjour

Titre provocant mais justifié. Voici pourquoi. Le procureur général des Pays-Bas a rendu à la Cour Suprême un avis estimant que « l’euthanasie de patients atteints de démence est autorisée s’ils ont soumis une demande valable en ce sens lorsqu’ils étaient lucides ». L’affaire traitée concerne un médecin accusé « d’avoir donné la mort à une patiente de 74 ans atteinte de la maladie d’Alzheimer sans s’être suffisamment assurée de son consentement ». La patiente, au début de sa maladie, « avait clairement indiqué à ses proches qu’elle ne voulait pas continuer à vivre si elle devait être admise en maison de repos ».Demande qu’elle« n’a pu réitérer sans ambiguïté » alors que la maladie avançait.

Dans cette affaire, un médecin (aujourd’hui à la retraite) était poursuivi pour avoir euthanasié (en 2016) une patiente de 74 ans atteinte de démence. Exerçant à l’époque dans une maison de retraite, ce médecin (une femme âgée de 68 ans et dont l’identité n’a pas été révélée) était accusée d’avoir donné la mort sans s’être suffisamment assurée de son consentement. Il s’agit d’une affaire inédite aux Pays-Bas – l’un des premiers au monde à avoir légalisé la pratique de l’euthanasie (en 2002).

Moulins et tulipes

Aux prémisses de sa maladie d’Alzheimer, la patiente avait clairement indiqué à ses proches qu’elle ne voulait pas continuer à vivre si elle devait être admise en « maison de repos ». Mais le moment venu, elle n’a pas pu réitérer sa demande sans ambiguïté – donnant alors des signaux contradictoires. Dès lors, qui croire ? Le tribunal avait décidé d’acquitter le médecin, concluant que « toutes les exigences de la législation sur l’euthanasie avaient été satisfaites ».

Mais l’affaire fut renvoyée devant la Cour suprême – et ce afin d’obtenir « des éclaircissements sur un certain nombre de questions juridiques ». Une mesure « inhabituelle » prise « dans l’intérêt de la loi ». Ainsi donc le procureur général des Pays-Bas estime aujourd’hui que « l’euthanasie de patients atteints de démence est autorisée s’ils ont soumis une demande valable en ce sens lorsqu’ils étaient lucides ». Mais qui, au pays des moulins à vent et des tulipes, décide de qui est lucide et de qui ne l’est pas ?

A demain @jynau