Pourquoi diable Vladimir Poutine n’a-t-il pas osé se faire vacciner avec son « Spoutnik V » ?

Bonjour

12/08/2020. Qu’aurait fait le tsar ? Et Lénine ? Et Joseph Staline ? Pour Vladimir Poutine on sait : il n’a pas osé – et il a laissé sa fille jouer le rôle de la cobaye. C’est le début d’une nouvelle affaire. Pour l’heure le président russe a réussi à inonder les médias planétaires en affirmant lors d’une conférence de presse, mardi 11 août, que la Russie avait développé le « premier » vaccin contre le nouveau coronavirus. La preuve : une autorisation réglementaire de développement a été donnée par le ministère de la santé russe à l’Institut Nikolaï Gamaleïa, un centre de recherche d’Etat en épidémiologie et microbiologie situé à Moscou… Aucune publication scientifique. Des rumeurs distillées ici et là. Un parfum de guerre froide moderne.

Mieux encore : la vice-première ministre chargée des questions de santé, Tatiana Golikova, a dit espérer commencer dans les semaines à venir la vaccination des personnels médicaux, puis des enseignants. Le reste de la population devrait être vacciné à partir de sa mise en circulation, le 1er janvier 2021, selon le registre national des médicaments du ministère de la santé, consulté par les agences de presse russes citées par Le Monde. « Plus d’un milliard de doses »auraient été pré-commandées par vingt pays étrangers.

Humour russe ou pas ce vaccin a été baptisé « Spoutnik V » (V comme vaccin), en référence au satellite soviétique, premier engin spatial mis en orbite, en 1957, sous l’ère Nikita Khrouchtchev.

Vladimir Poutine, à propos de sa propre fille qui, assure-t-il, a participé aux essais cliniques du vaccin : « Après la première injection, elle a eu 38,5° C de fièvre, le lendemain un peu plus de 37,5° C, puis plus rien. Après la seconde injection, elle a à nouveau eu un peu de fièvre, vite retombée. Elle se sent bien, et sa concentration d’anticorps est élevée.»

Cette autorisation-décision russe intervient après moins de deux mois d’essais cliniques chez l’homme. Peut-on raisonnablement imaginer qu’elle ouvre la voie à l’utilisation à grande échelle de ce vaccin sur la population russe ? Et ce alors que rien n’est acquis quant à son efficacité et son innocuité ? Le ministère russe de la santé russe affirme que « des essais cliniques sur plusieurs milliers de personnes allaient continuer », mais que la double inoculation du vaccin « permet de former une immunité longue », pouvant durer « deux ans ».

« Décision insensée et dangereuse »

Rappel : dans un essai vaccinal, s’affranchir de la phase 3 c’est refuser de savoir si le vaccin est non seulement efficace mais aussi « éthique », qu’il n’y a pas de contre-indications sévères et d’effets secondaires plus ou moins rare et dangereux.

« Il n’y a pas de données connues concernant la qualité, l’efficacité et la sécurité du vaccin russe », a aussitôt réagi une porte-parole du ministère de la santé allemand, rappelant qu’au sein de l’Union européenne « la sécurité des patients est la première des priorités ». Et l’OMS d’affirmer qu’avant toute « pré-qualification » de sa part, elle devait examiner par des « procédés rigoureux » l’ensemble des données « recueillies lors d’essais cliniques ». Tous les médias occidentaux font appel à des spécialistes qui, dans leur majorité dénoncent l’initiative politique russe.

On peut aussi aller plus loin et lire, dans Libération (Christian Losson), l’entretien avec le chercheur suisse François Balloux, directeur de l’institut de génétique de l’University College de Londres. Extrait :

« C’est une décision insensée, et surtout dangereuse. Une décision politique qui intervient dans une course folle à l’armement au vaccin contre le Covid. C’est totalement irresponsable, quels que soient les faits. Si ce n’est pas une fake news, l’irresponsabilité demeure car les autorités russes vont administrer un vaccin en s’affranchissant de ses trois phases de développement nécessairesUn pari fou (…)

« La Russie veut damer le pion aux grandes démocraties occidentales, à commencer par les Américains. Le président russe est à la tête d’un Etat faible et très corrompu, et table peut-être sur un leadership interne. C’est un pari démagogique, géopolitique et moralement grave. Et terriblement dramatique car cela balaye tous les usages médicaux. Je ne dis pas cela facilement. »

Mais il y a peut-être plus grave encore : « Si par chance, l’issue s’avère positive, le procédé pour y parvenir met fin à un consensus médical, historique, centenaire, et accepté par la communauté scientifique qui impose d’être transparent et de respecter un protocole très encadré, explique François Balloux. Si, enfin, il y a des effets secondaires sévères, ce sera un désastre pour les personnes qui en seront victimes. Et cela renforcera encore la défiance envers les politiques sanitaires et, plus généralement, vis-à-vis des gouvernements. »

Où l’on en revient à la question centrale : pourquoi Vladimir Poutine dernier « petit père des peuples » en exercice,  ne s’est-il pas, glorieusement et publiquement, fait injecter le « Spoutnik V » ?

A demain @jynau

Pourquoi ne pas choisir son soignant selon la «couleur de sa peau»? On attend Olivier Véran

Bonjour

11/08/2020. C’est une première ; une première « communautaire » qui soulève quelques sérieuses questions politiques et impose une réponse, au plus vite, du gouvernement. L’affaire vient (fort heureusement) d’être prise en compte par le Conseil national de l’Ordre des médecins et l’Ordre national des infirmiers.  Cœur du sujet : « la constitution d’annuaires de professionnels de santé communautaires ».

En clair des listes de « soignants classés selon leur couleur de peau » ont été diffusées sur Internet et les réseaux sociaux ces derniers jours. Symptôme :  la polémique déclenchée il y a quelques jours par une annonce du collectif anti-raciste « Globule Noir » sur Twitter : « Nous recherchons une infirmière à domicile racisée pour des soins dans le 13e arrondissement de Paris » ; une annonce suivie de la publication de médecins « noirs », mises en ligne par le collectif « Globule noir » – une initiative aussitôt dénoncée par la Licra comme l’expliquait L’Obs il y a quelques jours. La Licra qui dénonce ici la « folie identitaire » .

D’un côté ceux qui ne voient ici qu’une communautarisation de la médecine et une dérive racialiste. De l’autre ceux qui font état des difficultés rencontrées, parfois, dans leurs relations avec certains membres du corps des soignants – et ce du fait de leur « couleur de peau » ou de leurs convictions religieuses.

« Sirènes du communautarisme »

Les deux Ordres disent « ne pouvoir  que s’élever contre cette initiative, qui va à l’encontre des principes fondamentaux de nos professions mais aussi de notre République ». Ecoutons-les :

« Engagés au service de la population, les professionnels de santé ont prêté serment de soigner avec le même dévouement et la même abnégation, quelles que soient les origines, la couleur de peau, la situation sociale ou les orientations religieuses, philosophiques ou sexuelles de leurs patients. Ils les écoutent, les examinent et les prennent en charge dans le respect de chacun, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions.

« L’Ordre des médecins et l’Ordre des infirmiers ne peuvent accepter que de telles accusations de racisme soient portées à l’encontre des soignants, attentant à leur honneur et jetant le discrédit sur leurs professions. Tout comme ils ne peuvent accepter que la santé, pilier de notre pacte social, soit soumise aux sirènes du communautarisme et de la division, dans une période où notre société se doit, plus que jamais, d’être unie. »

 C’est pourquoi les deux Ordres se réservent le droit d’engager toute action permettant de mettre fin à ces pratiques contraires aux principes de la profession et du droit. Ils saisiront également le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, et la CNIL à ce sujet. Et pour dire la vérité on s’étonne qu’Olivier Véran et le gouvernement demeurent, ici, étrangement silencieux. Jusqu’à quand ?

A demain @jynau

Covid: Le Pr Caumes désavoué par le président du Conseil scientifique du gouvernement

Bonjour

05/08/2020. Lancée par le Pr Eric Caumes et rapportée par le menu dans ces colonnes la controverse ne cesse de prospérer. Rappelons la position, sur une question pratique et politique majeure, du chef du service des maladies infectieuses de la Pitié -Salpêtrière :

« Ce qui semble ne pas avoir été compris dans mes propos c’est que de toute façon les jeunes n’en ont rien à faire. Il faut composer avec cette réalité incontournable ou assumer d’envoyer police ou armée pour faire respecter la distanciation ou le port du masque.

« Comme ce n’est pas fait, avec juste raison, je pense qu’il faut composer – c’est à dire relever le positif (immunité dans ce groupe qui s’avérera bien utile au moment de reprendre école, collèges, lycées et universités), tout en avertissant des dangers pour eux (formes rares possibles aussi, même si rares), et pour les autres (respect des anciens). »

Réponse ce matin, sur RTL, (Jérôme Florin) du Pr Jean-François Delfraissy, toujours omniprésident du Conseil scientifique du gouvernement  – et, ici, porte-parole officieux d’un exécutif en semi-vacances.

« L’épidémie de cet été touche beaucoup les sujets jeunes. Reprenons ça autrement : ce sont les jeunes qui prennent le moins de distanciation sociale, qui portent le moins le masque. Les messages de prévention ont du mal à passer. Ce sont eux qui se contaminent », a-t-il souligné. Pour autant, le président du Conseil scientifique se place en total désaccord avec le professeur Eric Caumes qui propose de  laisser les jeunes se contaminer entre eux pour participer à « l’immunité collective ».

« Surtout pas ! », « Surtout pas ! », martelle Jean-François Delfraissy qui explique -euphémisme- être en « léger désaccord » avec son confrère.   « Si on laisse les jeunes se contaminer entre eux avec son idée d’obtenir une immunité collective plus importante, ça a été réalisé en Suède et ça n’a pas marché. Et y a eu une contamination très importante des personnes âgées, plus importante qu’en France. Si on laisse le virus circuler dans cette population jeune, forcément à un moment donné, il va nous échapper » prévient-il. Les mesages de prévention concerne aussi les jeunes. »

Pourquoi ces silences d’Olivier Véran et de Jérôme Salomon (DGS)

Pour le reste le citoyen, submergé par des médias en boucles sanitaires permanentes, peine à s’y retrouver. Il apprend ainsi que  les rassemblements culturels (spectacles, concerts etc.) « de plus de 5000 personnes » pourront être autorisés, à compter du 15 août, par les préfets en respectant «certaines conditions» sanitaires, a indiqué mardi 4 août le ministère de la Culture dans un communiqué. La distanciation d’un siège entre deux personnes ou groupes de personnes est requise ainsi que le port du masque, rappelle le ministère, après la publication d’un décret fin juillet annonçant de possibles dérogations pour tous les rassemblements.

En pratique, à compter du 1er septembre 2020, « les spectacles, festivals, concerts, ainsi que les foires et salons », pourront se tenir, « sans jauge, ni autorisation préfectorale ». De nouvelles informations sur l’évolution des mesures sanitaires seront disponibles aux alentours du 24 août, affirme le ministère, alors que les divers secteurs du spectacle vivant n’ont cessé d’alerter sur la pérennité de leurs activités, du fait de l’interdiction de grands rassemblements avec la crise du coronavirus.

Dans le même temps le même citoyen apprend que le SARS-CoV-2 continue de circuler en France. Deux personnes en sont décédées ces dernières 24 heures, portant à 30.296 le nombre total de victimes depuis le début de l’épidémie, a annoncé le mardi 4 août la Direction Générale de la Santé (DGS) dans son communiqué quotidien. 1039 nouveaux cas ont été dépistés ces dernières 24 heures. 139 nouvelles admissions à l’hôpital ont été recensées, portant à 5162 le nombre total de malades actuellement hospitalisés.

Parmi eux, 21 nouveaux patients graves ont été admis en réanimation depuis hier, portant le solde de patients dans ces unités à 388, contre 384 hier. Les régions «Île de France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Hauts-de-France et Guyane regroupent 70% des malades en réanimation», précise la DGS. A quand les spectacles, festivals, concerts, ainsi que les foires et salons dans ces régions ?

Une DGS qui, pas plus que le ministre Olivier Véran, n’ont encore  répondu de manière circonstanciée et transparente à la dérangeante proposition du Rr Eric Caumes. Le citoyen, spécialiste ou pas, aimerait un jour prochain comprendre pourquoi.

A demain @jynau

Covid-19 : la provocation du Pr Eric Caumes face aux recommandations du Conseil scientifique

Bonjour

04/08/2020. Ainsi donc deux conceptions, deux stratégies s’opposent au grand jour. D’une part celle développée par le Pr Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses (Pitié-Salpêtrière). De l’autre celle, globale, développée par le Conseil scientifique du gouvernement qui vient d’émettre un nouvel avis documenté à l’adresse de l’exécutif. Résumons à très grands traits. Pour être clair et compris le Pr Caumes nous a adressé ces quelques lignes :

« Ce qui semble ne pas avoir été compris dans mes propos c’est que de toute façon les jeunes n’en ont rien à faire. Il faut composer avec cette réalité incontournable ou assumer d’envoyer police ou armée pour faire respecter la distanciation ou le port du masque.

« Comme ce n’est pas fait, avec juste raison, je pense qu’il faut composer – c’est à dire relever le positif (immunité dans ce groupe qui s’avérera bien utile au moment de reprendre école, collèges, lycées et universités), tout en avertissant des dangers pour eux (formes rares possibles aussi, même si rares), et pour les autres (respect des anciens). »

Daté du 27 juillet l’avis du Conseil scientifique est ainsi sous-titré : « Se préparer maintenant pour anticiper un retour du virus à l’automne ». les auteurs expliquent qu’il s’inscrit dans un contexte français où récemment le virus circule de façon plus active, avec une perte accentuée des mesures de distanciation et des mesures barrières. On peut notamment y lire:

«Vu la faible circulation du virus sur le territoire français depuis la fin du confinement, il
est attendu que l’immunité collective reste très inférieure au seuil des 50% à 70% requis
pour empêcher la circulation active du virus. Cette notion est bien sûr à prendre en
compte pour les décisions à prendre lors d’une éventuelle survenue d’une 2ème vague.»

« L’enjeu des ‘’20 grandes métropoles’’ »

« L’équilibre est fragile et nous pouvons basculer à tout moment dans un scénario moins contrôlé comme en Espagne par exemple, ajoutent-ils. A moyen terme, cet avis envisage ce que pourrait être une reprise de la circulation du virus à un haut niveau à l’automne 2020. La réponse à cette probable deuxième vague devra être différente de la réponse à la première vague, car nous disposons d’outils pour y répondre ». Avec cette précision de taille à l’attention de l’exécutif  : la réponse devra s’appuyer « sur un choix politique et sociétal et pas seulement sanitaire (…) Les décisions devront faire l’objet d’une discussion avec la société civile et une nouvelle politique de communication devra être menée.

En écho au Pr Caumes les auteurs de l’avis soulignent qu’au vu de la circulation du virus sur le territoire français depuis le début de l’épidémie, « il est attendu que l’immunité collective reste très inférieure au seuil des 50% à 70% requis pour empêcher la circulation active du virus ».Pour autant il n’en tirent nullement les mêmes conclusions. Et d’ajouter :

«  Il est hautement probable qu’une seconde vague épidémique soit observée à l’automne ou hiver prochain. L’anticipation des autorités sanitaires à mettre en place opérationnellement les plans de prévention, de prise en charge, de suivi et de précaution est un élément majeur. Le Conseil scientifique insiste sur deux points essentiels concernant les tests : – Définir, clarifier et présenter rapidement une nouvelle doctrine d’utilisation des tests : vision de diagnostic d’une part, vision de dépistage et de santé publique d’autre part, par les autorités de santé. – Rendre l’accès aux tests plus accessible au « consommateur ». Tester de façon large. »

« L’enjeu des ‘’20 grandes métropoles’’ 1, dans lesquels les risques de propagation du virus sont important, est essentiel. Un « confinement local » plus ou moins important en fonction de l’épidémie doit faire l’objet d’une préparation dans ces zones à forte densité de population. Le développement de messages de santé publique locaux, combiné à une gestion ciblée de l’épidémie intégrant le soutien aux personnes vulnérables et la prise en compte des inégalités sociales est indispensable. »

Deux stratégies, schématiquement, s’opposent. Il reste à un exécutif (qui semble toujours comme dépassé par les événements) à trancher et agir au plus vite dans la clarté. Et à répondre, publiquement, au Pr Eric Caumes.

A demain @jynau

1 Extraits :

« Le premier pic épidémique de la crise de la COVID-19 a montré la fragilité des métropoles à des risques sanitaires de ce type et ou d’autres comme des risques environnementaux (Rouen /Lubrizol) par exemple. Ainsi la surmortalité liée au COVID-19 a été plus importante dans les zones les plus denses (données INSEE).

« L’évolution actuelle dans différents pays montre que la reprise de l’épidémie se produit sous la forme de clusters critiques soit dans des espaces professionnels à forte promiscuité (abattoirs, foyers de saisonniers, …) soit dans des métropoles (Leicester, Melbourne, etc ). Dans ces zones à fortes densités de population, des actions de confinement localisé sont prises pour contenir et arrêter la propagation du virus et pour sauver des vies. Les enseignements tirés de ces expériences sont importants à prendre en compte pour développer un plan « Métropole » français. On peut noter que des pays comme l’Angleterre ont développé de tels plans sous la conduite de Public Health England (PHE). 

« Il est impératif de mobiliser et solliciter les autorités locales des 20 premières villes de France afin qu’elles conçoivent et opérationnalisent des plans locaux d’intervention en cas de menace sanitaire comme dans le cas de l’épidémie COVID-19 à l’instar de ce qui est fait au Royaume – Uni et en Allemagne. »

Elargir le champ du diagnostic pré-implantatoire ouvre-t-il la porte au nouvel eugénisme ?

Bonjour

27/07/2020. Où l’on évoque à nouveau, sous couvert de bioéthique, le spectre de l’eugénisme. Et ce au travers d’une équation exemplaire. Ce sont deux tribunes jumelles et militantes à ne pas manquer. La première est publiée par Le Monde elle est signée de quatre rapporteurs de la loi de bioéthique 1. Ils défendent l’extension du diagnostic préimplantatoire (DPI) à la recherche d’anomalie du nombre de chromosomes. Même propos dans Libération 2. Accusée (notamment) de vouloir éradiquer la trisomie 21, cette mesure permettrait (avec le consentement des parents) de réduire le nombre des fausses couches chez les femmes ayant recours à la PMA. Eléments de la controverse qui renaît avec le retour à l’Assemblée nationale, lundi 27 juillet, pour une deuxième lecture du projet de révision de la loi bioéthique.  

Contexte. Le DPI est pratiqué dans cinq centres en France depuis 1999. Il est proposé aux quelques centaines de couples connus pour être à risque de transmettre à leur enfant une maladie génétique d’une particulière gravité au moment où la démarche de PMA est lancée. L’intérêt de cette technique est de pouvoir réaliser un diagnostic génétique sur un embryon – obtenu par fécondation in vitro – avant qu’il ne soit porté par la femme. Le couple peut alors débuter une grossesse avec un embryon non atteint par la maladie suspectée.

« Mais, tel que pratiqué actuellement, le DPI ne vérifie pas si l’embryon a le bon nombre de chromosomes, ajoutent les auteurs des tribunes. Or, comme dans le cas d’une fécondation normale, une partie importante des embryons obtenus par fécondation in vitro (FIV) est aneuploïde, conduisant dans la quasi-totalité des cas à une fausse couche et expliquant une partie des échecs des FIV. C’est sur ce point que nous souhaitons agir. »

« Polémique gonflée d’accusations aussi outrancières qu’erronées » 

Ils ajoutent que parmi les mesures adoptées récemment en commission, une disposition, que nous soutenons, est « au centre d’une polémique gonflée d’accusations aussi outrancières qu’erronées ». Il s’agit de l’extension du diagnostic préimplantatoire, ou DPI, à la recherche d’aneuploïdie, ou anomalie du nombre de chromosomes, ici limitée aux chromosomes non sexuels. C’est ce que l’on nomme, dans le jargon, le « DPI-A ».

Selon eux compléter le DPI par une recherche d’aneuploïdie permettrait, simplement, de vérifier si l’embryon qui fait l’objet d’un DPI a le bon nombre de chromosomes afin d’accroître les chances d’implanter un embryon viable. Associer, en somme, un « DPI-A » à un DPI avec le consentement des deux parents – et ce en limitant le « DPI-A » aux autosomes (les chromosomes non sexuels) « afin d’éviter tout risque de discrimination basée sur le sexe et d’écarter la recherche des syndromes de Turner et de Klinefelter, qui peuvent faire l’objet d’un traitement ».

Cette extension ne s’appliquerait qu’aux DPI existants (environ 4 % des FIV), afin qu’aucun acte supplémentaire ne soit réalisé sur l’embryon. Il rendrait plus sûresles grossesses déjà considérées à risque et objet d’un parcours particulièrement difficile car recourant à un DPI. Il s’agit donc bien d’utiliser les possibilités ouvertes par le progrès scientifique pour éviter aux femmes qui recourent à une FIV avec DPI un parcours du combattant.

Mais le sujet est hautement sensible. « Ainsi, c’est avec effarement, stupéfaction et tristesse que nous avons pris acte des procès en eugénisme 3 accusations de vouloir éradiquer la trisomie 21 et autres mésinterprétations qui circulent d’Internet à l’Hémicycle. L’origine du malentendu est la suivante : dans une part infime des cas, une mauvaise numération des chromosomes n’aboutit pas à une fausse couche, mais à une trisomie 21. Le DPI-A permettrait alors à la future mère de disposer de cette information et de décider d’implanter, ou non, l’embryon avec trisomie 21.

De quelle « hauteur » parlent les auteurs ?

Or aujourd’hui, cette information est disponible après l’implantation. Une femme a, en effet, droit à un diagnostic non invasif de la trisomie 21 en début de grossesse par un prélèvement sanguin. En cas de suspicion, une amniocentèse peut alors être conduite. Celle-ci ouvre la possibilité d’un avortement thérapeutique, qui pourrait être évité si l’information était transmise au bon moment, soit pendant le DPI….

« L’argument de l’eugénisme, brandi comme un épouvantail, ne peut ici que choquer, tant les mots ont un sens, écrivent es deux auteures de Libé.  L’eugénisme d’hier était collectif et coer­citif, reposant sur un désir de purification ou d’amélioration de la race humaine qui ont justifié des politiques raciales, autoritaires et meurtrières. Est aujourd’hui invoqué un ‘’nouvel eugénisme’’, décrit comme plus individuel et libéral, lié à une génétique médicale moderne. » Faudrait-il s’en étonner ?

« En la matière, ce spectre de la sélection, visant, pour faire court, un enfant parfait alliant beauté, intelligence, santé et longévité, n’a aucun sens, ajoutent-elles. Le DPI-A n’est là ni pour sélectionner les ‘’meilleurs’’ ni pour éliminer les plus ‘’mauvais’’ embryons. » En est-on si certain ? Certes son rôle premier est d’éviter de transférer des ­embryons qui ne se développeront pas jusqu’à un terme viable. D’éviter aux femmes, aux couples, la violence d’échecs à répétition liés à une anomalie chromosomique, dans un parcours d’assistance médicale à la procréation long et douloureux.

Et son rôle second est bien de mettre en évidence des anomalies, qui sont de toute façon recherchées en début de grossesse par le diagnostic prénatal ­légal, autorisé et organisé. Reste, néanmoins, cette hantise récurrente d’un « Meilleur des Mondes » (1931) dont nous n’aurions jamais été aussi prêt – comme en témoignent nombre d’exemples étrangers… « Sur un sujet aussi sérieux et lourd de conséquences, le niveau du débat parlementaire doit maintenant être à la hauteur » font valoir les auteures. De quelle « hauteur » parlent-elles ?

A demain @jynau

1 Philippe Berta, député (MoDem) du Gard, rapporteur du projet de loi bioéthique ; Coralie Dubost, députée (LRM) de l’Hérault, rapporteure du projet de loi bioéthique ; Hervé Saulignac, député (PS) de l’Ardèche, rapporteur du projet de loi bioéthique ; Jean-Louis Touraine, député (LRM) du Rhône, rapporteur du projet de loi bioéthique.

2 Loi bioéthique : examiner le statut génétique de l’embryon n’est pas de l’eugénisme. Par Catherine Rongières Cheffe du service clinico-biologique d’assistance médicale à la procréation CHRU Strasbourg  et Estelle Naudin Professeure à la Faculté de droit de Strasbourg. Libération, 23/07/2020

3 En janvier dernier le Sénat à majorité de droite s’était opposé à l’expérimentation d’un dépistage préimplantatoire recherchant des anomalies chromosomiques qualifiée de « démarche d’eugénisme » par le chef de file des sénateurs Les Républicains (LR) Bruno Retailleau. Et le Sénat de supprimer cette disposition par 181 voix contre 123. « Très clairement, on est dans une démarche d’eugénisme : il s’agit de trier les embryons et d’éliminer ceux qui ne sont pas normaux », a déclaré M. Retailleau, faisant en particulier référence à la trisomie 21. 

« Ne cherchons pas, au nom de ce que permet la science, à uniformiser ce que sera la société demain », a appuyé Cécile Cukierman, du groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE, à majorité communiste). Pour sa part la ministre de la Santé d’alors, Agnès Buzyn, avait affirmé que l’efficacité de cette technique est « loin d’être démontrée ». « Le temps est encore à la recherche », avait-elle ajouté.

Idéologie et PMA : mais pourquoi diable le gouvernement refuse-t-il d’autoriser la «ROPA»?

Bonjour

27/07/020. « Le grand projet sociétal du quinquennat » est de retour. Neuf mois (sic) après son adoption en première lecture à l’Assemblée nationale, bioéthique et PMA pour toutes sont aujourd’hui de retour dans l’Hémicycle. Idéologies, références à la religion catholique et noms d’oiseaux garantis.

On se souvient de la clef de voûte du projet de loi : l’ouverture des techniques de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes seules. Au choix, une dangereuse régression anthropologique ou, à l’inverse, le droit enfin offert aux femmes fécondes qui souhaitent pouvoir procréer sans devoir avoir recours à des relations sexuelles avec un homme. Jusqu’ici, en France, au nom de la médecine et de la thérapeutique  seuls les couples hétérosexuels stériles (ou hypofertiles) pouvaient avoir accès à ces techniques.

A dire vrai « le grand projet sociétal du quinquennat » aurait pu attendre ; après la crise sanitaire liée au Covid-19, la mobilisation de plusieurs députés de la majorité et de la gauche aura été nécessaire pour que le projet de loi soit inscrit à l’agenda parlementaire avant l’été. Désormais, après le départ d’Agnès Buzyn vers d’autres cieux et le remaniement gouvernemental on retrouvera, pour défendre la position du gouvernement, les ministres de la Santé Olivier Véran, de la Justice Eric Dupond-Moretti et de l’Enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal.

Prise en charge intégrale des actes par la Sécurité sociale

Le texte a déjà bourlingué : voté par l’Assemblée nationale en première lecture le 15 octobre 2019, il a ensuite été discuté et nettement amendé par les sénateurs, qui l’ont adopté le 4 février. « Lors des travaux en commission qui ont eu lieu début juillet, les députés ont sans surprise rétabli dans les grandes lignes leur version, et ont ajouté quelques modifications, résume Le Monde (Solène Cordier). Ainsi, sur la PMA, ils ont réintroduit la prise en charge intégrale des actes par la Sécurité sociale, quel que soit le profil des patientes, contrairement aux sénateurs qui l’avaient limitée aux cas relevant d’une infertilité pathologique –  ce qui excluait de fait les nouvelles candidates (femmes seules et couples de lesbiennes) (…) Au cours des trente-sept heures de discussion, l’examen d’amendements sur l’ouverture de la PMA aux personnes transgenres, et la PMA post-mortem, avec les gamètes d’un conjoint décédé, a aussi occasionné de vifs débats. Ils ont finalement été rejetés. »

Mais il y a aussi, plus troublant : les députés se sont montrés favorables (et ce contre l’avis du gouvernement) à l’acceptation de la méthode « ROPA » (réception d’ovocytes de la partenaire) ; ce procédé, autorisé notamment en Espagne, consiste à permettre qu’au sein d’un couple de femmes, l’une mène une grossesse en portant l’ovocyte fécondé de l’autre. La pratique croisée peut aussi être réalisée.

On sait que plusieurs associations LGBT voient là une manière de partager la conception de l’enfant. Le gouvernement, et notamment Olivier Véran, défavorable au procédé, devrait tenter de le faire supprimer en séance 1. Pour sa part le dérangeant Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens,  trouve que la « ROPA » est « légitime », comme il vient de le déclarer sur France Inter. Il sera du plus grand intérêt de savoir quelles sont les raisons de fond, idéologiques, de l’opposition du gouvernement ; et qui, finalement, l’emportera.

A demain @jynau

1 La précédente ministre « Agnès Buzyn était contre et le gouvernement est contre également cette question-là », déclarait début juillet Olivier Véran sur BFMTV/RMC. La technique implique « une stimulation hormonale et des ponctions d’ovocytes qui ne sont pas des gestes neutres, à une femme qui n’en relève pas forcément », c’est à dire, qui ne souffre pas elle-même de problèmes de fertilité, a-t-il dit. Sur un « sujet complexe, c’est la santé qui doit primer », a-t-il insisté.

« Il y a un acte invasif. Est-ce que la situation justifie d’aller faire un acte invasif ? D’un point de vue éthique la question est extrêmement complexe. La position du gouvernement restera défavorable, même si par ailleurs je peux être moi favorable à certaines évolutions dans le texte, parce qu’on peut avoir des désaccords sur des questions éthiques », a encore déclaré le ministre que l’on retrouve ici étrangement en phase avec les associations opposées à la PMA. La Manif pour tous voit notamment dans cette technique « l’antichambre de la GPA ».

Vaccin anti-Covid: comment AstraZeneca va-t-il aussi vite, et avec tant de volontaires ?

Bonjour

21/07/2020. C’est une question qui n’est jamais posée 1. Aujourd’hui, invité de RTL soir, Pascal Soriot PDG de la multinationale pharmaceutique AstraZeneca . Il est interrogé sur « son essai de vaccin qui enregistre des résultats prometteurs » – une simple publication préliminaire dans The Lancet qui, depuis 24 heures jouit d’une formidable traitement médiatique. Poursuite de la promotion sans retenue : extrait des propos de M. Soriot :

« Les résultats que l’on a eu jusque-là, sont effectivement indicateurs d’une efficacité clinique mais il va falloir le démontrer dans cette phase 3 qu’on est en train de conduire. […] Il y a une réponse du système immunitaire à ce vaccin […] il faut démontrer que cette réponse immunitaire, elle est protectrice et c’est ce qu’on est en train de faire dans les essais de phase 3 qui sont en cours. » 

Et puis ceci : « On a vacciné 10.000 volontaires en Angleterre, on est en train de faire vacciner 5.000 volontaires au Brésil, 2.000 et quelques volontaires en Afrique du Sud et on va faire une étude en Inde […] Quand on aura fini le programme de phase 3 à l’automne, on aura vacciné à peu près, 50.000 personnes peut être même 60.000. […] » 

Et M. Soriot de conclure :

« « L’espoir c’est surtout de protéger les gens contre la maladie. L’objectif principal c’est d’éviter de tomber malade. Notre objectif final c’est de protéger contre le virus mais si on peut déjà protéger contre la maladie ça sera un très grand premier pas. […] Ce qu’on espère c’est avoir au moins une protection de 1 an. […] Notre espoir c’est d’avoir des résultats à l’automne. On pense qu’on pourra être en mesure de livrer du vaccin à la fin d’année au plus tard, peut-être un peu plus tôt si tout va bien. […] Notre objectif c’est de servir, d’apporter les vaccins à tout le monde […] à prix coûtant, […] 2 euros 50 autour de ça, à l’unité. […] On essaiera de servir tout le monde au même moment en commençant avant la fin de l’année. »

On attend, sur RTL, RMC ou France Inter, les innombrables concurrents d’AstraZenaca. Peut-être alors interrogera-t-on sur les éventuels sollicitations, défraiements, expérimentations, rémunérations ?

A demain @jynau

1 « Covid-19: va-t-on injecter le virus aux volontaires qui testent les vaccins ? » Slate.fr, 3 juillet 2020

Covid-19: combien rémunérer les volontaires à qui on va injecter le virus après les avoir vaccinés ?

Bonjour

03 :07/2020. Embarras éthique d’actualité et silence de l’exécutif  : moyennant rémunération substantielle de volontaires vaccinés le «challenge infectieux» (l’inoculation du SARS-CoV-2) permettrait aux firmes pharmaceutiques d’aller plus vite dans la mise au point d’un vaccin contre la Covid-19. Une pratique qui ne prête à aucune transparence – alors même qu’elle soulève de nouvelles questions d’éthique. En France les autorités sanitaires gardent étrangement le silence et le Comité national d’éthique semble déjà en vacances. Pourquoi ? Exposé des principales données du dossier :

A lire sur Slate.fr : « Covid-19: va-t-on injecter le virus aux volontaires qui testent les vaccins ? », 3 juillet 2020

A demain @jynau

Le Conseil scientifique dénonce les propos «infamants», sous serment, du Pr Didier Raoult

Bonjour

02/07/2020. On attendait la réaction des membres du Conseil scientifique du gouvernement après les accusations du Pr Didier Raoult. Une semaine plus tard elle est connue – au lendemain des accusations de « faux témoignage » exprimée par Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP.

Rappel des propos tenus le 24 juin par le Pr Didier Raoult s’exprimant, sous serment, devant les députés de la commission d’enquête sur la gestion politique de la lutte contre l’épidémie de Covid-19 :

« Vous me demandez pourquoi je ne suis pas resté dans ce conseil scientifique. C’est parce que je considérais que ce n’était pas un conseil scientifique et que je ne fais pas. Je ne fais pas de la présence, j’ai pas de temps. Je sais ce que c’est un conseil scientifique. Moi, j’ai un conseil scientifique qui fait rêver le monde entier de qualité. Ce n’était que des stars de leur domaine. Là ce n’était pas ça. Il n’y avait aucun de ceux qui connaissaient le coronavirus dans le conseil scientifique.

Interrogé par le rapporteur Eric Ciotti sur les personnes qui influenceraient de façon néfaste le ministre de la Santé, Olivier Véran, le Pr Raoult donnait des noms; ceux du directeur de l’ANSM (l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), Dominique Martin, et le président de la Haute Autorité de santé, Dominique Le Guludec. « C’est eux qui ont pris les décisions » a-t-il dit.

« Le problème n’est pas résolu. Le problème reviendra. Donc, si vous refaites un groupe en disant (…) ‘pour faire la recherche médicale, on va prendre les gens de l’Inserm, des gens de Pasteur, qui vont se partager les manières de réfléchir et qui vont gérer des hôpitaux, plus deux ou trois personnes qui travaillent avec l’industrie pharmaceutique, je vous le dis, vous retomberez dans la même crise.

« Quand j’ai commencé à parler pour la première fois de la chloroquine. Il y a quelqu’un qui m’a menacé à plusieurs reprises de manière anonyme. Je vous recommande de faire une véritable enquête sur Gilead [un laboratoire pharmaceutique américain producteur d’un médicament expérimenté contre la Covid-19], j’ai porté plainte et j’ai fini par découvrir qu’il s’agissait de la personne qui avait reçu le plus d’argent de Gilead depuis 6 ans ».  

Calomnie

Aujourd’hui, révèle l’AFP,  le Conseil scientifique juge que ces propos sont  « infamants et dépourvus de fondements » et relèvent de la « calomnie ». « La lettre, datée du 30 juin, est adressée à la présidente de la commission, Brigitte Bourguignon, son rapporteur, Eric Ciotti, et au président de l’Assemblée, Richard Ferrand, précise l’AFP. « A la suite des déclarations du Pr Raoult devant la commission d’enquête le 24 juin 2020, les membres du conseil scientifique Covid-19 considèrent ses propos et insinuations comme infamants et dépourvus de fondements », écrit le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, dans une lettre datée du 30 juin. Douze des treize membres du conseil scientifique y sont associés.

Selon le Pr Delfraissy, le Pr Raoult – qui avait brièvement fait partie du conseil scientifique créé début mars, avant de le quitter – a fait preuve d’une « certaine forme “d’intention de tromper” » les députés de la commission en « [entretenant] de manière répétée une confusion entre les notions pourtant bien distinctes de liens et de conflits d’intérêts ».

« Les membres du conseil scientifique souhaitent vous faire part de leur vive réprobation à l’endroit d’allégations sans fondement tenues par le Pr Raoult pourtant sous serment, ainsi que de propos manifestement outranciers dont les intentions et les prétentions ne lui semblent plus guère relever du registre de la science », conclut la lettre.

Ce n’est pas tout. Dans un courrier distinct daté du 1er juillet et adressé à Richard Ferrand, la présidente de la HAS, Dominique Le Guludec, conteste aussi des propos du Pr Raoult sur les conflits d’intérêts. « Affirmer devant la représentation nationale, de manière vague et non étayée, que la HAS est soumise à “des conflits d’intérêts très sérieux” relève de la calomnie, écrit Mme Le Guludec. Je ne saurais accepter que la réputation de la Haute Autorité de santé, son sérieux et son intégrité soient remis en cause avec une telle légèreté à l’occasion d’un moment aussi important qu’une audition par les parlementaires. »

Et maintenant ? Que peut le Parlement contre de telles accusations ? La justice sera-t-elle saisie pour infamie et calomnie ?

A demain @jynau

Covid-19: voulez-vous savoir quel sera, en France, le prix du remdesivir de Gilead Sciences ?

Bonjour

29/06/2020. On savait le controversé remdesivir 1 depuis peu potentiellement autorisé en Europe. Restait à trancher la douloureuse question du prix. Nous avons la réponse aujourd’hui dans une « lettre ouverte de Daniel O’Day, CEO, Gilead Sciences ». Extraits :

« Dans les semaines qui se sont écoulées, depuis que nous connaissons l’intérêt du remdesivir contre la COVID-19, le prix que nous pourrions fixer pour ce médicament a suscité de nombreuses questions. Ces interrogations sont compréhensibles. Notre traitement expérimental, le remdesivir, est le premier antiviral à avoir démontré une amélioration clinique des patients atteints de la COVID-19 dans les essais cliniques et il n’existe pas de règles préétablies pour déterminer le prix d’un nouveau médicament en situation de pandémie. »  

Daniel O’Day dit « être conscient de la responsabilité importante qui lui incombe dans la fixation des prix du remdesivir et de la nécessité d’être transparent quant à sa décision ». Puis, après avoir analysé la situation avec le plus grand soin et de nombreuses discussions, il est désormais en mesure de faire connaître sa décision et de l’expliquer. Objectif : « aider le plus grand nombre de patients le plus rapidement possible et de manière responsable ». « Cette approche nous a guidés dans nos choix pour trouver des réponses rapides et établir la sécurité et l’efficacité du remdesivir, pour augmenter nos capacités de production, ainsi que lorsque nous avons décidé de faire don de l’intégralité de nos stocks de remdesivir jusqu’à la fin du mois de juin » souligne-t-il.  

Mais juin tire à sa fin… Lisons Daniel O’Day, cet écrit constituant un événement dans le monde habituellement triplement feutré de Big Pharma :  

« Dans des circonstances normales, le prix d’un médicament est corrélé à ce qu’il apporte aux patients. Les premiers résultats de l’étude NIAID ont montré que le remdesivir permettrait de raccourcir d’en moyenne quatre jours le rétablissement chez des patients hospitalisés atteints de la COVID-19. En prenant l’exemple des États-Unis, une sortie plus rapide de l’hôpital permettrait de faire une économie d’environ 12 000 $ par patient. Ainsi, en considérant ces seules économies immédiates pour le système de santé, nous pouvons voir l’intérêt du remdesivir. A cette donnée économique, il faut également prendre en compte l’intérêt pour les patients de voir leur séjour à l’hôpital raccourci.  

« Nous avons décidé de fixer le prix du remdesivir bien en dessous de ce montant. Afin de permettre un accès large et équitable et faire face au besoin médical de par le monde, nous avons fixé un prix de 390 $ par flacon pour les gouvernements des pays développés. Sur la base des schémas de traitement actuels, la grande majorité des patients devrait recevoir un traitement d’une durée de 5 jours soit six flacons de remdesivir, ce qui équivaut à un montant total de 2 340 $.  

« Une des principales raisons ayant guidé notre décision est de limiter la nécessité de négociations sur le prix pays par pays. Nous avons fixé ce prix pour rendre le traitement abordable dans l’ensemble des pays développés. Ce prix sera proposé à tous les gouvernements des pays développés dans lesquels l’utilisation du remdesivir est autorisée. Au prix de 390 $ par flacon, le remdesivir devrait permettre aux systèmes de santé de réaliser des économies.  

« Aux États-Unis, le même prix de 390 $ par flacon s’applique. En raison de la façon dont le système américain fonctionne et des systèmes de compensations existants, le prix pour les compagnies d’assurance privées américaines sera de 520 $ par flacon. Ce prix et les programmes gouvernementaux en place, ainsi que l’aide supplémentaire de Gilead le cas échéant, devraient permettre à tous les patients d’avoir accès au remdesivir.  

« Dans les pays en développement où les ressources, les infrastructures et l’économie des systèmes de santé sont si différentes, nous avons conclu des accords avec des fabricants de génériques pour fournir le traitement à un coût nettement inférieur. Ces solutions alternatives sont conçues pour garantir que tous les pays du monde pourront donner accès au traitement. »  

« En fixant ce prix, nous avons tenu compte de nos responsabilités. Tout d’abord en veillant à ce que le prix ne soit en aucun cas un obstacle à un accès au traitement rapide et large mais aussi en poursuivant nos études en cours sur le remdesivir et en maintenant nos recherches à long terme sur les antiviraux. Cet investissement continu sur l’innovation scientifique est susceptible de pouvoir aider les générations à venir. Comme pour de nombreux autres aspects de cette pandémie, la fixation du prix d’un médicament dans ce contexte reste sans précédent. Nous nous sommes donc adaptés et nous pensons que ce prix du remdesivir est juste et responsable alors que le monde continue à subir les conséquences humaines, sociales et économiques de cette pandémie. »  

Comment mieux défendre son camp ? La France acceptera-t-elle sans sourciller « 390 $ par flacon »  2 ? Qu’en dira le Pr Didier Raoult promoteur de l’hydroxychloroquine et contempteur officiel français du remdesivir et de Gilead ? Et qui nous dira la vérité sur les « conflits d’intérêts » dénoncés par le microbiologiste marseillais devant les députés ?

A demain @jynau  

1 Gilead présente ainsi son médicament : « Le remdesivir est un antiviral qui est étudié dans plusieurs essais cliniques internationaux en cours. Dans le contexte actuel d’urgence de santé publique et au vu des données cliniques disponibles, le statut d’autorisation du remdesivir varie d’un pays à l’autre. Dans les pays où le remdesivir n’est pas autorisé par l’autorité de santé locale, il est considéré comme un médicament en cours de développement, dont la tolérance et l’efficacité ne sont pas établies. 

« Le remdesivir n’a pas été approuvé par la FDA, pour quelque utilisation que ce soit. Aux États-Unis, la FDA a émis une autorisation d’utilisation d’urgence (EUA) du remdesivir pour le traitement de patients hospitalisés atteints d’une forme sévère de COVID-19. Cette autorisation est temporaire, peut être révoquée et ne remplace pas la procédure formelle de dépôt, revue et autorisation d’un nouveau médicament. Pour plus d’informations sur l’utilisation autorisée du remdesivir et les exigences obligatoires de l’EUA aux États-Unis, veuillez consulter la Fiche de données à destination des professionnels de santé et la Lettre d’autorisation de la FDA, disponibles www.gilead.com/remdesivir

2 « Covid-19 : Efficacité, prix, disponibilité, ce que l’on sait sur le remdesivir de Gilead » (Nicolas Vuidez) Industrie Pharma