Bioéthique et cigarette électronique : bienvenue à Geneviève Chêne et Emmanuelle Cortot-Boucher

Bonjour

La statistique gouverne-t-elle le monde ? Santé Publique France et Agence de la biomédecine : ce sont deux jeunes poutres porteuses du paysage politique français, sanitaire et éthique. Deux piliers dont les têtes viennent d’être renouvelées. Deux femmes, deux statisticiennes qui entrent ainsi dans le paysage politique – qui ‘est pas réductible à la politique. On les retrouvera notamment, l’une sur les frontières de la marchandisation du corps humain, l’autre sur le dossier majeur de la réduction des risques et, donc, de la cigarette électronique. Présentations officielles :

Emmanuelle Cortot-Boucher, 43 ans. « Par décret publié au Journal Officiel en date du 31 octobre 2019, Emmanuelle Cortot-Boucher a été nommée à la direction générale de l’Agence de la biomédecine. Elle prend la succession d’Anne Courrèges, directrice générale de l’Agence de la biomédecine depuis décembre 2014.

Diplômée de l’Ecole Polytechnique, de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration et ancienne élève de l’Ecole Nationale de l’Administration (promotion Léopold Sédar Senghor), Emmanuelle Cortot-Boucher, 43 ans, a débuté sa carrière en 2004 au Conseil d’Etat en qualité de rapporteur à la section du contentieux et à la section des finances avant de devenir conseiller technique en charge des affaires juridiques, européennes et internationales au sein du cabinet de Xavier Bertrand, alors ministre du travail, des affaires sociales, de la famille et de la solidarité, de 2007 à 2009.

Depuis 2010, elle a exercé les fonctions de rapporteur public auprès de l’assemblée du contentieux du Conseil d’Etat, de rapporteur public auprès du Tribunal des Conflits et de rapporteur adjoint auprès du Conseil constitutionnel. Emmanuelle Cortot-Boucher est également professeur associé en droit public à l’Université Paris II – Panthéon Assas. »

Geneviève Chêne, 57 ans. « Par décret du président de la République, paru au Journal Officiel du 30 octobre 2019, elle a été nommée directrice générale de Santé publique France. Son mandat est de trois ans, renouvelable une fois.

Geneviève Chêne, née en 1962, est professeure de biostatistique et de santé publique. Depuis 1999, elle enseigne à l’Institut de Santé publique, d’épidémiologie et de Développement, l’ISPED, structure de l’université de Bordeaux qu’elle dirigeait depuis juin 2017. Elle a par ailleurs dirigé pendant huit ans le pôle de santé publique du CHU de Bordeaux, couvrant l’ensemble des domaines de la santé publique (information en santé, analyse et gestion des risques pour les patients et les professionnels de santé).

Elle a contribué à y créer début 2019 un service entièrement dédié au soutien du développement de l’offre de prévention à l’échelon de l’établissement, du Groupement Hospitalier de Territoire et de la région Nouvelle-Aquitaine. Formée en médecine, épidémiologie et biostatistique, son parcours professionnel lui a permis de couvrir progressivement de nombreux champs de la santé publique.

Elle a dirigé une équipe de recherche Inserm dans le domaine de la recherche clinique et en santé publique sur le VIH/sida et les maladies infectieuses. Plus récemment, ses travaux se sont orientés vers les maladies neuro-dégénératives et le vieillissement cérébral. Elle a également été membre du comité des sages pour la préparation de la stratégie nationale de santé 2013-2017, et a dirigé l’Institut de santé publique de l’Inserm et l’Institut de Recherche en Santé Publique entre 2014 et 2017. »

Bienvenue.

A demain @jynau

Santé des étrangers migrants: Agnès Buzyn accusée de «double discours» par les ONG

Bonjour  

Elles sont « trente-quatre » – 34 associations humanitaires et sanitaires 1 qui partent en guerre préventive et ciblent la ministre des Solidarités et de la Santé. « Alors même qu’Agnès Buzyn réaffirmait début octobre devant les députés-es « le droit à la santé pour tous-tes », son audition devant les parlementaires le 30 octobre laisse présager la mise en place de nombreuses entraves à ce droit, écrivent-elles. La couverture santé des personnes étrangères est gravement menacée par l’instauration d’un délai de carence pour les demandeurs-ses d’asile et d’un accord préalable aux soins pour les personnes sans papiers. »  

« Comment d’un côté défendre le droit de toutes et tous à être soigné et de l’autre annoncer des mesures qui empêcheraient un accès aux soins déjà difficile à des personnes déjà très précarisées ? Nos associations s’inquiètent de cette incohérence et de ses conséquences. Les mesures proposées par la ministre portent gravement atteinte à la santé individuelle des personnes et vont à l’encontre de tous les principes de santé publique. »

Est-ce là une nouvelle déclinaison du en même temps macronien ? Faudrait-il, une fois encore, que la couverture de santé des personnes demandeuses d’asile ou sans papiers est primordiale ? Qu’elle permet à ces personnes aux conditions de vie très dégradées et très exposées aux risques de santé un accès à la prévention et aux soins ? Que ces personnes sont déjà confrontées à des multiples barrières pour accéder à leurs droits et aux soins ? Que porter atteinte à leur couverture santé, que ce soit par la mise en place d’un délai à l’entrée, ou en restreignant le maintien de droit à la fin d’un titre de séjour, c’est pousser les personnes vers une prise en charge encore plus tardive ou plus restreinte, et donc dans une situation dangereuse pour elles, et pour leur entourage en cas de maladies transmissible ou contagieuse ? Qu’une telle politique aura également des conséquences majeures sur les soignants de ville ou hospitaliers, pourtant déjà en souffrance, ainsi que sur les finances hospitalières déjà fragilisées ?  

Travail politique de détricotage

« A entendre certains arguments, les abus seraient nombreux et cette couverture santé serait ‘’un luxe’’, ajoutent les ‘’trente-quatre’’Cependant, pour les demandeurs d’asile, cet accès n’est en réalité pas totalement effectif en raison des difficultés majeures et croissantes de l’accès même à la procédure de demande d’asile (structures d’accueil saturées, rendez-vous tardif en préfecture, etc.). En ce qui concerne les personnes sans titres de séjour, un délai de carence de trois mois est déjà en place, et le panier de soins à laquelle la couverture donne accès est déjà limité. Ces droits sont par ailleurs attribuées sous condition de ressources (les revenus doivent être inférieurs à 746 € par mois) et de nombreux rapports successifs ont salué leur bonne gestion et confirmé la part infime des cas réels de fraude. »  

Pourquoi, dès lors, montrer un tel acharnement à détricoter ces dispositifs essentiels ? C’est un non-sens en termes d’accueil, de la lutte contre les inégalités devant la maladie, de la santé publique de l’ensemble de la population, et de dépenses de santé pour la collectivité. Dès lors les « trente-quatre » menacent : le gouvernement ne peut pas toucher à la couverture maladie des personnes migrantes. Que se passera-t-il si Agnès Buzyn feint de ne pas les entendre et poursuit le travail gouvernemental de détricotage qui lui aura été confié ?  

A demain @jynau

1 EMMAUS SOLIDARITE, FÉDÉRATION DES ACTEURS DE LA SOLIDARITE, FRANCE ASSOS SANTE,  ODSE (Observatoire du droit à la santé des étrangers-ères) : ACT UP Paris, ACT UP Sud-Ouest, AFVS (Association des familles victimes du saturnisme), AGS (Alliance pour une gestion solidaire), AIDES, ARCAT, LA CASE DE SANTE (Centre de santé communautaire – Toulouse), CATRED (Collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l’égalité des droits), CENTRE PRIMO LEVI, CIMADE, COMEDE (Comité pour la santé des exilés), CoMeGAS, CRETEIL-SOLIDARITE, DOM’ASILE (Domiciliation et accompagnement des demandeurs d’asile), DROITS D’URGENCE, FASTI (Fédération des associations de solidarité avec tou-te-s les immigré-e-s), FTCR (Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives), GAIA Paris, GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), la LIGUE DES DROITS DE L’HOMME, MEDECINS DU MONDE, MEDECINS SANS FRONTIERES, MIGRATIONS SANTE ALSACE, le MOUVEMENT FRANÇAIS POUR LE PLANNING FAMILIAL, MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), RESEAU LOUIS GUILLOUX, SIDA INFO SERVICE, SOLIDARITE SIDA, SOS HEPATITES, SID’ACTION, UNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux)

Papillomavirus : quand Mme Buzyn imposera-t-elle la vaccination de tous les petits garçons?

Bonjour

On attend la réaction de Michèle Rivasi et des anti-vaccination : la Haute Autorité de santé (HAS) souhaite étendre aux garçons la recommmandation vaccinale contre les papillomavirus humains (HPV) responsables de plusieurs types de cancers – dont celui du col de l’utérus. Etendre cette vaccination à  « tous les garçons de 11 à 14 ans, avec un rattrapage possible pour tous les adolescents et jeunes adultes de 15 à 19 ans révolus » 1.

En France, la vaccination est aujourd’hui recommandée et remboursée pour toutes les jeunes filles de 11 à 14 ans et entre 15 et 19 ans en cas de rattrapage. Elle est aussi recommandée jusqu’à l’âge de 26 ans chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) et chez des patients immunodéprimés. Or c’est un échec considérable : une couverture vaccinale inférieure à 20%  à rapprocher de l’objectif de 60 % du plan cancer 2014-2019.

Certains pays, comme les Etats-Unis, recommandent déjà que tous les préadolescents soient vaccinés contre les HPV avant d’y être exposés, à l’âge de 11 ou 12 ans. L’Académie nationale française de médecine ainsi qu’une cinquantaine de sociétés savantes et de syndicats médicaux se sont déjà récemment prononcés en faveur d’une extension de la vaccination aux garçons – sans craindre parfois d’être accusés de conflits d’intérêts.

Etendre la vaccination aux garçons ?

La HAS avait été saisie par Agnès Buzyn. Sa commission technique des vaccinations (CTV) élabore sur ce sujet une « recommandation vaccinale ».

« Cette recommandation vise à réévaluer le bien-fondé d’élargir aux garçons la vaccination contre les papillomavirus humains, alors que la couverture vaccinale des populations actuellement ciblées (jeunes filles et hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) par cette vaccination reste insuffisante en France. Elle a été élaborée avec l’appui d’un groupe préparatoire multidisciplinaire à l’issue d’une revue de la littérature. »

En pratique nous sommes au stade de la « consultation publique » ; l’une des dernières étapes de l’élaboration de cette recommandation avant la délibération du Collège de la HAS. « La HAS met ainsi en œuvre une réflexion concertée permettant d’établir un processus d’élaboration de recommandation vaccinale associant rigueur scientifique, transparence et concertation avec l’ensemble des acteurs de la vaccination » dit la HAS qui ne craint pas de vanter son travail. .

 Au travers de cette consultation publique, la HAS souhaite : recueillir l’expression des avis, y compris divergents, sur le projet de recommandation ; confronter les réflexions des experts réunis par la HAS aux opinions et aux pratiques des patients, usagers ou professionnels ; apprécier la lisibilité de la recommandation.

A qui s’adresse la consultation publique ? La démocratie sanitaire a ses limites :

« Tous les acteurs concernés par la politique vaccinale sont invités à donner leur avis : associations agréées ou non de patients et d’usagers du système de santé, collèges nationaux professionnels et sociétés savantes, institutions publiques, agences sanitaires, syndicats, industriels, centres de vaccination (centres de protection maternelle et infantile, centres de vaccination) et autres structures de santé publique, … »

« Un seul avis par organisme, association ou institution est attendu et sera pris en compte. Les particuliers ne peuvent pas répondre à titre individuel et sont donc invités à se rapprocher de leurs organisations associatives ou professionnelles. Tous les avis recueillis serviront à aboutir à la version finale de la recommandation. La consultation publique se déroule du 30 octobre 2019 au 27 novembre 2019. Les réponses ne seront pas prises en compte si elles parviennent à la HAS après la date limite du 27 novembre 2019. »

Démocratie ? A dire vrai tout indique que les jeux sont déjà faits. La HAS appuie ainsi sa recommandation sur des arguments médicaux, soulignant que « les premières données disponibles sont en faveur d’une possible efficacité des vaccins dans la prévention des cancers de la sphère ORL ». Mais elle soulève aussi le fait que « la vaccination contre les HPV limitée aux filles et aux HSH pose des questions d’éthique, d’égalité d’accès à la vaccination et de stigmatisation liée à l’orientation sexuelle et au non-respect de la vie privée ».

Les coûts en santé des infections aux HPV en France représentent plus de 500 millions d’euros par an, insistait  l’Académie de médecine dans un rapport publié fin septembre et  déplorant que la vaccination des filles – inférieure à 20 % –, soit « la plus basse d’Europe ». 

Où l’on en vient à cette interrogation : quand Agnès Buzyn imposera-t-elle la vaccination de toutes les petites filles et de tous les petits garçons ? Pourquoi, en d’autres termes en rester à la recommandation quand on impose, déjà, onze vaccinations ? La HAS répondra-t-elle à cette question essentielle ? Si tel ne devait pas être le cas, on attendra les explications de la ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : Nau J-Y : « Papillomavirus et vaccination : l’heure a-t-elle sonne pour les garçons ? » Rev Med Suisse 2019; volume 15. 406-407

Mais qui sont donc ces médecins qui refusent de soigner les personnes les plus vulnérables ?

Bonjour

29 octobre 2019. L’Ordre des médecins se saisira-t-il de ces chiffres pour le moins embarrassants ? Le « Défenseur des droits » publie aujourd’hui les résultats d’un « test de situation ». Il est intitulé : « Les refus de soins discriminatoires liés à l’origine et à la vulnérabilité économique dans trois spécialités médicales ». Un « testing » réalisé, à la demande du Défenseur des droits et du Fonds CMU-C, par une équipe de recherche du TEPP-CNRS.

Contexte. Malgré l’existence de dispositifs visant à garantir un accès aux soins pour les plus démunis, tels que la Couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) ou l’Aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS), l’étude démontre que les pratiques de certains professionnels de santé « freinent la pleine effectivité de l’accès aux soins » (sic).

L’enquête. Un testing téléphonique réalisé entre février et mai 2019 qui avait pour objectif de mesurer les différences de traitement dans l’accès aux soins auprès de chirurgiens-dentistes, gynécologues et psychiatres. Deux critères : l’origine supposée de la patiente (identifiée à travers son nom) et la vulnérabilité économique (identifiée par le fait de bénéficier de la CMU-C ou de l’ACS). C’était la première fois qu’une telle enquête était réalisée à l’échelle nationale. Plus de 1 500 cabinets de ces trois spécialités ont été testés, 4 500 demandes de rendez-vous et 3 000 tests ont été réalisés dans ce cadre.

Cette enquête a permis de tester pour la première fois l’accès aux soins des personnes qui bénéficient de l’ACS. Il en résulte que plus d’un cabinet sur dix a refusé de recevoir les personnes du fait qu’elles sont bénéficiaires d’une telle prestation : 9% des chirurgiens-dentistes, 11% des gynécologues et 15% des psychiatres.

Résultats. L’ACS apparaît plus pénalisante que la CMU-C dans les trois spécialités testées, avec jusqu’à deux fois plus de refus de soins discriminatoire pour les bénéficiaires de ce dispositif. Ces pratiques sont également plus marquées chez les professionnels du secteur 2 par rapport à ceux du secteur 1. L’étude révèle également, dans certaines régions seulement, des discriminations selon l’origine.

Commentaires. Le Défenseur des droits rappelle qu’un refus de soins discriminatoire à l’encontre d’un bénéficiaire d’une aide ciblée, du fait de sa situation de vulnérabilité économique ou de son origine, est un acte contraire à la déontologie et à l’éthique médicale, mais aussi un délit au regard de la loi.

On observera que, pour l’heure, la priorité de la ministre des Solidarités et de la Santé est de restreindre le champ d’application de l’Aide Médicale de l’Etat. On attend les commentaires de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’Ordre des Médecins.

A demain @jynau

GPA: Marlène Schiappa condamnera-t-elle la censure de son ennemie Sylviane Agacinski ?

Bonjour

Bioéthique : Emmanuel Macron voulait un débat « apaisé ». Il ne l’est décidemment pas. Nous venons d’apprendre la censure dont a été victime la philosophe Sylviane Agacinski, l’une des voix les plus libres et les plus claires contre la gestation pour autrui(GPA)  et la marchandisation des corps humains 1.Elle devait animer une conférence-débat prévue, jeudi 24 octobre, à l’université de Bordeaux. Thème : « l’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique ».  Conférence-débat annulée à la suite de « menaces violentes », a annoncé l’université.

Selon l’université Bordeaux-Montaigne, « des groupes ont décidé d’empêcher la tenue d’un échange légitime et évidemment contradictoire sur ces questions d’ordre éthique et juridique dans le contexte de débats actuels sur la PMA ». Début octobre, plusieurs organisations, dont Riposte Trans, l’Association des jeunes et étudiant·e·s LGBT+ de Bordeaux, Solidaires étudiant-e-s, le Collectif étudiant-e-s anti-patriarcat, avaient dénoncé dans un communiqué une « tribune » offerte à une conférencière dont ils estiment les positions « réactionnaires, transphobes et homophobes ». Le collectif avait invité les étudiants à se mobiliser contre cette venue, et affirmé mettre « tout en œuvre afin que cette conférence n’ait pas lieu ».

Le courage sinon l’élégance

Ce collectif l’a donc emporté sur la liberté d’exposer, de débattre, d’argumenter. A droite des voix politiques se sont élevées pour dénoncer les menaces et la  censure. Calme plat à gauche comme au sein du gouvernement et de la majorité présidentielle. On connaît les convictions pro-GPA de Marlène Schiappa Il y a peu encore la secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations estimait que tout, ici, serait possible lors du prochain quinquennat.  

On sait aussi que Voltaire n’a jamais dit ou écrit son célèbre : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » 2. Mais Voltaire ou pas on aimerait que Mme Schiappa la politique, si prompte habituellement à s’exprimer haut et fort dans les médias, trouve ici le courage sinon l’élégance de prendre publiquement la défense de son adversaire philosophe.

A demain @jynau

1 Sur ce thème on peut avec profit se reporter, sur France Culture, à l’émission Répliques de ce 26 octobre 2019 : « Les enjeux de la bioéthique » où Alain Finkielkraut reçoit Sylviane Agacinski et Fréderic Worms

2 Il semblerait que ce soit une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, a été la première à lui attribuer le désormais célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

Une philosophe anti-GPA menacée et censurée : devrions-nous, ou pas, nous indigner ?

Bonjour

C’est, au choix, peu de chose ou insupportable. Se taire ou parler. La philosophe Sylviane Agacinski est, en France, l’une des voix les plus libres et les plus claires contre la gestation pour autrui et la marchandisation des corps humains. Elle devait animer une conférence-débat prévue, jeudi 24 octobre, à l’université de Bordeaux. Thème : « l’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique ».  Conférence-débat annulée à la suite de « menaces violentes », a annoncé l’université.

« C’est une première, a déclaré  Bernard Lachaise, professeur d’histoire contemporaine à l’université Bordeaux-Montaigne et coorganisateur de la conférence sur France 3. Nous avions déjà connu des débats houleux ou animés, mais jamais nous avions eu ce genre de menaces. »

La philosophe était invitée depuis plusieurs mois dans le cadre d’un cycle de thématiques diverses sur l’année animées par des universitaires, écrivains, philosophes.

Selon l’université Bordeaux-Montaigne, « des groupes ont décidé d’empêcher la tenue d’un échange légitime et évidemment contradictoire sur ces questions d’ordre éthique et juridique dans le contexte de débats actuels sur la PMA ». Début octobre, plusieurs organisations, dont Riposte Trans, l’Association des jeunes et étudiant·e·s LGBT+ de Bordeaux, Solidaires étudiant-e-s, le Collectif étudiant-e-s anti-patriarcat, avaient dénoncé dans un communiqué une « tribune » offerte à une conférencière dont ils estiment les positions « réactionnaires, transphobes et homophobes ». Le collectif avait invité les étudiants à se mobiliser contre cette venue, et affirmé mettre « tout en œuvre afin que cette conférence n’ait pas lieu ».

Les organisateurs, qui dénoncent une « censure », ont hésité à annuler la conférence : « Nous ne savions pas du tout à quoi nous attendre, quel était le degré de la menace, reconnaît Bernard Lachaise sur France 3. Les conférences se tiennent dans un amphithéâtre, et l’escalier d’accès est assez étroit. Nous avons quand même un quart de notre public qui est extérieur à l’université, dont des personnes âgées… On a préféré annuler. »

Sur Twitter quelques personnalités politiques se sont indignées de cette décision, dénonçant  une « terreur intellectuelle ». On les compte sur les doigts d’une main. On ne compte pas celles qui gardent le silence.

A demain @jynau

L’incompréhensible refus politique d’étendre le dépistage génétique des nouveau-nés

Bonjour

Le gouvernement et l’Assemblée nationale viennent de s’opposer à la possibilité d’élargir l’utilisation, à la naissance, des tests génétiques afin de dépister de futures maladies afin de les soigner. Pourquoi ?

C’est là un étrange angle mort de la prochaine loi française de bioéthique qui vient d’être adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale, un sujet largement ignoré des médias qui témoigne de la frilosité gouvernementale vis-à-vis de ce qui (ici à tort) pourrait réveiller le spectre de l’eugénisme.

Résumons: depuis près d’un demi-siècle, la pratique du diagnostic néonatal permet en France de rechercher systématiquement, chez tous les nouveau-nés, à partir d’un simple prélèvement de sang, plusieurs maladies. Ces dernières peuvent ainsi être immédiatement traitées et leurs conséquences délétères prévenues.

A lire, sur Slate.fr : « L’incompréhensible refus français d’étendre le dépistage génétique des nouveau-nés »

A demain @jynau