GPA : en France, maintenant, deux hommes pourront être légalement les deux parents…

Bonjour

Suspension-commentaire. Car quoique soutiendront les juristes c’est bien une nouvelle étape vers l’acceptation, en France, d’une pratique aujourd’hui prohibée, celle des « mères porteuses » (GPA). Depuis le 18 décembre 2019 deux membres d’un couple d’hommes (et non plus le seul « père biologique ») peuvent être « intégralement reconnus en France comme parents d’un enfant né à l’étranger au terme d’une GPA ». Ainsi a statué la Cour de cassation dans deux arrêts.

La Cour a ainsi élargi sa jurisprudence concernant la filiation des enfants nés par mère porteuse  en validant l’entière transcription à l’état civil des actes de naissance dans le cas de deux couples d’hommes. Les explications (nous soulignons) :

Les faits

« Deux couples d’hommes, l’un marié, l’autre pas, ont recours à la gestation pour autrui en Californie et au Nevada, où la GPA est légale. Les enfants naissent en 2014. Leurs actes de naissance sont établis aux Etats-Unis, conformément au droit local. Ces actes de naissance réguliers désignent le père biologique et son époux ou compagnon comme « parent ». Dans l’un des couples, les deux hommes sont de nationalité française, dans l’autre, l’un est français, l’autre belge. Dans les deux cas, les enfants vivent au foyer des intéressés depuis leur naissance. »

La procédure

« Le ministère public s’oppose à la transcription des actes de naissance sur les registres de l’état civil français. En 2017, le tribunal de grande instance de Nantes admet la transcription intégrale des actes de naissance en France. En 2018, la cour d’appel admet la transcription partielle des actes en ce qu’ils désignent le père biologique mais refuse cette transcription en ce qu’ils désignent le « père d’intention » ».

 La question posée à la Cour de cassation

L’acte de naissance étranger d’un enfant désignant un homme en qualité de père et un autre en qualité de parent peut-il être transcrit sur les registres de l’état civil français ?

La réponse de la Cour de cassation

« En droit français, les conventions de GPA sont interdites. Toutefois, au regard de l’intérêt supérieur de l’enfant (art. 3§1 de la Convention de New York sur les droits de l’enfant) et pour ne pas porter une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée (art. 8 de la Convention EDH), une GPA réalisée à l’étranger ne peut faire, à elle seule, obstacle à la reconnaissance en France d’un lien de filiation avec la mère d’intention. Cette reconnaissance doit avoir lieu au plus tard lorsque le lien entre l’enfant et la mère d’intention s’est concrétisé. Cette solution a été consacrée dans un arrêt de la Cour de cassation du 4 octobre 2019, qui a ordonné la transcription d’un acte de naissance désignant le père biologique et son épouse. »

« Dans ses deux arrêts du 18 décembre 2019, la Cour de cassation étend cette solution en ordonnant la transcription d’un acte de naissance désignant le père biologique et son compagnon ou son époux, dès lors que celui-ci est probant au sens de l’article 47 du code civil. Elle considère en effet qu’en présence d’une demande de transcription, ni la circonstance que l’enfant soit né à l’issue d’une GPA ni la circonstance que l’acte désigne le père biologique de l’enfant et un deuxième homme comme père ou parent ne constituent des obstacles à la transcription, à condition toutefois que l’acte étranger soit régulier, exempt de fraude et conforme au droit de l’Etat dans lequel il a été établi. »

La haute juridiction étend ainsi aux couples d’hommes sa jurisprudence d’octobre s’agissant de la « mère d’intention » dans les couples hétérosexuels, celle qui a désiré et élevé l’enfant mais n’en a pas accouché.

« La Cour de cassation dit, pour la première fois, que les actes d’état civil étrangers doivent être transcrits dès lors qu’ils sont réguliers. C’est capital, a commenté Me Françoise Thouin-Palat, avocate des couples concernés. La Cour s’est indéniablement distanciée d’une conception purement biologique de la filiation et, avec elle, de l’affirmation selon laquelle la vérité de la maternité serait dans l’accouchement. »

Quoiqu’en diront les juristes c’est bien une nouvelle étape vers l’acceptation, en France de la GPA – une pratique explicitement interdite depuis un quart de siècle – et ce « au nom du respect du corps humain » – Loi n° 94-653 du 29 juillet 1994 (François Mitterrand, Edouard Balladur, Simone Veil, Charles Pasqua, Pierre Méhaignerie, François Léotard, Françpis Fillon, Dominique Perben, Philippe Douste-Blazy).

« Cette loi inscrit dans le code civil le principe de la primauté de la personne et pose l’interdiction de toute atteinte à la dignité de celle-ci. Elle affirme la garantie du respect de l’être humain dès le commencement de sa vie et prévoit qu’il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité thérapeutique pour la personne. Elle consacre également le principe de l’intégrité de l’espèce humaine. Par ailleurs cette loi encadre l’étude génétique des caractéristiques d’une personne et l’identification d’une personne par ses empreintes génétiques. »

Depuis un quart de siècle, certes. Et, maintenant, jusqu’à quand ?

A demain @jynau

Agnès Buzyn : pendant les retraites et l’hôpital, les étrangers vulnérables privés de soins

Bonjour

Elle s’envolera bientôt, avec le Président, pour la Côte d’Ivoire. Mais combien de temps tiendra-t-elle, politiquement ? Impuissante face aux colères hospitalières, dépassée sur le dossier explosif des « retraites » voici Agnès Buzyn rappellée à ses obligations déontologiques : soixante et une 61 organisations humanitaires et sanitaires 1 l’interpellent. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, membre d’un gouvernement qui « s’attache à restreindre l’accès aux droits et aux soins des personnes étrangères vulnérables ».

Après avoir soutenu la pétition des médecins ayant recueilli 6000 signatures ces associations et organisations de professionnels·les de santé alertent à nouveau sur les conséquences graves de cette politique. Une politique qui constitue « un recul sans précédent pour les droits des étrangers·ères et la santé publique en France ».  Rappelons que le gouvernement et Agnès Buzyn entendent : imposer un délai de trois mois avant l’accès à la sécurité sociale pour les demandeurs·ses d’asile ; repousser de trois mois supplémentaires l’accès à l’Aide médicale d’État (AME) pour les personnes sans-papiers entrées en France avec un visa ; et, pour les étrangers-ères titulaires d’un titre de séjour précaire, de restreindre à six mois voire de supprimer le délai de maintien des droits à l’Assurance maladie (qui est d’un an actuellement).

« Ces décisions transformeront encore un peu plus l’accès aux soins en un parcours du combattant et feront peser une pression supplémentaire sur les équipes hospitalières, les centres de santé associatifs, les caisses d’assurance maladie et les finances publiques. À ce jour, aucune réponse adaptée n’a été apportée pour anticiper ces bouleversements. C’est pourquoi nos organisations renouvellent leur appel à ne pas déstabiliser l’insertion déjà fragile des personnes étrangères et à ne pas affaiblir le travail des professionnels·lles de santé et du médico-social. »

« Inévitablement, cette réforme conduira à des renoncements et à des retards de soins pour des centaines de milliers de personnes, y compris pour plus de 800 000 personnes étrangers·ères en séjour légal2. Privées d’accès aux soins préventifs et curatifs précoces, des personnes en situation de précarité consulteront aux urgences, ou attendront l’aggravation de leur état de santé, pour devoir in fine se rendre à l’hôpital. Concrètement, ces prises en charge plus nombreuses et à un stade plus avancé s’imposeront aux équipes des hôpitaux, en particulier des urgences et des PASS déjà saturées, mais aussi aux centres de santé associatifs et établissements médico-sociaux. Ces décisions vont ainsi accroître considérablement les coûts humains et financiers du système de santé, tel que cela a été démontré dans d’autres pays européens. »

Agnès Buzyn est désormais confrontée à trois questions :

I Comment les professionnels·lles de santé pourront-ils assurer l’accès aux soins et la continuité des soins de ces personnes, si leurs droits peuvent être remis en cause d’un jour à l’autre, sans préavis ?

II Comment soigner les personnes dont les droits à l’Assurance maladie seront coupés, mais qui seront interdites d’AME pendant une durée d’au moins trois mois, dans l’attente d’une éventuelle régularisation ?

III Quelles instructions seront données par la ministre de la Santé aux soignants·es et aux établissements hospitaliers pour préserver dans toutes les situations la délivrance des soins nécessaires  ?

Impuissante face aux colères hospitalières, dépassée sur le dossier explosif des « retraites » Agnès Buzyn trouvera-t-elle, un jour prochain, après son déplacement officiel en Côte d’Ivoire, le temps de répondre à ses confrères ? On aimerait, ici, entendre l’Ordre des médecins.

A demain @jynau

1 Aides,  La Cimade, Comede, Médecins du Monde.  Organisations signataires : ACAT, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture ACTIF Santé Actions Traitements  Act Up-Paris AFVS, Association des Familles Victimes de Saturnisme Aides  APH, Intersyndicale Action Praticiens Hôpital  ARCAT/Le Kiosque ARDHIS, Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour ASPMP, Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu pénitentiaire La Case de Santé CATRED, le Collectif des Accidentés du Travail, handicapés et Retraités pour l’Égalité des Droits CEDETIM, Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale Centre Primo Levi  CFDA, Coordination Française pour le Droit d’Asile La Cimade Collectif Inter Urgences Comede, le Comité pour la santé des exilé·e·s COMeGAS, le Collectif des Médecins généralistes pour l’accès aux soins Coordination Nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité  Créteil Solidarité Dom’Asile Droits d’Urgence Elena France, Association des avocats du droit d’asile. Emmaüs France  Fasti FAS, Fédération des Acteurs de la Solidarité Fédération Française de Psychiatrie FTCR, Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives G.A.S, Groupe Accueil et Solidarité Gisti INDECOSA – CGT, Association pour l’information et la défense des consommateurs salariés JRS France, Jesuit Refugee Service Ligue des droits de l’homme Médecins du Monde Médecins sans Frontières MG France Migrations Santé Alsace MRAP, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ODSE, Observatoire du droit à la santé des étrangers OTMeds, Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament Organisation de Femmes Egalité Osiris, association de soutien thérapeutique aux victimes de torture et de répression politique Le Planning Familial REAGJIR, Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants Réseau Louis Guilloux Réseau RVH77Sud Secours Catholique-Caritas France SFLS, Société Française de Lutte contre le Sida SFSP, Société Française de Santé Publique Sidaction SIP, Société de l’information psychiatrique SMG, Syndicat de la Médecine Générale SNJMG, Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes Sol En Si, Solidarité Enfants Sida Solidarité Sida SOS Hépatites SPH, Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux SPILF, Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française Uniopss, Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux Association Watizat

Agnès Buzyn : «Je suis la personne la mieux placée pour redonner du sens à l’hôpital public»

Bonjour

Entretien tendu, musclé, à la lisière du méchant (Léa Salamé-Nicolas Demorand). Agnès Buzyn, invitée de la matinale de France Inter.  17 décembre 2019, ministre fragilisée attaquée sur bien des fronts. Passons sur les retraites, dossier dont elle est en charge mais qui est désormais entre les mains du Premier ministre. Passons sur les errements de l’affaire Delevoye (dont elle ne cessait hier encore de vanter la « bonne foi » 1). Et l’on en vient au grand sujet de l’hôpital public, ses colères, ses angoisses, son dénuement croissant en soignants et en matériel. Un  hôpital public qui ne serait plus du ressort du ministère de la Santé mais bel et bien géré en direct par les financiers de Bercy.

A ce stade le discours ministériel est rôdé : Agnès Buzyn a été formée à l’hôpital public, sa famille y travaille, elle sait tout de lui, elle fera tout pour lui. Aujourd’hui une nouveauté. La ministre est durement interpellée par Florian, urgentiste en Loire-Atlantique. Il argumente, qualifie la crise de systémique et non de budgétaire. Pourquoi, à ce stade de fragilisation politique, confrontée à tant d’impasse, Agnès Buzyn ne démissionne-t-elle pas ? Une question de déontologie et d’éthique de responsabilité, en somme.

Deux fous-rires plus ou moins salaces

C’est alors que la ministre se fâche. Se fâche et accuse. Trop c’est trop. Démissionner ? Silence. Puis : « Je pense que je suis aujourd’hui la personne la mieux placée pour redonner du sens à l’hôpital public » déclare-t-elle. Je suis la première ministre depuis dix ans qui ait réaugmenté les tarifs et qui ait redonné des budgets à l’hôpital public, des budgets en hausse pour tous les hôpitaux (…) quand je me déplace dans les hôpitaux je vois que tout ce qu’ils gagnent au quotidien part dans les banques pour rembourser des dettes qui ont été créées par des baisses successives de tarifs depuis dix ans. » Agnès Buzyn :

« J’en veux beaucoup à mes prédécesseurs de m’avoir laissé cet hôpital dans cet état. Je les ai vu faire. Je suis extrêmement en colère. Et je pense que je suis la mieux placée parce que je veux le bien des hôpitaux. Parce que je veux sauver l’hôpital public. »

Où l’on comprend ce qu’est la qu’il suffirait de vouloir le bien pour pour être en situation de l’administrer. Où l’on entend, aussi, certaines oreilles commencer à siffler : Marisol Touraine (2012-2017) ; Roselyne Bachelot (2008-2012) ; Xavier BertrandPhilippe Douste-BlazyJean-François Mattei

Pour l’heure les accusés sont muets. Marisol Touraine a disparu du paysage politique. Xavier Bertrand, décentralisé, n’y revient que par moments. Quant à Roselyne Bachelot, entre deux fous-rires plus ou moins salaces, elle s’amuse dans « Les Grosses Têtes ». Sur RTL. Où Agnès Buzyn, un beau matin, sera bientôt invitée.

A demain @jynau

1 « Bonne foi » : La bonne foi ou bona fides est un concept qui tente de désigner la bonne intention, l’honnêteté (même si cela amène des conséquences néfastes), la sincérité ou la croyance juste.

Vaccination anti-HPV: pourquoi Agnès Buzyn ne l’impose-t-elle pas aux filles et aux garçons ?

Bonjour

Communiqué d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : « La ministre des Solidarités et de la santé Agnès Buzyn se félicite de la recommandation de la Haute autorité de santé (HAS) publiée ce jour visant à étendre aux jeunes garçons la vaccination contre les papillomavirus humains et souhaite que cette recommandation soit intégrée dans le calendrier des vaccinations 2020 pour une mise en œuvre d’ici l’été ».

Ainsi donc la ministre « se félicite » et la ministre « souhaite ». Pourquoi ne pas dire qu’elle « décide » ? Rappel ministériel :

« Associée au dépistage du cancer du col de l’utérus, la vaccination contre les papillomavirus humains, appelée couramment vaccination contre les HPV (sic) constitue la meilleure stratégie de lutte contre ce cancer qui provoque en France près de 1000 décès par an chez les femmes. La vaccination contre les HPV est actuellement recommandée pour les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans, avec un rattrapage jusqu’à 19 ans, et pour les hommes âgés de moins de 26 ans ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH).

« Les stratégies vaccinales évoluent au cours du temps et de nombreux pays ont étendu cette vaccination à tous les garçons. Les garçons sont en effet également infectés par ces virus HPV et les transmettent à leurs partenaires. Près de 25 % des cancers provoqués par les HPV surviennent chez les hommes. C’est pourquoi la ministre des Solidarités et de la Santé avait saisi la Haute Autorité de Santé (HAS) de ce sujet. »

On savait déjà qu’après analyse des données de littérature et consultation publique menée jusqu’au 27 novembre, la HAS souhaitait étendre cette vaccination aux jeunes garçons entre 11 et 14 ans – avec un rattrapage jusqu’à 19 ans.

On sait aussi qu’en dépit des recommandations officielles la situation actuelle est un échec considérable : une couverture vaccinale des jeunes filles inférieure à 20% (à rapprocher de l’objectif de 60 % du plan cancer 2014-2019). « La vaccination étendue à tous les jeunes garçons est une décision scientifique et éthique qui permettra, quelle que soit leur orientation sexuelle, de bénéficier d’une protection individuelle, mais aussi comme pour la vaccination des jeunes filles, d’améliorer la protection de leurs partenaires » explique aujourd’hui Agnès Buzyn.

Reste que les mêmes causes produiront les mêmes effets. Où l’on en vient à se demander pourquoi la ministre, soucieuse de science et d’éthique (sans parler de réduction des risques…) ne décide pas d’imposer cette vaccination à l’ensemble de la jeune population française. S’en expliquera-t-elle ?

A demain @jynau

L'étrange et la transparence : l’affaire Delevoye et celle du petit cimetière d’Estramiac (Gers)

Bonjour

Comprendre l’étrange. Bien des affaires criminelles et politiques se résument à un impératif : faire la transparence. Ainsi en est-il de ce nouveau feuilleton en marge de la crise sociale dite « des retraites » : l’affaire Jean-Paul Delevoye, 71 ans, et la découverte des étrange failles de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique  – une  autorité administrative indépendante créée par la loi relative à la transparence de la vie publique du 11 octobre 2013 en remplacement de la Commission pour la transparence financière de la vie politique.

« La Haute Autorité est chargée de recevoir, contrôler, avec l’administration fiscale, et publier les déclarations de situation patrimoniale et les déclarations d’intérêts de certains responsables publics: membres du gouvernement. Elle peut également être consultée par ces mêmes responsables publics sur des questions de déontologie et de conflit d’intérêts relatifs à l’exercice de leur fonction et émettre des recommandations à la demande du Premier ministre ou de sa propre initiative. »

Quête de la transparence. Changeons de focale avec l’Agence France Presse. Une femme de 90 ans, en grande partie dénudée, a été découverte morte dans le cimetière de la micoscopique commune d’Estramiac (Gers).

C’est un homme venu déposer des fleurs au cimetière qui a donné l’alerte samedi, vers 18 heures. «Elle était allongée sur le dos, sur une pierre tombale, le torse entièrement dénudé, et le pantalon de pyjama au niveau des genoux , a détaillé Charlotte Beluet, procureure de la République. Les causes de sa mort n’ont pas encore été identifiées (…) mais le médecin légiste qui est arrivé sur place le soir-même a pu constater un certain nombre de blessures ante mortem, des fractures costales qui pourraient être post-mortem, et une légère plaie à la tête.»

Une autopsie médico-légale pratiquée ce 16 décembre permettra-t-elle de mieux comprendre ? D’ores et déjà les enquêteurs de la gendarmerie de la brigade de recherche d’Auch, épaulés par ceux de la section de recherche de Toulouse, ont pu identifier la femme, une résidente de la commune de Saint-Clar, à quelque 10 km d’Estramiac. C’est sur la tombe de son défunt mari qu’elle avait été placée. Son fils, qui vivait avec elle, a été interpellé le 15 décembre à son domicile. Il a aussitôt été placé en garde à vue pour «homicide sur ascendant». Pour la procureure cette qualification est «susceptible d’évoluer en fonction des résultats de l’autopsie». Et la procureure d’ajouter : «Selon ses premières déclarations, il affirme avoir trouvé sa mère morte et, ne sachant que faire, l’avoir transporté jusqu’au cimetière ».

Au-delà de l’étrange, bien des affaires criminelles et politiques se résument à un impératif : faire la transparence. Ne serait-ce que pour comprendre.

A demain @jynau

Personnes intersexuées : les écouter, les informer, les soigner, ne jamais plus les mutiler

Bonjour

Longtemps la médecine les ignora. L’intersexualité n’avait de place que dans la mythologie, sous les traits d’Hermaphrodite et des androgynes. Ou dans les religions monothéistes avec les anges et les discussions éternelles quant à leur sexe. Puis, bien après la Renaissance, les considérables avancées de l’anatomie, de la chirurgie et de l’endocrinologie bouleversèrent progressivement la donne.

On redessina les frontières du normal et du pathologique; on entreprit de corriger ce qui était désormais perçu comme insupportable; on postulait qu’il y avait urgence à modifier l’apparence corporelle de personnes que l’on ne pouvait classer dans l’un des deux genres; que ces interventions leur permettraient de retrouver l’une des deux identités dont elles étaient privées depuis la naissance, privation qui ne pouvait être que source de souffrances.

Mais tout cela, c’était avant que l’on ne découvre, assez récemment, qu’en réalité tout était nettement plus compliqué, que la correction médico-chirurgicale était loin d’être la panacée, que l’on n’avait pas assez écouté les premièr·es concerné·es. Et que l’heure était venue de mieux entendre, collectivement, les différences.

A lire, sur Slate.fr : « Personnes intersexes: informer et soigner, sans jamais plus mutiler »

A demain @jynau

Le cri d'amour-larmes lancé depuis Sainte-Périne Au-delà des «retraites», les «fins de vie»

Bonjour

11 décembre 2019. Le Premier ministre va lever le voile politique sur « la réforme des retraites ». Et ensuite ? Pour l’heure les médias généralistes ne veulent pas s’emparer du vrai sujet – un sujet explosif que le pouvoir exécutif se garde bien d’aborder : derrière les angoisses de la « retraite », celles inhérentes à la « dépendance », autrement dit à la « fin de vie » (« soins palliatifs » versus « euthanasie »). Le tout sur fond de collapsologie – jeune néologisme qui pour désigne non pas la « Fin des temps » mais bien l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle (sans oublier ce qui pourrait lui succéder/lui succédera).

11 décembre 2019. C’est, nous dit Le Point, « un texte poignant, bouleversant, qui tirera les larmes même aux plus insensibles d’entre nous ». Ce sont des lignes que Michèle Bernard-Requin nous mande depuis l’hôpital Sainte-Perine de Paris. où elle se trouve, selon ses mots, « en fin de vie ». Michèle Bernard-Requin : l’une des grandes figures du monde judiciaire français. En retraite depuis une décennie.

Aujourd’hui, nous dit Le Point, c’est un cri d’alarme qu’elle pousse dans un « petit et ultime texte pour aider les « unités de soins palliatifs » ». A ce titre c’est un texte hautement politique que se devraient de lire le président de la République et le Premier ministre. Lire et méditer. Un texte que Le Point publie tel quel en respectant sa ponctuation, ses sauts de ligne et son titre. Voici ce document :

« Une île

Vous voyez d’abord, des sourires et quelques feuilles dorées qui tombent, volent à côté, dans le parc Sainte-Perrine qui jouxte le bâtiment. La justice, ici, n’a pas eu son mot à dire pour moi.
La loi Leonetti est plus claire en effet que l’on se l’imagine et ma volonté s’exprime aujourd’hui sans ambiguïté.
Je ne souhaite pas le moindre acharnement thérapeutique.
Il ne s’agit pas d’euthanasie bien sûr mais d’acharnement, si le cœur, si les reins, si l’hydratation, si tout cela se bloque, je ne veux pas d’acharnement.
Ici, c’est la paix.
Ça s’appelle une « unité de soins palliatifs », paix, passage… Encore une fois, tous mes visiteurs me parlent immédiatement des sourires croisés ici.
« Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté ».
C’est une île, un îlet, quelques arbres.
C’est : « Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur d’aller, là-bas, vivre ensemble ». C’est « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » (« Spleen ») Baudelaire.
Voilà, je touche, en effet, aujourd’hui aux rivages, voilà le sable, voilà la mer.
Autour de nous, à Paris et ailleurs, c’est la tempête : la protestation, les colères, les grèves, les immobilisations, les feux de palettes.

Maintenant, je comprends, enfin, le rapport des soignants avec les patients, je comprends qu’ils n’en puissent plus aller, je comprends, que, du grand professeur de médecine, qui vient d’avoir l’humanité de me téléphoner de Beaujon, jusqu’à l’aide-soignant et l’élève infirmier qui débute, tous, tous, ce sont d’abord des sourires, des mots, pour une sollicitude immense. À tel point que, avec un salaire insuffisant et des horaires épouvantables, certains disent : « je préfère m’arrêter, que de travailler mal » ou « je préfère changer de profession ».

Il faut comprendre que le rapport à l’humain est tout ce qui nous reste, que notre pays, c’était sa richesse, hospitalière, c’était extraordinaire, un regard croisé, à l’heure où tout se déshumanise, à l’heure où la justice et ses juges ne parlent plus aux avocats qu’à travers des procédures dématérialisées, à l’heure où le médecin n’examine parfois son patient qu’à travers des analyses de laboratoire, il reste des soignants, encore une fois et à tous les échelons, exceptionnels.
Le soignant qui échange le regard.
Eh oui, ici, c’est un îlot et je tiens à ce que, non pas, les soins n’aboutissent à une phrase négative comme : « Il faut que ça cesse, abolition des privilèges, il faut que tout le monde tombe dans l’escarcelle commune. » Il ne faut pas bloquer des horaires, il faut conserver ces sourires, ce bras pour étirer le cou du malade et pour éviter la douleur de la métastase qui frotte contre l’épaule.

Conservons cela, je ne sais pas comment le dire, il faut que ce qui est le privilège de quelques-uns, les soins palliatifs, devienne en réalité l’ordinaire de tous.
C’est cela, vers quoi nous devons tendre et non pas le contraire.
Donc, foin des économies, il faut impérativement maintenir ce qui reste de notre système de santé qui est exceptionnel et qui s’enlise dramatiquement.
J’apprends que la structure de Sainte-Perrine, soins palliatifs, a été dans l’obligation il y a quelques semaines de fermer quelques lits faute de personnel adéquat, en nombre suffisant et que d’autres sont dans le même cas et encore une fois que les arrêts de travail du personnel soignant augmentent pour les mêmes raisons, en raison de surcharges.
Maintenez, je vous en conjure, ce qui va bien, au lieu d’essayer de réduire à ce qui est devenu le lot commun et beaucoup moins satisfaisant.

Le pavillon de soins palliatifs de Sainte-Perrine, ici, il s’appelle le pavillon Rossini, cela va en faire sourire certains, ils ne devraient pas : une jeune femme est venue jouer Schubert dans ma chambre, il y a quelques jours, elle est restée quelques minutes, c’était un émerveillement. Vous vous rendez compte, quelques minutes, un violoncelle, un patient, et la fin de la vie, le passage, passé, palier, est plus doux, c’est extraordinaire.
J’ai oublié l’essentiel, c’est l’amour, l’amour des proches, l’amour des autres, l’amour de ceux que l’on croyait beaucoup plus loin de vous, l’amour des soignants, l’amour des visiteurs et des sourires.

Faites que cette humanité persiste ! C’est notre humanité, la plus précieuse. Absolument.
La France et ses tumultes, nous en avons assez.
Nous savons tous parfaitement qu’il faut penser aux plus démunis. Les violences meurtrières de quelques excités contre les policiers ou sur les chantiers ou encore une façade de banque ne devront plus dénaturer l’essentiel du mouvement : l’amour. 

Michèle Bernard-Requin. »

11 décembre 2019. Le Premier ministre parlera ce soir à ce qui reste de la grande messe du journal télévisé. Sur une chaîne privée. Il est peu probable qu’il parle de l’hôpital Sainte-Périne (Assistance-Publique Hôpitaux de Paris). Combien faudrait-il, en France de Sainte-Périne, à l’heure où tout se déshumanise ?

A demain @jynau

NB. Situé dans le 16ème arrondissement de Paris, l’hôpital Sainte-Périne est spécialisé dans la prise en charge des patients ayant des pathologies liées au grand âge, depuis la gériatrie aiguë et l’hospitalisation de jour jusqu’aux soins de longue durée. Hôpital ouvert sur la ville, il propose également des consultations externes pluridisciplinaires, des consultations de mémoire labellisées.

Sainte Périne est un personnage bien réel qui vécut aux premiers temps de la chrétienté. C’est une déformation de son nom véritable Pétronille. Au 1er siècle Aurélia Pétronilla était une grande dame de la société romaine qui appartenait à la famille des empereurs Flaviens. Les circonstances de sa vie ne sont pas connues ; on sait seulement qu’elle fut inhumée dans une catacombe vouée aux membres de la famille impériale convertis comme elle au christianisme.