Levothyrox® : l’Agence nationale du médicament peut-elle raisonnablement entendre les patients?

Bonjour

C’était écrit. En niant, comme elle vient de le faire, l’existence statistique d’une « affaire du Levothyrox® » l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne pouvait que susciter l’ire des associations nées de cette affaire ou très directement concernées. Ainsi ce communiqué de l Association Française des Malades de la Thyroïde (AFMT) « la plus ancienne et la plus importantes association agréée de malades de la thyroïde ». Il nous est adressé par le Dr Philippe Sopena, conseiller scientifique de l’AFMT qui, sur France Info, accuse l’ANSM d’être « juge et partie » dans cette affaire :

« L’ANSM est à la fois juge et partie dans cette affaire. Elle a décidé ce changement de médicament pour des raisons qu’elle n’a d’ailleurs jamais expliquées. Elle est donc promoteur de ce médicament. Dire qu’il y avait quelque chose, c’était dire qu’elle s’était trompée. Elle est présidée par un énarque psychiatrique [Dominique Martin, diplômé de l’ENA et docteur en médecine], ce qui vous rend compte de la difficulté à reconnaître ses erreurs. » [sic]

Pour le Dr Sopena, aucun doute : la parole des victimes est à nouveau minimisée voire laissée de côté. « En plus, ce sont des femmes, pas de chance ! 85% de femmes, plus de soixante ans : typiquement le genre de personnes qui ne sont pas branchées sur internet, que l’on n’écoute pas, souligne-t-il. Cela faisait trente ans que l’on avait un médicament qui fonctionnait merveilleusement bien avec zéro plainte. On avait régulièrement à réguler un peu, augmenter ou baisser de 25 microgrammes pour maintenir un équilibre : l’hormone thyroïdienne est un genre de thermostat de l’organisme, parfois il faut l’augmenter, parfois le baisser. »

On peut le dire autrement. C’est là, selon lui, au terme « d’une étude massive, purement statistique », sur des « consommations de soins » « une nouvelle tentative pour  nier le vécu et la réalité des symptômes de milliers de patient(e)s ». Et de dénoncer une « erreur méthodologique fondamentale » qui conduit l’ANSM à ne pas prendre en compte un phénomène massif (hospitalisations, décès, arrêts de travail, recours aux soins ambulatoires, consommations d’antidépresseurs et de tranquillisants) qui est aujourd’hui analysé par l’institution judiciaire.   « Plus généralement, sur le fond, l’accusation porte sur le déni du « ressenti des malades ».

« L’ANSM même si elle n’ose plus parler ‘’d’effet nocebo’’, continue de tenter de réduire cette crise sanitaire à un simple ‘’problème d’information’’ et donc, d’autant plus que ce sont massivement des femmes, à laisser entendre implicitement qu’elles ont imaginé ou majoré leurs symptômes.  Inacceptable. Au lieu de se contenter de répéter ‘’qu’elle n’en comprend pas les causes’’ l’ANSM aurait dû faire son métier : mettre tout en œuvre pour les trouver. »

Sans doute. Mais ne serait-ce pas ici, tout bien pesé, demander à cette « Agence du médicament » beaucoup plus que ce pourquoi elle a été créée – une institution qui, depuis sa création (il y a vingt-cinq ans, après les affaires du sang contaminé) semble encore, bien souvent, chercher toute sa place dans le paysage sanitaire français.

A demain @jynau

C’est scientifiquement prouvé : l’affaire du Levothyrox® n’avait aucune raison d’exister

Bonjour

 

Mais que s’est-il donc passé  dans l’affaire du Levothyrox® ? Officiellement rien de sanitaire, mais un simple phénomène dit « de société ». L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient de publier le rapport final de son étude de pharmaco-épidémiologie sur ce qu’il est convenu d’appeler « les conséquences du passage à la nouvelle formule du Levothyrox® en France ». Réalisée à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS), cette étude a porté sur plus 2 075 106 personnes âgées de 18 à 85 ans. Elle a consisté à comparer, à caractéristiques sociodémographiques et médicales identiques, l’état de santé des personnes exposées à la nouvelle formule du Levothyrox® en France en 2017 à celui de personnes traitées par l’ancienne formule du Levothyrox® l’année précédente. 

Conclusion :

« Les résultats ne fournissent pas d’argument en faveur d’une toxicité propre de la nouvelle formule du Levothyrox ® . Ils reflètent plutôt les difficultés rencontrées par  certains patients lors du changement de formule. »

Résumé chiffré du contexte. Fin 2017, parmi les patients qui avaient (entre avril et juin) initié la nouvelle formule du Levothyrox® 18% avaient « opté pour une autre spécialité », dans le cadre de la diversification de l’offre thérapeutique. Dans le même temps, la fréquence des dosages de TSH a nettement augmenté (+31%) et ce à la suite du passage à la nouvelle formule. « Une augmentation des recours aux dosages de TSH était attendue compte tenu de la recommandation faite aux professionnels de santé de surveiller l’équilibre thyroïdien chez certaines catégories de patients lors du changement de formule » prévient l’ANSM.

Fallait-il s’inquiéter ? Afin de mesurer les éventuels risques associés au passage à la nouvelle formule du Levothyrox®, des indicateurs d’état de santé et de recours aux soins (hospitalisations, décès, arrêts de travail, recours aux soins ambulatoires, consommations médicamenteuses) ont été comparés entre les patients exposés à la nouvelle formule du Levothyrox en 2017 et ceux traités par l’ancienne formule l’année précédente. 

Conclusion :

« Les résultats ne fournissent pas d’argument en faveur d’un risque augmenté de problèmes de santé graves au cours des mois suivant l’initiation de la nouvelle formule du Levothyrox®. En effet, ils ne mettent pas en évidence d’augmentation spécifique de survenue d’hospitalisations, de décès, d’arrêts de travail d’au moins 7 jours, ni de consommation de médicaments utilisés pour traiter des symptômes somatiques tels que ceux déclarés en pharmacovigilance lors du passage à la nouvelle formule du Levothyrox®. Les analyses complémentaires prenant en compte les interruptions de traitement par la nouvelle formule du Levothyrox® confirment ces résultats. » 

En revanche ces résultats mettent bien en évidence une augmentation des recours aux soins ambulatoires et de certaines consommations médicamenteuses avec le passage à la nouvelle formule du Levothyrox®.. Ainsi, on observe une augmentation de 2% du nombre de consultations médicales, concentrée sur la période d’août à octobre 2017 quelle que soit la période d’initiation de la nouvelle formule. Ils montrent en outre « une hausse relative de l’utilisation de certains médicaments comme les benzodiazépines suite au passage à la nouvelle formule du Levothyrox® ». L’ANSM n’en dit pas plus, pas plus qu’elle ne chiffre le coût de ce phénomène.

Que s’est-il passé ? Officiellement rien de sanitaire, mais un simple phénomène de société.Comment, désormais, s’en persuader ?

A demain @jynau

Incroyable mais vrai : quand le café décaféiné permet de faire œuvre de sérendipité

Bonjour

C’est l’archétype de l’histoire qui incite à faire un « bon mot ». Même la select Arte n’a pas pu résister en reprenant en boucle l’AFP (Paul Ricard) : «  Deux expressos contre une maladie orpheline, c’est fort de café ». C’est d’abord et surtout un bel exemple de sérendipité. A lire dans Annals of Internal Medicine : « Caffeine and the Dyskinesia Related to Mutations in the ADCY5 Gene ». Une lettre signée de quatre médecins exerçant dans deux hôpitaux parisiens, les Prs Aurélie Méret et Emmanuel Roze et les Drs Eavan McGovern  et Domitille Gras.   

Le cas clinique rapporté est celui d’un enfant de 11 ans, chez lequel est diagnostiqué l’an dernier une dyskinésie liée au gène ADCY5. Aucun traitement n’est scientifiquement validé contre cette maladie très dyskinésie génétique très rare et invalidante. « Les bras, les jambes et le visage se mettent à bouger de manière très importante. Cet enfant ne pouvait pas faire de vélo ni même rentrer à pied de l’école, car une crise pouvait survenir n’importe quand, explique le Pr Emmanuel Flamand-Roze, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) ».

En rester bouche bée

Les spécialistes prescrivent toutefois, depuis quelques années, le recours à la consommation de café – et ce « depuis que d’autres patients ont raconté que c’était très efficace contre les troubles du mouvements. Et c’est ainsi que cet enfant consommait une tasse d’expresso le matin et une autre le soir. « Les parents ne sont pas choqués, étant originaires de Madagascar, cette boisson est souvent utilisée comme remède à différents maux » précise l’AFP.  De fait, en pratique, l’efficacité est là : durant sept heures, les mouvements incontrôlés disparaissent presque totalement.

Puis les parents constatent que le breuvage ne fait plus effet, les mouvements anormaux involontaires sont de retour. Au bout de quatre jours, ils réalisent avoir donné par erreur du décaféiné. Une fois le caféiné réintroduit, les mouvements anormaux disparaissent à nouveau. Ou comment réaliser, involontairement et sur un cas unique, un test « en double aveugle contre placebo ».

Hypothèse : la caféine se fixe sur des récepteurs liés à la protéine ADCY5 anormale, « très présente dans une région profonde du cerveau et responsable des mouvements anormaux ». Elle reste à confirmer, ce à quoi les auteurs des Annals of Internal Medicine vont s’employer. Dans l’attente la prescription d’expresso va faire autorité. Où l’on voit que les mystères de la sérendipité peuvent laisser bouche bée.

A demain @jynau

Cancer : donner un peu moins de 500 euros pour le dépister ? Un étrange communiqué de l’AP-HP

Bonjour

Où l’on reparle d’une affaire jamais résolue : celle de la « méthode de filtrage du sang qui permet un dépistage précoce du cancer » ; une méthode mise au point Patrizia Paterlini-Bréchot professeure de biologie cellulaire et moléculaire et d’oncologie à l’université Paris Descartes ; directrice d’une équipe de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et « conseillère scientifique d’une entreprise qu’elle a fondée ».

Nous avons, sur ce blog, consacré plusieurs textes à cette affaire à bien des égards troublante. On la voit aujourd’hui réapparaître sous la forme, peu banale, d’un « communiqué de presse » sur le site de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « Détection du cancer : Le Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot nommée finaliste du Prix de l’inventeur Européen 2019 pour ses travaux ». Où l’on retrouve, sous une forme bien étrange, aux frontières du discours publicitaire, le discours tenu depuis des années :

« L’invention de Patrizia Paterlini-Bréchot permet aux médecins de détecter les cellules cancéreuses dans un échantillon de sang bien avant qu’une tumeur ne puisse être détectée grâce aux méthodes classiques d’imagerie médicale. Une détection qui intervient avant même que le patient ne développe des métastases, un stade de propagation où 90 % des patients perdent leur combat contre la maladie (…)

On estime à 18,1 millions le nombre de cancers diagnostiqués dans le monde en 2018 et à 9,6 millions le nombre de personnes ayant succombé à la maladie l’an dernier. Certains cancers sont particulièrement difficiles à diagnostiquer : le cancer du poumon, par exemple, n’est détecté à un stade précoce que dans 15 % des cas. Trouver une méthode efficace et non contraignante pour diagnostiquer les cancers le plus tôt possible permettrait de sauver des millions de vies chaque année. Cela a été l’objectif de toute la carrière de la chercheuse italienne (…) C’est en 2000 que l’inventrice a partagé les résultats de son nouveau procédé – nommé ISET® (Isolation by Size of Tumour cells) – dans des revues scientifiques, avant de déposer une demande pour le premier d’une longue série de brevets européens. »

Et encore ceci, toujours sur le site de l’AP-HP :

« La méthode de Patrizia Paterlini-Bréchot consiste à prélever, diluer puis déposer le sang dans une petite fiole en plastique contenant un filtre en polycarbonate ultrafin, qui va fonctionner comme un filtre à café. La fiole est ensuite déposée dans une sorte de centrifugeuse qui va générer une légère aspiration permettant au sang de passer à travers le filtre.

« Tandis que les cellules les plus petites vont passer à travers les pores du filtre, les cellules tumorales, s’il y en a, vont être retenues parce qu’elles sont plus grosses. Une manipulation qui peut être réalisée en seulement 15 minutes environ. Elle est si précise qu’elle peut détecter une seule CTC dans un échantillon de 10 millilitres de sang, soit parmi près de 50 milliards de cellules sanguines. Les oncologues peuvent ensuite étudier au microscope les cellules capturées par le filtre afin de déterminer s’il s’agit bien de cellules cancéreuses et ainsi effectuer d’autres analyses en conséquence. Les patients peuvent alors passer d’autres examens pour déterminer la teneur et la durée du traitement à recevoir, et cela bien avant l’apparition des métastases. »

Pour diffuser son invention, Patrizia Paterlini-Bréchot a fondé Rarecells Diagnostics en 2009. L’entreprise est une spin-off de l’université Paris-Descartes, de l’INSERM et de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et détient la licence exclusive des brevets du test ISET, qu’elle distribue et élabore. Le contrat de licence stipule que les redevances doivent revenir aux institutions publiques qui détiennent les brevets.

« Le marché mondial du dépistage des CTC était estimé à 8,2 milliards d’euros en 2017 et devrait atteindre 24,9 milliards en 2023. Patrizia Paterlini-Bréchot est une véritable pionnière sur ce marché, ajoute encore  l’AP-HP.  Son test ISET® est disponible en France depuis février 2017 pour un coût qui avoisine les 500 euros, pour l’instant pas encore couvert par l’assurance maladie (sic). » Où l’on retrouve l’impasse que nous évoquions il y a deux ans lorsque la Pr Patrizia Paterlini-Bréchot venait de publier « Tuer le cancer » (éditions Stock).

Efficace le test ISET® ? Comment savoir ? 1 Disponible partout en France ? Il y a deux ans il n’était pratiqué que sur un seul site : le Laboratoire Probio (9, rue Stanislas – 75006). Le prélèvement de sang n’yétait effectué que sur rendez-vous les mardis et jeudis entre 9h00 et 11h00. Aujourd’hui ce prélèvement n’est plus effectué que les jeudis. Le prix n’a pas changé. Seule étrange nouveauté : le « communiqué de presse » de l’AP-HP.

A demain

@jynau

1 En janvier 2017 l’Institut National du Cancer nous précisait  que la technique ISET® était soutenue par l’Institut National du Cancer (INCa) était soutenue à hauteur de 1,6 M€ sous la forme de quatre ‘’Appels à projets’’ – et que cette technique était « actuellement en cours d’évaluation ».

 

Justice : les médecines de la vigne ne seraient pas dangereuses pour les enfants des écoles

Bonjour

Cinq ans plus tard justice est dite. Et l’affaire apparaît aussi médiatiquement bruyante que, finalement, exemplaire. En mai 2014, des élèves d’une école primaire de Villeneuve-de-Blaye (Gironde) se plaignaient d’un cortège de symptômes : maux de tête et de gorge, picotement oculaires, nausées… Leur enseignante avait été hospitalisée et les enfants confinés dans l’école.

Hasard ou pas, ce jour-là, deux domaines viticoles voisins avaient traité leurs parcelles avec des fongicides. Y avait-il un lien ? Non, a répondu ce mardi 30 avril 2019 le tribunal correctionnel de Libourne, qui a relaxé les deux propriétés viticoles du Bordelais en appellation Côtes-de-Bourg : le Château Escalette (agriculture traditionnelle) et l’autre en agriculture biologique, le Château Castel La Rose.

« Les magistrats ont suivi les réquisitions du parquet qui, à l’audience du 20 mars, s’en était remis ‘’à la sagesse du tribunal’ mais avait estimé qu’’’aucun lien de causalité entre les malaises et les épandages’ n’a pu être établi » rapporte l’AFP.

En 2014 la Sepanso (Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) avait déposé une plainte contre X pour ‘’utilisation inappropriée de produits phytopharmaceutiques’’.L’émotion provoquée par cette affaire avait conduit à l’ouverture d’une enquête administrative de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt qui avait conclu qu’il n’était pas possible « d’attester formellement de la matérialité de l’infraction ». Le parquet de Libourne avait donc classé l’affaire sans suite en avril 2015.

La célèbre bouillie bordelaise

Mais les associations, ne lâchant rien,  avaient alors saisi la cour d’appel de Bordeaux – obtenant finalement le renvoi devant un tribunal. Et aux dires de France 3, la justice en venait à mettre en examen, en octobre 2016, les deux châteaux, poursuivis en tant que personnes morales. « Les moyens utilisés » lors du traitement des vignes « étaient manifestement insuffisants », avait alors estimé la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux pour motiver le renvoi en correctionnelle.

Le château en agriculture conventionnelle avait eu recours aux fongicides Eperon et Pepper, utilisés contre le mildiou et l’oïdium. Quant au Château Castel La Rose il avait eu recours à la célèbre « bouillie bordelaise », fongicide à base de cuivre et de chaux contre lequel les écologistes n’ont pas développé d’anticorps neutralisants.

« Dans cette affaire, les parties civiles reprochaient aux deux exploitations d’avoir procédé à des épandages ce jour-là dans des conditions inappropriées, les enfants pouvant être atteints en raison notamment des conditions de vent, rapporte encore l’AFP.  Pour MeFrançois Ruffié, avocat de l’association de défense de l’environnement Sepanso, ‘’ce qui définit l’infraction c’est l’utilisation de moyens appropriés pour éviter l’étalement du produit en dehors de la parcelle traitée’’. C’est donc sur ce point qu’il compte encore porter le fer et faire appel, estimant que ‘’cette décision est un très mauvais signal pour les excès de la viticulture’’, même s’il reconnaît ’qu’on ne peut pas faire de vin sans traiter la vigne’’.

Sans attendre que passe la justice la médiatisation de cette affaire cette affaire avait fait, rappelle Le Monde, que  l’Assemblée avait voté en juillet 2014 des mesures restreignant l’usage de pesticides près des « lieux sensibles », comme les écoles. Quant aux malaises des élèves et de leur maîtresse ils demeurent, cinq ans plus tard, dans les brouillards de l’étrange.

A demain

@jynau

 

EDF refuse de poser des filtres magnétiques chez ses clients médicalement «hypersensibles»

Bonjour

Qui comprendra quoi à cette décision de justice ? D’une part c’est une nouvelle défaite judiciaire pour les militants opposés à l’installation à leur domicile de compteurs électriques Linky.  Le juge des référés du tribunal de grande instance de Bordeaux a débouté, mardi 23 avril, 206 plaignants « anti-Linky ». Réunis pour certains en associations ils réclamaient l’arrêt du déploiement, ou le retrait, de ces « compteurs intelligents » – invoquant des raisons de santé, une atteinte au libre choix, à la vie privée, ou le manque de professionnalisme des poseurs. D’autre part la même justice entend les personnes « hypersensibles » dotées d’un certificat médical.

« De nombreux collectifs de citoyens ne veulent pas de ce nouvel appareil vert anis capable de fournir via Internet des données sur la consommation électrique des foyers qui en sont équipés, rappelle l’AFP. D’ici à 2021, 35 millions de compteurs communicants doivent obligatoirement être en service, selon un décret d’août 2010. »

« Treize certificats médicaux à l’appui »

Pour le juge bordelais il apparaît que les demandeurs « ne justifient pas de l’existence d’un trouble manifestement illicite, que ce soit par rapport au droit à la consommation ou au Règlement général sur la protection des données (RGPD) ». « Ils ne justifient pas davantage d’un dommage imminent, que ce soit par rapport à leur santé, à la sécurité des personnes et des biens ou à la qualité du travail demandé aux installateurs », ajoute-t-il, dans une décision à laquelle l’Agence France-Presse a eu accès.

Mais dans le même temps le juge des référés a considéré que treize des requérants qui avaient, certificats médicaux à l’appui, invoqué des symptômes (maux de tête, insomnies, notamment) à l’audience de mars, « justifient d’un trouble manifestement illicite par manquement d’un principe de précaution ». Pourquoi ? Parce la pose d’un compteur Linky s’est faite chez eux « sans la pose d’un filtre les protégeant des champs électromagnétiques ». Dans leurs cas, il a donc condamné Enedis à poser sous deux mois un « dispositif de filtre les protégeant » de ces champs. Enedis, filiale d’EDF, a « prévu de faire appel de cette décision ». Elle assure que « toutes les mesures réalisées par les organismes indépendants mettent en évidence des niveaux de champs électriques et magnétiques très largement inférieurs aux limites réglementaires ».

 Plus qu’une question financière il semble bien qu’il s’agisse ici d’une question de principe. Pourquoi poser un filtre dès lors que l’on refuse la relation de causalité ? Il serait, de ce point de vue, intéressant de pouvoir consulter les certificats médicaux qui ont conduit le juge de Bordeaux à cette cote rationnellement bien mal taillée.

A demain

@jynau

 

Science et conscience : on a fait revivre des cerveaux de porc quatre heures après leur mort

Bonjour

Nous sommes à la lisière dérangeante de l’étrange. C’est à découvrir aujourd’hui même dans Nature (Sara Reardon): «  Pig brain kept alive aoutside body for hours after death. Revival of disembodied organs raises slew of ethical and legal questions about the nature of death and consciousness. ».

 Le travail scientifique : « Restoration of brain circulation and cellular functions hours post-mortem ». Nature volume 568, pages336–343 (2019). Un travail dirigé par le Dr Nenad Sestan (Department of Neuroscience, Yale School of Medicine, New Haven, CT, USA)

Quelle traduction en faire chez l’homme ? s’interroge National Geographic (Michael Greshko) Et une prudence distante pour The New York Times (Gina Kolata) : « ‘Partly Alive’: Scientists ReviveCells in Brains From Dead PigsIn research that upends assumptions about brain death, researchers brought some cells back to life — or something like it ».

Où l’on comprend que nous voguons au frontières, s’il existe, d’un Styx des mammifères. Les dix-sept chercheurs ont utilisé trente-deux cerveaux prélevés sur des porcs morts depuis quatre heures. Puis, au moyen d’un système de « pompes » de marque « BrainEx », ils les ont perfusés durant six heures, à une température équivalente à celle du corps porcin de manière à oxygéner les tissus et les protéger de la dégradation liée à l’arrêt de la circulation sanguine qui caractérise, elle aussi, la mort.

Résultats : diminution de la destruction des cellules cérébrales, préservation des fonctions circulatoires voire restauration d’une activité neuronale synaptique . Les chercheurs insistent sur le fait qu’ils n’ont repéré dans les cerveaux étudiés « aucune activité électrique qui serait le signe de phénomènes de conscience ou de perception ». « Ce ne sont pas des cerveaux vivants, mais des cerveaux dont les cellules sont actives », assure le Dr Nenad Sestan. Certes. Pour autant on perçoit la somme des questions soulevées et des perspectives ouvertes.

A quand des travaux sur des cerveaux humains ?

Le Dr Sestan estime d’ailleurs que ces travaux montrent « qu’on a sous-estimé la capacité de restauration cellulaire du cerveau ». Et comment ne pas voir que ces résultats laissent penser que la détérioration des neurones après l’arrêt du flux sanguin pourrait être un processus d’une durée nettement plus longue que l’on pouvait jusqu’ici le supposer.

« Les défis immédiats posés par ces résultats sont avant tout éthiques », souligne, de l’autre côté de l’Atlantique, le Pr David Menon (Université de Cambridge). « Cela remet en question notre conception de ce qui fait qu’un animal ou un homme est vivant », estiment trois spécialistes américains dans un commentaire joint à l’étude publiée par Nature : « Part-revived pig brains raise slew of ethical quandaries. Researchers need guidance on animal use and the many issues opened up by a new study on whole-brain restoration, argue Nita A. Farahany, Henry T. Greely and Charles M. Giattino.

« Cette étude a utilisé des cerveaux de porcs qui n’avaient pas reçu d’oxygène, de glucose ou d’autres nutriments pendant quatre heures. Cela ouvre donc des possibilités qu’on pensait jusqu’alors inenvisageables » observent-ils. L’étude pourrait, selon eux, remettre en question deux principes :

« Premièrement, le fait que l’activité neuronale et la conscience subissent un coup d’arrêt définitif après quelques secondes ou quelques minutes d’interruption du flux sanguin dans le cerveau des mammifères. Deuxièmement, le fait que, à moins qu’on restaure rapidement la circulation sanguine, un processus irréversible s’enclenche, menant à la mort des cellules puis de l’organe ».

Ils réclament l’établissement de « directives sur les questions scientifiques et éthiques soulevées par ces travaux ». Dans un autre commentaire publié par Nature, deux spécialistes américains de bioéthique, psychiatrie et philosophie font valoir qu’un développement de la technique « BrainEx » pourrait, à terme, nuire aux dons d’organes. Pour une greffe, les organes sont essentiellement prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale. Si l’on se met à considérer que cet état peut être réversible, comment se résoudre au prélèvement d’organes ?

On pourrait aussi, risquer une autre question : des travaux équivalent sont-ils prévus à partir de cerveaux humains ? Ou plus précisément ont-ils, déjà, été effectués ? A quand leur publication dans une revue spécialisée ?

A demain

@jynau