Etrange affaire de Ligonnès: quand connaîtra-t-on les identités des mystérieuses «cinq sources» ?

Bonjour

La transparence à tout prix, certes. Mais jusqu’où ? C’est une séquence exemplaire, une affaire dans l’affaire – à décrypter dans toutes les écoles de journalisme. Un « emballement » policier et médiatique comme nous n’en avions jamais connu en France. Des médias expliquant à l’unisson pourquoi, la veille, ils avaient, également à l’unisson, diffusé une fausse information dans une affaire criminelle hautement rocambolesque : « L’affaire Dupont de Ligonnès » (également connue comme « La tuerie de Nantes »…).

C’est sans doute Le Monde (La rédaction) qui résume le mieux l’histoire : « Arrestation dans l’affaire Dupont de Ligonnès : retour sur l’emballement policier et médiatique ». Un papier écrit et publié « dans un souci de transparence et d’éclairage sur le traitement de l’actualité, nous publions le récit de ces quelques heures où une information incorrecte a été publiée sur notre site » :

« L’information selon laquelle Xavier Dupont de Ligonnès avait été arrêté, vendredi 11 octobre, par la police écossaise, a été démentie dans la matinée de samedi 12 octobre par des sources policières. Des tests ADN, effectués sur la personne suspectée par la police française d’être Xavier Dupont de Ligonnès, interpellée par la police écossaise à la descente de son avion à Glasgow, ont exclu formellement qu’il s’agisse de l’homme suspecté depuis 2011 de l’assassinat de sa femme et de ses quatre enfants. L’homme arrêté a été libéré par la police écossaise samedi en fin de journée.

« Entre-temps, la grande majorité des médias français, dont Le Monde, avait donné cette information sur la foi de plusieurs recoupements auprès de sources policières. Comment ce qui s’est avéré une information erronée a pu être repris aussi largement par les médias pendant plusieurs heures ? Comment est-elle parvenue au Monde, à quelle heure et comment avons-nous choisi de la diffuser ? Dans un souci de transparence et d’éclairage sur le traitement de l’information, nous publions le récit de ces quelques heures où une information incorrecte a été publiée sur notre site. »

Transparence et secret des sources

Et c’est sans doute Le Parisien (le premier média généraliste a avoir publié la fausse information) qui présente le plus clairement, sous la plume de Stéphane Albouy, directeur des rédactions « ses excuses à la famille des victimes et à celle de la personne interpellée à tort ». Et « pour l’ensemble de ses lecteurs, ses plus sincères regrets d’avoir rendu publique une information qui s’est révélée être erronée ».

« Nous avons été alertés par une de nos sources habituelles qui a fait état d’une avancée ‘’importante’’ dans cette affaire », a-t-il indiqué à l’AFP. Nous avons contacté cinq sources judiciaires françaises, à différentes strates de hiérarchie et autant centrales que régionales. On ne parle pas ici de cinq personnes assises dans un même bureau. Nous avons multiplié les angles de recherche et de confirmation, c’était à un très haut niveau de vérification ».

Et tous les médias, là encore à l’unisson, de citer « cinq sources ». Sollicitées par l’AFP, les « sources françaises ou écossaises » n’ont à ce stade fourni aucune explication sur l’origine de cette erreur. Et rien sur l’appel anonyme qui aurait tout précipité…

Mais encore ? Les journalistes, c’est une règle non écrite mais absolue, « protègent leurs sources ». Ces dernières se dévoileront-elles ? Y aura-t-il une prime à la délation sur les « réseaux sociaux » ? Jusqu’où ira, ici, la nouvelle quête, dévorante, de la transparence absolue ?

A demain  @jynau

Peu banal : les industriels des bières, spiritueux et apéritifs au chevet de l’alcoolisation fœtale

Bonjour

Hasard ou fatalité ? Au moment où se développe une action originale contre les bières hyperalcoolisées, réception d’un peu banal communiqué. Il est signé « Prévention et Modération », association créée par trois géants :  « Brasseurs de France », « Les Spiritueux » et « Fédération Française des Vins d’Apéritif ». Extraits :

« Les organisations professionnelles de la bière, des spiritueux et des vins d’apéritif viennent de conclure un partenariat avec l’association SAF France pour contribuer à la sensibilisation des femmes aux Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale (TCAF). Les 2.000 entreprises et 15.000 salariés de la bière, des spiritueux et des vins d’apéritif contribueront ainsi à amplifier la communication du message « zéro alcool pendant la grossesse », notamment à l’occasion des éditions du SAFTHON 1. « Prévention et Modération »est d’ores et déjà engagée dans la mise en œuvre du Plan de Prévention des filières remis au Président de la République en juin 2018, en étroite collaboration avec Vin & Société. »

« Prévention et Modération » ?  Elle représente l’ensemble des entreprises productrices et distributrices de bière, spiritueux et vins d’apéritif. Et elle va « s’appuyer sur cette très grande représentativité pour développer des programmes de sensibilisation auprès des professionnels de la production et de la distribution ». « Nous ambitionnons également de contribuer de façon significative à la prévention des comportements à risque, comme le montre ce premier partenariat d’envergure avec l’association SAF France », indique Michel Gayraud, président de Prévention et Modération.

En pratique, les programmes de l’association se développeront principalement dans trois directions officielles :

  • « Prévention des comportements à risque : outre les femmes enceintes, l’association ciblera en priorité le public sensible des jeunes consommateurs pour prévenir les comportements de binge drinking et tendre par ailleurs à l’application effective de l’interdiction de toute vente d’alcool à des mineurs (sic). »
  • « Promotion des comportements responsables : l’association s’attachera à favoriser la responsabilité dans la consommation en valorisant le bon usage des boissons alcoolisées, directement auprès des consommateurs ou par l’intermédiaire des professionnels de la distribution. »
  • « Engagement des professionnels : l’association coordonnera enfin les actions d’autorégulation de la filière en matière de communication et de commercialisation, et favorisera la généralisation à tous les opérateurs des meilleures pratiques des entreprises ».

Réactions de Axel Kahn et William Lowenstein

Que dire de plus ? « Nous sommes là, comme d’habitude, devant une stratégie cache-sexe, nous répond le Pr Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer. Certes le rappel de la nécessité d’une éviction de l’alcool chez la femme enceinte est évident et, en même temps, une manière peu contraignante de s’acheter une vertu  pour pas cher. Cela les dispense de reconnaître leur lourde responsabilité dans la mise à disposition aisée aux femmes des produits en cause, dont les bières ultra-alcoolisées. » 

Que dire de plus ? « Une réaction ? Tout d’abord la tristesse, nous répond le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Nos budgets de Santé Publique, nos politiques sont-ils si faibles qu’il faille espérer une action (ô combien nécessaire !) de prévention avec Brasseurs & Co ? La seconde réaction est une interrogation. Cette stratégie d’alliance (de partenariat) entre « Big Alcool » et une association (SAF France) soutenue (partenariat également) par l’Académie Nationale de Médecine est-elle susceptible de mieux protéger du syndrome d’alcoolisation foetale que les ergotages bicaméraux sans fin sur la taille du logo ‘’interdit aux femmes enceintes’’ sur l’étiquette des bouteilles de boissons alcooliques ? »

Pour le Dr Lowenstein nous sommes pleinement ici dans le « stratégique real politik ». Après Big Tobacco développant la Vape ou le tabac chauffé verra-t-on Big Pharma diffuser les antidotes pour les victimes d’opioïdes promus sans prudence ni vergogne quelques années auparavant par certains de ses membres ? Vertigineux. »

A demain @jynau
 

1 Initié par l’association SAF France, le SAFTHON se positionne comme un mouvement citoyen pour la défense des Droits des enfants et le Droit à l’égalité des chances. Il est destiné à mieux sensibiliser aux risques de la consommation d’alcool pendant la grossesse en répondant aux questions du grand public et en récoltant des fonds pour mener ses missions de prévention, d’accompagnement, de formation et de recherche.

Charlatanisme: l’Ordre n’aura pas de pitié pour les huit médecins de l’abbaye de Sainte-Croix

Bonjour

On se souvient de l’affaire de l’essai clinique sauvage et de ce qui devait en résulter : grosse ire ordinale après l’essai clinique sauvage de l’abbaye de Sainte-Croix de Saint-Benoît. L’affaire rebondit aujourd’hui à l’échelon national. On apprend ainsi que le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) réuni en session, a décidé de porter plainte devant la juridiction ordinale contre huit médecins « d’ores et déjà identifiés comme étant liés au « Fonds Josefa », mis en cause dans des essais thérapeutiques illégaux sur des maladies neuro-dégénératives ».

Motifs gravissives : pour violation notamment des articles 15 (Recherches impliquant la personne humaine), 39 (Charlatanisme) et 40 (Risque injustifié) du code de déontologie. « Il s’agit de trois membres du directoire et de cinq membres du comité consultatif du Fonds, acteurs directs ou ayant eu selon toute vraisemblance à connaître des essais cliniques illégaux sur des patients atteints notamment des maladies de Parkinson et d’Alzheimer » annonce l’Ordre.

M. Jean-Bernard Fourtillan n’étant pas médecin, il fait par conséquent déjà l’objet d’une plainte pour exercice illégal de la médecine portée en juin 2019 par le Conseil départemental de la Vienne de l’Ordre des médecins. Le Conseil national de l’Ordre des médecins a par ailleurs pris la décision de se constituer partie civile dans le volet pénal de cette affaire. Cela lui permettra d’avoir accès au dossier et pleinement connaissance du développement de cette affaire. Ce n’est pas tout : le CNOM se réserve le droit, en fonction des avancées de l’enquête, d’entamer de nouvelles procédures disciplinaires à l’encontre de médecins dont il s’avérerait qu’ils seraient liés directement ou indirectement à ces essais cliniques.

L’affaire de l’essai clinique sauvage de l’abbaye ne fait que commencer.

A demain @jynau

Déremboursée, l’homéopathie ne pourra plus désormais, être enseignée hors de l’Université

Bonjour

Dans le contexte actuel, l’affaire ne manque pas de sel. Réuni en session plénière, le Conseil national de l’Ordre des médecins vient d’adopter, à une très large majorité, une décision « mettant fin aux conditions dérogatoires du droit au titre vis à vis de l’homéopathie ». Et, dans le même temps, l’Ordre d’organiser l’avenir de cette pratique dont les spécialités viennent d’être déremboursées.

Qui s’en souvient ?  Depuis depuis 1974 l’homéopathie était reconnue par l’Ordre des médecins comme « orientation d’activité ». Et depuis 1984, les médecins en faisant la demande devaient justifier d’une formation de trois cents heures, « universitaire ou non ». En 1974, puis à nouveau en 1997 et en 2007, l’Ordre des médecins avait émis le souhait que soit « éventuellement créé » (sic) un Diplôme Interuniversitaire (DIU) d’homéopathie, qui aurait permis de faire évoluer ce droit au titre.

« En effet, parmi les critères généraux d’évaluation aujourd’hui à l’œuvre pour accorder le droit au titre figurent notamment l’exigence d’une formation universitaire validée de type DIU, d’une formation qui respecte les règles de déontologie médicale, d’une formation n’ayant pas de lien d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique souligne l’Ordre. Dorénavant, l’exigence pour qu’un ‘’éventuel DIU’’ ouvre le droit au titre en homéopathie sera conforme aux dispositions communes à l’ensemble des titres. »

Dans sa sagesse le Conseil national ordinal « en appelle ainsi aux Universités à travailler ensemble à l’élaboration éventuelle (re-sic) d’une maquette de diplôme plus globale à propos de l’intégration des médecines complémentaires et alternatives, dont la reconnaissance du droit au titre pourrait être secondairement débattue par l’Ordre (re-re-sic) ».

Beaucoup de brouillards, donc. Mais une certitude ordinale : l’application de ces nouvelles dispositions sera effective pour les nouveaux et futurs inscrits à une formation universitaire à compter de ce jour.

A demain @jynau

Grosse ire ordinale après l’essai clinique sauvage de l’abbaye de Sainte-Croix de Saint-Benoît

Bonjour

On croyait avoir tout dit. C’était compter sans le Conseil national de l’Ordre des médecins. Ce dernier vient de publier un communiqué intitulé « Essais cliniques menés sans autorisation ». Où l’on apprend qu’en juin 2019, le Conseil départemental de la Vienne avait porté plainte pour « exercice illégal de la médecine » après la découverte « d’un essai clinique conduit illégalement sur des patients atteints notamment des maladies de Parkinson et d’Alzheimer ». Essai qui, Ordre dixit, « suscite une indignation et une colère légitimes » ordinalement pleinement partagée.

Ainsi donc le Conseil départemental de la Vienne de l’Ordre des médecins, ayant été alerté par des médecins et les autorités sanitaires, avait en juin 2019 porté plainte auprès du procureur de la République à l’encontre de M. Jean-Bernard Fourtillan pour exercice illégal de la médecine. Pourquoi ne l’apprend-on que maintenant, après l’annonce de la descente de la police sanitaire sur les berges du Clain ? Pourquoi avoir tant attendu 1 ?

« L’Ordre des médecins, à tous ses échelons et en lien avec les autorités judiciaires et sanitaires, sera extrêmement attentif à l’avancée de l’enquête judiciaire en cours, nous dit-on. Il poursuivra tout médecin qui, ayant participé à ces faits, contreviendrait à ses obligations déontologiques. Cette affaire fera d’ores et déjà l’objet d’un examen lors de la session plénière du national des 3 et 4 octobre. » On peut penser que le Pr Henri Joyeux sera, une nouvelle fois, cité. Et que cette remarquable vidéo, réunissant le pharmacien Fourtillan et le médecin Joyeux, sera analysée.  

A demain @jynau

1 La chronologie des faits, selon Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb)

Fin 2018 : plusieurs patients interpellent l’association France Parkinson, affirmant avoir reçu des demandes de dons de la part du Fonds Josefa, en vue du développement d’un traitement des maladies neurodégénératives par la valentoline.

Mai 2019 : France Parkinson alerte l’ANSM suite à la découverte de formulaires, remis à des patients parkinsoniens participants à l’étude du Fonds Josefa, présidé par le Pr Jean-Bernard Fourtillan. Il y est fait mention d’un essai sur un patch transdermique indiqué dans Alzheimer, Parkinson, est trouble du sommeil, la dépression, etc.

13 juin : l’ANSM convoque le Pr Fourtillan pour une audition le 19 juin. Ce dernier refusera, contestant par courrier la qualification d’essai clinique.

Du 3 au 5 septembre : l’ANSM procède à une inspection dans un laboratoire chargé d’analyser les prélèvements des participants. Ils y trouvent les preuves de l’existence d’un essai non autorisé.

19 septembre : L’ANSM demande au Pr Fourtillan de cesser immédiatement l’essai et d’informer chaque participant de cette interdiction.

«PMA pour toutes» : avant la «malédiction», le devoir de participer à la manifestation

Bonjour

Y aurait-il ici un grand architecte organisant la montée en pression médiatique ? Hier un philosophe catholique traite de la « malédiction » associée à la volonté gouvernementale de permettre « à toutes les femmes » (veuves exceptées) d’avoir accès aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Aujourd’hui la voix au chapitre médiatique est prise par Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la la Conférence des évêques de France (CEF).

Cela s’est passé au célèbre Collège parisien des Bernardins. Un endroit, observe Le Monde (Cécile Chambraud)  qui « est en passe de devenir le cadre privilégié des relations entre l’Eglise catholique et la République macronienne ». Les fidèles des deux camps se souviennent encore que le 9 avril 2018le président de la République française y menait une étrange opération de séduction envers les catholiques – allant jusqu’à encourager ces derniers à nourrir de leurs réflexions critiques le débat sur la révision des lois de bioéthique.

Et c’est au même endroit que plusieurs « figures de l’épiscopat » ont exprimé, lundi 16 septembre, tout le mal qu’elles pensent du texte adopté samedi en commission par les députés, et qui viendra en séance publique à l’Assemblée nationale dès le 24 septembre.

Dissociation de la sexualité et de la procréation

« A ce stade du débat parlementaire, souligne Le Monde, le moment était propice pour s’adresser à l’opinion catholique et l’alerter en particulier contre l’extension de la PMA à toutes les femmes et contre les risques de manipulation du génome humain perçus dans les dispositions du projet de loi. Sur l’estrade du grand auditorium des bernardins, retransmis en direct par la chaîne de télévision KTO, le panel d’orateurs a élevé le ton. » A commencer par son président :

Mgr de Moulins-Beaufort : « Nous devons constater que nos responsables politiques restent aveugles aux enjeux de ce qu’ils vont décider et qu’ils ne tiennent pas vraiment compte du résultat des Etats généraux (…) On livre la procréation à la manipulation médicale et la filiation au bricolage que la sophistication de nos sociétés est capable d’imaginer par toute une ingénierie juridique ».

Dr Michel Aupetit, archevêque de Paris :  « Nous sommes dans l’ère du professeur Nimbus et des savants fous (…) Il faut donner un statut juridique à l’embryon humain ». 

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et spécialiste de la bioéthique à la CEF : « Une telle révolution dans le droit de la filiation est-elle voulue par le peuple français ? ».

Le devoir de le faire

Interrogé à l’issue de la réunion des Bernardins, Mgr de Moulins-Beaufort a apporté tout son soutien à la manifestation du 6 octobre à laquelle seront présents, à droite et plus, François-Xavier Bellamy et Marion Maréchal : « Je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre et pour faire progresser le débat. Et j’aurais tendance à dire qu’ils ont le devoir de le faire. » 

On aura compris qu’après son opposition séculaire à toute forme de dissociation de la sexualité et de la procréation humaines, la hiérarchie catholique française ne pouvait faire l’économie du combat contre l’extension de la PMA à « toutes les femmes » – en éclairant sur toutes les modifications qu’elle entraîne dans le champ de la parentalité avec la « suppression de l’ascendance paternelle ».

Pour en savoir plus, prière de se reporter au dernier livre en date rédigé par Mgr d’Ornellas, Bioéthique, quel monde voulons-nous ? (Codédition Bayard, les Editions du cerf, MAME). En attendant de manifester, ou pas.

A demain @jynau

Chats clonés chinois et solitaires: qu’en diront les amoureux fervents et les savants austères ?

Bonjour

Un quart de siècle après Dolly. On nous annonce, depuis la Chine, la création par l’homme du premier chat cloné. Et nous voici comme projeté aux frontières de la transhumanité. Une première de l’entreprise pékinoise (sic) Sinogène. Une première qui n’est percue que comme la marche vers l’objectif ultime : le clonage du panda.

Sept mois seulement après la mort de son chat baptisé ‘’Garlic’’, son propriétaire, Huang Yu, a eu la joie de retrouver son protégé, qui a été cloné. Garlic » est le premier chat cloné par Sinogene, une entreprise qui a déjà réussi le clonage d’une quarantaine de chiens depuis 2017. ‘’Ils se ressemblent à plus de 90 %’’, assure le jeune Chinois de 23 ans. Compter 32 000 euros (contre 48 000 euros pour un berger allemand). Un marché promis à un formidable développement.

Sphinx allongés clonés

Plus de 90 % de ressemblance ? Sera-ce suffisant pour les amoureux fervents, sans parler de tous les savants austères, eux qui, nous écrit Charles Baudelaire, aiment également dans leur mûre saison cette puissante douceur qui fait l’orgueil de leur maison ? Plus de 90 %, certes, mais que restera-t-il de la frilosité et de la sédentarité, de la science et de la volupté, du silence et de l’horreur des ténèbres ?

Un chat cloné n’inclinera-t-il pas au servage ? L’Erèbe le prendra-t-il alors comme son coursier funèbre ? Le cloné prendra-t-il, à 90 % seulement, les nobles attitudes des grands sphinx allongés au fond des solitudes ? Et qui nous dit, d’ailleurs, que ces mêmes sphinx ne seront pas, eux aussi, de pâles copies clonées  incapables de rêver ? Un chat cloné ? Que restera-t-il des reins féconds d’origine, des gerbes d’étincelles magiques, du sable fin et des parcelles d’or ?

Où retrouverons-nous, chinois transhumanistes ou pas, l’insondable de leurs prunelles mystiques ?

A demain @jynau