Pédophilie au sein de l’Eglise : l’incompréhensible mea culpa prononcé par Mgr Pontier

Bonjour

La une et cinq pages : c’est en majesté que notre quotidien dominical traite de la pédophilie dans l’Eglise. Tout, il est vrai converge pour l’évoquer. Un film primé à Berlin et objet de polémique juridique (« Grâce à Dieu » de François Ozon). Un livre-enquête  choc à paraître, signé de notre confrère Frédéric Martel (« Sodoma Enquête au coeur du Vatican», Robert Laffont). Des affaires récurrentes jamais soldées. Et la prochaine réunion, au Vatican par le pape François, d’un « sommet mondial pour prévenir les abus sexuels » – une forme d’émergence d’un politique catholique des risques.

Et dans ce concert, page 3 du Journal du Dimanche, une « exclusivité » : un entretien avec Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France. Une voix plus qu’autorisée dont on n’imagine pas un seul instant qu’elle n’ait pas reçu la bénédiction des autorités suprêmes. Or que nous dit Mgr Georges Pontier, 75 ans, par ailleurs archevêque de Marseille après l’avoir été deDigne et de Saintes ? Mgr Pontier dont le magazine La Vie  nous assure qu’il incarnerait une ligne « foncièrement modérée » à l’opposé de la « ligne Lustiger » ainsi qu’une Église « accompagnatrice spirituelle plutôt qu’une donneuse de leçons ».

L’AFP a résumé le long propos de l’archevêque. Etrange propos plus qu’embarrassé. Douloureuse exégèses à venir. Où l’on entend que pour lui le silence fait autour des abus sexuels dans l’Eglise résulte d’un « péché collectif » et d’un système qui « néglige » la parole des victimes. « Nous devons travailler tous ensemble contre la pédophilie. La hiérarchie [religieuse]n’est pas la seule coupable. Dans certaines familles, des parents très chrétiens ont empêché leur enfant de parler, dit-il encore. C’est un péché collectif ».

« Grâce à Dieu »

Et ces phrases : « Il existe une vénération de l’Eglise qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole (…)  Il y a quelque chose de systémique dans la négligence, le poids et la défense des institutions par rapport aux personnes victimes (…) On ne peut plus rejeter la faute, dire que ce sont les médias ou le monde extérieur qui en voudraient à l’Eglise (…) Les victimes n’ont pas besoin de repentance permanente si les actes ne suivent pas ».

L’actualité ? Mrg Georges Pontier est favorable au report de la sortie du film Grâce à Dieu consacré au père Preynat, un prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles sur mineur et qui n’a pas encore été jugé. Il s’en explique à sa façon :

 « Nous sommes dans un calendrier ahurissant, qui voudrait que l’on termine par la reconnaissance de culpabilité devant les tribunaux après avoir vu tant de choses sur ce père Preynat qui, cela ne fait pas de doute, a commis des faits répréhensibles. Il faut un respect minimum de la présomption d’innocence. »

Interrogé sur l’enquête pour agressions sexuelles visant à Paris l’ambassadeur du pape en France Mgr Ventura, le prélat se montre également prudent : « Si des actes ont été commis qui auraient traumatisé profondément quelqu’un, ce serait, bien sûr, choquant. Je connais bien Mgr Ventura et, pour le moment, je le présume innocent. »

Mais qui a bien pu accuser les médias d’en vouloir à l’Eglise ? Comment confesse-t-on un péché collectif et qui doit faire, alors, pénitence ? Mgt Pontier ne nous le dit pas.

A demain

@jynau

 

Trois ministres répliquent à Mediapart dans la mystérieuse affaire des «bébés nés sans bras» 

Bonjour

Le 7 février dernier Mediapart (François Bonnet) dégoupillait : « ‘’Bébés sans bras’’: l’enquête nationale est au point mort » :

« Plus de trois mois après l’annonce par la ministre Agnès Buzyn d’une enquête nationale sur l’affaire dite ‘’des bébés sans bras’’, rien ou presque n’a été fait, accuse le site. Il n’y a pas de rapport d’étape public, les deux comités de pilotage n’ont pas été constitués, l’agence Santé publique France poursuit sa guerre contre le registre lyonnais Remera. 

 « ’Moi, je veux savoir, je pense que toute la France veut savoir.’’ C’était le 31 octobre 2018, et la ministre de la santé Agnès Buzyn tapait du poing sur la table en annonçant le lancement d’une enquête nationale sur l’affaire dite des « bébés sans bras ». Deux objectifs : tenter un recensement des cas d’enfants nés avec cette malformation congénitale qu’est l’agénésie transverse des membres supérieurs (ATMS) ; et tenter d’identifier les causes d’un nombre de cas anormalement élevé dans plusieurs départements (Ain, Morbihan, Loire-Atlantique) [ la suite sur abonnement ].»

Nous sommes le 12 février. Contre-attaque gouvernementale via un communiqué groupé de la ministre des Solidarités et de la Santé, du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire et du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. Et, clairement, la volonté de démonter l’accusation de Mediapart.

Où l’on apprend que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)  et Santé publique France ont été saisies le 29 octobre dernier par ces trois ministres (Agnès Buzyn, François de Rugy et Didier Guillaume) « pour conduire des investigations possibles sur les causes, notamment environnementales, de cas groupés d’agénésie transverse des membres supérieurs dans les départements de l’Ain, du Morbihan et de la Loire-Atlantique. » Ce n’est pas tout :

« Afin d’assurer la plus grande transparence et indépendance aux travaux d’expertise, un dispositif d’expertise collective a été mis en place, animé conjointement par l’Anses et Santé publique France. Un comité d’experts scientifiques (CES) a ainsi été constitué, après appel à candidatures puis analyse des déclarations publiques d’intérêts. Composé de 22 personnalités scientifiques couvrant l’ensemble des disciplines scientifiques utiles à ces investigations et sous la présidence d’Alexandra Benachi, professeur de gynécologie-obstétrique à la Faculté de médecine Paris Sud et présidente de la Fédération française des centres pluridisciplinaires de diagnostic prénatal.

 « Ce comité aura pour mission d’identifier et d’analyser les différentes hypothèses conduisant à faire un lien entre des expositions, notamment environnementales, et la survenue d’agénésies transverses des membres supérieurs (ATMS), et de formuler des recommandations aux pouvoirs publics pour la prévention et la prise en charge des cas détectés. Une première réunion du CES se tiendra début mars. »

Et encore :

« Un comité d’orientation et de suivi (COS) a également été constitué afin d’assurer un espace de dialogue, d’échange et d’information avec l’ensemble des parties prenantes concernées par ces cas d’ATMS, représentants des familles, associations de patients ou de défense de l’environnement, professionnels de santé et représentants des registres, agences régionales de santé. Présidé par Daniel Benamouzig, sociologue au Centre de sociologie des organisations (CNRS – Sciences Po), ce comité se réunira à intervalle régulier tout au long de la phase d’expertise. La première réunion se tiendra le 21 février 2019. »

Et sans attendre la mise en place opérationnelle de ces deux comités, l’Anses et Santé publique France ont engagé un certain nombre d’investigations préliminaires qui serviront de base aux travaux du CES. Une revue de la bibliographie, des investigations locales et des développements méthodologiques ont ainsi été réalisés afin de nourrir les travaux de l’ensemble des données disponibles.  Il y a donc eu, dans ce contexte, un « point d’étape » 1 à l’issue duquel les trois ministres ont « pris acte » de la méthodologie scientifique adoptée par l’Anses et Santé publique France.

Ainsi donc que Mediapart se rassure : on ne cache rien (ici) à la presse ; tout (ou presque) est dit aux journalistes. L’ampleur des travaux et la complexité des questions posées « nécessitent le recours à une expertise scientifique rigoureuse ». Les résultats de ces travaux « sont attendus pour le 30 juin 2019 ». Et à ce stade, aucune hypothèse n’est privilégiée par rapport à une autre.

A demain

@jynau

1 Le « point d’étape » au 31 janvier 2019 transmis aux trois ministres par l’Anses et Santé publique France est disponible : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dg-19-d-0050.pdf

 

 

Homéopathie : un médecin français sur trois croirait en ses bienfaits pour la santé. Et après ?

Bonjour

Ce sont des chiffres troublants, des chiffres à faire enrager tous les rationalistes. Ils sont issus du dernier « Baromètre santé 360 » réalisé par Odoxa pour différents médias 1. Où il est question des « médecines alternatives et complémentaires » (homéopathie, hypnose, ostéopathie, acupuncture, sophrologie, méditation, phytothérapie).  Avec cette donnée édifiante : 28 % des patients refusent « parfois » un traitement prescrit (ou ne le prennent pas) au profit d’un traitement à base d’homéopathie ou de médecines alternatives. Une proportion que les médecins sous-estiment très largement.

« On y apprend qu’un médecin sur trois (33 %) croit aux ‘bienfaits pour la santé’’ de l’homéopathie, résume Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). La bienveillance grandit quand on évoque les vertus de l’acupuncture et de la sophrologie (69 % des médecins), de l’ostéopathie (74 %) ou de l’hypnose (85 %). Une majorité de praticiens montre aussi des signes d’intérêt pour la phytothérapie (58 %) et la méditation (66 %). »

Sans surprise les non-médecins font preuve d’un enthousiasme nettement plus élevé pour ces pratiques alternatives. Et l’homéopathie arrive en troisième position sur le podium (72 % des Français lui attribuent des ‘’bienfaits’’ pour la santé), derrière l’acupuncture (78 %) et l’ostéopathie (85 %).

« Charlatanerie »

« Le sondage révèle ainsi un fossé entre d’une part les avis et pratiques des patients et d’autre part les recommandations de leurs médecins. Un Français sur deux (52 %) déclare utiliser l’homéopathie pour se soigner, quand moins d’un médecin sur trois (28 %) en fait la publicité dans son cabinet, ajoute Le Quotidien. En revanche, ils sont 67 % de praticiens à avoir déjà recommandé une autre médecine alternative et complémentaire.

Plus significatif encore, parmi les médecins qui recommandent le recours à l’homéopathie à leurs patients, seul un praticien sur deux (51 %) met en avant « l’efficacité propre » à cette thérapie, « hors effet placebo ». 41 % (de ceux qui recommandent) ne lui reconnaissent pas d’efficacité propre mais estiment qu’il s’agit là d’un « bon placebo ». Enfin 8 % expliquent qu’ils répondent, simplement, à une demande de leurs patients.

Plus croustillant : il a été  proposé aux médecins d’associer à l’homéopathie une série de propositions. Selon eux l’homéopathie est d’abord « facile à se procurer »(89 %) et « naturelle » (53 %). Mais seuls 19 % la jugent « efficace pour guérir » et 39 % « utile ». Dans le même temps 86 % de l’ensemble des médecins associent les granules homéopathiques à un effet placebo et 74 % considèrent l’homéopathie « dénuée de valeur scientifique ». On observera que moins d’un médecin sur deux (45 %) applique à l’homéopathie le qualificatif radical de « charlatanerie ».

Et après ? Ces données précèdent de quelques semaines la décision -très attendue – d’Agnès Buzyn concernant la poursuite (ou l’arrêt) du remboursement des spécialités homéopathiques. Une décision qui s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu et hautement mouvant (Gilets Jaunes, revendications pour le « pouvoir d’achat », Grand Débat National). Où l’on pressent que la place que le pouvoir exécutif réservera au rationalisme pourrait, ici, être plus réduite qu’initialement prévu.

A demain

1 Sondage réalisé pour Orange, nehs (actionnaire du « Quotidien du Médecin »), Asip Santé, Sciences Po, Le Figaro santé et France Inter, auprès d’un échantillon de 290 médecins (76 généralistes, 166 spécialistes et 48 internes) interrogés par Internet du 26 décembre 2018 au 20 janvier 2019 et d’un échantillon de 995 Français représentatif de la population française, interrogés par Internet les 19 et 20 décembre 2018.

 

« Trois nouveaux cas » : l’affaire désormais sans fin, dans les médias, des bébés nés sans bras

Bonjour

Cette fois l’information est à découvrir en exclusivité dans Le Parisien : « Bébés nés sans bras : une nouvelle affaire dans les Bouches-du-Rhône » (Marc Payet avec E.M.).  Où l’on apprend l’existence de « trois nouveaux cas »  de « bébés sans bras ». Où l’on retrouve aussi Emmanuelle Amar, « lanceuse d’alerte » fortement médiatisée dont l’action et les démêlés avec les autorités sanitaires sont au cœur de cette nouvelle affaire sanitaire.

« Selon nos informations, il s’agit bien ‘’d’un cas groupé’’, encore appelé cluster. En effet, la survenue de trois malformations de ce type dites « agénésie transverse des membres supérieurs » (ATMS), à quelques kilomètres de distance, et en peu de temps, est supérieure statistiquement à ce qui devrait survenir, selon les données de la littérature scientifique, explique Le Parisien. Ce que confirme Emmanuelle Amar, la première à avoir révélé l’affaire des bébés sans bras dans l’Ain, grâce à une enquête du Registre d’étude des malformations en Rhône-Alpes (Remera) dont elle est la directrice. Il s’agit de trois petites filles, nées en juin, août, novembre 2016, dans un rayon de 30 km autour de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) à Salon de Provence, Septèmes-les-Vallons, à Gignac-la-Nerthe ».

Point notable : ce sont les familles elles-mêmes qui ont lancé l’alerte. « Les données ont été transmises à Santé Publique France », explique Emmanuelle Amar. Interrogé par Le Parisien dans la soirée du 20 janvier le ministère de la Santé explique que « de la même manière que des enquêtes ont été diligentées dans L’Ain, le Morbihan et en Loire-Atlantique, tous les nouveaux clusters doivent être investigués sur la base d’informations concordantes, suivant une méthodologie précise, et permettant d’en tirer des conclusions scientifiques ». Et d’assurer au quotidien qu’Agnès Buzyn  suit de « près le dossier » et insiste sur « l’accompagnement des familles ».

Etang de Berre et Yannick Jadot.

 Autre point notable : dans les Bouches-du-Rhône, les parents des trois enfants vivent tous à proximité de sites industriels polluants et pollués. « J’ai regardé les dossiers. Effectivement, les cas apparaissent autour de l’Etang de Berre, dans une zone qui est connue pour être très polluée, avec des risques pour la santé. Cela mérite une enquête plus approfondie pour comprendre ce qui s’est passé », explique le Dr Annie Lévy-Mozziconacci, généticienne, responsable du centre de médecine fœtale de l’hôpital-Nord, et conseillère municipale PS à Marseille. Pour l’heure, en toute rigueur et n’en déplaise à l’écologiste Yannick Jadot aucun lien de causalité n’a été démontré.

Dernier point à souligner, en dépit du suivi rapproché du dossier parAgnès Buzyn : le retard pris par les autorités sanitaires. Une enquête nationale a été lancée par les autorités sanitaires, dont les premières conclusions doivent être divulguées fin janvier. Mais selon les informations du Parisien, alors que plusieurs médecins épidémiologistes de Sante Publique France tentent de déterminer, département par département, combien de « bébés sans bras » naissent chaque année  le « Comité scientifique » et le « Comité d’orientation et d’information » annoncés le 29 octobre 2018 n’ont toujours pas été constitués.

Que conclure ? On peut, pour saisir la complexité du sujet, se reporter à la publication signée, dans Le Revue du Praticien 1, par l’épidémiologiste Catherine Hill connue pour sa liberté d’expression et ses engagements citoyens au service de la santé publique. Mme Hill s’est notamment penchée sur les données du réseau européen de surveillance des anomalies congénitales « Eurocat » qui  rassemble les données de cinquante-et-un registres couvrant 1,7 million de naissances par an.

« Au total, 165 clusters ont été identifiés dans Eurocat, sans qu’aucune cause n’ait jamais été identifiée, résume-t-elle en reprenant les conclusions d’une publication spécialisée 2.  Les auteurs recommandent que la stratégie des autorités vis-à-vis de ces clusters soit proactive et transparente plutôt que d’attendre pour réagir et faire des investigations que des clusters soient identifiés par le public et les médias. Les autorités françaises ont fait exactement le contraire. »

Il reste encore à comprendre pourquoi.

A demain

@jynau

1 Hill C.  Agrégation dans le temps et dans l’espace de naissances d’enfants sans avant-bras. La Revue du Praticien 2018 ;68.

2 Dolk H, Loane M, Teljeur C, et al. Detection and investigation of temporal clusters of congenital anomaly in Europe : seven years of experience of the EUROCAT surveillance system. Eur J Epidemiol 2015;30:1153-64.

 

 

 

 

 

«Déconner» : pourquoi Emmanuel parle-t-il comme la Zazie de Queneau dans le métro ?

Bonjour

15 janvier 2019. Premières heures du Grand Débat et, déjà, nouvelle polémique après l’usage d’un verbe du premier groupe – un verbe rarement entendu dans une parole présidentielle. Emmanuel Macron, donc, effectuant une visite surprise à Gasny, petite cité historique de l’Eure, où il a participé au conseil municipal. Et le président de la République française, une nouvelle fois comme dangereusement désinhibé, de s’exprimer au risque de choquer :

« Les gens en situation de difficulté, on va davantage les responsabiliser car il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent. »

Ainsi donc, en même temps, le beau verbe de « responsabiliser » (« qui doit rendre compte et répondre de ses actes ou de ceux des personnes dont elle a la garde ou la charge ») et cet autre, que l’on peine à réimprimer. Un verbe dont l’utilisation, dans un tel contexte, a aussitôt été dénoncée par plusieurs responsables de l’opposition, dont Olivier Faure (PS) ou Valérie Boyer (LR) avant même la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.

« Emmanuel #Macron veut «responsabiliser» les gens en ‘’difficulté’’ car ‘’il y en a qui font bien et il y en a qui ‘’déconnent’’ selon lui… l’année 2019 débute comme elle s’est achevée. Des débats s’ouvrent mais toujours le même mépris pour les Français ! »

 Le retour, somme toute, de la jactance, vanité et suffisance. « Déconner » Vulg. Dire ou faire des conneries.  « − Dis donc, tonton, demanda Zazie, quand tu déconnes comme ça, tu le fais exprès ou c’est sans le vouloir ? Queneau, Zazie dans le métro,1959, p. 20. »

Pouvoir et/ou vouloir. Relire Raymond Queneau. S’inquiéter de la tournure des événements et, en même temps, se délecter de l’Oulipo.

A demain

@jynau

 

 

 

Un terroriste tue à Strasbourg, les théories du complot gangrènent les réseaux sociaux

Bonjour

C’est une déferlante insidieuse. Mardi 11 décembre, sur le marché de Noël de Strasbourg, une attaque terroriste a fait trois morts et treize blessés. Aussitôt des « Gilets Jaunes » ont accusé le président de la République et le gouvernement d’être à l’origine de cette attaque affin de ruiner leur mouvement. Une tentative de diversion, en somme… Passons sur  les « preuves » avancées, toutes factices ou sans objet.

C’est une déferlante qui trouve sa source dans les théories du complot. Elle se fonde aujourd’hui sur la concomitance entre les annonces d’Emmanuel Macron, l’attentat et la proximité d’un possible « acte V » des Gilets Jaunes. Face à ce mouvement, plusieurs modérateurs d’importants groupes Facebook de Gilets Jaunes ont annoncé qu’ils prenaient la décision de fermer temporairement la modération et de bloquer  toute publication. Et Plusieurs ont appelé à continuer la mobilisation en portant un signe noir en hommage aux victimes de Strasbourg. Seront-ils bientôt accusés de faire partie du complot ?

C’est une déferlante face à laquelle le pouvoir exécutif est impuissant. Sauf à qualifier de tels propos d’ « indignes » comme viennent de le faire plusieurs membres du gouvernement invités sur France Inter et sur RTL. Et c’est aussi une déferlante qui dépasse des médias généralistes aujourd’hui impuissants, par définition, à démonter un complotisme qui se nourrit consubstantiellement de la peur, de la déraison, de l’insensé. Mais pas seulement : « Les théories du complot viennent réordonner le monde en y insufflant de la causalité. C’est ce qui les rend si attractives. » explique Slate.fr (Loïc Nicolas).

Journalisme, politique et santé publique

A ce stade, que faire ? Ecouter, ou lire, sur France Culture, Guillaume Erner : « Fusillade à Strasbourg : complotisme et défiance détruisent notre capacité à faire société »

 « La société française est une nouvelle fois menacée par le terrorisme… Et, doublement menacée, d’abord par cet assassin qui a frappé hier soir sur le marché de Noël de Strasbourg, mais aussi par les commentaires complotistes qui ont immédiatement submergé Facebook, et notamment certains groupes de gilets jaunes (…)

Il y a dans ce complotisme quelque chose d’infiniment triste : la défiance absolue dans la possibilité d’un pouvoir républicain, la croyance selon laquelle la fin justifierait tous les moyens pour l’exécutif, sont finalement le signe d’une société fracturée. Cette défiance, il faut le souligner, ne vise pas particulièrement Emmanuel Macron, elle était déjà très largement présente sous François Hollande : il ne s’agit pas d’un manque de confiance vis-à-vis de ce gouvernement, mais d’une défiance par rapport à nos institutions. 

Comme à l’époque de l’attentat de Charlie Hebdo, ou mille théories farfelues avaient été diffusées sur la toile, ces commentaires trouvent mille raisons de douter de la réalité de cet attentat. D’où ce paradoxe, la volonté de croire que personne ne serait assez méchant pour viser un marché de Noël, mais dans le même temps l’idée que le gouvernement est prêt à tout pour asseoir son pouvoir. 

Ce scepticisme témoigne donc d’une confiance en l’humain, et d’une défiance absolue vis-à-vis de tout pouvoir, de toute autorité, comme si finalement, en accédant au pouvoir on cessait d’être homme, comme si la seule question que l’on devait se poser en permanence, était à qui profite le crime. Ce complotisme procède d’une pensée magique : le pouvoir a tous les pouvoirs. Voilà la nouvelle pensée magique, une magie qui détruit notre capacité à faire société. »

A demain

@jynau

Attention : les polémiques sur l’homéopathie vont prendre de nouvelles dimensions

Bonjour

Gilets Jaunes et homéopathie déremboursée : le pouvoir peut-il entendre ce qui lui est inaudible ? Pour l’heure, convergence des tensions : pendant la crise violente des Gilets Jaunes on entend les colères récurrentes nourries par l’homéopathie, sa raison d’être, ses égarements, son remboursement.

Au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul du politique. Où l’on apprend que la Haute Autorité de santé (HAS), chargée par la ministre Agnès Buzyn d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie, fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février, comme annoncé. Ce sera plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  du travail d’évaluation à accomplir.

« Nous faisons au mieux pour aboutir au plus près du délai affiché dans la saisine de la ministre. Nous tablons sur le printemps », confie la HAS – confirmant ainsi une information de L’Express ». C’est un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » alors même que tout a été dit, écrit et publié sur le sujet ? Assurément répond la HAS. Du moins dès lors que l’on entend évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets.

Excommunications croisées

Résumons : la HAS a d’ores et déjà effectué une revue de la littérature scientifique internationale (études scientifiques, avis de sociétés savantes, recommandations d’autorités sanitaires d’autres pays, etc.). Mieux : elle  s’apprête à lancer « dans les jours qui viennent » un appel à contribution pour recueillir les arguments de toutes les parties prenantes. Où l’on entend déjà les mouvements de troupes, les tambours et les fifres, la rédaction des cahiers de doléances, les excommunications croisées, les accusations mille fois proférées de scientisme et d’obscurantisme.

Et après ? Le budget 2019 de la Sécurité sociale, adopté définitivement lundi 3 décembre par le Parlement, prévoit dans son article 42 que « les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques (…) sont définies par décret en Conseil d’État ». Ce décret précisera « notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments ». Un travail qui incombera à la HAS et un décret dont nul ne sait s’il sera, un jour, publié.

A demain

@jynau