Un terroriste tue à Strasbourg, les théories du complot gangrènent les réseaux sociaux

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C’est une déferlante insidieuse. Mardi 11 décembre, sur le marché de Noël de Strasbourg, une attaque terroriste a fait trois morts et treize blessés. Aussitôt des « Gilets Jaunes » ont accusé le président de la République et le gouvernement d’être à l’origine de cette attaque affin de ruiner leur mouvement. Une tentative de diversion, en somme… Passons sur  les « preuves » avancées, toutes factices ou sans objet.

C’est une déferlante qui trouve sa source dans les théories du complot. Elle se fonde aujourd’hui sur la concomitance entre les annonces d’Emmanuel Macron, l’attentat et la proximité d’un possible « acte V » des Gilets Jaunes. Face à ce mouvement, plusieurs modérateurs d’importants groupes Facebook de Gilets Jaunes ont annoncé qu’ils prenaient la décision de fermer temporairement la modération et de bloquer  toute publication. Et Plusieurs ont appelé à continuer la mobilisation en portant un signe noir en hommage aux victimes de Strasbourg. Seront-ils bientôt accusés de faire partie du complot ?

C’est une déferlante face à laquelle le pouvoir exécutif est impuissant. Sauf à qualifier de tels propos d’ « indignes » comme viennent de le faire plusieurs membres du gouvernement invités sur France Inter et sur RTL. Et c’est aussi une déferlante qui dépasse des médias généralistes aujourd’hui impuissants, par définition, à démonter un complotisme qui se nourrit consubstantiellement de la peur, de la déraison, de l’insensé. Mais pas seulement : « Les théories du complot viennent réordonner le monde en y insufflant de la causalité. C’est ce qui les rend si attractives. » explique Slate.fr (Loïc Nicolas).

Journalisme, politique et santé publique

A ce stade, que faire ? Ecouter, ou lire, sur France Culture, Guillaume Erner : « Fusillade à Strasbourg : complotisme et défiance détruisent notre capacité à faire société »

 « La société française est une nouvelle fois menacée par le terrorisme… Et, doublement menacée, d’abord par cet assassin qui a frappé hier soir sur le marché de Noël de Strasbourg, mais aussi par les commentaires complotistes qui ont immédiatement submergé Facebook, et notamment certains groupes de gilets jaunes (…)

Il y a dans ce complotisme quelque chose d’infiniment triste : la défiance absolue dans la possibilité d’un pouvoir républicain, la croyance selon laquelle la fin justifierait tous les moyens pour l’exécutif, sont finalement le signe d’une société fracturée. Cette défiance, il faut le souligner, ne vise pas particulièrement Emmanuel Macron, elle était déjà très largement présente sous François Hollande : il ne s’agit pas d’un manque de confiance vis-à-vis de ce gouvernement, mais d’une défiance par rapport à nos institutions. 

Comme à l’époque de l’attentat de Charlie Hebdo, ou mille théories farfelues avaient été diffusées sur la toile, ces commentaires trouvent mille raisons de douter de la réalité de cet attentat. D’où ce paradoxe, la volonté de croire que personne ne serait assez méchant pour viser un marché de Noël, mais dans le même temps l’idée que le gouvernement est prêt à tout pour asseoir son pouvoir. 

Ce scepticisme témoigne donc d’une confiance en l’humain, et d’une défiance absolue vis-à-vis de tout pouvoir, de toute autorité, comme si finalement, en accédant au pouvoir on cessait d’être homme, comme si la seule question que l’on devait se poser en permanence, était à qui profite le crime. Ce complotisme procède d’une pensée magique : le pouvoir a tous les pouvoirs. Voilà la nouvelle pensée magique, une magie qui détruit notre capacité à faire société. »

A demain

@jynau

Attention : les polémiques sur l’homéopathie vont prendre de nouvelles dimensions

Bonjour

Gilets Jaunes et homéopathie déremboursée : le pouvoir peut-il entendre ce qui lui est inaudible ? Pour l’heure, convergence des tensions : pendant la crise violente des Gilets Jaunes on entend les colères récurrentes nourries par l’homéopathie, sa raison d’être, ses égarements, son remboursement.

Au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul du politique. Où l’on apprend que la Haute Autorité de santé (HAS), chargée par la ministre Agnès Buzyn d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie, fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février, comme annoncé. Ce sera plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  du travail d’évaluation à accomplir.

« Nous faisons au mieux pour aboutir au plus près du délai affiché dans la saisine de la ministre. Nous tablons sur le printemps », confie la HAS – confirmant ainsi une information de L’Express ». C’est un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » alors même que tout a été dit, écrit et publié sur le sujet ? Assurément répond la HAS. Du moins dès lors que l’on entend évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets.

Excommunications croisées

Résumons : la HAS a d’ores et déjà effectué une revue de la littérature scientifique internationale (études scientifiques, avis de sociétés savantes, recommandations d’autorités sanitaires d’autres pays, etc.). Mieux : elle  s’apprête à lancer « dans les jours qui viennent » un appel à contribution pour recueillir les arguments de toutes les parties prenantes. Où l’on entend déjà les mouvements de troupes, les tambours et les fifres, la rédaction des cahiers de doléances, les excommunications croisées, les accusations mille fois proférées de scientisme et d’obscurantisme.

Et après ? Le budget 2019 de la Sécurité sociale, adopté définitivement lundi 3 décembre par le Parlement, prévoit dans son article 42 que « les règles de prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques (…) sont définies par décret en Conseil d’État ». Ce décret précisera « notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments ». Un travail qui incombera à la HAS et un décret dont nul ne sait s’il sera, un jour, publié.

A demain

@jynau

Rosa Maria Da Cruz a étouffé son enfant pendant deux ans dans un coffre. Vous la condamnez ?

Bonjour

Accusé de « viols » Georges Tron, 61 ans, ancien secrétaire d’Etat éphémère et depuis toujours maire de Draveil, vient d’être acquitté. Dans un procès à très grand spectacle le procureur  avait requis six ans de prison ferme contre lui, comparant l’homme au « comte Dracula ». Où l’on voit que l’outrance ne sied ni à la manifestation de la vérité ni à la proportion des peines.

Même jour (15 novembre 2018) devant une autre cour d’assises, à Tulle (Corrèze), des  experts tentent d’éclairer, pour les jurés, le profil psychologique d’une femme qui a « caché son bébé dans un coffre de voiture pendant deux ans ».

« Déni absolu de grossesse », « dénégation d’enfant », « incapacité parentale » ? Comment une « bonne » mère de trois enfants en est-elle venue à « cacher le quatrième aux yeux du monde, avec des soins a minima entraînant des handicaps irréversibles » (AFP). Cela donne, comme toujours, à la lisière du droit, de la médecine et de l’étrange médical.

« Indemne de toute pathologie psychiatrique », « pas psychotique », manifestant « une certaine normalité », une intelligence « d’une bonne moyenne », « pas manipulatrice », et « absolument pas perverse ». Mais aussi « très immature », présentant une « immaturité affective », et une « identité féminine floue et incertaine ».

La description ainsi flottante de la personnalité de l’accusée Rosa Maria Da Cruz n’aura guère éclairé la cour sur le « pourquoi » d’une affaire de dissimulation hors normes. Mais plusieurs experts, parfois s’opposant, en ont décrit les mécanismes, évoquant une « genèse » possible dans ses maternités traumatiques précédentes (sic).

Mais encore ?  L’AFP : « L’accusée a fait preuve d’un « déni de grossesse total », a estimé le Dr Jacques Bertrand, psychiatre. Un déni caractérisé par « l’inconscience de l’état de grossesse, l’absence de signe extérieur ou physiologique, par la transparence au regard de l’entourage, et par des antécédents similaires ».

Ce déni de grossesse, a-t-il poursuivi, a été suivi d’un « déni d’enfant ». Matérialisé, pour Séréna, par « la chosification de l’enfant », la « négligence de l’enfant », avérée [ vingt-trois mois de confinement] et la « nécessité de « mise au monde » symbolique par un tiers découvrant ». [C’est un garagiste qui a trouvé l’enfant dans le coffre, en 2013]

Michel-Henri Delcroix, président de l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse (AFRDG) a évoqué à la barre un « déni absolu » jusqu’à l’accouchement, un cas exceptionnel selon lui, car non suivi de néonaticide.

Parmi les nombreux experts entendus à Tulle : Emmanuelle Bonneville-Baruchel, psychologue clinicienne et professeur de psychopathologie. Selon elle  une « incapacité parentale ». L’AFP : « est revenu, à maintes reprises au procès, le premier déni de grossesse. L’’’accouchement catastrophe’’ de son deuxième enfant, en 2004 au Portugal au terme d’un déni total, déjà. Mais cette fois-là, la famille sauva la mise. »

Condamner ? Acquitter ?  La psychiatrie pencherait ici, paradoxalement pour un refus de l’hypothèse de l’abolition du discernement. Rosa Maria Da Cruz encourt vingt ans de réclusion, pour violences suivies de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant. Sa fille Séréna ? Placée en  famille d’accueil depuis sa découverte dans son coffre elle souffrirait, dit-on aux jurés, d’un « déficit fonctionnel à 80 % » et d’un « syndrome autistique irréversible ».

Où l’on en vient, à Tulle comme à Draveil à la même question de l’existence des monstres 1. Suivie de celle de leur condamnation par les hommes

A demain

1 Conseil de lecture : « Les monstres n’existent pas » (Editions Stock) de la journaliste Ondine Millot.

« Entre 1989 et 2000, Dominique Cottrez, mère de famille, aidesoignante, a caché huit grossesses à son entourage, et tué ses huit nouveau-nés. À chaque fois, elle a accouché seule et étouffé les bébés. Elle a gardé leurs corps à côté de son lit. Ondine Millot rencontre Dominique Cottrez cinq ans après son arrestation. Une relation se noue, elles se revoient. Sans jugement, mais non plus sans indulgence, la journaliste cherche à comprendre : l’enfance, les épreuves et le chemin qui ont mené aux crimes. Elle interroge la mère infanticide, son mari, ses deux filles adultes, ses proches. Au-delà du fait divers, son récit au coeur de l’intime avance au fil de ses découvertes : les monstres n’existent pas. Seuls existent le silence, la détresse, la violence que l’on reçoit, et que l’on transmet ensuite aux autres, aux autres et à soi. »

Quatorze enfants nés avec un « bras coupé » : Santé publique France ne peut pas l’expliquer   

Bonjour

Que dire aux médias quand on est, raisonnable et scientifique, confronté à l’étrange ? Daté du 4 octobre 2018, c’est un communiqué qui commence ainsi : « La presse fait écho de cas groupés rapportés d’agénésie des membres supérieurs dans l’Ain . Deux autres situations de nature similaire ont été signalées en Bretagne et en Pays-de-Loire. Santé publique France a conduit une investigation épidémiologique de ces trois signalements qu’il rend public ce jour. » Pour dire quoi ?

1 On nous explique ce qu’il en est, en France, de la surveillance des anomalies congénitales : « une méthodologie rigoureuse ». Où l’on apprend que pour « surveiller les anomalies congénitales », Santé publique France coordonne un réseau de six registres couvrant 19% des naissances. Pourquoi pas 100 % ? On ne le saura pas.

2 On apprend que dans le cadre de ses missions, le Registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) a informé l’agence d’une suspicion de sept cas groupés dans l’Ain. Des enfants privé de tout ou partie d’un bras nés entre 2009 et 2014. Conclusion : « l’analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale, et Santé publique France n’a pas identifié une exposition commune à la survenue de ces malformations ».

3 On apprend encore que Santé publique France a par ailleurs conduit des investigations similaires sur deux signalements d’agénésie des membres supérieurs survenus en Loire Atlantique (trois cas nés entre 2007 et 2008) et dans le Morbihan (quatre cas nés entre 2011 et 2013). Dans ces deux derniers cas l’investigation a conclu à un excès de cas. Cependant, aucune exposition commune n’a été identifiée pour les cas groupés de ces deux départements.

4 Pour résumer : le mystère reste entier en dépit d’un protocole standardisé visant à déterminer si cela est dû au hasard ou non – et d’identifier d’éventuelles expositions communes (prise de médicaments, exposition environnementale, etc.).

Hasard et fatalité

Tout cela ne pouvait pas être publié sans faire réagir les différents médias qui avaient publiquement, ces derniers jours fait état du phénomène. Ils peuvent d’ores et déjà donner la parole à Michèle Rivasi, « députée européenne écologiste, biologiste agrégée et normalienne, spécialisée dans les scandales sanitaires, la pharmacovigilance et la santé publique et environnementale ». Pour elle l’absence d’explications « montre une fois de plus la défaillance de notre démocratie sanitaire et de notre système de surveillance ».

Aucun doute pour Mme Rivasi : les causes sont « certainement d’origine environnementale ». Elle poursuit en ces termes :

« Dans l’affaire des enfants de l’Ain, on apprend aussi que l’on assiste à un désengagement de l’Etat et de la Région Auvergne Rhône Alpes (présidée par Laurent Wauquiez) pour le financement du REMERA. Cela va dans le sinistre sens de l’histoire avec la ministre de la santé qui souhaite réduire les centre de pharmacovigilance régionaux malgré les derniers scandales sanitaires (Levothyrox…). On voudrait tuer l’alerte, on ne s’y prendrait pas autrement.

 « Une nouvelle fois dans cette affaire, les autorités publiques sont dans le déni, Santé publique France estimant lors d’une réunion sur la question en 2016 que ces anomalies sur ces enfants sur trois territoires différents sont certainement le fait du hasard. Scandaleux! Comme pour le sang contaminé, la Dépakine ou le scandale du Levothyrox, on assiste toujours à un défaut d’information et de transparence sur les données de santé et l’usage qui en est fait. C’est cela qui explique la faillite de notre système de surveillance et les critiques répétées et légitimes sur la démocratie sanitaire. »

Pour sa part Santé publique France consent, du bout des lèvres, à reconnaître que la surveillance des anomalies congénitales est, en France, « un dispositif à renforcer ». Ce qui permettrait, peut-être, de faire la part entre le hasard et la fatalité.

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Homosexualité et hérésie : le pape François préconise la prière et la psychiatrie

Bonjour

Ce devait être un voyage historique. Le retour restera dans l’histoire. Confronté, en Irlande, au fléau récurrent des abus sexuels commis par des prêtres sur des enfants le pape François a, dans l’avion qui le ramenait à Rome eut des propos qui ne manqueront pas, a minima, d’inquiéter. Entre terre et ciel Jorge Mario Bergoglio, 82 ans,  a ainsi recommandé, dimanche 26 août 2018, le recours à la psychiatrie lorsque des parents constatent des penchants homosexuels chez leurs enfants.

Le Vatican ne pourra pas, demain, plaider l’ambiguïté Un journaliste a demandé au pape François ce qu’il dirait à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant.

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

 Analyses et commentaires ne tarderont guère. Et on perçoit la confusion des genres. Le jour même, à Dublin, lors d’une grande messe en plein air, le pape François avait égrené une litanie de « Nous demandons pardon » pour « chaque scandale » dans lequel l’Eglise catholique était impliquée. « Le pape a aussi reconnu que des membres de la hiérarchie catholique avaient cherché à couvrir les péchés de leurs collègues et n’avaient pas fait preuve de compassion pour les victimes », écrit l’Irish Examiner.

Contrition et confession

Le pape faisait notamment référence aux crimes sexuels, dans un pays où près de 15.000 personnes ont déclaré depuis 2002 avoir été victimes d’abus – mais aussi à d’autres scandales ayant impliqué l’Église irlandaise pendant une bonne partie du XXe siècle, notamment les séparations forcées entre les enfants nés hors mariage et leurs mères, considérées comme des « pécheresses ».

« Je n’avais jamais entendu parler de ces femmes » a assuré le pape François aux journalistes (toujours dans l’avion le ramenant au Vatican). Pas plus qu’il ne connaissait l’existence de ces « hôpitaux, je ne sais pas comment ils les appellent, ou de ces écoles dirigées par des nonnes, qui proposaient les enfants à l’adoption ». Selon The Irish Independent, le pape avait aussi devant les pèlerins venus à Knock qualifié les actions de l’Église de « répugnantes » et a déclaré que les abus commis en Irlande étaient une « plaie ouverte »

Faut-il faire un lien entre ces actes de contrition et ces propos concernant l’homosexualité et la psychiatrie 1 ? Comment ne pas voir ici une inquiétante forme de régression ? Un retour des démons issus des mariages forcés entre médecine et religion ?

On peut, sur ce sujet, conseiller une lecture qui peut éclairer : « Psychiatrie et homosexualité Lectures médicales et juridiques de l’homosexualité dans les sociétés occidentales de 1850 à nos jours » de Malick Briki – 232 pages – 16 x 22 cm. Un format idéal pour toutes celles et ceux qui aiment lire en avion.

A demain

1 « Quand l’homosexualité était une maladie » Slate.fr, 24 juillet 2011

L’urgentiste du CHU est aussi président de l’association « Notre-Dame Mère de la Lumière »

Bonjour

Nous sommes entre Caen, Lisieux et Bayeux. L’information a été révélée par France Bleu Normandie. Et le procès est programmé pour le 2 octobre 2018. Où l’on apprend qu’un médecin urgentiste au CHU de Caen âgé de 30 ans est convoqué devant la justice. Ce médecin est également président de l’association Notre-Dame Mère de la Lumière.

« Ce n’était au début qu’un groupe informel d’étudiants, chrétiens et catholiques, qui animait des messes, organisait des veillées de louanges et des maraudes auprès des SDF, raconte France Bleu (Nolwenn Le Jeune).  Mais l’association, créée en 2008, est exclue de l’université par l’aumônerie. Elle se réunit alors à l’Eglise Saint Jean à Caen et devient Notre-Dame Mère de la Lumière en 2011. Cinq ans plus tard la police reçoit un signalement de l’UNADFI, association pour la défense des familles et de l’individu, qui lutte contre les dérives sectaires et les manipulations mentales. Elle dispose d’informations préoccupantes : d’anciens membres dénoncent des faits de sujétion psychologique et d’emprise mentale. »

« Prières de guérisons »

Parallèlement, Mgr Jean-Claude Boulanger, évêque de Bayeux-Lisieux-Caen, retirera à l’association sa lettre de mission en février 2017. Avec cette dérangeante précision:

« (…) la commission d’enquête canonique, qui a entendu et lu de nombreux témoignages sérieux, a également mis au jour un certain nombre de difficultés structurelles dans le fonctionnement du groupe et son développement, notamment ce qui concerne les prières de guérisons qui ont posé question. »

Le jeune président a été placé en garde à vue fin juin 2018 avant de ressortir libre, placé sous contrôle judiciaire mais avec convocation devant le tribunal correctionnel de Caen le 2 octobre 2018. Faits reprochés : abus frauduleux de l’ignorance ou de la faiblesse d’une personne.

« C’est pour en demander la main-levée que son avocat a saisi le tribunal correctionnel qui a examiné le dossier ce lundi 23 juillet, précise France Bleu. « Il n’y a pas l’ombre d’un élément constitutif sur les plans factuel et mental de l’infraction reprochée à mon client’’ estime Me Jean de Mézerac.  Il est toujours interdit à son client de fréquenter une quinzaine de membres de l’association et le domicile, qu’il partage avec deux autres membres de l’association à Verson, reste placé sous scellés. Mais son interdiction de quitter la région a été levée. Il pourra donc se rendre en août prochain au pèlerinage de Medjugorje en Bosnie où il doit animer une intervention. Il est aussi dispensé d’une obligation de soins avant son procès. »

Aucune précision sur cette dispensation. Ni sur les « prières de guérison ».

A demain

La fumée sortant du flanc droit de Poelvoorde ; Anne Hidalgo et le tout Paris sans mégots

Bonjour

9 juillet 2018. Le tabac brûlé nous rapproche parfois de l’étrange. C’est le cas avec un film que ne goûtent guère les critiques bien pensant.e.s : « Au poste ! » de Quentin Dupieux. Une décalque surréaliste du « Garde à vue » de Claude Miller (1981). Une comédie au-delà des normes, une mise en abyme comme le cinéma n’en montre pas. Ou si peu.

Ventura et Serrault ne sont plus. Voici Benoît Poelvoorde (commissaire Buron) et Grégoire Ludig (suspect Fugain). Marc Fraize (Philippe) prend la place de Guy Marchand dans le placard. On ne gobe pas, ici. On croque. Le temps ne sait plus passer. Magritte. Bouffées de tragique et de rires. L’absurdité s’ouvre sous nos pieds. Les équerres servent à tuer au carré. (On peut ne pas aimer).

Interdiction étant faite de spoiler on taira, ici, la trouvaille qui permet à la cigarette de prendre toute la nouvelle place qui est la sienne, dans les corps malades comme dans la psyché collective. Une trouvaille qui vaut mille publicités sanitaires gouvernementales. Et qui vient incidemment ruiner le récent discours d’une ministre de la Santé voulant censurer la vision du tabac au cinéma.

Hors des salles obscures, la politique ne perd jamais ses droits. Le Conseil de Paris vient d’adopter un vœu, (déposé par le groupe radical de gauche, centre et indépendants) visant à expérimenter l’interdiction pendant quatre mois de la cigarette dans quatre parcs et jardins de la capitale.

Abattoirs de Vaugirard

C’est ici la décalque expérimentale de l’interdiction mise en place depuis le 1er juillet à Strasbourg dans tous les parcs et jardins publics de la ville. C’est aussi la poursuite d’une logique sans faille : elle fait suite à celle instaurée en France dans les lieux de travail et les lieux publics (centres commerciaux, aéroports, gares, hôpitaux et écoles) en février 2007, étendue en 2008 aux cafés, bars, restaurants, hôtels et discothèques.

Le Monde rappelle que la cigarette est déjà interdite dans les 500 aires de jeux des parcs parisiens depuis 2015. Quant à l’interdiction de la cigarette dans les parcs publics, elle est déjà en vigueur en Finlande, en Islande, au Royaume-Uni ou dans certaines villes des Etats-Unis. A Paris il s’agit de « lutter contre la banalisation de la cigarette chez les plus jeunes », de donner de « l’air frais » aux promeneurs et de lutter contre la pollution qu’entraînent les jets de mégots par terre.

Dès aujourd’hui il est interdit d’allumer une cigarette dans l’un des six parcs ou jardins choisis par la Ville de Paris pour être des espaces sans tabac : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Pas de verbalisation durant les quatre mois de l’expérimentation. Les agents des parcs et jardins rappelleront les fumeurs à l’ordre.

Ne plus jamais fumer dans le parc qui porte le nom de Georges Brassens aménagé à la place du marché aux chevaux de Vaugirard et de ses abattoirs. Entrons dans une salle obscure. Dans le commissariat le fumée de tabac sort du flanc droit du commissaire Buron. Qui nous dira pourquoi ?

A demain