Cancer : donner un peu moins de 500 euros pour le dépister ? Un étrange communiqué de l’AP-HP

Bonjour

Où l’on reparle d’une affaire jamais résolue : celle de la « méthode de filtrage du sang qui permet un dépistage précoce du cancer » ; une méthode mise au point Patrizia Paterlini-Bréchot professeure de biologie cellulaire et moléculaire et d’oncologie à l’université Paris Descartes ; directrice d’une équipe de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et « conseillère scientifique d’une entreprise qu’elle a fondée ».

Nous avons, sur ce blog, consacré plusieurs textes à cette affaire à bien des égards troublante. On la voit aujourd’hui réapparaître sous la forme, peu banale, d’un « communiqué de presse » sur le site de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « Détection du cancer : Le Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot nommée finaliste du Prix de l’inventeur Européen 2019 pour ses travaux ». Où l’on retrouve, sous une forme bien étrange, aux frontières du discours publicitaire, le discours tenu depuis des années :

« L’invention de Patrizia Paterlini-Bréchot permet aux médecins de détecter les cellules cancéreuses dans un échantillon de sang bien avant qu’une tumeur ne puisse être détectée grâce aux méthodes classiques d’imagerie médicale. Une détection qui intervient avant même que le patient ne développe des métastases, un stade de propagation où 90 % des patients perdent leur combat contre la maladie (…)

On estime à 18,1 millions le nombre de cancers diagnostiqués dans le monde en 2018 et à 9,6 millions le nombre de personnes ayant succombé à la maladie l’an dernier. Certains cancers sont particulièrement difficiles à diagnostiquer : le cancer du poumon, par exemple, n’est détecté à un stade précoce que dans 15 % des cas. Trouver une méthode efficace et non contraignante pour diagnostiquer les cancers le plus tôt possible permettrait de sauver des millions de vies chaque année. Cela a été l’objectif de toute la carrière de la chercheuse italienne (…) C’est en 2000 que l’inventrice a partagé les résultats de son nouveau procédé – nommé ISET® (Isolation by Size of Tumour cells) – dans des revues scientifiques, avant de déposer une demande pour le premier d’une longue série de brevets européens. »

Et encore ceci, toujours sur le site de l’AP-HP :

« La méthode de Patrizia Paterlini-Bréchot consiste à prélever, diluer puis déposer le sang dans une petite fiole en plastique contenant un filtre en polycarbonate ultrafin, qui va fonctionner comme un filtre à café. La fiole est ensuite déposée dans une sorte de centrifugeuse qui va générer une légère aspiration permettant au sang de passer à travers le filtre.

« Tandis que les cellules les plus petites vont passer à travers les pores du filtre, les cellules tumorales, s’il y en a, vont être retenues parce qu’elles sont plus grosses. Une manipulation qui peut être réalisée en seulement 15 minutes environ. Elle est si précise qu’elle peut détecter une seule CTC dans un échantillon de 10 millilitres de sang, soit parmi près de 50 milliards de cellules sanguines. Les oncologues peuvent ensuite étudier au microscope les cellules capturées par le filtre afin de déterminer s’il s’agit bien de cellules cancéreuses et ainsi effectuer d’autres analyses en conséquence. Les patients peuvent alors passer d’autres examens pour déterminer la teneur et la durée du traitement à recevoir, et cela bien avant l’apparition des métastases. »

Pour diffuser son invention, Patrizia Paterlini-Bréchot a fondé Rarecells Diagnostics en 2009. L’entreprise est une spin-off de l’université Paris-Descartes, de l’INSERM et de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et détient la licence exclusive des brevets du test ISET, qu’elle distribue et élabore. Le contrat de licence stipule que les redevances doivent revenir aux institutions publiques qui détiennent les brevets.

« Le marché mondial du dépistage des CTC était estimé à 8,2 milliards d’euros en 2017 et devrait atteindre 24,9 milliards en 2023. Patrizia Paterlini-Bréchot est une véritable pionnière sur ce marché, ajoute encore  l’AP-HP.  Son test ISET® est disponible en France depuis février 2017 pour un coût qui avoisine les 500 euros, pour l’instant pas encore couvert par l’assurance maladie (sic). » Où l’on retrouve l’impasse que nous évoquions il y a deux ans lorsque la Pr Patrizia Paterlini-Bréchot venait de publier « Tuer le cancer » (éditions Stock).

Efficace le test ISET® ? Comment savoir ? 1 Disponible partout en France ? Il y a deux ans il n’était pratiqué que sur un seul site : le Laboratoire Probio (9, rue Stanislas – 75006). Le prélèvement de sang n’yétait effectué que sur rendez-vous les mardis et jeudis entre 9h00 et 11h00. Aujourd’hui ce prélèvement n’est plus effectué que les jeudis. Le prix n’a pas changé. Seule étrange nouveauté : le « communiqué de presse » de l’AP-HP.

A demain

@jynau

1 En janvier 2017 l’Institut National du Cancer nous précisait  que la technique ISET® était soutenue par l’Institut National du Cancer (INCa) était soutenue à hauteur de 1,6 M€ sous la forme de quatre ‘’Appels à projets’’ – et que cette technique était « actuellement en cours d’évaluation ».

 

Justice : les médecines de la vigne ne seraient pas dangereuses pour les enfants des écoles

Bonjour

Cinq ans plus tard justice est dite. Et l’affaire apparaît aussi médiatiquement bruyante que, finalement, exemplaire. En mai 2014, des élèves d’une école primaire de Villeneuve-de-Blaye (Gironde) se plaignaient d’un cortège de symptômes : maux de tête et de gorge, picotement oculaires, nausées… Leur enseignante avait été hospitalisée et les enfants confinés dans l’école.

Hasard ou pas, ce jour-là, deux domaines viticoles voisins avaient traité leurs parcelles avec des fongicides. Y avait-il un lien ? Non, a répondu ce mardi 30 avril 2019 le tribunal correctionnel de Libourne, qui a relaxé les deux propriétés viticoles du Bordelais en appellation Côtes-de-Bourg : le Château Escalette (agriculture traditionnelle) et l’autre en agriculture biologique, le Château Castel La Rose.

« Les magistrats ont suivi les réquisitions du parquet qui, à l’audience du 20 mars, s’en était remis ‘’à la sagesse du tribunal’ mais avait estimé qu’’’aucun lien de causalité entre les malaises et les épandages’ n’a pu être établi » rapporte l’AFP.

En 2014 la Sepanso (Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) avait déposé une plainte contre X pour ‘’utilisation inappropriée de produits phytopharmaceutiques’’.L’émotion provoquée par cette affaire avait conduit à l’ouverture d’une enquête administrative de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt qui avait conclu qu’il n’était pas possible « d’attester formellement de la matérialité de l’infraction ». Le parquet de Libourne avait donc classé l’affaire sans suite en avril 2015.

La célèbre bouillie bordelaise

Mais les associations, ne lâchant rien,  avaient alors saisi la cour d’appel de Bordeaux – obtenant finalement le renvoi devant un tribunal. Et aux dires de France 3, la justice en venait à mettre en examen, en octobre 2016, les deux châteaux, poursuivis en tant que personnes morales. « Les moyens utilisés » lors du traitement des vignes « étaient manifestement insuffisants », avait alors estimé la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux pour motiver le renvoi en correctionnelle.

Le château en agriculture conventionnelle avait eu recours aux fongicides Eperon et Pepper, utilisés contre le mildiou et l’oïdium. Quant au Château Castel La Rose il avait eu recours à la célèbre « bouillie bordelaise », fongicide à base de cuivre et de chaux contre lequel les écologistes n’ont pas développé d’anticorps neutralisants.

« Dans cette affaire, les parties civiles reprochaient aux deux exploitations d’avoir procédé à des épandages ce jour-là dans des conditions inappropriées, les enfants pouvant être atteints en raison notamment des conditions de vent, rapporte encore l’AFP.  Pour MeFrançois Ruffié, avocat de l’association de défense de l’environnement Sepanso, ‘’ce qui définit l’infraction c’est l’utilisation de moyens appropriés pour éviter l’étalement du produit en dehors de la parcelle traitée’’. C’est donc sur ce point qu’il compte encore porter le fer et faire appel, estimant que ‘’cette décision est un très mauvais signal pour les excès de la viticulture’’, même s’il reconnaît ’qu’on ne peut pas faire de vin sans traiter la vigne’’.

Sans attendre que passe la justice la médiatisation de cette affaire cette affaire avait fait, rappelle Le Monde, que  l’Assemblée avait voté en juillet 2014 des mesures restreignant l’usage de pesticides près des « lieux sensibles », comme les écoles. Quant aux malaises des élèves et de leur maîtresse ils demeurent, cinq ans plus tard, dans les brouillards de l’étrange.

A demain

@jynau

 

EDF refuse de poser des filtres magnétiques chez ses clients médicalement «hypersensibles»

Bonjour

Qui comprendra quoi à cette décision de justice ? D’une part c’est une nouvelle défaite judiciaire pour les militants opposés à l’installation à leur domicile de compteurs électriques Linky.  Le juge des référés du tribunal de grande instance de Bordeaux a débouté, mardi 23 avril, 206 plaignants « anti-Linky ». Réunis pour certains en associations ils réclamaient l’arrêt du déploiement, ou le retrait, de ces « compteurs intelligents » – invoquant des raisons de santé, une atteinte au libre choix, à la vie privée, ou le manque de professionnalisme des poseurs. D’autre part la même justice entend les personnes « hypersensibles » dotées d’un certificat médical.

« De nombreux collectifs de citoyens ne veulent pas de ce nouvel appareil vert anis capable de fournir via Internet des données sur la consommation électrique des foyers qui en sont équipés, rappelle l’AFP. D’ici à 2021, 35 millions de compteurs communicants doivent obligatoirement être en service, selon un décret d’août 2010. »

« Treize certificats médicaux à l’appui »

Pour le juge bordelais il apparaît que les demandeurs « ne justifient pas de l’existence d’un trouble manifestement illicite, que ce soit par rapport au droit à la consommation ou au Règlement général sur la protection des données (RGPD) ». « Ils ne justifient pas davantage d’un dommage imminent, que ce soit par rapport à leur santé, à la sécurité des personnes et des biens ou à la qualité du travail demandé aux installateurs », ajoute-t-il, dans une décision à laquelle l’Agence France-Presse a eu accès.

Mais dans le même temps le juge des référés a considéré que treize des requérants qui avaient, certificats médicaux à l’appui, invoqué des symptômes (maux de tête, insomnies, notamment) à l’audience de mars, « justifient d’un trouble manifestement illicite par manquement d’un principe de précaution ». Pourquoi ? Parce la pose d’un compteur Linky s’est faite chez eux « sans la pose d’un filtre les protégeant des champs électromagnétiques ». Dans leurs cas, il a donc condamné Enedis à poser sous deux mois un « dispositif de filtre les protégeant » de ces champs. Enedis, filiale d’EDF, a « prévu de faire appel de cette décision ». Elle assure que « toutes les mesures réalisées par les organismes indépendants mettent en évidence des niveaux de champs électriques et magnétiques très largement inférieurs aux limites réglementaires ».

 Plus qu’une question financière il semble bien qu’il s’agisse ici d’une question de principe. Pourquoi poser un filtre dès lors que l’on refuse la relation de causalité ? Il serait, de ce point de vue, intéressant de pouvoir consulter les certificats médicaux qui ont conduit le juge de Bordeaux à cette cote rationnellement bien mal taillée.

A demain

@jynau

 

Science et conscience : on a fait revivre des cerveaux de porc quatre heures après leur mort

Bonjour

Nous sommes à la lisière dérangeante de l’étrange. C’est à découvrir aujourd’hui même dans Nature (Sara Reardon): «  Pig brain kept alive aoutside body for hours after death. Revival of disembodied organs raises slew of ethical and legal questions about the nature of death and consciousness. ».

 Le travail scientifique : « Restoration of brain circulation and cellular functions hours post-mortem ». Nature volume 568, pages336–343 (2019). Un travail dirigé par le Dr Nenad Sestan (Department of Neuroscience, Yale School of Medicine, New Haven, CT, USA)

Quelle traduction en faire chez l’homme ? s’interroge National Geographic (Michael Greshko) Et une prudence distante pour The New York Times (Gina Kolata) : « ‘Partly Alive’: Scientists ReviveCells in Brains From Dead PigsIn research that upends assumptions about brain death, researchers brought some cells back to life — or something like it ».

Où l’on comprend que nous voguons au frontières, s’il existe, d’un Styx des mammifères. Les dix-sept chercheurs ont utilisé trente-deux cerveaux prélevés sur des porcs morts depuis quatre heures. Puis, au moyen d’un système de « pompes » de marque « BrainEx », ils les ont perfusés durant six heures, à une température équivalente à celle du corps porcin de manière à oxygéner les tissus et les protéger de la dégradation liée à l’arrêt de la circulation sanguine qui caractérise, elle aussi, la mort.

Résultats : diminution de la destruction des cellules cérébrales, préservation des fonctions circulatoires voire restauration d’une activité neuronale synaptique . Les chercheurs insistent sur le fait qu’ils n’ont repéré dans les cerveaux étudiés « aucune activité électrique qui serait le signe de phénomènes de conscience ou de perception ». « Ce ne sont pas des cerveaux vivants, mais des cerveaux dont les cellules sont actives », assure le Dr Nenad Sestan. Certes. Pour autant on perçoit la somme des questions soulevées et des perspectives ouvertes.

A quand des travaux sur des cerveaux humains ?

Le Dr Sestan estime d’ailleurs que ces travaux montrent « qu’on a sous-estimé la capacité de restauration cellulaire du cerveau ». Et comment ne pas voir que ces résultats laissent penser que la détérioration des neurones après l’arrêt du flux sanguin pourrait être un processus d’une durée nettement plus longue que l’on pouvait jusqu’ici le supposer.

« Les défis immédiats posés par ces résultats sont avant tout éthiques », souligne, de l’autre côté de l’Atlantique, le Pr David Menon (Université de Cambridge). « Cela remet en question notre conception de ce qui fait qu’un animal ou un homme est vivant », estiment trois spécialistes américains dans un commentaire joint à l’étude publiée par Nature : « Part-revived pig brains raise slew of ethical quandaries. Researchers need guidance on animal use and the many issues opened up by a new study on whole-brain restoration, argue Nita A. Farahany, Henry T. Greely and Charles M. Giattino.

« Cette étude a utilisé des cerveaux de porcs qui n’avaient pas reçu d’oxygène, de glucose ou d’autres nutriments pendant quatre heures. Cela ouvre donc des possibilités qu’on pensait jusqu’alors inenvisageables » observent-ils. L’étude pourrait, selon eux, remettre en question deux principes :

« Premièrement, le fait que l’activité neuronale et la conscience subissent un coup d’arrêt définitif après quelques secondes ou quelques minutes d’interruption du flux sanguin dans le cerveau des mammifères. Deuxièmement, le fait que, à moins qu’on restaure rapidement la circulation sanguine, un processus irréversible s’enclenche, menant à la mort des cellules puis de l’organe ».

Ils réclament l’établissement de « directives sur les questions scientifiques et éthiques soulevées par ces travaux ». Dans un autre commentaire publié par Nature, deux spécialistes américains de bioéthique, psychiatrie et philosophie font valoir qu’un développement de la technique « BrainEx » pourrait, à terme, nuire aux dons d’organes. Pour une greffe, les organes sont essentiellement prélevés sur des donneurs en état de mort cérébrale. Si l’on se met à considérer que cet état peut être réversible, comment se résoudre au prélèvement d’organes ?

On pourrait aussi, risquer une autre question : des travaux équivalent sont-ils prévus à partir de cerveaux humains ? Ou plus précisément ont-ils, déjà, été effectués ? A quand leur publication dans une revue spécialisée ?

A demain

@jynau

Pesticides, ondes, Wi-Fi et cancers pédiatriques : en direct de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique)

Bonjour

Le rationnel peut-il éclairer l’étrange, l’épidémiologie le comprendre ? On se souvient au « signalement d’un particulier » neuf cas de cancers pédiatriques (diagnostiqués avant 17 ans) ont été répertoriés sur les douze cancers signalés sur le secteur de Sainte-Pazanne (communes de Sainte-Pazanne, Saint-Mars de Coutais, Sainte-Hilaire-de-Chaléons et Rouans). Sur ces neuf cancers pédiatriques, six sont des cancers du sang. Pourquoi un tel « cluster » (groupement) ? Après celle des « bébés nés sans bras » l’affaire intrigue, inquiète, fait polémique, met directement en cause Santé publique France et ses experts.

Le 4 avril dernier une réunion publique a été organisée par l’ARS Pays de la Loire et Santé publique France. Près de 800 personnes ont répondu à l’appel du Collectif « Stop aux cancers de nos enfants » et à la Mairie de Sainte-Pazanne :

« Cas de cancers pédiatriques à Ste Pazanne (44) L’ARS Pays de la Loire et Santé publique France mobilisés pour apporter des réponses aux familles ».  Résumé officiel :

« Cet échange avec les familles et leurs proches a permis de répondre à leurs questions et inquiétudes et de leur présenter le projet d’enquête épidémiologique qui sera mise en place dans les plus brefs délais.

Bien que 90% des leucémies infantiles aiguës soient aujourd’hui sans cause connue et que les facteurs de risque liés aux cancers puissent être multiples, l’ARS a saisi Santé publique France pour poursuivre les investigations. L’étude qui sera mise en place par SpF a pour objectif de rechercher d’éventuelles expositions communes. Elle s’appuie sur un protocole standardisé consistant à : vérifier qu’il s’agit bien de cas qui répondent à la même définition clinique ; définir le périmètre géographique et temporel des cas étudiés ; évaluer s’il y a un réel excès de cas de cancers observés dans la zone étudiée par rapport à celui habituellement attendu dans cette même zone ; faire la synthèse de la littérature sur les expositions à risque à rechercher ; mener une enquête auprès de chacune des familles concernées pour documenter les expositions à risque, notamment environnementales. »

Téléphones portables, pesticides, Wi-Fi …

Cette « première étape »  a été menée avec l’ensemble des partenaires au niveau local (CHU de Nantes, registre général des tumeurs de Loire-Atlantique et Vendée) et national (registre national des cancers de l’enfant). Elle  devra permettre « d’identifier des hypothèses afin d’orienter des investigations complémentaires ». Les premières conclusions seront rendues à l’automne 2019 avec « une restitution aux familles concernées dans un premier temps ». Enfin une réunion d’information va être prochainement organisée par l’ARS auprès des professionnels de santé du secteur de Sainte-Pazanne.

Souhaitable, cet échange a-t-il vraiment permis de répondre « aux questions et inquiétudes » des familles et de leurs proches ? On peut raisonnablement en douter au vu de ce qu’en ont rapporté les médias présents.

« Jeudi 4 avril, un millier de personnes – réparties dans trois salles municipales, équipées de moyens de retransmission, de cette ville de 6 500 habitants – se sont retrouvées, durant trois heures, à la réunion publique organisée à la demande du collectif Stop aux cancers de nos enfants,  indique pour sa part Le Monde (Patricia Jolly).  D’abord prévu début mai, ce rendez-vous a été avancé à la demande du collectif (…) Depuis le 1er avril, trois autres jeunes, tombés malades au cours de la même période, se sont fait connaître. Téléphones portables, antennes d’opérateurs téléphoniques, Wi-Fi, lignes à haute tension, utilisation des pesticides, tensions de la vie quotidienne, augmentation de la population de la commune… Dans l’assistance, on a beaucoup supputé sur les causes possibles des cancers diagnostiqués dans la zone. »

En avril 2017, le signalement à l’ARS de six cas de cancers pédiatriques – dont quatre de leucémies aiguës – avait provoqué le déclenchement d’une première enquête. L’agence avait alors listé « quatre pistes » – la pollution des sols aux hydrocarbures, la pollution de l’air au benzène, l’utilisation de pesticides et la présence de radon, un gaz radioactif naturel très présent dans les sols de la région. Mais sans parvenir à dégager de « cause prédominante ».

« Il est possible qu’il n’y ait aucun risque et il est possible qu’il y en ait un, a reconnu le Dr Thierry Le Guen de l’ARS des Pays de la Loire. Aujourd’hui, je ne sais pas répondre à cette question. » « Maintenant que je vous ai écouté, en tant que maman, qu’est-ce que je fais ? », l’a interrogé une femme désireuse de voir appliquer des « principes de précaution » parallèlement à la future étude épidémiologique.  « Il ne faut pas céder à la panique, nous ne sommes pas face à une épidémie », a répondu le Dr Le Guen. En est-il bien certain ?

Tout était dit. Il reste à attendre.

A demain

@jynau

 

Casse-tête du Levothyrox® : finalement les patients auraient-ils, scientifiquement, raison ?

Bonjour

Serait-ce si simple ? Simple comme un titre d’article de journal. 4 avril 2019, manchette du Monde : « Levothyrox : une étude donne raison aux patients. Selon ces travaux franco-britanniques, les deux versions du traitement commercialisé par Merck auprès des malades de la thyroïde ne sont pas substituables pour chaque individu. » (Pascale Santi et Stéphane Foucart).

« Ni hystérie collective, ni complotisme des patients, ni « effet nocebo » géant. Deux ans après les premiers signalements d’effets indésirables attribués à la nouvelle formule du Levothyrox, des travaux franco-britanniques, publiés jeudi 4 avril dans la revue Clinical Pharmacokinetics, objectivent pour la première fois les plaintes déclarées par plusieurs dizaines de milliers de malades de la thyroïde. »

On lira ici la publication citée : « Levothyrox® New and Old Formulations: Are they Switchable for Millions of Patients ? ». Didier Concordet, Peggy Gandia, Jean-Louis Montastruc, Alain Bousquet-Mélou, Peter Lees, Aude Ferran et Pierre-Louis Toutain (CHU et Université de Toulouse, Royal Veterinary CollegeUniversity of London).

« Ces auteurs indiquent que les deux formulations du médicament commercialisé par Merck ne sont pas substituables pour chaque individu : près de 60 % des patients pourraient ne pas réagir de la même manière aux deux versions du médicament, résume Le Monde. Ces résultats seront difficilement réfutables par le laboratoire et les autorités de santé, puisqu’ils sont fondés sur une réanalyse des données fournies par le laboratoire lui-même à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Au passage, la crédibilité de l’agence en sort écornée : en creux, les travaux (…) montrent que l’ANSM n’a pas procédé à une analyse indépendante des données fournies par Merck à l’appui du changement de formule : elle s’est entièrement reposée sur l’interprétation qu’en a faite la firme. Sollicitée, l’agence n’était pas en mesure de réagir jeudi matin. »

L’ANSM réagira-t-elle ? Pourquoi les auteurs de Clinical Pharmacokinetics se sont-ils lancé dans cette vaste entreprise ? Où est la vérité vraie ? Ces résultats impacteront-ils les affaires judiciaires en cours ?

Une épigraphe inventée par Poe

Pour l’heure la lecture du Monde se révèle d’une particulière complexité pour qui n’est pas un spécialiste affûté des questions pointues de pharmacologie et de biodiversité. Où l’on parle (notamment) de « bioéquivalence moyenne » de « concentration d’hormone thyroïdienne ciblée (dite L-T4) », d’ « intervalle de de confiance de la réponse moyenne des sujets traités », de « bande de bioéquivalence »….

« Alors ? L’histoire est un peu celle de La Lettre volée d’Edgar Poe, simplifie Le Monde pour ses ses lecteurs. La solution du problème était sous les yeux, apparemment trop évidente pour être découverte. » On lira dans le quotidien vespéral les chiffres, les postulats, les accusations et les conclusions. Une machinerie hautement sophistiquée et des trébuchets bien délicats à manier. Pour, finalement ,des interrogations qui ne semblent pas pleinement en phase avec la manchette.

Conclure ? Il faut ici se pencher sur l’épigraphe de La Lettre volée (traduction de Charles Baudelaire) : « Nil sapientiae odiosius acumine nimio » ( « Rien en fait de sagesse n’est plus détestable que d’excessives subtilités »). Elle est attribué par Poe à Sénèque. Or elle ne figure pas dans l’œuvre répertoriée de ce dernier. Voilà qui est pleinement en phase avec cette étrange affaire moderne, à la lisière de l’impalpable, qu’est celle du Levothyrox®.

A demain

@jynau

 

Que faire face au cluster de cancers pédiatriques de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique) ?

Bonjour

Face à l’étrange, désormais et en urgence, la transparence officielle. L’Agence Régionale de Santé (ARS) des Pays de la Loire a fait savoir, le 29 mars 2019, qu’elle saisissait Santé publique France :

« L’ARS Pays de la Loire a reçu le 25 février 2019 un signalement de la part d’un particulier, concernant trois cas de cancers pédiatriques, dont deux leucémies aiguës, sur le secteur de Sainte-Pazanne (44). Un premier signalement en avril 2017 de six cas de cancers pédiatriques, dont quatre cas de leucémies aiguës, avait fait l’objet d’une investigation. Ces travaux ont conclu à un excès de cas de leucémies sur deux ans parmi les enfants de moins de 15 ans, par rapport aux données observées au cours des années précédentes sur ce même secteur. L’analyse des facteurs de risque environnementaux n’a pas montré de cause prédominante.

Bien que 90% des leucémies infantiles aiguës soient aujourd’hui sans cause connue et que les facteurs de risque liés aux cancers puissent être multiples, l’ARS a décidé de poursuivre les investigations. Elle a saisi Santé publique France pour mener l’enquête épidémiologique dont les premières conclusions seront rendues à l’automne 2019. »

Mieux former les généralistes

Aussitôt Santé publique France a indiqué  que des équipes d’épidémiologistes allaient « immédiatement débuter les investigations et études nécessaires » et que ces travaux « seront rendus publics ». Faire la lumière, donc, sur neuf cas de cancers pédiatriques, dont trois mortels, survenus à Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique) depuis 2015.

« Cette saisine par l’ARS Pays de la Loire fait suite à la demande de familles de cette commune de 6 500 habitants, inquiètes de constater l’apparition depuis décembre 2015 de cas de cancers sur des enfants et adolescents de 3 à 19 ans, causant le décès de trois d’entre eux, précise l’AFP. « A notre connaissance, au moins neuf cas de cancers pédiatriques sont avérés sur le secteur de Sainte-Pazanne », a déclaré le collectif « Stop aux cancers de nos enfants », qui ne s’avance pas sur les éventuelles causes du phénomène. »

Pourquoi ? Certains évoquent, dans le secteur, une forte concentration de radon, gaz radioactif d’origine naturelle. Pour le maire, Bernard Morrilleau, il est encore trop tôt pour établir des conclusions. Il préconise de « faire des analyses approfondies pour essayer de comprendre ». Le collectif demande que les médecins généralistes soient mieux formés pour diagnostiquer le plus tôt possible les cancers des enfants.

L’ARS et Santé publique France, en lien avec la mairie  organiseront une réunion publique et un « point presse », jeudi 4 avril 2019 à 19h30, à Sainte-Pazanne (Salle Escale). »

A demain

@jynau