Métamorphoses médicales : de Bernard Debré à Gérald Kierzek

Bonjour

Le corps médical français est formidable. Prenons le cas du Dr Gérald Kierzek, médecin et fonctionnaire. Cet urgentiste était hier sur le plateau de Canal +. Non pas pour défendre « son bout de gras » (il est l’auteur d’un petit livre grand public à visé préventive). Simplement pour défendre la cause des internes (qui travaillent trop) les médecins libéraux (sui seront en grève à Noël), l’ensemble des hospitaliers (qui débraieront à la rentrée) et plus généralement « toutes les blouses blanches » (infirmières comprises).

Chevalier

C’est ainsi. Par la magie des médias, radiophoniques et télévisés (1), le Dr Kierzek est devenu le chevalier autoproclamé  du corps médical français. Le voici qui prend, sous nos yeux, la place hier encore occupée à par son confrère Patrick Pelloux, vieux  collaborateur de Charlie Hebdo et jeune chevalier de la Légion d’honneur. Ou avant-hier par Bernard Debré dans les colonnes du Figaro-Magazine. Nous étions au début des années 1980 la gauche venait de prendre le pouvoir et ce petit-fils d’un grand mandarin éclairé – futur ministre de la Coopération (1994-1995) de François Mitterrand – manifestait déjà contre la soviétisation de la médecine française. C’était boulevard du Montparnasse à Paris et dans les colonnes du Figaro-Magazine, un journal alors extrême.

Moscou

Jack Ralite, militant communiste éclairé, était alors ministre de la Santé dans le gouvernement Mauroy. On inaugurait le nouvel hôpital Bichat. Le virus du sida était dans les congélateurs de Pasteur. Le mur de Berlin n’allait pas tarder à tomber. Le Comité national d’éthique était porté sur les fonds baptismaux par le Pr Jean Bernard. La télévision serait bientôt privatisée.

C’était il y a trente ans. Aujourd’hui, sur Canal +, le Dr Kierzek, 40 ans. Il repart au combat contre l’Etat tentaculaire, la liberté d’installation menacée, le malaise généralisé du corps médical, les lourdes menaces qui pèse sur ces malades qui s’ignorent. Mais il le fait de manière désidéologisée. La où, depuis Cochin,  Bernard Debré voyait l’œil de Moscou l’urgentiste Kierzek, depuis les cloches de l’Hôtel-Dieu, ne voit rien.

Hippocrate

Rien sinon une volonté aveugle de faire mal à la médecine et à ceux qui, désintéressés, ne veulent que le bien des souffrants qui s’adressent à eux. C’est, paradoxalement, un monde en noir et blanc. Avec une future « loi Touraine » qui n’est qu’une « auberge espagnole.

Tout ceci est très utile. On comprend mieux, à  l’écoute de Canal +,  pourquoi le Dr Kierzek n’a guère goûté (sur Paris Match et Europe 1) le film Hippocrate.  Cet urgentiste pressé ne veut voir l’hôpital en particulier (et la médecine en général) que sur un écran, en deux dimensions. Il est comme allergique à la profondeur, à la dialectique, à la perspective historique. La rançon de l’urgence, en somme.

A demain

(1) On peut voir ici ce qu’il en est de sa « carrière médiatique »  Sans oublier son étonnant blog du Monde :« Urgences (dans la) Santé ». Ou encore son portrait dans Libération