Accusée par France Inter, Ségolène Royal dénonce un «journaliste-investigateur-délateur »

Bonjour

Société du spectacle au carré. Ce sont quelques minutes exemplaires à ré-entendre sur France Inter : « L’ancienne ministre et ambassadrice des pôles Ségolène Royal est l’invitée de Léa Salamé à 7H50. Elle a souhaité répondre, point par point, à l’enquête publiée vendredi par la cellule investigation de Radio France.  »

Tout est dit dans le pitch : une journaliste montante de la radio publique (Léa Salamé) a choisi d’inviter sur nos ondes citoyennes une ancienne ministre (Ségolène Royal) qui a accepté de venir répondre aux accusations dont elle fait l’objet  – accusations formulées au terme d’une enquête menée par un journaliste d’investigation de cette même radio 1. Tout est résumé dans l’affrontement de ces deux femmes, le croisement de deux notoriétés inégales, le « quatrième pouvoir » s’attaquant aux trois premiers. Un combat qui caractérise notre époque et dont on peut redouter, sinon les suites, du moins l’issue finale.

Voici comment France Inter résume son affaire :

« L’ancienne ministre de l’Écologie Ségolène Royal a choisi de venir répondre, point par point, aux éléments de l’enquête publiée vendredi par la « Cellule investigation de Radio France » sur ses activités en tant qu’ambassadrice des pôles. « J’ai été surprise d’être mise en cause de façon diffamatoire et très violente sur Radio France« , déclare-t-elle. 

Elle n’a pas répondu aux questions qui lui étaient posées avant la publication de l’enquête, car, selon elle, « ces questions étaient déjà diffamatoires en tant que telles, elles s’appuyaient sur une information de ce journaliste investigateur délateur qui faisait état de témoignages ou de documents en sa possession. J’ai écrit à la présidence de Radio France pour avoir connaissance de ces éléments d’information », explique-t-elle. 

✔@franceinter .@RoyalSegolene : « Je n’ai pas répondu aux questions qui m’étaient posées car elles étaient déjà diffamatoires en tant que telles et s’appuyaient sur les informations d’un journaliste investigateur délateur. » #le79Inter

.@RoyalSegolene : « Je ne touche pas d’enveloppe de 100 000 euros. Aucun fonctionnaire ne touche une enveloppe. Comme pour tout service administratif, il y a une limite, utilisée déplacement par déplacement, remboursée. » #le79Inter

.@RoyalSegolene : « Mes collaborateurs travaillent 35h au service de la mission qui m’est confiée au service des pôles. Sur leur temps libre il leur arrive de m’accompagner au long cours. » #le79Inter

.@RoyalSegolene : « Vous sous-entendez que Ségolène Royal a une responsabilité mais qu’elle ne va pas aux réunions Arctique. Cette affirmation est fausse. Je ne vais pas aux réunions où la France n’a pas la parole. » #le79Inter

Jamais les tweets ne résumeront la complexité d’un tel sujet. Il faut réécouter l’émission. Elle nous dit beaucoup des temps démocratiques que nous traversons, aux confins du journalisme, de la justice et de l’exécutif.

NB: France Inter a conforté son avance à la rentrée, tandis qu’Europe 1 s’est stabilisée après des années de chute : ce sont les principaux enseignements des audiences de septembre-octobre publiées mercredi 20 novembre par Médiamétrie. France Inter reste leader (11,7 % d’audience cumulée, + 0,2 point sur un an) devant RTL (11,4 %, – 0,4 point sur un an, mais avec une part d’audience en progression).

A demain @jynau

1 L’enquête de Sylvain Tronchet (35 minutes) : « Ségolène Royal : enquête sur les activités de l’ambassadrice des pôles »

Saint-Glinglin et tiers payant : le président de la République aimerait décrisper les médecins

Bonjour

On l’attendait, on l’a entendu. Après avoir dit non au suicide médicalement assisté François Hollande a cherché, lundi 5 janvier 2015 sur France Inter, à  rassurer le corps médical libéral – des médecins, généralistes ou spécialistes,  appelés par leurs syndicats à de nouvelles formes de grève-guérilla.

Une montée présidentielle au créneau où certains discerneront une forme de soutien à l’action de la ministre de la Santé – et d’autres une menace voilée à l’endroit d’une ministre crispante. Pour l’heure Manuel Valls se tait.

Etre capable

« Marisol Touraine n’a de cesse de répéter, en vain, qu’elle entend les inquiétudes des médecins et veut y répondre, rappelle l’AFP (Anne-Sophie Labadie). Le chef de l’Etat est monté au créneau pour tenter de désamorcer les crispations. « Je comprends les médecins qui disent qu’il ne faut pas que ce soit compliqué », ils ont « parfaitement raison », a-t-il déclaré sur France Inter. « Il ne faut pas qu’on soit remboursé à la Saint-Glinglin ». Et de promettre: « Il faut qu’on puisse être capables d’être beaucoup plus simples, beaucoup plus efficaces », tout en défendant le dispositif. »

Saint-Glinglin ou pas il ne suffit pas au chef de l’Etat de parler pour être entendu. « M. Hollande n’a rien compris à la portée de notre mouvement », a aussitôt réagi (auprès de l’AFP) Eric Henry, président du syndicat des médecins libéraux. La grève n’est pas liée au problème technique que pose le tiers payant généralisé intégral mais à cette mesure même qui est un acte politique et qui va contraindre patients et médecins à rentrer dans le nouveau système de soins que le gouvernement veut nous imposer ». « Quand le président commence à sortir du bois et à se sentir obligé de servir de bouclier, c’est que la ministre de la Santé chancelle » a poursuivi le Dr Henry.

« Colonne vertébrale »

 Ce dirigeant syndical aujourd’hui très présent dans les médias exige une réécriture complète du texte de loi avant son examen au Parlement au printemps prochain. Or Marisol Touraine fait de la généralisation du tiers payant la « colonne vertébrale » d’un texte de loi qui ne porte pas encore son nom. Que resterait-il du texte sans cette architecture caractéristique des vertébrés supérieurs ?

Saint-Glinglin ou pas le projet d’étendre d’ici à 2017 le tiers payant à tous les assurés cristallise aussi la grogne du corps médical dans sa fraction allergique au salariat ; ses membres voient dans la possibilité d’être directement payés par l’assurance maladie et par les mutuelles,  une insupportable « mise sous tutelle administrative ».  Avec la sortie du Dr Henry la question contingente (la faisabilité technique et le coût du dispositif) n’est plus qu’un levier vers d’autres contestations, de fond – et nettement plus marquées à droite.

Mensonges

Saint-Glinglin ou pas Les dirigeants syndicats font ainsi feu de tout bois. Voici le temps venu de la guérilla.

Pendant que François Hollande parlait sur France Inter, Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France, s’exprimait violemment sur Europe 1. Extraits :

« Il n’est pas question de pénaliser les patients économiquement faibles. Il suffira de prendre une carte Vitale sur deux pour emboliser la Sécurité Sociale ! Bien évidemment [le projet est de bloquer la Sécu]. On veut nous coller le tiers payant généralisé, en disant que c’est facile. On a fait grève, la ministre nous a laissé faire grève, on ne pensait pas en arriver jusque-là ! La ministre nous a laissé faire grève, elle nous balade en disant qu’il y aura des réunions de travail. Il y en a depuis deux ans ! On n’avance pas !  La généralisation du tiers payant, c’est tout sauf gratuit ! La ministre ment ! (…) »

 Etouffée sous le papier

 « Le patient va trinquer quand il ne trouvera plus de médecin libéral et quand son médecin passera davantage de temps sur la gestion du tiers payant généralisé.  Il y a un vrai problème Marisol Touraine : on a rarement rencontré un tel cas de surdité, de dogmatisme. Ce n’est pas acceptable de balader les médecins qui ont fait grève entre le 23 et le 31 décembre, qui s’apprêtent à reprendre les feuilles de soin papier, à l’expliquer à leurs patients… Vous ne croyez pas qu’on a autre chose à faire ? »

« Si elle ne retire pas sa loi ? On va continuer jusqu’à ce que la Sécurité Sociale étouffe sous le papier ! »

 Combien de temps encore

 Question : Ne râlez-vous pas parce que la ministre a refusé d’augmenter la consultation de 2 euros ?

Réponse : « Pas du tout ! La FMF n’en a pas fait un problème ! Ce n’est pas avec 2 euros que la vie des médecins va changer ! Il nous faut les mêmes moyens que les médecins européens pour accueillir les patients ! Les européens travaillent avec 2,4 salariés par médecin, nous travaillons avec 0,3 salarié ! On veut encore nous charger avec de la paperasse ? C’est insupportable ! ».

Qui va supporter quoi ? Et pendant combien de temps ? C’est encore loin, la Saint-Glinglin ?

A demain