Microbiote : il nous faut désormais compter avec le charme discret, mais sans fin, de l’intestin 

Bonjour

Ce fut une thèse de médecine. Puis une anomalie éditoriale allemande. Puis un titre génial (en français). Puis un best-seller mondial. Puis une nouvelle édition augmentée. Et désormais, au rayon infini des déclinaisons, voici l’exposition.

Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019, la Cité des sciences et de l’industrie présente à Paris l’exposition Microbiote, d’après Le charme discret de l’intestin de Giulia et Jill Enders (Actes Sud, 2015) vendu à 1 200 000 exemplaires en quarante langues.

Cet incroyable succès de librairie est aussi le reflet d’une série d’avancées et de nouveaux regards sur le corps : l’accélération de l’exploration du  microbiote  cette galaxie de micro-organismes (bactériesmicrochampignonsprotistesvirus) vivant dans le  microbiome . Et, pour ce qui nous concerne, dans un tube digestif, un ventre, devenu soudain une « deuxième cerveau ». La dernière en date de nos révolutions coperniciennes. L’espoir, peut-être, d’une « nouvelle médecine ». La garantie d’un nouveau regard sur le corps.

En attendant le film

Comment mettre en exposition un bouleversement microscopique ? Giulia et Jill Enders ont relevé le défi au sein de la Cité des sciences et de l’industrie. « Exposition originale qui bénéficie d’une scénographie expressive, nous assure-t-on. Comme un voyage au cœur de notre corps, pour découvrir l’une de ses régions les plus secrètes, ce “second cerveau” est d’une importance capitale pour notre santé. 600 m2. » Explications à l’entrée de l’exposition :

« Chacun possède son propre microbiote, véritable marqueur personnel en constante évolution à l’instar des empreintes digitales. Il faut ainsi se faire à l’idée que le corps humain est non seulement constitué de chair, de sang, d’os et de muscles, mais aussi de tout un monde de bactéries, de virus et de champignons hébergé en quasi-totalité par l’intestin, véritable écosystème! Le système digestif est en effet doté de son propre système nerveux et interagit avec l’organisme au cours de la digestion. Coach du système immunitaire, il entretient donc des relations étroites et déterminantes avec le cerveau. »

Une exposition conçue en partenariat avec l’Inra, Heureka (Helsinki) et le Pavillon de la connaissance (Lisbonne), avec la participation de l’afa Crohn RCH et le soutien du Biocodex Microbiota Institute, de Danone Research et de la Fondation Roquette pour la santé.

Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019. En attendant le film.

A demain

@jynau

 

Grâce à l’IGAS, tout savoir sur la chirurgie française de l’obésité, ses succès, ses excès

Bonjour

Le Monde daté de demain nous en apprend beaucoup sur aujourd’hui (Pascale Santi). En révélant l’existence d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) daté de janvier dernier mais rendu public hier lors d’un colloque organisé au ministère des Solidarités et de la santé :  Rapport intitulé « Situation de la chirurgie de l’obésité » – Dr J.Emmanuelli, V.Maymil, P.Naves (IGAS), avec le concours de C-T.Thuong, interne en santé publique (Janvier 2018 – – N°2017-059R). Résumé du résumé :

« La chirurgie bariatrique est une intervention de dernier recours pour des personnes souffrant d’obésité sévère ou morbide. Cette résection d’une partie de l’estomac, voire de l’intestin, comporte des risques liés à l’acte opératoire lui-même, mais aussi à ses conséquences sur la fonction digestive et sur le psychisme des personnes opérées. Le nombre de ces interventions chirurgicales a triplé en 10 ans (60 000 en 2016). 


« L’essor de la chirurgie de l’obésité pose de sérieuses questions : non-respect des indications, lacunes significatives dans la préparation des personnes et dans le suivi post-opératoire. Outre la nécessité de reconnaître l’obésité comme une maladie chronique et de mieux évaluer l’efficacité clinique et médico-économique des prises en charge, la mission formule une trentaine de recommandations visant à mieux encadrer, contrôler et surveiller cette chirurgie.»

Pertinence, scalpel et stigmatisation

On peut aussi, comme l’IGAS, le dire autrement : « Il n’est pas acceptable que la chirurgie bariatrique soit aussi peu encadrée et suivie ». Ou encore : « l’essor que connaît cette chirurgie « n’est pas sans poser de sérieuses questions ». « Une part non négligeable des indications est excessive ou mal posée » et les pratiques « faiblement encadrées ».

On sait que l’obésité est là quand l’IMC dépasse 30 kg/m2. Qu’elle concernerait, en France, environ 7,6 millions de personnes (la moitié de la population étant en « surpoids »). « Paradoxe, si ces taux sont moindres que dans d’autres pays industrialisés, l’Hexagone ­figure parmi les pays qui opèrent le plus dans le monde » souligne le quotidien du même nom.

Pour le reste une efficacité établie, des conséquences non négligeable sur le psychisme, un suivi des patients trop souvent défaillant et la somme des griefs, des accusations et des recommandations qui caractérisent les rapports de l’IGAS tout en justifiant leur existence.  « La pertinence des soins est un enjeu qui me tient à cœur, particulièrement en ce qui concerne la chirurgie bariatrique chez les jeunes, a déclaré Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de de la santé du colloque. Il est essentiel de lutter contre les préjugés et les risques de stigmatisation qui entourent parfois les personnes souffrant d’obésité. »

Solidarités et santé ou pas, obésité ou non, quel ministre oserait soutenir que le pouvoir exécutif  ne doit, aujourd’hui, ni réduire les risques ni lutter contre les préjugés ?

A demain

La trop dérangeante autopromotion d’Abivax pour son médicament candidat contre la RCH

Bonjour

4 septembre 2018. C’est une impressionnante « information RTL » :

« Un espoir pour les 150.000 malades souffrant de rectocolite hémorragique (RCH) (…) Abivax, une société de biotechnologie innovante, a mis au point un traitement par voie orale. Elle annonce des résultats « impressionnants » de son essai clinique (phase 2) portant sur 30 patients répartis en Europe (…) Un essai très prometteur d’abord pour la simplicité du traitement : un seul comprimé à avaler au quotidien alors que ces malades doivent endurer, avec les médicaments existants, des injections deux fois par mois. À noter également : des effets très rapides au bout de seulement 8 semaines. »

 Pour en savoir plus les auditeurs de la « première radio de France » pourront aller sur le site de la société Abivax 1 : « Abivax annonce des résultats impressionnants de son essai clinique de Phase 2a avec ABX464 en traitement par voie orale de la rectocolite hémorragique ».

Il y apprendront que cette cette maladie grave et chronique touche plus de 2,7 millions de patients dans le monde ; que cet  essai clinique montre une « efficacité statistiquement significative basée sur des critères cliniques et endoscopiques » ; « une  amélioration du taux de rémission clinique de 3,2 fois supérieure et une cicatrisation de la muqueuse de 4,5 fois supérieure au placebo » ;  qu’une prise quotidienne de 50 mg d’ABX464 pendant deux mois « s’est avérée sûre et bien tolérée ».   Mais aussi qu’il s’agit ici d’un mécanisme d’action « first-in-class » « qui induit une expression amplifiée de miR124, un puissant microARN anti-inflammatoire naturel ».

Six pays et vingt-neuf malades

La firme précise qu’il s’agissait ici d’une étude de phase 2a randomisée, en double aveugle et contrôlée par placebo. Elle visait à évaluer l’innocuité et l’efficacité de 50 mg d’ABX464 administré quotidiennement par voie orale sur une période de deux mois chez des patients atteints de rectocolite hémorragique modérée à sévère réfractaires aux immunomodulateurs, aux anti-TNFα, au vedolizumab et / ou aux corticostéroïdes.

L’étude clinique a été menée dans quinze centres de six pays européens : France, Belgique, Allemagne, Autriche, Hongrie et Pologne. Vingt-neuf des trente-deux patients recrutés et randomisés ont terminé l’étude.  « Dans quatre pays, les patients ayant terminé l’étude avaient la possibilité de passer à une étude de suivi de 12 mois. Parmi eux vingt-deux ont été inclus dans cette étude de maintenance au long cours » indique la firme.

Nous sommes là, fort étrangement, bien en amont d’une communication scientifique habituelle. Pairs et spécialistes devront attendre. « Les données complètes de l’essai clinique seront présentées lors des prochaines conférences scientifiques internationales et soumises pour publication dans une grande revue scientifique médicale » précise Abivax qui développe par ailleurs, dans son communiqué, toutes les perspectives financières du marché potentiel à venir.

RTL :  « Il est encore beaucoup trop tôt pour parler de guérison. D’autres essais avec davantage de patients vont être menés avant la mise sur le marché, dans 5 à 10 ans, si tout va bien, de ce médicament aux vertus anti-inflammatoires très puissantes. Des essais concerneront également la maladie de Crohn et la polyarthrite rhumatoïde. »

A demain

1 Cette société se présente ainsi : « ABIVAX (Euronext Paris : FR0012333284 – ABVX), société de biotechnologie innovante ciblant le système immunitaire pour développer un traitement fonctionnel contre le VIH, contre les maladies inflammatoires et auto-immunes ainsi que certains cancers ».

Ulcères : avant l’hiver les rhumatisants français devront avoir oublié Artotec®, de Pfizer

Bonjour

Les Mad Men l’avaient baptisé Arcotec® :  anti-inflammatoire non stéroïdien – antiulcéreux de la famille des prostaglandines protégeant la muqueuse de l’estomac et du duodénum – utilisé dans le traitement symptomatique des affections rhumatismales chez les adultes qui présentent un risque d’ulcère gastrique ou duodénal. Une hérésie thérapeutique , selon la HAS, déjà vieille de quatre ans.

Artotec® 50 : comprimé gastrorésistant (blanc) ; boîte de 30 Sur ordonnance. Remboursable à 15 % – Prix : 7,73 €. Artotec®  75 : comprimé gastrorésistant ; boîte de 20. Remboursable à 15 % – Prix : 5,87 €.

A dire vrai, pour comprendre, il faut remonter plus loin, jusqu’au Cytotec®  (misoprostol). Ce médicament de la multinationale américaine Pfizer avait, en France, obtenu son AMM en 1986. Indication officielle : traitement de l’ulcère gastrique ou duodénal évolutif, lésions gastro-duodénales induites par les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou (à titre préventif) lésions gastriques et duodénales et complications graves induites par les AINS.

Or tous les spécialistes savaient que ce même médicament était depuis toujours (ou presque) utilisé en obstétrique pour déclencher l’accouchement à partir de 37 semaines d’aménorrhée. Fin 2017 l’ANSM assurait pour sa part « avoir  pris connaissance d’un usage hors AMM » en mars 2013 – comme nous l’avions rapporté sur ce blog (« L’affaire Cytotec reste à écrire »)-. Des alertes avaient été lancées. Un médicament détourné de son usage au vu et au sus de tous. Que croyez-vous qu’il arriva ? Rien.

Situation « propre à la France »

Le 20 octobre 2017  l’ANSM présenta un « Plan d’action visant à garantir la continuité de l’accès aux traitements en prévision de l’arrêt de commercialisation du Cytotec ». Et Pfizer annonçait  son intention de retirer le Cytotec du marché français, un retrait qui devait intervenir le 1er mars 2018.

Et puis, aujourd’hui, cette nouvelle nouveauté : à la demande de l’ANSM, Artotec® ne sera plus commercialisé à compter du 1er octobre 2018. Résumé officiel : « en mars dernier la multinationale pharmaceutique Pfizer a pris la décision (sic) de cesser la commercialisation du médicament Cytotec®  (misoprostol) en France. Ce médicament, destiné à l’usage gastroentérologique, était majoritairement utilisé hors AMM dans plusieurs indications de gynécologie-obstétrique. »

A la suite à cet arrêt de commercialisation, l’ANSM avait tout mis en œuvre pour assurer la continuité d’accès aux traitements des patientes dans les indications en gynécologie-obstétrique ». En clair : d’autres spécialités à base de misoprostol, autorisées dans les IVG médicamenteuses (AMM) et les fausses couches précoces (RTU), sont désormais disponibles dans les conditions d’utilisation et de prise en charge « définies par le Ministère chargé de la santé ».

Pour autant, et « dans le prolongement de ces actions »  l’ANSM a demandé au géant Pfizer de cesser la commercialisation des spécialités Artotec®. Exposé des motifs par les doctes de l’ANSM :

« Il existe en effet un risque identique au Cytotec® d’usage hors AMM en gynécologie-obstétrique, du fait de la présence de misoprostol, risque d’autant plus élevé que le Cytotec® a été retiré du marché (sic). Or, la présence de diclofénac peut avoir des conséquences délétères potentiellement graves chez ces patientes, notamment un risque hémorragique. Par ailleurs, de nombreuses alternatives thérapeutiques sont actuellement disponibles, notamment des médicaments contenant du diclofénac seul qui peuvent être associés à des médicaments antiulcéreux. »

Comprendra qui pourra. Et qui pourra appréciera la suite : «  Dans ce contexte, le laboratoire Pfizer, sur demande de l’ANSM, a pris en compte cette situation particulière, propre à la France [sic], et a décidé de cesser la commercialisation des spécialités Artotec® à partir du 1er octobre 2018 ».

A demain

Hémorroïdes : soudain, quarante-quatre ans après, le Proctolog® est retiré du marché

Bonjour

C’est une page entière de la pharmacopée qui se tourne. La fin d’une époque où le nom commercial d’une spécialité pharmaceutique pouvait ressembler à une spécialité médicale. Sans choquer personne. Le Proctolog® (trimébutine/ruscogénines) vient d’être retiré du marché français. Et à toutes fins utiles l’ANSM demande à tous les médecins de ne plus jamais prescrire les suppositoires et la crème rectale Proctolog® de la multinationale américaine Pfizer.

Le médicament, commercialisé depuis 1973, était indiqué dans le traitement symptomatique des manifestations douloureuses et prurigineuses anales, des syndromes fissuraires, en particulier de la crise hémorroïdaire, rappelle le site Medscape.  En 1973 Michel Poniatowski était ministre de la Santé et Georges Pompidou président de la République. Le Proctolog® n’était plus remboursé depuis fin 2011 – et ce pour cause de « service médical rendu insuffisant ». Aussi le prix de vente était-il libre dans toutes les pharmacies d’officine.

Antispasmodique symptomatique

La décision de retirer ce médicament du marché intervient dans le cadre du programme de révision du rapport bénéfice/risque des Autorisations de Mises sur le Marché antérieures à 2005 de l’ANSM.

Proctolog® ? « Ce médicament d’usage local contient des substances antispasmodiques et vasculoprotectrices, explique encore le site eurekasante.vidal.fr.  Il est utilisé dans le traitement symptomatique des douleurs, des sensations de brûlures et des démangeaisons de l’anus, en particulier dues aux hémorroïdes. »

L’ANSM considère désormais que la situation qui prévalait depuis quarante-quatre ans n’est plus acceptable. « « En l’absence de données d’efficacité de cette association […] et au regard des risques immuno-allergiques, à type de dermite de contact, urticaire, eczéma, réaction œdémateuse voire choc anaphylactique, le rapport bénéfice/risque de ces spécialités est considéré comme négatif » indiquent les laboratoires Pfizer dans une lettre aux professionnels de santé.

Proctolog® définitivement retiré du marché donc, après une série d’incidents et d’accidents dont nul n’avait parlé. Et nul ne dit par quoi le remplacer.

A demain

 

Après le triomphe du «deuxième cerveau», les éditeurs vont-ils exploiter notre peau ?

 

Bonjour

Aujourd’hui, au courrier, un carton d’invitation. Nous sommes conviés, un jour prochain (gardons le secret) dans un restaurant de la bien charmante rue du Cherche-Midi, à deux pas de la tanière de l’ogre-géant Depardieu. Qu’est-ce qu’un ogre-géant, sinon un corps qui se distend, qui augmente le volume de ses intestins et la surface de sa peau ? Depardieu est-il un ogre ou un géant ? La Barbe bleue ou le Gargantua ? Gentil ou méchant ? Les deux ?

Le facteur. « Veuillez trouver ci-dessous une invitation à un déjeuner presse pour la sortie du livre « Dans ma peau, une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » (Editions Solar). L’auteur, le Dr Yaël Alder sera parmi nous, un traducteur l’accompagnera. »

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » ? Voici le texte qui incitera (ou pas) à acheter :

« Elle nous entoure de toutes parts, mesure près de deux mètres carrés et enveloppe tout ce que nous portons en nous. La peau est notre lien avec le monde extérieur. Notre antenne. Elle peut émettre et recevoir. Elle nourrit nos sens. Elle est objet de désir, elle est notre zone frontière, le fascinant réceptacle de toute notre vie, et en même temps une gigantesque terre d’accueil pour les bactéries, les champignons, les virus et les parasites.

Pourtant, peu d’entre nous savent vraiment ce qu’est cet organe, comment il fonctionne et surtout quelles missions vitales il accomplit pour nous. Dans cet ouvrage, Yael Adler, dermatalogue, [on peut la voir ici] choisit de parler de la peau en faisant tomber tous les tabous qui lui sont associés. Celui de la nudité très souvent ? organes génitaux visibles ou sentiments de honte invisibles ?, mais aussi ceux des odeurs, un peu fortes ou carrément nauséabondes, des petits défauts, creux, bosses et taches, ou encore des sécrétions. Bref, bien des choses dont nous n’aimons pas parler ou que nous trouvons écoeurantes viennent de la peau : pellicules, cérumen, boutons, sébum, sueur, etc. Autre tabou : les maladies vénériennes, surtout quand il s’agit de savoir où on les a attrapées.

Pour elle, tout cela n’a rien de répugnant, bien au contraire. Elle pense et analyse avec ses sens : elle observe, gratte, presse et sent. Car la nature, la consistance et l’odeur d’une affection cutanée sont autant d’indices qui aident à démasquer le coupable.

La peau est un organe fascinant, le plus vaste du corps humain. Une pure merveille ! Aussi divertissant qu’instructif, cet ouvrage nous explique ce qu’il faut savoir sur cet organe essentiel qui nous relie au monde, aux autres et à nous-mêmes. »

Bourgeoisie discrète

L’éditeur nous dit encore que ce livre est, en Allemagne, un best-seller (100 000 exemplaires vendus). « Après l’intestin, la peau est le nouvel organe qui fascine grand public et professionnels » ajoute-t-il. Où l’on voit que les maisons d’éditions peuvent se marquer à la culotte, le phare dans ce domaine étant le succès historique, prodigieux (et qui perdure) d’Actes Sud avec son inimitable « Charme discret de l’intestin ». Un titre comme en rêvent tous les éditeurs et nombre d’auteurs ; un titre que nous imaginions (à tort nous assure l’éditeur) décalqué du non moins célèbre film de Luis Buñuel (et Jean-Claude Carrière).

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air », donc. Est-ce un bon titre ? Consulté nous aurions penché pour Paul Valéry et sa célèbre formule superficiellement profonde : « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau ».  On l’effleure dans « L’Idée fixe ou Deux hommes à la mer » (1933) lors d’un dialogue improvisé sur une plage entre un apprenti philosophe et un médecin assez désabusé. L’ouvrage est dédié au célèbre Pr Henri Mondor, et à tous les amis que compte Valéry dans le corps médical.

« (…) Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau, — en tant qu’il se connaît. Mais ce qu’il y a de… vraiment profond dans l’homme, en tant qu’il s’ignore… c’est le foie (…). »

Tout est là, y compris de bons titres. On attend l’éditeur qui nous débitera de l’hépatique. Irons-nous rue du Cherche-Midi. Grignote-t-on calmement à l’ombre d’un géant ?

A demain

PS. Plusieurs lecteurs lettrés (mais trop timides pour se dévoiler) nous signalent l’heureux rapprochement qui eût résulté d’une référence au psychanalyste-psychologue Didier Anzieu et à son célèbre Moi-Peau. C’est ainsi: Paul Valéry tire encore trop souvent la couverture à lui. Que ces lettrés soient, ici, chaudement remerciés.