Parti Socialiste français : la moitié de l’emblème de son génome vient d’être décrypté

Bonjour

Qui dira que la fatalité n’existe pas ? Nous sommes le 1er mai 2018, jour sacré du muguet –  et nous venons d’apprendre qu’un consortium international de scientifiques-généticiens (dont de nombreux français) vient de décrypter le génome de la rose et des rosiers 1.

« Célébrée depuis l’Antiquité par de nombreux artistes, appréciée pour son parfum et la beauté de sa fleur, la rose est aujourd’hui la fleur coupée la plus achetée en France tandis que le rosier est une plante ornementale incontournable de nos jardins et de nos balcons, fruits de nombreux croisements et hybridations » nous rappelle l’Inra. Huit années de travaux combinées à des stratégies et des outils des plus innovants ont permis de séquencer et de déchiffrer l’ensemble de l’information génétique portée par les sept paires de chromosomes de Rosa chinensis« Old blush » et d’annoter la totalité de ses 36 377 gènes, constituant ainsi un génome de référence du genre Rosa. »

Qui dira que la science n’est pas passionnante ?  La comparaison de ce génome du genre Rosa avec ceux d’autres plantes de la famille des Rosacées (fraisier, framboisier, pommier, poirier, pêcher, prunier…) a montré que le rosier, le fraisier et le framboisier sont évolutivement très proches et a permis de reconstituer l’histoire de la rose au sein de la famille des Rosacées.

Floraison, reproduction, fragrances …

Les scientifiques ont étudié l’origine des chromosomes du rosier hybride « La France » – un rosier obtenu dans la région lyonnaise en 1867. « Cet hybride combine les caractères de vigueur de croissance des espèces européennes et la floraison pluriannuelle des espèces chinoises, nous explique l’Inra. Pour ce faire, ils ont projeté, sur le génome de référence, les données génomiques des principales variétés de rosiers, originaires d’Europe, du Moyen-Orient et de Chine et, qui ont contribué à la domestication du rosier. Ils ont ainsi identifié l’origine des gènes impliqués dans la définition des caractères les plus appréciés chez le rosier moderne, comme la floraison multiple, plutôt d’origine chinoise. »

Les chercheurs ont identifié les principaux gènes engagés dans la floraison, le développement de la fleur, la reproduction, la fragrance et la synthèse des pigments à l’origine des teintes rouges (famille des anthocyanes). Ils ont reconstitué les voies de biosynthèse dans lesquelles interviennent ces gènes. Ils ont notamment mis en évidence un groupe de gènes impliqués simultanément dans la régulation de la couleur et du parfum de la fleur.

Ces travaux constituent une base solide pour démêler les mécanismes moléculaires et génétiques qui régissent les caractères du rosier et leur diversité. À terme, ils contribueront à accélérer la sélection et l’amélioration de la qualité de la « Reine des fleurs ». Une Reine dont le Parti Socialiste français avait (pour partie) fait son emblème dès 1971. Un parti socialiste en voie d’évaporation qui, après avoir acté la vente de son siège historique parisien de Solférino (VIIe arrondissement) pour s’exiler à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Qui dira que la fatalité n’existe pas ?

A demain

1 « The Rosa genome provides new insights into the domestication of modern roses ». Nature Genetics 2018, https://doi.org/10.1038/s41588-018-0110-3

Ont notamment participé à ces travaux : l’UMR « Reproduction et développement des plantes » (Inra, CNRS, ENS de Lyon, Univ. Claude Bernard Lyon 1) ; le Laboratoire des Interactions plantes-microorganismes (Inra, CNRS) ; l’UMR Biométrie et biologie évolutive (Univ. Claude Bernard Lyon 1, CNRS) ; l’UMR Ecologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (Univ. Claude Bernard Lyon 1, ENTPE, CNRS, Inra) ; l’Institut des Sciences des plantes de Paris-Saclay (CNRS, Univ. Paris-Sud, Inra, Univ. Evry, Univ. Paris-Diderot) ; le Genoscope, CEA ; le Laboratoire de Biotechnologies végétales appliquées aux plantes aromatiques et médicinales (Univ. Jean Monnet, CNRS) ; l’UR Genomique-Info, Inra ; l’UMR Génétique, diversité et écophysiologie des céréales (Inra, Univ. Clermont-Auvergne) ; l’Institut méditerranéen de la biodiversité et d’écologie marine et continentale (Univ. Aix Marseille, CNRS, IRD, Univ. Avignon et Pays du Vaucluse) ; l’Institut de Biologie moléculaire des plantes, CNRS.

La France va-t-elle autoriser la recherche des empreintes génétiques sur les décédés ?

Bonjour

C’est une question éthique majeure qui, brutalement, émerge dans le champ politique. Déposée par le sénateur Alain Milon (LR, Vaucluse) le 5 février dernier, une proposition de loi  visant à autoriser les analyses génétiques sur personnes décédées Elle pourrait pourrait être examinée en séance publique dès le 6 juin prochain précisent les sites Hospimedia et Gènéthique.

Que nous dit le sénateur Milon, membre du groupe d’études Cancer, du groupe d’études Chasse et pêche et du groupe d’études Vigne et vin ? Médecin de profession, l’homme, 70 ans, est hors des normes. Situé à droite de l’échiquier c’est un partisan du mariage homosexuel mais aussi d’un élargissement de la procréation médicalement assistée et de la gestation pour autrui. Un atypique.

Aujourd’hui il observe que  les progrès de la génétique permettent d’analyser la transmission des caractères héréditaires prédisposants à la survenue de pathologies, notamment de cancers. « Les médecins onco-généticiens essayent de préciser au mieux les risques d’un patient mais également des membres de sa famille pour préconiser la solution la plus adaptée : surveillance et/ou prévention, explique-t-il à ses collègues parlementaires. Parfois, il est nécessaire de remonter l’histoire familiale de cancers afin de conseiller les apparentés vivants, ce qui nécessite le recours à des analyses sur des personnes décédées afin d’obtenir des informations pouvant être utiles à la famille. »

Ce n’est pas tout. On sait que, depuis plusieurs années, des analyses sont faites à partir de simples prises de sang, chez des personnes ayant un risque potentiel élevé d’être porteurs d’une anomalie prédisposante. Or ces prélèvements sont conservés longtemps – et ce même après le décès de la personne. Les techniques actuelles permettent aussi d’analyser du tissu conservé en laboratoire et qui avait été prélevé plusieurs années auparavant.

ADN, maillon de la chaîne familiale

« Les évolutions technologiques et les progrès scientifiques nécessitent une évolution législative afin de mettre en adéquation ces progrès et réglementation, fait valoir le sénateur Milon. D’autres disciplines de génétique se développent : la cardiogénétique, la neurogénétique… Toutes ces disciplines auront à terme des besoins similaires. » Or, observe encore le sénateur, la loi actuelle prévoit le consentement du patient ; et celui-ci est par définition impossible à obtenir.

Contrairement à ce que font déjà valoir ses opposants, cette proposition de loi porte pas atteinte à la dignité de la personne humaine pas plus qu’elle n’attente au respect de la vie privée. Il s’agit, « bien au contraire » de permettre à une personne décédée avant de connaître le résultat du diagnostic génétique ou en l’absence d’un tel diagnostic de protéger ses descendants grâce à un dépistage précoce ».

Nous sommes ici face à deux conceptions radicalement opposées de la vie privée, de l’usage qui peut être fait post mortem de son corps et de la « transparence génétique ». « À l’instar des maillons ADN qui constituent la chaîne génétique de l’individu, celui-ci constitue un maillon de la chaîne familiale, fait valoir le sénateur Milon.  Tout l’enjeu réside donc dans la nécessité de concilier liberté de l’individu et intégration dans l’histoire de l’héritage génétique familial. » « Le corps d’une personne décédée n’est pas un gisement d’exploitation » rétorque le site Gènéthique.

Il est bien regrettable que ce sujet ait été oublié par les organisateurs des très officiels, pompeux et très solennels Etats généraux de la bioéthique.

A demain

Vingt-deux personnes atteintes de bêta-thalassémie guéries grâce à la thérapie génique

Bonjour

Comment ne pas se réjouir ? C’est un succès majeur de la science génétique au service de la médecine. Sans être stricto sensu une « première » c’est une avancée thérapeutique considérable que signent, dans The New England Journal of Medicine 1, un groupe international de médecins et de chercheurs dirigés par la Pr Marina Cavazzana (Hôpital Necker-Enfants malades, Institut Imagine, AP-HP/Inserm/Université Paris Descartes). Cette publication fournit la démonstration qu’il est désormais possible de corriger l’anomalie génétique à l’origine de la  bêta-thalassémie, une affection sanguine héréditaire caratérisée par un dysfonctionnement majeur de l’hémoglobine.

Les auteurs de la publication rapportent leurs travaux menés auprès 22 patients traités en France, aux Etats-Unis, en Thaïlande et en Australie dans le cadre de deux essais cliniques ; les résultats démontrent que la thérapie génique mise au point il y a plus de dix ans est efficace pour améliorer l’état de santé et guérir les patients atteints de bêta-thalassémie. « Ces deux essais cliniques ont utilisé le même vecteur thérapeutique « LentiGlobin », développé à l’université d’Harvard à Boston et au CEA de Fontenay-auxRoses par le Pr. Philippe Leboulch, en collaboration avec la société américaine bluebird bio dont il est fondateur, explique-t-on à Paris. La Pr Marina Cavazzana, cheffe du département de biothérapie de l’Hôpital Necker-Enfants malades APHP, co-directrice de laboratoire du laboratoire Inserm de lymphohématopoïèse humaine à l’Institut Imagine, et son équipe ont traité des malades qui produisent désormais une hémoglobine thérapeutique en quantité suffisante pour arrêter le recours aux transfusions sanguines mensuelles. »

Des essais sur plusieurs continents

 Ces résultats plus que prometteurs sont obtenus huit ans après la première thérapie génique dans cette maladie, réalisée par les Pr Cavazzana et Leboulch. La bêta-thalassémie est l’une des maladies génétiques monogéniques les plus fréquentes. Causée par plus de 200 mutations du gène de la bêta-globine  elle se caractérise par des anémies plus ou moins sévère. Dans sa forme la plus grave cette affection nécessite des transfusions mensuelles, et un traitement contre les dépôts de fer causés, au sein de l’organisme, par ces transfusions. Un traitement curatif est parfois possible : une greffe de cellules de moelle osseuse, quand ils ne présentent pas un état clinique trop fragile et qu’ils ont un donneur compatible dans leur fratrie, ce qui n’est possible que dans environ 25% des cas.

Dans les deux essais cliniques commencés en 2013 et dont les résultats viennent d’être publiés les chercheurs ont prélevé des cellules souches sanguines des patients puis les ont modifiées à l’aide du vecteur « LentiGlobin BB305 » pour apporter un gène sain avant de les « greffer » (via une transfusion) aux malades. Ces cellules souches thérapeutiques ont ainsi produit des globules rouges à l’hémoglobine saine en quantité satisfaisante. La vie de ces patients a déjà radicalement changé et ils ont pu reprendre leurs activités scolaires ou professionnelles.

« Après la preuve de principe thérapeutique que nous avions obtenue chez un patient thalassémique et un patient drépanocytaire, ces essais multicentriques internationaux confirment la consistance et la magnitude de l’efficacité thérapeutique de notre vecteur chez de nombreux patients. Des essais cliniques de phase 3 sont maintenant en cours sur plusieurs continents avant d’effectuer la demande de mise sur le marché de ce médicament biologique» a déclaré le Pr Leboulch.

« La thérapie génique a de nouveau montré sa puissance thérapeutique, à condition que les expertises provenant de différents domaines soient réunies souligne pour sa part  la Pr Cavazzana. Notre effort doit maintenant porter sur l’extension de cette approche à un grand nombre de patients. » Comment ne pas se réjouir ?

A demain

1 « Gene Therapy in Patients with Transfusion-Dependent β-Thalassemia » N Engl J Med 2018;378:1479-93. DOI: 10.1056/NEJMoa1705342

A.A. Thompson, M.C. Walters, J. Kwiatkowski, J.E.J. Rasko, J.-A. Ribeil, S. Hongeng, E. Magrin, G.J. Schiller, E. Payen, M. Semeraro, D. Moshous, F. Lefrere, H. Puy, P. Bourget, A. Magnani, L. Caccavelli, J.-S. Diana, F. Suarez, F. Monpoux, V. Brousse, C. Poirot, C. Brouzes, J.-F. Meritet, C. Pondarré, Y. Beuzard, S. Chrétien, T. Lefebvre, D.T. Teachey, U. Anurathapan, P.J. Ho, C. von Kalle, M. Kletzel, E. Vichinsky, S. Soni, G. Veres, O. Negre, R.W. Ross, D. Davidson, A. Petrusich, L. Sandler, M. Asmal, O. Hermine, M. De Montalembert, S. Hacein-Bey-Abina, S. Blanche, P. Leboulch, and M. Cavazzana

La récente, réjouissante et très édifiante histoire de Libération et des antifongiques

 

Bonjour

Ne pas désespérer : sous la Macronie tous les contre-pouvoirs n’ont pas disparu. Un exemple réjouissant, édifiant,  en témoigne. Lundi 16 avril 2018 Libération publiait une tribune signée par un groupe de scientifiques 1 alertant sur la nocivité potentielle de certaines substances massivement utilisées dans la nature : « Une révolution urgente semble nécessaire dans l’usage des antifongiques ». Extraits :

« Nous sommes un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins, et toxicologues, du CNRS, de l’Inserm, de l’Université, et de l’Inra. Au moment où se multiplient les communications alarmantes sur l’effondrement de la biodiversité en France, en Europe et dans le monde, il nous paraît urgent d’attirer l’attention sur les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement de l’usage d’une classe de pesticides, les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), désormais utilisés à grande échelle comme antifongiques en agriculture. Ces fongicides visent à détruire les champignons, moisissures qui se développent sur les végétaux dans les cultures, les produits de récolte et les fruits. En France ce sont de l’ordre de 70 % des surfaces de blé tendre et près de 80 % de celles d’orge d’hiver qui sont traitées par les SDHI (données de 2014). S’y ajoute le traitement des semences, des fruits (raisins et des agrumes), mais aussi des pelouses, notamment celles des terrains de golf. (…)

Sur la base de nos tout récents résultats et pour ne pas reproduire les erreurs du passé, nous appelons à suspendre l’utilisation tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché des SDHI. »

Deux jours plus tard, victoire : l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publie un communiqué qui commence ainsi :

« Dans une tribune récemment publiée dans la presse (sic) , plusieurs scientifiques ont souhaité alerter sur les risques potentiels pour la santé de l’usage en agriculture des fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI). Dans ce contexte, l’Anses mobilise son expertise afin de prendre en compte l’ensemble des données scientifiques disponibles sur ce sujet et notamment examiner sans délai les éléments évoqués par les scientifiques lanceurs d’alerte. »

Cinq mois après

« Examiner sans délai »… La précision ne manque pas de sel quand on sait que le principal auteur de l’alerte, Pierre Rustin (équipe physiopathologie et thérapie des maladies mitochondriales, hôpital Robert-Debré, université Paris-Diderot) avait contacté l’Anses en novembre dernier… après la publication des ses derniers résultats potentiellement inquiétants : « A new threat identified in the use of SDHIs pesticides targeting the mitochondrial succinate dehydrogenase enzyme ».  Cinq mois plus tard, tribune dans Libé. Pierre Rustin racontait tout cela par le menu, cet après-midi, sur France-Inter, dans l’émission La Tête au carré.

Quelques heures plus tard, publication du communiqué de l’Anses. Mobilisation des troupes :

« Conformément à ses principes de traitement des alertes, l’Agence constitue un groupe d’experts dédié qui sera chargé d’auditionner les chercheurs auteurs de l’alerte, et d’examiner les éléments évoqués au regard de la littérature scientifique et des données issues de la phytopharmacovigilance. Ce travail aura notamment pour objectif d’évaluer si des éléments nouveaux doivent être portés au niveau européen et, si nécessaire, de prendre toute mesure de gestion des risques qui apparaitrait appropriée. »

Ne pas désespérer.

A demain

1 Paule Bénit PhD, ingénieure de recherches IR2 à l’Inserm, Dominique Chrétien PhD, ingénieur de recherches IR2 à l’Inserm Malgorzata Rak PhD, chargée de recherches CR1 au CNRS, Manuel Schiff MD, PhD, pédiatre, maître de conférences des universités, praticien hospitalier APHP, Pierre Rustin PhD, directeur de recherches CE au CNRS, unité Inserm UMR1141, (équipe physiopathologie et thérapie des maladies mitochondriales), hôpital Robert-Debré, université Paris-Diderot, Judith Favier PhD, directrice de recherches DR2 à l’Inserm, Anne-Paule Gimenez-Roqueplo MD, PhD, professeure, APHP-Université, unité Inserm UMR970 (équipe phéochromocytomes et paragangliomes), hôpital européen Georges-Pompidou, université Paris-Descartes, Sylvie Bortoli PhD, ingénieure de recherches IR1 à l’INSERM, UMR 1124, (équipe toxicologie, pharmacologie et signalisation cellulaire), université Paris-Descartes, Laurence Huc PhD, chargée de recherches CR1 Inra, unité Inra – Toxalim (équipe contaminants et stress cellulaire), université Toulouse-Paul-Sabatier.

Sperme, ovules, embryons : les donneurs français devront décliner leur identifiants

Bonjour

Comme désarçonnés. L’annonce, hier 17 avril 2018, dans les colonnes du Monde, du changement radical de doctrine de la Fédération nationale des Centres de Conservation des Œufs et du Sperme (Cecos) a pris les médias généralistes de court. La Croix « ouvre le débat » quand Le Figaro et Libération font l’impasse sur le sujet. France Inter tente la pédagogie quand RTL demande des explications à Nathalie Rives, présidente de la Fédération des Cecos.

L’affaire n’est pas des plus simples qui devra, in fine, être tranchée par le législateur. Résumons-là. La Fédération des Cecos (29 centres qui organisent le don de gamètes en France, et conservent spermatozoïdes, ovules et embryons) se prononce en faveur d’une « levée partielle de l’anonymat des donneurs » Ceci vaudrait pour les donneurs de sperme, mais aussi pour les donneuses d’ovocytes et les couples donneurs d’embryons « surnuméraires » conçus dans le cadre de fécondations in vitro. Ces données pourraient être  « un texte décrivant les motivations du donneur, son origine géographique, son secteur d’activité professionnelle, ses antécédents médicaux (et ce alors même même si les personnes présentant des risques sont dès à présent écartées…), s’il a des enfants ou non, le nombre d’enfants issus du don etc. »

« Cela permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel » explique Nathalie Rives. Rien n’est encore acquis en ce qui concerne le caractère obligatoire ou non, pour les donneurs, de ces mesures. Donner ses cellules sexuelles, voire ses embryons « surnuméraires » imposera-t-il de donner aussi cette somme de données dont on postule (sans doute à tort au vu des progrès du numérique) qu’elle seront « non identifiantes » ?

Porte ouverte au commerce des gamètes

En toute hypothèse la position de la Fédération des Cecos marque une rupture majeure et sans doute irréversible dans l’histoire française du don de gamètes. L’anonymat était (avec la gratuité et le bénévolat) l’une des clefs de voûte du dispositif éthique mis en place, en 1973 par le Pr Georges David à l’hôpital de Bicêtre.  « Il était une réponse aux opposants à cette technique proposée à certains couples infertiles, en particulier l’Eglise catholique, qui assimilaient le don de gamètes à un adultère » se souvient Le Monde. C’était aussi, et surtout, l’extension du modèle éthique mis en place avec le don du sang (et plus tard des organes) – ainsi qu’un rempart contre la marchandisation du corps humain. Et c’est ce modèle, largement plébiscité en France, qui fut intégré dans les premières lois de bioéthique de 1994.

« Notre proposition permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel », estime Nathalie Rives. Pourquoi ne pas aller plus loin et donner satisfactuin à celles et ceux qui (comme  l’association PMAnonymes) réclament la possibilité pour les enfants d’accéder à l’identité du donneur à leur majorité. Pourquoi ne pas plaider en faveur d’un accès sans limitation aux origines personnelles d’une personne majeure qui le souhaiterait ?

 « L’identité du donneur n’est pas forcément la réponse au questionnement des jeunes adultes, répond  Mme  Rives. Parallèlement, nous savons que les couples receveurs plébiscitent l’anonymat du don. Le recours au don de gamètes s’effectue après un parcours difficile, qui les oblige à renoncer à concevoir avec leurs propres spermatozoïdes ou ovules. C’est une grande souffrance. L’intervention d’un tiers identifié dans leur démarche n’est pas souhaitée. »

Quel serait l’impact de cette mesure sur le nombre de donneurs de gamètes ? Nul ne le sait. « Ceux qui donnent aujourd’hui n’y sont pas prêts, reconnaît Mme Rives. Seront-ils remplacés par une autre catégorie de donneurs ? » Si oui lesquels ? Si tel n’est pas le cas, et après avoir été fermées durant un demi-siècle, les portes seront ouvertes, en France, au commerce des cellules sexuelles.

A demain

 

Nouveau : pour savoir si vous êtes empathique, donnez votre salive à « 23andMe »

Bonjour

Tombons-nous ici le yeux grands ouverts dans le piège du réductionnisme ? Soit une publication de Translational Psychiatry (12 mars 2018) : « Genome-wide analyses of self-reported empathy: correlations with autism, schizophrenia, and anorexia nervosa » – un travail relayé par le service de presse de l’Institut Pasteur : « les gènes jouent un rôle dans l’empathie ». Un travail académique 1 où l’on retrouve toutefois, étrangement, la société 23andMe qui aura fourni une fraction d’un trésor génétique qui lui a été gracieusement offert et avec lequel elle a fait de solide bénéfices. On espère que la question des conflit d’intérêts a été minutuesement étudiées 2.

Où l’on s’attaque à la question de l’empathie via sa face nord : génétique. Empathie : « Composé du préfixe grec em-, de en, « dans », et de -pathie, d’après sympathie. Capacité de s’identifier à autrui, d’éprouver ce qu’il éprouve ». Une vieille histoire déjà aux confins de la religion, de la philosophie, de la psychanalyse et des neurosciences. Au carrefour de la sympathie, de la compassion, de l’altruisme voire de la contagion émotionnelle . On attendait la génétique : la voici donc.

46.861 clients et autant de salives

L’étude a été menée par des chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’Institut Pasteur, de l’université Paris Diderot, du CNRS et, donc, de la société de génétique 23andMe. Au final « elle suggère que notre empathie n’est pas seulement le résultat de notre éducation et de notre expérience, mais aussi en partie influencée par les variations génétiques ». Voici la définition  donnée de l’objet :

« Jouant un rôle clé dans les relations humaines, l’empathie est à la fois la faculté de reconnaître les pensées et les sentiments d’autrui, et celle d’y apporter une réponse émotionnelle adaptée. Dans le premier cas, on parle d’«empathie cognitive », et dans le second, d’« empathie affective ». »

Un rappel : il y a quatorze ans, une équipe de scientifiques de l’Université de Cambridge mettait au point le Quotient d’Empathie ou EQ, une brève mesure d’auto-évaluation de l’empathie. Grâce à ce test (qui propose de mesurer les deux types d’empathie) les chercheurs ont montré que certains d’entre nous sont « plus empathiques que d’autres » – et que les femmes (en moyenne) sont légèrement plus empathiques que les hommes. Les autistes, quant à eux, rencontrent en moyenne des difficultés avec l’empathie cognitive, même lorsque leur empathie affective reste intacte.

La nouveauté : l’équipe de Cambridge (Pr Simon Baron-Cohen),  l’Institut Pasteur, l’université Paris Diderot, le CNRS (Pr Thomas Bourgeron) et 23andMe, « rapportent les résultats de la plus grande étude génétique menée sur l’empathie, utilisant les données de plus de 46 000 clients [sic] de la société 23andMe. Ces personnes ont toutes complété en ligne le questionnaire EQ et fourni un échantillon de salive pour analyse génétique ».

En pratique : notre empathie est en partie (« au moins un dixième) génétique. Les auteurs du travail nous rassurent : les femmes sont en moyenne plus empathiques que les hommes. « Cependant, cette variation n’est pas due à notre ADN car aucune différence n’a été observée dans les gènes qui contribuent à l’empathie chez les hommes et les femmes, reconnaissent les chercheurs. Par conséquent, la différence d’empathie entre les sexes est le résultat d’autres facteurs, tels que la socialisation, ou de facteurs biologiques non génétiques tels que les influences hormonales prénatales, qui diffèrent également entre les sexes. »

Equation génétique de la prédestination

Les chercheurs observnt aussi que les variants génétiques « associés à une plus faible empathie » sont également associés à un risque plus élevé d’autisme. D’autres entités psychiatiques pourraient être concernées. « Nous franchissons une étape majeure dans la compréhension du rôle joué par la génétique dans l’empathie. Si les gènes n’expliquent qu’un dixième de la variation du degré d’empathie entre les individus, les facteurs non génétiques sont aussi essentiels » affirme Varun Warrier (étudiant en doctorat à l’Université de Cambridge, premier auteur.

Pour le Pr Bourgeron responsable de l’unité  de Génétique humaine et fonctions cognitives, à l’Institut Pasteur, ces résultats offrent « un éclairage neuf et passionnant sur les influences génétiques sous-tendant l’empathie ». « Individuellement chaque gène joue un petit rôle et il est donc difficile de les identifier. La prochaine étape consistera donc à étudier un nombre encore plus grand de personnes afin de répliquer ces découvertes et d’identifier les voies biologiques associées aux différences individuelles en matière d’empathie » dit-il. Parions que 23andMe sera au rendez-vous de la science et du commerce.

Reste aussi, désormais, à travailler les dimensions génétiques du libre arbitre et de la prédestination.

A demain

1 Cette étude a reçu le soutien de l’Autism Research Trust (www.autismresearchtrust.org) et de la Templeton World Charity Foundation (TWCF), Inc. Elle a également bénéficié du soutien du Conseil de la recherche médicale, du Wellcome Trust, de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Université Paris-Diderot, de la Fondation Bettencourt-Schueller, du Cambridge Commonwealth Trust et du St John’s College de l’Université de Cambridge. Elle a été menée en association avec l’Institut national pour la recherche en santé (NIHR) Collaboration pour le leadership en recherche appliquée et soins (CLAHRC) du Cambridgeshire & Peterborough NHS Foundation Trust, l’Institut national de recherche sur le génome humain (NHGRI) des Instituts nationaux de santé (NIH) et la Fondation américaine des sciences.

2 Extrait de la publication : « Research participants were drawn from the customer base of 23andMe, Inc., a personal genetics company, and are described in detail elsewhere. There were 46,861 participants (24,543 females and 22,318 males). All participants included in the analyses provided informed consent and answered surveys online according to a human subjects research protocol, which was reviewed and approved by Ethical & Independent Review Services, an AAHRPP (The Association for the Accreditation of Human Research Protection Programs, Inc.)-accredited private institutional review board (http://www.eandireview.com). « 

Capitalisme et bioéthique : vente libre d’un test génétique prédictif du cancer du sein

Bonjour

C’est un événement que l’on pourra tenir pour inquiétant 1.  La FDA américaine a, le 6  mars, donné son feu vert à la commercialisation des kits de la société californienne 23andMe pour trois mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 associées à un risque élevé de cancer du sein. (Voir The New York Times) Ces kits seront accessibles sans ordonnance, contrairement aux tests génétiques déjà sur le marché. « Il suffira aux Américaines de cracher dans un petit tube et de le poster pour savoir si elles sont porteuses de certaines mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 associées à un risque élevé de cancer du sein, résume Le Monde (Chloé Hecketsweiler). Les altérations recherchées par 23andMe – 3 sur plus de 1000 identifiées pour les gènes BRCA – sont le plus souvent retrouvées chez les femmes d’origine ashkénaze (juifs d’Europe orientale et centrale). »

C’est un événement qui s’inscrit pleinement dans le contexte américain du développement commercial de la génétique. Ce feu vert marque ainsi un tournant dans la position de la FDA qui, en  2013, avait ordonné à 23andMe de  retirer ces tests du marché – du fait des risques encourus par les acheteuses en cas d’erreur ou de mauvaise interprétation. Elle estime aujourd’hui que les données communiquées par 23andMe sont suffisantes pour garantir la fiabilité des tests, et que la décision doit revenir au « consommateur ».

Assurances et phosphorescences

C’est un événement qui consolide 23andMe dans sa position de géant dominant, possesseur de l’une des plus grandes bases mondiales de données génétiques avec plus de 2  millions de profils – une mine d’or pour les géants  pharmaceutiques. «  Profils génétiques, informations médicales, et bientôt séquence d’ADN (obtenue dans le cadre des contrats passés avec Genentech, Pfizer ou d’autres), tout cela intéresse beaucoup de monde, assurances, marketing pharmaceutique, qui peuvent, au vu de ces informations, vous cibler pour vous vendre tel ou tel produit, ou éventuellement pour vous refuser telle ou telle assurance, écrivait déjà Bertrand Jordan dans la revue Médecine/Sciences en 2015. Il ajoutait :

« Les garanties que donne l’entreprise ne peuvent être totalement rassurantes: on a vu avec Google et Facebook comment ces promesses pouvaient se diluer au fil du temps, ou même être carrément oubliées, et on sait aussi qu’une séquence d’ADN “anonyme” peut assez facilement être rattachée à une personne précise. Notre “intimité génétique’” est en danger (…), le problème est général, mais particulièrement aigu pour ce qui concerne notre santé et notre génome. Oui, décidément, nous risquons bien d’assister à la fin de la vie privée, ou tout au moins d’une certaine idée de l’intimité.»

Trois ans plus tard, la menace ne cesse de croître. Et le citoyen français informé des menaces et des enjeux, ne peut que regretter que le sujet soit étrangement absent de l’agenda de ses États généraux de la bioéthique –une entreprise pourtant démocratique qui nous interroge officiellement sur «le monde que nous voulons pour demain» (sic).

C’est un événement qui fera phosphorer les assureurs 1. En France, les tests génétiques de prédisposition ne sont accessibles que sur prescription médicale et strictement encadrés. Mais, en pratique rien n’interdit à une Française « de cracher dans un petit tube et de le poster pour savoir si elles sont porteuses de certaines mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 ».

A demain

1 « Les assureurs veulent à tout prix mettre la main sur votre profil génétique » Slate.fr, 3 mars 2018