Polémique éthique : les «mères lesbiennes» seront-elles, en France, «montrées du doigt» ?

Bonjour

Non, le débat ne « s’apaise pas ». En marge de la polémique sur la destruction des stocks de gamètes et d’embryons, un collectif de responsables associatifs, dans une tribune militante publiée par Le Monde 1, juge injustifiable que la « déclaration anticipée de volonté », prévue par le projet de loi bioéthique, ne soit pas étendue « à tous les enfants conçus par don » de cellules sexuelles ou d’embryon. A quel titre ? De quel droit ?

A priori l’apaisement était là : le projet de loi ouvre la pratique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur « à toutes les femmes » et  il propose un dispositif permettant aux couples de femmes d’établir la filiation à l’égard des enfants conçus par don de gamètes – et ce via une « déclaration anticipée de volonté » signée par le couple dès le consentement au don de sperme. Objectif :  sécuriser la double filiation avant même la naissance de l’enfant, ne pas établir de hiérarchie entre la mère qui accouche et la femme qui n’accouche pas.

Refaire l’histoire

« Appelée de nos vœux, cette déclaration commune de volonté permettra de reconnaître l’engagement parental comme fondement commun de la filiation des deux mères, écrivent les signataires. En portant la mention sur l’acte intégral de naissance de l’enfant, l’Etat signifie à celui-ci qu’aux yeux de notre droit ses deux mères sont parfaitement à égalité de statut et de droits. »

Dès lors pourquoi cette tribune ? Tout simplement parce que le gouvernement n’a pas « étendu ce dispositif aux couples de sexe différent » ? Pour ne pas « toucher au dispositif actuel pour les parents hétérosexuels ». Et les signataires de refaire l’histoire de leur grief :

« On se souvient que, en cas de recours au don, la filiation a été instaurée en 1994 selon les modalités de la filiation dite « charnelle », dans le but avoué de permettre aux parents de se faire passer pour les géniteurs de l’enfant. Le recours au don de gamètes était alors marqué du sceau du secret médical, considéré comme relevant de la vie privée des parents. Mais, aujourd’hui, la société a évolué et chacun reconnaît que l’enfant a droit à la vérité de son histoire et de son identité personnelle. »

Ils ajoutent que « certains poussent des cris d’orfraie » en affirmant que les enfants conçus par don seraient « stigmatisés » si la mention de cette déclaration était portée sur l’acte intégral de naissance. Ces militants visent notamment, sans les nommer, les médecins, pharmacien·es, psychologues et spécialistes des métiers de la santé des Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos) 1.

Ces soignants ont d’ores et déjà exprimé avec force  leur «opposition à toute proposition de loi» qui les «rendrait complices d’une discrimination et d’une stigmatisation des enfants conçus par don au travers de l’inscription sur l’acte de naissance intégral du mode de conception».Estimant qu’une telle disposition les rendrait «complices de discrimination» et de «stigmatisation» des enfants conçu·es à partir d’un don de cellules sexuelles, ces spécialistes ont saisi le Conseil national de l’Ordre des médecins.

Au départ le gouvernement hésitait entre deux scénarios. Le premier prévoyait une mention à l’état civil de la manière dont la filiation de l’enfant a été établie pour tous les couples ayant recours à une procréation médicalement assistée avec tiers donneur de cellules sexuelles. Il s’agissait d’établir une «déclaration commune anticipée de filiation» devant un notaire. Le document était ensuite transmis à l’officier d’état civil et mentionné sur la copie intégrale de l’acte de naissance –  et ce qu’il s’agisse d’enfants né·es au sein de couples homosexuels ou hétérosexuels.

Secret, mensonge, sentiment factice de honte

Le second scénario prévoyait que ce dispositif ne concernerait que les couples de femmes, afin de laisser la possibilité ultérieure aux couples hétérosexuels de dévoiler (ou non) son mode de conception à l’enfant. Après passage de l’avant-projet de loi devant le Conseil d’Etat c’est cette dernière option qui a été retenue et qui sera proposée au vote du Parlement. Et c’est ce qui a déclenché l’ire des signataires de la tribune:

« La réalité est que le stigmate a été entièrement construit, artificiellement, par la logique toujours en place du secret et du mensonge. Voilà comment créer un sentiment factice de honte. Il est temps de sortir de cet héritage d’allégeance au modèle ‘’biologique ‘’ qui n’a fait que du mal [sic], et de revendiquer que les familles issues de don sont des familles tout aussi dignes que les autres.

« Aujourd’hui, les personnes conçues par don sortent de l’ombre où elles étaient maintenues. Lorsqu’une centaine d’entre elles témoignent nominativement dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 5 juin, soutenues par leurs proches et par 150 personnalités, elles disent haut et fort qu’elles ne portent aucun stigmate et qu’elles veulent connaître leurs origines. Un point c’est tout. »

Il est injustifiable que le dispositif de « déclaration anticipée de volonté » ne soit pas étendu à tous : pour le même geste médical, le dispositif de filiation variera en fonction de l’orientation sexuelle des parents ! Seuls les enfants des familles composées de deux mères auront une garantie d’accès à leur histoire et à leurs origines. Le maintien du dispositif d’établissement de la filiation à l’égard des parents hétérosexuels a pour but, de l’aveu même du Conseil d’Etat, de permettre de ne pas révéler le recours au don à l’enfant, pourtant premier concerné.

C’est là faire bien peu de cas des arguments des professionnels des Cecos – arguments développés auprès de Slate.fr 2 par la Pr Nathalie Rives, présidente de leur Fédération. Por elle il s’agit d’une opposition essentielle, fondamentale, de nature éthique et démocratique:

«Comment peut-on imaginer faire figurer, sans grands dangers, un mode spécifique de conception d’une personne sur les registres d’état civil, demande-t-elle. Si le recours à un donneur de sperme est implicite pour les couples de femmes, il en va différemment pour les PMA réalisées pour les couples hétérosexuels –des PMA qui sont pratiquées pour des raisons médicales ayant à voir avec la stérilité, l’hypofertilité ou la transmission d’une pathologie génétique.»

 Le Conseil d’Etat use quant à lui d’autres mots : « La solution, qui fait coexister deux modes d’établissement de la filiation distincts, traduit deux philosophies différentes selon que le couple ayant recours au don est de même sexe ou non, la première reposant sur le rôle accru de la volonté, la seconde sur le mimétisme avec la procréation charnelle.»

Les signataires militants de la tribune ne veulent rien entendre : « Quand on défend un projet de loi qui maintient une filiation pseudo-charnelle pour les parents hétérosexuels qui recourent au don, on commet une double faute : on traite à part les mères lesbiennes et leur famille au risque de les montrer du doigt, on discrimine les enfants de parents hétérosexuels en leur refusant une garantie d’accès à leurs origines ». Il faut donc, selon eux, impérativement amender ce projet de loi et étendre la « déclaration anticipée de volonté » à tous les enfants conçus par don.

On pourrait aussi abandonner toute forme de déclaration anticipée... Non, et contrairement aux souhaits réitérés d’Emmanuel Macron, le débat n’est pas « apaisé ».

A demain @jynau

1 « Bioéthique et filiation : ‘’Ne montrons pas du doigt les mères lesbiennes’’ » Signataires : Anne Abrard, présidente de Les Cigognes de l’espoir ; Vincent Brès, président de PMAnonyme ; Jean-Bernard Geoffroy, président du Ravad ; Frédérick Getton, président de Centr’égaux ; Valérie Leux, présidente de Stop homophobie ; Larissa Meyer, présidente du Réseau Fertilité France ; Sandrine Ngatchou, présidente de l’Utasa ; Lennie Nicollet, président d’Homosexualités et socialisme ; Laëtitia Poisson-Deleglise, présidente de l’association MAIA ; Denis Quinqueton, codirecteur de l’Observatoire LGBT+, de la Fondation Jean-Jaurès ; Alexandre Urwicz, président de l’Association des familles homoparentales.

2 Lire : «  Loi ‘’PMA pour toutes’’, les mesures à l’origine de la colère du corps médical ». Le volet «De la filiation par déclaration anticipée de volonté» est vivement remis en cause par les membres des centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos). Slate.fr 25 juillet 2019

Respecter ou pas le secret médical: «Closer» Brigitte Macron et le Dr Laurent Alexandre

Bonjour

Buzz. « Brigitte Macron a été hospitalisée le 17 juillet dernier à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine, afin d’y subir une opération de chirurgie esthétique ». Selon les informations du magazine people Closer (informations disparues du site après avoir été reprises par de très nombreux médias dont CNews), la Première Dame a été prise en charge par un « éminent et médiatique chirurgien esthétique».

« Elle l’a d’abord rencontré le 16 juillet, et s’est entretenue avec lui pendant une heure. Le lendemain elle aurait été opérée pendant trois heures, sous anesthésie générale. Emmanuel Macron se serait rendu à son chevet. L’opération se serait déroulée sans difficultés et Brigitte Macron a pu quitter l’hôpital le jour-même. L’ancienne professeure de français de 66 ans a ensuite passé quelques jours de convalescence à la Lanterne, l’ancien pavillon de chasse situé à Versailles qui sert de résidence d’Etat.

« Depuis le 25 juillet, le couple Macron s’est installé au Fort de Brégançon, la demeure de villégiature estivale des présidents français. Ils s’y sont installés pour quelques jours de calme et de repos, près de la Méditerranée. Le Président doit y préparer le G7, qui se déroulera à Biarritz, du 24 au 26 août prochain. »

Triste buzz. Sur Tweeter, @dr_l_alexandre : « La chirurgie esthétique est un acte chirurgical et donc un acte médical protégé par le secret médical ! Révéler le dossier médical d’un Français… de Brigitte Macron ou de n’importe qui est une faute. Si on accepte, demain VOTRE CANCER pourra être public »

On se souvient de ces lignes, glanées dans le flots des tweets également signées @dr_l_alexandre : « Je ne suis pas jaloux de @GretaThunberg. J’aimerais pas (sic) avoir des TOC graves, une dépression infantile, un mutisme sélectif, un Asperger avec monoideation et des troubles alimentaires graves me conduisant à être minuscule! Je respecte l’enfant malade mais regrette sa manipulation »

Une fraction de la Toile s’indigna. Réponse du Dr Laurent Alexandre : « Je rappelle que ce sont les parents de @GretaThunberg qui ont révélé son dossier psychiatrique (pas moi). Et je pense que cela devrait être un délit de révéler le dossier médical de son enfant mineur ! Je trouve cela dégueulasse ! Signalez les parents de @GretaThunberg ».

Buzz. Triste et pauvre buzz.

A demain @jynau

Inique : Marlène Schiappa connaît-elle la pauvre histoire du bébé trisomique né après GPA ?

Bonjour

Feindre d’être surpris.es ? L’affaire était entre les lignes de tous les écrits dénonçant l’esclavage que constitue la pratique de la « gestation pour autrui » 1.

Commandé, puis abandonné. À 21 ans, Pattaramon Chanbua était déjà maman d’un garçon et d’une fille de 6 et 3 ans. Contactée par une agence de Bangkok, elle accepte d’«aider» un couple d’Australiens souffrant de sa stérilité. La pauvreté n’a pas de frontières. Avec les 16.000 dollars promis par le couple, la jeune femme comptait «éduquer ses enfants et payer ses dettes»a-t-elle expliqué à la chaîne de télévision australienne ABC : « Thai surrogate mother of a baby with Down syndrome abandoned by Australian parents says she cannot afford baby Gammy’s medical treatment » (voir la vidéo sur le site du Figaro–  Diane de Fortanier)

« Trois mois après avoir été inséminée, Pattaramon découvre qu’elle attend des jumeaux, résume Le Figaro. L’agent lui promet alors un peu plus d’argent pour porter les deux enfants. Peu de temps après, le médecin l’informe que l’un des deux enfants est atteint de trisomie 21. Le couple commanditaire fait alors savoir à la mère qu’il ne veut pas du garçon. La jeune femme refuse d’avorter, conformément à ses convictions religieuses bouddhistes. »

En décembre dernier elle accouche des jumeaux. Diagnosticconfirmé : Gammy est trisomique – trisomie compliquée d’un grave problème cardiaque. Le couple (qui n’avait jamais rencontré la jeune mère) repart vers son Australie avec la petite sœur, apparemment bien portante. L’inique n’a pas de frontières.

Débattre de la GPA après ce quinquennat

  L’histoire, rapporte encore Le Figaro, a ému les réseaux sociaux. Le site de fund-raising GoFundMe a déjà levé plus de 100.000 dollars pour e bébé trisomique – tombé malade entre-temps. «Je voudrais dire aux femmes thaïlandaises: “ne rentrez pas sur ce marché des mères porteuses, ne pensez pas seulement à l’argent. Si cela se passe mal, personne ne vous aidera, le bébé sera abandonné par la société, et vous en serez responsable”», implore Pattaramon Chanbua, citée par le Sidney Morning Herald.

En Thaïlande, les contrats de GPA ne peuvent, en théorie, être passés par un couple marié « qu’avec des personnes liées par le sang ». Suite à cette affaire, le ministère de la Santé thaïlandais a déclaré que toutes les transactions financières autour des mères porteuses étaient « interdites ». Ce marché a connu un boom avec la crise : de plus en plus de couples étrangers – et surtout originaires d’Australie – font appel à des mères porteuses via des agences. Le commerce n’a pas de frontières.

Il y a quelques jours, sur RTL, Marlène Schiappa : « Ces questions de PMA comme de GPA touchent à la fois au très intime : à la vie amoureuse, à la sexualité, à la vie familiale, à l’idée que l’on se fait des familles, mais elles touchent aussi à des questions philosophiques, scientifiques et éthiques. Le gouvernement a « toujours été extrêmement clair sur le fait que l’on est opposé à la GPA ». Et puis elle conclut : « Il n’est pas du tout question d’ouvrir ou de débattre de la GPA pendant ce quinquennat ».  

Mme Schaippa est, en France, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations

A demain @jynau

1 Dont le remarquable « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué »signé de Sylviane Agacinski (Gallimard. 48 pages. 3,90 euros)

Ovocytes altruistes : 1000 euros pour une Espagnole. Combien, demain, pour une Française ?

Bonjour

Capitalisme et procréation. Commerce, altruisme et empathie. Dans la vieille Europe un traitement de l’infertilité féminine par « don d’ovocytes » sur deux s’effectuerait en Espagne – secteur privé. Pourquoi un tel héliotropisme ? « Ce phénomène s’explique par la culture qui fait notamment de ce pays le premier donneur d’organes à l’échelle européenne et mondiale. Et ce depuis 26 ans » explique la firme IVI 1. Qui ajoute aussitôt qu’une autre explication réside dans « une législation adaptée ».

Et IVI d’ajouter « qu’elle met en place un véritable protocole afin d’accompagner les donneurs dans leur démarche et pour évaluer également leur capacité psychique ». Ce qui ne va pas sans quelques explications destinées à la clientèle potentielle française (nous surlignons) :

« 1 La loi espagnole sur les Techniques de Procréation Humaine Assistée (LTRHA) définit le don d’ovocytes (et au sens plus large de gamètes) comme un acte altruiste et anonyme. Du fait de la législation et des valeurs d’empathie et de solidarité qu’elles portent, les femmes espagnoles « donnent ainsi plus volontiers leurs ovocytes » (sic).

« 2 Chez IVI, de nombreux contrôles – gynécologiques, génétiques et psychologiques – sont effectués afin de déterminer l’aptitude de ces femmes à donner leurs ovocytes. En pratique un premier rendez-vous pour s’informer et donner son consentement Pour recevoir les donneurs et les donneuses, IVI dispose de cliniques spécialisées où sont reçues les patientes qui viennent suivre leur traitement PMA. Avec ce dispositif, IVI conserve et respecte leur anonymat. Le premier rendez-vous se fait avec une infirmière afin d’éclairer les donneuses sur les modalités et la technique de don. Infirmière et donneuse retracent ensemble les antécédents médicaux et l’historique de la patiente en vue de la suite du processus.

« 3 A l’issue du premier rendez-vous, les donneuses détiennent toutes les informations nécessaires sur le don. Si elles souhaitent poursuivre le traitement – comme 67% de femmes – elles sont orientées vers un médecin gynécologue pour une seconde consultation afin de procéder à un examen médical plus approfondi : analyse gynécologique, analyse cytologique, prise de sang pour un hémogramme et sérologie.

« 4 Chez IVI, les donneuses sont par ailleurs soumises au Test de Compatibilité génétique afin de détecter les facteurs de risque de transmission d’une anomalie génétique à l’enfant. En soumettant l’ensemble des donneurs à cette analyse du caryotype, IVI fait en sorte que les naissances issues du don soient saines (re-sic). Ce test réduit considérablement le risque théorique d’avoir un enfant atteint d’une maladie génétique – de 1 chance sur 100 à 1 chance sur 30 000 environ. Les maladies génétiques ne peuvent pas être guéries mais peuvent être évitées grâce au TCG effectué dans l’ensemble des cliniques IVI. Cette analyse permet de détecter jusqu’à 600 maladies.

« 5 Un entretien avec un psychologue. La Société Espagnole de Fertilité (SEF) a reconnu la nécessité d’une évaluation psychologique des donneurs pour minimiser la transmission de la psychopathologie à la progéniture (re-re-sic) et pour garantir le bon déroulement du protocole de donation. IVI fait appel au Groupe d’Intérêt de Psychologie de la SEF pour évaluer l’équilibre psychique des donneuses. Au cours de la consultation avec le psychologue, l’histoire de vie de la donneuse est analysée afin d’identifier les éventuels troubles mentaux, connaître les motivations du don, la stabilité émotionnelle de la patiente... « Il est important et rassurant pour nos patientes et futurs parents de savoir que l’ensemble des donneurs sont traités avec équité selon un processus de sélection rigoureux et éthique 2. Du point de vue des donneurs, il est fondamental pour eux d’avoir un rendez-vous avec un profesionnel qui les comprend, leur donne toutes les informations sur le traitement et leur parle d’expériences passées » explique le Dr Diana Santa Cruz, psychologue à IVI Madrid. A l’issue de l’examen, si le psychologue déclare la donneuse apte, le traitement peut débuter avec une phase de stimulation des ovaires qui précède le prélèvement des ovocytes, réalisé dans les cliniques IVI dédiées.

« 6 IVI dédommage les donneuses à hauteur de 1 000€ par don. Il s’agit de la moyenne pour l’ensemble des cliniques en Espagne.  Ce dédommagement – prévu dans l’article de la loi sur la reproduction – prend en compte les dérangements physiques (stimulation ovarienne), les dépenses liées aux déplacements à la clinique et la présence à la clinique pour la ponction. »

En France le don d’ovocytes est « anonyme, bénévole et gratuit ». Corollaire ou pas le pays est confronté à une situation de grande pénurie. Un sujet qui sera abordé prochainement au Parlement lors de la révision de la loi de bioéthique. On peut raisonnablement s’attentre à des amendements prônant la nécessité d’un « dédommagement ». Où l’on verra s’entrouvrir la porte de la commercialisation des gamètes suivie, après-demain, de celle de la commercialisation du corps humain.

A demain @jynau

1 IVI  se présente ainsi : fondée en 1990, c’est la première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la reproduction assistée. Depuis cette date, IVI a contribué à la naissance de plus de 160.000 enfants grâce à la mise en œuvre des méthodes de reproduction assistée les plus innovantes. Début 2017, IVI a fusionné avec RMANJ, devenant ainsi le plus grand groupe de reproduction assistée au monde et le leader en médecine reproductive avec plus de 65 cliniques dans 11 pays.

2 IVI précise : « De nombreuses femmes qui font appel à un traitement de reproduction assistée avec don d’ovocytes nous font part de leur anxiété et préoccupation pour que leur bébé leur ressemble. Dans le but d’offrir plus de sécurité et confiance à nos patientes, IVI met à sa disposition la technologie Perfect Match 360°. Ce programme exclusif nous permet de garantir non seulement la compatibilité entre donneuse et patiente, mais aussi d’assurer la plus forte ressemblance physique et biométrique, grâce à l’utilisation de la dernière technologie de reconnaissance faciale. 

« IVI dispose de IVI Biometric Scan, une technologie de pointe permettant mesurer les distances biométriques des donneuses afin d’offrir aux patientes un choix ajusté, non seulement dans les critères cliniques et phénotypiques comme c’est le cas actuel dans la plupart des centres de procréation assistée, mais aussi dans l’étude de la ressemblance faciale. iometric Scan se sert d’un logiciel basé sur un système de ressemblance faciale 3D reposant sur des algorithmes qui transforment une image du visage en une formule mathématique représentée par 100 points faciaux et les distances entre ceux-ci afin de déterminer le degré de ressemblance entre donneuse et patiente. Une fois les résultats obtenus, nous choisissons finalement la donneuse la plus ressemblante.

« Pendant le processus de recherche de la donneuse la plus appropriée, nous prenons en compte des caractéristiques physiques telles que l’ethnie, la couleur des  yeux et des cheveux, la taille et la constitution. IVI dispose d’une des plus larges banques d’ovules au monde, ce qui nous permet de donner réponse à des patients phénotypiquement différents. En plus, nous prenons en considération d’autres facteurs tels que la compatibilité du Rh et le groupe sanguin. »

Libération dénonce le « paternalisme » du projet de loi bioéthique, filiation et PMA

Bonjour

Après Le Journal du Dimanche, Libération. Quatre jours après l’hebdomadaire dominical et le « lever de voile » d’Agnès Buzyn, le quotidien de Jean-Paul Sartre (Eric Favereau et Catherine Mallaval) s’est « procuré l’avant projet de loi » qui veut étendre l’accès à la PMA/IAD à « toutes les femmes ». Le texte est toujours en cours d’examen au Conseil d’Etat et devrait être présenté en Conseil des ministres fin juillet.

Surprise : là où le JDD voyait une loi qui allait « révolutionner la famille » l’ex quotidien révolutionnaire ne perçoit qu’une bien maigrelette avancée. Où l’on voit s’éloigner un peu plus – après l’excommunication d’Agnès Thill par les macronistes – le débat « apaisé » voulu par Emmanuel Macron.

« Sérieux, austère, pointilleux, et au final très réglementaire. Lourd de 32 articles, le projet de loi sur la bioéthique,  manque un peu de… vie, commente Libé. Que reste-t-il du rapport du député Jean-Louis Touraine (LREM) destiné à servir de support au projet de loi bioéthique ? Le souffle de décrassage et de levée des interdits n’est plus franchement là. Qu’en est-il même de l’esprit qui se voulait ne pas être ’trop frileux’’, selon les mots de l’auteur du rapport. Voilà un projet certes important et utile, mais il reste d’inspiration très ‘’paternaliste’’.»

Certes « un grand pas va être franchi avec l’ouverture (remboursée) de la PMA/IAD à toutes les femmes, en couple (hétéro ou homo) ou célibataire » mais, ajoute Libé, le détail des articles de cette loi semble surtout obéir à un « désir d’apaisement » souhaité par le président de la République ainsi que par sa ministre des Solidarités et de la Santé… « Tant et tant qu’étrangement, l’Inter-LGBT, qui devait faire de la marche des fiertés prévue ce samedi une fiesta (enfin la PMA pour toutes quand même !), s’apprête à défiler sous le mot d’ordre : ‘’Filiation, PMA : marre des lois a minima !’’. »

Du corps charnel au corps en fabrication

Des sujets de déception, sinon de combat ? Pourquoi continuer à interdire de dépister la trisomie 21 sur les embryons conçus en éprouvette pour de futurs parents souffrant de maladies génétiques ? Pourquoi diable l’Etat se sent-il obligé d’encadrer les « greffes fécales » ?  Pourquoi ce silence pesant sur l’insémination post-mortem ? Quid « des assignations de sexes forcées auxquelles on procède sur les enfants nés intersexes » ? Va-t-on continuer, demande Libé, à les «mutiler», pour reprendre le vocabulaire de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme ? Pourquoi ne pas faciliter l’inscription à l’état civil français des enfants nés de GPA à l’étranger ? Pourquoi, en somme, ne pas plus entrouvrir la porte à une GPA toujours prohibée ?

Les attentes progressistes risquent fort d’être également décues au chapitre (encore en gestation) de « l’accès aux origines » la filiation entre les personnes qui ont eu recours à un don et les enfants ainsi nés. « Nombreux (hétéros ou homos) sont ceux qui craignent une forme de stigmatisation de ces enfants nés de don, prévient Libé. Quant à opter pour un mode d’établissement de la filiation ‘’à part’’ pour les couples de lesbiennes dans une loi destinée à promouvoir l’égalité de toutes face à la PMA, voilà qui tient un peu de l’oxymore. » Et encore :

« A moins qu’il ne s’agisse d’une tactique destinée à apaiser la Manif pour tous, qui sera forcément satisfaite que l’on crée un mode de filiation à part pour les couples de femmes, quitte à faire grincer la communauté LGBT. Cette dernière se demande aussi comment les couples de lesbiennes qui continueront à aller à l’étranger ou fabriqueront un bébé hors cadre médical avec un ami donneur pourront faire établir la filiation avec leur enfant dans ce cadre.

« Plusieurs associations auraient préféré que l’on étende aux homosexuels les règles aujourd’hui applicables aux couples hétérosexuels. Après consentement des deux femmes à une PMA devant notaire (comme c’est le cas pour les couples hétéros), celle qui n’a pas porté l’enfant aurait pu bénéficier d’une présomption de comaternité en cas de mariage ou de la possibilité d’une reconnaissance en dehors du mariage. Ce qui est peu ou prou le système en vigueur au Québec et en Belgique. »

L’honnête homme complétera cette lecture avec un remarquable opuscule :« L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué »signé de Sylviane Agacinski (Gallimard. 48 pages. 3,90 euros). On espère que la maison Gallimard à prévu, avant l’été, une distribution de ce texte de combat, philosophique et politique, aux députés et aux sénateurs.

A demain @jynau 

«Meilleur des Mondes» : dernières nouvelles du front de la sélection des embryons humains

Bonjour

Jusqu’où ? Et quand ? A Vienne, dans le cadre de la 35ème réunion annuelle de la Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie (ESHRE),  la firme IVI 1 a présenté « deux nouvelles études sur la sélection des embryons humains » – études « basées sur les protéines et l’oxyde présents dans les milieux de culture ». Où l’on apprend que l’assistance de l’Intelligence Artificielle pourra, chaque jour un peu plus, aider à perfectionner la sélection des embryons de notre espèce.

IVI : « Dans le domaine de la reproduction humaine, l’amélioration de la sélection embryonnaire est l’un des axes de recherche dans lequel de plus en plus de ressources est investie. Récemment, l’utilisation de l’Intelligence Artificielle pour atteindre un certain degré d’automatisation lors du choix des embryons ou dans l’exécution de l’analyse génétique a représenté une évolution significative en termes de perfectionnement de la sélection et, par conséquent, d’amélioration des résultats ». Et par conséquent, d’amélioration de l’espèce ? Pour l’heure voici ces deux études viennoises :

I Première étude : « Le profil protéiné du transfert d’embryon unique euploïde révèle des schémas différentiels entre eux ». Elle a été réalisée à la clinique IVI à Valence entre septembre 2017 et mars 2018. Taille d’échantillon : 81 cycles préparés pour le transfert d’un seul embryon (transfert simple de blastocyste – SET).

Dr Marcos Meseguer, responsable de la recherche à la clinique d’IVI de Valence. « L’importance de cette étude réside dans le fait qu’il s’agit d’embryons qui ont déjà été testés génétiquement et qui se sont avérés euploïdes. Elle a une valeur élevée étant donné qu’en dépit d’être des embryons sélectionnés génétiquement, ils ne parviennent pas tous à s’implanter. L’idée est donc d’améliorer le processus de sélection grâce à l’analyse de protéines. Dans cette étude, nous avons eu recours, en partie, à l’Intelligence Artificielle, liée avec les images que nous obtenons par l’Embryoscope et le Geri (deux modèles d’incubateurs cinématographiques), en développant une méthode qui combine des images avec la méthode de sélection des protéines. Nous avons confirmé une sécrétion significativement élevée d’IL-6 et d’IL-8 dans les embryons en croissance, en se concentrant sur le potentiel de ces molécules pendant le développement de ces embryons. La majorité des concentrations de protéines présentaient un modèle de valeurs plus élevées chez les blastocystes éclos. »

2 Seconde étude : « Profil oxydant dans les milieux de culture élevés, biomarqueur d’embryons de bonne qualité : un outil non invasif pour sélectionner l’embryon à transférer ». Elle est basée sur l’étude du milieu de culture avec le développement multiple d’embryons, situations dans lesquelles « on trouve entre 10 et 12 embryons dans la même goutte ». Objectif : analyser si le profil oxydant peut être un bon biomarqueur pour déterminer la qualité des embryons. Etude également réalisée à la clinique IVI à Valence auprès d’un échantillon de 683 embryons sur un total de 174 cycles qui ont été effectués au moyen de la fécondation in vitro (FIV), entre mai 2017 et décembre 2018

Dr Marcos Meseguer : « Nous avons procédé à l’évaluation avec tous les embryons cultivés ensemble, et avons détecté qu’il existe un profil oxydatif différent lorsque les embryons sont de bonne qualité et lorsqu’il existe des paramètres qui rendent les embryons non viables. Nous avons développé une méthode pour évaluer l’environnement dans lequel de nombreux embryons se développent. En ne développant pas d’étude individuelle, nous avons analysé l’oxydation générée comme valeur mesurable dans le milieu dans lequel les embryons sont cultivés. Plus les embryons sont actifs et de meilleure qualité, plus ils genèrent de l’oxydation dans le milieu de culture. Cela indique qu’ils seront mieux préparés pour être transférés et permettront d’assurer un taux de réussite plus élevée dans le cycle de la patiente. Au contraire, dans les critères de classification, le niveau de stress oxydatif diminuait à mesure que la qualité de l’embryon se détériorait ».

Rappelons que la réunion annuelle de l’ESHRE est la plus importante conférence européenne sur la procréation assistée. C’est l’endroit où les meilleurs professionnels du monde entier se réunissent, et où, chaque année, ils arrivent à des conclusions importantes qui tracent l’avenir dans le domaine de la reproduction. L’avenir de l’espèce humaine sur le chemin de Valence, Vienne et Londres, du Brave New World et du Humanexit. Quand ?

A demain @jynau

1 IVI se présente ainsi :  « IVI a été fondée en 1990 en tant que première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la procréation assistée. Depuis lors, elle a contribué à la naissance de plus de 160 000 bébés grâce à l’application des dernières technologies de procréation assistée. Début 2017, IVI a fusionné avec RMANJ pour devenir le plus grand groupe de procréation assistée au monde. Il compte actuellement plus de soixante-cinq cliniques dans onze pays et est le principal centre de médecine de la reproduction. https://ivi-fertilite.fr/http://www.rmanj.com/ »

«Révolution dans la filiation» : Agnès Buzyn lève le voile gouvernemental dans le JDD

Bonjour

23 juin 2019. Ainsi donc c’est le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret, Emmanuelle Souffi, Hervé Gattegno). Outre un entretien ministériel, il aura eu l’exclusivité. On y trouvera l’essentiel de l’avant-projet de loi de révision de la loi de bioéthique – qui ne sera présenté en conseil des ministres que dans un mois. Un texte actuellement examiné par le Conseil d’Etat.

« PMA, Filiation, Embryons : La loi qui va révolutionner la famille » titre le quotidien dominical. Ce qui est sans doute un tout petit peu excessif. Qu’apprendra-t-on que nous ne pressentions ? Rien, ou presque. A commencer par le remboursement de l’insémination artificielle avec sperme de donneur pour les femmes vivant seules ou avec une autre femme.

On retiendra aussi la possibilité plus ou moins offerte à certains enfants d’avoir accès à leurs origines : Agnès Buzyn. affirme souhaiter « lever le voile sur l’origine de la filiation » pour les enfants nés grâce à un donneur, afin qu’ils accèdent à des informations sur celui-ci à leur majorité.  « Il faut établir une filiation qui a la même portée et les mêmes effets que la filiation biologique ou adoptive sans bouleverser le droit de la filiation actuel. Elle reposerait sur une reconnaissance de filiation avant la naissance du bébé », explique la ministre, qui se dit favorable à la création d’« un nouveau type de filiation qui concernera aussi les couples hétérosexuels qui ont recours à un don » :

Pour ce qui est des dons de sperme et d’ovocytes, Agnès Buzyn :

 « L’anonymat au moment du don sera préservé, mais il s’agit ensuite de permettre à l’enfant d’avoir accès à son histoire et à l’identité de son donneur quand il aura atteint ses 18 ans. Ça peut être un accès à des informations non identifiantes sur le donneur voire connaître son identité si le donneur y a consenti soit au moment du don, soit au moment où l’adulte en fait la demande. Les modalités de cet accès aux origines sont étudiées par le Conseil d’Etat ».

Anticipant les travers d’une telle mesure, Agnès Buzyn dit ne pas redouter une chute des dons en expliquant que « dans les pays qui ont généralisé cet accès aux origines, les dons ont diminué avant de remonter parce que ce ne sont pas les mêmes personnes qui donnent. » Ce qui ne manquera pas d’être discuté et contesté. « Les jeunes qui demanderont à connaître l’identité de leur donneur ne prendront pas ce dernier pour un parent. Etre parent, ce n’est pas des gamètes, mais de l’amour », affirme encore la ministre des Solidarités et de la Santé  

Quant à l’autorisation pour les femmes de congeler leurs ovocytes (comme c’est possible en Espagne ou en Belgique) la ministre révèle que le gouvernement allait l’autoriser, de façon très encadrée à partir de 30 ou 32 ans. Pourquoi ? « Pour éviter une baisse de la natalité due notamment à l’allongement des études ». Ce qui ne manquera pas de surprendre les principales intéressées.

A demain @jynau