Quand aura-t-on le droit, en France, de créer des enfants à partir de « trois parents » ?

Bonjour

C’est une première médicale qui interroge – une première à haut risque polémique. Un enfant conçu avec le matériel génétique issu de trois personnes (deux femmes et un homme) vient de naître en Grèce. Une vraie naissance au pays des mythes.

Le bébé (sexe masculin –  2,960 kg) est né le 9 avril d’une mère grecque de 32 ans qui avait tenté sans succès plusieurs fécondations in vitro, a précisé le centre grec Institute of Live (IVF), dans un communiqué :

« Greece achieves birth of the world’s first baby through the Institute of Life’s and Embryotools implementation of Maternal Spindle Transfer in a woman suffering from multiple IVF failures. Through pioneering clinical research, Institute of Life IVF Center in Greece and Embryοtools in Spain achieves global innovation in Assisted Reproduction !

 « The birth of the first healthy baby through the pioneering Maternal Spindle Transfer method – implemented for the first time by the Institute of Life and Embryotools – is a global first, offering the potential to preserve the mother’s genetic material. The method was implemented by Institute of Life IVF Center and Embryotools to address fertility issues associated with multiple in vitro fertilization (IVF) failures caused by cytoplasmic dysfunction of the oocytes or rare mitochondrial genetic diseases. The 2.960 grams boy was born at 07:46 a.m. today, 9 April 2019, to a 32-year-old Greek woman with a history of multiple IVF failures and poor oocyte quality. The mother and infant are both in good health.

« The Maternal Spindle Transfer method, which was developed after 5 years of basic research at Embryotools in Spain and two and half years of pioneering clinical validation at the Institute of Life’s laboratory in Greece, involves mitochondrial replacement in human oocytes, fully preserving the genetic material of the woman who wants to reproduce. In this way, specialists can overcome the problems of women with fertility issues and multiple IVF failures caused by cytoplasmic dysfunctions of their oocytes or women suffering from rare mitochondrial genetic diseases. Finally, the clinical implementation of the “Maternal Spindle Transfer” method is carried out under licensing and supervision of the Greek National Authority of Assisted Reproduction. »

Impuissance politique

Cette méthode, qui fait l’objet de controverses au plan éthique, avait déjà été utilisée avec succès en 2016 au Mexique pour éviter la transmission d’une maladie héréditaire maternelle. Elle avait ensuite été autorisée au Royaume Uni. Ici l’objectif est différent : il s’agit de répondre à un problème d’infertilité – c’est une forme de FIV intégrant via, un ovocyte énucléé, un troisième « parent »

« Aujourd’hui, pour la première fois dans le monde, le droit inaliénable d’une femme à devenir mère avec son propre matériel génétique devient une réalité » se félicite Panagiotis Psathas président de l’IVF, dans ce communiqué. Selon lui, « il est désormais possible pour des femmes ayant subi de multiples échecs de FIV ou souffrant de rares maladies génétiques mitochondriales d’avoir un enfant ».

Au-delà de l’emphase une nouvelle question est bel et bien soulevée, celle de la légitimité de créer des enfants conçus à partir de « trois parents » – création interdite en France. Une question qui ne figure pas au menu, en France, du Grand Débat. Elle n’est pas non plus inscrite dans le projet gouvernemental de révision de la loi de bioéthique. Où l’on voit l’impuissance chronique du politique à s’emparer des sujets éthiques majeurs de notre époque.

A demain

@jynau

L’homme a créé des singes dotés d’un cerveau génétiquement transhumanisé, en Chine

Bonjour

Sur la petite planète grossissante des transhumanistes on applaudira. Des scientifiques chinois ont créé des singes transgéniques porteurs d’un gène considéré comme jouant un rôle dans le développement du cerveau humain. L’étude vient de paraître dans National Science Review  « Transgenic rhesus monkeys carrying the human MCPH1 gene copies show human-like neoteny of brain development ». Les auteurs étaient dirigés par Bing Su (China Center for Excellence in Animal Evolution and Genetics, Chinese Academy of Sciences).

Ces chercheurs expliquent avoir obtenu onze macaques rhésus (Huit de première génération et trois descendants) porteurs des versions humaines du gène MCPH1, qui pourrait jouer un rôle dans le développement du cerveau humain. « Ils ont observé que les cerveaux de ces singes, comme ceux des humains, avaient mis plus de temps à se développer et que les animaux obtenaient de meilleurs résultats aux tests sur la mémoire à court terme et le temps de réaction, en comparaison avec les singes vivant dans la nature, rapporte l’Agence France Presse.  La taille des cerveaux des singes de l’expérience n’était toutefois pas supérieure à celle des cerveaux de leurs congénères du groupe contrôle. »

Mieux : ces singes ont été soumis « à des tests de mémoire dans lesquels ils devaient se souvenir de couleurs et de formes sur un écran » ainsi qu’à des examens par IRM. Seuls cinq d’entre eux ont toutefois survécu jusqu’à la phase de tests.

« Quelque chose de mal »

Cette expérience est la dernière en date d’une série de recherches biomédicales effectuées en Chine qui ont suscité une controverse au plan de l’éthique. Dans leur étude, les chercheurs chinois affirment ainsi :

« Nos résultats démontrent que des primates transgéniques non humains (en dehors des espèces de grands singes) ont le potentiel pour fournir des aperçus importants – et potentiellement uniques – concernant des questions fondamentales sur ce qui rend l’homme unique. »

Ces chercheurs se veulent rassurant : le macaque rhésus, bien que nettement plus proche génétiquement des humains que les rongeurs, reste selon eux « suffisamment éloigné de l’homme » pour ne pas « susciter de questionnement éthique » (sic).  Commentaire de Jacqueline Glover, bioéthicienne de l’Université du Colorado à la MIT Technology Review –(Antonio Regalado) : « Les humaniser revient à faire quelque chose de mal. Où vivraient-ils et que feraient-ils ? Il ne faut pas créer un être vivant qui ne peut pas avoir une vie significative dans un contexte quelconque. »

« En janvier, une équipe de scientifiques chinois avait annoncé avoir cloné cinq singes à partir d’un spécimen unique dont les gènes avaient été modifiés pour le rendre malade, afin d’étudier les troubles du sommeil, se souvient l’AFP. Ils avaient découvert que ces singes montraient des signes de problèmes mentaux associés (dépression, anxiété, comportements liés à la schizophrénie). Ces résultats, publiés dans la National Science Review visaient, selon eux, à servir la recherche sur les maladies psychologiques humaines. »

Sur Transhumania, on est aux anges.

A demain

@jynau

 

 

Greffe d’utérus en France : mais pourquoi tant de précipitation dans la communication ?

Bonjour

Mail classé « Important » adressé, en fin de matinée, aux journalistes spécialisés: « Bonjour, Pour toute demande concernant la greffe de l’utérus réalisée au sein de l’hôpital Foch, merci de contacter l’agence presse Dentsu Consulting  (‘’Il faut vingt ans pour construire une réputation et cinq minutes pour la détruire’’)». Et peu auparavant une dépêche sur le fil de l’AFP  – le tout avant les premières reprises dans les journaux de la mi-journée.

Résumons l’événement. Pour la première fois en France une greffe d’utérus a été pratiquée (le 31 mars dernier) chez une femme de 34 ans. Greffe pratiquée à l’hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine) par l’équipe du Pr Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction. La donneuse, 57 ans, est la mère de la patiente greffée.

Cette dernière est atteinte du syndrome  de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser : aplasie congénitale de l’utérus et de la partie supérieure (les 2/3) du vagin, chez des femmes ayant un développement normal des caractères sexuels secondaires et un caryotype 46,XX normal. Ce syndrome affecte au moins une femme sur 4500.

Alternative à la mère porteuse

Ce type de greffe est loin d’être une première. Une naissance avait pu être ainsi obtenue après en Suède, un an après la transplantation, en 2014, pratiquée par  l’équipe du Pr Mats Brännström (Université de Göteborg), grand pionnier dans ce domaine. La donneuse vivante avait 61 ans. Le Pr Brännström a expliqué à l’AFP que quinze naissances ont d’ores et déjà été obtenues dans le monde après greffe utérine : « neuf en Suède dont la dernière il y a quatre jours, deux aux Etats-Unis, une au Brésil, en Serbie, en Chine et en Inde ».

Parmi les treize pays (avant la France) ont pratiqué cette greffe figurent aussi selon cet expert le Mexique, le Liban, l’Arabie saoudite, l’Allemagne, la République tchèque et la Belgique. Et en décembre dernier on apprenait la première naissance obtenue (au Brésil) après greffe d’un utérus prélevé chez une donneuse décédée. Annonce alors faite dans les colonnes du Lancet.

Une autre équipe française, du CHU de Limoges, avait reçu en 2015 l’autorisation de l’Agence de la biomédecine et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de conduire un essai clinique à partir de donneuses en état de mort cérébrale. Finalement c’est donc Foch, avec donneuse vivante, qui obtient le premier résultat et qui choisit de l’annoncer en extrême urgence.

On rappellera que cette greffe pourra aussi être une  alternative expérimentale à la gestation pour autrui, interdite en France. Voire à l’adoption. Prochaine étape : la première naissance mondiale obtenue à partir d’un utérus artificiel.

A demain

@jynau

 

Grand débat : non, tous les intellectuels français n’ont pas été conviés au Palais de L’Elysée

Bonjour

Tous ne viendront pas, tous ne seront pas là. C’est une information du Figaro (Arthur Berdah) : « Grand débat: Macron va recevoir une soixantaine d’intellectuels lundi à l’Élysée ». Où l’on apprend qu’Emmanuel Macron 1 « a convié des scientifiques, des économistes, des philosophes, ainsi que des spécialistes des sciences humaines et de l’environnement ». Et qu’il aurait « essuyé plusieurs refus ».

Nous sommes ici, on l’aura compris dans la phase finale de la dynamique du « Grand débat ».  « Après avoir déjà rencontré des élus, des Gilets Jaunes, des enseignants, des retraités, des chefs d’entreprises, des habitants des quartiers, des jeunes, des femmes … Emmanuel Macron va recevoir lundi 18 mars 2019 ‘’des universitaires et des intellectuels’’». Selon le Palais de l’Élysée, le chef de l’État considère qu’il est «important de valoriser la parole de personnes qui ont du recul sur le flux quotidien de l’actualité et une vision de l’avenir du pays». Et nous n’avons pas tous, chacun en conviendra, un tel potentiel de recul sur ce flux.

Selon Le Figaro une soixantaine de personnalités sont attendues. Auraient déjà confirmé leur présence : Philippe Aghion et Jean Pisani-Ferry, deux économistes proches d’Emmanuel Macron, ainsi que Daniel Cohen et Jean-Claude Casanova. Côté philosophes, Marcel Gauchet, Myriam Revault d’Allonnes, Monique Canto-Sperber, Michaël Fœssel, et Dominique Méda. Le climatologue Jean Jouzel est annoncé.

L’éthique dans le champ des sciences de la vie et de la santé

Toujours selon ce quotidien seront également présent au Château le prix Nobel de physique Serge Haroche, celui de physiologie Jules Hoffmann, sans oublier le mathématicien médaillé Fields et macroniste Cédric Villani. Le Chancelier de l’Institut de France Xavier Darcos est lui aussi attendu, de même que de nombreux sociologues dont Jean Viard, Michel Wieviorka, Bruno Latour et Louis Chauvel. Enfin, sur la liste, le patron de la Fondation Jean-Jaurès Gilles Finchelstein, l’historien Jacques Julliard, et le spécialiste de l’islam Gilles Kepel.

Plusieurs invités ont quant à eux décliné la proposition de l’Élysée et ce pour différentes raisons : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut,  sa consœur Sylviane Agacinski ou encore l’économiste Frédéric Lordon.

Ceci posé (et au vu des informations distillées par Le Figaro)  comment ne pas être surpris, sinon stupéfait, de constater à quel point le corps médical sera absent de cette assemblée. Et plus encore, au-delà du corps médical hospitalo-universitaire, la notable sous-représentation de la recherche en génétique et en biologie. Et, au-delà encore, l’absence de toute personnalité incarnant la réflexion éthique dans le champ des sciences de la vie et de la santé.

Imagine-t-on, sous d’autres cieux, une réunion à ce point solennelle et signifiante en l’absence, par exemple, de Georges Duhamel, René Leriche, Henri Mondor, André Lwoff, Jacques Monod, Jean Bernard ou François Jacob ? Mais il est vrai que c’était avant –  qui, nous assure-t-on,  n’était en rien mieux qu’aujourd’hui.

A demain

@jynau

 

 

 

 

1 Rambaud P. « Emmanuel le Magnifique »  Editions Grasset.

 

Transhumanisme: le vrai-faux moratoire contre les futurs humains génétiquement modifiés

Bonjour

C’est une bien étrange tribune à lire dans Nature : « Adopt a moratorium on heritable genome editing » Auteurs : Eric Lander, Françoise Baylis, Feng Zhang, Emmanuelle Charpentier, Paul Berg « and specialists from seven countries call for an international governance framework » – un goupe de dix-huit biologistes et éthiciens de sept pays (Etats-Unis et Chine pour l’essentiel) 1.

Où l’on voit qu’officiellement  les signataires appellent à un « moratoire » sur l’utilisation clinique des nouvelles méthode d’édition/réédition  du génome sur des cellules germinales ou des embryons humains «pour produire des enfants génétiquement modifiés». On saisit d’emblée que cet appel fait suite à la récente et spectaculaire annonce, en novembre dernier, par le chercheur chinois He Jiankui, de la naissance de jumelles dont pù aurait modifié le génome afin de les rendre « protégées contre le VIH ». « Dans ce document de quatre pages, accompagné d’un éditorial, les experts exposent les raisons de leur demande et le cadre dans lequel CRISPR-cas9 devrait être utilisé, résume la Revue Médicale Suisse. Ils soulignent ne pas exclure pas définitivement l’utilisation de cette technique d’édition de génomes humains mais insistent sur le fait que toute transformation des cellules germinales exige que les conséquences à long terme aient été comprises, tant pour l’individu que pour l’espèce humaine. »

Un moratoire, en somme, pour mieux « ne pas exclure définitivement ». Orwell et sa novlangue rôdent et l’on ne peut pas ne pas songer à la conférence d’Asilomar organisée en 1975, déjà, par Paul Berg.

Il est désormais pleinement établi que le Chinois He Jiankui a transgressé toutes les recommandations en matière de modification du génome humain. «Non seulement il n’était pas en mesure de prouver qu’il pouvait maîtriser les conséquences de ces modifications sur la santé de ces enfants ni que celles-ci ne seront pas délétères par la suite, mais il n’avait en plus aucune autorisation pour le faire, souligne Catherine Bourgain (Cermes 3 – Génétique humaine et statistiques, recherche participative) membre du comité d’éthique de l’Inserm (elle a signé la tribune de Nature). En l’occurrence, la modification qu’il a réalisée n’est pas celle qu’il avait prévue à l’origine, il y a eu beaucoup d’incertitudes. Sans compter que l’intérêt d’un tel acte n’est pas du tout prouvé.»

« A moins que certaines conditions ne soient remplies »

Où l’on voit que si l’intérêt de l’acte devait être prouvé les condamnations de son auteur pourraient être aussitôt effacées. Une trentaine de pays, dont la France, interdisent déjà ce type de pratiques. «Ce n’est pas le cas aux États-Unis et en Chine, explique Catherine Bourgain au Figaro (Cécile Thibert). Par “moratoire mondial”, nous ne voulons pas dire interdiction permanente, précisent les signataires. Cela signifie plutôt que nous demandons la mise en place d’un cadre international dans lequel chaque pays, tout en conservant le droit de prendre ses propres décisions, s’engagerait volontairement à interdire l’utilisation de cellules germinales génétiquement modifiées à moins que certaines conditions ne soient remplies.»

Où l’on voit, enfin, que le moratoire ne vise pas les manipulations génétiques faites dans le cadre de recherches « tant qu’elles n’aboutissent pas à une naissance ». Et loin d’un interdiction définitive des humains génétiquement modifiés les auteurs réclament l’interdiction « temporaire » (cinq ans, par exemple) de ces modifications génétiques – sans oublier la mise en place d’une « institution internationale » dont l’objectif serait de vérifier la pertinence des décisions prises par les pays. «On touche à la création d’êtres humains, à la notion même d’humanité, fait valoir Catherine Bourgain. Cela pose des questions qui concernent tout le monde. Le débat doit avoir lieu de façon large et ouverte, pas seulement au sein de la communauté scientifique.»

« Les conséquences d’un acte sont incluses dans l’acte lui-même ». George Orwell est bel est bien parmi nous.

A demain

@jynau

1 Eric S. Lander is president and founding director of the Broad Institute of MIT and Harvard in Cambridge, Massachusetts, USA. Françoise Baylis is a university research professor, Dalhousie University, Halifax, Canada. Feng Zhang is a core member of the Broad Institute of MIT and Harvard. Emmanuelle Charpentier is founding and acting head of the Max Planck Unit for the Science of Pathogens in Berlin, Germany. Paul Berg is Robert W. and Vivian K. Cahill Emeritus Professor in the biochemistry department at Stanford University, Stanford, California, USA. Catherine Bourgain, Bärbel Friedrich, J. Keith Joung, Jinsong Li, David Liu, Luigi Naldini, Jing-Bao Nie, Renzong Qiu, Bettina Schoene-Seifert, Feng Shao, Sharon Terry,Wensheng Wei, Ernst-Ludwig Winnacker

Paludisme : la génétique bouleverse tout ce que l’on croyait savoir sur son origine en Afrique

Bonjour

Nous sommes loin d’avoir pris la mesure des pouvoirs de la génétique dans le champ de l’infectiologie. Ainsi cet éclairage signé par des chercheurs de l’Institut Pasteur et publié aujourd’hui même dans The American Journal of Human Genetics 1.

On sait tout ou presque du paludisme, responsable de centaines de milliers de décès prématurés chaque année – essentiellement des enfants et plus particulièrement en Afrique. On sait tout ou presque également Plasmodium falciparum. Et la mutation génétique entraînant une anémie falciforme (drépanocytose), maladie chronique souvent mortelle chez les enfants de moins de cinq ans avait, de longue date, intrigué la communauté scientifique du fait de la protection que cette mutation confère contre le paludisme.

Les personnes porteuses de la mutation βS (localisée dans le gène HBB) et qui ne développent pas d’anémie falciforme caractéristique de la drépanocytose (les « porteurs sains »), montrent une résistance accrue aux infections paludéennes. Ce « paradoxe évolutif » a été mis en évidence dès le début des années cinquante ; étonannt paradoxe : une mutation par nature délétère favorise la survie de certains individus.

« Ce paradoxe fait de βS un cas emblématique de sélection naturelle chez l’homme mais surtout un marqueur idéal pour l’étude du paludisme, où la date d’apparition de βS correspond en réalité à la date minimum d’apparition du paludisme, expliquent les chercheurs français. Les études réalisées ces dernières décennies suggéraient une date d’apparition de βS , et donc du paludisme, compatible avec les dates connues de l’adoption de l’agriculture comme principal mode de subsistance, il y a 4 000 – 5 000 ans en Afrique centrale. »

Effets bénéfiques du métissage sur certains aspects de santé publique

On peut le dire autrement :  la communauté scientifique avait donc longtemps admis un lien de causalité entre l’émergence de l’agriculture et la diffusion du paludisme en Afrique. A l’inverse, l’histoire du paludisme dans les populations africaines n’ayant pas adopté l’agriculture était totalement inconnue. Tel n’est plus le cas aujourd’hui grâce aux données génétiques inédites obtenues par les scientifiques de l’unité de Génétique évolutive humaine à l’Institut Pasteur – étude menée par Guillaume Laval et Lluis QuintanaMurci en étroite collaboration avec l’institut Max Planck de Leipzig  et l’IRD.

« Les résultats de cette collaboration scientifique, basés sur une formalisation inédite du mode particulier de sélection naturelle admis pour βS , montrent que cette mutation est apparue il y a environ 20 000 ans. Ces nouveaux résultats indiquent donc que le paludisme sévissait déjà bien avant l’adoption de l’agriculture, en contradiction avec les interprétions classiques.

« Cette étude montre également une arrivée plus récente de la mutation β S dans les populations de chasseurs-cueilleurs, il y a environ 4 000 ans. Les modifications de la forêt équatoriale survenues à cette époque, sans doute à cause d’un épisode de changement climatique et/ou d’une période de déforestation accrue due à une agriculture naissante, auraient favorisé la transmission du paludisme dans les populations pygmées. »

« Nous montrons que la fameuse mutation β S conférant une résistance au paludisme aurait pu être amenée par les populations agricultrices venues au contact de ces populations de chasseurs cueilleurs lors de la grande migration Bantoue, quand les agriculteurs ont traversé la forêt équatoriale, pour ensuite suivre des routes migratoires vers l’est et le sud de l’Afrique sub-Saharienne commentent les auteurs de ce travail. Ces résultats éclairent d’un jour nouveau une part mal connue de l’histoire du paludisme et mettent en lumière les effets bénéfiques du métissage sur certains aspects de santé publique, comme par exemple la diffusion entre populations humaines de mutations de résistance à différents pathogènes. »

Métissage et santé publique. Nous sommes loin d’avoir pris la mesure des pouvoirs de la génétique. Et ce bien au-delà du champ de l’infectiologie.

A demain

@jynau

Recent Adaptive Acquisition by African Rainforest Hunter-Gatherers of the Late Pleistocene Sickle-Cell Mutation Suggests Past Differences in Malaria Exposure,

The American J. Human Genetics, 28 février 2019

Guillaume Laval 1,2,, Stéphane Peyrégne 1,2,3, Nora Zidane 1,2, Christine Harmant 1,2, François Renaud 4, Etienne Patin1,2, Franck Prugnolle 4,  and Lluis Quintana-Murci1,2,

1 Human Evolutionary Genetics Unit, Institut Pasteur, UMR2000 CNRS, Paris 75015, France; 2 Center of Bioinformatics, Biostatistics and Integrative Biology, Institut Pasteur, Paris 75015, France; 3 Department of Evolutionary Genetics, Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, Leipzig 04103, Germany; 4 Laboratory MIVEGEC, UMR 5290 CNRS-IRD, Montpellier 34394, France.

L’espérance de vie des Français.e.s plafonnerait. Est-ce une bonne raison pour désespérer ?

Bonjour

C’est un scoop-manchette du Monde (Nathaniel Herzberg) : « Pourquoi l’espérance de vie ne progresse plus ». Entendre l’espérance de vie des Français. Compteur bloqué : 79,4 ans pour les hommes, 85,3 pour les femmes en 2018.  Après un gain de trente ans au XXe siècle, ce coup d’arrêt surprend. Environnement, alimentation, niveau de vie : comment expliquer ce plafonnement ? Où l’on sous-entend, bien évidemment, que l’immortalité n’est pas une hypothèse à exclure d’emblée.

 

Que nous dit le quotidien vespéral qui devrait, cette année, célébrer ses 75 ans ? Qu’au XXe siècle, l’espérance de vie des Français a gagné trente ans, en passant de 45 à 74 ans pour les hommes et de 49 à 82 ans pour les femmes. Pourquoi ? Recette connue : amélioration globale de l’état sanitaire du pays, réformes sociales réduisant la pénibilité du travail, « mais aussi et surtout une succession de progrès médicaux majeurs ». La médecine, ses progrès et ses failles, au cœur de tous les espoirs, de toutes les craintes. Ainsi les statisticiens usent-ils de trébuchets pour évaluer l’impact des vagues de grippes hivernales sur cette espérance vitale plafonnante. Sans doute faudrait-il aussi tenter de mesurer les apports des vaccins, des antibiotiques et autres avancées thérapeutiques médicamenteuses et chirurgicales.

On peut aussi privilégier les modes de vie privilégiant l’hygiène aux excès, ce qui expliquerait les diférences longtemps observées entre les hommes et les femmes. Des différences de moins en moins marquées du fait, notamment, de l’augmentation de la consommation de tabac chez ces dernières.

Cent euros de plus par mois = une rallonge de 0,8 ans

 Autre piste : socio-économique.  « Une étude rendue publique en février 2018 par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a ventilé l’espérance de vie, non plus suivant les catégories socioprofessionnelles, mais en fonction du niveau de vie, résume Le Monde. L’espérance de vie des 5 % d’hommes les plus aisés culminait à 84,4 ans ; celle des 5 % les plus pauvres (470 euros de niveau de vie, soit le revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation) plafonnait à 71,7 ans. Un écart de treize ans (huit ans chez les femmes), d’autant plus marqué que l’on descend dans l’échelle des revenus‘’Aux alentours de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes, 0,7 an chez les femmes’’, indique ainsi l’étude. » Le Monde, toujours :

« Si l’on ajoute, toujours selon l’Insee, qu’entre 2008 et 2016 le revenu disponible a diminué en moyenne de 1,2 %, il est tentant de conclure, avec l’épidémiologiste américain Philip Landrigan, du Boston College, que « la montée des inégalités est la première cause de cette stagnation de l’espérance de vie ». « Même dans un pays comme la France, avec son accès universel aux soins, l’augmentation du nombre de pauvres va tirer l’espérance de vie vers le bas, ajoute-t-il. D’autant que ce sont aussi eux qui subissent le plus lourdement les effets de la pollution de l’air’’. ».

Désespérer ? Sans soute pas. Que les Gilets Jaunes lisent ou pas Le Monde sur les ronds-points, ce sont là autant d’éléments à haute valeur politique et qui, à ce titre, devraient trouver leur place dans le Grand Débat.

A demain

@jynau