Avortement : de Bailleul (Sarthe) à Buenos Aires, politique, médecine et polémiques

Bonjour

L’IVG (sa dépénalisation, sa légalisation, sa pratique) est un sujet permanent de polémiques médiatisées. On vient de l’observer en Argentine. En juin les députés argentins avaient approuvé sa légalisation (129 voix contre 125. Mercredi 8  août, leurs collègues du Sénat s’y sont opposés (38 voix contre 31 et 2  abstentions). Rejet du projet de loi au grad dam de centaines de milliers de personnes qui s’étaient rassemblées à Buenos Aires et dans les principales villes du pays.

« Le débat sur le droit à l’avortement est loin d’être refermé en Argentine. Certes, le vote des sénateurs témoigne du solide pouvoir d’influence de l’Eglise catholique et des Eglises évangéliques, vigoureusement mobilisées contre ce texte, ainsi que du machisme persistant dans les provinces les plus traditionnelles, éditorialise Le Monde. Mais la démonstration est désormais faite, confirmée par tous les sondages ces dernières semaines, que la société argentine a profondément évolué et est aujourd’hui majoritairement favorable au droit à l’IVG. En tout état de cause, après quatre mois d’un débat intense – et qui a ouvert d’autres brèches, comme la demande de la séparation de l’Eglise et de l’Etat –, il est probable que la dépénalisation et la légalisation ne sont plus qu’une question de temps, en Argentine, et certainement dans le reste du continent, où les mouvements féministes sont plus actifs que jamais. »

En France, plus de quarante ans après la promulgation de la loi Veil les polémiques, pour s’être apaisées, n’ont jamais véritablement cessé.

Le 26 juillet dernier, au cours d’une question orale au Sénat à l’attention d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé  Agnès Buzyn, la sénatrice Nadine Grelet-Certenais (Socialiste, Sarthe) a déclaré :

« Il est intolérable que les femmes ne puissent pas exercer leur droit essentiel parce que des médecins, au mépris de l’accès aux soins, font valoir des réticences d’ordre personnel ou éthique ». (JO du Sénat du 26/07/2018 page 3808).

Cette déclaration faisait référence au cas exceptionnel du centre hospitalier du Bailleul, dans la Sarthe, où suite au départ à la retraite d’un médecin et au recours à la clause de conscience des trois autres praticiens de l’établissement, ce dernier n’était plus en mesure temporairement de pratiquer l’IVG.

Intolérable

En réponse à la sénatrice, le Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France (SYNGOF) a réagi avec une particulière virulence :

« Si l’accès à l’avortement pour les femmes est un droit essentiel, incontesté et incontestable, la réalisation de l’avortement n’est pas un acte de soins ordinaire. A ce titre,  il nécessite des médecins à qui la loi reconnait le droit d’avoir une liberté de conscience. Qu’une sénatrice de la France, élue de la Nation, ne reconnaisse pas la liberté de conscience des soignants est intolérable à la Nation. Prétendre que les médecins ont le mépris de l’accès aux soins, alors qu’ils sont au contact direct avec la souffrance de leurs patientes, c’est ne pas connaitre leur vie. »

Pour autant le SYNGOF reconnaît que le cas exceptionnel de Bailleul, dans la Sarthe angevine, met en évidence un problème de fond dans l’organisation de l’accès aux soins sur le territoire français Alors que la loi N°2016-41 du 26 janvier 2016, dans son article premier, fait de l’Etat l’organisateur et le responsable de la santé en France, la pénurie de gynécologues annoncée par la profession depuis vingt ans s’aggrave depuis plusieurs années, et les gouvernements successifs n’ont pas jugé utile de la corriger.

« Et ce n’est pas en retirant leur éthique et leur conscience aux médecins que la Nation permettra un égal accès à l’avortement pour les Françaises qui le demandent. Comme Madame la sénatrice a une éthique et une conscience, qu’elle souffre que les médecins en aient une et que l’Etat la respecte. » 

Et le SYNGOF de noter que la ministre de la Santé « n’a pas acquiescé » aux attaques de la sénatrice socialiste. Et ensuite ?

A demain

Miracle breton : Emmanuel Macron accorde sa bénédiction à la maternité de Guingamp

Bonjour

C’était avant l’affaire Benalla. Avant même que la France ne soit championne du monde. C’était fin mai : Guingamp (Côtes d’Armor) se révoltait contre la fermeture programmée de sa maternité. Plus de 2 000 personnes s’étaient rassemblées dans les rues de la cité bretonne. Mouvement soudé contre la fermeture décidée par l’Agence Régionale de Santé (ARS). Une vingtaine d’élus étaient dans le cortège. Parmi eux  Noël Le Graët, 76 ans, ancien maire de Guingamp et président de la Fédération française de football. Noël ne savait pas encore qu’il serait sous peu chaudement félicité, à Moscou, par un président Macron rayonnant.

L’ARS de Bretagne venait d’annoncer la fermeture de la maternité à compter du 31 janvier 2019 – après cette date seul le suivi des grossesses et des jeunes mères pourrait se faire sur place. Pourquoi ? A cause du manque de pédiatres et d’anesthésistes. « Ces difficultés fragilisent la prise en charge et la capacité de l’établissement à assurer dans l’avenir la sécurité des futures mamans et des nouveau-nés 24 heures sur 24 », indiquait l’ARS dans un communiqué.

« Nous n’acceptons pas cette décision ! tonnait Philippe Le Goff, maire de Guingamp. Lorsque l’on sait qu’une maternité comme la nôtre fait 500 accouchements par an, on a besoin de ce service. » « Notre attente est que les conseillers régionaux s’opposent à ce plan régional de santé, renchérissait Cinderella Bernard, conseillère départementale. C’est primordial pour que l’ARS revienne sur sa décision. »

Emmanuel Macron en piste

Puis, soudain, les symptômes du miracle. Fin juin Agnès Buzyn annonçait que le dossier de la maternité serait réexaminé – et ce à la demande d’Emmanuel Macron après une visite présidentielle providentielle en sol breton.

« Ce qui a été acté par l’ARS, c’est que de toute façon la réorganisation de la maternité ne doit pas survenir avant février 2019 et qu’on a dans cet intervalle de temps tout intérêt à retravailler avec les acteurs locaux, les acteurs soignants des établissements concernés pour voir quelle serait la meilleure organisation de la filière de périnatalité sur ce territoire », expliquait la ministre.

Puis, coup de théâtre, survint, dans le paysage, l’humoriste-comédien Jean-Marie Bigard – avec sa promesse d’organiser un spectacle caritatif, le 20 août, pour venir en aide à la maternité. Lien de causalité ou pas, le miracle républicain n’a plus tardé : « La maternité restera ouverte au-delà du 1er février 2019 », faisait savoir il y a quelques jours à l’AFP le cabinet de la ministre de la Santé. Une information qui  –  serait-ce la fatalité – venait confirmer les dires de Yannick Kerlogot, député de la circonscription (LREM). Titulaire d’une maîtrise d’histoire M. Kerlogot  avait, jadis, consacré son mémoire de recherche aux écoles primaires de Guingamp.

La maternité bretonne devra dans un premier temps user de son sursis de deux ans pour « redresser la barre » (sic). « Il s’agira d’augmenter le nombre de naissances » (sic) souligne le cabinet de la ministre des Solidarités et de la Santé. Il faudra aussi « renforcer la sécurité des parturientes ».

À l’annonce de cette nouvelle, l’humoriste-comédien pro-Guingamp s’est empressé d’exprimer sa joie sur les réseaux sociaux. « On a gagné !!! Notre mobilisation a payé et la maternité est sauvée pour le moment !! @OuestFrance @LeTelegramme @EAGuingamppic.twitter.com/Ot98ZxODKW »

Qui, longtemps après les écrouelles, dira la puissance des présidents, des humoristes, des comédiens ?

A demain

 

Sur RTL, Agnès Buzyn révèle le contenu de ce que sera le futur projet de loi sur la PMA 

Bonjour

Retour en avion du congrès VIH/sida d’Amsterdam, les orages de l’affaire Benalla et la canicule montante dans les EHPAD : Agnès Buzyn invitée politique avait réponse à tout, ce matin, au micro de RTL (Jérôme Chapuis), première radio de France.

Jusqu’au dossier de la « PMA pour toutes ». On venait d’apprendre (via Le Monde) que le parti La République en marche (LRM) venait de fixer « son cap » quant à l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. « La réforme, engagement de campagne d’Emmanuel Macron, doit être votée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique au début de l’année 2019, expliquait le quotidien  Mais la promesse présidentielle comptait quelques zones d’ombres, que le gouvernement et la majorité devront éclairer dans les mois qui viennent. »

Ainsi, LRM défend désormais la reconnaissance de la filiation pour les deux mères et dès la naissance de l’enfant « comme pour les couples hétérosexuels ». Le parti défendra d’autre part le remboursement de la PMA par l’Assurance maladie. Un sujet éthique et économique d’une particulière importance dans la mesure où ces actes sortent du champ de la thérapeutique.

Les jeux sont faits

Interrogée sur la position du gouvernement, la ministre des Solidarités et de la Santé s’est exprimée en des termes qui soulèvent quelques questions de taille.

« La position du gouvernement sera rendue publique à l’automne. Nous attendons, parce que c’est prévu dans le calendrier de révision des lois de bioéthique, un rapport du Conseil (sic) national  consultatif d’éthique et le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques. Nous sommes en train de rédiger la loi (sic), des décisions vont être prises, mais officiellement nous attendons l’ensemble des rapports et c’est très bien que LRM donne son opinion et son avis… »

Jérôme Chapuis demande à la ministre si le gouvernement pourrait aller à l’encontre de l’avis du parti majoritaire à ce sujet ? « C’est peu probable » répond la ministre en souriant.

Ainsi donc, officiellement, le gouvernement attend deux rapports officiels sur le sujet. Mais on sait d’ores et déjà que les jeux faits. Le « projet de loi » est, sur ce point, ficelé. Nous apprendrons à l’automne que le gouvernement proposera l’extension de certaines techniques de PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires – actes pris en charge via la solidarité de la sécurité sociale. Il ne restera plus alors, aux députés, qu’à voter. Une page sera tournée.

A demain

 

Contraceptif et polémiques : la multinationale Bayer fait une croix sur l’implant Essure®

 

Bonjour

C’est la fin d’une histoire qui reste à écrire. « Bayer Will Stop Selling the Troubled Essure Birth Control Implants » annonce The New York Times. Essure® : nom de marque d’un dispositif médical implantable de stérilisation définitive commercialisé par la multinationale Bayer. Une méthode recommandée en France en 2013 par la Haute Autorité de Santé (HAS) en première intention – et ce compte tenu de l’amélioration du service médical rendu par rapport à la ligature des trompes.

Essure® avait déjà, depuis 2009, pris une place dominante par rapport à la méthode par ligature – du fait notamment du remboursement par l’assurance maladie des actes chirurgicaux et de l’implant lui-même (à hauteur de 700 euros l’unité).

Puis vint la polémique 1. Elle a commencé, signe des temps, avec l’alerte de différentes agences sanitaires par des femmes concernées. L’efficacité et la sécurité du dispositif Essure® ont ainsi été mises en cause  aux Etats-Unis, au Canada, aux Pays-Bas et en France. Motifs : des notifications « d’événements indésirables » incluant des symptômes gynéco-obstétricaux ou des échecs ou complications de la méthode mais également des troubles généraux variés et peu spécifiques : douleurs, allergies ou réactions d’hypersensibilité, troubles intestinaux, troubles neuro-sensoriels, anxiété, dépression, pathologies auto-immunes, troubles thyroïdiens, faiblesse des membres inférieurs, ou problèmes de la sphère ORL.

Autres options

Dans un premier temps les agences sanitaires américaine et néerlandaise ont réévalué le bénéfice/risque d’Essure® – sans modifier leur décision de mise à disposition. Il en fut de même en France où une association (« RESIST ») créée en juin 2016 par des femmes s’estimant victimes rapportaient des troubles sévères. Puis tout évolua dans une cacophonie difficilement interprétable. Avant son retrait, en France, par Bayer l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait préconisé « par mesure de précaution de ne plus l’implanter» Essure – et demandé de « procéder au rappel des produits en stock ».

En septembre, Bayer retirait Essure® de tous les pays sauf des Etats-Unis. Avant, finalement, d’abandonner la partie. Selon The New York Times, d’ici la fin de l’année, cette méthode de contraception définitive ne sera plus commercialisée outre-Atlantique. « Aux Etats-Unis, Bayer est visé par une action de groupe  qui réunit près de 16 000 femmes qui ont déclaré des blessures graves comme des perforations de l’utérus et des trompes de Fallope » rappelle Le Parisien.

Si l’on en croit Bayer la décision de ce retrait total n’est pas la conséquence des graves effets secondaires de son dispositif, vieux de seize ans, mais d’une « baisse des ventes, les femmes choisissant d’autres options ». Bayer ne dit pas pourquoi.  Qui écrira l’histoire d’Essure® ?

A demain

1 Tous les articles de ce blog concernant la polémique Essure® sont disponible via ce lien : https://jeanyvesnau.com/?s=Essure

 

 

Coûte que coûte, la « PMA pour toutes » : mouvements de troupes et manœuvres politiques

Bonjour

Grouchy ou Blücher ? On attendait le gouvernement à l’automne et ce fut, hier, François de Rugy. Le 12 juillet, sur le plateau de BFM TV, le président de l’Assemblée nationale s’est prononcé en faveur de l’ouverture de la procréation médicalement assistée à « toutes les femmes ». Il l’avait déjà fait. Mais désormais il espère publiquement, du haut des ors du Perchoir, voir les député.e.s de la majorité déposer une proposition de loi en ce sens – et ce  « avant la fin de l’année». Une demande du locataire du Palais de l’Elysée ? Une aide politique fournie sans même que la demande soit exprimée ?

« C’est l’engagement que nous avions pris lorsque nous étions candidats aux législatives», a-t-il justifié. Ajoutant qu’il s’agissait également « d’un engagement du président de la République ». Une prise de position et des rappels qui font suite au rapport du Conseil d’État soulignant que du strict point de vue juridique, «rien n’impose au législateur d’ouvrir aux couples de femmes et aux femmes seules» l’accès à la PMA, «mais rien n’impose non plus le ‘statu quo’».

« Le président de l’Assemblée nationale s’était déjà prononcé en faveur d’une accélération de la législation sur la PMA, rappelle Le Figaro. En septembre dernier, il assurait sur France Inter : ‘’tous les éléments du débat sont connus et archiconnus depuis des années’’. Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes avait elle aussi, quelques jours plus tôt, assuré que l’engagement formulé d’ouvrir la procédure à l’ensemble des femmes par le candidat Macron serait respecté. »

Reste à savoir qui doit prendre l’initiative. Pour François de Rugy aucun doute : c’est aux députés de la majorité, de faire une proposition de loi, accompagnés par «tous ceux qui voudraient s’y associer» déposent une proposition de loi en ce sens. Et M. de Rugy d’assurer être optimiste quant à l’existence d’une «majorité prête à l’adopter». Pour lui il ce sujet ne doit pas être dissous dans la révision de la loi de bioéthique prévue pour 2019.

Débats envenimés

La manoeuvre est concertée. Peu auparavant, devant le Congrès le chef de file des députés LREM Richard Ferrand avait affirmé qu’il faudrait « sans tarder inscrire à notre agenda l’élargissement à la procréation médicalement assistée comme l’interrogation sur la fin de la vie ». Or le gouvernement a déjà maintes fois fait savoir que la « fin de vie » ne figurerait pas dans le projet de loi bioéthique. Et le Conseil d’Etat estime que cette question n’a pas, pour l’heure, à être posée au législateur.

Autre grognard en marche participant à l’opération politique : le député Matthieu Orphelin, qui avait co-signé en mai (avec une cinquantaine d’autres élus LREM) une tribune en faveur de la PMA pour toutes. Il juge aujourd’hui « important de concrétiser l’engagement pris ». Et il faut le faire « assez rapidement pour ne pas tomber dans le piège de ceux qui voudraient tenter d’envenimer les débats ».

Envenimer ? En face on semble peiner  pour s’organiser. Dans un entretien à L’Opinion de jeudi, le vice-président des Républicains Jean Leonetti a réaffirmé son opposition à la « PMA pour toutes ». Il estime que « la mobilisation possible » sur ce sujet pourrait constituer un risque pour le président de la République. Un président qui ne cesse de dire que cette entreprise ne peut se faire que dans une France apaisée.

« La PMA ne passera pas comme une lettre à la poste car les gens se mobiliseront », a déclaré la députée de l’Hérault Emmanuelle Ménard (apparentée au FN) dans un entretien à Sud Radio. Selon elle les réseaux de la « Manif pour tous » sont « encore très mobilisés ». Rendez-vous pris pour la rentrée.

A demain

Trente-deux viols minimum : le docteur condamné à dix ans de réclusion. Une étrange fatalité.

 

Bonjour

On ne commente pas une décision de justice mais on peut s’intéresser à l’émergence de l’étrange dans un univers connecté. Après un jour et demi de délibéré la cour d’assises du Cher a, le 29 juin, condamné le Dr Thierry Dassas à dix ans de réclusion criminelle. Le ministère public avait requis 18 ans et le maximum encouru était de 20 ans. L’ancien généraliste d’Argent-sur-Sauldre (Cher) était accusé de viols commis par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction et atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation de l’image d’une personne, rappelle Le Berry Républicain (Geoffroy Jeay). Le ministère public avait requis 18 ans et le maximum encouru était de 20 ans. Le verdict est tombé à 14 heures, ce vendredi 29 juin, après un jour et demi de délibéré. »

Plus précisément la cour a déclaré le Dr Thierry Dassas coupable de viols sur trente-deux de ses patientes. Il a été acquitté pour quatre autres – patientes que le médecin n’avait pas « filmées ». La cour a noté que les faits de viols ne pouvaient pas être qualifiés pour ces quatre femmes. « Les trois magistrats professionnels et les six jurés populaires n’ont pas suivi l’avocat du Dr Dassas, qui leur avait demandé d’écarter les trente-six accusations de viols (digitaux et avec spéculum), des examens gynécologiques selon le médecin désormais retraité » précise Le Berry Républicain.

Aujourd’hui âgé de 68 ans, le Dr Dassas avait été arrêté fin 2014 après la plainte d’une patiente ayant subi une longue auscultation gynécologique et aperçu une caméra (mal dissimulée) au cabinet du médecin. Des vidéos montrant neuf femmes nues ou en partie dévêtues, subissant les actes que le Dr Dassas avait présenté comme médicaux, avaient alors été saisies. Au terme de l’instruction judiciaire, trente-six  victimes avaient été retenues.

« Je suis convaincu qu’il n’a jamais été dans une problématique de pénétration sexuelle, avait plaidé son avocat durant le procès. Un acte gynécologique n’est pas un acte de pénétration sexuelle. Croire bien faire n’est pas un viol. » Pour son client, la « multiplication des touchers vaginaux » chez certaines patientes n’était dû qu’à un « état de stress et de préoccupation», qui l’a « amené à pratiquer des gestes complémentaires parce qu’il voulait vérifier un certain nombre de choses  ».

La cité de Jacques Cœur

Le Dr Dassas a d’autre part été condamné à une interdiction définitive de pratiquer la médecine et à une interdiction de séjourner dans le département du Cher pendant dix ans. Il sera inscrit au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais). Il dispose d’un délai de dix jours pour interjeter appel – de même que le ministère public. « Thierry Dassas a quitté le palais de justice dans un fourgon de police, rapporte enfin Le Berry Républicain. Ayant déjà effectué six mois et vingt jours de détention provisoire dans cette affaire, libéré il y a deux ans, il a été de nouveau incarcéré dès ce l’après-midi du 29 juin. »

On ne commente pas une décision de justice mais on peut s’intéresser à l’émergence de l’étrange. Au moment même où le condamné quittait, dans un fourgon, l’antique cité de Jacques Cœur 1, la Sauldre et la cathédrale  Saint-Etienne, le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes rendait public son rapport intitulé « Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical des remarques aux violences, la nécessité de reconnaitre, prévenir et condamner le sexisme ». Un document remis à cet instant précis à Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes.

Où l’on voit s’éloigner, en noir et blanc, un fourgon berrichon au croisement de la coïncidence et de la fatalité.

A demain

 1 « Le Grand Cœur » du Dr Jean-Christophe Rufin (Gallimard, 2012)

 

 

« Croire bien faire n’est pas un viol » : le procès du médecin d’Argent-sur-Sauldre

 

Bonjour

En décembre 2014 l’Agence France Presse rapportait la mise en examen, à Bourges, d’un médecin généraliste âgé de 64 ans, exerçant à Argent-sur-Sauldre (Cher). Il était soupçonné d’avoir violé des patientes et filmé « certains actes » à leur insu.

Deux de ses patientes, dont une âgée de 18 ans, affirmaient alors avoir subi des pénétrations digitales et avaient porté plainte contre le praticien. Le procureur de la République de Bourges précisait que sur les vidéos saisies par les enquêteurs, « une dizaine de victimes » étaient visibles, qu’elles seraient identifiées et contactées.

Placé en détention provisoire sur réquisition du parquet, le médecin reconnaissait, devant le juge des libertés et de la détention, avoir filmé certaines de ses patientes, mais niait les viols. Le médecin arguait qu’il s’agissait de pratiques médicales classiques dans le cadre d’examens gynécologiques que pratiquent parfois les médecins généralistes, « en particulier à la campagne ».

Juin 2018. Ce même médecin est jugé devant la cour d’assises du Cher pour viols aggravés et atteinte à l’intimité de la vie privée. Il encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. « Au total  32 plaintes pour viol ont été retenues et une dizaine pour atteinte à l’intimité de la vie privée, résume France Bleu Berry.  Des examens tout à fait justifiés, se défend le médecin. qui ne reconnaît toujours aucun des viols mais à qui on reproche l’utilisation inadéquate d’un spéculum. Le juge d’instruction, sur ce point très technique avait d’ailleurs mandaté deux experts qui avaient conclu que ces examens étaient inappropriés. Quant aux films enregistrés sans le consentement des patientes, « c’était une connerie ! » pour le médecin d’Argent sur Sauldre. »

L’avocat général Dominique Le Bas de Bouclans a finalement requis 18 ans de réclusion criminelle et une peine de sûreté de neuf ans, rapporte aujourd’hui Le Berry Républicain (Geoffroy Jeay) qui, depuis le 11 juin, suit fidèlement ce procès atypique.

Sacrément insistant

« Le comportement du Dr D, sa volonté de transformer en chose ses patientes, éclate pour ces neuf personnes filmées. Ces vidéos montrent le fondement et l’essentiel de la pratique du Dr D, ses pulsions », a notamment déclaré l’avocat général. Il a aussi souligné « la cohérence entre toutes les déclarations » des plaignantes : « multiplicité des positions, des touchers vaginaux, qui montrent bien qu’on est dans un cadre unique, global ». Et encore :

 « Un médecin doit dire aux personnes ce qu’il va faire et pourquoi. Sans faire pression. Dans cette affaire, nous avons des patientes qui disent : « Je n’étais pas trop d’accord mais il était sacrément insistant. Il disait que c’était nécessaire « Nous avons un défaut d’information qui entraîne un défaut de consentement. Plus pernicieux : dire à une femme enceinte de songer à son bébé, que si on ne fait pas l’examen, la patiente en portera la responsabilité. »

Le médecin, s’il reconnaît avoir réalisé les films à l’insu des patientes, nie les viols digitaux et avec spéculum.Son avocat  a demandé aux magistrats et aux jurés d’écarter ces accusations. « Je suis convaincu qu’il n’a jamais été dans une problématique de pénétration sexuelle, a-t-il plaidé. Un acte gynécologique n’est pas un acte de pénétration sexuelle. Croire bien faire n’est pas un viol. » Pour lui, la multiplication des touchers vaginaux chez certaines patientes n’était dû qu’à un « état de stress et de préoccupation», qui l’a « amené à pratiquer des gestes complémentaires parce qu’il voulait vérifier un certain nombre de choses  ».

Le verdict est attendu pour le vendredi 29 juin.

A demain