845 euros parce qu’ils perdent leurs triplées avant 22 semaines : Sécurité Sociale inhumaine

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C’est une affaire aux confins modernes d’un administratif inhumain. Elle vient d’être rapportée par Le Journal de Saône-et-Loire (Damien Valette). Le 20 décembre 2017, un couple habitant Châlons-sur-Saône est « durement touché par le sort ».

« A l’issue d’une grossesse à haut risque de presque cinq mois, ponctuée de plusieurs hospitalisations, Mégane Baltes accouche de trois fillettes mort-nées. Le 18 janvier leur Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) leur demande le remboursement d’un « trop-perçu ». Montant : 845 €. Selon l’organisme, la jeune femme aurait bénéficié d’indemnités journalières au titre de la maternité – et ce alors qu’elle aurait dû être indemnisée au titre de la maladie…

« Cette distinction n’aurait pas été faite si la fausse couche avait eu lieu à 22 semaines de grossesse (cinq mois). Or, Mégane a perdu ses bébés à 21 semaines et six jours », précise le quotidien régional. « Selon eux, j’ai accouché un jour trop tôt, explique Mégane. Je considère ça comme une injustice totale !»

Interrogée, la CPAM, qui reconnaît sa maladresse, rappelle que des cas comme celui-là peuvent être examinés par un médiateur. « Le problème, c’est que, dans ce cas précis, l’appel au médiateur n’est plus possible, car Mégane ayant contesté la décision, c’est le tribunal des affaires de Sécurité sociale qui doit à présent trancher le litige, ajoute le quotidien La Chalonnaise avait été convoquée à une audience publique le 11 octobre à Mâcon. Mais son avocate a obtenu le renvoi du dossier « à une date ultérieure. »

Mégane travaille en intérim chez Amazon. On apprend que les triplées avaient eu des prénoms (Zoé, Lou et Jade) et un document de naissance. Que le jour de l’accouchement, l’empreinte de leurs pieds a été prise sur une feuille de papier, puis encadrée par leurs parents.

L’affaire commence prendre une dimension nationale. A Paris la Caisse nationale de l’Assurance Maladie reconnaît que « les faits sont avérés ». Elle « regrette que la dimension humaine n’ait pas été prise en compte dans ce dossier ». Qu’elle se rassure : elle n’est pas la seule.

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350 euros hospitaliers pour savoir où vous en êtes de votre fertilité. Il ne sont pas remboursés

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C’est un papier « santé » du Parisien/Aujourd’hui en France. Il nous parle d’une « initiative unique » en France. A découvrir au Centre hospitalier intercommunal de Créteil (CHIC). Nom de code : « Fertilité check up© » (sic). Médecin responsable : Pr. Nathalie Massin. Médecin :  Dr. Jean-Marc Le Vaillant « dix ans aux côtés de René Frydman, père du premier bébé éprouvette ». Pitch :

« Vous avez un projet de maternité immédiat ou futur ? Vous souhaitez connaître votre potentiel de fertilité ? Vous souhaitez planifier une conception dans votre projet de vie ? Vous souhaitez connaître votre potentiel de fertilité actuel ou futur ? Vous souhaitez savoir où vous en êtes… Nous vous proposons des réponses à ces questions grâce au Fertilité check-up©. »

« Ce test comprend : un examen échographique complet, le Fertiliscan©, développé par l’équipe médicale du centre d’Assistance Médicale à la Procréation du CHIC – examen de trente minutes environ, réalisé par voie endovaginale avec un inconfort modéré (sic) ; un « questionnaire de vie » – (histoire médicale et état actuel ; un entretien avec un expert de la fertilité qui fera les conclusions de l’examen complet et répondra à toutes vos questions. »

On explique encore que cet examen permet d’étudier les trois fonctions indispensables à la reproduction : l’ovulation, la capacité utérine, la perméabilité tubaire. A noter : « ce test permet également la possibilité de dépister l’endométriose.».

« C’est l’examen de première intention par excellence qui permet de donner à une femme, dans les meilleurs délais, une évaluation de sa fertilité, résument les promoteurs.  Pour prendre RDV pour un fertilité-check up, cliquez ici. Accessible sans courrier de médecin traitant, le Fertilité check-up© est proposé au tarif de 350€ – incluant le Fertiliscan© et la consultation spécialisée (non pris en charge à ce jour par la sécurité sociale). »

Pourquoi cette absence « à ce jour » d’une prise en charge par l’Assurance maladie, elle qui rembourse à 100% toutes les techniques et prises en charge de procréation médicalement assistée 1 ? Pourquoi Créteil et pourquoi 350 euros ? On ne nous le dit pas. On le regrettera.

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1 On trouvera ici ce qu’il en est officiellement, pour l’Assurance maladie, du « bilan médical de la stérilité ou infertilité ». Extrait :

« Une consultation médicale pour infertilité s’envisage, le plus souvent, lors de l’absence de grossesse au bout d’une ou deux années de rapports sexuels réguliers. Ce délai peut être plus court en fonction de l’âge et des problèmes médicaux antérieurs du couple. Une consultation médicale devient nécessaire lorsqu’un couple n’arrive pas à concevoir un enfant après 12 à 24 mois de rapports réguliers (deux ou trois fois par semaine) aux périodes propices, en l’absence de contraception. Cette consultation a lieu beaucoup plus tôt, souvent après 6 mois d’essais infructueux, si la femme a plus de 35 ans ou s’il existe une maladie de l’appareil génital connue ou suspectée chez l’homme ou la femme.

« Cette consultation permet : de confirmer le diagnostic d’infertilité par son ancienneté ; de retrouver une cause parfois simple d’infertilité qui peut être facilement modifiée (par exemple : mauvaise connaissance des processus de la fécondation et des périodes de fécondité) ; d’envisager, après un examen médical du couple, les examens complémentaires nécessaires. »

 

 

 

«PMA pour toutes» : effacement de la frontière de la reproduction sexuée chez les mammifères

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Sans être véritablement une première scientifique c’est bien, a priori, un événement que l’on peut qualifier d’historique. Une équipe de biologistes dirigés par Zhi-Kun Li, membre de l’Académie chinoise des  sciences vient d’annoncer être parvenu à faire naître des souriceaux de deux souris femelles à partir de cellules souches embryonnaires associées à « une édition ciblée du génome ». Devenues adultes, les souris ont pu à leur tour donner naissance à des souriceaux en bonne santé. Tout, ou presque, est expliqué dans la revue Cell Stem Cell :  « Generation of Bimaternal and Bipaternal Mice from Hypomethylated Haploid ESCs with Imprinting Region Deletions »

Officiellement les chercheurs chinois cherchaient à expliquer « pourquoi, à la différence des reptiles, des amphibiens et de certains poissons, qui peuvent recourir à la parthénogenèse, les mammifères passent-ils obligatoirement par la reproduction sexuée ». La vérité est sans doute un peu plus compliquée, la Chine investissant largement aujourd’hui dans des travaux  (et des applications) situés au-delà des frontières définies, depuis plus d’un demi-siècle, par la bioéthique occidentale.

En 2028 ou 2038

Utilisation de cellules souches embryonnaires de souris femelles dotées d’un seul jeu de chromosome; modifications génétiques des régions identifiées comme participant à l’ « empreinte parentale » ; introduction de ces « succédanés de spermatozoïdes »  dans des ovocytes d’autre souris femelles…

Obtention d’embryons transférés dans les utérus d’autres souris où ils se sont développés jusqu’au terme. Sur 210 embryons, 29 souris sont nées viables et se sont reproduites de manière naturelle – donnant naissance à des souriceaux en bonne santé.

Une seconde expérience a été menée à partir de deux souris mâles : douze souriceaux sont nés de cette manipulation – mais ils sont tous morts 48 heures après leur naissance. Où l’on voit que les faits et la Nature peuvent parfois être têtus.

User de cette technique dans cette autre catégorie de mammifères qu’est l’espèce humaine ? Donner corps, chair et âme à la reproduction définitivement déba²rrassée de la sexualité ? « Il est peu plausible que ce genre de technologie puisse être appliqué à l’homme dans un avenir proche, estime Dusko Ilic (King’s College de Londres) qui n’a pas participé aux travaux. Le risque d’anomalies sévères est trop élevé et cela prendrait des années de recherche, sur différents types d’animaux, pour arriver à comprendre comment cette méthode pourrait être appliquée en toute sécurité ».

 Pour sa part, et sans se prononcer sur la dimension éthique de l’affaire, Axel Kahn, généticien et philosophe français, vient d’estimer, sur France Inter, à « dix ou vingt ans » le délai nécessaire avant de disposer, chez la femme, du savoir-faire.

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Avortement : quel chrétien accuse le médecin d’être un «tueur à gages», «en gants blancs» ?

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Le pape François est sur ses nuages. Et il foudroie : dans son homélie prononcée lors de sa traditionnelle audience place Saint-Pierre il a, mercredi 10 octobre, qualifié de « tueurs à gages » les médecins pratiquant des IVG.  Une homélie consacrée au commandement biblique de « ne pas tuer ».

« Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?  Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème. »

Le pape François a ensuite fustigé « la dépréciation de la vie humaine », en raison des guerres, de l’exploitation de l’homme et de l’exclusion. Et  d’ajouter à cette liste l’avortement « au nom de la sauvegarde d’autres droits ». « Mais comment un acte qui supprime la vie innocente peut-il être thérapeutique, civil ou tout simplement humain ? », a encore demandé le souverain pontife.

Evoquant les enfants à naître avec un handicap, il a critiqué les conseils donnés aux parents d’interrompre la grossesse. « Un enfant malade est comme chaque nécessiteux de la terre, comme une personne âgée qui a besoin d’assistance, comme tant de pauvres qui ont du mal à joindre les deux bouts », a-t-il affirmé, en estimant qu’il s’agissait aussi d’un « don de Dieu capable de te sortir de l’égocentrisme ».

En juin, le souverain pontife avait déjà comparé l’avortement pratiqué en cas de handicap du fœtus à un eugénisme « en gants blancs », comme celui pratiqué par les « nazis ».

« Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose en gants blancs. Pourquoi ne voit-on plus de nains dans les rues ? Parce que le protocole de nombreux médecins dit : il va naître avec une anomalie, on s’en débarrasse. »

Et La Croix rapporte que le 18 mai dernier, il avait comparé, dans un discours non-publié au bureau européen de la fédération One of us, les expérimentations sur des embryons humains et l’avortement d’enfants à naître malades, aux pratiques du médecin nazi Josef Mengele et aux Spartiates qui jetaient les nourrissons faibles du haut d’une montagne. « Nous faisons pareil aujourd’hui, avait-il poursuivi, mais dans les laboratoires et les cliniques. »

Le pape François est parfois, ici ou là, qualifié de progressiste.

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Le Blanc : comment transformer une maternité en un établissement pour personnes âgées ?

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Soit Le Blanc, sous-préfecture l’Indre arrosée par La Creuse. Un centre hospitalier certifié. Un peu plus de six mille habitants ; une soixantaine d’élus du département qui s’apprêtent à démissionner : ils refusent la fermeture définitive de la maternité (treize lits).  On n’y accouche plus depuis trois mois déjà, faute d’un nombre suffisant de soignants. Le Blanc et la Creuse,  la désertification des petites bourgades, les concentrations médicales dans les grosses villes, la symbolique et l’angoisse de ne pas donner la vie à proximité immédiate de son domicile.

Le Monde (François Béguin) a fait le déplacement jusqu’à cette extrémité symptomatique. Le Blanc située à environ une heure de route de Châtellerault (Vienne), de Poitiers (Vienne) et de Châteauroux (Indre), où se trouvent les maternités les plus proches. Les élus déposeront, jeudi 11 octobre, leur lettre de démission à la préfecture de Châteauroux. Et le dernier quotidien vespéral parisien de rapporter les témoignages, de donner les chiffres qui condamnent la maternité locale comme tant et tant d’autres furent décapitées avant elle. Soit 400 accouchements en 2009 et 255 en 2017.

Le Monde cite un « rapport », publié le 28 septembre, identifiant « plusieurs dysfonctionnements pouvant mettre gravement en jeu la sécurité des prises en charge ». Un document (rendu public par La Nouvelle République) qui a conduit la directrice de l’Agence régionale de santé Centre-Val de Loire à exprimer, vendredi 5 octobre, son « souhait d’une fermeture définitive du site, au profit d’un centre périnatal de proximité ». Refus de la population et des élus qui attendent de la ministre des Solidarités et de la santé Agnès Buzyn, qu’elle renouvelle les moratoires accordés par ses deux prédécesseurs, Xavier Bertrand en 2011, puis Marisol Touraine en 2012. Un temps pré-macronien où Paris cédait encore à la révolte des campagnes.

Mépris des ruraux

Puis Emmanuel Macron devint président et, observe Le Monde,  les élus locaux « enragent de ne pas être entendus ». « Nous sommes dans une situation inédite, avec un gouvernement dont la marque de fabrique est de ne rien céder », déplore Jean-Michel Molls, le président du comité de défense des usagers de l’hôpital. « Nous sentons comme un mépris à l’égard des zones rurales », ajoute Annick Gombert, la maire (PS) – démissionnaire – de la commune.

Comme jadis Libé et les ouvriers de Lip, La Nouvelle République tient la chronique de cette révolte et des manifestations se suivent, sans succès : « Maternité du Blanc : l’histoire du lutte ». « Le 15 septembre, entre 2 000 et 3 000 personnes se sont rassemblées devant la mairie, résume Le Monde. Le 28, une cinquantaine d’élus ont accroché des portraits officiels du chef de l’Etat aux grilles de la sous-préfecture. Devant les caméras, certains ont même brûlé des photos d’Emmanuel Macron. ‘’On est en train de franchir une étape dans la colère, les citoyens et les élus se sentent exclus de la République’’, prévient Jean-Paul Chanteguet, qui a été maire (PS) du Blanc pendant trente ans. »

Au Blanc on redoute la suite : la fermeture de la maternité annonçant la mort du service de chirurgie, des urgences et, à terme, de l’école d’infirmières, « le seul établissement de formation post-bac de la ville ». Fermeture de l’hôpital et naissance d’un gros EHPAD au sein d’un désert médical. Pour l’heure, à l’entrée de l’hôpital, un panneau désespéré : « Liberté, égalité, maternité de proximité ».

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« PMA pour toutes » : le Conseil de l’Ordre des médecins accusé de manœuvres politiques

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C’était écrit, c’est publié. Dans une tribune publiée aujourd’hui dans Le Figaro : plus de 340 médecins 1  protestent contre la position du Conseil national de l’Ordre des médecins qui, auditionné par l’Assemblée nationale, a déclaré ne pas être opposé à la légalisation de la PMA pour les femmes seules et pour les couples de femmes.

Une institution ordinale qui ne semble nullement troublé par l’utilisation d’une thérapeutique de la stérilité d’un couple hétérosexuel à des fins sociétales.

L’affaire avait été révélée le 19 septembre en exclusivité par La Croix (Loup Besmond de Senneville). « Une prise de position qui fera grand bruit » estimait le quotidien catholique. Une prise de position aussitôt applaudie par la ministre Agnès Buzyn invitée matinale de RTL. Tout, depuis, est expliqué sur le site ordinal central.  Avec cette peu banale et trop modeste affirmation :

«L’Ordre ne doit pas être une instance moralisatrice face à une demande sociétale. Si la société veut une aide médicale à la procréation (AMP) élargie aux femmes seules ou homosexuelles en couple, c’est à elle de trancher. L’Ordre ne peut s’y opposer.»

Hippocrate et son serment

Les médecins signataires de la tribune se désolidarisent de cette prise de position : elle leur semble « contraire à la vocation de la médecine et au serment d’Hippocrate ». Notamment parce que la PMA pour les femmes célibataires ou pour les couples de femmes « n’est pas une indication médicale » – au sens où la médecine est « un art dont les buts exclusifs sont de prévenir les maladies, restaurer les fonctions défaillantes de l’organisme, réparer les malformations anatomiques ».

« Au-delà de ces indications, tout acte intrusif chez une personne qu’on sait en bonne santé sort du champ médical, écrivent-ils.  C’est le cas de l’insémination artificielle avec sperme de donneur en dehors de la complémentarité homme-femme. Il est donc paradoxal pour ne pas dire antinomique que l’Ordre des médecins ne s’oppose pas à l’élargissement de la PMA. Le rôle de l’Ordre est pourtant de rappeler les limites et les exigences de notre profession. »

Plus largement, en ne s’opposant pas à la PMA non médicale, l’Ordre des médecins ouvre la porte à tous les abus :

« Qui pourra s’opposer demain aux demandes de couples hétérosexuels qui voudront un bébé parfait et se tourneront vers le corps médical pour répondre à leur attente au nom de l’égalité? Nous savons que le marché de la procréation est immense. Ouvrir la PMA non médicale aux femmes en bonne santé, c’est ouvrir le marché du corps humain. »

 Les signataires regrettent, euphémisme, que l’Ordre n’ait pas questionné l’ensemble de la profession médicale sur cette question fondamentale. « Il était facile de le faire par informatique durant les États généraux de la bioéthique auxquels l’Ordre s’est soustrait, observent-ils. Il ressort des sondages effectués sur la question que la majorité des médecins est hostile à l’extension de la PMA. Nous, médecins, avons l’impression d’avoir été utilisés à des fins politiques et idéologiques par l’institution censée nous représenter. Cela va créer des fractures dans notre profession. » Qui les réduira ?

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 1 La liste complète des cosignataires peut être consultée ici

 

GPA : le journaliste Marc-Olivier Fogiel (RTL) nous explique que ce n’est pas ce que l’on croit

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4 octobre 2018. La matinale de la « radio la plus écoutée de France » invite l’un de ses journalistes-vedettes : Marc-Olivier Fogiel. Ce dernier vient faire la promotion de son « livre d’enquête » et « récit intime » (« Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? » Editions Grasset). Il y raconte comment il a eu personnellement recours avec son compagnon, par deux fois aux Etats-Unis, à la GPA – pratique interdite en France.

Voici (transcrit par RTL) un résumé des échanges avec Elisabeth Martichoux :  « GPA : « Je n’ai pas choisi d’enfant sur catalogue », dit Marc-Olivier Fogiel sur RTL »

– Vous rendez public votre histoire par militantisme ?

« Je pense être journaliste d’abord et pas du tout militant dans ma vie je ne le suis pas, j’ai longtemps hésité et quand j’entends les débats aujourd’hui, des débats tronqués, des débats faits de fantasme, je me suis dit, je vais opposer des faits pour que chacun puisse avoir un avis sur une réalité. Pour ça, il fallait que je me dévoile et pas que, c’est un livre d’enquêtes, j’ai rencontré d’autres familles. Ce n’est pas un livre au pays des bisounours parce que la GPA, ça peut très bien se passer mais ça peut aussi être plus compliquée. Je le fais un peu malgré ma réserve pour mes filles, pour les autres familles et pour le débat public. »

– Au sujet de la GPA :

« Je n’ai vraiment pas envie de m’engager dans cette voie-là au départ. Décidant d’aller dans ce chemin de la paternité, je voulais fermer la porte de la GPA parce que pour moi arracher un enfant à une mère qui l’avait porté, c’était quelque chose d’impossible.  Là où j’avais des réserves il y a quasiment dix ans d’avoir fait ce choix, quand je vois pourquoi j’ai fait ce choix et ce que ça donne aujourd’hui, je suis très heureux de l’avoir fait. »

– Vous cherchez l’enfant idéal ?

« Non, je cherche à éviter un éventuel problème. Comme ça existe ici dans le cadre de la PMA, où il y a déjà des recherches sur l’embryon ici en France, des recherches légales. On évite le problème.  J’essaie d’éliminer des risques, après je suis dans l’auto génétique comme tout à chacun. Un ovocyte après peut arriver tout et son contraire dans la vie de tous les jours.  Cette recherche sur l’embryon, elle est légale en France. »

– Vous préféreriez que ça soit anonyme, qu’on vous attribue des ovocytes par hasard ?

« À l’époque, je n’avais aucun problème pour ça, et si aujourd’hui, je n’ai pas été légalisé, je ne pense pas que la société soit prête pour ça, ça ne me poserait évidemment aucun problème. Ça n’est pas comme ça aux États-Unis, ça m’a posé un problème, je ne vais pas dire éthique mais il a fallu que je surmonte une difficulté, et aujourd’hui, je suis contente de l’avoir fait parce que c’était à refaire, je le referais comme ça. »

– Demain, les couples hétéros peuvent se dire, je vais choisir un enfant sur catalogue finalement ?

« Je n’ai pas choisi un enfant sur catalogue. Encore une fois, les couples hétérosexuels ici quand ils ont recours à la PMA, quand ils sont contraints à une infertilité, cette recherche sur l’embryon évite les problèmes. Mais là, ce n’est même pas sur l’embryon, c’est un choix d’ovocyte. »

Au sujet des femmes porteuses :

« Elles sont dédommagées de ce qu’elles font comme la donneuse d’ovocyte l’est. C’est donc un dédommagement équilibré c’est comme ça qu’ils appellent, c’est un comité qui l’établit, c’est autour de 18 000 €. »

Ça revient à acheter un enfant, les adversaires de la GPA s’indignent ce que le désir d’enfant passe par une transaction ?

« Je peux comprendre le débat quand on est mal informé, quand on raconte les histoires, c’est pas du tout comme ça que les choses se font. Les adversaires de la GPA ont même ouvert une boutique éphémère où on peut soit disant acheter des enfants, c’est ça la réalité des adversaires de la GPA. »

 « Ce n’est pas la réalité de la façon dont les choses se passent dans les pays où s’est cadré. J’aimerais que les opposants à la manif pour tous, au mariage pour tous, viennent à l’école, voient les profs, et quand ils nous disent, mais de voir des petites filles aussi équilibrées dans une classe, c’est la réponse à toutes les questions que les gens se posent légitimement. »

Au sujet du désir d’enfant :

« Aujourd’hui, je suis d’abord papa et mes enfants, c’est ce qui compte au-dessus de tout. »

 Tout est dit, ou presque. Où l’on apprend, loin des « fantasmes » , le prix actuel, outre-Atlantique de la marchandisation d’un corps humain : « autour de 18 000 € ».

A demain