Le couperet obstétrical va bientôt tomber : demain, à minuit, mort de votre maternité

Bonjour

Un communiqué de presse peut signer la fin d’une époque. Ainsi celui de l’ARS Centre-Val de Loire : « Suspension d’autorisation de la maternité [15 lits, 1 salle de pré-travail, 2 salles d’accouchement, 3 couveuses, une salle de bloc opératoire opérationnelle 24h/24, 3 tables de réanimation néonatales, 1 salle de photothérapie] du Centre hospitalier de Châteaudun ». On y apprend  que l’établissement  n’est plus « en mesure de garantir la sécurité et la qualité des prises en charge », que le Centre hospitalier « a confirmé une possible dégradation à court terme des effectifs d’anesthésistes réanimateurs et les risques d’un recours important à l’intérim » et que le « centre hospitalier de Châteaudun ne réunit plus les conditions pour l’exercice de l’activité de soins de gynécologie-obstétrique en hospitalisation complète ».

In fine, et « malgré le professionnalisme et les compétences des personnels » les portes seront fermées à compter du 28 mai 2018 minuit. Quid des femmes et des futurs nouveau-nés concernés ? Il revient au centre hospitalier de Châteaudun d’organiser, « en coordination avec l’ensemble des établissements les plus proches disposant d’une maternité », les modalités d’accompagnement et de prise en charge des femmes concernées par cette décision.

Et demain ? « L’ARS Centre-Val de Loire continue à travailler avec l’ensemble des acteurs concernés sur un projet qui permettra d’assurer à la population du bassin dunois une réponse satisfaisante aux besoins de soins. » On poursuit la lecture du communiqué de presse :

« La mise en place d’un Centre périnatal de proximité est un moyen efficace d’assurer une prise en charge en amont et en aval de l’accouchement et de garantir sur place une offre de gynécologie à tout âge de la vie en intégrant les dimensions de l’éducation à la santé et de la prévention. Un plan d’actions prioritaires a d’ores et déjà été lancé pour répondre à la décision récente de non certification prise par la Haute Autorité de Santé. La mobilisation et l’engagement des professionnels de l’établissement dans une dynamique active de qualité et de gestion des risques, permettra de construire pour le Centre hospitalier de Châteaudun un avenir solide, appuyé sur des coopérations et des complémentarités aptes à garantir une réponse de qualité aux besoins de la population. »

Où l’on voit, concernant la population du « bassin dunois », l’aisance de cette ARS dans le maniement de la langue de bois.

A demain

GPA : lettre à Edouard Philippe et la tragique histoire d’une mère porteuse britannique

Bonjour

Une lettre ouverte  comme un symptôme éclairant dans monde de plus en plus marchand. Elle vient d’être adressée à Édouard Philippe, Premier ministre. Des intellectuels renommés (la philosophe Sylviane Agacinski, la psychanalyste Marie Balmary, les écrivaines Eliette Abecassis ou Alice Ferney) et une vingtaine d’associations y réclament l’interdiction du démarchage commercial opéré, en France, par une agence américaine spécialisée dans la promotion de la gestation pour autrui (GPA) – et ce au mépris de la loi française qui, précisément, l’interdit.

« Monsieur le Premier ministre, écrivent les signataires, nous souhaitons attirer votre attention sur une situation qui nuit profondément aux droits des femmes et des enfants et qui est en contradiction avec notre législation. À la veille du débat, à l’Assemblée nationale, de la loi sur les violences sexuelles et sexistes, et alors que la lutte contre les violences faites aux femmes est grande cause nationale, une agence américaine vient faire la promotion de ses services dans diverses villes de France, à travers des conférences gratuites-cocktail (sic). Non seulement cette agence propose la GPA mais aussi la sélection du sexe de l’enfant, pratique éminemment sexiste et misogyne, elle aussi interdite en France. »

En être pour ses frais

Dans le même temps un fait divers, également éclairant. Une mère porteuse britannique est actuellement poursuivie par un « commanditaire homosexuel ». Il l’accuse de lui avoir « volé » son petit garçon et de l’avoir empêché d’assister à l’accouchement. Une affaire rapportée par The Daily Mail : « Surrogate mother is sued by gay father who claims she ‘stole’ his baby boy by barring him from birth and refusing to hand over the child when his partner who was in his 70s died ». Et par The  Sun : « Baby Battle :  Gay dad sues surrogate mum after she kept baby after the birth ».

« Les commanditaires de cette gestation pour autrui étaient deux hommes, âgés d’une trentaine d’années pour le premier et d’environ 70 ans pour le second, résume le site Gènéthique. Ils avaient rencontré la mère par le biais d’une agence de GPA. Elle avait accepté d’être inséminée par le plus jeune des deux hommes. L’homme de 70 ans étant décédé avant la naissance, la femme a refusé de donner l’enfant, arguant que « l’enfant n’était plus destiné à un couple amoureux » et qu’elle « avait tissé un lien avec l’enfant lorsqu’elle était enceinte ». Elle estime faire le bon choix pour l’enfant.

Pour le commanditaire, au contraire, la mère a « enfreint les termes de leur contrat ». A cette nuance près, souligne le site français, que « la loi britannique considère toujours la mère porteuse comme une mère, ce qui lui donne le droit de garder l’enfant ». Sur le site web du gouvernement britannique, on peut ainsi lire : « les contrats de gestation pour autrui ne sont pas garantis par la loi britannique, même si vous avez un contrat signé avec votre mère porteuse et que vous avez payé ses frais ».

A demain

1 « Monsieur le Premier ministre, défendez les femmes et les enfants contre la marchandisation des êtres humains ! » Blog du Collectif pour le Respect de la Personne  (CoRP), 13 mai 2018.

Religion et thérapeutique : première confession du Dr Michel Aupetit, archevêque de Paris

 

Bonjour

Il parle. Il parle, enfin, et c’est dans Le Quotidien du Médecin. Et que nous dit Mgr/Dr Michel Aupetit ? Ceci : « Le médecin n’a pas l’obligation de répondre à tous les desiderata des patients ». « Sur la bioéthique, le nouvel archevêque de Paris ne mâche pas ses mots, résume Le Quotidien. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, cet ancien généraliste parle en médecin aux médecins. Il s’inquiète de l’évolution actuelle de leur métier et justifie les positions de l’Église, hostile aux évolutions de la législation en matière de fin de vie, de recherche sur l’embryon ou de procréation médicalement assistée.

« Face à de telles sollicitations, le médecin a-t-il encore une latitude pour réfléchir ? » interpelle-t-il. Et d’alerter sur le risque d’une « société du désir individuel aux conséquences terribles ». Morceaux (généraux) choisis – suivis de quelques exemples concrets :

« La médecine évolue et c’est important : plus on a de moyens à disposition, mieux l’on peut soigner les patients. La question bioéthique est : que fait-on de ce progrès technique ? J’ai peur que nous pratiquions une médecine à l’anglo-saxonne, fondée sur le contrat, et non plus une médecine fondée sur la relation de confiance entre le médecin et le patient, qui est pourtant la tradition médicale française 1. Je crois beaucoup à cette médecine fondée sur la confiance : la confiance fait partie prenante du soin. L’homme n’est pas seulement une mécanique ou un complexe moléculaire ou chimique ; c’est aussi une personne qui entre en relation. Et cette relation fonde le soin, l’accompagnement et la thérapie.

« Ce glissement vers le contrat m’inquiète. Je crois à la rencontre de deux libertés : le patient doit avoir la liberté de choisir son médecin ; et le médecin, sauf urgence, n’a pas l’obligation de répondre à tous les desiderata des patients. C’est le pacte fondateur de la médecine. Le corps médical est dans une situation difficile. Aujourd’hui, il tend à être considéré comme un prestataire de service. Et ça c’est terrible.  ‘’C’est possible, donc je vous le demande’’ : face à de telles sollicitations, le médecin a-t-il encore une latitude pour réfléchir, ou est-il simplement là pour exécuter des ordres ? »

« L’Église n’est pas là pour faire des lois, mais pour éveiller les consciences. Quelle société voulons-nous pour demain ? Il y a un vrai enjeu de société. Nous sommes à un carrefour entre deux sociétés. L’une est fondée sur la fraternité, elle repose sur les relations interpersonnelles, et sur un droit qui cherche la défense du plus faible. Mais aujourd’hui, un autre type de société se construit, fondée sur l’individualisme et sur le principe de l’autonomie. Le droit change et s’aligne sur les désirs individuels. Cela devient, comme pour la médecine, un contrat entre l’État et la personne. Il n’y a plus de principe commun. Avec le risque de verser dans le communautarisme. »

Au sujet de la PMA/AMP :

Pour Michel Aupetit la question est : y a-t-il un droit de l’enfant ou un droit à l’enfant ? A-t-on droit à l’enfant ? « Non, répond-il. C’est le chosifier. (…) La Convention relative aux droits de l’enfant adoptée en 1989 avec la participation de la France, mentionne le droit d’être élevé par son père et par sa mère. Voulons-nous une société du désir individuel aux conséquences terribles ? Ou celle qui prône le respect des personnes, du droit de l’enfant, des plus fragiles… »

Concernant le disgnostic prénatal et la trisomie :

Pour Michel Aupetit la question est que fait-on des avancées techniques ? « Le progrès technique est-il ordonné au progrès humain ? Le diagnostic prénatal est formidable pour détecter des problèmes et anticiper des soins. Mais s’il ne sert qu’à éliminer les trisomiques, ça ne va pas. C’est entrer dans une société eugéniste où les plus faibles n’ont plus leur place.  Ce qui pose problème, c’est que l’on procède à un tri sélectif. Or nous sommes tous porteurs d’une pathologie, quelle qu’elle soit. De prime abord, pouvoir avoir des enfants qui ne sont pas porteurs d’une pathologie semble bien. Mais, ceux qui en sont porteurs n’auraient-ils pas le droit de vivre ? Les trisomiques eux-mêmes se disent : ‘’Et moi, est-ce que la société m’accepte ? ‘’ ‘’Est-ce que j’aurai le droit de vivre »

Concernant Emmanuel Macron, président de la République.

 On se souvient qu’au Collège des Bernardins Jupiter avait dit qu’il entendait la voix de l’Église sur la thématique de l’AMP, mais qu’en même temps, il lui demandait d’ouvrir les yeux sur la réalité sociétale. « Je ne juge pas des intentions du Président, répond le médecin-évêque.  Il a dit ce qu’il avait à dire, et aussi que nous avions le droit de nous exprimer, ce que nous faisons. » Expression :

« Jusqu’à présent, l’AMP compensait la souffrance d’un manque pour un couple victime d’infertilité. La médecine est réparation d’un dommage. L’adoption quant à elle, est la compensation d’une situation malheureuse existante. Mais créer un enfant qui n’aurait pas de père, ce n’est pas réparer une injustice, c’est en créer une ! L’AMP sert ici à maîtriser la procréation et à jouer aux apprentis sorciers. Voyez ce qui se passe aux États-Unis, où l’on commence à choisir les bébés sur catalogue dans certaines cliniques. »

L’oracle a parlé. Ite missa est. La consultation vient de s’achever.

A demain

1 Ceci n’est bien évidemment pas sans faire songer au « colloque singulier », du moins dans son acception première : la relation « bilatérale et protégée, en confiance, du médecin et de son patient ». Avec cette expression marquante et historique fréquemment prêtée au Dr Louis Portes : « la rencontre d’une confiance et d’une conscience ».

Sperme, ovules, embryons : les donneurs français devront décliner leur identifiants

Bonjour

Comme désarçonnés. L’annonce, hier 17 avril 2018, dans les colonnes du Monde, du changement radical de doctrine de la Fédération nationale des Centres de Conservation des Œufs et du Sperme (Cecos) a pris les médias généralistes de court. La Croix « ouvre le débat » quand Le Figaro et Libération font l’impasse sur le sujet. France Inter tente la pédagogie quand RTL demande des explications à Nathalie Rives, présidente de la Fédération des Cecos.

L’affaire n’est pas des plus simples qui devra, in fine, être tranchée par le législateur. Résumons-là. La Fédération des Cecos (29 centres qui organisent le don de gamètes en France, et conservent spermatozoïdes, ovules et embryons) se prononce en faveur d’une « levée partielle de l’anonymat des donneurs » Ceci vaudrait pour les donneurs de sperme, mais aussi pour les donneuses d’ovocytes et les couples donneurs d’embryons « surnuméraires » conçus dans le cadre de fécondations in vitro. Ces données pourraient être  « un texte décrivant les motivations du donneur, son origine géographique, son secteur d’activité professionnelle, ses antécédents médicaux (et ce alors même même si les personnes présentant des risques sont dès à présent écartées…), s’il a des enfants ou non, le nombre d’enfants issus du don etc. »

« Cela permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel » explique Nathalie Rives. Rien n’est encore acquis en ce qui concerne le caractère obligatoire ou non, pour les donneurs, de ces mesures. Donner ses cellules sexuelles, voire ses embryons « surnuméraires » imposera-t-il de donner aussi cette somme de données dont on postule (sans doute à tort au vu des progrès du numérique) qu’elle seront « non identifiantes » ?

Porte ouverte au commerce des gamètes

En toute hypothèse la position de la Fédération des Cecos marque une rupture majeure et sans doute irréversible dans l’histoire française du don de gamètes. L’anonymat était (avec la gratuité et le bénévolat) l’une des clefs de voûte du dispositif éthique mis en place, en 1973 par le Pr Georges David à l’hôpital de Bicêtre.  « Il était une réponse aux opposants à cette technique proposée à certains couples infertiles, en particulier l’Eglise catholique, qui assimilaient le don de gamètes à un adultère » se souvient Le Monde. C’était aussi, et surtout, l’extension du modèle éthique mis en place avec le don du sang (et plus tard des organes) – ainsi qu’un rempart contre la marchandisation du corps humain. Et c’est ce modèle, largement plébiscité en France, qui fut intégré dans les premières lois de bioéthique de 1994.

« Notre proposition permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel », estime Nathalie Rives. Pourquoi ne pas aller plus loin et donner satisfactuin à celles et ceux qui (comme  l’association PMAnonymes) réclament la possibilité pour les enfants d’accéder à l’identité du donneur à leur majorité. Pourquoi ne pas plaider en faveur d’un accès sans limitation aux origines personnelles d’une personne majeure qui le souhaiterait ?

 « L’identité du donneur n’est pas forcément la réponse au questionnement des jeunes adultes, répond  Mme  Rives. Parallèlement, nous savons que les couples receveurs plébiscitent l’anonymat du don. Le recours au don de gamètes s’effectue après un parcours difficile, qui les oblige à renoncer à concevoir avec leurs propres spermatozoïdes ou ovules. C’est une grande souffrance. L’intervention d’un tiers identifié dans leur démarche n’est pas souhaitée. »

Quel serait l’impact de cette mesure sur le nombre de donneurs de gamètes ? Nul ne le sait. « Ceux qui donnent aujourd’hui n’y sont pas prêts, reconnaît Mme Rives. Seront-ils remplacés par une autre catégorie de donneurs ? » Si oui lesquels ? Si tel n’est pas le cas, et après avoir été fermées durant un demi-siècle, les portes seront ouvertes, en France, au commerce des cellules sexuelles.

A demain

 

Rebondissement bioéthique : les Cecos sont favorables à la « PMA pour toutes » 

 

Bonjour

C’est une information importante à découvrir dans Le Monde (Gaëlle Dupont) : la Fédération nationale des centres de conservation des œufs et du sperme (Cecos) se prononce en faveur de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Interrogés à ce sujet, 373 professionnels de santé travaillant en leur sein (médecins, biologistes, psychologues, généticiens, techniciens…) se sont prononcés pour à 69  %. Ils sont également très favorables (à 89  %) à ce que les deux parents soient reconnus, sans nécessité pour le parent « non biologique » de passer par l’adoption.

« Cet avis reflète l’évolution de la société » commente Nathalie Rives, présidente de cette Fédération 1.  Il est plus mitigé concernant l’accès des femmes seules à la PMA, puisque 53  % n’y sont pas favorables. « La réticence ne porte pas sur la capacité à élever un enfant d’une femme seule, mais sur le risque pour l’enfant,explique Mme Rives. Que se passe-t-il pour lui s’il arrive quelque chose à son seul parent ? »

On sait que ce choix sera proposé au législateur. D’ores et déjà les professionnels alertent sur les conditions concrètes de mise en œuvre d’une ouverture des techniques de PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. « Il faut absolument prévoir des moyens pour accueillir les personnes qui solliciteront des dons, dont le nombre pourrait doubler par rapport à aujourd’hui, et recruter des donneurs afin d’avoir des gamètes en quantités suffisantes, prévient Mme  Rives. Faute de quoi, un changement dans la loi ne ferait que donner de faux espoirs à toute une catégorie de la population. »

Marchandisation

Le comité consultatif national d’éthique (CCNE) avait déjà expliqué, l’an dernier, qu’autoriser, par la loi, les couples de femmes et les femmes seules à avoir accès à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur soulevait bien des interrogations: sur la relation des enfants à leurs origines (puisqu’en France le don de sperme est anonyme et gratuit) ou sur le fait de grandir sans père. Interrogations, aussi, sur la prise en charge par l’assurance-maladie d’un geste qui ne peut en aucune manière être considéré comme une thérapeutique de la stérilité féminine.

« Cette demande d’ouverture doit être confrontée à la rareté actuelle des gamètes qui risque de provoquer un allongement des délais d’attente ou une rupture du principe de gratuité des dons, soulignait encore le CCNE. Cela pourrait ouvrir des perspectives de marchandisation des produits du corps humain et remettre en cause le système de santé français fondé sur des principes altruistes. »  Ce sont là, avec le sujet de la levée de l’anonymat 1 des questions éthiques essentielles, des questions pour l’heure le plus souvent noyées sous les considérations politiciennes ou partisanes. Des questions qui restent, collectivement, à documenter, à explorer. Avant de trancher.

A demain

1 Autre évolution : la Fédération des Cecos  se prononce en faveur d’une levée « partielle et non identifiante » de l’anonymat des donneurs. « Cela permettrait de répondre aux attentes de certains enfants ou jeunes adultes conçus par don, en humanisant le donneur, sans déstabiliser l’édifice actuel », explique Nathalie Rives.

Seraient concernés les donneurs de sperme et les donneuses d’ovocytes, ainsi que les couples donneurs d’embryons « surnuméraires » conçus dans le cadre de fécondations in vitro. La nature des « données non identifiantes » est encore floue devrait être précisée. dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique. L’impact de cette proposition sur le nombre de donneurs reste inconnu

« Frère Emmanuel » a déclenché la colère des associations de défense des droits homosexuels

Bonjour

Les réseaux sociaux sont sur des charbons ardents. « Frère Emmanuel » titre, taquin, Libération. Mais le président de la République est déjà bien loin des évêques de France et du sublime Collège des Bernardins. Il guerroie sur le front de la Syrie compliquée, sera demain en compagnie de Jean-Pierre Pernault à l’heure de l’Angélus, puis face à « deux hommes blancs de plus de 60 ans » (Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel). Puis commencera une autre semaine présidentielle, ses calvaires ferroviaires, ses colères universitaires, etc.

Aujourd’hui les médias sont, comme souvent, en retard sur le Maître des Horloges. Ainsi l’Agence France Presse qui poursuit le recensement des réactions enregistrées après le discours tenu devant la Conférence des évêques de France – discours qui « n’en finit pas de faire des vagues ». «  Après les critiques venues surtout de la gauche de la définition par le chef de l’Etat de la laïcité, des associations de défense des droits des homosexuel·le·s ont dénoncé la ‘’maladresse’’ voire le caractère ‘’choquant’’ des propos du président de la République » résume Le Monde.

A commencer par la référence présidentielle aux « familles homosexuelles ». On se souvient peut-être que  Emmanuel Macron avait, aux Bernardins, salué « les associations catholiques et les prêtres » qui « accompagnent des familles monoparentales, des familles divorcées, des familles homosexuelles ».

« On ne parle pas de la sexualité d’une famille », a réagi Catherine Michaud, présidente de GayLib. Elle rappelle que l’expression consacrée est « famille homoparentale et pas homosexuelle ». « Ce distinguo est terrifiant et inacceptable », a-t-elle déclaré à l’AFP.  De même, pour le président de SOS Homophobie, Joël Deumier, le président de la République a commis une « maladresse » en évoquant « les familles homosexuelles ».

Après le président, le nouvel archevêque de Paris

 Plus généralement la bienveillance du chef de l’Etat envers les instances catholiques a choqué ces associations. « J’aimerais qu’on m’explique à quel moment en France l’Eglise accompagne les familles homoparentales », déclare Catherine Michaud, rappelant que certains évêques avaient au contraire publiquement pris position, lors du précédent quinquennat, « contre le mariage pour tous » ou pour l’organisation de « thérapies de conversion pour les homosexuels ». « L’Eglise n’aide pas et n’accompagne ces familles [homoparentales] mais s’oppose à leur reconnaissance et à leur protection par la loi », ajoute Joël Deumier.

Et ensuite ? Les associations de défense des droits des homosexuel·le·s espèrent toujours que le gouvernement proposera au Parlement d’étendre le droit à la PMA aux couples de femmes et femmes seules, à l’issue des Etats généraux de la bioéthique. Et que les élus en marche de la majorité suivront d’un pas unique et cadencé. « La promesse du président de la République était d’ouvrir la PMA à toutes les femmes, sous couvert d’un avis favorable du Comité consultatif national éthique obtenu en juin 2017 », rappelle Catherine Michaud.

Or les nouvelles paroles d’Emmanuel Macron ne la rassurent pas. « Il n’a pas apporté de réponse sur les questions relatives à la PMA, à la création d’un statut de beau-parent ou la protection des familles homoparentales » observe le président de SOS Homophobie.  «Que le président parle avec les religions est très bien, il doit parler avec tout le monde. Mais dans ce régime laïc, les réformes ne doivent pas être contraintes par le religieux » conclut Catherine Michaud.

On attend désormais, sur ce point, les explications et la position de Mgr Michel Aupetit, médecin et nouvel archevêque de Paris qui n’a jamais caché son opposition radicale à la promesse présidentielle de la « PMA pour toutes ».

A demain

Assistance médicale à la procréation : depuis près de 30 ans ils ne se parlent plus. Leurs noms ?

 

Bonjour

Même les Etats Généraux de la Bioéthique ne les réuniront pas. On peut, au choix, voir là une fâcherie enkystée, un conflit d’ego qui a définitivement mal tourné, une vieille opposition politique radicalisée. C’est aussi, pour les plus optimistes, un symptôme éclairant témoignant à sa maière de deux visions de la bioéthique.

L’un est médecin, l’autre pas. Les deux le font savoir régulièrement, dans les médias, depuis près de quarante ans. Le premier a 74 ans et milita un temps au sein de l’Union des étudiants communistes (UEC).Le  second a quatre de plus, a connu Jean Rostand et se pose en ennemi absolu du libéralisme économique. Les deux tirent, pour l’essentiel, leur aura médiatique, après la naissance d’ « Amandine-premier-bébé-éprouvette-français-né-en-1982 », de leurs engagements publics respectifs. Les deux ont tôt compris l’importance d’avoir un accès facilité dans les médias généralistes.

On aura reconnu, à notre droite, René Frydman et, sur l’autre rive, Jacques Testart. Ce dernier a, une nouvelle fois, la parole dans les colonnes du Monde. Pour un entretien-autobiographie militant (Catherine Vincent). L’actualité, s’il en fallait une, est toute trouvée : les Etats généraux de la bioéthique et son dernier ouvrage en date 1 dans lequel il dénonce « les promesses suicidaires des transhumanistes ».

Confidences d’un trappeur

Où l’on retrouve son histoire, ses souvenirs de « trappeur de banlieue » quand, déjà, il « adorait capturer les animaux vivants. C’était dans une zone qui ne s’appelait pas encore le « 9-3 », avec des vaches, des hannetons, des mésanges et des mulots. Et, à 12 ans, l’athée Jean Rostand.

On retrouve le jeune homme en pension dans le Var, à l’Ecole pratique d’agriculture de Hyères ; avec bientôt, un diplôme de jardinier-horticulteur-arboriculteur-apiculteur. 1958. La guerre. L’Ecole supérieure d’agriculture d’Alger. Confidence :

« Dans un pays en guerre, on ne parle pas -politique : on relate les faits divers, les horreurs qui arrivent aux uns et aux autres. Plus de la moitié de ma promotion était constituée de Français d’Algérie. J’entendais donc surtout le son de cloche des pieds-noirs, mais je tombais parfois sur des tracts du FLN et je ne savais pas trop quoi penser… Et puis, au bout d’un an, j’ai rencontré Danièle, une juive pied-noir qui est devenue ma femme. Ses parents étaient commerçants à Alger, ils sont partis comme tout le monde en  1962 et je suis rentré avec eux. Je me suis marié avec Danièle – la première de mes trois épouses. Nous nous sommes inscrits au PCF, que j’ai quitté après Mai  68 pour adhérer à la Ligue communiste. »

Puis la rencontre avec l’extraordinaire Charles Thibault, de l’Institut national de la recherche agronomique ; puis celle avec le non moins remarquable Emile Papiernik de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. La suite est connue qui, dans la foulée de Louis Brown (1978) le verra passer de la physiologie de la reproduction bovine à l’humaine. Et, déjà, les premières tensions avec René Frydman :

« Il essayait de s’approprier le laboratoire comme si j’étais son technicien, ce que je ne supportais pas du tout. Et puis, il y a eu la grossesse d’Amandine. Et l’accouchement, je ne l’ai pas vécu. Je l’ai appris à 3 heures du matin par un coup de fil de Frydman, qui m’annonce que le bébé [Amandine] est sorti, que ça s’est très bien passé et qu’on a une conférence de presse à midi ! ».

Viré de l’hôpital Béclère

Nous souvenons de l’ambiance triomphaliste bon enfant. Qui, alors, percevait les tensions au sein du jeune duo réuni par Papiernik ? Reste, aujourd’hui, une mémoire vive :

« Le battage médiatique qui a suivi la naissance d’Amandine nous a transformés – abusivement – en -héros. On en rigolait ensemble, on allait dans des congrès à l’autre bout du monde… C’était assez confortable, bien sûr. Mais en même temps, je trouvais que ce n’était pas mérité. Entre Frydman et moi, les choses ont continué de se dégrader. Nous avions monté un vrai laboratoire hospitalier, avec du bon matériel, mais nous étions de moins en moins souvent d’accord. Frydman voulait qu’on congèle les ovules, moi j’étais contre car, à l’époque, cela créait des anomalies chromosomiques… Nous avions beaucoup d’autres sources de conflits. Jusqu’à ce que j’apprenne, en  1990, que j’étais viré de l’hôpital Béclère.

« Où en sont, aujourd’hui, vos relations avec René Frydman ? » lui demande Le Monde.  « On ne s’est pas reparlé depuis 1990 » 2.

On lira la suite qui témoigne pleinement de la prescience de Testart quant aux dérives potentielles à venir, avec l’émergence du diagnostic pré-implantatoire et celle de l’ICSI. Prophétie et militantisme pluriel contre les menaces d’un nouvel eugénisme, démocratique.

Aujourd’hui un nouveau livre et, toujours, un besoin d’espérance qui fait que cet athé est parfois courtisé par des catholiques.  Et toujours, chez Testart, ce sens de la formule :

«  Le transhumanisme, c’est le nouveau nom de l’eugénisme. C’est l’amélioration de l’espèce par d’autres moyens que la génétique. C’est la perspective de fabriquer des humains plus intelligents qui vont vivre trois siècles, quand les autres deviendront des sous-hommes. Et cette perspective, qui créera une humanité à deux vitesses, est en passe d’être acceptée par la société. »

A demain

1 Testart J. Rousseaux A. « Au péril de l’humain » Editions du Seuil

2 On retrouve toutefois leur deux noms parmi les signataires de la tribune « GPA : ‘’Non au marché de la personne humaine’’ » publiée dans Le Monde du 19 janvier dernier