Ethique et politique : les non-dits du futur Président à propos de la « PMA pour toutes »

 

Bonjour

Déjà Président ? Désormais tous les mots seront pesés. Ceux à venir, ceux du passé. Il avait (avec quelques approximations) déjà dit sa volonté concernant la procréation médicalement assistée – tout en se protégeant derrière l’avis (à venir) du Comité national d’éthique – avis qui précédera la révision (prévue pour 2018) de la loi de bioéthique.

Peu avant le sacre annoncé il se confiait, sur le même sujet, à Marie Claire. « Toutes les configurations familiales ont droit à une égale considération » avait-il déjà fait savoir au début de cette année. Des propos alors en opposition apparente avec ceux qu’il avait tenus sur « l’humiliation » vécue par les opposants au « mariage pour tous » en 2013.  « Il est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et les couples de femmes », avait alors confié son entourage au Figaro, confirmant une information d’iTélé.

Solidarité nationale

 Marie-Claire lui demande : « Etes-vous favorable à la PMA pour toutes ? ». Emmanuel Macron répond : « J’y suis favorable. Il n’y a pas de raisons éthiques ni politiques pour fermer la PMA ».  Pas un mot de plus. Pas un mot de moins.

Aucune raison éthique ? Aucune raison politique ? Vraiment ? Nous n’en saurons pas plus sur l’argumentaire qui sous-tend l’ouverture à laquelle le futur Président se dit favorable. Ni sur les innombrables difficultés qui surgiront au moment de la question, majeure, du financement par la solidarité nationale d’une pratique ouverte et qui, à ce titre, ne pourra plus être considérée comme une thérapeutique de la stérilité.

On sait qu’Emmanuel Macron sera, demain, opposé à Marine Le Pen. Cette dernière a refusé de répondre aux questions de Marie-Claire.

A demain

 

Après avoir fait la lumière, les experts classent l’affaire de l’implant stérilisant Essure®

 

Bonjour

Affaire rondement menée : le comité des huit experts indépendants chargé d’évaluer les risques liés à l’implant de stérilisation Essure estime qu’il n’est « pas nécessaire » de modifier la réglementation concernant ce dispositif stérilisant de la multinationale Bayer. Telle est la principale des conclusions, publiées jeudi 20 avril sur le site de l’Agence du médicament (ANSM).

Environ un million d’implants Essure®  ont été commercialisés dans le monde, dont 140 000 en France. De façon unanime, ces huit experts 1 concluent que « les données de la littérature, de la surveillance et les résultats de l’étude épidémiologique ne remettent pas en cause la balance bénéfice risques favorable de l’implant Essure® ». D’autre part « de nouvelles conditions en termes de réglementation ne sont pas nécessaires ». Seul bémol : « une information indépendante devait être apportée aux femmes envisageant la contraception permanente, sur l’ensemble des méthodes de contraception et en particulier sur les avantages et les risques des deux méthodes de contraception permanente féminine afin de permettre une décision éclairée ».

Dimension judiciaire

La veille une réunion de travail « ouverte à la presse » au siège de l’ANSM avait permis aux experts d’entendre des représentants de l’association Réseau d’entraide soutien et information sur la stérilisation tubaire (Résist), du  Planning familial, de l’Association nationale des centres d’IVG et de contraception (Ancic) et du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).

Plus de 20 000 dispositifs sont actuellement implantés chaque année en France où, après l’âge de 40 ans, plus d’une femme sur dix fait le choix d’une stérilisation définitive (l’autre technique est la méthode cœlioscopique-ligature des trompes), Les données de pharmacovigilance établies depuis 2003 confirment certes l’existence d’accidents et de troubles gynécologiques chez certaines des femmes implantées. Pour autant, selon l’ANSM, ces incidents restent peu nombreux au regard du nombre de poses effectuées. Cette agence dénombre 40 grossesses, 138 incidents mécaniques, 249 incidents postopératoires gynécologiques (douleurs pelviennes, abdominales ou lombaires, ménométrorragies), 203 retraits et 281 incidents « autres ».

Quel impact ces conclusions d’experts auront-ils sur l’affaire Essure® ? Après une forte médiatisation quant à ces effets secondaires, plus de trois cents nouveaux signalements étaient parvenus à l’ANSM depuis le début du mois de février dernier. Quelle stratégie vont adopter les responsables du Réseau d’entraide soutien et information sur la stérilisation tubaire qui réclame le retrait de cette technique ? Les conclusions des experts indépendants réunis par l’ANSM auront-elles un impact sur la dimension judiciaire de l’affaire ? Pour l’heure, prudente, l’ANSM se borne à « prendre acte de ces premières conclusions ».

A demain

1 Sylvain Bouquet, Pascal Cohen, Odile Gagneur, France Lert, Jean-Philippe Lucot, Joël Poupon, Thierry Rabilloud, Michel Tournaire

 

Faire la lumière sur la stérilisation Essure ® ? Huit experts sous les projecteurs.

 

Bonjour

Objectif : tenter de dépasser les obstacles du conflit d’intérêts et de l’entre-soi. Comment une agence en charge de la sécurité des produits de santé peut-elle faire la lumière dans une affaire où elle est, de fait, directement impliquée ? Voilà, avec l’affaire Essure®, à quoi sont aujourd’hui confrontés les responsables de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Une situation riche d’enseignements.

Essure® ? C’est un dispositif médical implantable de stérilisation définitive et irréversible disponible en France depuis 2002 et remboursé par la Sécurité sociale.  Il est posé (en quelques minutes, par hystéroscopie) par un gynécologue obstétricien dans les trompes de Fallope. Une réaction de fibrose aboutit à leur obstruction complète et définitive au bout d’environ trois mois. Un contrôle doit être réalisé impérativement trois mois après la pose. Si le résultat est positif, la stérilisation est considérée comme effective et définitive. Cent-vingt mille femmes auraient, en France, eu recours à cette méthode.

Actions en justice

A priori séduisante cette approche a toutefois, au fil du temps, été associée à un risque de grossesses non désirées; puis à une série d’effets secondaires plus ou moins handicapants imposant parfois une réintervention pour stabiliser ou retirer le dispositif. Différentes actions en justice ont été engagées aux Etats-Unis, puis en France, largement relayées par voie de presse. Et la question se pose d’un arrêt de la commercialisation du dispositif. C’est dans ce contexte que l’ANSM a progressivement été amenée à devoir gérer ce dossier. Et c’est dans ce contexte qu’elle doit aujourd’hui prévenir les accusations potentielles de conflit d’intérêts.

En avril 2016 l’Agence précisait « ne pas avoir mis en évidence d’élément pouvant remettre en cause le rapport bénéfice/risque du dispositif Essure® ». Pour autant elle avait « identifié l’importance de mieux encadrer ses conditions d’implantation » (sic). Il fallait alors « renforcer notamment la formation des chirurgiens à la technique et l’information aux patientes sur ses éventuels effets indésirables, en amont de la pose ». En décembre dernier le ministère de la Santé croyait encore pouvoir rassurer : « le dispositif de stérilisation tubaire ESSURE est sous surveillance renforcée du Ministère de la santé qui a fortement encadré les pratiques de pose ».

Expertise externalisée

Puis, aujourd’hui, déploiement d’un nouveau dispositif. Un dispositif marqué par une volonté de très large écoute et d’externalisation (relative) de l’expertise :

« Dans le cadre des investigations actuellement menées sur le dispositif Essure suite à des signalements d’effets indésirables, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) annonce la création d’un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST).

Ce comité, constitué d’experts indépendants multidisciplinaires, est chargé de donner un avis sur le rapport bénéfice/risque du dispositif. Les membres du CSST, tous experts externes et indépendants ont été choisis en raison de leurs compétences techniques, médicales, toxicologiques et épidémiologiques 1 ».

Les parties prenantes seront auditionnées permettant ainsi aux experts de fonder leur avis sur des données scientifiques et des retours d’expérience d’utilisation en vie réelle du dispositif. »

En pratique les experts du CSST ainsi que les parties prenantes se réuniront le 19 avril 2017 à l’ANSM  Auditionnés : le Réseau d’Entraide Soutien et information sur la Stérilisation Tubulaire (R.E.S.I.S.T), le Planning Familial, l’Association Nationale des Centres d’IVG et de Contraception (ANCIC) et le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). A l’issue de leurs travaux, les experts du CSST émettront des recommandations « qui seront rendues publiques dans les semaines qui suivent ».  Qui décidera de suivre, ou pas, ces recommandations ?

A demain

1 Présidé par France Lert, le comité des experts est composé de Sylvain Bouquet, Pascal Cohen, Odile Gagneur, Jean-Philippe Lucot, Joël Poupon, Michel Tournaire et Thierry Rabilloud.

Poursuivi après la naissance d’un enfant trisomique, le CHU a-t-il commis une faute ?

 

Bonjour

Les faits, juste les faits – et les chiffres. Ils sont rapportés par Le Populaire du Centre à la lumière du tribunal administratif de Limoges. « Alors qu’elle était enceinte de son troisième enfant, Céline a subi, comme toutes les futures mamans, un dépistage de la trisomie 21 par prise de sang à quatorze semaines d’aménorrhée, écrit le quotidien. Les résultats ont révélé un risque élevé de trisomie, de l’ordre de 1/150. »

On sait que, depuis 2007, la Haute autorité de santé recommande que la clarté nucale (déterminée par une échographie) soit intégrée dans les données de l’appréciation des risques – en plus de l’âge de la mère et des marqueurs sériques. Une pratique devenue obligatoire en 2009. Le laboratoire en charge de l’analyse de Céline a fait son calcul en intégrant toutes ces données. Puis, au regard des résultats, son gynécologue l’a orientée vers le CHU de Limoges pour faire une amniocentèse. Le Populaire :

« Le médecin en charge de son dossier a procédé au recalcul des données, comme il en a l’habitude. Il est parvenu au résultat de 1/857, soit un risque beaucoup moins élevé. Il a estimé que l’amniocentèse n’était pas nécessaire. Céline est rentrée chez elle, rassurée. Elle a accouché le 10 septembre 2010. Un caryotype a été réalisé une semaine plus tard. Il a révélé que sa petite fille était atteinte de trisomie 21.

Erreur de calcul

« Après des tractations infructueuses avec le CHU qui a estimé qu’aucune faute n’avait été commise, le couple s’est retourné vers la justice. Une expertise a été ordonnée. Le rapport a été déposé au greffe le 25 septembre 2013. Il s’avère que le médecin a commis une erreur de calcul. Il a intégré les données concernant la clarté nucale alors que celles-ci étaient déjà prises en compte dans le calcul effectué par le laboratoire, faussant ainsi le résultat. Le médecin incriminé a reconnu son erreur. Une faute ‘’d’autant plus avérée que le compte rendu du laboratoire mentionne expressément la mesure de clarté nucale […]’’, a estimé dans ses conclusions le rapporteur public à l’audience du tribunal administratif. »

Le rapporteur public considère que la faute est caractérisée. Il a proposé au tribunal de condamner le CHU de Limoges à verser 50.000 € à la mère et 30.000 € au père, pour « leur préjudice moral tiré de l’impréparation à la naissance d’un enfant handicapé auquel s’ajoute pour la requérante, une perte de chance de pouvoir recourir à une interruption médicale de grossesse ». Ils se prévalent également « de troubles dans leurs conditions d’existence en raison de l’incidence de cette situation sur leur vie familiale et sociale ». L’état de la petite nécessitant deux séances de kinésithérapie, une séance de psychomotricité par semaine et une séance chez l’orthoptiste tous les quinze jours, la mère n’a pas pu reprendre le travail.

L’avocat de l’établissement, Me Jean Valière-Vialeix, assure que « le CHU comprend la douleur des parents, il demande que le tribunal considère qu’il ne s’agit pas d’une faute caractérisée mais d’une faute simple, compte tenu du débat sur la méthodologie d’analyse et de la difficulté du calcul ».

Le tribunal rendra sa décision dans une quinzaine de jours. Face aux faits, face aux chiffres, que dira le droit ?

A demain

Post-vérité gynécologique : comment en finir avec le chantage à la congélation des ovocytes ?

Bonjour

Nous étions en décembre 2012. Le quinquennat hollandien n’avait pas soufflé sa première bougie. Tout était encore possible. Et le  Collège national des gynécologues et obstétriciens français venait de trancher : il donnait son feu vert à « l’autoconservation sociétale des ovocytes » et dénonçait le «chantage» que l’on imposait ici aux femmes. Il ne restait plus qu’à changer la loi. « Mais qui oserait raisonnablement s’élever contre cette nouvelle forme de maîtrise de la procréation ? » demandions-nous alors, sur Slate.fr 1.

Nous sommes en mars 2017. La ministre de la Santé n’a pas changé et le quinquennat est à bout de souffle. Slate.fr (Daphnée Leportois) revient, sous un autre angle, sur le même sujet 2. Que s’est-il passé ?

Fin 2012 le CNGOF était depuis peu présidé par le Pr Bernard Hedon (CHU de Montpellier). Son conseil d’administration avait fait décision le 12 décembre. Non seulement ces spécialistes étaient favorables à ce que les femmes puissent, comme les hommes, avoir accès à la libre conservation de leurs cellules sexuelles, mais ils dénonçaient la pratique officiellement en vigueur en France : les seules femmes qui pouvaient avoir cette liberté étaient celles qui acceptaient, en contrepartie, de donner à d’autres femmes une partie de leurs ovocytes. Il s’agit là pour eux d’un chantage devenu inacceptable.

« Convenance »

On sait qu’à différence notable des spermatozoïdes, la question des modalités de conservation des ovocytes par congélation ne s’est posée que très récemment. Les principaux obstacles techniques ont été franchis avec succès ces dernières années avec le procédé dit de «vitrification». Les espoirs et les problèmes avaient commencé à apparaître au début de 2011. Cœur du problème : la loi de bioéthique de juillet 2011 dispose que cette technique ne peut être mise en œuvre que pour des raisons médicales. Sa pratique est ainsi devenue courante lorsque la fertilité de la femme est menacée par un futur traitement stérilisant (dans le cas de certains cancers notamment).

Mais elle est interdite en France dès lors qu’il s’agit d’une « demande de convenance ». Et cette interdiction vaut également dans le cas où la femme accepterait de payer les opérations de prélèvement et de conservation. Prévenir avec succès la marchandisation du corps humain a son corollaire : le citoyen ne peut pas disposer comme il l’entend des éléments qui composent le sien.

Pour sa part le CNGOF rappellait que cette autoconservation constitue un progrès médical : elle est, avec le don de ces mêmes cellules sexuelles, la seule méthode de traitement de l’infertilité réellement efficace à 40 ans et plus. Elle permet aux couples de concevoir des enfants dotés d’un capital génétique qui leur est propre.

Inadmissible

Les gynécologues-obstétriciens français observaient encore que l’âge moyen de la maternité ne cesse, en France, de reculer et que les femmes qui consultent pour infertilité sont, elles aussi, de plus en plus âgées. Le nombre de cas nécessitant le recours à un don de gamètes sexuelles féminines augmente et ce alors qu’il n’existe pas d’ovocytes disponibles. Conclusion :

« Il ne serait pas admissible, comme la loi le prévoit pourtant, de limiter la possibilité d’autoconservation aux seules femmes qui accepteraient de donner une partie de leurs ovocytes Un tel chantage nous paraît éthiquement inacceptable. »

Le CNGOF ajoutait que l’autoconservation « de convenance » de spermatozoïdes est possible pour les hommes et qu’il n’y aavi donc « pas de raison particulière pour que le parallèle ne soit pas autorisé aux femmes». Ils précisaient que de nombreux pays acceptent la conservation d’ovocytes pour convenance. La société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE) venait d’ailleurs de rendre un avis favorable à cette pratique.

« Au total, c’est bien la ‘’convenance personnelle’’ qui apparaît comme la question nouvelle et centrale, observions-nous alors. On peut voir dans cette possibilité née des avancées techniques la suite logique de la maîtrise de la fonction de reproduction féminine amorcée il y a plus d’un demi-siècle avec la contraception hormonale. Sera-t-elle également, en France, une première étape irréversible dans l’usage non médical de techniques jusqu’ici destinées à traiter des stérilités ? De ce point de vue, cette question soulève les mêmes problèmes éthiques fondamentaux que les projets gouvernementaux actuels de procréation médicalement assistée qui pourrait être autorisée aux futurs couples homosexuels mariés. »

Commerce espagnol

Quatre ans plus tard on sait ce qu’il en fut de ces projets gouvernementaux. Mais qu’en fut-il des souhaits et le la volonté du Collège national des gynécologues et obstétriciens français ? On lira, sur Slate.fr, que rien n’a changé et que dans ce domaine la parité est un horizon qui apparaît encore assez éloigné. Ainsi le « chantage au don » est-il toujours d’actualité. « La frilosité de voir les femmes reprendre le contrôle de leur maternité jusqu’à un âge avancé» pourrait bien s’expliquer par des raisons essentiellement non médicales, y observe le Dr Miguel Jean, responsable du Conseil interdisciplinaire d’éthique du CHU de Nantes: «C’est une forme de gestion paternaliste de la procréation. Doit-on fixer des limites à la liberté procréative des femmes? Et si on répond oui à cette question, qui est légitime pour fixer ces limites ? Le législateur ? Les médecins ? Ou les femmes elles-mêmes ?»

Mars 2017. Les professionnels de gynécologie française ne semblent pas soucieux de prendre publiquement la parole sur ce sujet. Un commerce fructueux s’organise entre la France et certaines cliniques privées espagnoles (groupe IVI) très actives sur le sujet. L’Agence de biomédecine et les pouvoirs publics ferment les yeux. Le politique est à bout de souffle, l’éthique attendra.

A demain

1 «Mes ovocytes, quand je les veux!»: ce sera bientôt possible en France » Slate.fr 18 décembre 2012.

2 « Mais pourquoi les hommes peuvent-ils congeler leur sperme en cas de vasectomie ? » Slate.fr 12 mars 2017.

 

 

Cancer de l’utérus et inégalité : les mieux protégées sont toujours les moins défavorisées

Bonjour

Le jargon a ses outrances. Ainsi cette phrase : « Pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné ». On peut la lire dans le dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) consacré à la lutte contre le cancer du col de l’utérus.

C’est la conclusion d’une étude intitulée « Caractérisation des femmes ne réalisant pas de dépistage du cancer du col de l’utérus par frottis cervico-utérin en France » – une étude menée par des chercheurs de l’Institut national du cancer (INCa) qui confirme les inégalités majeures et inacceptables qui existent et persistent dans ce domaine. Des inégalités tueuses. Tout est dit dans l’introduction :

« Le Plan cancer 2014-2019 s’est donné pour objectif de faire reculer les inégalités face au cancer du col de l’utérus (CCU). Un nombre important de femmes échappe à tout dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses du col de l’utérus, principalement dans les populations vulnérables. Plus de 1 100 femmes meurent chaque année de ce cancer. C’est l’un des seuls pour lequel le pronostic se dégrade en France, avec un taux de survie à cinq ans après le diagnostic en diminution (passé de 68% en 1989-1991 à 64% en 2001-2004) et un impact démontré du niveau socioéconomique sur la mortalité. » 

« Caractéristiques socio-économiques défavorables »

L’étude en question est une analyse transversale des données de l’Échantillon généraliste des bénéficiaires (EGB) de l’Assurance maladie sur la période 2010-2013. Elle a porté sur plus de 125 000 femmes. Résultats :

« Près de 40% des femmes n’avaient réalisé aucun dépistage en quatre ans. Les taux de non-participation au dépistage augmentaient à partir de l’âge de 50 ans, chez les femmes ayant un moindre recours au système de santé, en ALD, en invalidité et présentant des caractéristiques socio-économiques défavorables. Près de 60% des femmes non-participantes résidaient dans une commune identifiée comme défavorisée et 15% étaient bénéficiaires de la CMUc. »

Pour finir, l’inimitable jargon conclusif :

« Les résultats sont cohérents avec les données issues de la littérature. La caractérisation au plan quantitatif des femmes non-participantes et des populations vulnérables permet d’évaluer les moyens que le programme de DO CCU devra déployer. Toutefois, pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné. »

« Universalisme proportionné »

Et l’INCa de revenir aux généralités : « Grâce au frottis de dépistage, le cancer du col de l’utérus peut être évité dans 9 cas sur 10 ». Et de lancer une « nouvelle campagne de sensibilisation en partenariat avec le ministère de la Santé et les caisses d’assurance-maladie ». Cette campagne vient de s’achever. Comme toujours, le recours totalement décalé, impersonnel, réducteur, à la publicité : « Après 45 ans, le frottis, c’est surtout pas fini », expliquait le message radio. Pauvreté triste de la rime…

« Le cancer du col de l’utérus pourrait presque être éliminé en France grâce à deux leviers efficaces et complémentaires : la vaccination contre les HPV pour les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans, et le frottis pour les femmes âgées de 25 à 65 ans », souligne l’INCa. Or, précisément, ce cancer n’est pas éliminé et une nouvelle étude de chercheurs de l’INCa dit pourquoi : « Pour mieux atteindre ces populations, des approches qualitatives ciblées devront être conduites en complément, dans une démarche d’universalisme proportionné».

Oxymore ?  Qui fait quoi, à l’INCa ?

A demain

Faudrait-il vraiment retirer sous peu l’implant stérilisant Essure® du marché français ?

 

Bonjour

Dans les « affaires sanitaires » il y a toujours un moment où les plaignants sont reçus au ministère de la Santé. Parfois même par la ministre en personne. Le pont-levis se baisse. Le château s’entrouvre aux malheureux. C’est la réplique des antiques réceptions des doléances par le seigneur et roi. La suite, on le voit, correspond rarement aux attentes de l’une ou l’autre des deux parties.

Vendredi 20 janvier, à Paris, des responsables de l’association Resist (Réseau d’entraide, de soutien et d’informations sur la stérilisation tubaire) sont entrées dans le château républicain de l’avenue de Ségur. Les doléances portaient sur Essure, un « dispositif contraceptif définitif ». Essure® : nom de la marque d’une technique de stérilisation féminine commercialisée en France par la multinationale allemande Bayer. Et une affaire qui se développe depuis quelques semaines dans les gazettes, féminines ou pas.

Portrait d’avocat

Les plaignantes entendaient, nous apprend Le Monde (Patricia Jolly), qu’Essure® soit « retiré du marché », et ce « au nom du principe de précaution, dans l’attente des résultats des expertises médico-judiciaires ». Elles n’ont pas été entendues – et elles souhaitent le faire savoir. Me Charles -Joseph-Oudin, leur avocat, s’y emploie avec un certain succès dans les médias. L’homme en noir est sur plusieurs fronts, défenseur de victimes du Mediator® et de la Dépakine®. Cela lui a valu un très gentil portrait dans le supplément du Monde : « L’avocat qui fait trembler les labos ».

« Essure® » ? La modernité incarnée : un implant composé de fibres de polyéthylène téréphtalate, d’un alliage nickel-titane et d’acier inoxydable. Il est placé dans la partie proximale de chaque trompe (dispositif est guidé par un cathéter inséré par voie vaginale ; réaction tissulaire d’occlusion des trompes). « Essure®permanent birth control »:

« Essure® est la seule méthode de contrôle ne naissance permanent que vous pouvez obtenir avec une procédure non chirurgicale. Il peut vous aider à arrêter de vous soucier d’une grossesse qui serait non planifiée. La procédure Essure® est généralement achevée en une dizaine de minutes et peut être effectuée au cabinet de votre médecin. »

Remboursés par la Sécurité Sociale

Un million (environ) d’Essure® ont été prescrits et vendus dans le monde. En France, remboursés par la Sécurité sociale depuis 2005, plus de 20 000  sont posés chaque année. L’affaire tient au fait qu’on soupçonne cet implant d’être associé à une vaste gamme d’effets secondaires : allergies au nickel présent dans l’implant, douleurs pelviennes chroniques, nécessité de réopérer les patientes pour stabiliser ou retirer le dispositif instable. Me Joseph-Oudin ajoute : règles hémorragiques, violentes douleurs pelviennes, rapports sexuels douloureux,  douleurs musculaires et articulaires, tachycardie, perforation d’organes, réactions allergiques ou auto-immunes,  fatigue chronique.

« L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé – ANSM – et le cabinet de la ministre de la santé, Marisol Touraine, ont bien conscience qu’il y a un problème lié à la pose du dispositif Essure et à sa composition, a déclaré Me Joseph-Oudin au Monde. Mais ils attendent les conclusions dans quelques semaines de deux études épidémiologiques. L’une menée par l’ANSM à partir de données de l’Assurance-maladie, et une autre demandée à Bayer par la Food and Drug Administration, l’autorité de santé américaine. »

Silence classique

Il y a aussi, en parallèle, une procédure d’indemnisation engagée par trois plaignantes contre Bayer HealthCare. Elle doit être examinée, lundi 23  janvier, par le tribunal de grande instance de Bobigny avant d’être renvoyée à plus tard. « Notre objectif est de faire nommer des experts qui se prononceront sur les pathologies énoncées et le dispositif , explique encore Me Joseph-Oudin qui compte aussi faire  » prendre en charge «  le coût des expertises par Bayer HealthCare. C’est de l’ordre de 3 000  à 4 000 euros par dossier. Environ deux cents dossiers sont en cours de constitution.  Ce serait pour Bayer une bonne façon de manifester son intention de faire la lumière sur cette affaire. »

La lumière ? Où est-elle ? Le conseil de Bayer HealthCare n’a pas répondu aux sollicitations du Monde. Un grand classique : Big Pharma ne parle qu’à son avantage. Et ne répond jamais, ni au téléphone, ni aux doléances.

A demain