Quand aura-t-on le droit, en France, de créer des enfants à partir de « trois parents » ?

Bonjour

C’est une première médicale qui interroge – une première à haut risque polémique. Un enfant conçu avec le matériel génétique issu de trois personnes (deux femmes et un homme) vient de naître en Grèce. Une vraie naissance au pays des mythes.

Le bébé (sexe masculin –  2,960 kg) est né le 9 avril d’une mère grecque de 32 ans qui avait tenté sans succès plusieurs fécondations in vitro, a précisé le centre grec Institute of Live (IVF), dans un communiqué :

« Greece achieves birth of the world’s first baby through the Institute of Life’s and Embryotools implementation of Maternal Spindle Transfer in a woman suffering from multiple IVF failures. Through pioneering clinical research, Institute of Life IVF Center in Greece and Embryοtools in Spain achieves global innovation in Assisted Reproduction !

 « The birth of the first healthy baby through the pioneering Maternal Spindle Transfer method – implemented for the first time by the Institute of Life and Embryotools – is a global first, offering the potential to preserve the mother’s genetic material. The method was implemented by Institute of Life IVF Center and Embryotools to address fertility issues associated with multiple in vitro fertilization (IVF) failures caused by cytoplasmic dysfunction of the oocytes or rare mitochondrial genetic diseases. The 2.960 grams boy was born at 07:46 a.m. today, 9 April 2019, to a 32-year-old Greek woman with a history of multiple IVF failures and poor oocyte quality. The mother and infant are both in good health.

« The Maternal Spindle Transfer method, which was developed after 5 years of basic research at Embryotools in Spain and two and half years of pioneering clinical validation at the Institute of Life’s laboratory in Greece, involves mitochondrial replacement in human oocytes, fully preserving the genetic material of the woman who wants to reproduce. In this way, specialists can overcome the problems of women with fertility issues and multiple IVF failures caused by cytoplasmic dysfunctions of their oocytes or women suffering from rare mitochondrial genetic diseases. Finally, the clinical implementation of the “Maternal Spindle Transfer” method is carried out under licensing and supervision of the Greek National Authority of Assisted Reproduction. »

Impuissance politique

Cette méthode, qui fait l’objet de controverses au plan éthique, avait déjà été utilisée avec succès en 2016 au Mexique pour éviter la transmission d’une maladie héréditaire maternelle. Elle avait ensuite été autorisée au Royaume Uni. Ici l’objectif est différent : il s’agit de répondre à un problème d’infertilité – c’est une forme de FIV intégrant via, un ovocyte énucléé, un troisième « parent »

« Aujourd’hui, pour la première fois dans le monde, le droit inaliénable d’une femme à devenir mère avec son propre matériel génétique devient une réalité » se félicite Panagiotis Psathas président de l’IVF, dans ce communiqué. Selon lui, « il est désormais possible pour des femmes ayant subi de multiples échecs de FIV ou souffrant de rares maladies génétiques mitochondriales d’avoir un enfant ».

Au-delà de l’emphase une nouvelle question est bel et bien soulevée, celle de la légitimité de créer des enfants conçus à partir de « trois parents » – création interdite en France. Une question qui ne figure pas au menu, en France, du Grand Débat. Elle n’est pas non plus inscrite dans le projet gouvernemental de révision de la loi de bioéthique. Où l’on voit l’impuissance chronique du politique à s’emparer des sujets éthiques majeurs de notre époque.

A demain

@jynau

Greffe d’utérus en France : mais pourquoi tant de précipitation dans la communication ?

Bonjour

Mail classé « Important » adressé, en fin de matinée, aux journalistes spécialisés: « Bonjour, Pour toute demande concernant la greffe de l’utérus réalisée au sein de l’hôpital Foch, merci de contacter l’agence presse Dentsu Consulting  (‘’Il faut vingt ans pour construire une réputation et cinq minutes pour la détruire’’)». Et peu auparavant une dépêche sur le fil de l’AFP  – le tout avant les premières reprises dans les journaux de la mi-journée.

Résumons l’événement. Pour la première fois en France une greffe d’utérus a été pratiquée (le 31 mars dernier) chez une femme de 34 ans. Greffe pratiquée à l’hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine) par l’équipe du Pr Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction. La donneuse, 57 ans, est la mère de la patiente greffée.

Cette dernière est atteinte du syndrome  de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser : aplasie congénitale de l’utérus et de la partie supérieure (les 2/3) du vagin, chez des femmes ayant un développement normal des caractères sexuels secondaires et un caryotype 46,XX normal. Ce syndrome affecte au moins une femme sur 4500.

Alternative à la mère porteuse

Ce type de greffe est loin d’être une première. Une naissance avait pu être ainsi obtenue après en Suède, un an après la transplantation, en 2014, pratiquée par  l’équipe du Pr Mats Brännström (Université de Göteborg), grand pionnier dans ce domaine. La donneuse vivante avait 61 ans. Le Pr Brännström a expliqué à l’AFP que quinze naissances ont d’ores et déjà été obtenues dans le monde après greffe utérine : « neuf en Suède dont la dernière il y a quatre jours, deux aux Etats-Unis, une au Brésil, en Serbie, en Chine et en Inde ».

Parmi les treize pays (avant la France) ont pratiqué cette greffe figurent aussi selon cet expert le Mexique, le Liban, l’Arabie saoudite, l’Allemagne, la République tchèque et la Belgique. Et en décembre dernier on apprenait la première naissance obtenue (au Brésil) après greffe d’un utérus prélevé chez une donneuse décédée. Annonce alors faite dans les colonnes du Lancet.

Une autre équipe française, du CHU de Limoges, avait reçu en 2015 l’autorisation de l’Agence de la biomédecine et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de conduire un essai clinique à partir de donneuses en état de mort cérébrale. Finalement c’est donc Foch, avec donneuse vivante, qui obtient le premier résultat et qui choisit de l’annoncer en extrême urgence.

On rappellera que cette greffe pourra aussi être une  alternative expérimentale à la gestation pour autrui, interdite en France. Voire à l’adoption. Prochaine étape : la première naissance mondiale obtenue à partir d’un utérus artificiel.

A demain

@jynau

 

Agnès Buzyn : comment espère-t-elle pouvoir déminer la fermeture des petites maternités ?

Bonjour

Pro domo. Qui mieux que soi pour défendre son bilan et, en même temps, son avenir ? Dans une tribune publiée ce 31 mars sur le JDD.fr (et non sur le JDD papier) – tribune qui doit paraître aussi dans la presse quotidienne régionale –  Agnès Buzyn « défend sa réforme de la santé, actuellement débattue au Parlement, face aux vives oppositions locales qu’elle soulève ». Le JDD explique que la ministre des Solidarités et de la Santé « cherche notamment à déminer le sujet sensible de la fermeture des petites maternités qu’elle assortit d’une série de garanties, notamment un renforcement des prises en charge et une permanence de sages-femmes « dans tous les territoires éloignés »».

Extraits choisis :

« Ces derniers mois, la question du maintien des petites maternités est devenue un emblème de l’accès aux services publics dans les territoires. Je veux être très claire : aucun service d’accouchement n’est fermé pour des raisons financières, nulle part en France. 

Chaque femme doit être assurée de la qualité des soins lors de son accouchement. Partout où la présence suffisante de pédiatres, gynécologue-obstétriciens, sages-femmes et anesthésistes permet de garantir la sécurité des mères et des enfants, nous maintenons les accouchements dans les maternités locales. Quand ce n’est pas le cas, elles sont transformées en centres de périnatalité, dans lesquels les femmes continuent de bénéficier des soins de suivi de la grossesse jusqu’à l’accouchement et juste après. 

Cette transformation est toujours au bénéfice des habitants. Maintenir localement une maternité sans médecins pour la faire tourner n’est ni un service à leur rendre ni l’idée que je me fais du service public. Mais je suis également consciente qu’accoucher un peu plus loin de chez soi peut être source d’angoisse, et que nous devons y répondre.

Je généraliserai cette année le pack de services ‘Engagement maternité’ garanti pour chaque femme dont le domicile se trouve à plus de 30 minutes d’une maternité. Il comprend le remboursement par l’Assurance maladie du transport sécurisé vers la maternité en urgence ou pas, de l’hébergement des femmes et de leur famille en hôtel près de la maternité quelques jours avant le terme de la grossesse si elles le souhaitent, et de toutes les consultations de la grossesse à domicile ou non suivant les besoins de chacune. »

Les pharmaciens d’officine ne sont pas oubliés :

« Nous allons aussi confier à des professionnels de santé bien répartis dans les territoires des tâches simples qu’ils n’ont pas le droit de faire aujourd’hui. Des infirmières pourront bientôt suivre des patients confiés par un médecin pour une maladie chronique, comme le diabète, en adaptant les traitements suivant leurs besoins. Autre exemple, les pharmaciens vaccineront contre la grippe partout en France dès cet automne. » 

Haute voltige :

Agnès Buzyn rappelle encore à ceux qui l’ignoreraient « qu’elle a lancé une stratégie de transformation complète et nécessaire de notre système de santé, baptisée ‘Ma Santé 2022’ ». « La santé est au cœur de notre pacte social, conclut-elle. Facteur de qualité de vie pour les femmes et les hommes, elle améliore la vie en société et consolide les liens qui nous unissent. Elle est un bien commun auquel chacun doit avoir accès, où que l’on habite en France. Le Président de la République s’y est engagé, le système de santé doit tenir cette promesse pour devenir l’un des piliers de notre Etat-providence du 21e siècle. Je m’y engage à ses côtés et avec les soignants, qui savent mieux que quiconque qu’un pays qui soigne bien est un pays qui peut guérir. » »

Comment interpréter cette dernière image ? Est-ce la France qui est malade ? Une certitude : la ministre est à la fois aux côtés du président de la République et, en même temps, avec les soignants. On peut voir là un exercice de très haute voltige politique.

A demain

@jynau

 

IVG : contre Agnès Buzyn, la gauche réunie réclame la fin de la «clause de conscience»

Bonjour

Agnès Buzyn est aujourd’hui dans une une situation on ne peut plus paradoxale. Car voici la ministre des Solidarités et de la Santé qui fut la belle-fille de Simone Veil, confrontée devant l’Assemblée nationale à une demande qui nous ramène à la loi défendue en 1975 par celle dont elle tient actuellement le maroquin. Et Agnès Buzyn, par ailleurs médecin, est opposée à cette demande présentée comme « le prolongement de la belle œuvre de Mme Veil » par la députée Caroline Fiat (LFI, Meurthe-et-Moselle) première aide-soignante de l’histoire de France à siéger dans l’Hémicycle.

Objet de la polémique : la fameuse « clause de conscience » dont les médecins peuvent se prévaloir pour refuser de pratiquer une interruption volontaire de grossesse. L’affaire s’est nouée dans la soirée du vendredi 22 mars à l’Assemblée nationale où Mme Buzyn défend un projet de loi concernant la Santé.

Où l’on vit des députées du Parti socialiste et de La France insoumise associées Parti communiste  défendre des amendements pour supprimer cette clause spécifique à l’IVG – clause qui s’ajoute à la clause de conscience pour l’ensemble des actes médicaux. En septembre 2018 une offensive socialiste sur le même thème avait fait long feu devant le Sénat.

« Pouvoir médical »

De quoi parle-t-on ? Le code de la déontologie médicale prévoit dans son article 47 relatif à la continuité des soins (article R. 4127-47 du code de la santé publique) le droit de tou.te.s les professionnel.le.s de santé de refuser, pour des raisons personnelles, de pratiquer des actes médicaux. Les médecins qui ne veulent pas pratiquer une IVG doivent « informer, sans délai » l’intéressée de leur refus et « communiquer immédiatement le nom de praticiens ou de sages-femmes susceptibles de réaliser cette intervention ».

Exposé des motifs idéologiques de celles et ceux qui veulent en finir avec cette clause spécifique :

« Depuis la loi Veil, les adversaires de l’IVG n’ont jamais désarmé, jamais renoncé ; et le droit à l’IVG gratuite, accessible et libre continue de s’exercer sur une ligne de crête. Faute d’obtenir, comme ils le revendiquent, l’interdiction de l’IVG, ils œuvrent, d’une part, à culpabiliser et dissuader les femmes et, d’autre part, à organiser et soutenir, dans les services de santé, les réfractaires à l’IVG. Leur but est explicite : rendre ineffectif le droit à l’avortement.

La clause de conscience est aujourd’hui le symbole d’un pouvoir médical qui s’arroge le droit de contester la loi et continue de se mobiliser pour contrôler le corps des femmes. Elle est une menace constante et insidieuse qui pèse sur la réalité tangible du droit à l’IVG pour toutes les femmes. »

« Superfétatoire »

Hier 22 mars, devant l’Assemblée nationale, Sylvie Tolmont (PS) a fait valoir que cette clause était « superfétatoire » et confortait l’idée que l’IVG était  « un acte à part ». Pour Caroline Fiat (LFI), « cette double clause de conscience » mise « à l’époque pour faire passer la loi Veil » n’a « plus lieu d’exister ». La supprimer, « c’est une belle occasion 44 ans après de prolonger la belle œuvre de Mme Veil », a-t-elle ajouté.

Agnès Buzyn est « fondamentalement » opposée à cette suppression qui, selon elle, est « une fausse bonne idée ». Elle estime que  « compliquerait le parcours des femmes » sans « améliorer  l’accès à l’IVG ».

 « La clause de conscience permet d’afficher quelque part clairement les intentions. Donc ça va éviter aux femmes de prendre rendez-vous avec des médecins qui éventuellement peuvent leur faire perdre du temps s’ils sont contre l’IVG et qu’ils ne sont pas dans la clause de conscience avec l’obligation de trouver un médecin [prêt à la pratiquer]. »

 « La clause de conscience, elle affiche la couleur. Ce n’est pas génial, je suis d’accord, mais je pense que pour les femmes en situation de détresse, ça apporte beaucoup plus de garanties d’un parcours simple ».

En attendant force est de bien de constater qu’en France, depuis quinze ans, le nombre d’IVG est stable. En 2017, 216 700 interruptions volontaires de grossesse ont été réalisées dans l’Hexagone, soit quasiment le même nombre qu’en 2001.

A demain

@jynau

 

Où se procurer, dans l’Union européenne, un véritable embryon humain pour 3 600 euros ?

Bonjour

Le  sujet ne fait partie ni du Grand Débat français ni des élections européennes. On le découvre , ce 22 mars 2019, en page 9 du Parisien/Aujourd’hui en France (Christine Mateus) : « L’adoption d’embryons, vous connaissez ? ». Où l’on retrouve l’Institut Marquès de Barcelone 1. L’Institut catalan et sa « plate-forme mondiale de cession d’embryons humains abandonnés ».

En Espagne, « après deux relances sans réponses de la part des patients » les embryons conçus par fécondation in vitro « sont à disposition des cliniques, qui peuvent opter pour leur destruction ou les conserver pour la recherche ou bien les donner à d’autres couples ». Pour sa part l’Institut Marquès a choisi, depuis 2004, cette dernière possibilité, en lançant à Barcelone « le premier programme d’adoption d’embryons du monde ».

Religion et consanguinité

Aujourd’hui, explique-t-on, des « patients du monde entier » se rendent en Espagne afin d’adopter des embryons disponibles et plus d’un millier d’enfants sont nés grâce à cette initiative. 62% des couples français qui choisissent l’option d’adopter des embryons à l’Institut Marquès, le font car ils n’ont pas réussi à obtenir une grossesse avec d’autres techniques de reproduction assistée ; 28% des adoptants français sont des femmes sans partenaire qui veulent devenir mères, certaines d’entre elles après avoir été un certain temps sur liste d’attente pour une adoption standard ; 10% des adoptants d’embryons s’avèrent être des personnes qui par croyances éthiques ou religieuses écartent les autres techniques de procréation médicalement assistée.

A Barcelone l’attribution des embryons se réalise via un système informatique qui assure que chaque enfant naîtra dans un pays (ou dans une communauté) distinct de celle des autres embryons conçus lors du même cycle. « Pour éviter les consanguinités futures ». Nouvelle donnée, dans Le Parisien, le prix facturé : « 3 600 euros environ ». Les affres de la marchandisation concurrentielle du corps humain ne font partie ni du Grand Débat ni des élections européennes.

A demain

@jynau

1 L’Institut Marquès se présente ainsi : « Un centre barcelonais à la renommée internationale dans les domaines de la gynécologie, l’obstétrique et la reproduction assistée, présent à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et Kuwait. Ce centre, spécialisé dans les cas qui présentent une difficulté particulière, aide les personnes dans plus de cinquante  pays à réaliser leur rêve de devenir parents. L’Institut Marquès offre les meilleurs taux de grossesse, avec 89% de réussite par cycle de fécondation in vitro avec don d’ovocytes. Leader en innovation, il développe une importante ligne d’investigation sur les bénéfices de la musique lors des débuts de la vie et la stimulation fœtale. Aussi, engagé pour la cause environnementale, l’Institut Marquès réalise depuis 2002 des études sur le rapport entre les toxiques environnementaux, la stérilité et les traitements de reproduction assistée. »

 

 

Brutale accélération de la fermeture de toutes les «petites maternités de proximité» : et après ?

Bonjour

« Le nombre de femmes qui vivent à plus de 45 minutes d’une maternité a doublé en 20 ans » titre Le Monde (François Béguin, Véronique Malécot, Mathilde Costil, Eugénie Dumas, Eric Dedier et Xemartin Laborde). Une information opportunément publiée à la veille des « Etats généraux des maternités de proximité » qui se tiendront les 22 et 23 mars au Blanc (Indre), l’une des petites cités directement concernée par un processus jacobin déjà ancien de fermeture programmée.

« En un peu plus de vingt ans, entre le 1er janvier 1997 et le 11 mars 2019, la France a perdu 338 maternités (413 fermetures et 73 ouvertures) sur 835, précise Le Monde qui a demandé à un ‘’géographe de la santé’’ un travail original sur le sujet. A l’issue de cette colossale refonte de la carte sanitaire, le nombre de femmes en âge de procréer se trouvant à plus de quarante-cinq minutes d’une maternité a plus que doublé, passant de 290 000 à 716 000, soit 430 000 de plus. Le nombre de celles se trouvant à plus de trente minutes a, lui, augmenté de près de deux millions, passant de 1,9 million en 1997 à 3,7 millions en 2019.

Au milieu du gué

Ces chiffres jusqu’ici inédits sont différents des données produites par le service statistiques du ministère de la santé. Et au vu du contenu du projet de loi « santé » défendu par Agnès Buzyn et dont l’examen est en cours devant l’Assemblée nationale de nouvelles fermetures sont à prévoir dans les prochaines années. « On continue à fermer et à concentrer, on a l’impression que ça ne finira jamais », déplore Rosine Leverrier, vice-présidente des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité. Une angoisse qui vient s’ajouter à toutes celles que nourrissent ceux qui estiment vivre aujourd’hui « en périphérie ».

Un paradoxe d’autant plus étonnant que les autorités sanitaires arguent de la sécurité des femmes pour justifier les fermetures de maternités où les médecins spécialistes font défaut. Une politique qui a récemment reçu le soutien affiché d’un vaste aréopage représentant les anesthésistes-réanimateurs, les gynécologues médicaux et les gynécologues-obstétriciens, les pédiatres et des médecins généralistes 1.

« L’évolution est urgente et inéluctable du fait de la démographie médicale, expliquent-ils. Elle est nécessaire pour la sécurité des patientes. Nous comprenons les craintes des patientes mais rester crispé au milieu du gué est particulièrement dangereux. Refusons la démagogie et construisons l’avenir avec les patients, les soignants et les élus responsables. »

Comment décrisper ceux qui au Blanc (Indre) et ailleurs, à la fois en périphérie et au milieu du gué, voient monter les eaux, tremblent et n’osent plus avancer ?

A demain

@jynau

1 Laurent Heyer, président du CNP-AR (Conseil National Professionnel d’Anesthésie-Réanimation) ; Benoît Plaud, président du CNEAR (Collège National des Enseignants d’Anesthésie-Réanimation) ; Xavier Capdevila, président de la SFAR (Société Française d’Anesthésie et de Réanimation) ; Christian-Michel ARNAUD, président du SNARF (Syndicat National des Anesthésistes-Réanimateurs de France) ; Denis Cazaban, président du SMARNU (Syndicat des Médecins Anesthésistes-Réanimateurs Non Universitaires) ; Anne Wernet, présidente du SNPHAR-e (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs) ; Élie SALIBA, président de la SFN (Société Française de Néonatologie) ; Olivier Claris, Chef de service de néonatologie et de réanimation néonatale au CHU de Lyon ; Blandine Mulin, présidente de la FFRSP (Fédération Française des Réseaux de Santé Périnatale) ; Thierry Debillon, président de la SFMP (Société Française de Médecine Périnatale) ; Jean-Christophe Rozé, professeur de Pédiatrie à l’Université de Nantes ; Israël Nisand, président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) ; Michèle Scheffler, présidente du CNPGO (Conseil National Professionnel de Gynécologie et Obstétrique) ; Vincent Zerr, président de la FECEGOCH (Fédération des Cercles d’étude des Gynécologues Obstétriciens des Centres Hospitaliers) ; Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France) ; Pascale Le Pors, vice-présidente du SYNGOF, pôle Praticiens  Hospitaliers ; Jacques Trévidic, président de la CPH (Confédération des Praticiens des Hôpitaux) et de APH (Action Praticiens Hôpital) ; Renaud Péquignot, président Avenir Hospitalier ; Emmanuel Loeb, président de Jeunes Médecins ; Jeremy Do Cao, président de l’AJP (Association des Juniors en Pédiatrie) ; Gabriel Saiydoun, président du CNJC (Conseil national des Jeunes Chirurgiens) ; Franck Verdonk, président du SNJAR (Syndicat des Jeunes Anesthésistes-Réanimateur) ; François BRAUN, président de Samu-Urgences de France

 

Déontologie : l’invraisemblable menace médicale «anti-IVG» du Syngof restera-t-elle impunie ?

Bonjour

Lundi 18 mars 2019. Quelques dizaines de militant.e.s féministes envahissent le siège du Conseil national de l’Ordre des médecins. Parfois porteurs de blouses blanches tachées de sang, brandissant des pancartes quelques dizaines ils ont interpellé les représentants ordinaux pour réclamer des sanctions contre le Syndicat national des gynécologues et obstétriciesn de France (Syngof). C’est la dernier épisode en date de la pitoyable initiative de ce syndicat qui, il y a quelques jours, appelait à une « grève des IVG » pour … faire avancer l’une de ses revendications syndicales.

Devant le nombre et la virulence des condamnations unanimes de son initiative les responsables du Syngof avaient très rapidement fait volte-face. Et ce en donnant des explications proprement invraisemblables :

«  Les gynécologues du Syngof soutiennent sans réserve le droit à l’IVG. Il est malheureux de constater dans notre démocratie qu’après tout les démarches officielles entreprises par le syndicat pour informer le ministère des problèmes d’assurance et d’indemnisation, le seul moyen aujourd’hui de se faire entendre est de générer une fausse polémique sur les réseaux sociaux dont on n’ignore pas l’impact négatif sur l’image des gynécologues obstétriciens et du Syngof. »

Communiqué scandaleux

Sans doute pensaient-ils avoir tourné la page. C’était compter sans l’ire durable de celle est ceux pour qui, faute d’explications claires, de sanctions internes, d’un véritable mea culpa syndical, un tel comportement mérite une sanction déontologique supérieure. D’où la présence, le 18 mars, des militants au sein du siège ordinal national – et l’échange qui s’en est suivi entre les militants et le Dr Walter Vorhauer, secrétaire général du Conseil national.

Ce dernier, rapporte France Info, « a vivement critiqué le Syngof et a même accepté de brandir une pancarte réclamant la radiation de  l’ancien président du Syngof, Jean Marty ». « Ce communiqué est strictement scandaleux mais des sanctions ne se prennent pas comme ça, a-t-il expliqué. Nous déclencherons des procédures par le biais de plaintes déposées. » Le Conseil national avait certes pris d’emblée clairement position et condamné la saillie du Syngof.

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins condamne fermement, au nom de la déontologie, l’expression d’une telle menace mettant en cause les droits des femmes et portant atteinte à l’indépendance des professionnels, qu’aucun conflit avec les autorités ne saurait justifier (…) Menaçant de priver des femmes de l’accès à l’IVG, une telle attitude serait en contravention claire avec les obligations déontologiques. Cela serait un acte inexplicable et injustifiable, aux conséquences potentiellement dramatiques. »

Tout laisse penser aujourd’hui, qu’il lui faudra, dans l’intérêt général, aller plus loin.

A demain

@jynau