Sperme et PMA : si les importations sont licites, à quoi sert la loi française de bioéthique ?

Bonjour

Que retenir, en résumé, du long monologue jupitérien ? L’interdiction faite, désormais, aux pauvres de jeter des pierres sur les « premiers de cordée » (« sinon c’est toute la cordée qui dégringole »). Et le refus de tirer à boulets rouges sur celles et ceux qui ne partagent pas les convictions présidentielles sur l’ouverture de la PMA aux femmes seules ou homosexuelles. Car si le discours ne varie pas sur le fond le ton, lui, a bien changé. A commencer par cette précision de taille : si elle devait se faire l’ouverture des indications de PMA des outils juridiques devraient prévenir une évolution mécanique vers la GPA à laquelle Emmanuel Macron affirme avec une plus grande clarté être totalement opposé.

Pour le reste, gant de velours : « Le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences » ; « sujet complexe qui heurte les convictions philosophiques et religieuses ». Et volonté réitérée d’obtenir, en 2018, un climat apaisé seul garant d’un débat de qualité. Comment Emmanuel Macron apaisera-t-il les passions qui enflamment, sur ce sujet, Mmes Marlène Schiappa, jeune secrétaire d’Etat, Irène Théry, sociologue militante médiatisée et Ludovine de La Rochère, présidente de « La Manif Pour Tous ».

Insémination artificielle à domicile

C’est dans ce contexte qu’un autre mouvement radicalisé (« L’AVenir pour Tous ») vient d’annoncer à ses ouailles « avoir découvert sur internet que l’auto-reproduction (…) est bien une réalité consommée depuis les années 1990 et son développement via internet. En effet, l’insémination à domicile avec donneur anonyme est pratiquée et commercialisée depuis le Danemark (première banque de sperme au monde) dans plus de 100 pays dont … la France. Et ce depuis 30 ans ! ».

A dire vrai le sujet est loin d’être nouveau qui était abordé il y a quelques jours dans un documentaire diffusé sur Arte : « Bébés sur mesure ».  Pour autant il s’agit bien d’un sujet essentiel qui soulève, en France, une série de questions juridiques, médicales et éthique hautement dérangeantes et, à ce titre, régulièrement occultées. Où l’on reparle de la firme danoise Cryos International spécialisée dans le commerce de paillettes de sperme congelé. Cryos dont Libé livrait un portrait il y a dix ans déjà « Sperme de luxe ».

Cryos International, donc, ses « donneurs », la « sélection » de ses derniers, les « réservations », les « tarifs » et son mode d’emploi pour la livraison et l’insémination à domicile . Avec ces précisions :

« Expédiez-vous du sperme de donneur à des clients privés dans le monde entier pour des inséminations à domicile ?

– Oui. Cryos est une banque de tissus autorisée au titre de la directive européenne sur les tissus et cellules humains. À ce titre Cryos peut expédier du sperme de donneur ayant fait l’objet de tests de dépistage à des clients privés à des fins d’insémination à domicile, quelles que soient leur situation matrimoniale et leur orientation sexuelle. Toutefois nous recommandons toujours à tous nos clients d’être suivis par un médecin. De nombreux facteurs peuvent influer sur le résultat d’une insémination artificielle, comme les examens médicaux, le diagnostic, les analyses, le moment choisi, la stimulation hormonale ou les autres traitements médicamenteux. Un traitement est généralement plus efficace s’il est réalisé par un médecin ou dans une clinique, et présente un taux de réussite trois ou quatre fois supérieur par cycle. Le traitement peut prendre la forme d’une insémination intra-utérine (insémination directement dans la cavité utérine avec du sperme purifié) ou d’une FIV (fécondation in vitro). Ces deux méthodes ne peuvent être réalisées que par un médecin ou dans une clinique.

Le sperme de donneur est du même standard de la même qualité que celle fourni aux médecins et aux établissements de procréation médicalement assistée.

Ai-je légalement le droit d’importer du sperme de donneur?

L’Union européenne forme un espace sans frontière et la libre circulation des marchandises est garantie. Cependant, vous êtes tenu(e) de respecter la législation nationale concernant l’importation et l’utilisation des marchandises. »

Le sperme est-il une marchandise ? Que dit la législation française sur la question de l’importation des gamètes ? Qui interdit, en pratique, à des femmes seules ou homosexuelles françaises d’avoir recours à un tel service ? Et si rien ne l’interdit pourquoi modifier la loi ? Nous allons, sur ce sujet, interroger l’Agence de la biomédecine.

A demain

Implant contraceptif définitif : Essure définitivement abandonné par le géant Bayer

Bonjour

Essure : c’est la fin d’une étrange série à laquelle on n’aura sans doute pas tout compris 1. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) annonce ce 19 septembre, « avoir été informée ce jour de la décision de la société Bayer Pharma AG de mettre fin à la commercialisation du dispositif médical de stérilisation définitive Essure ». Arrêt dans tous les pays – dont la France – à l’exception des Etats-Unis (là où les premières vague de plaintes avaient été observées).

Et l’ANSM de ne pas craindre l’ambivalence : elle rappelle qu’Essure n’était plus disponible en France et en même temps avoir apporté la preuve qu’Essure, dispositif sans danger, pourrait toujours y être commercialisé.

1 « Essure n’est déjà plus disponible en France depuis le 3 août 2017, celui-ci ayant fait l’objet, dans le cadre de sa procédure de renouvellement, d’une suspension temporaire de son marquage CE par l’organisme notifié irlandais NSA. Par mesure de précaution, l’ANSM avait alors demandé à la société Bayer Pharma AG de procéder au rappel des produits en stock et demandé de ne plus implanter le dispositif médical Essure. »

2 « L’ANSM tient à rassurer les femmes porteuses de l’implant Essure sur le rapport bénéfice / risque favorable du dispositif.  Celui-ci a été évalué en avril dernier par un comité d’experts réuni à l’Agence  sur la base des données de la littérature, de la surveillance et des résultats de l’étude épidémiologique, portant sur plus de 100 000 femmes. Pour les femmes qui n’ont pas de symptôme, qui représentent l’immense majorité des femmes porteuses de l’implant Essure, il n’y a aucun argument à ce jour pour conseiller le retrait du dispositif. »

Clap de fin

Que dire en pratique ? Que les femmes présentant des symptômes « doivent consulter leur médecin pour ne pas méconnaître une pathologie sous-jacente ». Et qu’en « l’absence d’un tel diagnostic, l’intérêt d’un retrait peut être envisagé entre la femme concernée et le médecin ».

Clap de fin, donc, pour Bayer Pharma AG.  Une décision « prise pour une raison commerciale » et nullement « liée à un problème de sécurité ou de qualité du produit. » Pour l’Hexagone le géant précise qu’il s’agit d’un problème de « baisse continue de la demande en France ». Disponible depuis 2002 et remboursé par la Sécurité sociale depuis 2005 (700 euros le dispositif et 600 euros en moyenne la pose) Essure y était prescrit chez les femmes souhaitant une contraception définitive et irréversible.

Depuis plusieurs années ce dispositif était accusé d’être à l’origine d’effets indésirables parfois graves (saignements, douleurs, forte fatigue, réaction allergique, syndromes dépressifs etc.). Pour autant les experts réunis par l’ANSM n’avaient pas, ici, établi de relation de causalité. Est-ce dire aujourd’hui que l’affaire Essure est finie ? Pour Me Charles Joseph-Oudin, avocat représentant plusieurs centaines de patientes françaises, les femmes estimant être victimes du dispositif ne peuvent « se satisfaire des motifs économiques invoqués ».

Etrange série

« Des éclaircissements sont indispensables pour les très nombreuses femmes qui (…) sont encore porteuses du dispositif » souligne-t-il.  Pour Marielle Klein, présidente de l’association Réseau d’entraide soutien et information sur la stérilisation tubulaire (Resist) « ce retrait définitif sonne bien sûr comme une victoire mais ne met certainement pas fin à notre action ». Elle regrette aussi que les autorités françaises n’aient pas jugé opportuns d’appliquer, ici, le principe de précaution ».

Quant à Bayer Pharma AG il souligne que selon son évaluation scientifique, « le profil bénéfice-risque positif d’Essure demeure inchangé ». Et d’insister : « la sécurité et l’efficacité d’Essure restent étayées par plus de dix années de recherche scientifique et d’expérience clinique en vie réelle ». Soit le début de la fin d’une étrange série à laquelle on n’aura, finalement, pas tout compris

A demain

1 L’ensemble des textes consacrés, sur ce blog, à l’affaire Essure peut être retrouvé ici : https://jeanyvesnau.com/?s=essure

 

« Pilules de 3ème et 4ème générations » : quatre ans après l’affaire est classée par le parquet

Bonjour

« Alerte sur la pilule ». Le 14 décembre 2012, la Une du Monde lançait l’affaire : l’histoire de Marion Larat, jeune étudiante promise à victime d’un AVC massif imputé à la prise d’une pilule contraceptive :

« C’ est une première en France que cette plainte au pénal contre une pilule contraceptive. Une jeune femme lourdement handicapée, Marion Larat, accuse la pilule de troisième génération Meliane, fabriquée par le géant pharmaceutique allemand Bayer, d’avoir provoqué son accident vasculaire cérébral. Vendredi 14 décembre, elle devait déposer plainte pour « atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine » contre le directeur général de Bayer Santé, auprès du procureur de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Plainte qui vise également le directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui n’a pas demandé le retrait de cette pilule du marché, « en violation manifestement délibérée du principe de précaution ». »

C’est là le début d’une crise qui durera des mois et qui, une nouvelle fois, mettra en évidence les failles majeures du système français de pharmacovigilance, les liens parfois malsains existant entre fabricants et prescripteurs. De nouvelles plaintes en justice sont déposées et médiatisées tandis qu’une sous-polémique ciblait la pilule Diane® 35 et ses génériques. Une nouvelle fois l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) se révèlera incapable de gérer cette crise en la dépassionnant ; il en ira de même de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, s’emparant du dossier.

Enquête classée sans suite

19 septembre 2017. Le Monde, toujours lui (Emeline Cazi) : « Pilules de troisième et quatrième générations : quatre ans après les plaintes, l’enquête classée sans suite ». Où l’on apprend, finalement, que même s’il est très fortement suspecté, il n’existe « pas de lien de causalité certain » entre la prise de ces traitements hormonaux et les séquelles – embolie pulmonaire, accident vasculaire cérébral – qui peuvent leur être attribuées. C’est cette distinction scientifique fondamentale entre la corrélation et la causalité que les vice-procureurs du pôle de santé publique ont expliqué aux plaignantes dans un courrier du 16 juin, dont Le Monde a pris connaissance.

Comme en décembre 2012 l’annonce du quotidien coïncide avec un dépôt de plainte : l’avocat des plaignantes, Me Jean-Christophe Coubris, déposera ce 19 septembre une plainte avec constitution de partie civile pour qu’un juge d’instruction poursuive les investigations. Il vise les fabricants des pilules concernées et l’Agence nationale du médicament (ANSM) pour « atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine ». « De manière à ne pas alourdir le dossier, seules trois jeunes femmes mènent pour le moment cette action, mais en fonction de l’évolution de l’enquête, d’autres pourraient les rejoindre » prend soin de préciser le quotidien.

Huit fabricants dédouanés

Le Monde nous apprend aussi que l’enquête menée par les gendarmes de l’ Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) spécialistes en santé et en environnement, aura porté sur vingt-neuf pilules de troisième et quatrième générations – celles que prenaient les 130 plaignantes – et les huit laboratoires pharmaceutiques (Bayer, Biogaran, Effik, Fabren, Mylan, Pfizer, Schering Plough, Teva) qui les commercialisaient. Les pharmaciens responsables des firmes ont été entendus de même les autorités sanitaires également.

« Il est scientifiquement établi depuis de nombreuses années qu’il existe, à l’échelle collective, un risque global de développer une pathologie thrombo-embolique en cas de prise de pilule oestroprogestative », reconnaissent les magistrats du pôle santé. Mais le pénal impose une autre logique : comment prouver que ces accidents ne seraient pas survenus si ces femmes n’avaient pas pris ces spécialités pharmaceutiques ? Et Le Monde d’ajouter que le parquet dédouane aussi les huit laboratoires pharmaceutiques : si la réglementation les obligeait bien à mentionner le risque thrombo-embolique (qui figurait bien sur les notices) elle ne leur imposait d’évoquer l’existence d’un « sur-risque » par rapport à la prise des pilules des générations précédentes.

Au final, quatre ans après, on sait que cette crise aura eu pour effet global positif de modifier notablement et durablement les pratiques contraceptives dans le sens d’une moindre prise de risque.

A demain

«PMA pour toutes» : pénurie nationale de dons de sperme annoncée à partir de 2018

Bonjour

Le mardi 12 septembre 2017 Marlène Schiappa a parlé. C’était un nouveau ballon d’essai lancé par le président Emmanuel Macron. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes était interrogée sur RMC-BFM-TV . Jean-Jacques Bourdin ou l’inoxydable épreuve matinale de vérité. Avec un message à passer pendant la manifestation de la CGT :  l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes [en âge de procréer] sera proposée par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique.

Respectant à la lettre les éléments de langage, la jeune et souvent controversée secrétaire d’Etat a affirmé que « cet engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait « tenu ». « En termes de calendrier, nous serons sur l’année qui arrive, 2018, probablement avec les révisions de la loi bioéthique », a-t-elle précisé. « Le comité d’éthique a émis un avis favorable, il n’y a rien qui nous empêche de rendre la PMA légale pour toutes les femmes », a encore assuré Mme Schiappa, faisant référence à l’avis rendu le 27 juin dernier par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Ballon d’essai sous le soleil républicain

 Mme Schiappa a aussi puisé dans une rhétorique associative bien connue : il s’agirait là d’une mesure de « justice sociale » permettant de mettre fin à une « forme de discrimination à l’égard des femmes lesbiennes et célibataires » et à « l’inégalité » entre celles qui ont les moyens financiers de recourir à des PMA à l’étranger et celles qui ne les ont pas.

Du nouveau sous le soleil républicain et démocratique ? Peu de choses à dire vrai : en juillet dernier Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, avait fait la même annonce. Elle s’exprimait alors sur France Inter. A la différence de Mme Schiappa, Mme Buzyn avait toutefois pris la précaution de dire que ce sujet serait discuté durant les Etats Généraux de bioéthique qui seront organisés durant l’année 2018. Le pouvoir exécutif devra aussi faire avec un débat parlementaire qui, en dépit de la dimension monolithique du parti présidentiel au pouvoir, pourrait réserver quelques surprises.

Pour l’heure on ne peut être que (tristement) surpris de voir que le débat ne parvient pas, en dépit des ballons d’essai élyséens, à prendre de la hauteur. Loin d’être unanime sur le sujet 1, le CCNE avait pourtant montré la voie : autoriser, par la loi, les couples de femmes et les femmes seules à avoir accès à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur soulève bien des interrogations: sur la relation des enfants à leurs origines (puisqu’en France le don de sperme est anonyme et gratuit) ou sur le fait de grandir sans père. Interrogations, aussi, sur la prise en charge par l’assurance-maladie d’un geste qui ne peut en aucune manière être considéré comme une thérapeutique de la stérilité féminine.

Préoccupations politiciennes et associatives

« Cette demande d’ouverture doit être confrontée à la rareté actuelle des gamètes qui risque de provoquer un allongement des délais d’attente ou une rupture du principe de gratuité des dons, soulignait encore le CCNE. Cela pourrait ouvrir des perspectives de marchandisation des produits du corps humain et remettre en cause le système de santé français fondé sur des principes altruistes. »  Ce sont là des questions éthiques essentielles ; des questions pour l’heure noyées sous les considérations politiciennes ou partisanes.

« La ‘’PMA pour toutes’’ permet à Macron de donner des gages sur sa gauche et à LR d’attaquer le gouvernement, observe Libération. ‘Cette annonce va juste servir à redonner un nouveau souffle à Sens commun et aux participants de la Manif pour tous, commente un député LR. C’est là un joli cadeau pour Laurent Wauquiez. Il va pouvoir surfer un peu plus sur le noyau dur de son électorat’’.».

Et dans une tribune publiée aujourd’hui par Le Monde, un collectif d’associations demande que le gouvernement élargisse dès maintenant l’accès à la procréation médicalement assistée aux femmes lesbiennes et célibataires – et ce sans attendre la révision des lois de bioéthique. Tout et tout de suite. La pénurie annoncée de dons de sperme ? La prise en charge par l’assurance maladie ? La marchandisation du corps humain ?

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité national d’éthique n’avaient pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

Episiotomies et violences obstétricales : non, Marlène Schiappa ne doit pas démissionner

Bonjour

« Schiappa : démission ». Après la violente polémique épisiotomique de ces derniers jours, c’était immanquable. Et cela n’a donc pas manqué. La vieille histoire des causes et des effets. Après le Collège national de la profession, après le Conseil national de l’Ordre des médecins, voici le Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France (SYNGOF). Le « premier syndicat de la profession », demande au Premier ministre la démission de sa Secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes. Et voici pourquoi :

« Quand une secrétaire d’Etat, dans ses fonctions officielles, appuie sa démonstration devant la représentation nationale sur des données manifestement erronées, il s’agit d’une malhonnêteté. Et quand ces données issues d’un sondage de la « blogosphère » sont le principal argument du gouvernement pour salir une profession entière en l’accusant ouvertement de maltraitance envers les femmes, il faut se poser la question : comment et par qui sommes-nous gouvernés ?

« Dès lors, le SYNGOF pose la question de l’avenir de Madame Schiappa dans le gouvernement. Ce n’est pas de l’amateurisme que de faire la promotion de données non contrôlées, issues d’un militantisme qui a fait le personnage. Ce n’est pas de l’amateurisme que d’affirmer qu’une profession entière maltraite les femmes dont elle a la charge. Il s’agit de fautes professionnelles graves qui ébranlent la crédibilité du gouvernement de la France. »

Douleurs féminines

Ce communiqué, destiné à la presse, est signé du Dr Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF. Nous reviendrons sous peu sur cet éclairant sujet. Reste la question de fond, trop brièvement évoquée au Sénat par Marlène Schiappa. Peu après avoir bien malencontreusement cité les chiffres qui ont déclenché la polémique la secrétaire d’Etat élargissait son propos, expliquant que la question qu’elle soulevait renvoyait plus généralement au sujet plus global de l’acceptation de la douleur par les femmes : « Nous vivons dans une société qui nous a conditionnées à la douleur, en disant qu’elle était normale et qu’il fallait l’accepter.  Je pense que c’est un combat culturel que nous devons mener ». A suivre.

Marlène Schiappa, 34 ans, doit sans aucun doute mieux s’expliquer, et le cas échéant, être très sévèrement critiquée. Mais pourquoi devrait-elle, déjà, démissionner ?

A demain

Violences et ressentis obstétricaux : voici le demi mea culpa de Mme Schiappa, secrétaire d’Etat

Bonjour

Doublement ciblée par le Conseil national de l’Ordre des médecins et par les gynécologues-obstétriciens après ses déclarations provocatrices Marlène Schiappa vient de réagir. La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes avait publiquement fait état, au Sénat, d’un « taux d’épisiotomie à 75% » et de « pratiques obstétricales non consenties, particulièrement sur les femmes étrangères, très jeunes, et handicapées ». Une réaction prudente, quelque chose entre le drapeau blanc et une amorce de mea culpa :

 « Les disparités de ressentis sont réelles entre les femmes et les obstétriciens, qui consacrent leur vie à la santé des femmes. Il n’appartient pas au gouvernement de dire quelle est la réalité des chiffres, mais d’apporter une réponse aux femmes qui font part de leurs souffrances. La considération qui est évidemment due aux professionnels de santé, en première ligne, ne doit pas entraver la nécessité de lever des sujets tabous comme les violences obstétricales. ».

Accusée de mentir sur les chiffres la secrétaire d’Etat cite un extrait d’un document datant de 2013 émanant du CIANE (Collectif inter associatif autour de la naissance) :

« Il est tout à fait regrettable que les taux d’épisiotomie ne soient pas publiés par maternité. Le CIANE en appelle aux autorités publiques afin qu’elles fassent respecter cette exigence minimale de transparence. Les chiffres publiés par les maternités sont tous en-dessous, voire très en-dessous de la moyenne nationale, et les établissements qui les publient sont ceux qui ont de faibles taux ».

Elle ajoute que dans son enquête sur les accouchements de novembre 2013 le CIANE faisait état, pour la période 2010-2013, de 47% d’épisiotomie pour un premier enfant (dont 85% sans consentement demandé) et de 70% d’épisiotomies pour les primipares avec extraction instrumentale.

Déformation culturelle

« Depuis 2005, ce taux est en baisse, grâce notamment aux recommandations du CNGOF », reconnaît Mme Schiappa. Cette dernière cite ensuite une étude de l’association « Maman Travaille » (sans préciser qu’elle en est la fondatrice) – une  étude « menée sur 983 mères en 2013 » qui « relevait néanmoins que 75% d’entre elles disaient avoir subi une épisiotomie ». Il faut comprendre que c’est bien cette étude (et ce chiffre) qui a été citée par la secrétaire d’Etat au cours de son audition devant la délégation aux droits des femmes du Sénat, le jeudi 20 juillet. Et Mme Schiappa de souligner qu’elle avait alors pris soin de préciser que ces chiffres « devaient être vérifiés ».

La secrétaire d’Etat ajoute que « le tabou de l’épisiotomie n’est levé que depuis quelques années », que l’OMS estime qu’ «un taux supérieur à 20% relève d’une déformation culturelle» et que « de très nombreux témoignages de femmes handicapées victimes de violences obstétricales » ont été rapportés par l’association « Femmes pour le dire, Femmes pour agir » qu’elle a reçue le 17 juillet, trois jours avant son intervention au Sénat.

Pour toutes ces raisons que la secrétaire d’État a cru juste et bon de saisir le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes . Et de lui demander « de produire un rapport permettant un état des lieux pour objectiver le phénomène, le quantifier et identifier les problématiques ». Les gynécologues obstétriciens ? « Il y seront bien évidemment largement associés ».

A demain

 

Violences obstétricales : l’Ordre des médecins dénonce les accusations de Marlène Schiappa

Bonjour

L’Ordre après le Collège national des gynécologues et obstétriciens français : où l’on voit, se constituer une « affaire Marlène Schiappa » – du nom de la secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Cette dernière est accusée par les gynécologues-obstétriciens d’avoir diffusé de fausses informations quant à la fréquence des épisiotomies pratiquées en France et à certaines violences médicales  dont les femmes seraient les victimes.

Résumé: le 20 juillet Mme Schiappa avait affirmé, lors d’une audition devant la délégation aux droits des femmes du Sénat, qu’il y avait « 75 % d’épisiotomies » en France et annonçait avoir commandé un rapport au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. « En France, on a un taux d’épisiotomies à 75 %, alors que l’OMS préconise, je crois normalement, d’être autour de 20-25 % (à neuf heures cinquante minutes sur la vidéo de l’audition). Il y a des pratiques obstétricales non consenties avec notamment des violences obstétricales, semble-t-il, particulièrement sur les femmes étrangères, les femmes très jeunes, et les femmes handicapées. »

Découragement

Dans un communiqué de presse assez inhabituel le Conseil national de l’Ordre des médecins dit « regretter » les propos de Mme Schiappa  « sur les violences obstétricales ». « Ces propos qui semblaient mal documentés pourraient aggraver la défiance des femmes envers le corps médical dans son ensemble, mais aussi décourager de possibles vocations pour des spécialités médicales aujourd’hui en souffrance en termes démographiques » souligne l’institution ordinale. Elle ajoute :

« La secrétaire d’Etat, en affirmant que le taux de recours à l’épisiotomie était de 75% en France lors d’accouchements, s’est manifestement fait le relais de propos visant à discréditer les gynécologues et obstétriciens français. La dernière enquête nationale périnatale, menée en 2010, faisait ainsi état d’un recours à l’épisiotomie dans 27% des accouchements, une baisse importante par rapport au décompte de 1998, qui s’élevait à 47%.

« Plus généralement, l’Ordre des médecins s’interroge sur l’accusation faite par Madame Schiappa selon laquelle ‘’les femmes étrangères, les femmes très jeunes et les femmes handicapées’’ seraient plus particulièrement victimes de violences obstétricales, accusation qui ne semble être corroborée par aucune étude publiée à ce jour. »

Bientraitance

Le Conseil national de l’Ordre des médecins regrette que la secrétaire d’Etat ait ainsi (« sans se rapprocher au préalable de professionnels qui auraient été en mesure de lui apporter des informations mises à jour et documentées ») « attaqué l’ensemble d’une profession dont la bientraitance envers les femmes est la tâche quotidienne ».

Face à la situation ainsi créée l’Ordre demande à la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, d’être reçu avec des représentants du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Objet de la rencontre : « évoquer ce qu’est aujourd’hui la réalité de l’exercice des gynécologues et obstétriciens en France ». Aucune demande officielle de mea culpa.

A demain