Bioéthique et GPA: Emmanuel Macron soudain recadré par une majorité de ses députés

Bonjour

Triple coup de théâtre : politique, législatif et éthique. Mercredi 9 octobre, à l’issue de l’examen en première lecture du projet de loi sur la bioéthique la majorité présidentielle a fait volte-face  sur un sujet hautement sensible : la reconnaissance en droit français de la filiation des enfants nés de gestation pour autrui (GPA) à l’étranger.

Hier 139 députés sur 169 présents ont voté contre cette reconnaissance, 23 ont voté pour et 7 se sont abstenus. Revenant sur un texte voté quelques jours auparavant la majorité présidentielle a, du même coup, fait une croix sur une promesse du candidat Macron à la présidentielle. Elle a aussi témoigné de la grande confusion régnant dans ses rangs. Elle a, enfin, suscité l’incompréhension sinon la stupéfaction de toutes celles et ceux qui, dans les médias notamment, militaient ardemment pour une reconnaissance « automatique » des enfants conçus via une pratique interdite en France. Résumé en trois points.

1 La promesse du candidat Macron lors de la campagne présidentielle : « Nous assurerons que les enfants issus de la GPA nés à l’étranger voient leur filiation reconnue à l’état-civil français, selon la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Il n’est pas possible de traiter ces enfants comme des étrangers dans leur propre pays. » On rappellera routefois que ces enfants, reconnus par leur père et pouvant être adoptés par l’autre membre du couple.

2  L’amendement permettant la reconnaissance automatique en droit français de la filiation des enfants nés de gestation pour autrui à l’étranger voté le 3 octobre était porté par le député La République en marche (LRM) Jean-Louis Touraine et cosigné par douze autres élus de la majorité. Il prévoyait de simplifier la retranscription en droit français d’un jugement étranger, à la condition que la GPA – illégale en France – ait été effectuée « dans un Etat où cette pratique n’est pas expressément interdite ». « Le vote de cet amendement, observe Le Monde (Solène Cordier) avait ulcéré les députés de droite et révélé les fractures de LRM sur cette question. » Le gouvernement avait alors, fait rarissime, demandé un deuxième vote sur un texte porté par une fraction de sa majorité.

3 Et voilà (surprise ou pas) que l’on vit Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée nationale se ranger à l’avis défavorable du gouvernement. Et Nicole Belloubet, ministre de la Justice d’ajouter : « cet amendement ouvre une brèche dans la prohibition absolue de la GPA, il crée une forme de confusion juridique et politique ».

« Les orateurs se sont livrés à un exercice d’équilibriste consistant, dans le même temps, à réfuter que ledit amendement entraîne une quelconque reconnaissance de la GPA en France, et à reconnaître que son introduction pouvait prêter à confusion » résume Le Monde.  Le député macronien Touraine ne pouvait plus que battre en retraite. Le lendemain matin, sur RTL, Nicole Belloubet précisait  qu’elle s’engageait à « trouver des solutions pour simplifier le recours à l’adoption et aller vers une plus grande célérité des procédures »

Débuté le 24 septembre, l’examen en première lecture du projet de loi de bioéthique s’est achevé le 9 octobre. Il fut également marqué par un fait important mais rarement médiatisé : le refus soutenu par le gouvernement de l’extension (à la trisomie 21 notamment) des tests génétiques pratiqués sur les embryons conçus in vitro (diagnostic pré-implantatoire ou DPI). Où il fut question d’eugénisme. Nous y reviendrons. Le vote solennel du texte est prévu le 15 octobre à l’Assemblée nationale. Le Sénat commencera à l’examiner en janvier.

A demain @jynau

Le combat «anti-PMA pour toutes» est dépassé. Le prochain s’attaquera à la GPA

Bonjour

Fin ou presque de l’acte I. Synthèse, par Le Monde, de Reuters et de l’AFP : agitant des drapeaux vert et rouge « Liberté Égalité Paternité », plusieurs dizaines de milliers d’opposants à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes ont marché dans le calme, dimanche 6 octobre, depuis les Jardins du Luxembourg, près du Sénat, jusqu’au pied de la Tour Montparnasse, à l’appel d’un collectif d’une vingtaine d’associations, dont la Manif pour tous. 74 500 personnes, selon un comptage réalisé par le cabinet Occurrence pour « un collectif de média »s. Les organisateurs annoncent avoir comptabilisé de leur côté 600 000 manifestants. La préfecture de police de Paris avance elle le chiffre de 42 000. A titre de comparaison, 100 000 manifestants avaient défilé en France lors de la première action contre le mariage gay en novembre 2012.

 « Cette manifestation, c’est un avertissement au gouvernement. Ouvrira-t-il le dialogue ou restera-t-il comme Hollande en 2012 dans le mépris ? », avait déclaré la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, avant le départ du cortège. Dans sa ligne de mire, l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, promesse de campagne d’Emmanuel Macron et mesure phare de la loi bioéthique adoptée en première lecture le 27 septembre par l’Assemblée nationale. On voit mal désormais comment le gouvernement pourrait « ouvir le dialogue ».

La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré le même jour sur LCI qu’elle n’était pas « surprise » par l’ampleur de la mobilisation, mais n’envisage pas de retrait du projet de loi. « Je trouve ça tout à fait légitime que cette partie de notre société française ait envie de s’exprimer », a-t-elle dit. « Le vote des députés est sans appel. La PMA pour toutes les femmes a été adoptée à une large majorité des voix. » Exprimez-vous, citoyens, cela ne servira plus à rien !

De fait le contexte est nettement moins favorable aux anti-PMA qu’à l’époque des controverses sur le mariage homosexuel. Au plus fort de la contestation contre la loi Taubira, jusqu’à 340 000 personnes étaient descendues dans la rue selon la police, 1,4 million selon les organisateurs. Et, selon différents sondages, une majorité de Français soutiendrait désormais l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux lesbiennes.

Symptôme : seule une poignée d’élus « Les Républicains » étaient dans le cortège parisien, dont deux des trois candidats à la présidence du parti – les députés Guillaume Larrivé et Julien Aubert – mais aussi l’eurodéputée François-Xavier Bellamy. Les eurodéputés du Rassemblement national Nicolas Bay et Gilbert Collard étaient aussi présents.

Où l’on comprend, sans mal désormais, que la page se tourne et que le prochain combat est d’ores et déjà connu : ce sera celui contre la dépénalisation, rampante en France, de la GPA. Une GPA présentée au choix comme une nouvelle forme de libération du corps de la femme  ou, plus justement, comme la forme, dramatiquement moderne, d’un nouvel esclavage dans l’espace marchand.

A demain @jynau

Le père, la mère, la bioéthique et le symbolique : voici ce qu’Agnès Buzyn n’a jamais dit

Bonjour

Pour être parfois, ici, critique avec l’actuelle ministre des Solidarités et de la Santé il importe de rapporter le détournement sémantique dont elle est aujourd’hui la victime – dans un certain champ politique comme sur les « réseaux sociaux » qui les jouxtent. Un sujet opportunément traité par « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat).

Agnès Buzyn était invitée de l’émission « Ça vous regarde » sur LCP, le 24 septembre. Elle y était interrogée longuement au sujet du projet de loi de bioéthique en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Et notamment sur « l’absence de père » quand un couple de femmes ou une femme seule ont recours à une forme de « PMA pour toutes » qui n’est pas (encore) autorisée en France. « Que répondez-vous à cela ? », demande la journaliste Myriam Encaoua.

« Ecoutez, déjà, elles existent déjà [les familles sans père] (…) Il y a une famille sur cinq à une famille sur quatre qui est monoparentale et souvent, les pères sont totalement absents. Donc ces familles existent et les femmes réussissent à élever des enfants qui n’ont pas de problème particulier, de difficultés. »

Agnès Buzyn évoque alors le fait que « beaucoup de femmes font des enfants seules » aujourd’hui, « cette réalité-là, elle existe ». Selon elle, le projet de loi bioéthique vise donc aussi en partie à « sécurise[r] le parcours » de ces femmes. « L’idée n’est évidemment pas que toute la société bascule vers des enfants, voilà…, sans père… » Et c’est à ce moment-là qu’intervient l’échange sur la place « symbolique »du père. C’est une séquence de 24 secondes:

« – Myriam Encaoua, : « Un père, c’est une fonction symbolique. Cela peut être une femme ? »

Agnès Buzyn : « Cela peut être une femme, évidemment. Cela peut être une altérité qui est trouvée ailleurs dans la famille, on le voit, cela peut être des oncles, […] une grand-mère. Je crois que les enfants ont besoin d’amour, tout nous démontre aujourd’hui que ce qui compte c’est la sérénité autour de l’enfant et cela, toutes les familles peuvent le garantir. »

Délire magnifique

C’est cet extrait, explique Le Monde, qui a été mis en avant par des opposants à l’élargissement de la PMA ces derniers jours. Dès le jeudi 26 septembre, Nicolas Dupont-Aignan réécrivait la réponse d’Agnès Buzyn en lui prêtant la phrase : « Un père, ça peut être une femme, évidemment ». Un véritable « délire », selon le chef de file de « Debout la France ». Le Monde rapporte encore que cet extrait a également fait les « choux gras » de plusieurs sites opposés à la PMA, comme Contre-info.com.

« Elle a par la suite fait son chemin jusqu’à Eric Zemmour, qui y a fait allusion dans son intervention à la convention de la droite de Marion Maréchal samedi 28 septembre. Le polémiste, qui dénonçait le monde moderne en maniant l’ironie (à partir de 4 minutes 30 secondes) :

« Comment ne pas être heureux de voir ces hommes au système pileux abondant qui peuvent enfin avouer leur vraie nature de femme ? De ces femmes qui n’ont pas besoin du contact dégoûtant des hommes pour faire des bébés. De ces mères qui n’ont plus besoin d’accoucher pour être mères. Comme dit la magnifique Agnès Buzyn, une femme peut être un père. »

Où l’on perçoit clairement la malignité-perversité du propos. « En résumé, conclut Le Monde, Agnès Buzyn n’a pas dit : « Une femme peut être un père » ou « un père peut être une femme ». Interrogée sur le rôle « symbolique » du père, elle a répondu qu’il pouvait « évidemment » être occupé par une « mère » ou un autre membre de la famille. Mais où l’on perçoit, aussi, la complexité du maniement dans les médias du symbolique par le politique.

A demain @jynau

PMA : les gynécologues et obstétriciens français ne répondront plus aux médias !

Bonjour

C’est un communiqué de presse à la frontière du compréhensible. Il est signé du Dr Bertrand de Rochambeau, bien connu des médias, président du Syndicat national des gynécologues et obsttriciens français (Syngof). Voici ce document :

« Le projet de révision de loi sur la bioéthique est l’occasion de mesurer la place du SYNGOF dans notre société. Le SYNGOF a été le seul syndicat médical à avoir été auditionné par la commission spéciale de l’assemblée nationale qui a étudié le projet de loi du gouvernement.

« Maintenant que ce projet de loi est discuté en séance plénière à l’Assemblée Nationale, nous sommes interrogés par la presse grand public. ‘’ Le SYNGOF est-il pour ou contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes que promet le gouvernement ?’’ est la question la plus souvent posée. Le conseil d’administration a autorisé le syndicat à se positionner dans les domaines qui pourraient mettre la profession en difficulté. Après étude du projet, la commission fertilité a validé les points que nous avons portés devant la commission spéciale (Audition publique, vidéo consultable sur le site de l’AN) :

S’opposer à l’exclusion du secteur privé à but lucratif des activités de cryoconservation embryonnaire, des dons et de l’autoconservation des gamètes, tel que cela figure dans le projet de loi. On voudrait créer et entretenir la pénurie que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Soutenir une meilleure information des femmes et un encadrement de l’autoconservation « sociétale » des ovocytes, c’est-à-dire hors motif médical (…)

Soutenir le rôle du médecin Gynécologue et Obstétricien dans la pratique de l’IVG pour motif médical et réaffirmer la clause de conscience spécifique à l’activité d’IVG. »

Conclusions : « Il n’y aura donc pas de réponse du Syngof à la question polémique des médias. C’est à la représentation nationale de préciser l’importance de la politique de rupture bioéthique en réponse à la demande du gouvernement.

Le Syngof, lui, défendra les Gynécologues et les Obstétriciens contre les éventuelles conséquences de cette loi, néfastes à leur exercice. Il dénonce et dénoncera les mesures qui laisseraient craindre que cette loi ne puisse jamais s’appliquer. Situation qui n’est pas si absurde tant le sujet est complexe et les lois mal écrites une réalité. »

Comprendra et décryptera qui le pourra.

A demain @jynau

Auto-prélèvement vaginal : pourquoi n’est-il pas déjà systématiquement proposé ?

Bonjour

Dans une indifférence quasi générale, les derniers chiffres français viennent de tomber: en 2018, le cancer du col de l’utérus a causé 1.117 morts prématurées. Dans le même temps, 2.920 nouveaux cas étaient diagnostiqués. On trouvera toutes les données dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de Santé publique France (SpF). Où l’on comprend, cruel paradoxe, que l’on parvient à surveiller dans le détail les conséquences d’une affection qui, mieux dépistée, pourrait être pratiquement éradiquée.

L’analyse ne manque pas d’inquiéter. Les progrès observés depuis 1990 plafonnent depuis 2005, tandis que l’on ne parvient toujours pas à réduire les inégalités géographiques. Au point que les spécialistes de SpF en viennent, comme désabusé·es, à parler ouvertement du «fardeau du cancer du col de l’utérus». Dans ce contexte, un espoir.

A lire, sur Slate.fr : « L’auto-prélèvement vaginal pour prévenir le cancer du col de l’utérus est (enfin) d’actualité Il ne reste plus aux autorités politiques et sanitaires qu’à le proposer. » 25 septembre 2019

A demain @jynau

Bioéthique et dons de sperme : les files d’attente, la ligne de départ et la «politique de la carotte»

Bonjour

« Mettre des mots » sur la bioéthique…

Tous les médias généralistes s’y emploient, qui découvrent la complexité du traitement journalistique de cette morale en marche. Ouvrant la première lecture du projet de loi de révision de la loi de bioéthique Agnès Buzyn vient, à propos de la « PMA pour toutes » de parler d’une « chance ». Invité sur RTL ce mercredi 25 septembre, le PrMichaël Grynberg, (hôpital Antoine-Béclère, Clamart) gynécologue-obstétricien spécialiste de la reproduction emet  des « réserves ».

« C’est une avancée sociale, il n’y a aucun doute là-dessus. C’est bien que l’on s’adapte à ces changements sociétaux », a-t-il déclaré, tout en craignant que la mesure ne « rallonge la file d’attente » pour avoir accès à un don de sperme. « On est déjà à flux tendu ou en pénurie », a-t-il expliqué, affirmant que le délai d’attente pour un don de sperme pour un couple hétérosexuel était actuellement de 12 à 18 mois. « On sera à deux voire trois ans » si on n’arrive pas à augmenter le nombre de donneurs » avertit-il, lorsque la PMA sera ouvertes aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires.

À qui la priorité sera-t-elle donnée à ce moment-là ? « Le but c’est de ne pas en donner. Il faudra que les médecins et biologistes acceptent de jouer le jeu, de mettre tout le monde sur la même ligne de départ », poursuit Michaël Grynberg, qui rappelle qu’il existe déjà des listes d’attente, et que « plus on s’inscrit tôt, plus vite on a accès » au don de sperme.

Ce spécialiste de la reproduction confie d’ailleurs à ce propos qu’il est actuellement demandé « aux couples de rapporter des donneurs, ça leur permet de gagner du temps ». C’est là « une politique de la carotte » assumée, parce que selon lui, « on n’a pas été capable de faire une bonne campagne de communication pour avoir des donneurs ». 

… « mettre des mots » sur la Bioéthique.

A demain

Qui lira la tribune à la mer lancée par quarante soignant.e.s de la maternité de Lariboisière ?

Bonjour

Bloguer c’est, aussi, transmettre. Nous relayons ici la tribune envoyée au Collectif Inter-Urgences par la maternité de l’hôpital Lariboisière et cosignée par une quarantaine de soignant.e.s du service. Voici ce texte :

« Madame, Monsieur,

« C’est un cri, un SOS , une bouteille à la mer lancée de la maternité de l’hôpital Lariboisière ! Le service est à bout de souffle, n’a plus d’énergie, et rien n’est fait…. Nous sommes des infirmières puéricultrices, des infirmières, des auxiliaires de puériculture, des aide-soignantes, des sage-femmes…. A tout les niveaux c’est la menace d’un craquage complet de l’ensemble de l’équipe! Nous avions déjà sonné la sonnette d’alarme en septembre 2018. Nous avions informé de notre difficulté à prendre ne charge correctement et accueillir nos patientes et leur bébé. Nous avons réussi à obtenir un audit de la part de l’administration de l’hôpital sous la menace de notre chef de service d’arrêter toutes nouvelles inscriptions à la maternité. Cet audit a bien eu lieu mais a surtout permis à la direction de l’hôpital de nous appuyer la tête encore plus sous l’eau.

« La réponse de cet audit est la suppression de 16 postes d’infirmières, de 2 postes d’infirmières puéricultrice sans pour autant baisser l’activité. Comment voulez-vous que l’on travaille dans ces conditions ? Les locaux sont vétustes avec des prises électriques non protégées, des moisissures aux plafonds, des canalisations qui se bouchent régulièrement, des matelas de lit lacérés, des fauteuils peu présents également lacérés, du matériel de soins qui tombe régulièrement en panne et qui n’est remplacé que 3 semaines plus tard… Comment assurer la sécurité des patientes, des bébés quand nous sommes en sous effectifs à flux tendu, que nous vivons au-dessus de nos moyens d’accueil puisque tous les hôpitaux parisiens persistent et signent à nous envoyer les personnes en précarité ? Trouvez-vous cela normal qu’une dame habitant au fin fond du 77 vienne accoucher à Lariboisière ? Et lorsque nous lui demandons la raison, elle nous explique que la maternité proche de chez elle lui a indiquée notre hôpital « au vue de sa situation » ? Nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions, nous faisons de la maltraitance envers les patients et rien n’est fait. 

La honte qui nous habite

« Et puis il y a la honte qui nous habite : devoir demander à une jeune maman de sortir de sa chambre avec son bébé et de descendre pour une « mise à l’abri aux urgences ». Une mise à l’abri ? Être là par terre, sans rien avec un bébé et voir même les aînés dans un local non adapté ? Il existe des locaux non utilisés par les hôpitaux qui pourraient être employés à l’accueil de ces jeunes mères en attendant un lieu adapté. Et qui est en première ligne pour mettre ces personnes dehors ? Nous les soignants ! Pas les administrateurs de l’hôpital ! C’est bien notre regard qui croise celui de ces mamans paniquées à l’idée de se retrouver dans un milieu hostile sans ressource. Ces mêmes mamans qui ont eu un parcours migratoire terrifiant et qui pensent qu’en France nous valons mieux que ces barbares qu’elles laissent derrière elles. Mais sommes nous vraiment mieux ? Lorsque que nous tentons d’avoir des explications, on nous demande de nous taire car c’est « comme ça ».

« Nous devons accueillir les autres patientes donc faire de la place. Un éternel recommencement, un tourbillon infernal où nous soignants nous continuons à nous enfoncer pour mieux nous noyer… Nous sommes fatigués, nous sommes usés, nous revenons sur nos jours de repos, nous faisons des heures supplémentaires qui ne seront jamais redonnés, arrêts de travail au quart de tour, … nous ne sommes que des pions, des lignes sur un tableau. Aucune considération pour notre vie personnelle. Nous devons être disponible pour le service sinon il y aura des conséquences. Si nous n’adhérons pas au nouveau plan de restructuration la porte nous est grande ouverte ! A la veille de la mise en place de cette nouvelle organisation de service, nous ne sommes pas en mesure de planifier quoique ce soit.

C’est un réel cri de détresse

Aucune clarté sur les nouvelles missions, les nouveaux horaires. La direction de l’hôpital nous a indiqué lors d’une réunion qu’à partir de novembre nous travaillerons en 12h avec la même densité de travail et moins de personnel. Nous demandons depuis plusieurs mois l’annonce et la présentation de nos planning et nous n’avons toujours pas de réponse. Ces suppressions de poste ne sont pas du tout anticipées ni réfléchies à la hauteur de notre travail car à compter du mois de novembre les infirmières puéricultrices par exemple ne pourront plus poser ni congés annuels ni de repos récupérateurs car en sous effectif. Trouvez-vous cela normal ?

«  Nous étions une équipe dynamique, active, voulant toujours aller de l’avant avec une bonne entente entre tous. Et aujourd’hui un an après notre première alerte nous somme désabusé. Nous avons peur pour la sécurité des patientes, la sécurité des bébés. Si les conditions restent telles qu’elles une catastrophe va arriver comme il a pu se passer aux urgences générales. » C’est un réel cri de détresse, un appel à l’aide que nous vous envoyons en espérant faire écho avec les mamans dites « 115 » qui ont eu le courage de vous contacter. Et si votre faisceau de lumière pouvait s’agrandir un peu plus et s’intéresser également aux soignants ? »

24 septembre 2019. Ce cri sera-t-il entendu au vaste siège éclairé de la direction générale de l’AP-HP ? Sous les ors du cabinet de la bien-nommée ministre des Solidarités et de la Santé ? Bloguer c’est, aussi, transmettre, relayer, espérer.

A demain @jynau