Justice et Dépakine® : victime anonyme, il reçoit 1,326 million d’euros d’indemnisation

Bonjour

Comment être juste quand il s’agit d’indemniser ? L’affaire est rapportée par Le Parisien (Elsa Mari et Florence Méréo) : Un jeune homme de 20 ans, handicapé en raison de la prise de Dépakine® par sa mère durant la grossesse a obtenu 1,3 million d’euros du fonds d’indemnisation des victimes des « accidents médicaux ». La somme a été révélée au quotidien (actuellement très affûté sur les questions de « santé ») par la mère du jeune homme qui vit avec lui. Tous deux « souhaitent conserver l’anonymat ».

Les diverses pathologies de ce jeune homme (« malformation cardiaque, autisme, dépendance ») corrélées à la prise in utero de Dépakine® ont été « reconnus ». Il fait partie, selon Le Parisien, des premières personnes indemnisées par le fonds mis en place par l’Etat pour dédommager les victimes de cet antiépileptique fabriqué par la puissante multinationale pharmaceutique française Sanofi – troisème géant mondial du secteur.

La somme obtenue (1 326 721 euros) a « soulagé » la victime et sa famille -elle permettra de faire l’économie d’une longue bataille judiciaire. La mère regrette toutefois que le fonds n’ait pas retenu le terme d’« autisme », mais lui ait préféré celui de « trouble du déficit de l’attention » ; une qualification utilisée, selon certains patients, pour tenter de minorer certains versements.

La roulette russe

Pour Marine Martin, présidente de l’Apesac (Association des parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant) cette indemnisation élevée ne doit pas masquer des décisions beaucoup moins favorables dans la plupart des dossiers. « Les premières indemnisations sont faibles, partielles, elles peuvent être de zéro, trente ou cent mille. C’est la roulette russe », a-t-elle déclaré au Parisien.

La Dépakine®  (valproate de sodium) est tenue pour être responsable, depuis 1967, de malformations (entre 2 150 et 4 100 cas)  et de troubles neurodéveloppementaux (entre 16 600 et 30 400 enfants) selon des estimations de l’Assurance-maladie et de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

 « 1 655 dossiers sont en cours d’évaluation par des experts de l’Oniam (Office national d’indemnisation des accidents médicaux), précise le quotidien.  Il y a deux ans, la création de l’Oniam était pleine de promesse. Enfin, les familles allaient être indemnisées sans passer par les tribunaux. L’idée, mettre en place un dispositif amiable destiné aux victimes de la Dépakine®, plus communément appelé ‘’fonds d’indemnisation’’. Le seul en France après celui du Médiator.  Mais alors que les premières propositions de chèque arrivent dans les boîtes aux lettres, les montants étonnent, voire suscitent l’incompréhension. Jusqu’à présent, sur 1655 demandes de réparation, 170 ont été examinées, 11 rejetées et 20 font l’objet d’une offre définitive. »

« Radin l’Oniam ? » Pour l’heure cet argent reste celui de l’Etat, Sanofi ayant refusé de s’acquitter de tout ou partie des indemnisations. Une position que nombre d’observateurs tiennent pour intenable – sans même parler de sa dimension morale. A chaque indemnisation versée l’Etat se retournera contre la firme, devant les tribunaux.

On aurait imaginé moins compliqué. Mais, il est vrai, comment être au plus juste quand il s’agit d’indemniser ?

A demain

@jynau

Vie moderne. Téléconsultation pour surveiller ses embryons. Telesemen pour congeler son sperme

Bonjour

Attention : jargon, publicité et auberge espagnole. La « Paris Healthcare Week » vient d’ouvrir ses portes avec pour « thème phare » la téléconsultation. « Alors qu’elle peine à se déployer en France, en Espagne, l’Institut Marquès 1, ‘’clinique de référence internationale en Gynécologie, Obstétrique et Médecine de la Reproduction’’ réalise depuis près de quinze ans, 80% des premières visites médiacles via Skype auprès de leurs patients »  vient de faire savoir cette entreprise. Et, pour « aller plus loin », elle a imaginé l’Embryomobile [sic], une application permettant aux parents de suivre, en tout temps, l’évolution de leurs embryons.

« La technologie est pleinement intégrée à la société et fait partie de tous les domaines de notre vie. C’est pourquoi l’Institut Marquès, centre de référence en procréation médicalement assistée, intègre dans ses centres les technologies les plus avancées et les plus surprenantes, dans le cadre de traitements permettant de réaliser le rêve d’avoir un bébé. En effet, 80% des premières visites médicales à l’Institut Marquès se font par Skype et durent en moyenne une heure, bien que le médecin réserve dans son agenda une marge plus grande, d’une heure et demie ».

Première visite gratuite

Lors de la première visite (« gratuite »), les patients sont assistés par un gynécologue spécialisé dans la procréation assistée. Avant la vidéoconférence, l’expert demande des examens préalables afin de leur proposer un diagnostic professionnel et personnalisé. Lors de la visite, le médecin peut prescrire des médicaments ou un test médical. Sous certaines conditions, les patientes peuvent prétendre à une une prise en charge sous certaines conditions de la Sécurité Sociale française grâce au « dossier d’entente préalable de prise en charge des soins à l’étranger ».

Nouveauté : « En plus de vidéoconférences, l’une des grandes innovations technologiques de l’Institut Marquès est l’Embryomobile, une application développée par le centre qui permet aux parents de suivre, en temps réel et de n’importe où, l’évolution de leurs embryons. »

Le meilleur embron et les autres

Cette application est connectée à l’Embryoscope, un incubateur avec caméra intégrée qui reproduit les images des embryons en développement, afin que les parents puissent effectuer un suivi détaillé de l’évolution de leurs embryons. En plus d’être un exemple de transparence extraordinaire, l’utilisation de l’Embryomobile apporte la tranquillité, réduit considérablement l’anxiété et le stress et favorise l’implantation.

Une étude menée sur l’utilisation de cette application indique que « des milliers de patients » utilisent déjà Embryomobile : 43% d’entre eux se connectent plus de cinq fois par jour pour voir leurs embryons ; 27%, entre 2 et 4 fois ; 23%, une fois. Elle révèle également que 51% des participantes ont été en mesure de choisir le « meilleur embryon » pour obtenir une grossesse et que, parmi elles, 74% ont « correctement choisi l’embryon » qui serait (éventuellement) transféré ou vitrifié.

A venir : le Télésemen, développé et breveté par l’Institut Marquès (mais pas encore disponible). Le patient pourra  « congeler son sperme de n’importe quel point de la planète » et « le faire parvenir à la clinique, sans avoir à se déplacer ». « C’est une solution très pratique et confortable pour éviter les déplacements ou pour raisons de vie privée » plaide l’Institut Marquès.

Vie privée ?

A demain

@jynau

1 L’Institut Marquès se présente ainsi : « Centre de référence international en matière de gynécologie, d’obstétrique et de procréation assistée, basé à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et Koweït. En Italie, grâce à son siège à Milan et à la collaboration avec la clinique Villa Salaria à Rome, l’Institut Marquès offre une solution complète pour les personnes souffrant de problèmes de stérilité. Le centre, fort expérimenté dans des cas particulièrement difficiles, aide des personnes du monde entier à réaliser leur rêve de devenir parents. L’Institut Marquès offre les taux de réussite de grossesse les plus élevés, avec 89% par cycle de FIV avec don d’ovocytes. Leader en innovation, il développe un important axe de recherche sur les avantages de la musique en début de vie et de la stimulation foetale. www.institutmarques.com »

Commerce corporel : comment une jeune femme peut-elle, à Bruxelles, gagner 2000 euros ?

Bonjour

C’est une enquête journalistique édifiante. Signée Sofia Cotsoglou, on la trouve sur le site de la RTBF . Où l’on découvre ce qu’il peut en être de la marchandisation du corps humain au-delà de Quiévrain.

Résumons. En Belgique, la loi du 6 juillet 2007 est formelle : la commercialisation des ovocytes est interdite. « Ce don doit être un acte volontaire, gratuit et altruiste » précise Géraldine Mathieu, professeure de droit et de bioéthique à l’université de Namur. Une indemnisation est néanmoins prévue pour la donneuse. La femme qui recevra ses ovules est autorisée à lui verser un dédommagement. Mais la loi ne fixe aucun montant. « Et c’est là tout le problème » souligne notre consœur.

Pour connaître les autres montants proposés la journaliste décide de se faire passer pour une « candidate donneuse » et appelle plusieurs hôpitaux. « Certains me proposent 500 euros, d’autres 1000 euros ‘’parce que si on ne donne rien, déplore la spécialiste d’une clinique privée, on n’aura personne’’. L’hôpital le plus généreux est incontestablement l’UZ Brussel. Mondialement connu pour ses bons résultats en matière de fertilité [c’est là que fut « inventée » la technique de l’ICSI] il offre à celles qui franchissent le cap la bagatelle de 2000 euros. »

Patientes venues de toute l’Europe

Mais l’enquête ne saurait ignorer « un petit centre de fertilité situé à Dilbeek ». « Géré par un couple de gynécologues, ce centre fournit à lui seul la moitié des ovocytes en Belgique, explique la journaliste. Soit trois cents interventions par an. Les patientes viennent de toute l’Europe pour recevoir l’œuf qui leur permettra d’enfin donner la vie. Alors que dans tous les hôpitaux du pays, il faut attendre entre six mois et deux ans pour trouver une donneuse, le Dr Peter Platteau et son épouse les comptent par centaines. » En échange : 2000 euros. 

« Sylvie (prénom d’emprunt) a déjà fait quatre fois des dons chez le Dr Peter Platteau. Actuellement enceinte de son deuxième enfant, la jeune trentenaire se dit prête à réitérer l’opération. Les 8000 euros qu’elle a déjà empochés ont servi à financer des travaux dans son nouvel appartement. Ses copines, qui sont nombreuses à avoir, comme elle, donné leurs ovocytes, sont ‘’allées en vacances ou ont fait du shopping avec l’argent’’. Considère-t-elle cette somme comme une indemnisation ou une rémunération ? ‘’Peu importe le mot qu’on utilise, répond Sylvie. C’est l’argent qu’on reçoit pour avoir donné nos ovocytes.’’. »

Ces dérives sont rendues possibles à cause de la loi. La loi belge manque cruellement de clarté. Elle laisse aux hôpitaux la liberté de fixer leurs propres règles. Certains flirtent avec les limites légales et s’octroient beaucoup de largesses. Du coup, l’indemnisation vire en rémunération. Et à la fin, c’est l’éthique qui trinque. »

En Espagne le ministère de la Santé a établi un « barème » pour « compensation du désagrément physique » :  « entre 800 et 1000 euros par donation ».  En France, où la loi de bioéthique interdit de tels échanges financiers, seuls les « dons » d’ovocytes sont possibles. Et la pénurie d’ovocytes disponibles est chronique 1. La révision de cette loi (annoncée avant la fin de l’année sinon du quinquennat) conduira à soulever la question de l’indemnisation/défraiement/compensation. Combien seront-ils, alors, à dire non ?

A demain

@jynau

1 Pénurie qui, en pratique conduit à d’étranges contorsions éthiques : « Les médecins français doivent-ils devenir des collecteurs d’ovocytes humains ? » Journalisme et santé publique, 5 juin 2017

Démocratie psychogène : le Colorado s’autorise la consommation des champignons hallucinogènes

Bonjour

Un papier de Slate.fr et  dépêche de l’Agence France Presse nous éclairent sur l’évolution des mœurs au-delà de l’Atlantique. Le gouverneur de l’État américain de Géorgie vient de signer un projet de loi interdisant l’avortement à partir du moment (environ six semaines) où les battements de cœur d’un fœtus pouvaient être détectés. Dans le même temps Denver, capitale du Colorado, est devenue, mercredi 9 mai, la première ville des Etats-Unis à dépénaliser l’usage des champignons hallucinogènes.

Appelés à se prononcer par référendum, les électeurs ont dit oui à 50,56 %. « Les partisans de cette mesure avaient d’autant plus de mal à en croire leurs yeux que les chiffres provisoires publiés dans la nuit laissaient penser qu’elle serait rejetée par une courte majorité, résume l’AFP. Au total, plus de 176 000 électeurs se sont exprimés sur cette « initiative 301 » qui vise à ce que l’arrestation pour possession et consommation de champignons à psilocybine – pour les personnes de plus de 21 ans et à titre personnel – devienne ‘’la moindre des priorités des forces de l’ordre dans la ville et le comté de Denver’’. »

Elévations spirituelles

Les « champignons » resteront toutefois techniquement « illégaux » et leur vente constituera toujours un délit. Une initiative similaire avait échoué l’an dernier en Californie et n’avait pu être soumise au vote populaire. Denver était devenue en 2005 la première grande ville américaine à légaliser (déjà par référendum)  la possession de petites quantités de cannabis. L’usage récréatif de cannabis est légal depuis 2014 dans l’ensemble de l’Etat du Colorado. Puis une traînée de poudre : le cannabis est aujourd’hui légal à titre récréatif dans dix Etats américains, dont la Californie, et dans plus de 30 Etats (sur 50) à titre médical.

Selon diverses études, la psilocybine, principe actif des « champignons », ne serait pas source d’addiction voire permettrait « de lutter contre la dépression et la dépendance aux opiacés ». « Les êtres humains utilisent ces champignons depuis des milliers d’années comme traitement, rite de passage, vecteur d’élévation spirituelle (…) », affirme sur son site le groupe Decriminalize Denver, qui avait annoncé en janvier avoir recueilli suffisamment de signatures pour que son initiative fasse l’objet d’un référendum.

« Denver est en train de devenir la capitale mondiale de la drogue, avait alors regretté auprès de CNN Jeff Hunt, un responsable de l’université catholique du Colorado. Nous n’avons à vrai dire aucune idée de l’effet à long terme de ces drogues sur les habitants du Colorado ». Où l’on voit que, parfois, les religions ne sont d’aucun secours pour prédire notre avenir.

A demain

@jynau

 

Ethique et religion : première excommunication politique à La République en marche

Bonjour

A partir de quand une grande famille doit-elle exclure l’un de ses membres ? La question est aujourd’hui soulevée avec Agnès Thill, sous peu condamnée à l’exil politique. Jadis on eût parlé d’excommunication. Aujourd’hui on saisit la « commission des conflits ». Soit le dernier rebondissement en date d’une « série » avec pitch sur fond de convictions éthiques et de non-dits politiciens : l’affaire Agnès Thill.

Un premier abcès s’était collecté en janvier dernier. C’était à lire dans Le Journal du Dimanche : « Des députés En marche dénoncent les « théories complotistes » de leur collègue Agnès Thill » (Anne-Charlotte Dusseaulx). Nous avions alors déjà rapporté ce qu’il en était des convictions de cette ancienne députée socialiste devenue macroniste et opposée à la « PMA pour toutes » -une opposition radicale qui la conduit à faire d’étranges ellipses sur fond d’écoles coraniques.

Agnès Thill, donc, députée de l’Oise, 54 ans, élevée dans une famille ouvrière chrétienne, ancienne institutrice et que l’on commençait à entendre sur toutes les radios périphériques. Agnès Thill, cible purificatrice d’une vingtaine d’élus La République en marche (LREM) qui portaient, la concernant, le diagnostic soviétique de complotisme – très mauvais pronostic. Plusieurs cadres du parti, dont son patron Stanislas Guerini, 36 ans, ancien de l’Ecole alsacienne  et le chef de file des députés du groupe majoritaire Gilles Le Gendre, 60 ans, ancien du collège Sainte-Croix  avaient alors déjà pris leurs distances avec les propos de leur collègue l’élue, dénonçant des opinions « contraires » aux engagements de leur mouvement politique

Insultes et complotisme

« Si nous connaissons tous l’opposition d’Agnès Thill à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, et nous respectons ses convictions, bien que nous ne les partagions pas, le débat politique ne doit en aucun cas être nourri d’insultes ni de théories complotistes » écrivaient les vingt députés LREM à leur président. Ils rappelaient à Gilles Legendre qu’Agnès Thill avait déjà fait l’objet d’un avertissement « l’automne dernier » et attendent une « réponse de fermeté ». « Nous ne pouvons tolérer les délires islamophobes, homophobes et paranoïaques d’Agnès Thill » écrivaient-ils encore quand cette dernière appelaient à « débattre sur le fond ». Dans le même temps l’entourage de Gilles Le Gendre faisait savoir à Libération qu’ « exclure Agnès Thill serait la pire des décisions ». « On ne veut pas en faire une martyre ».

Trois mois plus tard le martyre est programmé. « C’est le dérapage de trop pour Agnès Thill, rapporte Le Figaro. Après ses propos polémiques concernant le secrétaire d’État Gabriel Attal, qui ont suscité des réactions indignées chez les marcheurs, le chef de file de La République en marche souhaite sanctionner la députée anti-PMA. Stanislas Guerini, patron de LREM, a indiqué, ce lundi sur France Inter, sa volonté de saisir la commission des conflits pour instruire le cas de la députée, qui avait déjà écopé d’une mise en garde, après ses propos sur le secrétaire d’État Gabriel Attal. »

Mardi 23 avril, un tweet de la parlementaire avait provoqué des réactions indignées chez les marcheurs. Alors que, dans les colonnes de Libération , le secrétaire d’État faisait part de son homosexualité et de son désir d’enfant – tout en  laissant entendre ne pas être opposé à une «GPA éthique», Agnès Thill, sur le réseau social : «Au moins la couleur est annoncée. Bioéthique en juin». La publication a entraîné une pluie de réactions indignées au sein de la majorité.

Richesse du concept orwellien

«Énièmes dérapages d’Agnès Thill», a commenté l’ancien ministre et désormais candidat à la mairie de Paris Mounir Mahjoubi. «Vos propos sont en contradiction avec les valeurs d’inclusion de notre mouvement. Prenez vos responsabilités et quittez notre groupe. Je proposerai à plusieurs de mes collègues de saisir à nouveau le bureau pour demander votre exclusion». Christophe Castaner lui-même, sur Twitter également, s’est empressé de recadrer l’élue. «Les mots qui blessent, les paroles qui ostracisent disqualifient – toujours – leurs auteurs et leurs thèses» a soutenu le ministre de l’Intérieur. Et de conclure: «Chacun de tes tweets t’éloigne de ce que nous sommes, de nous, mais pire, ils t’éloignent des valeurs que tu penses servir».

«Il doit y avoir une liberté de vote et y compris une liberté d’expression  concernant la révision des lois sur la bioéthique qui comprend notamment un volet sur la PMA, a précisé Stanislas Guerini. Mais il doit y avoir aussi des débats apaisés sur ces questions-là et elle ne permet pas ce débat apaisé, donc oui, nous avons une commission des conflits au mouvement la République en marche, je la saisirai à nouveau pour que cette commission sereinement puisse instruire son cas.»

Où l’on perçoit toute la richesse orwellienne du concept d’« apaisement » pour justifier ce qui se situe entre le rejet immunologique et l’excommunication démocratique.

A demain

@jynau

Gilets Jaunes, Grand débat et PMA : un nouveau report de la loi bioéthique va faire polémique

Bonjour

Trop de promesses nuit aux promesses. Pour l’heure rien n’est dit, mais tout le laisse entendre : le projet gouvernemental de révision de la loi de bioéthique ne sera pas examiné comme prévu par le Parlement. Et on attend sous peu les premières dénonciations de ce nouveau retard de l’ouverture de la PMA « à toutes les femmes » 1.

L’affaire était transparente entre les lignes du Journal du Dimanche du 28 avril :  « Philippe refait son calendrier » (David Revault d’Allones).  « Si on veut que les mesures post-Gilets jaunes soient lisibles rapidement pour les Français, il y aura forcément des textes qui sont déjà dans les tuyaux et que l’on devra repousser » prévient Sibeth Ndiaye, nouvelle porte-parole du gouvernement. On peut le dire autrement, comme un ministre (anonyme) à l’hebdomadaire dominical : « Il y a un vrai enjeu d’embouteillage ». Et une nécessité, urgente, d’arbitrage.

La menace avait déjà émergé début mars. « Officiellement, le calendrier est pour l’instant maintenu, expliquait alors France Info. La loi doit être présentée en Conseil des ministres avant l’été puis examinée au Parlement d’ici la fin de l’année. Mais tout dépend du grand débat national et des mesures qu’il s’agira de faire voter. Il risque donc d’y avoir un embouteillage parlementaire. Le calendrier sera arbitré entre le grand débat national qui se termine le 15 mars et les élections européennes, le 26 mai 2019. »

Pas informé d’un « report authentique »

Joint par France Info, le député (LREM, Rhône) Jean-Louis Touraine, rapporteur de la mission d’information sur la révision de la loi de la bioéthique, relativisait, indiquant ne pas avoir été informé d’un « report authentique ». « Je ne pense pas qu’il y ait de report, je n’ai pas été informé d’un report authentique. Marlène Schiappa et Agnès Buzyn m’ont dit qu’il n’y avait pas de report significatif, expliquait-il. Le projet de loi doit être déposé en conseil des ministres en juin prochain avant une analyse à l’Assemblée nationale soit en juillet, soit en septembre. Une ou deux semaines de décalage en fonction de l’encombrement de l’agenda, mais pas de report véritable. »

Initialement prévue au Parlement « avant la fin de l’année 2018 », la révision de loi de bioéthique avait été repoussée une première fois, déjà « en raison de l’encombrement du calendrier parlementaire ».

Marc Fesneau, ministre en charge des Relations avec le Parlement, avait alors fixé « un horizon de douze mois » pour une adoption définitive par les parlementaires. « Ce n’est pas repoussé en tant que tel avait-il précisé sur LCI. On verra en termes de calendrier, mais ce sera fin d’année 2019, deuxième semestre 2019, et si ça déborde, ça déborde ».

29 avril 2019, sur France Inter, Stanislas Guérini, délégué général de LREM a dit que, s’il fallait choisir, il préférerait que la loi sur la « PMA pour toutes » soit moins retardée que celle sur l’audiovisuel. En réitérant une fois encore, comme le président de la République, son souhait principal : que le débat soit, enfin, « apaisé ».

 A demain

@jynau

1 PS:  Edouard Philippe a annoncé, le 29 avril que le projet de loi de révision de la loi de bioéthique (incluant la « PMA pour toutes ») serait examiné en conseil des ministres « durant le mois de juillet ». Rien n’est toutefois dit quant à la date de son examen par le Parlement .

 

Et soudain Emmanuel Macron, depuis L’Elysée, sanctuarisa les petits hôpitaux français

Bonjour

Ce ne fut pas, au terme du Grand Débat, la révolution que quelques Gilets Jaunes espéraient encore.  L’acteur était là, son texte n’était pas à la hauteur – hormis son ordalie. On retiendra sa défense et illustration d’un improbable « Art d’être Français ». Ainsi que son propos sur les petits établissements hospitaliers – objets désormais sinon sacrés, du moins sanctuarisés. Emmanuel Macron, président de la République française a, jeudi 25 avril, lors d’une conférence de presse organisée au Palais de l’Elysée, pris un engagement solennel : il n’y aura plus « d’ici à la fin du quinquennat de nouvelles fermetures, ni d’hôpitaux, ni d’écoles ». Du moins plus de fermetures « sans l’accord du maire » (soudaine réhabilitation présidentielle des « corps intermédiaires »).

S’en réjouir ? Le chef de l’Etat ne fait que réaffirmer un engagement déjà pris à plusieurs reprises par sa ministre des la Solidarités et de la Santé. « Aucun hôpital ne fermera, même ceux qui n’ont guère d’activité, ceux qui ont du mal à recruter, ceux qui travaillent uniquement avec des intérimaires, ou qui sont en permanence en déficit en raison d’une déprivation populationnelle (sic) », avait notamment annoncé Agnès Buzyn le 21 mars à l’Assemblée nationale. Depuis hier cette promesse ministérielle est désormais présidentielle.

On observera aussi qu’Emmanuel Macron n’a, en l’occurrence, fait qu’officialiser une information qui avait fuité dans d’innombrables médias – des médias qui (via différent ministères) avaient eu connaissance du contenu de l’allocution du chef de l’État annulée du fait de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame.

Ne pas se réjouir trop vite. Car le chef de l’Etat a aussitôt ajouté :  « Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de réorganisation, elles sont parfois indispensables. Ça veut dire qu’il n’y aura plus de disparition, comme on l’a trop vécu ». Pourquoi avions-nous vécu tant et tant de disparitions hospitalières ? Qui organisait, hier, les déserts ? Emmanuel Macron ne l’a pas révélé.

Ordalie ou pas

« Le chef de l’Etat joue sur les mots, un hôpital dont on ferme la chirurgie ou la maternité n’est plus du tout le même hôpital qu’avant », commente le géographe de la santé Emmanuel Vigneron, cité par Le Monde (François Béguin). Car si aucun hôpital ne fermera ses portes d’ici à 2022, des services de chirurgie ou d’obstétrique continuent en revanche régulièrement de disparaître.

On se souvient que depuis le début du quinquennat Agnès Buzyn a, en dépit des cris exprimés localement, décrété la fermeture d’une quinzaine de maternités hospitalières, notamment à Decazeville (Aveyron), Cosne-sur-Loire (Nièvre), Die (Drôme), Bernay (Eure), Châteaudun (Eure-et-Loir), Le Blanc (Indre), Saint-Claude (Jura). Mais, jouant sur les mots, Agnès Buzyn se refuse ici à parler de fermeture. « Il n’y aura plus l’acte d’accouchement, il y aura tout le suivi de grossesse qui sera de très grande qualité » explique-t-elle, au grand dam des maires concernés.

Et Le Monde de se souvenir que lors de son grand discours de présentation de la réforme de la santé, le 18 septembre 2018 depuis le Palais de l’Elysée, le chef de l’Etat avait annoncé assumer une politique « visant à mieux graduer l’offre de soins ».

 « Certaines activités devront fermer à certains endroits quand des plateaux techniques sous-utilisés deviennent dangereux ou que l’absence de médecin qualifié ne permet pas de les sécuriserMais ces structures-là pourront être réutilisées soit pour des services de proximité ou de premier niveau, soit pour du suivi postopératoire au plus près de la famille (…). Je ne souhaite pas qu’on ferme un service, un établissement pour des raisons financières mais je ne laisserai pas non plus ouvert un service dans lequel aucun d’entre vous n’enverrait ses enfants. »

Il est vrai que fermer un service n’est pas fermer un hôpital. C’est, tout simplement, le rapprocher de sa fin. De l’art, ordalie ou pas, de maîtriser le français.

A demain

@jynau