Harcèlements à l’hôpital : les administratifs auront-ils bientôt la peau des salles de garde ?

 

Bonjour

Tout diriger, de la cave au grenier, dans les espaces hospitaliers. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, mesurait-il la portée de son annonce « anti-harcèlement sexuel » quand il évoquait hier, à haute voix, l’effacement les fresques des « salles de garde » ? Effacer pour mieux régenter. C’est là une bien vieille histoire, aussi vieille que celle des internes, de leurs « tonus », de leurs rituels. Deux siècles au bas mot, pas loin d’un millénaire selon d’autres calculs.

« La suppression des salles de garde est un vieux rêve des « administratifs », rappelle le Dr William Lowenstein, ancien de l’AP-HP et président de SOS Addictions. L’économe de salle de garde que j’ai été peut assurer d’une chose : les prédateurs ne venaient pas aux tonus : trop voyant ! Ah le vieux rêve de certains chefs de rayon … pouvoir harceler, abuser dans son coin, dans son bureau, avec la photo de sa femme et de ses enfants parfois retournée… »

La « salle de garde » a deux visages. C’est, bien sûr, le lieu clos d’un centre hospitalier où se réunissent les internes (et leurs invités) – repas, repos, détente. C’est aussi, au sens figuré, l’état d’esprit et les rituels qui règnent dans ce lieu. Effacer les fresques peut, dès lors, être perçu comme une agression contre une histoire et une culture communes. C’est  là le dernier symbole en date de la puissance montante de l’administratif sur le médical. Un administration qui, faute de connaître l’intérieur des corps et de lutter contre la mort, ne dépasse pas le grivois, l’obscène qui lui fait peur.

« Je la mettrai près de la morgue ! »

Le directeur général de l’AP-HP connaît sans aucun doute « Fermeture d’hôpitaux, quelles clefs ? » de Marie-Christine Pouchelle (Revue d’ethnologie française) ? Extrait :

« Les salles de garde furent et sont traditionnellement hostiles aux directions hospitalières. Aujourd’hui, les administratifs ne sont pas fâchés, par exemple, d’arguer de nécessités économiques pour en supprimer la cuisine, fondement de rituels conviviaux où se fabrique l’identité médicale. « Ils n’ont qu’à manger au self, comme tout le monde. »

Dans l’hôpital Pompidou en construction, la salle de garde n’avait pas été prévue, et il fallut la mobilisation des patrons pour qu’on lui trouve un lieu. « Je la mettrai près de la morgue ! » aurait lancé le directeur de l’hôpital. Ce contexte menaçant explique que certaines des fresques de la salle de garde de l’hôpital Boucicaut, qui avaient été peintes sur des panneaux de contreplaqué, furent finalement confiées au musée des Arts et Traditions Populaires (ATP).

Une telle donation, faite par l’entremise d’un jeune médecin, va à l’encontre du secret caractéristique de la culture des salles de garde. Elle a parfois été diversement commentée au sein du corps médical (« Rien ne doit sortir de la salle de garde »), comme chez le personnel des ATP, surpris par le caractère obscène des fresques en question. Cependant, c’est avec une jubilation manifeste que tout récemment, en cours d’opération, un chirurgien auquel je confirmais que les panneaux se trouvaient bien désormais dans les réserves du musée m’a indiqué comment retrouver son propre portrait sur la fresque en question. »

Dynamitage des exutoires

On peut certes connaître et ne pas partager tout ce que des non-médecins désignent comme des outrances de carabins. On pourrait même, parfois, les regretter. On ne saurait pour autant réclamer leur disparition, l’effacement des fresques, la démolition des « salles de garde », le self obligatoire, le dynamitage du partage et des exutoires.

« A ce compte, supprimons également Charlie, Rabelais, Virginie Despentes, Leila Slimani et toutes celles et ceux qui peignent des fresques de vie insupportables, ajoute le Dr Lowenstein.  Détruisons en urgence les bobines de MASH et l’insupportable sexisme médico-chirurgical de Robert Altman. Effaçons les affreux personnages incarnés perversement par Donald Sutherland et Elliott Gould qui pourraient induire de scandaleuses idées aux jeunes générations d’internes … Derrière l’objectif du soucieux et offusqué intérêt pour les  fresques, surfant sans vergogne sur l’actualité des prédateurs et autres criminels sexuels, l’idée est bien de tuer cette espace de résistance des médecins. »

« De toutes façons, nous connaissons tous le rêve absolu de nombre d’administratifs de l’AP-HP, ajoute l’ancien économe. C’est un hôpital sans lits, avec des e-malades et quelques médecins bien dressés …Mais il reste les salles de garde, la maison interdite !  Entre la bigoterie et les « maisons de tolérance des abus et harcèlement » il est un espace commun à promouvoir : celui du respect de l’autre et de soi-même. »

Nul ne saurait, depuis sa cabine, tout diriger, de la cave au grenier, dans les espaces hospitaliers.

A demain

 

 

 

Harcèlement sexuel à l’hôpital : faut-il dynamiter les fresques obscènes des salles de garde ?

Bonjour

La « libération de la parole » jusqu’au religieux effacement des images ? Où situer la nouvelle frontière entre le respect des personnes et une tartuferie de piètre qualité ? Comment ne pas mal étreindre en voulant trop embrasser ? Trois questions soulevées par les deux récentes et symptomatiques sorties médiatiques (sur France Inter puis dans Le Monde) de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP. Il y explique, pour résumer, que « de vieilles traditions ne sont plus tolérables ». Des traditions furent (trop) longtemps tolérées ? Lesquelles ? En écho des propos directoriaux, ceux de la ministre-médecin Agnès Buzyn, dénonçant les anciens comportements très déplacés dont elle avait fait l’objet à l’AP-HP (des « chefs de service l’invitant à s’asseoir sur leurs genoux »).

Que nous dit Martin Hirsch ? Que sa « grande maison » (39 hôpitaux, près de 100 000 salariés) n’est pas indemne de « harcèlement sexuel ».

« Cette réalité est impossible à nier, mais difficile à mesurer. Impossible à nier parce qu’il faudrait être sourd pour ne pas entendre des multitudes d’histoires, parfois racontées comme des anecdotes, lorsqu’on demande à une femme si elle a été confrontée dans sa carrière à une situation inappropriée, inacceptable. Difficile à mesurer, parce que, quand on regarde rétrospectivement les comportements qui ont été signalés et caractérisés pour donner lieu à procédure disciplinaire ou plainte, ils sont peu nombreux : moins d’une dizaine par an. »

Antiques conseils de discipline

L’hôpital, ici, n’a rien de spécifique : « Pour la victime, il est délicat de dénoncer, de peur de conserver l’image de la victime ou de la dénonciatrice. Pour les collègues, il est préférable d’admonester entre quatre yeux que de signaler, de prendre le risque que cela vienne sur la place publique, ou d’avoir à trancher entre deux versions contradictoires, quand il n’y a pas de témoin ». Mais, en même temps, l’hôpital a ses traditions ; « de vieilles traditions présentées comme sympathiques ne sont plus tolérables » assène le directeur général qui, le cas échéant, convoque d’anciens « conseils de discipline ».

« L’administration que je dirige n’est pas inerte face aux plaintes » assure-t-il, tout en laissant entendre que cette administration hospitalière n’est, elle, nullement touchée par ce phénomène. Ce dernier ne serait que l’apanage de la sphère médicale et soignante ? Et faudrait-il dissocier le harcèlement sexuel du harcèlement moral qui peut prévaloir à l’hôpital ?

« L’hôpital est un lieu particulièrement exposé pour des raisons cumulatives, dont aucune ne peut être une excuse. Il y a ce stress de l’urgence et de la vie à sauver, il y a ces traditions de pouvoir et de domination, il y a le rapport au corps et à la science anatomique, il y a le travail de nuit, l’ambiance des gardes. On me signalait qu’il y a encore des vestiaires qui sont mixtes ! Il y a aussi, probablement, cette sorte de décalage lié à la réputation : il est difficile d’admettre qu’il puisse y avoir le mal chez des professionnels dont la vocation est de faire le bien. »

« Vieille culture carabine » et « blagues grivoises »

Et Martin Hirsch de faire le parallèle avec les accidents médicaux :

« C’est comme les accidents médicaux, les événements indésirables graves : ça se déclare, ça ne se planque pas. Nous avons réussi à faire augmenter très sensiblement le nombre de cas déclarés depuis trois ans pour ces événements, et cela nous renforce dans la qualité des soins. Nous devons réussir de même pour les agressions à caractère sexiste et cela nous renforcera dans la qualité du travail, et donc aussi des soins. »

 Tenter de mettre fin à ces « pratiques » ? Il faudra « agir à tous les niveaux ». Pa exemple « réunir les responsables des salles de garde pour que nos messages passent ». « Cela sera-t-il suffisant pour mettre fin à une vieille ‘’culture carabine’’ à base de blagues grivoises ? » demande Le Monde (François Béguin). Réponse du directeur général, qui n’est pas médecin :

« Une culture carabine, c’est savoir être drôle, savoir utiliser la dérision, mais pas abuser d’un pouvoir de domination. Nous aurons à trancher la question de savoir s’il faut ou non repeindre les salles de garde dont les fresques doivent être considérées comme un témoignage de pratiques révolues, pas comme une incitation à maintenir des traditions malsaines. »

Savoir être drôle… Ne pas, ne jamais, abuser d’un pouvoir de domination… Où l’on voit réémerger les fameuses fresques obscènes, grivoises, pornographiques des internats de médecine – celles qui firent scandale il y aura bientôt trois ans. Tout alors fut dit. Ou presque 1. Et voici que la même question resurgit : ces images-témoignages incitent-elles à la perpétuation de traditions malsaines ? Ripoliner prévient-il  les errements du passé ? De très vieux psychanalystes, spécialistes du palimpseste, en douteraient. Pourquoi ne pas dynamiter ?

A demain

1 Lire notamment : « ‘’J’étais une fresque’’, ou les obscénités condamnées d’une salle de garde d’internat » Journalisme et santé publique, 21 janvier 2015, et  « Fresques obscènes (suite) : seriez-vous plutôt médecin ou plutôt chirurgien ? »  Journalisme et santé publique du 22 janvier 2015

Harcèlement et maltraitance : que s’est-il ou non passé au centre hospitalier de Rouffach ?

 

Bonjour

Peut-être n’en parlerait-on pas sans l’actualité ambiante. Le tribunal de grande instance de Paris a condamné le 26 octobre le centre hospitalier de Rouffach (Haut-Rhin) à verser 2 000 euros de frais de procédure à l’association nationale Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public, attaquée pour diffamation.

L’hôpital psychiatrique reprochait à l’association d’avoir fait mention de son nom sur sa carte, originale autant que dérangeante, des signalements des cas de maltraitance et de harcèlement, carte publiée sur son site Internet. Selon l’hôpital (le seul de la petite ville de Rouffach), le document contenait des « insinuations diffamatoires » à son endroit. « Le tribunal a retenu la bonne foi de l’association pour rejeter la plainte de l’établissement pour diffamation en référé » précise Le Quotidien du Médecin.

Réplique à Martin Hirsch

Il ajoute que sa depuis sa création, au printemps 2016, à la suite du spectaculaire suicide du médecin qui lui a donné son nom, l’association a enregistré 400 signalements de harcèlement ou de maltraitance à l’hôpital. Les cas les plus complexes sont transférés à Édouard Couty, chargé par Marisol Touraine de jouer le rôle de  médiateur sur la prévention des risques psychosociaux à l’hôpital.  L’association Jean-Louis Mégnien précise que l’hôpital de Rouffach est le seul à avoir porté plainte.

Contacté par Le Quotidien du Médecin l’hôpital de Rouffach n’a pas donné suite. Quant à l’association elle vient de répliquer à Martin Hirsch après les déclarations du directeur général de l’AP-HP relatives au harcèlement sexuel en milieu hospitalier.

A demain

Maltraitances hospitalières: trois cents cas répertoriés sur la carte de France. Et après ?

 

Bonjour

C’est une cartographie qui dérange. Le document, actualisé, est disponible sur le site de L’Association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public. Présidée par le Pr Philippe Halimi, cette association  exprime aujourd’hui une « vive préoccupation ». Il s’agit ici de l’avenir de la « mission de médiation pour la prévention des risques psychosociaux ». Cette mission avait été confiée à Edouard Couty, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes par Marisol Touraine. Nous étions lors dans les suites de l’affaire (toujours en cours) du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

Urgences

Il y a trois mois la ministre des Affaires sociales et de la santé avait annoncé la nomination d’un « médiateur national », lors de la présentation de la « Stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail de l’ensemble des professionnels de santé ». Trois mois plus tard, rien.

« M. Edouard Couty,  qui a commencé à traiter quelques dossiers de personnels gravement maltraités et harcelés, ne dispose toujours pas de la légitimité qui lui permettrait de remplir efficacement sa mission. Or le nombre croissant de signalements à l’Association Jean-Louis Mégnien de cas de maltraitance et de harcèlement de personnels de l’hôpital public rend encore plus urgentes la nomination officielle du médiateur national et la définition précise de son champ de compétence.

 « Rien qu’au mois de février, l’Association Jean-Louis Mégnien a enregistré une centaine de signalements supplémentaires, ce qui porte à plus de trois cents le nombre de cas figurant sur la carte de France ci-jointe récemment mise à jour sur notre site (www.associationjeanlouismegnien.fr). »

 Promesses

Que faire sinon user de diplomatie ? L’Association dit « ne pas douter » de la détermination de la ministre des Affaires sociales et de la Santé de mettre fin rapidement à des situations de maltraitance et de harcèlement au sein de l’hôpital public. Mais comment ne pas, non plus, menacer, puisque le temps passe et que les échénaces électorales se rapprochent ?

« L’Association estime que la condition indispensable au bon déroulement et à l’efficacité de la mission confiée à M. Edouard Couty est qu’il dispose des moyens humains et matériels qui lui font actuellement défaut. Ceux-ci lui permettront, si nécessaire, de demander et d’obtenir du Centre national de gestion et des Agences Régionales de Santé qu’ils donnent une suite concrète, positive et durable aux préconisations qu’il leur adressera. »

Or les faits sont là : à ce jour, l’Association n’a aucune garantie que la médiation permette aux personnels de santé victimes de phénomènes de maltraitance de reprendre espoir et de retrouver au plus vite un exercice professionnel normal. Et cette association prend date : elle fera (avant les prochaines échéances électorales) un bilan des promesses faites par Marisol Touraine.

A demain

 

Guerre des nerfs: les suites de l’affaire du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien enveniment l’AP-HP

 

Bonjour

Jusqu’où iront les provocations ? Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a, lundi 13 février, annoncé le départ d’Anne Costa de la direction de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP). Un départ attendu, sinon plus que souhaité, dans les suites du suicide par défenestration, au sein de cet établissement, du Pr Jean-Louis Mégnien en décembre 2015. Mais cette annonce a aussi vu le directeur général apporter une nouvelle fois son « soutien indéfectible » (Le Quotidien du Médecin) à Mme Costa et ce en dépit (ou à cause) des reproches qui lui sont faits et des accusations dont elle fait l’objet. Comment comprendre, décrypter, justifier ?

C’est à l’occasion de l’inauguration de l’hôpital de jour de cancérologie de l’HEGP que Martin Hirsch a consacré un long moment de son discours à défendre la directrice générale des hôpitaux universitaires Paris Ouest (dont fait partie l’HEGP). Cette dernière est la cible directe de critiques depuis la parution (partielle) du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) demandé après le suicide du cardiologue de l’HEGP. Sans la nommer directement (dans la synthèse de cinq pages rendue publique du rapport), les experts de l’IGAS ont en effet pointé des « manquements » dans la conduite du traitement du conflit entre le Pr Mégnien et certains de ses confrères. Par ailleurs, si l’on en croit  Le Figaro  un autre rapport de l’inspection du travail concluant à un « homicide involontaire » mettrait directement en cause la directrice dans le décès du médecin.

Aucune accusation de harcèlement

Or c’est dans ce contexte d’envenimement que Martin Hirsch a assuré que le rapport intégral de l’IGAS (dont il a été destinataire) « ne contient aucune mise en cause personnelle de la directrice d’HEGP ». Dénonçant des « fausses rumeurs », des « allégations mensongères » et des conclusions « détournées » par « diverses personnes », (périphrase qui désigne sans les nommer les médecins de l’association Jean-Louis Mégnien précise Le Quotidien du Médecin – Anne Bayle-Iniguez)  le patron de l’AP-HP s’est risqué à déclarer que l’IGAS « n’accuse en aucune manière [Anne Costa] de harcèlement et aucune recommandation du rapport ne préconise, de près ou de loin, de sanctionner son comportement ou de prendre des mesures administratives à son encontre. » Le rapport de l’inspection du travail évoqué par Le Figaro ? « Il n’a jamais été communiqué à l’AP-HP, à quelque niveau que ce soit », a assuré Martin Hirsch. Qui l’a communiqué, à qui et pourquoi ? Officiellement, on ne le sait pas.

Dans le même temps le directeur général s’est exprimé sur le départ d’Anne Costa, qui prend « dès maintenant la direction du groupe hospitalier de Paris Ouest Ile-de-France, avec les hôpitaux Ambroise-Paré, Raymond-Poincaré et celui de Berck ». Elle devrait être remplacée par la directrice de Robert-Debré, Stéphanie Decoopman. Le directeur général prévient ceux qui interpréteraient sa décision sans en connaître les véritables coulisses :  « ll ne s’agit pas d’une mutation disciplinaire, mais d’une mobilité tout à fait normale, qui s’effectue dans un contexte qui, pour les raisons que j’ai dites, a été anormalement violent. » Il s’agit non d’une sanction mais d’une action de prévention, une politique de réduction des risques en quelque sorte : éviter à Mme Costa de demeurer en position de « cible vivante et qu’on profite de la première occasion pour l’accuser de crimes qu’elle n’aurait pas commis. »

Signalements à la ministre et au procureur

En écho à ce discours qui ne peut manquer de susciter l’étonnement l’association Jean-Louis Mégnien a, mardi 14 février, publié un communiqué en résonance avec la violence contenue dans le discours directorial :

« L’association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public s’étonne du discours surréaliste de la direction générale de l’AP-HP tenu le lundi 13 février 2017 à l’hôpital européen Georges Pompidou. Si l’association prend acte que la direction du groupe hospitalier dont fait partie l’HEGP est enfin renouvelée, mesure qui a été demandée par plusieurs membres de l’AP-HP dès le printemps 2014 en raison des multiples dérapages de cette direction, elle s’étonne des arguments utilisés pour défendre une action marquée par de nombreux scandales et plusieurs drames.

« En citant de façon partielle et donc partiale un rapport non communicable de l’Igas, la direction générale viole de façon délibérée le secret professionnel. Seule l’autorité de tutelle peut décider de rendre public ce rapport et elle a décidé de ne pas le faire en raison de l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration. En ne respectant pas ses obligations, la direction générale de l’AP-HP s’expose à des poursuites. L’association va faire un signalement sur ce point à la ministre des Affaires sociales et de la Santé 1, ainsi qu’au procureur de la République de Paris.

« En protégeant la direction du groupe hospitalier, la direction générale cherche à se protéger elle-même, car elle a été mise en cause dans le suicide de Jean-Louis Mégnien, à propos duquel l’inspection du travail a employé les termes de harcèlement moral et d’homicide involontaire, mettant en cause notamment la directrice du groupe hospitalier, comme cela a été rapporté de façon digne de foi. »

Et après ? On ne voit plus, aujourd’hui, comment les différentes tutelles politiques pourraient, sans risque, laisser se développer un tel climat envenimé au sein du plus prestigieux des groupes hospitaliers français.

A demain

1 Sur ce thème, lire « Marisol Touraine soutiendra-t-elle Martin Hirsch contre les amis de Jean-Louis Mégnien ? » Journalisme et santé publique, 20 décembre 2016

 

Non, le petit garçon n’avait pas dû, en classe, «baisser son pantalon» : 12.000 € à l’institutrice

 

Bonjour

Toujours suivre ses dossiers. Sans oublier les plus scabreux. La Cour d’appel d’Orléans a, lundi 30 janvier condamné Farida Belghoul pour complicité de diffamation et Dalila Hassan pour diffamation. Ces deux femmes avaient, par vidéo Youtube interposée, relaté un témoignage plus que fumeux. Celui d’une mère tchétchène dont le fils de 4 ans aurait été contraint de baisser son pantalon par l’institutrice tout comme une petite fille de cette école maternelle de La Blotterie, de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire). Les deux enfants auraient été invités par la maîtresse à se toucher les organes génitaux et à se faire des « bisous ».

L’étrange et la haine étaient au rendez-vous et l’affaire avait fait grand bruit dans un pays où l’on parlait « théorie du genre ». C’était il y a, déjà, trois ans : « Excitations sexuelles de parents d’élèves d’une école maternelle au Jardin de la France ».

Dossier scabreux

Dalila Hassan était alors, localement, la « correspondante » des JRE (« Journées de retrait de l’école »), qui avait fait appel à Farida Belghoul, porte-parole du mouvement JRE. Et l’affaire avait localement pris une dimension politique avec campagne pour les élections municipales.

L’affaire avait, avec le plus grand tact, été révélée par La Nouvelle République du Centre Ouest (François Bluteau). Puis les médias nationaux l’avaient traitée – avant de l’oublier. C’est le même quotidien régional qui la clôt.  La Cour d’appel d’Orléans a confirmé la culpabilité de Farida Belghoul pour complicité de diffamation envers l’institutrice et celle de Dalila Hassan pour diffamation. Elle inflige 8.000 € d’amende à Farida Belghoul (contre 5.000 € en première instance) et 2.000 € pour Dalila Hassan (au lieu de 4.000 €). L’avocat général, Jean-Dominique Trippier, avait requis une confirmation du premier jugement.

Au civil, les deux appelantes devaient régler solidairement 12.000 € à l’institutrice par ce jugement du tribunal correctionnel de Tours du 19 mai 2016, au titre du dommage moral. Les parties civiles, lors du procès d’appel, avaient demandé 20.000 € pour le préjudice moral causé à cette enseignante. La Cour le fixe à 15.000 € et à 3.000 € les frais en cause d’appel. Toujours suivre ses dossiers. Sans oublier les plus scabreux.

A demain

Pathologies médiatiques : les personnes épileptiques peuvent-elles twitter sans danger ?

Bonjour

L’affaire fera florès. Elle est rapportée sur le blog BigBrowser (Luc Vinogradoff ) hébergé par Le Monde. C’est l’histoire d’une mésaventure. Celle de Kurt Eichenwald, journaliste politique américain bien connu outre-Atlantique où il a couvert la campagne présidentielle américaine pour Newsweek et Vanity Fair. Il a publié de très nombreux articles, dont quelques scoops, nous dit BigBrowser – notamment sur les violations de l’embargo cubain par Donald Trump. Et ce  sans jamais cacher sa haine du candidat républicain et sa très nette préférence pour Hillary Clinton.

Incarnation

Cette activité intense et cette haine ont fait de lui une cible privilégiée des pro-Trump. Il s’agit là, pour eux, de la parfaite incarnation de la collusion contre nature entre la presse grand public et les démocrates. Une presse qui avait appelé à ne pas voter pour Trump. Avec le succès que l’on sait. BigBrowser :

« Eichenwald a été très, peut-être trop, actif sur Twitter, qu’il utilisait pour promouvoir ses articles, donner son opinion, critiquer Donald Trump et insulter ceux qui le critiquaient, qu’ils soient journalistes, responsables politiques ou anonymes sans followers. Cela a fait de lui une cible, doublement, pour l’armée de trolls qui s’est rangée derrière Trump.

« Le journaliste, âgé de 55 ans, n’a jamais caché le fait qu’il souffrait d’épilepsie depuis l’adolescence. Ces crises peuvent notamment être provoquées par des stimulations de lumières intermittentes, comme des images clignotantes ou des stroboscopes. Lorsque les rumeurs sur la maladie grave dont souffrait Hillary Clinton étaient à leur paroxysme – certains médias conservateurs ont émis l’hypothèse qu’elle était épileptique – il a mis en avant son cas pour expliquer qu’elle n’en avait pas les symptômes. »

Problème mental et secret médical

Le 15 décembre, Kurt Eichenwald participe à un débat politique sur Fox News. Cela se termine mal. On y parlait d’une hospitalisation de Donald Trump dans les années 1990 pour (dixit) des « problèmes mentaux » une affirmation sans preuves ni respect du secret médical. L’émission a été qualifiée d’« accident de train télévisuel » ou de « nouveau bas dans la lente descente de l’Amérique vers l’incivilité ». BigBrowser :

« Dans la foulée, le journaliste postera une cinquantaine de tweets « colériques et généralement incohérents […] avant d’en effacer la plupart ». Dans le dialogue de sourds qu’il menait sur Twitter, il a été interpellé par un compte au nom clairement antisémite, @jew_goldstein, qui lui a envoyé une image stroboscopique avec la phrase « Tu mérites une crise d’épilepsie à cause de tes posts ».

La réponse (venant du compte de Kurt Eichenwald) émanera de sa femme. Elle affirme que le correspondant a déclenché une crise d’épilepsie (partielle) chez son mari – et précise qu’elle a appelé la police pour porter plainte.

Hypnose et régressions

Ce n’est pas la première fois que des trolls tentent de provoquer des crises d’épilepsie en postant des images stroboscopiques sur Internet. En octobre, un compte Twitter soutenant ouvertement Donald Trump avait envoyé au journaliste américain une vidéo contenant des stroboscopes. « Sans réfléchir », il avait joué la vidéo et avait eu le temps de jeter son iPad lorsqu’il avait compris ce que c’était. Un adulte devrait  toujours réfléchir avant de jouer.

Kurt Eichenwald a déposé une plainte pour agression. Son avocat postule que le fait d’envoyer une image dont on sait qu’elle peut provoquer une crise à une personne que l’on sait épileptique doit être considéré comme un crime. Serait-ce si simple ? « Nous sommes arrivés à un point dans l’histoire de ce pays, a écrit le journaliste dans un article de Newsweek, où les gens pensent qu’il est justifié de tenter de blesser gravement quelqu’un simplement à cause de politique ou parce qu’ils pensent que c’est marrant. »

Qui écrira, bien vite, la somme des pathologies induites par cette écriture hypnotique consubstantiellement réductrice ?

A demain