Facebook : non, tous les médecins ne sont pas condamnés à être e-lynchés en place publique !

Bonjour

Le pire n’est jamais certain. Un médecin vient de remporter une édifiante bataille juridique qui l’opposait à la fille d’une patiente. Elle était l’auteure d’une « lettre ouverte » (sic) sur Facebook l’accusant d’avoir laissé sa mère mourir dans la souffrance. Publié sur le réseau social le 4 juin 2018, le texte (partagé trente-mille fois) visait directement le médecin (qui n’était pas le médecin traitant) en remettant en cause sa prise en charge de la patiente (à l’époque en fin de vie et depuis décédée.)

Le médecin avait aussitôt porté plainte pour « injures et propos diffamatoires ». L’audience s’était tenue tenue le 14 mai devant le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier (Doubs). Âgée de 90 ans et souffrant d’une gangrène à une jambe (à la suite d’une ischémie), la résidente refusait l’amputation et demandait (en mai 2018) à mourir à domicile – c’est-à-dire à l’EHPAD dont le médecin était le coordonnateur.

Ce dernier accepte alors ce choix et met en place de la morphine en patchs (puis en gouttes) pour soulager les douleurs de la patiente. Au bout de plusieurs semaines, ses proches demandent la mise en place d’un pousse-seringue avec morphine à la demande. Le médecin coordonnateur n’est alors pas en mesure d’accorder une réponse favorable à cette requête, déclenchant la colère de la famille et la publication de cette lettre ouverte.

« Ce n’est pas une euthanasie que l’on vous demande, juste un confort de fin de vie, qui lui permettra de mourir en douceur », y écrit la fille de la résidente, avant d’indiquer : « J’avais commencé à percevoir que vous étiez un salaud. » Plus loin dans sa publication, on peut également lire : « Vous aviez cette arrogance des gens bien nés, vous savez le charme discret de la bourgeoisie, on traite les petits par le mépris. J’ai essayé de parler avec vous de la prise en compte de la douleur de ma mère, et vous m’avez parlé de démocratie, que vous seriez le dernier rempart, pour un peu il aurait fallu vous passer sur le corps pour qu’elle ait enfin son pousse-seringue ! »

D’autres paragraphes du texte, rapportés notamment par Le Quotidien du Médecin (Marie Foult) sont plus virulents encore. À la suite de ce texte, le médecin porte plainte, soutenu par la CSMF régionale et par l’Ordre départemental, qui s’était constitué partie civile.

Vindicte populaire

« Notre confrère a été victime d’un e-lynchage massif à la suite de cette publication, il a reçu des menaces de mort ! », assurait alors le président de la CSMF Bourgogne – Franche-Comté qui remettait en cause la version des faits exposés par la famille dans sa lettre ouverte.

« Un pousse-seringue a bien été demandé, mais il n’y en avait pas de disponible dans l’établissement. Pour que cela soit possible, le médecin coordonnateur a donc demandé une hospitalisation à domicile (HAD) pour la fin de vie, sauf qu’il a fallu attendre la validation du médecin traitant, ce qui a pris plusieurs jours. Or, la lettre a été publiée entre-temps ! Mais l’HAD a bien eu lieu et la résidente est décédée dans ce cadre ».

Pour le syndicaliste, ce genre d’utilisation des réseaux sociaux est « plus que délétère » pour la profession. « C’est la porte ouverte à toutes les exigences personnelles des patients : dès que le médecin ne voudra pas répondre « oui », les citoyens vont se tourner vers les réseaux sociaux ou les notations sur Internet. C’est un danger pour les professionnels de santé ».

Le tribunal a rendu sa décision le jeudi 4 juillet. L’auteure de la lettre ouverte sur Facebook a été condamnée à 2000 euros d’amende avec sursis. Elle devra aussi rembourser les frais de procédure au médecin – de 2000 euros également. Il se verra verser un euro symbolique a indiqué son avocat au Quotidien du Médecin (Marie Foult)

« Ce lynchage médiatique doit cesser ! Il faut que les gens comprennent que s’ils écrivent ce genre de choses sur les réseaux sociaux, ils pourront être condamnés. Les médecins sont suffisamment en stress avec leur boulot, si en plus on est dans la vindicte populaire, c’est non » a déclaré le président du conseil départemental de l’Ordre des médecins. Le praticien visé a décidé de ne pas commenter publiquement cette décision. Il n’avait pour sa part demandé que l’euro symbolique.

A demain @jynau

Vincent Lambert: des poursuites sont annoncées contre le médecin qui veut «arrêter les soins »

Bonjour

19 mai 2019. Communiqué des défenseurs de Vincent Lambert : « Malgré le rappel par le défenseur des droits du caractère obligatoire des mesures provisoires réclamées par l’ONU le 2 mai 2019, malgré le rejet par l’ONU de la position de la France et la réitération des demandes provisoires le 17 mai 2019, malgré le rappel par les experts judiciaires d’absence médicale d’obstination déraisonnable, malgré le rappel par les experts judiciaires que la situation médicale de Vincent Lambert « n’appelle aucune mesure d’urgence », le docteur Sanchez n’a toujours pas annoncé à la famille la suspension de sa décision d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert. »

A ce titre « de nouveaux recours seront donc déposés dès le lundi 20 mai « pour faire respecter les mesures provisoires réclamées à deux reprises par l’ONU et dont le défenseur des droits a rappelé le caractère obligatoire ». Ce n’est pas tout : « les parents saisissent également les autorités et tribunaux compétents d’une plainte disciplinaire aux fins de radiation du docteur Sachez ainsi que de poursuites pénales à son encontre ». Le Dr Vincent Sanchez est le médecin qui dirige le service des soins palliatifs et l’unité des patients « cérébrolésés » de l’hôpital Sébastopol (CHU de Reims) où Vincent Lambert est hospitalisé.

Nouvelles dimensions

Ce dossier prend chaque jour de nouvelles dimensions, religieuses et politiques. La Conférence des évêques (CEF) vient ainsi de de s’émouvoir de la « précipitation » à conduire « vers la mort » Vincent Lambert, et interroge : « Pourquoi ne pas attendre la réponse sur le fond de la part du comité de l’ONU ? » Les avocats des parents se sont directement adressé à Emmanuel Macron dans une lettre ouverte, qualifiant la mort programmée du patient de « crime d’Etat commis au prix d’un coup de force contre l’Etat de droit ».

François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux élections européennes a demandé, dimanche 19 septembre, « qu’on se laisse le temps » dans ce dossier, dans lequel Emmanuel Macron devrait intervenir, selon lui. « J’ai du mal à comprendre qu’on se précipite », a-t-il ajouté, en exprimant « sa compassion » pour ses « parents qui vivent ce compte à rebours qui a quelque chose d’atroce ». « Si nous entrons dans cette voie dangereuse qui consiste à dire qu’une vie dépendante, une vie fragile, une vie malade, ne mérite pas d’être vécue, alors nous allons construire un monde inhumain et c’est un enjeu majeur des années à venir », a-t-il mis en garde.

A l’inverse, le même jour, sur France Inter,la sénatrice (Bas-Rhin) Fabienne Keller (numéro 7 de la liste Renaissance-République en marche aux élections européennes) a estimé que l’affaire ne concernanit nullement les politiques et donc le chef de l’Etat.

Idem pour Jean-Luc Romero, président de l’Association du droit à mourir dans la dignité. Il a de son côté affirmé sur RTL que ce n’était pas le «rôle» du chef de l’État d’intervenir dans ce dossier. «Je suis très en colère, en Belgique ça ne pourrait pas arriver. La personne qui doit décider en premier c’est la femme, après ce sont les enfants adultes, et enfin les parents, a-t-il déclaré. Si on avait une loi bien faite, nous n’en serions pas là.» Où nous serions ? M. Romero ne le dit pas.

Le président ne serait pas concerné ? Trop tard. L’« Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébrolésés » (UNAFTC) vient de lancer un « cri d’alarme » sur le site de la présidence de la République : https://www.elysee.fr/ecrire-au-president-de-la-republique/. Objet : demander au président de la République « d’empêcher la mort de M. Lambert et de d’ordonner son transfert dans un service adapté ».

A Reims Le Parisien/Aujourd’hui en France (Marc Payet) évoque un hôpital Sébastopol « bunkérisé ». Pour sa part l’Agence France Presse cite « une source médicale » selon laquelle ce « protocole d’arrêt des soins » pourrait « durer de deux à quatre jours et comprendre, outre l’arrêt des machines à hydrater et alimenter, une sédation ‘’contrôlée, profonde et continue’’, ainsi qu’une prise d’analgésiques ‘’par précaution’’ ».

A demain

@jynau

Extinction. Pourquoi tant de sang au Trocadéro ? Et ces pressions sur les journalistes ?

Bonjour

Connaissez-vous, né en Grande Bretagne, le mouvement Extinction Rebellion ? Il exige « la reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles » et « une communication honnête sur le sujet ». Mais aussi « la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025 ». Et encore « l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant ». Sans oublier « la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable ».

Des militants se réclamant de la branche française de cette mouvance ont déversé, dimanche 12 mai, du faux sang sur les marches du Trocadéro, à Paris. Vêtus de noir, jeunes gens pour la plupart, ils s’étaient munis de trois cents litres de « sang » – mélange de colorant alimentaire et de maïzena®. Puis ils ont déversé le rouge contenu de leurs bidons sous les yeux de nombreux touristes et des policiers présents dans le secteur.

Porteurs de grandes banderoles vertes « Extinction Rebellion » et d’un calicot noir « Stop à la 6e extinction de masse », ils se sont ensuite recueillis plusieurs minutes en silence – avant de commencer à éponger les marches innombrables.

A Bordeaux, six personnes se revendiquant du même mouvement ont été placées en garde en vue dimanche pour avoir participé à l’accrochage dans la nuit d’une grande banderole « Chirac reviens ! » sur des échafaudages de la Chambre de commerce et d’industrie, place de la Bourse, haut lieu touristique. Selon un organisateur, ce message visait d’abord à « interloquer les gens ».

Les six personnes ont été interpellées sur place pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » (celle des passants sous l’échafaudage et des policiers et pompiers intervenus sur les lieux). La banderole a, le lendemain, été retirée par les pompiers.

Fin (humoristique) du journalisme

Extinction Rebellion France s’est structuré ces derniers mois, sur le modèle de celui né à l’automne 2018 en Grande-Bretagne où il prône la « désobéissance civile non violente » pour contraindre gouvernants et responsables à répondre à la crise climatique et écologique. Le trois mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, ce mouvement organisait « les funérailles du journalisme » ; « action satirique et non violente » qui s’inscrivait  dans le cadre de : « La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet ». Humour :

« Nous avons la douleur de vous faire part de la disparition du devoir d’information des journalistes. Nous vous présentons nos sincères condoléances et vous convions aux obsèques du journalisme. Force est de constater que face à l’Urgence des défis environnementaux & sociaux, du dérèglement climatique, de l’extinction massive d’espèces, des risques d’effondrement de nos sociétés, … vous ne remplissez pas votre devoir d’information et ne respectez pas la charte de déontologie journalistique et la déclaration des devoirs des journalistes (Charte de Munich 1971). »

Et de réclamer aux médias quatre preuves d’engagement : une rubrique quotidienne quelques soient leurs supports (presse / radio / TV) ; un bandeau en couverture : « Urgence climatique, regardons la vérité en face » ; dossier spécial : état du monde & perspectives ; la signature d’une charte d’engagement de ‘’Journalistes Authentiques, Réalistes & Honnêtes’’. Est-ce là, toujours, de l’humour ? Ou les premiers symptômes d’un mouvement qui au nom des meilleurs raisons écologiques du monde, ne pourra qu’évoluer vers les menaces, la contrainte et les actions violentes médiatisées. Sur le modèle des vegans anti-bouchers.

A demain

@jynau

Nos amies les bêtes disparaissent ; un boucher bio parisien, proie des anti-spécistes

Bonjour

6 mai 2019. A Coteaux-sur-Loire, depuis le « Maroc », on a entendu le premier coucou. Argent dans la poche. Et puis la vie comme elle va, en France, via les médias. A Paris Le Monde a explosé sa manchette pour, une nouvelle fois, hurler dans le désert – tenter de dire  l’enfer qui nous attend.

Un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction dans le monde : c’est l’alerte lancée par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. Fruit de trois ans de travail, son rapport constitue la première évaluation mondiale de l’état de la biodiversité depuis 2005, et la plus complète.

« Le rythme actuel de disparition des espèces sauvages est sans précédent dans l’histoire de l’humanité et il s’accélère, avertissent les experts. Les causes, toutes d’origine humaine, en sont la destruction des habitats naturels, la surexploitation des ressources, le changement climatique, les pollutions multiples et les espèces invasives.

« Selon les chercheurs, il est encore possible d’enrayer la perte de la biodiversité, à condition de changements rapides et profonds dans notre consommation de ressources tirées de la nature. Il en va, soulignent-ils, de l’avenir de l’humanité. »

Maculer et à frapper des hommes

Le même jour l’AFP nous apprenait que deux personnes étaient en garde à vue après l’agression d’un boucher par des militants anti-spécistes à Paris. Ce boucher a été attaqué sur son stand du marché couvert Saint-Quentin, près de la gare de l’Est dans le 10e arrondissement de la capitale.

« Je préparais une commande pour un client. J’ai senti un liquide me toucher, j’ai mis la main à la tête, le liquide était très rouge. J’ai levé la tête, il y avait entre quinze et vingt individus devant l’étalage avec des slogans : “liberté et défense des animaux” », a témoigné le boucher sur BFM-TV.

Paradoxe ou pas cet homme vend de la « viande bio ». Il assure avoir « été frappé » et affirme que sa marchandise a été « détruite ».  « C’est un boucher qui est dans la filière bio. Ce monsieur est dans une démarche de proximité, de suivi du bien-être animal », a confirmé à l’AFP  Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs.

Depuis plusieurs mois, les actes de vandalisme se multiplient sur des boucheries et commerces de bouche tagués de revendications anti-spécistes par des activistes opposés à toute hiérarchie entre les espèces et qui prônent une alimentation végétalienne. Des activistes passionnés qui font assez peu de cas du végétal et qui, au nom des bêtes, en viennent à maculer et à frapper des hommes.

A demain

@jynau

PS : « Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, se rendra au marché couvert Saint-Quentin dans le 10ème arrondissement de Paris, mardi 7 mai à 9h, auprès de Steevens Kissouna, boucher qui a subi samedi dernier une agression de militants antispécistes. Le Ministre souhaite apporter tout son soutien au commerçant et à travers ce soutien, condamner toutes les actions violentes contre les professionnels de la filière viande. »

 

 

 

Suicides : le courage atypique du directeur général de la police nationale ; silence à l’hôpital

Bonjour

Il se nomme Eric Morvan, 62 ans. Né à Nevers, haut fonctionnaire, carrière ascendante exemplaire, occupe depuis près de deux ans le poste à haut risque de directeur général de la police nationale (DGPN) Fait sans précédent, il invite dans une lettre envoyée à tous les policiers, vendredi 19 avril, la profession au dialogue et à la libération de la parole face à la vague de suicides dans l’institution, un sujet tabou chez les forces de l’ordre.

Dans sa lettre aux 150 000 fonctionnaires de police français (et dont l’Agence France-Presse a eu copie) Eric Morvan enjoint à parler du suicide – une démarche atypique qui ne va pas nécessairement de soi dans l’institution.

« Plusieurs de nos collègues ont mis fin à leurs jours. Certains penseront peut-être que ce dramatique enchaînement relève d’un facteur mimétique 1  et que, plus on parle du suicide, plus on prend le risque d’en susciter, dans un contexte rendu encore plus difficile par la charge opérationnelle ».

« Il faut en parler. Sans crainte d’être jugé. Il faut se confier, se persuader qu’avouer un mal-être n’est jamais une faiblesse (…)  La responsabilité humaine que l’on doit reconnaître à celui ou celle qui prend cette terrible décision ne nous exonère pas de la nôtre »

Le DGPN, qui évoque « un devoir collectif », y compris et surtout des chefs, dont le management est, nous dit l’AFP, « souvent pointé du doigt par les organisations syndicales de gardiens de la paix ».

Intérieur, Solidarités et Santé

Le Monde pascal, qui consacre sa manchette au phénomène : « Suicides dans la police : l’état d’urgence », donne la parole (Louise Couvelaire) à Sebastian Roché, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et « spécialiste de la police ». Il a notamment publié De la police en démocratie (Grasset, 2016). Pour ce chercheur, le nombre important de suicides de policiers enregistrés depuis le début de l’année est un phénomène alarmant, mais difficile à analyser, faute d’études sur le sujet. Extraits :

«  Le taux de sur-suicides des policiers se maintient à un niveau élevé depuis longtemps. Cela fait quarante ans que l’on sait qu’il y a davantage de suicides chez les policiers que dans le reste de la population à structure égale, c’est-à-dire entre 35 ans et 45 ans et majoritairement masculine. En juin 2018, un rapport du Sénat pointait un taux de suicides dans la police supérieur de 36 % à celui de la population générale. Mais ce qui est certain, c’est que l’année 2019 est très mal partie, et c’est alarmant. Si le rythme se maintient, on pourrait atteindre le record de l’année 1996, ‘’ année noire ‘’ qui avait enregistré soixante-dix suicides.

Les causes de ce taux de « sur-suicides » ?

« On ne le sait pas justement. Et c’est bien le problème. Il n’existe aucune étude de fond du ministère de l’intérieur permettant d’analyser le phénomène. Il y a un défaut de volonté de comprendre. C’est une lacune historique et structurelle de Beauvau. Résultat, nous n’avons toujours pas réussi à identifier le problème ni été capables de mesurer l’efficacité des mesures mises en place jusqu’à présent. (…)

« La qualité de la relation avec la population joue probablement un rôle important. En 2016, elle était meilleure que les années précédentes, ce qui peut aider les policiers à donner un sens à leur engagement.

« Sur ce terrain, 2019 est une année conflictuelle et donc difficile. Les policiers sont mis en cause par une partie de la population qui jusque-là les soutenait. Pour répondre à leur détresse, il ne suffit pas d’ouvrir une ligne téléphonique, comme le prévoit le plan antisuicides, il faut multiplier les portes d’entrée pour appeler à l’aide, comme l’a fait la police de Montréal, au Canada, en formant la hiérarchie, les syndicats et des pairs référents. »

« Aucune étude de fond du ministère permettant d’analyser le phénomène … un défaut de volonté de comprendre ». Ce sont là des propos que l’on peut appliquer au ministère des Solidarités et de la Santé confronté aux suicides des soignants hospitaliers. Qui dira pourquoi le pouvoir exécutif se refuse à multiplier les portes d’entrée pour que l’on entende mieux ces agents salariés qui nous appellent à l’aide ?

A demain

@jynau

1 Le DGPN fait ici notamment référence à « l’effet Werther » ,phénomène qui tire son nom d’une spectaculaire vague de suicides s’étant produite en Europe après la parution (1774) du célèbre roman de GoetheLes Souffrances du jeune Werther, roman centré sur le suicide d’un jeune homme à la suite d’amours déçues

Officiel : abstention de relations sexuelles entre le médecin et les membres de sa patientèle

Bonjour

L’Ordre a une sainte horreur du vide. Aussi le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) a-t-il mis fin à un vide juridique qui n’avait que trop duré dans le vaste champ de la sexualité. Car, comme le dit si bien Le Quotidien du Médecin (Elsa Bellanger), si le serment d’Hippocrate évoque l’interdit sexuel dans la relation médecin-patient, le code de déontologie médicale n’en faisait jusque-là pas spécifiquement mention. Tel n’est plus, enfin, le cas.

Tout avait commencé il y a un ans avec une pétition adressée à la ministre de la Santé Agnès Buzyn lancée sur le blog « Atoute.org ». Objectif : obtenir l’ajout dans le code de déontologie médicale d’un article interdisant explicitement aux médecins toute relation sexuelle avec les patients – ceux dont ils assurent le suivi. Une initiative du Dr Dominique Dupagne, généraliste à Paris, fondateur de « Atoute.org » et chroniqueur sur France Inter. Sollicité par des femmes victimes d’abus, il coordonnait la campagne #OperationHippocrate.

Au vu de nombreux témoignages de patientes se disant victimes de médecins, le CNOM s’est attaché à compléter les commentaires de l’article 2 du code portant sur le respect de la personne et de sa dignité.

« Le médecin, au service de l’individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. Le respect dû à la personne ne cesse pas de s’imposer après la mort »

Si nécessaire, dénoncer les confères

Il s’agissait notamment d’y ajouter la jurisprudence de la chambre disciplinaire nationale :

« Le médecin doit s’abstenir de tout comportement ambigu en particulier à connotation sexuelle (relation intime, parole, geste, attitude, familiarité inadaptée) ». « Le médecin doit s’interdire à l’égard de ses patients toutes relations intimes ».  « Dans le cas de patients en état de fragilité psychologique, les relations intimes s’apparentent à un abus de faiblesse ».

« Tous les médecins connaissaient cette limite, assure le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la commission éthique et déontologie du CNOM. Les commentaires du Code énoncent la nécessité de s’abstenir de tous comportements ambigus, mais cela ne suffisait pas. Cet ajout permet de faire de la prévention, de rappeler les règles. Tout comme il est nécessaire de rappeler qu’un problème de cette nature doit donner lieu à une plainte auprès de la police et auprès de l’Ordre. Les médecins fautifs seront sanctionnés ».

Ce n’est pas tout : les médecins ont par ailleurs l’obligation de signaler les faits concernant leurs confrères portés à leur connaissance. Le Quotidien du Médecin précise qu’en 2017, trente-six affaires de relations sexuelles entre médecin et patient (consenties ou non) ont été traitées par les chambres disciplinaires de première instance.

« Ces affaires représentent 3,5 % des griefs », indique pour sa part François-Patrice Battais, greffier en chef de la chambre disciplinaire nationale. Sur ces affaires, dix-sept ont débouché sur un rejet de plainte, deux ont donné lieu à des « avertissements », un « blâme » a été prononcé, treize ont abouti à « des interdictions temporaires d’exercice » (de 3 mois à 3 ans). Et trois radiations ont été prononcées.

On ne dispose pas encore des chiffres de 2018.

A demain

@jynau

Sexe, femmes et palimpseste : l’histoire de la fresque de l’internat du CHU de Toulouse

Bonjour

Entre le fait divers et le symptôme signifiant. Mardi 13 mars 2018 la direction du CHU de Toulouse a fait savoir que la fresque située dans le restaurant de l’hôpital Purpan n’y était plus. Cette fresque « mettait en scène des femmes nues ». La direction avait officiellement demandé au bureau des internes de procéder à son retrait de la fresque à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars. Et les jeunes médecins ont accepté de démonter le tableau amovible. Nul ne sait, officiellement, où il se trouve ni ce qu’il deviendra.

L’affaire avait pris une dimention nationale via le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG). Ce dernier avait, le 8 mars,  publié un communiqué de presse  où était évoqué « le cas d’une fresque sexiste (seules les femmes sont nues sur cette fresque, tous les hommes restant habillés) imposée au regard de tous à l’internat de l’hôpital Purpan du CHU de Toulouse ».

Portraits de femmes et parité

Hasard ou pas le même 8 mars 2018, à l’occasion d’un comité technique d’établissement, Mme Anne Ferrer, directrice du CHU de Toulouse [par interim et contestée] 1, interpellée par les représentantes « Sud Santé Sociaux 31 », annonçait qu’elle demandait officiellement au bureau de l’internat de l’hôpital de Purpan de procéder au retrait de la fresque.

La direction du CHU de Toulouse ajoutait, dans un article de la Dépêche du Midi  que « l’égalité homme/femme serait la priorité du prochain projet d’établissement avec cette volonté d’en finir avec la culture sexiste qui peut encore exister au sein du monde carabin ». Le SNMG se déclarait pleinement satisfait de la prise de position de cette direction. Opposé au « sexisme en médecine » il disait espérer que le bureau de l’internat de l’hôpital Purpan veillerait à ce qu’il n’y ait plus, jamais, de « fresque sexiste ».

On notera que le CHU de Toulouse mène tout au long du mois de mars une campagne visant à promouvoir la parité. Comment ? En diffusant sur son site et sur les réseaux sociaux des « portraits des femmes » exerçant en son sein.

A demain

1 Anne Ferrer est directrice générale par intérim du CHU de Toulouse depuis le 2 janvier 2018, date à laquelle Raymond Le Moign, directeur général du CHU de Toulouse, a quitté ses fonctions pour devenir directeur de cabinet de la ministre de la Santé Agnès Buzyn.