Alerte à la sécurité de la transfusion sanguine – deux communiqués de presse incompréhensibles

Bonjour

En mai dernier, une première alerte, classée sans suite : « Sang et «particules» : donneurs et receveurs devraient-ils s’inquiéter pour leur sécurité ? » Journalisme et santé publique, 31 mai 2018. Et puis, aujourd’hui, ceci, intraduisible.

12 septembre 2018. Communiqué de presse de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) :

« A compter du 12 septembre 2018, l’  ANSM suspend l’utilisation des dispositifs médicaux à usage unique (DMU) d’aphérèse 1 de référence 782HS-P-SL et des séparateurs d’aphérèse MCS+ et PCS2 de la société Haemonetics lorsqu’ils sont associés à cette référence de DMU d’aphérèse.

Cette décision est prise suite à la survenue de plusieurs signalements de matériovigilance portant sur ces dispositifs de prélèvements sanguins.

Une première déclaration de matériovigilance, transmise par l’EFS le 26 août 2018, a conduit l’ANSM à diligenter une inspection sur le site de l’EFS de Tarbes, puis à prendre une décision de police sanitaire le 30 août 2018 (31/08/2018)   (1401 ko) suspendant l’utilisation du séparateur d’aphérèse PCS2 (numéro de série 10C202) et du lot 9217036 du DMU d’aphérèse de référence 782HS-P-SL, fabriqués par la société Haemonetics.

L’ANSM réalise une surveillance renforcée des dispositifs d’aphérèse. Dans ce cadre, suite à la revue de l’ensemble des signalements reçus et à la survenue le 11 septembre d’un nouveau signalement impliquant un autre lot du DMU de référence 782HS-P-SL sur le site EFS Auvergne-Rhône Alpes, l’ANSM décide de suspendre l’utilisation de tous les lots de ce DMU à compter d’aujourd’hui.

Tous les lots du DMU de référence 782HS-P-SL doivent donc être retirés du marché. L’ANSM maintient sa surveillance renforcée de tous les dispositifs de prélèvement sanguins d’aphérèse. »

13 septembre 2018. Communiqué de presse de l’Établissement français du sang :

« Plasmaphérèse : l’EFS suspend l’utilisation d’un matériel de prélèvement de marque Haemonetics (automate PCS2 et DMU 782) Suite à plusieurs signalements d’incidents ces derniers jours, sur les automates PCS2 de plasmaphérèse de la marque Haemonetics couplés avec le DMU 782, l’Etablissement français du sang décide, en accord avec les autorités sanitaires, de suspendre leur utilisation en application du principe de précaution. Ces incidents n’ont pas eu de conséquence sur les donneurs.

« Cette décision s’inscrit dans le prolongement des décisions prises précédemment dans un contexte de surveillance renforcée des procédures d’aphérèse réalisées sur des matériels de la société Haemonetics. Dès les premiers signalements, l’EFS a fait réaliser de nombreuses expertises et a annoncé que toutes les mesures seraient prises si nécessaire pour continuer à garantir la sécurité des donneurs, des patients et des collaborateurs.

« La survenue d’un incident très récent sans signe précurseur, ainsi qu’une série d’incidents rapprochés incitent désormais l’EFS, en accord avec les autorités sanitaires, à prendre cette mesure de précaution. Cette décision est par ailleurs conforme à la position ferme de l’EFS et des autorités sanitaires de prendre toutes les décisions suspensives si nécessaire.

« L’EFS maintient son haut niveau de vigilance renforcée sur les autres automates d’aphérèse de la marque Haemonetics, utilisés pour l’aphérèse plaquettaire. Cette suspension n’aura pas d’impacts immédiats sur l’autosuffisance, notamment grâce à la solidité de l’établissement, l’engagement de ses équipes et l’implication des donneurs. Afin d’optimiser la collecte de plasma dans ce contexte d’arrêt d’utilisation de la moitié des automates de plasmaphérèse, l’EFS va redéployer dans les semaines à venir l’autre modèle d’automates sur ses sites de collecte les plus actifs. »

A demain

 1 La technique de prélèvement par aphérèse est vitale et irremplaçable pour soigner chaque jour des milliers de patients. L’aphérèse est aujourd’hui la seule technologie disponible pour prélever et séparer directement au bras du donneur via un automate les plaquettes ou le plasma. Ces deux composants vitaux sont chaque jour transfusés à des milliers de patients touchés par des maladies ou des pathologies graves et sévères (cancers, déficit immunitaire, grands brûlés…).

Sang et «particules» : donneurs et receveurs devraient-ils s’inquiéter pour leur sécurité?

Bonjour

C’est un travail sans relâche : enquêter, faire et refaire la transparence sur les sujets sanitaires les plus sensibles. A commencer par tout ce qui touche la transfusion sanguine. Dernier exemple en date : les informations édifiantes diffusées par  l’Etablissement français du sang (EFS), l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Direction générale de la Santé (DGS) ; « information sur les dispositifs de prélèvement de produits sanguins par aphérèse ».

On sait qu’il existe deux manières de prélever du sang : le prélèvement de « sang total » ou l’ « aphérèse ». Cette technique permet de prélever un seul composant sanguin (globules rouges, plaquettes ou plasma), le autres composants étant ensuite réinjectés au donneur. On sait aussi que la technique de prélèvement par aphérèse au bras du donneur est vitale et irremplaçable pour soigner chaque jour des milliers de malades

Au temps de Marisol Touraine les autorités sanitaires françaises avaient été informées de « doutes » sur la sécurité des machines d’aphérèse de la société Haemonetics – dispositifs utilisés au niveau mondial par de très nombreux opérateurs de transfusion sanguine. Plus précisément  cinq signalements successifs avaient entre 2015 et 2017 été transmis par un salarié et un ancien salarié de la société Haemonetics, se présentant comme des «lanceurs d’alerte», à l’EFS, à l’ANSM puis à la ministre de la Santé et des Affaires sociales. Une affaire reprise par Mediapart le 10 février 2017 – (un papier très documenté repris dans le rapport de  l’IGAS).

Surveillance renforcée des dispositifs 

« Dès les premiers signalements, des expertises indépendantes  ont été diligentées par l’EFS, l’ANSM) et la DGS, rappellent aujourd’hui les autorités sanitaires. Leurs conclusions font l’objet d’une restitution au comité de suivi dédié, présidé par la DGS. Ce comité associe les associations de donneurs et receveurs et les lanceurs d’alerte. Une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS)  a été diligentée par la ministre chargée de la santé en février 2017, dont le rapport a été rendu public. L’ANSM a également publié un rapport d’évaluation en date du 6 décembre 2017 (12/12/2017)   qui conclut que la balance bénéfices/risque d’aphérèses reste positive. Elle n’est donc aucunement remise en cause. »

Au final, selon ces autorités, il n’existe pas, en France, de « risque avéré » pour les donneurs de plasma et de plaquettes prélevés par aphérèse – et pas de « risque avéré », non plus, pour les patients qui reçoivent ces produits ou pour les professionnels qui manipulent les machines.

Pour autant rien n’est acquis. Et on peut penser que les courriers de 2015 à 2017 n’auront pas, in fine, été sans effets bénéfiques. L’ANSM recommande ainsi aujourd’hui « un certain nombre de mesures visant à poursuivre une surveillance renforcée de ces dispositifs ». Notamment : compléter l’information générale donnée sur l’aphérèse en y intégrant « les risques liés aux particules » ; mise en oeuvre par les fabricants des machines d’un plan d’amélioration visant « à réduire les phénomènes notamment vibratoires pouvant conduire à la production de particules et à permettre leur détection » ; diversifier le parc machines au niveau des centres réalisant des procédures d’aphérèse etc.

Toujours dans un souci de transparence et de précaution l’information préalable au don mise à disposition des donneurs a été modifiée par l’EFS – et ce « en y intégrant les risques liés aux particules pour les dons par aphérèse ». Faire et refaire la transparence. Un travail sans relâche.

A demain

Vingt-deux personnes atteintes de bêta-thalassémie guéries grâce à la thérapie génique

Bonjour

Comment ne pas se réjouir ? C’est un succès majeur de la science génétique au service de la médecine. Sans être stricto sensu une « première » c’est une avancée thérapeutique considérable que signent, dans The New England Journal of Medicine 1, un groupe international de médecins et de chercheurs dirigés par la Pr Marina Cavazzana (Hôpital Necker-Enfants malades, Institut Imagine, AP-HP/Inserm/Université Paris Descartes). Cette publication fournit la démonstration qu’il est désormais possible de corriger l’anomalie génétique à l’origine de la  bêta-thalassémie, une affection sanguine héréditaire caratérisée par un dysfonctionnement majeur de l’hémoglobine.

Les auteurs de la publication rapportent leurs travaux menés auprès 22 patients traités en France, aux Etats-Unis, en Thaïlande et en Australie dans le cadre de deux essais cliniques ; les résultats démontrent que la thérapie génique mise au point il y a plus de dix ans est efficace pour améliorer l’état de santé et guérir les patients atteints de bêta-thalassémie. « Ces deux essais cliniques ont utilisé le même vecteur thérapeutique « LentiGlobin », développé à l’université d’Harvard à Boston et au CEA de Fontenay-auxRoses par le Pr. Philippe Leboulch, en collaboration avec la société américaine bluebird bio dont il est fondateur, explique-t-on à Paris. La Pr Marina Cavazzana, cheffe du département de biothérapie de l’Hôpital Necker-Enfants malades APHP, co-directrice de laboratoire du laboratoire Inserm de lymphohématopoïèse humaine à l’Institut Imagine, et son équipe ont traité des malades qui produisent désormais une hémoglobine thérapeutique en quantité suffisante pour arrêter le recours aux transfusions sanguines mensuelles. »

Des essais sur plusieurs continents

 Ces résultats plus que prometteurs sont obtenus huit ans après la première thérapie génique dans cette maladie, réalisée par les Pr Cavazzana et Leboulch. La bêta-thalassémie est l’une des maladies génétiques monogéniques les plus fréquentes. Causée par plus de 200 mutations du gène de la bêta-globine  elle se caractérise par des anémies plus ou moins sévère. Dans sa forme la plus grave cette affection nécessite des transfusions mensuelles, et un traitement contre les dépôts de fer causés, au sein de l’organisme, par ces transfusions. Un traitement curatif est parfois possible : une greffe de cellules de moelle osseuse, quand ils ne présentent pas un état clinique trop fragile et qu’ils ont un donneur compatible dans leur fratrie, ce qui n’est possible que dans environ 25% des cas.

Dans les deux essais cliniques commencés en 2013 et dont les résultats viennent d’être publiés les chercheurs ont prélevé des cellules souches sanguines des patients puis les ont modifiées à l’aide du vecteur « LentiGlobin BB305 » pour apporter un gène sain avant de les « greffer » (via une transfusion) aux malades. Ces cellules souches thérapeutiques ont ainsi produit des globules rouges à l’hémoglobine saine en quantité satisfaisante. La vie de ces patients a déjà radicalement changé et ils ont pu reprendre leurs activités scolaires ou professionnelles.

« Après la preuve de principe thérapeutique que nous avions obtenue chez un patient thalassémique et un patient drépanocytaire, ces essais multicentriques internationaux confirment la consistance et la magnitude de l’efficacité thérapeutique de notre vecteur chez de nombreux patients. Des essais cliniques de phase 3 sont maintenant en cours sur plusieurs continents avant d’effectuer la demande de mise sur le marché de ce médicament biologique» a déclaré le Pr Leboulch.

« La thérapie génique a de nouveau montré sa puissance thérapeutique, à condition que les expertises provenant de différents domaines soient réunies souligne pour sa part  la Pr Cavazzana. Notre effort doit maintenant porter sur l’extension de cette approche à un grand nombre de patients. » Comment ne pas se réjouir ?

A demain

1 « Gene Therapy in Patients with Transfusion-Dependent β-Thalassemia » N Engl J Med 2018;378:1479-93. DOI: 10.1056/NEJMoa1705342

A.A. Thompson, M.C. Walters, J. Kwiatkowski, J.E.J. Rasko, J.-A. Ribeil, S. Hongeng, E. Magrin, G.J. Schiller, E. Payen, M. Semeraro, D. Moshous, F. Lefrere, H. Puy, P. Bourget, A. Magnani, L. Caccavelli, J.-S. Diana, F. Suarez, F. Monpoux, V. Brousse, C. Poirot, C. Brouzes, J.-F. Meritet, C. Pondarré, Y. Beuzard, S. Chrétien, T. Lefebvre, D.T. Teachey, U. Anurathapan, P.J. Ho, C. von Kalle, M. Kletzel, E. Vichinsky, S. Soni, G. Veres, O. Negre, R.W. Ross, D. Davidson, A. Petrusich, L. Sandler, M. Asmal, O. Hermine, M. De Montalembert, S. Hacein-Bey-Abina, S. Blanche, P. Leboulch, and M. Cavazzana

L’intolérable affaire du carfilzomib, médicament refusé aux malades atteints de myélome multiple

Bonjour

Un communiqué de presse comme une bouteille à la mer, comme une accusation politique, comme un procès éthique : les membres de l’Association Française des Malades du Myélome Multiple (AF3M) « se mobilisent pour réclamer leur droit à vivre alors que les difficultés d’accès aux traitements innovants pèsent sur les chances de survie des malades ».

Cancer de la moelle osseuse, le myélome multiple (maladie de Kahler) est une affection peu connue du grand public. Elle touche chaque année près de 5 000 nouvelles personnes et on estime que 30 000 personnes sont aujourd’hui affectées en France.

« Parmi ces patients, certains pourraient voir leur vie prolongée dans de bonnes conditions grâce à de nouveaux traitements, innovants et efficaces, expliquent les responsables de l’association. Pourtant ces médicaments ne leur sont pas accessibles, en raison d’incompréhensibles et inquiétantes lenteurs administratives. »

Service médical rendu important

Le dossier le plus emblématique est celui du carfilzomib, un médicament autorisé depuis 2012 par la Food and Drug Administration américaine et commercialisé sous le nom de Kyprolis®

Le carfilzomib est un médicament qui a reçu son AMM pour être prescrit en association avec deux autres médicaments, le lénalidomide et la dexaméthasone dans le traitement du myélome multiple chez les adultes ayant reçu au moins un traitement antérieur. Le 25 mai 2016, le « Comité de transparence » de la Haute Autorité de Santé a classé ce médicament comme assurant un « service médical rendu important » et une « amélioration du service rendu » de niveau IV (mineur) – voir ici le document de la Haute Autorité de Santé.

« A ce titre, le carfilzomib remplit toutes les conditions pour être inscrit sur la liste dite ‘’en sus’’, permettant un remboursement aux hôpitaux par l’assurance maladie, soulignent les responsables de l’AF3M. Il est disponible et pris en charge dans plusieurs pays européens dont la Belgique, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne. Pourtant, alors que le ministère de la Santé aurait dû procéder à cette inscription de manière quasiment automatique avant le début de l’année, les discussions sont toujours en cours. »

Ils ajoutent, pudiquement, que ce retard est d’autant plus déplorable que les données présentées par le laboratoire Amgen dans les études Aspire et Endeavor ont montré une amélioration de la survie globale moyenne de 8 mois pour les patients traités par carfilzomib. « Cela signifie que depuis près d’un an, des patients actuellement privés de ce traitement auraient pu voir leur vie prolongée » ajoutent-ils.

Réponses laconiques

Que dire de plus ? Qu’il s’agit d’une affaire financière ? Que le prix demandé par la firme Amgen est trop important ? Que, devant cette situation pour elle intolérable, l’AF3M a rédigé en mars 2017 une lettre ouverte à l’adresse de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé (« Myélome : Autoriser des médicaments est une question de survie pour les patients ») ? Qu’à la suite des élections présidentielles, l’association a adressé plusieurs courriers à Madame Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé – sans plus de succès ?

Qu’au cours de l’été, les adhérents de l’AF3M ont sensibilisé par le biais de courriers et de rendezvous de nombreux députés qui ont directement saisi de leurs inquiétudes Mme Byzyn, spécialiste de cancérologie hématologique, en posant une trentaine de questions écrites ? Qu’un rendez-vous auprès de Mme Buzyn a de nouveau été sollicité en urgence en amont de la Journée d’information nationale sur le myélome multiple, organisée par l’AF3M, qui a eu lieu le 14 octobre dans vingt- cinq villes en France ?

« Résultat de ces actions : rien. Aucune rencontre, aucun relais de nos revendications, aucune avancée, si ce n’est une réponse laconique du ministère de la Santé aux questions écrites signalant que le processus est en cours, sans nulle précision d’une échéance d’aboutissement. Du côté de nos dirigeants, personne ne semble s’émouvoir du fait qu’en refusant aux malades l’accès à ces nouveaux médicaments, les autorités cautionnent de fait une perte de chances pour des patients qui pourtant pourraient être traités »

« Au total, la population cible incidente de Kyprolis® serait de l’ordre de 2 350 à 2 500 patients » estimaient, en mai 2016, les membres du Comité de transparence de la Haute Autorité de Santé. Un communiqué de presse comme une bouteille à la mer.

A demain

 

Ceci est un appel urgent aux donneurs de sang : rien de plus lassant, rien de plus vivant

 

Bonjour

Les médias n’ont pas pour fonction de relayer des communiqués de presse. Du moins dans les espaces démocratiques. Et puis il y a, ici ou là des exceptions. Comme celui que vient de nous adresser l’Établissement français du sang (EFS):

« Il faut impérativement augmenter nos réserves en produits sanguins pour couvrir efficacement les besoins des semaines à venir. Nous assistons à un ralentissement massif de la mobilisation à quelques jours de la période estivale. Il n’y a actuellement que 80 000 poches de sang en réserve en France, alors qu’il en faudrait 100 000 début juillet pour assurer les besoins des malades. »

Nouvel esclavage

Pourquoi cette soudaine faiblesse dans la mobilisation ? Les spécialistes estiment qu’après la mobilisation observée lors de la « Journée mondiale des donneurs de sang » du 17 juin dernier, l’élan qui a suivi s’est ralenti en raison des fortes chaleurs.

Et l’EFS de rappeler, au risque de lasser, que les dons de sang doivent être réguliers et constants, que la durée de vie des produits sanguins est limitée, que 10 000 dons sont nécessaires chaque jour pour répondre aux besoins du pays. Et l’EFS de diffuser, jusqu’au 12 juillet, des spots (gratuits ?) à la télévision et à la radio : « Aujourd’hui, nos réserves de sang sont faibles. En donnant votre sang, vous pouvez sauver des vies. Don de sang, maintenant c’est urgent ».

L’EFS pourrait aussi changer de braquet. Etre présent, par exemple, sur le Tour de France. Il pourrait aussi menacer : dire clairement que faute de donneurs bénévoles en nombre suffisant la France devra acheter sang et dérivés sur un marché international qui prospère sur une nouvelle forme d’esclavage. Une menace qui, hier sur les écrans de France 2, était déjà d’actualité. Voilà qui, en bonne logique éthique, devrait passionner les médias.

A demain

Une équipe française a mis au point avec succès une thérapie génique de la drépanocytose

 

Bonjour

Un éclair d’espoir dans un monde en souffrance. Une équipe médicale française dirigée par le Pr Marina Cavazzana (Institut des maladies génétiques Imagine, Inserm, hôpital Necker/Assistance publique-Hôpitaux de Paris) a mis au point, pour la première fois au monde, une thérapie génique de la drépanocytose, maladie héréditaire due à une malformation de l’hémoglobine responsable de formes graves d’anémie chronique. Ce travail est publié aujourd’hui dans le New England Journal of Medicine « Gene Therapy in a Patient with Sickle Cell Disease ». Une publication historique signée par vingt-sept auteurs 1.

Prudente, le Pr Marina Cavazzana se refuse à parler de « guérison ». Elle dispose toutefois aujourd’hui d’un recul de plus de quinze mois pour un adolescent âgé de 13 ans traité avec cette nouvelle technique qui permet de corriger l’anomalie génétique. Elle précise que son patient est dans une situation totalement stable et que les données actuelles laissent espérer que la rémission obtenue va se poursuivre pendant des années.  Le jeune garçon souffrait d’une forme très sévère de drépanocytose à l’origine des crises extrêmement douloureuses causées par l’occlusion de petits vaisseaux sanguins par des globules rouges déformés. La correction génétique apportée fait que les transfusions sanguines ne sont plus nécessaires, que le taux d’hémoglobine est normal et que l’enfant mène une vie normale.

Bluebird Bio

La drépanocytose est la maladie génétique la plus répandue dans le monde : elle touche plus de cinq millions de personnes. Elle est particulièrement fréquente dans les populations d’origine antillaise, africaine et méditerranéenne. Elle est également présente en Inde, en Amérique du Sud (surtout au Brésil). En France, la prévalence à la naissance (nombre de cas chez les nouveaux-nés à un moment précis) est en moyenne d’une sur 3 000 naissances, mais varie beaucoup d’une région à l’autre, selon la répartition des communautés à risque : 1 sur 16 000 à Lille et 1 sur 550 à Saint-Denis en région parisienne, par exemple. Il y a environ 400 nouveaux-nés atteints par an, principalement issus de la communauté africaine ou antillaise. En Afrique Noire, la prévalence peut atteindre 1 naissance sur 30 et, aux Antilles, une sur 280.

Le vecteur de la thérapie génique mise au point par l’équipe française est un lentivirus, dans lequel a été introduit un gène spécifique (antisickling β-globin gene). Il a été élaboré par le Pr Philippe Leboulch (CEA, Brigham and Women’s Hospital and Harvard Medical School, Boston). Ce vecteur est mis en contact avec des cellules-souches sanguines du patient puis réinjectées après une chimiothérapie. Le vecteur « LentiGlobin BB 305 » est développé par la société américaine Bluebird Bio, fondée par le Pr Leboulch, qui a financièrement soutenu ce travail avec l’Assistance Publique–Hôpitaux de Paris et l’INSERM.

« Ce patient s’inscrit dans une étude de phase I/II, qui prévoit sept malades, tous pris en charge à l’hôpital Necker », a précisé le Pr Marina Cavazzana. Cinq – dont quatre atteints de thalassémie, autre forme de malformation de l’hémoglobine ont déjà été traités, avec des résultats positifs.  Pour l’heure, le coût de cette thérapeutique est très élevé, de l’ordre de 500 000 euros par patient, selon le professeur Cavazzana. Ce montant devrait, selon elle, fortement diminuer dans les prochaines années, avec l’automatisation des procédés. Comment ne pas l’espérer ?

A demain

1 Jean-Antoine Ribeil, M.D., Ph.D., Salima Hacein-Bey-Abina, Pharm.D., Ph.D., Emmanuel Payen, Ph.D., Alessandra Magnani, M.D., Ph.D., Michaela Semeraro, M.D., Ph.D., Elisa Magrin, Ph.D., Laure Caccavelli, Ph.D., Benedicte Neven, M.D., Ph.D., Philippe Bourget, Pharm.D., Ph.D., Wassim El Nemer, Ph.D., Pablo Bartolucci, M.D., Ph.D., Leslie Weber, M.Sc., Hervé Puy, M.D., Ph.D., Jean-François Meritet, Ph.D., David Grevent, M.D., Yves Beuzard, M.D., Stany Chrétien, Ph.D., Thibaud Lefebvre, M.D., Robert W. Ross, M.D., Olivier Negre, Ph.D., Gabor Veres, Ph.D., Laura Sandler, M.P.H., Sandeep Soni, M.D., Mariane de Montalembert, M.D., Ph.D., Stéphane Blanche, M.D., Philippe Leboulch, M.D., and Marina Cavazzana, M.D., Ph.D.

N Engl J Med 2017; 376:848-855March 2, 2017DOI: 10.1056/NEJMoa1609677

 

L’Académie de médecine est tombée sous le charme du chanteur du groupe rock Dionysos

 

Bonjour

Il se passe décidément de bien étranges choses dans les brouillards de la sombre rue Bonaparte, à Paris. De très sérieux mandarins devenus académiciens y tiennent conclave, tempêtent, recommandent, élisent. Puis, comme leurs voisins de la Française ils décernent de prix. Que serait une Académie sans prix ? Rue Bonaparte, passée la rue Jacob, sur la gauche, on décerne, chaque année, le « Jean-Bernard », en hommage au célèbre hématologue humaniste (1907-2006).

Et le millésime 2016 reviendra à un artiste atypique : Mathias Malzieu, chanteur du groupe de rock français Dionysos. Ce chanteur-écrivain est né le 16 avril 1974 à Montpellier. Atteint d’une apla­sie médul­laire, il a été maintenu en vie grâce à de nombreuses trans­fu­sions de sang d’autrui – avant d’être sauvé grâce une greffe de cellules de sang de cordon.

« Bug biologique »

L’ouvrage couronné « Journal d’un vampire en pyjama » (Albin Michel) est le sixième livre de Mathias Malzieu C’est un journal intime dans lequel l’auteur évoque les étapes de sa lutte contre sa maladie sanguine, détectée en novembre 2013, jusqu’à sa guérison en octobre 2014.

« Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. »

Le Prix Jean-Bernard pour le chanteur du groupe « Dionysos »… Où qu’il soit on imagine que le grand homme sourit.

A demain