VIH. A quand la prochaine controverse politique sur la discrimination des donneurs de sang ?

Bonjour

En France on tient l’affaire pour close – et ce au terme d’un remarquable travail de l’exécutif sanitaire. Elle resurgit aux Etats-Unis, comme l’explique Slate.fr reprenant les données de  The Independent.

Outre Atlantique de 1983 à 2015 les hommes bisexuels et homosexuels déclarés ne pouvaient pas être des donnneurs de sang ; mesure prise au vu du risque de contamination post-transfusionnelle par le VIH. Depuis cette date ils y sont autorisés, à condition de certifier ne pas avoir eu de relation sexuelle avec un homme au cours des douze derniers mois -contre quatre mois pour un homme ayant eu des relations hétérosexuelles avec des partenaires mutiples. Une règle qui ne s’applique pas aux hommes hétérosexuels, ni aux femmes homosexuelles.

Décriée depuis de nombreuses années par certains milieux associatifs cette forme de discrimination pourrait être discutée lors de la prochaine campagne présidentielle américaine. Le quotidien britannique The Independent a, sur ce thème, interrogé les principaux candidats démocrates pour 2020, et sept d’entre eux ont affirmé vouloir abolir cette règle discriminatoire.

Parmi eux, Beto O’Rourke, dont l’un des porte-parole a assuré que cette mesure n’avait «rien de scientifique, ni même de médical», et qu’elle était«uniquement liée à une stigmatisation dépassée de la communauté LGBT […] Nos politiques de don du sang devraient être fondées sur des preuves médicales du 21e siècle, et non sur des biais désuets selon lesquels certaines populations présenteraient des risques plus élevés de transmission du VIH. Ces politiques ne servent personne, et ne font que limiter l’accès au don du sang, qui pourtant sauve des vies.»

C’est la première fois que cette question provoque autant d’engouement lors d’une campagne présidentielle, estime William McColl, directeur de la politique de santé du groupe AIDs United. «Je pense que ça montre que nous avons fait de gros progrès en très peu de temps, se réjouit-il, ces discussions n’auraient pas eu lieu il y a à peine dix ans, c’est certain.» Pour le groupe de défense des droits LGBT Human Rights Campaign, les résultats scientifiques doivent primer sur les débats politiques: «Évidemment, le fait que des membres du Congrès, des candidats, et d’autres personnes dénoncent cette interdiction, est d’une grande aide, reconnaît l’un des responsables, David Stacy, mais la science est de notre côté. Il est important que le don du sang soit sûr, et il peut l’être sans que certaines personnes soient stigmatisées.»

Quid de la France ?

Les mêmes causes produisant les mêmes effets cette controverse resurgira-t-elle en France où des dispositions équivalentes sont en vigueur depuis trois ans 1?  Le 14 novembre 2018 Santé publique France avait publié les premiers résultats de l’enquête dite « Complidon », menée en collaboration avec l’Établissement français du sang et le Centre de transfusion sanguine des armées. Elle portait sur le respect des critères de sélection au don de sang par les donneurs. Près de 110 000 donneurs avaient été interrogés. Et cette surveillance épidémiologique révèlait que l’ouverture du don de sang en juillet 2016 aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes n’augmente pas le risque de transmission du VIH par transfusion – risque qui reste extrêmement faible en France : estimé, sur la période 2015-2017, à un don VIH positif non détecté sur 5,2 millions de dons.

« Pour évaluer le respect et la compréhension des critères de sélection des donneurs, Santé publique France a réalisé l’enquête Complidon, à laquelle près de 110 000 donneurs de sang ont répondu. Les résultats indiquent que les contre-indications actuelles au don de sang ne sont pas toujours strictement respectées. Ainsi, parmi les hommes, 0,73% ont déclaré avoir eu des rapports sexuels entre hommes au cours des 12 derniers mois, sans l’avoir indiqué avant le don. »

« Parmi les hommes, seuls 0,56 % ont déclaré lors de l’enquête avoir eu des rapports sexuels avec des hommes aux cours des 4 mois précédant leur don. De plus, parmi les hommes ayant eu des rapports sexuels entre hommes au cours des 12 derniers mois, un sur deux (46 %) a déclaré qu’il l’aurait signalé lors de l’entretien pré-don si la durée d’ajournement avait été plus courte. »

« Bien que déclaratifs, ces chiffres indiquent que le respect du critère de sélection concernant les HSH pourrait augmenter avec une période d’ajournement plus courte, faisait valoir Santé publique France. À la suite de données similaires, en novembre 2017, le Royaume‑Uni a autorisé les HSH à donner leur sang, à condition qu’ils n’aient pas eu de rapports sexuels entre hommes dans les 3 mois précédant le don. »

« Et maintenant, en France ? » demandions-nous en novembre dernier. Ces données chiffrées officielles permettaient d’apporter des éléments aux pouvoirs publics, « en vue de considérer une éventuelle ouverture plus large du don de sang aux HSH en France ». L’ensemble de ces résultats avait alors été présenté au comité de suivi de l’arrêté fixant les critères de sélection des donneurs de sang qui réunit, sous l’égide de la DGS, les associations de patients, de donneurs et de défense des droits et les agences sanitaires. « On attend » écrivions-nous encore. On attend toujours.

A demain @jynau

Tout savoir sur les contre-indications au don de sang

Appel pressant à la solidarité sanguine : il ne nous reste que 85 000 poches de globules rouges

Bonjour

C’est un appel lancé à l’Agence France Presse comme à tous les médias. Un appel à la « mobilisation générale » face à une pénurie croissante, une pénurie inquiétante de sang : les réserves sont en effet à leur plus bas nouveau depuis 2011. « Nous avons seulement 85 000 poches de globules rouges en réserve, c’est un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 2011 et les réserves risquent de chuter encore davantage du fait du lundi de Pentecôte, le 10 juin » nous dit une porte-parole de l’Etablissement français du sang (EFS).

A l’occasion de la Journée mondiale des donneurs de sang, le 14 juin, l’EFS lance l’opération « #PrenezLeRelais » : près de 7 000 collectes seront organisées dans toute la France entre le 11 juin et le 13 juillet. « Mais le niveau des réserves est trop bas pour attendre le 11 juin : c’est dès aujourd’hui que nous avons besoin des donneurs, alerte l’EFS. Il s’agit dans les jours qui viennent et très rapidement de reconstituer les réserves en produits sanguins ».

Prendre le relais ? Il n’est pas interdit d’espérer que des médias souvent vilipendés pourront, ici, contribuer à aider.

A demain

@jynau

Extinction. Pourquoi tant de sang au Trocadéro ? Et ces pressions sur les journalistes ?

Bonjour

Connaissez-vous, né en Grande Bretagne, le mouvement Extinction Rebellion ? Il exige « la reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles » et « une communication honnête sur le sujet ». Mais aussi « la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025 ». Et encore « l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant ». Sans oublier « la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable ».

Des militants se réclamant de la branche française de cette mouvance ont déversé, dimanche 12 mai, du faux sang sur les marches du Trocadéro, à Paris. Vêtus de noir, jeunes gens pour la plupart, ils s’étaient munis de trois cents litres de « sang » – mélange de colorant alimentaire et de maïzena®. Puis ils ont déversé le rouge contenu de leurs bidons sous les yeux de nombreux touristes et des policiers présents dans le secteur.

Porteurs de grandes banderoles vertes « Extinction Rebellion » et d’un calicot noir « Stop à la 6e extinction de masse », ils se sont ensuite recueillis plusieurs minutes en silence – avant de commencer à éponger les marches innombrables.

A Bordeaux, six personnes se revendiquant du même mouvement ont été placées en garde en vue dimanche pour avoir participé à l’accrochage dans la nuit d’une grande banderole « Chirac reviens ! » sur des échafaudages de la Chambre de commerce et d’industrie, place de la Bourse, haut lieu touristique. Selon un organisateur, ce message visait d’abord à « interloquer les gens ».

Les six personnes ont été interpellées sur place pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » (celle des passants sous l’échafaudage et des policiers et pompiers intervenus sur les lieux). La banderole a, le lendemain, été retirée par les pompiers.

Fin (humoristique) du journalisme

Extinction Rebellion France s’est structuré ces derniers mois, sur le modèle de celui né à l’automne 2018 en Grande-Bretagne où il prône la « désobéissance civile non violente » pour contraindre gouvernants et responsables à répondre à la crise climatique et écologique. Le trois mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, ce mouvement organisait « les funérailles du journalisme » ; « action satirique et non violente » qui s’inscrivait  dans le cadre de : « La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet ». Humour :

« Nous avons la douleur de vous faire part de la disparition du devoir d’information des journalistes. Nous vous présentons nos sincères condoléances et vous convions aux obsèques du journalisme. Force est de constater que face à l’Urgence des défis environnementaux & sociaux, du dérèglement climatique, de l’extinction massive d’espèces, des risques d’effondrement de nos sociétés, … vous ne remplissez pas votre devoir d’information et ne respectez pas la charte de déontologie journalistique et la déclaration des devoirs des journalistes (Charte de Munich 1971). »

Et de réclamer aux médias quatre preuves d’engagement : une rubrique quotidienne quelques soient leurs supports (presse / radio / TV) ; un bandeau en couverture : « Urgence climatique, regardons la vérité en face » ; dossier spécial : état du monde & perspectives ; la signature d’une charte d’engagement de ‘’Journalistes Authentiques, Réalistes & Honnêtes’’. Est-ce là, toujours, de l’humour ? Ou les premiers symptômes d’un mouvement qui au nom des meilleurs raisons écologiques du monde, ne pourra qu’évoluer vers les menaces, la contrainte et les actions violentes médiatisées. Sur le modèle des vegans anti-bouchers.

A demain

@jynau

Alerte à la sécurité de la transfusion sanguine – deux communiqués de presse incompréhensibles

Bonjour

En mai dernier, une première alerte, classée sans suite : « Sang et «particules» : donneurs et receveurs devraient-ils s’inquiéter pour leur sécurité ? » Journalisme et santé publique, 31 mai 2018. Et puis, aujourd’hui, ceci, intraduisible.

12 septembre 2018. Communiqué de presse de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) :

« A compter du 12 septembre 2018, l’  ANSM suspend l’utilisation des dispositifs médicaux à usage unique (DMU) d’aphérèse 1 de référence 782HS-P-SL et des séparateurs d’aphérèse MCS+ et PCS2 de la société Haemonetics lorsqu’ils sont associés à cette référence de DMU d’aphérèse.

Cette décision est prise suite à la survenue de plusieurs signalements de matériovigilance portant sur ces dispositifs de prélèvements sanguins.

Une première déclaration de matériovigilance, transmise par l’EFS le 26 août 2018, a conduit l’ANSM à diligenter une inspection sur le site de l’EFS de Tarbes, puis à prendre une décision de police sanitaire le 30 août 2018 (31/08/2018)   (1401 ko) suspendant l’utilisation du séparateur d’aphérèse PCS2 (numéro de série 10C202) et du lot 9217036 du DMU d’aphérèse de référence 782HS-P-SL, fabriqués par la société Haemonetics.

L’ANSM réalise une surveillance renforcée des dispositifs d’aphérèse. Dans ce cadre, suite à la revue de l’ensemble des signalements reçus et à la survenue le 11 septembre d’un nouveau signalement impliquant un autre lot du DMU de référence 782HS-P-SL sur le site EFS Auvergne-Rhône Alpes, l’ANSM décide de suspendre l’utilisation de tous les lots de ce DMU à compter d’aujourd’hui.

Tous les lots du DMU de référence 782HS-P-SL doivent donc être retirés du marché. L’ANSM maintient sa surveillance renforcée de tous les dispositifs de prélèvement sanguins d’aphérèse. »

13 septembre 2018. Communiqué de presse de l’Établissement français du sang :

« Plasmaphérèse : l’EFS suspend l’utilisation d’un matériel de prélèvement de marque Haemonetics (automate PCS2 et DMU 782) Suite à plusieurs signalements d’incidents ces derniers jours, sur les automates PCS2 de plasmaphérèse de la marque Haemonetics couplés avec le DMU 782, l’Etablissement français du sang décide, en accord avec les autorités sanitaires, de suspendre leur utilisation en application du principe de précaution. Ces incidents n’ont pas eu de conséquence sur les donneurs.

« Cette décision s’inscrit dans le prolongement des décisions prises précédemment dans un contexte de surveillance renforcée des procédures d’aphérèse réalisées sur des matériels de la société Haemonetics. Dès les premiers signalements, l’EFS a fait réaliser de nombreuses expertises et a annoncé que toutes les mesures seraient prises si nécessaire pour continuer à garantir la sécurité des donneurs, des patients et des collaborateurs.

« La survenue d’un incident très récent sans signe précurseur, ainsi qu’une série d’incidents rapprochés incitent désormais l’EFS, en accord avec les autorités sanitaires, à prendre cette mesure de précaution. Cette décision est par ailleurs conforme à la position ferme de l’EFS et des autorités sanitaires de prendre toutes les décisions suspensives si nécessaire.

« L’EFS maintient son haut niveau de vigilance renforcée sur les autres automates d’aphérèse de la marque Haemonetics, utilisés pour l’aphérèse plaquettaire. Cette suspension n’aura pas d’impacts immédiats sur l’autosuffisance, notamment grâce à la solidité de l’établissement, l’engagement de ses équipes et l’implication des donneurs. Afin d’optimiser la collecte de plasma dans ce contexte d’arrêt d’utilisation de la moitié des automates de plasmaphérèse, l’EFS va redéployer dans les semaines à venir l’autre modèle d’automates sur ses sites de collecte les plus actifs. »

A demain

 1 La technique de prélèvement par aphérèse est vitale et irremplaçable pour soigner chaque jour des milliers de patients. L’aphérèse est aujourd’hui la seule technologie disponible pour prélever et séparer directement au bras du donneur via un automate les plaquettes ou le plasma. Ces deux composants vitaux sont chaque jour transfusés à des milliers de patients touchés par des maladies ou des pathologies graves et sévères (cancers, déficit immunitaire, grands brûlés…).

Sang et «particules» : donneurs et receveurs devraient-ils s’inquiéter pour leur sécurité?

Bonjour

C’est un travail sans relâche : enquêter, faire et refaire la transparence sur les sujets sanitaires les plus sensibles. A commencer par tout ce qui touche la transfusion sanguine. Dernier exemple en date : les informations édifiantes diffusées par  l’Etablissement français du sang (EFS), l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Direction générale de la Santé (DGS) ; « information sur les dispositifs de prélèvement de produits sanguins par aphérèse ».

On sait qu’il existe deux manières de prélever du sang : le prélèvement de « sang total » ou l’ « aphérèse ». Cette technique permet de prélever un seul composant sanguin (globules rouges, plaquettes ou plasma), le autres composants étant ensuite réinjectés au donneur. On sait aussi que la technique de prélèvement par aphérèse au bras du donneur est vitale et irremplaçable pour soigner chaque jour des milliers de malades

Au temps de Marisol Touraine les autorités sanitaires françaises avaient été informées de « doutes » sur la sécurité des machines d’aphérèse de la société Haemonetics – dispositifs utilisés au niveau mondial par de très nombreux opérateurs de transfusion sanguine. Plus précisément  cinq signalements successifs avaient entre 2015 et 2017 été transmis par un salarié et un ancien salarié de la société Haemonetics, se présentant comme des «lanceurs d’alerte», à l’EFS, à l’ANSM puis à la ministre de la Santé et des Affaires sociales. Une affaire reprise par Mediapart le 10 février 2017 – (un papier très documenté repris dans le rapport de  l’IGAS).

Surveillance renforcée des dispositifs 

« Dès les premiers signalements, des expertises indépendantes  ont été diligentées par l’EFS, l’ANSM) et la DGS, rappellent aujourd’hui les autorités sanitaires. Leurs conclusions font l’objet d’une restitution au comité de suivi dédié, présidé par la DGS. Ce comité associe les associations de donneurs et receveurs et les lanceurs d’alerte. Une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS)  a été diligentée par la ministre chargée de la santé en février 2017, dont le rapport a été rendu public. L’ANSM a également publié un rapport d’évaluation en date du 6 décembre 2017 (12/12/2017)   qui conclut que la balance bénéfices/risque d’aphérèses reste positive. Elle n’est donc aucunement remise en cause. »

Au final, selon ces autorités, il n’existe pas, en France, de « risque avéré » pour les donneurs de plasma et de plaquettes prélevés par aphérèse – et pas de « risque avéré », non plus, pour les patients qui reçoivent ces produits ou pour les professionnels qui manipulent les machines.

Pour autant rien n’est acquis. Et on peut penser que les courriers de 2015 à 2017 n’auront pas, in fine, été sans effets bénéfiques. L’ANSM recommande ainsi aujourd’hui « un certain nombre de mesures visant à poursuivre une surveillance renforcée de ces dispositifs ». Notamment : compléter l’information générale donnée sur l’aphérèse en y intégrant « les risques liés aux particules » ; mise en oeuvre par les fabricants des machines d’un plan d’amélioration visant « à réduire les phénomènes notamment vibratoires pouvant conduire à la production de particules et à permettre leur détection » ; diversifier le parc machines au niveau des centres réalisant des procédures d’aphérèse etc.

Toujours dans un souci de transparence et de précaution l’information préalable au don mise à disposition des donneurs a été modifiée par l’EFS – et ce « en y intégrant les risques liés aux particules pour les dons par aphérèse ». Faire et refaire la transparence. Un travail sans relâche.

A demain

Vingt-deux personnes atteintes de bêta-thalassémie guéries grâce à la thérapie génique

Bonjour

Comment ne pas se réjouir ? C’est un succès majeur de la science génétique au service de la médecine. Sans être stricto sensu une « première » c’est une avancée thérapeutique considérable que signent, dans The New England Journal of Medicine 1, un groupe international de médecins et de chercheurs dirigés par la Pr Marina Cavazzana (Hôpital Necker-Enfants malades, Institut Imagine, AP-HP/Inserm/Université Paris Descartes). Cette publication fournit la démonstration qu’il est désormais possible de corriger l’anomalie génétique à l’origine de la  bêta-thalassémie, une affection sanguine héréditaire caratérisée par un dysfonctionnement majeur de l’hémoglobine.

Les auteurs de la publication rapportent leurs travaux menés auprès 22 patients traités en France, aux Etats-Unis, en Thaïlande et en Australie dans le cadre de deux essais cliniques ; les résultats démontrent que la thérapie génique mise au point il y a plus de dix ans est efficace pour améliorer l’état de santé et guérir les patients atteints de bêta-thalassémie. « Ces deux essais cliniques ont utilisé le même vecteur thérapeutique « LentiGlobin », développé à l’université d’Harvard à Boston et au CEA de Fontenay-auxRoses par le Pr. Philippe Leboulch, en collaboration avec la société américaine bluebird bio dont il est fondateur, explique-t-on à Paris. La Pr Marina Cavazzana, cheffe du département de biothérapie de l’Hôpital Necker-Enfants malades APHP, co-directrice de laboratoire du laboratoire Inserm de lymphohématopoïèse humaine à l’Institut Imagine, et son équipe ont traité des malades qui produisent désormais une hémoglobine thérapeutique en quantité suffisante pour arrêter le recours aux transfusions sanguines mensuelles. »

Des essais sur plusieurs continents

 Ces résultats plus que prometteurs sont obtenus huit ans après la première thérapie génique dans cette maladie, réalisée par les Pr Cavazzana et Leboulch. La bêta-thalassémie est l’une des maladies génétiques monogéniques les plus fréquentes. Causée par plus de 200 mutations du gène de la bêta-globine  elle se caractérise par des anémies plus ou moins sévère. Dans sa forme la plus grave cette affection nécessite des transfusions mensuelles, et un traitement contre les dépôts de fer causés, au sein de l’organisme, par ces transfusions. Un traitement curatif est parfois possible : une greffe de cellules de moelle osseuse, quand ils ne présentent pas un état clinique trop fragile et qu’ils ont un donneur compatible dans leur fratrie, ce qui n’est possible que dans environ 25% des cas.

Dans les deux essais cliniques commencés en 2013 et dont les résultats viennent d’être publiés les chercheurs ont prélevé des cellules souches sanguines des patients puis les ont modifiées à l’aide du vecteur « LentiGlobin BB305 » pour apporter un gène sain avant de les « greffer » (via une transfusion) aux malades. Ces cellules souches thérapeutiques ont ainsi produit des globules rouges à l’hémoglobine saine en quantité satisfaisante. La vie de ces patients a déjà radicalement changé et ils ont pu reprendre leurs activités scolaires ou professionnelles.

« Après la preuve de principe thérapeutique que nous avions obtenue chez un patient thalassémique et un patient drépanocytaire, ces essais multicentriques internationaux confirment la consistance et la magnitude de l’efficacité thérapeutique de notre vecteur chez de nombreux patients. Des essais cliniques de phase 3 sont maintenant en cours sur plusieurs continents avant d’effectuer la demande de mise sur le marché de ce médicament biologique» a déclaré le Pr Leboulch.

« La thérapie génique a de nouveau montré sa puissance thérapeutique, à condition que les expertises provenant de différents domaines soient réunies souligne pour sa part  la Pr Cavazzana. Notre effort doit maintenant porter sur l’extension de cette approche à un grand nombre de patients. » Comment ne pas se réjouir ?

A demain

1 « Gene Therapy in Patients with Transfusion-Dependent β-Thalassemia » N Engl J Med 2018;378:1479-93. DOI: 10.1056/NEJMoa1705342

A.A. Thompson, M.C. Walters, J. Kwiatkowski, J.E.J. Rasko, J.-A. Ribeil, S. Hongeng, E. Magrin, G.J. Schiller, E. Payen, M. Semeraro, D. Moshous, F. Lefrere, H. Puy, P. Bourget, A. Magnani, L. Caccavelli, J.-S. Diana, F. Suarez, F. Monpoux, V. Brousse, C. Poirot, C. Brouzes, J.-F. Meritet, C. Pondarré, Y. Beuzard, S. Chrétien, T. Lefebvre, D.T. Teachey, U. Anurathapan, P.J. Ho, C. von Kalle, M. Kletzel, E. Vichinsky, S. Soni, G. Veres, O. Negre, R.W. Ross, D. Davidson, A. Petrusich, L. Sandler, M. Asmal, O. Hermine, M. De Montalembert, S. Hacein-Bey-Abina, S. Blanche, P. Leboulch, and M. Cavazzana

L’intolérable affaire du carfilzomib, médicament refusé aux malades atteints de myélome multiple

Bonjour

Un communiqué de presse comme une bouteille à la mer, comme une accusation politique, comme un procès éthique : les membres de l’Association Française des Malades du Myélome Multiple (AF3M) « se mobilisent pour réclamer leur droit à vivre alors que les difficultés d’accès aux traitements innovants pèsent sur les chances de survie des malades ».

Cancer de la moelle osseuse, le myélome multiple (maladie de Kahler) est une affection peu connue du grand public. Elle touche chaque année près de 5 000 nouvelles personnes et on estime que 30 000 personnes sont aujourd’hui affectées en France.

« Parmi ces patients, certains pourraient voir leur vie prolongée dans de bonnes conditions grâce à de nouveaux traitements, innovants et efficaces, expliquent les responsables de l’association. Pourtant ces médicaments ne leur sont pas accessibles, en raison d’incompréhensibles et inquiétantes lenteurs administratives. »

Service médical rendu important

Le dossier le plus emblématique est celui du carfilzomib, un médicament autorisé depuis 2012 par la Food and Drug Administration américaine et commercialisé sous le nom de Kyprolis®

Le carfilzomib est un médicament qui a reçu son AMM pour être prescrit en association avec deux autres médicaments, le lénalidomide et la dexaméthasone dans le traitement du myélome multiple chez les adultes ayant reçu au moins un traitement antérieur. Le 25 mai 2016, le « Comité de transparence » de la Haute Autorité de Santé a classé ce médicament comme assurant un « service médical rendu important » et une « amélioration du service rendu » de niveau IV (mineur) – voir ici le document de la Haute Autorité de Santé.

« A ce titre, le carfilzomib remplit toutes les conditions pour être inscrit sur la liste dite ‘’en sus’’, permettant un remboursement aux hôpitaux par l’assurance maladie, soulignent les responsables de l’AF3M. Il est disponible et pris en charge dans plusieurs pays européens dont la Belgique, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne. Pourtant, alors que le ministère de la Santé aurait dû procéder à cette inscription de manière quasiment automatique avant le début de l’année, les discussions sont toujours en cours. »

Ils ajoutent, pudiquement, que ce retard est d’autant plus déplorable que les données présentées par le laboratoire Amgen dans les études Aspire et Endeavor ont montré une amélioration de la survie globale moyenne de 8 mois pour les patients traités par carfilzomib. « Cela signifie que depuis près d’un an, des patients actuellement privés de ce traitement auraient pu voir leur vie prolongée » ajoutent-ils.

Réponses laconiques

Que dire de plus ? Qu’il s’agit d’une affaire financière ? Que le prix demandé par la firme Amgen est trop important ? Que, devant cette situation pour elle intolérable, l’AF3M a rédigé en mars 2017 une lettre ouverte à l’adresse de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé (« Myélome : Autoriser des médicaments est une question de survie pour les patients ») ? Qu’à la suite des élections présidentielles, l’association a adressé plusieurs courriers à Madame Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé – sans plus de succès ?

Qu’au cours de l’été, les adhérents de l’AF3M ont sensibilisé par le biais de courriers et de rendezvous de nombreux députés qui ont directement saisi de leurs inquiétudes Mme Byzyn, spécialiste de cancérologie hématologique, en posant une trentaine de questions écrites ? Qu’un rendez-vous auprès de Mme Buzyn a de nouveau été sollicité en urgence en amont de la Journée d’information nationale sur le myélome multiple, organisée par l’AF3M, qui a eu lieu le 14 octobre dans vingt- cinq villes en France ?

« Résultat de ces actions : rien. Aucune rencontre, aucun relais de nos revendications, aucune avancée, si ce n’est une réponse laconique du ministère de la Santé aux questions écrites signalant que le processus est en cours, sans nulle précision d’une échéance d’aboutissement. Du côté de nos dirigeants, personne ne semble s’émouvoir du fait qu’en refusant aux malades l’accès à ces nouveaux médicaments, les autorités cautionnent de fait une perte de chances pour des patients qui pourtant pourraient être traités »

« Au total, la population cible incidente de Kyprolis® serait de l’ordre de 2 350 à 2 500 patients » estimaient, en mai 2016, les membres du Comité de transparence de la Haute Autorité de Santé. Un communiqué de presse comme une bouteille à la mer.

A demain