Retour sur le suicide du Pr Christophe Barrat et l’accusation de violation du secret médical

Bonjour

Qui peut s’autoriser à lever le secret médical ?

C’était le 3 février dernier, un dimanche : le Pr Christophe Barrat, 57 ans, chirurgien, se suicidait On apprenait rapidement, de sources concordantes, qu’il s’était donné la mort par défenestration au sein des locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Ce praticien était chef du service de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis (Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret). Cette fin tragique n’était pas sans rappeler celle du Pr Jean-Louis Mégnien, cardiologue à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) – il s’était lui aussi défenestré sur son lieu de travail le 17 décembre 2015. Une mort qui avait rapidement mis en lumière la somme des conflits internes au sein de cet établissement hospitalier réputé. 

Dans le cas du Pr Barrat la polémique prit une autre forme – avec notamment la dénonciation de la « communication désastreuse » de l’AP-HP et l’hypothèse d’une violation du secret médical. Puis l’AP-HP répondit via un communiqué signé Didier FRANDJI, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis; Pr Nathalie CHARNAUX, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine ; Pr Yves COHENPrésident de la Commission médicale d’établissement locale. Extraits :

« Nous regrettons d’avoir à nous exprimer publiquement et de sortir du recueillement plus opportun en cette période de deuil. Toutefois, les circonstances nous obligent à le faire et ce en plein accord avec la famille du Professeur Christophe Barrat, afin d’apporter les précisions suivantes : nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP,  à l’état de santé du Professeur Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, « d’apporter un éclairage au geste de son mari ». Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de  notre communauté selon la  volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret : son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé (…) »

Les différentes analyses que nous avions alors sollicitées convergeaient avec la lecture que fait l’Ordre des textes en vigueur : rien ne permettait, en l’espèce, de justifier le non-respect du secret médical. Les spécialistes de déontologie médicale font notamment observer qu’un membre de la famille (en l’espèce l’épouse du chirurgien) ne pouvait en aucun cas délier des médecins du secret professionnel qui s’imposait à eux. Le principe (parfois difficile à comprendre) est qu’il n’existe pas de dérogation, le patient lui-même ne pouvant délier les médecins du secret médical.

Deux courriers évoquant l’état de santé du chirurgien

Dix mois plus tard, l’affaire connaît un nouveau prolongement -rebondissement. Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) nous apprend que le conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris a, mardi 3 décembre, tenu une séance de conciliation. Entre d’une part le président de la commission médicale d’établissement (CME) de l’hôpital Avicenne et la doyenne de l’UFR de santé, médecine et biologie humaine Paris 13 – et d’autre part la veuve du Pr Christophe Barrat.  Le Pr Yves Cohen et le Pr Nathalie Charnaux sont accusés d’avoir violé le secret médical dans deux courriers évoquant l’état de santé du chirurgien de 57 ans adressés à la communauté hospitalière et à la presse. Les deux médecins font aussi l’objet d’un dépôt de plainte pour le même motif auprès du procureur de la République du TGI de Bobigny – un plainte qui vise également Didier Frandji, directeur d’Avicenne à l’époque des faits, lui aussi signataire des deux courriers.

La plainte ordinale a été déposée le 23 septembre auprès de l’Ordre de Seine-Saint-Denis, tableau où le Pr Barrat était inscrit. Les « ordinaux du 93 » souhaitant éviter tout conflit d’intérêts, la plainte a été délocalisée à Paris. « La séance en commission de conciliation ordinale de ce mardi est l’étape préalable à la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire, explique Le Quotidien. En cas d’accord entre les deux parties, l’affaire en restera là sauf si le conseil départemental se saisit du dossier. En cas de non-conciliation, la plainte sera transmise à la chambre disciplinaire de première instance dans un délai de trois mois. Contactées, ni l’AP-HP, ni la faculté de médecine de Paris13 n’ont répondu à nos sollicitations du Quotidien. »

Finalement la conciliation entre les deux parties a échoué. Le dossier sera étudié par la chambre disciplinaire de première instance en janvier. 

 A demain @jynau

«Nous avons dû placer des vigiles pour interdire l’accès des jeunes mères à l’hôpital Trousseau»

Bonjour

Il gèle sur la France. La colère gronde au sein de l’hôpital public et l’hôpital se ferme sur lui-même. Qui blâmer ?

On lit, dans  Le Monde (François Béguin et Isabelle Rey-Lefebvre), des choses comme celle-ci : « Une dizaine de jeunes mères sans abri et leurs enfants refoulés d’un hôpital parisien où ils étaient venus chercher refuge… La scène, qui s’est déroulée mercredi 27 novembre, à l’hôpital Trousseau, dans le 12e arrondissement, est révélatrice d’une crise sans précédent. Mercredi soir, à Trousseau, l’annonce de l’ouverture de soixante places gérées par le 115 a ainsi provoqué un « ‘’appel d’air’’, suscitant l’arrivée de nombreuses familles.’

Qui blâmer ? Explications de l’AP-HP : « Une fois la capacité maximale du centre d’accueil atteinte, l’hôpital a été contraint de placer des vigiles devant le hall hall de l’hôpital en interdisant ainsi l’accès en raison des risques posés pour les patients hospitalisés ». On ajoute que le hall d’un hôpital n’a« pas les conditions requises pour être un lieu d’hébergement ».

Le Monde : Un nombre croissant de jeunes femmes venues de pays en guerre et d’Afrique subsaharienne, très souvent enceintes ou mères de jeunes enfants, se retrouvent à la rue en Ile-de-France et dans quelques grandes métropoles, en raison de la totale saturation des dispositifs d’éhergement d’urgence Gilles Petit-Gats, directeur de la Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile, gérée par le Centre d’action sociale protestant :« Nous estimons à 146 le nombre de bébés nés dans la rue cette année, alors qu’ils n’étaient que 100 en 2018 et 49 en 2017. La progression est fulgurante ».

« Elles ne sont ni hospitalisées ni hébergées »

Bruno Morel, directeur d’Emmaüs Solidarité :  « Il y aurait aujourd’hui, en Ile-de-France, 700 enfants à la rue. Ils y resteraient entre deux et cinq mois, parfois plus. 75 % des 2 000 personnes que nous accueillons chaque mois à notre centre du 15e arrondissement de Paris  passent la nuit dehors, dans les gares, les halls, sous tente, dans le métro, dans les hôpitaux ;15 % ont un toit pour une ou quelques nuits et seuls 10 % un hébergement pérenne. »

Le Monde : Chaque nuit, près d’une centaine de femmes ayant accouché trouvent refuge dans les treize maternités de l’AP-HP. Certaines sont « mises à l’abri » dans des lits d’hospitalisation, comme à Robert-Debré (Paris 19e), où elles occupent un quart des lits de la maternité, tandis que d’autres se retrouvent tolérées dans un bout de couloir, généralement à même le sol. « On leur permet de rester mais elles n’ont aucun statut : elles ne sont ni hospitalisées ni hébergées », explique-t-on à la direction du groupe hospitalier où cette situation est jugée « insupportable » pour les femmes et leurs bébés, mais aussi pour les soignants et le personnel hospitalier. Qui pourrait supporter? Qui blâmer ?

A la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), Sophie Le Goff, médecin à la permanence d’accès aux soins, décrit ainsi au Monde la situation « sordide » d’une jeune femme « qui a accouché en août par césarienne et dort actuellement dans un couloir au rez-de-chaussée de la maternité avec d’autres mamans et bébés, à même le sol, avec deux draps ». Pour se nourrir, elle « n’a accès à aucun repas sauf, le soir, aux restes des plateaux des patientes hospitalisées ». Faudrait-il préciser que les « séjours à la rue » s’accompagnent souvent de tragédies : sous-nutrition des enfants, maladies, violences, viols. 

Qui féliciter ? Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales (sic) a, jeudi 28 novembre, convoqué une réunion de crise avec les associations et le préfet de région Michel Cadot. Les crédits des nuits hôtelières pour 2019, déjà consommés fin octobre, vont bénéficier d’une rallonge. Et l’AP-HP a, le 1er juillet, mis à disposition 174 places pour les femmes qui viennent d’accoucher, dans l’ancien hôpital La Rochefoucauld (14arrondissement). Lui aussi, depuis le 20 août, affiche complet. Et fin mars, il est prévu qu’il ferme ses portes.

Continuera, alors, à geler sur la France ?

A demain @jynau

Hôpital : «Des nourrissons en détresse vitale sont quotidiennement refusés en soins intensifs»

Bonjour

Métaphore dominante, celle de l’incendie qui, comme chacun sait, rapproche de l’enfer dès lors que l’on ne se donne pas les moyens humains de l’éteindre. C’est, aujourd’hui 1er décembre, une tribune dominicale (Le Monde) qui sonne comme une nouvelle alarme orientée vers les tympans d’Agnès Buzyn, du gouvernement et du président de la République : « Le plan d’urgence pour l’hôpital n’éteindra pas l’incendie ». »

Réagissant au « Plan d’urgence pour l’hôpital » (sic) dévoilé par le gouvernement le 20 novembre, « plus de 150 chefs de pôles et directeurs médicaux 1, venus des trente centres hospitaliers universitaires de France », expriment leurs plus vives inquiétudes. Pour eux, les mesures annoncées sont notoirement insuffisantes. Et ces responsables d’expliquer que désormais la situation économique a des conséquences éthiques. Extraits :

« L’accès aux soins est en situation critique à l’hôpital public et pose aux soignants des problèmes éthiques. (…) La situation actuelle ne permet plus une prise en charge optimale de nombreuses catégories de patients en raison d’un nombre considérable de postes vacants de soignants, comme nous l’avons dénoncé dans une précédente tribune. Parmi les plus graves conséquences que nous observons :

  • Des nourrissons en détresse vitale sont quotidiennement refusés en secteurs de soins intensifs, faute de lits ouverts en réanimation pédiatrique. Ces enfants sont régulièrement transférés dans des hôpitaux situés à plus de 200 km de leur domicile.
  • Des patients venant de faire un accident vasculaire cérébral sont parfois pris en charge avec retard, diminuant ainsi leurs chances de récupération optimale. En réanimation, des transferts de patients instables sont nécessaires pour accueillir les nouveaux arrivants.
  • Faute d’anesthésistes et d’infirmières, l’accès aux blocs opératoires est restreint et fait reporter des interventions nécessaires.
  • En psychiatrie, des patients à risque suicidaire élevé ou avec de graves troubles du comportement attendent un lit parfois plusieurs jours aux urgences, dans des conditions indignes et non sécurisées.
  • En radiologie, la crise touche de façon inquiétante les manipulateurs et les médecins imageurs. Dans de nombreux hôpitaux, les fermetures d’équipements (imagerie par résonance magnétique, scanner, tomographie par émission de positons…) allongent les délais de rendez-vous.
  • Les laboratoires et les pharmacies hospitalières nécessaires aux diagnostics, à la préparation et à la dispensation des traitements sont également touchés par une limitation des moyens. »

Comment mieux dire l’impasse actuelle, l’imminence des premières catastrophes individuelles, des premières actions en judtice pour manquement à l’obligation de moyens ? « L’hôpital public est notre bien commun, rappellent encore les signataires. Nous sommes ou nous serons tous malades un jour. Pour garder ce ‘’trésor national’’, comme le dit la ministre de la santé, Agnès Buzyn, des mesures d’urgence fortes, lisibles et courageuses doivent être prises ». Il faut selon eux, pour répondre à l’urgence et améliorer l’attractivité de nos hôpitaux, « réviser les grilles indiciaires des personnels soignants ». En premier lieu celles des infirmiers et aides-soignants. « La qualité de vie au travail doit aussi reprendre ses droits face à la productivité » osent encore écrire ceux qui, on le parierait, n’ont pas été formé à l’école marxiste.

A la veille des diverses manifestations nationales annoncées à compter du 5 décembre cette énième alerte doit sonner pour ce qu’elle est : une nouvelle et puissante alarme aux oreilles de l’exécutif ; un exécutif qui redoute désormais la « convergence des luttes ». Avec sa métaphore : la coagulation des peurs, des angoisses, des colères.

A demain @jynau
1 La liste complète des signataires est consultable sur Lemonde.fr

1 170 euros : Agnès Buzyn fera-t-elle rendre gorge à ses confrères mercenaires intérimaires ?

Bonjour

Elle n’en démord pas, maintient une promesse qui nous conduit dans une impasse au nom de la lutte contre les dérives de l’intérim médical à l’hôpital. On se souvient qu’au moment du lancement de son dernier « Plan d’urgence pour l’hôpital » Agnès Buzyn avait annoncé (une nouvelle fois) sa ferme intention de mettre fin au mercenariat des médecins hospitaliers intérimaires – des confrères accusés d’imposer « par le chantage exercé sur la continuité des soins (ses) conditions tarifaires aux acteurs du système de santé ».

« Les comptables publics effectueront des contrôles beaucoup plus stricts de l’application du décret qui cape la rémunération de ces mercenaires, qui se verront retirer le trop-perçu. Les hôpitaux seront aussi sanctionnés s’ils les payent au-delà du décret », avait-elle assuré quelques jours plus tard au Quotidien du Médecin. « C’est aujourd’hui chose faite, du moins sur le papier » nous explique ce dernier (Martin Dumas-Primbault).  

Le gouvernement a ainsi déposé au Sénat, jeudi 28 novembre, un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020 visant à acter ces contrôles. Cet amendement vise …. A  faire respecter un décret du 1er janvier 2018 plafonnant la rémunération des médecins praticiens contractuels à hauteur de 1 287,05 euros brut pour 24 heures de travail jusqu’à la fin de l’année et de … 1 170,04 euros à partir de 2020.

Exercer la médecine sous la contrainte

Or du fait de la pénurie de praticiens et de la loi du marché ce décret n’avait nullement permis d’endiguer le recours à l’intérim médical. Trop d’établissements souvent confrontés à la concurrence dépassaient les plafonds pour réussir à attirer des médecins. Les causes n’ayant pas changé comment imaginer que les effets seront différents ?

En pratique, ainsi rédigé et promulgué, cet amendement invalidera tout contrat d’intérim signé entre un établissement de santé et un médecin prévoyant une rémunération supérieure au plafond. Si la situation se produit malgré tout, les comptables publics sont alors autorisés à retirer le trop-perçu ou sanctionner les établissements fautifs.

Agnès Buzyn a par ailleurs exprimé sa volonté de développer des « dispositifs d’intérim publics » (sic) à l’échelle des groupements hospitaliers de territoire (GHT). Qui sera intéressé ? La ministre ne l’a pas précisé. Faudra-t-il en venir à l’exercice de la médecine sous la contrainte au non de la permanence des soins ?

Voilà bien une affaire exemplaire qui éclaire les impasses d’un système en perte de sens – un hôpital public que la ministre des Solidarités et de la Santé semble, au fil du temps, incapable de régénérer.

A demain @jynau

«2000 euros par jour !» La guerre d’Agnès Buzyn contre les médecins mercenaires-sorcières

Bonjour

C’est un formidable sous-dossier dans le grand classeur des malheurs et de la réforme de l’hôpital public français. Une affaire financière et judiciaire qui dit beaucoup des absurdités d’un service public dégradé sur lequel l’exécutif ne semble plus avoir vraiment prise. rebondit aujourd’hui avec la déclaration du Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Elargi aux autres spécialités (SNPHARE).

Il faut ici rappeler le lourd contentieux qui oppose le Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux (SNMRH) à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. En 2018 le ministère avait porté plainte devant l’Ordre contre ce syndicat. Audience prévue le 14 janvier prochain devant la chambre disciplinaire du conseil régional d’Île-de-France de l’Ordre des médecins.

« La colère est née de la mise en œuvre, depuis le 1er janvier 2018, d’un décret d’application de la loi de santé 2016, rappelait il y a peu Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas-Primbault) Celui-ci contraint les directeurs d’hôpitaux à plafonner les rémunérations des praticiens remplaçants recrutés dans les spécialités en tension de leur établissement (anesthésie, urgences, réanimation, obstétrique). Le plafond était fixé à 1 404,05 euros brut pour 24 heures de travail en 2018. Il est de 1 287,05 euros pour l’année 2019 et doit passer à 1 170,04 euros à partir de 2020. Vent debout contre cette mesure, un collectif de médecins remplaçants – devenu ensuite le SNMRH – avait publié en mars 2018 sur son site Internet la « liste noire » des hôpitaux qui appliquent ce plafonnement, encourageant ses adhérents à ne pas aller y travailler. »

« Cette plainte s’apparente à nouvelle offensive de la ministre de la Santé face à des médecins remplaçants qu’elle n’a cessé de brocarder. Tantôt qualifiés de ‘’mercenaires (…) payés 2 000 euros par jour’’, tantôt accusés d’adopter une ‘’attitude irresponsable’’, Agnès Buzyn fait de la lutte contre les dérives de l’intérim médical un quasi-sacerdoce depuis son arrivée à Ségur » ajoutait Le Quotidien.

Le prix du marché et la chasse aux sorcières

Et la ministre d’annoncer « des campagnes de contrôle dans les prochaines semaines auprès des médecins pratiquant l’intérim via les comptables publics ». Ainsi que « l’opportunité d’une mesure législative pour renforcer encore l’effectivité de l’encadrement des rémunérations ». Selon elle  « l’hôpital ne peut constituer une zone de non-droit dans laquelle certains acteurs imposeraient par le chantage exercé sur la continuité des soins leurs conditions tarifaires aux acteurs du système de santé ».

C’est dans ce cadre potentiellement explosif que s’exprime aujourd’hui le SNPHARE et sa présidente, le Dr Anne Geffroy-Wernet. « Le ministère de la Santé vient d’annoncer un ‘’probable’’ amendement au projet de loi de financement de la Sécurité Sociale, afin de contrôler le non-respect du décret et de l’arrêté du 24 novembre 2017 encadrant les rémunérations des praticiens intérimaires, explique-t-elle. Si le SNPHARE s’est ému des montants exorbitants de certaines rémunérations des intérimaires, il rappelle que la réglementation encadrant les rémunérations des intérimaires devait être assortie d’une revalorisation des praticiens hospitaliers… qui n’est jamais venue ! »

Pour ce syndicat les choses sont claires et les mercenaires ne sont là que parce que les soldats du cru n’ont pas le solde qui leur est dû. « L’intérim est un palliatif à la pénurie médicale dans les hôpitaux, notamment en anesthésie-réanimation ou dans les services d’urgences en raison de la démographie mais surtout du manque d’attractivité de l’hôpital public : les médecins intérimaires ont souvent renoncé à des postes de praticiens hospitaliers en raison de conditions de travail trop difficiles et/ou de rémunérations insuffisantes fait valoir le Dr Geffroy-Wernet. La flambée des tarifs dans certaines régions ou à certaines périodes de l’année, contraignant les établissements à outrepasser la loi pour garantir la permanence des soins, reflètent simplement le prix réel du marché et jettent une lumière crue sur la faiblesse des rémunérations médicales hospitalières. »

Pour le SNPHARE, « il est consternant de constater que les mesures d’urgence se réduisent à une chasse aux sorcières – dont le seul effet sera, faute de médecins remplaçants, de fermer des blocs opératoires et des lignes de garde aux urgences/SAMU ». Une affaire exemplaire qui éclaire les impasses d’un système en perte de sens – un hôpital public que la ministre des Solidarités et de la Santé semble, au fil du temps, incapable de régénérer.

A demain @jynau

La Bétadine® d’Agnès Buzyn et la fracture ouverte : une belle métaphore hospitalière du PCF

Bonjour

L’heure médiatique est à la métaphore et au placement de produits. Le vaste tumulte autour de l’hôpital public incite à user des images. Soignants, économistes et politiques s’y emploient sur les ondes – avec plus ou moins de bonheur. Généralement la métaphore est datée : on ressort le « garrot » et le « cautère » qui ne peut, comme chacun sait, qu’être posée sur une « jambe de bois ».

Mais nous sommes en 2019 et le Parti Communiste Français a enfin choisi d’innover. Ainsi, invité de RTL Fabien Roussel, journaliste et jeune secrétaire général du PCF vient-il, ce matin, d’accuser le Dr Agnès Buzyn de ne pas agir comme un médecin devrait le faire. L’hôpital public français, a-t-il dit en substance, souffre d’une fracture ouverte béante et la ministre des Solidarités et de la Santé le traite avec de la Bétadine®. Sans doute songeait-il à la « rouge ».

Pourquoi la Bétadine® ? Cet étrange placement politique pharmaceutique ne manquera pas d’irriter la ministre. Mais aussi celles et ceux qui connaissent les mérites de ce médicament,  antiseptique local qui contient de l’iode. Mais peut-être faut-il aller plus loin et creuser cette métaphore. C’est que la Bétadine® est utilisé pour l’antisepsie de la peau avant une opération, des plaies, des brûlures superficielles peu étendues. Elle l’est aussi dans le traitement d’appoint des lésions de la peau et des muqueuses, infectées ou exposées à un risque d’infection.

Où l’on voit que l’usage de cet antiseptique par Agnès Buzyn, loin d’être un geste dont on pourrait se moquer, ne fait peut-être que précéder une approche autrement chirurgicale – et ce pour sauver un hôpital public dont le politique découvre soudain qu’il est gravement malade.

Interrogé sur le même sujet quelques minutes plus tard sur le concurrent France Inter, le Premier ministre Edouard Philippe s’est bien gardé d’user de métaphores. Il a simplement, modestement, fait comprendre aux auditeurs qu’il espérait pouvoir, un jour prochain, desserrer le garrot hospitalier. Où l’on comprend que le pouvoir exécutif est encore loin d’avoir porté le bon diagnostic.

A demain @jynau

Les quelques «primes» concédées pourraient amplifier la colère des soignants hospitaliers

Bonjour

20 novembre 2019, c’est fait : Edouard Philippe, Premier ministre (accompagné d’Agnès Buzyn) vient de dévoiler le « Plan d’urgence [sic] pour l’hôpital ».  « Des primes, une rallonge budgétaire et une reprise de la dette : les mesures du plan pour l’hôpital public, résume Le Monde (François Béguin). Le gouvernement a présenté son plan d’urgence pour aider des établissements hospitaliers exsangues après des années de restrictions budgétaires. »

Aider les établissements ou les soignants ? Exemple des mesures : les 40 000 infirmiers et aides-soignants travaillant à Paris à Paris, dans les Hauts-de-Seine, en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-deMarne et gagnant moins que le salaire médian (environ 1 950 € net par mois) toucheront une prime annuelle de 800 euros par an – soit 66 euros par mois. Cela correspond à un quasi-doublement de l’indemnité de résidence en Ile-de-France aujourd’hui d’un montant moyen de 55 euros par mois.

Plus tard, les hôpitaux « auront à leur main des enveloppes pour valoriser, selon des critères qu’ils auront eux-mêmes définis, l’engagement et l’investissement des personnels ». « Cela représentera en moyenne une prime annuelle d’environ 300 euros. Cette prime pourrait concerner à terme jusqu’à 600 000 personnels, précise l’exécutif.  Elle n’obéira pas à des critères financiers, mais à des critères de qualité des soins et de prise en charge, au niveau de chaque service.

Trésor national hospitalier en péril

Toujours plus tard, Afin d’améliorer, pour les aides-soignants, les perspectives de fin de carrière, il sera mis en place un grade de débouché en catégorie B qui pourra bénéficier à plus de 10 000 professionnels par an. En outre, la formation destinée à renforcer les connaissances et les besoins spécifiques de la prise en charge des personnes âgées exerçant en service de gériatrie sera plus accessible. Une prime de 100 € mensuels nets sera mise en en place pour les personnels formés, soit à terme 60 000 professionnels.

Et puis il y a les grosses masses :  300 millions d’euros supplémentaires vont être accordés aux hôpitaux dès la semaine prochaine ; une reprise progressive par l’Etat de la dette des hôpitaux à hauteur d’un tiers (dix milliards sur trente) ; une hausse de 2,45 % en 2021 et 2022 de l’Objectif national de dépenses d’Assurance-maladie (Ondam ) jusque-là prévue à 2,3%. L’Ondam dévolu spécifiquement à l’hôpital passera à 2,4 %, contre 2,1% fixé initialement.

L’exécutif ne saisit pas que le mal est autrement plus profond. Que ces ruissellements ne suffiront pas à mettre un terme à la crise identitaire désormais grande ouverte chez tous les soignants hospitaliers. « La situation est encore plus grave que celle que nous avions analysée » reconnaissait il y a quelques jours  Emmanuel Macron prenant paradoxalement le risque de justifier et d’amplifier la colère hospitalière – un chef de l’Etat allant jusqu’à parler de conditions de travail « qui sont parfois devenues impossibles ».

Comment, dès lors, le gouvernement pouvait-il être raisonnablement à la hauteur des attentes soignantes ? Comment, pour reprendre la formule  Mme Buzyn, sauver en urgence ce « trésor national » qu’est l’hôpital public ? Les premières réactions aux « annonces du 20 novembre » laissent penser que ce trésor est encore loin, bien loin d’être sauvé.

A demain @jynau