Découvrez comment le langage managérial en vient à étouffer les espaces hospitaliers français

Bonjour

Répétons-nous. Voilà un opuscule (3,90 euros) essentiel pour qui veut comptendre la crise majeure dont souffre le monde hospitalier français : « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme ». Editions Gallimard, collections Tracts. Un document majeur signé du du Pr Stéphane Velut, chef du service de neurochirurgie du CHU de Tours.

On sait que cette crise ne cesse, depuis un an, de prendre de l’ampleur et d’inquiéter le plus grand nombre. Nous observons aussi que face à ce mouvement sans précédent en France, le président de la République et le gouvernement semblent désormais comme dépassés. Les quelques réponses techniques et financières annoncées au fil des mois par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, sont vite apparues comme déconnectées de la réalité et des ressentis. Et la ministre, formée dans ce monde hospitalier, apparaît désormais sinon comme discréditée du moins comme ne pouvant plus être sérieusement écoutée.

C’est ainsi que nous commençons, collectivement, à prendre conscience d’un mal plus profond : après avoir incarné la charité, puis avoir développé la compétence voici que l’hôpital public français est, pour la première fois de son histoire, en quête de son identité, de sa raison d’être. C’est dans ce contexte que nous est offerte cette analyse originale – une réflexion qui intègre le foisonnement, rarement exploré, d’un  langage managérial qui a envahi et étouffe l’hôpital public français. Où l’on retrouve quelques-unes des perversités du/de la novlangue imaginé.e par George Orwell dans son 1984.

Répétons-nous, une document essentiel dont Slate.fr vient de publier un extrait : « La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière ».

A demain @jynau

L'exfiltration d’Emmanuel Macron et les blouses blanches au sol: radicalisation et symbole

Bonjour

Nuages noirs sur la scène politique et médiatique : nous entrons dans la « radicalisation » des conflits. Ce fut, hier 17 janvier, un événement sans précédent dans l’histoire de la République : un Président « exfiltré » d’une salle de théâtre parisienne – sous les huées des manifestants et la protection rapprochée des forces de l’ordre.

Selon les images diffusées sur les réseaux sociaux, des dizaines de personnes se sont réunies vers 22 heures devant le théâtre des Bouffes du Nord, dans le 10arrondissement de Paris, où le chef de l’Etat assistait, en compagnie de sa femme Brigitte, à une représentation de La Mouche  criant des slogans pour protester contre la réforme des retraites. « Tous ensemble, grève générale » ET « Macron démission », illustraient, comme rapporte Le Monde  « l’impopularité du chef de l’Etat dans une partie de la population ».

Selon le Palais de l’Elysée, c’est le « journaliste militant »  Taha Bouhafs qui a révélé sur les réseaux sociaux la présence d’Emmanuel Macron au théâtre des Bouffes du Nord et incité des militants contre la réforme des retraites à se rassembler devant l’établissement. « Il a été interpellé par les forces de l’ordre et le spectacle a pu se poursuivre », explique-t-on au cabinet présidentiel.

Taha Bouhafs@T_Bouhafs Je suis actuellement au théâtre des bouffes du Nord (Métro La Chapelle) 3 rangées derrière le président de la république. Des militants sont quelque part dans le coin et appelle tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée.

Le Monde (Cédric Pietralunga et Alexandre Lemarié) précise que le chef de l’Etat est un grand admirateur de l’acteur et metteur en scène belge Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française, et ne rate aucun de ses spectacles. Il ajoute que cette scène n’est pas sans rappeler celle déjà vécue par Emmanuel Macron le 4 décembre 2018, au Puy-en-Velay quand, « venu en catimini », M. Macron avait dû rapidement s’éclipser sous les huées de la foule, sa voiture ayant même été poursuivie par des manifestants, aux cris de « Démission ! » ou « Ça va vous coûter cher ! ».

La « radicalisation » gagne du terrain. Et le président de la République doit bouleverser son agenda. Le 16 janvier la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa (qui entre en campagne dans le 14arrondissement de Paris pour les municipales de mars) a été elle aussi prise à partie lors d’une réunion publique par un groupe de manifestants. Dès le lendemain elle dénonçait,  sur Radio Classique, une action « très menaçante » et « antidémocratique ». Le ministère de la culture a annoncé l’annulation de la cérémonie des vœux de Franck Riester, qui devait se tenir le 21 janvier à Paris – en raison d’une action que la CGT voulait organiser pendant cet événement pour protester contre la réforme des retraites. 

« A l’Elysée, on veut néanmoins croire qu’il ne s’agit là que d’épiphénomènes et non les prémisses d’une nouvelle mobilisation du type de celle vécue lors de la crise des « gilets jaunes » rapporte Le Monde. Et au ministère de la Santé, parle-t-on d’épiphénomènes ou de prémisses davant ces manifestations à très forte charge symbolique qui montrent des soignants hospitaliers jeter leur blouses blanches au sol pendant les vœux de la direction ?  En moins d’une minute une vidéo dit tout de la colère hospitalière. Comme dans ce texte essentiel que nous évoquions ici même, hier : « L’hôpital, une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » de Stéphane Velut (Tracts, Gallimard, 3,90 euros).

Largement filmées et diffusées, ces nouvelles actions ont « fait le tour des réseaux sociaux ». Bernard Jomier @BernardJomier Vœux du directeur de l’hôpital St-Louis à Paris. Du jamais vu.

France Bleu Touraine ✔@FBTouraine Lors de la cérémonie des vœux de la nouvelle directrice de l’hôpital de Chinon, Dominique Osu, les personnels ont jeté leurs blouses. Une manière pour eux de mettre en lumière leur mouvement de grève sans gêner les soins des patients.

« Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler »

Une nouvelle fois invité de la matinale de France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch a dit son « émotion » devant ces actions. Au sein de l’AP-HP  environ 250 médecins viennent de se porter « démissionnaires »ont leur nom sur la liste des démissionnaires. Il leur tend la main : « ma porte est ouverte, on est à l’écoute ».

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a elle aussi ouvert sa porte. Pour recevoir, le 17 janvier ce « six représentants des médecins chefs de service démissionnaires désignés par le collectif Inter-hôpitaux ». Communiqué officiel dont le laconisme dit tout du blocage :

« La Ministre a proposé la poursuite d’un dialogue renforcé pour le suivi régulier et collectif des mesures « Investir pour l’hôpital » et pour l’élaboration de nouvelles mesures à venir en soutien de l’hôpital public. La Ministre s’est entretenue avec six représentants des chefs de service et médecins envisageant de se retirer de leurs fonctions administratives.

La Ministre a rappelé que la priorité immédiate est à la mise en œuvre des mesures « Investir pour l’hôpital » et que tout sera fait pour que les soignants et les hôpitaux bénéficient pleinement et rapidement de cet engagement massif et inédit pour l’hôpital public (…) Afin de poursuivre un dialogue régulier avec les professionnels de santé en faveur de l’hôpital public, la Ministre a proposé de construire une démarche de travail commune pour le suivi des mesures et pour préparer un deuxième paquet de mesures pour accélérer le rétablissement de l’hôpital public. »

Amère déception des médecins hospitaliers. « Pour le moment, le compte n’y est pas du tout », et les praticiens membres du collectif vont donc aller « au bout de leur démarche » de grève administrative, a déclaré devant la presse, au sortir de cette rencontre au ministère, l’un de leur porte-parole, le Pr Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert Debré, à Paris. Pr Xavier Mariette, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre : « Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler. »

A demain @jynau

Inédit : voici comment la novlangue d'Orwell va étouffer le monde hospitalier français

Bonjour

Depuis quelques heures les médias généralistes amplifient l’écho de la démission annoncée de 1200 chefs de service. La colère et la rébellion hospitalières ne cessent de prendre de l’ampleur. Et la ministre Agnès Buzyn, au four des retraites et au moulin des soignants semble comme dépassée par les événements politiques et sociaux dont elle est en charge.

Au-delà du spectaculaire il nous faudra bien compendre, décrypter, analyser ce qui se passe dans le chaudron des établissements hospitaliers français. Deux ouvrages pour nous aider. Le premier est, à sa façon, un petit chef d’œuvre de clarté et d’écriture 1. Nous y reviendrons. Son auteur (le chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours) éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. A son corps défendant.

« Tenter de soustraire au maximum le facteur humain, trop humain, du système hospitalier, c’est prendre le risque que ce système s’effondre » prévient le Pr Stéphane Velut. Qui nous démontre comme la perverse novlangue de George Orwell (1984) trône en reine dans ce système qu’elle va étouffer. Nous y reviendrons.

« Tout juste soixante ans se sont écoulés depuis la création des Centres hospitaliers universitaires. Ces structures sont le cœur d’un système à la réputation excellente. Mais ce cœur s’est emballé. Le corps soignant s’épuise et les patients s’inquiètent. Les crises se succèdent avec leurs ordonnances de vains remèdes. Le mal est profond. Il s’entend dans le nouveau langage qui s’est imposé au sein des pratiques hospitalières. Tel est l’éloquent symptôme qui révèle le dessein de faire de l’hôpital une nouvelle industrie, au mépris de son humaine justification. Un dessein indicible, qui rêve de rabattre le soin dans la technicité abstraite et gestionnaire de notre société. »

Avec la complicité des plus hautes instances de l’État

Le second ouvrage 2 sera de facture plus classique, qui attagne la montagne par un autre versant, également politique. Il est signé par Hugo Huon et le Collectif Inter Urgences. Le premier est infirmier à l’hôpital Lariboisière (Paris) et il préside le second.   « Ce livre est notre combat, votre combat. Un combat qui a pour but d’éviter l’effondrement de notre système de santé, à l’heure où les patients sont en danger. Plutôt que de nous taire, nous, professionnels de santé, avons choisi de redoubler d’énergie pour sauver ce qui nous tient à cœur : l’accomplissement de notre mission de service public. »

« Réduction des coûts et des effectifs, services saturés, violences, burn-out du personnel soignant… Les urgences craquent et, depuis un an, un mouvement de grèves spectaculaire se propage. À sa tête, le Collectif Inter Urgences et son porte-parole, Hugo Huon, brisent l’omertà et se font l’écho des acteurs de terrain : les médecins, mais surtout les « sans voix », infirmiers et aides-soignants.

« Pour la première fois, ils livrent leurs témoignages, saisissants, courageux et, avant tout, humains. Face à la mise à mort de l’hôpital public avec la complicité des plus hautes instances de l’État, ce livre appelle à une mobilisation citoyenne… avant qu’il ne soit trop tard »

Cet ouvrage sera en librairie librairie le 12 février 2020. En soutien à la mission de service public défendue par le mouvement, une partie des droits de ce livre sera reversée au Collectif. Nous y reviendrons.

A demain @jynau

1 « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme ». Stéphane Velut. Editions Gallimard. Collection Tract. 3,90 euros

2 « URGENCES Hôpital en danger Infirmiers, médecins, aides-soignants » Hugo Huon et le Collectif Inter Urgences Editions Albin Michel. En librairie le 12 février 2020

Rébellion : 1 200 chefs de service hospitaliers annoncent leur démission à Agnès Buzyn

Bonjour

C’est fait et ce sera, demain 14 janvier, la une de Libé : plus de 1 200 chefs de service et responsables hospitaliers annoncent dans une lettre à Agnès Buzyn leur démission de leur fonction d’encadrement si des négociations ne sont pas engagées. Un acte sans précédent pour dénoncer les conditions de travail au sein des établissements publics.

Autour du Pr André Grimaldi, le collectif Inter-Hôpital, initiateur du texte, va préciser depuis La Pitié quelle forme cette démission va prendre. » Cet acte de rébellion, qui couvait depuis plusieurs semaines, touche tous les services, toutes les régions et tous les hôpitaux » précise Libé (Eric Favereau).

Parallèlement à cette action, un texte de soutien aux démissionnaires, signé à ce jour par près de 5 000  soignants, est rendu public. «Nous, personnels hospitaliers de toutes catégories professionnelles, apportons notre soutien aux médecins, chefs de service, responsables d’unités de soins ou membres nommés ou élus de structures ayant décidé de démissionner collectivement de leurs fonctions d’administration, de gestion et de représentation, écrivent ces infirmières, cadres de santé ou médecins de base. Nous soutenons la demande d’un Grenelle de la santé. Les médecins démissionnaires ne demandent rien pour eux. Ils continuent à soigner. La population doit répondre à leur appel. Leur cri d’alerte doit être entendu par le gouvernement».

Voici le texte (publié par Libé) que les chefs de service démissionnaires adressent solennellement à Agnès Buzyn.

« Madame la ministre,

Nous signataires, chefs de service, responsables d’unité fonctionnelle, présidents et élus de commissions médicales d’établissement (CME et CMEL), responsables de pôles, ou de départements médico-universitaires, tenons à vous faire part de notre profonde déception face à l’insuffisance du plan d’urgence annoncée le 20 novembre. C’est trop peu, trop partiel, trop étalé dans le temps. Nous sommes conscients qu’on ne corrige pas les insuffisances ou les erreurs du passé en deux ans mais il y a urgence. La dégradation des conditions de travail des professionnels est telle qu’elle remet en cause la qualité des soins et menace la sécurité des patients. Il faut un plan avec un volet national et un volet régional. Le financement de ce plan doit être calculé en fonction des objectifs de santé. Le démantèlement en cours de l’hôpital public coûtera beaucoup plus cher à la société que l’investissement massif qui doit être réalisé. Le plan régional confié aux agences régionales de santé (ARS) devrait porter notamment sur la coordination entre l’hôpital et la médecine extra-hospitalière pour répondre aux besoins de santé dans les territoires, sur l’évaluation des embauches de personnels nécessaires et sur la réduction des disparités de revenus entre les professionnels libéraux et hospitaliers à qualification et activité comparables. Selon nous, le volet national de ce plan devrait comprendre trois mesures essentielles :

1) une revalorisation significative des salaires, en plus des diverses primes annoncées.

2) un objectif national des dépenses d’assurance maladie pour 2020 (Ondam) n’imposant pas de nouvelles économies aux hôpitaux. Pour ce faire, il manque 600 millions, en plus des 200 millions prévus par le nouveau plan hôpital du gouvernement (en effet sur les 300 millions annoncés, 100 millions sont attribués aux Ephad qui en ont bien besoin).

3) une révision profonde du mode de financement afin de permettre d’appliquer la règle du juste soin pour le patient au moindre coût pour la collectivité, d’inciter à la pertinence des prescriptions et des actes au lieu de rechercher à développer les activités rentables pour l’établissement, de donner un sens à une cogestion effective médico-administrative disposant d’une réelle autonomie grâce à une rénovation de la gouvernance impliquant médecins et gestionnaires, personnels et usagers.

Madame la ministre, vous avez connu l’excellence des hôpitaux publics pour la médecine de pointe et pour la recherche. Vous connaissez leur caractère irremplaçable pour la prise en charge de tous les patients quels que soient leurs maladies et leur statut social, vous ne méconnaissez pas leurs insuffisances en matière de qualité de vie au travail, de reconnaissance et de soutien aux équipes de soins. Notre système de santé, comme notre recherche, décroche dans les classements internationaux. L’hôpital doit être réformé, mais il n’y a pas de grande réforme possible sans moyens. C’est pour vous alerter solennellement que nous avons pris en toute responsabilité, la décision inédite et difficile de démissionner collectivement à partir de ce 14 janvier si à cette date des négociations ne sont pas engagées. Croyez, madame la ministre, à nos sentiments très respectueux et à notre dévouement au service public hospitalier. »

A demain @jynau

Démontré: le dénuement hospitalier affecte les malades en attente d’une greffe d’organe

Bonjour

Dérangeant papier, médical et politique, dans Le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret). Papier (« L’étude qui explique la pénurie d’organes ») qui met en lumière l’une des désastreuses conséquence du manque croissant de moyens dont souffrent (aussi) les meilleurs des grands hôpitaux français. Papier qui suit un « indiscret » (anonyme) du JDD rapportant l’étrange silence d’Agnès Buzyn vis-à-vis de ses confrères hospitaliers décidés à démissionner – confrères qui lui demandaient un « rendez-vous de la dernière chance ».

On retrouve ici le Pr Jean-Louis Touraine, spécialiste d’immunologie ancien socialiste devenu fervent député macroniste aux solides convictions éthiques. Membre du Grand Orient de France il est également président (depuis près d’un quart de siècle) de l’association France Transplant. Et rendra public dans deux jours « les résultats d’une enquête inédite d’un an » qui établit ce qu’il en est du déficit du nombre des transplantations d’organes. : plus de 24 000 personnes sont en attente alors même que seules six mille greffes sont pratiquées chaque année.

Le déficit est particulièrement criant pour les greffes de rein (80% du total) avec d’incompréhensibles écarts selon les régions. Deux lectures peuvent être proposées. Comme celle du Pr Touraine qui remonte une nouvelle fois en ligne pour dénoncer des pratiques « hors la loi ». Ententre ici l’écoute des proches de la personne en état de mort cérébrale alors même qu’une loi de 1976 autoriserait en théorie de passer outre ce refus dès lors que la personne n’a pas, de son vivant, exprimé son oppositon au prélèvement.

Le désintérêt des managers hospitaliers

Or on connaît, ici, les considérables dégâts que peut causer une lecture par trop étroite du « consentement présumé ». Et on ne peut un instant imaginer que le Pr Touraine les ignore. Pourquoi, dès lors laisser entendre que la solution consisterait à ignorer l’expression de l’opposition des proches du défunt.

Une autre lecture (également faite par le Pr Touraine) consiste à démontrer que le dénuement croissant de l’apapreil hospitalier français a, ici, pour conséquence de réduire, en pratique, les moyens alloués à cette activité chronophage en homme, en énergie et en écoute psychologique. « Certains établissements ne veulent pas payer pour envoyer leurs équipes se former au bon accueil des familles » assure l’immunologiste lyonnais. Qui ajoute que cette activité « n’est pas assez bien rémunérée » – ce qui explique le désintérêt des managers hospitaliers. Constat identique pour ce qui est des prélèvements sur donneurs vivants qui nécessitent plus encore d’écoute et de personnel.

Le Journal du Dimanche cite le Pr Bruno Moulin (CHU de Strasbourg) qui explique que le fait d’augmenter une activité hospitalière de trente greffes rénales par an génère plus d’un million d’euros d’économie chaque année – et ce en évitant aux patients greffés d’avoir recours en permanence à de coûteuses séances de dialyse.

On espère qu’Agnès Buzyn aura (en dépit du surcroît de travail que doit lui imposer l’interminable conflit sur la réforme des retraites) le temps de feuilleter le document de France Transplant. De faire ses comptes, puis de répondre à ses auteurs.

A demain @jynau

Le malade avait «fugué» de l’hôpital de Béziers. Un squelette retrouvé quinze mois après

Bonjour

Quand l’étrange le dispute à l’insupportable. Information signée Guilhem Richaud dans le Midi Libre. Information révélée par le parquet de Béziers. Où l’on apprend que dans la matinée du samadi 11 janvier les policiers biterrois ont été appelés pour intervenir sur le parking de l’hôpital, à La Devèze. Alors que des ouvriers intervenaient pour retirer une épaisse haie végétale, ils venait de mettre au jour un squelette humain « dissimulé dans une épaisse haie végétale ».

« Le procureur de la République de Béziers, la chef de la brigade de sûreté urbaine du commissariat de Béziers et le directeur du centre hospitalier se sont rapidement rendus sur place, en même temps qu’un médecin légiste de l’institut médico-légal de Montpellier » rapporte le quotidien régional.

Cold case

Et très rapidement les éléments trouvés sur place ont permis de faire un « rapprochement hautement probable » avec un homme né en 1965 et porté disparu depuis le 25 octobre 2018. Ce jour là il avait quitté, dès l’aube, un service où il était traité pour une « maladie grave ». À l’époque, l’hôpital avait signalé une « fugue » et une enquête avait été ouverte par le commissariat de Béziers pour une « disparition inquiétante ».

Or cet homme n’avait pas pu être localisé. Puis ’enquête avait été classée sans suite le 17 juin 2019. Et on avait oublié. Samedi 11 janvier 2020 Raphaël Balland, procureur de la République de Béziers, a confié l’enquête à la brigade de sûreté urbaine du commissariat de Béziers. « Il s’agira de connaître les causes de la mort de la victime, précise le Midi Libre. Une autopsie est programmée le mardi 14 janvier et des investigations complémentaires permettront probablement de confirmer l’identité du défunt dans les prochains jours. »

Et ensuite ? Faudra-t-il identifier les responsables, ou pencher pour la fatalité ?

A demain

Sans précédent: quand quinze journaux enquêtent sur l’argent, Big Pharma et les hôpitaux

Bonjour

11 janvier 2019. « CHU de Tours et laboratoires pharmaceutiques : des liaisons dangereuses » titre La Nouvelle République du Centre-Ouest (Mariella Esvant). C’est sans précédent. Qu’apprend-on ? Extraits :

« En 2018, l’industrie pharmaceutique a déclaré 3,8 millions d’euros de liens d’intérêts avec le CHRU de Tours. Dont la moitié directement auprès des médecins. C’est la somme totale qu’a reçue le CHU de Tours de la part de l’industrie pharmaceutique en 2018, selon les données de la base officielle « Transparence Santé ». De la « petite monnaie », au regard des près de 670 millions d’euros de budget de l’établissement. Mais ce gros chèque appelle quand même des explications, car ce sont de puissants lobbyistes qui en sont les signataires.

« Le CHU de Tours n’est ni plus mauvais, ni meilleur élève que les trente-deux  autres CHU de France, quand il s’agit d’évoquer ces liens d’intérêts déclarés par les entreprises au profit des établissements de santé. Les sommes reçues s’inscrivent peu ou prou en rapport avec la taille de l’établissement et l’activité qui y est déployée. » 

Plus précisément 1.990.687 € distribués aux professionnels de santé Les professionnels de santé, et les médecins en particulier, pour leur rôle de prescripteurs, sont les plus courtisés par l’industrie pharmaceutique. Ainsi, les médecins, infirmiers et sages-femmes ont reçu une somme cumulée de 1.990.687 €, dont 90 % sont fléchés vers les seuls médecins. 

« Parmi les praticiens hospitaliers, certains se prêtent plus à ce jeu de lobbying que d’autres : un tiers d’entre eux n’avaient déclaré aucun lien d’intérêt en 2018, trois ont reçu plus de 50.000 € , soit l’équivalent d’un an de salaire moyen d’un praticien hospitalier. Entre ces deux extrêmes, les « liens d’intérêts déclarés » vont du simple café pris entre deux trains à 2 €, au « contrat d’expert » à 35.510  €. Le total le plus élevé pour un médecin du CHU de Tours en 2018 s’élevait à 75.656 € . »

« Infuser les bonnes pratiques à l’hôpital et à la faculté »

On pourrait en rester là. Tel n’est heureusement pas le cas. « CHU de Tours : contre l’influence des labos, de l’éthique plutôt que des contrôles » poursuit le quotidien régional (Mariella Esvant). « ‘’Désormais les choses sont connues’’, fait valoir le Pr Dominique Perrotin, ancien doyen de la faculté de médecine de Tours et chef du service de réanimation du CHU, actuel président de la commission d’éthique. (…) Au CHU et à la faculté de Tours, on promeut désormais les bonnes pratiques, à défaut de contrôles. ‘’Nous étions les premiers à signer une charte d’éthique et de déontologie’’, peut s’honorer le doyen de la faculté de médecine de Tours, le Pr Patrice Diot. On est en 2017, la conférence des doyens a donné le « la ». A Tours, l’effort sera poursuivi par la création d’une commission mixte destinée à infuser les bonnes pratiques aussi bien à la faculté qu’à l’hôpital (…)

 « A une époque, il était courant de proposer des voyages à l’autre bout du monde dans des hôtels 5 étoiles avec femme et enfants », se remémore Dominique Perrotin. Ces séjours à l’autre bout du monde sont aujourd’hui beaucoup plus encadrés, et studieux. »

Restent les rémunérations parfois très conséquentes attribuées contre expertise, études ou intervention. Les médecins hospitaliers, dont les prescriptions sont généralement reprises par les médecins de ville, et plus encore les leaders d’opinion qui mènent les études cliniques et en diffusent les résultats dans les congrès, sont dans ces cas-là les cibles privilégiées du lobbying industriel.

« Les professeurs des universités-praticiens hospitaliers ne doivent logiquement pas dépasser 20 jours d’activité cumulative, indique Dominique Perrotin, avec une rémunération maximale de 1.500 € par jour. En guise de contrôle, une simple déclaration administrative de l’absence et de son objet, apprennent les lecteurs du quotidien. Déontologiquement, ‘’il ne faut pas que cela retentisse sur le temps de travail à l’hôpital’’, estime le président de la commission d’éthique, qui s’interroge aussi ‘’quand la rémunération annuelle dépasse 50 % du salaire’’. Au CHRU de Tours, ils sont une quinzaine à dépasser allègrement ces ‘’ bornes ‘’. Les trois principaux bénéficiaires n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview. »

Quinze titre à travers la France

Plus largement, explique l’Agence France Presse, quinze titres à travers la France ont participé à cette enquête, dont La Montagne, les Dernières Nouvelles d’Alsace, ou le tout puissant Ouest-France. C’est ainsi que l’on parvient à la somme de  170 millions d’euros reçus par les CHU de la part de Big Pharma en 2018. Les résultats de l’enquête d’un collectif de journalistes régionaux qui relance le débat sur les liens controversés entre médecins et laboratoires.

On sait que la base de données « Transparence Santé » a été créée en 2014 après l’affaire-scandale du Mediator/Servier. Une trentaine de journalistes du collectif Data + Local ont recoupé les données de cette base, souvent critiquée pour sa complexité, avec celles de deux autres bases, celle de l’Annuaire Santé (qui recense les professionnels de santé enregistrés dans les répertoires nationaux) et celle d’Euros for Docs, qui simplifie l’accès et le décryptage des données de Transparence Santé.

« Plus de 1,36 milliard d’euros de dons, rémunérations ou avantages ont été versés en 2018 à l’ensemble des professionnels de santé français, dans le public comme le privé, recensés dans la base Transparence Santé, mise en place dans la foulée du scandale du Mediator, qui rend obligatoire les déclarations de tout don de plus de 10 euros, souligne le collectif Data + Local, repris par l’AFP.  Mais l’enquête des journalistes de ce collectif se concentre plus particulièrement sur les 30 000 praticiens répartis dans les 32 CHU du territoire : plus de 92 millions ont été versés aux professionnels de santé exerçant dans ces établissements, auxquels s’ajoutent quelque 78 millions d’euros versés au titre notamment de conventions passées entre les CHU et les laboratoires. »

Pour sa part Le Parisien s’est intéressé à l’AP-HP qui  a reçu sur cette période 36,5 millions d’euros, dont 26,5 millions d’euros pour les médecins. Officiellement « des progrès importants ont été accomplis ces dernières années pour la prévention des conflits d’intérêts ». Son directeur général, Martin Hirsch, cite ainsi plusieurs mesures dans un courriel à l’AFP, dont la mise en place de partenariats institutionnels avec des laboratoires « évitant des rétributions directes de l’industrie vers des praticiens »« une gestion beaucoup plus active des cumuls d’activité » pour les praticiens, ou encore l’interdiction « des visites individuelles promotionnelles de l’industrie pharmaceutique et des industriels des dispositifs médicaux ».

« Plier l’échine de crainte »

Big Pharma ? Le géant français Sanofi fait valoir que ces sommes correspondent essentiellement à une coopération pour la recherche :  « Les relations de travail entre les CHU et les entreprises du médicament sont indispensables pour mettre au point de nouveaux médicaments et les tester dans des essais cliniques ». Et le géant suisse Novartis se défend de faire tout cadeau, « ni grand ni petit » – tout en étant le premier contributeur en termes d’essais cliniques en France. « Il est impossible pour une entreprise telle que Novartis de développer des médicaments performants et de répondre aux conditions draconiennes de sécurité pour les patients sans nouer des relations de travail étroites avec les professionnels de santé exerçant dans les CHU ».

L’affaire est complexe. « Quand je propose à un patient de participer à un essai clinique, je lui précise toujours que je ne touche rien : c’est la vérité, et c’est important de le dire » explique à La Nouvelle République  le Pr Emmanuel Gyan, chef du service hématologie et thérapie cellulaire du CHU de Tours. Certains laboratoires proposent des études qui comparent leur médicament à un autre parmi les moins efficaces, ou qui présentent des risques injustifiés : quand l’essai n’est pas éthique, je le fais remonter bruyamment… On peut aussi plier l’échine de crainte de ne pas avoir le contrat. Chacun avec son éthique, sa conscience ».

Ce spécialiste rappelle que la mise sur le marché des nouveaux médicaments et la fixation de leur prix avant remboursement « sont négociés directement entre les industriels et les autorités de tutelle ». C’est là un autre dossier sur lequel il reste à enquêter. Un dossier enfermé à double clef.

A demain @jynau