« Ma santé 2022 »: Macron soutiendra-t-il longtemps la comparaison avec de Gaulle ?

Bonjour

Immodestie. Ainsi donc cela s’appellera « Ma santé 2022 » (sic). Une fois de plus l’étouffante mise en scène médiatiquement programmée. Il y avait eu Charles de Gaulle et la création, discrète et révolutionnaire, des CHU. Soixante ans plus tard voici Emmanuel Macron. Non plus une création mais une réorganisation a minima. Un ensemble de pansements incitatifs ; un « nouveau souffle » que le président entend donner à un « système de santé » qui ne cesse d’en manquer. Et une fanfare médiatique à vous tournebouler.

De Gaulle ? C’est l’actuel président de la République qui a placé la barre au niveau de celle de son illustre prédécesseur, expliquant que son  rendez-vous avec l’ hôpital « était aussi important que celui de 1958 » 1. Un saut à très haut risque – le premier étant de montrer au grand jour que le pouvoir exécutif français n’est plus ce qu’il avait été et fait.

Résumons le catalogue macronien : une cinquantaine de mesures touchant aussi bien l’organisation de la médecine libérale que de l’hôpital, 400 millions d’euros supplémentaires en 2019, une nouvelle « loi santé Buzyn » dans quelques mois. Un inventaire plus qu’une révolution. Un ajustement dans les limites d’un maigre possible. Soit, en pratique :

« . Un objectif national de dépenses d’assurance-maladie relevé de 0,2 point, le portant à 2,5 % en 2019, soit 400 millions d’euros supplémentaires. . 400 médecins généralistes vont être salariés par des centres hospitaliers de proximité ou des centres de santé situés dans les « déserts médicaux ». 

 . 4 000 postes d’assistants médicaux vont être créés pour décharger les médecins d’une partie du travail administratif ou des actes simples. . Des communautés professionnelles territoriales de santé seront créées afin de regrouper les professionnels de santé libéraux et mettre fin à l’exercice isolé. Ils devront répondre aux « urgences de ville » non vitales jusqu’à 20 heures.

. Des établissements hospitaliers seront répartis en trois catégories – soins de proximité, soins spécialisés et soins ultra-spécialisés – impliquant aussi le secteur privé. Des activités cesseront dans certains établissements. . Un financement des hôpitaux qui va évoluer pour passer de la tarification à l’acte à une tarification « au forfait », dans un premier temps pour deux pathologies chroniques : le diabète et l’insuffisance rénale chronique. En parallèle, l’enveloppe dédiée à récompenser la qualité des soins devrait passer de 60 à 300 millions d’euros dès 2019. »

Voir là une réorganisation « systémique »du système français de distribution des soins ? On ne peut oublier que rien n’était préparé, que tout s’est fait dans l’urgence. Que l’exécutif a été contraint à ouvrir un chantier auquel il n’était pas préparé mais qui s’est imposé au fil des crises dans les services d’urgences, des grèves dans les hôpitaux psychiatriques, des angoisses d’une population de plus en plus angoissée pour sa « santé ».

Les objectifs de la réforme sont nobles autant que nombreux. Pour autant on peine à trouver un fil rouge dans le catalogue macronien. Les annonces élyséennes sont bien loin de répondre à l’ampleur des objectifs visés : renforcer l’offre de soins pour permettre à tous les Français d’être pris en charge par la médecine de ville, désengorger des urgences hospitalières saturées, améliorer la qualité de la prise en charge et enfin répondre au malaise de soignants en perte de sens dans des hôpitaux perdus dans une course mortelle à l’activité.

Il s’agirait, assure le président de la République, , de « renforcer l’offre de soins  pour les cinquante années à venir ». Or force est bien de constater, aujourd’hui, que le pouvoir mouline, que l’exécutif est à la peine sur le réel, que l’appel à la « mobilisation générale » sonne pour partie dans le vide. Et que les parallèles d’Emmanuel Macron avec le de Gaulle et la France de 1958 ne sont, décidément, plus  de saison.

A demain

1 Sur ce thème : « A 60 ans, les CHU français montrent d’inquiétants signes d’essoufflement » Rev Med Suisse 2018; volume 14. 348-349. Egalement sur ce thème : Debré P. « Robert Debré Une vocation française ». 2018 Odile Jacob

«De chaque instant» : l’AFP rend hommage à un film qui rend hommage aux soignants

Bonjour

C’est une dépêche éclairante de l’Agence France Presse (24/08/2018 07:40:22 – Paris AFP – © 2018 AFP). Une dépêche réconfortante dans un univers où les dépêches, sur le fil, ne le sont guère.

Le sujet : la sortie en salle, le 29 août du film du documentariste Nicolas Philibert : « De chaque instant » (Les Films du Losange). Avec Les formatrices, formateurs, étudiantes et étudiants en soins infirmiers de l’IFPS de la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon, Montreuil

« Chaque année, elles sont des dizaines de milliers à se lancer dans les études qui leur permettront de devenir infirmières. Admises au sein d’un « Institut de Formation en Soins Infirmiers », elles vont partager leur temps entre cours théoriques, exercices pratiques et stages sur le terrain. Un parcours intense et difficile, au cours duquel elles devront acquérir un grand nombre de connaissances, maîtriser de nombreux gestes techniques et se préparer à endosser de lourdes responsabilités. Ce film retrace les hauts et les bas d’un apprentissage qui va les confronter très tôt, souvent très jeunes, à la fragilité humaine, à la souffrance, la maladie, et aux fêlures des âmes et des corps. »

Ici la bande-annonce – grâce à Télérama.

Ce film suit un parcours et complète une œuvre : après un institut dédié aux enfants sourds (« Le pays des sourds », 1992) ou une petite école primaire auvergnate, (« Être et avoir« , 2002) Nicolas Philibert a posé sa caméra à Montreuil (Seine-Saint-Denis). L’AFP :

« Cours théoriques, travaux pratiques, immersion brutale des étudiants en stage: en filmant pendant près de six mois « l’apprentissage », le réalisateur entendait capturer les « soubassements » du métier d’infirmière, « mettre en lumière ce que le temps et l’expérience finissent par rendre imperceptibles ».

« Il révèle, notamment, la complexité des « soins ordinaires », gestes répétés à l’infini qui demandent précision, maîtrise et dextérité, mais aussi des savoirs indispensables, règles d’hygiène et protocoles de sécurité à apprendre par coeur. Il illustre avec force, surtout, l’épineuse mais essentielle mise en place d’une relation avec le patient, la douloureuse confrontation avec la maladie, la souffrance et la mort. »

Pourquoi ? Nicolas Philibert voulait ainsi « rendre hommage à ces personnels, habituellement dans l’ombre et souvent déconsidérés, qui travaillent dans des conditions difficiles » dans les hôpitaux et maisons de retraite en tension, « confrontés au manque de personnel, contraints de travailler à la chaîne » mais « qu’on entend très peu ».  Sauf, il est vrai, lorsque ces soignants se révoltent quand ils estiment ne plus disposer des conditions pour exercer leur métier. Un métier dans lequel certains perçoivent une vocation.

Embolie et Providence

Le documentariste explique que l’idée lui «tournait dans la tête ». « Puis la providence m’a envoyé faire des repérages » dit-il. L’AFP précise que le documentariste évoquant une embolie pulmonaire, qui après l’avoir conduit aux urgences, lui a donné le « déclic ».

Sans voix off, le film est construit en trois mouvements : la théorie, les stages hospitaliers et, au retour, les échanges avec les enseignants-formateurs.

« Certains ont accompagné des patients jusqu’à leur dernier souffle. D’autres ont écouté des récits douloureux, soutenu des familles. Plusieurs ont été confrontés aux problèmes de management voire de harcèlement « dont l’actualité fait souvent écho » » souligne encore l’AFP – cette même AFP qui sait ce qu’il en est de l’écho donné à ces luttes menées pour parvenir à soigner, à réparer les vivants.

L’occasion est ici fournie au documentariste, de pointer « l’écart entre les aspirations et le réel », quand les grands principes enseignés à l’école, notamment sur le plan humain, l’importance de l’écoute et de l’attention portée au patient, sont mis à mal ». « Il faut soigner nos soignants » conclut Nicolas Philibert. Sans pour autant sombrer dans le pathos : l’ « Hôpital-Entreprise » déshumanise, certes, mais son film « ouvre plein de fenêtres », « montrer le désir d’apprendre ». Le désir d’une jeunesse engagée, tournée vers les autres, sensible et multiculturelle. Merci.

A demain

Nouvelle affaire des Samu qui ne répondent plus : où sont les véritables coupables ?

Bonjour

Rebondissement quatre mois après la tragique affaire Naomi Musenga du Samu de Strasbourg. Poursuivant leur entreprise annuelle de classements hospitaliers nos confrères François Malye et Jérôme Vincent révèlent aujoud’hui dans Le Point (sur abonnement) qu’en 2016 quelque 4,6 millions d’appels téléphoniques de patients n’ont pas obtenu de réponse des opérateurs du Samu.

« C’est l’inquiétante information livrée par l’exploitation de la base de données de la statistique annuelle des établissements de santé (SAE), bordereau de chiffres d’activité collecté chaque année par les services du ministère de la Santé auprès des hôpitaux, expliquent-ils. Sur 29,2 millions d’appels passés aux 101 centres de réception et de régulation des appels des Samu cette année-là, 24,6 millions seulement ont reçu une réponse d’une personne physique (sic). » Selon eux 81 centres d’appels ne respectent pas les recommandations officielles.

D’Orléans à Perpignan

En pratique il apparaît que la majorité des Samu ne parviennent pas à répondre aux objectifs de réactivité qui leur sont fixés. Seulement deux centres d’appels y parviennent : à Orléans et Verdun. En bas du tableau : Pointe-à-Pitre, Paris et Perpignan. le Dans la capitale par exemple, un appel sur deux abouti à un échange avec une « personne physique » alors que seulement 36,14% des appels sont pris en charge dans la minute. Soit 253.000 personnes restées sans réponse en 2016.

Réactions immédiates au sein de la profession. « On est en train de chercher les mauvais coupables et ça c’est insupportable », a ainsi déclaré mercredi 22 août sur franceinfo le Dr Patrick Goldstein, chef du pôle de l’urgence et du Samu du Nord au CHU de Lille, premier centre en France en nombre d’appels.

 « Ces gens qui sont permanenciers, auxiliaires de régulation ou médecins régulateurs, des gens qui sont là nuit et jour pour répondre à ces appels qui sont des situations d’urgence, là, on est en train de les ostraciser et de les culpabiliser. Quand, dans un service d’urgence, on a par moment – en hiver ou en été comme c’était le cas la semaine dernière – quatre heures d’attente pour avoir accès à un médecin dans un service d’urgence, par définition ça ne va pas aller mieux au niveau du Samu et au niveau des appels du 15.

« Dans mon service, c’est +110% d’activité en huit ans. On a doublé l’activité. Nous avons pu bénéficier d’un renfort humain mais qui n’est pas à la hauteur. Aujourd’hui, ce qu’il nous faut inventer c’est le parcours de soins de demain. La solution elle est aux ressources humaines et aussi aux nouvelles technologies. »

Mensonge honteux et discours lénifiant

Sur France Inter (journal de 7h) le Dr Christophe Prudhomme, porte parole de l’Association des médecins urgentistes de France, mitraille : « C’set 80% des centres d’appel qui ne respectent pas les normes…. C’est catastrophique… Tout appel doit bénéficier d’un décroché dans les 30 secondes…. Mme Buzyn avec son discours lénifiant, qui nous explique qu’il n’y avait pas de problèmes dans les services d’urgence cet été, ment honteusement. L’ensemble des services d’urgence sont sous pression aujourd’hui parce que Mme Buzyn a demandé aux hôpitaux de faire d’ici 2020 1,2 milliards d’économie sur la masse salariale (…) C’est catastrophique. »

Un médecin peut-il ainsi, publiquement, accuser la ministre des Solidarités et de la santé de mensonge ? Le 24 mai dernier, invitée de France Inter, Agnès Buzyn était revenue sur l’affaire du Samu de Strasbourg et la mort, en décembre 2017, de Naomi Musenga. La ministre avait alors annoncé avoir connaissance « d’une dizaine » d’affaires similaires, tout en précisant que ce chiffre était probablement « sous-estimé ».

Il y avait désormais, selon elle, une prise de conscience dans les Samu quant à la nécessité de « faire remonter les dysfonctionnements » (« ce qui n’était pas le cas auparavant ») – et ce de manière à mettre en place un « contrôle qualité ». Ces affaires, avait encore déclaré Agnès Buzyn, ne devront plus « rester dans un tiroir méconnu » ; il faut « que les hôpitaux prennent leurs responsabilités ». Seront-ils les seuls à devoir le faire ?

A demain

Mort annoncée des hôpitaux dits de  proximité : quand Agnès Buzyn dit-elle la vérité ?

Bonjour

Quelques lignes et le ballon se dégonfle.  La réforme du système de santé ? Le prochain des « grands chantiers » d’un exécutif qui se prépare à la rentrée ? Le gouvernement, ne prévoit « aucune fermeture d’un hôpital de proximité »a assuré, souriante, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn – mardi 21 août sur Franceinfo.

« Les hôpitaux de proximité vont rester, les Français en ont besoin, ils ont besoin d’une offre de services au plus près de chez eux, il n’y aura pas de fermeture d’hôpital ». Et Agnès Buzyn d’aller loin, bien plus loin.  Jusque dans la Grèce antique. Il a selon elle  « un mythe autour des fermetures des services d’urgences » : « Il y a parfois des services d’urgences qui ferment, mais il faut savoir que globalement nous avons 78 services d’urgences qui ont ouvert en plus ces dernières années. »

« Il peut y avoir des zones rurales où effectivement il n’y a plus d’activité, et très peu de services, pas besoin d’un service d’urgences [sic] , mais il y a plein de services d’urgences qui ouvrent dans des zones qui sont mieux peuplées [re-sic]», a-t-elle poursuivi.

Tout cela est bel et beau. On rappellera toutefois, avec la mémoire du Monde,  qu’en mars dernier Agnès Buzyn avait déclaré qu’il était « possible qu’un certain nombre de services de proximité ne soient pas maintenus ».

Interrogée sur RTL à propos du « mythe » évoqué par la ministre de la santé, la présidente de la Coordination nationale infirmière, Nathalie Depoire, a réagi : elle déplore  le « décalage » avec « ce qu’il se passe réellement dans certains établissements aujourd’hui », et alerte sur le besoin rapide de « moyens humains et matériels ». Mme Depoire mesure-t-elle bien ce qu’est le concept de mythe quand il est manié par une ministre de la République ?

Myhe ou pas l’échéance est là : sans cesse retardée la réforme salvatrice du système de santé français sera annoncée par le chef des Armées le 15 septembre 2018. Nous en étions là en achevent ce texte. Et puis non : précision de dernière minute : le cabinet de la ministre Agnès Buzyn vient de faire savoir à l’AFP que « la date de mi-septembre n’est pas certaine ». Aucune importance, les ides de Mars et les mythes sont là, qui colmatent les failles du politique. Jusqu’au dégonflement du ballon.

A demain

 

Folie et politique : Emmanuel Macron osera-t-il un jour visiter un hôpital psychiatrique ?

Bonjour

« ‘’Une nuit, un patient a uriné dans son lit. Il était tellement proche des autres – c’était une chambre de deux avec trois lits – que ça a inondé les deux d’à côté. » Hochements de têtes résignés autour de la table. Des anecdotes comme ça, on en entend dix par jour sous le barnum dressé devant le mur d’enceinte de l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel d’Amiens (Somme). Une partie du personnel y fait grève depuis soixante-six jours pour protester contre la dégradation des conditions de travail et de la qualité des soins. Et, depuis trente-sept nuits, se relaie pour dormir dans les tentes plantées à l’entrée de l’établissement. »

C’est Le Journal du Dimanche (Pierre Bafoil) qui, aujourd’hui, raconte l’insupportable. L’hôpital psychiatrique d’Amiens en grève après ceux de Bourges, Allonnes, Rennes, Amiens ou Saint-Etienne. Des personnels en grève non pas pour de l’argent mais pour « réclamer les moyens d’exercer dignement leur métier », des soignants usés d’être devenus de simples gardes-malades. Et puis, en juin, à l’hôpital du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, des soignants observant une grève de la faim de près de deux semaines avant d’obtenir, péniblement, la création d’une trentaine de postes d’infirmiers et d’aides-soignants.

A Amiens, rapporte le JDD c’est la fermeture d’une unité au début de l’été, la quatrième en quatre ans, qui a mis le feu aux poudres. En réaction, le « collectif Pinel en lutte » s’est formé, réunissant représentants des syndicats et acteurs concernés, des aides­-soignants aux psychiatres en passant par les familles de patients. Pour mettre fin au bras de fer, l’Agence Régionale deSsanté a promis une « aide » (sic) d’un million d’euros et la direction, dix postes supplémentaires. Insuffisant, selon les grévistes, qui réclament l’effacement de la dette de l’hôpital, une large table ronde et soixante embauches.

Et puis, ces derniers mois, une dizaine de praticiens ont déjà « rendu la blouse du service public » ; douze autres vont les suivre d’ici à février 2019. Cela porterait à 50% le taux de postes vacants. Elio Mélis, le directeur général, assure au JDD que « des recrutements sont en cours »…

 «  Le diagnostic est largement partagé : la psychiatrie publique française est en pleine dépression. Ces dernières années, de nombreux rapports en ont fait le constat unanime éditorialise pour sa part Le Monde. Sur le terrain, tout contribue à cette crise : des délais sans fin de prise en charge, des soignants usés et désabusés, des familles et des patients qui se sentent abandonnés. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a elle-même reconnu, il y a quelques mois, qu’ ‘’il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années ‘’ en psychiatrie, et elle a déploré un état de ‘’souffrance générale’’ des professionnels et des malades. »

Paupérisation mais budgets constants

Il faut ici citer, précisément, les propos d’Agnès Buzyn. C’était en janvier dernier et ce dans un entretien au Monde, corrigé jusqu’à la dernière seconde, Extraits :

« La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles…

« On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur. »

« Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à destigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

C’était en janvier dernier. Puis rien. Et les symptômes du grand mal hospitalier n’ont, depuis, cessé de se multiplier

Il y a sept mois Le Monde demandait à la ministre Buzyn si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondait Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. »

Loin d’imaginer une augmentation des moyens la ministre réclamait donc, au mieux, à un statu quo. « Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorquait la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. » Sept mois plus tard comment qualifier cette facilité politique ?

On lira aussi, dans le JDD l’entretien (Anne-Laure Barret) avec Daniel Zagury, psychiatre spécialiste de la barbarie du quotidien 1 – et pour autant toujours resté fidèle à l’hôpital public. Il y explique le déni des directeurs et des administrations hospitalières, l’obsession politico-administrative de la maîtrise des coûts, le triomphe absolu de l’idéologie managériale au sein des directions et des cadres infirmiers – des cadres qui jadis ne faiaient qu’un avec les médecins mais aujourd’hui tragiquement aspirés par les moquettes directoriales…

Fort de Brégançon

« Personne, pourtant, ne semble véritablement mesurer la gravité de cette situation, observe, avec justesse, Le Monde.  Cette indifférence, voire cette cécité, est aussi alarmante qu’incompréhensible, alors que, au cours de sa vie, un Français sur cinq connaîtra un trouble psychique. En 2016, 2,1 millions de patients (dont un quart âgés de moins de 18 ans) ont été pris en charge, soit par les quelque 3 900 centres médico-psychologiques répartis sur le territoire, soit par les hôpitaux psychiatriques, qui ont accueilli 417 000 malades. »

L’origine de cette crise est connue : augmentation sans fin de la demande -réduction continuelle de l’offre. Entre 2010 et 2016, près de 300 000 personnes supplémentaires ont ainsi été suivies en psychiatrie. Le Syndicat des psychiatres des hôpitaux estime qu’entre 900 et 1 000 postes de psychiatres sont aujourd’hui non pourvus.

Où l’on en vient au politique. Emmanuel Macron, président de la République doit annoncer dans quelques semaines une grande réforme du système de santé – réforme sans cesse reportée. Abandonnant sa réclusion en notre fort de Brégançon et les charmes de Bormes-les-Mimosas trouvera-t-il le courage et le temps de se rendre dans cet Amiens qu’il connaît si bien ? Il y retrouvera la symbolique de la grandeur de la France : Philippe Pinel (1745-1826). Un homme qui œuvré pour l’abolition de l’entrave des malades mentaux par des chaînes et, plus généralement, pour l’humanisation de leur traitement.

A demain

1 « La Barbarie des hommes ordinaires » de Daniel Zagury. Editions de l’Observatoire. 2018

« Pourquoi les actes les plus barbares sont-ils si souvent commis par les hommes les plus ordinaires ? Un mari assassine brutalement la femme qu’il disait aimer ; une mère tue son enfant à la naissance ; un homme respectable participe à un génocide ; un petit délinquant prépare une tuerie. Cela suscite à chaque fois l’incrédulité et la stupéfaction de l’entourage et des médias. C’était « un homme sans histoire », « une jeune femme discrète », « un marginal sans grande envergure »…

 « Comment ces personnes basculent-elles dans la barbarie ? Quels sont les mécanismes psychiques à l’œuvre pour que leur pensée se vide et que plus rien ne les retienne ? Quelles barrières émotionnelles et morales sont un temps franchies pour que surgisse l’impensable ?

Ce livre éclaire les conditions qui, d’étape en étape, conduisent à des actes aussi atroces. Il explore la clinique de la banalité du mal. Il nous semble incroyable de commettre de telles horreurs. Cela dépasse notre entendement. Pourtant, les cas ici présentés ne relèvent ni de la maladie, ni de la perversion, ni de la psychopathie. Autrement dit, ils nous ressemblent. »

 

 

Cigarette électronique : à quel titre pourrait-on interdire de vapoter au grand air ?

Bonjour

Qui dira les vertus démocratiques et pédagogiques de la presse écrite ? Le Parisien / Aujourd’hui en France du 14 août 2018 (Elsa Mari avec Ch. B.) consacre sa Une à la vague montante, dans l’Hexagone, des interdictions de fumer en plein air. Et le site des buralistes français ne cache pas son intérêt pour le sujet. En soulignant que « créer de l’interdit n’est pas une solution ».

C’est ici la dernière étape en date d’un processus de prohibition spatiale vieux de plus de quarante ans.1976 : une loi défendue par Simone Veil interdit de fumer dans certains espaces (hôpitaux, ascenseurs…) et impose la mention « abus dangereux » (sic) sur les paquets de cigarettes. 1991 : une loi défendue par Claude Evin crée des zones fumeurs et non-fumeurs dans les lieux et les transports publics. 2006 : un décret prohibe la cigarette dans tous les « lieux publics » – y compris les entreprises. La mesure prendra également effet l’année suivante, saufs exceptions, dans les cafés, restaurants bars et discothèques. Dans les lycées et collèges, l’interdiction est étendue aux cours de récréation.

Parc Georges-Brassens

Puis le mouvement continue : la consommation de tabac sera bientôt interdite dans les aires de jeux et dans les voitures transportant des enfants de moins de 12 ans – de même que le vapotage dans certains lieux publics. Et en juin dernier Strasbourg est devenue la première ville française à interdire totalement le tabac dans ses parcs et jardins.

Depuis le mois dernier, Paris fait de même dans six parcs et squares : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Un mouvement encouragé par le gouvernement. « Cela fait partie des stratégies inscrites dans le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 », a indiqué le ministère de la Santé au Parisien. Agnès Buzyn compte sur les municipalités pour « augmenter le nombre d’espaces sans tabac (plages, installations sportives, parcs…) relevant de leurs compétences ».

« Le mouvement est déjà bien lancé. Dans le Sud, Cannes (Alpes-Maritimes) a pris un arrêté pour interdire jusqu’à fin septembre narguilés et chichas sur une large partie de son territoire, y compris les plages. Plus de clope non plus sous le parasol à Nice, Menton, Saint-Malo, Royan… précise encore Le Parisien. Sur l’ensemble de la France, on compte désormais 973 « espaces sans tabac », le label officiel décerné par la Ligue contre le cancer et reconnu par le ministère de la Santé. Une cinquantaine de plages, des parcs, jardins mais aussi des zones de loisirs, des entrées d’école ou d’hôpitaux. »

Puis l’on entend Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes français : « Quel est le sens de ces actions ? On est face à des gens qui font du spectacle. Créer de l’interdit n’est pas une solution. » M. Coy n’en dira pas plus.

Cigarette, bonheur et vapotage

On connaît le premier objectif de ces interdictions : lutter contre la pollution des mégots – sujet avec lequel un proche d’Emmanuel Macron tentait il y a peu de faire rire.  « Il faut dénormaliser la présence de tabac dans les lieux publics, explique encore le Dr Alexandre Feltz, addictologue et adjoint (SE) au maire de Strasbourg. Les enfants qui voient des adultes fumer dans des espaces de loisirs associent la cigarette au bonheur. » Le Dr Feltz est-il bien certain quant au lien de causalité ? Il ne nous le dit pas.

Le Parisien nous conduit aussi à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) – première commune française à avoir interdit la cigarette sur le sable d’une plage. Sept ans plus tard, son maire (LR) Patrick Boré s’en félicite. « On a longtemps distribué des cendriers que l’on retrouvait enfouis dans le sable. Depuis, les enfants ne font plus des châteaux de mégots, c’est redevenu familial. » Ces mesures visent aussi à aider ceux qui n’arrivent pas à décrocher. « La contrainte entraîne l’arrêt », assure-t-il. Punir pour sauver, en somme. C’est là un bien beau sujet de philosophie médicale et politique.

Et demain ? Les promoteurs de l’interdit ont déjà d’autres cibles : les terrasses, les lieux de concerts et spectacles en plein air. « Nous, on ne fera rien de plus. Ce sera aux futurs élus de s’en charger, il faut y aller progressivement », temporise Alexandre Feltz. Quant au ministère, il se contente d’indiquer qu’« il n’est pas prévu de nouvelle mesure législative ». Pour l’instant.

Et Le Parisien va un peu plus loin en donnant la parole au Pr Alexandre Duguet, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Extrait :

 « La liberté individuelle est magnifique quand elle n’a pas d’impact sur les autres. Or, fumer dans les lieux publics, c’est priver les non-fumeurs de respirer un air pur. Le tabac est le seul produit autorisé qui tue un consommateur sur deux. Il rapporte 15 milliards d’euros par an à l’Etat et en coûte 120 milliards. Ce n’est pas une question de liberté car les fumeurs ne sont pas libres. 80 % d’entre eux aimeraient arrêter mais ils n’y parviennent pas, ils sont dépendants. Et pourquoi ? Car le tabac est une drogue. Avec l’héroïne, c’est celle dont il est plus le difficile de se débarrasser. Si on l’interdisait, on pourrait sauver 78 000 vies par an, l’équivalent d’un Stade de France.

  « Je suis par exemple pour interdire la cigarette sur les terrasses. Demandez aux non-fumeurs ce qu’il s’y passe ? Il y a une gêne très importante. Je ne suis pas non plus pour instaurer des trottoirs fumeurs et non-fumeurs comme aux Etats-Unis ou l’interdire dans la rue. Il faut un peu de répression, prendre des mesures sur les prix et surtout une vraie aide au sevrage. Cela veut dire rembourser tous les substituts nicotiniques, rendre les consultations gratuites. On n’a rien à inventer, juste à suivre ce qui a été fait ailleurs et qui a fonctionné. C’est une question de courage politique. »

Courage  politique ? Quel dommage que le Pr Alexandre Duguet omette de traiter de la cigarette électronique…. Et dans l’attente une question : à quel titre, de quel droit, les interdits frappant le tabac, les cigarettes et leurs mégots devraient-ils concerner le vapotage et ses volutes ? Par quel méchant syllogisme politique pourrait-on assimiler les conséquences sanitaires publiques d’une affection de longue durée (le tabagisme ) à des pratiques qui ont précisément pour objet d’en réduire les risques (le vapotage)– et ce sans aucun danger pour le voisinage immédiat ?

Courage politique : combien faudra-t-il encore attendre, sur ce point, pour entendre Agnès Buzyn ?

 A demain

 

 

 

 

«Notre société va enfin pouvoir vieillir en paix !» Promesse d’Agnès Buzyn (12 août 2018)

Bonjour

C’est un portrait d’actualité. Un portrait en pied dont bien des ministres macroniens rêveraient. « Ce que Buzyn prépare pour la rentrée » annonce le Journal du Dimanche (Emmanuelle Souffi). Quelques indiscrétions dans une succession de vignettes confortant le portrait médiatique dominant, cette image qui plait tant au Palais de l’Elysée. Cela donne une ministre au travail « jour et nuit », une femme médecin, hier politiquement lisse (ou presque), aujourd’hui toujours attentionnée, quotidiennement souriante, issue de la société civile (sic) mais désormais pleinement à l’aise dans les méandres politiciens. Tonalité :

« Dernière ministre à partir en vacances, elle sera sans doute la première à rentrer. Canicule oblige, Agnès Buzyn a retardé et écourté ses congés. La ministre de la Santé a attendu la chute du mercure mercredi après-midi avant de s’envoler pour la Corse. « La Santé, c’est un ministère de crise perpétuelle où l’on revient facilement de vacances! », constate-t-elle dans son bureau parisien. Ses soirées seront d’ailleurs rythmées par une conférence téléphonique quotidienne avec son directeur de cabinet et le directeur général de la santé.

« Dans ses bagages, de lourds dossiers que cette pianiste potassera au son de Chopin ou de groupes de metal. Visiter incognito un Ehpad, comme le faisait Simone Veil, son iconique ex-belle-mère, qui se rendait spontanément dans des prisons quand elle était directrice de l’administration pénitentiaire, la « démange » aussi. « Mais c’est compliqué, il y a des mesures de sécurité à respecter, souligne l’éminente hématologue. Et puis il faut éviter de déranger… » Omniprésente médiatiquement ces derniers jours, elle evrait l’être à nouveau à la rentrée (…) »

Pauvre un jour, pauvre toujours

Où l’on revient sur sa méchante gaffe du « plan pauvreté », reporté en automne pour cause de Coupe du monde de football. Une simple « bévue » qui n’a en rien modifié l’excellence de la note attribuée à cette ministre par le Premier d’entre eux lors de l’entretien aoûtien d’évaluation.

« En France, quand on naît dans une famille pauvre, on le reste durant des générations » observe, doctement, la ministre macroniste des Solidarités. Ce sera donc, dès la rentrée, quelque chose comme une Révolution : « donner davantage à ceux qui ont le moins, quitte à supprimer aux autres ». « Petit déjeuner gratuit à l’école et dans les collèges des zones défavorisées, bonus-malus dans les crèches pour développer l’accès aux plus pauvres… ». Perçoit-on, déjà, des tremblements dans les beaux quartiers ?

Passons sur l’immense chantier de la réforme non seulement du monde hospitalier mais bien du « système de santé ». Il sera dévoilé, dans la foulée du remède à la pauvreté, par Emmanuel Macron en personne. Passons aussi sur la Sécurité sociale et le futur abcès : « la prise en charge des arrêts maladie par les patrons entre le 4ème et le 7ème jour ». « Si les raisons sont liées à une hausse de la pénibilité psychologique, les entreprises ont un rôle à jouer » menace l’ancienne patronne de la Haute Autorité de Santé.

La ministre achève son Perrier®, nous dit le JDD. Pour finir, la retraite, la vieillesse, la dépendance, le chaudron des EHPAD. Mais aussi des lendemains avec lunettes,  prothèses dentaires et auditives gratuites. « Beaucoup de ministres avant moi y ont pensé mais ne l’on pas fait. Et ce ne sera pas du bas de gamme ! » dit-elle  Où l’on se souvient, soudain, de la « bévue Chanel » 1. Regarder plus loin ?

« Notre pays comptera cinq millions de plus de 85 ans en 2050, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Nous allons régler le problème. Le sujet a longtemps été repoussé. Notre société va pouvoir vieillir en paix. »

A demain

1 En novembre 2017, Agnès Buzyn avait déclaré :

« Emmanuel Macron a toujours dit qu’on ne transigerait pas sur la qualité du produit sur la partie ‘’soin’’. Mais si on prend l’exemple de l’optique, ce n’est pas à la solidarité nationale de payer des montures Chanel ! Que des montures solides soient prises en charge oui, mais l’effort devra porter d’abord sur les verres, par exemple des verres progressifs. On ne rognera pas sur la qualité de la partie santé. »