Qui étaient les chefs de service qui demandaient à Agnès Buzyn de s’asseoir sur leurs genoux ?

Bonjour

De l’essentiel et de l’accessoire. Imaginait-elle, la ministre des Solidarités et de la Santé, que les médias amplifieraient à ce point les dernières lignes de l’entretien qu’elle a accordé au Journal du Dimanche de ce 22 octobre ?  Dans la foulée de l’affaire Weinstein, Agnès Buzyn médecin, spécialisée en hématologie, dénonce le comportement plus qu’inconvenant de certains de ses confrères.

« Comme beaucoup de femmes, j’ai eu affaire à des comportements très déplacés dans mon milieu professionnel. Des chefs de service qui me disaient : “Viens t’asseoir sur mes genoux.” Des choses invraisemblables… qui faisaient rire tout le monde »,

La ministre, qui a fait l’essentiel de sa carrière hospitalo-universitaire à l’hôpital Necker de Paris ajoute l’actuelle « libération de la parole » des femmes « fait prendre conscience qu’une lutte quotidienne se joue dans l’espace public et professionnel ». Relevant qu’une « femme qui réagit face à un propos sexiste n’est jamais prise au sérieux », la ministre dit attendre « que les hommes se rebellent publiquement, [aux] côtés » des femmes. Se rebeller contre qui ? La ministre ne l’a pas dit.

De l’accessoire et de l’essentiel. Dans l’entretien à la Prévert accordé au journal dominical les médias retiennent aussi que la « chasse aux économies » est ouverte. En fanfare. Agnès Buzyn, évalue à 30 % (pas moins) les dépenses de l’Assurance-maladie qui ne sont « pas pertinentes ». Et de laisser entendre elle entend traquer les actes médicaux « inutiles » dans les hôpitaux.

Défaillances du management au travail 

 Pour réduire de 3 milliards d’euros le déficit global de la Sécurité sociale en 2018 ? Comme jadis Marisol Touraine le pouvoir exécutif entend « favoriser l’ambulatoire » :

« En chirurgie, par exemple, l’objectif est qu’en 2022, sept patients sur dix qui entrent à l’hôpital le matin en sortent le soir, contre cinq aujourd’hui. Nous allons fermer les lits qui ne servent à rien ou les réorienter vers de nouveaux besoins et lutter contre les opérations inutiles ou les actes réalisés deux fois. »

La mort annoncée de l’absurde « tarification à l’activité » ? Pas vraiment, mais la mise à l’étude de  « modes de tarification centrés sur la pertinence des soins », par exemple en octroyant « un bonus, un intéressement dès lors qu’ils répondront aux objectifs de qualité, de pertinence et d’efficience ». Comprendra qui pourra. Quant au tiers payant qui, hier encore, devait devenir généralisé c’est à peine s’il deviendra généralisable.

Comme jadis la ministre entend renforcer la lutte contre les fraudes à l’Assurance-maladie. « Il faut cesser d’être laxiste avec ceux qui abusent d’un système généreux », dit-elle, évoquant notamment la hausse des arrêts de travail : « Jusqu’à quand l’Assurance-maladie palliera-t-elle les défaillances du management au travail ? ». Une question vertigineuse. De même que la fraude relative aux cotisations et aux prestations qui « s’est élevée à 1,2 milliard d’euros » tandis que « le chiffre ne cesse de croître.» Que fait la police Mme la ministre ?

L’Assemblée nationale engagera la semaine prochaine l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Ce sera, disent les gazettes du weekend, le premier « grand oral de Mme  Agnès Buzyn, médecin jusqu’ici novice en politique.

A demain

 

Médecins généralistes français plébiscités : les «Brutes en blanc» peuvent aller se rhabiller 

Bonjour

Baume au cœur. Sans doute sera-t-elle critiquée, brocardée, dénoncée. On ne saurait pourtant l’ignorer, cette étude qui nous dit que 88 % des Français sont plutôt satisfaits, voire très satisfaits de leur médecin traitant. Proportion à retrouver dans le dernier baromètre d’opinion de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) établi en 2015 1. Les médecins spécialistes sont tout autant appréciés de la population : 81 % des Français en sont satisfaits.

« Voilà qui devrait réconforter le corps médical, très décrié dans la presse ces derniers moins, notamment à travers l’ouvrage de Martin Winckler « Les Brutes en blanc » 1 ou la polémique visant les gynécologues (« gynéco-bashing ») » fait valoir Le Quotidien du Médecin. Dans le même temps la ministre-médecin Agnès Buzyn annonce, dans Le Journal du Dimanche de ce 22 octobre, des mesures de nature à révolter le monde hospitalier. Nous y reviendrons sous peu.

Médecins aux petits soins

Des médecins aux petits soins, en somme : 84 % des Français sont satisfaits du temps que leur généraliste leur accorde et 87 % du niveau d’informations qui leur est communiqué. Avec certes quelques petites imperfections à corriger : reproches concernant leurs dépassements d’honoraires – 16 % seulement les trouvent justifiés. Et 68 % d’entre eux souhaiteraient, paradoxe des paradoxes, qu’on leur prescrive moins de médicaments et d’examens.

L’accessibilité aux soins est le gros point noir relevé par la DREES. 29 % des Français estiment ainsi qu’il n’y a pas assez de généralistes à proximité de leur domicile (47 % pour les spécialistes). Les lacunes concernent les ophtalmologues en premier lieu puis les généralistes.

« Les Français sont plus critiques vis-à-vis de l’accessibilité aux soins : 29 % pensent qu’à proximité de chez eux, il n’y a pas assez de médecins généralistes et environ la moitié partagent cette idée à propos des médecins spécialistes (47 %), expliquent les auteurs de l’étude. Plus précisément, d’après eux, ce sont d’abord les ophtalmologues (pour un quart des Français) et ensuite les médecins généralistes (pour 18 %) dont il faudrait favoriser en priorité l’installation près de chez eux. Parmi les 20 % de Français qui déclarent manquer de généralistes et de spécialistes, quatre sur dix souhaitent en priorité l’installation de généralistes. »

Ce n’est pas un plébiscite, certes. Mais, derrière les chiffres, on pourrait presque distinguer une forme d’hommage à cette profession si souvent décriée.

A demain

1 Enquête réalisée par l’institut BVA au dernier trimestre 2015 auprès d’un échantillon de 3 023 personnes âgées de 18 ans ou plus, représentatif de la population habitant en France métropolitaine. Méthode des quotas.

2 « ‘’Brutes en blanc’’ et insultes de patients : le cabinet médical est-il un espace infernal ? » 18 octobre 2016

 

Accouchement et IVG : l’ubuesque affaire du Cytotec prend une dimension politique

Bonjour

Une nouvelle fois voici Ubu-roi dans le champ du médicament. Le Parisien Aujourd’hui en France consacre deux pages au Cytotec (misoprostol). Ce médicament de la multinationale américaine Pfizer a obtenu en France son AMM en 1986. Indication officielle : traitement de l’ulcère gastrique ou duodénal évolutif, lésions gastro-duodénales induites par les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou (à titre préventif)  lésions gastriques et duodénales et complications graves induites par les AINS.

Or tous les spécialistes savent que ce même médicament est depuis très longtemps utilisé en obstétrique pour déclencher l’accouchement à partir de 37 semaines d’aménorrhée. L’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) assurait pour sa part « avoir  pris connaissance d’un usage hors AMM » en mars 2013 – comme nous l’avions rapporté sur ce blog (« L’affaire Cytotec reste à écrire »). Des alertes avaient déjà été lancées les années précédentes. Un médicament détourné de son usage au vu et au sus de tous. Que croyez-vous qu’il arriva ? Rien.

Octobre 2017. Dans le cadre de ses 6es états généraux des infections nosocomiales et de la sécurité du patient, l’association Le Lien a décidé de dévoiler, ce 19 octobre, le « scandale du misoprostol ». Elle le fait en phase avec plusieurs médias généralistes (dont Le Parisien et Le Monde) qui citent le cas de la mère d’un enfant, né en 2012 au centre hospitalier intercommunal de Poissy et souffre de lourdes séquelles notamment neuromusculaires, à la suite de violentes contractions (après usage du Cytotec) ayant entraîné une rupture utérine et une privation d’oxygène. En décembre 2016, le tribunal administratif a conclu à des fautes de nature à engager la responsabilité de l’hôpital, et a condamné celui-ci à indemniser l’enfant et sa famille. L’hôpital et son assureur ont fait appel de la décision.

Ne pas interdire ce qui n’est pas autorisé

Le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice générale adjointe de l’ANSM déclarait au Parisien qui lui demandait pourquoi, après tant d’alertes et de mises en garde, ne pas avoir tout bonnement interdit cette pratique :  « Nous ne pouvons pas interdire quelque chose qui n’est pas autorisé mais avons été clairs ». Une phrase hautement symptomatique, proprement extraordinaire, dont il faudra se souvenir.

Et puis il y a cette autre dimension, bien embarrassante, exposée par Le Monde (Paul Benkimoun) :

« En France, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) avec des médicaments est possible en médecine de ville depuis 2004. L’assurance-maladie la couvre par un forfait d’environ 190 euros incluant le prix des médicaments, une combinaison de mifépristone (RU 486) et de misoprostol. Sur le marché coexistent le Cytotec de Pfizer et le Gymiso de Linepharma. L’un comme l’autre contiennent la même quantité de misoprostol : 200 µg par comprimé. En revanche, leur prix varie spectaculairement : 0,30 euro le comprimé de Cytotec contre 12 euros pour le Gymiso, soit quarante fois plus cher.

« Une enquête sur l’utilisation du misoprostol en gynécologie-obstétrique réalisée en 2012 par le centre régional de pharmacovigilance de Tours montrait que 76 % des médecins utilisaient Cytotec, 16 % Cytotec et Gymiso, 8 % le seul Gymiso. Contrairement à la présentation la plus chère pour laquelle l’IVG est une indication reconnue, Pfizer n’a jamais demandé à élargir au-delà de la gastro-entérologie l’AMM de son produit. ‘’Laboratoire américain, Pfizer ne veut pas cautionner l’IVG, analyse le Dr Thierry Harvey, chef du service d’obstétrique à la maternité des Diaconesses (Paris). On ferme les yeux à l’hôpital car cela permet des économies, mais on sait aussi que certains médecins réalisent une marge avec le Cytotec en empochant le forfait comme s’ils avaient employé le Gymiso.’’ »

L’Ordre, enfin, attaque

Et maintenant ? Vendredi 20 octobre, l’ANSM présentera un « Plan d’action visant à garantir la continuité de l’accès aux traitements en prévision de l’arrêt de commercialisation du Cytotec ». Pfizer a annoncé son intention de retirer le Cytotec du marché français, un retrait qui devrait intervenir le 1er mars 2018.

Ce n’est pas tout. Pour la première fois un président du Conseil national de l’ordre des médecins (le Dr Patrick Bouet a publiquement critiqué l’ANSM que s’ouvrait, ce 19 octobre, le congrès de l’Ordre. « Au cours d’un aparté avec des journalistes, il est revenu sur l’affaire Cytotec, nous révèle Le Parisien. ‘’Sur ce dossier, comme sur d’autres, nous nous étonnons que les médecins, et le Conseil de l’ordre, n’aient pas été mis dans la boucle, a-t-il déclaré. Au minimum il y a un déficit de communication de l’ANSM à notre égard. Nous allons nous retrouver avec une crise sanitaire, liée au retrait de ce médicament, avec des femmes qui vont être inquiètes, et nous aurions dû être prévenus’’. »

Devant la ministre des Solidarité et de la Santé, Agnès Buzyn, qui intervenait lors du congrès de l’Ordre, le Dr Bouet s’est interrogé à haute voix, devant une assemblée de plusieurs centaines de médecins : « Quand on voit comment s’est développée cette crise du Levothyrox, comment acceptez-vous, madame la ministre, une si grande impéritie des autorités de santé ? ». La ministre n’a pas souhaité évoquer le sujet. Silence ministériel ou pas, Levothyrox et Cytotec, l’affaire est devenue politique.

A demain

 

 

Martin Hirsch et l’éthique médicale à l’AP-HP. Pour Knock : Omar Sy ou Louis Jouvet ? 

Bonjour

La France ruisselle de soleil. A la nuit tombée, sur une chaîne privée, le président jupitérien est annoncé depuis notre Palais de l’Elysée.

Un indiscret qui n’en est pas un dans Le Journal du Dimanche de ce 15 octobre 2017 :

« Martin Hirsch publiera le 2 novembre un récit intitulé « L’hôpital à cœur ouvert ». Au début de cette plongée dans les coulisses de l’AP-HP (…) son directeur général raconte notamment le cas de conscience des soignants ayant dû prendre en charge, début août, le terroriste qui avait attaqué les militaires à Levallois-Perret. »

Est-ce dire que les soignants se sont confiés à leur supérieur hiérarchique pour qu’il en tire une quintessence éthique ? Cette dimension ne figure pas dans le teasing de l’éditeur :

« Martin Hirsch dirige depuis quatre ans l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le plus grand centre hospitalier d’Europe, navire amiral du système de santé français. Il montre les défis auxquels l’AP-HP est confrontée avec l’irruption des technologies numériques, les difficultés à concilier les contraintes financières avec les aspirations des personnels et des patients, les conséquences à venir de l’augmentation « épidémique » des maladies chroniques dans une population vieillissante. Il nous fait ainsi pénétrer dans les coulisses de l’hôpital et, depuis le cœur du réacteur, aborde les sujets de préoccupations de nombreux Français.»

Jules Romains et Jean Carmet

Sans transition, le même quotidien dominical réduit à néant le prochain Knock dans lequel Omar Sy ose prendre la place de l’effroyable Louis Jouvet. On pouvait craindre le pire. On avait amplement raison. Ou comment ne rien comprendre à la dimension fantastique, prophétique, éminemment politique de l’œuvre majeure (1923) de Jules Romains. Omar Sy « sympathique et humain » quand Jouvet préfigurait le fascisme. Cela donne à peu près ceci :

« Le Docteur Knock est un ancien voyou devenu médecin qui débarque dans le petit village de Saint-Maurice afin d’y faire fortune selon une méthode particulière. Il va ainsi faire croire aux villageois qu’ils ne sont pas aussi bien portant qu’ils pourraient le penser. C’est ainsi qu’il trouvera chez chacun un symptôme imaginaire, ou pas, et de ce fait pourra exercer lucrativement sa profession. Sous ses airs de séducteurs et après avoir acquis la confiance du village, Knock est sur le point de parvenir à ses fins. Mais son passé le rattrape et une ancienne connaissance vient perturber les plans du docteur. »

 Calamitas…. Et puis, dans le quotidien dominical, on lit que le Knock de Guy Lefranc (1951) (le jeune Carmet, Jouvet à l’acmé de son talent) ressort sur les écrans.

Ou l’on voit, une fois encore, que le pire n’est jamais certain.

A demain

 

 

Des infirmières et des pompiers gazés : les urgences de l’hôpital de Saint-Denis envahies

 

Bonjour

Aujourd’hui 10 octobre 2017, manifestations dans toute la France d’agents hospitaliers en grève parce qu’inquiets. En grève contre les « attaques » du gouvernement et les menaces d’un président « des riches ». Et brutale confirmation que les espaces des « urgences » sont désacralisés.

C’est une information du Parisien : « Saint-Denis : ils envahissent les urgences et gazent pompiers et infirmières ». Où l’on apprend qu’une échauffourée survenue dans la soirée du vendredi 6 octobre, non loin du « Décathlon » de la Plaine-Saint-Denis, s’est prolongée jusqu’aux urgences de l’hôpital Delafontaine. Les assaillants poursuivaient leurs victimes admises peu auparavant dans le service.

Ils ont alors pénétré dans le sas et gazé quatre pompiers et deux infirmières.  « Aucun patient n’a été blessé. La salle d’attente où se trouvaient de nombreuses personnes n’a pas été touchée, précise Le Parisien. Grâce au dispositif de sécurité renforcé, en vigueur à l’hôpital depuis 2008, la police est intervenue dans les minutes qui ont suivi l’incident. Elle a interpellé les cinq agresseurs. »

Des urgences-banques

Les trois blessés s’étaient quant à eux réfugiés dans le laboratoire. Ils ont alors pu sortir de leur cachette et leurs soins ont pu être poursuivis.  Pendant la demi-heure de fermeture, les patients ont été acheminés vers les hôpitaux de Montreuil et de Bobigny. « Cela a créé un grand émoi dans l’hôpital, a déclaré au quotidien Yolande Di Natale, directrice du centre hospitalier de Saint-Denis. Mais nous sommes directement reliés au commissariat. Immédiatement, quatre véhicules de police se sont présentés à l’hôpital. Nous disposons en outre d’un vigile et d’une équipe de sécurité. Nous sommes confrontés une à deux fois par an à ce type de débordements. C’est très spectaculaire, mais la police est très réactive. »
Les cinq agresseurs ont été placés en garde à vue – puis remis en liberté. La direction de l’hôpital a porté plainte. Nul ne sait si Agnès Buzyn, ministre de la Santé a fait un geste vis-à-vis du personnel hospitalier et des pompiers agressés. Reste, en France, face à la spectaculaire désacralisation des urgences, le « presse-bouton » qui assure la réactivité de la police. Comme dans les banques. Reste un espace hospitalier français qui, à grande vitesse, change de visage. Et un personnel inquiet, souvent très mal payé, qui manifeste encadré par les forces de police.

A demain

Méchants noms d’oiseaux à l’AP-HP – éclairante bienveillance des Hôpitaux de Genève

Bonjour

Il fallait, mardi 3 octobre, avoir le courage d’assister, sur Arte, au « documentaire » sur l’un des blocs opératoires de l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) pour prendre la mesure de l’indicible télévisé. Officiellement il s’agissait de raconter  les conditions de travail des soignants, infirmières et médecins, anesthésistes et chirurgiens. Officiellement, toujours, le réalisateur Jérôme Le Maire aurait passé « deux ans » dans cette unité chirurgicale, dont douze mois sans filmer pour « se familiariser avec le personnel ». Deux ans pour nous dire quoi ?

Comment capter l’attention des médias ? « D’une intervention qui voit fuser les noms d’oiseaux à des réunions de crise où se déversent des doléances concurrentes, Jérôme Le Maire capte un mal-être général qui, des aides-soignantes aux chirurgiens, « déborde, déborde, déborde », comme le planning que les gestionnaires du service n’ont de cesse de vouloir « optimiser » », indique le synopsis du film.

Le réalisateur focalise sur l’épuisement professionnel des équipes, sur l’augmentation continue de la charge de travail et sur tout ce qui en résulte. On perçoit, ici ou là, les dégâts engendrés par l’effondrement d’un système mandarinal au profit d’une priorité comptable sans queue ni tête. Ce portrait d’un hôpital « au bord de la crise de nerfs » est inspiré du livre de Pascal Chabot, « Global burn-out », précise Le Quotidien du Médecin. Très bien. Tenter de percevoir la réalité – ne pas céder à la caricature télévisée.

Soigner dans l’ancienne cité de Calvin

Il fallait, mercredi 4 octobre, avoir la chance de recevoir une information de Genève pour saisir tout ce que peut offrir un établissement hospitalier. On y apprend qu’il existe depuis un an, au sein des Hôpitaux universitaires de Genève   (HUG) une « consultation pour étudiants ». Elle s’adresse à tous les étudiants suisses et étrangers de l’Université de Genève UNIGE, de la Haute Ecole spécialisée de Suisse Occidentale HES-SO et de l’Institut des Hautes Etudes Internationales et de Développement IHEID. Soit une communauté de 18.000 personnes. La majorité de ceux qui s’adressent à la consultation n’a pas de médecin traitant ou n’a pas accès à son médecin de premier recours. La consultation reçoit des personnes anglophones pour la plupart, de sexe féminin, de niveau Master, âgées entre 19 et 29 ans. Cette consultation offre une prise en charge globale débouchant, le cas échéant, sur des consultations spécialisées.

« La consultation pour étudiants a pour mission principale d’assurer une médecine préventive et curative, ainsi qu’une éducation à la santé, précisent les HUG. Elle répond à des demandes spécifiques telles que bilans de santé, vaccins, suivi d’un asthme, inquiétude sur un signe physique, pertes de poids, fièvre, infections et certificats de santé. A cela s’ajoutent des demandes typiques des jeunes adultes telles que gestion du stress de l’étudiant, troubles du sommeil ou de la concentration, prise de produits, troubles du comportement alimentaire, pathologies psychiques, allergies, suivi gynécologique ou infections sexuellement transmissibles. »

Les soignants genevois s’adressent à ceux qui arrivent à Genève et qui ne connaissent pas le système de santé suisse ou ne parlent pas français. De nombreux étudiants consultent alors qu’ils sont démédicalisés et n’ont pas vu de médecin depuis leur dernière visite chez le pédiatre. Les prises de rendez-vous se font en ligne sur hug.plus/consultationetudiants. Combien ? Les consultations sont facturées selon le tarif uniforme appliqué en Suisse pour le remboursement des prestations ambulatoires tant dans les cabinets médicaux que dans les hôpitaux.

Ne pas caricaturer, certes. Pour autant voilà bien, mandé depuis l’ancienne cité de Calvin,  un beau sujet de réflexion pour la direction générale de l’AP-HP – sans parler de l’ensemble des services burn-outés des établissements hospitalo-universitaires français.

A demain

 

La méchante lettre politique de 400 médecins hospitaliers à la nouvelle ministre de la Santé

 

Bonjour

Marisol Touraine- Agnès Buzyn : même politique, même effets, même colère inquiète. C’est une lettre-alerte adressée à la ministre des Solidarités et de la Santé. Même adresse : 14, Avenue Duquesne, 75350 Paris 07.

« Depuis l’arrivée d’Agnès Buzyn au ministère de la Santé, on n’avait guère entendu les praticiens hospitaliers se plaindre, observe le site Medscape. Ce silence appartient désormais au passé : 400 praticiens hospitaliers viennent de publier une lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn qui fait l’effet d’une bombe. À l’origine de cette initiative, soutenue par une grande part des syndicats de praticiens hospitaliers, des médecins de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Mais pas seulement. »

« Nous, médecins hospitaliers et syndicats de médecins hospitaliers, tenons : à vous alerter sur la dégradation du service public hospitalier, à témoigner des difficultés croissantes rencontrées par ses usagers, nos patients, pour y accéder et y être soignés dans des conditions suffisamment bonnes, à dénoncer et détailler ici les grandes difficultés que nous rencontrons, comme les autres professionnels de santé, pour exercer notre métier, en raison de la politique de santé en cours depuis plusieurs années et du « management » qui en découle.

« (…) Nous vivons un plan triennal d’économies (2015-2017) avec des réductions de moyens rebaptisées souvent « restructurations », « amélioration de l’efficience », « virage ambulatoire »…, dont les conséquences sont fermetures de lits par centaines, retard de prises en charge, embouteillage aux urgences, prise de risque, abandon thérapeutique, impossibilité de faire hospitaliser les patients les plus fragiles… Nous vivons un management destructeur et contre-productif qui met à mal tous les personnels y compris les médecins hospitaliers. »

Effets médiatiquement claironnés

Les signataires ajoutent que les nombreux témoignages à ce sujet, recueillis notamment par l’association Jean-Louis Mégnien et les syndicats, vont tous dans le même sens. Ils assurent que nombre de leurs collègues sont maltraités par leurs directions, qu’un un nombre significatif d’entre eux se retrouvent en arrêt de travail pour burn-out et qu’il ne s’agit pas là de défaillances individuelles. Ils disent encore subir  les effets conjugués des dernières lois sur l’hôpital (Loi du 21 juillet 2009 Hôpital Patient Santé Territoire, Loi du 26 janvier 2016 de Modernisation du système de santé avec ses Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT).) et d’une « politique générale de destruction des services publics ».

Plus grave, sans doute, aux yeux du gouvernement d’Edouard Philippe et du président de la République, les signataires font valoir à la ministre qu’elle « s’inscrit dans la continuité » de celle qui l’a précédée  « en accélérant les GHT donc les fermetures de structures et en annonçant un taux directeur à 2.1 qui oblige les établissements de santé à supprimer de nouveaux postes de dépense ». Où l’on comprend, in fine, qu’au sein de l’hôpital public certains n’ont pas encore perçu les effets médiatiquement claironnés du changement politique.

Il y a quelques jours Agnès Buzyn répondait à Sébastien Jumel député communiste (Seine-Maritime) qui l’interrogeait sur les mesures envisagées par le gouvernement pour améliorer les conditions de travail des personnels hospitaliers. M. Jumel invitait le Pr Buzyn à venir « faire le tour des hôpitaux, sans le filtre des visites organisées […]  », pour constater à quel point les « personnels sont à bout ».  « Contrairement à vous, je n’ai pas besoin de ”visiter” les hôpitaux. J’y ai passé 25 ans de ma vie » répondit la ministre, déclenchant, écrit Le Quotidien du Médecin,  un tonnerre d’applaudissements. Pour combien de temps ?

A demain