Une direction hospitalière peut-elle réclamer les courriers d’éloges destinés aux soignants ?

Bonjour

31/07/2020. C’est un mail véridique autant que symptomatique. Adressé aux chefs de service il est signé de la responsable des « Relations avec les Usagers, les Associations et les Cultes » de plusieurs hôpitaux de l’AP-HP. On imagine qu’il n’est pas unique. Extraits :

« Afin de comptabiliser le nombre exact de courriers d’éloges qui nous sont envoyés chaque année, à la Direction comme dans vos services respectifs, pourriez-vous me communiquer chaque lettre de remerciements que vous recevez ? En effet, chaque année l’ARS demande un bilan de la Commission des Usagers et les chiffres que nous communiquons ne reflètent pas la réalité car ne sont comptabilisés que les courriers directement envoyés à la Direction. Je vous remercie pour l’intérêt que vous porterez à ma demande qui contribuera à l’image positive de notre établissement. »

Extraits de la réponse de l’un des chefs de service concernés :

«  J’ai préféré ne pas vous répondre de mon lieu de vacances tant ce mail m’a sidéré et laissé dans l’incompréhension la plus totale. Mais je le fais le jour de mon retour. Je souhaite vivement que vous ne soyez pas à l’origine de ce mail.

« Les lettres d’éloge sont du ressort du colloque singulier entre un médecin ou une équipe et le malade ou sa famille. Il s’agit de documents intimes et confidentiels. En aucun cas, ils ne vous seront communiqués.
Ils ne relèvent pas d’un traitement comptable et encore moins exact.

« Ou bien alors, il faudrait pondérer ces lettres en fonction de la circonstance dans laquelle elles ont été envoyées (X 4 si le patient est décédé, X 0,25 en cas de chirurgie esthétique sans justification médicale, X 7 si une vie a été sauvée, bref, je vous laisse établir les facteurs correctifs).
« Sans doute aussi, faudra-t-il générer des tableaux excel, des hiérarchies, des valorisations, des lauréats du mois affichés dans le hall? Sans doute aussi, pour être vraiment exact, faudra-t-il comptabiliser les remerciements oraux, les mains tendues, les larmes, les caresses, les clins d’œil, les sourires, les silences qui en disent long, les boîtes de chocolat ou de café.

« Il faudra aussi soustraire les lettres de mécontentement. Peut-être faudra-t-il, pour améliorer « l’image positive de notre établissement », comptabiliser les lits fermés faute de PNM, les consultations sans personnel d’accueil, les secrétaires enceintes ou malades non remplacées, etc, etc, etc. Avez-vous compris le sens de la révolte du corps médical et soignant contre la déshumanisation des soins ? Trop, c’est trop. »

Extraits d’une autre réponse :

« Voyez-vous, une lettre de remerciement d’un patient est un instant souvent intime et subjectif entre deux individus (ou plusieurs , familles, équipe..) qui n’a, à mon sens, nullement à être comptabilisé. Il faut avoir la volonté de transformer chaque signe de vie relationnelle en « indicateur qualité » pour en arriver à des propositions aussi saugrenues mais je crains que ce soit justement le piège de cette langue de ne plus être capable d’y percevoir leur fonction première: une trace de lien. »

S’enflammer ? Comprendre ? Conclure ? Peut-être en rappelant, comme le fait dans ce contexte la responsable de la direction d’un CHU, que les courriers de réclamation et de remerciements « relèvent au premier chef du colloque entre le médecin, l’équipe médicale et l’équipe soignante, quand ils ont trait au soin ».

« Mais le patient ou la famille qui fait le choix d’écrire au directeur pour les exprimer, fait aussi celui de partager le mécontentement ou la satisfaction sur sa prise en charge, ajoute-t-elle.  Il espère souvent que les enseignements en seront tirés, comme il espère réponse, voire indemnisation de préjudices. » Et de conclure : « Noyer ces réalités dans la sempiternelle mise en cause de la prétendue technocratie décérébrée incarnée par tel ou tel directeur, n’est pas digne du sujet ni de sa complexité, ni de nous tous en définitive. »

A demain @jynau

Et voici les «chèques-vacances» pour les héros en blouse blanche : charité ou vraie solidarité ?

Bonjour

23/07/2020. Vous souvenez-vous encore des applaudissements quotidiens du 20 heures ? Des « héros en blouse blanche » ? Des manifestations du 14 juillet ? Comment prolonger tous ces instants ? C’est fait : le Parlement a définitivement adopté mercredi 22 juillet une proposition de loi La République en marche (LREM). Un loi « permettant d’offrir des chèques‑vacances aux personnels  des secteurs sanitaire et médico‑social en reconnaissance de leur action durant l’épidémie de covid‑19». Texte adopté en dépit des réserves de la droite et des critiques de la gauche.

« Jusqu’au 31 octobre 2020, tout salarié peut décider de renoncer à sa rémunération au titre d’une ou plusieurs journées de travail afin de financer l’effort de solidarité nationale en reconnaissance  de l’action des personnels mobilisés dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de covid‑19. Dans ce cas, l’employeur retient la fraction de la rémunération nette du salarié correspondant aux journées  de travail concernées. »

L’attribution de ces « chèques-vacances » sera réservée aux personnels (y compris vacataires et stagiaires) dont les revenus « n’excèdent pas trois Smic » (soit 4 618 euros brut). De plus les bénéficiaires devront avoir travaillé pendant la période du 12 mars au 10 mai (période de confinement de la population pour faire face à l’épidémie de coronavirus). L’acquisition de chèques-vacances au titre de ce dispositif sera exonérée de l’impôt sur le revenu.

En pratique, jusqu’au 31 octobre prochain, un salarié « pourra renoncer à un ou plusieurs jours de congé acquis dans une limite fixée par décret », contre le versement par son employeur d’une somme d’argent à l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV). Et après ? Cette agence répartira les chèques-vacances aux « établissements et services sanitaires, médico-sociaux et d’aide et d’accompagnement à domicile », en tenant compte de leurs effectifs et selon des modalités qui seront précisées par décret. Ce sont ces établissements qui seront chargés de distribuer les chèques-vacances à leurs personnels.

« Une goutte d’eau dans l’océan des besoins du monde médical » 

Pour simplifier le tout, le fonds créé au sein de l’ANCV pourra également être alimenté par un « don de rémunération » correspondant à « une ou plusieurs journées de travail » (sans possibilité de réduction d’impôt pour le donateur…. ). Un accord collectif d’entreprise peut prévoir un abondement de l’employeur en complément de ces versements. Un décret déterminera les conditions d’application du dispositif aux agents publics. Comprendra qui le pourra.

Sans oublier que le compte dédié de l’ANCV pourra encore être alimenté « par des dons versés par toute personne physique ou morale ». Attention : les sommes versées à l’ANCV qui n’auraient pas été distribuées sous forme de chèques-vacances au 31 décembre 2020 devront être reversées au Trésor public…. On pressent les polémiques.

Sans surprise la ministre déléguée à l’Insertion Brigitte Klinkert a défendu « une forme de solidarité essentielle » envers les soignants. Et d’ajouter que le texte « fait d’une pierre deux coups » en soutenant le tourisme » (sic).

La gauche a voté contre, Cathy Apourceau-Poly (CRCE à majorité communiste) dénonçant une « fausse solidarité », tandis que Bernard Jomier pointait une proposition de loi « incomplète, floue, complexe à mettre en œuvre et très probablement promise à l’insuccès ».  « Cette proposition de loi, pour Véronique Guillotin (RDSE à majorité radicale), « fait figure de goutte d’eau dans l’océan des besoins du monde médical ».

Une goutte d’eau ?  Vous souvenez-vous encore des applaudissements quotidiens du 20 heures ? Des « héros en blouse blanche » ?

A demain @jynau

Des «héros en blouse blanche» dénoncent «l’enfumage» du «Ségur de la santé »

Bonjour

15/07/2020. Comment avancer ? « Ségur = imposture »  C’est le nouveau slogan ajouté, mardi 14 juillet, à ceux désormais bien connus, dans les rangs des soignants mobilisés ces derniers mois pour réclamer plus de moyens pour l’hôpital public. « Au lendemain des accords du ‘’Ségur de la santé’’, résume Le Monde (Camille Stromboni),des milliers d’infirmières, d’aides-soignantes, de manipulateurs radio… ont défilé à Lyon, Toulouse, Bordeaux, Paris, à l’appel de plusieurs syndicats et collectifs, dont la CGT, SUD, Solidaires, le Collectif inter-hôpitaux, pour dire leur insatisfaction face à ces accords signés à Matignon avec plusieurs syndicats majoritaires (FO, CFDT, UNSA). »

Pour les manifestants, le compte du Ségur n’y est pas, loin s’en faut. Rappel : le texte signé le 13 juillet, portant sur le volet des revalorisations salariales et des carrières (et salué comme un « accord historique » par le Premier ministre, Jean Castex) prévoit une enveloppe globale de 8,1 milliards d’euros, qui doit notamment permettre une augmentation de 183 euros net pour les personnels paramédicaux (infirmiers, aides-soignants) et non médicaux (agents techniques et administratifs) d’ici à mars 2021. Loin, notamment,  des 300 euros réclamés depuis des mois.

Mais le salaire n’est pas tout. « C’est de l’enfumage, on est des héros, mais on n’a toujours rien sur les lits, quasiment rien sur les postes », dit Marie, infirmière en psychiatrie citée par Le Monde. à propos des 10 000 à 15 000 postes promis par le Premier ministre. « Mais l’après-Covid-19 en psychiatrie, c’est pire que le Covid-19, ajoute-t-elle. Les patients, après être restés confinés, nous arrivent dans un état lamentable, dénutris… J’avais une femme hier de 1 mètre 65, 40 kilos, terrorisée par l’idée de ressortir. »

Elisabeth, manipulatrice radio au CHU de Lille se dit choquée de voir nommé comme Premier ministre Jean Castex, l’un des artisans du système de « tarification à l’activité » dans les hôpitaux au début des années 2000, à l’origine de « la destruction du service public ».

« Derrière les hommages, Macron asphyxie l’hôpital »

On ajoutera que lors de la cérémonie du 14-Juillet sur la place de la Concorde, placée par Emmanuel Macron sous le signe de « l’hommage aux soignants », une banderole géante était dans le ciel pour dénoncer la situation de l’hôpital, portée par des ballons. « Derrière les hommages, Macron asphyxie l’hôpital », pouvait-on y lire. Deux personnes ont été brièvement interpellées pour « survol d’une zone interdite ». A Paris, la manifestation a été marquée par des heurts sporadiques entre les forces de l’ordre et des manifestants en fin de cortège sur la place de la Bastille. Les gendarmes ont fait usage de gaz lacrymogène.

Comment, désormais, allons-nous avancer ? Les personnels soignants ont « encore des attentes », malgré les revalorisations salariales annoncées lors du Ségur de la santé, a reconnu mardi 14 juillet le ministre de la Santé, Olivier Véran. Ce dernier a promis d’y répondre dès la semaine prochaine par de nouvelles mesures « non salariales », notamment sur l’« organisation de l’hôpital ». Après la signature des accords salariaux lundi, « un temps d’explication est nécessaire », a-t-il expliqué à l’issue d’une visite au SAMU de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne).

Olivier Véran a par ailleurs minimisé l’ampleur de la mobilisation des soignants, qu’il a estimée à « quelques centaines de soignants à Paris ». Les accords salariaux ont été signés « avec des syndicats représentatifs », ce qui n’était « pas arrivé depuis des années », a-t-il fait valoir. « Ça ne veut pas dire que tout le monde est forcément d’accord, [mais] que les avancées ont été reconnues par la majorité des personnes qui représentent le personnel. » Ce n’est certes pas faux. Pour autant comment, désormais, collectivement avancer ?

A demain @jynau

« 180 euros » et une invitation à venir admirer l’absence de défilé sur les Champs Elysées

Bonjour

010/07/2020. Comment l’Etat peut-il honorer ses héros ? Réponse du Palais de l’Elysée : à Paris la cérémonie militaire du 14 juillet (prévue en format réduit sur la place de la Concorde) « comprendra un hommage aux soignants et à la société civile, dont 1400 représentants invités dans les tribunes ».

Plus précisément, et dans le respect des règles de distanciation physique, la cérémonie sera réduite à 4500 personnes, dont 2500 participants et 2000 invités en tribune – parmi lesquels « 1400 soignants et représentants de la société civile, en hommage à l’ensemble des acteurs mobilisés pendant la crise sanitaire ».

Parmi les invités :  les familles de soignants ayant perdu la vie durant l’épidémie, des soignants de toutes les régions, ainsi que des représentants de métiers très sollicités pendant l’épidémie (enseignants, caissiers, agents funéraires, policiers, gendarmes, pompiers, agents de collectivités locales, personnels ayant travaillé à la fabrication de biens liés à la crise, comme les tests et les masques), sans oublier des soignants des armées de « l’opération Résilience ».

Mieux encore, la France invitera aussi les ministres de la Santé de quatre pays qui ont accueilli des malades français (Allemagne, Suisse, Autriche, Luxembourg). Trois précisions : 1 les soignants ne défileront pas, mais la cérémonie comprendra un «tableau d’hommage» aux professionnels de santé ; 2 il n’y aura pas, cette année de blindés ni des troupes à pied descendant les Champs-Elysées – en revanche, une cinquantaine d’avions et une vingtaine d’hélicoptères défileront dans les airs, dont l’emblématique Patrouille de France ; 3 l’événement (qui rassemble d’habitude une foule compacte tout le long de l’avenue des Champs-Elysées pour voir défiler plus de 4000 militaires) ne sera pas ouvert au public, mais uniquement retransmis à la télévision.

Un ministre ancien syndicaliste

Comment l’Etat peut-il honorer ses héros ? Réponse du Ségur de la Santé : après sept semaines de négociations un premier accord ; du moins pour les personnels hospitaliers – hors médecins – qui devraient bénéficier d’une revalorisation salariale de 180 euros net mensuels. Projet d’accord. Olivier Véran propose à l’ensemble des salariés de l’hôpital public paramédicaux (infirmiers, aides-soignants) et non médicaux (techniciens, brancardiers, etc.) une augmentation de salaire en deux temps. Une première revalorisation de 90 euros net mensuels devrait intervenir dès septembre avant une seconde du même montant en mars 2021. Les médecins, internes et étudiants, font l’objet de négociations séparées.

En outre, seraient prévues 15 000 embauches dans les établissements publics – pour une moitié des créations de postes, pour l’autre des recrutements sur des postes non pourvus. Au total, le gouvernement débloquerait une enveloppe de 7,5 milliards d’euros. Les intéressés demandaient 300 euros mensuels dans l’immédiat.  « On a été au bout de ce qu’on pouvait faire », mesure Didier Birig de FO Santé. « Même si ce n’est pas suffisant pour rattraper le retard accumulé depuis des décennies, ça a le mérite d’exister », analyse Ève Rescanières de la CFDT. Seule la CGT Santé déplore qu’une partie de l’enveloppe – de l’ordre de 1,6 milliard d’euros – soit destinée aux salariés des établissements privés. Tous doivent se prononcer d’ici à lundi sur cet accord. Le texte « conduit à une revalorisation significative des métiers hospitaliers », s’est félicitée Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF).

Reste l’abcès chez les praticiens hospitaliers en revanche. Les syndicats de PH sont sortis frustrés d’une nouvelle réunion de négociation avec Olivier Véran,. Jacques Trévidic, le président d’Action praticiens hôpital (APH) parle même de « rupture ». Le ministre de la Santé aurait refusé de dépasser 400 millions d’euros alors qu’en face on réclame 680 millions d’euros répartis entre l’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE), une refonte de la grille salariale et la création d’une cinquième plage de présence par 24 heures de travail effectuées.

« Nous méritons mieux que ça », a déploré le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHARe) qui se dit inquiet de « l’absence de réel dialogue social entre les praticiens et leur ministre, pourtant ancien syndicaliste ». Un ministre peut-il encore avoir la fibre du syndicaliste ? Qui fixe le prix du mérite ? Comment l’Etat doit-il honorer ses héros ?

A demain @jynau

Sapeurs-pompiers français : contre le ministère de la Santé, un rapport au lance-flammes

Bonjour

06/07/2020. On les avait oublié. Ils savent se faire entendre. Un de leur « rapport interne » a « fuité ». Et l’affaire, depuis deux jours, fait grand bruit. C’est une exclusivité du  Parisien (Damien Delseny et Jean-Michel Décugis) : « Covid-19 : le rapport choc des pompiers sur la gestion de la pandémie ». « Dans un rapport au vitriol publié par Le Parisien, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers dénonce une gestion catastrophique de la crise sanitaire du Covid-19 en France, résument Les Echos. L’action du ministère de la Santé est particulièrement critiquée, tout comme le rôle des préfets. »

Vitriol et lance-flammes. Dans la synthèse d’un « retour d’expérience » (Retex) que Le Parisien – Aujourd’hui-en-France s’est procurée avant sa transmission au ministère de l’Intérieur, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France dresse un constat très critique de la gestion d la pandémie.  

Premières cibles des soldats du feu : les structures administratives du ministère de la Santé « lourdes et rigides », les célèbres Agences régionales de santé (ARS) et le Samu. Sollicité par Le Parisien le colonel Grégory Allione, président la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, précise qu’il s’agit d’un document de travail qui n’était pas destiné « à fuiter dans la presse ». Pour autant, il confirme le sentiment « d’un sous-emploi et d’une absence de prise en compte des capacités opérationnelles » de ses collègues au plus fort de la crise.  

« Les pompiers c’est une force de 250 000 personnes réparties dans 7000 casernes sur tout le territoire. Nous sommes rompus à la gestion de tous les événements. On a fait face au A(H1N1), à la grippe aviaire, aux accidents industriels, aux attentats… A chaque fois, on s’adapte, et là le mot d’ordre c’était tout sauf les pompiers. Nous avons tendu la main à des administration qui n’ont pas l’habitude de gérer des situations de crise. Rien dans leur organisation et leur culture ne les prédisposaient à assurer ce rôle. On ne demande pas à des musiciens qui ne répètent pas des gammes quotidiennement de jouer un concert. »

 « Pour être efficace la gestion d’une crise d’ampleur doit mobiliser un directeur unique, un commandant des opérations unique et des conseillers techniques. » Principes « bafoués » souligne le rapport  le rapport qui rappelle que dans un premier temps c’est la Direction générale de la santé qui a piloté la réponse de l’Etat avant que le ministère de l’Intérieur ne rejoigne le dispositif.

Et puis cette phrase, terrible : « On a confié le rôle de commandant de crise à des conseillers techniques », regrette les pompiers. D’où, selon eux, un « travail en silo des administrations, un brouillage des décisions stratégiques ». Le rapport souligne aussi l’installation tardive du centre interministériel de crise le 17 mars rappelant que les « trois premiers cas recensés en métropole dataient du 24 janvier ».

Ministère de la Santé versus ministère de l’Intérieur

Cette « lourdeur » dénoncée trouve selon les pompiers sa manifestation concrète dans le rôle joué par les ARS : « Elles ont répondu à ce pour quoi elles avaient été conçues : une administration de gestion comptable et financière du système de santé, mais aucunement préparées à la gestion des situations d’urgence. » Conclusion des pompiers, « plutôt qu’une crise sanitaire, cette crise a surtout été celle du leadership de la communication ». conduisant à l’incompréhension des « acteurs de terrains, pompiers mais aussi médecins généralistes ».

Et puis ce mot, pour qualifier les évacuations amplement médiatisées des malades par TGV « de l’esbroufe ». Les pompiers, dans leur Retex : « Pures opérations de communication et véritable esbroufe : était-il efficace de faire faire des centaines de kilomètres aux victimes alors que souvent il y avait de la place dans la clinique d’en face? ».

Et cette autre claque : « Le 15 a montré son vrai visage : celui d’un numéro de renseignement, pas d’un numéro d’urgence. » Pendant la crise du coronavirus le rapport estime que « la décision du gouvernement d’orienter vers le 15 les appels des citoyens connaissant un doute sur leur état de santé a eu pour conséquences immédiates de saturer la réception et la régulation des appels ». « Des requérants non-Covid en situation d’urgence vitale n’ont jamais eu de réponse et sont morts dans l’indifférence générale. Un vrai scandale!»

On découvre encore  « les préfets relégués au second plan en raison d’une absence de dialogue avec les ARS », les « instructions ont été données aux ARS locales et aux directeurs d’hôpitaux de mettre un terme à toutes communications avec les préfets, privant ces derniers des informations nécessaires à la coordination des opérations de secours ». Sans oublier « l’oubli des Ehpad  laissant seules les collectivités territoriales face aux décès en nombre de nos aînés ».

Conséquece : le  Retex des pompiers dresse fort utilement une liste de propositions pour « revoir notre modèle de gestion de crise » qui placerait, selon eux, le ministère de l’Intérieur comme « responsable de la conduite opérationnelle des crises ». Faire confiance aux acteurs de terrain et de proximité. « Toutes les leçons doivent être tirées du succès de la gestion du déconfinement dont les préfets et les maires ont été les pivots. »

La charge ne pouvait être sans réponse. Le ministère des Solidarités et de la Santé a aussitôt réagi en jetant un peu plus d’huile sur le feu. Il estime que ce rapport (qui n’aurait jamais dû « fuiter ») « s’apparente plus à une plate -forme de revendication qu’à un retour d’expérience » (sic). Et ce même ministère « regrette qu’une crise comme celle du Covid et la très forte coopération de toutes les forces vives soient instrumentalisées pour refaire vivre le match des pompiers contre le Samu ». C’est un peu court de même que l’on pourra juger quelque peu déplacée l’utilisation qui est faite, ici, par l’exécutif du terme « match ». Peut-être est-ce une référence au partage des pouvoirs qui oppose le ministère de l’Intérieur à celui de la Santé.

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France sera-t-elle entendue par la Commission d’enquête des députés sur la gestion de l’épidémie ? On peut l’espérer.

A demain @jynau

L’Etat va-t-il encore continuer à priver de lits hospitaliers les héros en blouses immaculées ?

Bonjour

03/07/2020. Epidémie ou pas, la mécanique semble irréversible. Avec tous les risques que l’on peut imaginer. Quelques lignes de l’AFP en témoignent; lignes tirées d’un rapport publié ce vendredi 3 juillet par la Drees, le service statistique des ministères sociaux : « Les établissements de santé – édition 2020.

Où l’on apprend que les fermetures de lit se sont inexorablement poursuivies dans les établissements de santé français, publics et privés, qui avaient déjà franchi à la baisse la barre des 400 000 lits d’hospitalisation complète en 2017. C’est ainsi que 4 195 lits d’hospitalisation ont été supprimés en 2018 en France, tandis que les urgences ont enregistré 400 000 passages supplémentaires. Présentation du rapport:

« Cette édition présente les données de l’année 2018, dernière année complète disponible, relatives à la France métropolitaine et aux départements et régions d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe1, Guyane, La Réunion et Mayotte). Elle fournit les chiffres clés sur l’activité et les capacités des structures hospitalières, ainsi que sur les personnels et leur rémunération. L’ouvrage offre une analyse plus détaillée d’activités spécifiques comme la médecine, la chirurgie et l’obstétrique, la psychiatrie, l’hospitalisation à domicile, les soins de suite et de réadaptation ou encore la médecine d’urgence. Il présente également des indicateurs de qualité et de sécurité des soins, ainsi que des éléments de cadrage économique et financier ».

La Dress précise qu’en 2018, plus de 3 000 établissements de santé assurent le diagnostic, la surveillance et le traitement des malades. « Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et l’augmentation des pathologies chroniques, explique-t-on, les structures hospitalières, dont le nombre continue de diminuer, s’adaptent et modifient en profondeur leur offre de soins, par le biais notamment du développement de l’hospitalisation à temps partiel ou de l’hospitalisation à domicile.

Plus de 21,8 millions de passages aux urgences, en hausse de 2 % en un an.

« Les 3 042 hôpitaux et cliniques français disposaient exactement de 395 670 lits fin 2018, selon le « panorama » annuel de la Drees. Cette perte de capacité d’accueil a été en partie compensée par la création de 1 845 places d’hospitalisation partielle (sans nuitée), portant leur nombre à près de 77 300 précise l’AFP Un rééquilibrage qui illustre le « virage ambulatoire » des soins hospitaliers, avec une nouvelle hausse des hospitalisations partielles (16,1 millions de journées, soit + 2 %) et un nouveau tassement des hospitalisations complètes (118,2 millions de journées, soit − 1 %). »

Toujours en 2018, onze maternités ont fermé leurs portes, le pays comptant désormais moins d’un demi-millier (492) de lieux de naissance. Dans un contexte de baisse de la natalité depuis plusieurs années, quelque 500 lits d’obstétrique ont été supprimés (15 400 au total). A l’inverse, la fréquentation des 709 services d’urgences a encore battu des records, avec plus de 21,8 millions de passages, en hausse de 2 % en un an.

On sait que c’est cette spectaculaire saturation des urgences qui a conduit quelques mois plus tard à une longue grève inédite des soignants, – mouvement qui s’est rapidement étendue à l’ensemble de l’hôpital public, sans que les plans successifs du gouvernement ne parviennent à enrayer ce mouvement social.

On sait aussi que nous en sommes aujourd’hui à un « Ségur de la santé » qui semble plus que jamais peiner à répondre aux attentes des soignants. Tout cela pendant l’épidémie et dans l’attente d’un nouveau gouvernement pour la fin du quinquennat.

A demain @jynau

Découverte d’une «absurdité administrative» à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris

Bonjour

28/06/2020. Encore une découverte due à l’épidémie ; une trouvaille qui réjouira celles et ceux qui entendent bien en finir avec un hôpital public devenu industrie 1. Cela se passe dans le plus grand ensemble hospitalier d’Europe : l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Et l’affaire est racontée dans le Journal du Dimanche par Martin Hirsch, directeur général de l’ensemble ; un petit papier en complément d’un autre (Anne-Laure Barret), édifiant, qui rapporte que les malades de la Covid-19 ne disposent pas de mutuelles « se voient réclamer des milliers d’euros après un passage en réanimation ». On découvre ainsi que l’épidémie met en lumière un phénomène jusqu’ici resté dans l’ombre, celui « des factures impayées qui gonflent la dette des établissements ».

C’est ici qu’intervient Martin Hirsch qui en appelle à « mettre fin à la folie de la paperasse ». Pour tardif qu’il soit, son appel mérite d’être entendu.

Martin Hirsch : « Il y a un paradoxe en France : on cotise beaucoup pour l’Assurance maladie, mais les soins les plus critiques et les plus coûteux ne sont pas les mieux couverts. Et si cette faiblesse n’est pas perceptible pour une grande partie de la population, elle peut être catastrophique pour certains patients, sans mutuelle. Ce problème me préoccupe depuis de nombreuses années. J’avais, avec d’autres, plaidé pour un ‘bouclier sanitaire’ quand j’étais Haut-commissaire aux solidarités actives, en 2007. Un rapport a été vite enterré. » L’auteur ne dit malheureusement pas qui, il y a treize ans, a procédé à l’enterrement. Ni s’il a, depuis, remis l’ouvrage sur le métier.

« Débureaucratiser l’hôpital »

Martin Hirsch, toujours : « Là, le problème devrait sauter aux yeux de tous : demander un ticket modérateur de plusieurs milliers d’euros à des patients qui sortent de réanimation après avoir été malades du ­Covid-19 ? N’est-ce pas absurde ? A l’heure où on cherche à tirer les leçons du ­Covid – dont il faut rappeler qu’il touche davantage les plus vulnérables socialement – et à ­’débureaucratiser’ l’hôpital, il y a là une occasion historique de résoudre un double problème : les inégalités d’accès aux soins et la folie de la ­paperasse. A ­l’AP-HP, on a plus de personnel pour s’occuper de ces formalités administratives – 1.500 employés – que de manipulateurs radio pour faire des radiothérapies, des scanners et des IRM.»

L’idéal, selon lui, serait de supprimer ce ticket modérateur à l’hôpital. L’Assurance maladie pourrait payer la totalité du séjour et se faire rembourser auprès des mutuelles ce qui leur revient. « C’est demandé, dit-il par tous les acteurs hospitaliers car ça simplifierait grandement la vie de l’hôpital et consoliderait ses finances. » Le sujet est-il acté au « Ségur de la santé » ? Le ministre Olivier Véran, ancien hospitalier est-il informé de cette absurdité ?

On croit ne pas avoir bien saisi. On relit : « A ­l’AP-HP, on a plus de personnel pour s’occuper de ces formalités administratives – 1.500 employés – que de manipulateurs radio pour faire des radiothérapies, des scanners et des IRM. » Depuis quand ? Pourquoi le découvre-t-on maintenant ? Et l’on voudrait que les soignants ne soient pas en colère ? Quinze jours après une première journée de mobilisation très suivie, les hospitaliers annoncent qu’ils battront à nouveau le pavé, mardi 30 juin, pour réclamer plus de moyens.

A demain @jynau

1 « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » (Editions Gallimard, collections Tracts) du Pr Stéphane Velut, chef du service de neurochirurgie du CHU de Tours.

Chloroquine : le Pr Christian Perronne est désormais visé par l’Ordre et par l’AP-HP

Bonjour

25/06/2020. C’est fait : il y a bien, en appendice de l’intense médiatisation raoultienne, une « affaire Christian Perronne ». Rappel : au départ, un pamphlet 1 doublé d’un premier entretien médiatisé (Le Figaro Magazine) pour le lancer : « Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce ‘’l’union de l’incompétence et de l’arrogance’’ ». Auteur : le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches (AP-HP) personnalité controversée.

Un pamphlet alimenté d’une colère nourrie par la «chloroquine» : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait selon lui permis de réduire considérablement le nombre de morts en France. Et le Pr Perronne, comme hier le Pr Didier Raoult devant la Commission d’enquête parlementaire, d’évoquer des conflits d’intérêts, d’accuser des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents. Une semaine plus tard une pétition ciblait l’auteur, réclamant que le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) se saisisse du cas soulevé par le Pr Perronne.

« Celui-ci affirme que « 25 000 morts » auraient pu être évités en France si la combinaison hydroxychloroquine et l’azithromycine avait été prescrite massivement. Il poursuit en prétendant que le service de maladies infectieuses du CHU de Nantes et les médecins de l’hôpital auraient « laissé crever son beau-frère ». Christian Perronne accuse ainsi directement, à de multiples reprises, sans aucune retenue ni preuve médicale ou scientifique, des collègues médecins d’avoir refusé de prescrire un traitement et laissé « crever » des gens du fait d’intérêts financiers, entretenant ainsi l’idée que ses collègues sont des « criminels » au service de l’industrie pharmaceutique. »
 
Quatre jours plus tard l’Ordre est en marche. « Alerté par les propos tenus par le Pr Christian Perronne, le Conseil national a saisi le conseil départemental de l’ordre des Hauts-de-Seine », dont dépend ce médecin en tant que chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Garches,  vient d’annoncer le CNOM sur Twitter.

Le conseil départemental de l’ordre des Hauts-de-Seine doit désormais « instruire le dossier » et « informer le CNOM des suites données », a poursuivi ce dernier, confirmant une information du Figaro (Cécile Thibert). Il pourra décider de porter plainte contre le Pr Perronne devant les instances disciplinaires s’il le juge nécessaire. Pour manquement à la confraternité ?

 « Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité »

Ce n’est pas tout. Une autre action est lancée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Dans une lettre datée du 24 juin, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, demande à son collège de déontologie de donner un avis « avant la fin du mois de juillet » sur le cas du Pr Christian Perronne. La question est de savoir « s’il peut y avoir des manquements à des obligations d’ordre déontologique (…) dans un cas de figure où des propos sont tenus avec l’autorité conférée à une fonction de responsabilité dans un hôpital public universitaire ».

La lettre de l’AP-HP, dont l’AFP a « obtenu copie », évoque notamment l’accusation, lors d’une interview télévisée, portée par le docteur Perronne à l’égard des médecins du CHU de Nantes d’avoir « laissé crever » son beau-frère, au motif qu’il ne lui aurait pas été délivré d’hydroxychloroquine. Ce traitement, promu par le Pr Didier Raoult, est aussi chaudement préconisé par le docteur Perronne comme ayant fait ses preuves, « alors que cette efficacité n’est pas établie », rappelle l’AP-HP.

Martin Hirsch évoque d’autres propos qui « doivent retenir l’attention » de ses déontologues : prétendre que l’hydroxychloroquine aurait permis d’éviter 25 000 morts si elle avait été prescrite largement en France ; « enfin, mettre en cause la probité d’autres médecins de la même institution dans la manière dont ils ont émis des avis sur la crise, en affirmant que leur attitude a provoqué des milliers de morts ».

Prudent comme toujours Martin Hirsch prend grand soin de préciser qu’il « ne s’agit bien entendu pas de remettre en cause la liberté d’expression (…), ni bien évidemment de considérer que l’on ne pourrait pas librement apporter sa contribution au débat sur la manière dont une crise sanitaire est gérée et émettre des critiques, fussent-elles virulentes ».

Pour autant il demande à son collège de déontologie de dire si les propos litigieux sont contraires à l’article 25 de la loi du 13 juillet 1983 sur les droits et les obligations des fonctionnaires :

« Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. Dans l’exercice de ses fonctions, il est tenu à l’obligation de neutralité. Le fonctionnaire exerce ses fonctions dans le respect du principe de laïcité. A ce titre, il s’abstient notamment de manifester, dans l’exercice de ses fonctions, ses opinions religieuses. Le fonctionnaire traite de façon égale toutes les personnes et respecte leur liberté de conscience et leur dignité.

« Il appartient à tout chef de service de veiller au respect de ces principes dans les services placés sous son autorité. Tout chef de service peut préciser, après avis des représentants du personnel, les principes déontologiques applicables aux agents placés sous son autorité, en les adaptant aux missions du service. »

A demain @jynau

1 Perronne C, « Y a-t-il une erreur qu’ILS n’ont pas commise ? : Covid-19, l’union sacrée de l’incompétence et de l’arrogance » (Albin Michel). 

Déconfinement : les héros hospitaliers en blouse blanche sont à nouveau victimes de violence

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23/06/2020. Le monde d’après ? Hier les applaudissements, aujourd’hui, après le déconfinement, le retour des violences. C’est à lire dans L’Union (Hervé Marti) : « Nouvelle agression de soignants à l’hôpital de Soissons ».

Où l’on apprend que dans la nuit du 20 au 21 juin, un homme âgé de 66 ans, a agressé trois personnels soignants aux urgences de l’hôpital de Soissons. Il venait d’être transporté par les sapeurs-pompiers, car il errait dangereusement sur la voie publique, après avoir consommé trop d’alcool. Vers 2 h 15 que le sexagénaire a donné un coup de poing à une infirmière. Il a également menacé de mort une ambulancière et proféré des injures racistes à l’encontre du médecin de garde présent sur les lieux.

« Les policiers du commissariat de la cité du Vase sont donc intervenus dans la foulée pour interpeller l’agresseur, rapporte le quotidien régional. Celui-ci, déjà défavorablement connu des forces de l’ordre, a aussitôt été placé en garde à vue. L’auteur des faits a ensuite refusé que les fonctionnaires testent son alcoolémie. Sa garde à vue a été prolongée jusqu’à la fin du week-end et il devait s’expliquer d-s le lendemain devant le tribunal correctionnel de Soissons dans le cadre d’une comparution immédiate. »

L’Union souligne que cette agression s’inscrit dans le cadre d’une longue liste de faits similaires survenus dans les urgences soissonnaises. Jérôme Casola, représentant de la CFDT  : « Ce n’est pas la première fois que cela arrive et je trouve cela honteux et lamentable. Pendant trois mois, on a encensé les personnels soignants qui luttaient contre l’épidémie de coronavirus, et nous sommes à nouveau agressés. On a déjà installé des caméras de surveillance il y a environ huit mois, mais à un moment, il va falloir se poser la question d’avoir un agent de sécurité aux urgences. »

En décembre 2016, deux jeunes filles alcoolisées ont frappé une infirmière après avoir été refoulées de boîte de nuit. Au mois de janvier 2017, un médecin a été blessé à l’oreille par un patient qui lui avait assené une gifle. La victime a eu le tympan perforé. En  février 2017, un jeune homme a agressé un médecin. L’individu, jugé depuis, avait donné un coup de poing et surtout un coup de pied violent au praticien. Jambe cassée et 45 jours d’ITT.

Le même médecin a été victime d’une deuxième agression fin juillet 2018, un mois seulement après avoir repris son travail, avec cette fois des insultes racistes. Toujours sur fond d’alcool. L’urgentiste a été menacé de mort et on a craché sur une infirmière.

« Pour remédier à cette situation diverses dispositions ont été adoptées. Une porte anti-intrusion, située entre la salle d’attente et le service de soins des urgences, a été mise en place en 2017, puis six caméras de vidéosurveillance ont ensuite été installées fin 2019, rappelle L’Union. La police et l’hôpital ont aussi actualisé, en octobre 2018, un partenariat datant de 2009 facilitant le travail des forces de l’ordre sur place. Il semblerait que ce ne soit pas suffisant… »

« La semaine dernière, au CHU de Saint Étienne, c’est un agent de sécurité qui a été frappé par un père de famille, rapporte Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy). En colère contre le médecin qui avait voulu garder son enfant à l’hôpital, l’homme était allé chercher un démonte-pneu dans sa voiture. De retour dans le service, il avait frappé l’agent de sécurité avec cet outil. Blessé aux bras, l’agent s’était vu prescrire cinq jours d’ITT. Le père de famille, arrêté par la police, a passé deux jours en garde à vue et a été présenté au parquet de Saint-Étienne.

En 2019 l’Observatoire national des violences en milieu de santé avait recensé, pour 2018,  23 360 signalements effectués par 426 établissements Un bilan à la hausse d’un peu plus de 1 000 cas d’agressions ; 80 % d’atteintes à la personne et 20 % d’atteintes aux biens. Les victimes sont majoritairement (82 %) les personnels des établissements. Parmi celles-ci, on compte 9 % de médecins et 47 % d’infirmières diplômées d’État. Les patients représentent 10 % des cas signalés à l’ONVS et les agents de sécurité 5 %. Le monde d’avant ?

A demain @jynau

Quelles blouses blanches «héroïques» ne toucheront pas la «prime Covid» de 1500 euros ?

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17/06/2020. Nous étions à la mi-avril. En reconnaissance de « l’incroyable dévouement de tout le personnel soignant », Edouard Philippe, Premier ministre annonçait qu’une prime exceptionnelle serait versée aux personnels hospitaliers dès le mois de mai. Le président de la République, Emmanuel Macron, s’y était engagé le 25 mars, depuis l’hôpital militaire de campagne installé à Mulhouse, en annonçant une « prime exceptionnelle pour pouvoir accompagner financièrement cette reconnaissance ». Ce serait une « réponse claire et forte de court terme ». Nous sommes à la mi-juin et rien n’est fait, rien n’est réglé. Un exécutif qui apparaît comme incapable de tenir ses promesses. Désillusion, polémique et discorde chez les premiers concernés.

Le gouvernement avait annoncé deux échelons : une prime de 1 500 euros pour les hospitaliers dans les quarante départements les plus touchés ; trois fois moins dans les autres. Avec toutefois chez ces derniers, une exception  « les agents ayant travaillé dans les services Covid + des 108 hôpitaux de référence percevront également la prime de 1 500 euros ». « Un mois plus tard pourtant, le décret d’application ne contenait plus que 79 établissements. Puis, le 11 juin, une nouvelle liste de 117 établissements est publiée, observe Le Monde (Ulysse Bellier). Entre les deux, 38 hôpitaux de différence et des jeux d’influence politique. Dans la Manche, en Ardèche, en Corrèze, dans l’Orne et ailleurs les élus s’indignent, écrivent au ministre de la Santé. »

Interrogée, la direction générale de l’offre de soin (DGOS), en charge du dossier au ministère de la santé, affirme au Monde que « chacun » des 117 établissements listés « a été identifié en raison, notamment, de l’impact du nombre de patients Covid + pris en charge sur ses capacités d’accueil » – sans plus de précision. Personne n’a connaissance des éléments précis sur lesquels se fonde le ministère.

Etrangement, à Pau, aucune difficulté. « On a rétabli la justice », note François Bayrou, maire de la ville et proche du président de la République. Il se félicite, sans mystère, d’« avoir pu obtenir une décision » en « faisant valoir le grand mérite » des équipes locales auprès du ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran : « Les critères étaient mal réfléchis, et ils ont été modifiés », assure M. Bayrou, président du MoDem, qui reconnaît qu’« avoir une certaine influence, ça aide à se faire entendre ». Comme une méchante fragrance de l’ancien monde.

Le directeur des ressources humaines et son adjointe

Ce n’est pas tout. Les organisations syndicales sont d’autant plus irritées qu’au sein des 117 hôpitaux listés, la hausse de 500 à 1 500 euros de la prime n’est possible que pour 40 % des effectifs au maximum. Qui en profitera ? La liste des bénéficiaires est laissée « à la seule appréciation des chefs d’établissement », précise la DGOS. Ambiance.

« A Montargis, dans le Loiret, la hiérarchie a choisi d’utiliser le maximum de son quota de 40 % : les fonctions supports, comme la logistique, les repas, la lingerie, en profiteront aux côtés des services les plus impliqués, précise Le Monde.  A Toulouse, la CGT du centre hospitalier universitaire (CHU) s’est émue de voir le directeur des ressources humaines et son adjointe toucher les 1 500 euros ‘’alors que certains soignant.e.s ayant pris en charge des patients Covid (…) n’auront que 500 euros.’’ ‘’Choisir ces personnes-là, qui ont de gros salaires et plein d’avantages, par rapport à d’autres, c’est explosif !’’, s’exclame Julien Terrié, secrétaire général local du syndicat. »

Face à lui le directeur général du CHU « assume » « Oui, cinq directeurs adjoints ont la prime [de 1 500 euros], parce qu’ils ont travaillé, se défend Marc Pénaud. Ils répondent aux critères. J’ai trouvé légitime de leur attribuer cette prime. » « C’est le fait du prince !, s’indigne Christophe Prudhomme, le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France. « Les gens ne réclamaient pas cette prime mais une revalorisation salariale permanente.»

A Montargis et La Réunion, les primes seront versées sur le salaire de la fin juin prévient Le Monde. A Bordeaux, tout le monde aura sa prime de 500 euros à la fin du mois et le complément de 1 000 euros – pour ses bénéficiaires – sera versé en juillet. A Pau, « ce sera sur le salaire de fin juillet, au pire fin août ». Seule garantie, le coût total : 1,3 milliard d’euros. pour une prime de la discorde.

A demain @jynau