AP-HP et Canard Enchaîné : Mireille Faugère renonce au Conseil supérieur de la magistrature

Bonjour

Il n’aura suffi que de quelques heures. Le 16 janvier, peu après la sortie du Canard Enchaîné, rebondissement dans le dossier Mireille Faugère : cette ancienne directrice générale de l’AP-HP  « a retiré sa candidature au Conseil supérieur de la magistrature ». Un renoncement qui fait suite aux informations de l’hebdomadaire satirique quant à une série de rémunérations considérées comme indues par la justice administrative – ce que l’intéressée conteste. Refus de rembourser les sommes réclamées (148 934 €) correspondant notamment à des jetons de présence en tant que membre des conseils d’administration d’EDF et d’Essilor de 2010 à 2013 – ce que le droit administratif interdit.

Quelques heures après la sortie du Canard Enchaîné le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand (LREM) annonçait qu’il retirait sa proposition de nomination de Mireille Faugère au Conseil supérieur de la magistrature. Officiellement Richard Ferrand a reçu un courrier de l’ancienne directrice générale de l’AP-HP (aujourd’hui à la Cour des Comptes)  « l’informant du retrait de sa candidature ». Et Richard Ferrand de faire savoir qu’il  « regrette de ne pas avoir été informé par Mireille Faugère de sa situation ». Ainsi ignorait-il la situation, en amont, de celle qu’il avait choisie.

C’est ainsi que, le même jour, la commission des Lois de l’Assemblée n’a pas auditionné l’ancienne directrice de l’AP-HP. Où l’on perçoit, une nouvelle fois, le poids que peut avoir l’hebdomadaire satirique dans les champs de l’exécutif et du législatif.

A demain

@jynau

Justice, amour, argent et politique : où l’on reparle soudain de l’AP-HP et son ancienne directrice 

Bonjour

Le temps passe-t-il trop vite ? C’était il y a, déjà, cinq ans. Décembre 2013, dépêche d’ APM News :

« Le président du conseil de surveillance de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Jean-Marie Le Guen, a rendu hommage à la « compétence » de l’ex-directrice générale de l’AP-HP, estimant qu’elle avait été victime d’une « certaine forme d’injustice »  lors d’un « moment de convivialité » organisé à l’occasion du départ de Mireille Faugère.

Lors d’une intervention d’une dizaine de minutes, prononcée dans une salle comble de l’hôtel Scipion (Paris Vème), Jean-Marie Le Guen a estimé que l’assistance était venue pour montrer son « amitié » à Mireille Faugère, cette amitié tenant à sa « personnalité » mais aussi aux « circonstances » de son départ.

 « Mireille Faugère a été révoquée de ses fonctions le 13 novembre et a été remplacée le jour même par Martin Hirsch. Comme l’avait révélé l’APM, elle n’a appris la nouvelle que dix jours avant ce conseil des ministres. « Nous sommes tous convaincus qu’une certaine forme d’injustice vous a été faite », a souligné Jean-Marie Le Guen qui a toutefois noté que « l’engagement public s’accompagne souvent d’injustices ». (…)

« Intervenant par la suite, sans reprendre les termes utilisés deux jours avant dans une interview au Parisien  Mireille Faugère a  souligné qu’elle vivait son départ comme « un chagrin d’amour ». Et comme lors de moments de dépit amoureux, « on n’est pas prêt à trouver un nouveau boyfriend », a-t-elle ajouté en faisant référence à son avenir professionnel mais tout en se disant convaincue de « pouvoir rebondir ». »

Rebondir après un deuil amoureux ? Le dernier rebondissement est à découvrir dans Le Canard Enchaîné de ce 16 janvier (Isabelle Barré). Où l’on apprend que Richard Ferrand, ancien journaliste socialiste aujourd’hui président macronien de l’Assemblée Nationale, aimerait désigner Mireille Faugère au Conseil supérieur de la magistrature. Et Le Canard d’actualiser un riche dossier ouvert il y a deux ans et dont nous nous étions fait l’écho. Une affaire de très gros sous, un argent public versé avant d’être réclamé.

Factures volatilisées

Au début du mois d’octobre 2016 le Canard Enchaîné avait mis ses palmes dans le vaste plat des factures impayées : 80 millions d’euros de factures dues à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris s’étaient volatilisées en 2011 quand l’AP-HP était dirigée par Mireille Faugère dont le Canard révélait alors le montant assez mirobolant des émoluments.

Dans un communiqué, l’AP-HP traitait en quelques lignes alambiquées de la demande de Martin Hirsch à celle qui était devenue  « conseillère maître à la Cour des comptes » :

« (…) le Conseil de surveillance a pris acte avec satisfaction de ce que le Directeur général avait pris la décision qu’il lui incombait de prendre, en demandant le reversement des sommes liées aux activités privées de l’ancienne Directrice générale, en conformité avec la politique générale menée en matière de contrôle des cumuls d’activité, soutenue par le Conseil de surveillance ; il a demandé à être informé des suites, dans le cadre d’une procédure dont il a été rappelé le caractère contradictoire. »

« En poste de septembre 2010 à mi-novembre 2013, Mireille Faugère a en effet coûté fort cher à l’AP-HP, conservant ou acquérant malgré ses fonctions à titre personnel des mandats au sein de conseils d’administration d’organismes divers (entreprises publique et privée, fondation, association) expliquait le site Hospimédia. Des mandats qu’elle avait mentionnés lors de son recrutement sans susciter d’observations ni d’objections, s’est étonnée la chambre, qui ne précise pas le montant mais signale qu’ils contrevenaient aux règles d’exercice définies par la loi de juillet 1983 ‘’portant droits et obligations des fonctionnaires’’. »

Garantir l’indépendance des magistrats

Il fallait aussi compter avec les écarts de rémunérations avec les textes réglementaires  – et ce, semble-t-il, pour un montant avoisinant les 530 000 €. L’ancienne DG touchait un peu moins de 300 000 € brut par an, dont une part fixe de 250 000 €. Soit un montant supérieur de 50% au salaire perçu par son prédécesseur, Benoît Leclercq, et son successeur, Martin Hirsch (environ 200 000 € par an dont 165 000 € en fixe). Sans oublier une indemnité de licenciement brute de 125 000 € quand ce même montant n’aurait pas dû excéder 25 881 € net (la moitié de la rémunération de base nette pendant trois mois). Ainsi que des jetons de présence en tant que membre des conseils d’administration d’EDF et d’Essilor de 2010 à 2013 – ce que le droit administratif interdit.

Le Canard Enchaîné précise aujourd’hui que Mireille Faugère, 62 ans, refuse de rembourser les sommes réclamées (148 934 €)  par Martin Hirsch en dépit d’un jugement du tribunal administratif de Paris (elle a fait appel). Et le Canard d’observer que cette situation ne manque pas d’interroger quand il s’agit d’une nomination au Conseil supérieur de la magistrature qui a pour rôle de garantir l’indépendance des magistrats de l’ordre judiciaire vis-à-vis du pouvoir exécutif. Cela ne devrait pourtant n’être qu’une formalité pour celle qui, après la direction générale de l’AP-HP, a été nommée à la Cour des Comptes. Tel est du moins le point de vue de l’hebdomadaire satirique.

Quant à Jean-Marie Le Guen, il a quitté la politique et le socialisme pour rejoindre, à la mi-juin 2017, Siaci Saint-Honoré, importante société française de courtage en assurance, en tant que conseiller du président du groupe. Le temps passe trop vite.

A demain

@jynau

Que dira Agnès Buzyn aux médecins dénonçant les malades mentaux laissés sans soins ?

Bonjour

Les temps changent. Après Libération voici que Le Parisien se porte lui aussi au chevet de la psychiatrie, grande malade depuis longtemps oubliée sur un brancard dans l’immense salle des urgence nationale 1. Cela donne « Des psychiatres s’alarment : pourquoi tant de ‘’fous’’ dans nos rues ? » (Elsa Mari).

Où l’on apprend qu’une centaine de psychiatres viennent de signer une lettre mandée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Parmi eux le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Il s’en explique dans Le Parisien, précisant que chacun peut désormais voir de plus en plus de personnes atteintes de troubles psychiques « dans les rues » :

« Tout le monde peut le remarquer. Ce n’est un mystère pour personne. Il y a des lieux plus propices, comme le métro, où l’on croise beaucoup de gens qui semblent perdus sans savoir exactement si c’est la conséquence de troubles psychiques, de l’alcool ou de drogues. Certes, il n’existe pas de statistiques pour dire s’il y en a plus qu’avant, mais ce n’est pas normal d’en voir autant. (…) Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle. Ce n’est pas bon signe. Cela signifie que cette personne n’est pas soignée correctement ou qu’elle ne l’est pas du tout. Avec des traitements, on n’est pas censé avoir ce genre d’hallucinations. »

 « Il y a une réalité, aujourd’hui en France, les malades psychiatriques ne sont pas suffisamment pris en charge. A l’hôpital ou en ville, la demande de consultations augmente car on identifie mieux certains troubles et des pathologies comme les dépressions et l’autisme sont aussi en hausse. Or, ces patients ne sont pas assez vite examinés à cause des délais d’attente. En trente ans, le nombre de lits dans les hôpitaux a aussi été divisé par deux alors que la population augmente. »

L’éponge lancée au malade en train de se noyer

On se souvient qu’au départ l’idée était vertueuse : permettre à ces personnes d’avoir une vie normale, de les soigner en ambulatoire, faire qu’elles dorment chez elles et consultent à l’hôpital en journée. « Mais il n’y a pas eu assez de moyens pour compenser la fermeture des lits, trop importante pour faire des économies, accuse le Pr Pelissolo. Par exemple, rares sont les soignants qui se déplacent à domicile quand un malade est en crise, il n’y a pas assez d’assistance. »

« Mon service est, comme les autres, en grande difficulté. On a 100 places d’hospitalisation pour, en moyenne, 110 patients. Résultat, on doit aménager des chambres à trois au lieu de deux, sans armoire, ni table de chevet. On a donc tendance à garder moins longtemps les malades qui auraient, pourtant, besoin de rester chez nous. Certains, toujours en crise, continuent d’errer dans les rues, et mêmes sur les routes, d’autres, des sans-abri, n’ont simplement pas de domicile. C’est inadmissible. Jamais vous ne verrez ça ailleurs, jamais on ne laisserait un patient, opéré à cœur ouvert, quitter l’hôpital le lendemain de son intervention. »

Un nombre croissant de soignants sont épuisés, résignés. Les arrêts maladie se multiplient et quand il reste suffisamment d’énergie on a recours à la grève et aux médias.

La lettre mandée à Agnès Buzyn a été signée par plus de 100 psychiatres dont beaucoup de chefs de service. Ils évoquent le problème des budgets, censés être réservés à la psychiatrie mais trop souvent utilisés souvent pour d’autres soins. Ils réclament que les Agences Régionales de Santé vérifient ainsi les comptes des hôpitaux et leur demandent comment ils dépensent cette enveloppe. La ministre des Solidarités et de la Santé a récemment annoncé une rallonge de 50 millions d’euros. « Cinquante millions d’euros pour un système en perdition, pfff… c’est jeter une éponge à une personne en train de se noyer » commente l’un de nos fidèles correspondants.

Qui sait où sont les maîtres-nageurs sauveteurs ?

A demain

@jynau

1 On estime entre 4,7 et 6,7 millions le nombre de personnes souffrant de dépression en France (7 à 10 % de la population) ; entre 800 000 et 3,7 millions celui des personnes atteintes de troubles bipolaires (1,2 à 5,5 %) et à 670 000 celui des personnes schizophrènes (1 %). On recense d’autre part chaque année plus de 10 000 suicides et 220 000 tentatives. Données tirées du remarquable « Psychiatrie : l’état d’urgence » de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca, éditions Fayard.

 

Un Doliprane® avait été prescrit à la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière 

Bonjour

Transparence a minima. Le 18 décembre dernier l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) avisait le procureur de la République de Paris de la survenue du « décès inexpliqué » d’une patiente, 55 ans – état sans gravité apparente, au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière. Ce décès avait été constaté à 6h20 le même jour. Cette femme avait été prise en charge la veille par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et amenée à l’hôpital Lariboisière vers 18h45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service. L’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière commençait.

Un mois plus tard, l’AP-HP publie un long communiqué politiquement plus que correct. Une ombre de mea culpa et la pleine lumière sur tout ce qui sera mis en œuvre faute de l’avoir été auparavant. Où l’on découvre les résultats de l’enquête interne diligentée par l’AP-HP et l’Agence Régionale de Santé Ile de France. Enquête menée par le Pr Dominique Pateron, président de la collégiale des urgences de l’AP-HP et le Dr Pierre Charestan, chef de service des urgences de l’hôpital d’Aulnay-Sous-Bois – ainsi que par Anne-Gaëlle Daniel, directrice de l’inspection régionale autonomie santé de l’ARS, et Véronique Marin-La Meslée, directrice des soins à la direction de l’inspection  et de l’audit de l’AP-HP. Rapport remis le 12 janvier 2019.

Causes du décès inconnues

La mission a notamment établi la chronologie officielle des faits -étant bien entendu que « les causes du décès de la patiente n’étant pas à ce jour connues (et relevant de l’enquête judiciaire) ne figurent pas dans ce rapport ».

« Le rapport met en évidence un certain nombre de non conformités dans le processus de prise en charge de la patiente. Elles touchent l’identification de la patiente, sa surveillance, le délai de prise en charge très long pour un patient orienté en « tri 3 », l’enregistrement de sa procédure de sortie. Le tri et l’orientation par l’infirmière d’accueil et d’orientation ont été conformes aux procédures du service et aux recommandations nationales.

« Le rapport souligne que ces écarts aux bonnes pratiques ont eu lieu dans un contexte où l’activité était supérieure à la moyenne avec 249 passages enregistrés (moyenne 230/jours). Dans les zones d’attente de ce service d’urgences, cohabitent par ailleurs de nombreuses personnes : patients du circuit court, patients du circuit long en attente de prise en charge ainsi que des personnes en hébergement social [comme l’avait très tôt évoqué sur France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP]

« Au-delà de ces problématiques d’organisation du service, le rapport pointe en outre un problème global d’insuffisance de surface des urgences de l’hôpital Lariboisière et du nombre de boxes d’examen aboutissant souvent en soirée à un phénomène « d’entonnoir » et de fait à un nombre important de patients en attente d’examen médical. La présence du personnel paramédical était conforme au planning prévisionnel et au planning cible du service d’accueil des urgences..

« Ce jour-là, le poste de 2ème médecin de circuit court en journée étant vacant, cela a généré ensuite une surcharge sur l’activité de garde. Plus généralement, le rapport pointe que le ratio des effectifs médicaux du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, au regard de l’activité, est inférieur à celui des autres urgences de l’AP-HP. »

Suivent dix recommandations – à commencer par la redéfinition des critères de présence des personnes (patients, accompagnants, hébergés) en zone d’attente circuit court et les faire respecter. D’ores et déjà, depuis le 2 janvier 2019, seuls les patients orientés vers le circuit court par l’infirmière d’accueil et d’orientation peuvent accéder à cette zone d’attente, avec un seul accompagnant autorisé (identifié par badge à partir du 15 janvier 2019).

Mieux encore, les personnes « hébergées pour raisons sociales » ne sont pas autorisées à accéder à cette salle d’attente ni dans aucun secteur de soins. Un vigile assure 24h/24h la surveillance de l’accès à cette salle d’attente et veille au respect de cette procédure.

Connaître la vérité

Et puis ces informations, données par Le Monde (Cécile Bouanchaud) : la famille de la défunte devait déposer une plainte, lundi 14 janvier, pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». Dénonçant une « absence d’information », la sœur de la victime et ses enfants espèrent désormais « connaître la vérité », afin que « les responsabilités soient identifiées », fait savoir leur avocat, MEddy Arneton. Ce dernier regrette que le rapport de l’AP-HP  ne « permette pas à la famille de comprendre les causes du décès », en employant « un langage administratif qui tente d’atténuer la faute de l’administration ».

Le Monde précise que c’est après avoir tenté de joindre un centre médical que la quinquagénaire, célibataire et sans enfant, est prise en charge par une brigade de Sapeurs-Pompiers. Elle souffrait alors « de violents maux de tête et de douleurs aux mollets depuis la veille ». Sur le dossier médical, dont Le Monde a eu connaissance, il est rapporté que la patiente se plaint de douleurs aux jambes. Il n’est toutefois pas fait mention de ses céphalées. La victime, originaire de Martinique et vivant à Paris, est ensuite reçue par un médecin qui lui administre un Doliprane, avant de l’orienter vers un « circuit court » de prise en charge. Selon le personnel médical, l’état de santé de la victime, considéré comme « parmi les moins graves », ne nécessitait en effet qu’une simple consultation.

On connaît la suite, tragique. « A l’évidence, la victime a purement et simplement été oubliée dans le service d’urgences de l’hôpital, plaide MArneton. Nul ne saurait prétendre qu’un règlement intérieur ou la moindre règle d’un service d’urgence autoriserait que l’on puisse laisser dépérir un malade durant 12 heures. »

A demain

@jynau

Grande fatigue des médecins français : la série Hippocrate n’est plus très loin de la réalité

Bonjour

Ceux qui ont goûté la plus que prenante série Hippocrate ne seront guère surpris. On les trouve dans « Burnout in French physicians: A systematic review and meta-analysis » (Journal of Affective Disorders, Volume 246, 1 March 2019, Pages 132-147). Une publication reprise par Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos).

Hippocrate (8 x 52 minutes, deuxième saison en cours de réalisation) est une forte création romanesque. C’est aussi, c’est surtout, une loupe grossissante hospitalière forgée par Thomas Lilti. La publication est quant à elle signée par une équipe médicale de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) met en lumière la fréquence des situations d’épuisement professionnel (burn out) du corps hospitalier – et tout particulièrement des médecins urgentistes ainsi que des jeunes médecins – internes, chefs de clinique et assistants. Un syndrome étudié dans  dans ses trois dimensions (épuisement émotionnel, déshumanisation et faible accomplissement personnel) en synthétisant les données et analyses existantes.

« Les résultats sont accablants : 49 % des praticiens éprouvent l’un des trois symptômes caractéristiques du burn-outn résume Le Quotidien. Toutes les spécialités ne sont pas logées à la même enseigne. Cet épuisement professionnel est plus marqué chez les urgentistes (57 %) et les jeunes médecins (52 %) devant les généralistes (48 %) et les anesthésistes-réanimateurs (44 %).

« Les jeunes médecins sont moins aguerris, ils ont moins d’expérience, ils sont donc plus stressés, explique au « Quotidien » le Dr Guillaume Fond, psychiatre à l’AP-HM et co-auteur. On leur demande beaucoup pour les gardes par exemple. Ils doivent aussi s’occuper de patients « difficiles » au sens relationnel comme les SDF ou les patients psychiatriques, et ils ne peuvent pas refuser. Selon l’étude, 5 % du panel présentent un burn-out ‘’sévère’’ combinant un fort épuisement émotionnel, une dépersonnalisation élevée et une perte d’accomplissement personnel. Ce chiffre grimpe à 12 % chez les urgentistes. »

Chloé, plus qu’épuisée, va-t-elle s’en sortir ?

« A priori, ils cumulent plusieurs facteurs de risques. Ils sont confrontés à toute la population et à la détresse sociale, les motifs de recours ne sont parfois pas de l’urgence, ce qui joue sur le sentiment d’utilité. Ils sont aussi confrontés à l’agressivité des patients, au manque de reconnaissance et à des conditions de travail moins bonnes » liées au manque d’effectifs et à la démographie, explique le Dr Fond.

Pus généralement  21 % des praticiens éprouvent un épuisement émotionnel (forte fatigue et diminution des ressources émotionnelles) avec de notables écarts entre spécialités. 24 % des généralistes sont touchés et 13 % des anesthésistes. Les résultats sont encore plus édifiants sur la « dépersonnalisation » (attitudes négatives et cyniques) qui concerne 43 % des urgentistes et 34 % des jeunes médecins. Les auteurs veulent aujourd’hui s’intéresser à d’autres spécialités – notamment la psychiatrie « qui partage des facteurs de risques communs avec les urgentistes ».

« Certains médecins continuent de sous-estimer le risque d’épuisement professionnel auprès de leurs patients et de leurs confrères. Ils en rigolent ! Cette méta-analyse permettra de les sensibiliser » espèrent les auteurs. De ce point de vue Hippocrate , au-delà du romanesque, joue un rôle non négligeable.

C’est dire si l’on attend la deuxième saison. Chloé (Louise Bourgoin) plus qu’épuisée va-t-elle s’en sortir ? Arben (Karim Leklou) va-t-il abandonner ? La Pr Wagner (Anne Consigny) va-telle enfin sourire ? Et où trouver le blog du Jean-Pierre Bayle, le ressuscité Jackie Berroyer ?

A demain

@jynau

 

Ordre des médecins : 335 euros avec, pour demain, les anaphores politiques présidentielles

Bonjour

335 euros. Pas un de plus, et parfois moins ! Un événement : cette année, la cotisation ordinale des médecins n’augmentera pas. A régler avant le 31 mars. Donne droit à un caducée.

Depuis 2001, c’est seulement la troisième fois que cette cotisation ne progresse pas.Depuis deux ans, le conseil national de l’Ordre des médecins, présidé par le Dr Patrick Bouet, s’est efforcé de contenir cette évolution : seulement +0,9 % en 2017 et + 0,6 % l’an dernier soit moins que l’évolution de l’indice des prix à la consommation (1,2 % selon l’INSEE). Et cette année, stabilité.  « Un effet gilets jaunes ? » ose Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long).

Et dans le même temps les vœux du Dr Patrick Bouet exprimé au nom Conseil national. Des vœux éminemment politique où le président ne craint pas d’avoir recours à cette figure de style qu’est l’anaphore. Un figure d’apparence facile mais qui expose parfois à bien des déconvenues politiques. Extraits :

Contexte. «  Ces vœux s’inscrivent dans un contexte que nous connaissons tous et qui est particulier. L’année 2019 s’annonce décisive.  Pour notre pays d’abord, confronté à une situation de malaise et de tensions rarement atteintes à la fin de l’année 2018. Pour notre système de santé ensuite auquel nous sommes tous attachés et dont nous nous sentons tous co-responsables. En 2019 plus encore que les années précédentes, notre responsabilité commune sera grande. Acteurs de la santé, nous devrons être mobilisés pour une réforme en profondeur de notre système de santé. Celle-ci est urgente, et devra contribuer à renforcer notre cohésion nationale.

Nous le savons, les événements qui ont émaillé la fin de l’année 2018, qui ont marqué l’actualité partout en France, ont démontré avec force, et une nouvelle fois, que la santé est au cœur des préoccupations des Français. Nos concitoyens expriment le ressenti d’une solidarité nationale mise à mal alors que leur situation, plus que jamais la rend indispensable.

 Ils vivent des fractures territoriales qui se creusent. Ils y sont confrontés au quotidien, quand elles les touchent au travers de l’accès aux soins. Or, si notre système de santé ne peut plus répondre aux besoins de tous, partout sur le territoire, si la solidarité n’en est plus le fondement, quel en est le sens aux yeux des Français ?

Première anaphore

«  Cet appel des Français doit être entendu. Il doit nous donner un cap clair si l’on veut réussir l’année qui s’ouvre.

Il doit être entendu parce que le système de santé est arrivé au terme d’un cycle. Si les acteurs politiques n’en tiennent pas compte, cela constituera le lit de troubles majeurs.

Il doit être entendu pour répondre à l’inquiétude de nos concitoyens, des usagers sur la qualité et la pérennité de notre système de santé, dont nous nous faisons l’écho depuis plusieurs mois.

Il doit être entendu pour répondre à l’épuisement des professionnels de santé, qui n’en peuvent plus de porter à bout de bras un système au bord de l’explosion et qui devient un obstacle à leur travail au quotidien.

Il doit être entendu pour notre hôpital, à qui l’on demande trop, et dont nous recevons tous les jours des témoignages de l’extrême difficulté dans laquelle il se trouve. Et pour ceux qui y travaillent, médecins et professionnels de santé, attachés au service public, mais qui y exercent sous une pression permanente et qui ont le sentiment de ne pas recevoir suffisamment de considération de la nation.

Il doit être entendu pour répondre à l’exaspération des acteurs locaux, des élus locaux, dont on a pu saisir à quel point ils désirent agir avec de véritables moyens, avec les mains véritablement libres, pour mettre en œuvre une démocratie sanitaire qui reste aujourd’hui une vaine incantation.

Deuxième anaphore.

«  Allons-nous, en 2019, assister aux mêmes erreurs que sous les Gouvernements précédents ? Cela serait terrible.

Il serait terrible que ce quinquennat soit un quinquennat perdu pour la santé.

Il serait terrible pour la ministre, dont l’approche a toujours semblé être marquée par l’écoute et l’ouverture, qui a bénéficié d’une confiance affichée des corps intermédiaires du monde de la santé, de commettre les mêmes erreurs que ses prédécesseurs. Terrible que le texte annoncé marque une simple accélération des lois précédentes, alors que nous avons aujourd’hui besoin d’une rupture !

Cela serait terrible pour ce Gouvernement, élu sur une promesse de renouvellement et de transformation, qu’elle s’éloigne au fur et à mesure que les erreurs du passé semblent se répéter.

Mais, avant tout, cela serait terrible pour les professionnels de santé et pour les Français qu’ils servent au quotidien. »

Troisième anaphore.

« Et je veux aujourd’hui réaffirmer ce qui est pour nous le cap à tenir pour que les annonces du Président de la République à l’automne ne soient pas qu’un lointain souvenir une fois le printemps venu. Car la réforme annoncée peut encore, aujourd’hui, peut encore aujourd’hui réussir, en fonction des choix qui seront faits dans les jours à venir. Il faudra faire des choix forts.

Des choix forts, des choix politiques pour une organisation efficiente des soins dans les territoires. Pour qu’enfin des initiatives utiles, portées par des professionnels volontaires au service de leurs patients, ne soient plus sacrifiées au nom de normes administratives préétablies et appliquées aveuglément sur le territoire. Il ne faut pas, par exemple, que les CPTS excluent, mais bien au contraire qu’elles irriguent tout un territoire, rassemblent, au-delà des professionnels libéraux, tous les acteurs de proximité et ne pas ajouter des normes d’inclusion, d’exclusion ou des normes rigides de coopération inter-secteurs aux difficultés déjà existantes.

Imaginer à cet égard d’accentuer encore le rôle des CHU et la concentration hospitalière au sein des GHT pour fonder 13 grandes Assistances Publiques serait une erreur. Je suis un généraliste de Seine-Saint-Denis et je le dis clairement et en toute connaissance de cause : si l’AP-HP était un acteur de la proximité, simplificateur de l’accès aux soins et du parcours de soins, comme médecin généraliste je le saurais !

Des choix forts, des choix politiques pour que la démocratie sanitaire cesse d’être une simple formule, un refrain. Il faut qu’elle devienne une réalité pour que tous les acteurs locaux puissent définir eux-mêmes le périmètre des territoires de santé et se saisir de leur gouvernance. Il faut faire confiance aux acteurs locaux, appuyer les initiatives, faciliter l’émergence d’un rôle nouveau pour les ARS comme animateur de la démocratie sanitaire dans les territoires.

Des choix forts, des choix politiques, pour réaffirmer le principe de solidarité nationale qui préside à la couverture maladie en France depuis l’ordonnance de 1945. Les Français comme les médecins ne tolèreront pas que les nouvelles technologies ou des normes de plus en plus contraignantes puissent être un cheval de Troie débouchant, à terme, sournoisement, par manque de courage et de vision, sur un système à deux vitesses dont la solidarité serait la première victime. Les Français ont besoin de retrouver confiance dans cette solidarité.

Des choix forts, des choix politiques pour que les médecins retrouvent du temps médical. Pour qu’ils exercent le métier pour lequel ils sont formés. Cela ne peut rimer avec une amputation irréfléchie et opportuniste du contenu de métier de médecin (…)

Des choix forts, des choix d’avenir pour intégrer enfin pleinement la formation à la réforme de notre système de santé. Il faut, qu’à l’instar d’autres professions et études correspondantes,  les futurs médecins soient précocement immergés dans la réalité des exercices au-delà de l’hôpital. Sans cette inclusion précoce toute réforme de notre système de santé sera un échec à court, moyen et long terme. (…)

Bonne année à tous. »

Résumons. « Devoir entendre » ; « terrible » ; « choix forts et politiques ». Nous sommes le 13 janvier 2019 et la France ne sait plus trop où elle va. Songer à relire ce texte dans un an.

A demain

@jynau

 

 

 

Le quotidien Libération raconte les souffrances de la psychiatrie. Qui lui en dira merci ?

Bonjour

Que vaudrait un média qui ne mènerait pas de combat 1 ? Edition de Libération datée du 9 janvier 2019. « La psychiatrie à cran. Sous-effectif, mauvais traitements, isolement des malades… Si la situation est très variable d’un lieu de soin à l’autre, la psychiatrie publique va mal. Tour de France des hôpitaux psy. »

Un édito, quatre pages, un entretien ( avec Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté), un petit tour de France des abcès hospitaliers plus ou moins enkystés (Saint-Etienne, Le Havre, Lyon, Plouguernével). Une certitude : les cinquante millions d’euros débloqués en urgence avant Noël par Agnès Buzyn ne seront en rien suffisants face à l’ampleur de la plaie. Communiqué officiel de la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Cette enveloppe bénéficiera à l’ensemble des régions et contribuera également à réduire les inégalités de financement existant aujourd’hui entre celles-ci. Cette mesure confirme la priorité que la Ministre, dès son arrivée, a souhaité donner à la psychiatrie et qu’elle a confirmé dans le cadre de  »Ma Santé 2022 ».

En 2019, l’accompagnement et la transformation de la psychiatrie seront poursuivis. Cela se traduira par la préservation renouvelée des moyens de la psychiatrie dans la campagne budgétaire à venir, par la création d’un fonds d’innovation en psychiatrie doté de 10 millions d’euro et par la priorisation des moyens et capacités d’accueil en pédopsychiatrie dans les territoires. La ministre réaffirme son engagement pour donner à la pédopsychiatrie et à la psychiatrie la priorité attendue au regard des enjeux sociétaux, au service du parcours de soins et de vie des patients et des familles, et renouvelle son soutien aux acteurs de la psychiatrie et de la santé mentale. »

Libération (Eric Favereau) :

« L’année 2019, année de tous les dangers pour la psychiatrie française ? Assurément. Le secteur de la psychiatrie publique est mal en point comme jamais. Et les autorités donnent le sentiment de faire juste ce qu’il faut pour que cela n’implose pas complètement. Fin décembre, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé qu’elle venait d’allouer en cette fin d’année une enveloppe de 50 millions d’euros (renouvelable) à la psychiatrie.

Rustine ministérielle

« Une rustine, ont réagi les syndicats de psychiatres. De fait, sur le terrain, ça continue de bloquer un peu partout. Une journée de lutte est annoncée pour le 22 janvier. ’Depuis ce printemps 2018, les personnels des hôpitaux psychiatriques se mobilisent un peu partout en France,est-il écrit dans un appel commun. Les patients et leurs familles subissent. Ils n’ont aucune prise sur la tournure que prennent leurs soins et accompagnements. Les hospitalisations deviennent délétères dans des services suroccupés, avec du personnel en sous-effectif et débordé par des tâches administratives.’’

« ‘’Des jeunes de 13-14 ans sont hospitalisés dans les services adultes, c’est insupportable’’alertait Jean-Yves Herment, infirmier qui a fait partie en juin des grévistes de la faim du centre hospitalier du Rouvray, près de Rouen. A Toulouse, les syndicats de l’hôpital psychiatrique Pinel s’agitent. ‘’La directrice des soins nous parle de mauvaise organisation. C’est inacceptable d’entendre ce discours.Nous avons besoin d’un budget décent et de moyens humainsexpliquait Patrick Estrade, syndicaliste.La psychiatrie va mal, très mal même. La situation est critique partout en France’’.» (…)»

« Troisième repère de la crise actuelle ajoute Favereau, le nombre impressionnant de postes de psychiatres vacants dans les hôpitaux, ou occupés par des médecins à diplômes étrangers. Près d’un poste sur trois est ainsi vacant, et dans certaines régions, ce sont au mois deux postes sur trois qui sont occupés soit par des médecins à diplômes étrangers, soit par des médecins intérimaires. Or on sait d’ores et déjà que dans les dix ans à venir, le manque de psychiatres ne fera que s’aggraver. Dans notre voyage dans les hôpitaux psy de France, cet enjeu est revenu comme un leitmotiv, grevant toute projection sur l’avenir. »

Paupérisation et facilité

Et maintenant ? Il y a un an, précisément, Agnès Buzyn avait choisi de s’exprimer sur le sujet. Le 26 janvier 2018 elle présentait un plan de « douze mesures d’urgence » en faveur de la psychiatrie. Et dans un entretien au Monde, corrigé jusqu’à la dernière seconde, elle livrait son constat et formulait quelques idées. Extraits.

« La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles…

« On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur. »

« Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à déstigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

 Le Monde demanda alors à la ministre si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondit Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. »

Loin d’imaginer une augmentation des moyens on en restait donc, au mieux, à un statu quo. « Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorquait alors la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. » Un an plus tard la même ministre débloque cinquante million d’euros pour une discipline paupérisée. Facilité ou pas, cela ne sera pas assez.

Que vaudrait un média qui ne mène pas de combat ?

A demain

@jynau

1 « Mon hôpital psychiatrique va craquer » Antoine Hasday Slate.fr 12 septembre 2018 « La psychiatrie française est-elle inhumaine ? » Jean-Yves Nau Slate.fr 6 mars 2018