La guerre contre l’épidémie nous fera-t-elle oublier celle pour la survie de l’hôpital public ?

Bonjour

07/04/2020. Mémoire: songer à ne pas la perdre. C’est un épisode de campagne qui, soudain, nous rappelle où nous étions encore il y a quelques semaines. Vendredi 2 avril lors d’une conférence de presse téléphonique concernant la situation épidémique dans le Grand Est, Christophe Lannelongue a expliqué, foi du charbonnier, qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. Un « COPERMO ». Ce dernier prévoit notamment la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000). « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même », a-t-il osé.

C’est peu dire que ces propos ont suscité la colère dans une France qui découvre les vertus des soignants et celles de l’hôpital public ; une France qui réinvente chaque soir les rites de la communion laïque et solidaire. Sur les réseaux sociaux, les déclarations de M. Lannelongue ont déclenché une vague indignée :  de réactions outrées : « incompréhensible », « inadmissible », « irresponsable », « inhumain », « monstrueux ».

Olivier Véran a vite pris le pouls de cette ire : le ministre des Solidarités et de la Santé a dû tweeter le dimanche 5 avril : « à Nancy comme partout, l’heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19 ». « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra ».

« Coûte que coûte »

Maigre tweet qu’il lui a fallu développer dès le lendemain, lors d’une nouvelle conférence de presse. Où l’on entendit le ministre annoncer, avec l’emphase minimale qui est parfois la sienne, la nécessité de « suspendre la portée » des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise due au Covid-19, – et ce jusqu’à la réalisation de « l’inventaire de l’épidémie avec les soignants ».

« La crise du Covid-19 change la donne hospitalière. Ce changement s’inscrira, à n’en pas douter, dans la durée. Pour sortir de la crise, il conviendra donc, au-delà de l’indispensable reconnaissance due au personnel hospitalier, […] de réinterroger en profondeur nos réflexes et nos manières de penser en matière de gestion hospitalière, pour préparer grand plan d’investissement de notre système de santé » a-t-il annoncé ; il faisait ici référence au « plan massif » pour l’hôpital après la crise sanitaire promis le 25 mars, à Mulhouse, par Emmanuel Macron.

« D’ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d’en suspendre toute la portée, jusqu’à ce que l’inventaire de cette épidémie, tout l’inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants. Car l’hôpital devra s’armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles. »

Où l’on retrouve, dans les mots ministériels, le redoutable concept d’humilité. Il tranche désormais radicalement avec les certitudes assénées, sous les ors de la République, hier encore, par l’exécutif en général, le sanitaire en particulier. Quand il fallait « coûte que coûte » réduire le nombre des lits pour mieux voguer vers « l’hôpital-entreprise ». Quand on avait oublié la réalité du risque épidémique. Il conviendra de s’en souvenir.

A demain @jynau

Comment un médecin peut-il désigner le patient «qui a le plus de chances de survivre» ?

Bonjour

06/04/2020. Sans précédent. C’est une « prise de position » sans précédent connu. Elle dit tout de la tragédie que certains, soignants, patients et familles traversent aujourd’hui ou pourraient traverser demain. En écho elle résonnera largement au sein d’une société française confinée. Elle est signée du Conseil national de l’Ordre des médecins et sobrement titré : « Décisions médicales dans un contexte de crise sanitaire et d’exception ». Extraits (nous soulignons):

« L’état d’urgence sanitaire actuel en France a des conséquences majeures, par une pression inédite, sur le système de santé, notamment sur l’offre de soins et la prise en charge des patients. La situation dans de très nombreux établissements publics et privés de santé, médicosociaux, comme les EHPAD, voire en ambulatoire atteint un niveau alarmant. Certains n’hésitent pas à l’assimiler à une situation de catastrophe sanitaire.

« Les problèmes posés aux médecins concernés s’avèrent effectivement de plus en plus difficiles à gérer, en raison du déséquilibre entre les moyens humains, thérapeutiques, matériels, voire médicamenteux disponibles et les situations, souvent complexes, graves et urgentes, auxquelles ils doivent faire face. Il en résulte pour les médecins des conditions d’exercice en rupture avec le mode normal de prise en charge des patients, qui peuvent les placer devant des interrogations déontologiques majeures et des cas de conscience face auxquels ils se trouvent désemparés. »

L’Ordre des médecins explique « être bien décidé à ne pas les laisser ces médecins seuls devant les choix qu’ils ont à faire, et à les accompagner ». Choix entre

1 d’une part leurs obligations déontologiques, tout spécialement de soins consciencieux, dévoués et conformes aux données acquises de la science, dont il doit être rappelé qu’elles restent les mêmes quel que soit le contexte, y compris en période d’état d’urgence sanitaire, « en toutes circonstances » dit le code de déontologie ;

2  d’autre part la réalité des situations rencontrées, qui conduit nécessairement à des conditions d’application qui en tiennent compte.

On sait que la difficulté se pose tout particulièrement à propos de la question de la priorisation entre des patients à laquelle, dans divers territoires, des médecins pourraient se trouver (ou se trouvent d’ores et déjà) confrontés, du fait de l’impossibilité de prise en charge de leurs malades. L’Ordre :

« Une telle réponse extrême ne saurait être retenue qu’en l’absence avérée de toute autre possibilité et s’il est constaté qu’aucune autre alternative ne se présente au terme d’une appréciation collégiale tracée dans le dossier, fondée sur l’état du patient, prenant en compte notamment ses comorbidités. L’âge du patient, sa situation sociale, son origine, une maladie mentale, un handicap ou tout autre facteur discriminant ne peuvent être l’élément à retenir. »

Puis, après avoir rappelé l’essentiel déontologique et éthique (Des décisions médicales qui doivent rester guidées par l’intérêt du patient ; Les principes éthiques et déontologiques qui entourent toute décision médicale ; L’accompagnement des patients) l’Ordre écrit ceci :

« Dans ce contexte d’exception, et devant une possible situation de rupture, en l’absence de toute alternative, faute de pouvoir faire mieux, le plus douloureux pour un médecin, après avoir épuisé toutes ses ressources, est d’avoir à déterminer, parmi ses patients, non pas une personne, non pas un âge, mais celui d’entre eux qui a le plus de chances de survivre. »

Et d’ajouter :

« Dans ce moment de solitude, même assortie d’une appréciation collégiale, la décision repose sur le médecin et seule peut lui servir de guide sa conscience, éclairée par ses pairs. Nous l’affirmons, aucune contrainte politique, administrative, organisationnelle, ne peut imposer à un médecin des critères de prise en charge pré déterminés par d’autres acteurs. L’Ordre est là pour guider les médecins dans l’intérêt des patients et sera à leurs côtés pour les accompagner. »

Sans précédent.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement cèdera-t-il aux nouvelles pressions médicales?

Bonjour

04/04/2020. C’est une nouvelle étape, médicale, pharmaceutique et politique. Lancé par l’ex-ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy un appel de personnalités médicales demandant aux autorités sanitaires d’assouplir d’urgence les possibilités de prescription d’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Un appel peu banal réunissant des personnalités que rien, jusqu’ici, ne réunissait hormis le titre de docteur en médecine 1. Un appel relayé par une pétition baptisée «#NePerdonsPlusDeTemps», qui a recueilli en quelques heures plusieurs dizaines de milliers de signatures soutiens sur la plateforme Change.org. Extraits de cet appel :

« Nous vivons une crise sanitaire mondiale d’une grande ampleur et notre pays est fortement frappé par la vague épidémique de Covid-19. Chaque jour, nous déplorons de nombreux décès. Contre cette maladie, nous ne disposons ni de vaccins, ni de traitement antiviral même si les données scientifiques actuelles sont parcellaires et discordantes.

« Des données chinoises récentes ont suggéré l’efficacité de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine au laboratoire et chez les malades. Une étude publiée par Chen et coll. (Efficacy of hydroxychloroquine in patients with Covid-19 : results of a randomized clinical trial) montre l’efficacité de l’hydroxychloroquine chez les malades atteints par le Covid-19 souffrant de pneumonie moyennement sévère ; les quelques patients qui se sont aggravés ne recevaient pas le traitement.

« Des cartes publiées par Santé Publique France montrent un taux de mortalité chez les personnes hospitalisées beaucoup plus faible à Marseille que dans le reste du territoire. Au vu des données scientifiques internationales ainsi que des expériences de terrain remontant de médecins au contact direct de l’infection et en l’attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, les autorités italiennes, puis américaines ont pris, dans ce domaine, des décisions thérapeutiques hardies (…).

« Le 29 mars, après avis favorable de la FDA (agence américaine du médicament), le ministère de la santé des Etats-Unis d’Amérique (US Department of HHS) a décidé de mettre de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine à la disposition des pharmacies hospitalières sur l’ensemble du territoire fédéral. Le Gouvernement américain utilisera sa réserve stratégique faite de millions de traitements constitués depuis plusieurs semaines.

«  Dès maintenant, la FDA autorise tous les médecins hospitaliers américains à prescrire ces deux médicaments y compris en dehors d’essais thérapeutiques. Elle demande, comme en Italie, que toutes les données médicales des malades traités soient collectées afin de les analyser. Le Portugal vient de recommander ces traitements pour les cas de Covid-19 avec pneumonie (…).

« En attente de nouvelles données scientifiquement contrôlées, dans la situation aigüe que nous connaissons, de plus en plus de médecins pensent que cette stratégie s’impose, conforme à leur serment d’Hippocrate, de traiter leurs malades en leur âme et conscience. »

Que doit faire le pouvoir sanitaire exécutif ?

Les signataires ajoutent que le gouvernement français a pris un décret (n° 2020/337 du 26 mars 2020) qui  ne permet l’utilisation de l’hydroxychloroquine (Plaquenil de Sanofi) qu’ « après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut-Conseil de la Santé Publique et, en particulier de l’indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe ».

Selon eux, à ce stade trop tardif de la maladie, ce traitement risque d’être inefficace. « Si l’efficacité de l’hydroxychloroquine se confirme, il faudra rapidement ouvrir le protocole aux médecins libéraux pour éviter la saturation des hôpitaux » ajoutent-ils encore. Conclusion :

« Nous demandons donc au Premier ministre et à son Ministre de la Santé  de modifier d’urgence ce décret et de mettre à disposition immédiate dans toutes les pharmacies hospitalières de l’hydroxychloroquine ou, à défaut, de la chloroquine pour que chaque médecin hospitalier puisse en prescrire à tous les malades atteints de forme symptomatiques de l’affection à Covid-19, particulièrement à ceux atteints de troubles pulmonaires si leur état le requiert.  Nous appelons l’Etat à effectuer des réserves ou des commandes d’hydroxychloroquine afin que, si l’efficacité se confirmait dans les prochains jours, nous ne soyons pas en manque de traitement. »

Olivier Véran a expliqué à plusieurs reprises ces derniers jours pourquoi il avait pris ce décret (qui reprend les recommandations alambiquées du Haut Conseil de Santé publique. Va-t-il, sous la pression de cet appel, céder ? Si oui comment ne pas voir que de nouvelles demandes d’élargissement seront aussitôt formulées (à commencer par les prescriptions de ville) – et ce toujours en l’absence de certitudes scientifiques.

Que peut, que doit, dans une telle situation, faire le pouvoir sanitaire exécutif ? Saisir ses deux Conseils scientifiques ? Le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

1 Pr. Philippe Douste-Blazy, Professeur de santé publique et d’épidémiologie, ancien Ministre de la Santé ; Pr. Christian Perronne, Chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches ; Dr. Michèle Barzach, ancienne Ministre de la Santé ; Pr. Isabelle Bourgault Villada, Professeur de dermatologie à l’hôpital Ambroise Paré ; Pr. François Bricaire, ancien Chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Marc Gentilini, Professeur de parasitologie, de santé publique et de clinique des maladies infectieuses, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Olivier Goulet, Professeur de pédiatrie de l’hôpital Necker ; Pr. Jacques Marescaux, Président Fondateur de l’IRCAD, Membre de l’Académie de Médecine ; Pr. Catherine Neuwirth, Professeur de microbiologie au CHU de Dijon ; Dr. Patrick Pelloux, Président de l’Association des médecins urgentistes de France ; Pr. Paul Trouillas, Professeur de neurologie au CHU de Lyon ; Dr. Martine Wonner, psychiatre, députée LREM du Bas Rhin.

Hydroxychloroquine : l’Agence de sécurité du médicament peut-elle encore se faire entendre ?

Bonjour

31/03/2010. Nouvelle étape dans l’impensable bras de fer : L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) entre sur le champ de bataille. Mais n’est-il pas, là encore, trop tard ? Elle rappelle, dans un communiqué publié lundi 30 mars, qu’aucun médicament n’ayant « apporté la preuve formelle de son efficacité dans le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19 », que « les traitements testés pour soigner les patients Covid-19 ne doivent être utilisés qu’à l’hôpital ». 

Trop tard ? Ce rappel au règlement médicamenteux est lancé alors que l’on ne compte plus, sur les ondes et les réseaux, les voix qui prônent dans le recours à l’hydroxychloroquine (Plaquénil, plus ou moins associée à l’azithromycine) au premiers stades du Covid-19 et bien en amont de l’hospitalisation. Des prises de position exprimées dans le plus grand désordre par les personnalités les plus diverses et qui rencontrent un écho grandissant dans la population – avec toutes les conséquences négatives que l’on peut redouter. La Société française de pharmacologie et de thérapeutique a pour sa part mis en ligne un dispositif d’information sur le médicament en situation Covid-19.

Trop tard ? L’ANSM rappelle à qui veut bien l’entendre que le recours à ces « traitements » « doit se faire prioritairement dans le cadre des essais cliniques en cours ». Elle surligne : « En aucun cas, ces médicaments ne doivent être utilisés ni en automédication, ni sur prescription d’un médecin de ville, ni en autoprescription d’un médecin pour lui-même, pour le traitement du Covid-19. » Et l’Agence de mettre en ligne sur son site des fiches téléchargeables sur ces médicaments, destinées aux patients.

« Conformément à l’avis du Haut conseil de santé publique du 24/03/2020  (HCSP) et au  décret du 25 mars 2020  (pris en application de « la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie du COVID-19 » ), le recours à ces médicaments peut s’envisager à titre exceptionnel et uniquement dans le cadre d’une prescription et d’une dispensation aux patients hospitalisés.

« En aucun cas ces médicaments ne doivent être utilisés ni en automédication, ni sur prescription d’un médecin de ville, ni en auto-prescription d’un médecin pour lui-même, pour le traitement du COVID-19 .
Pourtant, des informations recueillies par les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) font état d’utilisation de hydroxychloroquine, seule ou en association, en ville. Nous alertons les professionnels de santé et les patients sur les risques connus liés à l’utilisation de ces médicaments, dont le risque cardiaque, qui, sans suivi médical approprié, peuvent conduire à une hospitalisation. »

Doublement des ventes de Plaquénil

Trop tard ? Tout, ici aussi, est allé beaucoup plus vite que l’on pouvait le redouter. En cause : la publicité donnée aux travaux et aux résultats préliminaires (amplement critiqués) du Pr Didier Raoult. Mais pas seulement. « Au total, nous avons eu pour l’instant une trentaine de cas signalés en pharmacovigilance relatifs à des médicaments utilisés dans la Covid-19, précise le Dr Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. Les plus nombreux concernent le Kaletra (association lopinavir/ritnavir). L’hydroxychloroquine (Plaquenil), seule ou association avec un autre produit, est impliquée dans cinq cas dont trois mortels. Ces dossiers sont en cours d’analyse par un centre régional de pharmacovigilance. » 

Le directeur général de l’ANSM souligne que dans le cas du patient décédé à Paris, « cette molécule avait été prise en association avec un anti-inflammatoire, et il reste à déterminer si le décès est dû à un trouble de conduction, ou à un infarctus massif du myocarde qui n’aurait rien à voir avec le traitement ».

« Concernant le Plaquenil, l’alerte a été double, précise le Dr Dominique Martin cité par Le Monde, avec d’une part un quasi-doublement des ventes dans les pharmacies ces derniers jours ; et de l’autre, des alertes de pharmacovigilance. Seule, cette molécule peut être responsable d’effets indésirables, mais l’association avec d’autres médicaments − azithromycine mais pas seulement − fait prendre des risques supplémentaires. » 

Face à ces débordements médicamenteux des voix s’expriment aussi, sur les ondes et dans certains médias, pour en appeler à la raison : attendre les résultats de plusieurs essais cliniques menés en urgence mais en respectant la méthodologie habituelle ; résultats attendus dans deux à trois semaines. On en saura plus sur les vertus  de l’hydroxychloroquine dans le Covid-19. Trop tard, pour les partisans et adeptes du Pr Didier Raoult qui, déjà contestent la méthodologie de ces essais et qui, au nom de l’urgence, revendiquent la liberté de se traiter comme ils l’entendent.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine: les Etats-Unis viennent de l’autoriser à l’hôpital contre le Covid-19

Bonjour

30/03/2020. C’est un rebondissement dans ce qui est désormais structuré en gigantesque feuilleton : la puissante Food and Drug Administration (FDA) américaine vient d’autoriser le recours à la chloroquine et à l’hydroxychloroquine pour les personnes atteintes du Covid-19 – et ce uniquement en milieu hospitalier. Une décision qui fait suite aux sorties du président Donald Trump sur le sujet . Le 24 mars le chef d’Etat américain avait publiquement les mérites de ces spécialités pharmaceutiques. « Il y a de bonnes chances que cela puisse avoir un énorme impact. Ce serait un don du ciel si ça marchait », avait-il déclaré.

Dans un communiqué, le département américain de la Santé a indiqué que la FDA donnait son feu vert pour que ces traitements soient « distribués et prescrits par des médecins aux patients adolescents et adultes hospitalisés atteints du Covid-19, de manière adaptée, quand un essai clinique n’est pas disponible ou faisable ». On mesure mal encore les conséquences qu’aura, à travers le monde, cette décision dans l’utilisation de ces médicaments

Il faut ici ajouter que l’Institut national de la Santé (NIH) américain et l’Autorité américaine pour la recherche-développement dans le domaine biomédical ont mis en place des essais cliniques visant à évaluer scientifiquement l’efficacité et l’innocuité des spécialités pharmaceutiques sur ce thème. Un essai reprenant le protocole (scientifiquement contesté) du Pr Didier Raoult (Marseille) associant l’hydroxychloroquine et l’azithromycine devrait prochainement être mis en place à New York. 

« Don du ciel »

L’Agence France Presse rapporte que, selon les estimations du docteur Anthony Fauci, conseiller du président américain sur la pandémie, le Covid-19 pourrait faire « entre 100 000 et 200 000 » morts au sein de la première puissance mondiale. D’après l’université Johns Hopkins, dont le comptage fait référence, plus de 139 000 cas positifs au Covid-19 ont été officiellement déclarés jusqu’ici aux Etats-Unis. Le nombre de décès officiellement recensés y est aujourd’hui de 2 436.

Le gouverneur Andrew Cuomo vient d’annoncer près de 60 000 cas et 965 décès dans le seul Etat de New York. Mais d’autres « points chauds » apparaissent à travers le pays, parmi lesquels le New Jersey voisin, la Floride, la Louisiane ou les villes de Détroit et Chicago, dans le nord du pays. Les dirigeants de ces Etats les plus touchés s’inquiétaient dimanche d’un manque d’équipements dans les hôpitaux pour faire face à l’afflux de malades, notamment de respirateurs artificiels.

« Don du ciel » ou pas Donald Trump a, le 29 mars, admis que « les projections indiquent que le pic du taux de mortalité devrait probablement avoir lieu dans deux semaines ». Il s’exprimait lors d’une conférence de presse depuis les jardins de la Maison Blanche annonçant par ailleurs qu’il prolongeait jusqu’au 30 avril les recommandations de distanciation sociale. Il a ainsi révisé sa position exprimée en début de semaine dernière affirmant qu’il souhaitait faire « redémarrer l’économie des Etats-Unis » dès le 12 avril. Pour les fêtes de Pâques.  

A demain @jynau

Face à la pandémie l’espoir, onusien et papal, d’un possible «cessez-le-feu» mondial

Bonjour

29/03/2020. Si elle n’évite pas le danger la peur actuelle pourra-t-elle engendrer des miracles ? Le pape François s’est, dimanche 29 mars, associé à l’appel lancé par l’ONU en faveur d’un « cessez-le-feu immédiat et mondial » afin de préserver, face au coronavirus, les « civils les plus vulnérables » dans les pays en conflit.

 «Chers frères et soeurs, le secrétaire général de l’ONU a lancé ces jours-ci un appel en faveur d’un cessez-le-feu global et immédiat partout dans le monde en raison de la crise actuelle due au Covid-19, qui ne connaît pas de frontières», a déclaré le pape à l’issue de sa prière dominicale de l’Angélus. Il rejoint ainsi à Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, qui a lancé lundi 23 mars, un appel «à un cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde» afin de préserver les civils face à la «furie» du Covid-19.

«Je m’associe à tous ceux qui ont accueilli cet appel et j’invite tous à le suivre en cessant toute forme d’hostilité, en favorisant la création de couloirs pour l’aide humanitaire, l’ouverture à la diplomatie et l’attention envers ceux qui se trouvent dans une situation de grande vulnérabilité», a ajouté François, qui s’exprimait par vidéo depuis la bibliothèque du palais apostolique et non depuis le balcon surplombant la place Saint-Pierre.

Le chef des catholiques a aussi formulé  l’espoir «que l’engagement commun contre la pandémie puisse porter tout le monde à reconnaître notre besoin de renforcer les liens fraternels en tant que membres d’une unique famille». Et d’ajouter : «Les conflits ne peuvent pas être résolus à travers la guerre. Il est nécessaire de surmonter les divergences et les antagonismes à travers le dialogue et une recherche constructive de la paix».

L’AFP précise que le pape argentin s’est dit proche des personnes contraintes de vivre en groupes, comme dans les maisons de retraite ou les casernes, et d’une manière plus spéciale des détenus. Il a dénoncé «le risque d’une tragédie» dans les prisons en raison de la combinaison du Covid-19 et de la surpopulation carcérale, demandant aux autorités d’être «sensibles» à ce problème, sans citer un pays particulier.

La droite, la gauche et la Fédération de l’hospitalisation privée

En France on perçoit aussi, toutes proportions gardées, des échos semblables. « La désunion nationale serait la pire des choses» face à l’épidémie du coronavirus, a déclaré le même jour le président (LR) du Sénat Gérard Larcher, tandis que le socialiste Olivier Faure souligne ne pas vouloir «affaiblir le gouvernement».

 «La priorité c’est d’être rassemblés, la désunion nationale serait la pire des choses», affirme Gérard Larcher dans un entretien au Parisien, alors que le bilan des victimes de l’épidémie s’alourdit de jour en jour. «Face à cette crise sanitaire, je suis aux côtés du président de la République et du Premier ministre. L’heure n’est pas à la polémique. Elle est à l’action» quand bien même «viendra le temps des réponses aux questions qui sont légitimement posées aujourd’hui», ajoute-t-il.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure a quant à lui, calme et mesuré, souhaité, sur France Inter, ne «pas […] affaiblir le gouvernement», être «solidaire et en même temps utile». Il ne faut «pas chercher les polémiques inutiles, mais aussi alerter à chaque fois que c’est utile».

l’œcuménisme règne, ou presque. C’est ainsi, toujours en France, que la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) vient de lancer « un appel à une solidarité nationale et interprofessionnelle afin de répondre aux besoins des structures publiques et privées qui doivent renforcer leurs équipes (infirmiers de réanimation, médecins réanimateurs) et les équipements matériels indispensables. Les demandes et modalités de participation à ces appels à solidarité sont consultables sur le site Internet de la FHP : https://www.fhp.fr/1-fhp/841-/841-/16670-appels-a-la.aspx

« La vague du Covid-19 qui frappe notre pays met à rude épreuve notre système de santé dont les besoins en personnels et matériel sont de plus en plus impérieux dans certaines régions, particulièrement en Ile de France, dans les  Hauts de France et  le Grand Est, souligne la FHP. Pour y faire face, la réponse sanitaire appelle une coordination et une coopération nationale entre toutes les structures hospitalières publiques et privées.

 « J’appelle les professionnels de santé encore disponibles, dans les cliniques privées et ailleurs, à répondre au plus vite aux demandes de solidarité lancées par les régions les plus en difficulté. alerte Lamine Gharbi, le président de la FHP. Une mobilisation totale, qui dépasse les statuts ou les modes d’exercice professionnels, est plus que jamais indispensable ! »

Sinon des miracles, sinon la paix, du moins le sens, enfin retrouvé de la solidarité, de la fraternité.

A demain @jynau

Le Pr François Bricaire, ancien de la Pitié-Salpêtrière s’exprime sur l’hydroxychloroquine

Bonjour

29/03/2020. C’est un petit entretien qui nous en dit beaucoup. Celui accordé par le Pr François Bricaire et que l’on peut lire dans  Le Parisien (Frédéric Mouchon). François Bricaire, ancien chef du prestigieux service d’infectiologie parisien de la Pitié-Salpêtrière. On lui demande son point de vue sur l’hydroxychloroquine et sur le Pr Didier Raoult – lui dont Olivier Véran, ministre de la Santé, dit dans le JDD qu’il « est haut en couleur, parle sans filtre et a des relais politiques forts » (sic).

François Bricaire, membre de l’Académie nationale de médecine et que Le Figaro présente comme le « médecin antipanique »

« Je n’ai pas encore pu analyser dans le détail le résultat de ses derniers essais menés sur 80 patients reconnaît-il Mais une chose d’abord : il ne faut pas faire le procès de Didier Raoult. On peut penser ce que l’on veut de ce monsieur, qui peut sans doute en heurter certains, mais c’est un médecin de qualité en termes de recherche au niveau international. »

Efficace contre le Covid-19, l’hydroxychloroquine ? « Je comprends que l’on ait essayé de l’utiliser comme l’ont fait en premier les Chinois. Car c’est une molécule ancienne qui a une activité in vitro contre un certain nombre de virus. Il était donc rationnel de le tester même si jusqu’à maintenant cela n’a jamais donné de résultats positifs in vivo sur l’Homme. »

Les vives, parfois violentes, critiques sur la méthodologie de son étude ?  « Il a fait un travail scientifique mais dont la méthodologie peut être critiquée car elle comporte plusieurs biais, notamment la validité du groupe témoin et ses essais ne répondent pas aux critères parfaits qu’exige la science. D’après ces essais, la chloroquine permettrait d’abaisser la charge virale des patients mais cela ne démontre pas l’efficacité certaine de ce médicament ni que l’on guérit du covid-19 si on le prend.

Et Le Parisien de poser une question délicate :

« Si vous étiez encore chef d’un service d’infectiologie, vous le prescririez ? » Réponse :

« Je serais très embêté mais je crois que non, je ne le prescrirais pas en dehors de cas très particuliers. A titre personnel, j’ai plutôt le sentiment que la chloroquine se révélera inefficace en termes cliniques. Je crois que j’attendrais les résultats à plus grande échelle de l’étude lancée au niveau européen qui est en cours. Seule cette étude permettra de savoir si ce médicament a une action ou pas sur le covid-19. Le problème est qu’il y a tellement de bruit autour de ce médicament qu’il a aujourd’hui le vent en poupe dans l’opinion. Et il semblerait que certains patients n’acceptent de se prêter aux études en milieu hospitalier sur cette molécule qu’à la seule condition d’en recevoir. Or, si l’on veut faire une étude sérieuse, il faut bien comparer des gens qui en reçoivent et d’autres qui n’en reçoivent pas. »

Certes. Mais que pense-t-il de ceux qui, parmi ses confrères, la prescrivent déjà ?

« Puisqu’il n’existe actuellement aucun autre traitement efficace, je comprends que certains le proposent en milieu hospitalier en se disant : à la guerre comme à la guerre, soit c’est efficace et tant mieux pour mes patients, soit ça ne l’est pas et on aura au moins tenté d’améliorer le sort de ceux qui sont durement affectés. Mais que l’on soit bien clair : Je dis non à une utilisation large de la chloroquine au sein de la population. Car cela conduirait, comme on le voit déjà, à des usages dévoyés du médicament, hors d’un contrôle hospitalier strict. Et cela pourrait rapidement déraper. »

Nul ne sait encore quel jugement le Pr Didier Raoult portera sur ces propos le concernant ; propos émanant d’un représentant du monde hospitalo-universitaire parisien – monde dont il dénonce, depuis Marseille, la morgue qu’il afficherait vis-à-vis de ses confrères de province.

A demain @jynau