Première grève de la faim hospitalo-universitaire contre le « manque de moyens humains »

 

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De l’énervement à la colère. De la colère à l’action. Puis une grève de la faim dans le hall de l’hôpital Dupuytren (CHU de Limoges) annonce Le Populaire du Centre. Trois hommes et une femme, ont décidé de cesser de s’alimenter pour dénoncer « le manque de moyens humains » dans l’établissement et « se faire entendre de la direction ». Tout est dit. Entamée le 20 mars cette grève de la faim est aujourd’hui dans une impasse précise France 3 Aquitaine.

Trois hommes, une femme, quatre agents hospitaliers syndiqués : Jacqueline Lhomme-Léoment, secrétaire générale adjointe de la CGT au CHU, Thierry Collas, aide-soignant et secrétaire général Sud Santé 87, Aymeric Martin, préparateur en pharmacie devenu permanent CGT à l’hôpital, Christophe Zegadi, agent de sécurité incendie, cégétiste.

Pour ces grévistes de la faim ce mode d’action extrême et inédit est « à la hauteur de la souffrance du personnel et de la gravité de la situation ». « Le conflit social dure depuis novembre et on a l’impression de ne pas être écoutés, de n’obtenir que des broutilles », a déclaré Thierry Collas à la presse. Les principales revendications des grévistes ? Le remplacement des arrêts maladie et départs en retraite, ainsi qu’une titularisation massive des contractuels (ils seraient plus de neuf cents à travailler dans l’établissement).

Broutilles

« Est-il normal que des gens restent en CDD des années durant ? Cela veut bien dire que les postes sont pérennes, s’indigne Jacqueline Lhomme-Léoment. Ils n’ont pas les mêmes conditions de travail, ne peuvent pas refuser de revenir sur leurs jours de repos ou de vacances… J’ai l’exemple d’une maman de trois enfants en bas âge, sous contrat depuis six ans, qui n’aura pas un jour de congé en juillet et août prochains. Comment voulez-vous que les gens ne craquent pas ? »

Les premières rencontres avec la direction générale n’ont pas entamé la détermination des grévistes et les différentes parties syndicales ne sont pas, ici, unies. « Nous nous sommes engagés à résorber l’emploi précaire : en 2017-2018, les postes aux concours seront ouverts pour 346 personnes (en vue d’une titularisation ou promotion), a publiquement expliqué Jean-François Lefebvre, directeur général du CHU de Limoges depuis 2015. Un nouveau dispositif de suppléance avec une organisation plus proche du terrain, pour remplacer l’absentéisme, comprendra aussi une quarantaine d’agents. »

La direction générale dit aussi entendre certaines demandes supplémentaires des syndicats. Elle y travaillera dans les jours à venir mais ne peut y répondre dans l’immédiat. Une pétition signée par trois mille usagers et salariés du CHU a été remise à l’Agence Régionale de Santé de la Nouvelle Aquitaine à Bordeaux. Rien n’interdit de penser qu’elle a, via la nouvelle ligne de TGV, déjà atteint Paris.

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Maltraitances hospitalières: trois cents cas répertoriés sur la carte de France. Et après ?

 

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C’est une cartographie qui dérange. Le document, actualisé, est disponible sur le site de L’Association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public. Présidée par le Pr Philippe Halimi, cette association  exprime aujourd’hui une « vive préoccupation ». Il s’agit ici de l’avenir de la « mission de médiation pour la prévention des risques psychosociaux ». Cette mission avait été confiée à Edouard Couty, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes par Marisol Touraine. Nous étions lors dans les suites de l’affaire (toujours en cours) du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

Urgences

Il y a trois mois la ministre des Affaires sociales et de la santé avait annoncé la nomination d’un « médiateur national », lors de la présentation de la « Stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail de l’ensemble des professionnels de santé ». Trois mois plus tard, rien.

« M. Edouard Couty,  qui a commencé à traiter quelques dossiers de personnels gravement maltraités et harcelés, ne dispose toujours pas de la légitimité qui lui permettrait de remplir efficacement sa mission. Or le nombre croissant de signalements à l’Association Jean-Louis Mégnien de cas de maltraitance et de harcèlement de personnels de l’hôpital public rend encore plus urgentes la nomination officielle du médiateur national et la définition précise de son champ de compétence.

 « Rien qu’au mois de février, l’Association Jean-Louis Mégnien a enregistré une centaine de signalements supplémentaires, ce qui porte à plus de trois cents le nombre de cas figurant sur la carte de France ci-jointe récemment mise à jour sur notre site (www.associationjeanlouismegnien.fr). »

 Promesses

Que faire sinon user de diplomatie ? L’Association dit « ne pas douter » de la détermination de la ministre des Affaires sociales et de la Santé de mettre fin rapidement à des situations de maltraitance et de harcèlement au sein de l’hôpital public. Mais comment ne pas, non plus, menacer, puisque le temps passe et que les échénaces électorales se rapprochent ?

« L’Association estime que la condition indispensable au bon déroulement et à l’efficacité de la mission confiée à M. Edouard Couty est qu’il dispose des moyens humains et matériels qui lui font actuellement défaut. Ceux-ci lui permettront, si nécessaire, de demander et d’obtenir du Centre national de gestion et des Agences Régionales de Santé qu’ils donnent une suite concrète, positive et durable aux préconisations qu’il leur adressera. »

Or les faits sont là : à ce jour, l’Association n’a aucune garantie que la médiation permette aux personnels de santé victimes de phénomènes de maltraitance de reprendre espoir et de retrouver au plus vite un exercice professionnel normal. Et cette association prend date : elle fera (avant les prochaines échéances électorales) un bilan des promesses faites par Marisol Touraine.

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A Besançon un anesthésiste est soupçonné de sept empoisonnements volontaires

 

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Que se passe-t-il aujourd’hui dans les hôpitaux français ? A quelques heures d’intrevalle le suicide d’une infirmière de 45 ans à l’hôpital Cochin de Paris et, à Besançon, la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans placé sous contrôle judiciaire – avec interdiction d’exercer sa profession. Il est soupçonné d’avoir empoisonné avec préméditation sept patients à Besançon, dont deux mortellement. Le parquet dénonce des actes « volontaires ». Le médecin nie catégoriquement. L’Est Républicain suit l’affaire et précise que la vice-procureure Christine de Curraize a précisé lors d’une conférence de presse que ces empoisonnements ne sont « pas un accident ».

Les doses létales de potassium ou d’anesthésiques auraient été introduites « sciemment » dans des poches de perfusion de réhydratation, « où normalement, elles n’ont pas lieu d’être », ce qui montrerait qu’« il ne pouvait s’agir que d’actes volontaires de nature à entraîner la mort des patients ».

Et le parquet soupçonne aujourd’hui le médecin anesthésiste (qui a exercé à la clinique Saint-Vincent et à la polyclinique de Franche-Comté) d’avoir administré ces doses à sept patients au moins entre 2008 et 2017. « Ce dossier va nécessiter un certain nombre d’expertises, et on n’est pas à l’abri de voir le nombre de victimes s’élargir », ajoute Mme de Curraize. Les victimes présumées, quatre femmes et trois hommes âgés de 37 à 53 ans, « n’avaient pas de prédispositions ou de fragilités particulières ». Nous ne sommes donc nullement ici dans le cadre de suicides « médicalement assistés ».

Arrêts cardiaques

Les produits ont provoqué des arrêts cardiaques chez les patients, dont deux n’ont jamais pu être réanimés : un homme de 53 ans, décédé en 2008 pendant une intervention rénale, et une femme de 51 ans, décédée en 2016 au cours d’une intervention orthopédique. Deux cas, en janvier 2017, ont alerté l’hôpital, puis la justice. Puis, explique le parquet, le lien a ensuite été fait avec les précédents empoisonnements, pour lesquels des informations judiciaires étaient ouvertes.

L’anesthésiste, lui, nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés. « Mon client conteste fondamentalement tout empoisonnement que ce soit. Il dit passer sa vie à réanimer les gens, pas à les tuer, a déclaré son avocat, Me Randall Schwerdorffer. L’accident ou la négligence restent des hypothèses tangibles. C’est un professionnel archi-reconnu, de grande qualité, qui pratique deux mille anesthésies par an, et dont le métier est plus qu’un métier, c’est une passion. »,

Le parquet avait demandé un placement en détention et entend faire appel du contrôle judiciaire. Il s’agit selon lui de « faits gravissimes ». L’affaire ne fait que commencer.

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Une infirmière âgée de 45 ans se suicide dans son service à l’hôpital Cochin (Paris). Silences

 

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Poursuite de la tragédie. La direction générale de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a, mardi 7 mars, « confirmé le suicide d’un agent, dans la matinée dans le département de l’information médicale (DIM) de l’hôpital Cochin sur son lieu de travail ». « Malgré l’intervention des secours, la victime n’a pas pu être réanimée » précise la direction de l’AP-HP.

Elle ajoute que, employé depuis « plus de vingt ans » cet « agent » était affecté au département de l’information médicale (DIM) de l’hôpital Cochin depuis six ans. Elle ajoute encore « prendre très au sérieux ce nouvel événement tragique ». Un événement « qui renforce sa détermination dans la prévention et la détection des risques psycho sociaux et l’amélioration des conditions de travail ». Cette précision est d’autant plus importante que ce « suicide sur le lieu de travail » survient « dans un service dans lequel des difficultés fonctionnelles et relationnelles avaient été identifiées ».

« Difficultés relationnelles »

Des « difficultés fonctionnelles et relationnelles » qui avaient « conduit à une enquête administrative menée par la DRH, à l’initiative de la direction du groupe hospitalier Paris Centre (dont dépend l’hôpital Cochin) et à une expertise du CHSCT ». Que s’est-il passé ensuite ? « La situation semblait moins aigue, ajoute encore l’AP-HP. De premiers changements d’organisation avaient été mis en œuvre mais compte tenu de difficultés persistantes, il avait été décidé par le directeur du groupe hospitalier et le directeur général de procéder à un audit. La première réunion a eu lieu la semaine dernière. L’ensemble de ces éléments permettra de déterminer l’existence de liens entre les difficultés relevées dans le service et ce drame. » En « toute transparence ».

On n’avait jamais connu l’AP-HP fournir autant de précisions sur une affaire de ce type. On peut y voir une conséquence de cette autre tragédie que fur le suicide par défenestration du Pr Jean-Louis Mégnien à l’hôpital européen Georges-Pompidou – suivi d’un suicide d’infirmier. Les autres informations concernant Cochin émanent de sources syndicales qui précisent que la victime est décédée par pendaison dans son bureau. Des témoignages précisent que cet « agent » était une infirmière.

Hasard ou fatalité ce drame sur un lieu de travail hospitalier a coïncidé avec la journée de grève de l’ensemble des secteurs sanitaire, social et médico-social du public et du privé à l’appel des fédérations FO, CGT et SUD – grève pour dénoncer les conditions de travail et l’austérité.   Pour sa part l’Ordre national des infirmiers parle « d’une infirmière âgée de 45 ans ». « Depuis cet été, il s’agit du 8ème suicide d’un infirmier sur son lieu de travail ou présentant un lien avec sa situation professionnelle » rappelle l’Ordre.  Il ajoute :

Silence de Marisol Touraine

 « Les infirmiers vivent ces drames comme autant de symptômes d’un mal-être professionnel généralisé qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Le Président du Conseil national de l’Ordre des Infirmiers a déjà demandé à plusieurs reprises à être reçu par Madame la Ministre Marisol Touraine, en vain. Combien faudra-t-il de nouveaux drames humains pour alerter sur les difficultés de notre profession ?

« Au regard de la gravité de la situation et de l’absence de réponse de Madame la Ministre de la Santé, nous demandons officiellement à être reçu au plus vite par Monsieur le Président de la République afin que des mesures soient prises pour redonner à notre profession la reconnaissance qu’elle mérite. »

 Ne pas être reçu par Marisol Touraine et demander à être reçu par le président de la République ? Quelles mesures François Hollande pourrait-il, aujourd’hui, prendre pour enrayer la tragédie ?

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Violences aux urgences : un patient brise la jambe d’un médecin de l’hôpital de Soissons

 

Bonjour

Poids des symboles, signifiant des faits divers. Le Dr Marc Moukanni, praticien du centre hospitalier de Soissons a été agressé le samedi 18 février aux urgences de l’hôpital. C’est L’Union qui rapporte l’affaire.

« Ce samedi matin, aux environs de 7 heures, un patient a agressé un médecin aux urgences de l’hôpital de Soissons. Il a été frappé d’un coup de poing qui l’a fait tomber. À terre, il a pris un coup de pied qui lui a fracturé la jambe droite. ‘’Il s’est présenté avec une éraflure superficielle à l’avant-bras, raconte le Dr Marc Moukanni. Je lui ai donné une ordonnance de médicaments et lui ai dit d’attendre 8h30 : s’il avait encore mal, on lui ferait une radio’’

Le « patient », 26 ans, s’est énervé et a porté un coup au médecin au visage et à la jambe droite. Le médecin souffre depuis d’une hémorragie conjonctivale (œil gauche) et d’une fracture du membre inférieur droit. L’Union précise que 45 jours d’incapacité totale de travail lui ont été prescrits. C’est bien le moins.

Désinhibitions alcooliques

Une enquête est ouverte. Le médecin a porté plainte et a été entendu. Placé en garde à vue l’agresseur était en état d’ébriété. Il a expliqué plus tard qu’il était en état d’ivresse en revenant d’une soirée lors de laquelle il s’était fait une éraflure au bras. Placé sous contrôle judiciaire il recevra prochainement une convocation devant tribunal correctionnel. Le Dr Moukanni a porté plainte et le centre hospitalier s’est porté partie civile. Une rencontre avec les équipes médicales est prévue le 23 février « pour libérer la parole après cet événement ».

Depuis quand la désinhibition inhérente aux imprégnations alcooliques conduit-elle à frapper de la sorte les médecins qui prennent en charge les alcoolisés des urgences ? Le cas de Soissons est-il une première ? Poids des symboles, signifiant des faits divers.

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Combien de temps un interne est-il devant un écran ? Et combien avec ses patients ?

 

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C’est une information venue de Suisse, pays où l’on sait compter et le temps et l’argent. Un interne du prestigieux centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) de Lausanne passe trois fois moins au chevet de ses patients que devant un écran d’ordinateur. Les chiffres viennent d’être publiés dans Annals of Internal Medicine » : « Allocation of Internal Medicine Resident Time in a Swiss Hospital: A Time and Motion Study of Day and Evening Shifts »

Entre mai et juillet 2015, le travail de trente-six internes du service de médecine interne du CHUV a été observé, disséqué. Selon les auteurs de ce travail strictement universitaire il s’agit ici de la plus importante étude réalisée sur le terrain et non pas à partir d’interviews.

Conclusion : les internes passent trois fois moins de temps au chevet de leurs huit patients (c’est la règle au CHUV) que devant un écran. « Une bonne partie de l’activité sur ordinateur consiste à consulter et à saisir des données dans le dossier médical informatisé des malades, résume Le Quotidien du Médecin qui a repéré cette publication éclairante.  Plus de la moitié d’une garde est consacrée à des tâches indirectement liées au patient (staffs, revue de littérature, prises de rendez-vous…). La visite auprès des patients, les examens cliniques, la consultation du dossier médical informatisé, les prescriptions occupent plus de 20 % de la durée totale d’une garde. »

L’AP-HP et les généralistes

Se morfondre devant l’évolution des techniques ? Se complaire dans le « c’était mieux avant » ? Pleurer le rituel monarchique de la visite, le temps des mandarins et des dossiers en carton remplis au stylo-bille ? On peut, comme les auteurs, le dire autrement : la part du temps passé auprès des patients n’a pas significativement évolué au cours des dernières années, et ce même depuis la mise en place des dossiers médicaux informatisés. Le travail sur écran est réparti tout au long de la journée mais se concentre plus particulièrement après la garde, lorsque les internes ont une vue globale des situations médicales de la journée, qu’ils sont moins interrompus par leur travail et par les collègues.

C’est ainsi qu’à Lausanne les horaires officiels de la garde (dix heures) s’allongent en moyenne de 96 minutes. Les auteurs notent que ce travail sur ordinateur se fait rarement en présence des patients – et ce même lorsque cela est possible. « La part importante du temps devant un ordinateur et consacré à des activités non axées sur le patient peut susciter de la frustration chez les internes en raison du peu de valeur médicale de ces tâches, écrivent les auteurs. Elle peut aussi augmenter le risque de burn out. » On serait curieux de connaître les chiffres concernant les internes de l’AP-HP comme de l’ensemble des centres hospitalo-universitaires français. Idem pour les généralistes.

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Guerre des nerfs: les suites de l’affaire du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien enveniment l’AP-HP

 

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Jusqu’où iront les provocations ? Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a, lundi 13 février, annoncé le départ d’Anne Costa de la direction de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP). Un départ attendu, sinon plus que souhaité, dans les suites du suicide par défenestration, au sein de cet établissement, du Pr Jean-Louis Mégnien en décembre 2015. Mais cette annonce a aussi vu le directeur général apporter une nouvelle fois son « soutien indéfectible » (Le Quotidien du Médecin) à Mme Costa et ce en dépit (ou à cause) des reproches qui lui sont faits et des accusations dont elle fait l’objet. Comment comprendre, décrypter, justifier ?

C’est à l’occasion de l’inauguration de l’hôpital de jour de cancérologie de l’HEGP que Martin Hirsch a consacré un long moment de son discours à défendre la directrice générale des hôpitaux universitaires Paris Ouest (dont fait partie l’HEGP). Cette dernière est la cible directe de critiques depuis la parution (partielle) du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) demandé après le suicide du cardiologue de l’HEGP. Sans la nommer directement (dans la synthèse de cinq pages rendue publique du rapport), les experts de l’IGAS ont en effet pointé des « manquements » dans la conduite du traitement du conflit entre le Pr Mégnien et certains de ses confrères. Par ailleurs, si l’on en croit  Le Figaro  un autre rapport de l’inspection du travail concluant à un « homicide involontaire » mettrait directement en cause la directrice dans le décès du médecin.

Aucune accusation de harcèlement

Or c’est dans ce contexte d’envenimement que Martin Hirsch a assuré que le rapport intégral de l’IGAS (dont il a été destinataire) « ne contient aucune mise en cause personnelle de la directrice d’HEGP ». Dénonçant des « fausses rumeurs », des « allégations mensongères » et des conclusions « détournées » par « diverses personnes », (périphrase qui désigne sans les nommer les médecins de l’association Jean-Louis Mégnien précise Le Quotidien du Médecin – Anne Bayle-Iniguez)  le patron de l’AP-HP s’est risqué à déclarer que l’IGAS « n’accuse en aucune manière [Anne Costa] de harcèlement et aucune recommandation du rapport ne préconise, de près ou de loin, de sanctionner son comportement ou de prendre des mesures administratives à son encontre. » Le rapport de l’inspection du travail évoqué par Le Figaro ? « Il n’a jamais été communiqué à l’AP-HP, à quelque niveau que ce soit », a assuré Martin Hirsch. Qui l’a communiqué, à qui et pourquoi ? Officiellement, on ne le sait pas.

Dans le même temps le directeur général s’est exprimé sur le départ d’Anne Costa, qui prend « dès maintenant la direction du groupe hospitalier de Paris Ouest Ile-de-France, avec les hôpitaux Ambroise-Paré, Raymond-Poincaré et celui de Berck ». Elle devrait être remplacée par la directrice de Robert-Debré, Stéphanie Decoopman. Le directeur général prévient ceux qui interpréteraient sa décision sans en connaître les véritables coulisses :  « ll ne s’agit pas d’une mutation disciplinaire, mais d’une mobilité tout à fait normale, qui s’effectue dans un contexte qui, pour les raisons que j’ai dites, a été anormalement violent. » Il s’agit non d’une sanction mais d’une action de prévention, une politique de réduction des risques en quelque sorte : éviter à Mme Costa de demeurer en position de « cible vivante et qu’on profite de la première occasion pour l’accuser de crimes qu’elle n’aurait pas commis. »

Signalements à la ministre et au procureur

En écho à ce discours qui ne peut manquer de susciter l’étonnement l’association Jean-Louis Mégnien a, mardi 14 février, publié un communiqué en résonance avec la violence contenue dans le discours directorial :

« L’association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public s’étonne du discours surréaliste de la direction générale de l’AP-HP tenu le lundi 13 février 2017 à l’hôpital européen Georges Pompidou. Si l’association prend acte que la direction du groupe hospitalier dont fait partie l’HEGP est enfin renouvelée, mesure qui a été demandée par plusieurs membres de l’AP-HP dès le printemps 2014 en raison des multiples dérapages de cette direction, elle s’étonne des arguments utilisés pour défendre une action marquée par de nombreux scandales et plusieurs drames.

« En citant de façon partielle et donc partiale un rapport non communicable de l’Igas, la direction générale viole de façon délibérée le secret professionnel. Seule l’autorité de tutelle peut décider de rendre public ce rapport et elle a décidé de ne pas le faire en raison de l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration. En ne respectant pas ses obligations, la direction générale de l’AP-HP s’expose à des poursuites. L’association va faire un signalement sur ce point à la ministre des Affaires sociales et de la Santé 1, ainsi qu’au procureur de la République de Paris.

« En protégeant la direction du groupe hospitalier, la direction générale cherche à se protéger elle-même, car elle a été mise en cause dans le suicide de Jean-Louis Mégnien, à propos duquel l’inspection du travail a employé les termes de harcèlement moral et d’homicide involontaire, mettant en cause notamment la directrice du groupe hospitalier, comme cela a été rapporté de façon digne de foi. »

Et après ? On ne voit plus, aujourd’hui, comment les différentes tutelles politiques pourraient, sans risque, laisser se développer un tel climat envenimé au sein du plus prestigieux des groupes hospitaliers français.

A demain

1 Sur ce thème, lire « Marisol Touraine soutiendra-t-elle Martin Hirsch contre les amis de Jean-Louis Mégnien ? » Journalisme et santé publique, 20 décembre 2016