Après Jacqueline Sauvage, François Hollande interviendra-t-il dans l’affaire Lambert ?

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D’un côté la liberté. De l’autre la mort programmée. On se souvient des atermoiements de François Hollande dans l’affaire de la grâce présidentielle (finalement) accordée à Jacqueline Sauvage. Aujourd’hui c’est à l’affaire Vincent Lambert que le président sortant est personnellement confronté. Voici comment :

Le neveu de Vincent Lambert, patient plongé dans un état végétatif depuis 2008, a écrit à François Hollande. Il lui demande d’ordonner à la direction du CHU de Reims d’obtenir de ses médecins qu’ils reprenent la procédure « d’arrêt des soins ». Pourquoi ? « Pour que la légalité ne soit pas que théorique » plaide l’intéressé. « Rien ne bougera au CHU sans qu’une décision politique courageuse ne soit prise », écrit François Lambert dans un courrier daté du 10 janvier adressé au Palais de l’Elysée et dont l’AFP a obtenu copie, confirmant une information de France Inter :

« Par un arrêt du 16 juin 2016, la cour administrative d’appel de Nancy (…) a enjoint le CHU de Reims (…) de répondre aux obligations lui incombant (…), c’est-à-dire de reprendre et achever la procédure collégiale, en prenant évidemment en compte les souhaits de Vincent tels qu’ils ont été actés par une multitude de décisions de justice (Conseil d’Etat, Cour européenne des droits de l’Homme, juge des tutelles de Reims, cour d’appel de Reims, cour de Cassation) ».

On se souvient que les médecins du CHU de Reims avaient lancé puis stoppé deux procédures d’arrêt des soins, l’une voulue par le Dr Eric Kariger (en 2013), l’autre par son successeur, la Dr  Daniéla Simon (en 2015). François Lambert a saisi en octobre 2016 le juge administratif pour enjoindre, sous peine d’astreinte, au CHU de Reims de reprendre la procédure sur un éventuel arrêt des soins du patient conformément aux décisions (contestées) de la CEDH et du Conseil d’Etat, qui s’étaient prononcés pour un arrêt des soins, soit une condamnation à mort par arrêt d’alimentation et d’hydratation.

Faire pression sur la nouvelle directrice

François Lambert, au président de la République :

« Vous avez vous-même nommé par décret en date du 24 février 2015 Dominique de Wilde à la tête du CHU de Reims. Vous pouvez donc faire pression sur elle pour que la légalité ne soit pas que théorique au sein de l’établissement dont elle a la charge. »

François Lambert à l’AFP :

« Le CHU se prétend victime d’une situation qu’il a créé lui-même, toxique pour tout le monde. Les parents portent plainte à longueur de temps, et le CHU ne respecte pas son patient et ses souhaits. »

Pour ne rien simplifier les parents de Vincent Lambert ont porté plainte fin décembre contre le CHU de Reims pour « délaissement de personne hors d’état de se protéger ». Que fera (ou pas) François Hollande avant de quitter le Palais de l’Elysée ?

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Grippe : il en faudrait plus pour déstabiliser l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris

 

Bonjour

Un plan de communication peut ne pas en cacher un autre. Hier 11 janvier Marisol Touraine alertait. Aujourd’hui, sur le perron du Palais de l’Elysée elle disait sa sérénité ; ses consignes avaient bel et bien été suivies d’effet (voire peut-être même, qui sait, anticipées…). Peu de temps après la réunion élyséenne « de crise » le directeur général de l’AP-HP a exprimé sa volonté de rassurer la population de la capitale (et au-delà). Martin Hirsch a fait le point devant les membres de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), comme le rapporte Le Quotidien du Médecin.

 « Les hôpitaux ne sont pas désorganisés. Il n’y a pas de situation de déstabilisation de l’hôpital mais une forte mobilisation des professionnels, qui font plus d’heures supplémentaires et posent moins de jours de repos », a tenu à préciser M. Hirsch.  Interrogé sur le périmètre du parc hospitalier, le directeur général a, là aussi, rassuré.  « Il n’y a pas de manque de lits dans l’absolu à l’AP-HP, a-t-il dit. On pourrait fixer le nombre de lits par rapport au pic de l’épidémie. Ce serait effectivement plus confortable mais nous serions surdimensionnés le reste de l’année… ». C’était là une réponse indirecte à l’urgentiste-syndicaliste Patrick Pelloux toujours prompt à dénoncer la réduction de la voilure hospitalière ».

Blocs hurlants

La richesse de la gigantesque machinerie de l’AP-HP c’est aussi (en cas de nécessaire délestage ponctuel) ses deux cents blocs opératoires.  « Si on demande à un service de chirurgie de faire moins de bloc la semaine prochaine, il va hurler […] mais je pense qu’on doit s’adapter », a expliqué M. Hirsch. Où l’on entend que le directeur général de l’AP-HP est un familier du hurlement des chirurgiens. Des hurlements qui vont cesser :  « En Île-de-France, le pic le plus élevé est probablement derrière nous. La fin de la semaine dernière était peut-être notre moment le plus compliqué ».

Tout cela, et plus encore, vient d’être expliqué sur le site de l’AP-HP : « Epidémies hivernales ». On y apprend que le  plan « hôpital en tension » a été directement déclenché par le directeur général dès le 6 janvier. Ce plan consiste en un arsenal de mesures anticipées et hiérarchisées pouvant être mises en œuvre dans un délai court, pour gérer un épisode de tension hospitalière quelle qu’en soit la cause et notamment lors de phénomènes épidémiques. Il comporte trois niveaux : alerte vigilance, tension avérée, tension prolongée ou de grande amplitude. C’est, ni plus ni moins (au-delà des plans et impératifs politiques de communication) la manifestation concrète de l’organisation de la solidarité.

Ministre des généralistes

Dans le même temps d’autres voix s’élèvent que l’on se saurait bâillonner. Celle de la CGT-Santé qui dénonce des conditions « inacceptables et inhumaines ». Qui affirme que « notre système est tellement sous tension qu’il est incapable de gérer une hausse d’activité, liée à une épidémie de grippe tout à fait prévisible, comme il s’en produit tous les quatre à cinq ans ». Ou celle, aux antipodes libérales, de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

Son président, le Dr Jean-Paul Ortiz, dénonce un nouvel oubli de la médecine de ville. « Alors que l’hôpital est présenté comme l’unique recours, la CSMF rappelle que plus de 90 % des cas sont pris en charge par la médecine de ville, en particulier les médecins généralistes qui font face aussi à un afflux de demandes en soins de la population ». Dans sa prochaine communication il faudra que Marisol Touraine n’oublie pas qu’elle est, aussi, la ministre des médecins généralistes.

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Grippe : la sérénité retrouvée de Marisol Touraine sur le perron du Palais de l’Elysée

Bonjour

Rassurer après avoir inquiété. Se rapprocher de la vérité. La tension sans le débordement. La ministre de la Santé Marisol Touraine a, dans la matinée du 12 janvier, reconnu que les hôpitaux français étaient sous « tension » face à l’épidémie de grippe mais assuré qu’ils n’étaient « en aucun cas débordés ». «La saturation aujourd’hui des services d’urgence n’existe pas» , a-t-elle encore affirmé.

La ministre s’exprimait à l’issue d’une « réunion de crise » organisée en urgence autour de François Hollande, président de la République. « Les hôpitaux aujourd’hui sont face à une situation de tension, ils ne sont en aucun cas débordés », a rassuré la ministre sur le perron du palais présidentiel.

Auto-centrage

Peu avant, sur France 2 : « Les hôpitaux sont en situation tendue, mais ils ne sont pas débordés et ils font face. Je suis aujourd’hui sereine quant à leur capacité à faire face aux besoins des malades. Ils prennent en charge dans de bonnes conditions tous ceux qui ont besoin d’être soignés. »

Avec cette discrète précision auto-centrée: « Depuis la mise en oeuvre des mesures que j’ai demandées, (la) pression s’est relâchée».

Sereine après avoir mis en scène son inquiétude ? Une réunion de crise pour découvrir qu’elle ne se justifiait pas ? Mauvais tempo. Timing ravageur. Il faut (et il faudra) tenir compte des conséquences politiques de la dramatisation ministérielle de ces derniers jours. Une dramatisation qui conduit, une nouvelle fois, à braquer les projecteurs médiatiques vers l’hôpital public. Avec, derrière lui, l’immense navire amiral de la Sécurité Sociale et les chaloupes, hors-bords et autres pédalos mutualistes. Le tout sur une mer démontée et, désormais, sans météo marine

A demain

Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Grippe : instruction ministérielle est donnée aux hôpitaux de faire ce qu’ils se doivent de faire

 

Bonjour

Ce n’est certes pas le « centralisme démocratique ». Disons que, décentralisation ou pas, c’est un héritage prégnant du vieux jacobinisme. Résumons :  alors que le pic de l’épidémie approche, « Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé vient de donner aux hôpitaux instruction de mettre en œuvre sans délai toutes les mesures nécessaires, y compris en déprogrammant des activités, pour renforcer les capacités d’hospitalisation et éviter la saturation des urgences ».

Lits ouverts

Est-ce dire que sans ce signal ministériel les directions hospitalières ne pourraient pas prendre les mesures nécessaires face à une épidémie de grippe saisonnière ? Est-ce dire que sans la ministre ces directions ne sauraient user des dispositifs gradués qui existent et permettent aux hôpitaux de déprogrammer des opérations, d’ouvrir des lits et de rappeler du personnel pour prendre en charge tous les patients qui ont besoin d’être hospitalisés ?

Et d’où vient ce besoin, dans chaque communiqué de presse ministériel de rappeler sans cesse la chronologie des mesures prises depuis la fin octobre et publiquement annoncées : alertes précoces et régulières des professionnels libéraux et des établissements hospitaliers pour assurer une prise en charge optimale des malades ; sensibilisation et suivi particulier des maisons de retraite ; rappel des mesures de prévention de protection à la population (diffusion quotidienne de spots sur les chaînes de télévision et de radio depuis plusieurs semaines) ?

Marisol Touraine, une fois encore : « La grippe n’est pas une maladie bénigne : chaque année, elle provoque de nombreux décès. Chaque malade doit être immédiatement pris en charge et hospitalisé si son état l’exige. C’est pourquoi, depuis plusieurs semaines, j’ai donné instruction aux hôpitaux de s’organiser pour éviter la saturation des urgences. Je m’assure que des lits d’hospitalisation restent partout disponibles. »

Déplacement télévisé

Et à nouveau, en catastrophe, un déplacement télévisé (Hôpital Ambroise Paré, Boulogne) « pour apporter son soutien aux personnels mobilisés»… La ministre craint-elle d’être en retard sur on ne sait quel échéancier politico-épidémique? Pressent-elle que le génie viral peut être plus fort qu’une somme de réponses pratiques mises en œuvre par le politique ?

Le Monde observe pour sa part que, constatant la « saturation exceptionnelle » de certains de ses services d’urgence, la direction de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (comme celles de la plupart des centres hospitaliers universitaires en France) n’avait pas attendu Les consignes ministérielles. Dès le vendredi 6 janvier elle avait demandé à ses 39 établissements d’activer le niveau 3 du plan « hôpital en tension » qui permet de dégager des lits supplémentaires. La veille, le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière avait organisé un « délestage » et refusé tout nouveau patient.

A demain.

 

Suicide du Pr Mégnien: un an après, l’imbroglio et un «rapport doublement secret» de l’Igas

 

Bonjour

Noël n’efface pas le souvenir – pas plus que la quête de transcendance n’épuise le besoin de comprendre. Le Journal du Dimanche revient sur l’affaire du suicide par défenestration du Pr Jean-Louis Mégnien. C’était il y a un an, dans la cour de l’hôpital européen Georges-Pompidou. Rien depuis n’a changé mais un coin du voile est levé sur la maltraitance, le harcèlement hospitalier. Reste, pour ce suicide, à retrouver la vérité hospitalière dans l’enchaînement des causes – bref, à tenter de retrouver comment s’est tricoté le vrai. Au vu des forces et des enjeux en présence ce sera encore long.

Où en sommes-nous ?

Le 8 décembre le Quotidien du Médecin publiait l’intégralité d’une lettre ouverte de l’association Jean-Louis Mégnien. Cette tribune, virulente, se voulait une réponse aux propos tenus le 1er décembre par Michel Rosenblatt, ancien secrétaire général du Syndicat des directeurs, cadres, médecins et pharmaciens du secteur sanitaire et social (SYNCASS-CFDT) et relayés par l’APM. M. Rosenblatt évoquait l’existence d’une « chasse aux directeurs des hôpitaux ».

Propos inacceptables

On apprenait bien vite, par le même canal, que Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s’insurgeait contre  cette lettre ouverte : elle mettait directement la directrice de l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP) après le suicide du cardiologue sur son lieu de travail.

Dans un courrier daté du 14 décembre adressé à Marisol Touraine (dont Le Quotidien avait eu copie) Martin Hirsch exhortait la ministre de la Santé à intervenir « pour faire cesser des propos inacceptables ». « Je souhaiterais que vous puissiez, soit par lettre ouverte, soit par communiqué, faire connaître que la responsabilité personnelle de la directrice n’est pas mise en cause par le rapport (de l’IGAS) qui vous a été remis, qu’il n’est pas acceptable de faire des références trompeuses et diffamatoires (…) », écrivait le directeur général de l’AP-HP à sa ministre de tutelle. « Une information judiciaire est en cours, il convient de respecter la présomption d’innocence », ajoute Martin Hirsh.

L’association des amis de Jean-Louis Mégnien avait pour sa part demandé que la directrice de l’HEGP soit « lourdement punie, comme tous ceux qui ont favorisé ce drame, médecins ou non ».  Selon Martin Hirsch, ces accusations étaient « d’autant plus insupportables » que le rapport « secret » de l’IGAS remis au ministère de la Santé en septembre « ne met pas en cause la responsabilité personnelle de la directrice ». « Cette situation ne saurait se prolonger et appelle une réaction, tant à l’égard d’une directrice d’hôpital mise en cause injustement qu’à l’égard de l’ensemble de la communauté hospitalière », ajoute le patron de l’AP-HP.

Menaces

 Le Quotidien ajoutait que, souhaitant éviter de nouveaux « débordements », Martin Hirsch prévient qu’en l’absence de « mise au point » de Marisol Touraine, il se référera « publiquement » au contenu du rapport de l’IGAS « dont les conclusions sont détournées ».

L’association Jean-Louis Mégnien répliquait aussitôt dans une lettre dont nous avons publié le contenu.  On y reparlait notamment du rapport de l’Igas :

« A la suite de la remise du rapport d’enquête de l’Igas sur le suicide de Jean-Louis Mégnien en septembre dernier, dont la synthèse pointe des « manquements » de la part de responsables locaux et centraux, le chef de l’Igas indique dans une lettre qui vous est destinée que ce rapport met en cause les « instances hospitalo-universitaires qui ont géré le conflit » et détecte des « lacunes ». Citant l’article L311-6 du code des relations entre le public et l’administration pour justifier son attitude de ne pas rendre public ce rapport, M. Pierre Boissier précise que « les lacunes relevées par la mission la conduisent à porter des critiques sur le comportement professionnel et personnel d’un grand nombre de personnes et à émettre à leurs propos des jugements de valeur dont la révélation publique serait de nature à leur porter préjudice ». Il précise que le magistrat instructeur qui instruit la plainte pour harcèlement moral consécutive au suicide de Jean-Louis Mégnien est destinataire du document et que « ne sont pas communicables les documents dont la communication pourrait porter atteinte au déroulement des procédures engagées (…) ». 

 «  (…)  le directeur général de l’AP-HP envisage de publier ou de faire fuiter une partie, bien choisie, du rapport de l’Igas, dont il a eu connaissance et dont il semble détenir un exemplaire.

Ce rapport a été établi dans des conditions que l’association a contestées, notamment en ce qui concerne son caractère « contradictoire », puisque les responsables administratifs mis en cause en ont eu connaissance sans que ceux qui les mettaient en cause aient été placés dans la même situation. Ce document, non communicable en vertu de l’article sus-cité, est de plus désormais couvert par le secret de l’instruction, et tout ou partie de sa communication peut faire l’objet de poursuites. »

Marge de manœuvre

Publiquement interpellée par le directeur général de l’AP-HP, Marisol Touraine, ministre de la Santé, ne saurait sans risque laisser longtemps se développer cette polémique hors du commun. Mais quelle est sa marge de manœuvre quant à la publication du rapport de l’Igas ?

« Le chef de l’Igas explique pourquoi ce n’est pas possible. De plus il est versé à l’instruction, donc doublement secret, explique un très bon connaisseur du dossier. La veuve de Jean-Louis Mégnien en aura connaissance par l’avocat mais ne pourra rien dire. C’est pourquoi la demande de M.Hirsch met la ministre devant une impossibilité. Par ailleurs la synthèse rendue publique en septembre par l’Igas met en cause sans les nommer les responsables de Pompidou. »

Exposition publique

C’est là un imbroglio sans précédent dans l’histoire hospitalière française. Un imbroglio doublé de l’exposition publique de différents rapports de force et de pouvoir habituellement masqués. Reste, pour l’heure,  le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret) : « Harcèlement moral à l’hôpital : des médecins brisent l’omerta »:

« Quelles sont les causes du mal qui gangrène les équipes hospitalières? « Le drame de notre ami a mis au jour un problème structurel : le pouvoir exorbitant de l’administration. Il faut un rééquilibrage au profit des gens de terrain », dénonce le Pr Philippe Halimi, chef du service de radiologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou et proche du Pr Mégnien. Dans son sillage, certains médecins réclament une refonte de la gouvernance hospitalière mise en place par la loi Bachelot de 2009. Promoteurs et détracteurs de cette réforme, médecins de base ou chefs d’établissement, jusqu’au président de la Fédération hospitalière de France et maire (Les Républicains) de Fontainebleau, Frédéric ­Valletoux, tous incriminent le régime sec auquel sont soumis les hôpitaux et qui met équipes et directeurs sous pression. »

Un suicide, une dénonciation médicale de l’omerta, des langues qui se délient. Des baronnies chahutées. Des dénonciations de situations devenues intolérables. Des élections présidentielles et législatives dans le viseur. Noël n’efface  ni le souvenir, ni la curiosité: de quoi sera faite la prochaine année dans le monde hospitalier français ?

A demain

«Un hôpital sans personnel, ça n’existe pas…» (François Hollande, 22 décembre 2016)

 

Bonjour

Poésie. « Une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête… une fourmi parlant français, parlant latin et javanais… ça n’existe pas… ça n’existe pas…  » (Robert Desnos, Joseph Kosma, Juliette Gréco). Que pèse encore la parole politique ? Quel poids pour les phrases du président de la République ? On moquait, jadis, celui qui inaugurait les chrysanthèmes. François Hollande était, jeudi 22 décembre, en déplacement au Centre Hospitalier de Chambéry. Pas de chrysanthèmes, mais l’inauguration d’un nouveau bâtiment en service depuis … septembre 2015.

François Fillon

Sourires, humour présidentiel, ronds de jambes, petits sous-entendus, lieux communs … Une petite heure de visites et de discours. L’hôpital  représente « le service public par excellence », ce qui n’enlève rien au secteur privé, indispensable complémentarité. Le président défend l’accès aux soins pour tous et salue, immortelle antienne, « le dévouement des personnels de santé ». Rien sur le harcèlement hospitalier, la quête d’identité.

Et puis ce mot: « Il n’y a pas un hôpital qui fonctionne sans personnel, ça n’existe pas », a glissé le chef de l’État. « Je voudrais que certains se le mettent dans l’esprit » (allusion aux propositions de François Fillon).

 Et pourquoi pas ?

Pour le reste des chiffres, des chiffres qui masquent tant et tant de plaies : « Les dépenses totales d’assurance-maladie concernant l’hôpital ont progressé de 10 milliards d’euros depuis 2012, la dette des hôpitaux qui avait triplé de 2003 à 2012 pour atteindre 30 milliards d’euros a été stabilisée et, depuis 5 ans, 31 000 soignants ont été recrutés dans les hôpitaux ».

François Hollande avait auparavant visité l’ancienne maison de Jean-Jacques Rousseau, sur les hauteurs de la ville de Chambéry. Le chef de l’État y avait célébré le « contrat social, un des fondements de la République », « au moment où il y a la montée de l’individualisme, le repli vers l’égoïsme et un manque de solidarité ». Le « contrat »?  Le lien était tout trouvé : « L’hôpital public symbolise le contrat qui lie chaque Français au système de santé et qui le rend accessible à tous ».

« Une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête… une fourmi parlant français, parlant latin et javanais… ça n’existe pas… ça n’existe pas… Et pourquoi pas ? Et pourquoi et pourquoi pas ? »

A demain