Agnès Buzyn face à la colère hospitalière: curieuses confidences au Journal du Dimanche

Bonjour

La tempête gronde et nous vivons des temps médiatiques dominicaux ambigus.  Hier cette annonce à la veille de la manifestation nationale de jeudi 14 novembre des médecins et des personnels de l’hôpital public : « N’en jetez plus, la coupe est pleine. Chirurgiens, médecins, infirmières, psychologues… Dans trois tribunes publiées sur le site du Journal du Dimanche, ils jettent un regard cru sur l’évolution de leurs conditions de travail.

1 – « Notre mission de service public est de tout faire tout le temps, mais le gouvernement ne nous en donne pas les moyens. […] En épuisant les soignants, on les a fait fuir : spirale sociale infernale », écrivent Patrick Pelloux et treize praticiens de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

2 – Faute de personnel suffisant, « les blocs opératoires dysfonctionnent, au point que de nombreuses interventions programmées des mois à l’avance sont annulées le jour même », déplorent quinze praticiens réunis par Michel Tsimaratos de l’hôpital de la Timone à Marseille dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires.

3 – Plus que de « malaise », Remy Nizard, chef de service du service de chirurgie orthopédique à l’hôpital Lariboisière à Paris, préfère parler « de désespérance ». Il s’interroge : « comment pouvons-nous collectivement accepter d’être l’un des pays de l’OCDE qui paye le moins bien ses infirmiers? »

A quoi joue le quotidien dominical ? Parallèlement aux trois tribunes il annonce « dévoiler les efforts d’Agnès Buzyn pour obtenir les moyens d’apaiser la fronde ». Cela donne, en Une « La guerre secrète d’Agnès Buzyn » (sic). Puis « Traitement de choc (Anne-Laure Barret et Hervé Gattegno avec le service politique) . Dévoiler ? Comment ? Extraits (nous soulignons) :

« Pour Agnès Buzyn, c’est l’heure de la revanche. Alors que médecins et soignants hospitaliers organisent jeudi une manifestation nationale, point d’orgue du mouvement né en mars, la ministre de la Santé semble avoir remporté un bras de fer engagé contre Bercy pour desserrer l’étau budgétaire. En septembre, ses annonces avaient fait un flop. La contestation n’a pas faibli depuis, au point d’inspirer à Emmanuel Macron la crainte d’une « coagulation » de la fronde des soignants avec celle des opposants à la réforme des retraites, à un mois de la grève reconductible du 5 décembre. C’est pourquoi la crise des urgences est redevenue une urgence.

« Les arbitrages n’étaient pas encore rendus samedi mais la décision essentielle est prise : l’exécutif va « ouvrir les vannes » (dixit une source gouvernementale) pour améliorer l’ordinaire des soignants et le fonctionnement des hôpitaux. « Primes », « investissements », « revalorisations » : ces termes ont fait leur réapparition dans les discussions entre les cabinets d’Agnès Buzyn et de Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, qui ont multiplié les réunions ces dernières semaines sous l’égide d’Edouard Philippe.

« S’y ajoute l’idée, étudiée à Bercy, d’une reprise (totale ou partielle) par l’Etat de la dette astronomique des hôpitaux – 30 milliards d’euros! Objectif : redonner de l’oxygène au système de santé et permettre aux directeurs d’établissements d’investir à nouveau dans les équipements et le matériel, dont la dégradation alimente la frustration des personnels au quotidien.

Ce qui a changé? Le climat social, qui s’est durci, principalement autour de la question des retraites. La radicalisation du mouvement hospitalier, aussi, sur laquelle Buzyn a plusieurs fois attiré l’attention de Macron et de Philippe, allant jusqu’à comparer les blouses blanches au Gilets jaunes : « Les syndicats sont d’accord avec moi mais la base ne veut rien entendre, leur a-t-elle dit. Ils sont complètement débordés. » Sans oublier l’inquiétude des élus locaux, toutes couleurs politiques confondues, qui s’alarment à 4 mois des élections municipales de voir la crise s’enraciner dans leurs hôpitaux, souvent les premiers employeurs de leur ville.

L’addition de ces causes a fini par produire son effet. « Le Président veut absolument tenir sur sa réforme, donc il est prêt à lâcher sur le reste ; Buzyn a poussé son avantage », analyse un ministre influent. Après un échange vif en réunion, Darmanin lui a fait porter un bouquet de roses. Cadeau de bienvenue dans le grand bain de la politique? La suite a plutôt tourné à l’avantage de Buzyn. (…) »

On n’en saura guère plus. Sinon qu’il n’est pas question, bouquet de roses ou pas, de toucher au « point d’indice de la fonction publique ». Pas question de satisfaire la revendication majeure et préalable du Collectif Inter Urgences (300 euros d’augmentation de salaires) : cela représenterait « 9 milliards d’euros par an ». Guère plus sinon que la ministre « n’aurait pas été très loin d’une menace de démission » si elle n’obtenait pas gain de cause sur le déremboursement de l’homéopathie – ce qui ne manquera pas d’étonner quand on connaît un tant soit peu le dossier 1.

Guère plus sinon qu’elle serait parvenue à « trouver les arguments pour convaincre Macron, fils d’un professeur de neurologie du CHU d’Amiens » (sic) – notamment en lui narrant le « rôle néfaste de grands mandarins » tout en plaidant pour redonner du pouvoir aux médecins dans la direction des hôpitaux qui, comme chacun sait, sont devenus des entreprises depuis dix ans et la loi Bachelot. Agnès Buzyn aurait eu ce mot à l’attention du fils du neurologue : « Il faut à tout prix éviter que l’hôpital sorte de son lit. Sinon on ne l’y fera pas rentrer ».

C’est métaphoriquement dit : l’heure est à la contention hospitalière. Et à la relecture des trois tribunes médicales dominicales.

A demain @jynau

Argent, hôpitaux, psychiatrie: que peut répondre Agnès Buzyn à l’accusation d’«infamie» ?

Bonjour

 « Arrachons l’hôpital public des mains de l’infamie ! ». C’est le titre d’un texte de l’Union Syndicale de la Psychiatrie (USP) qui appelle à la grève nationale du 14 novembre. « Infamie », vraiment ? Extraits :

« Nous vivons aujourd’hui la conséquence des politiques de santé des dernières décennies et aggravées par le gouvernement actuel. C’est au nom de la ‘’maîtrise comptable des dépenses’’ que sont menées ces politiques insensées.

La psychiatrie est particulièrement délabrée. Sous-dotée depuis plus de 15 ans, elle est abandonnée par les pouvoirs publics 1. Les hôpitaux psychiatriques se vident de leurs psychiatres, les unités ferment. Face à cette situation, depuis des mois, dans toute la France, des collectifs soignants font grève pour dire leur impossibilité à continuer à travailler dans ces conditions.

« Et devant ce constat partagé, que fait ce gouvernement ? Il propose encore une baisse de l’enveloppe attribuée à l’hôpital public en proposant un ONDAM à 2,1 %, alors même que les charges de l’hôpital augmentent de 4 % annuellement ! Que veulent donc Madame Buzyn et ses amis ? C’est « un virage massif vers l’ambulatoire », la fin de la politique de secteur et le partage entre privé et public de l’offre de soins. Leur recette est classique : appauvrir le service public, qui forcément finit par dysfonctionner… puis appeler au sauvetage du service public par le privé.

« C’est un véritable transfert de l’hospitalisation publique vers le secteur privé et son management en entreprise concurrentielle qu’organise le gouvernement. Leur objectif est clair : soins au moindre coût, tout pour les bénéfices des actionnaires. Nous devons briser cette logique infernale ! La psychiatrie n’est pas à vendre ! Les hôpitaux ne sont pas des marchandises ! Ce sont des biens communs. L’USP exige des moyens pour soigner les patients accueillis en psychiatrie. Nous voulons simplement pouvoir proposer un accueil digne de ce nom, par des équipes pluriprofessionnelles, en ambulatoire et à l’hôpital. »

Délabrement, sûrement. Infamie, vraiment ? « Infamie » : 1 Flétrissure morale infligée par la loi ou par l’opinion publique et portant atteinte à la réputation, à l’honneur d’une personne. 2. Caractère, condition, état d’une personne ou d’une action infâme. 3 Action ou parole vile, honteuse. 4. Tout ce qui cause de la répugnance par sa laideur, sa saleté. 5. Paroles injurieuses pouvant porter atteinte à la réputation, à l’honneur d’une personne. 

A demain @jynau

1 « Dans une psychiatrie ‘’paupérisée’’ les budgets sont … ‘’à préserver’’ (Agnès Buzyn) » (Journalisme et santé publique, 26 janvier 2018)

Né en 1923, le Pr Louis Lareng, créateur éclairé du premier SAMU français, vient de décéder

Bonjour

Un grand servant de la médecine. C’était un descendant du baron Dominique-Jean Larrey, père de la médecine d’urgence et, sous Napoléon, promoteur des premières « ambulances volantes » (voitures à chevaux transportant deux à quatre blessés) : dispenser les premiers soins le plus tôt possible au plus près des victimes ; rapatrier ces dernières au plus vite dans un espace hospitalier.

Né le 8 avril 1923 à Ayzac-Ost (Haute-Pyrénées) le Pr Louis Lareng avait connu les premières heures de l’anesthésie-réanimation. Avant de créer sous ce nom, en 1968 à Toulouse, le premier service d’aide médicale urgente (SAMU) avec le Dr Madeleine Bertrand. Comme quelques autres esprits éclairés « il avaient fait le constat de la surprenante disproportion entre les moyens mis en œuvre lors de l’arrivée à l’hôpital d’un malade ou d’un blessé grave, et ceux toujours très sommaires ou archaïques utilisés avant la phase hospitalière dans les longues minutes qui suivent l’accident ou le malaise ».

Ces médecins trouvent alors des ambulances, les équipent à grande peine avec du matériel récupéré dans les unités hospitalières et se mettent à la disposition des services publics de secours, gendarmerie, police ou pompiers. Cette innovation fut d’emblée perçue comme dérangeante (comme oser transporter l’Hôpital hors les murs ? ) 1. Avant de devenir indispensable et, parfois, victime de son succès. Elle fut consacrée en 1986 lorsque Louis Lareng, devenu député (socialiste, Haute-Garonne), fera adopter la « loi Lareng sur la médecine d’urgence et les transports sanitaires ».

Depuis 1989, visant toujours plus loin, le Pr Lareng présidait la Société européenne de télémédecine et e-santé. Sur Twitter, plusieurs personnalités lui ont rendu hommage. Comme l’ancien premier vice-président de l’Ordre des médecins, le Dr Jacques Lucas, qui a salué « un homme engagé plein d’humour, combatif et grand humaniste ». On ne dira pas mieux.

A demain @jynau

1 On se reportera avec grand intérêt rétrospectif à la tribune du Pr Louis Lareng publiée dans Le Monde du 9 février 1977: « Une planification de l’urgence »

Emmanuel Macron : il est «bouleversé» par la souffrance au travail des soignants hospitaliers

Bonjour

28 octobre 2019. Exercice présidentiel et politique à très haut risque…  Calmera-t-il la colère hospitalière ou amplifiera-t-il au contraire, en les justifiant,  les manifestations à venir ? Emmanuel Macron était ce matin l’invité exceptionnel non pas de France Inter mais bien de RTL (William Galibert. entretien enregistré). Extraits (à partir de 7 ‘) :

« Le problème qu’on a, je vais être très sincère avec vous, on fait une stratégie qui est très intelligente qui va mettre 5 à 10 ans à se déployer. On manque de médecins, par exemple, j’ai ouvert le numerus clausus… il faut dis ans pour former un médecin. Et nous payons aujourd’hui les non-réformes ou les mauvais choix qui ont été faits il y a dix, quinze ou vingt ans…. Et on se retrouve aujourd’hui avec quelque chose qui n’était pas prévisible, une situation où l’on a pas assez de médecins, donc de la désertification dans nos campagnes (…) et de l’autre côté des urgences qui sont saturées…

« Et cette crise elle arrive aujourd’hui. Or je ne peux pas former des médecins en six mois. Et donc ce qu’on est en train de finaliser, sans mauvais jeu de mots, c’est une réponse d’urgence où, soyons clairs, il va falloir qu’on remette des moyens parce qu’il faut qu’on réponde à la souffrance des personnels de santé. Une des choses qui me bouleverse le plus c’est quand je vois nos infirmières et nos infirmiers, nos aides-soignants, nos aides-soignantes, nos médecins qui sont en souffrance au travail alors qu’ils sont d’un dévouement incroyable, qu’ils ne comptent pas leurs heures, leur énergie et qu’ils sont mis dans des situations impossibles.

« Et patatras… »

« Pour moi ce cas , il est emblématique de la difficulté qu’on vit. On a fait un très gros travail pour penser l’hôpital et la santé de demain. Et patatras … ! On arrive au bout d’un modèle qui tirait sur la corde depuis dix, quinze, ans … et ça craque maintenant. Faut pas être injuste avec ceux qui ont construit le modèle futur qu’on a présenté … il faut continuer ce travail, l’accélérer et en même temps avoir, si je puis dire, une réponse d’urgence qui permette de traiter les souffrances immédiates. C’est ça que notre pays vit et que j’avais peut-être sous-estimé. On ne peut pas dire à une infirmière qui n’est pas assez payée, qui est en souffrance au travail, qui n’a pas assez de moyens : ‘’vous savez on va construire quelque chose de formidable ! Vous verrez dans dix ans ce sera super ! Non ! Il faut qu’on lui explique çà et où on va. Et je crois que ce sera beaucoup mieux dans dix ans .. dans cinq ans même, dans cinq ans… Mais il faut aussi qu’aujourd’hui on lui permette de mieux travailler.»

Comment ? Le président de la République ne l’a pas dit. Pas plus que Bruno Lemaire, ministre de l’Economie qui parlait après lui, également sur RTL. On attend ici Agnès Buzyn. Sur quelle chaîne ? A demain @jynau

Pour Agnès Buzyn les soignants hospitaliers ont besoin de brancards «qui ne sont pas cassés»

Bonjour

L’inconscient étant ce qu’il est, parler à la presse peut ne pas être sans danger. Agnès Buzyn était hier l’invitée de BFM TVRMC. Elle s’y est exprimée sur la grande misère des hôpitaux publics où la grogne chronique se transforme en véritable colère. Un «plan de soutien» pour l’hôpital sera «présenté dans le courant du mois de novembre» et «il y aura évidemment des moyens associés», a annoncé la ministre des Solidarités et de  la Santé, Agnès Buzyn. Et de préciser : « un plan pour l’hôpital public et l’hôpital en général »  (sic).

 Ce nouveau plan visera en premier lieu à assurer «un meilleur investissement courant», car «les gens ont besoin de travailler dans des conditions acceptables, avec des nouveaux matériels, avec des brancards qui ne sont pas cassés». Et Agnès Buzyn d’ajouter : «ça rend les soignants fous de travailler avec des conditions dégradées». Où l’on entend, sur RMC, la ministre parler comme le ferait un syndicaliste hospitalier.

Objectif : renforcer l’attractivité de l’hôpital, « qui est aujourd’hui clairement déficitaire en personnels», a-t-elle poursuivi, affirmant qu’actuellement «beaucoup de lits sont fermés faute de personnel». Moyens : «la revalorisation des salaires, notamment en début de carrière». En focalisant sur «les métiers en tension» ainsi que  «les grandes métropoles où il y a des difficultés de logement particulières».

Ce plan fera l’objet de discussion avec «tous les acteurs» du monde hospitalier: directeurs d’hôpitaux, médecins, syndicats, élus, parlementaires. «Je vais rencontrer tout le monde pour proposer un certain nombre d’axes, je vais voir leurs réactions et il sera présenté dans le courant du mois de novembre», a-t-elle ajouté. «Il y aura évidemment des moyens associés», a-t-elle assuré sans avancer de montant.

« La goutte d’eau qui fait déborder le vase de la souffrance »

A l’Assemblée nationale (où l’examen du budget 2020 de la Sécurité sociale est en cours) le député Jean-Carles Grelier (LR, Sarthe) a fait un rappel au règlement pour s’offusquer que la ministre «annonce un plan pour l’hôpital dans une interview télévisée». Il y voit «une mauvaise manière». A gauche, surprise : Adrien Quatennens (LFI, Nord) a dit sa «surprise» et sa «satisfaction» d’apprendre qu’il restait des marges de manœuvre dans «la besace».

A venir : le Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Elargi aux autres spécialités (SNPHARE) annonce une vaste mobilisation des personnels hospitaliers le 14 novembre. Selon lui le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PFLSS) « asphyxie définitivement l’hôpital ». Il est « la goutte d’eau qui fait déborder le vase de la souffrance de l’hôpital public » (re-sic), et « conduit les médecins et les personnels paramédicaux à se réunir et préparer une mobilisation historique.

A venir également, des chiffres officiels établissant qu’en 2017, un agent de la fonction publique hospitalière (FPH) perçoit en moyenne 2 288 euros nets par mois en équivalent temps plein (moyenne qui prend en compte tous les salariés des hôpitaux et des établissements médico-sociaux, fonctionnaires, contractuels ou personnels médicaux. Les disparités salariales dans la FPH sont ainsi quasiment stables (en dépit d’un léger recul des salaires dans le haut de l’échelle). Le salaire net des femmes est inférieur de 20,5 % à celui des hommes (à caractéristiques identiques, l’écart salarial est de 3,5 %.)

Des salaires qui ne répondent en rien au fait de travailler dans des conditions inacceptables, avec des brancards cassés». Des salaires qui ne préviennent nullement le risque de devenir fou du fait de travailler dans des conditions dégradées.

A demain @jynau

Grève du codage des soins et actes hospitaliers: une belle passe d’armes au sein de l’AP-HP

Bonjour

« Grève du codage des soins hospitaliers » : c’est la dernière initiative en date issue de l’actuelle mobilisation du « Collectif Inter-Hôpitaux ». Selon un constat largement partagé la Tarification à l’activité (T2A) complique et démultiplie les actes médicaux – en alourdissant la facture pour la Sécurité sociale. Elle est de plus  inadaptée pour la prise en charge de maladies chroniques et de personnes âgées.

Pour les médecins, « participer à la résistance organisée par le Collectif Inter-Hôpitaux » signifie qu’ils cesseront de déclarer à la direction comptable de leur hôpital chaque acte médical pratiqué au cours de leur journée de travail. Nous publions ci-dessous, à titre documentaire, un échange éclairant sur ce thème entre Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et la Pr Olivia Gillion-Boyer de (Hôpital Necker – Enfants malades).

A demain @jynau

Le mail de Martin Hirsch au personnel médical de l’AP-HP (16-10-2019)

« Mesdames et messieurs,

Certains médecins de l’AP-HP ont annoncé leur intention de ne plus procéder au codage des soins et des actes et cette action est discutée dans des assemblées générales. Je souhaite alerter chacun des conséquences pratiques du non codage pour nos hôpitaux, comme je l’ai fait au directoire hier.

La première conséquence, à court terme, est que cela nous contraindra à activer davantage des marchés auprès de prestataires privés, comme nous le faisons pour aider des équipes lorsqu’il y a un retard dans le codage. Le recours à ces marchés a un coût certain et ne garantit pas la même qualité de codage; y recourir pour de nombreux hôpitaux provoquera une dépense sur le budget 2019 au détriment d’autres dépenses, au moment même où nous avons donné des consignes de vigilance sur les charges médicales et hôtelières.

La deuxième conséquence est à plus moyen et long terme. Vous savez que nos recettes dépendent de notre taux de recouvrement qui lui-même se fonde sur la facturation qui résulte du codage. Vous êtes souvent nombreux à déplorer nos performances, encore insuffisantes, en matière de recouvrement et les dizaines de millions que nous perdons chaque année.

Pour mieux recouvrer, il faut facturer tôt et précisément. Toutes les données montrent que plus on facture tard, plus le taux de recouvrement baisse. Toutes les perturbations à l’automne 2019 auront donc des conséquences immédiates sur nos recettes de l’année mais aussi des conséquences différées quand il s’agira dans un an, deux ans, voire trois ans, de constater que des créances ne sont pas recouvrées et doivent être admises en non valeur.  Ceci expose donc fortement au risque, dans les années qui viennent, à avoir à prendre des mesures d’économies pour compenser cet effet retard.

Ces deux points n’ont rien de symbolique mais sont des conséquences pratiques  et, je crains,  inévitables d’un arrêt total ou partiel du codage. Je ne vois pas comment cet effet, qui aggravera nos difficultés récurrentes, pourra être compensé par une décision de nos tutelles. C’est donc l’ensemble des activités de l’AP-HP qui auront à en supporter les effets qui n’auront pas de conséquences sur d’autres acteurs mais sur notre propre capacité de financement des projets

 Je sais que cette action provoque des débats. Il me paraissait important d’informer de ses conséquences et je pense utile que chacun puisse en avoir connaissance. De notre côté, comme vous le savez, nous n’avons pas besoin de la pression du non codage pour être à l’écoute des difficultés et pour faire le maximum pour y trouver des solutions et faire jouer notre pouvoir de conviction, qui est d’autant plus fort, qu’il est porté collectivement .

Je vous remercie de transmettre ce message à vos équipes. Il me semble important  que chacun puisse avoir une information précise au moment utile.

Bien cordialement »

La réponse de la Pr Olivia Gillion-Boyer (17-10-2019)

« Pardonnez moi Mr Hirsch, mais je suis extrêmement choquée par la teneur de votre email.

Quand on apprend que près de 900 lits sont fermés à l’AP-HP, ce qui contraint les soignants à appliquer une « médecine de guerre » en sélectionnant les patients qui vont pouvoir être pris en charge correctement au détriment des autres, mettant en jeu le pronostic vital des patients, la responsabilité médico-légale des médecins et aggravant l’épuisement des équipes.

Quand dans mon hôpital, fleuron de la pédiatrie et des maladies rares, sans recours possible vers la médecine libérale, des centaines de chirurgies pédiatriques sont annulées avec parfois des conséquences dramatiques

Quand la réanimation adulte menace de fermer dans quelques jours par manque de forces vives

Quand il manque dix urgentistes et autant de soignants pour faire tourner les urgences au début du plan bronchiolites

Quand la réanimation pédiatrique a jusqu’à 50% de ses lits fermés et que certains enfants ayant fait un arrêt cardiaque en salle ont dû être transférés

Ce qu’on attend d’un Directeur Général et de ses services n’est pas seulement « d’être à l’écoute des difficultés et de faire le maximum pour y trouver des solutions et faire jouer notre pouvoir de conviction »  et surtout pas un appel à la démobilisation !

Ce qu’on attend de vous et de vos équipes, c’est d’être chaque jour dans le bureau de la Ministre/du Président/des 577 députés afin de négocier une revalorisation de l’ONDAM à la hauteur des charges et des salaires des infirmiers et soignants afin qu’ils ne désertent plus l’AP-HP et de nous tenir informés en direct de l’état d’avancement de ces négociations.

Bien cordialement »

Agnès Buzyn «surveille»-t-elle les mails des médecins ? Nos précisions sur un titre critiqué

Bonjour

Ecrire, bloguer c’est, parfois, donner l’impression d’exagérer. Ainsi ce titre : « Pourquoi Agnès Buzyn surveille-t-elle les mails des médecins hospitaliers tentés par la grève ? ». Un titre né des déclarations publiques de la ministre des Solidarités et de la Santé

« Ils ne le savent pas mais je suis dans la boucle de mails des médecins qui s’écrivent au sujet de leur envie de faire grève. Je suis sidérée, d’abord de leur méconnaissance du système, du nombre d’informations fausses dont ils disposent et sur lesquelles ils basent leurs raisonnements et à quel point leurs solutions sont des solutions de court terme qui ne régleront pas le problème. »

Pour sa part Le Quotidien du Médecin évoquait ici une « prise de risque », celle de critiquer l’implication de certains médecins hospitaliers dans le Collectif inter-hôpitaux et la grève nationale annoncée pour le 14 novembre.  Plusieurs lecteurs nous ont fait part de leur surprise et de leurs critiques. « Bien qu’elle ne me soit pas sympathique je trouve vache (un coup bas en fait) de dire qu’elle « surveille » les mails. A lire le titre on dirait qu’elle les espionne de façon illégale, nous écrit ainsi Umberto Ucelli.  Il se trouve que les médecins (aussi) s’écrivent des courriels à destinataires nombreux, sorte de forum. Donc elle est parmi probablement des dizaines de destinataires et elle lit ce qu’on lui adresse sans voir forcément qu’elle parmi les destinataires. »

Sans doute faut-il ici revenir aux définitions de « surveiller » : Nos critiques retiennent celle-ci : « Observer les agissements d’adversaires potentiels, les lieux d’où peut survenir le danger » ; ou celle-là : « Se tenir informé, par des moyens policiers, des activités de personnes jugées suspectes, du comportement de collectivités, de groupes, de lieux à risques. »

Pour notre part nous ne songions qu’à : « Observer quelqu’un avec une certaine attention pour comprendre son comportement. » Aucun « coup bas », donc. Mais, sans doute, la nécessité de mieux s’expliquer.

A demain @jynau