Urgences. Agnès Buzyn lâche du lest : 97,69 euros brut mensuel «partout où c’est justifié»

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D-Day, certes, mais pas le Plan Marshal réclamé. Et encore moins de « miracle ». « Face au mouvement de grève qui menace d’embraser l’ensemble des services d’accueil des urgences du pays, le gouvernement change de ton, annonce Le Monde (François Béguin). Accusée ces dernières semaines de n’avoir pas mesuré l’ampleur du malaise et de l’épuisement des soignants qui y travaillent, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a reconnu, jeudi 6 juin, au  Congrès des urgentistes congrès des urgentistes, à Paris, leur « détresse ». « Le quotidien est devenu insupportable pour beaucoup d’entre vous », a-t-elle admis, ajoutant : « Ces difficultés, je ne les regarde pas avec une distance froide de gestionnaire. »

L’empathie suffira-t-elle, à quelques heures d’une manifestation rassemblant à Paris des infirmiers et des aides-soignants venus des quelque quatre-vingt services en grève à travers toute la France ? Agnès Buzyn a annoncé le lancement « d’une mission nationale » chargée d’élaborer une « stratégie d’ensemble » pour « adapter nos urgences aux nouveaux besoins de santé ». Le Pr. Pierre Carli, président du Conseil National de l’Urgence Hospitalière et le député Thomas Mesnier devront « mener une grande réflexion pour la refondation des urgences, intégrant les professionnels médicaux et soignants ».

La ministre n’a donné aucun chiffre mais demandé aux Agences Régionales de Santé d’apporter « plus directement et plus spontanément » (sic) leur soutien financier aux hôpitaux« qui font face à un surcroît d’activité et à des afflux exceptionnels ».

Le Monde ajoute que Mme Buzyn a également fait un geste en direction des soignants en grève qui réclament une augmentation de salaire de 300 euros net mensuel. Elle a ainsi « fait part de son souhait » (re-sic) que la « prime sécurité » soit relevée « partout où cela est justifié ». Certains personnels des urgences touchent déjà en partie cette prime forfaitaire de risque d’un montant de 97,69 euros brut par mois. « Cette prime n’est pas portée partout à son juste niveau, des inégalités existent entre hôpitaux pour des situations pourtant analogues », reconnaît la ministre 1.

« Après avoir récemment assuré qu’elle n’avait pas de ‘’solution miracle’’ pour les urgences, notamment pour résoudre la pénurie de médecins, Mme Buzyn a donc lâché un peu de lest, tout en veillant à ne pas réveiller les demandes des personnels d’autres services » commente Le Monde. Pour l’heure l’affaire est entendue :  Agnès Buzyn n’a pas obtenu du gouvernement et du président les moyens nécessaire pour un Plan Marshall destiné aux urgences et aux hôpitaux de France.

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@jynau

1 Extraits du communiqué officiel: « Afin d’améliorer les capacités d’adaptation des services d’urgences aux situations exceptionnelles, des crédits spécifiques à la main des ARS seront désormais directement fléchés pour permettre aux établissements de santé concernés de faire face à augmentation très importante de l’activité d’un
service d’urgence.

Une homogénéisation de la prime individuelle de risque pour le personnel paramédical: La ministre a annoncé la réalisation d’un état des lieux, pour homogénéiser son utilisation, de la prime individuelle existante visant à reconnaître l’exposition des personnels à des conditions de travail difficiles, voire dans certaines situations à des agressions verbales et mêmes physiques.

Une prime de coopération pour le personnel paramédical : Pour réduire l’attente aux urgences, les médecins doivent pouvoir déléguer des compétences aux autres personnels soignants grâce à la mise en place des protocoles de coopération. La ministre a
appelé les professionnels urgentistes à proposer des modèles de délégation de tâches, prévus dans la loi santé, qui aboutiront à la mise en place d’une prime de coopération pour les personnels paramédicaux concernés.

Quand et comment Agnès Buzyn parviendra-t-elle à en finir avec la crise montante des urgences ?

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6 juin 2019. Il y a trois quarts de siècle c’était le D-Day. Puis vint le célèbre Plan Marshall (« Programme de rétablissement européen ») un vaste dispositif  de prêts américains accordés de ce côté-ci de l’Atlantique pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées. Générosité ? On a aujourd’hui généralement oublié que ces prêts étaient assortis de la condition d’importer pour un montant équivalent d’équipements et autres produits venus des Etats-Unis.

Aujourd’hui c’est bien, toutes proportions gardées, un « Plan Marshall » que réclame, dans les colonnes du Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) le très mesuré Dr François Braun,  président de SAMU-Urgences de France. Un Plan Marshall avec, dans l’attente, des bouffées d’oxygène « pour passer l’été ». Et, le même jour, on annonce qu’Agnès Buzyn devrait « faire des annonces ». Le Congrès des urgentistes se tient à Paris et une manifestation animée est programmée entre Montparnasse et le ministère de la Santé.

Soignants grévistes et représentants syndicaux accusent la ministre de n’avoir pas mesuré l’ampleur du malaise des soignants. « Elle est très méprisante, aucune négociation n’a été ouverte avec les personnels alors que des services d’urgence sont en grève depuis des semaines », dénonce Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). L’heure est grave. Le Dr Braun:

« L’année dernière, on allait dans le mur. Cette année, nous y sommes ! Les services sont en train de lâcher. L’Observatoire de la souffrance au travail des praticiens hospitaliers a enregistré davantage de déclarations de collègues en burn-out sur les quatre premiers mois de 2019 que sur tout 2018. À Tourcoing, à Lons-le-Saunier, la situation est dramatique. Cette souffrance, jusque-là médicale, s’est étendue aux paramédicaux. On embauche des infirmières en intérim, c’est du jamais vu. Nous sommes arrivés au bout du système. »

« Aujourd’hui ,dit-il, plus de 100 services d’urgences se sont mobilisés. Si rien n’est fait, la moitié des services d’urgences seront en grève cet été ou dans l’impossibilité de bosser. Nous avons besoin d’un plan Marshall pour les urgences. Qu’on nous donne de l’oxygène pour passer l’été ! Directeurs d’hôpital et ARS doivent maintenir à tout prix l’activité des urgences cet été. Quand un service tourne sans médecins, on nous dit :  »Débrouillez-vous » Non ! Ça suffit ! Les PH dont l’activité ne relève pas de l’urgence doivent désormais s’investir davantage et venir faire leur boulot aux urgences. Nous n’avons pas besoin de plus d’urgentistes mais de plus de temps. 40 à 50 % de notre activité ne relève pas de l’urgence. Certains services ne font plus d’entrées directes de patients et préfèrent les faire passer par chez nous, c’est plus confortable, les examens complémentaires sont faits. Eux peuvent se permettre de fermer des lits en été, nous non. »

Où l’on mesure l’ampleur du défi posé à la ministres des Solidarités et de la Santé – défi compliqué de la défaillance croissante de la médecine de ville. « Ce n’était pas le cas il y a 15 ans. Les pouvoirs publics ont laissé faire par complaisance, accuse le Dr Braun. Cet été, les libéraux vont probablement tous partir en même temps en vacances, comme à chaque fois, et les conseils départementaux de l’Ordre ne diront rien, comme à chaque fois. Non, ce n’est plus possible ! C’est de la responsabilité de l’Ordre des médecins de maintenir la permanence des soins sur les territoires pendant les vacances. »

Or l’Ordre vient précisément de s’adresser solennellement à Agnès Buzyn et au gouvernement. « Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France, observe-t-il. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. » Dans ce contexte l’Ordre « appelle avec gravité à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé. » « Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue ».

Entendre politiquement la souffrance ? Emmanuel Macron donnera-t-il à Agnès Buzyn a-t-elle les moyens d’un « Plan Marshall » pour les urgences de France ?

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@jynau

Grève aux urgences : l’Ordre des médecins en appelle solennellement à Agnès Buzyn

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5 juin 2019. Sujet chaque jour un peu plus médiatique, la grève des soignants urgentistes entre dans une nouvelle phase. Après Agnès Buzyn (et la polémique sur le « dévoiement ») hier sur France Inter nous avons entendu ce matin  Sibeth Ndiaye, conseillère en communication et porte-parole du gouvernement sur RTL (Elizabeth Martichoux). Entre l’affaire Benalla et la Coupe du monde de football féminin elle s’est exprimée sur ce mouvement atypique autant que symptomatique.

La porte-parole du gouvernement a notamment assuré que la ministre des Solidarités et de la Santé était « disponible pour recevoir » les médecins urgentistes prévoient une manifestation le jeudi 6 juin en plein Congrès des urgentistes organisé à Paris. Un congrès majeur où Agnès Buzyn hésite visiblement à se rendre.

À propos des « arrêts maladie » controversés Sibeth Ndiaye a dit « ne jeter la pierre à personne » et appelle « tout le monde à converger pour essayer de trouver des solutions ». Agnès Buzyn campera-t-elle sur sa position et sa condamnation de ces « arrêts maladie » ? Matignon aimerait que non.  La ministre « suit le sujet avec énormément d’attention, de préoccupation », a encore souligné la porte-parole du gouvernement. « Elle-même médecin », elle « connaît parfaitement la situation de l’hôpital français » ajoute-t-elle.

C’est dans ce contexte que vient de s’exprimer, avec la hauteur et la solennité qui sied, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) qui, inquiet, « appelle à une concertation d’urgence ». Extraits :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a suivi les évolutions des grèves des médecins et personnels soignants dans les services d’urgences des hôpitaux. Il a pris connaissance des réquisitions préfectorales, notamment à Lons-le-Saulnier, et de l’émotion que les conditions de leur mise en application ont suscitée (…)  

« L’Ordre des médecins appelle avec gravité, dans le cadre du dialogue social, à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé, tant pour le service des patients que pour eux même. Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue (…)

«  Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. L’Ordre des médecins apporte son écoute et son soutien à l’ensemble des médecins et professionnels de santé qui exercent près des patients dans des conditions de plus en plus difficiles, et il est prêt à prendre toute sa part dans l’élaboration des décisions ministérielles qui ne sauraient être plus longtemps différées. »

Agnès Buzyn est-elle toujours inscrite à l’Ordre des médecins ?

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@jynau

Patiente handicapée à terre : que s’est-il vraiment passé, le dimanche 26 mai, à l’hôpital Necker ?

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Quelques lignes qui en disent beaucoup, peut-être trop. Celles d’un communiqué de presse diffusé sur le site de l’AP-HP et daté de ce 5 juin. On y apprend que la direction de l’hôpital Necker – Enfants malades a été alertée le dimanche 26 mai 2019 « par un riverain ».

« Il décrit une situation ayant eu lieu le même jour et dans laquelle deux agents de l’hôpital, à côté d’une patiente handicapée à terre devant l’hôpital, rient bruyamment. D’après ce témoignage, l’une d’elle se prendrait en photo près de cette dernière. Dès connaissance de ces faits, la direction de l’hôpital a déclenché une enquête administrative. Elle a mobilisé le service de sécurité de l’établissement, afin de visionner les bandes de vidéosurveillance pour identifier les deux agents de l’hôpital. Les agents seront suspendus à titre conservatoire pendant la durée de l’enquête interne. »

L’AP-HP précise avoir « signalé ces faits au procureur de la République de Paris ». Le père de la patiente a d’autre part été informé de cette enquête par la direction de l’hôpital « qui s’est engagée à faire toute la lumière sur les faits et lui a indiqué les procédures en cours ». Devions-nous être ainsi informé ? La question ne se pose plus. Reste les interrogations sur ce qui s’est réellement passé. On attend le prochain communiqué de l’AP-HP.

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@jynau

Urgentistes grévistes dévoyés : le gouvernement français les assure de toute sa solidarité

Bonjour

La grève des soignants urgentistes est désormais sur toutes les ondes médiatiques. Et le pouvoir exécutif tente de colmater les brèches. Après Agnès Buzyn (et la polémique sur le « dévoiement ») hier sur France Inter, aujourd’hui Sibeth Ndiaye, conseillère en communication et porte-parole (incontrôlable) du gouvernement sur RTL (Elizabeth Martichoux). Entre l’affaire Benalla et la Coupe du monde de football féminin, la grève des urgences. Extraits fournis par la station, à verser au dossier :

« Ce n’est pas une situation qui date d’aujourd’hui. Elle s’est sédimentée parce que des mauvaises décisions ont été prises depuis des années et des années. Moi, je comprends ce que vivent aujourd’hui les urgentistes. (…)  Cette difficulté, la difficulté de leur métier au quotidien, l’engagement qu’ils y mettent, je comprends aujourd’hui ce qu’est leur colère, ce qu’est parfois leur sentiment de désespoir et donc je veux évidemment les assurer de toute la solidarité du Gouvernement. (…) La médecine libérale aujourd’hui n’est pas au rendez-vous, c’est cela que nous devons réorganiser. (…)  Il y a des règles sur l’utilisation d’un arrêt maladie et un arrêt maladie ce n’est pas un moyen de faire une grève .(…)  La ministre de la Santé est disponible pour écouter et recevoir, elle l’a fait, elle continuera à le faire. »

Sur l’affaire Benalla [la journaliste Sophie Coignard revient, dans le livre « Benalla, la vraie histoire. Un intrus au cœur du pouvoir » (Editions de l’Observatoire), sur l’épisode de la Contrescarpe et sur les relations entre Alexandre Benalla et l’entourage du Président. Alexandre Benalla voulait une médaille après les événements du 1er mai]

« Evidemment que c’est choquant. Quand vous travaillez à la Présidence de la République, vous êtes quelque part l’incarnation de ce qu’est à la fois l’institution, la Présidence de la République, mais aussi une vitrine de ce qu’est le Président de la République. »

Sur la Coupe du monde de football féminin :

« Je suis fan de l’idée qu’un sport féminin ait pu émerger comme le football féminin est en train d’émerger en ce moment. Par solidarité féminine et parce que je suis profondément convaincue de l’impératif d’égalité entre les hommes et les femmes, j’irai les soutenir et je mettrai toute la panoplie du supporter. »

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@jynau

Combien de temps notre société acceptera-t-elle de soigner les personnes les plus âgées ?

Bonjour

Aucun hasard mais des signes convergents, en marge de l’affaire Vincent Lambert et du regain d’intérêt pour les « directives anticipées ». A commencer par cette interrogation officiellement soulevée au Québec : élargir ou pas le suicide médicalement assisté aux personnes devenues « inaptes » à le demander. Ou cette question ouvertement posée au Benelux : interdire ou pas les traitement au-delà de la barrière des 85 ans ? Et aujourd’hui le quotidien catholique français La Croix (Pierre Bienvault) qui s’interroge : « Faut-il soigner les patients très âgés comme les autres ? » Où l’on pressent que la réponse est (presque) inscrite dans la forme donne à la question.

Un débat d’actualité, nous dit La Croix : « Face à l’arrivée de traitements au prix parfois astronomique, notamment dans le domaine du cancer, certains médecins se demandent s’ils vont pouvoir continuer à soigner tout le monde de la même manière. ‘’Pour l’instant, il n’existe pas de consignes pour éviter de traiter des patients très âgés uniquement pour des raisons de coût. Mais j’ai le sentiment que le débat devient de plus en plus âpre dans les hôpitaux’’, souligne le Dr Véronique Lefebvre des Noettes, gériatre et psychiatre à l’hôpital Émile-Roux de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne).

Mais La Croix donne aussi à voir la complexité du sujet. Comme en donnant la parole à Jean-Pierre Droz, professeur émérite d’oncologie à l’université de Lyon : « Il y a une vingtaine d’années, on traitait peu le cancer à partir d’un certain âge. Pas mal de gens, y compris des médecins, estimaient que cela ne valait pas la peine d’infliger des traitements parfois lourds à ces patients. Mais, aujourd’hui, on a conscience qu’une personne de 80 ans, en bon état général, peut très bien espérer vivre dix ou quinze ans de plus si on soigne son cancer. » Pour le Pr Droz, l’âge en soi ne peut en aucun cas être un critère pour décider d’un traitement.

Tarifer à l’activité

Au cœur du débat : «la « qualité de vie ». Dr Véronique Lefebvre des Noettes : « Il faut toujours se demander si tel traitement va améliorer ou détériorer la qualité des dernières années de vie qui restent à la personne. » Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est la qualité au regard du coût pour la collectivité. Toujours dans La Croix la Pr Anne-Laure Boch neurochirurgienne à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière récuse l’idée que des impératifs économiques conduiraient à ne plus soigner les patients âgés. « C’est presque l’inverse aujourd’hui avec la tarification à l’activité. Avec ce système de financement, les hôpitaux sont au contraire poussés à faire le plus d’actes possible, y compris chez des gens âgés ».

De ce point de vue le cas de l’insuffisance rénale est riche d’enseignement. Yvanie Caillé, fondatrice de l’association de patients Renaloo : « La dialyse est une activité très rentable car très bien remboursée. En France, plus d’un patient sur 10 qui démarre la dialyse a plus de 85 ans. Pour certains d’entre eux, qui vont décéder en quelques semaines ou quelques mois, on peut se demander si ce choix est toujours dans leur intérêt, d’autant qu’il existe des traitements palliatifs conservateurs qui leur permettraient de vivre aussi longtemps mais dans de meilleures conditions ».

Soigner sans surmédicaliser. Soigner sans abandonner à la fatalité. « Qualité de vie » de la personne âgée, revendication montante d’un droit à mourir dans la dignité, augmentation croissante de la proportion des personnes vieillissantes, chacun pressent qu’il s’agit ici d’un sujet politique et médical majeur. Un sujet qui n’est jamais abordé dans sa globalité par l’exécutif français 1. Au risque de voir apparaître, demain, la même funeste question que celle aujourd’hui soulevée au Québec.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème, on peut se reporter au Comité national d’éthique et à son avis de mai 2018 sur les enjeux éthiques du vieillissement.

Pour s’être fait portés pâles, les urgentistes dévoyés de Lariboisière seront condamnés ?

Bonjour

« Dévoyer » n’est pas un mot que l’on peut utiliser à la légère. C’est, de nos jours, un verbe rarement usité dans les médias. Jadis il signifiait « détourner de la voie, du chemin ». On pouvait aussi, pour le bien commun, « dévoyer un tuyau de cheminée » : le détourner de la ligne verticale, lorsqu’il rencontre un obstacle.

Métaphoriquement c’était détourner de la voie que l’on estime être (ou qui était jusque là) la sienne.  Avec, souvent, une idée de dégradation morale : « Ferdinand n’était-il pas foncièrement mauvais; si on ne l’avait pas dévoyé au collège de Saint-Margelon, il aurait pu faire un bon Haudouin de campagne ». Aymé, La Jument verte,1933.

Agnès Buzyn, ce matin, sur France Inter : « Je reçois les urgentistes, je les reçois régulièrement. Ils attendent une initiative pour repenser les urgences de l’avenir et je travaille avec eux sur ces perspectives. Je pense effectivement qu’il y a une très grosse fatigue des personnels aux urgences. Je l’entends et j’y travaille. Ce qui c’est passé à Lariboisière est assez inédit. Ils se sont mis en arrêt maladie. C’est dévoyer ce qu’est un arrêt maladie. Je pense que ce n’est pas bien (…) »

« Se faire porter très pâle »

Nous sommes donc bien ici dans l’acception morale ; des soignants urgentistes se « sont mis en arrêt maladie » alors qu’il n’étaient pas « malades ». Mais pour « protester » car il ne peuvent pas pratiquement « faire grève » sans être aussitôt réquisitionnés. On peut voir là une forme de désobéissance civile. Se faire porter pâle pour une noble cause qui vous dépasse. On parle alors d’arrêts maladie « de protestation ».« Ce n’est pas bien ! » dit la ministre des Solidarités et de la Santé sur les ondes de la-première-radio-de-France.

« Dévoyer » ? « C’est une forme extrême de protestation qui a été utilisée. […] On peut contester cette modalité d’action mais ce qu’il faut bien comprendre,c’est que la réponse du personnel est liée à l’inconséquence des gens qui nous gouvernent » avait préalablement déclaré, sur RTL le Dr Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France.

« Arrêt maladie » ? ou arrêt de travail pour maladie, parfois intitulé « congé maladie » : permet une indemnisation couvrant la période pendant laquelle un employé  interrompt son travail  pour cause de maladie. C’est lors d’une consultation chez un médecin que celui-ci lui remet un avis d’arrêt de travail que l’assuré doit compléter et transmettre dans certains délais à la Sécurité sociale et à son employeur. Certes. Mais que dire quand l’employé est un médecin et que son employeur est la ministre des Solidarités et de la Santé ?

Les soignants urgentistes insoumis de Lariboisière ont « mal agi ». Seront-ils poursuivis pour ce qu’ils ont fait ? Seront-ils condamnés pour l’exemple ? « La Ministre a jeté de l’huile sur le feu avec son intervention sur France Inter ce matin, nous confie l’un des porte-parole des portés pâles. Ce type d’action risque de se reproduire dans d’autres établissements. Les personnels sont en colère et épuisés. Le mouvement continue à s’étendre et deux journées d’action sont prévues le 6 et le 11 juin. »

A demain

@jynau