Rebondissement massif dans l’affaire du géant Lactalis contaminé par des salmonelles

Bonjour

Il sera dit que l’exécutif français  ne plaisante pas avec la santé des bébés. On croyait l’affaire Lacatlis bouclée depuis le 3 décembre – il n’en est rien. Le gouvernement a annoncé, une semaine plus tard, un retrait massif de laits infantiles du premier groupe laitier mondial en raison d’un risque de contamination par des salmonelles. Mieux : il exige des « mesures correctives » avant toute reprise de la production.

On se souvient peut-être que le géant Lactalis avait initialement rappelé douze références de ses laits infantiles fabriqués dans son usine de Craon (Mayenne). Or le ministère de l’Économie et des Finances vient de publier une liste beaucoup plus importante (plus de 600 lots) qui sont rappelés – interdits à la consommation et à l’exportation. Aucune possibilité d’ « écoulement des stocks ».

Incertitudes

« Le rappel concerne près de 7.000 tonnes de produits fabriqués , a précisé Michel Nalet, directeur de la communication du groupe, cité par Le Figaro. Je ne suis pas capable de dire ce qui a déjà été consommé ». Les exportations sont également bloquées. De nombreux pays sont concernés: Algérie, Maroc, Grande-Bretagne, Taïwan, Roumanie, Grèce, Bangladesh, Chine, Pérou, Géorgie ou encore le Pakistan. Les quantités concernées sont «énormes», a reconnu un porte-parole du leader mondial des produits laitiers.

Le Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé a pour sa part indiqué à l’AFP qu’il était « assez rare de prendre des dispositions massives comme on le fait là ». Pourquoi cette rareté ? Bercy estime que les mesures prises par le groupe depuis le 2 décembre ne sont « pas de nature à maîtriser le risque de contamination ».  De fait le précédent rappel avait été ordonné après la contamination par des salmonelles de vingt bébés de moins de six mois, qui avaient consommé ces produits. Or cinq nouveaux cas ont été déclarés cette semaine, dont un qui avait consommé un « lait de riz » ne figurant pas parmi les produits rappelés le 2 décembre.

Et toujours la même source potentielle de contamination : l’une des tours de séchage de l’usine Lactalis de Craon dans la période du 1er au 6 mai. Par précaution, il a été décidé de procéder à un rappel plus large de l’ensemble des produits fabriqués depuis le 15 février. Et toujours par précaution Lactalis a mis à l’arrêt ses installations le 8 décembre « afin d’y engager des mesures de nettoyage, de désinfection additionnelles, renforcées, pour le futur ».  y compris dans l’autre tour de séchage. Des précautions encadrées par un arrêt préfectoral pris dans la foulée.

Risque de pénurie ?

« Il faut que l’entreprise fasse un plan de correction de sa production pour être capable de rouvrir sa production de laits en poudre » insiste le Pr Vallet – qui ajoute qu’en août et en novembre, des « prélèvements internes à Lactalis » s’étaient révélés positifs aux salmonelles sur le site de Craon. Lactalis confirme : des traces ont été trouvées « sur du petit matériel de nettoyage et sur les carrelages », et pas dans l’appareil de production. « La première information sur ces problèmes de possible contamination nous est arrivée la semaine dernière », a noté le porte-parole du groupe laitier. Sans plus de précisions sur cet étrange retard de transmission.

Rien, en pratique, de dramatique : dans l’immédiat, le ministère a demandé aux parents, « dans la mesure du possible, de ne pas (…) utiliser » les produits concernés, essentiellement vendus sous les marques Milumel et Picot, mais aussi Carrefour ». Ils peuvent aussi faire bouillir le lait pendant deux minutes.

Le liste des lots concernés est disponible sur le site du ministère de la Santé, www.solidarites-sante.gouv.fr. Sont désormais concernés une large gamme de laits premier et deuxième âge, lait-relais, poudres, avec ou sans lactose, à base de protéines de riz… Certains ne sont disponibles qu’en pharmacie. Le géant Carrefour a de son côté décidé « par mesure de précaution » d’élargir son rappel à tous les produits infantiles fabriqués sous son nom à Craon – et pas seulement aux seuls lots concernés par la mesure de Bercy.

La direction générale de la Santé a ouvert le numéro d’information gratuit 0800 636 636 (7 jours sur 7, de 09H00 à 20H00), Lactalis le 0800 120 120 et le service client de Carrefour est joignable au 0969 397 000 (appel non surtaxé). Reste une question : peut-on rappeler 7 000 tonnes de lait infantiles sans créer une situation de pénurie ?

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Comment le géant Lactalis a-t-il pu contaminer des bébés avec Salmonella agona ?

Bonjour

Urgence nocturne dans une France qui grelotte : un communiqué du bureau de presse de Bercy et de celui de la Santé :

« Les autorités sanitaires ont été informées de la contamination par des salmonelles (Salmonella sérotype agona) de vingt jeunes enfants âgés de moins de 6 mois dans huit régions différentes. Les premiers résultats des investigations menées par Santé Publique France, en lien avec la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour identifier les aliments concernés par la contamination montrent que les treize enfants dont les familles ont été interrogées à ce jour ont tous consommé du lait infantile 1er âge issu de productions élaborées entre mi-juillet et fin novembre sur un même site de production du groupe LNS (Lactalis). »

Conséquence :  L’entreprise, en lien avec la DGCCRF et la DGS, a procédé, ce jour, au retrait et au rappel de tous les produits concernés. Elle met également à disposition des parents un numéro vert 0800 120 120 (ouvert de 9h00 à 20h00) pour répondre à leurs interrogations. Les 12 lots concernés sont commercialisés sous les noms « Lait Picot SL sans lactose, 1er âge », « Lait Pepti Junior sans lactose, 1er âge », « Lait Milumel, Bio 1er âge, sans huile de palme ». Ils pouvaient être consommés jusqu’en 2018.

Qui parlera ?

 « Les autorités sanitaires demandent aux parents qui disposeraient encore de boîtes de ces lots de ne pas les utiliser, qu’elles soient neuves ou déjà entamées. Ils doivent prendre contact avec leur pédiatre ou leur médecin pour se voir conseiller ponctuellement un lait de remplacement, notamment pour les bébés allergiques aux protéines de lait. Dans l’attente, ils peuvent se rendre en pharmacie où un lait de substitution leur sera proposé. »

Mieux encore, la Société Française de Pédiatrie, sollicitée en urgence, a émis des recommandations allant en ce sens et ces recommandations ont déjà été transmises aux médecins généralistes, pédiatres ainsi qu’aux pharmaciens. Les infections à Salmonella agona surviennent dans les troisjours suivant l’ingestion, et provoquent un tableau de gastro-entérite avec des vomissements, une diarrhée parfois sanglante, et fébrile dans la majorité des cas.

La plupart des médias généralistes informés ont diffusé ces données. Reste à comprendre. Comment une telle contamination a t-t-elle pu survenir sur des productions « élaborées entre mi-juillet et fin novembre sur un même site de production du géant Lactalis premier groupe laitier et fromager mondial. Quel site ? Depuis quand l’enquête est-elle menée qui a pu aboutir à découvrir la contamination de vingt jeunes enfants dans huit régions différentes ? Au « 0800 120 120 » personne n’est capable de répondre à ces questions. Qui y répondra ?

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Perturbateurs endocriniens : et à la fin, le petit Paris s’inclina devant le très grand Berlin

Bonjour

Après les deux discours remonte-en-ligne du Président et du Premier Ministre, c’est une solide défaite qu’enregistre la France sur le front mouvant des perturbateurs endocriniens. Le Monde s’en indigne (Stéphane Horel et Stéphane Foucart) qui a fait de ce sujet un militantisme environnemental éditorial. Résumons: la Commission européenne a obtenu, mardi 4 juillet lors d’un « comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale », un vote favorable des Etats membres quant à son projet de définition réglementaire des perturbateurs endocriniens.

« La majorité qualifiée a été obtenue grâce au revirement de la France, résume le quotidien vespéral. Elle s’opposait pourtant depuis plus d’un an, aux côtés du Danemark et de la Suède, à un texte jugé trop peu protecteur de la santé publique et de l’environnement par les sociétés savantes et les organisations non gouvernementales. Berlin, favorable à une réglementation peu contraignante pour l’industrie, a eu gain de cause. » Et voici la lecture qu’en fait Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne :

« Après des mois de discussion, nous avançons vers le premier système réglementaire au monde pourvu de critères légalement contraignant, définissant ce qu’est un perturbateur endocrinien. C’est un grand succès. Une fois mis en œuvre, ce texte assurera que toute substance utilisée dans les pesticides et identifiée comme perturbateur endocrinien pour les humains ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché. »

Particulière virulence

C’est, pour tout dire un sujet d’une grande complexité scientifique, médicale, réglementaire et politique. Un sujet où les oppositions sont d’une particulière virulence et qui n’est pas sans faire songer aux polémiques inhérentes au dossier du réchauffement climatique.

Et d’abord de quoi parle-t-on ? L’exécutif européen avait proposé des critères de définition des perturbateurs endocriniens en juin 2016. Un an et quelques amendements plus tard, le texte est accepté par le comité technique chargé du dossier, au sein duquel siègent des experts représentant les Vingt-huit. Une fois appliqué, il « assurera que toute substance active (utilisée dans les pesticides) identifiée comme perturbateur endocrinien pour les personnes ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché », a expliqué le commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis.

Un certain nombre de scientifiques demandaient quant à eux qu’une échelle graduée soit mise en place, distinguant les perturbateurs endocriniens « suspectés », « présumés » et « avérés » – sur le modèle de la classification des substances cancérogènes par le CIRC. Qui plus est le texte adopté conserve une clause (ajoutée à la demande expresse de Berlin) permettant d’empêcher un retrait des pesticides « conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés ». « Et ce, alors qu’ils sont aussi susceptibles d’atteindre ceux d’autres espèces animales, dont les humains » assure Le Monde.

Exemption allemande

Et le ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot ? Il a déclaré sur France Info que l’Allemagne avait « obtenu cette exemption parce que [son] industrie tient évidemment à les conserver le plus longtemps possible ». Le tout nouveau ministre a assuré que les experts français plancheraient sur ces pesticides et que « si leur dangerosité est avérée, nous les sortirons unilatéralement du marché ». M. Hulot a néanmoins salué l’adoption de ces critères comme « une avancée considérable », ouvrant « une brèche qui ne va pas se refermer ». Et en même temps la « Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme » (aujourd’hui dirigée par l’ancienne journaliste Audrey Pulvar) d’évoquer « une définition au goût amer ».

Dans le camp des géants industriels la colère n’est pas moins vive. « Les critères ne fournissent aucune protection supplémentaire pour la santé et l’environnement et ne servent qu’à avoir un impact disproportionné et discriminatoire sur les agriculteurs européens qui vont souffrir d’une nouvelle réduction arbitraire du nombre d’outils à leur disposition », a réagi Graeme Taylor, porte-parole de l’ECPA, organisation européenne qui réunit les grands du secteur (BASF, Dow, DuPont, Monsanto, Syngenta etc.).

Et les deux camps d’en appeler le Conseil (représentant les Vingt-huit) et le Parlement européen à rejeter le texte adopté. Réponse avant la fin de l’été.

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L’affaire des onze vaccins : 200 grands médecins montent en première ligne dans Le Parisien

 

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Ils sont deux cents et, comme la ministre Agnès Buzyn, ils ont choisi Le Parisien : ils lancent aujourd’hui un appel en faveur de l’obligation vaccinale contre onze maladies infectieuses. Agnès Buzyn, elle, continue à « réfléchir ».

« Ils sont 200. Grands médecins, responsables de services hospitaliers ou ayant exercé de hautes responsabilités, ils prennent fait et cause en faveur de la vaccination obligatoire après les déclarations de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui avait annoncé le 16 juin dans nos colonnes qu’elle réfléchissait ‘’à rendre obligatoire onze vaccins’’ ».

Mandarins

Le Parisien (Marc Payet) cite, parmi ces signataires de grands noms de la médecine, comme les professeurs François Chast (chef de la pharmacie clinique, Hôtel-Dieu), François Bricaire (chef du service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière), Didier Sicard (ancien président du Comité d’éthique), André Grimaldi (chef du service de diabétologie à la Pitié-Salpêtrière), Dominique Maraninchi (cancérologue à l’Institut Paoli-Calmettes à Marseille et ancien directeur de l’Agence nationale de la sécurité du médicament), René Frydman (chef de service en gynécologie-obstétrique à Antoine-Béclère à Clamart), Israël Nisand (gynécologue-obstétricien aux hôpitaux de Strasbourg), et même Jean-François Mattei (généticien et ancien ministre de la Santé).

 Ces médecins ne sont pas avares de compliments vis-à-vis de leur consœur et néanmoins nouvelle ministre. «Nous voulons dire que nous soutenons Agnès Buzyn dans cette décision courageuse. C’est un grand médecin, et elle a exercé de grandes responsabilités. Voici enfin un ministre de la Santé qui définit un cap clair ! Cela suscite notre admiration », lance le professeur François Chast. L’admiration serait peut-être plus grande encore si, précisément, le cap était clair. Faudrait-il imaginer que le lancement de cet appel a été suscité par l’entourage ministériel ? Rien ne permet de l’affirmer.

Atterrés

« Nous sommes atterrés de voir que 41 % des Français disent se méfier de la vaccination. Il est urgent de combattre les discours des lobbys antiscientifiques et anti-vaccination qui jouent sur la peur, ajoute le Pr Chast. Ils ne démontrent rien, et s’appuient sur quelques très rares effets secondaires pour discréditer des vaccins qui sauvent des millions de vies. Quand il n’y a pas d’obligation vaccinale en France, on ne vaccine pas. Il faut en passer par là pour obtenir des résultats. »

Pour sa part le Pr André Grimaldi, marqué à gauche, entend «dénoncer le courant relativiste ambiant, qui tend à remettre en cause les acquis de la science. Or cela a des conséquences catastrophiques. On se vaccine aussi pour les autres, insiste-t-il. Une personne bien portante, si elle n’est pas vaccinée, pourra se trouver porteur d’un virus qui pourra entraîner le décès d’un enfant, dont le système immunitaire est fragile. Il faut avoir cette idée en tête, le but est de protéger la société tout entière. »

Après les voix médicales qui se sont exprimées contre l’obligation vaccinales, les termes du débat sont clairement posés. Il reste à faire un choix éminemment politique. Il revient à la ministre de la Santé du gouvernement Philippe II de trancher. Sauf à imaginer que cette affaire soit, elle aussi, du ressort régalien du président jupitérien.

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Va-t-on abattre tous les macaques infectés par l’Herpès B vivant dans les zoos français ?

 

Bonjour

L’affaire a été révélée par Sud Ouest : plus de 160 macaques de Java d’un parc animalier français viennent d’être « euthanasiés ». Cela s’est passé le 18 mai à Labenne (Landes), à la « Pinède des singes ». Quelques explications ont été données par la sous-préfecture de Dax : « Il ne s’agit pas d’une suite du redressement judiciaire. Les singes ne sont pas euthanasiés pour des raisons économiques mais sanitaires, après des tests réalisés par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) ».

Une partie de la population landaise, qui ne disposait pas de l’ensemble des informations, a été très émue par la situation, certains habitants proposant de prendre des singes chez eux. L’agent d’accueil de la mairie a même été agressée verbalement. Une manifestation a failli être organisée. Sud Ouest :

« ‘’Certaines formes d’herpès peuvent effectivement être très dangereuses pour l’homme en cas de morsure », explique Emmanuel Le Grelle, directeur de La Vallée des singes, dans le département de la Vienne, une des références zoologique du pays. Impossible pour le moment de savoir comment ces macaques de Java ont contracté le virus : « Ce n’est pas une espèce particulièrement fragile. Mais les conditions d’hébergement, et même les conditions de détention, étaient exécrables. Les singes étaient dans des conteneurs non chauffés par exemple. C’était indigne. » »

Dans les Landes les 163 macaques de Java (Macaca fascicularis ou macaque à longue queue) étaient « porteurs sains » du virus de l’herpès B, potentiellement mortel pour l’homme. « A priori, la décision d’abattage semble sage. Mais voilà, la situation est bien plus complexe qu’il n’y paraît et il semble que des motifs économiques se cachent derrière ce choix, croit savoir Le Point (Frédéric Lewino). En effet, la prévalence du virus de l’herpès B parmi les macaques de Java des zoos du monde entier est très forte, sans qu’aucun cas de transmission à l’espèce humaine n’ait jamais pu être constaté. Les seuls cas avérés l’ont été en laboratoire. »

Méningo-encéphalites mortelles

Le risque, en cas de transmission à l’homme, est celui d’une méningo-encéphalite très souvent mortelle. A dire vrai l’affaire est prise très au sérieux par les autorités sanitaires américaines : « B-virus from Pet Macaque Monkeys: An Emerging Threat in the United States ? ». Le Point :

« Pendant des années, La Pinède des singes a attiré nombre de touristes venus observer une colonie de macaques de Java s’ébattant en toute liberté dans une forêt de six hectares. Personne n’a, alors, jamais rien trouvé à redire sur l’état sanitaire des singes qui étaient déjà porteurs du virus de l’herpès B, comme la plupart des autres macaques de Java en captivité. Au fil des années, les installations se sont délabrées. Après différentes procédures administratives suspensives, le parc animalier a été placé en avril 2016, en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Dax.

C’est un zoo voisin, de Labenne, qui a été chargé de s’occuper des macaques. C’est alors que les services vétérinaires départementaux se sont mis subitement à s’inquiéter des risques que pouvaient faire courir les macaques à leur soigneuse. La préfecture a demandé des analyses sanguines sur les singes. »

Deux macaques recherchés

Conclusions : 115 macaques positifs, 24 douteux et 17 négatifs. Confirmation demandée par les services préfectoraux à un laboratoire américain.  La DDCSPP (direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) saisit alors l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail) qui émet un avis daté du 12 avril 2017 : « avis relatif à l’évaluation du risque lié à l’infection d’un groupe de macaques (Macaca fascicularis) par le Macacine Herpesvirus 1 ». On peut y lire ceci :

« L’euthanasie de macaques infectés par le MaHV1 représente un risque particulier d’exposition des personnes chargées de la réaliser. Si une décision d’euthanasie (quel que soit le nombre de singes concernés) était prise par les gestionnaires, les experts soulignent que tous les acteurs associés à une telle procédure devraient être formés à ce type d’opération et être informés du risque et prendre les mesures de précaution adaptées. Au-delà des risques sanitaires, le Groupe d’expertise collective d’urgence souligne le risque psycho-social pour le personnel du parc, en cas d’implication de ce dernier dans une telle opération. »

On apprend aussi que deux macaques ont été transférés dans un autre zoo, zoo fermé depuis. « Il conviendrait de rechercher et d’informer les détenteurs actuels de ces singes sur le risque d’infection par le MaHV1 » souligne l’Anses.

« Ce qui affole les protecteurs des animaux et différentes associations, c’est que la décision de la préfecture des Landes soit étendue à tous les parcs et zoos de France » précise Le Point. Pourquoi ne le serait-elle pas ? Et qui décidera ?

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C’est officiel : l’eau des «carafes filtrantes» peut être bue sans danger (ou presque)

Bonjour

La France demeure un pays d’une richesse insoupçonnée. C’est aussi un pays qui dispose d’un remarquable circuit de distribution d’eau potable mais qui, pourtant, nourrit une passion pour la consommation d’eaux dites minérales. C’est, enfin un pays où (source officielle) un foyer sur cinq « serait équipé d’une carafe filtrante ». On comprend qu’il fallait en savoir plus. C’est ce que vient de faire l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans un long avis de « bon usage » dont la redoutable technicité confine parfois à la poétique surréaliste 1.

Carafes, certes, mais « filtrantes » ? Ce sont des appareils de traitement d’eau à domicile devant exclusivement être utilisés avec de l’eau destinée à la consommation humaine (EDCH). Comprendre qu’elles ne sont pas conçues pour rendre potable une eau qui ne le serait pas. Il s’agit ici, dit-on, d’améliorer les qualités organoleptiques de l’eau (gommer le goût de chlore notamment), voire d’éliminer le calcaire ou certains métaux (comme le plomb).

C’était là, pour tout dire, un secteur commercial sans problème, une petite amélioration du quotidien, une source de réconfort domestique et écologique.  Jusqu’au moment où vinrent des « signalements de libération de substances indésirables dans l’eau par ces dispositifs auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ». Suivirent des questions posées ces carafes, sur leur innocuité et leur efficacité. Et puis, immanquablement, « des articles publiés dans la presse ». C’est alors que l’Anses s’est « autosaisie » de la question.

Napperons de dentelles

 Après des années d’enquêtes et de reportages nous avons la réponse :

« Les données actuellement disponibles ne mettent pas en évidence un risque pour la santé du consommateur. L’Agence conclut toutefois que l’usage de carafes filtrantes peut conduire au relargage de différents contaminants (ions argent, sodium, potassium, ammonium) dans l’eau de boisson, à un abaissement du pH, voire à une altération de la qualité microbiologique de l’eau. »

Où l’on retrouve une vieille antienne jésuite de l’Anses : pas de risque pour la santé objectivement démontrable, donc. Mais aucune garantie donnée pour affirmer que ce risque n’existe pas. Et l’Agence d’émettre des recommandations normatives (concernant « les exigences de performance et d’innocuité attendues des carafes filtrantes ») et des recommandations aux manipulateurs de telles carafes. C’est somme toute, assez simple : il leur suffit de « respecter la notice d’utilisation » (usage, nettoyage, conservation de l’eau filtrée).

Certes, mais que penser, concrètement, de l’hypothétique relargage d’argent, de sodium, de potassium, ou d’ammonium dans l’eau des carafes ? L’Agence ne le dit pas précisément. Elle attire en revanche l’attention des consommateurs sur les produits proposés à la vente en ligne : ces derniers peuvent ne pas être conformes à la réglementation européenne. On peut voir là une faille dans les contrôles de conformité de ces produits par l’autorité publique. Et rien n’est dit sur les règles du bon usage des carafes en cristal. Un rappel :

« (…) Enfin le couvert se complète par les carafes à eau à vin blanc et à vin rouge, assez nombreuses pour que chaque convive puisse se servir lui-même. Les carafes sont posées sur des napperons de dentelles ou des porte-carafe en cristal ». Lar. mén.1926, p. 1102.

A demain

1 « AVIS de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à l’évaluation de l’innocuité et l’efficacité des carafes filtrantes »

Grippe : dans le brouillard de la surmortalité ; personnel étrangement sous-vacciné des EPHAD

 

Bonjour

Quels souvenirs garderons-nous de janvier 2017 ? Peut-être, simplement les tourmentes, vilenies et autres  scandales politiques pré-présidentiels. Ou les messages radiophoniques orwelliens, récurrents, glaçants nous hurlant que la grippe est survenue plus tôt qu’à l’accoutumée. Dans les deux cas, le citoyen court aux abris. Est-ce vraiment l’effet recherché.

Aujourd’hui, 25 janvier, les gazettes moulinent un chiffre : 8 100 « décès supplémentaires ». C’est un chiffre qui ne veut pratiquement rien dire, faute du retard pris par la France en matière de « certification électronique des certificats de mortalité ».  Résumons. Il s’agit ici de morts excédentaires, comparés à la mortalité attendue directement imputable à la grippe. Elle serait « de l’ordre de 75 % », si l’on en croit le Dr François Bourdillon, directeur général de « Santé publique France ».

Grande sévérité

Ce chiffre est à comparer à celui relevé à la fin des neuf semaines d’épidémie de grippe A de l’hiver 2014-2015, au cours desquelles 18 300 décès supplémentaires avaient été enregistrés. Que dire de plus ? Le Dr Bourdillon lui-même dit à la presse qu’il est pour l’instant impossible de savoir si le nombre de décès supplémentaires à la fin de l’épidémie sera comparable à celui relevé en 2015. Mais comme il faut bien qualifier faute de décompter il parle d’une épidémie d’une grande sévérité.

 Plus intéressantes sont les données colligées dans les Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD). Santé publique France s’est penchée sur les 10 000 établissements où 12 000 résidents répartis dans 1 393 « foyers infectieux » ont, depuis octobre, été victimes d’une « infection respiratoire aiguë » – dont « 39 % de cas de grippe ». À la date du 24 janvier on recensait 362 morts en EHPAD des suites d’une infection respiratoire aiguë. Là encore, point n’est besoin d’être grand clerc épidémiologiste pour pressentir tous les biais statistiques et méthodologiques.

Il est un EPHAD pour lequel on peut nourrir un intérêt médiatique et politique tout particulier : l’EPHAD Korian-Berthelot, dans le 7ème arrondissement de Lyon (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle) qui avait enregistré treize morts entre le 23 décembre 2016 et le 7 janvier 2017. La moyenne d’âge des personnes décédées était de 91,5 ans.

Failles vaccinales dans les EHPAD

A la demande de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, l’ARS Auvergne Rhône-Alpes « avait immédiatement lancé le 6 janvier » une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Objectif : « contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe ».

Vingt jours plus tard le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, est revenu sur ce dossier devant la presse. « Le rapport de la mission de l’IGAS a été transmis aux agences régionales de santé pour une discussion contradictoire, a-t-il précisé. Les conclusions seront communiquées d’ici à une semaine. » Attendons.

Selon les chiffres présentés par le Pr Vallet, 83 % des résidents en EPHAD ont été vaccinés contre la grippe cette année. Soit près du double des 46,4 % observés chez les dix millions de Français les plus vulnérables. En revanche, seulement 12 % des personnels travaillant en EPHAD sont vaccinés. Chacun en tirera les conclusions qui, quand la logique médicale sera respectée, s’imposeront.

A demain