Laits infantiles contaminés : que s’est-il passé il y a douze ans dans l’usine de la Mayenne ?  

Bonjour

C’est la pièce épidémiologique manquante du grand puzzle de l’affaire Lactalis 1 : que s’est-il passé il y a douze ans dans la désormais tristement célèbre usine de Craon, département de la Mayenne, section Mayenne angevine ? On sait que cet établissement avait déjà été identifié comme ayant été contaminé par une salmonelle. Et très vraisemblablement, déjà, par une Salmonella sérotype Agona.

On connaît aujourd’hui plus de 2.000 variétés (ou sérotypes) de Salmonella pathogènes parmi lesquelles cette Salmonella sérotype Agona. En Europe, ces bactéries représentent la cause la plus fréquente d’épidémies d’origine alimentaire et la deuxième cause de maladies d’origine alimentaire. «Toutefois, le nombre de foyers où ces bactéries ont été isolées est en constante diminution dans l’Union européenne depuis 2001. Cette amélioration reflète l’efficacité de la politique de l’Europe en matière de sécurité sanitaire des élevages et des abattoirs (abattage systématique des élevages de poules pondeuses contaminés, mesures d’hygiène tout au long de la chaîne de production)», précise-t-on auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES).

Qui dira la vérité bactériologique sur 2005 ? Très vraisemblablement, sous peu, les spécialistes qui sont au cœur du dispositif français de surveillance et de prévention de ces infections on trouve le Centre National de Référence des Salmonella (CNR-Salm) de l’Institut Pasteur de Paris. Ce centre reçoit chaque année 10.000 souches/an dont environ 6% (soit 600) isolées de bébés de moins de 1 an. De 2012 à 2016, ce CNR  a identifié environ 65 souches de Salmonella Agona par an.

Survivre à Craon

En pratique le CNR-Salm reçoit des souches d’un grand réseau de laboratoires volontaires hospitaliers et privés. Ces souches reçues sont ensuite caractérisées par différentes méthodes et classées selon leur sérotype et selon les résultats de typage génomique. Des algorithmes de détection de dépassement de seuils ont d’autre part été établis depuis plusieurs années par Santé publique France et le CNR-Salm –et ce pour chaque sérotype à partir des données historiques. Ils sont utilisés chaque semaine pour rechercher des augmentations inhabituelles ou des cas groupés de souches d’un sérotype donné parmi les souches reçues au CNR-Salm. Les spécialistes disposent ainsi d’une série de précieuses données pour chacune des souches: date d’isolement, date de validation des données de typage, groupe d’âge du patient pour lequel la souche a été isolée, laboratoire ayant isolée la souche, type de prélèvement (selles, sang, urine etc.).

Faut-il être surpris par la présence, à douze ans d’écart, du même sérotype de Salmonella dans la même usine ? Cette similarité n’étonne pas les spécialistes. Pour François-Xavier Weill, directeur du CNR-Salm, cette usine n’est pas a priori son milieu naturel, ce pathogène goûtant nettement plus la lumière des tubes digestifs des animaux. L’hypothèse la plus probable, selon lui, est que cette salmonelle a persisté au sein d’un troupeau de bovins qui fournissait du lait à l’usine. A-t-elle néanmoins pu survivre à Craon ? Et si oui avec quelles conséquences ?

« On va probablement confirmer, parce que ça reste une hypothèse, que la souche de 2017 dérive de celle de 2005. Et on va s’assurer qu’il n’y a pas eu de cas de contamination très sporadiques entre ces deux dates », a déclaré le bactériologiste Simon Le Hello  du CNR-Salm où une comparaison fine des deux souches est en cours.

A demain

1 Sur ce thème : « Lactalis: une crise qui aurait pu être évitée » Slate.fr 15 janvier 2018

 

 

 

Lactalis perd pied : 12 millions de boîtes de lait sont à détruire. Quel sera le prix de la vérité ?

Bonjour

Emmanuel Besnier, 47 ans est un homme plus que fortuné. Jusqu’ici il goûtait le secret. C’est fini. Il doit parler, se dévoiler, battre sa coulpe et celle du groupe qui l’a rendu richissime : Lactalis, aux prises avec une sale affaire de salmonelles plus ou moins cachées. Depuis quelques mois ou depuis quelques années. Dans du lait.

« Communication de crise ». A quel prix ? On découvre aujourd’hui M. Besnier à la Une du Journal du Dimanche. Le PDG de Lactalis promet désormais à tour de bras : indemniser « toutes les familles qui ont subi un préjudice », affirmer qu’il a à l’esprit les conséquences de cette crise sanitaire pour les consommateurs (« des bébés de moins de six mois »), qu’il collaborera avec la justice (« en donnant tous les éléments qu’on nous demandera ») et « qu’il n’a jamais pensé agir autrement » (ce qui est plus ou moins rassurant).

M. Besnier parle. Il affirme avoir lui-même proposé au gouvernement une mesure qui s’étend à 83 pays : retirer (et détruire) toutes les boîtes de lait potentiellement contaminées : « Il faut mesurer l’ampleur de cette opération : plus de 12 millions de boîtes sont concernées » dit-il. Il assure que les innombrables distributeurs n’auront plus, désormais, à trier : « Ils savent qu’il faut tout retirer des rayons ». Que M. Besnier ne l’avait-il demandé avant ? Et pourquoi le gouvernement ne lui avait-il pas imposé ? Nous ne le saurons pas, du moins pas aujourd’hui.

Genou à terre

M. Besnier ne cachera plus rien désormais – après avoir toujours imposé un silence qui faisait le mystère et la force de Lactalis, premier groupe laitier au monde. Il devra sans doute, demain, parler à la justice : une enquête préliminaire a été ouverte fin décembre par le pôle santé publique du parquet de Paris notamment pour « blessures involontaires»et « mise en danger de la vie d’autrui », M. Besnier a assuré qu’il ne cacherait rien. Lactalis met un genou à terre. A quel prix ?

Qui, dans cette affaire, a véritablement fauté ? Une vaste enquête commence, qui englobera Lactalis, ses innombrables distributeurs et les « services de l’Etat ».  La contamination à la salmonelle dans l’usine de Craon (Mayenne) n’avait été révélée que début décembre – des preuves de contamination antérieures existent, datant des mois d’août et de novembre. D’autres encore, plus lointaines. La vraie lumière reste à faire, bactériologique et épidémiologique. Combien coûte la vérité ?

A demain

 

 

Listériose : en France un aliment contaminé fait 63 morts et 22 avortements. C’était quand ?

Bonjour

On s’en souvient : c’était au mois de juin de l’ancien monde. « Selon le ministère de la santé, une mystérieuse épidémie de listériose a fait au moins vingt morts et entraîné cinq avortements depuis quelques mois sur le territoire français, pouvait-on lire dans Le Monde d’alors. La listériose est une maladie bactérienne habituellement peu fréquente dont la source de contamination peut être alimentaire. Parfois responsable chez l’adulte de manifestations neuroméningées, sa forme la plus fréquente est la listériose du nouveau-né, contaminé par la mère lors de la grossesse, ou lors de l’accouchement, par des sécrétions infectées. En moyenne, une quinzaine de cas de listériose provenant d’une même souche sont recensés chaque année en France. Mais, en trois mois, depuis le début du mois d’avril, les services de la santé ont relevé une  » élévation anormale « , exactement 99 cas, dont 20 mortels. »

Outre l’alerte diffusée aux médecins, les services du ministère ont mis en place un système de surveillance et d’investigation comprenant une cellule d’alerte composée de cinq médecins et d’un membre des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture et de la forêt.

« Langue de porc en gelée »

 Au mois de septembre le dernier bilan arrêté le 8 septembre par le ministère de la Santé et de l’action humanitaire précisait que l’épidémie de listériose avait entraîné la mort de 48 personnes et a provoqué 13 avortements. Contrairement aux prévisions, cette épidémie continuait sa progression et touchait 70 départements contre 53 en juillet.

Février de l’année suivante, toujours Le Monde : L’épidémie de ces derniers mois a été responsable, en définitive, de 63 décès et à l’origine de 22 avortements. Les résultats de cette étude épidémiologique soulèvent de graves questions médico-légales. La  » langue de porc en gelée  » peut être fabriquée, soit de manière artisanale et vendue dans les charcuteries, soit de manière industrielle et commercialisée dans les grandes surfaces. Il semble que l’épidémie qui a sévi sur l’ensemble du territoire français trouve son origine dans des fabrications industrielles. Curieusement, les enquêteurs ne donnent toutefois pas la ou les marques concernées ni le nom du ou des producteurs, ce qui va jeter l’opprobre sur la totalité de ces préparations quelle qu’en soit l’origine. »

Même jour, même journal : « Une politique de santé publique est en train de naître en France. Amorcée par l’action du groupe dit des cinq  » sages « , ce mouvement s’est accéléré avec les différentes  » affaires  » qui, ces dernières années ont mis en lumière, souvent de manière dramatique, les graves insuffisances de pans entiers du système médical français. Ce mouvement bénéficie depuis peu de l’action impulsée par M. Bernard Kouchner, ministre de la Santé et de l’action humanitaire. Profitant du résultat obtenu dans l’identification des causes alimentaires de la récente épidémie nationale de listériose, il convient d’exposer les raisons d’être et les modalités de fonctionnement du tout jeune  » réseau national de santé publique’’ (RNSP) qui vient d’être mis en place dans notre pays.

Le mutisme de Santé Publique France

Différents niveaux de  » maillage épidémiologique  » sont organisés autour du noyau exécutif, petite équipe de médecins, de statisticiens, d’informaticiens, tous détachés de leur corps d’origine et basés à l’hôpital national de Saint-Maurice. Ce groupe est dirigé par le Pr Jacques Drucker (CHU de Tours), spécialiste de santé publique, formé dans le public, puis dans le privé (groupe Mérieux), à l’épidémiologie d’intervention et de prévention. Le premier cercle d’intervention est celui des médecins inspecteurs des directions départementales de l’action sanitaire et sociale. L’objectif à ce niveau est de renforcer les activités de nature épidémiologique. Le deuxième cercle repose sur la mise en place d’unités régionales d’épidémiologie d’intervention. Outre son conseil scientifique (composé de seize membres) le réseau national de santé publique comprend pour l’essentiel trois partenaires : le ministère de la santé (direction des hôpitaux, direction générale de la Santé), l’INSERM, et l’Ecole nationale de santé publique. Son budget, pour l’année 1993, a pu être fixé à 25 millions de francs.

Un quart de siècle plus tard le RNSP a évolué, grossi, mué, est devenu Santé Publique France. Qui, bizarrement, ne communique pas sur la méthode lui ayant permis de mettre en lumière ce qu’est devenu la gigantesque affaire Lactalis. Hier on exposait la méthode en cachant la marque. Aujourd’hui c’est l’inverse. Pourquoi ?

A demain

Affaire Lactalis ou pas, la Direction générale de la répression des fraudes a changé de tête

Bonjour

Les violentes bourrasques laitières et politiques ne sont qu’une hypothèse.

Corrélation ne vaut pas certes pas causalité. Reste la contemporanéité. Directrice générale de la puissante Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) depuis 2009, Nathalie Homobono a dû céder sa place.  L’annonce en a été faite lors du conseil des ministres du 3 janvier, avec une publication du décret de nomination au Journal Officiel dès le jeudi 4 janvier.

Virginie Beaumeunier était jusqu’ici cheffe du service stratégie pilotage budget à la direction générale des finances publiques depuis moins d’un an. Précédemment, elle avait occupé la fonction de rapporteur de l’autorité de la concurrence depuis mars 2009. De décembre 2004 à février 2008, elle était sous-directrice de la DGCCRF. Compte tenu de son parcours, la nouvelle directrice générale est, nous dit-on, une habituée des questions de consommation. Mme Beaumeunier est diplômée de Sciences Po Paris, et de l’ENA. Elle devra s’intéresser au sanitaire.

Ce n’est là qu’une hypothèse politique et laitière. A confirmer ou à réfuter.

A demain

L’affaire Lactalis devient politique. Emmanuel Macron réclame des «sanctions». Contre qui ? 

Bonjour

C’est fait : l’affaire Lactalis s’est structurée en feuilleton. Et le feuilleton prend subitement aujourd’hui une dimension politique. Seule absente des ondes, pour l’heure, la ministre de la Santé. Jeudi 11 janvier : après le mea culpa de Michel-Edouard Leclerc et tous ceux qui ont suivi  le gouvernement ne pouvait plus garder le silence. C’est Bruno Le Maire qui est monté en ligne : il a annoncé, devant la presse, avoir convoqué, le soir même, les géants de la grande distribution ; chez lui : à Bercy.  Le ministre de l’Economie aimerait comprendre pourquoi son arrêté du  9 décembre (demandant la suspension de la commercialisation des laits infantiles et le rappel de 600 lots) n’a pas été (pleinement) appliqué. Mieux M. Le Maire qualifie de « défaillante » la direction de Lactalis – premier géant mondial des produits laitiers.

« L’affaire Lactalis est grave et a donné lieu à des comportements inacceptables qui devront être sanctionnés,  tonne le ministre qui aime faire preuve d’autorité. L’Etat s’est substitué à une entreprise défaillante, dont je rappelle qu’elle est la seule responsable de la qualité et de la sécurité des produits mis sur le marché. »

Affaire pleinement politique et au plus haut niveau. Depuis Rome Emmanuel Macron a, de son côté, assuré que « des sanctions » seraient « prises », s’il s’était avéré que « des pratiques inacceptables » avaient été commises. « Oui, l’Etat français est en mesure d’assurer la sécurité alimentaire », a affirmé le président de la République.

Affairement dans les gondoles et les officines

 Coi jusqu’ici ,Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, commence a donner de la voix. Il en vient soudain à parler d’un « dysfonctionnement majeur » dans les procédures de rappel des boîtes de lait potentiellement contaminées. Il a appelé les opérateurs, « les industriels, les intermédiaires, les distributeurs », à faire « toute la lumière sur les défaillances qui ont été constatées et [à ce qu’ils] s’assurent que plus aucun des produits concernés n’est sur le marché et ne se trouve dans les magasins ».

M. Travers a ajouté que les services vétérinaires seraient « particulièrement vigilants sur les conditions de reprise de l’activité du site »de Lactalis à Craon. Se gardant bien d’évoquer les failles passées des mêmes services révélées à deux reprises par Le Canard Enchaîné. Voilà un ministre bien fragilisé.

Affaire politique et affairement dans les gondoles et les pharmacies d’officine : 2 500 contrôles supplémentaires de la répression des fraudes (DGCCRF) sont prévus la semaine prochaine dans les différents points de vente. Et ensuite ? Geoffroy Didier, secrétaire général délégué des Républicains, et Clémentine Autain, députée La France insoumise, se sont tous deux prononcés en faveur de la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Lactalis.

« Je trouve proprement scandaleux le fait que des laits infantiles qui aient fait l’objet de rappel soient malgré tout vendus en grande distribution, a réagi M. Didier sur Public Sénat . Je crois que les excuses commerciales de la part de certains groupes de grande distribution (…) ne suffiront absolument pas et qu’il faudrait qu’une commission d’enquête parlementaire soit créée, et que les responsabilités soient non seulement prononcées mais aussi exercées, c’est-à-dire avec des sanctions exemplaires. »

Affaire politique et économique : le géant Lactalis, toujours muet quant à ses responsabilités, vient de faire savoir qu’il plaçait en chômage partiel 250 salariés de son usine de Craon, dans le beau département de la Mayenne.

A demain

 

Peut-on désormais porter plainte contre Lactalis contaminé par Salmonella agona ?

Bonjour

C’est là une bien étrange affaire lactée. Un ovni dans le ciel chargé des scandales sanitaires plus ou moins auto-proclamés. Un chapitre atypique doté d’une déroutante dynamique.

On vient d’apprendre que l’association de défense des consommateurs UFC-Que choisir va déposer une plainte contre le géant Lactalis « premier groupe laitier au monde) – plainte après la découverte de la vente de laits infantiles contaminés par des salmonelle (Salmonella sérotype agona). Selon le responsable juridique de l’association, cité par l’Agence France Presse, la plainte pour « tromperie » sera déposée dans les prochains jours « afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances entourant la contamination de laits infantiles à la salmonelle et l’absence de détection de cette contamination ».

Taper du poing sur la table

Cette plainte s’ajoutera à celle que devait déposer, lundi 18 décembre, Quentin Guillemain, père d’une petite fille de 3 mois qui a consommé un des laits concernés par le rappel – sans pour autant tomber malade. Toujours selon l’AFP il s’agirait, selon l’avocat, d’une plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger » contre Lactalis et la pharmacie d’officine où il a acheté le lait. Il s’en explique sur Europe 1 :

« Il faudrait que Lactalis et le gouvernement prennent leur responsabilité. On n’a entendu absolument aucune parole de l’État, aucune parole de Lactalis, personne ne daigne informer les parents, répondre à leur question sur la santé de leur enfant. Il serait temps que le ministre de l’Economie, le ministre de tutelle de la répression des fraudes et que la ministre de la Santé tapent du poing sur la table. On ne les entend pas du tout alors que l’on est dans un scandale sanitaire d’ampleur. On parle de millions de boîtes, de millions de familles potentielles. C’est un scandale sanitaire car on empoisonne nos enfants. »

 Pour sa part Lactalis consent à donner quelques « informations-consommateurs » dans laquelle il se garde bien d’expliquer tout ce qu’il doit savoir sur les mécaniques de contamination de ses produits.

Une lutte de tous les instants ?

On se souvient que la première alerte avait été donnée le 2 décembre par le ministère de l’Economie. Après avoir constaté la survenue de vingt cas de salmonellose chez des bébés de moins de 6 mois ayant consommé des produits Lactalis, un premier retrait avait été ordonné : douze lots potentiellement contaminés fabriqués entre la mi-juillet et la fin novembre – soit près de 200 000 boîtes, dont 40 000 étaient encore en stock dans l’entreprise.

Après l’alerte, des investigations avaient été menées au sein du site de production du groupe LNS (« Lactalis nutrition santé ») de Craon par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Or à la suite de ces inspections, le gouvernement avait considéré « que les mesures prises par l’entreprise n’étaient pas de nature à maîtriser le risque de contamination de produits destinés à l’alimentation d’enfants en bas âge ». Sans appel.

D’où la décision gouvernementale, alors, d’étendre massivement le rappel assumée notamment par la Direction Générale de la Santé : 7.000 tonnes de produits fabriqués et blocage des exportations (Algérie, Maroc, Grande-Bretagne, Taïwan, Roumanie, Grèce, Bangladesh, Chine, Pérou, Géorgie Pakistan). Des quantités  «énormes», avait alors reconnu un porte-parole du leader mondial des produits laitiers.

« La lutte contre la contamination alimentaire est une lutte de tous les instants, continue, souligne Lactalis. Malgré toutes les mesures mises en place de mesures dans l’environnement, une source de contamination a pu se développer à un moment au sein de l’usine. »  C’est hautement vraisemblable mais c’est un peu court pour un géant du lait. Quand, où et pourquoi ?

A demain

 

Rebondissement massif dans l’affaire du géant Lactalis contaminé par des salmonelles

Bonjour

Il sera dit que l’exécutif français  ne plaisante pas avec la santé des bébés. On croyait l’affaire Lacatlis bouclée depuis le 3 décembre – il n’en est rien. Le gouvernement a annoncé, une semaine plus tard, un retrait massif de laits infantiles du premier groupe laitier mondial en raison d’un risque de contamination par des salmonelles. Mieux : il exige des « mesures correctives » avant toute reprise de la production.

On se souvient peut-être que le géant Lactalis avait initialement rappelé douze références de ses laits infantiles fabriqués dans son usine de Craon (Mayenne). Or le ministère de l’Économie et des Finances vient de publier une liste beaucoup plus importante (plus de 600 lots) qui sont rappelés – interdits à la consommation et à l’exportation. Aucune possibilité d’ « écoulement des stocks ».

Incertitudes

« Le rappel concerne près de 7.000 tonnes de produits fabriqués , a précisé Michel Nalet, directeur de la communication du groupe, cité par Le Figaro. Je ne suis pas capable de dire ce qui a déjà été consommé ». Les exportations sont également bloquées. De nombreux pays sont concernés: Algérie, Maroc, Grande-Bretagne, Taïwan, Roumanie, Grèce, Bangladesh, Chine, Pérou, Géorgie ou encore le Pakistan. Les quantités concernées sont «énormes», a reconnu un porte-parole du leader mondial des produits laitiers.

Le Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé a pour sa part indiqué à l’AFP qu’il était « assez rare de prendre des dispositions massives comme on le fait là ». Pourquoi cette rareté ? Bercy estime que les mesures prises par le groupe depuis le 2 décembre ne sont « pas de nature à maîtriser le risque de contamination ».  De fait le précédent rappel avait été ordonné après la contamination par des salmonelles de vingt bébés de moins de six mois, qui avaient consommé ces produits. Or cinq nouveaux cas ont été déclarés cette semaine, dont un qui avait consommé un « lait de riz » ne figurant pas parmi les produits rappelés le 2 décembre.

Et toujours la même source potentielle de contamination : l’une des tours de séchage de l’usine Lactalis de Craon dans la période du 1er au 6 mai. Par précaution, il a été décidé de procéder à un rappel plus large de l’ensemble des produits fabriqués depuis le 15 février. Et toujours par précaution Lactalis a mis à l’arrêt ses installations le 8 décembre « afin d’y engager des mesures de nettoyage, de désinfection additionnelles, renforcées, pour le futur ».  y compris dans l’autre tour de séchage. Des précautions encadrées par un arrêt préfectoral pris dans la foulée.

Risque de pénurie ?

« Il faut que l’entreprise fasse un plan de correction de sa production pour être capable de rouvrir sa production de laits en poudre » insiste le Pr Vallet – qui ajoute qu’en août et en novembre, des « prélèvements internes à Lactalis » s’étaient révélés positifs aux salmonelles sur le site de Craon. Lactalis confirme : des traces ont été trouvées « sur du petit matériel de nettoyage et sur les carrelages », et pas dans l’appareil de production. « La première information sur ces problèmes de possible contamination nous est arrivée la semaine dernière », a noté le porte-parole du groupe laitier. Sans plus de précisions sur cet étrange retard de transmission.

Rien, en pratique, de dramatique : dans l’immédiat, le ministère a demandé aux parents, « dans la mesure du possible, de ne pas (…) utiliser » les produits concernés, essentiellement vendus sous les marques Milumel et Picot, mais aussi Carrefour ». Ils peuvent aussi faire bouillir le lait pendant deux minutes.

Le liste des lots concernés est disponible sur le site du ministère de la Santé, www.solidarites-sante.gouv.fr. Sont désormais concernés une large gamme de laits premier et deuxième âge, lait-relais, poudres, avec ou sans lactose, à base de protéines de riz… Certains ne sont disponibles qu’en pharmacie. Le géant Carrefour a de son côté décidé « par mesure de précaution » d’élargir son rappel à tous les produits infantiles fabriqués sous son nom à Craon – et pas seulement aux seuls lots concernés par la mesure de Bercy.

La direction générale de la Santé a ouvert le numéro d’information gratuit 0800 636 636 (7 jours sur 7, de 09H00 à 20H00), Lactalis le 0800 120 120 et le service client de Carrefour est joignable au 0969 397 000 (appel non surtaxé). Reste une question : peut-on rappeler 7 000 tonnes de lait infantiles sans créer une situation de pénurie ?

A demain