Grippe : dans le brouillard de la surmortalité ; personnel étrangement sous-vacciné des EPHAD

 

Bonjour

Quels souvenirs garderons-nous de janvier 2017 ? Peut-être, simplement les tourmentes, vilenies et autres  scandales politiques pré-présidentiels. Ou les messages radiophoniques orwelliens, récurrents, glaçants nous hurlant que la grippe est survenue plus tôt qu’à l’accoutumée. Dans les deux cas, le citoyen court aux abris. Est-ce vraiment l’effet recherché.

Aujourd’hui, 25 janvier, les gazettes moulinent un chiffre : 8 100 « décès supplémentaires ». C’est un chiffre qui ne veut pratiquement rien dire, faute du retard pris par la France en matière de « certification électronique des certificats de mortalité ».  Résumons. Il s’agit ici de morts excédentaires, comparés à la mortalité attendue directement imputable à la grippe. Elle serait « de l’ordre de 75 % », si l’on en croit le Dr François Bourdillon, directeur général de « Santé publique France ».

Grande sévérité

Ce chiffre est à comparer à celui relevé à la fin des neuf semaines d’épidémie de grippe A de l’hiver 2014-2015, au cours desquelles 18 300 décès supplémentaires avaient été enregistrés. Que dire de plus ? Le Dr Bourdillon lui-même dit à la presse qu’il est pour l’instant impossible de savoir si le nombre de décès supplémentaires à la fin de l’épidémie sera comparable à celui relevé en 2015. Mais comme il faut bien qualifier faute de décompter il parle d’une épidémie d’une grande sévérité.

 Plus intéressantes sont les données colligées dans les Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD). Santé publique France s’est penchée sur les 10 000 établissements où 12 000 résidents répartis dans 1 393 « foyers infectieux » ont, depuis octobre, été victimes d’une « infection respiratoire aiguë » – dont « 39 % de cas de grippe ». À la date du 24 janvier on recensait 362 morts en EHPAD des suites d’une infection respiratoire aiguë. Là encore, point n’est besoin d’être grand clerc épidémiologiste pour pressentir tous les biais statistiques et méthodologiques.

Il est un EPHAD pour lequel on peut nourrir un intérêt médiatique et politique tout particulier : l’EPHAD Korian-Berthelot, dans le 7ème arrondissement de Lyon (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle) qui avait enregistré treize morts entre le 23 décembre 2016 et le 7 janvier 2017. La moyenne d’âge des personnes décédées était de 91,5 ans.

Failles vaccinales dans les EHPAD

A la demande de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, l’ARS Auvergne Rhône-Alpes « avait immédiatement lancé le 6 janvier » une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Objectif : « contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe ».

Vingt jours plus tard le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, est revenu sur ce dossier devant la presse. « Le rapport de la mission de l’IGAS a été transmis aux agences régionales de santé pour une discussion contradictoire, a-t-il précisé. Les conclusions seront communiquées d’ici à une semaine. » Attendons.

Selon les chiffres présentés par le Pr Vallet, 83 % des résidents en EPHAD ont été vaccinés contre la grippe cette année. Soit près du double des 46,4 % observés chez les dix millions de Français les plus vulnérables. En revanche, seulement 12 % des personnels travaillant en EPHAD sont vaccinés. Chacun en tirera les conclusions qui, quand la logique médicale sera respectée, s’imposeront.

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Parfum d’apocalypse : une bactérie résistante à vingt-six antibiotiques a tué aux Etats-Unis

Bonjour

Agée de 70 ans, la femme est morte en septembre dans le Nevada, mais les CDC américains ne révèlent son dossier qu’aujourd’hui :  « Notes from the Field: Pan-Resistant New Delhi Metallo-Beta-Lactamase-Producing Klebsiella pneumoniae — Washoe County, Nevada, 2016 ». L’affaire est reprise par la BBC : « Bug resistant to all antibiotics kills woman ». Et cette femme morte du Nevada fait froid dans le dos : elle était devenue résistante à tous les antibiotiques disponibles aux Etats-Unis – soit vingt-six principes actifs 1.

Cette malade avait effectué un voyage en Inde au cours duquel une fracture à la jambe s’était compliquée d’une infection. Hospitalisée aux Etats-Unis le 18 août elle y est décédée début septembre. Différents prélèvements biologique furent adressés aux CDC pour analyses approfondies.

Post-antibiotiques

Il est acquis que cette femme était infectée par une souche de  Klebsiella pneumoniae  avec présence de la redoutable New Delhi metallo-beta-lactamase (NDM). « Il est encore assez inhabituel pour une infection bactérienne d’être résistant à un si grand nombre d’antibiotiques, a expliqué à la BBC Dr David Brown Antibiotic Research UK  Heureusement, c’est un cas extrême, mais il pourrait bientôt devenir trop commun. Cela s’est produit ici en raison d’une histoire personnelle avec de multiples hospitalisations en Inde . Pour autant la facilité des voyages mondiaux fait que le nombre de ce type de cas va augmenter. »

Reste le cas de la fosfomycine, indisponible sous une forme injectable aux Etats-Unis. Pour la Pr Laura Piddock (Antibiotic Action, University of Birmingham) dans de telles circonstances, quand les médecins sont confrontés à l’incapacité de traiter une infection potentiellement mortelle, ils ont besoin de la souplesse nécessaire pour utiliser des antibiotiques autorisés dans d’autres pays et dont on a démontré qu’ils sont encore, eux, actifs contre la bactérie qui infecte le malade.

Certes. Et quand plus rien d’efficace n’existera, que fera-t-on ? Que fait-on pendant l’annonce de l’apocalypse ?  Comment vivra-t-on aux temps du post-antibiotiques ?

A demain

1 Extrait, éclairant, de la note des CDC : « Antimicrobial susceptibility testing in the United States indicated that the isolate was resistant to 26 antibiotics, including all aminoglycosides and polymyxins tested, and intermediately resistant to tigecycline (a tetracycline derivative developed in response to emerging antibiotic resistance). Because of a high minimum inhibitory concentration (MIC) to colistin, the isolate was tested at CDC for the mcr-1 gene, which confers plasma-mediated resistance to colistin; the results were negative. The isolate had a relatively low fosfomycin MIC of 16 μg/mL by ETEST.* However, fosfomycin is approved in the United States only as an oral treatment of uncomplicated cystitis; an intravenous formulation is available in other countries. »

Epidémies de grippe : tous les soignants français bientôt obligés de se faire vacciner ?

 

Bonjour

Il a osé ! En marge des opérations récurrentes de communication de sa ministre le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, a soulevé une question essentielle de santé publique : celle de l’obligation de la vaccination annuelle des soignants contre la grippe saisonnière. Le DGS s’est exprimé le 11 janvier au décours d’une conférence de presse consacrée à la gestion par les autorités sanitaires de l’actuelle épidémie.

Les termes de l’équation sont s’une simplicité pasteurienne : moins d’un tiers des soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes) se font vacciner contre la grippe et ils sont, du fait de leur profession, les premiers agents contaminateurs de l’infection. Une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus grippaux aux sein des populations les plus fragiles. Or l’Etat peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt. Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations parmi lesquelles la très efficace (et toujours plus ou moins controversée) immunisation contre l’hépatite virale de type B.

Cabinet court-circuité

« L’annonce de M. Vallet a visiblement pris de court le cabinet de la ministre de la santé, Marisol Touraine, où l’on s’est contenté de rappeler que cette dernière doit prochainement présenter ‘’ les mesures qu’elle entend prendre pour renforcer la confiance dans la vaccination’’ » révèle Le Monde (François Béguin). Comment le cabinet d’un ministre de la Santé pourrait-il, sérieusement, être pris de court sur un sujet sanitaire aussi important et en pleine épidémie grippale ? Faudrait-il voir ici un discret symptôme de tensions intra-ministérielles à l’approche d’échéances importantes ? Marisol Touraine évoquera-t-elle la question lors de sa prise de parole dans la cour de l’Elysée ?

Nous sommes-là, très précisément, à l’articulation du politique et du sanitaire 1. Voici le cadre officiel :

« Bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. »

Xavier Bertrand et Marisol Touraine

Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. « Santé et solidarités » qui, dix ans plus tard, demandera à Xavier Bertrand pourquoi il avait jugé utile de prendre une telle décision ?  Et, depuis cinq ans, pourquoi Marisol Touraine n’a-t-elle pas abrogé ce décret ?

Le Monde cite le Pr Bruno Lina, spécialiste de virologie et l’un des meilleurs spécialistes français de la lutte contre la grippe. Il rappelle qu’aux Etats-Unis, la vaccination contre la grippe est obligatoire et figure dans le contrat de travail des personnes qui travaillent dans les structures de soins. C’était trop simple : le nouveau président des Etats-Unis vient de faire un premier cadeau de poids aux militants anti-vaccinaux. Donald Trump vient de nommer Robert F. Kennedy Jr , un anti-vaccinal, à la tête de la commission officielle en charge de la sécurité vaccinale. Où l’on voit que certains responsables politiques tiennent certaines de leurs promesses.

Une question : que pensent des vaccins et de la vaccination MM Fillon, Macron et Mélenchon ?

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1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

La France se grippe, la France est grippée. Combien de temps pour nous faire vacciner ?

 

Bonjour

« Confinés ! ».  On ne plaisante plus : une soixantaine de résidents de l’Ehpad de Vic-sur-Seille (Lorraine) sont confinés depuis le 18 décembre. Il s’agit de tenter de contenir au maximum l’épidémie de grippe qui a déjà touché quarante-deux des pensionnaires. La direction précise que le confinement a été décidé « en lien avec les services de l’Agence Régionale de Santé ». Il durera  jusqu’au 1er janvier, « parce que les derniers cas de grippe datent de vendredi ». La quarantaine en somme. Parmi les résidents touchés dans cet établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), certains ont été diagnostiqués comme porteurs du « virus A ». Quelques membres du personnel ont également été contaminés (en dépit des mesures prises). Etaient-ils vaccinés ?

La France se grippe. Sans même parler de la grippe aviaire (cinquante-deux foyers recensés dans le Sud-Ouest). Le ministère des Affaires sociales et de la Santé a demandé aux Agences régionales de santé (ARS) de « sensibiliser » les établissements accueillant des personnes âgées aux mesures de prévention et de contrôle de la grippe saisonnière. Il a notamment été demandé aux directeurs de ces établissements de « relancer la vaccination » chez les résidents et de bien rappeler les recommandations pour les personnels concernant les mesures barrières à adopter (lavage de mains, port du masque, réduction des contacts…).

Inexplicable précocité

« Relancer la vaccination » ? On est ici en pleine ambiguïté. Dans un communiqué diffusé ce 27 décembre la Direction Générale de la Santé appelle « à se faire vacciner rapidement », tout en rappelant qu’« il faut 15 jours en moyenne, après une vaccination, pour été protégé ». Dès lors que faire ? Dilemme cornélien, viral, médical et éminemment politique. Ne peut-on pas en savoir un peu plus ?

La France est grippée. L’épidémie s’étend désormais aux treize régions de la France métropolitaine, contre neuf il y a une semaine. Au 18 décembre, 66 cas graves nécessitant une réanimation et quatre décès liés à la grippe avaient été recensés. Il y a une semaine le réseau de surveillance Sentinelles indiquait que le seuil épidémique (171 cas pour 100 000 habitants) était dépassé à l’échelon national.

Selon l’Institut de recherche pour la valorisation des données de santé (Irsan), qui s’appuie sur des données fournies par SOS médecins entre le 20 et le 26 décembre, les virus grippaux ont infectés près de 255 000 personnes en France métropolitaine – une augmentation de 35,29 % par rapport à la semaine précédente.

Mémoire vaccinale

 « Après une épidémie de gastroentérite étonnamment précoce voici que la grippe, elle aussi, nous surprend par son arrivée dès la fin du mois de novembre. Cette situation est d’autant plus surprenante que la période de silence épidémique fut courte dans la mesure où la dernière épidémie de grippe s’est terminée très tardivement, fin avril », observe l’Irsan. Un phénomène que les spécialistes jugent « difficilement explicable ».

En dehors de la France, le niveau de l’incidence est en croissance ces dernières semaines au niveau européen. Selon les informations diffusées par l’OMS, c’est la première fois qu’une telle précocité est observée depuis l’émergence de l’épidémie de 2009 due au virus pandémique A(H1N1). Une épidémie d’assez sinistre mémoire vaccinale.

A demain

 

 

 

Le cœur greffé était viralement infecté. La famille réclame 100 000 euros au préleveur. Lui donner ?

 

Bonjour

Cela pourrait être la deuxième saison de « Réparer les vivants », grand livre et triste film. Où l’on découvrirait les danger d’une  métaphore, celle de la réparation appliquée à l’humain. On en prend conscience aujourd’hui avec une affaire hautement symptomatique, un drame de notre temps rapporté par notre Nouvelle République (Guillaume Frouin – PressPepper): « Le cœur greffé portait un virus : la famille attaque le CHU nantais ».

L’affaire a pour cadre le tribunal administratif de Nantes devant lequel un couple habitant Chinon (Indre-et-Loire) attaque le CHU de la ville.

« Les parents de Clément Quenault, mais aussi sa sœur Johanna et son frère Moïse, ont réclamé ainsi près de 100.000 € de dédommagements pour la triple « faute » commise par l’hôpital nantais.  La famille a aussi demandé le remboursement des 9.600 € de frais d’expertise engagés dans cette affaire et 7.000 € supplémentaires pour leurs frais de justice. »

Eclaircissements nécessaires

C’était un greffon, un donneur, a priori  « d’excellente qualité ». Mais c’était aussi un donneur qui se trouvait dans  un « état grippal » quelques jours avant de mourir. La famille du receveur le sait car elle aurait  eu connaissance d’un dossier médical communiqué « par erreur » à la famille du défunt… Voilà un point qui reste à éclaircir. Il en restera bien d’autres, à la lecture de La Nouvelle République :

« ‘’La personne qui a reçu ses poumons est d’ailleurs décédée à Marseille dans des conditions identiques’’, affirme ainsi Johanna Quenault, sœur de Clément, elle-même transplantée et qui habite pour sa part à Thizay. La famille de ce jeune agent de sécurité incendie, passionné de moto, reproche aussi au CHU de Nantes de ne pas avoir procédé à la vaccination de ses personnels alors que ses patients sont pourtant ‘’hautement vulnérables’’. »

Pour les plaignants il y a clairement  « faute dans l’organisation du service » – une faute associée à un  « défaut d’information » du patient. «  S’il l’avait su que le donneur était dans un état grippal, il aurait refusé la transplantation », est convaincue Marie-Claire Quenault, mère de Clément. En est-elle certaine ? Et que peut dire la justice face au deuil d’une mère ?

Solidarité nationale

La justice, précisément.  L’administrative, qui depuis des siècles résout des litiges. Ici le rapporteur public préconise de rejeter leur demande de condamnation du CHU de Nantes. Nous étions, au moment du prélèvement, pendant la pandémie de grippe A(H1N1) et cette infection virale « n’était pas au nombre des maladies infectieuses » qui devaient à l’époque faire l’objet d’un dépistage obligatoire.

Le magistrat (dont-les-avis- sont-souvent-suivis-par-les-juges-administratifs) – a aussi fait observer qu’aucun cas de contamination d’un greffon par ce virus A(H1N1) n’avait alors été signalé à l’époque. Au final  le rapporteur public a donc suggéré (un grand classique) aux juges de condamner l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) à dédommager la famille. Et ce au nom de la « solidarité nationale ». On classerait le  décès au rang des infections nosocomiales  d’origine indéterminée.

« L’hypothèse la plus probable est une infection contractée dans son environnement, au sens large, lors de son hospitalisation, estime le magistrat. Elle peut être qualifiée de nosocomiale, même si on n’a pas de preuves définitives. » En conséquence, il préconise de mettre la moitié des préjudices de la famille à la charge du CHU, soit 24.000 euros.

Mort précipitée

Cette proposition de jugement de Salomon ne satisfait nullement l’avocat de la famille plaignante :

« Cette condamnation au nom de la solidarité nationale ne convient pas à mes clients : pour eux, c’est trop simple et trop rapide de dire que c’est la «  faute à pas d’chance  », même si ça arrange tout le monde. Le CHU n’a pas pris la précaution minimum de procéder à des analyses biologiques qui auraient permis de lever le doute.  Il faut, en effet, se rappeler du contexte : nous étions alors en pleine pandémie, ce qui avait conduit les pouvoirs publics à mettre en place un grand plan de vaccination de la population.  La souffrance de cette famille, qui est au désespoir et qui n’a toujours pas fait son deuil, est épouvantable : alors qu’elle pensait sauver durablement Clément, ce greffon a précipité sa mort. »

Le tribunal administratif, qui a mis son jugement en délibéré, rendra sa décision le 21 décembre. On peut, d’ici là, réfléchir aux dégâts potentiels d’une métaphore mécanique. « Réparer les vivants »?  100.000 € ? Faire son deuil ? C’est ainsi : à la différence de l’écriture, la mécanique n’est guère compatible avec l’offrande. Et encore moins avec la transcendance.

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Sida et morale : la publicité gouvernementale, message électoral gay-subliminal ?

 

Bonjour

La France se réveille à droite dans un lit occupé par la gauche. Aussi ne sait-elle plus trop qui elle est. Son président dit des mots qui ne correspondent pas à sa pensée. Il faut s’attendre à quelques dévissages de cordée. En voici, un venu d’une députée de droite qui ne cache plus son admiration pour François Fillon : Isabelle Le Callenec (Les Républicains, Ille-et-Vilaine). Objet : la dernière campagne gouvernementale de prévention du sida montrant des couples homosexuels. Cette campagne assez proche du terrain a déjà suscité quelques réactions. Elle en suscitera d’autres. A commencer par Marsol Touraine qui saisit la justice.

Pour Mme Le Callenec elle « choque », elle est « très suggestive » et elle porte « un message électoral en direction d’une communauté ». « Ce n’est pas neutre. Il y a un message en plus du message […] Je voudrais savoir pourquoi on a choisi cette campagne-là, si l’agence de pub en a proposé d’autres et pourquoi on a retenu celle-là. Elle est très suggestive », a-t-elle  déclaré à l’Agence France Presse en marge du point de presse hebdomadaire au QG de François Fillon.

« Socialistes prêts à tout »

« Il y a un message électoral en direction d’une communauté […] les socialistes sont prêts à tout », a encore déclaré cette responsable des Républicains venue de Bretagne. Elle affirme avoir reçu « des appels de parents, de familles, qui sont choqués ». Les porte-parole de François Fillon avaient été interpellés sur la question pendant leur point presse. Deux municipalités Républicaines (dont celle d’Angers où le maire soutient Alain Juppé) ont décidé d’interdire ces affiches. « Par principe, nous ne sommes jamais contre une campagne d’information sur le VIH, la seule chose c’est que cette campagne doit être bien sûr respectueuse et doit s’inscrire dans le cadre de la loi », a déclaré Jérôme Chartier, ancien journaliste, député et porte-parole déjà remarqué du candidat à la primaire de la droite.

La campagne de prévention, lancée par Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, met en scène des couples d’hommes qui s’enlacent  – images agrémentées des slogans tels que « Aimer, s’éclater, s’oublier. Les situations varient. Les modes de protection aussi ». « Coup de foudre, coup d’essai, coup d’un soir [le reste sans changement] ». « Avec un amant, avec un ami, avec un inconnu [le reste sans changement] ».

Bonnes mœurs 

Et Marisol Touraine, donc, d’annoncer « saisir la justice » : « Pour la santé publique et contre l’homophobie,  je saisis la justice après la censure par certains maires de la campagne de prévention du VIH, vient d’écrire la ministre sur le réseau social Twitter. Outre Angers elle réagit à un arrêté d’interdiction pris par la municipalité d’Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, dirigée par un maire Les Républicains (LR). Celui-ci considère que ces affiches sont « contraires aux bonnes mœurs et à la moralité » et « portent atteinte à la dignité au risque de heurter la sensibilité de l’enfance et de la jeunesse ».

Une source proche de JC Decaux a confié à l’AFP  qu’une dizaine de villes sur cent-trente concernées avaient écrit à la société d’affichage pour demander de retirer les affiches. Contractuellement l’entreprise est obligée de le faire à partir du moment où elle reçoit une demande écrite d’une municipalité.

Homophobie contre moralité… On en sera bientôt au Conseil d’Etat…

« Incitation à l’homosexualité » 

Isabelle Le Callennec, membre de la Commission des affaires sociales demandera des explications sur le choix des affiches et le coût de la campagne au ministère de la Santé. Plus précisément cette membre du mouvement « Les femmes avec Fillon », sous-entend que ces messages incitent à l’homosexualité. Ou plus précisément, sans faire preuve d’un courage extrême ; elle pense que c’est ce que pense les citoyens offusqués :

« En tout cas les gens qui nous appellent, c’est les remarques qu’ils font, il faut les entendre …. Regardez les affiches, regardez les verbes, regardez… Il y a mille et une manières de faire une campagne de communication pour lutter contre le VIH et les maladies sexuellement transmissibles, c’est celle-là qu’ils ont choisie ».

C’est celle-là. On peut (ou pas) en discuter la forme. On attend avec intérêt les mille autres manières que choisira, demain, la droite pour réduire les risques infectieux associés à la sexualité.

A demain

Intelligence politique : l’épidémie de démence montre de premiers signes de décroissance

 

Bonjour

Le pire n’est (peut-être) pas écrit. On commence, ici ou là, à engranger les premiers signes laissant espérer que la croissance des taux de démences et de maladies neurodégénératives  donne des signes encourageants d’essoufflement.  Des signes certes faibles mais convergents et encourageants dont les responsables politiques devraient s’emparer pour intensifier les recherches et amplifier ce phénomène.

Le dernier symptôme en date est une étude qui vient d’être publiée dans JAMA Internal Medicine : “A Comparison of the Prevalence of Dementia in the United States in 2000 and 2012”. Menée auprès de plus de 21 000 personnes de plus de 65 ans aux Etats-Unis, elle démontre que la proportion des démences (effondrement des fonctions cognitives avec perte massive  d’autonomie) est passée de 11,6% en 2000 à 8,8% en 2012. La BBC relève que des conclusions similaires ont aussi été observées en Europe comme en témoigne une étude parue il y a peu dans The Lancet Neurology :  Dementia in western Europe: epidemiological evidence and implications for policy making.

Intellect et hygiène de vie

« Nos résultats s’ajoutent à un nombre croissant de preuves démontrant que la diminution du risque de démence est un phénomène réel – et que la croissance future attendue des taux démence pourrait ne pas être aussi forte que pronostiqué » explique le Pr  Kenneth Langa (Veterans Affairs Center for Clinical Management Research, Ann Arbor, Michigan) responsable de l’étude américaine.

C’est là un sujet majeur de santé publique. Et c’est aussi une affaire éminemment politique et économique. Car s’il est clair que les neurosciences peinent à comprendre les causes premières de maladie d’Alzheimer et des autres maladies neurodégénératives les possibilités de prévention existent. Et leur mise en œuvre est pleinement du ressort des politiques publiques – à commencer par le développement précoce et constant des politiques d’éducation et de stimulation des fonctions intellectuelles – ainsi, plus généralement, que celle « d’hygiène de vie ».

Laïc et catholique

De ce point de vue les premiers symptômes chiffrés pourraient être la traduction des progrès en matière d’éducation accomplis durant les dernières décennies. A l’inverse ces éléments positifs sont menacés par l’augmentation des taux de diabète (de type 2), d’obésité et d’hypertension artérielle – autant de pathologies qui, loin d’être des fatalités individuelles, sont (comme l’éducation ou la lutte contre l’esclavage du tabagisme) également pleinement du ressort des politiques publiques.

Il y a là un facteur d’espérance et un levier d’action dont les responsables politiques ne semblent pas avoir pris conscience. Les turbulences et passions actuellement observées en France à l’occasion des « Primaires de la Droite et du Centre » en témoignent à l’envi. Chômage… temps de travail… réduction de la dette… amitiés franco-russes … et totale impasse sur la décadence de la vieillesse qui pourrait ne plus être une fatalité. Qui sera le premier à s’emparer du sujet ?  Qui, radicalement laïc ou raisonnablement catholique, expliquera que le pire n’est (peut-être) pas totalement écrit ?

A demain