C’est désormais scientifiquement démontré : non, il n’a jamais existé de «gène gay». Oui, mais …

Bonjour

L’affaire est au moins aussi vieille que la génétique : associer un gène à un comportement. A fortiori sexuel et plus encore quand on osait le tenir pour pathologique. Nature ou culture ? Pourquoi sommes-nous sexuellement ce que nous sommes et pas autrement ? Le sujet rebodit aujourd’hui avec une publication dans Science : « Large-scale GWAS reveals insights into the genetic architecture of same-sex sexual behavior » (Ganna A, Verweij K, Nivard M et al). Vingt auteur.e.s sans oublier la « 23andMe Research Team ». Publication et mise en perspective : « Genetics may explain up to 25% of same-sex behavior, giant analysis reveals » (Jocelyn Kaiser) .

« C’est la conclusion d’une analyse réalisée sur un demi-million de profils ADN par un groupe de chercheurs en Europe et aux Etats-Unis, et dont la publication, jeudi 29 août, par la prestigieuse revue Science  vise à enterrer l’idée, née dans les années 1990, qu’il existe un « gène gay » aussi prévisible que ce qui existe pour la couleur des yeux, résume l’AFP.  ‘’Il est de facto impossible de prédire l’orientation sexuelle d’une personne d’après son génome’’, souligne Benjamin Neale, membre du Broad Institute d’Harvard et du MIT, l’une des nombreuses institutions dont sont issus les auteurs. »

« Enterrer l’idée » ? Bigre.  L’orientation sexuelle a bien une composante génétique, selon ces chercheurs, confirmant des études précédentes plus petites, notamment sur des jumeaux. Mais cette composante dépend d’une myriade de gènes. « Il n’y a pas de gène gay unique, mais de nombreux petits effets génétiques répartis dans le génome », explique Benjamin Neale. A cela s’ajoute un facteur essentiel : l’environnement dans lequel une personne grandit et vit. Où l’on voit que rien n’est simple et que la génétique ne nous apprend rien de définitif. Ce qui autorise tous les interprétations, sinon tous les fantasmes.

« La nouvelle analyse statistique a permis de découvrir cinq positions précises sur nos chromosomes, appelées locus, qui apparaissent clairement liées à l’orientation sexuelle, bien qu’ayant chacune une influence ‘’très petite’’ précise encore l’AFP.. Biologiquement, il se trouve qu’un marqueur est aussi associé à la perte de cheveux, ce qui suggère un lien avec la régulation des hormones sexuelles (sic). Vraisemblablement, il existe des centaines ou des milliers d’autres marqueurs, que de futures analyses sur de plus grandes banques ADN pourraient un jour découvrir. »

« C’est un comportement complexe où la génétique joue un rôle, mais probablement de façon minoritaire. L’effet de l’environnement existe, mais on n’arrive pas à le mesurer exactement », ajoute Fah Sathirapongsasuti, scientifique de 23andme.com (qui a donc contribué à l’étude avec des profils génétiques de ses clients – volontaires). Le gros de l’analyse a été fait sur des hommes et femmes de la banque britannique UK Biobank, en majorité d’origine européenne, qui avaient répondu à la question : « avez-vous déjà eu une relation sexuelle avec une personne du même sexe ? ». Ce qui ne manquera pas d’alimenter de vastes interrogations méthodologiques sinon psychanalytiques et/ouphilosophiques.

« Les auteurs ont conscience de la délicatesse du sujet, et les deux chercheurs cités ont pris soin de rappeler, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, qu’ils étaient eux-mêmes gays. Désireux d’éviter toute mauvaise interprétation, ils sont allés jusqu’à consulter des associations LGBT sur la façon de communiquer leurs résultats, qu’ils ont résumés sur un site spécial, geneticsexbehavior.info, ajoute l’AFP ». L’association américaine Glaad a salué des travaux confirmant qu’« être gay ou lesbienne est une partie naturelle de la vie humaine ». On progresse: en 1993, une étude sur quarante familles avait cru identifier un lieu unique, le gène Xq28, définissant l’orientation sexuelle. La nouvelle analyse réfute ce modèle simpliste. 

Attention : une donnée chiffrée avancée dans Science produit est susceptible de créer la confusion. Les chercheurs estiment que « 8 à 25 % » des différences d’orientation sexuelle dans la population testée sont dues à des variations génétiques. Il ne faut voir ici qu’un concept statistique et ne pas comprendre  qu’entre 8 et 25 % de l’orientation d’une personne dépend de ses gènes. Et comme rien ne saurait être simplifié dans le champ de la sexualité les chercheurs ajoutent : « Supposer que plus on est attiré par quelqu’un du même sexe, moins on est attiré par l’autre sexe est une simplification excessive ». Et l’on sait, dans ce domaine, tous les dangers des excès.

A demain @jynau

«Mourir d’avoir été vacciné»: Le Monde doit-il ferrailler contre les Prs Joyeux et Montagnier ?

Bonjour

Pierre Desproges est mort et on ne rit plus. Peut-on, sous des cieux démocratiques, débattre de tout avec tout le monde ? « Selon une étude, 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », affirme la page Facebook Advitae Santé naturelle, qui ajoute : « Et ce serait juste une coïncidence ? » Voilà une antienne anti-vaccinale amplement chantée sur les deux rives de l’Atlantique. Faire un lien entre la vaccination et la mort subite du nourrisson. Evoquer les deux faits, laisser planer dans le brouillard de l’angoisse, les concepts de causalité et de corrélation. La rumeur peut prospérer.  

Il faut aussi et surtout, en France, y ajouter la voix et l’aura du Pr Luc Montagnier (lauréat du Nobel 2008 pour avoir co-découvert le VIH, en 1983) sans oublier le poids sociétal du Pr Henri Joyeux – deux opposants aux obligations vaccinales en vigueur qui se plaisent à user de cette une rhétorique. On se souvient de la conférence tenue à Paris en 2017. Déclaration du Nobel :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Wakefield et Pasteur

Nous écrivions alors : « Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : ‘’Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie’’ ».

Aujourd’hui « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat) reviennent sur le sujet : « Non, les vaccins ne sont pas responsables de la mort subite du nourrisson ». Où l’on peut redouter, paradoxalement, qu’ils prennent le risque, en « décodant », de légitimer les errances du Pr Montagnier.

On lira leur argumentaire, fondé sur de sérieuses publications. Ils reviennent notamment sur l’affirmation selon laquelle « 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », relayée par Advitae Santé naturelle et qu’ils qualifie de « complètement fallacieuse ». Explications :

« Cette page Facebook prétend s’appuyer sur le site américain childrenhealthdefense.org. Ce dernier cite bien le chiffre de 79,4 %, mais dans un tout autre contexte. Il s’agit en réalité de la proportion d’enfants qui ont reçu plus d’un vaccin le même jour parmi les cas de morts d’enfants signalées au programme américain de sécurité vaccinale entre 1997 et 2013. Et le site childrenhealthdefense.org lui-même déforme le sens de cette statistique en y voyant un signe que les vaccins pourraient être responsables de la mort subite du nourrisson.

L’étude scientifique dont vient ce fameux chiffre, publiée en 2015 dans la revue Clinical Infectious Diseases, visait à comparer les causes de mortalité signalées au programme de sécurité vaccinale à celles de la population dans son ensemble. Or, les auteurs n’ont relevé aucune surmortalité liée à la vaccination, y compris en ce qui concerne les morts inattendues des nourrissons.

S’il peut être tentant d’associer des événements à cause d’une coïncidence temporelle, les analyses des chercheurs ont là encore conclu que les vaccins ne sont pas en cause. Au contraire, les auteurs de l’étude notent que les effets secondaires graves des vaccins sont en fin de compte rarissimes puisque, en moyenne, seul un cas de mort est rapporté aux autorités pour un million de vaccins distribués, sans qu’il y ait nécessairement de lien de cause à effet entre l’injection et le décès. »

De la raison et de la déraison

On pourrait ajouter les informations données par  l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Tout ceci sera-il suffisant pour convaincre celles et ceux qui sont persuadés du contraire – ou tentés de l’être ? Faire appel à la raison au risque d’amplifier la déraison ? User de la logique et paradoxalement nourrir le complotisme ? Amplifier ainsi la parole du Pr Luc Montagnier, cette personnalité atypique que nul ne sait plus aujourd’hui présenter : pastorien contrarié, coauteur d’une découverte majeure, prix Nobel renié par l’Institut Pasteur. Des déclarations controversées, l’émergence récurrente de l’étrange, un voyage sans retour vers l’irrationnel. Un mystère à raconter. Une biographie qui reste à faire.

A demain @jynau

Vincent Lambert et sa mort programmée : Emmanuel Macron parlera-t-il avant le 20 mai ?

Bonjour

Il est bien des manières de militer ; bien des manières de parler de la tragédie que constitue l’affaire Vincent Lambert. L’une d’elle consiste à parler de « feuilleton », comme le fait aujourd’hui le site de France Inter (Julien Baldacchino). Un « feuilleton de six ans » et, corollaire, une « série » dont on commence à se lasser.

On peut aussi parler, au choix, de « soins » ou d’ « alimentation-hydratation ». De « handicap profond » ou d’« état végétatif chronique ». Prendre fait et cause pour les parents ou dénoncer leurs convictions religieuses « proches des catholiques intégristes ». User de cette affaire pour mener le combat au nom d’un « droit de mourir dans la dignité ».

Ces affrontements vont, dans les prochains jours aller en s’intensifiant après l’annonce faite par le Dr Vincent Sanchez (CHU de Reims) aux parents de Vincent Lambert qu’il allait interrompre les « traitements » de ce dernier durant la semaine du 20 mai. Une annonce, qui plus est, faite par courrier et révélée par l’AFP. « Je vous informe que l’arrêt des traitements et la sédation profonde et continue évoquée lors de la procédure collégiale seront initiés au cours de la semaine du 20 mai ».

Fin programmée du « feuilleton » ? « Les parents ont-ils désormais de nouveaux recours pour empêcher l’application de cette troisième décision, s’interroge France Inter  Samedi 11 mai, les avocats des parents ont annoncé qu’ils allaient engager « un certain nombre de recours », sans préciser lesquels. « Nous saisissons les juridictions compétentes pour que la France soit contrainte de respecter ses engagements internationaux », a-t-il déclaré ». D’autres médias évoquent un appel solennel à Jacques Toubon, Défenseur des droits voire à Emmanuel Macron.

« N’importe quoi »

La situation est d’une particulière complexité puisque le Comité international de protection des droits des personnes handicapées de l’ONU (CIDPH) vient de demander à la France de suspendre toute décision d’arrêt des soins de Vincent Lambert, dans l’attente d’une instruction sur le fond. Et que Suite à cette demande Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait déclaré, sur BFM-TV :

 « Aujourd’hui, juridiquement parlant, tous les recours dans cette affaire sont arrivés au bout, et toutes les instances juridictionnelles, qu’elles soient nationales ou européennes, confirment le fait que l’équipe médicale en charge de ce dossier est en droit d’arrêter les soins.

« Les parents de Vincent Lambert se sont retournés vers ce comité qui s’occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert parce qu’ils n’ont que la version des parents. Nous ne sommes pas tenus par ce comité légalement, mais bien entendu nous prenons en compte ce que dit l’ONU et nous allons leur répondre ».

Or, pour les avocats des parents, Agnès Buzyn « raconte n’importe quoi ». Selon eux « les conventions internationales obligent la France et sont supérieures à la loi en application de la Constitution ». « C’est certainement ce ressort-là que la défense des parents fera jouer pour tenter une nouvelle fois de bloquer la décision » estime France Inter.

 « Il n’y a aucune urgence médicale à arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert et rien ne justifie une violation aussi éhontée du droit international et des mesures provisoires réclamées par l’ONU », ont d’ores et déjà prévenu les avocats. Où l’on voit que l’affaire dépasse, de beaucoup, le seul Dr Vincent Sanchez.

Ce médecin encore inconnu des médias osera-t-il néanmoins passer à l’acte ? Dispose-t-il encore de l’autonomie pour le faire ? Quel sens donner à son courrier ? Que fera sa hiérarchie hospitalière en relation avec sa tutelle ministérielle ? Quelle seront les volontés exprimées depuis le Palais de l’Elysée ? Que dira l’ONU au nom des personnes handicapées ? Qui écrit la fin des tragédies ?

A demain

@jynau

 

Le dérangeant mea culpa de Marlène Schiappa : PMA, homophobie et terrorisme islamique 

Bonjour

« La Manif pour Tous » attendait des « excuses immédiates » ; elle n’aura reçu que la moitié d’un mea culpa de Marlène Schiappa. Rappelons que dans l’application soutenue qu’elle met dans la mise en scène médiatique d’elle-même la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes a accordé un improbable entretien à Valeurs actuelles. Là elle « souligne l’existence d’une convergence idéologique » entre La Manif pour tous et « les terroristes islamistes » – sans toutefois les mettre « sur le même plan » (sic).

Extraits :  «  (…) Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. Le deuxième point commun entre homophobie et antisémitisme est que ce sont les théories islamistes radicales qui désignent comme boucs émissaires ces personnes-là. Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la « manif pour tous » ont nourri la recrudescence de violences homophobes: + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. (…) »  

Ce fut, à droite, un tollé. Et, à gauche, un silence plus que gêné sinon gênant.  « En comparant l’incomparable, Marlène Schiappa se livre à une provocation qui augure très mal du débat à venir sur les enjeux majeurs de la révision de la loi de bioéthique, observa La Manif pour tous. Les caricatures et les violences verbales n’ont pas leur place dans le débat public. »Un débat qu’Emmanuel Macron  souhaitait, hier encore, « apaisé ». Et cette association de porter plainte pour diffamation publique auprès de la Cour de justice de la République, dénonçant des « propos scandaleux » et une « insulte gravissime aux millions de Français mobilisés depuis 2012 pour témoigner pacifiquement de leur attachement à la famille ».

Ne pas boycotter Valeurs actuelles

Serait-ce le vent du boulet ? Voici qu’aujourd’hui, l’encre de Valeurs actuelles à peine sèche, Marlène Schiappa, présentr ses « excuses à toutes les personnes qui auraient pu se sentir sincèrement blessées ». « J’en assume la responsabilité. Lorsqu’un message est mal reçu c’est qu’il a été mal émis. Les gens qui ont adhéré à La Manif pour tous ne sont évidemment pas des terroristes », écrit la secrétaire d’Etat dans un communiqué publié vendredi 22 février. Explications :

 « Au cours des échanges d’une durée de près de deux heures, j’ai souligné une convergence idéologique entre différents courants de pensée se rejoignant dans le refus de l’altérité, dans la remise en cause des droits des femmes ou des droits des personnes LGBT + . Je souhaite depuis le début de mes missions m’adresser à tout le monde, sans sectarisme, et sans boycotter [sic] aucune publication que ce soit, et dans le respect mutuel. Je continuerai en ce sens. »

Une chose en somme, suivie de son contraire. Où l’on retient cette justification : « lorsqu’un message a été mal perçu c’est qu’il a été mal émis ». Et ce nouveau message qui « souligne une convergence idéologique entre différents courants de pensée se rejoignant dans le refus de l’altérité (…) ». Un message émis, sans sectarisme, par l’actuelle secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes.

A demain

@jynau

PS Sur l’usage fait du mot « homophobie » dans les médias on peut consulter le précieux « La langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement  » d’Ingrid Riocreux Editions de l’Artilleur/Toucan

 

 

 

Virologie et populisme : Donald Trump entend éradiquer l’épidémie de sida en une décennie

Bonjour

On ne connaît pas, en France, le rituel américain du « discours sur l’état de l’Union ». Un événement annuel qui voit le président exposer son programme pour l’année en cours devant la branche législative du gouvernement fédéral. Discours prononcé au Capitole des États-Unis, où les deux chambres sont réunies en Congrès. Discours  diffusé en direct à la télévision et à la radio. Importé en France ce rite démocratique permettrait aujourd’hui à Emanuel Macron de faire l’économie des ses incessants petits monologues de gymanses et salles des fêtes – dans l’hypothétique optique d’un Grand Débat National.

Outre-Atlantique le discours du 5 février restera peut-être gravé dans la mémoire des spécialistes internationaux de la santé publique. Donald Trump, président des Etats-Unis a en effet promis, dans son projet de budget, de demander « aux démocrates et aux républicains de dégager les moyens nécessaires pour éliminer l’épidémie de VIH aux Etats-Unis d’ici dix ans ». « Ensemble, nous vaincrons le sida en Amérique et au-delà », a-t-il affirmé – avant de demander un effort comparable « pour lutter contre les cancers de l’enfant » (sic).

Alex M. Azar II, secrétaire à la Santé a précisé ce qu’il en était de l’annonce présidentielle. Le but est de diminuer les contaminations par le VIH aux Etats-Unis, de 75% en cinq ans, et de 90% en dix ans. On estime aujourd’hui que près de 40 000 Américains contractent le virus chaque année, et qu’environ 165 000 personnes ignorent leur statut de séropositif.

Tâche titanesque

« Cette initiative, si elle est mise en place et financée, pourrait s’inscrire dans l’histoire comme l’une des plus grandes réussites de sa présidence », a déclaré Michael Ruppal, directeur de l’AIDS Institute. « Contrôler le VIH en une décennie est une tâche titanesque, mais nous applaudissons la volonté affichée », a pour sa part indiqué à l’AFP Michael Weinstein, président de l’AIDS Healthcare Foundation.

Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) précise que depuis cette annonce, le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis a publié une « factsheet » dans laquelle sont détaillés les leviers qui seront actionnés pour parvenir à une réduction de 75 % du nombre de nouvelles infections d’ici à 5 ans, et de 90 % d’ici à 10 ans.

« Les services américains envisagent d’assigner des équipes pluridisciplinaires dédiées aux 48 comtés, aux 7 États américains (Oklahoma, Arkansas, Missouri, Mississippi, Kentucky Caroline du Sud, Alabama), ainsi que San Juan et Puerto Rico qui regroupent plus de la moitié des nouvelles infections aux États-Unis. Ces équipes, baptisées « HIV HealthForce » seront chargées d’analyser les problématiques locales et d’aider à la mise en place de politiques spécifiques pour promouvoir le diagnostic et l’administration précoce du traitement, ainsi que les méthodes de prévention, et notamment la prophylaxie post-exposition. »

Mais encore ?  La Société internationale sur le sida (IAS)  salue « l’objectif ambitieux » affiché par Donald Trump. Mais prend bien soin de rappeller que ces déclarations ne sont pas cohérentes avec « la politiques et la rhétorique » du président américain « ciblant directement les trans- et plus généralement la communauté LGBT, les consommateurs de drogue injectable, les minorités ethniques, les réfugiés, les travailleuses du sexe et les droits sexuels des femmes ».

Une loi interdisant l’avortement tardif

« Cet objectif nécessite plus que du traitement et des programmes de prévention, rappelle l’IAS. Le Congrès et l’administration américaine devront revoir les politiques qui augmentent le risque d’infection et renforcent la stigmatisation et l’injustice sociale et de genre, incluant les mesures de bannissement des trans de l’armée ou le démantèlement des programmes publics à destination du public LGBT. »

Où l’on redécouvre en somme, à trente ans de distance, à quel point, au-delà du virologique à quel point l’épidémie de VIH est politique. Politique également cette conclusion, par Trump, du volet santé du discours sur l’état de l’Union : « Pour défendre la dignité de chaque personne, je demande au Congrès d’adopter une loi interdisant l’avortement tardif des enfants pouvant ressentir une douleur dans le ventre de leur mère ». Le Monde rappelle que l’avortement est, officiellement, autorisé aux Etats-Unis jusqu’à la 22e semaine de grossesse.

A demain

@jynau

Avortement : de Bailleul (Sarthe) à Buenos Aires, politique, médecine et polémiques

Bonjour

L’IVG (sa dépénalisation, sa légalisation, sa pratique) est un sujet permanent de polémiques médiatisées. On vient de l’observer en Argentine. En juin les députés argentins avaient approuvé sa légalisation (129 voix contre 125. Mercredi 8  août, leurs collègues du Sénat s’y sont opposés (38 voix contre 31 et 2  abstentions). Rejet du projet de loi au grad dam de centaines de milliers de personnes qui s’étaient rassemblées à Buenos Aires et dans les principales villes du pays.

« Le débat sur le droit à l’avortement est loin d’être refermé en Argentine. Certes, le vote des sénateurs témoigne du solide pouvoir d’influence de l’Eglise catholique et des Eglises évangéliques, vigoureusement mobilisées contre ce texte, ainsi que du machisme persistant dans les provinces les plus traditionnelles, éditorialise Le Monde. Mais la démonstration est désormais faite, confirmée par tous les sondages ces dernières semaines, que la société argentine a profondément évolué et est aujourd’hui majoritairement favorable au droit à l’IVG. En tout état de cause, après quatre mois d’un débat intense – et qui a ouvert d’autres brèches, comme la demande de la séparation de l’Eglise et de l’Etat –, il est probable que la dépénalisation et la légalisation ne sont plus qu’une question de temps, en Argentine, et certainement dans le reste du continent, où les mouvements féministes sont plus actifs que jamais. »

En France, plus de quarante ans après la promulgation de la loi Veil les polémiques, pour s’être apaisées, n’ont jamais véritablement cessé.

Le 26 juillet dernier, au cours d’une question orale au Sénat à l’attention d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé  Agnès Buzyn, la sénatrice Nadine Grelet-Certenais (Socialiste, Sarthe) a déclaré :

« Il est intolérable que les femmes ne puissent pas exercer leur droit essentiel parce que des médecins, au mépris de l’accès aux soins, font valoir des réticences d’ordre personnel ou éthique ». (JO du Sénat du 26/07/2018 page 3808).

Cette déclaration faisait référence au cas exceptionnel du centre hospitalier du Bailleul, dans la Sarthe, où suite au départ à la retraite d’un médecin et au recours à la clause de conscience des trois autres praticiens de l’établissement, ce dernier n’était plus en mesure temporairement de pratiquer l’IVG.

Intolérable

En réponse à la sénatrice, le Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France (SYNGOF) a réagi avec une particulière virulence :

« Si l’accès à l’avortement pour les femmes est un droit essentiel, incontesté et incontestable, la réalisation de l’avortement n’est pas un acte de soins ordinaire. A ce titre,  il nécessite des médecins à qui la loi reconnait le droit d’avoir une liberté de conscience. Qu’une sénatrice de la France, élue de la Nation, ne reconnaisse pas la liberté de conscience des soignants est intolérable à la Nation. Prétendre que les médecins ont le mépris de l’accès aux soins, alors qu’ils sont au contact direct avec la souffrance de leurs patientes, c’est ne pas connaitre leur vie. »

Pour autant le SYNGOF reconnaît que le cas exceptionnel de Bailleul, dans la Sarthe angevine, met en évidence un problème de fond dans l’organisation de l’accès aux soins sur le territoire français Alors que la loi N°2016-41 du 26 janvier 2016, dans son article premier, fait de l’Etat l’organisateur et le responsable de la santé en France, la pénurie de gynécologues annoncée par la profession depuis vingt ans s’aggrave depuis plusieurs années, et les gouvernements successifs n’ont pas jugé utile de la corriger.

« Et ce n’est pas en retirant leur éthique et leur conscience aux médecins que la Nation permettra un égal accès à l’avortement pour les Françaises qui le demandent. Comme Madame la sénatrice a une éthique et une conscience, qu’elle souffre que les médecins en aient une et que l’Etat la respecte. » 

Et le SYNGOF de noter que la ministre de la Santé « n’a pas acquiescé » aux attaques de la sénatrice socialiste. Et ensuite ?

A demain

Antisémitisme, politique et œcuménisme: des centaines de personnalités accusent les extrêmes

Bonjour

C’est, à coup sûr, l’émergence d’un symptôme français. Il s’exprime ce dimanche 22 avril 2018 dans Le Parisien Aujourd’hui en France : « Manifeste «contre le ‘’nouvel antisémitisme’’ ». Puis, demain, dans un livre (Albin Michel) préfacé par Elisabeth de Fontenay.

Résumons : près de trois cents « personnalités » signent un manifeste «contre le nouvel antisémitisme» en France marqué par la «radicalisation islamiste». Elles dénoncent , qui plus est, un «silence médiatique» et une «épuration ethnique à bas bruit» dans certains quartiers. Parmi les signataires : Elisabeth Badinter, Gérard Depardieu, Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, Manuel Valls, Bertrand Delanoë, Jean Glavany, Zabou Breitman, Charles Aznavour, Pierre Arditi, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut – mais aussi des journalistes, des responsables religieux juifs, musulmans et catholiques. Le texte a été rédigé par le souvent controversé Philippe Val, 65 ans, ancien directeur de Charlie Hebdo.

«Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France », lit-on dans ce texte assez œcuménique. « Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés – et certains torturés – parce que Juifs par des islamistes radicaux», écrivent les auteurs, en référence à l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006, à la tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012, à l’attaque de l’Hyper Cacher en 2015, à la la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et au meurtre récent de Mireille Knoll, dans la capitale.

« Les Français juifs ont 25 fois plus de risque d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50.000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile Zola et de Clemenceau. »

C’est aussi un appel à forte dimension politique et religieuse. Ce manifeste soutient ainsi que «la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’elle véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale (…) au vieil antisémitisme de l’extrême droite s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société. »  «La bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif», observent en outre les signataires.

Ces derniers demandent «que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime ».

C’est, à coup sûr, l’émergence d’un symptôme. Lequel ? Rappel : nous sommes en France et, qui plus est, en 2018.

A demain