Le Covid-19 et l'explosion statistique : Pékin tiendra-t-il longtemps au four et au moulin ?

Bonjour

13 février 2020. Ainsi donc il suffisait de modifier la méthode diagnostique pour bouleverser la réalité épidémique et ses conséquences politiques.

Selon le dernier décompte, plus de 60 000 cas, près de 1 500 morts. Pékin annonce aujourd’hui, pour un seul jour, 15.000 contaminations supplémentaires, un « bond record » justifié par une nouvelle définition des cas d’infection. Dorénavant, les autorités locales comptabiliseront les cas « diagnostiqués cliniquement » – ou plus exactement sans recours à la confirmation virologique (que les médias généralistes nomment « test d’acide nucléique »). En d’autres termes les images pulmonaires confirmant les symptômes cliniques suffiront à décréter que le patient est infecté par le COVID-19.  

Comment comprendre ? D’une part les kits des tests virologique n’étaient pas disponibles en quantité suffisante et, de l’autre, leur fiabilité était de plus en plus souvent remise en question. mais nombre de médecins remettaient leurs résultats en cause. Selon le Financial Times, (Yuan Yang and Nian Liu in Beijing) Tong Chaohui, un expert qui conseille le gouvernement, aurait révélé aux médias locaux que, dans les bons hôpitaux du Hubei, les résultats des tests étaient fiables une fois sur deux. Et parfois une fois sur dix.

On sait d’autre part que le Pr Neil Ferguson, spécialiste d’épidémiologie à l’Imperial College de Londres, estime que seuls 10 % des cas sont détectés. A la disponibilité et à la fiabilité des tests il faut ajouter les contraintes inhérentes à leur mise en œuvre, au nombre croissant des patients, à la saturation des services hospitaliers et à la fatigue des soignants.

« Malgré la censure sur l’information, de nombreux témoignages montrent que des personnes qui, selon leur médecin, sont porteuses du virus, sont jugées négatives à l’issue du test et envoyées chez elles, observe Le Monde (Frédéric Lemaître).  Quitte à contaminer leur entourage. Qui plus est, seules les dépenses des personnes reconnues porteuses du virus sont prises en charge par l’Etat. Pour les autres, la facture se monte à plusieurs milliers voire dizaine de milliers d’euros. »

Notre confrère ajoute qu’entre les chiffres rassurants publiés depuis peu chaque jour à la baisse et des témoignages contraires diffusés sur les réseaux sociaux, l’écart devenait insupportable. « Sans compter que plus de quarante avions se sont posés lundi 10 février sur l’aéroport de Wuhan, officiellement fermé, précise-t-il. A bord, plusieurs milliers de médecins et d’infirmières, venus de toute la Chine prêter main-forte aux équipes médicales locales débordées… et souvent, elles-mêmes contaminées par le virus. »

Pernod-Ricard, L’Oréal, la France

Trop tardive, la transparence a un coût plus élevé. Pékin va devoir rassurer la population et la communauté internationale en affirmant que la situation est sous contrôle avec des chiffres qui diront précisément le contraire. Les premiers symptômes politiques sont déjà là : le 12 février, à la suite d’une réunion du comité permanent du bureau politique du Parti communiste (PCC)  Ying Yong, jusqu’ici maire de Shanghaï et considéré comme un proche du président Xi Jinping, a été nommé secrétaire du Parti dans le Hubei. Il y remplace Jiang Chaoliang. Quant au secrétaire du PCC à Wuhan, le vrai patron de la ville, a également été limogé.

Loin de Pékin, on enregistre d’autres chiffres. A Paris le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a fait ses comptes : l’épidémie de coronavirus pourrait amputer la croissance française de 0,1 point de pourcentage en 2020. «Admettons que nous ne soyons pas trop loin du pic (sic) » de l’épidémie, «notre évaluation, c’est que l’impact sur la croissance chinoise sera de l’ordre de un point sur l’année», a déclaré le ministre au micro de RMC/BFMTV. «Ce qui voudra dire 0,2 point de croissance en moins au niveau mondial et 0,1 point de croissance en moins pour la France».

Au même instant, à Marseille Pernod Ricard, géant mondial des boissons alcooliques annonçait abaisser sa prévision de croissance sur l’exercice 2019-2020, estimant que la flambée épidémique liée au coronavirus en Chine risquait de peser sur ses performances du troisième trimestre. Qui savait que le deuxième plus grand groupe de « spiritueux » au monde réalise 10% de ses ventes en Chine ? Ricard, prudent,  explique « ne pas pouvoir estimer pour l’instant la durée et l’impact de cette crise sanitaire ». Sans doute en va-t-il de même pour le géant L’Oréal.

Ils ne sont pas les seuls à trembler. Non loin de Pékin Yoshiro Mori, président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Tokyo (24 juillet-9 août) a assuré, jeudi 13 février, que l’événement sportif ne serait « ni annulé ni reporté ».   Il a dénoncé les «rumeurs irresponsables». Yoshiro Mori a-t-il bien pris la mesure de ses responsabilités ?

A demain @jynau

 NB. Le Mobile World Congress (MWC), grand-messe de la téléphonie attendue à Barcelone du 24 au 27 février est annulé à case de l’épidémie de Covid-19 Les nouvelles défections de gros opérateurs européens comme Deutsche Telekom et Vodafone ont finalement imposé cette décision. Le 12 février la ville de Barcelone et les autorités espagnoles ont tout fait pour empêcher l’annulation de cet événement qui devait rassembler près de 110 000 participants. Mais, au terme d’une réunion de crise qui s’est déroulée par téléphone (sic), avec la participation d’Orange qui préside le GSMA, la décision a été prise. Le plus grand salon mondial des télécoms est annulé en raison de l’épidémie de coronavirus.

Coronavirus-19 et censure communiste : édifiante «quarantaine» du journaliste-blogueur

Bonjour

C’est le chaînon communiste qui manquait :  la « mystérieuse disparition » du citoyen Chen Qiushi, 34 ans, avocat devenu journaliste-blogueur bien connu qui enquêtait sur l’épidémie. « Les autorités chinoises affirment qu’il a été « mis en quarantaine » pour avoir passé trop de temps dans les hôpitaux de Wuhan. Mais cela ressemble fort à une détention au secret » observe Le Monde (Simon Leplâtre). ABC : « Chinese citizen journalist Chen Qiushi missing in Wuhan after critical reports on coronavirus outbreak » (Tasha Wibawa and Michael Li). Quartz : « Another citizen journalist covering the coronavirus has gone missing in Wuhan » (Jane Li).

On peut le dire autrement : ce journaliste-citoyen va-t-il s’inscrire dans la ligne du Dr Li Wenliang paradoxalement devenu en quelques heures héros et martyr ?  

Dans l’une de ses dernières vidéos, Chen Qiushi apparaissait à l’écran les yeux cernés. « J’ai peur. Devant moi, il y a le virus. Derrière moi, il y a le pouvoir légal et administratif de la Chine. » Cela faisait alors une dizaine de jours qu’il était arrivé à Wuhan et il avait visité tous les points chauds de la catastrophe sanitaire : hôpitaux, supermarchés, funérarium, familles de victimes, taxis volontaires…

Inlassablement, le journaliste citoyen arpentait la ville, smartphone et perche à selfie dans la main. Il semblait désespéré. « Il manque des masques, des vêtements de protection, du matériel, et surtout – le plus important – il manque des kits de diagnostic. Sans ces kits, pas moyen de vérifier que vous avez le virus, vous ne pouvez que vous mettre en quarantaine vous-même, chez vous. » Malgré la peur, il promettait de continuer à travailler tant que la crise se poursuivrait.

« Raconter les histoires émouvantes des gens qui combattent le virus » 

Mais, depuis le 6 février, Chen Qiushi n’a plus donné de nouvelles. Des proches, qui ont accès à son compte Twitter, ont publié une vidéo de sa mère appelant à l’aide.  « Plusieurs journalistes étrangers ont également été menacés d’être mis en quarantaine par les autorités locales, rapporte Le Monde. Un outil de censure plus qu’une réelle préoccupation sanitaire, puisqu’on leur a laissé le choix de rester en quarantaine là où ils enquêtaient, ou de rentrer à Pékin ou à Shanghai par le premier avion. »

Début février, Chen Qiushi annonçait que sa famille faisait l’objet de pressions de la police. Dès la publication de sa première vidéo depuis Wuhan, sur WeChat, le réseau social dominant en Chine, son compte a été suspendu pour un mois. Plus tard, il découvrait que la simple mention de son nom ou la publication d’une capture d’écran de ses vidéos pouvait entraîner la suspension de comptes sur WeChat ou Weibo, le Twitter chinois. »

Où l’on en revient, toujours, à Orwell 1. Depuis le 3 février, la censure a été considérablement renforcée en Chine. Des milliers de personnes ont vu leur compte WeChat suspendu pour avoir publié des commentaires au sujet du virus. Dans le même temps, le ministère de la propagande annonçait l’envoi à Wuhan de trois cents journalistes pour « raconter les histoires émouvantes des gens qui combattent le virus (…) et montrer l’unité du peuple chinois face au virus », 

 « Nous ne voulons pas d’un second Li Wenliang », a écrit un utilisateur de Weibo. Un commentaire rapidement supprimé.

A demain @jynau

 1 « Pour l’instant, la gestion du coronavirus par la Chine relève plus d’Orwell que de la glasnost » de Sylvie Kauffmann, Le Monde du 13 février 2020

Coronavirus – dictatures : et si la Corée du Nord était d’ores et déjà contaminée par la Chine ?

Bonjour

Où l’on comprend, une nouvelle fois, que les dictatures ne résistent pas, elles non plus, aux virus pathogènes. C’est une information présentée comme une exclusivité par La Croix (Dorian Malovic) : un source officielle fait état de trois décès du coronavirus, fin janvier, à Pyongyang, et de cinq autres à la frontière chinoise. « Une grave épidémie menace le pays, dont le système sanitaire est des plus fragiles, résume le quotidien catholique.  Pyongyang est touchée à son tour par le coronavirus. Selon l’agence DailyNK, basée à Séoul et souvent bien informée sur la réalité nord-coréenne, qui cite un officiel nord-coréen de haut niveau à Pyongyang, ‘’une femme, la cinquantaine, souffrant de fièvre et de toux est morte le 27 janvier’’.’’ Les autorités ont parlé d’un décès par pneumonie’’, rapporte cette même source, mais cette personne avait été placée en quarantaine, les autorités sanitaires craignant déjà qu’elle ne soit contaminée par le coronavirus. »

De source chinoise, plusieurs cas ont aussi été identifiés dans la ville nord-coréenne de Sinuiju, une zone économique spéciale frontalière de la ville chinoise de Dandong, par laquelle passent 80 % des échanges commerciaux entre les deux pays. Les autorités nord-coréennes qui avaient, les premières, fermé leurs frontières avec la Chine, le 20 janvier, sont en alerte maximale. Des photos diffusées par l’agence officielle KCNA montrent des opérations de désinfection sur le port de Nampo, au sud de Pyongyang, et dans les bus de la capitale.

Nouveau virus, dictature à l’ancienne

« De nombreux ouvriers, commerçants et étudiants sont rentrés de Chine pour le Nouvel An, à la mi-janvier, et j’ai appris que ceux qui sont bloqués en Chine sont mis en quarantaine sur les chantiers chinois », affirme Juliette Morillot, spécialiste de la Corée du Nord (environ 25 millions d’habitants). Selon elle, la minorité chinoise – plusieurs milliers de personnes – qui vit en Corée du Nord et qui a un passeport nord-coréen, commerce librement et passe la frontière. « Il ne fait aucun doute que cette crise est un coup dur pour l’économie nord-coréenne, déjà étranglée par les sanctions de l’ONU depuis 2016 ».

Faudrait-il rappeler que sur le plan sanitaire, la Corée du Nord souffre de profondes carences ? Et que la fermeture des frontières avec le voisin chinois couperait un peu plus le cordon d’approvisionnement matériel (textiles, médicaments, électroniques) et idéologique en provenance  de Chine ?  « La tuberculose fait déjà des ravages depuis des années, et ils n’ont pas assez de kit-tests ni de médicaments pour la traiter, témoigne un médecin asiatique cité par La Croix et qui s’est rendu plus de vingt fois en Corée du Nord pour des missions humanitaires. Alors, face à ce coronavirus dont ils ne savent pas grand-chose, cela pourrait être très meurtrier dans les mois à venir. »

Peut-on, dès à présent, imaginer les conséquences de la nouvelle contamination virale dans une dictature à l’ancienne ?

A demain @jynau

Coronavirus et communisme : l’OMS pressent déjà les prémisses du pic épidémique chinois

Bonjour

9 février 2020. Pour les médias c’est un chiffre : l’épidémie a désormais fait 811 morts en Chine, devenant ainsi plus meurtrière que celle de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) : 774 morts en 2002-2003. Pour les épidémiologistes ceci n’a toutefois guère de signification.  « Le virus 2019-nCoV a tué 89 nouvelles personnes en Chine continentale (hors Hongkong et Macao), soit un nouveau record quotidien, précise l’AFP. On dénombre désormais 37 198 malades en Chine continentale.»

L’OMS annonce encore que 82 % des cas répertoriés sont considérés comme « mineurs », 15 % « graves » et 3 % « critiques » – moins de 2 % des cas s’avérant mortels. Le taux de mortalité est pour l’heure très inférieur à celui du SRAS (14 %).

S’inquiéter ? L’OMS tempère, veut encore espérer : selon elle le nombre de cas de contamination relevés quotidiennement en Chine « se stabilise ». « Nous enregistrons une période de stabilité de quatre jours, où le nombre de cas rapportés n’a pas progressé. C’est une bonne nouvelle et cela pourrait refléter l’impact des mesures de contrôle qui ont été mises en place », explique Michael Ryan, le responsable des programmes sanitaires d’urgence de l’institution onusienne.

En Chine continentale, le nombre de cas confirmés le 9 février comprenait 2 600 cas supplémentaires par rapport au précédent bilan quotidien. A comparer aux 3 900 nouvelles contaminations annoncées le 5 février par les autorités chinoises dans leur bilan quotidien. Fin janvier, l’un des spécialistes chinois des maladies respiratoires, Zhong Nanshan, avait pronostiqué que l’épidémie pourrait atteindre un pic aux alentours du 8 février … avant de commencer à refluer.

Révolution taxinomique culturelle

L’OMS ménage-t-elle, une nouvelle fois,la susceptibilité d’un Pékin de plus en plus isolé ? Depuis hier Hongkong imposer une mesure drastique qui pourra être jugée discriminatoire : toute personne arrivant de Chine continentale doit s’isoler deux semaines chez elle, à l’hôtel ou dans tout autre hébergement. « Les récalcitrants encourent six mois de prison » précise l’AFP.

Quant aux dirigeants communistes ils ne cessent de donner des gages de leur volonté de lutter contre ce mal apparu au cœur de leur pays Les mesures de confinement concernent désormais des dizaines de millions de personnes qui doivent rester « calfeutrées » chez elles – alimentant souvent dans le même temps les réseaux sociaux… A Shanghai (24 millions d’habitants) le port du masque vient d’être imposé dans les lieux publics.

Et les citoyens chinois viennent d’apprendre qu’en visite à Wuhan, l’épicentre, la vice-première ministre, Sun Chunlan, a ordonné aux autorités locales d’adopter des mesures de « temps de guerre » pour rechercher les habitants atteints de fièvre en ratissant les quartiers.

Et cette guerre changera bientôt de nom. Il faudra s’habituer à ne plus parler du « 2019-nCoV ». « L’OMS avance avec prudence vers l’adoption d’un nom définitif pour l’agent infectieux, afin de ne stigmatiser ni le peuple chinois ni Wuhan, révèle l’AFP. La décision devrait intervenir dans les prochains jours. » Dans l’attente Pékin a, le 8 février, annoncé unilatéralement une petite révolution linguistique : elle a baptisé provisoirement la maladie « pneumonie à nouveau coronavirus » – lui conférant le sigle anglais officiel de NCP (pour Novel Coronavirus Pneumonia). Où l’on regrette, une nouvelle fois, que Simon Leys (1935-2014) ne soit plus parmi nous.

A demain @jynau

C’est désormais scientifiquement démontré : non, il n’a jamais existé de «gène gay». Oui, mais …

Bonjour

L’affaire est au moins aussi vieille que la génétique : associer un gène à un comportement. A fortiori sexuel et plus encore quand on osait le tenir pour pathologique. Nature ou culture ? Pourquoi sommes-nous sexuellement ce que nous sommes et pas autrement ? Le sujet rebodit aujourd’hui avec une publication dans Science : « Large-scale GWAS reveals insights into the genetic architecture of same-sex sexual behavior » (Ganna A, Verweij K, Nivard M et al). Vingt auteur.e.s sans oublier la « 23andMe Research Team ». Publication et mise en perspective : « Genetics may explain up to 25% of same-sex behavior, giant analysis reveals » (Jocelyn Kaiser) .

« C’est la conclusion d’une analyse réalisée sur un demi-million de profils ADN par un groupe de chercheurs en Europe et aux Etats-Unis, et dont la publication, jeudi 29 août, par la prestigieuse revue Science  vise à enterrer l’idée, née dans les années 1990, qu’il existe un « gène gay » aussi prévisible que ce qui existe pour la couleur des yeux, résume l’AFP.  ‘’Il est de facto impossible de prédire l’orientation sexuelle d’une personne d’après son génome’’, souligne Benjamin Neale, membre du Broad Institute d’Harvard et du MIT, l’une des nombreuses institutions dont sont issus les auteurs. »

« Enterrer l’idée » ? Bigre.  L’orientation sexuelle a bien une composante génétique, selon ces chercheurs, confirmant des études précédentes plus petites, notamment sur des jumeaux. Mais cette composante dépend d’une myriade de gènes. « Il n’y a pas de gène gay unique, mais de nombreux petits effets génétiques répartis dans le génome », explique Benjamin Neale. A cela s’ajoute un facteur essentiel : l’environnement dans lequel une personne grandit et vit. Où l’on voit que rien n’est simple et que la génétique ne nous apprend rien de définitif. Ce qui autorise tous les interprétations, sinon tous les fantasmes.

« La nouvelle analyse statistique a permis de découvrir cinq positions précises sur nos chromosomes, appelées locus, qui apparaissent clairement liées à l’orientation sexuelle, bien qu’ayant chacune une influence ‘’très petite’’ précise encore l’AFP.. Biologiquement, il se trouve qu’un marqueur est aussi associé à la perte de cheveux, ce qui suggère un lien avec la régulation des hormones sexuelles (sic). Vraisemblablement, il existe des centaines ou des milliers d’autres marqueurs, que de futures analyses sur de plus grandes banques ADN pourraient un jour découvrir. »

« C’est un comportement complexe où la génétique joue un rôle, mais probablement de façon minoritaire. L’effet de l’environnement existe, mais on n’arrive pas à le mesurer exactement », ajoute Fah Sathirapongsasuti, scientifique de 23andme.com (qui a donc contribué à l’étude avec des profils génétiques de ses clients – volontaires). Le gros de l’analyse a été fait sur des hommes et femmes de la banque britannique UK Biobank, en majorité d’origine européenne, qui avaient répondu à la question : « avez-vous déjà eu une relation sexuelle avec une personne du même sexe ? ». Ce qui ne manquera pas d’alimenter de vastes interrogations méthodologiques sinon psychanalytiques et/ouphilosophiques.

« Les auteurs ont conscience de la délicatesse du sujet, et les deux chercheurs cités ont pris soin de rappeler, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, qu’ils étaient eux-mêmes gays. Désireux d’éviter toute mauvaise interprétation, ils sont allés jusqu’à consulter des associations LGBT sur la façon de communiquer leurs résultats, qu’ils ont résumés sur un site spécial, geneticsexbehavior.info, ajoute l’AFP ». L’association américaine Glaad a salué des travaux confirmant qu’« être gay ou lesbienne est une partie naturelle de la vie humaine ». On progresse: en 1993, une étude sur quarante familles avait cru identifier un lieu unique, le gène Xq28, définissant l’orientation sexuelle. La nouvelle analyse réfute ce modèle simpliste. 

Attention : une donnée chiffrée avancée dans Science produit est susceptible de créer la confusion. Les chercheurs estiment que « 8 à 25 % » des différences d’orientation sexuelle dans la population testée sont dues à des variations génétiques. Il ne faut voir ici qu’un concept statistique et ne pas comprendre  qu’entre 8 et 25 % de l’orientation d’une personne dépend de ses gènes. Et comme rien ne saurait être simplifié dans le champ de la sexualité les chercheurs ajoutent : « Supposer que plus on est attiré par quelqu’un du même sexe, moins on est attiré par l’autre sexe est une simplification excessive ». Et l’on sait, dans ce domaine, tous les dangers des excès.

A demain @jynau

«Mourir d’avoir été vacciné»: Le Monde doit-il ferrailler contre les Prs Joyeux et Montagnier ?

Bonjour

Pierre Desproges est mort et on ne rit plus. Peut-on, sous des cieux démocratiques, débattre de tout avec tout le monde ? « Selon une étude, 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », affirme la page Facebook Advitae Santé naturelle, qui ajoute : « Et ce serait juste une coïncidence ? » Voilà une antienne anti-vaccinale amplement chantée sur les deux rives de l’Atlantique. Faire un lien entre la vaccination et la mort subite du nourrisson. Evoquer les deux faits, laisser planer dans le brouillard de l’angoisse, les concepts de causalité et de corrélation. La rumeur peut prospérer.  

Il faut aussi et surtout, en France, y ajouter la voix et l’aura du Pr Luc Montagnier (lauréat du Nobel 2008 pour avoir co-découvert le VIH, en 1983) sans oublier le poids sociétal du Pr Henri Joyeux – deux opposants aux obligations vaccinales en vigueur qui se plaisent à user de cette une rhétorique. On se souvient de la conférence tenue à Paris en 2017. Déclaration du Nobel :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Wakefield et Pasteur

Nous écrivions alors : « Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : ‘’Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie’’ ».

Aujourd’hui « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat) reviennent sur le sujet : « Non, les vaccins ne sont pas responsables de la mort subite du nourrisson ». Où l’on peut redouter, paradoxalement, qu’ils prennent le risque, en « décodant », de légitimer les errances du Pr Montagnier.

On lira leur argumentaire, fondé sur de sérieuses publications. Ils reviennent notamment sur l’affirmation selon laquelle « 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », relayée par Advitae Santé naturelle et qu’ils qualifie de « complètement fallacieuse ». Explications :

« Cette page Facebook prétend s’appuyer sur le site américain childrenhealthdefense.org. Ce dernier cite bien le chiffre de 79,4 %, mais dans un tout autre contexte. Il s’agit en réalité de la proportion d’enfants qui ont reçu plus d’un vaccin le même jour parmi les cas de morts d’enfants signalées au programme américain de sécurité vaccinale entre 1997 et 2013. Et le site childrenhealthdefense.org lui-même déforme le sens de cette statistique en y voyant un signe que les vaccins pourraient être responsables de la mort subite du nourrisson.

L’étude scientifique dont vient ce fameux chiffre, publiée en 2015 dans la revue Clinical Infectious Diseases, visait à comparer les causes de mortalité signalées au programme de sécurité vaccinale à celles de la population dans son ensemble. Or, les auteurs n’ont relevé aucune surmortalité liée à la vaccination, y compris en ce qui concerne les morts inattendues des nourrissons.

S’il peut être tentant d’associer des événements à cause d’une coïncidence temporelle, les analyses des chercheurs ont là encore conclu que les vaccins ne sont pas en cause. Au contraire, les auteurs de l’étude notent que les effets secondaires graves des vaccins sont en fin de compte rarissimes puisque, en moyenne, seul un cas de mort est rapporté aux autorités pour un million de vaccins distribués, sans qu’il y ait nécessairement de lien de cause à effet entre l’injection et le décès. »

De la raison et de la déraison

On pourrait ajouter les informations données par  l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Tout ceci sera-il suffisant pour convaincre celles et ceux qui sont persuadés du contraire – ou tentés de l’être ? Faire appel à la raison au risque d’amplifier la déraison ? User de la logique et paradoxalement nourrir le complotisme ? Amplifier ainsi la parole du Pr Luc Montagnier, cette personnalité atypique que nul ne sait plus aujourd’hui présenter : pastorien contrarié, coauteur d’une découverte majeure, prix Nobel renié par l’Institut Pasteur. Des déclarations controversées, l’émergence récurrente de l’étrange, un voyage sans retour vers l’irrationnel. Un mystère à raconter. Une biographie qui reste à faire.

A demain @jynau

Vincent Lambert et sa mort programmée : Emmanuel Macron parlera-t-il avant le 20 mai ?

Bonjour

Il est bien des manières de militer ; bien des manières de parler de la tragédie que constitue l’affaire Vincent Lambert. L’une d’elle consiste à parler de « feuilleton », comme le fait aujourd’hui le site de France Inter (Julien Baldacchino). Un « feuilleton de six ans » et, corollaire, une « série » dont on commence à se lasser.

On peut aussi parler, au choix, de « soins » ou d’ « alimentation-hydratation ». De « handicap profond » ou d’« état végétatif chronique ». Prendre fait et cause pour les parents ou dénoncer leurs convictions religieuses « proches des catholiques intégristes ». User de cette affaire pour mener le combat au nom d’un « droit de mourir dans la dignité ».

Ces affrontements vont, dans les prochains jours aller en s’intensifiant après l’annonce faite par le Dr Vincent Sanchez (CHU de Reims) aux parents de Vincent Lambert qu’il allait interrompre les « traitements » de ce dernier durant la semaine du 20 mai. Une annonce, qui plus est, faite par courrier et révélée par l’AFP. « Je vous informe que l’arrêt des traitements et la sédation profonde et continue évoquée lors de la procédure collégiale seront initiés au cours de la semaine du 20 mai ».

Fin programmée du « feuilleton » ? « Les parents ont-ils désormais de nouveaux recours pour empêcher l’application de cette troisième décision, s’interroge France Inter  Samedi 11 mai, les avocats des parents ont annoncé qu’ils allaient engager « un certain nombre de recours », sans préciser lesquels. « Nous saisissons les juridictions compétentes pour que la France soit contrainte de respecter ses engagements internationaux », a-t-il déclaré ». D’autres médias évoquent un appel solennel à Jacques Toubon, Défenseur des droits voire à Emmanuel Macron.

« N’importe quoi »

La situation est d’une particulière complexité puisque le Comité international de protection des droits des personnes handicapées de l’ONU (CIDPH) vient de demander à la France de suspendre toute décision d’arrêt des soins de Vincent Lambert, dans l’attente d’une instruction sur le fond. Et que Suite à cette demande Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait déclaré, sur BFM-TV :

 « Aujourd’hui, juridiquement parlant, tous les recours dans cette affaire sont arrivés au bout, et toutes les instances juridictionnelles, qu’elles soient nationales ou européennes, confirment le fait que l’équipe médicale en charge de ce dossier est en droit d’arrêter les soins.

« Les parents de Vincent Lambert se sont retournés vers ce comité qui s’occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert parce qu’ils n’ont que la version des parents. Nous ne sommes pas tenus par ce comité légalement, mais bien entendu nous prenons en compte ce que dit l’ONU et nous allons leur répondre ».

Or, pour les avocats des parents, Agnès Buzyn « raconte n’importe quoi ». Selon eux « les conventions internationales obligent la France et sont supérieures à la loi en application de la Constitution ». « C’est certainement ce ressort-là que la défense des parents fera jouer pour tenter une nouvelle fois de bloquer la décision » estime France Inter.

 « Il n’y a aucune urgence médicale à arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert et rien ne justifie une violation aussi éhontée du droit international et des mesures provisoires réclamées par l’ONU », ont d’ores et déjà prévenu les avocats. Où l’on voit que l’affaire dépasse, de beaucoup, le seul Dr Vincent Sanchez.

Ce médecin encore inconnu des médias osera-t-il néanmoins passer à l’acte ? Dispose-t-il encore de l’autonomie pour le faire ? Quel sens donner à son courrier ? Que fera sa hiérarchie hospitalière en relation avec sa tutelle ministérielle ? Quelle seront les volontés exprimées depuis le Palais de l’Elysée ? Que dira l’ONU au nom des personnes handicapées ? Qui écrit la fin des tragédies ?

A demain

@jynau