Chloroquine : Donald Trump bunkerisé offre deux millions de doses au Brésil de Bolsonaro

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01/06/2020. Qui a dit que les populistes étaient allergiques à la solidarité ? La Maison Blanche a annoncé, le jour de Pentecôte, que les Etats-Unis venaient d’envoyer au Brésil de Jair Bolsonaro deux millions de doses d’hydroxychloroquine. «Les peuples américain et brésilien sont solidaires dans la lutte contre le coronavirus. Aujourd’hui, pour preuve de cette solidarité, nous annonçons que le gouvernement américain a livré deux millions de doses d’hydroxychloroquine au peuple du Brésil, a indiqué l’exécutif américain dans un communiqué. Elle sera utilisée de manière préventive pour aider à défendre les infirmières, les médecins et les professionnels de la santé contre le virus. Elle sera aussi utilisée comme traitement pour soigner les Brésiliens infectés. »

Le même jour le président brésilien Jair Bolsonaro participait à un rassemblement avec ses partisans à Brasilia, bravant une nouvelle fois les recommandations sanitaires. Le chef de l’Etat brésilien, ouvertement contre les mesures de confinement, s’est présenté devant le palais présidentiel, saluant des dizaines de sympathisants qui scandaient : « mythe ! mythe !mythe !». L’AFP rapporte que, tout en se gardant (cette fois) de toucher les mains de ses partisans, M. Bolsonaro, entouré de ses gardes du corps, a porté deux enfants sur ses épaules. Il est par la suite monté sur un cheval de la police.

C’est là le dernier exemple des mises en scène de Jair Bolsonaro qui s’oppose à tout confinement pour protéger l’économie et fait la promotion de l’usage de l’hydroxychloroquine en dépit des dernières recommandations de l’OMS. « Nous restons très calmes et sereins, et il n’y aura aucune modification » dans nos consignes, a déclaré il y a quelques jours Mayra Pinheiro, secrétaire à la gestion du travail et à l’éducation sanitaire, lors d’une conférence de presse à Brasilia, la capitale.

Sous la pression du président Jair Bolsonaro, le ministère de la Santé du Brésil a publié il y a peu un document qui étendait les recommandations d’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine y compris aux cas bénins de Covid-19. Avec près de 500 000 cas et 30 000 morts, le Brésil (210 millions d’habitants) est le pays le plus touché par la pandémie en Amérique latine et le deuxième dans le monde derrière les Etats-Unis (1, 8 millions de cas ; plus de 100 000 morts).

Officiellement le président Trump est toujours sous hydroxychloroquine à visée préventive. Le 31 mai il a été brièvement conduit dans un bunker souterrain de la Maison-Blanche. Ce confinement a été décidé par le Secret Service, le service de protection du président et de personnalités alors qu’une manifestation (à la suite de la mort de George Floyd) se tenait devant le lieu de résidence du président américain. D’après CNN, le président a passé un peu moins d’une heure en ces lieux, avec sa femme Melania et leur fils Barron. 

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : mais pourquoi diable le Christ s’est-il arrêté à Marseille ?

Bonjour

31/05/2020. Jour de Pentecôte. Questions : Comment lutter contre la promesse d’un traitement miraculeux ? Comment sortir du face-à-face entre un professeur au discours de gourou et des scientifiques aux airs de rats de laboratoires ? Elles sont posées, dans Libération par le Pr. Frédéric Adnet, chef de service des urgences de l’hôpital Avicenne, chef du SAMU 93. Edifiant.

Moins bien connu du plus grand nombre que le microbiologiste de Marseille, le Pr Adnet est néanmoins apparu, ces derniers temps, dans les médias télévisés, où il sait parler haut, clairement, et fort – comme après des propos inexcusables du préfet de police Lallement sur le confinement.

Aujourd’hui, dans Libération il s’attaque à une autre montagne. Il nous confie sa découverte, via une vidéo YouTube, du Pr Didier Raoult. « Dans un cours ‘’improvisé’’, celui-ci expliquait, doctement, les éléments d’un traitement miraculeux du Covid-19 : l’hydroxychloroquinen raconte-t-il. Devant nos yeux ébahis, nous assistions, dès l’administration de ces molécules, à l’effondrement des courbes de charges virales ! Étudiée de plus près, d’un point de vue rationnel et au regard de la rigueur scientifique, la démonstration était… catastrophique. De quoi jeter sa copie au nez d’un interne négligent. Peu importe ! Le ton était donné. D’un côté, l’intuition du professeur, étayé par une communication professionnelle et un sens aigu de la vulgarisation ; de l’autre, des scientifiques, à l’expression austère, prudente, et peu enclins à se faire mettre en pièces par les réseaux sociaux. En un mot, un discours de gourou face au murmure de rats de laboratoires. »

Comment lutter contre une réponse simple à une question complexe ? Comment, en ce jour de Pentecôte, lutter contre un miracle attesté « par une multitude de scientifiques autoproclamés, des professeurs retraités à la recherche d’une ultime heure de gloire, de politiciens flairant le bon coup, faux spécialistes mais vrais communicants, avides de s’associer à une des nombreuses découvertes fracassantes sur la prise en charge de la Covid-19. » ?

On lira la tonique tribune du Pr Adnet dans Libé : « Hydroxychloroquine : le Christ s’est arrêté à Marseille ». Extraits :

« Plus fort que l’absence de méthode scientifique, il y a la méthode de persuasion, toujours la même, l’appel à des bribes d’observations plus ou moins crédibles qu’un rapide raccourci transforme en un lien de causalité pour aboutir à une conclusion logique, mais fausse, et surtout jamais soumise à une expérimentation comparative. On pourrait appeler cela un sophisme rigoureusement scientifique. (…)

« Aller vite ! Cet argument a été invoqué par le Pr Didier Raoult lors de la présentation des 1 061 patients inclus dans une recherche observationnelle. Mais pourquoi ne pas avoir inclus un groupe de patients «contrôle» obtenu par tirage au sort (randomisation) ? La comparaison des deux groupes aurait pu donner une réponse définitive. Sa réponse ? L’intuition, toujours l’intuition, encore l’intuition, tellement forte qu’elle devient force de loi scientifique ! Ne restait plus qu’à trouver LE médicament miracle…

« En médecine, cela existe, comme on l’a vu lors de la découverte de la pénicilline, mélange de hasard et de rigueur scientifique, et non due à la seule intuition ! (…) Le problème, majeur, se pose quand la seule intuition, et une communication à grand spectacle veulent tenir lieu de preuve. Et que face à un quasi divin fondé sur la croyance – «je sens, je sais, donc tu dois croire» – la médecine officielle et ses contre-pouvoirs paniquent en réagissant d’une façon tout aussi maladroite. »

Et le Pr Adnet de revenir sur le dernier et spectaculaire épisode de la série :  la publication dans The Lancet, d’une étude observationnelle rétrospective associant surmortalité et traitement par l’hydroxychloroquine.  Les auteurs soulignaient qu’il s’agissait d’une étude à bas niveau de preuve (absence de lien de causalité) et concluaient que, seule, une étude randomisée prospective pourrait répondre au lien entre hydroxychloroquine et efficacité/dangerosité dans le traitement de la Covid-19.

« Bref, l’article donnait certes une piste importante, mais ne permettait pas de trancher… résume le Pr Adnet. Peu importe ! La réponse de nos tutelles OMS et ANSM, a été immédiate et radicale : interdiction des essais sur la chloroquine ! Une réponse couperet qui n’aura évidemment comme conséquence que d’éterniser le débat et d’enraciner des théories obscurantistes ou complotistes. Ainsi, on ne pourra plus démontrer que son protocole ne marche pas, voire qu’il peut être dangereux… Un beau cadeau à la médecine fondée sur la croyance. Quelle aberration ! C’est la victoire totale du Pr Didier Raoult. »

Ainsi donc le Christ a bien fait une halte à Marseille. « La grande victime de cette spectaculaire et brutale confrontation est donc bien au final la médecine conclut l’urgentiste. Pas celle de la croyance, grande gagnante de ce spectacle, mais bien l’autre médecine, la nôtre, celle fondée sur les preuves. » 

A demain @jynau

A lire également, sur ce thème : Essais cliniques au cours de la pandémie Covid-19 : Cibles thérapeutiques, exigences méthodologiques, impératifs éthiques Académie nationale française de médecine, 29 mai 2020

C’est voté: on peut traiter des données de santé sans le consentement de l’intéressé

Bonjour

09/05/2020. C’est fait : l’article 6 du projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire vient d’être adopté en commission mixte paritaire (CMP) – composée de sept députés et sept sénateurs. Objet, on le sait : la création d’un système d’information pour identifier les personnes infectées par le coronavirus et leurs contacts. Avec, en toile de fond, toutes craintes relatives à la violation du secret médical et aux atteintes à la vie privée.

Le texte finalement élaboré prévoit que « des données à caractère personnel 1 concernant la santé relatives aux personnes atteintes par ce virus et aux personnes ayant été en contact avec elles peuvent être traitées et partagées, le cas échéant sans le consentement des personnes intéressées, dans le cadre d’un système d’information créé par décret en Conseil d’Etat et mis en œuvre par le ministre chargé de la santé ».

Ces mesures dérogatoires s’appliqueront, au maximum, pour une durée de six mois « à compter de la fin de l’état d’urgence sanitaire ». Les données ne pourront quant à elles être conservées plus de trois mois après leur collecte. La mise en œuvre de ce système est partagée entre le ministre de la santé, Santé publique France, l’Assurance-maladie et les Agences régionales de santé. « Un décret en Conseil d’Etat précisera les droits d’accès, d’information, d’opposition et de rectification des personnes concernées, atteintes par le virus ou en contact avec ces dernières, lorsque leurs données personnelles ont été collectées » précise Le Monde (Patrick Roger).

Point important : les données d’identification des « personnes infectées » ne peuvent être communiquées, sauf accord exprès, aux « personnes ayant été en contact avec elles » … On imagine les dilemmes.

« Le service de santé des armées, les communautés professionnelles territoriales de santé, les établissements de santé, sociaux et médico‑sociaux, les maisons de santé, les centres de santé, les services de santé au travail, les médecins prenant en charge les personnes concernées, les pharmaciens ainsi que les laboratoires et services autorisés à réaliser les examens de biologie ou d’imagerie médicale participent à la mise en œuvre de ces systèmes d’information et peuvent avoir accès aux seules données nécessaires à leur intervention » ajoute Le Monde.

De même les organismes qui assurent l’accompagnement social des intéressés dans le cadre de la lutte contre la propagation de l’épidémie peuvent également recevoir les données strictement nécessaires à l’exercice de leur mission. Toutes les personnes ayant accès à ces données sont soumises au « secret professionnel ». On attend les commentaires éthiques du Conseil national de l’Ordre des médecins.

A demain @jynau

1 Données portant « uniquement » (sic) sur le statut virologique et le diagnostic

Pourquoi Olivier Véran fait-il référence à Matrix au sujet du «tracing» du déconfinement ?

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09/05/2020. Après les « brigades d’anges gardiens » voici deux nouvelles étranges références du ministre français des Solidarités et de la Santé. C’était le 8 mai devant l’Assemblée nationale qui validait la création du controversé nouveau «système d’information» (contact tracing) pour identifier les personnes infectées par le coronavirus et leurs contacts. Une Assemblée qui a adopté le texte du gouvernement en dépit des vives inquiétudes exprimées dans l’opposition qui dénonce ici une  «brèche au secret médical» et de nouvelles menaces vis-à-vis de la protection de la vie privée.

On connaît l’essentiel de «système d’information» créé en lien avec l’Assurance maladie, «destiné à identifier des personnes infectées» et «à collecter des informations» sur les personnes en contact avec elles, afin que le cas échéant elles soit placées à l’isolement.  Avec, patrouillant dans les villes et les territoires des «brigades d’anges gardiens» (des agents de la Sécurité sociale) seront chargés d’enquêter et d’établir la liste des « cas contacts ».

Au terme d’un débat nourri de plusieurs heures, les députés ont voté à main levée en première lecture l’article 6 du projet de loi qui fonde ce dispositif. Pour autant, rapporte l’AFP, des élus de tous bords (y compris dans une majorité présidentielle en cours de fragmentation) ont fait part de craintes en particulier sur le respect du secret médical. Et ce écho avec l’appel solennel du Conseil national de l’Ordre des médecins. Emilie Cariou (LREM) a dit son inquiétude sur une «mise à mal des principes fondamentaux de l’éthique médicale».

Une société des fichiers

«Ce que nous ne voulons pas, c’est une société des fichiers», a affirmé pour sa part Jean-Luc Mélenchon (LFI). Sébastien Jumel (PCF) s’est inquiété du «juste équilibre entre préoccupation sanitaire légitime et respect des droits fondamentaux». Valérie Rabault (PS) a estimé que mettre des personnes non malades dans un tel fichier était «une première», pointant «une brèche inouïe dans le droit français». Pour le groupe LR, Philippe Gosselin a aussi évoqué «une brèche dans le secret médical» tandis que Pascal Brindeau (UDI-Agir) jugeait que l’article porte aussi atteinte «à la vie privée».

Restait à entendre Olivier Véran, plaidant devant les députés le «besoin» de ce dispositif dans le cadre de la stratégie visant «à casser les chaînes de contamination». Un ministre de la Santé, par ailleurs docteur en médecine, assurant, au vu des inquiétudes formulées par certains élus, que ce n’est pas l’«Armageddon» ni «Matrix». Bigre !

Armageddon : un petit mont dans la vallée de Jezréel en Israël. C’est un terme biblique mentionné dans l’Apocalypse pour désigner le lieu du combat final entre le Bien  et le Mal lors de la fin du monde. Ce mot est utilisé pour désigner des batailles catastrophiques, éventuellement d’ampleur planétaire, et, au sens de bataille finale, celle dont l’issue donnera la victoire définitive.

Matrix : création cinématographique (1999) qui dépeint un futur dystopique dans lequel la réalité perçue par la plupart des humains est en fait une simulation virtuelle appelée « Matrice », laquelle est créée par des machines douées d’intelligence afin d’asservir les êtres humains, à leur insu, et de se servir de la chaleur et de l’activité électrique de leur corps comme source d’énergie. Le programmeur informatique Neo apprend cette vérité, c’est le début d’une rébellion.

Pour Olivier Véran il ne s’agit ici, bien au contraire, que «de mettre une brique» à un fichier déjà existant de l’Assurance maladie. Il s’agit certes d’une « entaille faite au secret médical», qui (à la différence les affections dite de longue durée) ne concernera pas que des gens malades. Une entaille indispensable selon lui, car sinon le gouvernement ne pourrait, au moment du déconfinement, développer son maillage de « tracing ». Certes. Et pourtant, quoique puisse dire et penser le ministre-médecin de la Santé on peut percevoir ici, désormais bien présent dans la loi, le méchant parfum de la dystopie.

A demain @jynau

L’Ordre des médecins, ou «StopCovid» : comment lutter en respectant le secret médical ?

Bonjour

05/05/2020. Un dilemme, un piège, une menace. Le Parlement commence aujourd’hui l’examen du projet de loi « prorogeant l’état d’urgence sanitaire », un texte qui met en place, pour reprendre l’étrange expression d’Olivier Véran, des « brigades d’anges gardiens ». On se souvient que le Gouvernement a présenté ce document lors du conseil des ministres du samedi 2 mai. Ce lundi 4 mai au Sénat, puis par la suite à l’Assemblée nationale, les parlementaires auront l’occasion de débattre et d’amender ces nouvelles dispositions légales.

Parmi ces mesures, figure l’article 6 qui crée « un système d’information aux seules fins de lutter contre l’épidémie de covid-19 ». Il  permet « de recenser les personnes infectées par le coronavirus ou susceptibles de l’être, et les personnes ayant été en contact avec elles ». Des dispositions déjà perçues comme à très haut risque par certains gardiens des libertés individuelles, souvent lecteurs de George Orwell.

On attendait ici la lecture du Conseil national de l’Ordre des médecins, cette institution qui – quoique l’on pense par ailleurs- demeure bien en charge du respect du « secret médical », l’une des clefs de voûte des espaces démocratiques occidentaux. Et L’Ordre vient de parler. Garant du secret médical, il réclame au gouvernement de préciser son texte de loi « pour clarifier les missions du médecin et l’utilisation des données des patients ».

Le moment est difficile. Respecter à la lettre le secret ou y déroger pour la bonne cause ? « Les médecins sont, plus que quiconque, conscients de la très grande gravité de la pandémie de Covid-19 et de ses conséquences sanitaires, sociales et économiques, souligne l’Ordre. Leur implication sans réserve est nécessaire à la réussite du processus de sortie maîtrisée du confinement. Leurs patients, et la population dans son ensemble, attendent d’eux cet engagement. »

Le chantage du secrétaire d’Etat au Numérique

Pour autant, dans le même temps « les médecins sont, naturellement et légitimement, très attachés à la préservation du secret professionnel qui protège les patients, le « secret médical ». Cela donne la synthèse ordinale suivante :

« Même s’ils savent que ces dispositions législatives ont pour objet de lever formellement l’obligation de ce secret dans le cadre du déconfinement, il est important de les sécuriser dans leur participation au dispositif d’intérêt public mis en place, lorsqu’ils seront amenés à communiquer des données médicales personnelles de patients atteints de Covid-19. »

Que peut, dès lors, faire l’Ordre des médecins dans ces circonstances inédites ? Rester vigilant et réclamer au gouvernement que le projet de loi « fasse explicitement référence à leur rôle premier dans le dispositif ». « Il est en effet paradoxal que dans le texte actuel de l’article 6, il ne soit absolument pas fait mention des médecins » souligne l’Ordre. Et ce dernier d’ajouter que ce projet de loi « doit garantir qu’il ne pourra exister aucun lien entre ce système d’information et toute mise en œuvre d’application technologique mobile de type ‘’Stop Covid’’.»

Sur ce point l’Ordre des médecins et les citoyens apprécieront, comme il se doit, la dernière sortie de Cédric O, secrétaire d’État au Numérique qui « craint des morts supplémentaires si l’on refuse son application ‘’StopCovid’’». « Le secrétaire d’État au Numérique est persuadé que l’application de traçage est la solution indispensable à un bon déconfinement, écrit Le Figaro (Pierre Maurer). Pour convaincre ses détracteurs et calmer la gronde des oppositions – qui craignent un dispositif de surveillance de masse -, le macroniste a pris la plume dimanche, dans un long article publié sur Medium. Il y écrit notamment que ‘’tant que l’immunité collective n’est pas atteinte’’, le choix est ‘’très simple’’ dans la lutte contre le Covid-19. »

Où l’on retrouve, sous l’encre du pouvoir, le parfum discret mais tenace de certains des écrits prophétiques d’Orwell.

A demain @jynau

Déconfinement: le Conseil scientifique place le pouvoir exécutif devant ses responsabilités

Bonjour

27/04/2020. Les dés sont jetés. Scientifiques et politiques. Demain à 15 heures, le Premier ministre dévoilera aux députés la « stratégie nationale gouvernementale de déconfinement », autour de« six thèmes » : la santé (masques, tests, isolement…), l’école, le travail, les commerces, les transports et les rassemblements. En toile de fond : affrontement désormais public entre l’analyse du risque réalisée par le « Conseil scientifique » et la gestion de ce risque par le pouvoir exécutif.

Nous venons, pour la première fois d’observer une opposition ouverte : sur la question de la réouverture ou pas de l’ensemble des établissements scolaires. Le « Conseil » y était opposé avant septembre, le président de la République a tranché : ce sera la 11 mai. Une opposition qui jette le trouble et conduira nombre de parents à choisir la précaution « scientifiquement » élaborée.

Mais il est un autre affrontement, moins visible. Il faut, pour en prendre la mesure, parcourir les 42 pages de l’Avis n°6 du Conseil scientifique : « COVID-19 20 avril 2020 SORTIE PROGRESSIVE DE CONFINEMENT PREREQUIS ET MESURES PHARES ». Un document dont le gouvernement dispose depuis le 20 avril et qui a pour objectif « d’indiquer les conditions minimales nécessaires pour préparer de façon cohérente et efficace une levée progressive et contrôlée du confinement. » Cet avis liste notamment le « prérequis minimaux de sortie du confinement ».

C’est, à dire vrai, un véritable programme politique On y trouve ainsi par exemple  :

Prérequis 1. Mise en place d’une gouvernance en charge de la sortie de confinement (Une gouvernance nationale unifiée et cohérente, y compris en cas de déclinaisons régionales ; une prise en compte impartiale des enjeux éthiques, liés notamment aux outils numériques, qui ne doivent pas freiner la lutte contre l’épidémie ; une gouvernance coordonnée avec les autres stratégies européennes et tenant compte des enjeux de souveraineté nationale ou européenne, notamment en matière de déploiement d’outils numériques ; une gouvernance qui emporte l’adhésion de la population.)

Prérequis 2. Des hôpitaux et des services sanitaires reconstitués (Des services de réanimation et d’hospitalisation soulagés, des équipes soignantes reposées, des stocks de matériel, de traitements et d’équipements de protection reconstitués ; des établissements intermédiaires pour la prise en charge des patients issus des EHPAD ; u médecine de ville repositionnée en première ligne, avec intégration des outils de suivi numérique des patients COVID-19 consolidée)

Prérequis 3. Des capacités d’identification rapide des cas, de leurs contacts, et d’isolement des patients et de tous les porteurs sains contagieux (Une capacité diagnostique des nouveaux cas reposant sur des tests RT-PCR fiables et accessibles sur l’ensemble du territoire, après une prescription médicale ; un système efficace s’appuyant sur la médecine de ville, des plateformes numériques, et des équipes mobiles pour identifier les cas suspects et les orienter vers des structures de test ; des lieux dédiés de diagnostic rapide des cas suspects, avec transmission rapide des résultats des tests aux individus, à leurs médecins et aux systèmes de surveillance pour le suivi de l’épidémie ; des plateformes téléphoniques complétées par des équipes mobiles pour la prise en charge des cas diagnostiqués et de leurs contacts ; des équipes mobiles et des outils numériques pour un traçage efficace des contacts ; des lieux d’hébergement pour les personnes souffrant de formes bénignes de la maladie.)

La « République des savants »

On y trouve surtout le « prérequis 6 » « Des stocks de protection matérielle pour l’ensemble de la population » 1 : des masques FFP2 et/ou chirurgicaux disponibles et accessibles pour les soignants et les personnes à risque de contamination en fonction du contexte ; des gels hydro-alcooliques ; des masques alternatifs de production industrielle ou artisanale anti-projection disponibles pour l’ensemble de la population et distribués en priorité aux personnes en contact régulier avec le public ; une éducation à l’utilisation des masques par la population générale. Et le Conseil scientifique de mettre en garde l’exécutif et d’alerter les citoyens :

« L’ensemble de ces éléments constitue ce prérequis à la sortie de confinement. Il est à noter que nous n’avons pas de données solides actuellement sur l’efficacité des masques alternatifs ; les résultats de l’efficacité des masques alternatifs évaluée par les agences de santé seront disponibles prochainement. Les stocks de matériel, de traitements spécifiques à la réanimation, et d’équipement de protection (masques, etc.) devront avoir été reconstitués de façon suffisante, tant pour les personnes cibles (personnels soignants hospitaliers et non hospitaliers, personnes en situation d’exposition accrue au virus du fait de leur activité professionnelle), que pour l’ensemble de la population, selon leurs besoins.

« L’ensemble de la population doit porter un masque dans les espaces accueillant du public (espaces fermés, et notamment dans les transports, les magasins…). Cela réduit la transmission des gouttelettes et peut-être des aérosols. Dans les régions qui ont été les plus touchées, des lits mais aussi des personnels formés et des matériels dédiés, notamment des respirateurs, doivent être disponibles en nombre suffisant. »

« Cet avis est d’autant plus embarrassant pour les pouvoirs publics qu’il n’est pas contraignant, observe Le Monde (Franck Nouchi). Un jour, peut-être, le gouvernement se verra-t-il reprocher de ne pas avoir respecté de ce qu’avait dit Emmanuel Macron, le 12 mars, lors de sa première allocution télévisée consacrée à l’épidémie : ‘’Un principe nous guide pour définir nos actions, il nous guide depuis le début pour anticiper cette crise puis pour la gérer depuis plusieurs semaines, et il doit continuer de le faire : c’est la confiance dans la science. C’est d’écouter celles et ceux qui savent.’’ »

Emmanuel Macron aurait aussi pu, en même temps, s’interroger sur les risques de l’avènement d’une dictatoriale « République des Savants » : demain le Pr Delfraissy et son Conseil siégeant en permanence au Palais de l’Elysée ? Il nous reste, pour l’heure, à écouter le Premier ministre devant la représentation nationale.

A demain @jynau

1 Position de Jean-Laurent Casanova membre du Conseil (immunologie-pédiatrie) : « les masques FFP2 (ou N-95) doivent être disponibles et accessibles pour l’ensemble des professionnels de santé au contact de patients infectés ou potentiellement infectés, et donc contagieux. Ces soignants sont à haut risque de contamination. Pour la population générale, des masques chirurgicaux ou équivalents sont suffisants ».

Chloroquine : Le Pr Didier Raoult nous demande désormais « de réfléchir par nous-mêmes »

Bonjour

09/04/2020. Une nouvelle fois Les Echos reviennent, dans les grandes largeurs, sur l’affaire mêlée de l’hydroxychloroquine et du Pr Didier Raoult. En tentant de démêler le faux du vrai. Et en donnant une nouvelle fois la parole au désormais célèbre microbiologiste, directeur de l’Institut HospitaloUniversitaire – Méditerranée infection de Marseille. Nouvelle tribune, arguments récurrents et puis de nouveaux – qui aident à mieux comprendre son raisonnement. Extraits édifiants :

« (…) Ce que nous montre l’histoire des maladies infectieuses, c’est que, dans l’immense majorité des cas (peut-être 99 % des maladies connues), il n’y a jamais eu d’études multicentriques, randomisées, en double aveugle, pour répondre à une situation de cette nature. Les essais randomisés, que les pays occidentaux ont adoptés comme standard méthodologique dans la crise actuelle, sont un concept importé du monde des maladies chroniques.

« Pour le sida, il n’était nul besoin de faire une étude randomisée. Il suffisait de doser le virus dans le sang pour s’apercevoir que les nouveaux traitements (des antiprotéases) étaient efficaces. Il en est de même pour l’hépatite C, où la mesure des charges virales permet de ne pas administrer de traitements trop longs et extrêmement coûteux.  Toutefois, l’enjeu financier de ces médicaments est devenu tel qu’ont été lancées, en ce début du XXIe siècle, des centaines d’études comparatives, dont une partie est utilisée pour fidéliser les prescripteurs et développer une addiction aux traitements utilisés.

« Cette généralisation abusive d’une unique méthode d’évaluation à l’ensemble des cas de figure nous montre la nécessité d’avoir une réflexion autonome. On a l’impression que, s’agissant de ce coronavirus, une partie des institutions s’est tournée, pour trouver une solution, vers l’industrie pharmaceutique qui seule décide des essais, plutôt que de commencer par réfléchir par elles-mêmes (…). »

Karl Popper, Thomas Kuhn, Paul Feyerabend

Pour le Pr Raoult c’est précisément ce qui a marqué la différence considérable entre la réaction de l’Extrême-Orient et celle de l’Occident. « En Extrême-Orient, dès que les résultats de la sensibilité du virus ont été connus, la question posée, de façon pragmatique, a été de savoir comment on allait pouvoir traiter, très rapidement, des centaines de milliers de personnes, observe-t-il. Or, seuls les médicaments déjà commercialisés, disponibles et dont on connaît les limites en termes de sécurité, sont susceptibles d’être utilisés immédiatement. »

 « L’Europe, ajoute-t-il, n’en a pas moins fait le choix de tester plusieurs protocoles dans d’énormes études dont les résultats ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines et portant sur des molécules qui, de toute façon, ne pourront pas être commercialisées rapidement. Ceci montre que, à un moment, la réflexion est morte pour laisser la place à une routine méthodologique. Cette méthode tant vantée n’est pas une règle d’or de la science, ni un impératif moral, mais une simple habitude. »

« J’en appelle tout un chacun à réfléchir par soi-même, conclut-il sa tribune des Echos. Pour vous faire une opinion indépendante, commencez par lire l’article « Randomized controlled trials » sur Wikipédia (en anglais : la version française est médiocre). Quant à tous ceux qui prennent la parole dans les médias au nom de la science, je les renvoie à ces trois ouvrages fondamentaux qui leur éviteront peut-être de dire des sottises : « La Logique de la découverte scientifique » de Karl Popper, « La Structure des révolutions scientifiques » de Thomas Kuhn et « Contre la méthode » de Paul Feyerabend. »

Que diront, de tout ceci, les membres du Conseil scientifique du gouvernement – structure dont le Pr Raoult a claqué la porte ? Celles et ceux « qui prennent la parole dans les médias au nom de la science » répondront-ils, dans Les Echos ou ailleurs, à celui qui se définit, aussi, comme un grand scientifique ?

A demain @jynau