« Maladie de Lyme » : l’étrange voyage dans la forêt sans tiques des faux diagnostics

 

Bonjour

C’est confidentiel: on en saura plus, dans quelques jours, sur la maladie de Lyme, sa prévalence, ses impasses diagnostiques et thérapeutiques. Ses polémiques. Dans l’attente de données officielles il faut aujourd’hui compter avec celles présentées dans le cadre des « 19e Journées nationales de l’infectiologie » organisées à Nantes du 13 au 15 juin. Le Pr Éric Caumes devait y présenter les résultats d’une étude qu’il a menée dans sa consultation (groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière). Des résultats rapportés en avant-première par Le Quotidien du Médecin (Fabienne Rigal)et qui ne seront guère de nature à apaiser les esprits enfiévrés.

L’étude a porté sur 301 patients, ayant consulté entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2017, pour une borréliose de Lyme « supposée », au département des maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière. 301 patients dont183 femmes – âge médian de 50 ans. Explications du Pr Caumes au Quotidien :

 « Nous avons retenu quatre critères diagnostiques pour définir une borréliose de Lyme. D’abord, un critère épidémiologique : l’exposition aux tiques, critère volontairement large et inclusif, qui concernait 91 % de nos patients (seulement 54 % avaient avec certitude été mordus). Puis un critère clinique caractéristique (présence de signes cliniques de type arthrite, érythème migrant, méningoradiculite…). Ensuite un critère sérologique : nous avons pour celui-ci retenu un test ELISA (qui n’est pas très exigeant et entraîne de nombreux faux positifs) ou un Western Blot, à 3 bandes (là où les Américains en demandent 5, mais il n’y a pas de consensus scientifique à ce sujet). Enfin, nous avons pris en compte la réaction du patient au traitement, en vérifiant s’il était ou non répondeur à une antibiothérapie. »

Parmi les 301 patients, 78 n’avaient pas reçu de traitement avant la consultation, et le diagnostic était en fait très clair. Pr Caumes :

« J’ai ainsi reçu une patiente présentant tous les symptômes d’une maladie de Parkinson, que j’ai envoyée chez un neurologue qui a confirmé le diagnostic ; ou encore une autre qui souffrait d’un syndrome de stress post-traumatique, réactivé à l’occasion d’un voyage dans son pays d’origine, où elle avait subi des violences graves étant enfant. »

Ne rien dire de plus

Pour 72 autres patients (qui n’avaient pas reçu de traitement) le diagnostic n’était pas clair. Par ailleurs, 135 avaient été « surtraités » (traitements antibiotiques trop longs) et 16 « sous-traités ». Les 72 patients non traités et les 16 sous-traités ont reçu un traitement antibiotique prescrit par le Pr Caumes (à base de doxycycline ou de ceftriaxone), et sur ces 88 patients, 46 n’ont pas été améliorés et 42 l’ont été.

 « Nous parvenons à 9,6 % de Lyme certain (dont quelques-uns n’avaient en effet pas été diagnostiqués précédemment, avec par exemple une arthrite de Lyme typique à côté de laquelle rhumato et infectio étaient passés) et 2,6 % de Lyme possible. 

« Pour les autres, nous sommes parvenus à un diagnostic de maladie relevant de la médecine générale ou de troubles psychologiques (dépression, syndrome de stress post-traumatique, épuisement professionnel, harcèlement moral ou sexuel…) pour 30,8 % ; de troubles musculo-squelettiques et rhumato (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, arthrose diffuse, scoliose…) pour 20,5 % ; de la neurologie (sclérose en plaques, Parkinson, sclérose latérale amyotrophique…) pour 14,4 % ; d’autres pathologies (dont l’apnée du sommeil) pour 19,3 % ; et de polypathologies (par exemple de l’arthrose doublée d’une névralgie cervico-brachiale, ou d’une sciatique).

« Aucun diagnostic n’a pu être porté pour une vingtaine de patients. Quelques maladies systématiques (lupus, maladie de Horton…) ont aussi été observées. »

Que  dire de plus ? Rien. C’est précisément ce que fait Le Quotidien du Médecin

 

A demain

Actualités du 1er mai: le sang contaminé, le prix du muguet, le moustique-tigre en liberté

Bonjour

1er mai. La France, fragrances lilas et glycines. Sur leurs moquettes, climatisées, les hauts fonctionnaires sanitaires français. Trop en faire, au nom de la « santé publique » ? Ne pas en faire assez, au risque d’être bientôt accusé, voire condamné ? Vieille histoire qui en France, débuta avec la relecture des trois affaires du sang contaminé 1.

Résurgence d’actualité : nos autorités nous appellent à la vigilance vis-à-vis de cet étranger radicalisé qu’est le « moustique-tigre ». Un méchant insecte, vecteur (notamment) du chikungunya, de la dengue et du zika. Un apatride désormais présent dans 42 départements de métropole.

Ce chiffre « a doublé ces deux dernières années », vient d’alerter le gouvernement. La capacité de ce « moustique-tigre » à transmettre des pathologies infectieuses « en fait une cible de surveillance prioritaire durant sa période d’activité en métropole du 1er mai au 30 novembre, précise, en première ligne, la Direction Générale de la Santé (DGS). Cette surveillance vise à la fois à ralentir la progression de l’implantation de l’insecte et à limiter le risque d’importation et de circulation des virus pathogène dont il peut être le vecteur. »

Eaux stagnantes de France

Ralentir l’activité moustiquale ? Possible ? Aura-ce un effet ? On peut l’espérer. Depuis ses bureaux parisiens climatisés la DGS rappelle l’importance de faire une croix sur les eaux stagnantes de France : enlever les soucoupes des pots de fleurs (ou les remplir de sable), changer l’eau de ses vases plusieurs fois par semaine, mettre à l’abri de la pluie tout objet pouvant se remplir d’eau. Le citoyen français entendra. Et ce d’autant que lui tendent les bras un portail en ligne (www.signalement-moustique.fr) et une application mobile, IMoustique (disponible sur l’AppStore sans oublier Google Play).

Trop en faire ? Ne pas en faire assez ? La DGS rappelle que onze cas autochtones de dengue ont été signalés dans le département de l’Hérault en 2014, sept cas autochtones de dengue dans le Gard en 2015 et dix-sept cas autochtones de chikungunya dans le Var en 2017. Combien à venir durant l’été qui vient ?

A demain

1 Sujet qui, étrangement, retrouve aujourd’hui une nouvelle actualité en Grande Bretagne comme nous l’apprend la BBC 

 

 

Sida et MST : qui doit alerter le(s) partenaires(s) de la personne découverte contaminée ?

Bonjour

Voilà une belle question de bioéthique qui, malheureusement, ne figure pas au programme des Etats généraux du même nom. Elle vient d’être (enfin) abordée par le Conseil national du sida : « Avis suivi de recommandations sur la notification formalisée aux partenaires ».

Résumons : un médecin vient d’établir un diagnostic de contamination par le VIH ou un autre agent infectieux pathogène transmissible par voie sexuelle. Qui doit informer le (ou les) partenaire(s) de ce patient des risques auxquels ils sont exposés ? Le médecin doit-il, ici, être impliqué dans la diffusion de l’information, au nom de la santé publique ? Si oui quid du secret médical ? Si non à qui confier cette tâche ? Depuis un quart de siècle une série d’affaires judiciaires ont démontré que le sujet n’avait rien d’anecdotique. Personne ne souhaitait toutefois, en haut lieu, aborder le sujet.

Prudent avis

Tel n’est plus le cas avec cet avis du « Conseil national du sida et des hépatites virales » (CNS). Avis on ne peut plus prudent :

« La nécessité de développer les pratiques de dépistage en direction des personnes exposées au risque d’IST est aujourd’hui avérée. Certains pays ont mis en place un service d’accompagnement du patient (ou NFP) dont l’objectif est d’inciter un patient atteint d’IST à en informer son ou ses partenaires sexuels, afin qu’ils se fassent dépister. Un tel service, qui fournit à la fois un outil diagnostique utile à la santé des patients, et un outil de prévention, efficace et probablement coût-efficace en santé publique, devrait être envisagé en France.

« Le CNS recommande de formaliser l’aide qui peut être apportée aux patients atteints d’une IST pour mieux les inciter à en informer leur(s) partenaire(s) et les accompagner dans cette démarche. Il propose que des services d’accompagnement à la notification soient organisés et systématiquement proposés. L’accompagnement des patients comprendra une information sur la démarche de notification et son intérêt, sur les outils et stratégies de notification disponibles, sur la nature de l’aide que le professionnel de santé ou les autres personnels intervenant dans le système de santé peuvent leur apporter à cet effet.

« L’accompagnement à la NFP devra tenir compte de la multiplicité des situations individuelles et des modalités et outils à mettre en œuvre. Ils conduiront à développer des stratégies diversifiées pour rendre la NFP à la fois acceptable pour le patient et son ou ses partenaires et respectueuse de leur vie privée, compatible avec le respect du secret professionnel et avec la confidentialité des informations, et efficace du point de vue de la santé publique. »

« Considérant le cadre légal, réglementaire et déontologique existant et dans l’attente de son éventuelle évolution, le CNS ne recommande pas la pratique de la notification par les intervenants en santé eux-mêmes, en raison des risques encourus en cas de rupture du secret professionnel. Une telle intervention ne devrait être envisagée par les intervenants en santé que, à la demande du patient et en préservant son anonymat, dans des circonstances conjuguant absence de risque effectif de rupture de l’anonymat et intérêt majeur de santé publique ; de telles conditions pourraient être réunies lorsque le patient et son partenaire sont tous deux engagés dans des relations avec un nombre élevé de partenaires simultanés. »

Ordre inflexible

Dans un entretien à Libération le Pr Patrick Yeni, président du Conseil national du sida explique que l’Ordre des médecins « s’oppose clairement à ce que le médecin procède lui-même à la notification ». « Dès lors, la notification par un professionnel de santé ne pourrait être qu’anonyme afin que la personne à qui l’on va dire qu’elle a eu une relation avec une personne qui s’est révélée séropositive ne puisse pas savoir qui c’est, explique-t-il. Et ce n’est pas simple, cet anonymat peut être difficile à préserver. Il nous apparaît dès lors important qu’il y ait une évolution des conditions légales et réglementaires permettant de concilier la notification par un tiers et l’obligation de secret professionnel de ce dernier. Avant cela, la notification sera essentiellement portée par les patients eux-mêmes, avec le soutien du personnel de santé. »

Il ne s’agit ici que d’un avis. « Ce qui est essentiel, c’est que cet avis soit porté politiquement pour qu’il ne reste pas à l’état de simple et bonne idée mais conduise à une prise de conscience » ajoute le Pr Yeni. Où l’on voit, une nouvelle fois, que la balle est dans le camp du pouvoir exécutif. C’est à dire entre les mains du président de la République.

A demain

Rougeole : qui sera accusé de n’avoir pas agi quand l’épidémie sera bel et bien là ?   

Bonjour

Près d’un millier de cas déclarés en quatre mois avec, depuis peu, une nette accélération. Et, déjà,  la perspective d’une lente vague épidémique du type de celle observée entre 2008 et 2012 (au moins 24 500 cas, 1 500 pneumonies graves, 35 encéphalites, 20 décès).  Après l’émergence du phénomène en Nouvelle-Aquitaine les autorités sanitaires nationales – à commencer par la Direction Générale de la Santé (DGS) – commencent à s’alarmer. D’où une conférence de presse organisée le 14 mars.

 « Plus de 90 % des 913 cas sont apparus en 2018 ; il y a eu une accélération ces trois dernières semaines, avec près de 46 % d’augmentation des cas par rapport à l’incidence de début novembre », a expliqué à la presse le Dr Daniel Levy-Bruhl, responsable de l’unité « Infections respiratoires et vaccination » (Santé publique France). Fin 2017, le virus ne sévissait qu’en Nouvelle-Aquitaine ou presque. Aujourd’hui 59 départements sont touchés, notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bretagne, et dans les Pays de la Loire.

Fait notable (et bien trop mal connu du grand public) ce sont les nourrissons de moins d’un an qui sont en première ligne. « Ils ne peuvent pas être vaccinés ; ils paient le prix du défaut de vaccination de leur environnement », explique le Dr Levy-Bruhl. Viennent ensuite les 1-4 ans – reflet d’une insuffisance de vaccination dans cette tranche d’âge. Ensuite les jeunes adultes (de 15 à 30 ans) – insuffisance du rattrapage vaccinal.

Cette situation met en lumière les failles vaccinales à l’échelon national. Des failles dont on commence à mesurer les conséquences mais dont personne ,pour l’heure, ne cherche à cerner les causes 1.  Pourquoi ? Qui établira, ici, la hiérarchie des responsabilités officielles ? Et comment expliquer, sur ce sujet, le silence actuel des leaders de l’opposition systématique (ou presque) à toute forme d’immunisation ?

Comme un incendie

Pour l’heure les autorités sanitaires appellent les professionnels de santé à se vacciner (l’obligation ne semble pas à l’étude), à vérifier systématiquement le statut vaccinal du patient âgé d’au moins 12 mois, et né après 1980 et à signaler tout cas à l’Agence Régionale de Santé sans attendre la confirmation biologique du cas, afin d’identifier au plus vite les personnes contacts. Qui entend ces autorités ? Quels sont leur relais ?

« Plus largement, la DGS invite l’ensemble de la population, en particulier les populations à risque, l’entourage des plus fragiles (femmes enceintes et avec un projet de grossesse, nourrissons de moins d’un an, les immunodéprimés), et les personnes nées après 1980, à vérifier son statut vaccinal, explique Le Quotidien du Médecin. Pour ce faire, ‘’ il suffit de consulter son carnet de santé, ou en cas de doute, son médecin traitant’’, indique le Pr Jérôme Salomon, nouveau DGS.

« Une épidémie, c’est comme un incendie, il faut se mobiliser quand on a encore les moyens de le faire», ajoute-t-il. L’Agence nationale de sécurité du médicament est en lien étroit avec les laboratoires et le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens pour garantir la disponibilité des vaccins.» C’est heureux. Les autorités sanitaires estiment que plus d’un million de personnes en France sont aujourd’hui susceptibles de contracter une rougeole si elles sont en contact avec un malade ou une personne contagieuse. Or la couverture vaccinale nationale est passée en dessous du seuil permettant d’interrompre la circulation du virus dans la population française.

«Aucun département n’atteint la couverture de 95 %, déplore le Pr Salomon, cité par Le Figaro. C’est l’objectif à atteindre pour maîtriser cette épidémie. » La couverture est même inférieure à 70 % dans certains départements (Hautes-Alpes, Ariège, Aude, Aveyron, Gers, Jura, Lot et Orne) et n’atteint que 87,8 % à Paris. «Toutes les régions sont touchées mais tous les départements ne le sont pas, a commenté le Dr Lévy-Bruhl. J’espère ne pas devoir dire “pas encore”.» Que se passera-t-il, alors ? Et après ?

A demain

1 Sur ce thème : « Rougeole : la désinformation sur le vaccin terreau de l’épidémie à venir » de notre confrère Jean-Daniel Flaysakier.

Rougeole : femme, 32 ans, non vaccinée, vient de mourir au CHU de Poitiers. Et après ?

 

Bonjour

Aucune fatalité et silence total des militants anti-vaccins. L’ARS de Nouvelle Aquitaine vient d’annoncer le décès d’une femme de 32 ans, au CHU de Poitiers, le 10 février. « La rougeole a entraîné des complications graves chez cette patiente. Elle a été accueillie au CHU le 1er février, puis a été orientée compte tenu de son état de santé en service de réanimation le 2 février. Elle n’était pas vaccinée contre cette maladie », indique l’ARS. Et le CHU de Poitiers ajoute que le décès est survenu « suite à des complications de la rougeole dans un contexte de comorbidités sévères et complexes ».

Depuis trois mois une épidémie de rougeole sévit en Nouvelle-Aquitaine et connaît actuellement une notable progression. On recense aujourd’hui officiellement 269 cas confirmés, dont 66 ont nécessités une hospitalisation, et 4  une admission en réanimation. Près de 90 % des cas n’étaient pas (ou mal) vaccinés. Ces chiffres ont plus que doublé depuis le 24 janvier, et l’épidémie touche essentiellement la Gironde et la Vienne et notamment Bordeaux et Poitiers. Depuis le 19 janvier le CHU de Poitiers a accueilli 22 personnes infectées par le virus rougeoleux dont 10 enfants et 4 membres du personnel.

Contaminations et vaccinations

« Cette annonce renforce la nécessité, pour l’ensemble de la population, de vérifier rapidement sa vaccination, seul moyen de stopper l’épidémie, souligne l’ARS. La rougeole n’est pas une maladie bénigne, notamment pour les nourrissons et les adultes et peut entraîner des complications respiratoires (pneumopathies) et neurologiques (méningo-encéphalite) pouvant avoir des conséquences très graves. »

Et le CHU de Poitiers de préciser que cinq des personnes hospitalisées « ont pu contracter la maladie au contact d’un autre patient au CHU lors de l’apparition des premiers cas ». C’est pourquoi l’établissement a « « décidé d’imposer le port d’un masque pour toute personne se présentant aux services d’urgences adultes et pédiatriques » – mesure étendue aux services « dont les patients présentent une fragilité particulière ». Le statut vaccinal du personnel a aussi été vérifié et à ce jour « 54 agents ont dû être vaccinés ».

A quand des mesures de plus grande ampleur ? Pour l’heure personne n’évoque de vaccinations sous la contrainte. Selon l’ARS la couverture vaccinale en Nouvelle-Aquitaine est actuellement insuffisante pour faire face à cette épidémie : selon les données de Santé publique France, elle varie de 70,8 % à 81 % selon les départements. On sait, de plus, qu’en Nouvelle Aquitaine, la couverture vaccinale ROR deux doses chez les enfants de 2 ans en était, en 2015, inférieure à 80 % dans la majorité des départements.

Et maintenant ? Imaginons que l’épidémie « monte » vers Tours, puis vers Paris… Qui est à jour, à Paris et à Tours, de son carnet de vaccination ?

A demain

L’étrange obscurité de l’Institut Pasteur vis-à-vis de ses généreux donateurs

Bonjour

Tancer en usant d’un  langage châtié. Cela donne un communiqué de presse et un rapport qui passe au crible  les exercices financiers de 2013 à 2016. Ou quand l’antique maison de la rue Cambon fait de sérieuses remontrances à l’intouchable institution de la rue du Docteur-Roux. Rive droite contre rive gauche, le passé français concentré.

Que nous disent les manteaux d’hermine de la Cour des Comptes ? Que l’Institut Pasteur est une fondation reconnue d’utilité publique depuis sa création (1887), que ses missions sociales, « au sens de la générosité publique », ne sont pas « formellement définies » et que les ressources collectées sont passées de 58,4 M€  en 2013 à 62 M€ en 2016. A comparer aux 57 M€ de subventions directes versées en 2016 par la puissance publique.

On apprend encore que l’Institut Pasteur élabore et diffuse auprès des donateurs un « compte d’emploi des ressources issues de la générosité publique » (CER) et que les règles propres de ce compte se heurtent à une règle statutaire de l’Institut Pasteur, « selon  laquelle les dons et legs sont répartis en recettes d’exploitation et en recettes exceptionnelles de  part et d’autre d’un seuil de 300 000 €, seuil qui ne correspond plus à la réalité de la collecte  réalisée par l’Institut ».

Information claire, explicite et compréhensible

« Par ailleurs, ajoute la Cour, l’Institut Pasteur a adopté une interprétation contestable du règlement comptable n° 2008-12 du 7 mai 2008 afférent à l’établissement du compte d’emploi annuel des ressources des associations et fondations concernant la répartition des coûts entre missions sociales et frais de fonctionnement : une part trop importante des charges, en particulier les charges générales et les coûts des directions générales, est ventilée sur l’ensemble des entités, y compris les laboratoires, et vient donc artificiellement abonder les dépenses des missions sociales. » Tricherie ? Le mot n’est pas prononcé.

Plus grave peut-être : le calcul du ratio de collecte, indicateur suivi par les donateurs et qui doit traduire l’efficacité de la collecte, doit être revu – il inclut actuellement une partie des produits financiers part attribuée à la générosité publique) alors qu’il devrait se limiter aux ressources nouvelles collectées sur l’exercice. Et pour finir il manque encore, à l’attention des donateurs « une information claire, explicite et compréhensible sur l’utilisation des ressources issues de la générosité publique ».

Au chapitre des « recommandations » la Cour demande notamment à Pasteur de faire preuve, enfin, de transparence, d’améliorer la sincérité des prévisions budgétaires, de respecter le cadre budgétaire, de créer un « comité de déontologie indépendant chargé de traiter les situations de potentiels conflits d’intérêts », de revoir la répartition des coûts entre missions sociales et frais de fonctionnement dans le compte d’emploi des ressources et d’améliorer la transparence et la lisibilité des documents d’information destinés aux donateurs.

A la tête de Pasteur, depuis quelques jours, le Pr Stewart Cole nommé directeur général pour un mandat de quatre ans. Le Pr Cole est spécialiste de pathogenèse microbienne et un nouvel air vivifiant souffle, dit-on, rue du Docteur Roux. Il n’est pas interdit d’espérer que la vieille maison se souvienne qu’elle n’existerait pas sans la générosité publique. Pas interdit d’espérer qu’elle ouvre totalement, enfin, tous ses volets.

A demain

 

 

Laits infantiles contaminés : que s’est-il passé il y a douze ans dans l’usine de la Mayenne ?  

Bonjour

C’est la pièce épidémiologique manquante du grand puzzle de l’affaire Lactalis 1 : que s’est-il passé il y a douze ans dans la désormais tristement célèbre usine de Craon, département de la Mayenne, section Mayenne angevine ? On sait que cet établissement avait déjà été identifié comme ayant été contaminé par une salmonelle. Et très vraisemblablement, déjà, par une Salmonella sérotype Agona.

On connaît aujourd’hui plus de 2.000 variétés (ou sérotypes) de Salmonella pathogènes parmi lesquelles cette Salmonella sérotype Agona. En Europe, ces bactéries représentent la cause la plus fréquente d’épidémies d’origine alimentaire et la deuxième cause de maladies d’origine alimentaire. «Toutefois, le nombre de foyers où ces bactéries ont été isolées est en constante diminution dans l’Union européenne depuis 2001. Cette amélioration reflète l’efficacité de la politique de l’Europe en matière de sécurité sanitaire des élevages et des abattoirs (abattage systématique des élevages de poules pondeuses contaminés, mesures d’hygiène tout au long de la chaîne de production)», précise-t-on auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES).

Qui dira la vérité bactériologique sur 2005 ? Très vraisemblablement, sous peu, les spécialistes qui sont au cœur du dispositif français de surveillance et de prévention de ces infections on trouve le Centre National de Référence des Salmonella (CNR-Salm) de l’Institut Pasteur de Paris. Ce centre reçoit chaque année 10.000 souches/an dont environ 6% (soit 600) isolées de bébés de moins de 1 an. De 2012 à 2016, ce CNR  a identifié environ 65 souches de Salmonella Agona par an.

Survivre à Craon

En pratique le CNR-Salm reçoit des souches d’un grand réseau de laboratoires volontaires hospitaliers et privés. Ces souches reçues sont ensuite caractérisées par différentes méthodes et classées selon leur sérotype et selon les résultats de typage génomique. Des algorithmes de détection de dépassement de seuils ont d’autre part été établis depuis plusieurs années par Santé publique France et le CNR-Salm –et ce pour chaque sérotype à partir des données historiques. Ils sont utilisés chaque semaine pour rechercher des augmentations inhabituelles ou des cas groupés de souches d’un sérotype donné parmi les souches reçues au CNR-Salm. Les spécialistes disposent ainsi d’une série de précieuses données pour chacune des souches: date d’isolement, date de validation des données de typage, groupe d’âge du patient pour lequel la souche a été isolée, laboratoire ayant isolée la souche, type de prélèvement (selles, sang, urine etc.).

Faut-il être surpris par la présence, à douze ans d’écart, du même sérotype de Salmonella dans la même usine ? Cette similarité n’étonne pas les spécialistes. Pour François-Xavier Weill, directeur du CNR-Salm, cette usine n’est pas a priori son milieu naturel, ce pathogène goûtant nettement plus la lumière des tubes digestifs des animaux. L’hypothèse la plus probable, selon lui, est que cette salmonelle a persisté au sein d’un troupeau de bovins qui fournissait du lait à l’usine. A-t-elle néanmoins pu survivre à Craon ? Et si oui avec quelles conséquences ?

« On va probablement confirmer, parce que ça reste une hypothèse, que la souche de 2017 dérive de celle de 2005. Et on va s’assurer qu’il n’y a pas eu de cas de contamination très sporadiques entre ces deux dates », a déclaré le bactériologiste Simon Le Hello  du CNR-Salm où une comparaison fine des deux souches est en cours.

A demain

1 Sur ce thème : « Lactalis: une crise qui aurait pu être évitée » Slate.fr 15 janvier 2018