L’inquiétante résistance planétaire de Staphylococcus epidermitis aux antibiotiques

Bonjour

Ce pourrait être le pitch d’un série catastrophe. Pour l’heure c’est une information de Nature Microbiology 1 relayée par l’AFP et Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb). Une équipe de scientifiques australiens nous apprend qu’une bactérie devenue multirésistante se répand dans les hôpitaux de nombreux pays du monde.

Focus sur Staphylococcus epidermidis bactérie commensale de l’homme et naturellement présente au sein de la flore cutanée. C’est aussi, de ce fait, une source majeure de contaminations dans les laboratoires. Bien qu’elle soit le plus souvent non pathogène, elle peut être responsable d’infections cutanées, nasales ou urinaire. C’est aussi une cause importante d’infections chez les patients exposés à un risque (cathéters, prothèses) ou dont le système immunitaire est affaibli.

C’est dire, avec un tel spectre, le danger que représenterait ce staphylocoque s’il parvenait à augmenter son pouvoir pathogène. Or, précisément, les Pr Benjamin Howden et Timothy Stinear (Department of Microbiology and Immunology, The University of Melbourne at The Doherty Institute for Infection and Immunity) expliquent aujourd’hui que cette bactérie « a évolué pour devenir un formidable pathogène responsable d’infections nosocomiales ». Ils ont ainsi découvert que trois lignées multirésistantes ont émergé au cours des dernières décennies et se sont répandues dans près d’une centaine d’hôpitaux de vingt-quatre pays.

Potentiellement incurable

« Nous avons commencé par des échantillons en Australie, puis avec d’autres prélèvements, nous avons obtenu un aperçu global et constaté que la bactérie est présente dans de nombreux pays et de nombreuses institutions à travers le monde », a expliqué à l’AFP le Pr Howden. Ces lignées sont devenues résistantes à la rifampicine, via l’acquisition de mutations du gène rpoB. Une analyse d’isolats provenant de 96 hôpitaux montre que les deux mutations D471E et I527M sont les plus communes (86,6 % des mutations).

Attention : ces mutations ne se contentent pas de procurer une résistance à la rifampicine. Elles réduisent aussi la susceptibilité de la bactérie aux antibiotiques de « dernière ligne » : vancomycine et teicoplanine. Une découverte qui ne va pas sans surprendre les microbiologistes australiens.

Comment comprendre une telle évolution et une telle expansion ?  Il est possible, disent-ils, que les pratiques hospitalières, telles que la monothérapie antibiotique utilisant des dispositifs médicaux imprégnés de rifampicine, a conduit cet organisme à évoluer de telle manière qu’il pourrait, demain, provoquer des infections potentiellement incurables.

Une série catastrophe ?

A demain

1 Lee J. H. Lee, Monk I. R., Gonçalves da Silva. Global spread of three multidrug-resistant lineages of Staphylococcus epidermidis Nature Microbiology (2018)

L’anthrax tue dans les Hautes-Alpes mais la France n’a pas assez de vaccins pour protéger

Bonjour

Qu’en diront les néo-antivaccinaux et les amis des bêtes ? On parlera, au choix, de maladie du charbon, d’anthrax ou de fièvre charbonneuse. Une zoonose due à la bactérie sporulée Bacillus anthracis : escarres noirâtres qui se forment au milieu des lésions cutanées chez les individus atteints. Les spores pathogène peuvent rester inactives pendant des dizaines d’années dans le sol – d’où les « champs maudits ».

La maladie est présente sur tous les continents et provoque une mortalité élevée chez les ruminants La bactérie produit des toxines extrêmement pathogènes, responsables des symptômes de la maladie et qui entraînent un taux de mortalité élevé. « La plupart des mammifères sont sensibles, mais la fièvre charbonneuse affecte surtout les ruminants et les humains » précise l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

« Plus de cinquante animaux morts dans vingt-huit exploitations, bovins, ovins ou équidés: le département des Hautes-Alpes est confronté depuis le mois de juin à la plus importante épidémie animale de fièvre charbonneuse survenue en France depuis près de vingt ans, rapporte l’AFP. Les premiers cas chez l’animal ont été observés à Montgardin, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Gap, où six vaches ont été retrouvées mortes le 28 juin. En deux mois, la maladie s’est étendue à treize communes, sur lesquelles les autorités sanitaires recensent vingt-trois foyers distincts. »

Dès qu’un foyer est confirmé, la préfecture « prescrit la vaccination de tous les animaux concernés » indiquent les autorités sanitaires. Et des « mesures de blocage de l’exploitation » d’au moins 21 jours sont prises, « le temps d’acquisition de l’immunité vaccinale et de la réalisation des opérations de nettoyage et de désinfection ». Le lait collecté doit être pasteurisé et détruit.

Pasteur, Roux et Chamberland

Les cas de transmission à  l’espèce humaine sont rares. Pour l’heure aucun malade n’a été recensé dans les Hautes-Alpes. Pour autant 103 personnes entrées « potentiellement en contact » avec le germe pathogène ont été recensées – notamment du personnel d’une entreprise d’équarrissage, des éleveurs ou des vétérinaires. La moitié bénéficie d’un traitement antibiotique préventif allant de 10 à 35 jours – en fonction du type d’exposition.

Le vaccin est le moyen le plus efficace pour limiter la propagation. « Mais les vétérinaires font face à une pénurie temporaire, le laboratoire espagnol qui les produit étant fermé au mois d’août, et traitent en priorité les troupeaux infectés et les exploitations limitrophes » précise l’AFP. Agnès Chavanon, secrétaire générale de la préfecture des Hautes-Alpe : « l’État a entamé des discussions avec ses partenaires européens pour évoquer la disponibilité et le rachat des vaccins ».

Où l’on découvre, alors même que la maladie n’est en rien exceptionnelle (plus d’une centaine de foyers enregistré en vingt ans), que la France ne dispose pas d’un stock minimal de vaccins. On se souvient peuy-être que l’efficacité de la vaccination contre la fièvre charbonneuse a été démontrée pour la première fois au monde par Louis Pasteur (avec la collaboration de Charles Chamberland et Emile Roux). C’était le 5 mai 1881 lors de la célèbre expérience de Pouilly-le-Fort (Seine-et-Marne). Bien avant les antibiotiques.

Rien n’était simple, alors, pour Pasteur et ses collaborateurs. Certains leurs reprochèrent d’avoir induit le public scientifique en erreur sur la nature exacte du vaccin utilisé (voir le « Secret de Pouilly-le-Fort »). Un siècle et demi plus tard, ou presque, la France est en quête de vaccins. Qui en détient ?

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Flambées d’IST à gonocoque et Chlamydia : pourquoi le préservatif n’est-il  plus utilisé ?

Bonjour

C’est donc un combat qui n’en finira pas. Santé publique France vient de publier les derniers chiffres disponibles concernant les infections sexuellement transmissibles (IST). Bilan : le nombre de nouveaux diagnostics d’infections à Chlamydia et à gonocoque est en très nette augmentation – enquête LaboIST.

Cette enquête révèle notamment que les jeunes de 15-24 ans restent particulièrement touchés par ces IST souvent asymptomatiques mais aux conséquences parfois lourdes. Les données montent que le nombre de diagnostics d’infection à Chlamydia et à gonocoque en 2016 a triplé par rapport aux estimations de l’année 2012.

Pourquoi ? « La forte augmentation des diagnostics de ces infections constatée en 2016 peut être due à plusieurs facteurs. Elle peut s’expliquer tout d’abord par une sous-estimation des cas diagnostiqués en 2012 mais aussi par une intensification du dépistage et l’amélioration de la sensibilité des tests utilisés et enfin, par l’augmentation de l’incidence de ces IST elles-mêmes. » précise Florence Lot, responsable de l’unité VIH/sida, hépatites B et C, IST à Santé publique France.

Reste une certitude : chez les moins de 25 ans, la prévalence élevée des infections à Chlamydia et à gonocoque est la conséquence d’un nombre de partenaires plus important couplé à une « utilisation non systématique du préservatif » (sic). « Si la plupart des jeunes utilisent un préservatif lors du premier rapport sexuel avec un partenaire, 48 % des étudiants et 20 % des lycéens déclarent ne pas en utiliser à chaque rapport sexuel, selon l’enquête de la mutuelle Smerep sur la santé des étudiants fin juin citée par Le Monde. De plus, 71 % des étudiants et 80 % des lycéens ne se font pas systématiquement dépister lors d’un changement de partenaire, et même jamais pour respectivement 41 % et 62 % d’entre eux. »

La gratuité pour réduire les risques

Il faut aussi compter avec la résurgence de la syphilis et la poursuite des contaminations par le VIH – environ 6 000 personnes ont découvert leur séropositivité en 2016, selon Santé publique France. Le même phénomène est observé au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Et selon l’OMS plus d’un million de personnes contracteraient, chaque jour, une IST dans le monde.

Que faire d’autre que repartir au combat ? Et, un jour prochain, reposer publiquement la question de la gratuité au nom de la réduction des risques. Pour l’heure Santé publique France lance,  jusqu’au 18 août, une « campagne digitale » pour « promouvoir l’utilisation du préservatif auprès des jeunes ».

« En phase avec leurs codes, cette campagne repose sur le concept du « life hacking », des astuces et des techniques que l’on partage pour faciliter le quotidien, qui sont très répandues sur Internet et très prisées des jeunes. La campagne met en scène de manière ludique le préservatif en démontrant ses qualités intrinsèques (résistance, imperméabilité…). Le but est de faire de lui l’accessoire indispensable du quotidien.

« La campagne se décline sous forme de vidéos dans lesquelles les jeunes pourront découvrir en quelles circonstances, autre que l’acte sexuel, le préservatif peut s’avérer utile comme par exemple : allumer un feu, maintenir ses objets aqua phobiques au sec, faire bouillir de l’eau… Et sous forme de posts créatifs relayant en mode ‘’survie’’ des messages informatifs sur le préservatif et les infections sexuellement transmissibles. Ces « Life cards » seront postées sur Instagram et Facebook pendant l’été dans l’objectif de faire réagir les jeunes. »

Slogan : « Un préservatif ça peut te sauver la vie. Gardes-en toujours sur toi ».

Jusqu’à quand ?

A demain

La polio de retour en Papouasie-Nouvelle-Guinée: se tourner les pouces ou vacciner ?

Bonjour

Agir ou ruminer ? Vacciner en urgence ou prôner la méfiance ? Dans un monde transparent véritablement connecté le Pr Henri Joyeux, néo-héraut des antivaccinaux français serait soumis, démocratiquement, à la question.

Voici l’équation : les autorités de Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de huit millions d’habitants) ont déclaré lundi 25 juin être « profondément préoccupées » par la résurgence de la poliomyélite dans leurs territoires. Selon elles le virus pathogène circule à nouveau dans les populations de cet Etat indépendant du Pacifique. « Notre priorité immédiate est de réagir et d’empêcher que d’autres enfants soient infectés », a fait savoir Pascoe Kase, ministre de la Santé.

Un diagnostic de poliomyélite vient d’être confirmé chez un garçon âgé de 6 ans dans la province de Morobe. Et les CDC américains ont annoncé que le virus avait également été isolé dans les selles de deux enfants sains vivant dans la même localité ; ce qui « est constitutif d’une épidémie », ajoute l’Organisation mondiale de la santé.

« La poliomyélite, qui peut être prévenue par un vaccin, est une maladie infectieuse causée par un virus envahissant le système nerveux et qui peut engendrer des paralysies irréversibles en quelques heures. Elle touche surtout les enfants en bas âge, rappelle l’Agence France Presse. Le dernier cas remonte à 1996. La Papouasie avait été déclarée exempte de polio en 2000 en même temps que le reste de la région du Pacifique ouest.

Selon l’OMS, la couverture vaccinale pour la polio est faible dans la province de Morobe, sur la côte septentrionale : seuls 61 % des enfants y reçoivent les trois doses recommandées. Les succès de la lutte contre la poliomyélite doivent beaucoup aux entreprises de généralisation de la vaccination. En trente ans le nombre de cas de polio dans le monde a chuté de plus de 99 % : passant de 350 000 à  22 cas recensés en 2017.

Ces derniers temps seuls trois pays (l’Afghanistan, le Nigeria et le Pakistan) figuraient sur sa liste onusienne des pays où la poliomyélite demeure endémique. Faut-il y ajouter la Papouasie-Nouvelle-Guinée ? Ne rien faire ou vacciner ? On aimerait aujourd’hui entendre le néo-héraut des antivaccinaux français.

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« Maladie de Lyme » : l’étrange voyage dans la forêt sans tiques des faux diagnostics

 

Bonjour

C’est confidentiel: on en saura plus, dans quelques jours, sur la maladie de Lyme, sa prévalence, ses impasses diagnostiques et thérapeutiques. Ses polémiques. Dans l’attente de données officielles il faut aujourd’hui compter avec celles présentées dans le cadre des « 19e Journées nationales de l’infectiologie » organisées à Nantes du 13 au 15 juin. Le Pr Éric Caumes devait y présenter les résultats d’une étude qu’il a menée dans sa consultation (groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière). Des résultats rapportés en avant-première par Le Quotidien du Médecin (Fabienne Rigal)et qui ne seront guère de nature à apaiser les esprits enfiévrés.

L’étude a porté sur 301 patients, ayant consulté entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2017, pour une borréliose de Lyme « supposée », au département des maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière. 301 patients dont183 femmes – âge médian de 50 ans. Explications du Pr Caumes au Quotidien :

 « Nous avons retenu quatre critères diagnostiques pour définir une borréliose de Lyme. D’abord, un critère épidémiologique : l’exposition aux tiques, critère volontairement large et inclusif, qui concernait 91 % de nos patients (seulement 54 % avaient avec certitude été mordus). Puis un critère clinique caractéristique (présence de signes cliniques de type arthrite, érythème migrant, méningoradiculite…). Ensuite un critère sérologique : nous avons pour celui-ci retenu un test ELISA (qui n’est pas très exigeant et entraîne de nombreux faux positifs) ou un Western Blot, à 3 bandes (là où les Américains en demandent 5, mais il n’y a pas de consensus scientifique à ce sujet). Enfin, nous avons pris en compte la réaction du patient au traitement, en vérifiant s’il était ou non répondeur à une antibiothérapie. »

Parmi les 301 patients, 78 n’avaient pas reçu de traitement avant la consultation, et le diagnostic était en fait très clair. Pr Caumes :

« J’ai ainsi reçu une patiente présentant tous les symptômes d’une maladie de Parkinson, que j’ai envoyée chez un neurologue qui a confirmé le diagnostic ; ou encore une autre qui souffrait d’un syndrome de stress post-traumatique, réactivé à l’occasion d’un voyage dans son pays d’origine, où elle avait subi des violences graves étant enfant. »

Ne rien dire de plus

Pour 72 autres patients (qui n’avaient pas reçu de traitement) le diagnostic n’était pas clair. Par ailleurs, 135 avaient été « surtraités » (traitements antibiotiques trop longs) et 16 « sous-traités ». Les 72 patients non traités et les 16 sous-traités ont reçu un traitement antibiotique prescrit par le Pr Caumes (à base de doxycycline ou de ceftriaxone), et sur ces 88 patients, 46 n’ont pas été améliorés et 42 l’ont été.

 « Nous parvenons à 9,6 % de Lyme certain (dont quelques-uns n’avaient en effet pas été diagnostiqués précédemment, avec par exemple une arthrite de Lyme typique à côté de laquelle rhumato et infectio étaient passés) et 2,6 % de Lyme possible. 

« Pour les autres, nous sommes parvenus à un diagnostic de maladie relevant de la médecine générale ou de troubles psychologiques (dépression, syndrome de stress post-traumatique, épuisement professionnel, harcèlement moral ou sexuel…) pour 30,8 % ; de troubles musculo-squelettiques et rhumato (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, arthrose diffuse, scoliose…) pour 20,5 % ; de la neurologie (sclérose en plaques, Parkinson, sclérose latérale amyotrophique…) pour 14,4 % ; d’autres pathologies (dont l’apnée du sommeil) pour 19,3 % ; et de polypathologies (par exemple de l’arthrose doublée d’une névralgie cervico-brachiale, ou d’une sciatique).

« Aucun diagnostic n’a pu être porté pour une vingtaine de patients. Quelques maladies systématiques (lupus, maladie de Horton…) ont aussi été observées. »

Que  dire de plus ? Rien. C’est précisément ce que fait Le Quotidien du Médecin

 

A demain

Actualités du 1er mai: le sang contaminé, le prix du muguet, le moustique-tigre en liberté

Bonjour

1er mai. La France, fragrances lilas et glycines. Sur leurs moquettes, climatisées, les hauts fonctionnaires sanitaires français. Trop en faire, au nom de la « santé publique » ? Ne pas en faire assez, au risque d’être bientôt accusé, voire condamné ? Vieille histoire qui en France, débuta avec la relecture des trois affaires du sang contaminé 1.

Résurgence d’actualité : nos autorités nous appellent à la vigilance vis-à-vis de cet étranger radicalisé qu’est le « moustique-tigre ». Un méchant insecte, vecteur (notamment) du chikungunya, de la dengue et du zika. Un apatride désormais présent dans 42 départements de métropole.

Ce chiffre « a doublé ces deux dernières années », vient d’alerter le gouvernement. La capacité de ce « moustique-tigre » à transmettre des pathologies infectieuses « en fait une cible de surveillance prioritaire durant sa période d’activité en métropole du 1er mai au 30 novembre, précise, en première ligne, la Direction Générale de la Santé (DGS). Cette surveillance vise à la fois à ralentir la progression de l’implantation de l’insecte et à limiter le risque d’importation et de circulation des virus pathogène dont il peut être le vecteur. »

Eaux stagnantes de France

Ralentir l’activité moustiquale ? Possible ? Aura-ce un effet ? On peut l’espérer. Depuis ses bureaux parisiens climatisés la DGS rappelle l’importance de faire une croix sur les eaux stagnantes de France : enlever les soucoupes des pots de fleurs (ou les remplir de sable), changer l’eau de ses vases plusieurs fois par semaine, mettre à l’abri de la pluie tout objet pouvant se remplir d’eau. Le citoyen français entendra. Et ce d’autant que lui tendent les bras un portail en ligne (www.signalement-moustique.fr) et une application mobile, IMoustique (disponible sur l’AppStore sans oublier Google Play).

Trop en faire ? Ne pas en faire assez ? La DGS rappelle que onze cas autochtones de dengue ont été signalés dans le département de l’Hérault en 2014, sept cas autochtones de dengue dans le Gard en 2015 et dix-sept cas autochtones de chikungunya dans le Var en 2017. Combien à venir durant l’été qui vient ?

A demain

1 Sujet qui, étrangement, retrouve aujourd’hui une nouvelle actualité en Grande Bretagne comme nous l’apprend la BBC 

 

 

Sida et MST : qui doit alerter le(s) partenaires(s) de la personne découverte contaminée ?

Bonjour

Voilà une belle question de bioéthique qui, malheureusement, ne figure pas au programme des Etats généraux du même nom. Elle vient d’être (enfin) abordée par le Conseil national du sida : « Avis suivi de recommandations sur la notification formalisée aux partenaires ».

Résumons : un médecin vient d’établir un diagnostic de contamination par le VIH ou un autre agent infectieux pathogène transmissible par voie sexuelle. Qui doit informer le (ou les) partenaire(s) de ce patient des risques auxquels ils sont exposés ? Le médecin doit-il, ici, être impliqué dans la diffusion de l’information, au nom de la santé publique ? Si oui quid du secret médical ? Si non à qui confier cette tâche ? Depuis un quart de siècle une série d’affaires judiciaires ont démontré que le sujet n’avait rien d’anecdotique. Personne ne souhaitait toutefois, en haut lieu, aborder le sujet.

Prudent avis

Tel n’est plus le cas avec cet avis du « Conseil national du sida et des hépatites virales » (CNS). Avis on ne peut plus prudent :

« La nécessité de développer les pratiques de dépistage en direction des personnes exposées au risque d’IST est aujourd’hui avérée. Certains pays ont mis en place un service d’accompagnement du patient (ou NFP) dont l’objectif est d’inciter un patient atteint d’IST à en informer son ou ses partenaires sexuels, afin qu’ils se fassent dépister. Un tel service, qui fournit à la fois un outil diagnostique utile à la santé des patients, et un outil de prévention, efficace et probablement coût-efficace en santé publique, devrait être envisagé en France.

« Le CNS recommande de formaliser l’aide qui peut être apportée aux patients atteints d’une IST pour mieux les inciter à en informer leur(s) partenaire(s) et les accompagner dans cette démarche. Il propose que des services d’accompagnement à la notification soient organisés et systématiquement proposés. L’accompagnement des patients comprendra une information sur la démarche de notification et son intérêt, sur les outils et stratégies de notification disponibles, sur la nature de l’aide que le professionnel de santé ou les autres personnels intervenant dans le système de santé peuvent leur apporter à cet effet.

« L’accompagnement à la NFP devra tenir compte de la multiplicité des situations individuelles et des modalités et outils à mettre en œuvre. Ils conduiront à développer des stratégies diversifiées pour rendre la NFP à la fois acceptable pour le patient et son ou ses partenaires et respectueuse de leur vie privée, compatible avec le respect du secret professionnel et avec la confidentialité des informations, et efficace du point de vue de la santé publique. »

« Considérant le cadre légal, réglementaire et déontologique existant et dans l’attente de son éventuelle évolution, le CNS ne recommande pas la pratique de la notification par les intervenants en santé eux-mêmes, en raison des risques encourus en cas de rupture du secret professionnel. Une telle intervention ne devrait être envisagée par les intervenants en santé que, à la demande du patient et en préservant son anonymat, dans des circonstances conjuguant absence de risque effectif de rupture de l’anonymat et intérêt majeur de santé publique ; de telles conditions pourraient être réunies lorsque le patient et son partenaire sont tous deux engagés dans des relations avec un nombre élevé de partenaires simultanés. »

Ordre inflexible

Dans un entretien à Libération le Pr Patrick Yeni, président du Conseil national du sida explique que l’Ordre des médecins « s’oppose clairement à ce que le médecin procède lui-même à la notification ». « Dès lors, la notification par un professionnel de santé ne pourrait être qu’anonyme afin que la personne à qui l’on va dire qu’elle a eu une relation avec une personne qui s’est révélée séropositive ne puisse pas savoir qui c’est, explique-t-il. Et ce n’est pas simple, cet anonymat peut être difficile à préserver. Il nous apparaît dès lors important qu’il y ait une évolution des conditions légales et réglementaires permettant de concilier la notification par un tiers et l’obligation de secret professionnel de ce dernier. Avant cela, la notification sera essentiellement portée par les patients eux-mêmes, avec le soutien du personnel de santé. »

Il ne s’agit ici que d’un avis. « Ce qui est essentiel, c’est que cet avis soit porté politiquement pour qu’il ne reste pas à l’état de simple et bonne idée mais conduise à une prise de conscience » ajoute le Pr Yeni. Où l’on voit, une nouvelle fois, que la balle est dans le camp du pouvoir exécutif. C’est à dire entre les mains du président de la République.

A demain