«Conflits d’intérêts» : quelles suites après le show explosif du Pr Raoult devant les députés ?

Bonjour

25/06/2020. Tempêtes à l’horizon. On découvrira sur cette vidéo, l’invraisemblable arrivée « rock star », à l’Assemblée nationale, du microbiologiste marseillais ultra-médiatique masqué. Puis la suite, un document essentiel : plus de trois heures d’une audition hors du commun devant la commission d’enquête sur la gestion de la pandémie à l’Assemblée nationale. Une audition rapidement transformé en un réquisitoire hors du commun , une charge menée par un double acteur : acteur dans la lutte contre la pandémie et acteur mettant en scène, avec gourmandise, sa propre personne. Un homme dont une boutique marseillaise commercialise avec un succès croissant des « bougies à son effigie » – comme a jugé utile de le préciser l’un de ses voisin niçois, Eric Ciotti (LR) par ailleurs rapporteur de la commission d’enquête. Il aurait pu ajouter que ce microbiologiste enflé de sa nouvelle puissance est devenu l’une des personnalités « politiques » préférées des Français.

Tour à tour présenté comme infectiologue ou épidémiologiste le Pr Raoult a plus que dominé son sujet. Professeur des écoles, savant surplombant, procureur révolutionnaire, néo-ministre de la santé, intime du président de la République, le plus ancien dans le grade le plus élevé il a littéralement envoûté les quelques députés qui ne l’étaient pas encore. Beaucoup n’ont pas saisi la somme des sous-entendus mais ce fut aussi et avant tout un terrible règlement de compte, une avalanche d’accusations parfois nominatives, parfois réitérés, une somme qui pourrait, demain, conduire à des actions pour diffamation.

 « Votre action a suscité une multitude de réactions passionnelles qu’on n’a pas l’habitude de voir dans une crise sanitaire, a d’emblée  résumé le rapporteur Eric Ciotti. Vous êtes ou haï ou adulé. » Dans l’enceinte il fut majoritairement adulé. On imagine les haines qu’il a pu alimenter en dehors – et qui ne tarderont guère à prendre corps.

Ses erreurs majeures, ses contradictions ? « L’avenir n’est à personne, l’avenir est à Dieu », botte en touche grâce à Victor Hugo.Porté au-delà des nues par les tenants de l’antisystème et du populisme bon teint il savamment réavivé les conflits latents qui dans son domaine opposent Paris à Marseille, Marseille à Lyon, la province contre la capitale, les puissants contre les faibles. Comme dans l’affaire du « Conseil scientifique ». installé par Emmanuel Macron en mars pour l’aider dans sa prise de décisions. « J’étais un ovni, un extraterrestre », au milieu d’« une bande de types qui ont l’habitude de travailler entre eux », mais dont aucun « n’est expert des coronavirus », a-t-il accusé. « Je ne suis pas un homme de réunion, je suis un homme de données », a-t-il insisté, précisant qu’il n’était « pas d’accord » avec ce que le tout-puissant Pr Jean-François Delfraissy et son « cénacle » avaient préconisé pendant la crise. Le divorce était inévitable. Il est loin d’être soldé.

« Comme des blaireaux dans leur terrier qui mordent quand on s’en approche ».

Pour autant, Didier Raoult n’avait jamais rompu le contact avec l’exécutif – il s’est tout simplement mis en contact direct avec Olivier Véran, ministre et Emmanuel Macron, président, un proche qui sait l’entendre et le comprendre. Et d’attaquer non plus, cette fois, le ministre de la Santé mais son entourage.  « Quand on est un politique, il faut avoir un rempart (…) une garde prétorienne (…) qui a des nerfs (…) et traite des données (…) afin que le ministre ne soit pas submergé d’informations inquiétantes qui ne se révèlent pas vraies », a-t-il requis, en précisant que si ce n’était pas le cas, le ministre pouvait « exploser de manière insupportable ». « Vous décrivez un ministre sous influence ! », a bien noté le voisin Eric Ciotti.

Plus grave le microbiologiste a très clairement évoqué les conflits d’intérêt pouvent expliquer une part des difficultés de la France face au Covid-19 : « Il faudra faire une véritable enquête sur l’américain Gilead et son [antiviral] remdesivir dont la stratégie était fondée sur l’influence. » Il s’est étonné de la proximité entre le directeur du laboratoire américain Gilead et certains cliniciens qui « se tutoyaient ». Cette familiarité engendre selon lui « un écosystème favorable » à l’industrie. Mieux encore il a rappelé avoir récemment publié une analyse montrant une corrélation entre une expression publique défavorable à son hydroxychloroquine et le fait d’avoir été financé par la puissante société américaine – une publication dans laquelle il se garde bien de nommer les médecins concernés. « Je ne dis pas qu’il y a une causalité, mais une coïncidence. »

Il a aussi mis gravement en cause l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) et la Haute autorité de santé (HAS) en raison de « conflits d’intérêts très sérieux » en leur sein. Des noms de coupables ? Il suffira aux députés de visiter le site Euros for Docs, qui milite pour la transparence du lobbying dans la santé, pour mener leur enquête. « Vous avez porté des accusations extrêmement graves, a relevé Eric Ciotti. Nous serons amenés à explorer cette voie, afin d’en tirer toutes les conséquences. »

Puis nouvelles charges, également violentes, nouveaux règlement de comptes avec l’Inserm et l’Institut Pasteur «  qui ferme à 19 heures » Les failles gouvernementales majeures concernant le recours aux tests PCR de dépistage ? Là encore mitraillage visant les « Centres nationaux de références » dont les membres sont. « comme des blaireaux dans leur terrier qui mordent quand on s’en approche ».

Tout cela il le sait et le mûrit depuis 2001, date de sa prise de conscience de l’impréparation du pays face à ce type de crise. Il sait, depuis que les maladies émergentes devraient constituer « un domaine régalien ». Il voit son IHU comme un « fort de Vauban ». D’ailleurs dans un rapport rendu en 2003 commandé par le ministre de la santé Jean-François Mattéi (en dépit des réserves de Bernard Kouchner) il préconisait d’en répartir sept sur le territoire pour assurer recherche, veille et protection, calqués sur les zones de défense militaires. « Une crise de cette nature doit être gérée par le Secrétariat général à la défense nationale »assure celui qui pourrait prendre la tête des troupes.

Pour le reste, accusation des « méthodologistes » et du rituel des essais randomisés, citations à l’envi de philosophe, glorification de sa personne, déclarations d’amour à la science de celui qui assure ne pas être un prophète – tout en en ne cessant, caressant ses longs cheveux, d’en prendre le visage.  Il faudra noter le niveau des ventes de bougies, dans la boutique marseillaise.

A demain @jynau

Chloroquine : les autorités sanitaires américaines interdisent son usage contre la Covid-19

Bonjour

15/06/2020. Que s’est-il passé ? La « raison » retrouvée ? Les autorités sanitaires américaines viennent d’annoncer retirer l’autorisation d’utiliser en urgence deux traitements contre le Covid-19 : la chloroquine et l’hydroxychloroquine, deux spécialités défendues avec vigueur par Donald Trump, un président aujourd’hui de plus en plus contesté.

«Il n’est plus raisonnable de croire que l’administration par voie orale d’hydroxychloroquine et de chloroquine soit efficace dans le traitement du Covid-19 , explique, dans un courrier la responsable scientifique de l’Agence américaine du médicament (FDA) Denise Hinton. Il n’est pas non plus raisonnable de croire que les bénéfices connus et potentiels de ces produits dépassent leurs risques connus et potentiels » En d’autres termes :

« FDA has concluded that, based on this new information and other information discussed in the attached memorandum, it is no longer reasonable to believe that oral formulations of HCQ and CQ may be effective in treating COVID-19, nor is it reasonable to believe that the known and potential benefits of these products outweigh their known and potential risks. Accordingly, FDA revokes the EUA for emergency use of HCQ and CQ to treat COVID-19, pursuant to section 564(g)(2) of the Act. As of the date of this letter, the oral formulations of HCQ and CQ are no longer authorized by FDA to treat COVID-19. »

Et pour en savoir plus : Frequently Asked Questions on the Revocation of the Emergency Use Authorization for Hydroxychloroquine Sulfate and Chloroquine Phosphate.

On attend avec le plus grand intérêt la réaction des promoteurs marseillais.

A demain @jynau

Covid et chloroquine: un spécialiste dénonce «l’union de l’incompétence et de l’arrogance»

Bonjour

14/06/2020. On ne l’avait pas vu sur les plateaux médiatiques ; il s’exprime aujourd’hui haut et fort dans un ouvrage qui se veut « choc » et dont il donne la substance dans un entretien accordé au Figaro Magazine (Charles Jaigu). L’ouvrage :  « Y a-t-il une erreur qu’ILS n’ont pas commise ? : Covid-19, l’union sacrée de l’incompétence et de l’arrogance » (Albin Michel).  Quatrième de couverture :

« Vous croyez savoir ce qui s’est passé ? Un médecin réputé raconte à quel point la crise du Covid-19 a été un désastre sanitaire. Le président ? Le premier ministre ? Les ministres de la santé ? Les experts ? Ils n’ont rien vu venir. Plus grave : certains savaient. Un témoignage féroce, incontestable, inquiétant. Un livre nécessaire sur tout ce qui n’a pas été dit. »

On pourrait tourner la page. Mais le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, a été président de la Commission spécialisée Maladies Transmissibles du Haut Conseil de santé publique. Et celui qui « ne retient pas ses coups dans le livre qu’il publie » est aussi une personnalité controversée dans son cercle professionnel – au vu notamment des positions qu’il défend dans le champ de la maladie de Lyme. Il se dévoile un peu plus dans l’entretien accordé au Figaro.

Aucun mea culpa : « Tous les médecins spécialistes des maladies infectieuses savent que l’on est toujours surpris. Cela a été beaucoup dit, et à juste titre. J’ai dit, dès le mois de février, que cette épidémie ne serait pas une grande tueuse, mais qu’il y aurait beaucoup de victimes parmi les personnes à risque. Finalement, c’était à peu près ça. Il suffisait de regarder ce qu’il se passait en Chine! »

Attaque frontale du Pr Jérôme Salomon, Directeur général de la santé . «  Il a été médecin dans mon service et j’ai poussé sa nomination comme professeur. Je le connais bien: il est carré, méticuleux, il aime les procédures solides. Je lui faisais confiance. (…)  J’ai été troublé, puis consterné par ses choix opérationnels. Après l’interview d’Agnès Buzyn accordée au Monde, nous avons appris qu’elle aurait alerté le directeur général de la santé dès le 20 décembre d’un risque de pandémie potentiellement sérieuse. Pendant tout le mois de janvier, la pression est montée. Et il n’a pas bougé. Il a laissé venir. Et c’est seulement le 30 qu’il se réveille, pour ne commander que 1,1 million de masques, à savoir une quantité dérisoire. (…)

« S’il avait pris conscience de l’erreur commise pendant le quinquennat Hollande, pourquoi ne l’a-t-il pas aussitôt corrigée une fois aux responsabilités avec Emmanuel Macron? Bien au contraire, il laisse les stocks en l’état. Puis il est alerté dès le 20 décembre, comme l’affirme Agnès Buzyn. Et il attend quarante jours avant de passer une commande très insuffisante. Il n’a pas pris les précautions auxquelles on aurait pu s’attendre. »

Où l’on en vient à sa colère quant au dossier «chloroquine» et à sa conviction : l’administrer sous une forme préventive aux patients fragiles aurait permis de réduire le nombre de morts.

« J’en suis convaincu. Il était criminel de ne pas la prendre au sérieux, alors qu’on savait par la Chine et par les résultats, certes insuffisants au début, de Raoult, qu’elle était efficace. Encore fallait-il l’administrer de la bonne manière. J’ai été sidéré par le nombre d’études bidon qui étudiaient ses effets dans des conditions défiant tout bon sens. »

Le Pr Perronne accuse d’autre part des membres du Conseil scientifique ou du Haut Conseil de la santé publique d’avoir écarté la chloroquine à cause de liens d’argent avec des laboratoires concurrents.

« Je connais le règlement intérieur du Haut Conseil. Plusieurs médecins n’auraient pas dû participer à la délibération sur la chloroquine. Rien n’a été fait dans les règles. Les procédures accélérées existent, mais elles sont sous contrôle. Le Pr Franck Chauvin a rendu deux avis bâclés. Pas de vote, pas de déclaration d’intérêt: ce n’est plus le Haut Conseil que j’ai connu.

Et pour finir attaque du Conseil scientifique du gouvernement (et de son président) dont il moque les « avis contradictoires » et les « commentaires évasifs »

« Ce n’est pas parce qu’ils n’avaient pas de certitudes qu’ils ne pouvaient pas prendre certaines mesures énergiques. Ils ont immobilisé toute la France et gravement mis en péril l’économie. J’étais hostile au confinement total, jusqu’au moment où il n’a pas été possible de faire autrement. Mais, justement, on aurait pu éviter cela. Cette pandémie ne touchait pas la population active ou les jeunes – contrairement à H1N1, en 2009 -, mais les populations âgées ou fragiles. S’ils avaient fait des tests au lieu d’attendre. S’ils avaient eu les masques, ils auraient isolé les Ehpad, les patients fragiles et les malades infectés. C’était possible et ils ne l’ont pas fait. Pourtant, à les entendre, ils sont très contents d’eux. C’est aussi cela que je dénonce, leur autosatisfaction ! »

Quelles suites pourront connaître ces différentes accusations ?

A demain @jynau

« Hydroxychloroquine – Didier Raoult », la grande affaire française étrillée depuis Genève

Bonjour

04/06/2020. C’est acquis : l’affaire « Didier Raoult – Chloroquine » est devenue la grande affaire nationale française du moment. Elle intègre à merveille la peur et l’espoir, la médecine à la science, la croyance à la politique, le médiatique aux polémiques, les élites aux Gilets Jaunes. Jouant miraculeusement de l’étrange, l’homme parle où et quand il veut, délivre des messages, philosophe sur la médecine, cet art qui se nourrit de science, dénonce les vices de sa confrérie, accuse les méthodologistes-mathématiciens glorifie en permanence son parcours et ses compétences.

C’est sans précédent et cela dure, l’affaire s’auto-alimente. Pour autant, sauf à imaginer une rapide propulsion vers les sphères politiques (Didier Raoult, ministre de la Santé et/ou maire de Marseille) le sujet, bientôt, s’épuisera.

Pour l’heure, tout ceci intéresse-t-il au-delà de nos frontières ? Comment, par exemple, perçoit-on ce phénomène depuis Genève ? Donnons ici un extrait du « bloc-notes » 1 que tient le Dr Bertrand Kiefer dans la Revue Médicale Suisse dont il est le rédacteur en chef :

« Il était un savant de Marseille qui, depuis son bain de bulles, affirmait que la pandémie commençante serait moins mortelle que les accidents de trottinette. Il savait, avec certitude. Le même savant annonce ces jours la fin imminente de la pandémie. Il sait, là encore. Et c’est lui qui, enveloppé dans son immense savoir et télégénisé par son look ésotérico-rebelle, a entraîné le monde sur la piste savonneuse d’un antimalarique miracle.

« Avec ses disciples (groupe qui comprend une partie non négligeable de l’humanité, quantité de chefs d’État, plein de professeurs et de médecins de tous poils, et un quarteron de spécialistes fumeux), il affronte les autres, l’élite, les « bien-pensants », affirmant que l’urgence pandémique exige d’abandonner la servitude de la méthode et de l’éthique de la recherche scientifique. S’imposerait donc, selon lui, l’instinct, le savoir infus.

La bouée, le parachute et le savoir du gourou

« Quand quelqu’un se noie, on lui lance une bouée, sans d’abord vérifier son efficacité, ou encore, quand on saute d’un avion, on utilise un parachute, même s’il n’a jamais fait l’objet d’une recherche contre placebo (cet argument prend au sérieux un article du BMJ sur le sujet, publié dans l’un des numéros de Noël connus pour servir de défouloir annuel à l’humour british). Certes, mais comment savoir qu’on a bien affaire à une bouée ou un parachute ? Le gourou, lui, sait.

« En conséquence, tout a été fait à l’envers. Courant derrière l’engouement international, quantité d’études ont été lancées, impliquant des dizaines de milliers de patients dans le monde, sans coordination, avec des protocoles souvent bâclés. Il a fallu trois mois d’un immense effort pour que la marge d’ignorance se resserre. Résultat : l’antimalarique n’est en tout cas pas le médicament-miracle annoncé, celui qui devait sonner la « fin de partie » (selon le savant) ou s’imposer en « game changer » (selon un autocrate narcissique nord-américain). Mais l’argent et l’énergie drainés par ces études (sans compter la difficulté à recruter les patients : personne ne voulant plus prendre le risque de se trouver dans un bras autre ou placebo) ont empêché de tester d’autres hypothèses intéressantes, à l’efficacité a priori autant, voire davantage plausible. Un immense gâchis. »

Il nous restera à comprendrecomment une telle « flambée d’irrationnel » a pu se mondialiser à la vitesse de la pandémie. « Il faudrait analyser les ressorts archaïques qui meuvent les humains, même à l’ère des réseaux sociaux, écrit le Dr Kiefer. Besoin de croire, transes émotionnelles, attachement à la figure sacrée de la victime (le savant persécuté), violence mimétique antiscience et anti-establishment ? Les technologies de l’information sont de formidables machines à amplifier les vieux modèles. » Il ajoute :

« A quoi se reconnaît un pseudo-scientifique ? A ceci : il sait. Il est soit infatué, soit incompétent. Mais l’infatué ne cherche pas à savoir. Et savoir qu’on est incompétent demande d’être compétent. »

A demain @jynau

1 Kiefer B Science et doutes : le bazar Rev Med Suisse 2020; volume 16. 1068-1068

Chloroquine : Donald Trump bunkerisé offre deux millions de doses au Brésil de Bolsonaro

Bonjour

01/06/2020. Qui a dit que les populistes étaient allergiques à la solidarité ? La Maison Blanche a annoncé, le jour de Pentecôte, que les Etats-Unis venaient d’envoyer au Brésil de Jair Bolsonaro deux millions de doses d’hydroxychloroquine. «Les peuples américain et brésilien sont solidaires dans la lutte contre le coronavirus. Aujourd’hui, pour preuve de cette solidarité, nous annonçons que le gouvernement américain a livré deux millions de doses d’hydroxychloroquine au peuple du Brésil, a indiqué l’exécutif américain dans un communiqué. Elle sera utilisée de manière préventive pour aider à défendre les infirmières, les médecins et les professionnels de la santé contre le virus. Elle sera aussi utilisée comme traitement pour soigner les Brésiliens infectés. »

Le même jour le président brésilien Jair Bolsonaro participait à un rassemblement avec ses partisans à Brasilia, bravant une nouvelle fois les recommandations sanitaires. Le chef de l’Etat brésilien, ouvertement contre les mesures de confinement, s’est présenté devant le palais présidentiel, saluant des dizaines de sympathisants qui scandaient : « mythe ! mythe !mythe !». L’AFP rapporte que, tout en se gardant (cette fois) de toucher les mains de ses partisans, M. Bolsonaro, entouré de ses gardes du corps, a porté deux enfants sur ses épaules. Il est par la suite monté sur un cheval de la police.

C’est là le dernier exemple des mises en scène de Jair Bolsonaro qui s’oppose à tout confinement pour protéger l’économie et fait la promotion de l’usage de l’hydroxychloroquine en dépit des dernières recommandations de l’OMS. « Nous restons très calmes et sereins, et il n’y aura aucune modification » dans nos consignes, a déclaré il y a quelques jours Mayra Pinheiro, secrétaire à la gestion du travail et à l’éducation sanitaire, lors d’une conférence de presse à Brasilia, la capitale.

Sous la pression du président Jair Bolsonaro, le ministère de la Santé du Brésil a publié il y a peu un document qui étendait les recommandations d’utilisation de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine y compris aux cas bénins de Covid-19. Avec près de 500 000 cas et 30 000 morts, le Brésil (210 millions d’habitants) est le pays le plus touché par la pandémie en Amérique latine et le deuxième dans le monde derrière les Etats-Unis (1, 8 millions de cas ; plus de 100 000 morts).

Officiellement le président Trump est toujours sous hydroxychloroquine à visée préventive. Le 31 mai il a été brièvement conduit dans un bunker souterrain de la Maison-Blanche. Ce confinement a été décidé par le Secret Service, le service de protection du président et de personnalités alors qu’une manifestation (à la suite de la mort de George Floyd) se tenait devant le lieu de résidence du président américain. D’après CNN, le président a passé un peu moins d’une heure en ces lieux, avec sa femme Melania et leur fils Barron. 

A demain @jynau

L’Ordre des médecins, ou «StopCovid» : comment lutter en respectant le secret médical ?

Bonjour

05/05/2020. Un dilemme, un piège, une menace. Le Parlement commence aujourd’hui l’examen du projet de loi « prorogeant l’état d’urgence sanitaire », un texte qui met en place, pour reprendre l’étrange expression d’Olivier Véran, des « brigades d’anges gardiens ». On se souvient que le Gouvernement a présenté ce document lors du conseil des ministres du samedi 2 mai. Ce lundi 4 mai au Sénat, puis par la suite à l’Assemblée nationale, les parlementaires auront l’occasion de débattre et d’amender ces nouvelles dispositions légales.

Parmi ces mesures, figure l’article 6 qui crée « un système d’information aux seules fins de lutter contre l’épidémie de covid-19 ». Il  permet « de recenser les personnes infectées par le coronavirus ou susceptibles de l’être, et les personnes ayant été en contact avec elles ». Des dispositions déjà perçues comme à très haut risque par certains gardiens des libertés individuelles, souvent lecteurs de George Orwell.

On attendait ici la lecture du Conseil national de l’Ordre des médecins, cette institution qui – quoique l’on pense par ailleurs- demeure bien en charge du respect du « secret médical », l’une des clefs de voûte des espaces démocratiques occidentaux. Et L’Ordre vient de parler. Garant du secret médical, il réclame au gouvernement de préciser son texte de loi « pour clarifier les missions du médecin et l’utilisation des données des patients ».

Le moment est difficile. Respecter à la lettre le secret ou y déroger pour la bonne cause ? « Les médecins sont, plus que quiconque, conscients de la très grande gravité de la pandémie de Covid-19 et de ses conséquences sanitaires, sociales et économiques, souligne l’Ordre. Leur implication sans réserve est nécessaire à la réussite du processus de sortie maîtrisée du confinement. Leurs patients, et la population dans son ensemble, attendent d’eux cet engagement. »

Le chantage du secrétaire d’Etat au Numérique

Pour autant, dans le même temps « les médecins sont, naturellement et légitimement, très attachés à la préservation du secret professionnel qui protège les patients, le « secret médical ». Cela donne la synthèse ordinale suivante :

« Même s’ils savent que ces dispositions législatives ont pour objet de lever formellement l’obligation de ce secret dans le cadre du déconfinement, il est important de les sécuriser dans leur participation au dispositif d’intérêt public mis en place, lorsqu’ils seront amenés à communiquer des données médicales personnelles de patients atteints de Covid-19. »

Que peut, dès lors, faire l’Ordre des médecins dans ces circonstances inédites ? Rester vigilant et réclamer au gouvernement que le projet de loi « fasse explicitement référence à leur rôle premier dans le dispositif ». « Il est en effet paradoxal que dans le texte actuel de l’article 6, il ne soit absolument pas fait mention des médecins » souligne l’Ordre. Et ce dernier d’ajouter que ce projet de loi « doit garantir qu’il ne pourra exister aucun lien entre ce système d’information et toute mise en œuvre d’application technologique mobile de type ‘’Stop Covid’’.»

Sur ce point l’Ordre des médecins et les citoyens apprécieront, comme il se doit, la dernière sortie de Cédric O, secrétaire d’État au Numérique qui « craint des morts supplémentaires si l’on refuse son application ‘’StopCovid’’». « Le secrétaire d’État au Numérique est persuadé que l’application de traçage est la solution indispensable à un bon déconfinement, écrit Le Figaro (Pierre Maurer). Pour convaincre ses détracteurs et calmer la gronde des oppositions – qui craignent un dispositif de surveillance de masse -, le macroniste a pris la plume dimanche, dans un long article publié sur Medium. Il y écrit notamment que ‘’tant que l’immunité collective n’est pas atteinte’’, le choix est ‘’très simple’’ dans la lutte contre le Covid-19. »

Où l’on retrouve, sous l’encre du pouvoir, le parfum discret mais tenace de certains des écrits prophétiques d’Orwell.

A demain @jynau

Covid-19 : pourquoi se précipiter pour vanter les possibles effets du tocilizumab de Roche ?

Bonjour

28/04/2020. En d’autres temps la foudre serait tombée sur les responsables d’une communication à ce point prématurée – en amont d’une véritable « publication » . Aujourd’hui, comme le démontre l’hydroxychloroquine, tout semble être dans un nouvel ordre, épidémique, des choses. Parfois au nom de l’éthique. Cela peut donner une médiatisation quelque peu outrancière à partir d’un simple communiqué de presse de l’AP-HP : «  Le tocilizumab améliore significativement le pronostic des patients avec pneumonie COVID moyenne ou sévère ».

Résumons. On postule depuis peu que chez les patients avec pneumonie Covid-19, un « orage cytokinique » d’origine immunologique conduit à l’insuffisance respiratoire aigüe et au décès. Face à ce phénomène une « plateforme » (CORIMUNO-19) a été conçue. Objectif : tester l’efficacité et la tolérance de divers médicaments immuno-modulateurs (et d’autres traitements chez les patients adultes avec infection Covid-19 sévère. Et ce « grâce à une série d’essais randomisés contrôlés multicentriques, qui ont débuté le 27 mars 2020 ».

Le communiqué de l’AP-HP concerne un essai randomisé contrôlé ouvert multicentrique du tocilizumab (RoActemra, Laboratoire Roche). Il s’agit d’un anticorps monoclonal qui bloque le récepteur de la cytokine interleukine-6, et qui est utilisé notamment dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde.

« Les patients ont été sélectionnés sur la base d’une hospitalisation pour pneumonie Covid-19 moyenne ou sévère, mais ne nécessitant pas de réanimation au moment de l’admission, explique l’AP-HP. Le critère de jugement primaire était la combinaison du besoin de ventilation (mécanique ou non invasive) ou du décès à J 14. » L’AP-HP ajoute :

« Au total, 129 patients ont été randomisés : 65 pour traitement habituel + tocilizumab et 64 pour le traitement habituel. Le critère de jugement principal a été atteint chez une proportion significativement plus faible de patients dans le bras tocilizumab. »

 Se sentir obligé d’un point de vue éthique »

Mais encore ? Rien de plus. Et maintenant ? « Les résultats de cet essai vont être soumis pour publication dans un journal à comité de lecture. Ces résultats devraient être confirmés de manière indépendante par des essais supplémentaires. » Pourquoi, dès lors, avoir ainsi communiqué dans la plus extrême précipitation ? Réponse officielle :

« Compte tenu du contexte de la pandémie, les chercheurs et le promoteur se sont sentis obligés, d’un point de vue éthique, de communiquer ces informations, en attendant l’examen par les pairs tout en continuant le suivi plus long de ces patients. » « Se sentir obligé d’un point de vue éthique » : voilà un beau sujet qui méritera, le moment venu d’être développé. Pour l’heure Les Echos (Catherine Ducruet) observent que « l’Actemra de Roche a marqué un point contre le Covid-19 ».

Précision importante de l’AP-HP : le tocilizumab ainsi que 4 000 kits de dosage Elecsys d’interleukine 6 « ont été fournis sans conditions par le laboratoire Roche, qui n’a été impliqué ni dans la conception de l’essai, la collection des données, l’analyse, l’interprétation, l’écriture du manuscrit ni dans la gouvernance de l’essai ».

A demain @jynau

L’OMS dénonce les dangers et les effets pervers des futurs «passeports immunitaires »

Bonjour

25/04/2020. C’est un rebondissement qui va amplement compliquer la tâche des autorités sanitaires. L’OMS  estime que la délivrance de futurs « passeports immunitaires » aurait comme possible effet de favoriser la propagation de la pandémie. L’OMS le dit autrement : « Il n’y a actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont remises du Covid-19 et qui ont des anticorps soient prémunies contre une seconde infection », a indiqué l’Organisation mondiale de la santé dans une brève communication. A la date du 24 avril 2020, aucune étude n’a évalué si la présence d’anticorps au SARS-CoV-2 confère une immunité contre une future infection par ce virus chez les humains. »

« La plupart des études montrent que les personnes qui ont guéri [du Covid-19] ont développé des anticorps », écrit l’OMS. « Mais certaines de ces personnes ont des niveaux très faibles d’anticorps dans le sang. (…) Aucune étude n’a permis d’établir si la présence d’anticorps est suffisante pour empêcher une nouvelle infection. »En d’autres termes il n’existe pas selon l’OMS de preuve que les personnes testées positives au nouveau coronavirus soient immunisées et protégées contre une réinfection 1.

C’est là un sujet d’une importance considérable, autant sanitaire que politique, économique et diplomatique. « On peut notamment observer que si le fait d’avoir été infecté (puisque immunisé) devenait un avantage, alors les politiques ultérieures d’éducation à la prévention contre l’épidémie deviendraient encore plus compliquées à mettre en œuvre et à maintenir..) observe, fort justement le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève).

On sait que certaines autorités sanitaires nationales (en France notamment) ou municipales (comme Anne Hidalgo à Paris) ont d’ores et déjà émis l’idée de délivrer des documents (« passeports » ou «crtificats ») attestant l’immunité des personnes – et ce sur la base de tests sérologiques révélant la présence d’anticorps dans le sang – une procédure qui permettrait de déconfiner plus sûrement -et de permettre peu à peu leur retour au travail et la reprise de l’activité économique.

L’étrange métaphore du passeport

C’était parier sur le caractère « protecteur » de ces anticorps, seul garant de la valeur de ce passeport. C’était ne pas compter sur la mise en garde officielle de l’OMS : « Les personnes qui pensent être immunisées contre une seconde infection parce qu’elles ont été testées positives pourraient ignorer les recommandations de santé publique. Le recours à ce genre de certificats pourrait en conséquence augmenter les risques que la transmission continue », insiste-t-elle.

Plus précisément l’OMS estime par ailleurs que les tests sérologiques actuellement utilisés « ont besoin d’une validation supplémentaire pour déterminer leur exactitude et leur fiabilité ». Ils devront notamment faire la distinction entre la réponse immunitaire au nouveau coronavirus et celles vis-à-vis des anticorps produits à l’occasion d’une infection par un autre des six coronavirus humains connus, dont quatre sont largement répandus, provoquant des rhumes bénins. Or, souligne l’OMS, « les personnes infectées par l’un ou l’autre de ces virus sont susceptibles de produire des anticorps qui interagissent avec des anticorps produits en réponse à l’infection provoquée par le SARS-CoV-2 », et il est donc impératif de pouvoir les identifier.

Où l’on retrouve l’étrange métaphore du passeport 2. Le 12 mars, dans son « Adresse aux Français » Emmanuel Macron, appelant à « éviter l’écueil du repli nationaliste », avait déclaré :  « Ce virus n’a pas de passeport ». On apprend aujourd’hui qu’il sera plus compliqué qu’imaginé de s’en procurer un contre lui.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : « Quelle immunité après une infection par le SARS-CoV-2 ? » Inserm. Texte préparé avec la collaboration de Marie-Paule Kieny, directrice de recherche Inserm et membre du Comité analyse recherche et expertise (Care). 

2 « Passeport » :  a) Document autrefois exigé pour quitter le canton de son domicile (décret du 18 décembre 1807) et dont la suppression résulte d’un projet de loi du 5 septembre 1931. b) Pièce d’identité délivrée par un État à ses ressortissants et exigible au passage des frontières.

Emmanuel Macron : « Je suis passionné par ce que dit et explique le Pr Didier Raoult »

Bonjour

15/04/2020. Où l’on revient sur un sujet sans précédent – un sujet avec lequel nous sommes loin d’en avoir terminé. Ce retour s’impose avec les propos-confidences d’Emmanuel Macron sur le Pr Didier Raoult – on les trouvera dans un long entretien diffusé le 15 avril sur Radio France internationale (Christophe Boisbouvier). On se souvient de la visite marseillaise hautement médiatisée du président de la République au promoteur controversé de l’hydroxychloroquine dans le traitement en bi-thérapie du Covid-19. RFI attaque sur ce sujet. Réponse présidentielle :

« Moi, je ne suis pas médecin. Je ne suis pas spécialiste des maladies infectieuses comme le Pr Raoult, pour qui j’ai beaucoup de respect et que je suis en effet allé voir, pour comprendre et m’assurer que ce qu’il proposait était bien testé dans le cadre des essais cliniques.

« J’attire l’attention de nos auditeurs : nous n’avons aujourd’hui aucun traitement reconnu. Moi, mon rôle, et ce que j’ai fait en me rendant chez le Pr Raoult, c’est de m’assurer que ce sur quoi il travaille, et c’est vraiment une de nos plus grandes sommités en la matière, rentrait bien dans le cadre d’un protocole d’essai clinique, qu’on pouvait aller vite pour s’assurer, en tout cas regarder, avec des méthodes qui doivent être simples mais rigoureuses, si ça marchait ou ne marchait pas. Aujourd’hui, partout dans le monde, il y a des essais cliniques qui sont lancés.

« Le Pr Raoult nous invite à être humble »

« La France est le pays européen qui en a le plus lancé. La combinaison hydroxychloroquine-azithromycine, parce qu’il n’y a pas que l’hydroxychloroquine qui est proposée, c’est une bithérapie que propose le Pr Raoult, il faut qu’elle soit testée. Lui l’utilise et a son propre protocole. Il y a un protocole qui a été autorisé par les autorités compétentes à Montpellier. Et il faut qu’on avance, qu’on montre l’efficacité et qu’on mesure la toxicité.

« Je dis ça parce qu’il faut être très prudent. Le président de la République française n’est pas là pour dire « tel traitement est le bon ou n’est pas le bon ». Mon devoir, c’est que toutes les pistes thérapeutiques poursuivies aujourd’hui puissent faire l’objet d’essais cliniques rigoureux, et les plus rapides possibles, pour qu’on trouve un traitement. »

Et RFI de relancer : « Donc en trois heures de présence auprès de lui, vous n’êtes pas sorti entièrement convaincu ? ». « Ce n’est pas une question de croyance ! C’est une question de scientifiques, répond Emmanuel Macron. Je suis convaincu que c’est un grand scientifique, et je suis passionné par ce qu’il dit, et ce qu’il explique. En effet, il nous invite à être humbles, parce que lui-même dit que les choses peuvent varier selon les saisons et les géographies, et qu’un virus réagit selon les écosystèmes. Donc peut-être qu’il y a ça en Afrique. Je dis juste qu’on doit s’assurer que partout, les essais soient faits, donc il faut que l’on reste collectivement très rigoureux. »

On peut résumer : une invitation à l’humilité doublée de l’exhortation à la rigueur collective. Comment ne pas suivre un si beau chemin ?

A demain @jynau

Emmanuel Macron : l’immunité collective, l’éthique et les tests sérologiques de dépistage

Bonjour

14/04/2020. Ainsi donc le président de la République a parlé (« Adresse aux Français, 13 avril 2020 »). Et la France a désormais les yeux rivés sur le « lundi 11 mai ». Un 11 mai qui, en d’autres temps, n’aurait été que le premier jour des « Saints de glace ». Emmanuel Macron a parlé, esquissé un mea culpa de l’exécutif, fait acte de contrition, annoncé qu’il faudrait se réinventer, lui le premier. Il a aussi, fort heureusement dessiné l’amorce de nouvelles perspectives, esquissé l’avenir collectif. Et il a parlé des « tests » (de dépistage), un sujet scientifique et politique devenu capital :

« (…) Nous aurons à partir du 11 mai une organisation nouvelle pour réussir cette étape. L’utilisation la plus large possible des tests et la détection est une arme privilégiée pour sortir au bon moment du confinement. 

«D’ici là et dans les prochaines semaines, nous allons continuer d’augmenter le nombre de tests faits chaque jour. C’est ce qui, depuis 15 jours, est fait. Durant les semaines à venir, j’ai demandé que ces tests, soient d’abord pratiqués sur nos aînés, nos soignants et les plus fragiles. Et que nous puissions continuer de mobiliser partout tous les moyens de faire des tests, c’est-à-dire tous les laboratoires publics et tous les laboratoires privés. 

«Le 11 mai, nous serons en capacité de tester toute personne présentant des symptômes. Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, cela n’aurait aucun sens. Mais toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée. Les personnes ayant le virus pourront ainsi être mises en quarantaine, prises en charge et suivies par un médecin.(…) »  

Les clefs du déconfinement

Mais chacun sait, ou pressent, que ces « tests » ne sont pas la clef ouvrant les portes vers le déconfinement. Seuls compteront, en pratique épidémiologique et politique, les « tests sérologiques » – ceux permettant de réaliser le diagnostic indirect d’une infection à Covid-19. Ceux offrant, enfin, la possibilité d’évaluer le niveau de notre « immunité collective » et d’entrevoir, ou pas, de nouvelles perspectives libératrices. Emmanuel Macron :

«  Aujourd’hui, d’après les premières données qui seront prochainement affinées par ce qu’on appelle les tests sérologiques, une très faible minorité de Français ont contracté le Covid-19. Ce qui veut dire que nous sommes loin de ce que les spécialistes appellent l’immunité collective, c’est-à-dire ce moment où le virus arrête de lui-même sa circulation parce que suffisamment d’entre nous l’avons eu. (…) »

Soyons un peu plus technique, puisque le politique y est, ici, rivé. Les tests disponibles permettent de détecter dans le sérum la présence d’anticorps de classes IgM et IgG spécifiques du Sars-CoV-2. Ils utilisent la méthode ELISA (enzyme linked immunosorbent assay) applicable sur des automates à haut débit capables d’effectuer des centaines de tests par jour. Ils pourront (quand ?) être pratiqués dans la majorité des laboratoires d’analyse médicale. Il existe aussi des tests rapides d’orientation diagnostique (TRODs) présentés sous un format unitaire, détectant les anticorps à partir d’une simple goutte de sang en quelques minutes.

Reste que, pour l’heure, ces différents tests sont toujours en phase d’évaluation par le Centre national de référence des virus des infections respiratoires. Et leurs performances analytiques (sensibilité et spécificité) ne sont pas encore connues. « Par ailleurs, de nombreuses inconnues subsistent concernant la cinétique de la réponse humorale à l’infection Covid-19, notamment la durée de persistance des IgG et les corrélations entre les taux d’anticorps détectés et le degré de protection, souligne l’Académie nationale de médecine. En attendant que les études en cours apportent des réponses à ces questions, il est admis que la présence d’anticorps sériques IgM et/ou IgG témoigne d’une réponse immunitaire récente à l’infection par le Sars-CoV-2 et qu’elle confère une protection probable contre une réinfection. »

Pour l’Académie nationale de médecine, lorsque ces tests sérologiques seront autorisés et disponibles en France, leurs modalités d’emploi « devront être guidées par une réflexion stratégique ».  Elle aurait aussi pu ajouter que la stratégie, ici, ne sera guère éloignée de l’éthique puisqu’il ne sera pas possible, dans un premier temps du moins, de « tester la totalité de la population française. Pour sa part l’Académie :

1 recommande que des enquêtes séro-épidémiologiques de grande ampleur soient conduites afin d’évaluer la proportion de la population infectée lors de la première période de l’épidémie. Ces enquêtes devront être effectuées dans chaque région sur des échantillons représentatifs de la population suivant une méthodologie stricte supervisée par Santé Publique France et relayée par les ARS auprès des réseaux de laboratoires publics et privés 

2 souligne que les résultats de ces enquêtes séro-épidémiologiques permettront de suivre l’évolution de la séroprévalence dans les régions tout au long de la phase de déconfinement et pendant la phase post-épidémique, mais qu’ils ne constitueront pas une base décisionnelle majeure pour le processus de sortie du confinement ;

3 recommande que les tests sérologiques individuels soient utilisés en priorité chez les personnes à risque élevé de forme grave (pensionnaires des EHPAD, malades atteints d’affections chroniques…) et chez les personnes exerçant les professions exposées (personnel médical et infirmier, aide-soignants, etc.) afin d’adapter au cas par cas les mesures de prévention chez les personnes non immunes. 

Le point de vue présidentiel sur l’hydroxychloroquine

L’exécutif tiendra-t-il ici toutes les rênes ? D’ores et déjà le Haut-Rhin « prend les devants », écrit sur Twitter Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental. Elle annonce que des tests sérologiques vont être réalisés dès demain dans une dizaine d’établissements volontaires pour déterminer si un individu a été en contact avec le coronavirus – grâce à la présence d’anticorps dans le sang – et s’il est a priori immunisé.
Ces tests doivent permettre d’ « optimiser la sécurité sanitaire des résidents et du personnel » mais aussi « d’adapter au cas par cas les règles de confinement individuel », indique Brigitte Klinkert. Il y a quelques jours elle expliquait sur Facebook que « la situation particulière du Haut-Rhin, département de France le plus touché par l’épidémie sur le plan sanitaire [nécessitait] d’aller vite ». Depuis le début de l’épidémie, plus de 400 personnes âgées sont mortes dans les Ehpad de ce département français.

Et puis, au-delà de la sérologie, cette discipline hier encore redoutée ou dénoncée : la vaccinologie. Emmanuel Macron :  

« (…) la première voie pour sortir de l’épidémie est celle des vaccins. Tout ce que le monde compte de talents, de chercheurs y travaille. La France est reconnue en la matière et a d’excellentes ressources parce que c’est sans doute la solution la plus sûre, même s’il faudra plusieurs mois au moins pour la mettre en oeuvre. Notre pays investira encore plus massivement dans la recherche et je porterai dans les prochains jours une initiative avec nombre de nos partenaires en votre nom pour accélérer les travaux en cours. » 

Sans oublier la thérapeutique :

« La seconde voie, ce sont les traitements. Nous y travaillons depuis le premier jour. Il y a eu, je le sais, beaucoup de débats dans le pays. Toutes les options sont explorées et notre pays est celui qui a engagé le plus d’essais cliniques en Europe. J’ai tenu moi-même à comprendre chacune des options possibles, à m’assurer que tout était essayé dans les meilleurs délais et avec rigueur. Il ne s’agit pas de donner un traitement si on n’est pas sûr mais de procéder à tous les essais cliniques pour que toutes les pistes soient poursuivies. Et croyez-le, nos médecins, nos chercheurs travaillent d’arrache-pied. Aucune piste n’est négligée, aucune piste ne sera négligée. Je m’y engage. » 

Bien évidemment, partisans et adversaires chercheront dans ces lignes le point de vue du président de la République sur l’hydroxychloroquine. En vain ?

A demain @jynau