Syphilis en France : les accusations d’un spécialiste face à une épidémie qui s’épanouit

 

Bonjour

C’est une communication-accusation percutante que vient de faire, rue Bonaparte à Paris, le Dr Michel Janier. Il a rappelé qu’en France la syphilis est réapparue à la fin des années 1990 et qu’elle continue de progresser. Elle touche aujourd’hui, dans 90% des cas, des patients homosexuels masculins. « Les bonnes intentions dont se gargarisent les autorités de santé ne sont malheureusement pas suivies d’actions coordonnées et efficaces » a-t-il ajouté devant ses confrères de l’Académie nationale de médecine. Au contraire, plusieurs faits récents contribuent, selon lui, à « laisser s’épanouir l’épidémie du fait de décisions irresponsables ». Au total sa communication est une assez belle démonstration de l’incurie qui peut prévaloir dans le champ de la lutte contre les germes sexuellement transmissibles.

Le Dr Michel Janier ne manque pas d’autorité pour traiter de ce sujet. Professeur au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris il exerce dans le centre clinique et biologique des MST de l’Hôpital Saint-Louis (AP-HP) et dans le service de dermatologie de l’Hôpital Saint-Joseph à Paris.

Co-infections par le VIH

Incurie ? « La déclaration obligatoire des syphilis a été supprimée en 2000 au moment même où les dermato-vénéréologues du groupe Maladies Sexuellement Transmissibles (MST) de la Société Française de Dermatologie (SFD) alertaient les autorités de santé sur sa réémergence épidémique chez les homosexuels masculins – HM » rappelle-t-il.  Un signal pour le moins maladroit, même si cette déclaration était notoirement non respectée.

Par la suite un réseau de surveillance a été mis en place par l’InVS (Institut National de veille sanitaire), réseau appelé RésIST pour réseau IST (Infections Sexuellement transmissibles). Il regroupe essentiellement des centres MST volontaires répartis sur le territoire. « Aussi imparfait soit-il ce réseau a le mérite d’exister et de donner des tendances épidémiologiques, note le Dr Janier. Depuis 2000 les cas de syphilis précoce ne cessent d’augmenter (1100 cas en 2014 à centres participant constants contre 700 en 2012), la très grande majorité des cas survenant chez des HM (83%) dont 34% sont co-infectés par le VIH. »

Or il faut désormais compter avec le manque criant de moyens accordés à l’InVS : les derniers résultats disponibles sont ceux de 2014… Qui s’en inquiète ? Qui, sous les ors ministériels, écoute le Dr Janier devant l’Académie :

« La situation est préoccupante. Les sujets les plus jeunes sont très mal informés sur les MST. Les HM  multi-partenaires  plus âgés sont souvent en revanche bien informés mais ont moins peur des MST, considèrent qu’elles peuvent toutes être facilement traitées et ont des conduites à risque dès lors qu’ils considèrent qu’ils se protègent contre le VIH (serosorting pour sélection de partenaires séro-concordants),  TAP (treatment as prevention), sexe oral, PREP (pre-exposure prophylaxis) et particulièrement en cas d’utilisation de drogues déshinibitrices (chemsex). Or la syphilis est une maladie potentiellement mortelle ou pouvant conduire à des accidents précoces très graves, en particulier neurologiques, oculaires et auditifs. Elle se transmet particulièrement bien par le sexe oral qui est exceptionnellement protégé. »

Fin de l’Extencilline®

Incurie ? On a d’abord décidé de supprimer de la nomenclature en mai 2015 la recherche du germe Treponema au microscope à fond noir sous prétexte que sa sensibilité était faible et que plus personne ne savait le faire… Certes mais les techniques modernes de recherche de Treponema pallidum, beaucoup plus sensibles, n’ont pas été inscrites à la nomenclature du fait de leur coût. Et les médecins n’ont plus  aucun examen direct à leur disposition.

Incurie ? Les Laboratoires Sanofi qui commercialisaient l’Extencilline ® ont décidé d’en interrompre la commercialisation en 2013. « C’est là est une géniale invention du pharmacien Lester Szabo qui après des années de travail avait réussi à synthétiser en 1951 un sel de pénicilline G insoluble permettant avec une seule injection intramusculaire d’obtenir un taux de pénicilline circulante et tissulaire suffisant pour traiter toutes les syphilis précoces, rappelle le Dr Janier.  Après une période  de carence totale, le relais a été pris par une pénicilline retard importée d’Italie (Sigmacillina®) qui moyennant un coût multiplié par dix a permis de sauver la situation au prix de contraintes insupportables : nécessité de faire deux injections, conservation au réfrigérateur et surtout dispense uniquement hospitalière ; tout cela en pleine épidémie de syphilis avec comme conséquence délétère  l’encouragement à pousser les médecins de ville à la prescription de traitements oraux moins efficaces mais plus faciles à manier. »

« Le sort semble s’acharner sur cette maladie historique qui avec de telles décisions devrait s’épanouir durablement dans notre pays, a conclu le Dr Janier. Et ceci sans même parler des nouvelles structures mises en place au 1er janvier 2016 (les CeGIDD… centres gratuits d’information de dépistage et de diagnostic du VIH et des IST) d’où les dermato-vénérologues ont été gentiment exclus ou satellisés au profit des acteurs de la ‘’santé sexuelle’’. »

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Avant l’enfer du post-antibiotiques, l’Organisation Mondiale de la Santé prêche dans le désert

Bonjour

Quels sont, aujourd’hui, les noms de nos pires ennemis ?  Acinetobacter baumannii, Pseudomonas aeruginosa, et toutes les entérobactéries résistance aux carbapénèmes. Qui sont ceux qui suivront ? Enterococcus fæcium, Staphylococcus aureus, Helicobacter pylori, Campylobacter spp., Salmonella, Neisseria gonorrhoeae. Et après, pour ceux qui seront encore là ? Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae, Shigella spp.,

L’Organisation mondiale de la santé a, lundi 27 février, publié la liste des familles de bactéries contre lesquelles elle juge urgent de développer de nouveaux antibiotiques en raison des risques que fait peser leur résistance aux traitements actuels. Adoptant sa posture traditionnelle l’OMS souhaite « orienter » et « promouvoir la recherche-développement de nouveaux antibiotiques ». Que ne le fait-elle ? L’organe des Nations-Unies aimerait empêcher la résurgence de maladies infectieuses incurables. Qui ne le voudrait ?

« La résistance aux antibiotiques augmente et nous épuisons rapidement nos options thérapeutiques. Si on laisse faire le marché, les nouveaux antibiotiques dont nous avons le besoin le plus urgent ne seront pas mis au point à temps », prévient le Dr Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale à l’OMS pour les systèmes de santé et l’innovation. C’est là une alerte dont on aimerait pouvoir tenir compte. Mais la « sous-directrice générale de l’OMS pour l’innovation » a oublié de nous dire comment on ne laisse pas faire le marché.

Rituel diplomatique

La nouvelle liste des bactéries « super-résistantes prioritaires » ? « Cette liste est un nouvel outil pour veiller à ce que la recherche-développement réponde aux besoins urgents de la santé publique », indique le Dr Kieny. On peine à comprendre le raisonnement de la sous-directrice. La publication de cette liste, évoquée par la BBC, est aussi une manière d’attirer l’attention sur un rituel diplomatique : le ballet des rencontres placées à l’agenda du G 20 cette année présidé par l’Allemagne.

Dans ce cadre des « experts de la santé » vont se réunir à Berlin. « Nous avons besoin d’antibiotiques efficaces pour nos systèmes de santé et nous devons prendre des mesures communes pour un avenir en meilleure santé, a déclaré Hermann Gröhe, ministre fédéral allemand de la Santé. C’est pourquoi, nous allons discuter et attirer l’attention du G20 sur la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. La première liste mondiale de l’OMS sur les agents pathogènes prioritaires est un nouvel outil important pour assurer et orienter la recherche-développement en relation avec les nouveaux antibiotiques. »

Cette fameuse liste a été établie en collaboration avec la division des maladies infectieuses de l’Université de Tübingen (Allemagne) au moyen d’une technique d’analyse décisionnelle multicritère. Le Pr Evelina Tacconelli, chef de la division des maladies infectieuses de cette université : « Si on attend plus longtemps, les problèmes de santé publique vont s’aggraver et auront un impact dramatique sur les soins des patients ».

Pas plus que le Dr Kieny à Genève, le Pr Tacconelli ne nous dit à Tübingen, comment on contraint Big Pharma l’amorale à travailler dans un secteur qui ne l’intéresse pas.

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Alerte au paludisme : le parasite résistant à l’artémisine est présent sur le continent africain

 

Bonjour

C’est une correspondance inquiétante. A lire dans la dernière livraison du New England Journal of Medicine : « Emergence of Indigenous Artemisinin-Resistant Plasmodium falciparum in Africa ».  Vingt-et-un auteurs dirigés par Jun Cao (Jiangsu Institute of Parasitic Diseases Wuxi, China) parmi lesquels Didier Menard, Institut Pasteur du Cambodge, Phnom Penh).

Correspondance inquiétante : elle établit l’émergence de la résistance du principal parasite du paludisme à l’artémisine sur le continent africain, plus précisément en Guinée équatoriale. L’identification du parasite résistant a été faite en Chine sur un citoyen chinois. Agé de 43 ans ce dernier avait contracté le paludisme en Guinée où il avait travaillé durant vingt mois. Le diagnostic avait été porté à l’hôpital de Jiangsu deux mois après son retour en Chine.

Confrontés à des difficultés thérapeutiques, l’équipe chinoise a voulu en savoir plus en nouant une collaboration internationale. Par séquençage il a pu être démontré que le Plasmodium falciparum était porteur de la mutation K13. Les chercheurs ont cherché à établir si cette souche était bien originaire de Guinée équatoriale. Après avoir séquencé le génome entier du parasite, l’équipe du laboratoire du Pr Arnab Pain (King Abdullah University of Science and Technology, Thuwal, Saudi Arabia) a conclu à l’origine africaine de la souche parasitaire.

Euphémisme

Les premières souches résistantes de ce type sont apparues en 2008 au Cambodge. Puis le rôle du gène mutant K13 (principal agent de résistance en Asie du Sud-Est) a été démontré en 2014 par des chercheurs de l’Institut Pasteur à Paris et au Cambodge. « La propagation de la résistance à l’artémisinine en Afrique serait un revers dans la lutte contre le paludisme », craint le Pr Arnab Pain qui, ici, a identifié l’origine africaine. Revers est ici un euphémisme.

En octobre 2015 nous rapportions la très vive inquiétude des spécialistes au vu de l’évolution des données et de résultats expérimentaux : « Paludisme : le spectre asiatique de la résistance à l’artémisinine se rapproche de l’Afrique » (Journalisme et santé publique, 21 octobre 2015). Pour l’heure la résistance observée en Asie du Sud-Est reste partielle, nécessitant d’associer l’artémisinine à d’autres antipaludéens et de prolonger la durée de traitement, l’OMS redoute que le Plasmodium falciparum ne finisse pas développer une résistance totale à l’artémisinine. Si tel devait être le cas la situation serait, tout simplement, catastrophique.

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Une fillette de 4 ans meurt d’une tuberculose pulmonaire et méningée au CHU de Rennes

 

Bonjour

Le spectre de la tuberculose. C’est une mort qui survient en pleine polémique nationale vaccinale. Une fillette de 4 ans est décédée des suites d’une tuberculose il y a quelques jours à l’Hôpital Sud de Rennes.  Sa famille vit à Vildé-Guingalan, près de Dinan (Côtes-d’Armor). Une campagne de dépistage est lancée dans son école maternelle. « Informée de ce cas très rare dans notre pays de nos jours, l’Agence Régionale de Santé (ARS) a organisé une réunion à destination des parents d’élèves de l’école à la salle des fêtes de Vildé-Guingalan, en présence d’un médecin et d’une infirmière » précise Ouest-France.

La fillette était scolarisée en classe de petite et moyenne section. Une campagne préventive de dépistage a été lancée. Les élèves des deux classes de maternelle de cette école seront notamment soumis à une radio pulmonaire, qui sera renouvelée dans trois mois.

L’école de Vildé-Guingalan

« ’’Ce protocole est proposé à toutes les personnes ayant eu un temps de contact cumulé de 8 heures lors des trois derniers mois ’’ a expliqué à Ouest France un médecin de l’ARS. Cela inclut donc les enfants de maternelle scolarisés avec la fillette, le personnel et les enseignants, ainsi que la famille et les proches. Ce dépistage sera proposé le 28 février, à l’école de Vildé-Guingalan. Les personnes concernées pourront également l’effectuer via leur médecin traitant. »

Le quotidien breton prend soin de préciser que ce cas mortel est différent des cas de méningite détectés à Broons, au sud de Dinan. Mi-décembre, au collège Jean-Monnet, deux élèves de quatrième avaient développé une méningite d’origine bactérienne (à méningocoques). L’ARS avait alors lancé une campagne de vaccination auprès de 600 personnes en janvier.

L’enfant n’était pas vaccinée

Le cas a été notifié à l’ARS de Bretagne le 2 février dernier. « La fillette présentait une atteinte méningée mais aussi une atteinte pulmonaire, a précisé au Quotidien du Médecin le Dr Pierre Guillaumot, médecin-inspecteur de santé publique à l’ARS de Bretagne. Elle n’était pas vaccinée car elle ne faisait pas partie des populations chez qui le BCG reste recommandé 1. En raison de la contagiosité – l’enfant était BK+ – une campagne de dépistage va être proposée aux personnes qui ont été en contact avec elle pendant plus de 8 heures dans les trois derniers mois à moins de deux mètres. » En cas de découverte d’une infection tuberculeuse latente, un traitement antituberculeux est mis en route.

En Bretagne et en 2015 cent-quatre vingt dix cas de tuberculose ont été signalés (dont sept chez enfants de moins de 15 ans) et sept cas de méningites tuberculeuses (essentiellement chez des personnes âgées).

L’incidence de la tuberculose maladie diminue en France chaque année. C’est ce phénomène qui a été l’un des facteurs qui a conduit les autorités sanitaires à suspendre l’obligation vaccinale en juillet 2007. Et à passer d’une vaccination universelle obligatoire à une vaccination ciblée recommandée chez les enfants à risque de tuberculose. Un bilan réalisé en 2012 (« Bulletin épidémiologique hebdomadaire » du 12 juin 2012, n° 24-25) ne montrait pas d’impact du changement de politique vaccinale. Une vaccination antituberculeuse qui soulève, elle aussi, de considérables problèmes pratiques comme nous l’expliquions il y aura bientôt un an.

A demain

1 Depuis août 2007 la vaccination par le BCG ne peut plus être exigée à l’entrée en collectivité mais « fait l’objet d’une recommandation forte pour les enfants à risque élevé de tuberculose ». Pour les enfants exposés à un risque élevé de tuberculose, la vaccination par le BCG est recommandée dès la naissance. Les nourrissons âgés de moins de 3 mois sont vaccinés par le BCG sans test tuberculinique préalable. Chez les enfants à risque non vaccinés, la vaccination peut être réalisée jusqu’à l’âge de 15 ans. L’intradermoréaction (IDR) à la tuberculine préalable à la vaccination doit être réalisée à partir de l’âge de 3 mois pour éviter de vacciner un enfant qui aurait déjà été infecté. La vaccination ne s’applique qu’aux personnes ayant une intradermoréaction à la tuberculine négative.

Sont considérés comme enfants à risque élevé les enfants qui répondent au moins à l’un des critères suivants : – enfant né dans un pays de forte endémie tuberculeuse ; – enfant dont au moins l’un des parents est originaire de l’un de ces pays ; – enfant devant séjourner au moins un mois d’affilée dans l’un de ces pays ; – enfant ayant un antécédent familial de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs) ; – enfant résidant en Île-de-France, en Guyane ou à Mayotte ; – enfant dans toute situation jugée par le médecin à risque d’exposition au bacille tuberculeux, notamment enfant vivant dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) ou socioéconomiques défavorables ou précaires (en particulier parmi les bénéficiaires de la CMU, CMUc, AME…) ou en contact régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte endémie.

 

 

 

Officiel : l’IGAS vient de confirmer que la grippe peut être mortelle chez les personnes âgées

 

Bonjour

C’était, il y a un mois, une urgence ministérielle rouge et fébrile 1. Souvenons-nous. Le 8 janvier le ministère des Affaires sociales et de la Santé fait savoir qu’il vient d’être informé par l’Agence Régionale de Santé Auvergne Rhône-Alpes « de l’importance exceptionnelle de l’épidémie de grippe au sein d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ». Il s’agit de l’EHPAD  Korian Berthelot situé dans le 7ème arrondissement de Lyon. Un établissement de 110 places du puissant groupe Korian – (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle).

L’EHPAD visé venait de faire savoir qu’au 7 janvier, 72 personnes avaient contracté la grippe et que 13 d’entre elles en étaient décédées depuis le 23 décembre. Marisol Touraine lançait aussitôt une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) « afin de contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe ».

Et Marisol Touraine d’annoncer qu’elle avait également demandé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, de se rendre sur place toutes affaires cessantes. Objectif de ce déplacement hors norme : « évaluer précisément la situation et de prendre, le cas échéant, des mesures d’urgence pour circonscrire l’épidémie et prendre en charge les résidents le nécessitant ». Le DGS constatait alors bien vite que les mesures de prévention étaient bien mises en place.

Délicieux extraits

Nous sommes le 7 février et  Marisol Touraine vient de rendre public le rapport de l’IGAS. C’est un très long document dont l’intérêt est inégal mais qui, en lui-même est un fait politique édifiant. On pourra le découvrir ici : « L’épidémie de grippe à l’EHPAD Korian Berthelot de Lyon ». Etabli par Alain Meunier et le Dr. Alain Lopez, membres de l’Inspection générale des affaires sociales, ce document (en deux tomes) retrace un historique de l’épisode épidémique. « Ont été examinées les mesures prises en amont de l’épisode, de nature préventive, et celles adoptées pour lutter contre l’épidémie et prendre en charge les résidents malades » résument les auteurs. Et que nous disent-ils, en conclusion ? Des choses délicieuses de ce type :

 « Autant qu’on puisse en juger a  posteriori (sic) l’établissement prenait des précautions pour  limiter les risques de contamination par le virus de la grippe : dispositifs de lavage des mains,  sensibilisation du personnel aux mesures d’hygiène à prendre, informations du personnel et des visiteurs. Conseillées par l’équipe d’EMH, des mesures d’hygiène renforcées ont été mises en œuvre dès le début de l’épidémie : isolement des résidents malades, lavages des mains plus systématiques, port de masque systématique, limitation des visites, suspensions des animations pour les personnes symptomatiques. L’arrêt des admissions et des activités collectives a été décidé  le 28 décembre.

 « Malgré ces dispositions respectueuses des recommandations nationales rappelées par l’ARS, l’épidémie a touché un peu plus des deux tiers des résidents et entraîné le décès de 13 personnes, soit 12% des 102 pensionnaires de cet établissement. Les personnes accueillies par cet établissement sont âgées et sont fragilisées par les pathologies dont elles souffrent, en témoignent les scores élevés des indicateurs GIR et Pathos. Leur  grand âge (91 ans en moyenne pour les personnes décédées) rend moins efficace la protection  apportée par la vaccination. Leur vie au sein d’une collectivité les expose à des contaminations plus faciles. Aussi, les risques pour elles de contracter la grippe et de ne pas la surmonter sont grands, comme les risques d’être mal protégé par un vaccin pourtant adapté à la lutte contre le virus dominant circulant. Ces raisons peuvent expliquer le nombre élevé de personnes touchées par la  grippe et celui des décès constatés, malgré les précautions prises pour éviter cette situation  épidémique et ses conséquences. »

Deux observations

Mais on ne saurait en rester à ce constat. Alain Meunier et le Dr. Alain Lopez font ainsi deux observations :

« ○ la survenue des premiers cas juste avant le jour de Noël, suivie d’un répit ayant laissé croire que le danger était écarté, a fait que les mesures d’isolement et d’hygiène générale n’ont pas été appliquées pendant plusieurs jours avec toute la rigueur  souhaitable. Trois jours après, le 28 décembre, 14 nouveaux cas se sont déclarés entraînant l’interdiction de toute visite au sein de l’établissement.

○ le  taux de couverture vaccinale des résidents, qui était de 80 % l’année dernière, était moitié moindre cette année (40 % ). Bien sûr le vaccin est moins protecteur chez les personnes âgées, bien sûr des résidents vaccinés ont été touchés par la grippe et certains sont décédés, cependant, la concomitance d’une aussi forte épidémie difficile à  contrôler avec cette baisse importante de la garde vaccinale ne peut que laisser penser  qu’il ne s’agit pas là d’un effet du hasard. »

 Vaccins « sans adjuvants »

Mais il faut aller plus loin, pousser son avantage, oser s’aventurer au-delà de ce que Mme la ministre avait demandé :

« Il ne serait cependant pas raisonnable que la prudence se limite à ces mesures et ne s’étende pas à l’examen de la couverture vaccinale des résidents et des professionnels, mais aussi à celle des visiteurs. Il n’était pas demandé à la mission de se prononcer sur l’opportunité de rendre obligatoire ou pas la vaccination pour les professionnels des EHPAD et les résidents [pourquoi?] Pour le faire, d’autres investigations seraient nécessaires afin d’étudier les avantages et les inconvénients de la politique vaccinale assurant le mieux la protection des personnes âgées admises dans des ‘’maisons de  retraite’’ » 2.

Et c’est alors que, sous le couvert des adjuvants, survient l’étrange (nous soulignons):

« Cependant, après examen de ce qui s’est passé à l’EHPAD Berthelot, la conclusion qui  s’impose est qu’un principe de précaution mériterait d’être appliqué dans les EHPAD où sont  concentrés tous les risques favorisant l’apparition d’épidémies de grippe avec leurs conséquences mortelles pour les résidents : vie en collectivité, grand âge, état de santé précaire, comorbidités. Les vaccins contre la grippe, préparés sans adjuvants, n’assureraient- ils qu’une protection limitée, devraient tout de même être prescrits pour tous les professionnels et les résidents, et fortement  recommandés aux visiteurs. »

 Aujourd’hui l’épidémie parait être terminée à l’EHPAD Berthelot de Lyon. Des explications ont commencé à être apportées aux familles par l’établissement lui-même. Quant à Marisol Touraine, elle a demandé que l’ensemble de ces recommandations de l’IGAS soient mises en œuvre. On ne sait toutefois pas si, dans les hautes sphères, l’usage du mode conditionnel équivaut à une recommandation officielle. Ni pourquoi l’IGAS se pique de la question des adjuvants.

A demain

1 « Grippe dans les populations de personnes âgées : la fébrilité du ministère de la Santé ». Journalisme et Santé Publique, 8 janvier 2017.

2 « Grippe : dans le brouillard de la surmortalité ; personnel étrangement sous-vacciné des EPHAD » Journalisme et Santé Publique, 25 janvier 2017.

Grippe : dans le brouillard de la surmortalité ; personnel étrangement sous-vacciné des EPHAD

 

Bonjour

Quels souvenirs garderons-nous de janvier 2017 ? Peut-être, simplement les tourmentes, vilenies et autres  scandales politiques pré-présidentiels. Ou les messages radiophoniques orwelliens, récurrents, glaçants nous hurlant que la grippe est survenue plus tôt qu’à l’accoutumée. Dans les deux cas, le citoyen court aux abris. Est-ce vraiment l’effet recherché.

Aujourd’hui, 25 janvier, les gazettes moulinent un chiffre : 8 100 « décès supplémentaires ». C’est un chiffre qui ne veut pratiquement rien dire, faute du retard pris par la France en matière de « certification électronique des certificats de mortalité ».  Résumons. Il s’agit ici de morts excédentaires, comparés à la mortalité attendue directement imputable à la grippe. Elle serait « de l’ordre de 75 % », si l’on en croit le Dr François Bourdillon, directeur général de « Santé publique France ».

Grande sévérité

Ce chiffre est à comparer à celui relevé à la fin des neuf semaines d’épidémie de grippe A de l’hiver 2014-2015, au cours desquelles 18 300 décès supplémentaires avaient été enregistrés. Que dire de plus ? Le Dr Bourdillon lui-même dit à la presse qu’il est pour l’instant impossible de savoir si le nombre de décès supplémentaires à la fin de l’épidémie sera comparable à celui relevé en 2015. Mais comme il faut bien qualifier faute de décompter il parle d’une épidémie d’une grande sévérité.

 Plus intéressantes sont les données colligées dans les Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD). Santé publique France s’est penchée sur les 10 000 établissements où 12 000 résidents répartis dans 1 393 « foyers infectieux » ont, depuis octobre, été victimes d’une « infection respiratoire aiguë » – dont « 39 % de cas de grippe ». À la date du 24 janvier on recensait 362 morts en EHPAD des suites d’une infection respiratoire aiguë. Là encore, point n’est besoin d’être grand clerc épidémiologiste pour pressentir tous les biais statistiques et méthodologiques.

Il est un EPHAD pour lequel on peut nourrir un intérêt médiatique et politique tout particulier : l’EPHAD Korian-Berthelot, dans le 7ème arrondissement de Lyon (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle) qui avait enregistré treize morts entre le 23 décembre 2016 et le 7 janvier 2017. La moyenne d’âge des personnes décédées était de 91,5 ans.

Failles vaccinales dans les EHPAD

A la demande de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, l’ARS Auvergne Rhône-Alpes « avait immédiatement lancé le 6 janvier » une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Objectif : « contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe ».

Vingt jours plus tard le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, est revenu sur ce dossier devant la presse. « Le rapport de la mission de l’IGAS a été transmis aux agences régionales de santé pour une discussion contradictoire, a-t-il précisé. Les conclusions seront communiquées d’ici à une semaine. » Attendons.

Selon les chiffres présentés par le Pr Vallet, 83 % des résidents en EPHAD ont été vaccinés contre la grippe cette année. Soit près du double des 46,4 % observés chez les dix millions de Français les plus vulnérables. En revanche, seulement 12 % des personnels travaillant en EPHAD sont vaccinés. Chacun en tirera les conclusions qui, quand la logique médicale sera respectée, s’imposeront.

A demain

Parfum d’apocalypse : une bactérie résistante à vingt-six antibiotiques a tué aux Etats-Unis

Bonjour

Agée de 70 ans, la femme est morte en septembre dans le Nevada, mais les CDC américains ne révèlent son dossier qu’aujourd’hui :  « Notes from the Field: Pan-Resistant New Delhi Metallo-Beta-Lactamase-Producing Klebsiella pneumoniae — Washoe County, Nevada, 2016 ». L’affaire est reprise par la BBC : « Bug resistant to all antibiotics kills woman ». Et cette femme morte du Nevada fait froid dans le dos : elle était devenue résistante à tous les antibiotiques disponibles aux Etats-Unis – soit vingt-six principes actifs 1.

Cette malade avait effectué un voyage en Inde au cours duquel une fracture à la jambe s’était compliquée d’une infection. Hospitalisée aux Etats-Unis le 18 août elle y est décédée début septembre. Différents prélèvements biologique furent adressés aux CDC pour analyses approfondies.

Post-antibiotiques

Il est acquis que cette femme était infectée par une souche de  Klebsiella pneumoniae  avec présence de la redoutable New Delhi metallo-beta-lactamase (NDM). « Il est encore assez inhabituel pour une infection bactérienne d’être résistant à un si grand nombre d’antibiotiques, a expliqué à la BBC Dr David Brown Antibiotic Research UK  Heureusement, c’est un cas extrême, mais il pourrait bientôt devenir trop commun. Cela s’est produit ici en raison d’une histoire personnelle avec de multiples hospitalisations en Inde . Pour autant la facilité des voyages mondiaux fait que le nombre de ce type de cas va augmenter. »

Reste le cas de la fosfomycine, indisponible sous une forme injectable aux Etats-Unis. Pour la Pr Laura Piddock (Antibiotic Action, University of Birmingham) dans de telles circonstances, quand les médecins sont confrontés à l’incapacité de traiter une infection potentiellement mortelle, ils ont besoin de la souplesse nécessaire pour utiliser des antibiotiques autorisés dans d’autres pays et dont on a démontré qu’ils sont encore, eux, actifs contre la bactérie qui infecte le malade.

Certes. Et quand plus rien d’efficace n’existera, que fera-t-on ? Que fait-on pendant l’annonce de l’apocalypse ?  Comment vivra-t-on aux temps du post-antibiotiques ?

A demain

1 Extrait, éclairant, de la note des CDC : « Antimicrobial susceptibility testing in the United States indicated that the isolate was resistant to 26 antibiotics, including all aminoglycosides and polymyxins tested, and intermediately resistant to tigecycline (a tetracycline derivative developed in response to emerging antibiotic resistance). Because of a high minimum inhibitory concentration (MIC) to colistin, the isolate was tested at CDC for the mcr-1 gene, which confers plasma-mediated resistance to colistin; the results were negative. The isolate had a relatively low fosfomycin MIC of 16 μg/mL by ETEST.* However, fosfomycin is approved in the United States only as an oral treatment of uncomplicated cystitis; an intravenous formulation is available in other countries. »