Infections urinaires : diriez-vous oui à un vaccin protecteur contre Escherichia coli ? 

 

Bonjour

C’est une information mandée de Genève. Des chercheurs des Hôpitaux universitaires et de la Faculté de médecine de la ville mettent la dernière main à l’élaboration d’un vaccin protecteur contre les infections urinaires dues à la bactérie Escherichia coli. Tout est expliqué dans une publication de The Lancet Infectious Diseases : « Safety, immunogenicity, and preliminary clinical efficacy of a vaccine against extraintestinal pathogenic Escherichia coli in women with a history of recurrent urinary tract infection: a randomised, single-blind, placebo-controlled phase 1b trial ». Une publication datant de février dernier mais remise en lumière après la signature d’un accord avec une partenaire industriel. Ce travail avait été financé par GlycoVaxyn et Janssen Vaccines.

Les chercheurs rappellent le potentiel infectieux d’Escherichia coli de plus en plus fréquemment retrouvée en milieu communautaire et hospitalier dans le monde entier. Rappelons que, découverte en 1885 par Theodor Escherich, dans des selles de chèvres, ce coliforme fécal est généralement commensal. Certaines souches peuvent être pathogènes, à l’origine notamment d’infections digestives ou urinaires.

« L’émergence de la bactérie et de ses conséquences entraînent un nombre plus important d’échecs de traitement des infections, d’admissions à l’hôpital et même de mortalité, ainsi qu’une augmentation des coûts annuels de deux milliards de dollars aux Etats-Unis. Ces raisons confirment l’urgence de trouver un vaccin contre ce problème de santé publique. Le développement d’un vaccin spécifique Escherichia coli dans des localisations extra-intestinales, permettrait de prévenir des infections urinaires sans ingérer de solutions anti-microbiennes et offrirait un avantage clinique important. »

Résultats en demi-teinte

Il existe deux tableaux principaux : la cystite (infection de la vessie) et la pyélonéphrite (infection du rein). Pour des raisons anatomiques les femmes sont plus exposées à ce risque que les hommes. Entre 50 et 60% d’entre elles contractent une infection urinaire au moins une fois dans leur vie. Parmi les infections dites non compliquées (non associées à des troubles des voies urinaires), 75 à 85% sont dues à Escherichia coli. Et après une infection urinaire non compliquée, 25% des femmes en contractent une nouvelle dans les 6 à 12 mois suivants et 5% en contractent plusieurs dans l’année. Il existe bien, en d’autres termes, un marché pour un vaccin.

Sous la direction du Pr Stephan Harbarth et de la Dre Angela Huttner les chercheurs suisses ont mis au point un candidat vaccin contenant des antigènes de quatre sérotypes de cette bactérie. Durant le premier semestre de 2014 cette préparation a été administrée à 93 femmes – tandis que 95 recevaient un placebo. Il s’agissait de volontaires âgées de 18 à 70 ans, en bonne santé mais avec des antécédents d’infections urinaires récurrentes depuis au moins cinq ans.

Résultats en demi-teinte : 52% des vaccinées n’ont pas souffert d’infection urinaire pendant les neuf mois de mois de l’étude – contre 41% des femmes ayant reçu le placebo. D’autre part 36% des vaccinées et 48% des receveuses de placebo ont contracté au moins une infection. « Finalement, les chercheurs peuvent affirmer que le nombre de patientes sans infection au cours de la période de l’étude était d’environ 20% plus élevé chez les vaccinées que chez les autres, et que le nombre moyen d’épisodes récurrents a été réduit d’environ 40%, souligne-t-on à Genève. D’autres études sur des doses plus élevées et les différentes formulations du vaccin candidat seront poursuivies. »

Le marché existe, les travaux continuent.

A demain

Va-t-on abattre tous les macaques infectés par l’Herpès B vivant dans les zoos français ?

 

Bonjour

L’affaire a été révélée par Sud Ouest : plus de 160 macaques de Java d’un parc animalier français viennent d’être « euthanasiés ». Cela s’est passé le 18 mai à Labenne (Landes), à la « Pinède des singes ». Quelques explications ont été données par la sous-préfecture de Dax : « Il ne s’agit pas d’une suite du redressement judiciaire. Les singes ne sont pas euthanasiés pour des raisons économiques mais sanitaires, après des tests réalisés par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) ».

Une partie de la population landaise, qui ne disposait pas de l’ensemble des informations, a été très émue par la situation, certains habitants proposant de prendre des singes chez eux. L’agent d’accueil de la mairie a même été agressée verbalement. Une manifestation a failli être organisée. Sud Ouest :

« ‘’Certaines formes d’herpès peuvent effectivement être très dangereuses pour l’homme en cas de morsure », explique Emmanuel Le Grelle, directeur de La Vallée des singes, dans le département de la Vienne, une des références zoologique du pays. Impossible pour le moment de savoir comment ces macaques de Java ont contracté le virus : « Ce n’est pas une espèce particulièrement fragile. Mais les conditions d’hébergement, et même les conditions de détention, étaient exécrables. Les singes étaient dans des conteneurs non chauffés par exemple. C’était indigne. » »

Dans les Landes les 163 macaques de Java (Macaca fascicularis ou macaque à longue queue) étaient « porteurs sains » du virus de l’herpès B, potentiellement mortel pour l’homme. « A priori, la décision d’abattage semble sage. Mais voilà, la situation est bien plus complexe qu’il n’y paraît et il semble que des motifs économiques se cachent derrière ce choix, croit savoir Le Point (Frédéric Lewino). En effet, la prévalence du virus de l’herpès B parmi les macaques de Java des zoos du monde entier est très forte, sans qu’aucun cas de transmission à l’espèce humaine n’ait jamais pu être constaté. Les seuls cas avérés l’ont été en laboratoire. »

Méningo-encéphalites mortelles

Le risque, en cas de transmission à l’homme, est celui d’une méningo-encéphalite très souvent mortelle. A dire vrai l’affaire est prise très au sérieux par les autorités sanitaires américaines : « B-virus from Pet Macaque Monkeys: An Emerging Threat in the United States ? ». Le Point :

« Pendant des années, La Pinède des singes a attiré nombre de touristes venus observer une colonie de macaques de Java s’ébattant en toute liberté dans une forêt de six hectares. Personne n’a, alors, jamais rien trouvé à redire sur l’état sanitaire des singes qui étaient déjà porteurs du virus de l’herpès B, comme la plupart des autres macaques de Java en captivité. Au fil des années, les installations se sont délabrées. Après différentes procédures administratives suspensives, le parc animalier a été placé en avril 2016, en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Dax.

C’est un zoo voisin, de Labenne, qui a été chargé de s’occuper des macaques. C’est alors que les services vétérinaires départementaux se sont mis subitement à s’inquiéter des risques que pouvaient faire courir les macaques à leur soigneuse. La préfecture a demandé des analyses sanguines sur les singes. »

Deux macaques recherchés

Conclusions : 115 macaques positifs, 24 douteux et 17 négatifs. Confirmation demandée par les services préfectoraux à un laboratoire américain.  La DDCSPP (direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) saisit alors l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail) qui émet un avis daté du 12 avril 2017 : « avis relatif à l’évaluation du risque lié à l’infection d’un groupe de macaques (Macaca fascicularis) par le Macacine Herpesvirus 1 ». On peut y lire ceci :

« L’euthanasie de macaques infectés par le MaHV1 représente un risque particulier d’exposition des personnes chargées de la réaliser. Si une décision d’euthanasie (quel que soit le nombre de singes concernés) était prise par les gestionnaires, les experts soulignent que tous les acteurs associés à une telle procédure devraient être formés à ce type d’opération et être informés du risque et prendre les mesures de précaution adaptées. Au-delà des risques sanitaires, le Groupe d’expertise collective d’urgence souligne le risque psycho-social pour le personnel du parc, en cas d’implication de ce dernier dans une telle opération. »

On apprend aussi que deux macaques ont été transférés dans un autre zoo, zoo fermé depuis. « Il conviendrait de rechercher et d’informer les détenteurs actuels de ces singes sur le risque d’infection par le MaHV1 » souligne l’Anses.

« Ce qui affole les protecteurs des animaux et différentes associations, c’est que la décision de la préfecture des Landes soit étendue à tous les parcs et zoos de France » précise Le Point. Pourquoi ne le serait-elle pas ? Et qui décidera ?

A demain

Demain, onze vaccins obligatoires: Agnès Buzyn aura-t-elle le courage de sa collègue italienne ?

Bonjour

Beatrice Lorenzin, 45 ans est la ministre italienne de la Santé depuis avril 2013. Elle est actuellement confrontée à des difficultés vaccinales qui ne sont pas sans rappeler celles abordées par Agnès Buzyn, nouvelle ministre française de la Santé, dans l’étrange entretien-coup de sonde qu’elle vient d’accorder au Parisien 1. Pour sa part Mme Lorenzin a le courage de parler sans fard, commente ses décisions et s’en  explique au Quotidien du Médecin (Ariel F. Dumont). Extraits :

« En Italie, certaines pathologies qui avaient quasiment disparu comme la rubéole, la coqueluche, la poliomyélite sévissent à nouveau. Nous avons en face de nous, une société diverse d’un point de vue social avec des familles jouissant d’un bon statut social qui refusent de faire vacciner leurs enfants. C’est inacceptable, un adulte ne peut pas mettre en danger la vie de ses propres enfants et celles des autres au nom de croyances dénuées de fondements scientifiques. Les vaccins permettent de sauver de nombreuses vies et on ne peut pas accepter que la couverture vaccinale au niveau national chute en dessous du seuil de protection. Ce qui malheureusement est le cas et pas seulement en Italie.

« Il y a comme une sorte de sous-culture en Italie qui pousse une partie de la population à refuser la vaccination pour des raisons absurdes. Je pense aux personnes qui dénient les affirmations et les résultats scientifiques et déclarent que tel ou tel vaccin provoque l’autisme par exemple. Mais je pense aussi aux enfants atteints d’un déficit immunitaire qui ne peuvent pas être vaccinés et qui sont condamnés à une sorte d’isolement social. Je pense aussi aux hommes devenus stériles à cause des oreillons, aux femmes enceintes qui attrapent la rubéole et perdent leur bébé. Ce sont des situations inacceptables aujourd’hui. Les oreillons par exemple avaient disparu en Italie depuis trente ans. Cette maladie est de retour à cause de la chute de la couverture vaccinale. Il faut agir et vite, combattre la désinformation, sévir contre les détracteurs des vaccins. »

Faux certificats médicaux

Ce ne sont pas là que des mots. Nous rapportions il y a peu que le gouvernement italien avait adopté vendredi 19 mai un décret-loi rendant obligatoires douze vaccinations. Ces immunisations seront dorénavant nécessaires pour l’inscription des enfants en crèches ou à l’école maternelle. A partir de 6 ans, âge de la scolarisation obligatoire, les parents des enfants non vaccinés devront payer de fortes amendes (entre 500 et 7 500 euros). Les parents réfractaires seront également signalés au tribunal des mineurs et pourront être temporairement déchus de leur autorité parentale

« Ce décret rend obligatoires certains vaccins qui étaient jusqu’à présent seulement conseillés [comme ceux contre la rougeole ou la méningite] » a déclaré le chef du gouvernement, Paolo Gentiloni, à l’issue du conseil des ministres.  Cette décision politique a été prise après l’émergence d’une vague rougeoleuse dans le pays.

« C’est un message très fort à la population » s’était alors réjoui Beatrice Lorenzin, qui faisait pression depuis des semaines pour cette mesure. Celle-ci était contestée (en partie) par sa collègue de l’Education et (avec vigueur) par le « Mouvement 5 étoiles » qui estime que cela constitue « un cadeau à l’industrie pharmaceutique ».

Pour débusquer les parents qui feraient de la « voltige anti-vaccins » et les médecins complaisants prêts à signer de faux certificats, le ministère de Mme Lorenzin annonce des contrôles perlés et ponctuels dans les établissements italiens. La ministre française de la Santé sera-t-elle sur la même ligne, aura-t-elle la même courageuse détermination que sa collègue italienne ?

A demain

1 « Rendre obligatoire onze vaccins ? Le piège s’est déjà refermé sur la ministre Agnès Buzyn » Journalisme et santé publique du 16 juin

Zika, dengue, paludisme : petite pique vaccinale avant les transhumances estivales

Bonjour

 Un mauvais titre peut cacher un texte de grande qualité. Nous parlons ici de l’éditorial du dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (recommandations sanitaires pour les voyageurs) signé Éric Caumes & Daniel Camus – respectivement Président et Vice-président du « Comité des maladies liées aux voyages et des maladies d’importation » Haut Conseil de la santé publique.

Dans « Maladies vectorielles entre la fin et le début » les auteurs font, à la veille des grandes transhumances estivales, le point sur quelques épidémies toujours d’actualité. Délaissant le prophétique Charles Nicolle ils citent Mark Twain : « La catastrophe qui finit par arriver n’est jamais celle à laquelle on s’est préparé ». Illustration : Zika. L’épidémie a aujourd’hui déserté les médias généralistes. Est-ce dire que nous sommes « revenus à la normale » ?

« Dans le cas de l’infection à virus Zika, la fin de l’épidémie en Amérique latine et dans les Caraïbes met à jour une nouvelle problématique de gestion de crise, celle des recommandations dans un contexte de faible risque, comme nous l’avons déjà connu avec le chikungunya. En effet, la fin de l’épidémie de Zika dans les Amériques ne signifie pas l’absence totale de circulation du virus mais plutôt un passage à l’endémicité, avec le constat de déclarations de cas se poursuivant à un rythme faible mais persistant. »

Endémisation planétaire

Nous sommes ainsi confrontés à une sorte d’endémisation également observée dans d’autres parties du monde : le Sud-Est asiatique, les îles du Pacifique et même en Afrique, dans des territoires où le virus semble circuler à bas bruit depuis longtemps. Conduite à tenir ?

« Il faut apprendre à vivre avec la possibilité de cas sporadiques de Zika et rester extrêmement vigilant quant aux complications néonatales, dont la fréquence est certainement très élevée si l’on ne se focalise pas uniquement sur les microcéphalies, partie émergée de l’iceberg. Pour les professionnels de santé qui travaillent dans les Territoires français d’Amérique, cette situation implique le maintien d’une surveillance soutenue des grossesses. »

Et que dire aux voyageurs désireux de se rendre dans des zones de circulation du virus Zika ? On pourrait se borner à leur distribuer les recommandations du Haut Conseil de la santé publique. Ce serait un peu court.

« Le HCSP a émis des recommandations précises en regard de cette nouvelle situation mais, dans la pratique quotidienne, l’information fournie aux femmes enceintes et aux couples ayant un projet d’enfant, même si elle est ‘’claire, loyale et appropriée’’ génère, chez les consultants, si ce n’est chez les consultés, un véritable dilemme. »

 Partir en voyage sous d’autres latitudes ? L’actualité infectieuse planétaire fait qu’il faudra compter avec la réémergence de la fièvre jaune. En Angola et en République démocratique du Congo (plusieurs milliers de cas et des centaines de décès) mais aussi au Brésil, au Pérou ou en Bolivie.

Renaître de ses cendres

« Il est paradoxal de constater que c’est au moment même où la garde a été baissée en matière de vaccination contre la fièvre jaune, avec le doute grandissant sur la protection conférée par une seule injection pour la vie et dans un contexte de pénurie générale de vaccin, que cette maladie historique renaît de ses cendres. »

Que peut faire le spécialiste des maladies infectieuses ? « Il nous appartient de veiller à ce que les recommandations de vaccination soient connues du public et respectées » répondent les deux auteurs. Ils ajoutent, « en guise de conclusion » :

« On peut s’interroger sur ‘’l’ambiguïté vaccinale’’, cette attitude qui consiste à remettre en cause l’intérêt de vaccins dont l’innocuité et l’efficacité sont bien établies, tout en demandant coûte que coûte des vaccins efficaces contre la dengue, le chikungunya, le Zika ou le paludisme, autant de fléaux pour lesquels nous n’avons toujours pas de vaccins ou des vaccins insuffisamment efficaces. Quand le temps de la vaccination efficace sera arrivé, sera-t-elle pareillement remise en cause ? »

Il faut, ici, rappeler la loi de Murphy : « Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal ».

A demain

 

 

Résistance post-antibiotiques: une vancomycine ultra-agressive a été créée en Californie

 

Bonjour

Désespérer devant le génie infectieux des microbes pathogènes ou espérer dans le génie humain ? Question d’actualité avec cette publication des PNAS : « Peripheral modifications of [Ψ[CH2NH]Tpg4]vancomycin with added synergistic mechanisms of action provide durable and potent antibiotics » ; un sujet repris par la BBC : « Ultra-tough antibiotic to fight superbugs ».

Cœur de cible : la vancomycine. On croyait tout savoir de cet antibiotique utilisé depuis soixante ans. Famille des glycopeptides, inhibitrice de la synthèse du peptidoglycane de la paroi bactérienne. Spectre d’action exclusif : les Gram positifs. Agent bactéricide utilisable par voie intraveineuse. Risques d’effets secondaires rénaux et auditifs. Commercialisée sous ce nom.

La vancomycine n’échappe plus à la menace croissante des résistances bactériennes. On observe ainsi, depuis le milieu des années 1980 l’émergence de souches d’entérocoques résistants à la vancomycine (la structure D-Ala-D-Ala des précurseurs du peptidoglycane y est remplacée par une structure D-Ala-D-Lactate).

Génies

C’est pour tenter de prévenir cette menace qu’oeuvrent les auteurs de la publication des PNAS. Dirigés par Dale L. Boger (Department of Chemistry, The Scripps Research Institute, La Jolla) ils ont entrepris de modifier la structure de l’antibiotique pour, autant que faire se pourrait, gagner en efficacité.

Complétant leurs travaux antérieurs et usant de trois angles d’attaque moléculaire ils sont ainsi parvenus à augmenter la puissance antibactérienne d’un facteur 1000. Mieux : les premiers essais expérimentaux témoignent de l’efficacité in vitro contre des entérocoques résistants.

Selon Dale L. Boger le corps médical pourrait utiliser efficacement cette nouvelle forme de vancomycine et sans craindre de faire émerger de nouvelles résistances. Il espère que cela pourra être le cas dans cinq ans, une fois réglés les problèmes de synthèse de cette nouvelle vancomycine devenue ultra-agressive. Rien n’interdit d’espérer que le génie humain triomphe du bactérien.

A demain

Une maladie infectieuse mortelle d’origine inconnue est apparue à Monrovia (Libéria)

 

Bonjour

Les quelques informations disponibles font songer à l’attaque d’un thriller. A l’image du rocambolesque et militant « Résistants » de Thierry Crouzet.

Ainsi The New York Times : « Mystery Deaths in Liberia Linked to Funeral- WHO ». Pour l’heure l’Agence France Presse rapporte les principaux éléments disponibles. Une nouvelle maladie contagieuse vient d’apparaître dans le sud-est du Libéria et dans sa capitale, Monrovia. Principaux symptômes : fièvres et vomissements. Douze personnes sont mortes en moins de dix jours, selon le ministère libérien de la Santé. Des informations confirmées, depuis Genève, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les premiers cas ont été enregistrés dans la province de Sinoe, dans le sud-est du Liberia.

Des analyses sont en cours pour porter un diagnostic mais d’ores et déjà les résultats sont négatifs pour les fièvre Ebola et de Lassa. «  Le bilan global est maintenant de vingt-et-une personnes tombées malades, dont douze sont décédées depuis le dimanche 23 avril » a déclaré Tarik Jasarevic porte-parole de l’OMS. À Monrovia, Sorbor George, le porte-parole du ministère libérien de la Santé a également parlé de douze décès parmi les malades enregistrés depuis que les symptômes se sont déclarés à Greenville, chef-lieu de la province de Sinoe.

Ni Lassa ni Ebola

Il a également affirmé que la maladie avait atteint Monrovia. « Un homme est venu de Sinoe pour assister à des funérailles à Monrovia et il est tombé malade. Il a montré les mêmes symptômes que les cas enregistrés dans le comté de Sinoe, et plus tard, il est mort, sa petite amie est aussi décédée suivant le même schéma » a-t-il expliqué. L’enquête épidémiologique se poursuit.

« Tous les échantillons testés ont été négatifs aux fièvres Ebola et de Lassa et des prélèvements ont été envoyés aux Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) à Atlanta pour des analyses toxicologiques » précise l’OMS. Des enquêteurs sanitaires ont été déployés pour déterminer un lien potentiel avec les malades dont certains ont assisté récemment aux funérailles d’un chef religieux.

On se souvient que le Liberia a fait partie (avec la Guinée et la Sierra Leone) des trois pays sévèrement affectés (28 600 cas et 11 300 morts) par une épidémie de fièvre Ebola entre 2013 et 2016.

A demain

Syphilis en France : les accusations d’un spécialiste face à une épidémie qui s’épanouit

 

Bonjour

C’est une communication-accusation percutante que vient de faire, rue Bonaparte à Paris, le Dr Michel Janier. Il a rappelé qu’en France la syphilis est réapparue à la fin des années 1990 et qu’elle continue de progresser. Elle touche aujourd’hui, dans 90% des cas, des patients homosexuels masculins. « Les bonnes intentions dont se gargarisent les autorités de santé ne sont malheureusement pas suivies d’actions coordonnées et efficaces » a-t-il ajouté devant ses confrères de l’Académie nationale de médecine. Au contraire, plusieurs faits récents contribuent, selon lui, à « laisser s’épanouir l’épidémie du fait de décisions irresponsables ». Au total sa communication est une assez belle démonstration de l’incurie qui peut prévaloir dans le champ de la lutte contre les germes sexuellement transmissibles.

Le Dr Michel Janier ne manque pas d’autorité pour traiter de ce sujet. Professeur au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris il exerce dans le centre clinique et biologique des MST de l’Hôpital Saint-Louis (AP-HP) et dans le service de dermatologie de l’Hôpital Saint-Joseph à Paris.

Co-infections par le VIH

Incurie ? « La déclaration obligatoire des syphilis a été supprimée en 2000 au moment même où les dermato-vénéréologues du groupe Maladies Sexuellement Transmissibles (MST) de la Société Française de Dermatologie (SFD) alertaient les autorités de santé sur sa réémergence épidémique chez les homosexuels masculins – HM » rappelle-t-il.  Un signal pour le moins maladroit, même si cette déclaration était notoirement non respectée.

Par la suite un réseau de surveillance a été mis en place par l’InVS (Institut National de veille sanitaire), réseau appelé RésIST pour réseau IST (Infections Sexuellement transmissibles). Il regroupe essentiellement des centres MST volontaires répartis sur le territoire. « Aussi imparfait soit-il ce réseau a le mérite d’exister et de donner des tendances épidémiologiques, note le Dr Janier. Depuis 2000 les cas de syphilis précoce ne cessent d’augmenter (1100 cas en 2014 à centres participant constants contre 700 en 2012), la très grande majorité des cas survenant chez des HM (83%) dont 34% sont co-infectés par le VIH. »

Or il faut désormais compter avec le manque criant de moyens accordés à l’InVS : les derniers résultats disponibles sont ceux de 2014… Qui s’en inquiète ? Qui, sous les ors ministériels, écoute le Dr Janier devant l’Académie :

« La situation est préoccupante. Les sujets les plus jeunes sont très mal informés sur les MST. Les HM  multi-partenaires  plus âgés sont souvent en revanche bien informés mais ont moins peur des MST, considèrent qu’elles peuvent toutes être facilement traitées et ont des conduites à risque dès lors qu’ils considèrent qu’ils se protègent contre le VIH (serosorting pour sélection de partenaires séro-concordants),  TAP (treatment as prevention), sexe oral, PREP (pre-exposure prophylaxis) et particulièrement en cas d’utilisation de drogues déshinibitrices (chemsex). Or la syphilis est une maladie potentiellement mortelle ou pouvant conduire à des accidents précoces très graves, en particulier neurologiques, oculaires et auditifs. Elle se transmet particulièrement bien par le sexe oral qui est exceptionnellement protégé. »

Fin de l’Extencilline®

Incurie ? On a d’abord décidé de supprimer de la nomenclature en mai 2015 la recherche du germe Treponema au microscope à fond noir sous prétexte que sa sensibilité était faible et que plus personne ne savait le faire… Certes mais les techniques modernes de recherche de Treponema pallidum, beaucoup plus sensibles, n’ont pas été inscrites à la nomenclature du fait de leur coût. Et les médecins n’ont plus  aucun examen direct à leur disposition.

Incurie ? Les Laboratoires Sanofi qui commercialisaient l’Extencilline ® ont décidé d’en interrompre la commercialisation en 2013. « C’est là est une géniale invention du pharmacien Lester Szabo qui après des années de travail avait réussi à synthétiser en 1951 un sel de pénicilline G insoluble permettant avec une seule injection intramusculaire d’obtenir un taux de pénicilline circulante et tissulaire suffisant pour traiter toutes les syphilis précoces, rappelle le Dr Janier.  Après une période  de carence totale, le relais a été pris par une pénicilline retard importée d’Italie (Sigmacillina®) qui moyennant un coût multiplié par dix a permis de sauver la situation au prix de contraintes insupportables : nécessité de faire deux injections, conservation au réfrigérateur et surtout dispense uniquement hospitalière ; tout cela en pleine épidémie de syphilis avec comme conséquence délétère  l’encouragement à pousser les médecins de ville à la prescription de traitements oraux moins efficaces mais plus faciles à manier. »

« Le sort semble s’acharner sur cette maladie historique qui avec de telles décisions devrait s’épanouir durablement dans notre pays, a conclu le Dr Janier. Et ceci sans même parler des nouvelles structures mises en place au 1er janvier 2016 (les CeGIDD… centres gratuits d’information de dépistage et de diagnostic du VIH et des IST) d’où les dermato-vénérologues ont été gentiment exclus ou satellisés au profit des acteurs de la ‘’santé sexuelle’’. »

A demain