Remdesivir: le bien peu banal communiqué de Gilead sur son médicament expérimental

Bonjour

05/04/2020. C’est une « lettre ouverte » de Daniel O’Day, CEO de Gilead Sciences, influente société pharmaceutique américaine spécialisée dans les médicaments antiviraux. Elle nous parle aujourd’hui de son  remdesivir, initialement développé contre la maladie à virus Ebola. Une molécule déjà au cœur des espoirs et de polémiques pharmaceutiques autour du Covid-19. Que nous dit le CEO dans sa lettre ouverte datée du 4 avril ?

« Au cours de la semaine dernière, Gilead a travaillé, en collaboration avec les autorités de santé, à la mise en place de programmes d’accès complémentaires pour mettre à disposition des patients, notre médicament expérimental contre le Covid-19, remdesivir, écrit-il. Ces programmes permettent à certains hôpitaux ou médecins de demander l’utilisation de remdesivir pour plusieurs patients gravement malades qui ne peuvent pas participer aux essais cliniques en cours. »

Il ajoute que l’Agence européenne des médicaments a annoncé hier ses recommandations pour la mise en œuvre par les Etats membres de programmes d’accès complémentaires au remdesivir : « EMA provides recommendations on compassionate use of remdesivir for COVID-19 ». Et le CEO de poursuivre :

« En plus de ces programmes, Gilead continue de mettre à disposition remdesivir pour les enfants et les femmes enceintes, sur la base de demandes individuelles d’usage compassionnel. Au total, depuis le début de la pandémie, ce sont plus de 1 700 patients qui ont déjà été traités dans le monde grâce à ces usages compassionnels individuels. »

Avant de faire œuvre de transparence :

« Le remdesivir reste un médicament expérimental qui n’a été approuvé par les autorités nulle part dans le monde. La sécurité et l’efficacité du traitement ne sont pas encore connues et même si nous connaissons l’urgence, notre responsabilité et notre éthique nous imposent de déterminer si ce médicament est efficace et sûr.

« C’est pour cela que de nombreux essais cliniques sont en cours avec le remdesivir, pour des milliers de patients atteints de Covid-19 à travers le monde. Nous savons l’urgence à trouver des solutions larges et efficaces. Ainsi, notre engagement est total et nous mettons tout en œuvre par tous les moyens possibles pour donner accès au remdesivir : essais cliniques, programmes d’accès complémentaires, usage compassionnel individuel.

Encore faut-il que l’intendance suive :

« Pour fournir suffisamment de produit pour les essais cliniques, l’usage compassionnel individuel et le programme d’accès complémentaire, nous avons dû augmenter nos stocks en partant de zéro. Depuis le mois de janvier, nous avons accéléré la production du traitement. Dès que nous avons eu connaissance du fait que le remdesivir pourrait être un traitement potentiel contre le nouveau coronavirus, nos équipes ont travaillé pour mettre en place une production à grande échelle. Et ceci alors même qu’ils existent encore de nombreuses inconnues concernant la durée de l’épidémie, son ampleur et alors même que nous ne savons pas encore si le remdesivir est un médicament sûr et efficace contre le Covid-19. »

A quand une lettre ouverte de Sanofi-Aventis sur son hydroxychloroquine ?

Suit une longue description des efforts consentis par Gilead Sciences pour développer la production d’un médicament qui n’a toujours pas fait la preuve de son efficacité  – « parce que nous devons être prêts au cas où les patients auraient besoin du remdesivir ».

« Nous savions qu’il serait difficile de produire les quantités nécessaires dans un laps de temps si court. L’un de nos défis est le temps nécessaire pour produire le remdesivir. Il s’agit, en effet, d’une production longue, nécessitant de recourir à des techniques chimiques spécialisées comportant de multiples réactions chimiques, dont certaines peuvent prendre plusieurs semaines. Avant d’obtenir des unités de traitements prêts à être administrés aux patients, nous devons nous procurer des matières premières rares et avoir accès à des usines de fabrication en conditions stériles dont les capacités sont limitées au niveau mondial. »

Et dans ce contexte les  équipes de Gilead Sciences sont arrivées à diminuer le temps de production « qui devait être d’environ un an à environ six mois ». Mieux : en deux mois Gilead Sciences a considérablement augmenté sa capacité de production du remdesivir. Son stock s’élève aujourd’hui à 1,5 million de doses individuelles – ce qui pourrait permettre à plus de 140 000 patients d’être traités. Mieux encore :

« Les 1,5 million de doses individuelles seront mises à disposition pour l’usage compassionnel individuel, les programmes d’accès complémentaires et les essais cliniques et seront données pour une distribution plus large, après obtention d’éventuelles autorisations réglementaires dans le futur. Nous sommes, encore une fois, conscients de la responsabilité qui est la nôtre en disposant d’un traitement potentiel et nous pensons que le mettre à disposition des patients gratuitement est une nécessité pour faciliter l’accès aux patients le plus rapidement possible, face à l’urgence sanitaire causée par cette pandémie. »

Plus loin un objectif ambitieux : produire plus de 500 000 traitements d’ici octobre et plus d’un million d’ici la fin de cette année. « Nous maintenons un effort constant et intense, tout en attendant de connaître les données cliniques qui permettront de savoir si remdesivir est un médicament sûr et efficace » conclut le CEO.

Ne pas pécher par naïveté, certes. Mais observer néanmoins, en temps de pandémie, l’évolution rapide de la communication de l’un des géants de Big Pharma. Et attendre que le même phénomène se produise à la direction de Sanofi Aventis, toujours aussi ambiguë quant à l’usage qui peut ou non être fait de son hydroxychloroquine (Plaquénil) contre le Covid-19.

A demain @jynau

Le pouvoir exécutif va-t-il bientôt rendre obligatoire le port du masque «grand public» ?

Bonjour

03/04/2020. C’est une prescription qui devrait faire du bruit : le port du masque devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement mais aussi lors de sa levée. Prescription-recommandation de l’Académie nationale de médecine (qui a dû fermer son siège, rue Bonaparte, à Paris mais qui continue de publier en ligne des avis, communiqués et prises de position sur son site).

On sait que des personnes en période d’incubation (ou en état de portage asymptomatique) excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. Aussi, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population française constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur.

Recommandations officielles de l’Académie nationale de médecine :

–  en situation de pénurie de masques, que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ;

– en phase de décroissance de la courbe épidémique, avec décision de levée du confinement à domicile de la population. Cette levée du confinement doit s’accompagner d’un maintien des mesures barrières actuellement préconisées jusqu’au contrôle de la circulation du virus attesté par l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Dans le cadre de cette levée du confinement, le port obligatoire d’un masque « grand public » ou « alternatif » par la population devrait être maintenu

Masque « grand public » ? Les indications pratiques pour la fabrication d’un tel masque doivent être « largement portées à la connaissance de la population » recommande encore l’Académie. Qui renvoie vers des tutoriels vidéo en ligne, comme celui pédagogique, de la Société française des sciences de la stérilisation.

Puis l’Académie va plus loin :

 « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. »

En France, conclut-elle, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. Et d’ajouter : la pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » ou « alternatif ».

 Prendre le temps de les confectionner durant le confinement. Avant que leur port ne soit rendu obligatoire par le gouvernement ?  

A demain @jynau

La justice va-t-elle condamner des soignants contaminés qui continuent à travailler ?

Bonjour

02/04/2020. Paradoxes, justice et réduction des risques. Ces sont des informations de l’Agence France Presse reprises par les médias généralistes. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, a annoncé jeudi 2 avril avoir saisi les procureurs de Pau et Bayonne du cas de deux soignants soupçonnés d’avoir poursuivi leurs activités tout en se sachant contaminés par le Covid-19.

Dans le Béarn, «c’est un professionnel du corps paramédical», ni médecin ni infirmier, qui est soupçonné d’avoir exercé en faisant fi du virus, a précisé à l’AFP Cécile Gensac, procureure de la République à Pau. Ce soignant, qui exerce «dans l’agglomération paloise», fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet palois, «pour de premières vérifications».

Au Pays basque, le procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier, a été saisi au sujet d’un médecin généraliste qui exerçait dans son cabinet, à Boucau (8300 habitants). «Le signalement fait par le préfet il y a environ une semaine stipule qu’il aurait continué d’exercer après avoir été testé positif au Covid-19», a précisé le procureur. Le mis en cause, le Dr Gilles Lassabe, accusé par un courrier de l’Agence régionale de santé (ARS) de «mise en danger de la vie d’autrui», se dit «choqué» et affirme avoir «fait tout ce qu’il fallait», dans le respect des règles sanitaires.

Il lui est notamment reproché d’avoir fait campagne aux élections municipales, alors même qu’il avait été diagnostiqué Covid+. Testé le 11 mars à l’hôpital de Bayonne, le médecin de Boucau sera déclaré positif deux jours après. Depuis, le maire du Boucau Francis Gonzalez, ainsi qu’un adjoint, sont en réanimation dans le service spécialisé du centre hospitalier de la Côte basque. Dix autres de ses colistiers ont été contaminés et sont (ou ont été) en confinement. Après ses 14 jours d’arrêt, le Dr Lassabe a repris ses activités. «Je suis indigné de ces lettres malveillantes destinées à nuire, dans cette période électorale», a-t-il déclaré à l’AFP.

Une enquête préliminaire, confiée à la gendarmerie de Bayonne, a été ouverte. L’Ordre des médecins a aussi été avisé. Le gouvernement va-t-il saisir, sur le fond, le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

Hydroxychloroquine: comment le Conseil d’Etat en vient-il à s’opposer au Pr Didier Raoult ?

Bonjour

29/03/2020. Elle se glisse dans toutes les conversations, bat des records de taux d’audience, inquiète le pouvoir exécutif, alimente les fantasmes et nourrit l’irrationnel : l’hydroxychloroquine. On la retrouvait hier sous les ors du Conseil d’Etat. Au moment même où, à l’hôtel Matignon le ministre de la Santé tentait de ne pas mettre d’huile sur le feu, la plus haute juridiction administrative  rejetait les requêtes en référé contestant la politique de l’exécutif en matière de prescription d’hydoxychloroquine (Plaquenil) aux patients ( ainsi que l’approvisionnement en masques des professionnels de la santé et de tests de dépistage). «  Gestion de la pandémie : le Conseil d’Etat donne un blanc-seing au gouvernement » résumait aussitôt Libération (Renaud Lecadre).

Au chapitre médicamenteux, les plaignants dénonçaient la «carence caractérisée» du gouvernement à autoriser largement ce traitement, au risque d’attenter au «droit à la vie». Un soutien nullement voilé, plein et entier au Pr Didier Raoult de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille. Il n’est pas inintéressant d’observer comment les puissants juges du Conseil d’Etat s’emparent du sujet, le traitent et concluent. Comment, en somme, le pouvoir judiciaire saisi par le citoyen traite des questions relatives aux rapports qu’entretient l’exécutif avec la science, la médecine et la santé publique.

1 La demande. Le Syndicat des Médecins Aix et Région (SMAER) demandaient au juge des référés du Conseil d’Etat, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative « d’enjoindre à l’Etat de prendre toutes mesures utiles pour fournir et autoriser les médecins et hôpitaux à prescrire et administrer aux patients à risque l’association de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, en respectant les précautions d’emploi de cette association ».

2 La spécialité pharmaceutique. Le Conseil d’Etat rappelle que le sulfate d’hydroxychloroquine est commercialisé par le laboratoire Sanofi sous le nom de marque de Plaquenil, en vertu d’une autorisation de mise sur le marché initialement délivrée le 27 mai 2004. Indications thérapeutiques :  le traitement symptomatique d’action lente de la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux discoïde, le lupus érythémateux subaigu, le traitement d’appoint ou prévention des rechutes des lupus systémiques et la prévention des lucites. Cette spécialité ne peut être prescrite dans une autre indication.

3 Les nouvelles études. « Alors qu’aucun traitement n’est à ce jour connu pour soigner les patients atteints du covid-19, une étude chinoise publiée au début du mois de mars 2020 a documenté l’activité in vitro de l’hydroxychloroquine sur le virus qui en est responsable, observe le Conseil d’Etat. Une recherche a ensuite été conduite, du 5 au 16 mars 2020, par une équipe de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille en utilisant l’hydroxychloroquine en association avec un antibiotique, l’azithromycine, chez vingt-six patients, dont les auteurs déduisent que le traitement par hydroxychloroquine est associé à une réduction ou une disparition de la charge virale chez des patients atteints du covid-19 et que cet effet est renforcé par l’azithromycine. »

Puis, le 22 mars 2020 a été lancé un essai clinique européen « Discovery » pour tester l’efficacité et la sécurité de cinq molécules, dont l’hydroxychloroquine, dans le traitement du covid-19, incluant 3 200 patients européens, dont au moins 800 patients français hospitalisés pour une infection due au covid-19, inclus à compter du 24 mars, les premiers résultats étant attendus quinze jours après le démarrage de l’essai.

4 L’avis demandé par le gouvernement. A la demande urgente de la Direction générale de la santé, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP)  a rendu, le 23 mars 2020, un avis sur les recommandations thérapeutiques dans la prise en charge du covid-19. « Il estime que les résultats de l’étude menée au sein de l’institut hospitalo-universitaire de Marseille doivent être considérés avec prudence en raison de certaines de ses faiblesses et justifient, du fait de son très faible niveau de preuve, la poursuite de la recherche clinique » analyse le Conseil d’Etat.

5 L’action du Premier ministre. Par un décret du 25 mars 2020 il a pris différentes mesures. Il autorise notamment, sous la responsabilité d’un médecin, la prescription, la dispensation et l’administration de l’hydroxychloroquine aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile. Il précise que ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du HCSP. Il charge d’autre part l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé d’élaborer un protocole d’utilisation thérapeutique à l’attention des professionnels de santé et d’établir les modalités d’une information adaptée à l’attention des patients. Et il encadre la dispensation par les pharmacies d’officine de la spécialité pharmaceutique Plaquenil, dans le respect des indications de son autorisation de mise sur le marché à une prescription initiale émanant de spécialistes en rhumatologie, médecine interne, dermatologie, néphrologie, neurologie ou pédiatrie, ou au renouvellement d’une prescription émanant de tout médecin. En dernier lieu, il interdit l’exportation du Plaquenil par les grossistes-répartiteurs.

6 Les insuffisances méthodologiques. « En premier lieu, tout d’abord, il résulte de l’instruction que les études à ce jour disponibles souffrent d’insuffisances méthodologiques, tacle le Conseil d’Etat.  En particulier, l’étude observationnelle menée à l’institut hospitalo-universitaire de Marseille, qui a permis de constater une diminution ou une disparition de la charge virale pour treize patients après six jours de traitement, portait sur vingt-six patients, dont six n’ont pas été analysés – trois ayant été admis en réanimation, un étant décédé et deux ayant arrêté le traitement dont un en raison d’effets indésirables – et ne comportait pas de groupe témoin comparable. »

Il ajoute : « L’existence d’une différence significative n’a pas été confirmée par les résultats, très récemment diffusés, d’une autre étude, réalisée en Chine du 6 au 25 février 2020 et portant sur trente patients hospitalisés présentant une forme modérée de la maladie, qui relève que treize des quinze patients auxquels étaient administrée de l’hydroxychloroquine avaient une charge virale négative au septième jour, pour quatorze des quinze patients du groupe témoin. »

Plus grave : « En outre, ces études ne permettent pas de conclure à l’efficacité clinique de l’hydroxychloroquine. Or, l’essai clinique européen ‘’Discovery’’, dont les premiers résultats seront connus dans une dizaine de jours et qui doit inclure, ainsi que l’a indiqué à l’audience le représentant du ministre des Solidarités et de la Santé, des patients pour lesquels le traitement est initié suffisamment tôt pour apprécier l’incidence de la molécule sur l’évolution de la maladie, permettra de recueillir des résultats plus significatifs. »

Sans oublier : « Ensuite, si l’usage de cette molécule est bien documenté, il peut provoquer des hypoglycémies sévères et entraîner des anomalies ou une irrégularité du rythme cardiaque susceptibles d’engager le pronostic vital et il présente des risques importants en cas d’interaction médicamenteuse. Son administration, si elle peut être le fait de médecins de ville, suppose ainsi non seulement le respect de précautions particulières mais également un suivi spécifique des patients, notamment sur le plan cardiaque ».

Et, pour finir : «  Enfin, compte tenu des espoirs suscités par les premiers résultats rendus publics par l’équipe de Marseille, une forte augmentation des ventes de Plaquenil en pharmacie d’officine a été enregistrée, faisant apparaître des tensions dans l’approvisionnement de certaines officines et des difficultés à se la procurer pour les patients ayant besoin de cette spécialité dans les indications de son autorisation de mise sur le marché. »

7 Le jugement. Au terme de son travail, et au vu de l’ensemble des données aujourd’hui disponibles le Conseil d’Etat statuant au contentieux,  juge, dans son ordonnance (N° 439726), que le choix des mesures prises par l’exécutif ne peut être regardé, « en l’état de l’instruction, comme portant une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie et au droit de recevoir, sous réserve de son consentement libre et éclairé, les traitements et les soins appropriés à son état de santé, tels qu’appréciés par le médecin. »

Peut-on, ici, véritablement parler de « blanc-seing » donné par les juges du Conseil d’Etat au gouvernement ? Il nous faut désormais attendre le jugement du Pr Didier Raoult qui, non sans arguments, dénonce désormais haut et fort la « dictature morale » des méthodologistes.

A demain @jynau

Coronavirus : un premier chat infecté par un malade a été identifié. Qu’en penser ?

Bonjour

28/03/2020. En d’autres temps le sujet serait passé inaperçu. Tel ne peut plus être le cas aujourd’hui.  « Pour la première fois depuis le début de la pandémie de Covid-19, un chat a été infecté par le nouveau coronavirus en Belgique, ont indiqué vendredi les autorités sanitaires belges. L’animal a été contaminé par son maître qui était malade. résume Le Figaro (Yohan Blavignat) Selon les chercheurs, le chat a eu des symptômes respiratoires et digestifs transitoires. Grâce à une méthode de séquençage, les chercheurs ont détecté le génome du virus. Depuis, l’animal a récupéré et se sent mieux. »

S’inquiéter ? Les spécialistes sont ici rassurants, excluant tout risque de contamination de l’animal à l’homme. Le Sars-CoV-2 peut se transmettre de l’homme vers l’animal mais «il n’y a pas de raison de penser que les animaux peuvent être vecteurs de l’épidémie dans notre société», assure le Dr Emmanuel André, un des porte-parole des autorités belges sur cette pandémie.

Contacté par Le Figaro, Gilles Salvat, directeur délégué à la recherche à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et auteur d’un récent avis fort documenté sur cette question,  explique que le risque pour l’homme d’infecter son animal de compagnie est «assez faible». L’inverse, une contamination de l’homme par l’animal, est «encore plus faible, voire négligeable». Selon lui, les animaux comme les chats ou les chiens sont des «culs-de-sac épidémiologiques». En d’autres termes ils peuvent très rarement être contaminés et malades ; pour autant ils ne vont pas transmettre le virus à l’homme ou à un autre animal.

En outre les cas de contamination d’animaux domestiques sont extrêmement rares. À Hong Kong, les autorités avaient fait état de deux cas, deux chiens, lors d’une campagne de dépistage menée sur dix-sept chiens et huit chats vivant au contact de personnes porteuses du virus.  Une autre étude réalisée en Corée du Sud et aux États-Unis portant sur quatre mille chiens et chats dans des régions où sévit le Covid-19 n’a pas permis de retrouver de cas positifs. «L’infection de ce chat en Belgique est donc exceptionnelle», conclut Gilles Salvat.

« L’animal de compagnie est bien plus un ami qu’un danger ».

Pour autant l’Académie nationale française de médecine estime qu’il est désormais indispensable de formuler de nouvelles recommandations et précautions. Il s’agit notamment de renforcer les mesures habituelles de biosécurité vis-à-vis des nombreux agents pathogènes pouvant être transmis (aérosols, salive, déjections) par les animaux de compagnie (chien, chat, furet, rongeurs notamment) – une réalité souvent ignorée des propriétaires. « Il importe de se laver fréquemment les mains lorsque l’on s’occupe de l’animal (litière, promenade, alimentation, etc.), surtout s’il a été caressé, et il ne faut pas le laisser lécher le visage » souligne l’Académie.

Il importerait aussi, selon elle, de « séparer le propriétaire ayant le Covid-19 de son animal de compagnie pendant la période où le malade peut être excréteur du virus ». « Autant que possible, il faudrait instaurer une quarantaine permettant de limiter tout contact rapproché de l’animal avec les autres membres de la famille (animal dans la chambre, par exemple) » expliquent les académiciens, médecins et vétérinaires.

Ils ajoutent toutefois : « ces  recommandations ne doivent pas faire oublier que dans un foyer où une personne malade a le Covid-19, le risque pour les personnes vivant sous le même toit est bien plus lié aux contacts avec ce malade qu’avec l’animal de compagnie » Et ajoute que, tout particulièrement en période de confinement, « l’animal de compagnie est bien plus un ami qu’un danger ».

A demain @jynau

1 Cellule de veille scientifique Covid-19 de l’Académie nationale de Médecine – composée de Patrick Berche, Jeanne Brugère-Picoux, Yves Buisson, Anne-Claude Crémieux, Gérard Dubois, Didier Houssin, Dominique Kerouédan et Christine Rouzioux, avec la contribution de Jean-Luc Angot et Eric Leroy

Hydroxychloroquine : qui, pendant la polémique entendra la voix de l’Ordre des médecins ?

Bonjour

27/03/2020. Lui aussi, habituellement puissant, est largement dépassé par les événements, l’emballement, la raison qui perd pied, l’angoisse montante. Le Conseil national de l’Ordre des médecins vient, enfin de prendre la parole. Il le fait dans un communiqué titré « Polémique sur l’hydroxychloroquine ». Un court texte dans lequel l’institution ordinale « appelle les médecins à attendre la confirmation ou l’infirmation de l’utilité de la prescription de ce traitement ». Voici ce document, où l’Ordre prend bien garde de ne pas citer le Pr Didier Raoult :

« Depuis plusieurs jours se développe une polémique entre chercheurs et soignants de différentes équipes à l’origine d’informations contradictoires, causant un trouble tant chez les professionnels que chez les citoyens de notre pays. Le Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle aux médecins et chercheurs que la science exige de ceux qui en sont les acteurs qu’ils respectent le principe de la démarche scientifique pour affirmer l’intérêt et les conséquences médicales des travaux qu’ils conduisent.

« L’Académie de médecine et l’Académie de pharmacie viennent de rappeler la communauté scientifique à ses responsabilités en la matière. Le 27 mars, le conseil scientifique du CNGE a également recommandé aux médecins généralistes de ne pas prescrire ce médicament en ambulatoire pour la prise en charge du Covid19.

« Le Gouvernement a nommé un groupe d’experts présidé par un prix Nobel [ndlr Françoise Barré-Sinoussi] qui va très rapidement apporter des réponses aux questions posées, permettant de définir une stratégie. Le Gouvernement a pris la décision de faciliter l’accès à certaines thérapeutiques en milieu hospitalier. Il lui restera à mettre en œuvre rapidement les conclusions du groupe « Care ».

« Les jours qui viennent permettront d’avoir des réponses scientifiquement validées et il appartiendra ensuite au Gouvernement d’agir rapidement en matière d’accessibilité, d’autorisation, de limitation ou d’interdiction d’utilisation. Les médecins doivent aujourd’hui agir en professionnels responsables qu’ils sont, et attendre la confirmation ou l’infirmation de l’utilité de la prescription de ce traitement. Il n’y aurait en effet rien de pire pour nos concitoyens que le sentiment d’un espoir. »

Tout est dit du raisonnable et de la déontologie. Mais tout, autour de l’Ordre, témoigne, avec la « polémique sur l’hydroxychloroquine, des emballements, des contradictions, des mauvaises interprétations, des risques de régression et d’augmentation des risques, des failles éthiques. Quant au pouvoir exécutif il est, pour l’heure, comme tétanisé.

C’est, nous dit l’Ordre, une question de quelques jours; pour que la science validée réapparaisse, que les esprits retrouvent leur calme et la déontologie son chemin. Cela pourrait, à dire vrai, être un peu plus long.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : voici le temps des grandes confusions et du risque de régression

Bonjour

27/03/2020. Jean-Luc Mélenchon ou pas, les déclarations et initiatives du Pr Didier Raoult quant aux vertus supposées de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19 soulèvent désormais des questions éthiques majeures auxquelles l’exécutif ne peut répondre. Elles conduisent aux plus extrêmes confusions entre science, médecine et politique – avec un risque croissant de régression. En témoigne le texte que viennent de publier les Académies nationales de médecine et de pharmacie.

Ces deux institutions constatent tout d’abord, au vu des données actuelles de la science, que la démonstration de l’efficacité clinique de l’hydroxychloroquine dans cette indication « n’est pas faite à ce jour ». « Des présomptions existent cependant, en particulier la négativation de la charge virale d’un certain nombre de patients, qui justifient sa prise en considération par la mise en œuvre urgente d’essais cliniques afin de tester ce produit sur des critères cliniques » observent-elles.

Mais, pour sa part, l’Académie nationale de médecine considère que la libération par les pouvoirs publics de l’hydroxychloroquine pour les malades hospitalisés en détresse respiratoire « ne saurait être une réponse adaptée pour des patients dont la charge virale est, à ce stade, le plus souvent inexistante et dont la maladie n’est plus une virose stricto sensu mais une défaillance pulmonaire (syndrome de détresse respiratoire aigu) liée à l’inflammation induite par le Sars-CoV-2 ».

Un espoir. Les deux Académies nationales considèrent que l’essai européen Discovery (dont la méthodologie répond aux critères internationaux de bonne pratique des essais cliniques) permettra de déterminer si l’hydroxychloroquine ou d’autres molécules antivirales ont une efficacité chez les patients Covid-19. Toutefois, au-delà des débats en faveur ou en défaveur de l’hydroxychloroquine à utiliser dans tel ou tel stade de la maladie, les deux Académies s’inquiètent :

 · des nombreux achats d’hydroxychloroquine par des personnes non atteintes, à des fins souvent plus préventives que curatives, alors que toute prescription hors AMM devrait relever de la seule responsabilité du prescripteur à l’hôpital ;

 · de l’utilisation de ce produit à des posologies individuelles sans surveillance médicale stricte, en raison de possibles effets indésirables particulièrement délétères chez les sujets âgés ;

· de l’utilisation possible, sinon probable de ce médicament sans contrôle électrocardiographique initial ni suivi, notamment en raison de la possibilité de cardiomyopathies ou d’induction de troubles du rythme cardiaque ;

 · du danger que représentent les interactions médicamenteuses ignorées des patients entre l’hydroxychloroquine et certains des médicaments qu’ils prennent habituellement, si l’hydroxychloroquine devait être utilisée sur de grands effectifs de sujets, en particulier chez des patients âgés et polymédiqués, même pour une durée brève ;

 · de confusions possibles dans la population entre chloroquine et hydroxychloroquine ;

 · de la vente d’hydroxychloroquine sur Internet, voire de la vente de médicament falsifié sous ce nom, alors que la délivrance de ce médicament doit impérativement respecter les circuits médicaux et pharmaceutiques officiels;

· de la difficulté prévisible de se procurer l’hydroxychloroquine pour les patients présentant une maladie auto-immune ou un rhumatisme inflammatoire alors qu’elle est indispensable à la poursuite de leur traitement habituel.

On ajoutera, à la longue liste de ces justes inquiétudes académiques, les informations publiées ce jour dans Libération (Nathalie Raulin) : « L’essai clinique européen Discovery freiné par le buzz autour de la chloroquine ». Où l’on apprend que « l’espoir qu’a fait naître l’infectiologue Didier Raoult dissuade certains malades de participer aux recherches scientifiques lancées pour trouver un traitement efficace contre le coronavirus ».

Que répondra l’infectiologue ? Que peut faire, aujourd’hui, le pouvoir exécutif ? Que fera-t-il ? Qui, à ce stade, peut encore être raisonnablement entendu ?

A demain @jynau

PS « Le débat sur la chloroquine ne doit pas être « une polémique idéologique » »

Interrogé, ce jour, sur France Inter, le philosophe Frédéric Worms estime qu’il faut « se réjouir, même dans la crise, même pour des raisons vitales, qu’on se retourne vers la science ». Mais il voit aussi dans ce débat passionné, qui a largement débordé hors du cadre médicale pour devenir politique, un risque : « Il ne faudrait pas qu’après le déni de la science de certains, on passe à une conception un peu “magique” de la science. Il faudrait une sorte d’éducation collective en temps réel sur le travail de la vérité : on établit des faits, on trouve des preuves… Tout ça prend du temps, un temps déjà considérablement accéléré par rapport à la mise à l’épreuve d’un antibiotique et d’un nouveau vaccin. »

« Tout le monde est d’accord pour dire que s’il y a des effets positifs immédiats, il faut les utiliser, rappelle-t-il. « Mais pour construire une réponse valable, pour tous les effets secondaires possibles il faut avoir confiance dans la science, dans le débat scientifique : il ne s’agit pas d’une polémique idéologique, il s’agit d’une controverse scientifique. Cette frustration qui est légitime (on voudrait être sauvés) ne doit pas devenir une idéologie. Redécouvrons le travail de la vérité. »