«Fake vaccine» : alerte contre des vaccins antirabiques falsifiés attribués à Sanofi Pasteur

Bonjour

A qui se fier désormais au pays de Louis Pasteur ? L’OMS vient de lancer une alerte internationale concernant deux lots de vaccins antirabiques falsifiés de marque Verorab®. Une alerte relayée par l’Agence française de sécurité du médicament (ANSM).

Le Verorab® (Sanofi Pasteur), bien que disposant d’une autorisation de mise sur le marché, n’est pas commercialisé en  France car il est uniquement destiné à l’exportation. Ce vaccin n’est donc pas présent dans le circuit de distribution des médicaments sur le territoire français. Le vaccin contre la rage disponible sur le marché français s’appelle Vaccin Rabique Pasteur® (de Sanofi-Pasteur). L’ANSM ne le dit pas mais ce vaccin est en rupture de stock.

Le Verorab® est utilisé pour la prévention de la rage chez les enfants et les adultes. Il peut être utilisé pour protéger les personnes à risque d’exposition à la rage (vaccination préexposition) ou pour prévenir le développement de la rage après une exposition, généralement à la suite d’une morsure d’un animal chez lequel on suspecte une rage (prophylaxie post-exposition).

Deux lots de vaccins falsifiés ont été découverts à ce jour aux Philippines : Verorab vaccin antirabique à usage humain, préparé sur cultures cellulaires (inactivé) Lot n° NIE35 – péremption 04-2019. Verorab vaccin antirabique à usage humain, préparé sur cultures cellulaires (inactivé) Lot n°H1833 – péremption 10-2020

Au pays de Louis Pasteur

« Des enquêtes et des analyses sont en cours pour mieux évaluer le risque potentiel pour la santé, précise l’ANSM. Les personnes qui auraient reçu une vaccination antirabique au cours d’un séjour récent aux Philippines, à titre préventif ou suite à une exposition, sont invitées à prendre contact avec le Centre Antirabique de leur région. En effet, dans l’attente des résultats d’analyse de ces vaccins falsifiés actuellement en cours, et compte tenu du fait que ces deux numéros de lot ne correspondent à aucun lot produit, il doit être considéré que les vaccins reçus à cette occasion ne permettent pas avec certitude d’obtenir la protection souhaitée contre la rage. Une évaluation du risque résiduel de la rage suite à cette vaccination est alors nécessaire, et dans certains cas, une revaccination pourrait être recommandée. »

En décembre 2018, la Food and Drug Administration (FDA) des Philippines avait émis un avertissement de santé publique concernant des vaccins Verorab® falsifiés circulant dans le pays. Depuis, un nouveau lot de vaccins Verorab® falsifiés a été signalé. Des enquêtes et des analyses de laboratoire sont en cours pour mieux évaluer le risque potentiel pour la santé publique. L’OMS précise que fabricant déclaré, Sanofi Pasteur, a confirmé qu’il n’avait pas fabriqué ces vaccins. De fait les données variables (numéros de lot etc.) indiquées dans cette alerte ne correspondent pas aux archives authentiques de fabrication.

Reste à expliquer les véritables raisons des tensions d’approvisionnement du Vaccin Rabique Pasteur®. Et à préciser quelle est, le cas échéant, la meilleure conduite à tenir au pays de Louis Pasteur.

A demain

@jynau

 

 

 

Skis. On annonce une bouffée épidémique de rougeole dans la station de Val Thorens (Savoie)

Bonjour

Mauvaise nouvelle pour le tourisme que cette information mandée par l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône Alpes. Depuis le début de l’année 2019 on constate dans cette région une augmentation des cas de rougeole.

Mais, surtout, depuis la fin janvier dix-huit cas  ont été déclarés dans la célèbre station de Val Thorens. « Il s’agit majoritairement de jeunes adultes saisonniers résidant dans la station, explique l’ARS. Les professionnels de santé de la station ont été avertis et une information est en cours de diffusion à la population par la mairie. »

Par mesure de précaution, l’ARS invite toute personne à vérifier la vaccination de ses enfants et sa propre vaccination si elle n’a jamais eu la rougeole. Un message qui vaut pour les futurs vacanciers. En cas de doutes ou de questions, l’ARS recommande de consulter un médecin. « Cette recrudescence de la rougeole dans la région témoigne d’une circulation de plus en plus importante du virus en raison d’une couverture vaccinale insuffisante, ajoute-t-elle. Vérifiez si vous êtes à jour de votre vaccination contre la rougeole ! Il n’existe pas de traitement spécifique : la vaccination est donc le seul moyen efficace de se protéger. »

En viendra-t-on, demain, à vacciner d’autorité les « jeunes adultes saisonniers » ?

A demain

@jynau

 

 

 

Virologie et populisme : Donald Trump entend éradiquer l’épidémie de sida en une décennie

Bonjour

On ne connaît pas, en France, le rituel américain du « discours sur l’état de l’Union ». Un événement annuel qui voit le président exposer son programme pour l’année en cours devant la branche législative du gouvernement fédéral. Discours prononcé au Capitole des États-Unis, où les deux chambres sont réunies en Congrès. Discours  diffusé en direct à la télévision et à la radio. Importé en France ce rite démocratique permettrait aujourd’hui à Emanuel Macron de faire l’économie des ses incessants petits monologues de gymanses et salles des fêtes – dans l’hypothétique optique d’un Grand Débat National.

Outre-Atlantique le discours du 5 février restera peut-être gravé dans la mémoire des spécialistes internationaux de la santé publique. Donald Trump, président des Etats-Unis a en effet promis, dans son projet de budget, de demander « aux démocrates et aux républicains de dégager les moyens nécessaires pour éliminer l’épidémie de VIH aux Etats-Unis d’ici dix ans ». « Ensemble, nous vaincrons le sida en Amérique et au-delà », a-t-il affirmé – avant de demander un effort comparable « pour lutter contre les cancers de l’enfant » (sic).

Alex M. Azar II, secrétaire à la Santé a précisé ce qu’il en était de l’annonce présidentielle. Le but est de diminuer les contaminations par le VIH aux Etats-Unis, de 75% en cinq ans, et de 90% en dix ans. On estime aujourd’hui que près de 40 000 Américains contractent le virus chaque année, et qu’environ 165 000 personnes ignorent leur statut de séropositif.

Tâche titanesque

« Cette initiative, si elle est mise en place et financée, pourrait s’inscrire dans l’histoire comme l’une des plus grandes réussites de sa présidence », a déclaré Michael Ruppal, directeur de l’AIDS Institute. « Contrôler le VIH en une décennie est une tâche titanesque, mais nous applaudissons la volonté affichée », a pour sa part indiqué à l’AFP Michael Weinstein, président de l’AIDS Healthcare Foundation.

Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) précise que depuis cette annonce, le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis a publié une « factsheet » dans laquelle sont détaillés les leviers qui seront actionnés pour parvenir à une réduction de 75 % du nombre de nouvelles infections d’ici à 5 ans, et de 90 % d’ici à 10 ans.

« Les services américains envisagent d’assigner des équipes pluridisciplinaires dédiées aux 48 comtés, aux 7 États américains (Oklahoma, Arkansas, Missouri, Mississippi, Kentucky Caroline du Sud, Alabama), ainsi que San Juan et Puerto Rico qui regroupent plus de la moitié des nouvelles infections aux États-Unis. Ces équipes, baptisées « HIV HealthForce » seront chargées d’analyser les problématiques locales et d’aider à la mise en place de politiques spécifiques pour promouvoir le diagnostic et l’administration précoce du traitement, ainsi que les méthodes de prévention, et notamment la prophylaxie post-exposition. »

Mais encore ?  La Société internationale sur le sida (IAS)  salue « l’objectif ambitieux » affiché par Donald Trump. Mais prend bien soin de rappeller que ces déclarations ne sont pas cohérentes avec « la politiques et la rhétorique » du président américain « ciblant directement les trans- et plus généralement la communauté LGBT, les consommateurs de drogue injectable, les minorités ethniques, les réfugiés, les travailleuses du sexe et les droits sexuels des femmes ».

Une loi interdisant l’avortement tardif

« Cet objectif nécessite plus que du traitement et des programmes de prévention, rappelle l’IAS. Le Congrès et l’administration américaine devront revoir les politiques qui augmentent le risque d’infection et renforcent la stigmatisation et l’injustice sociale et de genre, incluant les mesures de bannissement des trans de l’armée ou le démantèlement des programmes publics à destination du public LGBT. »

Où l’on redécouvre en somme, à trente ans de distance, à quel point, au-delà du virologique à quel point l’épidémie de VIH est politique. Politique également cette conclusion, par Trump, du volet santé du discours sur l’état de l’Union : « Pour défendre la dignité de chaque personne, je demande au Congrès d’adopter une loi interdisant l’avortement tardif des enfants pouvant ressentir une douleur dans le ventre de leur mère ». Le Monde rappelle que l’avortement est, officiellement, autorisé aux Etats-Unis jusqu’à la 22e semaine de grossesse.

A demain

@jynau

Grippe : épidémie générale, doutes sur l’efficacité du vaccin, embarras d’Agnès Buzyn

Bonjour

C’est une équation virologique, sanitaire et politique. Tous les chiffres convergent et Santé publique France résume : épidémie généralisée à l’ensemble des régions – s’intensifie en métropole tandis qu’elle débute aux Antilles. Tous les indicateurs de l’activité grippale sont au rouge. Forte augmentation des passages aux urgences et des hospitalisations. Parmi plus de douze mille patients qui se sont présentés aux urgences « pour grippe » la semaine dernière,  plus de 1 800 ont été hospitalisés (+70% par rapport à la semaine précédente).

Corollaire : un excès de mortalité toutes causes et tous âges confondus est observé sur les quatre premières semaines de janvier. Entre les semaines 01 à 03 cet excès est estimé à 8% soit près de 3 000 décès – et concerne principalement les personnes âgées de 85 ans ou plus, et dans une moindre mesure les 15-64 ans. Parallèlement, les premières estimations sur le nombre de décès attribuables à la grippe depuis le début de la surveillance (octobre 2018) et jusqu’en semaine 03, indiquent qu’environ 1 100 décès seraient liés à la grippe.

Cette épidémie est majoritairement due aux virus A(H3N2) et A(H1N1)pdm09. Or le bulletin épidémiologique hebdomadaire dédié à la grippe précise que les premières estimations de l’efficacité vaccinale indiquent une efficacité modérée contre ces deux virus 1.

« La couverture vaccinale des personnes à risque, sujets de tous âges atteints de certaines pathologies chroniques et personnes âgées de 65 ans et plus, est estimée par Santé publique France à partir des données de remboursement des vaccins contre la grippe, tous régimes d’assurance maladie confondus. Une première estimation au 30/11/2018 montre une légère progression des couvertures vaccinales en comparaison des estimations analogues effectuées au 30/11/2017. La couverture en France métropolitaine est passée de 41,3% à 42,9% (+1,6%) pour l’ensemble des sujets à risque.

« Efficacité vaccinale en médecine ambulatoire. Le Réseau Sentinelles produit une estimation de l’efficacité du vaccin à éviter une infection grippale conduisant à une consultation chez un médecin généraliste. Les résultats préliminaires disponibles en semaine 05 indiquent une efficacité vaccinale chez l’ensemble des personnes à risque de 59% [IC95%: 7—82] contre le virus A(H1N1)pdm09 et de 19% [IC95%: −43 – 54] contre le virus A(H3N2). Ces estimations seront affinées dans les semaines à venir. »

Cette situation a conduit Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé à rappeler sur Europe 1 toute l’importance que chacun doit accorder aux « gestes de protection face aux virus de l’hiver est rappelée (mouchoir à usage unique, port de masque jetable). Rappel de Santé publique France :

« Se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique ; éternuer dans son coude (plutôt que dans ses mains) ; utiliser un mouchoir à usage unique ; porter un masque jetable quand on présente un syndrome grippal, en particulier au contact des personnes fragiles (personnes âgées, immunodéprimées, jeunes enfants, femmes enceintes). »

Xavier Bertrand, treize ans après

Interrogée sur la faible efficacité vaccinale Agnès Buzyn a déclaré :  « Le problème est que chaque vaccin est un pari. On est obligé de parier sur les souches qui vont circuler, six mois avant que le virus apparaisse dans le monde. Donc, de temps en temps, le pari est gagné, de temps en temps il est moyennement gagné et parfois pas du tout. » Pour autant la ministre est revenue sur la question, récurrente, de l’obligation vaccinale antigrippale des soignants – une obligation que vient de réclamer la Cour des Comptes à laquelle Agnès Buzyn était jusqu’ici opposée. Or voici désormais la ministre qui menace :

« Aujourd’hui, j’ai demandé un effort particulier notamment aux Ordres des médecins, des infirmiers, des kinésithérapeutes… pour qu’ils fassent une campagne pro-vaccin. Je verrai quel a été cette année le taux de couverture des soignants, j’espère qu’ils comprennent leur responsabilité. Si vraiment ça ne progresse pas, peut-être que nous en reviendrons à l’obligation »

Cette obligation, instaurée par le Code de la santé publique, avait été « suspendue » en 2006 par décret. Un décret signé par le ministre de la Santé et des Solidarités d’alors : Xavier Bertrand.  Aujourd’hui la couverture vaccinale antigrippale des personnels de santé est, officiellement, « de l’ordre de 25 % ». Il faudra songer, un jour prochain, à interroger Xavier Bertrand.

A demain

@jynau

1 Le sujet n’est pas neuf. Il y a quatre ans: « Grippe: faut-il continuer à se faire vacciner quand on n’est pas sûr de l’efficacité du vaccin? » Slate.fr 1er février 2015

Vaccination antigrippe obligatoire des soignants : Agnès Buzyn contre la Cour des Comptes

Bonjour

Rituel annuel : la publication du « Rapport public » de la Cour des Comptes. Avec, cette année, outre un croustillant et original  chapitre sur la fragilité de la « médecine thermale occitane », un long passage sur « La politique de prévention des infections associées aux soins : une nouvelle étape à franchir  (page 125)».

Où l’on revient aux frontières de la médecine, de la virologie et de la politique. Et où l’on comprend que la Cour entend que les professionnels de santé soient tous, d’autorité, vaccinés contre la grippe 1. Et où l’on découvre la position désormais affichée d’Agnès Buzyn sur cette question. Alors même qu’Emamnuel Macron s’était, durant la campagne présidentielle, fait le héraut d’une politique de prévention. Une publication, enfin, qui fait suite à l’étrange « affaire d’Orléans ». Extraits du rapport 2019 de la Cour :

Page 142 : « En complément d’une meilleure application des règles d’hygiène, l’augmentation de la couverture vaccinale des professionnels de santé dans l’ensemble des secteurs de soins et, plus particulièrement, du personnel et des résidents dans les établissements médico-sociaux, reste un objectif majeur. En effet, les taux de vaccination contre la grippe des professionnels de santé des établissements de santé et médico-sociaux restent de façon préoccupante en deçà de 25 %. Dans son rapport public annuel de 2018 , la Cour soulignait les conséquences du défaut de vaccination et recommandait de revenir sur la suspension, décidée par un décret du 14 octobre 2006, de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels de santé. »

Page 151 : « La Cour formule les recommandations suivantes à l’attention des directions du ministère des solidarités et de la santé, de Santé Publique France et de la Caisse nationale d’assurance maladie : (…) revenir sur la suspension de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels de santé (recommandation réitérée). »

Page 154 : RÉPONSE DE LA MINISTRE DES SOLIDARITÉS ET DE LA SANTÉ

« (….) Enfin vous recommandez de revenir sur la suspension de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels. Ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le préciser, si je suis favorable à l’obligation vaccinale pour les jeunes enfants, je préfère faire confiance au sens de la responsabilité des professionnels de santé. C’est la raison pour laquelle, à l’occasion du lancement de la campagne d’information sur la vaccination contre la grippe j’ai signé, avec les sept ordres représentatifs des professions de santé une charte de promotion de la vaccination des professionnels de santé. Cette charte vise à encourager les professionnels de santé à se faire vacciner et réaffirme notamment ‘’ l’importance de la vaccination contre la grippe des professionnels de santé et de leurs collaborateurs’’.»

Il est peu probable que cette réponse soit de nature à satisfaire les magistrats de la rue Cambon.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème  « Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe » Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

 

Ehpad d’Orléans : on ne saura jamais si les deux soignants sont, ou non, morts de la grippe

Bonjour

Une certitude : ces deux soignants ne s’étaient pas fait vacciner contre la grippe. Une autre certitude : on ne saura jamais s’ils sont ou non morts d’une infection grippale. L’affaire de « l’Ehpad d’Orléans » restera comme une occasion manquée : celle de fournir la démonstration qu’un soignant non vacciné peut mourir de la grippe.

Rappelons les données disponibles. On apprenait il y a quelques jours qu’un patient de l’Ehpad Les Ombrages (La Chapelle-Saint-Mesmin, Loiret) était mort au centre hospitalier régional d’Orléans-La Source. Un décès liée à l’épidémie de grippe qui avait déjà causé la mort de cinq personnes en quelques jours. Parmi ces cinq personnes figuraient deux soignants, salariés d’un centre de soins voisin (CRF des Coteaux) décédés à leur domicile le 24 janvier. Un décès, précisaient les autorités sanitaires, « vraisemblablement » dû à un « syndrome grippal » ; syndrome pour lequel elles étaient en « arrêt maladie ».

Puis, dans un communiqué diffusé dans l’après-midi du 29 janvier, l’ARS Centre-Val de Loire apportait les précisions suivantes :

« Parmi les six décès, le virus de la grippe a été isolé chez un résident. Il s’agit d’un des virus circulants de l’épidémie actuelle de grippe saisonnière, faisant partie des virus inclus dans le vaccin cette année. Il ne s’agit en aucun cas de la grippe aviaire. 

«  La cause du décès ne sera pas formellement établie pour les deux personnes membres du personnel de l’établissement. Leurs décès sont vraisemblablement liés à cette épidémie. Ces personnes, qui n’étaient pas vaccinées, ont présenté des symptômes respiratoires ou pulmonaires, dans le contexte d’un foyer grippal confirmé au sein de l’établissement et de circulation active des virus grippaux dans la région. »

 Mais encore ? Contactée, l’ARS nous précise qu’elle ne donnera pas plus d’éléments concernant ces deux décès. A la fois parce qu’elle ne le peut pas mais aussi parce qu’elle ne dispose pas de plus d’informations quant à la cause de ces deux morts. On peut le dire autrement : aucun prélèvement biologique n’a été fait, en temps et en heure, qui permettrait de rattacher l’issue fatale à une infection grippale.

Etrangeté vs exemplarité

Pourquoi ? On ne le saura sans doute pas. Reste un « faisceau d’indices » et deux points d’interrogation. Et ce commentaire de l’un de nos fidèles lecteur (U. Ucelli) :

« Deux soignants (donc âgés de moins de 65 voire de moins de 60 ans) qui meurent à domicile avec des signes de syndrome grippal, c’est très mystérieux.  On s’attend à ce que les complications de la grippe amènenent à consulter et les malades non abandonnés par la famille ou la société, s’ils meurent meurent à l’hôpital en service réanimation éventuellement sous curculation extracorporelle.

« Habituellement avec la grippe si on en meurt c’est à l’hopital ou dans les 30 jours suivant la sortie, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5632265/ .. de pneumonie, de staphylococcies, autres surinfections, d’infarctus du myocarde, d’encephalite, myocardite, de défaillance multiviscérale, mais je ne pense pas que ça prenne soudainement les gens dans leur sommeil à la maison. Sauf erreur d’évaluation de la gravité par l’entourage ou le médecin. Mais là deux travailleurs d’un Ehpad quasi simultanément morts chez eux, ce peut être un hasard mais c’est étrange. »

Aujourd’hui, à Orléans,  l’ARS « rappelle que la vaccination des professionnels soignants n’est pas obligatoire mais qu’elle est recommandée, pour protéger leurs patients et se protéger eux-mêmes ». On peut aussi rappeler que  ce sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier 2017, par le Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé 1. L’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt.

Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B. Mais bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. » Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.  Puis, pendant cinq ans Marisol Touraine n’avait pas jugé bon d’abroger ce décret.

Quant à Agnès Buzyn, qui lui a succédé, elle enjoint régulièrement « les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire ». Sans les y contraindre. Et sans grand succès.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème  « Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe » Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

« Six morts de la grippe dont deux soignants » : la rumeur et le mystère d’Orléans

Bonjour

Pourquoi parler aux médias quand on ne sait pas ? Nous apprenions il y a trois jours, via La République du Centre qu’un patient de l’Ehpad Les Ombrages (80 places) était mort au centre hospitalier régional d’Orléans-La Source. Un décès, assurait-on, liée à l’épidémie de grippe qui avait déjà causé la mort de cinq personnes en quelques jours. Information confirmée par Edwige Rivoire, directrice générale de l’Ugecam Centre (qui gère les établissements de santé de l’Assurance Maladie dont cet Ehpad).

Le quotidien régional ajoutait « qu’au moins » deux salariés d’un centre de soins voisin de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret) étaient décédés à leur domicile le 24 janvier « vraisemblablement » à la suite d’« syndrome grippal ». De fait un communiqué de l’Agence régionale de santé Centre Val de Loire confirmait : « deux personnes salariées du CRF des Coteaux à la Chapelle-Saint-Mesmin sont décédées le 24 janvier 2019 à leur domicile. Elles étaient en arrêt maladie pour ‘syndrome grippal’».

Mourir d’un « syndrome grippal » ?

« On en est six décès : trois résidents dans le courant du mois de janvier, un quatrième résident dont on a eu connaissance le 26 janvier et deux cette semaine parmi le personnel soignant », expliquait encore un porte-parole de l’ARS. Les sexes et les âges des victimes n’étaient pas communiqués mais l’ARS précisait que les trois résidents décédés dans le courant du mois de janvier « avaient plus de 90 ans ». « Il y a une mesure de confinement. Personne ne sort de l’établissement sans qu’on ait bien pris en compte les traitements qui doivent être faits : distribution de masque, rappel des règles hygiéniques, message de prévention de la vaccination », ajoutait cette source.

Trois jours plus tard, flottement, tout est remis en question. La même ARS explique que sur les six décès, cinq demeurent en réalité « inexpliqués ». Elle indique ainsi qu’un seul cas « avéré » de grippe a été établi. Il s’agit de la femme 85 ans, décédée le 26 janvier au CHR d’Orléans. « On ne sait formellement pas si les trois autres décès [des résidents de plus de 90 ans] sont liés à la grippe » reconnaît l’ARS. La veille elle expliquait que pour les six décès « il y a des éléments qui font vraisemblablement penser à un syndrome grippal mais on est en attente des résultats d’examens ». Mourir d’un « syndrome grippal » ?

Le fils de l’octogénaire décédée au CHR, Benoît Desroche, a annoncé lundi à l’AFP son intention de porter plainte. « Elle n’était pas vaccinée. Elle l’avait été les années précédentes mais pas cette année. Elle était malade depuis trois semaines et elle n’a été hospitalisée que 48 heures avant son décès. Si son cas avait été pris à temps, peut-être qu’elle serait toujours-là aujourd’hui », a-t-il déclaré.  Concernant les deux agents du centre de soins également décédés, l’ARS précise simplement que « l’un d’eux n’était pas vacciné ». Et elle « ignore » si l’autre l’était.

Quand on ne sait pas, mieux vaut ne rien affirmer aux médias.

A demain

@jynau

PS. Dans un communiqué diffusé dans l’après-midi du 29 décembre l’ARS Centre-Val de Loire a souhaité apporter les informations suivantes (de manière complémentaire aux informations fournies dans la soirée du 28 janvier par le groupe UGECAM, gestionnaire de l’EHPAD et du Centre de rééducation fonctionnelle « le Côteau » à La Chapelle Saint-Mesmin):

« 1 Parmi les six décès, le virus de la grippe a été isolé chez un résident. Il s’agit d’undes virus circulants de l’épidémie actuelle de grippe saisonnière, faisant partie des virus inclus dans le vaccin cette année. Il ne s’agit en aucun cas de la grippe aviaire. 2 La cause du décès ne sera pas formellement établie pour les deux personnes membres du personnel de l’établissement. Leurs décès sont vraisemblablement liés à cette épidémie. Ces personnes, qui n’étaient pas vaccinées, ont présenté des symptômes respiratoires ou pulmonaires, dans le contexte d’un foyer grippal confirmé au sein de l’établissement et de circulation active des virus grippaux dans la région. 3 L’ARS rappelle que la vaccination des professionnels soignants n’est pas obligatoire mais qu’elle est recommandée, pour protéger leurs patients et se protéger eux-mêmes. C’est à ce titre que dans le cadre des relations contractuelles entre l’ARS et les établissements médicaux-sociaux et sanitaires, des objectifs sont fixés pour améliorer la couverture vaccinale. »