Confinement : la France gèle toutes les activités de procréation médicalement assistée

Bonjour

25/03/2020. Le monde se ferme sur lui-même. Hier encore on ne parlait que d’en élargir le périmètre « à toutes les femmes ». Aujourd’hui toutes les activités de PMA sont gelées pour une durée indéterminée –  comme l’indiquent, rendues publiques aujourd’hui,  les « Recommandations mises à jour concernant les activités d’assistance médicale à la procréation durant l’épidémie de SARS-CoV-2 » de l’Agence de la biomédecine ».

Dans le contexte actuel d’évolution de l’épidémie du virus SARS-CoV-2 responsable du Covid-19, cette Agence annonce une mise à jour de ses recommandations relatives aux activités d’assistance médicale à la procréation (AMP). Définies avec les sociétés savantes concernées 1 ces recommandations sont destinées à tous les patients concernés par une technique d’AMP, qu’ils soient ou non infectés par ce virus. 

Les données scientifiques ne permettent pas, à l’heure actuelle, de connaître l’impact du SARS-CoV-2 sur la grossesse au stade précoce. La Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie (ESHRE) préconise dans ce contexte une attitude de prudence. Du fait de la circulation très importante du SARS-CoV-2 sur le territoire national, majorant ainsi le risque de contamination lors des déplacements des patients, le ratio bénéfice-risque conduit à émettre les recommandations suivantes :

  1. Il est conseillé de reporter les activités cliniques et biologiques d’AMP, quelle que soit la technique (fécondation in vitro, transfert d’embryon congelé, insémination artificielle, don de gamètes, préservation de la fertilité non urgente).
  2. Il est préconisé, dans le contexte actuel, de ne pas regarder l’âge et la diminution de la réserve ovarienne comme une urgence imposant la réalisation d’un AMP, quand bien même ils constituent habituellement des conditions de prise en charge rapide.
  3. Pour la préservation de la fertilité urgente (pour raison oncologique) : Concernant la conservation d’ovocytes et de tissus germinaux, l’évaluation actuelle du ratio bénéfice/risque n’est pas en faveur de la poursuite de cette activité ; il est donc recommandé, sauf cas très particulier, de ne pas la conduire. Concernant la conservation des spermatozoïdes, le ratio bénéfice/risque, spécifique à chaque patient, établissement et contexte épidémiologique, peut conduire à renoncer à une prise en charge.

Le monde se ferme sur lui-même. D’une part on fait le décompte de ceux que l’on n’a pu sauver. De l’autre on programme la réduction du nombre des naissances désirées.

A demain @jynau

1 Recommandations établies en collaboration avec les sociétés professionnelles suivantes : Fédération nationale des biologistes des laboratoires d’étude de la fécondation et de la conservation de l’œuf (BLEFCO) ; Fédération nationale des centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Fédération des CECOS) ; Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF) ; Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM) ; Groupe d’étude pour le don d’ovocytes (GEDO) ; Groupe d’études sur la fécondation in vitro en France (GEFF) ; Groupe de recherche et d’études sur la cryoconservation ovarienne et testiculaire (GRECOT) ;Société de médecine de la reproduction (SMR).

Peut-on, humainement, laisser en «confinement» des personnes déjà emprisonnées?

Bonjour

20/03/2020. « Confiner au carré » ? Ou l’instauration, brutale et pour des raisons sanitaires, d’une forme de double, voire de triple peine. Dans une tribune publiée le 19 mars par Le Monde  un large collectif de chercheurs, magistrats et avocats (parmi lesquels Didier Sicard, professeur de médecine et ancien président du comité consultatif national d’éthique)  alertent le gouvernement sur la dangereuse situation carcérale qui prévaut durant l’épidémie de Covid-19. C’est, selon eux, une urgence : « Il y a urgence à agir pour diminuer la pression carcérale et permettre l’application, dans les maisons d’arrêt, des consignes élémentaires et impératives d’hygiène et de distanciation sociale. Pas demain. Pas la semaine prochaine. Aujourd’hui ».

Ces signataires ne sont pas les seuls. Dès le 17 mars la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, a saisi la ministre de la justice, Nicole Belloubet, afin qu’elle prenne des « mesures immédiates et concrètes » pour réduire drastiquement la population pénale. La sécurité « n’est plus garantie » pour les détenus incarcérés dans les prisons les plus surpeuplées, où la promiscuité et l’insalubrité les placent « en situation de risque sanitaire élevé », a insisté Mme Hazan.

« Il faut aujourd’hui permettre à un maximum de personnes de sortir immédiatement de ce vase clos », ont abondé, dans un communiqué commun, plusieurs organisations, dont l’Observatoire international des prisons (OIP), l’Association nationale des juges de l’application des peines (Anjap) ou le Syndicat de la magistrature (SM).

Le gouvernement a annoncé, mardi 17 mars, la « suspension des parloirs » pour les quelque 70 000 détenus en France. Cette mesure (qui soulève la question de l’apport de produits psychotropes) s’ajoute à l’arrêt des activités quotidiennes habituelles et conduit  immanquablement à l’exacerbation contagieuse des tensions – faisant redouter l’émergence rapide des situations violentes observées en Italie ù des mutineries ont fait plusieurs morts. Les inquiétudes sont particulièrement vives  dans les maisons d’arrêt, où la suroccupation frôle les 140 % et où les « cellules triplées sont légion ». 

« Faire entrer un carré dans un rond »

Consciente de ces risques et afin « d’apaiser le climat en détention »,  la garde des sceaux a annoncé jeudi des mesures compensatoires : la gratuité de la télévision, un crédit téléphonique de 40 euros par mois et une aide financière pour les plus démunis. La ministre a également demandé aux juridictions de « différer la mise à exécution des courtes peines d’emprisonnement », avec pour conséquence des entrées en prison quotidiennes moindres ces derniers jours : « une trentaine » contre « plus de 200 habituellement ».  « Nous allons prendre des mesures pour limiter les courtes peines et pour soulager la détention. C’est évident que ça ne concernera pas les détenus dangereux » a déclaré Nicole Belloubet.

« Ça va dans le bon sens, mais c’est largement insuffisant », a réagi Adeline Hazan auprès de l’AFP. L’heure est grave. Il faut assurer l’encellulement individuel, principe posé dans la loi depuis 1875 ». Pour qu’il devienne réalité, « la garde des sceaux doit multiplier les grâces individuelles ou prendre une loi d’amnistie », a exhorté la CGLPL, comme l’ont aussi fait l’OIP et le SM. Selon les syndicats et associations signataires de la tribune, pour réduire « significativement le nombre de personnes incarcérées en exécution de courtes peines ou qui se trouvent en fin de peine », le « recours massif à la grâce individuelle », après « analyse attentive de chaque situation », est le moyen juridique le « plus efficace, rapide et adapté à cette urgence sanitaire ».

« Le seul vecteur de contamination dans les prisons aujourd’hui, depuis l’arrêt des visites des familles et des intervenants extérieurs, c’est le personnel, explique au Monde (Jean-Baptiste Jacquin)un bon connaisseur de l’administration pénitentiaire. « Or, sans masques pour les surveillants, c’est intenable. » Or la chancellerie n’évoque qu’un stock à venir de 100 000 masques. L’administration redoute désormais des mouvements de panique, avec des détenus qui voudront se protéger …des surveillants.

Dans une autre tribune publiée par Le Monde,  les avocats secrétaires de la Conférence des avocats du barreau de Paris écrivent : « Comment créer une « distanciation sociale » dans l’univers carcéral ? On ne doute ni des efforts ni de l’inventivité du personnel pénitentiaire. Mais il faut se rendre à l’évidence : au regard de la surpopulation carcérale, de la chimère qu’est devenu l’encellulement individuel et de ce qu’est intrinsèquement un lieu de détention, créer une distanciation en prison revient à faire entrer un carré dans un rond. »

A demain @jynau

Covid-19 : qui peut sérieusement dire, aujourd’hui, combien de Français seront infectés ?

Bonjour

15/03/2020. Sur les ondes et les écrans les chiffres se multiplient à l’infini. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education vient d’annoncer sur franceinfo que l’épidémie pourrait toucher un Français sur deux.  « Comme vous le savez, depuis le début, la stratégie ce n’est pas d’empêcher que le virus passe – on sait qu’il passera probablement par plus de la moitié d’entre nous – mais c’est de faire en sorte qu’il passe de la manière la plus étalée possible dans le temps, a -t-il expliqué. On considère, et là je ne fais que répéter ce que disent les scientifiques, que 50 à 70% de la population in fine finit par être contaminée par le virus, et c’est d’ailleurs ça qui met fin au virus puisque ça crée une forme d’immunité majoritaire, et donc le virus s’éteint de lui-même. »

Une fois de plus un responsable politique « répète ce que disent les scientifiques ». Pour l’heure les seuls chiffres certains sont ceux distillés chaque soir par le Pr Jérôme Salomon, Directeur général de la santé. Avec douze décès et 839 cas confirmés supplémentaires en vingt-quatre heures, la France compte désormais 4 500 cas confirmés de contamination, dont 91 mortels, a-t-il fait savoir au moment où la France passait au ‘’stade 3’’. Plus de 300 patients sont dans un état grave et se trouvent en réanimation, 50 % d’entre eux étant âgés de moins de 60 ans. « Nous avons un doublement du nombre de cas en 72 heures », a-t-il souligné ce qui donne une idée de la rapidité avec laquelle le virus se propage en France.

Des chiffres ou une métaphore. « Chef du service d’infectiologie à la Pitié-Salpétrière à Paris, le Pr Eric Caumes, également formé à l’épidémiologie, promène ces jours-ci son « pessimisme lucide » sur les plateaux télévisés, observe Le Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret). Ce clinicien de 63 ans voit son service se remplir de patients atteints par le coronavirus. « J’espère me tromper, mais je pense qu’une crise sanitaire majeure s’annonce », déclare le spécialiste, qui ajoute : « Nous sommes trop égoïstes. Nous refusons de comprendre qu’en s’isolant on protège aussi les autres.La vague arrive, ça va être un tsunami si on ne casse pas l’épidémie au plus vite.»

Simulations alarmantes

Et puis ces nouvelles données publiées aujourd’hui, en exclusivité, par Le Monde (Chloé Hecketsweiler) : « Coronavirus : les simulations alarmantes des épidémiologistes pour la France ». Le quotidien vespéral de la capitale explique « avoir pris connaissance d’estimations sur l’impact du virus, effectuées par les scientifiques qui conseillent l’Elysée ». « Cette projection, ajoute-t-il, évalue le scénario le plus sombre, avec les hypothèses de mortalité les plus élevées et en l’absence de mesures radicales de prévention. » Extrait :

« Le Covid-19 sera-t-il au XXIe siècle ce que la grippe espagnole a été au XXe siècle ? C’est en tout cas le scénario le plus alarmiste sur lequel a travaillé le conseil scientifique, ce groupe de dix experts mis en place mercredi 11 mars à la demande du président de la République « pour éclairer la décision publique ». Selon ces modélisations confidentielles, dont Le Monde a eu connaissance, l’épidémie de Covid-19 pourrait provoquer en France, en l’absence de toute mesure de prévention ou d’endiguement, jusqu’à 300 000 à 500 000 morts. Précision extrêmement importante : ce scénario a été calculé en retenant les hypothèses de transmissibilité et de mortalité probables les plus élevées, et ce en l’absence des mesures radicales de prévention et d’éloignement social qui viennent d’être prises. Dans ce cas de figure, entre 30 000 et 100 000 lits de soins intensifs seraient nécessaires pour accueillir les patients au pic de l’épidémie.

« Cette modélisation a été réalisée par l’épidémiologiste Neil Ferguson, de l’Imperial College à Londres. Son équipe a été sollicitée par plusieurs gouvernements européens pour établir différents scénarios de progression de l’épidémie. Elle s’appuie sur l’analyse de différentes pandémies grippales, et l’évaluation de différentes interventions possibles pour endiguer la propagation d’un virus, comme la fermeture des écoles, la mise en quarantaine des personnes infectées, ou encore la fermeture des frontières. »

Résister à la contagion virale de la peur

Le quotidien révèle encore que les résultats pour la France ont été présentés jeudi 12 mars à l’Elysée. Et ce quelques heures seulement avant que le président ne prenne solennellement la parole devant les Français pour expliquer « l’urgence » de la situation. « Il existe des incertitudes quant aux hypothèses retenues et au comportement du virus – pourcentage d’asymptomatiques, transmissibilité, impact des mesures de quarantaine – mais ‘’même en divisant par 2, 3 ou 4, c’est une situation très sérieuse’’, insiste Simon Cauchemez, l’épidémiologiste de l’Institut Pasteur qui a présenté ces modélisations. ‘’S’il y a une situation où je serais heureux que les modèles se trompent c’est celle-là’’, ajoute le scientifique. » Et ce sont ces données qui auraient été en toile de fond du discours d’Edouard Philippe annonçant le passage au « stade 3 » – deuxième temps d’une politique amorcée l’avant-veille par le président de la République

« Avec des mesures fortes comme celle qui ont été prises samedi et une très forte implication de la population, on peut potentiellement éteindre la première vague », explique Simon Cauchemez. « Mais dans la mesure où il n’y aura pas suffisamment d’immunité, qui ne peut être conférée que par la vaccination ou par une infection naturelle, il peut y avoir une seconde vague, et la question des mesures à prendre se reposera, poursuit-il. C’est toute la difficulté de cette stratégie, qui n’avait jusqu’à présent jamais été envisagée pour un virus circulant de façon globalisée, en raison de son coût économique et social. »

D’autres épidémiologistes aguerris incitent à la plus grande prudence. « Je pense que c’est une erreur majeure de prédire au-delà d’une semaine dans une situation où l’on vit une courbe exponentielle de croissance des cas comme actuellement, nous explique ainsi depuis l’Université de Genève le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de Santé Globale. Toutes les prédictions au-delà de trois semaines dans le passé se sont lourdement trompées (grippe H1N1 2009, Ebola 2015, Zika,…). »

Résister à la contagion virale de la peur. Faire confiance à la médecine et à la science.

A demain @jynau

Elections municipales et «stade 3» : comment comprendre cette injonction paradoxale ?

Bonjour

15/03/2020. La question n’est plus de savoir si les élections municipales auront lieu. Elle est de savoir s’il aurait fallu les annuler. Et c’est une question qui sera longtemps posée. Nous y reviendrons. Il faudra notamment reprendre la liste des alertes lancées par différents spécialistes expliquant que le principe de « distanciation » et le concept de « réduction des risques » imposait de reporter ces élections. A fortiori quand on décidait le passage au « stade 3 ». Ce fut notamment le sens des propos tenus ces derniers jours par plusieurs spécialistes dont le Pr Antoine Flahault directeur de l’Institut de Santé Globale, Faculté de Médecine, Université de Genève).

« Le passage au stade 3 est une application d’une des mesures importantes de distanciation sociale, qui vise à éloigner les gens infectés des gens non encore infectés, nous explique-t-il. On sait que cette mesure fonctionne lorsqu’elle est appliquée tôt dans le processus épidémique et suffisamment longtemps durant l’épidémie. Tous ces critères sont remplis. La seule exception qui n’est pas cohérente avec cette ambition gouvernementale c’est la tenue au premier et au second tour des élections municipales en France. D’ores et déjà, comme pour prendre date, un groupe de médecins spécialisés vient d’adresser une lettre ouverte (Le Figaro) au président de la République 1.

« Je soutiens totalement leur démarche, commente aujourd’hui le Pr Flahault. Tout le pays aurait compris et avait sans doute attendu un tel report. Quel était le problème de laisser les équipes municipales  en place trois mois de plus et d’organiser ces élections fin juin ou début septembre ? On voit à la télévision à 20h un Premier ministre grave qui reproche à ses compatriotes d’avoir trop profité de l’espace public un beau samedi de mars dans les rues de la capitale et, en leur annonçant que ce ne sera plus possible des le même soir à minuit, il leur demande de bien vouloir sortir le lendemain pour aller voter en masse dans les bureaux de vote ? Ces bureaux de vote étant situés, pour la plupart, dans des écoles qu’il ferme par ailleurs dès lundi matin ! On est en plein dans l’injonction paradoxale au plus haut sommet de l’Etat. »

Des appels au boycott des élections sont lancés ici ou là… Les spécialistes annoncent des taux d’abstention historiques… Qu’en sera-t-il de la situation épidémique au moment du second tour des élections ? On mesure mal, à ce stade, la somme des conséquences à venir d’une telle décision. Il faudra, aussi, pour mieux comprendre, décrypter au mieux l’articulation qui existe, aujourd’hui, entre « l’analyse scientifique » du risque épidémique et la « gestion politique » de ce même risque. Comprendre la constitution, la composition et le mode de fonctionnement de l’actuel « Conseil scientifique » qui, selon l’exécutif est à l’origine de sa décision de maintenir les élections municipales.

A demain @jynau

1 «Monsieur le président de la République,

Nous avons bien compris les enjeux juridiques, mais au vu de la situation exceptionnelle, il nous semble indispensable de repousser les élections dans une démarche de protection de la santé et de la vie de chacun de nos concitoyens. Confronté à une pandémie exceptionnelle, dont la diffusion et la gravité ont surpris le monde entier, vous avez proposé des mesures de protection essentielles pour la maîtrise du phénomène COVID-19.

Actuellement, nos structures de santé sont en tension maximale, alors que l’épidémie n’en est qu’à son début. Dans ce contexte, la mise en place le jour des élections des mesures barrières de prévention de la transmission du SARS-CoV-2, nous semble utopique et génératrice d’effets collatéraux.

En effet :- Le contrôle des distances entre les personnes est complexe à mettre en œuvre, que ce soit dans un bureau de vote ou à l’extérieur. Les élections sont un moment de convivialité, potentiellement génératrices de regroupements.

– L’observance de l’hygiène des mains par les votants et membres du bureau de vote, paraît illusoire. Le port de masque en population générale est inutile, excepté pour les personnes présentant des signes d’infections respiratoires, lorsqu’elles sont en contact avec d’autres personnes.

– La désinfection systématique des surfaces, bien que secondaire dans le mode de transmission du virus, est impossible.

Les modes de contamination ne sont pas encore bien compris. Les données actuelles de la science décrivent une capacité du SARS-CoV-2 à se diffuser par l’intermédiaire de personnes porteuses ne présentant pas ou peu de symptômes. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles vous avez pris les décisions aussi cruciales que la limitation des regroupements et la fermeture des écoles et universités.

Le maintien des élections est un mauvais signal pour la population par rapport à la sévérité de cette pandémie, seuls les pays ayant pris des mesures importantes de confinement ont limité ce fléau.

Par ailleurs, les personnes âgées de plus de 60 ans présentent un risque majeur de formes sévères de la maladie. Il convient donc de ne pas les exposer au risque COVID-19, qu’ils soient votants ou membres du bureau de vote, en toute cohérence avec les autres décisions que vous avez prises pour cette tranche de la population.

Monsieur le président de la République, dans ce contexte, il nous semble indispensable de repousser les élections dans une démarche de protection de la santé de chacun de nos concitoyens. Ne pas le faire reviendrait à exposer davantage les Français à ce danger. Nous ne sommes en effet qu’au début de cette épidémie. Dès à présent, la prise de décisions fortes et cohérentes doit nous permettre de ralentir la dynamique épidémique et de maintenir les capacités et performances du système de santé français à soigner les malades, tout en préservant la sécurité des professionnels (…)

Olivier MARES, Docteur en chirurgie, Nîmes., Marion FAGES, Docteur en Médecine de santé publique, APHP Sorbonne Université, Paris. Laure ROUX, Docteur en pharmacie, PH d’hygiène hospitalière CHU Nîmes. Stéphanie GIBERT, Docteur en Anesthésie réanimation, Groupe hospitalier Saint Vincent, Strasbourg. Florent LAVERDURE, Docteur en Réanimation, Hôpital Marie Lannelongue, Paris. Catherine PILORGE, Docteur en Réanimation, Hôpital Marie Lannelongue, Paris. Christian BENGLER, Docteur en Réanimation, Responsable de la cellule qualité CHU Nîmes. Gabriel BIRGAND, Docteur en Pharmacie, Responsable du centre de prévention des infections associées aux soins des Pays de la Loire, Nantes. Arnaud DUPEYRON, Professeur de Médecine, Nîmes. Pierre Luc MAERTEN, Docteur en médecine d’urgence, Chef de service du SAMU du CH d’Arras. Emilie GALANO, Docteur en Médecine, Rééducateur, Nîmes. Priscilla AMARU, Docteur en Réanimation, Hôpital Marie Lannelongue, Paris. Frédéric PELLAS, Docteur en Médecine, Rééducateur, Nîmes. Jean Yves LEFRANC, Docteur en Réanimation, Nîmes. Thibault GENTIL, Docteur en Réanimation, Groupe hospitalier Saint Vincent, Strasbourg. Marine VERGES, Docteur en cardiologie, Montpellier. Éléonore EBERST, Docteur en dermatologie, Montpellier

Coronavirus: peut-on officiellement innocenter les animaux domestiques et les aliments ?

Bonjour

11/03/2020. On l’attendait. Interrogée sur la transmission potentielle de la maladie Covid-19 par l’intermédiaire d’animaux domestiques ou d’aliments contaminés, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient, en France, de fournir sa réponse ; un rapport de 23 pages rédigé après avoir réuni en urgence un groupe de sept experts spécialisés 1. Conclusion :

« Sur la base de leur rapport, l’Anses conclut qu’à la lumière des connaissances scientifiques disponibles, il n’existe aucune preuve que les animaux de compagnie et d’élevage jouent un rôle dans la propagation du virus SARS-CoV-2 à l’origine de cette maladie. En conséquence, une éventuelle transmission par un aliment implique nécessairement la contamination de cet aliment par un malade ou une personne infectée par le virus, lors de sa manipulation ou de la préparation du repas. 

« Dans ce contexte, tout type d’aliment peut être concerné (produits animaux, produits végétaux). Par ailleurs, si aucun élément ne laisse penser que la consommation d’aliments contaminés puisse conduire à une infection par voie digestive, la possibilité d’infection des voies respiratoires lors de la mastication ne peut être totalement exclue. L’Agence rappelle que la cuisson et les bonnes pratiques d’hygiène, lors de la manipulation et la préparation des denrées alimentaires, préviennent efficacement la contamination des aliments par le virus SARS-CoV-2. »

Que dire, depuis son émergence en décembre 2019 en Chine, des connaissances acquises sur le coronavirus SARS CoV-2, responsable de la maladie Covid-19 ? Que la voie principale de transmission du virus est interhumaine, par contact entre les personnes ou à travers l’inhalation de gouttelettes infectieuses émises par les patients lors d’éternuements ou de toux. Et puis on lit ceci, surligné par l’Agence :

« Néanmoins, comme la structure génétique du virus indique une source originelle animale probable, l’Anses a été interrogée et a ainsi mobilisé un groupe d’expertise collective d’urgence sur le rôle potentiel des animaux domestiques et des aliments dans la transmission du virus.

Concernant une éventuelle transmission du virus par des animaux d’élevage et des animaux domestiques, les conclusions du groupe d’experts indiquent que :

  • Par sa structure génétique, le virus SARS-CoV-2 semble effectivement avoir pour source initiale un animal. Il provient probablement d’une espèce de chauve-souris avec ou sans intervention d’un hôte intermédiaire. Cependant, dans le contexte actuel et au vu des informations disponibles publiées, le passage du SARS-CoV-2 de l’être humain vers une autre espèce animale semble actuellement peu probable.
  • Le virus SARS-CoV-2 se lie à un récepteur cellulaire spécifique, qui constitue sa porte d’entrée dans les cellules. Même si ce récepteur est identifié chez des espèces animales domestiques et semble capable d’interagir avec le virus humain, et que les études à ce sujet doivent être approfondies, les experts rappellent que la présence du récepteur n’est pas une condition suffisante pour permettre l’infection de ces animaux. En effet, le virus n’utilise pas seulement le récepteur mais aussi d’autres éléments de la cellule qui lui permettent de se répliquer.
  • Si le génome du virus a été détecté dans les cavités nasales et orales d’un chien au contact d’un patient infecté à Hong Kong, la détection du génome n’est pas une preuve suffisante pour conclure à une infection de l’animal. Une contamination passive n’est pas à exclure, notamment du fait de la survie possible du virus sur une muqueuse humide sans nécessairement s’y répliquer. Au vu de ces éléments, les experts soulignent la nécessité d’investiguer de façon plus approfondie ce cas en réalisant des analyses supplémentaires, et de poursuivre la communication des résultats au fur et à mesure de leur réalisation.

Et ceci, au chapitre de la transmission potentielle du virus via les aliments :

La contamination d’un animal étant peu probable, la possibilité de transmission directe du virus par un aliment issu d’un animal contaminé a été exclue par les experts. Seule l’hypothèse de la contamination de l’aliment par un humain malade, ou porteur asymptomatique du virus SARS-CoV-2, a été investiguée. La contamination pourrait avoir lieu par le bais de gouttelettes respiratoires issues d’un patient contaminé. Toutefois la question de la voie féco-orale se pose, des particules virales ayant été détectées dans les selles de certains patients.

Le groupe d’experts conclut que :

  • Dans l’état des connaissances à ce jour, la transmission du virus SARS-CoV-2 par voie digestive directe est écartée. Toutefois, la possibilité d’infection des voies respiratoires lors de la mastication ne peut être totalement exclue.
  • Par analogie avec d’autres coronavirus connus, ce virus est sensible aux températures de cuisson. Ainsi, un traitement thermique à 63°C pendant 4 min (température utilisée en liaison chaude en restauration collective) permet de diviser par 10 000 la contamination d’un produit alimentaire.
  • Une personne infectée peut contaminer les aliments en les préparant ou en les manipulant avec des mains souillées, ou en les exposant à des gouttelettes infectieuses lors de toux et d’éternuements. Appliquées correctement, les bonnes pratiques d’hygiène sont une manière efficace de prévenir la contamination des denrées alimentaires par le virus SARS-CoV-2.

Ces conclusions, rédigées en urgence, seront régulièrement actualisées.

A demain @jynau

1 Présidente du groupe – Mme Sophie LE PODER – Professeur, Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort – virologie, immunologie, vaccinologie
Membres
M. Paul BROWN – Responsable de la recherche sur les métapneumovirus et les coronavirus aviaires, Anses Ploufragan – Virologie, métapneumovirus et coronavirus aviaires
M. Meriadeg LEGOUIL – Assistant Hospitalier Universitaire, CHU de Caen-Virologie -Ecologie et évolution des micro-organismes, virus zoonotiques et émergeants circulant chez les chauves-souris.
Mme Sandra MARTIN-LATIL – Chargée de projets scientifiques, Laboratoire de sécurité des aliments, Anses Maisons-Alfort – Virologie alimentaire, culture cellulaire, outils de diagnostic et de détection, hygiène des aliments
Mme Elodie MONCHATRE-LEROY– Directrice du Laboratoire de la rage et de la faune sauvage, Anses Nancy – Virologie, épidémiologie, évaluation de risques, faune sauvage.
Mme Nicole PAVIO – Directrice de recherche – Laboratoire de santé animale, Anses Maisons-Alfort – Virologie alimentaire, culture cellulaire, outils de diagnostic et de détection, hygiène des aliments
Mme Astrid VABRET – Professeur des Universités – Praticien Hospitalier, CHU de Caen – Médecine humaine, virologie, zoonoses.

Coronavirus: le Journal du Dimanche en fait-il beaucoup trop, avec Roselyne Bachelot?

Bonjour

08/03/2020. « Coronavirus. En fait-on vraiment trop ? » titre Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) montrant, en Une, un Emmanuel Macron éternuant. Sept pages. Avec deux happy few, une ancien infectiologue hospitalier, une ancienne femme politique, ancienne ministre devenue humoriste. On connaît l’antienne. En faire définivement « trop » (comme lors de la pandémie grippale A-H1N1) ? En faire, et de beaucoup, « pas assez » (comme dans les « affaires du sang contaminé ») ? Depuis près d’un demi-siècle on observe, en France, les difficultés récurrentes du pouvoir exécutif pour répondre aux crises sanitaires auxquelles il est régulièrement confronté. Avec toutes les conséquences en chaîne qui, travail médiatique aidant, compliquent son travail quand on pourrait l’imaginer simplifié.

Page 3 du JDD, le Pr François Bricaire, ancien chef du prestigieux service d’infectiologie de La Pitié-Salpêtrière, à la suite du charismatique Pr Marc Gentillini. Que dit-il ? En substance que l’on en « fait beaucoup », que trop en faire peut se révéler contre-productif, mais que tout cela peut, aussi se comprendre quand « on n’a pas le choix » (sic). Il ajoute qu’il « peut se tromper » mais qu’il lui semble que le nouveau coronavirus « est plutôt bénin »; qu’il connaît bien son confrère Jérôme Salomon, qu’il le « respecte beaucoup », mais que ce dernier (aujourd’hui Directeur général de la santé) « prend des mesures qui doivent être au-delà de ce qu’il pense raisonnable ». Mais, ajoute-t-il, il « réagit en politique ». Où l’on comprend que le pouvoir politique, aujourd’hui est au-delà du raisonnable. Voilà une bonne question à poser au Pr Jérôme Salomon lors de l’une de ses conférences de presse quotidienne.

Page 5 du JDD, Roselyne Bachelot, pharmacienne, gaulliste, ancienne ministre de la Santé, aujourd’hui « éditorialiste » sur LCI et humoriste aux « Grosses Têtes » (RTL). Elle accuse (sans les nommer, à l’exception de Marine Le Pen) les « coronologues à deux soux » qui « parlent de ce qu’ils ne connaissent pas ». Elle décerne sa palme à Olivier Véran. Elles revient sur les accusations, nombreuses, qui la visèrent lors de sa gestion de la crise A(H1N1). C’était il y a onze ans. Nicolas Sarkozy était président de la République et François Fillon Premier ministre. Depuis cette ancienne ministre a, bien tristement, choisi de devenir humoriste. Est-elle encore crédible ?

A demain @jynau

Coronavirus : «un agent de la RATP travaillant sur la ligne 6 du métro a été contaminée»

Bonjour

05/03/2020. C’est une « Info RTL », (Arnaud Tousch) diffusée à l’aube. Une information qui dit beaucoup des temps anxiogènes que nous traversons. La voici :

« Un agent de la RATP, une femme travaillant sur la ligne 6 du métro, [Etoile-Nation] a été testé positif au coronavirus. Elle est actuellement hospitalisée. Il s’agit d’une femme qui travaille dans une station de la ligne 6 du métro parisien, une ligne qui traverse Paris d’est en ouest et passe par des lieux touristiques. Sa contamination au coronavirus aurait eu lieu à l’occasion d’un séjour privé pendant ses congés, la semaine avant son retour au travail. » 

RTL précise que cette contamination au coronavirus aurait eu lieu à l’occasion d’un séjour privé pendant ses congés, la semaine avant son retour au travail. Cette femme est actuellement hospitalisée mais, selon la RATP, elle va mieux. La situation est prise très au sérieux par la médecine du travail et l’Agence régionale de santé, qui va émettre des recommandations. Selon un document interne que RTL a pu consulter, l’entreprise a recueilli la liste des agents qu’elle a côtoyés du 26 au 28 février. A-t-elle été en contact avec le public ? La RATP ne donne pas cette information pour le moment. 

« L’encadrement de la ligne 6 prend actuellement toutes les mesures utiles pour informer tous les agents qui auraient été en contact avec elle. Une information est en cours également dans l’environnement de travail de cette salariée et les partenaires sociaux ont été prévenus ce matin. »

A demain @jynau