L’OMS dénonce les dangers et les effets pervers des futurs «passeports immunitaires »

Bonjour

25/04/2020. C’est un rebondissement qui va amplement compliquer la tâche des autorités sanitaires. L’OMS  estime que la délivrance de futurs « passeports immunitaires » aurait comme possible effet de favoriser la propagation de la pandémie. L’OMS le dit autrement : « Il n’y a actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont remises du Covid-19 et qui ont des anticorps soient prémunies contre une seconde infection », a indiqué l’Organisation mondiale de la santé dans une brève communication. A la date du 24 avril 2020, aucune étude n’a évalué si la présence d’anticorps au SARS-CoV-2 confère une immunité contre une future infection par ce virus chez les humains. »

« La plupart des études montrent que les personnes qui ont guéri [du Covid-19] ont développé des anticorps », écrit l’OMS. « Mais certaines de ces personnes ont des niveaux très faibles d’anticorps dans le sang. (…) Aucune étude n’a permis d’établir si la présence d’anticorps est suffisante pour empêcher une nouvelle infection. »En d’autres termes il n’existe pas selon l’OMS de preuve que les personnes testées positives au nouveau coronavirus soient immunisées et protégées contre une réinfection 1.

C’est là un sujet d’une importance considérable, autant sanitaire que politique, économique et diplomatique. « On peut notamment observer que si le fait d’avoir été infecté (puisque immunisé) devenait un avantage, alors les politiques ultérieures d’éducation à la prévention contre l’épidémie deviendraient encore plus compliquées à mettre en œuvre et à maintenir..) observe, fort justement le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève).

On sait que certaines autorités sanitaires nationales (en France notamment) ou municipales (comme Anne Hidalgo à Paris) ont d’ores et déjà émis l’idée de délivrer des documents (« passeports » ou «crtificats ») attestant l’immunité des personnes – et ce sur la base de tests sérologiques révélant la présence d’anticorps dans le sang – une procédure qui permettrait de déconfiner plus sûrement -et de permettre peu à peu leur retour au travail et la reprise de l’activité économique.

L’étrange métaphore du passeport

C’était parier sur le caractère « protecteur » de ces anticorps, seul garant de la valeur de ce passeport. C’était ne pas compter sur la mise en garde officielle de l’OMS : « Les personnes qui pensent être immunisées contre une seconde infection parce qu’elles ont été testées positives pourraient ignorer les recommandations de santé publique. Le recours à ce genre de certificats pourrait en conséquence augmenter les risques que la transmission continue », insiste-t-elle.

Plus précisément l’OMS estime par ailleurs que les tests sérologiques actuellement utilisés « ont besoin d’une validation supplémentaire pour déterminer leur exactitude et leur fiabilité ». Ils devront notamment faire la distinction entre la réponse immunitaire au nouveau coronavirus et celles vis-à-vis des anticorps produits à l’occasion d’une infection par un autre des six coronavirus humains connus, dont quatre sont largement répandus, provoquant des rhumes bénins. Or, souligne l’OMS, « les personnes infectées par l’un ou l’autre de ces virus sont susceptibles de produire des anticorps qui interagissent avec des anticorps produits en réponse à l’infection provoquée par le SARS-CoV-2 », et il est donc impératif de pouvoir les identifier.

Où l’on retrouve l’étrange métaphore du passeport 2. Le 12 mars, dans son « Adresse aux Français » Emmanuel Macron, appelant à « éviter l’écueil du repli nationaliste », avait déclaré :  « Ce virus n’a pas de passeport ». On apprend aujourd’hui qu’il sera plus compliqué qu’imaginé de s’en procurer un contre lui.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : « Quelle immunité après une infection par le SARS-CoV-2 ? » Inserm. Texte préparé avec la collaboration de Marie-Paule Kieny, directrice de recherche Inserm et membre du Comité analyse recherche et expertise (Care). 

2 « Passeport » :  a) Document autrefois exigé pour quitter le canton de son domicile (décret du 18 décembre 1807) et dont la suppression résulte d’un projet de loi du 5 septembre 1931. b) Pièce d’identité délivrée par un État à ses ressortissants et exigible au passage des frontières.

Emmanuel Macron : « Je suis passionné par ce que dit et explique le Pr Didier Raoult »

Bonjour

15/04/2020. Où l’on revient sur un sujet sans précédent – un sujet avec lequel nous sommes loin d’en avoir terminé. Ce retour s’impose avec les propos-confidences d’Emmanuel Macron sur le Pr Didier Raoult – on les trouvera dans un long entretien diffusé le 15 avril sur Radio France internationale (Christophe Boisbouvier). On se souvient de la visite marseillaise hautement médiatisée du président de la République au promoteur controversé de l’hydroxychloroquine dans le traitement en bi-thérapie du Covid-19. RFI attaque sur ce sujet. Réponse présidentielle :

« Moi, je ne suis pas médecin. Je ne suis pas spécialiste des maladies infectieuses comme le Pr Raoult, pour qui j’ai beaucoup de respect et que je suis en effet allé voir, pour comprendre et m’assurer que ce qu’il proposait était bien testé dans le cadre des essais cliniques.

« J’attire l’attention de nos auditeurs : nous n’avons aujourd’hui aucun traitement reconnu. Moi, mon rôle, et ce que j’ai fait en me rendant chez le Pr Raoult, c’est de m’assurer que ce sur quoi il travaille, et c’est vraiment une de nos plus grandes sommités en la matière, rentrait bien dans le cadre d’un protocole d’essai clinique, qu’on pouvait aller vite pour s’assurer, en tout cas regarder, avec des méthodes qui doivent être simples mais rigoureuses, si ça marchait ou ne marchait pas. Aujourd’hui, partout dans le monde, il y a des essais cliniques qui sont lancés.

« Le Pr Raoult nous invite à être humble »

« La France est le pays européen qui en a le plus lancé. La combinaison hydroxychloroquine-azithromycine, parce qu’il n’y a pas que l’hydroxychloroquine qui est proposée, c’est une bithérapie que propose le Pr Raoult, il faut qu’elle soit testée. Lui l’utilise et a son propre protocole. Il y a un protocole qui a été autorisé par les autorités compétentes à Montpellier. Et il faut qu’on avance, qu’on montre l’efficacité et qu’on mesure la toxicité.

« Je dis ça parce qu’il faut être très prudent. Le président de la République française n’est pas là pour dire « tel traitement est le bon ou n’est pas le bon ». Mon devoir, c’est que toutes les pistes thérapeutiques poursuivies aujourd’hui puissent faire l’objet d’essais cliniques rigoureux, et les plus rapides possibles, pour qu’on trouve un traitement. »

Et RFI de relancer : « Donc en trois heures de présence auprès de lui, vous n’êtes pas sorti entièrement convaincu ? ». « Ce n’est pas une question de croyance ! C’est une question de scientifiques, répond Emmanuel Macron. Je suis convaincu que c’est un grand scientifique, et je suis passionné par ce qu’il dit, et ce qu’il explique. En effet, il nous invite à être humbles, parce que lui-même dit que les choses peuvent varier selon les saisons et les géographies, et qu’un virus réagit selon les écosystèmes. Donc peut-être qu’il y a ça en Afrique. Je dis juste qu’on doit s’assurer que partout, les essais soient faits, donc il faut que l’on reste collectivement très rigoureux. »

On peut résumer : une invitation à l’humilité doublée de l’exhortation à la rigueur collective. Comment ne pas suivre un si beau chemin ?

A demain @jynau

Emmanuel Macron : l’immunité collective, l’éthique et les tests sérologiques de dépistage

Bonjour

14/04/2020. Ainsi donc le président de la République a parlé (« Adresse aux Français, 13 avril 2020 »). Et la France a désormais les yeux rivés sur le « lundi 11 mai ». Un 11 mai qui, en d’autres temps, n’aurait été que le premier jour des « Saints de glace ». Emmanuel Macron a parlé, esquissé un mea culpa de l’exécutif, fait acte de contrition, annoncé qu’il faudrait se réinventer, lui le premier. Il a aussi, fort heureusement dessiné l’amorce de nouvelles perspectives, esquissé l’avenir collectif. Et il a parlé des « tests » (de dépistage), un sujet scientifique et politique devenu capital :

« (…) Nous aurons à partir du 11 mai une organisation nouvelle pour réussir cette étape. L’utilisation la plus large possible des tests et la détection est une arme privilégiée pour sortir au bon moment du confinement. 

«D’ici là et dans les prochaines semaines, nous allons continuer d’augmenter le nombre de tests faits chaque jour. C’est ce qui, depuis 15 jours, est fait. Durant les semaines à venir, j’ai demandé que ces tests, soient d’abord pratiqués sur nos aînés, nos soignants et les plus fragiles. Et que nous puissions continuer de mobiliser partout tous les moyens de faire des tests, c’est-à-dire tous les laboratoires publics et tous les laboratoires privés. 

«Le 11 mai, nous serons en capacité de tester toute personne présentant des symptômes. Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, cela n’aurait aucun sens. Mais toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée. Les personnes ayant le virus pourront ainsi être mises en quarantaine, prises en charge et suivies par un médecin.(…) »  

Les clefs du déconfinement

Mais chacun sait, ou pressent, que ces « tests » ne sont pas la clef ouvrant les portes vers le déconfinement. Seuls compteront, en pratique épidémiologique et politique, les « tests sérologiques » – ceux permettant de réaliser le diagnostic indirect d’une infection à Covid-19. Ceux offrant, enfin, la possibilité d’évaluer le niveau de notre « immunité collective » et d’entrevoir, ou pas, de nouvelles perspectives libératrices. Emmanuel Macron :

«  Aujourd’hui, d’après les premières données qui seront prochainement affinées par ce qu’on appelle les tests sérologiques, une très faible minorité de Français ont contracté le Covid-19. Ce qui veut dire que nous sommes loin de ce que les spécialistes appellent l’immunité collective, c’est-à-dire ce moment où le virus arrête de lui-même sa circulation parce que suffisamment d’entre nous l’avons eu. (…) »

Soyons un peu plus technique, puisque le politique y est, ici, rivé. Les tests disponibles permettent de détecter dans le sérum la présence d’anticorps de classes IgM et IgG spécifiques du Sars-CoV-2. Ils utilisent la méthode ELISA (enzyme linked immunosorbent assay) applicable sur des automates à haut débit capables d’effectuer des centaines de tests par jour. Ils pourront (quand ?) être pratiqués dans la majorité des laboratoires d’analyse médicale. Il existe aussi des tests rapides d’orientation diagnostique (TRODs) présentés sous un format unitaire, détectant les anticorps à partir d’une simple goutte de sang en quelques minutes.

Reste que, pour l’heure, ces différents tests sont toujours en phase d’évaluation par le Centre national de référence des virus des infections respiratoires. Et leurs performances analytiques (sensibilité et spécificité) ne sont pas encore connues. « Par ailleurs, de nombreuses inconnues subsistent concernant la cinétique de la réponse humorale à l’infection Covid-19, notamment la durée de persistance des IgG et les corrélations entre les taux d’anticorps détectés et le degré de protection, souligne l’Académie nationale de médecine. En attendant que les études en cours apportent des réponses à ces questions, il est admis que la présence d’anticorps sériques IgM et/ou IgG témoigne d’une réponse immunitaire récente à l’infection par le Sars-CoV-2 et qu’elle confère une protection probable contre une réinfection. »

Pour l’Académie nationale de médecine, lorsque ces tests sérologiques seront autorisés et disponibles en France, leurs modalités d’emploi « devront être guidées par une réflexion stratégique ».  Elle aurait aussi pu ajouter que la stratégie, ici, ne sera guère éloignée de l’éthique puisqu’il ne sera pas possible, dans un premier temps du moins, de « tester la totalité de la population française. Pour sa part l’Académie :

1 recommande que des enquêtes séro-épidémiologiques de grande ampleur soient conduites afin d’évaluer la proportion de la population infectée lors de la première période de l’épidémie. Ces enquêtes devront être effectuées dans chaque région sur des échantillons représentatifs de la population suivant une méthodologie stricte supervisée par Santé Publique France et relayée par les ARS auprès des réseaux de laboratoires publics et privés 

2 souligne que les résultats de ces enquêtes séro-épidémiologiques permettront de suivre l’évolution de la séroprévalence dans les régions tout au long de la phase de déconfinement et pendant la phase post-épidémique, mais qu’ils ne constitueront pas une base décisionnelle majeure pour le processus de sortie du confinement ;

3 recommande que les tests sérologiques individuels soient utilisés en priorité chez les personnes à risque élevé de forme grave (pensionnaires des EHPAD, malades atteints d’affections chroniques…) et chez les personnes exerçant les professions exposées (personnel médical et infirmier, aide-soignants, etc.) afin d’adapter au cas par cas les mesures de prévention chez les personnes non immunes. 

Le point de vue présidentiel sur l’hydroxychloroquine

L’exécutif tiendra-t-il ici toutes les rênes ? D’ores et déjà le Haut-Rhin « prend les devants », écrit sur Twitter Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental. Elle annonce que des tests sérologiques vont être réalisés dès demain dans une dizaine d’établissements volontaires pour déterminer si un individu a été en contact avec le coronavirus – grâce à la présence d’anticorps dans le sang – et s’il est a priori immunisé.
Ces tests doivent permettre d’ « optimiser la sécurité sanitaire des résidents et du personnel » mais aussi « d’adapter au cas par cas les règles de confinement individuel », indique Brigitte Klinkert. Il y a quelques jours elle expliquait sur Facebook que « la situation particulière du Haut-Rhin, département de France le plus touché par l’épidémie sur le plan sanitaire [nécessitait] d’aller vite ». Depuis le début de l’épidémie, plus de 400 personnes âgées sont mortes dans les Ehpad de ce département français.

Et puis, au-delà de la sérologie, cette discipline hier encore redoutée ou dénoncée : la vaccinologie. Emmanuel Macron :  

« (…) la première voie pour sortir de l’épidémie est celle des vaccins. Tout ce que le monde compte de talents, de chercheurs y travaille. La France est reconnue en la matière et a d’excellentes ressources parce que c’est sans doute la solution la plus sûre, même s’il faudra plusieurs mois au moins pour la mettre en oeuvre. Notre pays investira encore plus massivement dans la recherche et je porterai dans les prochains jours une initiative avec nombre de nos partenaires en votre nom pour accélérer les travaux en cours. » 

Sans oublier la thérapeutique :

« La seconde voie, ce sont les traitements. Nous y travaillons depuis le premier jour. Il y a eu, je le sais, beaucoup de débats dans le pays. Toutes les options sont explorées et notre pays est celui qui a engagé le plus d’essais cliniques en Europe. J’ai tenu moi-même à comprendre chacune des options possibles, à m’assurer que tout était essayé dans les meilleurs délais et avec rigueur. Il ne s’agit pas de donner un traitement si on n’est pas sûr mais de procéder à tous les essais cliniques pour que toutes les pistes soient poursuivies. Et croyez-le, nos médecins, nos chercheurs travaillent d’arrache-pied. Aucune piste n’est négligée, aucune piste ne sera négligée. Je m’y engage. » 

Bien évidemment, partisans et adversaires chercheront dans ces lignes le point de vue du président de la République sur l’hydroxychloroquine. En vain ?

A demain @jynau

Chloroquine : Le Pr Didier Raoult nous demande désormais « de réfléchir par nous-mêmes »

Bonjour

09/04/2020. Une nouvelle fois Les Echos reviennent, dans les grandes largeurs, sur l’affaire mêlée de l’hydroxychloroquine et du Pr Didier Raoult. En tentant de démêler le faux du vrai. Et en donnant une nouvelle fois la parole au désormais célèbre microbiologiste, directeur de l’Institut HospitaloUniversitaire – Méditerranée infection de Marseille. Nouvelle tribune, arguments récurrents et puis de nouveaux – qui aident à mieux comprendre son raisonnement. Extraits édifiants :

« (…) Ce que nous montre l’histoire des maladies infectieuses, c’est que, dans l’immense majorité des cas (peut-être 99 % des maladies connues), il n’y a jamais eu d’études multicentriques, randomisées, en double aveugle, pour répondre à une situation de cette nature. Les essais randomisés, que les pays occidentaux ont adoptés comme standard méthodologique dans la crise actuelle, sont un concept importé du monde des maladies chroniques.

« Pour le sida, il n’était nul besoin de faire une étude randomisée. Il suffisait de doser le virus dans le sang pour s’apercevoir que les nouveaux traitements (des antiprotéases) étaient efficaces. Il en est de même pour l’hépatite C, où la mesure des charges virales permet de ne pas administrer de traitements trop longs et extrêmement coûteux.  Toutefois, l’enjeu financier de ces médicaments est devenu tel qu’ont été lancées, en ce début du XXIe siècle, des centaines d’études comparatives, dont une partie est utilisée pour fidéliser les prescripteurs et développer une addiction aux traitements utilisés.

« Cette généralisation abusive d’une unique méthode d’évaluation à l’ensemble des cas de figure nous montre la nécessité d’avoir une réflexion autonome. On a l’impression que, s’agissant de ce coronavirus, une partie des institutions s’est tournée, pour trouver une solution, vers l’industrie pharmaceutique qui seule décide des essais, plutôt que de commencer par réfléchir par elles-mêmes (…). »

Karl Popper, Thomas Kuhn, Paul Feyerabend

Pour le Pr Raoult c’est précisément ce qui a marqué la différence considérable entre la réaction de l’Extrême-Orient et celle de l’Occident. « En Extrême-Orient, dès que les résultats de la sensibilité du virus ont été connus, la question posée, de façon pragmatique, a été de savoir comment on allait pouvoir traiter, très rapidement, des centaines de milliers de personnes, observe-t-il. Or, seuls les médicaments déjà commercialisés, disponibles et dont on connaît les limites en termes de sécurité, sont susceptibles d’être utilisés immédiatement. »

 « L’Europe, ajoute-t-il, n’en a pas moins fait le choix de tester plusieurs protocoles dans d’énormes études dont les résultats ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines et portant sur des molécules qui, de toute façon, ne pourront pas être commercialisées rapidement. Ceci montre que, à un moment, la réflexion est morte pour laisser la place à une routine méthodologique. Cette méthode tant vantée n’est pas une règle d’or de la science, ni un impératif moral, mais une simple habitude. »

« J’en appelle tout un chacun à réfléchir par soi-même, conclut-il sa tribune des Echos. Pour vous faire une opinion indépendante, commencez par lire l’article « Randomized controlled trials » sur Wikipédia (en anglais : la version française est médiocre). Quant à tous ceux qui prennent la parole dans les médias au nom de la science, je les renvoie à ces trois ouvrages fondamentaux qui leur éviteront peut-être de dire des sottises : « La Logique de la découverte scientifique » de Karl Popper, « La Structure des révolutions scientifiques » de Thomas Kuhn et « Contre la méthode » de Paul Feyerabend. »

Que diront, de tout ceci, les membres du Conseil scientifique du gouvernement – structure dont le Pr Raoult a claqué la porte ? Celles et ceux « qui prennent la parole dans les médias au nom de la science » répondront-ils, dans Les Echos ou ailleurs, à celui qui se définit, aussi, comme un grand scientifique ?

A demain @jynau

L’offensante réplique du Pr Didier Raoult à ses accusateurs du Conseil scientifique

Bonjour

08/04/2020. Un jour prochain on se lassera de cette polémique. Pour l’heure elle flambe. Hier le Conseil scientifique du gouvernement dénonçait et menaçait. Aujourd’hui le Pr Didier Raoult réplique via une vidéo diffusée sur Internet. A découvrir dès lors que l’on cherche non pas à juger, mais bien à prendre date, à tenter de comprendre.

« Le Pr Didier Raoult a de nouveau choisi de court-circuiter les médias pour donner son point de vue sur la polémique qui vise son traitement contre Covid-19, basée sur l’hydroxychloroquine associée à un antibiotique, résume Le Quotidien du Médecin. Pendant 10 minutes, le directeur de l’IHU Méditerranée Infection répond à ses détracteurs. ‘’C’est une opposition entre des médecins et des gens qui ont fini d’être des médecins ou qui n’en sont pas’’, dit l’infectiologue, qui se classe dans la première catégorie et celle des ‘’grands scientifiques’’. » Comment réagiront ceux qui, au sein du Conseil « ne sont plus médecins » ?

Nostradamus local

Et que fera le Conseil national de l’Ordre des médecins à qui le Pr Raoult fait appel pour régler ce qui constitue, selon lui, une question majeure de déontologie ? Le médecin infectiologue justifie sa démarche, comme il l’avait fait il y a quelques jours dans une tribune adressée au Quotidien du Médecin  et une autre au Monde. « Les gens sont devenus fous avec la méthode, avec le fait que tout est de la recherche », dit-il. Selon lui, « il y a un fossé entre la pratique médicale et des gens qui confondent la pratique médicale et la recherche ».

Le Pr Raoult se gausse d’un Nostradamus local et prévoit de publier les résultats de ses travaux dès qu’ils seront analysés. « On est en train de finir l’analyse de 1 000 cas qu’on a traités et les choses sont très rassurantes sur le traitement, dit-il. On n’a pas eu d’ennui cardiologique avec aucun des patients qu’on a traités. Les résultats montrent qu’on a une plus grande efficacité que celle qu’on a vue sur les autres séries. Tout va bien ! Un peu de patience pour que cela devienne un ou ‘’le’’ papier de référence ».

A demain @jynau

Remdesivir: le bien peu banal communiqué de Gilead sur son médicament expérimental

Bonjour

05/04/2020. C’est une « lettre ouverte » de Daniel O’Day, CEO de Gilead Sciences, influente société pharmaceutique américaine spécialisée dans les médicaments antiviraux. Elle nous parle aujourd’hui de son  remdesivir, initialement développé contre la maladie à virus Ebola. Une molécule déjà au cœur des espoirs et de polémiques pharmaceutiques autour du Covid-19. Que nous dit le CEO dans sa lettre ouverte datée du 4 avril ?

« Au cours de la semaine dernière, Gilead a travaillé, en collaboration avec les autorités de santé, à la mise en place de programmes d’accès complémentaires pour mettre à disposition des patients, notre médicament expérimental contre le Covid-19, remdesivir, écrit-il. Ces programmes permettent à certains hôpitaux ou médecins de demander l’utilisation de remdesivir pour plusieurs patients gravement malades qui ne peuvent pas participer aux essais cliniques en cours. »

Il ajoute que l’Agence européenne des médicaments a annoncé hier ses recommandations pour la mise en œuvre par les Etats membres de programmes d’accès complémentaires au remdesivir : « EMA provides recommendations on compassionate use of remdesivir for COVID-19 ». Et le CEO de poursuivre :

« En plus de ces programmes, Gilead continue de mettre à disposition remdesivir pour les enfants et les femmes enceintes, sur la base de demandes individuelles d’usage compassionnel. Au total, depuis le début de la pandémie, ce sont plus de 1 700 patients qui ont déjà été traités dans le monde grâce à ces usages compassionnels individuels. »

Avant de faire œuvre de transparence :

« Le remdesivir reste un médicament expérimental qui n’a été approuvé par les autorités nulle part dans le monde. La sécurité et l’efficacité du traitement ne sont pas encore connues et même si nous connaissons l’urgence, notre responsabilité et notre éthique nous imposent de déterminer si ce médicament est efficace et sûr.

« C’est pour cela que de nombreux essais cliniques sont en cours avec le remdesivir, pour des milliers de patients atteints de Covid-19 à travers le monde. Nous savons l’urgence à trouver des solutions larges et efficaces. Ainsi, notre engagement est total et nous mettons tout en œuvre par tous les moyens possibles pour donner accès au remdesivir : essais cliniques, programmes d’accès complémentaires, usage compassionnel individuel.

Encore faut-il que l’intendance suive :

« Pour fournir suffisamment de produit pour les essais cliniques, l’usage compassionnel individuel et le programme d’accès complémentaire, nous avons dû augmenter nos stocks en partant de zéro. Depuis le mois de janvier, nous avons accéléré la production du traitement. Dès que nous avons eu connaissance du fait que le remdesivir pourrait être un traitement potentiel contre le nouveau coronavirus, nos équipes ont travaillé pour mettre en place une production à grande échelle. Et ceci alors même qu’ils existent encore de nombreuses inconnues concernant la durée de l’épidémie, son ampleur et alors même que nous ne savons pas encore si le remdesivir est un médicament sûr et efficace contre le Covid-19. »

A quand une lettre ouverte de Sanofi-Aventis sur son hydroxychloroquine ?

Suit une longue description des efforts consentis par Gilead Sciences pour développer la production d’un médicament qui n’a toujours pas fait la preuve de son efficacité  – « parce que nous devons être prêts au cas où les patients auraient besoin du remdesivir ».

« Nous savions qu’il serait difficile de produire les quantités nécessaires dans un laps de temps si court. L’un de nos défis est le temps nécessaire pour produire le remdesivir. Il s’agit, en effet, d’une production longue, nécessitant de recourir à des techniques chimiques spécialisées comportant de multiples réactions chimiques, dont certaines peuvent prendre plusieurs semaines. Avant d’obtenir des unités de traitements prêts à être administrés aux patients, nous devons nous procurer des matières premières rares et avoir accès à des usines de fabrication en conditions stériles dont les capacités sont limitées au niveau mondial. »

Et dans ce contexte les  équipes de Gilead Sciences sont arrivées à diminuer le temps de production « qui devait être d’environ un an à environ six mois ». Mieux : en deux mois Gilead Sciences a considérablement augmenté sa capacité de production du remdesivir. Son stock s’élève aujourd’hui à 1,5 million de doses individuelles – ce qui pourrait permettre à plus de 140 000 patients d’être traités. Mieux encore :

« Les 1,5 million de doses individuelles seront mises à disposition pour l’usage compassionnel individuel, les programmes d’accès complémentaires et les essais cliniques et seront données pour une distribution plus large, après obtention d’éventuelles autorisations réglementaires dans le futur. Nous sommes, encore une fois, conscients de la responsabilité qui est la nôtre en disposant d’un traitement potentiel et nous pensons que le mettre à disposition des patients gratuitement est une nécessité pour faciliter l’accès aux patients le plus rapidement possible, face à l’urgence sanitaire causée par cette pandémie. »

Plus loin un objectif ambitieux : produire plus de 500 000 traitements d’ici octobre et plus d’un million d’ici la fin de cette année. « Nous maintenons un effort constant et intense, tout en attendant de connaître les données cliniques qui permettront de savoir si remdesivir est un médicament sûr et efficace » conclut le CEO.

Ne pas pécher par naïveté, certes. Mais observer néanmoins, en temps de pandémie, l’évolution rapide de la communication de l’un des géants de Big Pharma. Et attendre que le même phénomène se produise à la direction de Sanofi Aventis, toujours aussi ambiguë quant à l’usage qui peut ou non être fait de son hydroxychloroquine (Plaquénil) contre le Covid-19.

A demain @jynau

Le pouvoir exécutif va-t-il bientôt rendre obligatoire le port du masque «grand public» ?

Bonjour

03/04/2020. C’est une prescription qui devrait faire du bruit : le port du masque devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement mais aussi lors de sa levée. Prescription-recommandation de l’Académie nationale de médecine (qui a dû fermer son siège, rue Bonaparte, à Paris mais qui continue de publier en ligne des avis, communiqués et prises de position sur son site).

On sait que des personnes en période d’incubation (ou en état de portage asymptomatique) excrètent le virus et entretiennent la transmission de l’infection. Aussi, dans ce contexte, le port généralisé d’un masque par la population française constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur.

Recommandations officielles de l’Académie nationale de médecine :

–  en situation de pénurie de masques, que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ;

– en phase de décroissance de la courbe épidémique, avec décision de levée du confinement à domicile de la population. Cette levée du confinement doit s’accompagner d’un maintien des mesures barrières actuellement préconisées jusqu’au contrôle de la circulation du virus attesté par l’absence de nouveau cas déclaré pendant une période de 14 jours. Dans le cadre de cette levée du confinement, le port obligatoire d’un masque « grand public » ou « alternatif » par la population devrait être maintenu

Masque « grand public » ? Les indications pratiques pour la fabrication d’un tel masque doivent être « largement portées à la connaissance de la population » recommande encore l’Académie. Qui renvoie vers des tutoriels vidéo en ligne, comme celui pédagogique, de la Société française des sciences de la stérilisation.

Puis l’Académie va plus loin :

 « En Extrême-Orient, depuis de nombreuses années, le port d’un masque anti-projection par la population est à la fois une mesure de prévention et un acte de civisme en situation d’épidémie de virus à tropisme respiratoire (notamment dans les pays les plus frappés par le virus du SRAS en 2003). Face à l’épidémie de Covid-19, cette mesure a contribué à une réduction du taux de reproduction à Taïwan, Singapour et en Corée du Sud. »

En France, conclut-elle, l’habitude n’a pas été prise de constituer un petit stock de masques anti-projection dans chaque foyer. Et d’ajouter : la pénurie de masques risquant de durer encore quelques semaines, force est de recourir, actuellement et en vue de la sortie du confinement, à l’utilisation d’un masque « grand public » ou « alternatif ».

 Prendre le temps de les confectionner durant le confinement. Avant que leur port ne soit rendu obligatoire par le gouvernement ?  

A demain @jynau

La justice va-t-elle condamner des soignants contaminés qui continuent à travailler ?

Bonjour

02/04/2020. Paradoxes, justice et réduction des risques. Ces sont des informations de l’Agence France Presse reprises par les médias généralistes. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Spitz, a annoncé jeudi 2 avril avoir saisi les procureurs de Pau et Bayonne du cas de deux soignants soupçonnés d’avoir poursuivi leurs activités tout en se sachant contaminés par le Covid-19.

Dans le Béarn, «c’est un professionnel du corps paramédical», ni médecin ni infirmier, qui est soupçonné d’avoir exercé en faisant fi du virus, a précisé à l’AFP Cécile Gensac, procureure de la République à Pau. Ce soignant, qui exerce «dans l’agglomération paloise», fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet palois, «pour de premières vérifications».

Au Pays basque, le procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier, a été saisi au sujet d’un médecin généraliste qui exerçait dans son cabinet, à Boucau (8300 habitants). «Le signalement fait par le préfet il y a environ une semaine stipule qu’il aurait continué d’exercer après avoir été testé positif au Covid-19», a précisé le procureur. Le mis en cause, le Dr Gilles Lassabe, accusé par un courrier de l’Agence régionale de santé (ARS) de «mise en danger de la vie d’autrui», se dit «choqué» et affirme avoir «fait tout ce qu’il fallait», dans le respect des règles sanitaires.

Il lui est notamment reproché d’avoir fait campagne aux élections municipales, alors même qu’il avait été diagnostiqué Covid+. Testé le 11 mars à l’hôpital de Bayonne, le médecin de Boucau sera déclaré positif deux jours après. Depuis, le maire du Boucau Francis Gonzalez, ainsi qu’un adjoint, sont en réanimation dans le service spécialisé du centre hospitalier de la Côte basque. Dix autres de ses colistiers ont été contaminés et sont (ou ont été) en confinement. Après ses 14 jours d’arrêt, le Dr Lassabe a repris ses activités. «Je suis indigné de ces lettres malveillantes destinées à nuire, dans cette période électorale», a-t-il déclaré à l’AFP.

Une enquête préliminaire, confiée à la gendarmerie de Bayonne, a été ouverte. L’Ordre des médecins a aussi été avisé. Le gouvernement va-t-il saisir, sur le fond, le Comité national d’éthique ?

A demain @jynau

Hydroxychloroquine: comment le Conseil d’Etat en vient-il à s’opposer au Pr Didier Raoult ?

Bonjour

29/03/2020. Elle se glisse dans toutes les conversations, bat des records de taux d’audience, inquiète le pouvoir exécutif, alimente les fantasmes et nourrit l’irrationnel : l’hydroxychloroquine. On la retrouvait hier sous les ors du Conseil d’Etat. Au moment même où, à l’hôtel Matignon le ministre de la Santé tentait de ne pas mettre d’huile sur le feu, la plus haute juridiction administrative  rejetait les requêtes en référé contestant la politique de l’exécutif en matière de prescription d’hydoxychloroquine (Plaquenil) aux patients ( ainsi que l’approvisionnement en masques des professionnels de la santé et de tests de dépistage). «  Gestion de la pandémie : le Conseil d’Etat donne un blanc-seing au gouvernement » résumait aussitôt Libération (Renaud Lecadre).

Au chapitre médicamenteux, les plaignants dénonçaient la «carence caractérisée» du gouvernement à autoriser largement ce traitement, au risque d’attenter au «droit à la vie». Un soutien nullement voilé, plein et entier au Pr Didier Raoult de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille. Il n’est pas inintéressant d’observer comment les puissants juges du Conseil d’Etat s’emparent du sujet, le traitent et concluent. Comment, en somme, le pouvoir judiciaire saisi par le citoyen traite des questions relatives aux rapports qu’entretient l’exécutif avec la science, la médecine et la santé publique.

1 La demande. Le Syndicat des Médecins Aix et Région (SMAER) demandaient au juge des référés du Conseil d’Etat, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative « d’enjoindre à l’Etat de prendre toutes mesures utiles pour fournir et autoriser les médecins et hôpitaux à prescrire et administrer aux patients à risque l’association de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, en respectant les précautions d’emploi de cette association ».

2 La spécialité pharmaceutique. Le Conseil d’Etat rappelle que le sulfate d’hydroxychloroquine est commercialisé par le laboratoire Sanofi sous le nom de marque de Plaquenil, en vertu d’une autorisation de mise sur le marché initialement délivrée le 27 mai 2004. Indications thérapeutiques :  le traitement symptomatique d’action lente de la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux discoïde, le lupus érythémateux subaigu, le traitement d’appoint ou prévention des rechutes des lupus systémiques et la prévention des lucites. Cette spécialité ne peut être prescrite dans une autre indication.

3 Les nouvelles études. « Alors qu’aucun traitement n’est à ce jour connu pour soigner les patients atteints du covid-19, une étude chinoise publiée au début du mois de mars 2020 a documenté l’activité in vitro de l’hydroxychloroquine sur le virus qui en est responsable, observe le Conseil d’Etat. Une recherche a ensuite été conduite, du 5 au 16 mars 2020, par une équipe de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille en utilisant l’hydroxychloroquine en association avec un antibiotique, l’azithromycine, chez vingt-six patients, dont les auteurs déduisent que le traitement par hydroxychloroquine est associé à une réduction ou une disparition de la charge virale chez des patients atteints du covid-19 et que cet effet est renforcé par l’azithromycine. »

Puis, le 22 mars 2020 a été lancé un essai clinique européen « Discovery » pour tester l’efficacité et la sécurité de cinq molécules, dont l’hydroxychloroquine, dans le traitement du covid-19, incluant 3 200 patients européens, dont au moins 800 patients français hospitalisés pour une infection due au covid-19, inclus à compter du 24 mars, les premiers résultats étant attendus quinze jours après le démarrage de l’essai.

4 L’avis demandé par le gouvernement. A la demande urgente de la Direction générale de la santé, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP)  a rendu, le 23 mars 2020, un avis sur les recommandations thérapeutiques dans la prise en charge du covid-19. « Il estime que les résultats de l’étude menée au sein de l’institut hospitalo-universitaire de Marseille doivent être considérés avec prudence en raison de certaines de ses faiblesses et justifient, du fait de son très faible niveau de preuve, la poursuite de la recherche clinique » analyse le Conseil d’Etat.

5 L’action du Premier ministre. Par un décret du 25 mars 2020 il a pris différentes mesures. Il autorise notamment, sous la responsabilité d’un médecin, la prescription, la dispensation et l’administration de l’hydroxychloroquine aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile. Il précise que ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du HCSP. Il charge d’autre part l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé d’élaborer un protocole d’utilisation thérapeutique à l’attention des professionnels de santé et d’établir les modalités d’une information adaptée à l’attention des patients. Et il encadre la dispensation par les pharmacies d’officine de la spécialité pharmaceutique Plaquenil, dans le respect des indications de son autorisation de mise sur le marché à une prescription initiale émanant de spécialistes en rhumatologie, médecine interne, dermatologie, néphrologie, neurologie ou pédiatrie, ou au renouvellement d’une prescription émanant de tout médecin. En dernier lieu, il interdit l’exportation du Plaquenil par les grossistes-répartiteurs.

6 Les insuffisances méthodologiques. « En premier lieu, tout d’abord, il résulte de l’instruction que les études à ce jour disponibles souffrent d’insuffisances méthodologiques, tacle le Conseil d’Etat.  En particulier, l’étude observationnelle menée à l’institut hospitalo-universitaire de Marseille, qui a permis de constater une diminution ou une disparition de la charge virale pour treize patients après six jours de traitement, portait sur vingt-six patients, dont six n’ont pas été analysés – trois ayant été admis en réanimation, un étant décédé et deux ayant arrêté le traitement dont un en raison d’effets indésirables – et ne comportait pas de groupe témoin comparable. »

Il ajoute : « L’existence d’une différence significative n’a pas été confirmée par les résultats, très récemment diffusés, d’une autre étude, réalisée en Chine du 6 au 25 février 2020 et portant sur trente patients hospitalisés présentant une forme modérée de la maladie, qui relève que treize des quinze patients auxquels étaient administrée de l’hydroxychloroquine avaient une charge virale négative au septième jour, pour quatorze des quinze patients du groupe témoin. »

Plus grave : « En outre, ces études ne permettent pas de conclure à l’efficacité clinique de l’hydroxychloroquine. Or, l’essai clinique européen ‘’Discovery’’, dont les premiers résultats seront connus dans une dizaine de jours et qui doit inclure, ainsi que l’a indiqué à l’audience le représentant du ministre des Solidarités et de la Santé, des patients pour lesquels le traitement est initié suffisamment tôt pour apprécier l’incidence de la molécule sur l’évolution de la maladie, permettra de recueillir des résultats plus significatifs. »

Sans oublier : « Ensuite, si l’usage de cette molécule est bien documenté, il peut provoquer des hypoglycémies sévères et entraîner des anomalies ou une irrégularité du rythme cardiaque susceptibles d’engager le pronostic vital et il présente des risques importants en cas d’interaction médicamenteuse. Son administration, si elle peut être le fait de médecins de ville, suppose ainsi non seulement le respect de précautions particulières mais également un suivi spécifique des patients, notamment sur le plan cardiaque ».

Et, pour finir : «  Enfin, compte tenu des espoirs suscités par les premiers résultats rendus publics par l’équipe de Marseille, une forte augmentation des ventes de Plaquenil en pharmacie d’officine a été enregistrée, faisant apparaître des tensions dans l’approvisionnement de certaines officines et des difficultés à se la procurer pour les patients ayant besoin de cette spécialité dans les indications de son autorisation de mise sur le marché. »

7 Le jugement. Au terme de son travail, et au vu de l’ensemble des données aujourd’hui disponibles le Conseil d’Etat statuant au contentieux,  juge, dans son ordonnance (N° 439726), que le choix des mesures prises par l’exécutif ne peut être regardé, « en l’état de l’instruction, comme portant une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie et au droit de recevoir, sous réserve de son consentement libre et éclairé, les traitements et les soins appropriés à son état de santé, tels qu’appréciés par le médecin. »

Peut-on, ici, véritablement parler de « blanc-seing » donné par les juges du Conseil d’Etat au gouvernement ? Il nous faut désormais attendre le jugement du Pr Didier Raoult qui, non sans arguments, dénonce désormais haut et fort la « dictature morale » des méthodologistes.

A demain @jynau

Coronavirus : un premier chat infecté par un malade a été identifié. Qu’en penser ?

Bonjour

28/03/2020. En d’autres temps le sujet serait passé inaperçu. Tel ne peut plus être le cas aujourd’hui.  « Pour la première fois depuis le début de la pandémie de Covid-19, un chat a été infecté par le nouveau coronavirus en Belgique, ont indiqué vendredi les autorités sanitaires belges. L’animal a été contaminé par son maître qui était malade. résume Le Figaro (Yohan Blavignat) Selon les chercheurs, le chat a eu des symptômes respiratoires et digestifs transitoires. Grâce à une méthode de séquençage, les chercheurs ont détecté le génome du virus. Depuis, l’animal a récupéré et se sent mieux. »

S’inquiéter ? Les spécialistes sont ici rassurants, excluant tout risque de contamination de l’animal à l’homme. Le Sars-CoV-2 peut se transmettre de l’homme vers l’animal mais «il n’y a pas de raison de penser que les animaux peuvent être vecteurs de l’épidémie dans notre société», assure le Dr Emmanuel André, un des porte-parole des autorités belges sur cette pandémie.

Contacté par Le Figaro, Gilles Salvat, directeur délégué à la recherche à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et auteur d’un récent avis fort documenté sur cette question,  explique que le risque pour l’homme d’infecter son animal de compagnie est «assez faible». L’inverse, une contamination de l’homme par l’animal, est «encore plus faible, voire négligeable». Selon lui, les animaux comme les chats ou les chiens sont des «culs-de-sac épidémiologiques». En d’autres termes ils peuvent très rarement être contaminés et malades ; pour autant ils ne vont pas transmettre le virus à l’homme ou à un autre animal.

En outre les cas de contamination d’animaux domestiques sont extrêmement rares. À Hong Kong, les autorités avaient fait état de deux cas, deux chiens, lors d’une campagne de dépistage menée sur dix-sept chiens et huit chats vivant au contact de personnes porteuses du virus.  Une autre étude réalisée en Corée du Sud et aux États-Unis portant sur quatre mille chiens et chats dans des régions où sévit le Covid-19 n’a pas permis de retrouver de cas positifs. «L’infection de ce chat en Belgique est donc exceptionnelle», conclut Gilles Salvat.

« L’animal de compagnie est bien plus un ami qu’un danger ».

Pour autant l’Académie nationale française de médecine estime qu’il est désormais indispensable de formuler de nouvelles recommandations et précautions. Il s’agit notamment de renforcer les mesures habituelles de biosécurité vis-à-vis des nombreux agents pathogènes pouvant être transmis (aérosols, salive, déjections) par les animaux de compagnie (chien, chat, furet, rongeurs notamment) – une réalité souvent ignorée des propriétaires. « Il importe de se laver fréquemment les mains lorsque l’on s’occupe de l’animal (litière, promenade, alimentation, etc.), surtout s’il a été caressé, et il ne faut pas le laisser lécher le visage » souligne l’Académie.

Il importerait aussi, selon elle, de « séparer le propriétaire ayant le Covid-19 de son animal de compagnie pendant la période où le malade peut être excréteur du virus ». « Autant que possible, il faudrait instaurer une quarantaine permettant de limiter tout contact rapproché de l’animal avec les autres membres de la famille (animal dans la chambre, par exemple) » expliquent les académiciens, médecins et vétérinaires.

Ils ajoutent toutefois : « ces  recommandations ne doivent pas faire oublier que dans un foyer où une personne malade a le Covid-19, le risque pour les personnes vivant sous le même toit est bien plus lié aux contacts avec ce malade qu’avec l’animal de compagnie » Et ajoute que, tout particulièrement en période de confinement, « l’animal de compagnie est bien plus un ami qu’un danger ».

A demain @jynau

1 Cellule de veille scientifique Covid-19 de l’Académie nationale de Médecine – composée de Patrick Berche, Jeanne Brugère-Picoux, Yves Buisson, Anne-Claude Crémieux, Gérard Dubois, Didier Houssin, Dominique Kerouédan et Christine Rouzioux, avec la contribution de Jean-Luc Angot et Eric Leroy