Paludisme : la génétique bouleverse tout ce que l’on croyait savoir sur son origine en Afrique

Bonjour

Nous sommes loin d’avoir pris la mesure des pouvoirs de la génétique dans le champ de l’infectiologie. Ainsi cet éclairage signé par des chercheurs de l’Institut Pasteur et publié aujourd’hui même dans The American Journal of Human Genetics 1.

On sait tout ou presque du paludisme, responsable de centaines de milliers de décès prématurés chaque année – essentiellement des enfants et plus particulièrement en Afrique. On sait tout ou presque également Plasmodium falciparum. Et la mutation génétique entraînant une anémie falciforme (drépanocytose), maladie chronique souvent mortelle chez les enfants de moins de cinq ans avait, de longue date, intrigué la communauté scientifique du fait de la protection que cette mutation confère contre le paludisme.

Les personnes porteuses de la mutation βS (localisée dans le gène HBB) et qui ne développent pas d’anémie falciforme caractéristique de la drépanocytose (les « porteurs sains »), montrent une résistance accrue aux infections paludéennes. Ce « paradoxe évolutif » a été mis en évidence dès le début des années cinquante ; étonannt paradoxe : une mutation par nature délétère favorise la survie de certains individus.

« Ce paradoxe fait de βS un cas emblématique de sélection naturelle chez l’homme mais surtout un marqueur idéal pour l’étude du paludisme, où la date d’apparition de βS correspond en réalité à la date minimum d’apparition du paludisme, expliquent les chercheurs français. Les études réalisées ces dernières décennies suggéraient une date d’apparition de βS , et donc du paludisme, compatible avec les dates connues de l’adoption de l’agriculture comme principal mode de subsistance, il y a 4 000 – 5 000 ans en Afrique centrale. »

Effets bénéfiques du métissage sur certains aspects de santé publique

On peut le dire autrement :  la communauté scientifique avait donc longtemps admis un lien de causalité entre l’émergence de l’agriculture et la diffusion du paludisme en Afrique. A l’inverse, l’histoire du paludisme dans les populations africaines n’ayant pas adopté l’agriculture était totalement inconnue. Tel n’est plus le cas aujourd’hui grâce aux données génétiques inédites obtenues par les scientifiques de l’unité de Génétique évolutive humaine à l’Institut Pasteur – étude menée par Guillaume Laval et Lluis QuintanaMurci en étroite collaboration avec l’institut Max Planck de Leipzig  et l’IRD.

« Les résultats de cette collaboration scientifique, basés sur une formalisation inédite du mode particulier de sélection naturelle admis pour βS , montrent que cette mutation est apparue il y a environ 20 000 ans. Ces nouveaux résultats indiquent donc que le paludisme sévissait déjà bien avant l’adoption de l’agriculture, en contradiction avec les interprétions classiques.

« Cette étude montre également une arrivée plus récente de la mutation β S dans les populations de chasseurs-cueilleurs, il y a environ 4 000 ans. Les modifications de la forêt équatoriale survenues à cette époque, sans doute à cause d’un épisode de changement climatique et/ou d’une période de déforestation accrue due à une agriculture naissante, auraient favorisé la transmission du paludisme dans les populations pygmées. »

« Nous montrons que la fameuse mutation β S conférant une résistance au paludisme aurait pu être amenée par les populations agricultrices venues au contact de ces populations de chasseurs cueilleurs lors de la grande migration Bantoue, quand les agriculteurs ont traversé la forêt équatoriale, pour ensuite suivre des routes migratoires vers l’est et le sud de l’Afrique sub-Saharienne commentent les auteurs de ce travail. Ces résultats éclairent d’un jour nouveau une part mal connue de l’histoire du paludisme et mettent en lumière les effets bénéfiques du métissage sur certains aspects de santé publique, comme par exemple la diffusion entre populations humaines de mutations de résistance à différents pathogènes. »

Métissage et santé publique. Nous sommes loin d’avoir pris la mesure des pouvoirs de la génétique. Et ce bien au-delà du champ de l’infectiologie.

A demain

@jynau

Recent Adaptive Acquisition by African Rainforest Hunter-Gatherers of the Late Pleistocene Sickle-Cell Mutation Suggests Past Differences in Malaria Exposure,

The American J. Human Genetics, 28 février 2019

Guillaume Laval 1,2,, Stéphane Peyrégne 1,2,3, Nora Zidane 1,2, Christine Harmant 1,2, François Renaud 4, Etienne Patin1,2, Franck Prugnolle 4,  and Lluis Quintana-Murci1,2,

1 Human Evolutionary Genetics Unit, Institut Pasteur, UMR2000 CNRS, Paris 75015, France; 2 Center of Bioinformatics, Biostatistics and Integrative Biology, Institut Pasteur, Paris 75015, France; 3 Department of Evolutionary Genetics, Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, Leipzig 04103, Germany; 4 Laboratory MIVEGEC, UMR 5290 CNRS-IRD, Montpellier 34394, France.

Palu : Agnès Buzyn interdira-t-elle une étrange «médication maison» promue par Cédric Villani ?

Bonjour

L’Académie nationale de médecine part en guerre. Tiré depuis la paisible rue Bonaparte le premier missile a la forme discrète d’un communiqué  – c’est aussi une « prise de position officielle » adoptée lors de la séance du mardi 19 février 2019 par 76 voix pour, 9 voix contre et 12 abstentions.

Cible désignée : la campagne médiatique et commerciale : « Éliminons le paludisme à l’aide de feuilles d’Artemisia » incitant à traiter les malades avec des tisanes ou des capsules de feuilles séchées d’Artemisia annua. Cette action est menée par une association française, « La maison de l’Artemisia », qui crée des succursales dans plusieurs pays d’Afrique, et le soutien d’une association luxembourgeoise, avec le message suivant : chaque village africain doit apprendre à planter des pieds d’Artemisia dans un jardin, récolter et sécher les feuilles pour disposer ainsi d’un « médicament maison » permettant de traiter chaque accès palustre sans qu’il soit nécessaire de consulter un agent de santé ou d’absorber une Combinaison Thérapeutique à base d’Artémisine (CTA), l’un et l’autre n’étant pas toujours disponibles.

L’Académie précise que ces associations ont réussi à entraîner dans leur sillage des « célébrités non médicales de tous horizons », à bénéficier d’une audition à l’Assemblée nationale 1 et d’échos médiatiques (Le Monde 24/04/2018, L’Obs 9/10/2018, Paris Match 06/11/2018, Le Figaro 23/11/2018, La Croix 17/12/2018) qui s’amplifient depuis le début du mois de novembre. Leur discours s’appuie sur des expérimentations d’une biologiste américaine, Pamela Weathers, qui teste la plante chez des rongeurs et tente d’identifier et de doser des composés autres que l’artémisinine présents dans les Artemisia

Cédric Villani et Juliette Binoche

Un essai contrôlé chez l’homme, a été mis en ligne le 5 décembre dernier, publié dans une revue spécialisée de phytothérapie 2. Cette étude, réalisée en 2015 dans cinq bourgades de République Démocratique du Congo (RDC), sur 957 patients (enfants > 5 ans et adultes) ayant un paludisme à P. falciparum non compliqué, compare l’efficacité d’une tisane d’Artemisia consommée pendant sept jours au traitement par l’artésunate-amodiaquine (ASAQ), une Combinaison Thérapeutique à base d’Artémisine (CTA) recommandé en RDC, pendant trois jours, ce qui rend douteuse la qualité du double insu.

« Malgré un évident lien d’intérêts et de nombreuses insuffisances méthodologiques qui auraient dû entraîner un rejet de l’article par les relecteurs, les auteurs proclament la supériorité de la tisane d’Artemisia sur le CTA en utilisant trois critères : disparition de la fièvre, de la parasitémie et taux d’échecs entre J21 et J28 qui atteint le niveau invraisemblablement élevé de 65,6% dans le bras ASAQ, aucun test n’étant effectué pour différencier les rechutes (vrais échecs) des réinvasions, accuse l’Académie. La consommation d’Artemisia seule pendant 7 jours, par des litres de tisane de composition incertaine, expose les jeunes enfants  impaludés à un risque élevé d’accès pernicieux. De plus, cette monothérapie favorise l’émergence de souches de P. falciparum résistantes, alors qu’aucune molécule n’est actuellement disponible pour remplacer l’artémisinine dans les CTA. »

Incompétence et bonnes intentions

L’OMS, en 2007, se prononçait pour le retrait de tout médicament à base d’artémisine seule ; en 2012, elle déconseillait formellement l’utilisation de feuilles séchées en raison de la concentration faible et variable d’artémisine dans la plante et de sa dégradation dans l’eau à forte température ; en 2015, elle publiait une 3ème édition des « Recommandations pour le traitement du paludisme » précisant le traitement des accès simples à P. falciparum, les CTA recommandées et le protocole d’urgence artésunate IV + CTA pour les accès pernicieux.

En France l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM) a suspendu en 2015 et 2017 la mise sur le marché de produits à base d’Artemisia proposés sur internet ou par l’intermédiaire d’associations pour la prévention et le traitement du paludisme, « susceptibles de présenter un danger pour la santé humaine ».

Conclusion, à l’adresse, notamment, d’Agnès Buzyn, ministre française des Solidarités et de la Santé :

« L’Académie Nationale de Médecine, inquiète des dangers immédiats de l’utilisation des feuilles séchées d’Artemisia pour le traitement et la prévention du paludisme et soucieuse de préserver l’avenir de l’efficacité thérapeutique de l’artémisinine, tient à mettre solennellement en garde les autorités de santé, les populations des zones de transmission du paludisme, les voyageurs séjournant dans ces pays, face aux recommandations scientifiquement incertaines et irresponsables pour l’utilisation de cette phytothérapie, dangereuse pour l’avenir de la lutte antipaludique. Elle demande que cesse une campagne de promotion organisée par des personnalités peut-être bien intentionnées mais incompétentes en paludologie. »

A demain

@jynau

1 Extraits de Paris Match daté du 6 novembre 2018 : « Juliette Binoche et les députés Cédric Villani et Stéphane Demilly organisent le 13 novembre à l’Assemblée nationale, la projection d’un documentaire sur l’artemisia, une plante qui guérit le paludisme. Juliette Binoche et les députés Cédric Villani (LREM) et Stéphane Demilly (UDI) s’engagent dans la lutte contre le paludisme. Ils organisent la projection d’un documentaire* sur l’artemisia, une plante qui prévient et guérit du paludisme, le 13 novembre à l’Assemblée nationale. En Afrique, en Europe et aux Etats-Unis, des médecins, chercheurs et ONG valorisent l’utilisation naturelle de cette plante, déconseillée par l’OMS, pour lutter contre le fléau mondial.

« D’après la plus grande étude clinique conduite à ce jour (sur 1000 patients en République démocratique du Congo), les tisanes d’artemisia auraient une efficacité spectaculaire (99%) contre la maladie parasitaire, sans provoquer d’effets secondaires. Aux Etats-Unis, les travaux de la biologiste Pamela Weathers attestent de la sûreté et de l’efficacité de cette thérapie naturelle dont le faible coût et la disponibilité immédiate font d’elle un moyen de lutte particulièrement adapté aux pays en développement.

« Ces médecins, chercheurs et ONG souhaitent que l’artemisia entre dans l’arsenal thérapeutique pour lutter contre la maladie qui tue un enfant toutes les deux minutes dans le monde (90% des cas et des décès se concentrent en Afrique subsaharienne). Les propriétés antimalariennes mises en avant par les promoteurs de l’artemisia seraient capables d’éradiquer le fléau qui sévit avec force depuis des siècles. Engagée sur le sujet, Juliette Binoche a prêté sa voix à « Malaria Business ». L’actrice, qui sera présente lors de la projection du documentaire, souhaite insister sur l’urgence à agir contre le paludisme qui tue chaque année près d’un million de personnes dans le monde.

* « Malaria Business », de Bernard Crutzen, diffusé en novembre sur France 24

2 Artemisia annua and Artemisia afra tea infusions vs. artesunate-amodiaquine (ASAQ) in treating Plasmodium falciparum malaria in a large scale, double blind, randomized clinical trial. Munyangi J, Cornet-Vernet L, Idumbo M, Lu C, Lutgen P, Perronne C, Ngombe N, Bianga J, Mupenda B, Lalukala P, Mergeai G, Mumba D, Towler M, Weathers P. Phytomedicine. 2019 April; 57:49-56. doi: 10.1016/j.phymed.2018.12.002

 

Chasser le conflit d’intérêts : un spécialiste des antibiotiques épinglé par Le Canard Enchaîné

Bonjour

C’est une chasse médiatique ouverte tous les jours de l’année. Aujourd’hui 20 février 2019 le trophée est exposé en page 3 du Canard Enchaîné (Isabelle Barré). Soit le cas du Pr Antoine Andremont qui se présente ainsi sur le Huffpost :

« Antoine Andremont est l’un des principaux experts internationaux dans le domaine de l’étude de la résistance des bactéries aux antibiotiques. Professeur à la faculté de médecine de l’université Paris-Diderot, il dirige le laboratoire de bactériologie de l’hôpital Bichat-Claude Bernard. Il effectue des missions régulières pour l’OMS et a créé la start-up Da Voleterra pour développer des innovations contre les bactéries résistantes. »

 Ou encore, sur le site de vetagro.sup.fr :

« Après une formation clinique de base en pédiatrie, complétée par une formation à la recherche aux Etats-Unis et un séjour en milieu tropical dans le cadre du volontariat pour le Service National Actif, j’ai opté pour la bactériologie médicale en France depuis 1979. Dans cette spécialité, j’ai occupé jusqu’en 1996 le poste d’adjoint au Laboratoire de Microbiologie Médicale de l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif), qui est le plus important centre français de recherche et de traitement en cancérologie.

 « Depuis 1996 je dirige le Laboratoire de Bactériologie du Groupe Hospitalier Bichat-Claude Bernard qui est un CHU de 1300 lits à forte composante infectieuse, chirurgicale et cardiologique. Sur le plan universitaire, j’ai été Professeur à la Faculté de Pharmacie de Chatenay-Malabry (Université Paris XI) de 1988 à 1996 puis à la Faculté de Médecine Xavier-Bichat (Université Paris VII) depuis lors. Ma recherche s’effectue au sein de l’UMR 1137 INSERM, (IAME) dirigée par E. Denamur. Mon activité actuelle intègre les composantes hospitalières, universitaires et de recherche centrées sur le rôle des flores commensales dans l’évolution de la résistance bactérienne et la survenue des infections nosocomiales et les moyens de la combattre. J’assure un rôle d’expert judiciaire auprès de la Cour d’Appel de Paris et de la Cour de Cassation dans le domaine des infections microbiennes et de l’hygiène. »

 L’hebdomadaire satitique ajoute que cet expert a aussi été retenu, en tant que tel, par le ministère de la Recherchedans le cadre d’un « programme prioritaire » ayant pour objectif la lutte contre la résistance aux antibiotiques (40 millions d’euros). Quoi de plus logique quand on sait que la France ne figure pas en bonne position (euphémisme) à l’échelle mondiale : avec 125 000 infections par an et 5 500 décès prématurés, elle est le 6ème pays européen le plus touché – après l’Italie, la Grèce, la Roumanie, le Portugal et Chypre.

Demain, sur le pré

Là où le bât blesse, « le hic » pour l’hebdomadaire satirique, c’est la « boîte privée Da Volterra » fondée par cet expert et qui « espère bien faire fortune sur le marché … de l’antibiorésistance ». « Da Volterra » , spécialisée dans le champ a priori porteur du microbiote et qui, fin 2017, a obtenu 20 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement pour développer son « produit phare » DAV132 qui a terminé deux essais cliniques de phase I.  Il s’agit ici de prévenir les maladies nosocomiales et de lutter contre l’antibiorésistance.

Le DAV132 est « un produit à base d’absorbant délivré uniquement dans la partie basse de l’intestin grêle. Co-administré avec des antibiotiques, n’importe lesquels, il permet d’éviter les effets néfastes de ces derniers sur la flore intestinale » expliquait en 2017 à La Tribune (Jean-Yves Paillé) Florence Séjourné, présidente de Da Volterra. « Pour éviter l’émergence de la résistance aux antibiotiques , le DAV132 agit comme un filtre », précisait-elle.  En s’associant à des laboratoires pharmaceutiques, Da Volterra espérait lancer le produit en 2019-2020 en Europe. Et aux Etats-Unis.

Y-at-il là un cas flagrant de conflit d’intérêts ? Le Canard le pense. Le Pr Andremont pense le contraire. Mon lien avec la société Da Volterra a été porté à la connaissance [du ministère] lorsque je l’ai rejoint en 2017 » a-t-il expliqué au volatile, ajoutant posséder aussi des « don de souscription d’actions » de la société. Mais Le Canard de citer un confrère (anonyme) de notre expert : « Je ne connais pas de situation de conflit d’intérêt aussi claire. C’est l’un des experts qui a conseillé au ministère de mettre en place ce plan, lequel fait monter le sujet de l’antibiorésistance, ce qui ne peut que bénéficier à Volterra et à son cours de Bourse ».

Où l’on en vient à regretter que ce confrère n’ose pas s’exprimer à visage découvert. Avant d’en découdre sur le pré.

A demain

@jynau

«Sortez Couverts!®» lubrifiés taille standard. Seront remboursés jusqu’au 1er mars 2024

Bonjour,

On ne lit jamais assez le Journal Officiel de la République française. Celui daté du 19 février 2019 publie un arrêté de la ministre des Solidarités et de la Santé ; un arrêté qui aurait réjoui les surréalistes comme les gauchistes de 68 : « Arrêté du 14 février 2019 portant inscription du préservatif masculin lubrifié SORTEZ COUVERTS ! du laboratoire POLIDIS au titre I de la liste des produits et prestations remboursables prévue à l’article L. 165-1 du code de la sécurité sociale ».

Nous sommes ici dans la suite d’EDEN® fabriqué en Thaïlande et commercialisé par « Majorelle 1erlaboratoire citoyen ». Aujourd’hui « SORTEZ COUVERTS ! ® » du laboratoire Polidis.

« Sortez couverts » ? Wikipédia nous rappelle que cette locution verbale a probablement initiée, et en tout cas popularisée par le slogan « Sortez couverts ! » de l’animateur de télévision français Christophe Dechavanne dans le cadre de la lutte contre le sida.  Littéralement elle signifie « sortir avec des vêtements protégeant de la pluie ». Mais elle fut conçue  pour s’adresser surtout aux « jeunes », le verbe sortir étant ici à prendre dans ses connotations amoureuses et festives : sortir avec une fille ou un garçon, sortir en boîte, etc.

Concrètement : utiliser un préservatif masculin lors de relations sexuelles afin de se protéger et protéger les autres des maladies infectieuses sexuellement transmissibles (virus de l’immunodéficience humaine – VIH ; virus de l’Herpès simplex – HSV-2) ; papillomavirus – HPV) ; hépatite B ; syphilis ; chlamydia ; gonorrhée ; trichomonas). Sans oublier sa dimension contraceptive.

« Pas de quoi, vieux. Et sors couvert, hein, parce que là, tu vas avoir affaire à des filles qui ont des heures de vol ! — (Alain TeuliéÀ part ça, les hommes vont bien…, Plon, 2007)

« Depuis quelques mois, il y a un affolement général autour de la maladie, on nous appelle « génération sida », on dit « protégez-vous », « sortez couverts », on parle de sang contaminé et de procès. — (Elsa Flageul, Les Mijaurées, Robert Laffont, 2016)

 Trois réclamations sur dix millions d’unités

Le remboursement de la boîte de douze préservatifs masculins lubrifiés en latex (taille standard) sera pris en charge à hauteur de 60 % par l’Assurance-maladie, le coût d’une boîte étant de 2 euros. Il faut toutefois une prescription signée soit par un médecin soit par une sage-femme. Ajoutons ceci, extrait du dossier de la HAS :

« Le demandeur [Polidis] rapporte qu’aucun évènement de matériovigilance n’a été déclaré depuis la commercialisation des préservatifs ‘’SORTEZ COUVERTS ! ®’’ jusqu’à 2017, sur près de 10 millions d’unités vendues en France. Néanmoins, trois réclamations suite à des défauts qualité du préservatif formulées par les utilisateurs sont signalées : – Une déchirure du préservatif lors de l’utilisation – Un préservatif pas assez lubrifié – Des picotements et irritations au niveau de la bouche et des parties génitales.

« Le demandeur précise que l’investigation n’a pas été possible pour le préservatif déchiré et l’irritation lors de l’utilisation compte tenu du manque d’informations. Pour le préservatif pas assez lubrifié l’industriel précise que l’analyse des préservatifs restants n’a pas fait ressortir de défaut qualité. Deux autres réclamations ont été transmises par les utilisateurs suite à une boîte abîmée et un emballage de préservatif soudé mais vide. »

Vigilance, donc. Et ultime précaution : la prise en charge par l’assurance-maladie ne sera pas éternelle ; sa fin est d’ores et déjà programmée : 1er mars 2024.

A demain

@jynau

 

 

«Fake vaccine» : alerte contre des vaccins antirabiques falsifiés attribués à Sanofi Pasteur

Bonjour

A qui se fier désormais au pays de Louis Pasteur ? L’OMS vient de lancer une alerte internationale concernant deux lots de vaccins antirabiques falsifiés de marque Verorab®. Une alerte relayée par l’Agence française de sécurité du médicament (ANSM).

Le Verorab® (Sanofi Pasteur), bien que disposant d’une autorisation de mise sur le marché, n’est pas commercialisé en  France car il est uniquement destiné à l’exportation. Ce vaccin n’est donc pas présent dans le circuit de distribution des médicaments sur le territoire français. Le vaccin contre la rage disponible sur le marché français s’appelle Vaccin Rabique Pasteur® (de Sanofi-Pasteur). L’ANSM ne le dit pas mais ce vaccin est en rupture de stock.

Le Verorab® est utilisé pour la prévention de la rage chez les enfants et les adultes. Il peut être utilisé pour protéger les personnes à risque d’exposition à la rage (vaccination préexposition) ou pour prévenir le développement de la rage après une exposition, généralement à la suite d’une morsure d’un animal chez lequel on suspecte une rage (prophylaxie post-exposition).

Deux lots de vaccins falsifiés ont été découverts à ce jour aux Philippines : Verorab vaccin antirabique à usage humain, préparé sur cultures cellulaires (inactivé) Lot n° NIE35 – péremption 04-2019. Verorab vaccin antirabique à usage humain, préparé sur cultures cellulaires (inactivé) Lot n°H1833 – péremption 10-2020

Au pays de Louis Pasteur

« Des enquêtes et des analyses sont en cours pour mieux évaluer le risque potentiel pour la santé, précise l’ANSM. Les personnes qui auraient reçu une vaccination antirabique au cours d’un séjour récent aux Philippines, à titre préventif ou suite à une exposition, sont invitées à prendre contact avec le Centre Antirabique de leur région. En effet, dans l’attente des résultats d’analyse de ces vaccins falsifiés actuellement en cours, et compte tenu du fait que ces deux numéros de lot ne correspondent à aucun lot produit, il doit être considéré que les vaccins reçus à cette occasion ne permettent pas avec certitude d’obtenir la protection souhaitée contre la rage. Une évaluation du risque résiduel de la rage suite à cette vaccination est alors nécessaire, et dans certains cas, une revaccination pourrait être recommandée. »

En décembre 2018, la Food and Drug Administration (FDA) des Philippines avait émis un avertissement de santé publique concernant des vaccins Verorab® falsifiés circulant dans le pays. Depuis, un nouveau lot de vaccins Verorab® falsifiés a été signalé. Des enquêtes et des analyses de laboratoire sont en cours pour mieux évaluer le risque potentiel pour la santé publique. L’OMS précise que fabricant déclaré, Sanofi Pasteur, a confirmé qu’il n’avait pas fabriqué ces vaccins. De fait les données variables (numéros de lot etc.) indiquées dans cette alerte ne correspondent pas aux archives authentiques de fabrication.

Reste à expliquer les véritables raisons des tensions d’approvisionnement du Vaccin Rabique Pasteur®. Et à préciser quelle est, le cas échéant, la meilleure conduite à tenir au pays de Louis Pasteur.

A demain

@jynau

 

 

 

Skis. On annonce une bouffée épidémique de rougeole dans la station de Val Thorens (Savoie)

Bonjour

Mauvaise nouvelle pour le tourisme que cette information mandée par l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône Alpes. Depuis le début de l’année 2019 on constate dans cette région une augmentation des cas de rougeole.

Mais, surtout, depuis la fin janvier dix-huit cas  ont été déclarés dans la célèbre station de Val Thorens. « Il s’agit majoritairement de jeunes adultes saisonniers résidant dans la station, explique l’ARS. Les professionnels de santé de la station ont été avertis et une information est en cours de diffusion à la population par la mairie. »

Par mesure de précaution, l’ARS invite toute personne à vérifier la vaccination de ses enfants et sa propre vaccination si elle n’a jamais eu la rougeole. Un message qui vaut pour les futurs vacanciers. En cas de doutes ou de questions, l’ARS recommande de consulter un médecin. « Cette recrudescence de la rougeole dans la région témoigne d’une circulation de plus en plus importante du virus en raison d’une couverture vaccinale insuffisante, ajoute-t-elle. Vérifiez si vous êtes à jour de votre vaccination contre la rougeole ! Il n’existe pas de traitement spécifique : la vaccination est donc le seul moyen efficace de se protéger. »

En viendra-t-on, demain, à vacciner d’autorité les « jeunes adultes saisonniers » ?

A demain

@jynau

 

 

 

Virologie et populisme : Donald Trump entend éradiquer l’épidémie de sida en une décennie

Bonjour

On ne connaît pas, en France, le rituel américain du « discours sur l’état de l’Union ». Un événement annuel qui voit le président exposer son programme pour l’année en cours devant la branche législative du gouvernement fédéral. Discours prononcé au Capitole des États-Unis, où les deux chambres sont réunies en Congrès. Discours  diffusé en direct à la télévision et à la radio. Importé en France ce rite démocratique permettrait aujourd’hui à Emanuel Macron de faire l’économie des ses incessants petits monologues de gymanses et salles des fêtes – dans l’hypothétique optique d’un Grand Débat National.

Outre-Atlantique le discours du 5 février restera peut-être gravé dans la mémoire des spécialistes internationaux de la santé publique. Donald Trump, président des Etats-Unis a en effet promis, dans son projet de budget, de demander « aux démocrates et aux républicains de dégager les moyens nécessaires pour éliminer l’épidémie de VIH aux Etats-Unis d’ici dix ans ». « Ensemble, nous vaincrons le sida en Amérique et au-delà », a-t-il affirmé – avant de demander un effort comparable « pour lutter contre les cancers de l’enfant » (sic).

Alex M. Azar II, secrétaire à la Santé a précisé ce qu’il en était de l’annonce présidentielle. Le but est de diminuer les contaminations par le VIH aux Etats-Unis, de 75% en cinq ans, et de 90% en dix ans. On estime aujourd’hui que près de 40 000 Américains contractent le virus chaque année, et qu’environ 165 000 personnes ignorent leur statut de séropositif.

Tâche titanesque

« Cette initiative, si elle est mise en place et financée, pourrait s’inscrire dans l’histoire comme l’une des plus grandes réussites de sa présidence », a déclaré Michael Ruppal, directeur de l’AIDS Institute. « Contrôler le VIH en une décennie est une tâche titanesque, mais nous applaudissons la volonté affichée », a pour sa part indiqué à l’AFP Michael Weinstein, président de l’AIDS Healthcare Foundation.

Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) précise que depuis cette annonce, le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis a publié une « factsheet » dans laquelle sont détaillés les leviers qui seront actionnés pour parvenir à une réduction de 75 % du nombre de nouvelles infections d’ici à 5 ans, et de 90 % d’ici à 10 ans.

« Les services américains envisagent d’assigner des équipes pluridisciplinaires dédiées aux 48 comtés, aux 7 États américains (Oklahoma, Arkansas, Missouri, Mississippi, Kentucky Caroline du Sud, Alabama), ainsi que San Juan et Puerto Rico qui regroupent plus de la moitié des nouvelles infections aux États-Unis. Ces équipes, baptisées « HIV HealthForce » seront chargées d’analyser les problématiques locales et d’aider à la mise en place de politiques spécifiques pour promouvoir le diagnostic et l’administration précoce du traitement, ainsi que les méthodes de prévention, et notamment la prophylaxie post-exposition. »

Mais encore ?  La Société internationale sur le sida (IAS)  salue « l’objectif ambitieux » affiché par Donald Trump. Mais prend bien soin de rappeller que ces déclarations ne sont pas cohérentes avec « la politiques et la rhétorique » du président américain « ciblant directement les trans- et plus généralement la communauté LGBT, les consommateurs de drogue injectable, les minorités ethniques, les réfugiés, les travailleuses du sexe et les droits sexuels des femmes ».

Une loi interdisant l’avortement tardif

« Cet objectif nécessite plus que du traitement et des programmes de prévention, rappelle l’IAS. Le Congrès et l’administration américaine devront revoir les politiques qui augmentent le risque d’infection et renforcent la stigmatisation et l’injustice sociale et de genre, incluant les mesures de bannissement des trans de l’armée ou le démantèlement des programmes publics à destination du public LGBT. »

Où l’on redécouvre en somme, à trente ans de distance, à quel point, au-delà du virologique à quel point l’épidémie de VIH est politique. Politique également cette conclusion, par Trump, du volet santé du discours sur l’état de l’Union : « Pour défendre la dignité de chaque personne, je demande au Congrès d’adopter une loi interdisant l’avortement tardif des enfants pouvant ressentir une douleur dans le ventre de leur mère ». Le Monde rappelle que l’avortement est, officiellement, autorisé aux Etats-Unis jusqu’à la 22e semaine de grossesse.

A demain

@jynau