Grand Débat : Marlène Schiappa osera animer une émission télévisée avec Cyril Hanouna

Bonjour

Janvier 2019 : George Orwell, Guy Debord et Jean-Claude Michéa sont bel et bien là. Ce sera un atelier dans le cadre du débat national. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, va « co-animer » vendredi 25 janvier avec Cyril Hanouna  une émission spéciale sur la chaîne C8  – propriété du groupe Canal+, filiale du groupe Vivendi qui a pour actionnaire majoritaire le groupe Bolloré, détenu par Vincent Bolloré).

Cela s’appellera « La parole aux Français » : un numéro spécial et en direct de la célèbre émission « Balance ton post ! ». Cela sera diffusé à 22 h 30 et « donnera la parole » (sic)  à des « retraités, infirmiers, demandeurs d’emploi, commerçants, enseignants, agriculteurs » (re-sic) qui « témoigneront de leur quotidien » (re-re-sic).

 « Ensemble, nous tenterons de transformer leurs problèmes en propositions », explique C8 qui  présente cette première comme « un échange citoyen avec des propositions concrètes » et non pas comme un « débat politique » : « Les téléspectateurs voteront en direct pour retenir sept idées qui seront transmises au gouvernement ».

Animal Farm

Désespérante l’affaire ne manque pas non plus d’être cocasse. Wikipédia observe ainsi qu’une « partie de la presse » a « remis en doute » certains des thèmes abordé par « Balance ton post ! » – et ce en dénonçant « une succession de débats surréalistes et de questions jugées absurdes ». Le 13 octobre dernier l’émission avait pour thème : « Pour ou contre l’IVG ? ». Marlène Schiappa avait alors « réagi sur les réseaux sociaux » en rappelant que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit puni par la loi.

« J’ai regardé l’émission car ma collègue Brune Poirson était invitée en plateau et je regarde dès que possible les passages de mes collègues, avait ensuite expliqué à 20 minutes la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Quand j’ai vu débarquer un militant anti-choix, j’ai immédiatement contacté Cyril Hanouna. Il a lu mes SMS en direct. J’ai notamment rappelé que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit, puni par la loi et cela a été lu en direct ».

De Orwell on peut relire « La Ferme des animaux » (Gallimard). Et de Jean-Claude Michéa « Le loup dans la bergerie – Qui commence par Kouchner finit toujours par Macron » (Flammarion).

A demain

@jynau

Le quotidien Libération raconte les souffrances de la psychiatrie. Qui lui en dira merci ?

Bonjour

Que vaudrait un média qui ne mènerait pas de combat 1 ? Edition de Libération datée du 9 janvier 2019. « La psychiatrie à cran. Sous-effectif, mauvais traitements, isolement des malades… Si la situation est très variable d’un lieu de soin à l’autre, la psychiatrie publique va mal. Tour de France des hôpitaux psy. »

Un édito, quatre pages, un entretien ( avec Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté), un petit tour de France des abcès hospitaliers plus ou moins enkystés (Saint-Etienne, Le Havre, Lyon, Plouguernével). Une certitude : les cinquante millions d’euros débloqués en urgence avant Noël par Agnès Buzyn ne seront en rien suffisants face à l’ampleur de la plaie. Communiqué officiel de la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Cette enveloppe bénéficiera à l’ensemble des régions et contribuera également à réduire les inégalités de financement existant aujourd’hui entre celles-ci. Cette mesure confirme la priorité que la Ministre, dès son arrivée, a souhaité donner à la psychiatrie et qu’elle a confirmé dans le cadre de  »Ma Santé 2022 ».

En 2019, l’accompagnement et la transformation de la psychiatrie seront poursuivis. Cela se traduira par la préservation renouvelée des moyens de la psychiatrie dans la campagne budgétaire à venir, par la création d’un fonds d’innovation en psychiatrie doté de 10 millions d’euro et par la priorisation des moyens et capacités d’accueil en pédopsychiatrie dans les territoires. La ministre réaffirme son engagement pour donner à la pédopsychiatrie et à la psychiatrie la priorité attendue au regard des enjeux sociétaux, au service du parcours de soins et de vie des patients et des familles, et renouvelle son soutien aux acteurs de la psychiatrie et de la santé mentale. »

Libération (Eric Favereau) :

« L’année 2019, année de tous les dangers pour la psychiatrie française ? Assurément. Le secteur de la psychiatrie publique est mal en point comme jamais. Et les autorités donnent le sentiment de faire juste ce qu’il faut pour que cela n’implose pas complètement. Fin décembre, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé qu’elle venait d’allouer en cette fin d’année une enveloppe de 50 millions d’euros (renouvelable) à la psychiatrie.

Rustine ministérielle

« Une rustine, ont réagi les syndicats de psychiatres. De fait, sur le terrain, ça continue de bloquer un peu partout. Une journée de lutte est annoncée pour le 22 janvier. ’Depuis ce printemps 2018, les personnels des hôpitaux psychiatriques se mobilisent un peu partout en France,est-il écrit dans un appel commun. Les patients et leurs familles subissent. Ils n’ont aucune prise sur la tournure que prennent leurs soins et accompagnements. Les hospitalisations deviennent délétères dans des services suroccupés, avec du personnel en sous-effectif et débordé par des tâches administratives.’’

« ‘’Des jeunes de 13-14 ans sont hospitalisés dans les services adultes, c’est insupportable’’alertait Jean-Yves Herment, infirmier qui a fait partie en juin des grévistes de la faim du centre hospitalier du Rouvray, près de Rouen. A Toulouse, les syndicats de l’hôpital psychiatrique Pinel s’agitent. ‘’La directrice des soins nous parle de mauvaise organisation. C’est inacceptable d’entendre ce discours.Nous avons besoin d’un budget décent et de moyens humainsexpliquait Patrick Estrade, syndicaliste.La psychiatrie va mal, très mal même. La situation est critique partout en France’’.» (…)»

« Troisième repère de la crise actuelle ajoute Favereau, le nombre impressionnant de postes de psychiatres vacants dans les hôpitaux, ou occupés par des médecins à diplômes étrangers. Près d’un poste sur trois est ainsi vacant, et dans certaines régions, ce sont au mois deux postes sur trois qui sont occupés soit par des médecins à diplômes étrangers, soit par des médecins intérimaires. Or on sait d’ores et déjà que dans les dix ans à venir, le manque de psychiatres ne fera que s’aggraver. Dans notre voyage dans les hôpitaux psy de France, cet enjeu est revenu comme un leitmotiv, grevant toute projection sur l’avenir. »

Paupérisation et facilité

Et maintenant ? Il y a un an, précisément, Agnès Buzyn avait choisi de s’exprimer sur le sujet. Le 26 janvier 2018 elle présentait un plan de « douze mesures d’urgence » en faveur de la psychiatrie. Et dans un entretien au Monde, corrigé jusqu’à la dernière seconde, elle livrait son constat et formulait quelques idées. Extraits.

« La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles…

« On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur. »

« Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à déstigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

 Le Monde demanda alors à la ministre si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondit Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. »

Loin d’imaginer une augmentation des moyens on en restait donc, au mieux, à un statu quo. « Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorquait alors la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. » Un an plus tard la même ministre débloque cinquante million d’euros pour une discipline paupérisée. Facilité ou pas, cela ne sera pas assez.

Que vaudrait un média qui ne mène pas de combat ?

A demain

@jynau

1 « Mon hôpital psychiatrique va craquer » Antoine Hasday Slate.fr 12 septembre 2018 « La psychiatrie française est-elle inhumaine ? » Jean-Yves Nau Slate.fr 6 mars 2018

Bernard Tapie se met au service de l’hôpital public On attend un débat avec Agnès Buzyn 

Bonjour

« La bête bouge encore » dit-il de lui. A nouveau Bernard Tapie, 75 ans, son regard, sa gouaille, son énergie intacte, son appétit de vie. Après avoir lutté contre un cancer digestif  l’homme était présent, le 29 novembre, au 20 Heures de France 2. Neuf minutes sans une pose face à Anne-Sophie Lapix. Il précise avoir choisi l’hôpital public et avoir beaucoup appris à voir des médecins de près « parce que personne ne peut se rendre compte à quel point on leur est redevable ». « C’est des gens qui consacrent toute leur vie… C’est même pas un métier, c’est vraiment un sacerdoce… Ils travaillent parfois dans des conditions pas faciles, avec des sous-effectifs … Et donc je les ai admiré. Ils donnent la vie … ils nous accompagnent tout au long de notre existence et ils méritent franchement un peu plus de considération qu’ils n’en ont. »

Ce « patient -témoin » est depuis peu le parrain d’honneur de la nouvelle promotion de la faculté de médecine de Nice.  Et d’évoquer le manque de dialogue, sur la maladie, entre les médecins et leurs patients. Le manque de soutien, le manque de transfert d’énergie, le fait de ne pas donner assez « l’envie de se battre ». Et Bernard Tapie, comme tant et tant d’autres, de qualifier d’ « épouvantables » (et de dénoncer) les manques d’effectifs dans les rangs des soignants hospitaliers.

« Ne pouvant pas ne pas s’occuper de ce qui ne le regarde pas » ce « patient-témoin » a décidé de s’attaquer au sujet. Avec « cinq ou six professeurs » il travaille à un projet pour le moins original : l’arrivée de « sous aides-soignants » au sein du monde hospitalier –  « pour pouvoir donner un coup de main et une présence ».

« Comment les paiera-t-on ?

– Si vous prenez un chômeur qui est payé pour être chômeur… qui perd le sens de sa responsabilité, et qui perd le sens de l’utilité … c’est dramatique. Un jeune qui est au chômage, il a le sentiment d’être inutile, Or là il va être utile. On va lui donner le goût d’être utile … et, pourquoi pas, le goût d’une passion nouvelle.

« Ce sera du concret ?

– Dans moins de deux mois, vous verrez.»

Et Bernard Tapie de dénoncer, quelques heures avant l’annonce de la nouvelle crise du valsartan, le scandale des pénuries de médicaments et l’envolée de prix des nouvelles spécialités. « Il faut que les plus riches de France acceptent de créer un laboratoire qui fabriquera à prix coûtant toutes les molécules tombées dans le domaine public. » Les plus riches de France ? « Arnaud, Bolloré, Xavier Niel etc. » « Cela nous permettra de ne pas laisser notre sort entre les mains des Chinois. » « La bête bouge encore ».

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@jynau

 

Historique : certaines infirmières françaises vont pouvoir effectuer des gestes médicaux

Bonjour

Pourquoi tant et tant d’ingratitude ? Une fois encore Agnès Buzyn omet de saluer le travail préliminaire de Marisol Touraine. Tout au plus se borne-t-elle à évoquer ce qui été « prévu par la loi de modernisation de notre système de santé » : la « pratique avancée » pour la profession infirmière. Pour annoncer à la presse que cette pratique est (enfin) officiellement reconnue en France avec la publication au Journal Officiel de ce jour d’un décret signé Agnès Buzyn.

Il s’agit ici d’une innovation que l’on peut tenir pour majeure : les infirmier.e.s en pratique avancée disposeront de compétences élargies, « à l’interface de l’exercice infirmier et de l’exercice médical ». Ils pourront suivre (avec leur accord) des patients confiés par un médecin de l’équipe de soins au sein de laquelle ils exerceront, sur la base d’un protocole d’organisation établi pour préciser les modalités de leur travail en commun. A l’inverse les infirmiers adresseront à nouveau leurs patients au médecin « lorsque les limites de leur champ de compétences seront atteintes ».

Mandarins

Dans ce cadre les infirmiers en pratique avancée auront la responsabilité du suivi régulier des patients pour leurs pathologies – ils pourront « prescrire des examens complémentaires, demander des actes de suivi et de prévention ou encore renouveler ou adapter, si nécessaire, certaines prescriptions médicales ».

Tout cela nécessitera un nouveau diplôme d’Etat (reconnu au grade de master) délivré à l’issue d’une formation universitaire de deux ans. « Les premiers étudiants seront accueillis dès septembre prochain dans une dizaine d’universités accréditées, dont la liste sera officialisée dans les prochains jours, précise-t-on au ministère eds Solidarités et de la Santé.  Des dispositifs de validation de l’expérience et des connaissances déjà acquises par les infirmiers seront également mis en place par ces universités. »

Corollaire : cette nouvelle pratique et ces nouvelles compétences bénéficieront d’une reconnaissance en termes de statut et de rémunération. Mieux : ceci n’est qu’une première étape. Demain l’exercice infirmier en pratique avancée sera étendu à d’autres prises en charge et à d’autres professions paramédicales.

Une étape majeure ? Sans doute. Une étape historique ? Peut-être. On se souvient de mandarins dans l’âme qui n’auraient jamais accepté une telle évolution. Mais on se souvient aussi de mandarins qui avaient, dans les faits, heureusement autorisés des infirmières hautement compétentes à étendre largement leur champ d’intervention. Pour le plus grand bien de tous.

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Les soignants peuvent-ils « séquestrer » leurs « managers » pour mieux se faire entendre ?

Bonjour

Les médias généralistes nationaux n’en parlent pas. Ou si peu. Une larme sur France Culture. Sécheresse sur France Inter. Depuis plusieurs semaines un mouvement de grève du personnel affecte le fonctionnement de l’hôpital psychiatrique Pierre-Janet du Havre (ville dont l’actuel Premier ministre Edouard Philippe fut un temps un édile). Pourtant les images sont là : depuis dix jours un groupe de sept agents occupe le toit de l’établissement pour réclamer l’ouverture d’une nouvelle unité d’hospitalisation, la création de cinquante postes, l’arrêt de la polyvalence des agents et la titularisation des personnels aux statuts précaires. Nous sommes loin, ici, du maintien d’on ne sait quel « privilège ».

« Ce mouvement a franchi un cap le jeudi 5 juillet au soir. Entre 19 h 30 et 20 h 20, les grévistes ont retenu le directeur de l’établissement, son adjointe et la directrice des soins au dernier étage du bâtiment, rapportent quelques médias. Ils avaient été, le matin, une vingtaine à prendre la décision de séquestrer leur directeur après l’échec des négociations organisées le matin.  Tous ont quitté les lieux vers 21 heures après avoir discuté avec les représentants syndicaux et deux médecins de l’établissement. »

Les syndicalistes rejettent le terme de « séquestration » pour lui préférer celui de « blocage ». Le Syndicat des managers publics de santé (SMPS) a aussitôt dénoncé des méthodes « injustifiables et inadmissibles ». Le syndicat se désole qu’« une nouvelle fois, l’intimidation, la contrainte, l’emploi de la force ne soient pas considérés comme des lignes rouges, mais comme des moyens utilisables pour obtenir satisfaction ». Les grands mots. Le refus de comprendre la dimension symptomatique, le poids du symbolique. Faut-il redire que la « satisfaction », ici, vise les malades ?

Que disent d’autres ces syndicalistes-managers ? Ils  appellent de ses vœux le retour à l’apaisement et demande aux pouvoirs publics de rappeler « fermement à la règle les personnes à l’initiative de tels actes ». Où l’on mesure, au Havre comme ailleurs, le chemin qui reste à accomplir pour une convergence des luttes syndicales au sein de l’hôpital.

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Hôpital du Rouvray : combien faut-il de kilos en moins pour trente postes en plus ?

Bonjour

Applaudissements radiophoniques : fin du conflit.  L’intersyndicale de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, a annoncé vendredi 8 juin qu’un compromis venait, in fine, d’être trouvé. Des salariés y étaient en grève de la faim depuis plus de deux semaines pour demander la création de cinquante-deux postes. La direction était muette et l’Agence régionale de santé (ARS) avait rompu les ponts. Visite de Benoît Hamon. Importante couverture médiatique nationale. Agnès Buzyn comme totalement étrangère au sujet.

Puis ccupation des bureaux de la direction. Hospitalisation en urgence des premiers grévistes. Annonce de l’envoi d’émissaires depuis Paris. Puis annulation de l’annonce. Puis, vendredi 8 juin, abcès crevé. A quel prix ?

Interrogé par un correspondant de l’Agence France-Presse, Sébastien Ascoet, délégué syndical CGT, qui participait aux négociations, a précisé que l’accord portait notamment sur la création de trente postes et d’une unité pour adolescents. Aux dernières nouvelles la direction proposait, royalement, cinq postes.

Et, une nouvelle fois, un pouvoir qui fuit la prise de parole pédagogique : « l’ARS n’a pas confirmé dans l’immédiat le contenu de l’accord, mais elle a promis de le révéler par un communiqué » précise l’AFP. Aussi se retourne-t-on vers la CGT qui annonce la création d’une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) – unité qui prend en charge des personnes incarcérées nécessitant des soins psychiatriques en hospitalisation complète.

L’hôpital du Rouvray est le troisième hôpital psychiatrique de France en nombre de patients. La forme prise par ce conflit témoigne des violences qui traversent et déchirent, aujourd’hui, le tissu hospitalier français. Un tissu que le président de la République a promis de commencer à ravauder avant l’été.

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Mourir, à 90 ans, dans la salle d’attente des urgences d’un CHU. Accepter ou s’indigner ?

 

Bonjour

18 mai 2018. Nouvelle République : « Deux décès de nonagénaires mal vécus aux urgences » (Olivier Pouvreau). Où l’on apprend que deux femmes, âgées l’une et l’autre de 90 ans, viennent de mourir aux urgences du CHU Trousseau de Tours. Mortes dans la salle d’attente des urgences. La première y était venue adressée par un Ehpad de Tours. Elle y est morte dans la nuit du 11 au 12 avril, à minuit. La seconde avait été adressée par un service de soins de la commune voisine de Luynes, décédée à 20 h 45, le 3 mai. « Cela provoque beaucoup d’émotion chez les familles et dans les services, lit-on dans La Nouvelle République. La plaie reste ouverte. »

Le quotidien régional a interrogé le Dr Pierre-François Dequin, chef de pôle. « Nous avons régulièrement des décès aux urgences, malheureusement, explique-t-il. Le service s’est organisé car nous y accueillons de plus en plus de personnes en fin de vie. Il faut accompagner au mieux ces patients qui ont des pathologies lourdes parfois. Il ne serait pas raisonnable de les transférer dans d’autres services. Ces deux événements nous ont marqués, en effet, car ils ont eu lieu en salle d’attente. Ces personnes avaient déjà vu une infirmière de l’organisation de l’accueil. Les personnels et familles sont évidemment meurtris par cette situation. C’est un drame. Nous sommes de tout cœur avec eux.»

Soignants allongés au sol, sur les voies du tramway

Le Dr Dequin rappelle encore que le vieillissement de la population est un problème sociétal important, que l’hôpital n’est qu’un maillon de la chaîne, qu’il lui faut accueillir ces patients, de façon la plus humaine possible, « même si le cadre n’est pas idéal ». Et que son hôpital s’adapte le mieux possible à cette mission nouvelle.

Contactés par le quotidien deux représentants syndicaux du CHU établissaient un lien entre ces décès et « la suppression de lits et postes ». Et s’interrogeaient sur « les conditions de la prise en charge » des personnes. A leurs yeux, mourir en salle d’attente des urgences c’est « difficilement compréhensible ».

18 mai 2018. Nouvelle République : « CHU : ‘’jeudi de la colère’’ ». Où l’on entend le long « cri du cœur » lancé la veille par Anita Garnier, infirmière de nuit aux urgences au CHU Trousseau, syndiquée Sud. Elle s’exprimait devant ses collègues allongés au sol, sur les voies du tramway, place Jean-Jaurès à Tours, comme pour exprimer la mort de leurs métiers :

 « Mes conditions de travail, ça me tue, revenir sur mes congés, ça me tue, voir mes collègues souffrir, la maltraitance institutionnelle, les suppressions de postes, ça me tue, la fermeture des lits, l’attente aux urgences, le marchandising du soin, ça me tue… Le manque de temps auprès des patients, le mépris, les suicides de mes collègues, la pression au travail, les nursings à la chaîne, ça me tue… »

A demain