AP-HP, urgences : après l’affaire de Lariboisière, voici le temps de la «grève illimitée»

Bonjour

Nouveau symptôme signifiant de troubles vécus par le système hospitalier français. Et prolongement de la récente « affaire de Lariboisière » : une femme âgée de 55 ans retrouvée morte dans la zone d’attente des urgences de cet hôpital douze heures après son admission – sans avoir été examinée par un médecin. Expliquer cette « défaillance » dans la prise en charge d’une patiente ? « Il n’y a pas de faute individuelle d’un soignant, mais une série de dysfonctionnements qui n’ont pas permis d’arrêter le processus menant au drame », avait expliqué au Monde le Pr Dominique Pateron, le président de la collégiale des urgences de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l’issue d’une mission d’enquête. Les capacités du service avait été dépassées.

Puis, dans une tribune publiée (toujours dans Le Monde) en janvier, quatorze chefs de service 1 avaient jugé que cette saturation permanente des urgences « augmentait considérablement les risques d’erreurs médicales et use les équipes ». Ils avaient appelé à un « grand plan en faveur des urgences », prévoyant notamment la possibilité de « filtrer l’accès » à ces lieux de soins.

Et loin de s’être résorbé l’abcès a grossi. En dépit des initiatives de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP les infirmiers et les aides-soignants de quatre services d’urgence (SAU) parisiens (Lariboisière, Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis, Tenon) devraient rejoindre ceux de l’hôpital Saint-Antoine dans une grève illimitée. Objectif :  obtenir une amélioration de leurs conditions de travail et des augmentations de salaire. Un mouvement dont les organisateurs espèrent qu’il s’étendra  aux vingt autres SAU du groupe puis à ceux de l’ensemble du pays. Un mouvement qui  ne devrait pas perturber  la prise en charge des patients : les grévistes sont assignés de manière à assurer une continuité des soins. Un mouvement soutenu par les syndicats SUD et CGT.

Palais de l’Elysée

Outre les quarante-cinq nouveaux postes déjà promis (à répartir entre les vingt-cinq services), Martin Hirsch a annoncé dans une lettre envoyée aux syndicats le 9 avril qu’un groupe de travail établirait « dans un délai de deux mois » de tels ratios. « Je m’engage à assurer un parallélisme entre l’augmentation de l’activité et le renforcement des effectifs, ce qui est un vrai progrès,assure-t-il au Monde (François Béguin). Comme, en plus nous veillerons à bien remplacer les congés de maternité, à titulariser plus vite, et à renforcer les effectifs de sécurité, les agents vont voir un réel effet. »

Outre la « dégradation de la qualité de la prise en charge » dans les SAU, les grévistes pointent également l’augmentation de l’agressivité et des violences dans ces services où sont accueillis des patients en situation de précarité – parfois atteints de pathologies psychiatriques. Martin Hirsch assure qu’il va « accélérer »la mise en œuvre d’un plan visant à renforcer la sécurité de l’ensemble des sites. Ce sera non, en revanche, pour l’octroi d’une prime mensuelle de 300 euros : les grévistes doivent sur ce point s’adresser à la ministre Agnès Buzyn – ou, mieux, au Palais de l’Elysée.

A demain

@jynau

 Philippe Juvin, chef de service des urgences, hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), Paris; Marie-Christine Ballester, chef de service des urgences, hôpital Foch, Suresnes ; Sebastien Beaune, chef de service des urgences, hôpital Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt ; Enrique Casalino,chef de service des urgences-SMUR, CHU Bichat, Paris et CHU Beaujon, Clichy ; Arnaud Depil-Duval, chef de service des urgences, CH Eure-Seine, Evreux-Vernon ; Benoît Doumenc, chef de service des urgences, CHU Cochin, Paris ; Luc-Marie Joly, chef de service des urgences, CHU Rouen ; Mehdi Khellaf, chef de service des urgences, CHU Henri-Mondor, Créteil ; Catherine Le Gall, chef du service des urgences, centre hospitalier d’Argenteuil ; Eric Roupie, chef de service des urgences-SAMU 14, CHU de Caen ; Jeannot Schmidt, chef de pôle SAMU-SMUR-Urgences CHU Clermont-Ferrand/CH de Riom ; Mathias Wargon, chef de service des urgences-SMUR, CH de Saint-Denis ; Eric Wiel, chef de service des urgences-SAMU du Nord, CHU de Lille ; Caroline Zanker, chef de service des urgences, hôpital franco-britannique de Levallois.

 

 

Vidéo : le superbe coup de poing des infirmières urgentistes de l’hôpital de Saint-Malo

Bonjour

C’est une urgence pour qui s’intéresse à la politique et à la santé publique: voir, entendre et diffuser : « Toute la santé du monde ! ».  Trois minutes qui disent tout des impasses hospitalières actuelles. Une séquence heureusement reprise le 5 mars au 20 heures de France 2. Une situation classique, une grève qui s’éterniste, des urgences sous-dimensionnées et débordées, le refus des soignants d’accepter l’inacceptable, la perte de sens combattue par la colère et une direction hospitalière qui, comme toujours, feint de ne pas comprendre l’ampleur des dégâts.

« Toute la santé du monde ! », donc. Par les « Tenues blanches des urgences » depuis les nouveaux remparts de Saint-Malo – joliment inspiré de « Tout le bonheur du monde ! » (clip officiel). Voici :

« On vous souhaite toute la santé du monde/Mais avec nous c’est plus certain/On manque de sous, on manque de tout/Mais surtout on manque de mains/On vous souhaite toute la santé du monde/Mais sans moyens on ne peut rien/Et qu’la direction nous répond/Qu’on n’a p’lus d’sous qu’on n’a plus rien

 « Puisqu’on travail avec l’humain/Qu’on a vos vies entre nos mains/Et qu’on a tous besoin de soins/Avec c’qu’on a à vous offrir/C’est juste attendre et vous sourire/Et de prier pour s’en sortir/Et puisqu’on sera toujours là/Pour vous sortir des mauvais pas….

 « On vous souhaite toute la santé du monde/Mais avec nous c’est plus certain/On manque de sous, on manque de tout/Mais surtout on manque de mains/On vous souhaite toute la santé du monde/Mais sans moyens on ne peut rien/Et qu’la direction nous répond/Qu’on n’a p’lus d’sous qu’on n’a plus rien

 « Notre système arrive à bout/On nous fait faire des journées d’fous/Faut du rendement et puis c’est tout/Et comme on n’a pas quatre bras/Et que (… inaudible….)  ne suffit pas/On se demande ce qu’on fout là /Espérons qu’avec le temps /Que le changement c’est maintenant

 « On vous souhaite toute la santé du monde/Mais avec nous c’est plus certain/On manque de sous, on manque de tout/Mais surtout on manque de mains/On vous souhaite toute la santé du monde/Mais sans moyens on ne peut rien/Et qu’la direction nous répond/Qu’on n’a p’lus d’sous qu’on n’a plus rien (…) »

 A demain

@jynau

 

 

Grand Débat : Marlène Schiappa osera animer une émission télévisée avec Cyril Hanouna

Bonjour

Janvier 2019 : George Orwell, Guy Debord et Jean-Claude Michéa sont bel et bien là. Ce sera un atelier dans le cadre du débat national. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, va « co-animer » vendredi 25 janvier avec Cyril Hanouna  une émission spéciale sur la chaîne C8  – propriété du groupe Canal+, filiale du groupe Vivendi qui a pour actionnaire majoritaire le groupe Bolloré, détenu par Vincent Bolloré).

Cela s’appellera « La parole aux Français » : un numéro spécial et en direct de la célèbre émission « Balance ton post ! ». Cela sera diffusé à 22 h 30 et « donnera la parole » (sic)  à des « retraités, infirmiers, demandeurs d’emploi, commerçants, enseignants, agriculteurs » (re-sic) qui « témoigneront de leur quotidien » (re-re-sic).

 « Ensemble, nous tenterons de transformer leurs problèmes en propositions », explique C8 qui  présente cette première comme « un échange citoyen avec des propositions concrètes » et non pas comme un « débat politique » : « Les téléspectateurs voteront en direct pour retenir sept idées qui seront transmises au gouvernement ».

Animal Farm

Désespérante l’affaire ne manque pas non plus d’être cocasse. Wikipédia observe ainsi qu’une « partie de la presse » a « remis en doute » certains des thèmes abordé par « Balance ton post ! » – et ce en dénonçant « une succession de débats surréalistes et de questions jugées absurdes ». Le 13 octobre dernier l’émission avait pour thème : « Pour ou contre l’IVG ? ». Marlène Schiappa avait alors « réagi sur les réseaux sociaux » en rappelant que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit puni par la loi.

« J’ai regardé l’émission car ma collègue Brune Poirson était invitée en plateau et je regarde dès que possible les passages de mes collègues, avait ensuite expliqué à 20 minutes la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Quand j’ai vu débarquer un militant anti-choix, j’ai immédiatement contacté Cyril Hanouna. Il a lu mes SMS en direct. J’ai notamment rappelé que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit, puni par la loi et cela a été lu en direct ».

De Orwell on peut relire « La Ferme des animaux » (Gallimard). Et de Jean-Claude Michéa « Le loup dans la bergerie – Qui commence par Kouchner finit toujours par Macron » (Flammarion).

A demain

@jynau

Le quotidien Libération raconte les souffrances de la psychiatrie. Qui lui en dira merci ?

Bonjour

Que vaudrait un média qui ne mènerait pas de combat 1 ? Edition de Libération datée du 9 janvier 2019. « La psychiatrie à cran. Sous-effectif, mauvais traitements, isolement des malades… Si la situation est très variable d’un lieu de soin à l’autre, la psychiatrie publique va mal. Tour de France des hôpitaux psy. »

Un édito, quatre pages, un entretien ( avec Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté), un petit tour de France des abcès hospitaliers plus ou moins enkystés (Saint-Etienne, Le Havre, Lyon, Plouguernével). Une certitude : les cinquante millions d’euros débloqués en urgence avant Noël par Agnès Buzyn ne seront en rien suffisants face à l’ampleur de la plaie. Communiqué officiel de la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Cette enveloppe bénéficiera à l’ensemble des régions et contribuera également à réduire les inégalités de financement existant aujourd’hui entre celles-ci. Cette mesure confirme la priorité que la Ministre, dès son arrivée, a souhaité donner à la psychiatrie et qu’elle a confirmé dans le cadre de  »Ma Santé 2022 ».

En 2019, l’accompagnement et la transformation de la psychiatrie seront poursuivis. Cela se traduira par la préservation renouvelée des moyens de la psychiatrie dans la campagne budgétaire à venir, par la création d’un fonds d’innovation en psychiatrie doté de 10 millions d’euro et par la priorisation des moyens et capacités d’accueil en pédopsychiatrie dans les territoires. La ministre réaffirme son engagement pour donner à la pédopsychiatrie et à la psychiatrie la priorité attendue au regard des enjeux sociétaux, au service du parcours de soins et de vie des patients et des familles, et renouvelle son soutien aux acteurs de la psychiatrie et de la santé mentale. »

Libération (Eric Favereau) :

« L’année 2019, année de tous les dangers pour la psychiatrie française ? Assurément. Le secteur de la psychiatrie publique est mal en point comme jamais. Et les autorités donnent le sentiment de faire juste ce qu’il faut pour que cela n’implose pas complètement. Fin décembre, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé qu’elle venait d’allouer en cette fin d’année une enveloppe de 50 millions d’euros (renouvelable) à la psychiatrie.

Rustine ministérielle

« Une rustine, ont réagi les syndicats de psychiatres. De fait, sur le terrain, ça continue de bloquer un peu partout. Une journée de lutte est annoncée pour le 22 janvier. ’Depuis ce printemps 2018, les personnels des hôpitaux psychiatriques se mobilisent un peu partout en France,est-il écrit dans un appel commun. Les patients et leurs familles subissent. Ils n’ont aucune prise sur la tournure que prennent leurs soins et accompagnements. Les hospitalisations deviennent délétères dans des services suroccupés, avec du personnel en sous-effectif et débordé par des tâches administratives.’’

« ‘’Des jeunes de 13-14 ans sont hospitalisés dans les services adultes, c’est insupportable’’alertait Jean-Yves Herment, infirmier qui a fait partie en juin des grévistes de la faim du centre hospitalier du Rouvray, près de Rouen. A Toulouse, les syndicats de l’hôpital psychiatrique Pinel s’agitent. ‘’La directrice des soins nous parle de mauvaise organisation. C’est inacceptable d’entendre ce discours.Nous avons besoin d’un budget décent et de moyens humainsexpliquait Patrick Estrade, syndicaliste.La psychiatrie va mal, très mal même. La situation est critique partout en France’’.» (…)»

« Troisième repère de la crise actuelle ajoute Favereau, le nombre impressionnant de postes de psychiatres vacants dans les hôpitaux, ou occupés par des médecins à diplômes étrangers. Près d’un poste sur trois est ainsi vacant, et dans certaines régions, ce sont au mois deux postes sur trois qui sont occupés soit par des médecins à diplômes étrangers, soit par des médecins intérimaires. Or on sait d’ores et déjà que dans les dix ans à venir, le manque de psychiatres ne fera que s’aggraver. Dans notre voyage dans les hôpitaux psy de France, cet enjeu est revenu comme un leitmotiv, grevant toute projection sur l’avenir. »

Paupérisation et facilité

Et maintenant ? Il y a un an, précisément, Agnès Buzyn avait choisi de s’exprimer sur le sujet. Le 26 janvier 2018 elle présentait un plan de « douze mesures d’urgence » en faveur de la psychiatrie. Et dans un entretien au Monde, corrigé jusqu’à la dernière seconde, elle livrait son constat et formulait quelques idées. Extraits.

« La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles…

« On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur. »

« Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à déstigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

 Le Monde demanda alors à la ministre si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondit Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. »

Loin d’imaginer une augmentation des moyens on en restait donc, au mieux, à un statu quo. « Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorquait alors la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. » Un an plus tard la même ministre débloque cinquante million d’euros pour une discipline paupérisée. Facilité ou pas, cela ne sera pas assez.

Que vaudrait un média qui ne mène pas de combat ?

A demain

@jynau

1 « Mon hôpital psychiatrique va craquer » Antoine Hasday Slate.fr 12 septembre 2018 « La psychiatrie française est-elle inhumaine ? » Jean-Yves Nau Slate.fr 6 mars 2018

Bernard Tapie se met au service de l’hôpital public On attend un débat avec Agnès Buzyn 

Bonjour

« La bête bouge encore » dit-il de lui. A nouveau Bernard Tapie, 75 ans, son regard, sa gouaille, son énergie intacte, son appétit de vie. Après avoir lutté contre un cancer digestif  l’homme était présent, le 29 novembre, au 20 Heures de France 2. Neuf minutes sans une pose face à Anne-Sophie Lapix. Il précise avoir choisi l’hôpital public et avoir beaucoup appris à voir des médecins de près « parce que personne ne peut se rendre compte à quel point on leur est redevable ». « C’est des gens qui consacrent toute leur vie… C’est même pas un métier, c’est vraiment un sacerdoce… Ils travaillent parfois dans des conditions pas faciles, avec des sous-effectifs … Et donc je les ai admiré. Ils donnent la vie … ils nous accompagnent tout au long de notre existence et ils méritent franchement un peu plus de considération qu’ils n’en ont. »

Ce « patient -témoin » est depuis peu le parrain d’honneur de la nouvelle promotion de la faculté de médecine de Nice.  Et d’évoquer le manque de dialogue, sur la maladie, entre les médecins et leurs patients. Le manque de soutien, le manque de transfert d’énergie, le fait de ne pas donner assez « l’envie de se battre ». Et Bernard Tapie, comme tant et tant d’autres, de qualifier d’ « épouvantables » (et de dénoncer) les manques d’effectifs dans les rangs des soignants hospitaliers.

« Ne pouvant pas ne pas s’occuper de ce qui ne le regarde pas » ce « patient-témoin » a décidé de s’attaquer au sujet. Avec « cinq ou six professeurs » il travaille à un projet pour le moins original : l’arrivée de « sous aides-soignants » au sein du monde hospitalier –  « pour pouvoir donner un coup de main et une présence ».

« Comment les paiera-t-on ?

– Si vous prenez un chômeur qui est payé pour être chômeur… qui perd le sens de sa responsabilité, et qui perd le sens de l’utilité … c’est dramatique. Un jeune qui est au chômage, il a le sentiment d’être inutile, Or là il va être utile. On va lui donner le goût d’être utile … et, pourquoi pas, le goût d’une passion nouvelle.

« Ce sera du concret ?

– Dans moins de deux mois, vous verrez.»

Et Bernard Tapie de dénoncer, quelques heures avant l’annonce de la nouvelle crise du valsartan, le scandale des pénuries de médicaments et l’envolée de prix des nouvelles spécialités. « Il faut que les plus riches de France acceptent de créer un laboratoire qui fabriquera à prix coûtant toutes les molécules tombées dans le domaine public. » Les plus riches de France ? « Arnaud, Bolloré, Xavier Niel etc. » « Cela nous permettra de ne pas laisser notre sort entre les mains des Chinois. » « La bête bouge encore ».

A demain

@jynau

 

Historique : certaines infirmières françaises vont pouvoir effectuer des gestes médicaux

Bonjour

Pourquoi tant et tant d’ingratitude ? Une fois encore Agnès Buzyn omet de saluer le travail préliminaire de Marisol Touraine. Tout au plus se borne-t-elle à évoquer ce qui été « prévu par la loi de modernisation de notre système de santé » : la « pratique avancée » pour la profession infirmière. Pour annoncer à la presse que cette pratique est (enfin) officiellement reconnue en France avec la publication au Journal Officiel de ce jour d’un décret signé Agnès Buzyn.

Il s’agit ici d’une innovation que l’on peut tenir pour majeure : les infirmier.e.s en pratique avancée disposeront de compétences élargies, « à l’interface de l’exercice infirmier et de l’exercice médical ». Ils pourront suivre (avec leur accord) des patients confiés par un médecin de l’équipe de soins au sein de laquelle ils exerceront, sur la base d’un protocole d’organisation établi pour préciser les modalités de leur travail en commun. A l’inverse les infirmiers adresseront à nouveau leurs patients au médecin « lorsque les limites de leur champ de compétences seront atteintes ».

Mandarins

Dans ce cadre les infirmiers en pratique avancée auront la responsabilité du suivi régulier des patients pour leurs pathologies – ils pourront « prescrire des examens complémentaires, demander des actes de suivi et de prévention ou encore renouveler ou adapter, si nécessaire, certaines prescriptions médicales ».

Tout cela nécessitera un nouveau diplôme d’Etat (reconnu au grade de master) délivré à l’issue d’une formation universitaire de deux ans. « Les premiers étudiants seront accueillis dès septembre prochain dans une dizaine d’universités accréditées, dont la liste sera officialisée dans les prochains jours, précise-t-on au ministère eds Solidarités et de la Santé.  Des dispositifs de validation de l’expérience et des connaissances déjà acquises par les infirmiers seront également mis en place par ces universités. »

Corollaire : cette nouvelle pratique et ces nouvelles compétences bénéficieront d’une reconnaissance en termes de statut et de rémunération. Mieux : ceci n’est qu’une première étape. Demain l’exercice infirmier en pratique avancée sera étendu à d’autres prises en charge et à d’autres professions paramédicales.

Une étape majeure ? Sans doute. Une étape historique ? Peut-être. On se souvient de mandarins dans l’âme qui n’auraient jamais accepté une telle évolution. Mais on se souvient aussi de mandarins qui avaient, dans les faits, heureusement autorisés des infirmières hautement compétentes à étendre largement leur champ d’intervention. Pour le plus grand bien de tous.

A demain

Les soignants peuvent-ils « séquestrer » leurs « managers » pour mieux se faire entendre ?

Bonjour

Les médias généralistes nationaux n’en parlent pas. Ou si peu. Une larme sur France Culture. Sécheresse sur France Inter. Depuis plusieurs semaines un mouvement de grève du personnel affecte le fonctionnement de l’hôpital psychiatrique Pierre-Janet du Havre (ville dont l’actuel Premier ministre Edouard Philippe fut un temps un édile). Pourtant les images sont là : depuis dix jours un groupe de sept agents occupe le toit de l’établissement pour réclamer l’ouverture d’une nouvelle unité d’hospitalisation, la création de cinquante postes, l’arrêt de la polyvalence des agents et la titularisation des personnels aux statuts précaires. Nous sommes loin, ici, du maintien d’on ne sait quel « privilège ».

« Ce mouvement a franchi un cap le jeudi 5 juillet au soir. Entre 19 h 30 et 20 h 20, les grévistes ont retenu le directeur de l’établissement, son adjointe et la directrice des soins au dernier étage du bâtiment, rapportent quelques médias. Ils avaient été, le matin, une vingtaine à prendre la décision de séquestrer leur directeur après l’échec des négociations organisées le matin.  Tous ont quitté les lieux vers 21 heures après avoir discuté avec les représentants syndicaux et deux médecins de l’établissement. »

Les syndicalistes rejettent le terme de « séquestration » pour lui préférer celui de « blocage ». Le Syndicat des managers publics de santé (SMPS) a aussitôt dénoncé des méthodes « injustifiables et inadmissibles ». Le syndicat se désole qu’« une nouvelle fois, l’intimidation, la contrainte, l’emploi de la force ne soient pas considérés comme des lignes rouges, mais comme des moyens utilisables pour obtenir satisfaction ». Les grands mots. Le refus de comprendre la dimension symptomatique, le poids du symbolique. Faut-il redire que la « satisfaction », ici, vise les malades ?

Que disent d’autres ces syndicalistes-managers ? Ils  appellent de ses vœux le retour à l’apaisement et demande aux pouvoirs publics de rappeler « fermement à la règle les personnes à l’initiative de tels actes ». Où l’on mesure, au Havre comme ailleurs, le chemin qui reste à accomplir pour une convergence des luttes syndicales au sein de l’hôpital.

A demain