Covid-19 : à quelle peine faut-il condamner ces corbeaux qui menacent nos infirmières ?

Bonjour

18/04/2020. A Bayonne, le 29 mars dernier, trois infirmières rentraient d’une nuit de garde dans leur résidence du quartier Arrousets. Tristes missives : dans leur boîte aux lettres des courriers anonymes leur enjoignant de quitter leur domicile pour ne pas faire peser un risque de contamination par le coronavirus au voisinage.

Il y a quelques jours trois personnes étaient interpellées. L’AFP, citant le parquet de Bayonne, indique que parmi ces trois suspects, deux membres d’un couple âgés de 27 et 28 ans ont été condamné le 17 avril  – condamnés à 120 heures de travaux d’intérêt général pour «violences sur personnel de santé ayant entraîné une incapacité de travail», au regard des «répercussions psychologiques subies».

Cette peine, « proposée par le parquet et acceptée par le couple », a été prononcée par le tribunal correctionnel de Bayonne dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), une procédure simplifiée, dite de «plaider coupable».

Deux corbeaux amateurs : ils vivent dans le même quartier que les infirmières et avaient rapidement été identifiés grâce aux empreintes digitales retrouvées sur un des courriers. Le troisième corbeau, un homme âgé de 58 ans et mis en cause par le couple, sera entendu par le tribunal le 2 juillet prochain. «Il ne reconnaît pas les faits», a précisé le parquet, mais il est lui aussi poursuivi pour «violences sur personnel de santé». 

«Il y a surtout beaucoup d’immaturité dans cette affaire, ils n’ont pas réalisé les conséquences de ce qu’ils faisaient», a souligné le parquet bayonnais. On connaît des parquets nettement moins compréhensifs.

A demain @jynau

Suite à la mort de l’infirmière poignardée, le cri du «Printemps de la psychiatrie»

Bonjour

14 février 2020. Depuis l’aube les médias généralistes bruissent à l’unisson des ravages politiques induits par des « vidéos-intimes-à-caractère-sexuel-postées-sur-les réseaux-sociaux » 1. On trouve néanmoins quelques échos de la mort, le 13 février,  d’une infirmière, âgée de 30 ans mortellement poignardée à l’arme blanche par un patient d’une unité psychiatrique à Thouars, dans les Deux-Sèvres. Cette infirmière, mère de deux enfants, a été agressée par un patient, âgé de 20 ans, qui cherchait à quitter cette unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres. Il lui a porté un coup de couteau au thorax, manquant de blesser également une autre infirmière. Héliportée au CHU de Poitiers, la jeune femme est morte peu après.

Il y a quelques heures Le Monde renvoyait à « La psychiatrie ‘’au bord de l’implosion’’ en France » (18 septembre 2019). Il faut aussi, désormais, compter avec un texte du « Printemps de la psychiatrie » 2. Un exercice difficile puisque ses auteurs reconnaissent ne pas avoit les détails de l’enchaînement des faits, sur l’effectif du service, sur les conditions d’hospitalisation, sur l’état clinique de ce patient, sur l’état de saturation du service de l’hôpital … ce qui « les invite à la prudence ».

Pour autant ce texte (nous soulignons):

« Cette situation est inacceptable. Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meurt dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recourt à un tel acte de violence. Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier (…)

« Ce que nous savons, de manière générale, c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation spécialement aménagées (UHSA) pour les détenus.

«  Douze ans plus tard, après des mois de lutte, les soignants sont toujours dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

«  Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires…

« Quand allons-nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? Politiques de santé qui non seulement n’arrangent rien mais aggravent encore plus la situation et sa brutalité. »

Sanctuaire couvert par la dissuasion nucléaire

S’ils ne savent rien des causes précises du drame deThouars, il connaissent bien, en revanche,  « la catastrophe qui sévit dans l’hôpital public dans son ensemble et dans les secteurs de psychiatrie en particulier ».  « Nous vivons au quotidien des drames : des personnes qui se suicident, des professionnels en burn-out, des usagers attachés et enfermés quand ils ne sont pas mis à la rue faute de structures ambulatoires, des familles qui ne sont pas entendues ni écoutées… »

Ils observent encore, depuis leur spécialité, que « la violence de la société s’infiltre dans tous les espaces de la société » et que « le monde du soin n’y échappe pas ».

Pour que des drames de la sorte ne puissent pas se répéter facilement, il faudrait, selon eux, « pouvoir prendre le temps de soigner, prendre le temps d’écouter et d’apaiser, avoir le temps de se soigner, créer un climat de confiance entre toutes les personnes présentes dans les lieux de soins… ». Il faudrait, au minimum, « sanctuariser les secteurs du lien humain et d’arrêter d’appliquer des logiques comptables, gestionnaires et déshumanisants qui renforcent toujours plus le terreau favorable au pire ».

Comment traduit-on, dans la novlangue managériale de l’hôpital décrite par le Pr Stéphane Velut 3 , le terme « sanctuariser » (Donner à un territoire le caractère d’un sanctuaire couvert par la dissuasion nucléaire) ?

A demain @jynau

1 Une affaire sordide autant que tristement éclairante quant au poids des « réseaux sociaux » dans le champ politique – une affaire dans laquelle réapparaît l’omniprésent et toujours inquiétant Dr Laurent Alexandre.

2 Voir ici le texte et les signataires du  manifeste « Pour un renouveau des soins psychiques »

3 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

Emmanuel Macron : il est «bouleversé» par la souffrance au travail des soignants hospitaliers

Bonjour

28 octobre 2019. Exercice présidentiel et politique à très haut risque…  Calmera-t-il la colère hospitalière ou amplifiera-t-il au contraire, en les justifiant,  les manifestations à venir ? Emmanuel Macron était ce matin l’invité exceptionnel non pas de France Inter mais bien de RTL (William Galibert. entretien enregistré). Extraits (à partir de 7 ‘) :

« Le problème qu’on a, je vais être très sincère avec vous, on fait une stratégie qui est très intelligente qui va mettre 5 à 10 ans à se déployer. On manque de médecins, par exemple, j’ai ouvert le numerus clausus… il faut dis ans pour former un médecin. Et nous payons aujourd’hui les non-réformes ou les mauvais choix qui ont été faits il y a dix, quinze ou vingt ans…. Et on se retrouve aujourd’hui avec quelque chose qui n’était pas prévisible, une situation où l’on a pas assez de médecins, donc de la désertification dans nos campagnes (…) et de l’autre côté des urgences qui sont saturées…

« Et cette crise elle arrive aujourd’hui. Or je ne peux pas former des médecins en six mois. Et donc ce qu’on est en train de finaliser, sans mauvais jeu de mots, c’est une réponse d’urgence où, soyons clairs, il va falloir qu’on remette des moyens parce qu’il faut qu’on réponde à la souffrance des personnels de santé. Une des choses qui me bouleverse le plus c’est quand je vois nos infirmières et nos infirmiers, nos aides-soignants, nos aides-soignantes, nos médecins qui sont en souffrance au travail alors qu’ils sont d’un dévouement incroyable, qu’ils ne comptent pas leurs heures, leur énergie et qu’ils sont mis dans des situations impossibles.

« Et patatras… »

« Pour moi ce cas , il est emblématique de la difficulté qu’on vit. On a fait un très gros travail pour penser l’hôpital et la santé de demain. Et patatras … ! On arrive au bout d’un modèle qui tirait sur la corde depuis dix, quinze, ans … et ça craque maintenant. Faut pas être injuste avec ceux qui ont construit le modèle futur qu’on a présenté … il faut continuer ce travail, l’accélérer et en même temps avoir, si je puis dire, une réponse d’urgence qui permette de traiter les souffrances immédiates. C’est ça que notre pays vit et que j’avais peut-être sous-estimé. On ne peut pas dire à une infirmière qui n’est pas assez payée, qui est en souffrance au travail, qui n’a pas assez de moyens : ‘’vous savez on va construire quelque chose de formidable ! Vous verrez dans dix ans ce sera super ! Non ! Il faut qu’on lui explique çà et où on va. Et je crois que ce sera beaucoup mieux dans dix ans .. dans cinq ans même, dans cinq ans… Mais il faut aussi qu’aujourd’hui on lui permette de mieux travailler.»

Comment ? Le président de la République ne l’a pas dit. Pas plus que Bruno Lemaire, ministre de l’Economie qui parlait après lui, également sur RTL. On attend ici Agnès Buzyn. Sur quelle chaîne ? A demain @jynau

Grande misère hospitalière : Martin Hirsch et les neuf cents lits gelés au sein de l’AP-HP

Bonjour

C’est un symptôme qui ne trompe que les politiques engoncés dans le déni de la réalité  : neuf cents (900) lits sont actuellement « fermés » au sein de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Pourquoi ? Parce que cette dernière, nous dit l’AFP, est « confrontée à des difficultés de recrutement et de fidélisation chez les soignants, notamment les infirmières ». Et d’ajouter que ces postes sont bien budgétés mais qu’ils non pourvus, faute de personnel. Aucune rumeur syndicale, ici: c’est bel et bien le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, qui a annoncé ce chiffre mardi 8 octobre en commission médicale d’établissement (CME).

Dans un remarquable discours introductif consultable en ligne sur le site de la CME, Martin Hirsch a rappelé les « difficultés de recrutement, particulièrement marquées et concentrées sur certains métiers », rencontrées par le CHU francilien. Ces difficultés,« plus diffuses depuis un an, puisque, par exemple, elles touchent de nombreuses » infirmières, avec 400 postes vacants, « sont en partie liées à des questions indéniables de rémunération, accentuées en Ile-de-France », a déploré le directeur général. « Les attraits du grand CHU ne viennent plus assez contrebalancer la part irréductible d’écart de rémunération entre privé et public », a ajouté Martin Hirsch. Extrait :

« La rémunération des paramédicaux Cela fait plusieurs années que je suis convaincu qu’il y a un problème de fond qui doit être traité. Je ne me suis pas drapé dans mon devoir de réserve pour le dire, pour l’écrire et pousser à ce qu’il soit pris en compte. Il y a un problème en France, et il y a un problème encore plus criant en Île-de-France.

« Il pose problème à ceux qui travaillent à l’AP-HP avec une reconnaissance insuffisante et ceux qui quittent l’AP-HP ou ne la rejoignent pas en considérant qu’ils s’en sortiront mieux ailleurs. La question est ancienne et toutes les études montrent qu’elle s’est aggravée au cours des 15 ou 20 dernières années. Aujourd’hui, c’est probablement la première raison qui explique nos difficultés de recrutement et de fidélisation et donc les tensions que nous connaissons. »

Agnès Buzyn assure ne pas être dans le déni

Et c’est ainsi que neuf cents (900) lits (sur un total de vingt mille) sont fermés faute d’effectifs suffisants pour assurer les soins. « Un comble à l’heure où certains syndicats, alliés au collectif inter-urgences − à l’origine depuis près de sept mois d’une grève nationale qui touche toujours 267 services – réclament embauches et réouvertures de lits » observe Le Quotidien du Médecin. Et ce à la veille d’une nouvelle manifestation  de grande ampleur lancée par le Collectif inter-hôpitaux.

« Il faut redonner envie aux gens de venir travailler à l’hôpital public, les gens s’en vont parce qu’ils n’en peuvent plus » explique l’infirmier Pierre Schwob Tellier, membre du Collectif inter-urgences. En écho Martin Hirsch  vise des améliorations salariales à court terme de 10 à 20 % pour « 10 ou 20 % des agents », via divers leviers comme les primes prévues pour les personnels des urgences. Dans le même temps les grévistes réclament des hausses de salaires générales de 300 euros par mois.

Que fera, ici, l’exécutif ? Dans une interview aux Échos du 9 octobre (Solveig GodeluckÉtienne Lefebvre) du 9 octobre, Agnès Buzyn a exprimé un souhait et une promesse. Extrait :

« J’ai relancé un travail sur l’attractivité hospitalière. Mais je rappelle que les tensions sont partout ; les libéraux aussi estiment que leurs professions ne sont pas assez valorisées. Il y a cependant un sujet sur l’hôpital public. Je souhaite notamment travailler sur les débuts de carrière, aussi bien pour les médecins que pour les professionnels paramédicaux, travailler également sur les métiers en tension et plus généralement sur la gestion des carrières. Par ailleurs, il y aura un chantier spécifique sur l’Ile-de-France où le problème du pouvoir d’achat est particulièrement criant. Nous ne sommes pas dans le déni. »

Où l’on en vient à ne pas oser imaginer ce qui se passerait si la ministre des Solidarités et de la Santé niait la réalité à laquelle elle sera désormais quotidiennement ou presque confrontée.

A demain @jynau

Infirmiers de Pratique Avancée: Agnès Buzyn annonce qu’ils pourront suturer les plaies

Bonjour

C’est la rentrée et c’est une course politique contre la montre. Une course médicale pour « désengorger » les urgences « en surchauffe »  et tenter de les « fluidifier ». Agnès Buzyn a, lundi 2 septembre, dévoilé en accéléré une série de mesures. Des annonces faites au CHU de Poitiers lors d’un déplacement inopiné. La ministre des Solidarités et de la Santé y a eu cette formule médicalisée : « On a besoin de trouver une solution de fond, pas juste de soigner le symptôme, cette fièvre ressentie au niveau de l’activité des urgences ». Pourquoi le CHU de Poitiers ? « Parce que cet établissement a « fait preuve d’inventivité ».

On sait le contexte national : une crise inédite par son ampleur, sa durée, son objet. Un mouvement de grève entamé depuis bientôt six mois qui touche aujourd’hui la moitié des services d’urgences du secteur public – 233 selon le collectif Inter-Urgences, 195 selon Agnès Buzyn. En juin une mission fut confiée par la ministre au chef du SAMU de Paris le Pr Pierre Carli, et à l’urgentiste- député (La République en marche, Charente) Thomas Mesnier. Leur rapport est attendu pour plus tard et en dépit des interventions médiatiques du Dr Mesnier la fièvre montait, le symptôme empirait. Il fallait parler et on décida ce déplacement ministériel à Poitiers pour parer au plus pressé, tenter de calmer avant de recevoir, le 9 septembre « tous les acteurs du secteur ».

Course contre la montre politique : alors qu’Agnès Buzyn parlait à Poitiers, plusieurs organisations de médecins hospitaliers ou urgentistes annonçaient de « rejoindre la mobilisation portée par le collectif Inter-Urgences » et participer à son assemblée générale, le 10 septembre à Saint-Denis. « Nous demandons de mettre fin aux restrictions budgétaires », expliquent ces médecins dans un communiqué, réclamant notamment « un moratoire sur la fermeture de lits » et un « recrutement de personnels à la hauteur des besoins ».

A la frontière du futur quinquennat

On lira ici les annonces ministérielles de Poitiers : « Déplacement CHU Poitiers – Premières mesures pour les Urgences ». L’une d’entre elles a d’ores et déjà frappé les médias généralistes : les infirmiers pourront refermer les plaies.

« Fluidifier les urgences, c’est aussi libérer du temps médical et s’appuyer sur la grande compétence des paramédicaux : c’est pourquoi Agnès Buzyn a décidé de donner un coup d’accélérateur aux protocoles de coopération en donnant aux infirmiers accès à deux protocoles pour l’imagerie et les sutures de plaie, qui donneront lieu au versement de la toute nouvelle prime de coopération [80 euros par mois]. La ministre a annoncé la création d’Infirmiers de Pratique Avancée (IPA) « Urgences » qui pourront directement prendre en charge les patients (diagnostic à l’aide d’un algorithme, réalisation d’actes techniques en autonomie, prescription d’imagerie). »

Des infirmiers suturant et prescrivant, donc. Ce n’est qu’un début. Pour ce nouveau métier (IPA-Urgences) les premières formations commenceront dès l’automne 2020. Premiers soignants diplômés en 2022. Nous serons alors à la frontière du futur quinquennat. D’ici là d’autres annonces ministérielles sont attendues. Les premières, dès la semaine prochaine. Une course contre la montre, pour désengorger et fluidifier.

A demain @jynau

Infirmier allemand narcissique: deux cents patients tués par injection de médicament

Bonjour

Jeudi 6 juin. Toujours les cérémonies du D-Day et, en écho venu de l’Est, l’épilogue « d’une affaire sans précédent dans l’Allemagne de l’après-seconde guerre mondiale ». La justice allemande a reconnu coupable un infirmier accusé de quatre-vingt cinq meurtres. « L’un des pires tueurs en série de l’histoire récente » résume l’AFP.

Niels Högel, ancien infirmier, 42 ans. Reconnu coupable d’avoir tué ses victimes âgées de 34 à 96 ans par injection médicamenteuse dans les hôpitaux où il a travaillé entre 2000 et 2005. Injections d’ajmalinesotalol, lidocaïne, amiodarone ou chlorure de calcium. « Ses crimes dépassent l’entendement et toutes les limites connues », a déclaré le président du tribunal d’Oldenbourg. Peine de détention à perpétuité assortie d’une période de sûreté « qui rendra très difficile toute perspective de libération même au-delà de quinze ans de prison » (sic).

« Il y a tellement de victimes que l’esprit humain capitule devant le nombre des crimes, a ajouté le magistrat allemand. Ce que vous avez commis est incompréhensible, c’est tout simplement trop. » Est-ce dire que moins eût été compréhensible ? La police le suspecte d’avoir tué en réalité jusqu’à deux cents personnes, dans des affaires qui ne pourront toutefois plus être éclaircies, notamment car les corps d’un grand nombre de corps de victimes potentielles ont été incinérés.

Cet ancien infirmier (par ailleurs fils d’infirmier) avait déjà été condamné à la sentence la plus lourde en 2015 pour plusieurs meurtres. « Je veux sincèrement m’excuser auprès de chacun pour tout le mal que je vous ai fait pendant toutes ces années », vient-il de déclarer à l’adresse des proches de quelques unes de ses victimes. Il a dit désormais être « jour et nuit » poursuivi par la « honte » et « les remords ».

Pourquoi ? « Par désir maladif de briller, dépendant aux analgésiques, il provoquait des arrêts cardiaques chez ses patients choisis arbitrairement et tentait de les réanimer, le plus souvent sans succès, érsume l’AFP.  Après avoir admis globalement les faits, Niels Högel a reconnu au cas par cas être l’auteur de quarante-trois meurtres, et nié cinq autres. Pour les cinquante-deux restants, il ne se souvient plus avoir ou non ‘’manipulé’’ le terme qu’il emploie pour décrire ses meurtres. ’Après le cinquantième, j’ai arrêté de compter’’, avait-il un jour déclaré. »

« Niels Högel souffre d’un trouble narcissique sévère 1 a déclaré durant l’audience le Dr Max Steller, psychiatre. Il est toujours fondamentalement prêt à mentir si cela lui permet de se mettre en valeur ». L’ampleur de l’affaire, dont la justice a tardé à s’occuper, a soulevé surtout la question de la responsabilité des établissements hospitaliers allemands, qui n’ont pas réagi malgré la surmortalité constatée lorsqu’il était de service. Désir maladif de briller, dépendance aux analgésiques.

A demain @jynau

1 « Quel Narcisse êtes-vous ? Hanouna et Macron, certes, mais les personnalités qui ne vivent qu’à travers le regard d’autrui sont de plus en plus nombreuses » Slate.fr 13 mai 2019

AP-HP, urgences : après l’affaire de Lariboisière, voici le temps de la «grève illimitée»

Bonjour

Nouveau symptôme signifiant de troubles vécus par le système hospitalier français. Et prolongement de la récente « affaire de Lariboisière » : une femme âgée de 55 ans retrouvée morte dans la zone d’attente des urgences de cet hôpital douze heures après son admission – sans avoir été examinée par un médecin. Expliquer cette « défaillance » dans la prise en charge d’une patiente ? « Il n’y a pas de faute individuelle d’un soignant, mais une série de dysfonctionnements qui n’ont pas permis d’arrêter le processus menant au drame », avait expliqué au Monde le Pr Dominique Pateron, le président de la collégiale des urgences de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l’issue d’une mission d’enquête. Les capacités du service avait été dépassées.

Puis, dans une tribune publiée (toujours dans Le Monde) en janvier, quatorze chefs de service 1 avaient jugé que cette saturation permanente des urgences « augmentait considérablement les risques d’erreurs médicales et use les équipes ». Ils avaient appelé à un « grand plan en faveur des urgences », prévoyant notamment la possibilité de « filtrer l’accès » à ces lieux de soins.

Et loin de s’être résorbé l’abcès a grossi. En dépit des initiatives de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP les infirmiers et les aides-soignants de quatre services d’urgence (SAU) parisiens (Lariboisière, Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis, Tenon) devraient rejoindre ceux de l’hôpital Saint-Antoine dans une grève illimitée. Objectif :  obtenir une amélioration de leurs conditions de travail et des augmentations de salaire. Un mouvement dont les organisateurs espèrent qu’il s’étendra  aux vingt autres SAU du groupe puis à ceux de l’ensemble du pays. Un mouvement qui  ne devrait pas perturber  la prise en charge des patients : les grévistes sont assignés de manière à assurer une continuité des soins. Un mouvement soutenu par les syndicats SUD et CGT.

Palais de l’Elysée

Outre les quarante-cinq nouveaux postes déjà promis (à répartir entre les vingt-cinq services), Martin Hirsch a annoncé dans une lettre envoyée aux syndicats le 9 avril qu’un groupe de travail établirait « dans un délai de deux mois » de tels ratios. « Je m’engage à assurer un parallélisme entre l’augmentation de l’activité et le renforcement des effectifs, ce qui est un vrai progrès,assure-t-il au Monde (François Béguin). Comme, en plus nous veillerons à bien remplacer les congés de maternité, à titulariser plus vite, et à renforcer les effectifs de sécurité, les agents vont voir un réel effet. »

Outre la « dégradation de la qualité de la prise en charge » dans les SAU, les grévistes pointent également l’augmentation de l’agressivité et des violences dans ces services où sont accueillis des patients en situation de précarité – parfois atteints de pathologies psychiatriques. Martin Hirsch assure qu’il va « accélérer »la mise en œuvre d’un plan visant à renforcer la sécurité de l’ensemble des sites. Ce sera non, en revanche, pour l’octroi d’une prime mensuelle de 300 euros : les grévistes doivent sur ce point s’adresser à la ministre Agnès Buzyn – ou, mieux, au Palais de l’Elysée.

A demain

@jynau

 Philippe Juvin, chef de service des urgences, hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), Paris; Marie-Christine Ballester, chef de service des urgences, hôpital Foch, Suresnes ; Sebastien Beaune, chef de service des urgences, hôpital Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt ; Enrique Casalino,chef de service des urgences-SMUR, CHU Bichat, Paris et CHU Beaujon, Clichy ; Arnaud Depil-Duval, chef de service des urgences, CH Eure-Seine, Evreux-Vernon ; Benoît Doumenc, chef de service des urgences, CHU Cochin, Paris ; Luc-Marie Joly, chef de service des urgences, CHU Rouen ; Mehdi Khellaf, chef de service des urgences, CHU Henri-Mondor, Créteil ; Catherine Le Gall, chef du service des urgences, centre hospitalier d’Argenteuil ; Eric Roupie, chef de service des urgences-SAMU 14, CHU de Caen ; Jeannot Schmidt, chef de pôle SAMU-SMUR-Urgences CHU Clermont-Ferrand/CH de Riom ; Mathias Wargon, chef de service des urgences-SMUR, CH de Saint-Denis ; Eric Wiel, chef de service des urgences-SAMU du Nord, CHU de Lille ; Caroline Zanker, chef de service des urgences, hôpital franco-britannique de Levallois.