Bernard Tapie se met au service de l’hôpital public On attend un débat avec Agnès Buzyn 

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« La bête bouge encore » dit-il de lui. A nouveau Bernard Tapie, 75 ans, son regard, sa gouaille, son énergie intacte, son appétit de vie. Après avoir lutté contre un cancer digestif  l’homme était présent, le 29 novembre, au 20 Heures de France 2. Neuf minutes sans une pose face à Anne-Sophie Lapix. Il précise avoir choisi l’hôpital public et avoir beaucoup appris à voir des médecins de près « parce que personne ne peut se rendre compte à quel point on leur est redevable ». « C’est des gens qui consacrent toute leur vie… C’est même pas un métier, c’est vraiment un sacerdoce… Ils travaillent parfois dans des conditions pas faciles, avec des sous-effectifs … Et donc je les ai admiré. Ils donnent la vie … ils nous accompagnent tout au long de notre existence et ils méritent franchement un peu plus de considération qu’ils n’en ont. »

Ce « patient -témoin » est depuis peu le parrain d’honneur de la nouvelle promotion de la faculté de médecine de Nice.  Et d’évoquer le manque de dialogue, sur la maladie, entre les médecins et leurs patients. Le manque de soutien, le manque de transfert d’énergie, le fait de ne pas donner assez « l’envie de se battre ». Et Bernard Tapie, comme tant et tant d’autres, de qualifier d’ « épouvantables » (et de dénoncer) les manques d’effectifs dans les rangs des soignants hospitaliers.

« Ne pouvant pas ne pas s’occuper de ce qui ne le regarde pas » ce « patient-témoin » a décidé de s’attaquer au sujet. Avec « cinq ou six professeurs » il travaille à un projet pour le moins original : l’arrivée de « sous aides-soignants » au sein du monde hospitalier –  « pour pouvoir donner un coup de main et une présence ».

« Comment les paiera-t-on ?

– Si vous prenez un chômeur qui est payé pour être chômeur… qui perd le sens de sa responsabilité, et qui perd le sens de l’utilité … c’est dramatique. Un jeune qui est au chômage, il a le sentiment d’être inutile, Or là il va être utile. On va lui donner le goût d’être utile … et, pourquoi pas, le goût d’une passion nouvelle.

« Ce sera du concret ?

– Dans moins de deux mois, vous verrez.»

Et Bernard Tapie de dénoncer, quelques heures avant l’annonce de la nouvelle crise du valsartan, le scandale des pénuries de médicaments et l’envolée de prix des nouvelles spécialités. « Il faut que les plus riches de France acceptent de créer un laboratoire qui fabriquera à prix coûtant toutes les molécules tombées dans le domaine public. » Les plus riches de France ? « Arnaud, Bolloré, Xavier Niel etc. » « Cela nous permettra de ne pas laisser notre sort entre les mains des Chinois. » « La bête bouge encore ».

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@jynau

 

Historique : certaines infirmières françaises vont pouvoir effectuer des gestes médicaux

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Pourquoi tant et tant d’ingratitude ? Une fois encore Agnès Buzyn omet de saluer le travail préliminaire de Marisol Touraine. Tout au plus se borne-t-elle à évoquer ce qui été « prévu par la loi de modernisation de notre système de santé » : la « pratique avancée » pour la profession infirmière. Pour annoncer à la presse que cette pratique est (enfin) officiellement reconnue en France avec la publication au Journal Officiel de ce jour d’un décret signé Agnès Buzyn.

Il s’agit ici d’une innovation que l’on peut tenir pour majeure : les infirmier.e.s en pratique avancée disposeront de compétences élargies, « à l’interface de l’exercice infirmier et de l’exercice médical ». Ils pourront suivre (avec leur accord) des patients confiés par un médecin de l’équipe de soins au sein de laquelle ils exerceront, sur la base d’un protocole d’organisation établi pour préciser les modalités de leur travail en commun. A l’inverse les infirmiers adresseront à nouveau leurs patients au médecin « lorsque les limites de leur champ de compétences seront atteintes ».

Mandarins

Dans ce cadre les infirmiers en pratique avancée auront la responsabilité du suivi régulier des patients pour leurs pathologies – ils pourront « prescrire des examens complémentaires, demander des actes de suivi et de prévention ou encore renouveler ou adapter, si nécessaire, certaines prescriptions médicales ».

Tout cela nécessitera un nouveau diplôme d’Etat (reconnu au grade de master) délivré à l’issue d’une formation universitaire de deux ans. « Les premiers étudiants seront accueillis dès septembre prochain dans une dizaine d’universités accréditées, dont la liste sera officialisée dans les prochains jours, précise-t-on au ministère eds Solidarités et de la Santé.  Des dispositifs de validation de l’expérience et des connaissances déjà acquises par les infirmiers seront également mis en place par ces universités. »

Corollaire : cette nouvelle pratique et ces nouvelles compétences bénéficieront d’une reconnaissance en termes de statut et de rémunération. Mieux : ceci n’est qu’une première étape. Demain l’exercice infirmier en pratique avancée sera étendu à d’autres prises en charge et à d’autres professions paramédicales.

Une étape majeure ? Sans doute. Une étape historique ? Peut-être. On se souvient de mandarins dans l’âme qui n’auraient jamais accepté une telle évolution. Mais on se souvient aussi de mandarins qui avaient, dans les faits, heureusement autorisés des infirmières hautement compétentes à étendre largement leur champ d’intervention. Pour le plus grand bien de tous.

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Les soignants peuvent-ils « séquestrer » leurs « managers » pour mieux se faire entendre ?

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Les médias généralistes nationaux n’en parlent pas. Ou si peu. Une larme sur France Culture. Sécheresse sur France Inter. Depuis plusieurs semaines un mouvement de grève du personnel affecte le fonctionnement de l’hôpital psychiatrique Pierre-Janet du Havre (ville dont l’actuel Premier ministre Edouard Philippe fut un temps un édile). Pourtant les images sont là : depuis dix jours un groupe de sept agents occupe le toit de l’établissement pour réclamer l’ouverture d’une nouvelle unité d’hospitalisation, la création de cinquante postes, l’arrêt de la polyvalence des agents et la titularisation des personnels aux statuts précaires. Nous sommes loin, ici, du maintien d’on ne sait quel « privilège ».

« Ce mouvement a franchi un cap le jeudi 5 juillet au soir. Entre 19 h 30 et 20 h 20, les grévistes ont retenu le directeur de l’établissement, son adjointe et la directrice des soins au dernier étage du bâtiment, rapportent quelques médias. Ils avaient été, le matin, une vingtaine à prendre la décision de séquestrer leur directeur après l’échec des négociations organisées le matin.  Tous ont quitté les lieux vers 21 heures après avoir discuté avec les représentants syndicaux et deux médecins de l’établissement. »

Les syndicalistes rejettent le terme de « séquestration » pour lui préférer celui de « blocage ». Le Syndicat des managers publics de santé (SMPS) a aussitôt dénoncé des méthodes « injustifiables et inadmissibles ». Le syndicat se désole qu’« une nouvelle fois, l’intimidation, la contrainte, l’emploi de la force ne soient pas considérés comme des lignes rouges, mais comme des moyens utilisables pour obtenir satisfaction ». Les grands mots. Le refus de comprendre la dimension symptomatique, le poids du symbolique. Faut-il redire que la « satisfaction », ici, vise les malades ?

Que disent d’autres ces syndicalistes-managers ? Ils  appellent de ses vœux le retour à l’apaisement et demande aux pouvoirs publics de rappeler « fermement à la règle les personnes à l’initiative de tels actes ». Où l’on mesure, au Havre comme ailleurs, le chemin qui reste à accomplir pour une convergence des luttes syndicales au sein de l’hôpital.

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Hôpital du Rouvray : combien faut-il de kilos en moins pour trente postes en plus ?

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Applaudissements radiophoniques : fin du conflit.  L’intersyndicale de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, a annoncé vendredi 8 juin qu’un compromis venait, in fine, d’être trouvé. Des salariés y étaient en grève de la faim depuis plus de deux semaines pour demander la création de cinquante-deux postes. La direction était muette et l’Agence régionale de santé (ARS) avait rompu les ponts. Visite de Benoît Hamon. Importante couverture médiatique nationale. Agnès Buzyn comme totalement étrangère au sujet.

Puis ccupation des bureaux de la direction. Hospitalisation en urgence des premiers grévistes. Annonce de l’envoi d’émissaires depuis Paris. Puis annulation de l’annonce. Puis, vendredi 8 juin, abcès crevé. A quel prix ?

Interrogé par un correspondant de l’Agence France-Presse, Sébastien Ascoet, délégué syndical CGT, qui participait aux négociations, a précisé que l’accord portait notamment sur la création de trente postes et d’une unité pour adolescents. Aux dernières nouvelles la direction proposait, royalement, cinq postes.

Et, une nouvelle fois, un pouvoir qui fuit la prise de parole pédagogique : « l’ARS n’a pas confirmé dans l’immédiat le contenu de l’accord, mais elle a promis de le révéler par un communiqué » précise l’AFP. Aussi se retourne-t-on vers la CGT qui annonce la création d’une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) – unité qui prend en charge des personnes incarcérées nécessitant des soins psychiatriques en hospitalisation complète.

L’hôpital du Rouvray est le troisième hôpital psychiatrique de France en nombre de patients. La forme prise par ce conflit témoigne des violences qui traversent et déchirent, aujourd’hui, le tissu hospitalier français. Un tissu que le président de la République a promis de commencer à ravauder avant l’été.

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Mourir, à 90 ans, dans la salle d’attente des urgences d’un CHU. Accepter ou s’indigner ?

 

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18 mai 2018. Nouvelle République : « Deux décès de nonagénaires mal vécus aux urgences » (Olivier Pouvreau). Où l’on apprend que deux femmes, âgées l’une et l’autre de 90 ans, viennent de mourir aux urgences du CHU Trousseau de Tours. Mortes dans la salle d’attente des urgences. La première y était venue adressée par un Ehpad de Tours. Elle y est morte dans la nuit du 11 au 12 avril, à minuit. La seconde avait été adressée par un service de soins de la commune voisine de Luynes, décédée à 20 h 45, le 3 mai. « Cela provoque beaucoup d’émotion chez les familles et dans les services, lit-on dans La Nouvelle République. La plaie reste ouverte. »

Le quotidien régional a interrogé le Dr Pierre-François Dequin, chef de pôle. « Nous avons régulièrement des décès aux urgences, malheureusement, explique-t-il. Le service s’est organisé car nous y accueillons de plus en plus de personnes en fin de vie. Il faut accompagner au mieux ces patients qui ont des pathologies lourdes parfois. Il ne serait pas raisonnable de les transférer dans d’autres services. Ces deux événements nous ont marqués, en effet, car ils ont eu lieu en salle d’attente. Ces personnes avaient déjà vu une infirmière de l’organisation de l’accueil. Les personnels et familles sont évidemment meurtris par cette situation. C’est un drame. Nous sommes de tout cœur avec eux.»

Soignants allongés au sol, sur les voies du tramway

Le Dr Dequin rappelle encore que le vieillissement de la population est un problème sociétal important, que l’hôpital n’est qu’un maillon de la chaîne, qu’il lui faut accueillir ces patients, de façon la plus humaine possible, « même si le cadre n’est pas idéal ». Et que son hôpital s’adapte le mieux possible à cette mission nouvelle.

Contactés par le quotidien deux représentants syndicaux du CHU établissaient un lien entre ces décès et « la suppression de lits et postes ». Et s’interrogeaient sur « les conditions de la prise en charge » des personnes. A leurs yeux, mourir en salle d’attente des urgences c’est « difficilement compréhensible ».

18 mai 2018. Nouvelle République : « CHU : ‘’jeudi de la colère’’ ». Où l’on entend le long « cri du cœur » lancé la veille par Anita Garnier, infirmière de nuit aux urgences au CHU Trousseau, syndiquée Sud. Elle s’exprimait devant ses collègues allongés au sol, sur les voies du tramway, place Jean-Jaurès à Tours, comme pour exprimer la mort de leurs métiers :

 « Mes conditions de travail, ça me tue, revenir sur mes congés, ça me tue, voir mes collègues souffrir, la maltraitance institutionnelle, les suppressions de postes, ça me tue, la fermeture des lits, l’attente aux urgences, le marchandising du soin, ça me tue… Le manque de temps auprès des patients, le mépris, les suicides de mes collègues, la pression au travail, les nursings à la chaîne, ça me tue… »

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Viol à l’hôpital américain de Neuilly : une malade accuse un infirmier de nuit déjà condamné

 

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« Ce fut longtemps l’hôpital des stars, raconte Europe 1 en cette fête de l’Ascension. Johnny Hallyday, Alain Delon, Serge Gainsbourg ou encore Jacques Chirac y ont été soignés. Aujourd’hui, l’hôpital américain de Neuilly se retrouve au cœur d’une affaire de viol sur une patiente par un employé de l’établissement. »

Les faits remontent au mois de février mais ils viennent seulement d’être révélés par Le Parisien. La victime, une femme de 32 ans, aurait été violée durant son séjour par un infirmier, 49 ans déjà condamné pour agression sexuelle. « La patiente, admise depuis trois jours à l’hôpital américain de Neuilly pour de lourds problèmes de santé, a vu dans la soirée du 4 février l’infirmier de garde lui apporter ses médicaments. Puis elle s’est endormie. Ensuite, les souvenirs sont confus, rapporte Le Parisien (Valérie Mahaut). Elle a l’impression de sentir les mains de l’homme sur elle mais, assommée par les médicaments, elle est incapable de réagir. Le lendemain, elle doute et ressent des douleurs mais son médecin lui garantit que le traitement ne provoque pas d’hallucination. C’est alors qu’elle découvre sur son portable ce mystérieux SMS : « désolé ma belle ». »

Direction ignorante 

Cette femme informera l’hôpital à sa sortie, le 8 février, avant de porter plainte, trois jours plus tard. Tout alors va très vite. La police identifie rapidement l’infirmier de garde, un homme de 49 ans – qui nie les faits. Ce dernier a été mis en examen, écroué et licencié par l’hôpital a déclaré la direction de l’établissement à Europe 1.

Affaire bien complexe : embauché en 2004 il avait été condamné en 2012 à « quelques mois de prison avec sursis » et une mise à l’épreuve pour agression sur une personne vulnérable. De ce fait il était, depuis, inscrit au Fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais). Interrogée, la direction du prestigieux hôpital assure qu’elle ignorait le passé judiciaire de son employé.

Arrêté chez lui à Rueil-Malmaison, le suspect nie le viol. Selon son récit, il faut comprendre de son message envoyé à la patiente – « désolé ma belle » – qu’il repousse justement les avances de celle-ci. « Mais il y a des traces de sperme et les échantillons sont en cours d’analyse », confie un proche du dossier.

Mais encore ? « Lorsque l’hôpital a eu connaissance des accusations extrêmement graves portées à l’encontre d’un de ses salariés et de l’enquête de police, il a immédiatement mis à pied à titre conservatoire le salarié mis en cause, puis a procédé à son licenciement », fait savoir, aujourd’hui, le porte-parole de l’hôpital des stars.

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Post-Emmanuel Macron : brutale coagulation de la protestation dans les hôpitaux de Lyon

 

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Se coucher pour ne plus (faire) subir l’intolérable. C’est le dernier symptôme convergent en date : ce 16 avril 2018, une trentaine de soignants se sont allongés sur le sol pour dénoncer des conditions de travail « incompatibles avec la sécurité des patients et ingérables pour le personnel hospitalier ». Cela s’appelle un « die in » et cela vient de se produire dans la belle ville de Lyon. Lyon où des personnels des urgences de plusieurs hôpitaux sont en grève certains depuis plusieurs mois. Un « die in » pour réclamer « des moyens pour la santé » et qui a retenu l’attention des médias généralistes – au premier rang desquels l’Agence France Presse.

« Une trentaine de personnes allongées sur le sol en blouse blanche ou bleue devant l’Hôtel de Ville de Lyon ont feint à la mi-journée d’être mortes pour dénoncer ‘’la saturation des urgences’’,  des conditions de travail incompatibles avec la sécurité des patients et ingérables pour le personnel hospitalier. Aux urgences, « ce n’est pas tolérable d’attendre 72 heures sur des brancards, de ne pas avoir le temps de changer un patient, de parler avec eux… ».  « Nous nous mobilisons pour sauver notre système de santé et demandons l’embauche de personnels. On ne peut pas sacrifier la santé »  dit Sarah Verborg, infirmière aux urgences de l’hôpital Edouard-Herriot »

Pour l’heure ce mouvement inter-urgences de Lyon réunit le Centre hospitalier du Vinatier (psychiatrie), l’Hôpital Edouard-Herriot, le Centre hospitalier Lyon-Sud, l’Hôpital Saint-Joseph-Saint-Luc et l’Hôpital de la Croix-Rousse. La crise dure depuis des mois.

Début février, alors qu’ils reconduisaient leur mouvement les infirmiers et aides-soignants des urgences d’Edouard-Herriot (après deux réunions infructueuses avec la direction des Hospices civils de Lyon) les grévistes se confiaient à 20 Minutes . Ils réclamaient notamment cinq postes de brancardiers et deux d’aides-soignants pour améliorer la prise en charge des patients.

Pénurie de brancardiers et de draps

La direction ne proposait alors que la création de deux postes de brancardier – « soit 3.8 équivalents temps plein ». Et rien au sujet du manque d’aide-soignants. Quant à la pénurie de draps, rencontrée fréquemment le week-end par les personnels, aucune amélioration à court terme ne semblait possible.

Pour les infirmiers et aides-soignants, ce problème est pourtant loin d’être accessoire. « Nous devons couvrir les patients qui passent la nuit sur des brancards dans les couloirs des urgences avec des chemises de nuit parce que nous n’avons pas de draps, témoignait alors Anouk, une infirmière en grève.  Nous devons essuyer les malades avec des chemises d’hôpital parce qu’il n’y a plus de serviettes ou frotter les draps souillés des patients faute de pouvoir les changer. »

Ceci à un nom « la maltraitance involontaire ». Et cela peut pousser des soignants à s’allonger sur le pavé. Hier, dos à la Tour Eiffel illuminée, rendant hommage aux soignants hospitaliers, Emmanuel Macron à indiqué qu’il annoncerait « fin mai » des décisions. « Fin mai » ou « début juin ».

A demain