Post-Emmanuel Macron : brutale coagulation de la protestation dans les hôpitaux de Lyon

 

Bonjour

Se coucher pour ne plus (faire) subir l’intolérable. C’est le dernier symptôme convergent en date : ce 16 avril 2018, une trentaine de soignants se sont allongés sur le sol pour dénoncer des conditions de travail « incompatibles avec la sécurité des patients et ingérables pour le personnel hospitalier ». Cela s’appelle un « die in » et cela vient de se produire dans la belle ville de Lyon. Lyon où des personnels des urgences de plusieurs hôpitaux sont en grève certains depuis plusieurs mois. Un « die in » pour réclamer « des moyens pour la santé » et qui a retenu l’attention des médias généralistes – au premier rang desquels l’Agence France Presse.

« Une trentaine de personnes allongées sur le sol en blouse blanche ou bleue devant l’Hôtel de Ville de Lyon ont feint à la mi-journée d’être mortes pour dénoncer ‘’la saturation des urgences’’,  des conditions de travail incompatibles avec la sécurité des patients et ingérables pour le personnel hospitalier. Aux urgences, « ce n’est pas tolérable d’attendre 72 heures sur des brancards, de ne pas avoir le temps de changer un patient, de parler avec eux… ».  « Nous nous mobilisons pour sauver notre système de santé et demandons l’embauche de personnels. On ne peut pas sacrifier la santé »  dit Sarah Verborg, infirmière aux urgences de l’hôpital Edouard-Herriot »

Pour l’heure ce mouvement inter-urgences de Lyon réunit le Centre hospitalier du Vinatier (psychiatrie), l’Hôpital Edouard-Herriot, le Centre hospitalier Lyon-Sud, l’Hôpital Saint-Joseph-Saint-Luc et l’Hôpital de la Croix-Rousse. La crise dure depuis des mois.

Début février, alors qu’ils reconduisaient leur mouvement les infirmiers et aides-soignants des urgences d’Edouard-Herriot (après deux réunions infructueuses avec la direction des Hospices civils de Lyon) les grévistes se confiaient à 20 Minutes . Ils réclamaient notamment cinq postes de brancardiers et deux d’aides-soignants pour améliorer la prise en charge des patients.

Pénurie de brancardiers et de draps

La direction ne proposait alors que la création de deux postes de brancardier – « soit 3.8 équivalents temps plein ». Et rien au sujet du manque d’aide-soignants. Quant à la pénurie de draps, rencontrée fréquemment le week-end par les personnels, aucune amélioration à court terme ne semblait possible.

Pour les infirmiers et aides-soignants, ce problème est pourtant loin d’être accessoire. « Nous devons couvrir les patients qui passent la nuit sur des brancards dans les couloirs des urgences avec des chemises de nuit parce que nous n’avons pas de draps, témoignait alors Anouk, une infirmière en grève.  Nous devons essuyer les malades avec des chemises d’hôpital parce qu’il n’y a plus de serviettes ou frotter les draps souillés des patients faute de pouvoir les changer. »

Ceci à un nom « la maltraitance involontaire ». Et cela peut pousser des soignants à s’allonger sur le pavé. Hier, dos à la Tour Eiffel illuminée, rendant hommage aux soignants hospitaliers, Emmanuel Macron à indiqué qu’il annoncerait « fin mai » des décisions. « Fin mai » ou « début juin ».

A demain

 

La colère monte dans les EHPAD, Agnès Buzyn accuse la presse d’inquiéter les familles

Bonjour

Une anecdote politique et médiatique signifiante, rapportée par l’AFP : Agnès Buzyn visitait vendredi 26 janvier un EHPAD « relativement bien doté » au sein de l’hôpital gérontologique de Chevreuse (Yvelines). Et soudain la ministre des Solidarités et de la Santé de s’élever contre « Ehpad bashing » : « « Les familles sont inquiètes, je veux les rassurer, il y a une forme d’Ehpad bashing dans la presse, qui pointe des dysfonctionnements ». « Je ne veux pas les nier, ce sont des réalités, mais ce ne sont pas non plus des généralités » a-t-elle cru pouvoir ajouter.

Combien la ministre, ancienne hospitalo-universitaire, a-t-elle visité de ces « Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes » pour être aussi certaine de son fait ?  Que lui a-t-on rapporté, au juste, sur le sujet ? Et comment, journalistes ou pas, les familles pourraient-elles ne pas s’inquiéter ?

La ministre peut d’ailleurs elle aussi être inquiète. Et tout laisse penser qu’elle l’est. Mardi 30 janvier, les personnels des EHPAD  sont appelés à la grève par sept syndicats (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFTC, CFE-CGC et SUD) – et ce avec le soutien de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Des débrayages dans les établissements et des rassemblements sont prévus dans toute la France, dont un devant le ministère de la santé, à Paris. Pour l’heure il n’est pas prévu que les représentants syndicaux y soient reçus, précise Le Monde qui fait sa Une sur le sujet.

Inadmissible

« Il est inadmissible de ne pas prendre en compte la souffrance au quotidien que subissent professionnel, et par là même personnes âgées et familles » commentent les organisations syndicales dans un communiqué publié dimanche 28  janvier et repris avec énergie par SUD. « Nous devons effectuer douze à quinze toilettes par matinée, a témoigné Sandrine Ossart, aide-soignante dans un Ehpad de Nantes et militante CGT, le premier syndicat du secteur lors d’une conférence de presse. Pour le lever, l’habillage et la mise au fauteuil, nous avons dix minutes. A l’école, il nous en fallait quarante.  On sert les aliments mixés parce que ça va plus vite. Les résidents ne sortent plus. Ils font leurs besoins dans leurs protections parce qu’on n’a pas le temps de les accompagner aux toilettes. »

Libé a précédé Le Monde avec, à sa Une : « EHPAD : qui va s’occuper des parents ? ». Et un éditorial :

« Non, la vieillesse n’est pas forcément un naufrage. Tout dépend de la façon dont elle est gérée et surtout accompagnée. Dans une société dite développée, où les moyens ne manquent pas, l’accompagnement des personnes âgées devrait être un impératif non négociable. Une règle de vie. A lire les témoignages publiés dans ces pages, la France n’assume pas le minimum acceptable. Personnel insuffisant et épuisé, structures parfois inadaptées, familles culpabilisées… tout est réuni pour faire imploser le système. Et le vieillissement de la population n’arrange rien à l’affaire.

« Soleil vert » de Richard Fleischer

« C’est d’ailleurs le comble de l’incohérence : on vit dans une société qui ne cesse de repousser la mort, tant mieux ou tant pis, mais qui ne fait rien pour adoucir les dernières années. Ce n’est pas un hasard si l’expression «maison de retraite» a été remplacée par l’acronyme «Ehpad», aussi froid et impersonnel qu’une porte de prison ou un décor du film Soleil vert de Richard Fleischer qui, en 1973, anticipait une société (2022, on n’est pas loin) où les vieux finiraient dans des antichambres de la mort.

Symboliquement, il est d’ailleurs troublant que le personnel des Ehpad se mette en grève au même moment, ou presque, que le personnel pénitentiaire. Même si les contraintes diffèrent, il s’agit dans les deux cas de gérer des lieux où la liberté est entravée. Un travail difficile, plombant, stressant, qui nécessite, pour être vécu correctement, de pouvoir aspirer à intervalles réguliers de grandes goulées d’air libre. Et donc des moyens suffisants. Mais l’idéal reste de finir ses jours chez soi, dans son environnement familier. C’est dans l’aide à domicile qu’il faut aussi mettre des moyens. Les Italiens l’ont compris, eux qui font massivement appel aux immigrés pour prendre soin des plus âgés. Voilà au moins une raison de pousser nos sociétés vieillissantes à se montrer plus accueillantes qu’elles ne le sont aujourd’hui. »

Et Libé, comme Le Monde et divers titres de la presse régionale de multiplier des témoignages de l’insoutenable au quotidien. Cela avait déjà été le cas en novembre 2016 avec des symptômes remarquablement rapportés par La Nouvelle République du Centre Ouest (Mariella Esvant) :  « En Touraine, les Ehpad au bord de la rupture ». Ou en  février 2013 : « L’urine par terre et le reste au mur, façon Lascaux … ».

Usine d’abattage

EHPAD-bashing quand Libé rapporte des témoignages poignants ? Comme celui de cette infirmière :

«Je bâcle. Je bâcle et agis comme un robot en omettant volontairement les transmissions de mes collègues que je considère comme les moins prioritaires pour aller à l’essentiel auprès des 99 vies dont j’ai la responsabilité. J’adore le soin, la relation de confiance avec mes patients, mais je ne travaille pas dans un lieu de vie médicalisé. Je suis dans une usine d’abattage qui broie l’humanité des vies qu’elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche.» 

EHPAD-bashing quand la presse de gauche cite le «baromètre de l’absentéisme» ? Un baromètre réalisé par le cabinet de conseil Alma CG et qui précise qu’il atteint dans ces établissements un taux «1,3 fois plus important que la moyenne constatée dans le secteur de la santé» ? Avec un indice de fréquence des accidents du travail «deux fois supérieur à la moyenne nationale toutes activités confondues, supérieur même au monde du bâtiment et des travaux publics». Sans parler des fins de vie, de la mort et des agressivités périphériques.

Agnès Buzyn ? Percevant la fronde elle a obtenu, à l’arraché, de débloquer 50 millions d’euros supplémentaires. «En plus des 100 millions inscrits au budget 2018 de la Sécurité sociale, nous ajoutons 50 millions d’euros qui vont être donnés aux agences régionales de santé pour qu’elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés, les EHPAD qui souffrent aujourd’hui d’un manque de moyens», a-t-elle claironné sur les ondes. Pour les syndicats : des broutilles. Des syndicats qu’elle ne recevra pas.

A demain

Mille et une voix s’élèvent pour dénoncer le garrot posé sur les hôpitaux français

Bonjour

Une tribune et un cri.

La tribune réunit mille signatures de médecins et cadres hospitaliers 1. On la trouvera sur le site de Libération.

Le cri est celui d’une jeune infirmière qui compare l’hôpital à « une usine d’abattage ». Elle vient d’adresser une « lettre ouverte à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé ». Infirmière diplômée depuis un an et demi, Mathilde Basset dresse un bilan très sombre de ses premiers mois de pratique. Employée depuis trois mois au centre hospitalier du Cheylard (Ardèche), la jeune femme de 27 ans achève son contrat « avec dégoût et la boule au ventre ».

« Elle a confié son désarroi dans une lettre ouverte qu’elle a publiée sur son profil Facebook. Depuis le 27 décembre, ce témoignage a été partagé plus de 18 600 fois et suscité plus de 2 200 commentaires, précise Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). Dans ce texte, Mathilde Basset décrit ses conditions de travail, d’abord au sein du service de médecine/SSR/Urgences, où il lui est arrivé de prendre en charge seule 35 patients, puis à l’EHPAD, un étage plus bas. » Des conditions ahurissantes. Combien y a-t-il, en France, de Mathilde Basset ?

La tribune. Pour l’heure ils sont un millier a avoir répondu à l’appel des professeurs André Grimaldi, Jean-Paul Vernant et de la docteure Anne Gervais – un millier à alerter publiquement sur la crise montante de l’hôpitaux français. « Plus de mille médecins et cadres de santé, venant de toutes sortes d’établissements, hôpital local comme centre universitaire, répartis sur toute la France, ont signé un appel s’alarmant de la situation dramatique des hôpitaux français et pointant un système de financement, avec la tarification à l’activité (T2A), à bout de souffle, devenant une menace pour la qualité des soins » écrit Libé (Eric Favereau).  Ecoutons-les :

« Une nouvelle cure de rigueur budgétaire de 1,6 milliard d’euros est imposée aux hôpitaux. Leur budget n’augmentera en 2018 que de 2 % alors que les charges programmées augmenteront de plus de 4 % (les hôpitaux publics utilisent 36 % des dépenses de santé). Pour maintenir l’équilibre budgétaire, les tarifs de la tarification à l’activité (T2A) vont être une nouvelle fois revus à la baisse. Pour essayer d’assurer l’équilibre de leurs comptes, les hôpitaux sont donc condamnés à augmenter sans cesse leur activité tout en réduisant le nombre de leurs personnels. Ce ‘’toujours plus avec toujours moins’’ entraîne une dégradation des conditions de travail, provoquant épuisement et démotivation des soignants et en conséquence, une baisse de la qualité des soins. »

Gauchistes et conditions

Ces médecins hospitaliers, ces cadres de santé, ne sont pas tous des gauchistes de l’extrême. « Au-delà de toute sensibilité syndicale ou politique » ils soutiennent la volonté exprimée par Agnès Buzyn d’améliorer la pertinence des soins en réduisant la disparité injustifiée des pratiques, en supprimant la prescription d’examens inutiles, en améliorant la coordination entre la ville et l’hôpital, en favorisant la prise en charge ambulatoire à chaque fois qu’elle ne compromet pas la qualité des soins, en aidant à la construction d’un véritable service de santé de proximité. Mais selon eux, pour l’hôpital, cela n’est envisageable qu’à cinq conditions :

Limiter la place de la  T2A aux soins standardisés et  programmés. Assurer une stabilité des tarifs correspondant aux coûts réels. Introduire pour les soins non standardisés et non programmés d’autres modes de financement, notamment le financement global d’un épisode de soins et surtout une dotation annuelle modulée en fonction de l’activité.  Maintenir dans chaque unité de soin un taux de soignants présents permettant de garantir la sécurité des patients et la qualité des soins.  Regrouper l’activité quand cela est pertinent par rapport aux besoins de santé des territoires concernés, en gardant la cohérence médicale des différents sites hospitaliers. »

Ils sont un millier à se souvenir que François Hollande avait promis l’abandon du «tout-T2A». Un millier à savoir qu’Emmanuel Macron a fait la même promesse. « Agir vite avant qu’il ne soit trop tard ! » clament-ils. Est-il déjà trop tard au centre hospitalier du Cheylard ?

A demain

1 Lydie Abalea (Brest) ; Jean-Jacques Achache (Castres-Mazamet) ; Nelly Achour Frydman (Clamart Antoine Béclère) ; Catherine Adamsbaum (Kremlin-Bicêtre) ; Frédéric Adnet Bobigny (Avicenne) ; Christian Agard (Nantes) ; Catherine Ajzenman (Versailles) ; Sonia Alamowitch (Paris Saint Antoine) ; Julien Allard (Limoges) ; Patrick Alvarguez (Niort) ; Muriel Alvarez (Toulouse) ; Zahir Amoura (Paris Salpêtrière) ; Thierry André (Paris Saint Antoine) ; Fabrizio Andreelli (Paris Salpêtrière) ; Emmanuel Andres (Strasbourg) ; Anne-Marie Ané (Paris Pitié-Salpêtrière) ; Catherine Anguill (La Rochelle ) ; Françoise Archambeaud (Limoges) ; Jean Yves Artigou (Bobigny Avicenne) ; Pierre Asfar (Angers) ; Patrick Assayag (Bicêtre) ; Safaë Assikar (Limoges) ; Alain Astier (Créteil Mondor) ; Marie Elisabeth Atassi (Paris Pitié Salpêtrière) ; Hélène Aubert (Nantes) ; Magali Aubineau (Lyon) ; Virginie Aubron (Saint Nazaire) ; Karine Aubry (Limoges) ; Yannik Aujard (Paris Robert Debré) ; Marie Luce Auriault (La Rochelle) ; Muriel Avarez (Toulouse) ; Nathalie Avedissian (Saint-Nazaire) ; Antoine Avignon (Montpellier) ; Michel Azizi (Paris HEGP) ; Elie Azoulay (Paris Saint Louis) ; Lynda Azzouz (Roanne) ; Cécile Bachelet-Rousseau (La Rochelle) ; Anne Bachelot (Salpêtrière) ; Xavier Baermann Argenteuil) ; Daniel Bailly (Marseille ) ; Jean Marc Baleyete (Créteil Mondor) ; Eric Ballanger Draveil (Dupuytren) ; Nicolas Ballon (Tours) ; Noémie Banais (Roubaix) ; Firouzé Bani-Sadre (Reims) ; Catherine Barbier (Grenoble) ; Stéphane Barette (Paris Pitié Salpêtrière) ; Raoul Baron (Brest) ; Sabine Baron (Nantes) ; Zina Barrou (Paris Salpêtrière) ; Olivier Barthélémy (Paris Salpêtrière) ; André Baruchel (Paris Robert Debré) ; 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Pierre Etienne Moussot Narbonne) ; Laure Moutard Paris (Trousseau) ; Luc Mouthon (Paris Cochin) ; Séverine Moynat ; Marie Mueller (Grenoble) ; Nathalie Mugnier (Brest) ; Corinne Muguet (Saint Nazaire) ; Caroline Mura (Castres-Mazamet) ; Lucile Musset (Paris Salpêtrière) ; Lynda M’Silti (Villejuif Paul Brousse) ; Aexandra Nadaj-Pakeza (Angers) ; Jean Naudin (Marseille) ; Jean-Philippe Neau (Poitiers) ; Isabelle Nègre (Bicêtre) ; Pascale Nesme-Meyer (Lyon) ; Julien Neumann (Narbonne) ; Patrick Niaudet (Paris Necker) ; Chantal Nifle (Versailles) ; Isabelle Nion (Paris Saint Antoine) ; Israël Nisand (Strasbourg) ; Patrick Nivet (Libourne) ; Sylvie Nivot–Adamiak (Rennes) ; Thai Binh Nguyen (Limoges) ; Stephanie Nguyen (Paris Salpêtrière) ; Michel Nonent (Brest) ; Saad Nseir (Lille) ; Georges Offenstadt (Paris Saint Antoine) ; Jean Marc Olivot (Toulouse) ; Sylvie Ollier (Toulouse) ; Hubert Oro (Argenteuil) ; Stéphane Orsel (Limoges) ; Eric Orvain (Castres Mazamet) ; Samantha Oses (Limoges) ; 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Florence Roullet (Vannes) ; Dominique Rousseau (Saint Nazaire) ; Sylvaine Rousseau (Roubaix) ; Raphaël Rousseau (Rochefort) ; Ronan Roussel (Paris Bichat) ; Philippe Rousselot (Versailles) ; Daniel Roux (Colombes Louis Mourier) ; Isabelle Roy (Paris Saint Anne) ; Pierre-Marie Roy (Angers) ; Aurélie Rubio (Grenoble) ; David Saadoun (Paris Pitié) ; Denis Sablot (Perpignan) ; Marie Said-Menthon (Thonon Les Bains. Hôpitaux du Leman) ; Olivier Saint Jean (Paris HEGP) ; Thierry Sainte-Marie (Villejuif Paul Brousse) ; François Salachas (Paris Salpêtrière) ; Mohamed Saleh (Limoges) ; Gilles Salles (Lyon) ; Remi Salomon (Paris Necker) ; Marc Samama (Paris Cochin) ; Marc Sanson (Paris Salpêtrière) ; Bruno Sassolas (Brest) ; Anne Séchet (Niort) ; Philippe Seksik (Paris Saint Antoine) ; Nicolas Sellier Bobigny (Avicennes) ; Dominique Seret-Begué (Gonesse) ; Laure Serresse (Paris Salpêtrière) ; Alain Serrie (Paris Lariboisière) ; Jérôme Servan (Versailles) ; Laura Seurin (Roubaix) ; Jean-Pierre Siffrot (Paris Trousseau) ; Vivien Signorotti (La Rochelle) ; Benjamin Silbermann (Paris Olivier) ; Dominique Sitruk (Argenteuil) ; Alain Sobel (Paris Hôtel Dieu) ; Emmanuel Sonnet (Brest) ; Romain Sonneville (Paris Bichat) ; Laetitia Souchet (Paris Salpêtrière) ; Jean Claude Soufir (Paris Cochin) ; Vanessa Soulier (Lyon) ; Mario Speranza (Versailles) ; François Stenhouwer (Roubaix) ; Tanya Stokovic (Paris Salpêtrière) ; Felipe Suarez (Paris Necker) ; Benjamin Subran (Bicêtre) ; Pierre Sujobert (Lyon) ; Antoine Tabarin (Bordeaux) ; Pierre Taboulet (Paris Saint Louis) ; Abdelilah Tahir (Limoges) ; Valérie Talbart (Versailles) ; Corinne Tamames (Paris Pitié Salpêtrière) ; Fabienne Tamion (Rouen) ; Didier Tandé (Brest) ; Manuel Valente Tavares (Reims) ; Christine Terré (Versailles) ; Louis Terriou (Lille) ; Raphaël Tessier (Brest) ; Remy Tessier (Castres Mazamet) ; Louis Texeira (Paris Saint Louis) ; Matthieu Ternois (Roubaix) ; Nicolas Terzi (Grenoble) ; Eric Thervet (Paris HEGP) ; Florence Thibaut (Paris Cochin) ; Myriam Thiébaut (Brest) ; Annick Thirouart (La Rochelle) ; Lionel Thivard (Paris Salpêtrière) ; Daniel Thomas (Paris Salpêtrière) ; Xavier Thomas (Lyon) ; Jean François Thuan (Narbonne) ; Philippe Thuillier ; José Timsit (Paris Cochin) ; Jean François Timsit (Paris Bichat) ; Barbara Tisseron (Orléans) ; Jean Marie Tonnelier (Brest) ; Philippe Touraine (Paris Salpêtrière) ; Florence Travert (Paris Bichat) ; Erwan Treillet (Paris Lariboisière) ; Jacques Trévidic (Président de la Confédération des praticiens des hôpitaux et d’Action praticiens Hôpital) ; Christophe Trivalle (Villejuif Paul Brousse) ; Anne Isabelle Tropéano (Paris HEGP) ; Charlotte Trouillet (La Rochelle) ; Michel Tsimaratos (Marseille) ; Roland Tubiana (Paris Salpêtrière) ; Pascal Turlure (Limoges) ; Thierry Urban (Angers) ; Cédric Urbanczyk (La Rochelle) ; Madalina Uzunov (Paris Salpêtrière) ; Paul Elie Valensi (Bondy Jean Verdier) ; René Valero (Marseille) ; Dominique Valeyre (Bobigny Avicenne) ; Dominique Valla (Paris Bichat) ; Dorothée Vallois (Paris Bichat) ; Clément Vanbaelinghem (Roubaix) ; Xavier Van Damme (La Rochelle) ; Rdu Loan Vanica (Argenteuil) ; Laurent Vautier (Paris Bichat) ; Rachel Verbrugghe (Paris Salpêtrière) ; Jean-Marie Verdier (Saint Nazaire) ; Caroline Vergnes (Saint Nazaire) ; Marc Verin (Rennes) ; Jean-Paul Vernant (Paris Salpêtrière) ; Marc Verny (Paris Salpêtrière) ; Christophe Verny (Angers) ; Virginie Verrier (La Rochelle) ; Séverine Veyrieres (Argenteuil) ; Karine Viala (Paris Salpêtrière) ; Jean-Paul Viard (Paris Hôtel Dieu) ; Tiphaine Vidal-Trécan (Paris Lariboisière) ; Karina Vilhem (Dax) ; Marie Vincent (Nantes) ; Claude Virtos (Dreux) ; Angélique Voisin (Limoges) ; Sophie Voisin (Toulouse) ; Julien Vouillarnet (Lyon) ; Raphaël Wagner (Saint Nazaire) ; Thomas Walter (Lyon) ; David Weisenburger (Paris Saint Antoine) ; Laurence Weiss (Paris HEGP) ; Michel Wesoluch (Saint Nazaire) ; Adeline Wibaux (Roubaix) ; Bernard Willemin (Hagueneau) ; Lise Willems (Paris Cochin) ; Jean-Claude Willer (Paris Salpêtrière) ; Genevieve Wilson-Plat (Toulouse) ; Chantal Wood (Limoges) ; Stéphane Workinen (Lyon) ; Yann Wuthrich (Rochefort) ; Ibrahim Yacoub-Agha (Lille) ; Catherine Yardin (Limoges) ; Alain Yelnik (Paris Lariboisière) ; Marion Yger (Paris Saint Antoine) ; Jacques Yguel (Avesnes sur Helpe) ; Loic Ysebaert (Toulouse) ; Jean Ralph Zahar (Angers) ; Touriya Zaoui (Paris Bichat) ; Anne Céline Zeghoudi (Versailles) ; Ariane Zelinsky (Niort) ; Jean-Marc Zini (Paris Saint Louis) ; Jean Marc Ziza (Paris CH de La Croix Saint Simon) ; Benjamin Zuber (Versailles).

Les médecins fument moins. Contrairement aux aides-soignants et à leurs patients

 

Bonjour

Le temps n’est plus où certains praticiens consultaient la cigarette aux lèvres. Où des mandarins s’affichaient ouvertement tabagiques. « Contrairement à ce qui est observé en population générale, la prévalence du tabagisme est en forte baisse parmi les médecins généralistes, passant de 29 % en 2003 à 16 % en 2015 » rapporte Santé publique France qui publie sur son site les chiffres clés du tabagisme des professionnels de santé en France. Cette tendance est observée aussi bien parmi les hommes que les femmes.

Si, dans son ensemble, le secteur de la santé est moins touché par le tabagisme il existe toutefois des disparités très fortes au sein de ce secteur. « Nos analyses  portent sur un nombre restreint de professions et révèlent que la prévalence du tabagisme varie de 16 % à 43 % selon les professions » précisent les auteurs de ce travail. Ainsi,en 2010, parmi l’ensemble des infirmiers, sages-femmes et professions assimilées, 23 % déclaraient fumer du tabac quotidiennement ; cette proportion était de 40% parmi l’ensemble des aides-soignants et professions assimilées.

Sans protection

« Cependant, les analyses multivariées révèlent que ces deux groupes de professionnels ne diffèrent pas des autres actifs occupés en ce qui concerne le tabagisme lorsque les structures sociodémographiques sont prises en compte » précisent le auteurs. Où l’on voit a contrario que le fait d’exercer ces professions de soignants ne protège nullement contre l’addiction au tabac.

Pourquoi les médecins d’aujourd’hui fument-ils moins que leurs anciens ? Les auteurs ne nous le disent pas. Ils rappellent qu’en 2016, 34,5  % des 15-75 ans fumaient du tabac – et 28,7 % quotidiennement. Des pourcentages qui ne varient pas depuis 2010. Quand ils n’augmentent pas, les pouvoirs exécutif et législatif semblant dramatiquement incapables de réduire ces chiffres. Incapables ou ne le souhaitant pas. Tabac : 75 000 morts prématurées chaque année.

A demain

1 Raphaël Andler, Romain Guignard, Anne Pasquereau, Viêt Nguyen-Thanh (Santé publique France, Direction de la prévention et de la promotion de la santé, Saint-Maurice).

Pourquoi les malades français devraient-ils redouter l’arrivée des infirmières polonaises ?

Bonjour

La peur de l’étranger. C’est un document signé par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : un décret relatif à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé qui vient d’être publié au Journal Officiel. C’est aussi un document qui suscite l’ire de l’Ordre français des infirmiers.

Des professionnels de santé issus d’un autre Etat membre de l’Union Européenne, peuvent désormais exercer avec leur titre en France. L’Ordre dénonce « une déréglementation dangereuse de l’accès aux professions de santé ». Il explique qu’en application de ce décret, une professionnelle qui serait dénommée « infirmière » dans un autre Etat membre de l’Union Européenne pourrait venir exercer en France comme « infirmière » alors même qu’elle n’aurait potentiellement pas la formation requise pour réaliser certains des actes infirmiers reconnus en France dans le cadre réglementaire de compétences. « Cela portera atteinte à la qualité et la sécurité des soins » ajoute-t-il sans fournir plus d’éléments de preuve

 Didier Borniche, président du Conseil national français de l’Ordre des infirmiers :

« Nous savons Madame la Ministre de la Santé attachée à la reconnaissance et la valorisation des professions de santé. Pourquoi cautionner une telle mesure ? Nous nous opposons à ce qui constitue une déréglementation scandaleuse et irresponsable de l’accès aux professions de santé dans une logique de nivellement par le bas et de dépréciation de la qualité des soins. La qualité des soins exige que soit préservée la logique de professions de santé réglementées. C’est un devoir vis-à-vis des patients et de la santé publique avec laquelle il ne saurait être question de transiger. »

Abaisser la qualité des soins

Une vieille histoire, déjà. Le décret publié au Journal Officiel du 3 novembre 2017 vient en application de l’ordonnance du 19 janvier 2017 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé. Cette ordonnance transpose la directive 2013/55/UE du 20 novembre 2013. L’Ordre français des infirmiers avait déjà déposé un recours contre l’ordonnance du 19 janvier devant le Conseil d’Etat. Ce dernier n’a pas encore été jugé. « Plusieurs professions de santé s’opposent également à cette mesure » ajoute-t-il. Sans toutefois préciser lesquelles, en dépit de notre demande.

« Rien ne justifie d’inclure les professions de santé dans la transposition de la directive européenne, estime-t-il encore. Pourquoi un tel excès de zèle ? Le Gouvernement publie un décret moins d’un an après l’ordonnance, alors que celle-ci n’a pas encore été ratifiée par le Parlement. Pourquoi un tel empressement? (…) Cherche-t-on à reléguer notre rôle de garant de la cohésion et des compétences de l’ensemble de la profession infirmière ? Le décret sur la pratique infirmière avancée, qui vient en application de la loi du 26 janvier 2016, n’a toujours pas été publié, et ce, malgré les demandes répétées de l’Ordre des infirmiers. Le Gouvernement préfère-t-il abaisser la qualité des soins plutôt qu’augmenter les compétences des professionnels ? »

A demain