Feux de forêts et cendriers : Agnès Buzyn va-t-elle oser interdire à tous les motorisés de fumer ?

Bonjour

Rond-point. Nous sommes ici au carrefour de la politique et de la réduction des risques. Dans les Landes. Hervé Seyve, maire LR de la commune forestière de Saint-Jean-d’Illac vient de prendre un arrêté municipal : interdiction de fumer en voiture – du moins si votre véhicule n’est pas équipé de cendrier. L’initiative de l’édile fait suite à celle du préfet de Gironde qui, canicule oblige, avait porté sa vigilance « feux de forêt » au niveau « orange » (3 sur une échelle de 5). Et c’est ainsi qu’à Saint-Jean-d’Illac il est « interdit de fumer dans des véhicules non pourvus de cendrier », interdiction qui vaut « pour les véhicules circulant près des forêts » mais aussi pour «  les véhicules en stationnement, jusqu’à une distance de 200 mètres des bois, landes, pins ».

Le maire s’en est expliqué à l’AFP : « Avec une amende de quelque 15 euros, il ne s’agit pas de réprimer, mais de marquer les esprits ». Il dit aussi avoir été « ulcéré de voir à plusieurs reprises cet été, des gens jeter leurs mégots de leur voiture, sur des routes à grande circulation longeant des espaces boisés de la commune ». La mémoire est vive  : Saint-Jean-d’Illac avait, il y a quatre an, été victime d’un grand incendie de forêt, l’un des plus importants de la décennie en Gironde : six cents hectares de pins détruits avec comme principale hypothèse le mégot de cigarette jeté en bord de route.

Poursuivre l’œuvre socialiste de Marisol

Le maire n’est pas seul dans son combat : la sénatrice  Nathalie Delattre (Rassemblement démocratique et social européen, Gironde)  vient d’adresser une question écrite au gouvernement pour demander « l’obligation pour les constructeurs (automobiles) de prévoir un cendrier dans les véhicules afin de lutter contre le risque incendie » :

« Le vrai problème c’est que les constructeurs ne prévoient plus de manière systématique de cendrier dans les véhicules. Le réflexe devient alors de jeter le mégot par la fenêtre Il est tout à fait possible d’imposer un certain nombre de contraintes techniques, c’est d’ailleurs déjà le cas au sein du Code de la route, dans la partie règlementaire relative aux dispositions techniques du véhicule. Je demande au gouvernement de prendre ses responsabilités ! ».

L’heure est grave. Une étude que vient de publier Vinci Autoroutes établit que plus d’un conducteur sur trois (37 %) jette toujours des déchets par la fenêtre de sa voiture. Et près d’un sur six (16 %) se débarrasse ainsi de mégots (soit plus d’un fumeur en voiture sur deux – les hommes plus que les femmes). « Cette étude de Vinci marque une dégradation quant au jet de mégots par les conducteurs au volant : 16 % cette année contre 14 %, il y a un an » observe le site des buralistes français. Face au risque de feux de forêts les buralistes de l’arc méditerranéen sont déjà mobilisés : notamment à travers une campagne de communication dans leur point de vente ‘’Votre mégot brûle la forêt’’. »

Prévenir les esclaves du tabac de bien vouloir respecter les poumons de nos territoires ? Imposer le retour des cendriers dans les habitacles motorisés ? Le changement, dès maintenant ! Faudrait-il ici rappeler que depuis Marisol Touraine (Code de la  santé publique – Article L3511-7-2) « il est interdit à tous les occupants d’un véhicule de fumer en présence d’un enfant de moins de dix-huit ans ». Agnès Buzyn aura-t-elle, face au réchauffement climatique,  le courage de poursuivre l’œuvre entreprise par sa prédécesseuse socialiste : « il est interdit à tous les occupants d’un véhicule de fumer ». Point-barre.  

A demain @jynau

Homéopathie et politique : cinq député.e.s vont-ils être exclu.e.s du parti macroniste ?

Bonjour

La foudre va-t-elle s’abattre ? Après leur collègue « anti PMA pour toutes » exclue de leur groupe 1 cinq députés « marcheurs » viennent de franchir la ligne rouge macronienne.. Ils affichent, dans Le Journal du Dimanche, leur opposition à la volonté du Prince exprimée par sa fidèle ministre des Solidarités et de la Santé : dérembourser les granules dites homéopathiques.

Ces cinq rétifs cosigne une tribune avec quarante députés de « divers bords » emmenés par Paul Molac, 57 ans (Morbihan, Libertés et Territoires) riche personnalité culturelle et politique bretonne et française 2. Cinq élus dont la diversité dit tout de la richesse problématique du parti présidentiel. Cinq élus qui ne redoutent pas de prendre des risques politique. Par ordre alphabétique : 

1 Blandine Brocard (Rhône), 37 ans. « Elue depuis 2017. A travaillé comme juriste pour l’association des maires ruraux de France pendant dix ans. En octobre 2017, elle prend part à une conférence de presse avec Laurence Cohen (Parti communiste français) et Michèle Rivasi (Europe Écologie Les Verts) pour réclamer un moratoire avant d’étendre les obligations vaccinales pour les jeunes enfants, comme prévu par le gouvernement. Cette initiative est mise en cause par Richard Ferrand, alors président du groupe macroniste. »  

2 Jean-François Cesarini (Vaucluse), 48 ans. « Enfant et adolescent, il connaît une scolarité mouvementée et sera renvoyé de plusieurs établissements. Plus tard, il obtient un DEA en philosophie. À la suite du décès de son père, il hérite de l’affaire familiale (Cebillord et La Crémaillère). Toutefois, la succession n’est pas simple et sera marquée par plus de dix ans de procès contre sa mère pour faux, usage de faux et détournement d’argent (…)

« Il a contribué à la French Tech Culture, en devenant en 2015 l’un des cofondateurs (de l’incubateur de start up The Bridge (…) Durant le Festival Off d’Avignon de 2018, il se produit presque tous les soirs dans une pièce de théâtre, Demain vite !  Il y interprète le rôle d’un professeur qui donne une conférence sur les mérites du siècle à venir. Il est aussi parolier et a ainsi offert une chanson Taïwanà une délégation venue de ce pays. Il est d’ailleurs le président du groupe d’amitié parlementaire à l’Assemblée nationale entre la France et Taiwan, le groupe d’études à vocation internationale sur les questions liées à l’expansion de l’économie taïwanaise. 

« En octobre 2018, dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, il mène un groupe de 34 députés LREM qui défendent un amendement visant à rendre plus progressive la hausse de la CSG : celui-ci est adopté en commission des Affaires sociales grâce au renfort de députés de l’opposition et de certains MoDem, contre l’avis du groupe LREM et du rapporteur général du PLFSS, Olivier Véran, ce qui occasionne « un remontage des bretelles » de la part de Gilles Le Gendre, président du groupe LREM. »

3 Yves Daniel (Loire-Atlantique), 65 ans. « Rejoint le Parti socialiste en 2010. Investi par ce parti pour les élgislatives de 2012 il bat le député sortant et devient  membre de la commission des Affaires économiques et de la commission des Affaires européennes. Rejoint La République en marche ! au législatives de 2017 et il est réélu au second tour avec 61,79 % des voix face au candidat des Républicains. »

4 Stéphanie Kerbarh (Seine-Maritime), 43 ans. « Mère de deux enfants. Elle est médiatrice économique dans l’industrie et administratrice de l’association Obsar (« Observatoire des achats responsables »). Lors de l’élection présidentielle elle soutient la candidature d’Emmanuel Macron.  Elle est investie par la La République en marche ! pour être candidate aux législative. Elue  avec 62,94 % face à une candidate du Front national. Siège à la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, au sein de la majorité parlementaire. Elle est par ailleurs présidente du groupe d’études RSE – Responsabilité sociale des entreprises et membre du groupe d’études économie verte et économie circulaire. »

5 Benoît Potterie (Pas-de-Calais), 51 ans. « Effectue des études d’audio-prothèse puis s’installe comme opticien à Saint-Omer. Il détient en 2017 huit magasins dans la région des Hauts-de-France. Elu député de la 8e circonscription du Pas-de-Calais avec 56,79 % des voix face à une candicate du Front national au second tour des élections législatives 2017. En août 2018, il cosigne, avec une vingtaine de députés LREM, une tribune qui appelle à « aller plus loin » dans les possibilités d’ouverture dominicale des commerces. »

Les arguments des signataires de cette tribune ne sont en rien originaux.  Selon eux,« l’homéopathie répond à un réel besoin médical. Elle contribue indéniablement à diminuer la consommation médicamenteuse et ainsi à combattre l’antibiorésistance reconnue comme un problème majeur en termes de santé humaine et animale au niveau international. »

« Il est difficile d’accepter l’idée selon laquelle cette pratique, qui a longtemps été reconnue par les autorités et la communauté médicale, exercée pendant plus de deux cents ans par des médecins formés, et inscrite à la pharmacopée française en 1965, puisse soudainement être reléguée au rang de “fake médecine” »  ajoutent-ils.

Où l’on en vient à se demander, après tant d’autres (élus ou pas) s’il est besoin d’espérer pour entreprendre et de réussir pour persévérer.

A demain @jynau

1 Agnès Thill, députée de l’Oise, ex-macroniste  aujourd’hui « non-inscrite » pour cause de dissidence éthique signe également cette tribune

2 Paul MOLAC, Député du Morbihan, Libertés et Territoires, Emmanuelle ANTHOINE, Députée de la Drôme, Les Républicains, Sophie AUCONIE, Députée d’Indre-et-Loire, UDI et Indépendants, Ian BOUCARD, Député du Territoire de Belfort, Les Républicains, Blandine BROCARD, Députée du Rhône, La République en Marche, Xavier BRETON, Député de l’Ain, Les Républicains, Moetai BROTHERSON, Député de Polynésie Française, Gauche Démocrate et Républicaine, Fabrice BRUN, Député de l’Ardèche, Les Républicains, Michel CASTELLANI, Député de Haute-Corse, Libertés et Territoires, Jean-François CESARINI, Député du Vaucluse, La République en Marche, Jean-Michel CLEMENT, Député de la Vienne, Libertés et Territoires, Josiane CORNELOUP, Député de Saône-et-Loire, Les Républicains, Yves DANIEL, Député de Loire-Atlantique, La République en Marche, Olivier DASSAULT, Député de l’Oise, Les Républicains, Béatrice DESCAMPS, Députée du Nord, UDI et Indépendants, Frédérique DUMAS, Députée d’Ile-de-France, Libertés et Territoires, Olivier FALORNI, Député de Charente-Maritime, Libertés et Territoires, Michel FANGET, Député du Puy-de-Dôme, Mouvement Démocrate et apparentés, Yannick FAVENNEC, Député de Mayenne, Libertés et Territoires, Laurent FURST, Député du Bas-Rhin, Les Républicains, Bruno JONCOUR, Député des Côtes d’Armor, Mouvement Démocrate et apparentés, Sandrine JOSSO, Députée de Loire-Atlantique, Libertés et Territoires, Régis JUANICO, Député de la Loire, Socialistes et apparentés, Stéphanie KERBARH, Députée de Seine-Maritime, La République en Marche, François-Michel LAMBERT, Député des Bouches-du-Rhône, Libertés et Territoires, Marc LE FUR, Député des Côtes d’Armor, Les Républicains, Gilles LURTON, Député d’Ille-et-Vilaine, Les Républicains, Josette MANIN, Députée de Martinique, Socialistes et apparentés, Sophie METTE, Députée de la Gironde, Mouvement Démocrate et Apparentés, Bertrand PANCHER, Député de la Meuse, Libertés et Territoires, Eric PAUGET, Député des Alpes Maritimes, Les Républicains, Bernard PERRUT, Député du Rhône, Les Républicains, Maud PETIT, Députée du Val-de-Marne, Mouvement Démocrate et apparentés, Christine PIRES BEAUNE, Députée du Puy-de-Dôme, Socialistes et apparentés, Bérangère POLETTI, Députée des Ardennes, Les Républicains, Benoît POTTERIE, Député du Pas-de-Calais, La République en Marche, Frédéric REISS, Député du Bas-Rhin, Les Républicains, Jean-Luc REITZER, Député du Haut-Rhin, Les Républicains, Mireille ROBERT, Députée de l’Aude, La République en Marche, Eric STRAUMANN, Député du Haut-Rhin, Les Républicains, Agnès THILL, Députée de l’Oise, Non-inscrite, Patrice VERCHERE, Député du Rhône, Les Républicains, Michèle VICTORY, Députée de l’Ardèche, Socialistes et apparentés, Stéphane VIRY, Député des Vosges, Les Républicains, Michel ZUMKELLER, Député du Territoire de Belfort, UDI et Indépendants.

Médias et e-cigarette : pourquoi ne pas dire clairement qu’elle favorise l’arrêt du tabac ?

Bonjour

Quel est l’intérêt médiatique de produire du doute dans le public ?

Communiqué de #SOVAPE : « Coup sur coup, deux études de suivi de cohortes publiées cette semaine montrent que le vapotage favorise l’arrêt du tabac. La première menée en France par l’Inserm, publiée dans le JAMA Internal Medicine 1 , montre que l’apparition de la vape en 2010 s’accompagne d’un bond de l’arrêt du tabac chez les fumeurs qui ont choisi ce nouveau produit. Ils ont eu près de 1,7 fois plus de chance d’arrêter de fumer que ceux qui ont opté pour d’autres méthodes. Seconde étude : celle des chercheurs de la Harvard School à Boston, publiée dans Nicotine & Tobacco Research 2. Le suivi de la cohorte PATH de fumeurs américains ayant opté pour la vape entre 2013 et 2015 montre que les vapoteurs au quotidien ont eu 77% plus de succès après deux ans d’arrêt de la cigarette que les fumeurs optant pour d’autres méthodes. »

Commentaire : « En 2010, les ex-fumeurs qui avaient accès à des produits encore rudimentaires étaient plus nombreux à rechuter que ceux qui avaient opté pour d’autres méthodes, mais en 2013, c’est l’inverse, ils avaient plus de chance de succès (HR 0.84) que les autres. Cette évolution est très probablement liée à une évolution majeure du matériel survenue à partir de 2012, l’explosion du nombre de boutiques spécialisées et de la scène d’entraide des vapoteurs. Ces deux études montrent que l’apparition du vapotage a encouragé des fumeurs, au profil plus dur (plus de cigarettes fumées par jour, plus de problèmes psychiques, plus de rechutes précédentes, etc.), à tenter l’arrêt de la cigarette, et que l’évolution technique de la vape a permis à un plus grand nombre d’entre eux de sortir du tabac fumé. »

Tout pourrait donc aller pour le mieux au sein de la Révolution des Volutes. Ce serait compter sans les pincettes de nombreux médias généralistes qui ne parviennent pas à accepter la place prise par la cigarette électronique dans le paysage de la réduction des risques tabagiques. Ainsi ces quelques mots : « L’association SOVAPE appelle à la vigilance quant au traitement de l’information sur le vapotage. Il est en effet malheureux que l’évolution survenue entre 2010 et 2013 démontrée par les données de l’Inserm soit occultée, et que soit passée sous silence l’étude similaire dans son objet publiée dans Nicotine & Tobacco Research. »

L’association évoque notamment ici les traitements effectués  par L’Obs : « Les vapoteurs fument moins de cigarettes mais rechutent plus » ou par 20 minutes  « Les vapoteurs fument moins mais rechutent plus ».  Jusqu’à l’Inserm qui, selon elle, induit la même interprétation dans son communiqué (interrogatif) destiné à la presse :

« La cigarette électronique efficace pour réduire le tabagisme à long terme ? Cette étude porte sur 5400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs de la cohorte Constances (2012-2016 ; arrêt du tabac à partir de 2010, année de mise en vente de la cigarette électronique en France). (…) En conclusion, la cigarette électronique permet aux fumeurs de réduire leur niveau de tabagisme ou d’arrêter de fumer, mais cet arrêt ne semble pas toujours durable, il est donc nécessaire de surveiller de près les personnes qui vapotent et conseiller l’arrêt complet du tabac pour limiter le risque de rechute. »

Tromperie sur la présentation

Il faut aussi tenir compte du traitement fait par Le Quotidien du Médecin (Coline Garré): « Utile dans le sevrage, la cigarette électronique présenterait plus de risques de rechute à long terme »  qui cite Ramchandar Gomajee, chercheur à l’Inserm et premier auteur de la publication du JAMA Internal Medicine.

Pour #SOVAPE, présenter les choses comme le fait Le Quotidien est trompeur par rapport à la façon dont les choses ont évolué. « Ce taux de rechute concerne une époque révolue, les dispositifs sur le marché étaient des  »cigalike » peu performants, les commerces spécialisés et les conseils avisés inexistants, sans mentionner l’essor considérable des groupes d’entraide autogérés qui a suivi. Une étude d’épidémiologie sans connaissance des réalités de terrain, notamment des usagers, est susceptible de conduire à de mauvaises interprétations des données. »

« M. Gomajee semble ne pas tenir compte que – selon son étude – les utilisateurs de vape étaient des fumeurs à profils plus durs avec un niveau nettement plus élevé en paquets/années de 16,9 contre 12,9 pour les autres ex-fumeurs, ainsi que des symptômes dépressifs plus prononcés (12,6 versus 10,9), observe Nathalie Dunand, présidente de #SOVAPE. Des indicateurs généralement considérés comme des indices de dépendance plus forte, comme signalé dans la publication. Le commentaire de M. Gomajee rapporté par Le Quotidien semble entrer en contradiction avec les résultats de son étude.

« Répétons-le: dans l’étude de l’Inserm à partir de 2013, les vapoteurs ont moins rechuté que les autres ex-fumeurs. Ceci correspond à un tournant de la technologie avec l’apparition de l’Ego, l’explosion des boutiques spécialisées et le moment où le mouvement d’entraide s’est développé, comme par exemple le Forum  E-cigarette. Brice Lepoutre, son fondateur, sera d’ailleurs au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris pour parler de son expérience avec plus de 90.000 participants. »

Pour finir #SOVAPE pose une question :  « Quel est l’intérêt de produire du doute dans le public plutôt que des connaissances ? » C’est une assez bonne question.

A demain @jynau

1 Gomajee R, El-Khoury F, Goldberg M, et al. Association Between Electronic Cigarette Use and Smoking Reduction in France. JAMA Intern Med. Published online July 15, 2019. doi:10.1001/jamainternmed.2019.1483 https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2737916

2 Sara Kalkhoran, Yuchiao Chang, Nancy A Rigotti, Electronic Cigarette Use and Cigarette Abstinence Over Two Years among U.S. Smokers in the Population Assessment of Tobacco and Health Study, Nicotine & Tobacco Research,

Epidémie d’Ebola au Congo-Kinshasa : l’OMS décrète l’«urgence sanitaire mondiale»

Bonjour

C’est fait : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré mercredi 17 juillet que l’épidémie d’Ebola, qui sévit en République démocratique du Congo (RDC), était désormais une « urgence sanitaire mondiale ». Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué qu’il « était temps pour le monde de prendre acte » de l’épidémie. Pour autant il a recommandé que les frontières de la RDC avec ses voisins restent ouvertes.

L’OMS  a pris sa décision après la découverte d’un cas mortel dans la deuxième ville de la RDC, Goma (un million d’habitants), située à la frontière avec le Rwanda. En juin, deux cas avaient également été détectés en Ouganda voisin. Un vaccin contre cette fièvre hémorragique existe depuis 2016 mais certaines populations locales sont réticentes et le contexte politique tendu entrave l’action de l’OMS en RDC.

À ce jour, près de 3000 agents de santé ont été vaccinés contre la maladie à Goma. Plus de 1650 personnes sont décédées au cours de la flambée actuelle, tandis que douze nouveaux cas environ sont signalés chaque jour.

La flambée restant encore limitée aux provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, la riposte est dans une phase déterminante. L’OMS évalue le risque de propagation aux provinces voisines comme étant très élevé. « En collaboration avec le Gouvernement, nous pouvons mettre un terme à cette flambée et nous y parviendrons. Nous avons des outils plus puissants que jamais pour lutter contre Ebola, y compris un vaccin efficace, a déclaré le Dr Tedros. Mais il faut que les attaques et les autres perturbations des activités de riposte cessent ».

Depuis janvier, l’OMS a compté 198 attaques dirigées contre les interventions de riposte qui se sont traduites par sept décès et ont blessé cinquante-huit agents de santé et patients. « Nous avons besoin du soutien politique de toutes les parties, et de l’investissement de la communauté, pour que les intervenants puissent travailler en toute sécurité et sans être interrompus. C’est le seul moyen d’empêcher le virus de continuer à se propager. »

Les zones des provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu touchées par Ebola se caractérisent par la  médiocrité des infrastructures, l’instabilité politique et des conflits persistants qui impliquent des dizaines de groupes de milices armées, et la défiance des communautés vis-à-vis des autorités nationales et des étrangers. 

Plusieurs milliards de dollars

En mai, le Secrétaire général des Nations Unies et le système humanitaire interinstitutions ont renforcé l’action conjointe des Nations Unies. Parmi les mesures prises figurait la nomination d’un Coordonnateur des interventions d’urgence des Nations Unies pour la lutte contre Ebola (EERC), M. David Gressly, qui est basé dans les zones touchées pour veiller à ce qu’un environnement favorable, en particulier en matière de sécurité, de logistique, de climat politique et de mobilisation communautaire, soit en place pour permettre la riposte en matière de santé publique et répondre aux préoccupations des communautés touchées. 

Mark Lowcock, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’OMS : « Si nous n’obtenons pas immédiatement des ressources financières nettement supérieures, il ne sera pas possible de mettre un terme à la flambée. Tout retard donne au virus la possibilité de se propager, ce qui a des conséquences désastreuses. Nous devons faire tout ce qui est possible aujourd’hui pour éviter d’atteindre l’ampleur de la flambée que nous avons connue en Afrique de l’Ouest il y a cinq ans, qui a coûté la vie à plus de 10 000 personnes avant qu’une riposte de plusieurs milliards de dollars permette de ramener le nombre de cas à zéro. » 

On peut le dire autrement : le combat contre Ebola est mené aux environs d’une zone envahie par des groupes armées. Et l’épidémie pourrait vite se propager au-delà des frontières de la RDC vers l’ensemble de la région. 

« L’urgence sanitaire mondiale » est une mesure exceptionnelle, qui n’a été décrétée que quatre fois seulement par l’OMS : en 2009 pour la grippe A(H1N1), en 2014 pour la poliomyélite, en 2014 (bien trop tardivement) pour une épidémie d’Ebola qui a fait plus de 11 300 morts dans trois pays d’Afrique de l’Ouest (Liberia, Guinée, Sierra Leone) et en 2016 pour le virus Zika.

Les experts du comité d’urgence, réunis à Genève ont exprimé leur « déception au sujet des retards dans le financement » de l’aide. « Il est crucial que les Etats n’utilisent pas le statut d’urgence mondiale comme excuse pour imposer des restrictions au commerce et aux déplacements qui auraient un impact négatif sur la réponse sanitaire et sur la vie de la population dans la région », a souligné le Pr Robert Steffen, chef de ce comité d’urgence. On peut voir là un appel, pressant et solennel, à l’aide.

A demain @jynau

1 Conseils aux voyageurs du gouvernement français : une épidémie de maladie à virus Ebola est déclarée depuis le 1er août 2018 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. La capitale du pays, Kinshasa, n’est pas concernée. Les zones concernées sont notamment : Alimbongo, Beni, Biena, Butembo, Goma, Kalunguta, Katwa, Kyondo, Lubero, Mabalako, Masereka, Oicha, Vuhovi, Manguredjipa (province du Nord-Kivu) ; et Mandima (province de l’Ituri).

Les localités de Bunia et Kisangani, ainsi que la frontière ougandaise demeurent sous surveillance compte tenu du risque de propagation lié aux déplacements de populations, même si l’épidémie reste pour l’heure circonscrite dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Il est recommandé de suivre les consignes de prévention suivantes :

• se tenir régulièrement informé de l’évolution de l’épidémie en consultant le compte twitter du ministère de la Santé de RDC (@MinSanteRDC), les sites Internet de l’ambassade de France en RDC et de l’OMS (http://www.who.int/csr/disease/ebola/fr/ et http://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ebola-virus-disease)

• respecter systématiquement les règles d’hygiène suivantes : http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/ebola/article/maladie-a-virus-ebola

• éviter les lieux et les événements à forte densité de population (marchés, stades, etc.)

En cas d’apparition de symptômes évocateurs de la maladie jusqu’à trois semaines après votre retour en France, cessez toute activité, isolez-vous et contactez immédiatement le SAMU-Centre 15 en signalant votre séjour et vos activités en RDC. 

Boire du vin de Champagne et démence précoce : que faut-il, en pratique, vraiment savoir ?

Bonjour

Nous sommes sous les soleils de juillet. François Goullet de Rugy a démissionné et les médias vont pouvoir commencer à lever le pied. Pour autant la chasse aux « fausses nouvelles » est toujours grande ouverte. Avec quelques variantes pétillantes. Ainsi Le Monde (Adrien Sénécat) nous régale-t-il en croisant démence précoce, et vins de Champagne.

« ‘’Le champagne permettrait de lutter contre la démence et la maladie d’Alzheimer 1’’, affirment des articles publiés sur des sites sensationnalistes comme Letopdelhumour.fr ou Lastucerie.fr, nous explique le dernier quotidien vespéral de la capitale. A en croire la rumeur, l’affirmation serait tout ce qu’il y a de plus sérieuse, puisqu’elle serait tirée d’une’étude de l’université de Reading, au Royaume-Uni’’. »

Or cette étude existe bel et bien, comme en témoigne un communiqué de presse, publié le 7 mai 2013 par cette université. Communiqué qui renvoyait à la publication originale  dans Antioxidants and Redox Signaling. : « Phenolic Acid Intake, Delivered Via Moderate Champagne Wine Consumption, Improves Spatial Working Memory Via the Modulation of Hippocampal and Cortical Protein Expression/Activation » Published Online: 24 Oct 2013 https://doi.org/10.1089/ars.2012.5142

« C’est sur ce document que de nombreux articles se sont basés à l’époque, accréditant l’idée que la consommation de champagne pourrait être bénéfique sur le cerveau, souligne Le Monde. En France, BFM-TV écrivait ainsi, il y a six ans, que « le champagne stimulerait la mémoire ». Les années passèrent, et cette conclusion s’est popularisée, faisant l’objet de multiples articles ; elle connaît toujours, y compris ces derniers temps, un certain succès sur les réseaux sociaux. »

Faire boire des rats de laboratoire

Mais on ne parle pas sans grands risques des potentiels effets bé,éfiques de l’alcool – sous toutes se formes. Surtout à notre époque. La rumeur moustillante prenait corps. Au point qu’en novembre 2015, le National Health Service britannique publiait, non sans humour, un rectificatif : « No hard evidence champagne can prevent dementia »

Où les non-spécialistes découvraient que des chercheurs anglais avaient osé faire boire des rats. Trois groupes de huit rats : le premier consommait un peu de vin de Champagne, le deuxième consommait une autre boisson alcoolisée et le troisième aucun alcool. Et les chercheurs de découvrir, médusés, que quelques rats ayant bu du vin de Champagne retrouvaient paradoxalement mieux leur chemin que leur congénères privés de cette réjouissance :

« Changes in spatial working memory induced by the Champagne supplementation are linked to the effects of absorbed phenolics on cytoskeletal proteins, neurotrophin expression, and the effects of alcohol on the regulation of apoptotic events in the hippocampus and cortex. » 

Il ne semble pas que ce travail expérimental soit, aujourd’hui confirmé sur des rongeurs. Quand bien même il resterait à mener de vastes et coûteux essais cliniques avant de pouvoir, le cas échéant, le traduire en recommandation sanitaire. « L’autre problème posé par bon nombre de ces articles sensationnalistes est qu’ils occultent les dangers, avérés et largement documentés cette fois, de la consommation d’alcool » prend soin de rappeler Le Monde. La consommation d’alcool est néfaste pour la santé et aucune, ni le vin ni le champagne (sic) , ne font exception. »

On peut, pour conclure sur ce thème définitif, se reporter aux dernières lignes de Céline 2, dans son Rigodon : « Reims… Epernay … de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe… ».

A demain

1 A conseiller, cet ouvrage (à paraître en septembre prochain) : « Que faire face à Alheimer » du Dr Véronique Lefebvre des Noëttes », préface du Pr Eric Piat (éditions du Rocher)

2 A conseiller, dès maintenant, sur France Culture : « Grandes traversées : Louis-Ferdinand Céline, au fond de la nuit » par  Christine Lecerf

«Tremblements» : le peuple allemand saura-t-il jamais de quoi Angela Merkel souffrait ?

Bonjour

France vs Allemagne. De part et d’autre du Rhin les citoyens n’ont pas tous la même conception de la  transparence politique. Le dossier d’Angela Merkel en témoigne. Pour la majorité des Allemands, nous dit Le Monde (Thomas Wieder) c’est une affaire privée. Un sondage réalisé au lendemain de la troisième « crise de tremblements » (en l’espace de trois semaines) conclut que seules 34 % des personnes interrogées souhaitent que leur chancelière publie un bulletin de santé détaillé. Elles sont 59 % à considérer que le sujet relève de la vie privée (enquête de l’institut Civey pour l’Augsburger Allgemeine Zeitung, publiée le samedi 13 juillet).

Le pressentait-elle ? Toujours est-il qu’Angela Merkel ne s’est guère épanchée sur l’origine de ses « tremblements ». Les premiers avaient été découverts le 18 juin. La chancelière était alors en présence du nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Explication : une déshydratation liée à la forte chaleur qui régnait ce jour-là sur Berlin. Puis le 27 juin au château Bellevue, la résidence du président fédéral Frank-Walter Steinmeier ; puis le mercredi 10 juillet, à la chancellerie, où elle recevait le Premier ministre finlandais Antti Rinne.

Autre explication de ces « secousses » : une origine psychologique. « Je suis encore dans une phase de traitement de la première manifestation aux côtés du président ukrainien VolodymyrZelensky. Cela demande un peu de temps. Mais je vais très bien. Il n’y a pas de souci à se faire ». Interrogée à nouveau sur son état de santé, Angela Merkel s’est voulue tout aussi rassurante : « D’abord, soyez certains que je suis consciente des responsabilités qui sont les miennes eu égard à mes fonctions. Ensuite, sachez qu’en tant que personne mon intérêt est d’être en bonne santé et de prendre soin de moi ». Un invariant dans ce type de situation. Un grand classique. Et l’exposé médiatique des arguments bien connus de ce côté-ci du Rhin.

« Angela Merkel, qui fêtera son 65e anniversaire mercredi 17 juillet, pourra-t-elle s’en tenir durablement à cette discrétion sur son état de santé, demande Le Monde. Depuis quelques jours, et singulièrement depuis la troisième crise de tremblements de la chancelière, le 10 juillet, le débat prend de l’ampleur, notamment dans la presse où deux lignes s’affrontent.« Dans la République fédérale, il est de bon ton de ne pas spéculer publiquement sur l’état de santé des dirigeants politiques. Et il n’y a pas de règles imposant à ceux qui détiennent un mandat de faire des examens médicaux réguliers », rappelait il y a peu le Spiegel. Ou Lisa Caspari, rédactrice en chef adjointe de l’hebdomadaire Die Zeit :  

« Même pour une chancelière fédérale, la santé est une affaire privée. Dans une société libre, personne ne doit avoir à répondre de son état de physique ou mental, et encore moins de produire publiquement un document sur le sujet (…) Jusque-là, aucun élément ne permet de dire que la capacité de travail d’Angela Merkel est affectée. Jamais elle n’a eu d’absence dans les moments importants, jamais elle n’a semblé déconcentrée ou ailleurs pendant une conférence de presse. »

A l’opposé Gordon Repinski, rédacteur en chef adjoint de Redaktions Netzwerk Deutschland : « Les mots de Merkel sont de la non-information, ils rendent nébuleux son état de santé réel. Une maladie devient une question politique quand il n’est plus certain qu’un(e) dirigeant(e) ait toute l’énergie pour accomplir sa mission. (…) La chancelière devrait le comprendre et répondre de façon offensive aux questions. Sinon elle n’en aura pas fini avec ce débat jusqu’à la fin de son mandat. »

Blanc-seing

Et comme en France, avec Georges Pompidou, François Mitterrand ou Jacques Chirac : la question principale, celle de  de la capacité à exercer ses fonctions. Hans Georg Maassen (ancien patron du renseignement intérieur limogé à l’automne 2018, précise Le Monde, proche de l’aile droite de l’Union chrétienne-démocrate et qui n’a jamais caché son opposition à la politique d’accueil de la chancelière vis-à-vis des réfugiés): .

« L’état de santé d’un chef de gouvernement n’est pas une affaire privée. Les gens en Allemagne ont le droit de savoir si un chef de gouvernement est physiquement en état d’exercer son mandat. Empathie. Compassion. Commisération aussi. Mais plus que tout : perplexité. La chancelière est-elle encore suffisamment en forme après quatorze ans de mandat ? »

On peut le dire autrement. Ainsi le risque d’une instrumentalisation du sujet par les opposants d’Angela Merkel et par la presse tabloïd est-il l’un des arguments avancé par certains journalistes allemands qui prônent davantage de transparence médicale. Frank Aischmann (de la chaîne publique MDR): 

« D’innombrables affaires et scandales politiques pouvant aller jusqu’à des démissions ont d’abord fait la une des médias parce qu’ils n’ont pas été politiquement maîtrisés, qu’ils ont été sous-estimés, banalisés ou relativisés. Or, aujourd’hui, l’univers médiatique est devenu encore plus rapide, dur et implacable. Pour cette raison, soyons clairs : ce n’est pas le bulletin médical de Merkel qu’il s’agit d’avoir, juste le blanc-seing 1 de son médecin. »

Question à poser aux Ordres, de part et d’autre du Rhin : un médecin peut-il raisonnablement délivrer un blanc-seing ?

A demain @jynau

1 « blanc-seing » : signature apposée d’avance sur une feuille de papier laissée blanche en tout ou en partie, à l’effet de recevoir une convention ou une déclaration.  

Le «cancer», les «jus de fruits» et les «sodas» : non, les médias n’y résistent pas

Bonjour

Ainsi donc, une nouvelle fois, les titres et les brouillards de la causalité présumée. Les médias n’y résistent pas. Jusqu’au Monde : « Sodas et jus de fruits associés à un risque de cancer » (Nathan Mann). Et des auteurs qui, parfois, prennent soin de dire leur vérité en la maquillant suffisamment pour qu’elle justifie une bonne place dans la hiérarchie médiatique. Publier ou périr n’est plus le sujet. Il faut, aujourd’hui, publier en en faire parler.

Sur la scène, une nouvelle exploitation-déclinaison de l’étude de la cohorte française NutriNet-Santé (fonctionnant en autodéclaration sur Internet). Et une publication dans le British Medical Journal « Sugary drink consumption and risk of cancer: results from NutriNet-Santé prospective cohort » (Chazelas E, Desmetz E, Kesse-Guyot E et al). Sans oublier le communiqué de presse de l’Inserm : « Consommations de boissons sucrées et risque de cancer ».

Mathilde Touvier, co-auteure, au Monde :

« Nous avons suivi un peu plus de 100 000 adultes qui ont enregistré régulièrement leur consommation alimentaire (…) entre 2009 et 2019, et nous nous sommes intéressés à la relation entre boissons sucrées et risques de cancers. On a observé que les personnes qui consommaient plus de boissons sucrées avaientune augmentation de risque de cancer de manière globale, et plus spécifiquement de cancer du sein. »

Le Monde : « Ainsi, une fois éliminés les autres facteurs de risque tels que la consommation de tabac ou d’alcool, ou les influences externes comme l’activité physique ou encore le niveau d’étude, la consommation de boissons sucrées est bien corrélée à l’apparition de cancers. Même ‘’un petit verre’’, de 10 centilitres de sirop, de soda ou de jus par jour, soit un tiers d’une canette standard, augmente de 18 % le risque de cancer en général, et de 22 % le risque de cancer du sein (notamment après la ménopause). »

Le communiqué de presse de l’Inserm :

« Cette étude étant observationnelle, un lien de cause à effet ne peut être établi pour les associations observées. Cependant, en plus du design prospectif, de l’effectif important de la population d’étude et de la précision des données alimentaires collectées, les résultats tiennent compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie dont l’âge, le sexe, le tabagisme, la consommation d’alcool, le niveau d’étude, l’activité physique ainsi que le statut pondéral, les comorbidités métaboliques, les antécédents familiaux. De plus, les résultats étaient robustes après un large spectre d’analyses de sensibilité complémentaires. »

Ridicule

Comment, en somme, affirmer une chose puis laisser entendre que, autrement pesé, cela pourrait être différent. Ce qui n’est pas sans faire songer à la plus belle des scènes de « Ridicule » (le film, 1996) – celle concernant la démonstration d’une existence divine.

Et L’Inserm de flirter (pour une fois ouvertement) avec la politique: « Ces données sont importantes dans un contexte de santé publique où la taxe soda est débattue au niveau national et international. Elles supportent l’intérêt des recommandations nutritionnelles du Programme National Nutrition Santé qui visent à limiter la consommation de boissons sucrées, y compris les jus de fruits 100 %, ainsi que des mesures politiques telles que des restrictions fiscales et commerciales visant les boissons sucrées. »

Sans oublier les jus pressés (y compris frais). « On a plutôt l’impression qu’on fait un acte santé quand on boit des jus de fruits, explique Mathilde Touvier au Monde.Certes ils contiennent des vitamines, quelques fibres, et pas d’additifs comparés à certains sodas artificiels, mais en termes de taux de sucre pour 100 millilitres, ils contiennent des doses comparables par rapport à ce que l’on trouve dans les sodas. » 

Concernant les boissons sucrées contenant des édulcorants, les chercheurs de l’Inserm ne voient pas de corrélation entre leur consommation et la prévalence de cancers. L’absence de lien pourrait s’expliquer par une invisibilité statistique due à la faible consommation d’édulcorants par les membres de la cohorte. Plusieurs études ont montré que la consommation de boissons édulcorées peut engendrer des risques cardio-métaboliques et carcinogènes, rappelle encore Mathilde Touvier.

Ne pas disposer de la solution en somme, mais postuler l’existence d’une invisibilité.

Reste, pour l’heure et pour le lecteur, cette question pendante : quoi boire ?

A demain @jynau