Les étudiants français en médecine sont-ils gangrenés par les marchands de médicaments ?

 

Bonjour

Joli tir groupé. A la fois sur le site The Conversation : « Les facs de médecine les plus indépendantes vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique » et sur celui de la revue PLOS ONE : « Conflict of Interest Policies at French Medical Schools: Starting from the Bottom ». Le sujet est aussi repris dans Le Monde : « Prévention des conflits d’intérêts : les facs de médecine épinglées ». Où l’on apprend que l’association Formindep publie le premier classement des facultés « en fonction de leur degré d’indépendance vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques ».

Aider à progresser

C’est là une initiative originale qui devrait faire parler d’elle dans les amphithéâtres de médecine sinon chez Big Pharma. Elle s’inspire d’une opération similaire menée aux Etats-Unis en 2007. Ses auteurs ont adressé aux doyens de trente-sept facultés de médecine françaises un questionnaire (treize critères) visant à évaluer le degré de perméabilité sinon de compromission avec l’industrie des médicaments.  Le résultat est sévère pour ne pas dire lamentable. Toutes peuvent nettement mieux faire. Seules Angers et Lyon Est (Lyon 1) sortent-elle le nez de l’eau. Pour les auteurs « c’est un outil dont les étudiants doivent s’emparer au niveau local ».

 Ce travail lui-même n’est pas parfait mais il a pour but premier d’aider à progresser. Jusqu’où ? « Nous avons tout intérêt à avoir des liens avec l’industrie, à condition de mettre en place des garde-fous et d’être transparents, ce qui est le cas, aussi bien pour les contrats de recherche que pour les opérations de mécénat », explique au Monde le Pr  Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes. « Au niveau des facs, l’interaction avec les industries est très faible », assure pour sa part le Pr Jean-Luc Dubois-Randé, président de la conférence des doyens en médecine, qui se dit toutefois favorable à plus de transparence.

Court-circuiter

Une solution serait le court-circuit, la déconnexion : enseigner la thérapeutique non plus avec les noms commerciaux des médicaments mais en ne faisant référence qu’aux DCI (dénomination commune internationale). En France, il existe plus de 8.000 noms commerciaux de médicaments pour seulement 1.700 DCI.  On pouvait, en 2007, lire ceci sur le site de la Mutualité Française :

« Depuis septembre 2005, la Mutualité Française, la revue Prescrire et l’association de consommateurs UFC-Que choisir mènent une campagne d’information pour promouvoir « La DCI : le vrai nom du médicament ». Cette action s’est traduite par la publication de fiches pratiques expliquant les bonnes raisons de l’utilisation de la DCI. »

 Sept ans plus tard, où en est-on ? Que pourraient dire, sur le sujet, les enseignants, les doyens, les fabricants, les étudiants ? Sans oublier les pharmaciens.

A demain

Transparence: en 2017 chacun pourra distinguer entre le «lien d’intérêts» et la grosse ficelle

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Bonjour

Dans une France gelée, des communiqués de presse comme s’il en pleuvait. Des textes jusqu’à plus soif. Aujourd’hui Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, annonce la publication  d’un décret 1 renforçant la transparence des liens entre les « acteurs du système de santé » et les « industriels du secteur ». Qu’est-ce qu’un lien transparent ? Est-ce dire qu’on ne peut le voir et qu’à ce titre il nous est caché ? Et qu’est-ce qu’une transparence renforcée ? Est-là un synonyme d’invisibilité ? Un bon sujet pour les tables du Nouvel An.

Ah, la transparence… Comment faisions-nous avant elle ? C’est là une œuvre de longue haleine.  En juin 2014, Marisol Touraine avait inauguré la base de données publique « Transparence-Santé », accessible sur un site Internet unique : www.transparence.sante.gouv.fr. Ce site répertorie « l’ensemble des liens d’intérêts entre les entreprises qui commercialisent des produits de santé ou cosmétiques et les professionnels de santé ». Puis vint la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016. Et avec elles ces dispositions de fin d’année. Elles viennent compléter les mesures déjà engagées pour préserver l »a nécessaire confiance entre les citoyens, les usagers et les acteurs du système de santé ».

Que dit, en pratique, ce décret signé, pour Bernard Cazeneuve Premier ministre, par Marisol Touraine ?

. il étend le champ des informations relatives aux liens d’intérêts entre les industries de santé et les différents acteurs, publiées sur le site Internet www.transparence.sante.gouv.fr : les montants des conventions signées entre les acteurs du système de santé et les industriels devront être publiés ; une rubrique dédiée permettra d’accéder plus facilement aux rémunérations perçues dans le cadre de ces conventions.

. il permet de rendre public le montant des rémunérations et participations financières des personnes soumises à l’obligation de remplir une déclaration publique d’intérêts.

Marisol Touraine :

« La loi de modernisation de notre système de santé a permis de nouvelles avancées pour la transparence des liens d’intérêts dans le secteur de la santé. Après la possibilité offerte par la loi d’extraire les données issues de la base, le public pourra accéder dès le 1er avril 2017 à de nouvelles informations sur le site transparence.sante.gouv.fr. S’il faut distinguer liens d’intérêts et conflits d’intérêts, il revient à chaque internaute, chaque citoyen, de connaître en toute objectivité la nature des relations qui lient les industries de santé aux autres parties prenantes du secteur. »

Devenus transparents les liens d’intérêts ne devront pas être confondus avec les conflits. Qui aidera le citoyen à ne pas être dupes de trop grosses ficelles ? La question se posera à compter du prochain 1er avril. Nous avons trois mois pour y réfléchir.

A demain

1 « Décret n° 2016-1939 du 28 décembre 2016 relatif à la déclaration publique d’intérêts prévue à l’article L. 1451-1 du code de la santé publique et à la transparence des avantages accordés par les entreprises produisant ou commercialisant des produits à finalité sanitaire et cosmétique destinés à l’homme »

 

Autisme : ceux qui croyaient au ciel et ceux qui voudraient y croire (France Inter)

 

Bonjour

On a beau faire, faute de science dure la croyance revient à bride abattue. A l’aube c’était  France Inter qui ajoutait  ses voix à toutes celles qui nourrissent, depuis quelques jours, la polémique sur l’autisme-psychanalyse-ou-pas. Une guerre de cinquante ans et de nouvelles flambées de violence. Les vents ont tourné et ce sont désormais les analystes qui sont promis aux bûchers scientifiques.

Nouveau combat de tranchée annoncé avec Avec Florent Chapel, vice-président de la Maison de l’Autisme et Patrick Landman, adversaire du DSM-5, psychiatre et psychanalyste.  Du second on entendra qu’il n’est pas, au micro de la radio publique, en situation de conflit d’intérêts.

Mea culpa analytique

Du premier on apprendra, grâce à une auditrice, qu’il est directeur associé depuis 2008 en charge de l’ensemble des missions de conseil chez L J Corporate (Cabinet conseil en stratégie, membre du réseau international Crisis Management Network) – société très impliquée dans le monde du médicament et de la santé.  Il est aussi l’auteur, avec Sophie Le Callennec, de l’ouvrage « Autisme la grande enquête » (Editions Les Arènes, 2016).

Les vents ont tourné. Aujourd’hui c’est le psychanalyste qui accepte de battre sa coulpe. Il accepte de reconnaître l’existence d’outrances dans le passé. Pour un peu l’Opus Dei analytique aurait bel et bien sévi. On aurait bel et bien accusé des mères d’être la cause première de l’autisme de leur progéniture.  Des mères condamnées.

Le divan aux dimanches

Pour le communicant tout cela existe toujours. Il faut selon lui en finir, radicalement, avec cette diablerie qu’est la thermodynamique des inconscients. Et, dans tous les cas, ne plus financer l’approche analytique sur des deniers publics, la sortir des établissements hospitaliers, des unités de psychiatrie. C’est précisement ce qui se discutera cet après-midi à l’Assemblée nationale, sur la rive gauche de la Seine où la droite républicaine apporte le bois du bûcher. On peut le dire autrement : réserver le divan aux dimanches. Promulguer une nouvelle séparation, entre Freud et de l’Etat.

Une mère appelle. Elle dit, simplement, que la complémentarité est possible, que son enfant de onze ans est scolarisé mais que la psychanalyse l’a beaucoup aidée, elle et le père, son mari. L’analyste est satisfait. Le communicant ne l’est pas. Une autre mère l’accuse de vouloir enrégimenter, militariser les autistes. On songe à la radicalité et aux entreprises de déradicalisation.  Au retour récurrent de  la croyance, cette certitude débarrassée des preuves.

Le temps passe vite sur France Inter.Une centaine d’auditeurs au standard. Trop tard, au revoir. Voici le temps venu des tristes humoristes.

A demain

Des hôpitaux publics surtaxent les communications téléphoniques. Injustice et absurdité

 

Bonjour

C’est une perle véritable, glanée hier dans Le Parisien (Daniel Rosenweg) : « A l’hôpital, le coup de fil fait mal au portefeuille ». Traduire : des hôpitaux publics (mais aussi les caisses de sécurité sociale) surtaxent les communications téléphoniques (celles de leurs usagers). Des patients et des familles s’en offusquent. Un quotidien généraliste raconte. C’est du bon journalisme.

Il y avait eu une alerte en 2010 – et on avait pu croire à un retour à l’équité. Puis l’injustice est réapparue. Pourquoi ?  « Souvent pour compenser l’extrême rigueur budgétaire imposée par leur tutelle » indique Le Parisien. En est-on si certain ? Car ici l’injustice le dispute à l’absurdité. A quoi songent les directeurs des hôpitaux ? Où sont-ils formés ?

Sociétés privées

 « Au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Strasbourg (Bas-Rhin), les communications téléphoniques sont surtaxées à hauteur de 0,15 euro la minute. Aux Hospices civils de Lyon (HCL) qui comptent quatorze  établissements la facturation des appels, à raison de 0,15 € la minute, a été instaurée en 2012. ‘’C’est un choix technique de simplification avec un numéro d’appel unique, explique Bruno Cazabat, directeur des affaires techniques aux HCL. Cela nous permet d’assurer un accueil téléphonique 24 heures sur 24, qui nécessite vingt personnes à l’année. Cela évite aussi les appels superflus dans les unités de soins.’’. »

Et M. Cazabat d’ajouter : « Pourtant on ne fait pas fortune: on ne perçoit que 25 % de la surtaxe, soit autour de 3 000 € par mois, le reste va aux opérateurs. » Ainsi, outre la dimension inégalitaire du système (ni l’Assistance Publique de Paris, ni celle de Marseille ne surtaxent), l’argent récolté va in fine dans d’autres escarcelles que les hospitalières… On croit rêver. Et pourrait aussi enquêter sur les conditions de location des appareils de télévision, sur l’obtention de la WiFi, sur tout ce qui permet, par moment, de s’évader.

« Beaucoup d’établissements délèguent à des sociétés privées (telles que Locatel, Relais H…) la gestion des télécommunications des patients. C’est le cas par exemple du Centre hospitalier Sud francilien, à Corbeil (Essonne), de celui de Vannes (Morbihan)… Ainsi, à l’hôpital d’Argenteuil (Val-d’Oise), pour appeler de sa chambre, il faut créditer un compte où l’heure d’appel est facturée… 10 € ! »

Prise d’otage

On peut le dire autrement : en surtaxant les patients et leurs proches, l’établissement contribue surtout à enrichir ses sous-traitants. Un esprit ombrageux pourrait aller soupçonner un possible conflit d’intérêts.  Le Parisien rapporte que les familles concernées dénoncent une « prise d’otage » : c’est que car l’usage des téléphones mobiles dans les chambres est encore souvent proscrit. Pourquoi ? Et pourquoi les tarifs appliqués  ne sont-ils  généralement pas indiqués, ni sur les sites des hôpitaux, ni dans les livrets d’accueil proposés en téléchargement ?

« L’hôpital n’est pas le seul dans le secteur social à surtaxer les appels. Ainsi, les caisses d’allocations familiales et de l’Assurance maladie ont actuellement un numéro d’appel commençant par 0.81, où la minute est taxée 0,15 €… » dénonce encore Le Parisien. Une lectrice du quotidien témoigne : « les patients sont des vaches à lait ». Et le lait ne va pas où l’on croit qui file du public vers les étables privées.

N’avant pas, en dépit des augures, été nommée Première ministre, il reste cinq mois à Marisol Touraine pour en finir avec cette inégalité doublée d’une absurdité comptable. Rétablir la justice dans les communications des malades hospitalisés c’est, aussi, faire de la bonne politique.

A demain

«Réconciliation sur la vaccination»: serions-nous déjà dans le «Meilleur des Mondes» ?

Bonjour

Dans un billet d’une particulière virulence 1 Anne Chailleu, membre du Formindep dénonce les conditions dans lesquelles a été réalisée la « Concertation nationale sur la vaccination » voulue par Manuel Valls, alors Premier ministre et Marisol Touraine ministre de la Santé :

« La concertation sur les vaccins, dont la feuille de route était de relever le niveau de confiance dans les vaccins et le taux de couverture vaccinale, s’avère un échec complet. Le rapport final est un exemple de médiocrité intellectuelle, de déontologie approximative, de transparence douteuse, et sa rédaction est la négation d’un exercice démocratique. Avec de tels défenseurs, la vaccination n’a hélas pas besoin d’ennemis. »

Cette analyse-dénonciation vaut d’être lue. L’auteure observe que la perte de confiance dans les vaccins est « pour partie un des symptômes d’une perte de confiance plus générale dans les institutions ». Elle estime que l’un des moteurs de la défiance envers les vaccins tient au fait que « les recommandations vaccinales sont édictées de façon non transparente, et fréquemment grevées de conflits d’intérêts ». Et elle soutient que
pour répondre à cette critique, légitime dans une démocratie, il faut « des institutions irréprochables dans leur transparence et leur indépendance ». Qui ne signerait ces prolégomènes ?

Triple fiasco

Suivent une série d’éléments tendant à démontrer que cette entreprise aura, in fine, été un triple fiasco :  déontologique, scientifique et démocratique. Ce qui fait beaucoup.

« Cet exercice est un échec complet qui peint un tableau alarmant de notre ‘’démocratie sanitaire’’, écrit l’auteure. Le dernier clou du cercueil de la confiance dans la vaccination étant apporté par la représentation des usagers. Le CISS, représentant monopolistique des usagers et patients en France, qui co-présidait cette concertation, affirme dans un communiqué de pure novlangue orwellienne que l’obligation c’est l’autonomisation du patient ».

Il s’agit ici d’un communiqué du Collectif interassociatif sur la santé (CISS) 2. On connaît les ravages du novlangue (la rigueur impose le masculin) inventé en 1948 et prophétisé pour l’année 1984 : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. ».

Idées subversives

Nous sommes en 2016 et l’éclairant Wikipédia est là :

« Plus on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l’affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision.

« C’est donc une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l’objectif ultime étant d’aller jusqu’à empêcher l’« idée » même de cette critique. »

Chacun jugera

Le communiqué du CISS qualifié d’orwellien est ici : « Conciliation sur la vaccination : une recommandation de compromis ». Le grand George Orwell/Eric Arthur Blair  est-il de retour parmi nous ? On pourrait, sous les lignes, parfois le penser. A chacun de juger :

« La recommandation retenue par le Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination – présidé par le Pr Alain Fischer et Claude Rambaud et dont le rapport a été rendu public ce mercredi 30 novembre – répond à l’impératif de santé publique comme à la volonté d’autonomisation du choix revendiquée par les usagers/citoyens.

 Le contexte français rend particulièrement risquée la levée immédiate de toute obligation vaccinale : les projections indiquent qu’elle aurait de grandes chances de se traduire par une baisse dangereuse de la couverture vaccinale à des niveaux qui pourraient voir se développer des foyers épidémiques graves. Tout en préservant cet objectif à terme d’une levée générale de l’obligation vaccinale, la voie étant apparue comme la plus cohérente à une majorité de membres du comité consultatif consiste à passer par une étape intermédiaire pendant laquelle l’obligation sera maintenue, et même étendue aux principales vaccinations aujourd’hui recommandées… mais en permettant à ceux qui le souhaitent, de façon assumée et transparente, de s’opposer individuellement à cette obligation pour leur(s) enfant(s).

 Face à une question où l’on doit réussir à concilier choix individuel et enjeu collectif, il n’y a jamais de solution idéale. La méthodologie utilisée pour mettre à plat l’encadrement des pratiques vaccinales en France et cette recommandation à laquelle elle a abouti offrent différents avantages :

 

  • Cela nous a montré que les attentes de nos concitoyens sont très partagées entre souhait de voir l’obligation vaccinale levée ou maintenue.
  • Cela a souligné que le contexte actuel ne paraît pas le plus approprié pour un retournement radical des pratiques alors que l’hésitation vaccinale est particulièrement élevée dans un environnement polémique qui ne favorise pas une prise de décision sereine, tant individuellement que collectivement.
  • Cela permet d’appeler à la poursuite des recherches en matière de vaccination, qu’il s’agisse d’investiguer ses effets bénéfiques comme ses effets néfastes sur la santé du point de vue de l’individu comme de celui du groupe.
  • Cela permet en parallèle de demander que soit mise en œuvre une nette amélioration du niveau d’information des publics (grand public, mais aussi professionnels de santé) sur les tenants et aboutissants de la vaccination, sans en nier les possibles effets indésirables mais en cherchant à rétablir la confiance collective vis-à-vis de cette pratique médicale existant depuis près de 100 ans et qui nous a permis de faire un bond qualitatif colossal sur de nombreuses causes de mortalité liées aux maladies infectieuses.
  • Cela apporte les garanties, en l’état actuel, du maintien d’une couverture vaccinale suffisante pour réduire le risque d’une grave crise sanitaire.
  • Cela ouvre la voie vers l’autonomisation du choix des patients / usagers / citoyens en leur laissant la possibilité de contourner l’obligation vaccinale sans avoir à le faire de façon dissimulée et non traçable, dans l’intérêt des enfants concernés, de leurs parents et des professionnels de santé qui les accompagnent.
  • Cela permet de dépasser la distinction ambigüe et pernicieuse entre vaccination obligatoire et vaccination recommandée. Toutes les vaccinations prévues pour les enfants s’inscrivent dans le même cadre reposant a priori sur une obligation, avec la possibilité de la contourner en cas de refus convaincu et assumé des parents.
  • Cela oblige à ce que soit réévalué, à moyen terme, c’est-à-dire d’ici 2 à 3 ans, le cadre de la politique vaccinale française en fonction de l’évolution des pratiques et représentations en la matière.

 Par ailleurs, la mise en œuvre de cette recommandation devra s’accompagner de la prise en charge à 100% par l’assurance maladie obligatoire du coût d’achat des vaccins, ainsi que de la possibilité de recourir à un régime d’indemnisation pour les personnes qui souffriraient d’effets indésirables. »

5 décembre 2016. Cuba vient d’en finir avec  les obsèques de Fidel Castro. On peut lire, relire et faire lire, d’Orwell,  La Ferme des animaux.

 A demain

 1 « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. George Orwell, ‘1984’ L’obligation, c’est la décision éclairée. Le CISS, 2016 »

2  Le Collectif interassociatif sur la santé (CISS) regroupe quarante-trois  associations « intervenant dans le champ de la santé à partir des approches complémentaires de personnes malades et handicapées, de personnes âgées et retraitées, de consommateurs et de familles ». Son budget s’est, en 2015, élevé  à 3 173 013 €.

Il a été financé pour 86,70% par des fonds publics (Direction générale de la Santé, 60,00 % ; Assurance maladie, 25,40 % ; Fonds Développement Vie Associative : 1,30 %) ainsi que par le Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens (0,50 %), Malakoff-Médéric  (0,80 %), le Crédit Mutuel (0,50 %), ADREA (0,30 %), d’autres subventions privées (0,35 %) et les cotisation des associations membres (0,80 %).
 

 

 

 

Sous le déni de la cigarette électronique, y a-t-il une affaire «Tabac Info Service» ?

Bonjour

Fin de « Moi(s) sans tabac ». On attend les résultats. Mais on gardera en mémoire l’apport de « Tabac Info Service » et son petit collier de perles anti-cigarette électronique.  Nous avons, sur ce blog, rapporté quelques unes des étonnantes assertions émanant de Tabac Info Service – une entreprise qui pas, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, un service émanant directement des structures sanitaires publiques. Ce n’est pas, non plus, une association de tabacologues ou de spécialistes des addictions.

Les questions ont commencé à se poser en février 2015 : « Cigarette électronique : la bien étrange affaire pharmaceutique de « Tabac Info Service ». On apprenait alors  la mort de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT )-  la conséquence directe, mécanique, programmée, de  la perte en juillet 2012 de la gestion de la ligne Tabac Info Service au profit  de la société commerciale Direct Medica, société « spécialisée dans la revente de produits pharmaceutiques ». Conflit d’intérêts ? L’affaire avait été traitée en son temps sur le Huffington Post.

Politique du déni thérapeutique

Quelques jours plus tard, nouveau sujet : « Cigarette électronique ? Ici Tabac Info Service. Nous n’avons rien à communiquer sur ce sujet ». Conflit d’intérêts ?

Même politique du déni thérapeutique, du refus obstiné de mettre en œuvre une réduction des risques tabagiques en septembre 2015 : « Cigarette électronique : elle ne sera pas sur l’application mobile de «Tabac Info Service». Idem quelques jours plus tard : «  Avec ‘’Tabac Info Service’’, le nouveau Parisien ignore l’existence de la cigarette électronique ». En mai 2016 nous avions résumé l’affaire sur Slate.fr : « Tabac Info Service conseillera-t-il un jour la cigarette électronique? ».

Et puis, ces dernières semaines, ces témoignages convergents d’une obstination déraisonnable, d’un déni assumé, d’un refus que l’on pourrait, en d’autres temps, tenir pour  militant. Conflit d’intérêts ? On se bornera, ici, à observer une politique constante en décalage progressivement croissant avec les données scientifiques accumulées dans le champ de la réduction des risques. Pourquoi une telle délégation de services téléphoniques  sur un sujet à ce point médical ? Etrange « Tabac Info Service ». Et fin de « Moi(s) sans tabac ». On attend les résultats.

A demain

François Fillon, la bobologie et le Dr Ventouse. Veut-il tuer la Sécu ou la sauver ?

 

Bonjour

Il pressent, déjà, le vent du boulet. Gagner la campagne présidentielle impose désormais de rassurer sur le front de la solidarité. Rassurer les Français quant à la prise en charge collective de leur frais médicaux. On ne touche pas sans mal à la Sécurité Sociale.

Présent à la petite messe du 20 heures de France 2 l’élu de la Sarthe a pris un engagement dès le lendemain de son pré-sacre :

« Je prends l’engagement de faire en sorte que toutes les personnes qui doivent être protégées, qui ont des revenus modestes ou moyens, ne seront pas moins bien remboursées ».

Stop  la polémique

Plus fort encore, et plus à gauche, il a été jusqu’à assurer qu’il entendait que les personnes « les plus modestes et âgées » soient « mieux remboursées qu’aujourd’hui ». Mieux remboursées par qui ? Par l’assurance maladie ou par les Mutuelles Complémentaires ? Par « les deux » répond-il. François Fillon sait que, déjà, le feu couve, que ses ennemis sont là, prêts à bondir :

«  Je veux tout de suite arrêter cette polémique sur ‘’moins bien rembourser’’, moi ce que je veux c’est sauver la Sécurité Sociale (…) L’accusation que porte la gauche sur ‘’il veut privatiser la Sécurité Sociale’’ est exactement la même accusation qu’on portait contre moi quand j’ai fait la réforme des retraites en 2003: ‘’il veut mettre par terre le régime par répartition » (…) »Aujourd’hui non seulement il n’est pas à terre mais je considère que j’ai largement contribué à le sauver ». »

Le héraut de la Droite et du Centre avait déjà séché l’actuelle ministre de la Santé lorsqu’elle avait tweeté  (« J‘ai fait chiffrer le programme santé de #Fillon : chaque foyer paiera en moyenne 3200€ de + par an pour se soigner. #Danger#LeGrandDebat »). Une déclaration  « mensongère et absurde » avait-il répondu. Et d’expliquer : « Je veux clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles. Cela passe par un panier de soins « solidaire » dont sont exclus les soins de confort et la « bobologie ». »

Furetière et Brétécher

« Bobologie » n’est peut-être pas le mot le mieux choisi, qui renvoie chacun et chacune à de petits soucis dont on aimerait ne pas avoir à parler. C’est un mot tordu, usé avant d’avoir vraiment servi. Par certains côtés il n’est pas sans faire songer au « chochotte » du regretté Alain Juppé. Il faut, ici, lire les phrases éclairantes du Dr François Pilet dans la Revue Médicale Suisse :

 « Vous avez dit ‘’bobologie’’ ? Ce vocable, refusé pour l’instant par les dictionnaires usuels, est très probablement issu du néologisme inventé par Claire Bretécher quand elle publie en 1985 le premier tome de son Dr Ventouse, bobologue. Cette scénariste et dessinatrice de BD, brillante et acide, a dû fréquenter l’intimité d’un médecin pour décrire avec autant d’acuité et de pertinence les pensées secrètes du Dr Ventouse.

Mais si le personnage de Claire Bretécher me fait beaucoup rire, la diffusion de ce terme au sein de notre corporation m’agace et m’inquiète. Selon le dictionnaire historique de la langue française Le Robert, le mot bobo, employé dans le langage enfantin en référence à une douleur physique, a pris le sens figuré de «mal anodin, sans gravité» dans la langue familière, enregistré par Furetière en 1690 déjà. Le terme «bobologie» en est donc étymologiquement dérivé et s’insinue subrepticement dans la pensée médicale, ramenant sans le dire les plaintes des patients à des enfantillages et le travail du médecin à un jeu sans importance dont la société pourrait facilement se passer (ou qu’elle pourrait pour le moins renoncer à financer). »

Infirmières fatiguées

Où l’on voit la complexité de la tâche qui attend François Fillon. « Je vais travailler avec les professions de santé, avec les responsables de l’assurance maladie, avec tout ceux qui ont un rôle dans ce domaine, pour travailler à un projet qui doit être un projet permettant l’équilibre de la Sécurité Sociale mais améliore la couverture des soins en particulier pour les plus modestes » dit-il. « Sur certains types de soins il faut voir si certaines personnes qui ont des revenus convenables peuvent participer ».

Un revenu « convenable ». Comment définira-t-on le seuil à partir duquel je ne bénéficierai plus de la solidarité pour laquelle j’ai cotisé. Et qu’en sera-t-il du monde hospitalier, des horaires et de la fatigue des infirmières condamnées à des réductions d’effectifs et à un allongement de leurs horaires hebdomadaires ? On passera ensuite à l’immense chantier de la dépendance, conséquence d’une population vieillissante pour laquelle tout ou presque n’est que souffrance – ou bobologie.

A demain