Qui parviendra à faire le ménage des antalgiques devant le comptoir des pharmacies d’officine ?

Bonjour

En plein procés du Mediator, alerte de l’Agence du médicament : aspirine, paracétamol et ibuprofène ne devraient être présents que sur les rayonnages sitiés derrière les comptoirs des pharmacies d’officine. Cela se dit ainsi : « l’ANSM souhaite qu’ils ne soient plus en libre accès et soient tous placés derrière le comptoir du pharmacien, renforçant ainsi son rôle de conseil auprès des patients ». L’ANSM souhaiterait que cette mesure entre en vigueur dès janvier 2020.

Une « phase contradictoire » est en cours  dit l’Agence – une procédure mené non pas auprès des pharmaciens mais « auprès des laboratoires concernés » – comprenne qui pourra. En quoi les « laboratoires » sont-ils concernés par l’agencement d’une pharmacie d’officine privée ? Et pourquoi la police du médicament ne peut-elle pas, au nom de la santé publique, imposer ici sa volonté ? Incidemment, pourquoi ne pas récompenser les pharmaciens qui n’use pas de cette liberté ?

On sait que le paracétamol et les AINS sont les médicaments les plus utilisés en automédication comme antalgiques (anti-douleurs) ou antipyrétiques (anti-fièvre) tant chez les adultes que chez les enfants. On sait aussi que ces médicaments sont efficaces sans, corollaire, être toujours dénués de risques hépatiques et rénaux (le surdosage de paracétamol constitue la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse en France). Or comment imaginer un « bon usage de ces médicaments d’utilisation courante », l’ANSM souhaite qu’ils ne soient plus en libre accès et soient tous placés derrière le comptoir du pharmacien, renforçant ainsi son rôle de conseil auprès des patients qui souhaitent en disposer en particulier sans ordonnance.

Cette mesure s’inscrit « dans la continuité des actions menées par l’ANSM » pour sécuriser l’utilisation de ces médicaments. Attendez vous à savoir, dans les prochains mois, qu’un message figurera sur les boîtes des médicaments contenant du paracétamol afin d’alerter sur le risque pour le foie en cas de surdosage. D’ici là on saura peut-être si le ménage des antalgiques a été fait devant les comptoirs. Et par qui.

A demain @jynau

Cigarette électronique : le «mieux» voulu par Donald Trump, ennemi du «bien» public

Bonjour

Dans le précieux ouvrage qu’il consacre au vapotage 1 Sébastien Béziau, militant averti, a placé en exergue, une phrase de Montesquieu : « Le mieux est l’ennemi mortel du bien ». Où l’on retrouve la puissance des aphorismes, ces « haïkus de la pensée » 2.

Le « mieux », l’ennemi mortel du « bien » ? L’affaire résume à merveille la politique de réduction des risques, cette vision de l’existence à laquelle l’actuelle ministre française des Solidarités et de la Santé semble comme allergique. Une vison à ne pas confondre avec le concept, souvent très mal compris, du « principe de précaution ».

Sir John Falstaff 

Le « bien » public et le « mieux » politique ? On les retrouve avec cette affaire américaine de cigarette électronique où règne la plus grande confusion médiatique. « La confusion si parfaitement organisée entre six morts par pneumopathies lipidiques par introduction d’huile dans la vape (un vrai danger) et interdiction des arômes (qui apportent un vrai bénéfice à la sortie) fait poser la question de savoir à qui profite ‘’le crime’’ » tweete (@parissanstabac) le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue averti plutôt deux fois qu’une.

Dautzenberg ajoute, courbes à l’appui : « Trump s’énerve contre #ecig mais les données US sont têtues : il n’y a jamais eu aussi peu de mineurs fumeurs de cigarettes et l’explosion d’ecig décrite ne s’accompagne pas d’une explosion du taux de fumeurs chez les adolescents. Il faut agir sans faire plus de mal que de bien. »

Trump tweetera-t-il en réponse au pneumologue parisien ? Si oui on lui conseille un aphorisme issu, selon Steiner, de Falstaff (Henry IV 1ère partie, Shakespeare) : « Prudence est mère de sûreté ». Où l’on revient, tout bien pesé, comme par ricochet, au mieux et au bien de Charles Louis de Secondat, qui fut baron de La Brède et de Montesquieu.

A demain @jynau

1 Béziau S Bienvenue dans la vape. 80 pages, 6,90 euros. Renseignements sur https://www.vapyou.com/lancement-livre-bienvenue-dans-la-vape/

2 Sur les aphorismes et la langue française, se reporter à George Steiner : « Lectures, chroniques du New Yorker » (Editions Gallimard) Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat. Introduction de Robert Boyers



Incohérence sur la GPA : contre le Conseil d’Etat, le gouvernement ouvre la voie à sa légalisation

Bonjour

Interdire mais, tacitement, autoriser. On peut voir là une incohérence majeure, éthique et politique. Elle est révélée ce 10 septembre 2019 sur les ondes de France Info. Le gouvernement français va pleinement reconnaître la filiation des enfants nés d’une « grossesse pour autrui » (GPA) mise en œuvre à l’étranger. La mesure entrera en vigueur dans les prochaines semaines par le biais d’une simple circulaire.  Les enfants nés à l’étranger au terme d’une grossesse « portée » par une femme deviendront ainsi les enfants du couple qui a rémunéré cette femme à cette fin (« parents d’intention »).

Aujourd’hui, seul l’homme qui a donné son sperme pour une insémination artificielle de la porteuse peut être reconnu comme étant le père. La femme qui n’a pas porté l’enfant n’est pas considérée comme la mère. Pour autant cette femme peut adopter l’enfant. Il en est de même pour l’un des deux hommes dans un couple homosexuel. Après des années de refus la France va donc accepter donc de transcrire automatiquement la filiation des enfants nés de GPA dans l’état-civil. Au nom de « l’intérêt de l’enfant ». Pour autant la pratique de la GPA continuera à être interdite en France 1. Comment comprendre ?

Voici, sur la GPA, la position résumée du Conseil d’Etat (nous soulignons) :

« Cette pratique fait l’objet d’une interdiction d’ordre public (aucune convention ne peut y déroger) et est pénalement réprimée. La GPA suppose la mise à disposition par une femme de son corps pendant 9 mois au profit de tiers, avec les risques inhérents à toute grossesse et accouchement, ainsi que la renonciation de cette dernière à son état de mère et la remise de l’enfant. L’ensemble constitue une contractualisation de la procréation incompatible avec les principes d’indisponibilité du corps humain et de l’état des personnes qui conduit le Conseil d’État à en exclure le principe. Dans l’hypothèse où elle seraitrémunérée, cette pratique se heurterait en outre au principe de non-patrimonialisation du corps humain.

Si ces principes n’ont pas bénéficié par eux-mêmes d’une consécration constitutionnelle, ils traduisent, selon le Conseil d’État, une vision de la dignité qui est inhérente au modèle bioéthique français. L’étude fait l’analyse de la jurisprudence récente à propos de la situation des enfants nés à l’étranger de GPA (transcription à l’état civil du lien de filiation avec le père biologique et adoption ouverte à sa conjointe ou son conjoint). Le Conseil d’État ne recommande pas d’évolution estimant que le droit actuel maintient un équilibre entre la prise en compte de l’intérêt de l’enfant et le maintien de l’interdiction de la GPA. »

Ainsi donc le gouvernement s’oppose ici au Conseil d’Etat. Sa décision intervient après plusieurs années de combats judiciaires engagés par plusieurs couples et une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme.  « Le gouvernement prend ainsi les devants, alors que plusieurs députés de droite et de la majorité ont déposé des amendements en ce sens, dans le cadre de l’examen du projet de loi de bioéthique qui inclut la PMA » croit savoir France Info.  

« Il ne s’agit pas d’autoriser ‘’par la bande’’ la GPA en France » affirme la sociologue militante Irène Théry sur France Inter. Et de rappeler qu’il s’agissait ici d’une promesse du candidat Macron et que le président était opposé à la GPA. Mme Théry feint-elle d’ignorer qu’au nom de la lutte contre les discriminations une GPA tacitement autorisée à l’étranger (via cette pleine reconnaissance de la filiation) devra bientôt être autorisée sur le territoire national ?

Il y a quelques jours Marlène Schiappasecrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations déclarait sur RTL que le gouvernement avait « toujours été extrêmement clair sur le fait que l’on est opposé à la GPA ». Et puis elle ajoutait : « Il n’est pas du tout question d’ouvrir ou de débattre de la GPA pendant ce quinquennat ».  Marlène Schiappa a-t-elle connaissance de la position du Conseil d’Etat ?

A demain @jynau

1 La GPA est interdite sur le territoire français et réprimée par des dispositions du code pénal à travers les infractions d’entremise en vue de l’abandon d’enfant, d’entremise en vue de la gestation pour autrui, de provocation à l’abandon d’enfant ou encore d’atteintes à l’état civil d’un enfant. Les peines encourues vont de six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, selon la nature de l’infraction.

Lorsque les faits sont commis à l’étranger, ce qui est le cas dans la très grande majorité des situations, des poursuites ne peuvent être engagées contre un ressortissant français que si les faits sont également punis dans la législation de ce pays. Or, même parmi les pays qui interdisent la GPA, rares sont ceux qui l’assortissent de sanctions pénales en dehors de l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Ainsi, le recours à la gestation pour autrui à l’étranger, et notamment aux États‐Unis, en Inde, en Ukraine, en Russie, au Royaume‐Uni, ou même au Portugal, qui l’autorise depuis 2016 pour les couples hétérosexuels mariés sans rémunération de la mère porteuse, n’est pas punissable en droit français, en l’absence de réciprocité de la répression de cette pratique dans le droit national du pays étranger (extrait de l’étude de 2018 du Conseil d’Etat consacrée à la révision de la loi de bioéthique).

Mediator®, dans quelques jours et pour six mois: procès d’un «scandale» ou d’un «désastre» ?

Bonjour

S’attendre, bientôt, à des rafales médiatiques judiciaires et moutonnières : le procès pénal du Mediator® s’ouvrira le 23 septembre devant le tribunal de grande instance de Paris. Pour une durée annoncée de … six mois. Un procès sanitaire à grand spectacle et à forte charge symbolique – dans la lignée de celui des affaires dites du sang contaminé. En toile de fond, des morts prématurées et un lien de causalité. La justice va donc, enfin, se prononcer sur les délits reprochés à la firme Servier, mais aussi à feu l’Agence française du médicament, et à certains de leurs responsables.

« La firme Servier et des filiales sont poursuivies à divers titres » rappelle Prescrire dans sa livraison de septembre dans une synthèse fondée sur l’ordonnance de renvoi (Emmanuelle Robinson, avec Claire Thépault, 30 août 2017, 677 pages). Les juges d’instruction du pôle de santé publique de Paris ordonnaient, conformément aux réquisitions du parquet, que soient renvoyées devant le tribunal correctionnel quatorze personnes physiques et onze personnes morales. 

« Blessures et homicides involontaires par violations manifestement délibérées »

 Prescrire : L’« obtention indue d’autorisation » fait référence au fait d’avoir obtenu un renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du benfluorex pour des indications liées aux troubles métaboliques, en particulier le diabète, en dissimulant ses effets anorexigènes (« coupe faim »). La firme devra aussi répondre de « tromperie sur les qualités substantielles et les risques inhérents à l’utilisation du Mediator° avec mise en danger de l’homme ». Elle sera aussi jugée pour « blessures et homicides involontaires par violations manifestement délibérées », notamment pour n’avoir pas informé les patients et les médecins de tous les effets indésirables du benfluorex, alors que les dangers étaient connus et que des cas de valvulopathies et d’hypertension artérielle pulmonaire liés à son usage avaient été signalés.

« Il est reproché à l’Agence française du médicament des « homicides involontaires par négligence » et des « blessures involontaires par négligence », notamment pour avoir tardé à suspendre l’AMM du benfluorex, et ne pas avoir prévenu patients et médecins de ses effets anorexigènes et de ses effets indésirables. D’autres délits seront aussi jugés, notamment « escroquerie », « trafic d’influence » et « prise illégale d’intérêts » pour des responsables nommément désignés. »

On observera que le mensuel indépendant de l’industrie pharmaceutique qualifie aujourd’hui cette affaire de « désastre » alors que chacun, dans les médias, usait aisément du terme de « scandale ». On pourra voir là, au choix, un lapsus ou, déjà, un commentaire.

A demain @jynau

1 « La firme Servier et l’Agence française du médicament devant le tribunal » Rev Prescrire 2019 ; 39 (431) : 700-701. (pdf, réservé aux abonnés)

Médecin, comment accepter que Big Pharma puisse t’acheter en t’offrant repas et digestifs ?

Bonjour

C’est frais, léger, rassérénant : #NoFreeLunch. Où l’on voit que la génération montante peut se débarrasser de quelques boulets traînés par leurs aînés. Pour un peu on applaudirait. Explications. Mandé de Lyon c’est un communiqué de presse de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG). Elle annonce  lancer (pour la deuxième année consécutive) une campagne en ligne durant septembre. Objectif : « sensibiliser les jeunes médecins à l’impact du marketing pharmaceutique dans leur pratique quotidienne ».

En pratique : obtenir de tous les juniors qu’ils refusent « les divers repas sponsorisés par l’industrie ». Des vidéos retraçant les stratégies mises en œuvre pour séduire les généralistes seront dévoilées sur les réseaux sociaux. Un guide élaboré par la trop méconnue Troupe du R.I.R.E.(collectif d’étudiants en médecine mobilisé autour de l’indépendance médicale) sera diffusé, illustrant les comportements à adopter pour répondre aux funestes agissements de Big Pharma.

ISNAR-IMG @ISNARIMG Cette année encore, dites #NoFreeLunch !
Notre métier ne peut se concevoir sans l’industrie du médicament, mais il est primordial de nous garantir une formation basée sur les données acquises de la science et non soumise aux stratégies marketing.

Rassérénant. Cette opération « Pied de nez à Big Pharma » est menée avec le soutien de la revue Prescrire et de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). Les différentes techniques utilisées par le marketing pharmaceutique seront passées au crible. Idées reçues, documentations, études scientifiques et même vidéos seront distillées sur les réseaux sociaux pour analyser et déconstruire les techniques de marketing.

Lundi 23 septembre, ouverture du procès pénal de l’affaire Mediator

« Point culminant de la campagne, une vidéo aura pour objectif de nous faire prendre conscience de la vulnérabilité que nous pouvons avoir en tant que prescripteurs, peut-on lire sous le plume des responsables de l’ISNAR-IMG : Lucie Garcin, présidente, Marianne Cinot, porte-parole et Matthieu Thomazzo, chargé de mission ‘’Lutte contre les conflits d’intérêt’’. Ce débat ne manquera pas de s’imposer dans le paysage médiatique de cette rentrée avec l’ouverture le 23 septembre du procès au pénal de l’affaire Mediator. Cette affaire avait ouvert les premiers débats publics sur l’indépendance des professionnels de santé et menée en 2011 à la Loi dite « anti-cadeaux », qui a notamment rendu obligatoire la déclaration des conflits d’intérêts en santé. »

Mediatorou pas, on lit des choses inimaginables il y a quelques années encore : « Notre métier, centré sur l’intérêt des patients, ne peut se concevoir sans l’industrie du médicament. Cependant, il est primordial de garantir aux futurs professionnels une formation basée entièrement sur les données acquises de la science et non soumise aux stratégies marketing. »

« Le nombre de repas offerts ou sponsorisés reste difficile à quantifier, croit savoir Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos). La pratique serait néanmoins assez courante (sic). ‘’En milieu hospitalier, la présentation d’une nouvelle molécule par l’industrie peut être réalisée à midi devant un repas. Chez le médecin généraliste, ça peut prendre la forme d’un petit-déjeuner ou d’une pause entre deux patients, explique Matthieu Thomazo. Sous couvert de formation, ils réalisent des présentations publicitaires : médicaments, dispositifs médicaux ou prestataires de santé. Même si on pense être invulnérable, un mécanisme inconscient de réciprocité se met en place, on va rendre ce qu’on nous a offert inconsciemment. Les résultats des études montrent que ces présentations peuvent avoir un impact sur nos prescriptions.’’ »

Rasséréné ? Pourquoi ne pas poursuivre sur cette lancée ? Et obtenir des géants de Big Pharma qu’ils s’engagent, sur l’honneur, à en finir avec ces repas-démarchages méprisants, méprisables autant que d’un autre âge ? Ou faudrait-il, politique, se résoudre à considérer que ces pratiques sont consubstantielles de l’industrie pharmaceutique capitaliste ?

A demain @jynau

Loi de bioéthique : l’Assemblée nationale, après René Frydman, se doit d’entendre Jacques Testart

Bonjour

Ainsi donc il existe une « Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique. Forte de soixante-et-onze membres, présidente, vice-présidents et secrétaires. Et cette commission vient d’entamer le marathon de ses auditions – quelques dizaines de personnalités dont quelques unes inatendues et d’autres, incontournables :  Dominique Martin, directeur général de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) ; Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste ; Pr Serge Uzan, Vice-président du Conseil national de l’Ordre des Médecins (CNOM) et Dr Anne-Marie Trarieux, présidente de la section Éthique et Déontologie.

Et encore : Haïm Korsia, Grand Rabbin de France ; Mgr Pierre d’Ornellas, responsable du groupe de travail sur la bioéthique, Conférence des évêques de France ; Pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France ; « X » Conseil français du culte musulman (en attente de confirmation) ; Fédération de la libre pensée : M. Dominique Goussot, responsable de la Commission « Droit et Laïcité » ;  Grande Loge Mixte de France : Mme Élise Ovart-Baratte, conseillère ; Grand Orient de France : M. Bruno Tavernier, vice-président de la commission nationale de santé publique et bioéthique ; Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International ;  Le Droit Humain : Mme Nadine Le Forestier, membre expert de la commission bioéthique ; « X » Grande Loge de France (en attente de confirmation) ; « X » Grande Loge Féminine de France (en attente de confirmation) ; « X » Association Philosophique Française Le Droit Humain (en attente de confirmation) ; « X » Grande Loge nationale Française (en attente de confirmation).

Eugénisme, transhumanisme et libéralisme intégral

Sans oublier le Pr René Frydman, pionnier-de-la-procréation-médicalement-assistée (PMA), que l’on ne présente plus, depuis très longtemps déjà. Et qui maîtrise suffisamment les médias pour avoir dit, la veille, via le site du Journal du Dimanche, ce qu’il dirait aujourd’hui aux députés de cette commission. 

« Je veux leur dire que la France est très en retard en matière de PMA et leur expliquer pourquoi. » Voici les trois points qu’il compte aborder :

1. La PMA donne de meilleurs résultats chez les femmes jeunes : Frydman plaidera pour que toutes les Françaises en soient informées par la Sécurité sociale. 2. Il demandera la légalisation des techniques permettant de détecter le « potentiel des embryons », des tests chromosomiques qui peuvent permettre « d’éviter de faire des FIV pour rien, des fausses couches, bref,de lancer des femmes dans le mur ». 3. Il réclamera « un soutien accru à la recherche » afin de « comprendre pourquoi les problèmes d’infertilité augmentent ».

Nul ne sera surpris : Frydman reprend et développe ces thèmes depuis des années dans les nombreux médias où il jouit du pouvoir médiatique de s’exprimer haut et fort. Où l’on en vient à regretter l’absence de cet autre « pionnier », son exact double inversé. Jacques Testart, qui guerroie sur d’autres fronts, défend d’autres nobles causes, nourrit d’autres polémiques dans le vaste champ de la bioéthique. Testart qui embrasse un horizon plus large aurait pu, sous les ors de l’Assemblée nationale, dessiller quelques députés en marche.

Nous ignorons, ici, les raisons de cette absence. S’il nous était possible de conseiller les soixante-et-onze membres de la commission spéciale nous leur indiquerions, en parfait écho des paroles du Pr René Frydman la lecture d’un texte du biologiste éthique Jacques Testart, disponible sur son blog. Un texte mesuré, politique et prophétique  : « L’eugénisme va dans le sens politique du libéralisme intégral ».

A demain @jynau

Ecstasy : combien de temps avant qu’on l’utilise pour lutter contre la dépendance à l’alcool ?

Bonjour

Rien de tel qu’un bon verre pour aguicher les médias. Ainsi Le Monde (Raphaëlle Bacqué), depuis Biarritz et Espelette : C’est « à la demande de l’équipe de communication de la Maison Blanche », assure l’Elysée, que la First Lady américaine a goûté, chez un caviste basque, un verre d’irouléguy, alors même que son mari menace de surtaxer les vins français. Irouléguy : un goûteux timbre poste sur le chemin des pèlerins de Saint-Jacques ; deux cents hectares sur quinze commune ; classé AOC depuis 1970 ; rouge et rosés à base des cépages  tannatcabernet franc et cabernet sauvignon ; vins blancs issus de courbu blanc, du petit courbu B, de petit manseng et gros manseng.

Dans le même temps ou presque, à l’autre bout de la chaîne, The Guardian (Helena Blackstone) : « MDMA treatment for alcoholism could reduce relapse, study suggests. Researchers say drug is safe and appears more effective than conventional treatments ». Des informations glanées lors de l’International Conference on Psychedelic Consciousness (Londres, 16-18 août) – reprises et développées par Medscape France (Stéphanie Lavaud) : « Résultats prometteurs pour la 1re étude à tester la MDMA (ecstasy) dans l’alcoolisme ».

« MDMA » cette reine de la nuit 1 ? « Un ‘’revival’’ thérapeutique, rappelle Medscape. Ce produit qui a été largement utilisé de façon thérapeutique entre les années 70 et 1985. La molécule synthétique provoque des effets euphorisants et créé une vision positive et empathique des choses et des gens, ce qui lui a valu le surnom de ‘’pilule de l’amour’’. Si on ne sait pas exactement par quels mécanismes elle agit dans le cerveau, elle doit son action à un dérivé d’un produit actif tiré de la mescaline (la methylenedioxy-amphetamine or MDA). Moins hallucinogène et moins toxique que la MDA, la MDMA a connu son heure de gloire au sein du « Boston group ». A partir de 1976, ce cercle influant comprenant un chimiste, des personnes intéressées par la spiritualité et des chercheurs en intelligence artificiel du MIT (Boston), a répandu l’usage du MDMA à visée thérapeutique auprès de psychiatres et  de thérapeutes. Comme avec le LSD, l’usage a par la suite débordé le champ de la psychiatrie. Devenue très en vogue dans les clubs newyorkais en 1983, la MDMA a fini par être classée sur la liste des molécules « Schedule 1 » et interdite en 1985 par le gouvernement américain, même à titre médical. »

Aujourd’hui, donc, focus sur la maladie alcoolique. L’étude présentée à Londres portait sur huit semaines et comprenait deux sessions avec de la MDMA. Les auteurs rapportent une bonne tolérance du traitement, sans conséquences néfastes physiques ou psychiques chez les premiers participants à avoir terminé l’étude. Et The Guardian rapporte les résultats, non encore publiés, onze patients avec un suivi de neuf mois.

Zéro black Monday/blue Tuesday

« Nous avons une personne qui a totalement rechuté, revenant à sa consommation d’alcool d’origine, 5 personnes qui ne boivent plus une goutte d’alcool, et 4 ou 5 personnes qui boivent encore 1 ou 2 verres mais pour lesquelles ne s’applique plus le diagnostic de trouble alcoolique » a rapporté le Dr Ben Sessa, psychiatre, chercheur en neuropsychopharmacologie (Imperial College London) et premier auteur de l’étude. En utilisant ce que la médecine propose de mieux, 80% des gens boivent dans les trois ans qui suivent leur cure de sevrage. Et pas de black Monday ou de blue Tuesday, peu importe comment les ravers l ’appellent. De mon point de vue, [la descente que décrivent les ravers au lendemain et sur-lendemain de la prise] est un artefact du raving, mais ce n’est pas dû à la MDMA. »

Pour le Dr Ben Sessa, la MDMA n’a rien de dangereux, qui a été prescrite aux Etats-Unis (entre 1970 et 1985) et en Suisse (jusqu’en 1993) pour augmenter l’efficacité de certaines psychothérapies et qui est parfois utilisées dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique. «Il reste désormais à étudier la possibilité de mener un essai clinique randomisé versus placebo, pour véritablement s’assurer de l’efficacité du traitement » souligne, sagement, Medscape. Peut-on raisonnablement espérer, manseng ou pas, que ces travaux puissent, aussi, être menés en France ?

A demain @jynau

1 Merlo S, Jamme S, Gatner B et al Drogues festives : quand « récréation » rime avec « consultation » Rev Med Suisse 2019; volume 15.1394-1396