Conflits d’intérêts :  le Comité national d’éthique est publiquement accusé de partialité

Bonjour

Il faudra, mardi 5 juin 2018, être à la Maison de la Chimie, à Paris. Objet : découvrir le « rapport de synthèse » des États Généraux de la Bioéthique qui, alors, sera présenté à la presse par des membres du Comité consultatif national d’éthique. Peu après des membres du « Comité Citoyen » présenteront les « Opinions » émises par ce dernier.

S’ils ont lu, sous la plume du biologiste Jacques Testart et de la juriste Marie-Angèle Hermitte la tribune publiée il y a peu dans Le Figaro les journalistes présents pourront poser quelques questions piquantes : les deux auteurs  s’interrogent, avec pertinence, sur « la fiabilité et l’intérêt » des consultations organisées dans le cadre de ces États Généraux. Ils reprochent en substance au CCNE d’être à la fois juge et partie. Une accusation d’une paticulière gravité quand il vise cette institution généralement tenue, dans les médias, pour être au-dessus de tout soupçon. Résumons leur propos qui, déjà, jette le trouble sur la qualité du programme annoncé.

Quoi de plus beau, en théorie, que la « démocratie participative » ? De plus séduisant que la révision, à échéances démocratiquement fixées, du texte de loi qui encadre les pratiques ayant à voir avec la « morale en marche » ? C’est dans ce cadre que la loi de 2011 relative à la bioéthique fut à l’origine « Etats Généraux » qui, sept ans plus tard, viennent de s’achever. Des « Etats Généraux » modestement intitulés : « Quel monde voulons-nous pour demain ? ».

« L’entre-soi »

On lira, dans Le Figaro, les chapitres du réquisitoire signé Testart – Hermitte. Avec d’emblée cette question qui, une nouvelle fois, nous ramène à celle, consanguine et anti-démocratique de « l’entre-soi ». Ou, si l’on veut, du novlangue d’Orwell. Décrypter, en somme, les dysfonctionnements et les maquillages inhérents au « web », aux « débats publics » et autres « auditions ». Ne pas se laisser berner par les chiffres (« 29 000 personnes ont participé à une discussion sur le web et posté 64 985 ‘’contributions’’ », « 250 débats en région », « autour de 150 auditions » etc.). Hermitte et Testart :

« Les données recueillies seront en général pauvres en termes d’innovation de choix politiques du fait de l’absence de temps de délibération collective et de confrontations créatrices. Une fois obtenues, qu’en faire? La loi de 2011 a prévu un «rapport de synthèse», exercice difficile, et a eu tort de le confier au CCNE qui, commanditaire de l’exercice, ne doit pas être à la manette pour les conclusions. Il ne saurait malgré ses efforts être «objectif», ayant déjà rendu des avis sur la plupart des thèmes abordés.

«  Des doutes sur la validité et l’honnêteté du processus sont vite apparus, même s’ils ont été exprimés de manière sommaire. Certains journalistes ont pointé la mobilisation de la «Manif pour tous» accaparant les débats publics pour s’opposer à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes ; mais ils ont oublié de mentionner la mobilisation des pro-PMA et GPA, sur Internet, dans les médias et dans les auditions. »

Faut-il rappeler, comme nous l’avions fait il y a peu sur ce blog, que Didier Sicard, ancien président de CCNE, s’est inquiété de la diabolisation dont sont victimes les opposants à cette ouverture de la loi, traités de «réacs, d’obscurantistes ou désignés comme croyants… accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires ».

Le passage fort du réquisitoire signé Hermitte-Testart :

« Lorsque le CCNE remettra le 4 juin son rapport de synthèse à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPCEST), lequel préparera la discussion parlementaire, les groupes d’intérêts institutionnels auront été largement représentés et vont presque tous dans le même sens: ouverture des recherches sur l’embryon ; sélection élargie des embryons in vitro dans un contexte où le transhumanisme a le vent en poupe ; AMP hors stérilité ; indifférence à la manière dont sera gérée la pénurie du sperme, avec possibilité d’ouverture à la rémunération des donneurs (et ensuite au don du sang, des organes?). Les mêmes acteurs, et d’autres, prônent l’ouverture de l’AMP aux femmes seules, ce qui prive l’enfant non seulement d’un père mais d’une lignée entière, alors que l’ouverture aux couples de femmes, déjà problématique, donne au moins deux lignées parentales à l’enfant. »

Ne retenir qu’une seule phrase ? Celle-ci : « Le principe cardinal d’indisponibilité des éléments du corps humain est de plus en plus écarté au profit du désir des personnes mais aussi de la possibilité de vendre ou louer ces éléments ».

Il faudra, mardi 5 juin 2018, être à la Maison de la Chimie, à Paris. 14 heures.

 

A demain

 

Christine Angot et «On n’est pas couchés» sont attaqués par la Société des soins palliatifs

 

Bonjour

C’est une polémique naissante et sans précédent. Dans un communiqué de presse non dénué de virulence,  la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) 1 réagit avec virulence après avoir visionné deux émissions télévisées diffusées par deux chaînes publiques.

1 Le 23 mai 2018, l‘émission « Le monde en face » (France 5) a diffusé dans des conditions préoccupantes un reportage, intitulé « Fin de vie, le dernier exil », suivi d’un débat. animé par Marina Carrère d’Encausse – elle-même publiquement favorable à l’euthanasie affirme la SFAP. Ce débat opposait  trois personnes favorables au suicide assisté à un cadre de santé en unité de soins palliatifs, adhérent de la SFAP. « Non seulement le débat était fortement orienté, les propos de ce dernier étaient les seuls à être remis en cause – de façon systématique – mais, en cours de débat, l’animatrice est allée jusqu’à indiquer se faire « le porte-parole » de ces trois intervenants » peut-on lire dans ce communiqué.

« En outre, au cours du reportage, comme du débat qui s’en est suivi, un médecin et deux soignantes ont affirmé face caméra pratiquer régulièrement, en France, des suicides assistés alors même que cette pratique est illégale, ajoute la SFAP. Il est stupéfiant que l’on puisse revendiquer la pratique d’activités illégales impliquant la mort de personnes et parfaitement inadmissible que ces pratiques illégales soient présentées sous un jour favorable, de surcroît sur une chaîne du service public. »

2 Le 21 avril 2018, dans l’émission « On n’est pas couchés » (France 2), l’écrivaine Christine Angot « a tenu des propos gravement diffamatoires à l’encontre des bénévoles en soins palliatifs ».

Pour la SFAP il n’est tout simplement pas acceptable que les solutions de pointe développées en France à travers les soins palliatifs soient pratiquement ignorées – « quand ses acteurs ne sont pas tout simplement dénigrés voire mis en accusation, alors qu’ils consacrent leurs vies à soulager les souffrances des patients ».

On sait que le débat, en France, est sans cesse médiatiquement relancé quant à une éventuelle légalisation de l’injection létale et du suicide assisté. Audiences assurées. « C’est un débat citoyen crucial qui met en jeu la vie et la mort de chacun. Un tel débat ne peut se tenir valablement sans que soit respecté un minimum d’impartialité et de pluralisme » rappelle, fort justement la SFAP. C’est pourquoi elle « saisira le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel afin qu’il statue sur cette situation ».

Soyons clairs : aucune illusion à avoir quant à l’action à venir d’on ne sait quel CSA… Pour autant est-il, véritablement, impossible d’espérer entendre, sur un tel sujet, une autre voix : celle d’un service public qui, loin d’attiser les passions, aiderait  équitablement le citoyen à se forger une opinion grâce aux deniers de la collectivité ? L’avenir télévisuel français se réduit-il, désormais, à « On n’est pas couchés » ?

A demain
1 Créée en 1990, la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs  est une association reconnue d’utilité publique qui fédère 10.000 soignants et 6.000 bénévoles engagés dans les soins palliatifs. Elle rassemble environ 350 associations françaises d’accompagnement.

Conflits d’intérêts : Agnès Buzyn va-t-elle pouvoir encore conserver la tutelle de son mari ?

Bonjour

L’affaire avait été publiquement évoquée dès sa nomination : comment Agnès Buzyn, 55 ans, ministre des Solidarités et de la Santé pourrait-elle traiter des dossiers relatifs à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dirigée par Yves Lévy, 60 ans, son mari ?

« Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait il y a un an, sans naïveté, La Croix (Pierre Bienvault). « La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé, expliquait le quotidien catholique. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Inserm. Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Il y a un an Agnès Buzyn  assurait que la question sera vite réglée et que, en même temps, son mari serait maintenu dans ses fonctions. « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Pour régler ce conflit d’intérêt une solution :  le « déport systématique », du verbe déporter dans son acception se désisterse départir. C’est une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon). Le cas le plus fréquent, connu de Mme Buzyn, est celui des médecins experts consultants  pour des laboratoires pharmaceutiques. Le cas échéant ils doivent (désormais) quitter la salle pour ne pas être juge et partie. Mais imagine-t-on raisonnablement une telle procédure pour une ministre ayant une tutelle continue sur son mari ?

Visiteuse du soir de Marisol Touraine

La Croix avait touvé une piste : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles (signé Jean-Marc Ayrault). Schématiquement : un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la co-tutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche. Ce qui fut fait.

Un an plus tard, réémergence de l’affaire dans les colonnes du Canard Enchaîné daté de ce 18 avril 2018. Page 7 dans le toujours savoureux portrait « Prises de Bec » signé Anne-Sophie Mercier . Aujourd’hui : « Agnès Buzyn : Soldate du peu ». On en apprend un peu plus sur les raisons véritables qui conduisirent cette hématologue hospitalo-universitaire à quitter le service du sacro-saint hôpital Necker-Enfants malades où tout ou presque était réuni pour qu’elle fasse carrière. « Elle a longtemps été une visiteuse du soir de Marisol Touraine au ministère de la Santé confie au volatile un ‘’haut fonctionnaire’’ anonyme. Elle ne s’en vante pas parce que Touraine était cassante et pas très populaire. »

Le Canard revient aussi sur l’affaire de la situation de conflit d’intérêts officiellement déjouée. « Imaginer que la recherche médicale puisse être déconnectée du ministère de la Santé c’est du foutage de gueule » a expliqué à l’auteure du portrait un « ponte de l’Inserm » ; un ponte qui, avec quelques collègues, parle de « l’arrogance » de son PDG.

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, explique Anne-Sophie Mercier. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emportera dans cet éclairant dossier ? Des rumeurs donnent Agnès Buzyn perdante. Le verdict élyséen ne saurait tarder.

A demain

Baclofène – nalmefène : la Société française d’alcoologie accusée de conflits d’intérêts

Bonjour

L’affaire couvait de longue date. Elle éclate. Et c’est un nouveau rebondissement dans l’affaire, spécifiquement française, du baclofène. Pour l’heure c’est un communiqué signé des présidents de trois associations pro-baclofène dans le traitement de la dépendance à l’alcool 1. Un communiqué auquel sont joints des documents. Un communiqué qui ne pourra pas rester sans réponses.

Cette initiative sans précédent fait suite au document que viennent de signer et de rendre public les Prs Mickael Naassila et François Paille, respectivement président et président d’honneur de la Société française d’alcoologie (SFA) : une revue de la littérature sur le baclofène dans le mésusage de l’alcool.

Impartialité

« Cette étude approximative occulte de nombreuses données, en particulier celles d’essais favorables au baclofène, dénoncent aujourd’hui les trois associations.  Ces deux universitaires en appellent à un examen scientifique et serein de la question. En effet, c’est cela qui importe. La SFA et ses responsables sont-ils les mieux placés pour le faire ? Non, si on en croit leur travail lacunaire. Mais, ce n’est pas tout. » Ils ajoutent ceci :

« Il faut s’interroger sur la partialité de la SFA, en particulier celle des deux auteurs de ce communiqué. En effet, comme le montrent les documents que nous révélons aujourd’hui 2 , la SFA et ses administrateurs ont reçu pendant plusieurs années des sommes importantes du laboratoire Lundbeck, qui commercialise le nalmefène, un concurrent direct du baclofène.

« De plus, la SFA s’est livrée en 2014 à la rédaction de recommandations favorables au nalmefène. Ces recommandations ont été largement subventionnées par le laboratoire Lundbeck. Nous demandons que les sommes touchées par la SFA et ses administrateurs au cours des dix dernières années soient intégralement rendues publiques, dans un esprit de transparence. Jusqu’à maintenant, ils se sont refusés à le faire, malgré les demandes qui leur ont été adressées. »

Intolérable

Ces trois associations demandent que la publication des recommandations de la SFA sur le mésusage de l’alcool soit rétractée « car l’ampleur des liens d’intérêts avec le laboratoire Lundbeck a été camouflée ». « De plus, cette publication fait état d’un soutien financier de la Direction générale de la Santé, ce qui est inexact, comme l’a affirmé le directeur général de la santé lui-même, ajoutent-il. Les auteurs des recommandations de la SFA prétendent avoir suivi les règles de la Haute Autorité de santé en matière de recommandations sur bon usage des médicaments, ce qui est également faux. »

« Il n’est pas tolérable qu’une société savante et des chercheurs s’érigent en arbitres, alors qu’ils sont en conflits d’intérêts, concluent-ils. Nous demandons que le ministère des solidarités et de la santé ainsi que les autorités universitaires diligentent des enquêtes sur cette inconduite scientifique manifeste. » Il n’est pas impossible que le sujet intéresse un ou plusieurs journalistes d’investigation.

A demain

 1 Sylvie Imbert, présidente de l’association Baclofène, Samuel Blaise, président de l’association Olivier Ameisen ; Dr Patrick de la Selle, président de l’association Resab

2 Ces documents sont accessibles à l’adresse suivante : « La Société française d’alcoologie vendue à l’industrie pharmaceutique ? »

Nouveau : pour savoir si vous êtes empathique, donnez votre salive à « 23andMe »

Bonjour

Tombons-nous ici le yeux grands ouverts dans le piège du réductionnisme ? Soit une publication de Translational Psychiatry (12 mars 2018) : « Genome-wide analyses of self-reported empathy: correlations with autism, schizophrenia, and anorexia nervosa » – un travail relayé par le service de presse de l’Institut Pasteur : « les gènes jouent un rôle dans l’empathie ». Un travail académique 1 où l’on retrouve toutefois, étrangement, la société 23andMe qui aura fourni une fraction d’un trésor génétique qui lui a été gracieusement offert et avec lequel elle a fait de solide bénéfices. On espère que la question des conflit d’intérêts a été minutuesement étudiées 2.

Où l’on s’attaque à la question de l’empathie via sa face nord : génétique. Empathie : « Composé du préfixe grec em-, de en, « dans », et de -pathie, d’après sympathie. Capacité de s’identifier à autrui, d’éprouver ce qu’il éprouve ». Une vieille histoire déjà aux confins de la religion, de la philosophie, de la psychanalyse et des neurosciences. Au carrefour de la sympathie, de la compassion, de l’altruisme voire de la contagion émotionnelle . On attendait la génétique : la voici donc.

46.861 clients et autant de salives

L’étude a été menée par des chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’Institut Pasteur, de l’université Paris Diderot, du CNRS et, donc, de la société de génétique 23andMe. Au final « elle suggère que notre empathie n’est pas seulement le résultat de notre éducation et de notre expérience, mais aussi en partie influencée par les variations génétiques ». Voici la définition  donnée de l’objet :

« Jouant un rôle clé dans les relations humaines, l’empathie est à la fois la faculté de reconnaître les pensées et les sentiments d’autrui, et celle d’y apporter une réponse émotionnelle adaptée. Dans le premier cas, on parle d’«empathie cognitive », et dans le second, d’« empathie affective ». »

Un rappel : il y a quatorze ans, une équipe de scientifiques de l’Université de Cambridge mettait au point le Quotient d’Empathie ou EQ, une brève mesure d’auto-évaluation de l’empathie. Grâce à ce test (qui propose de mesurer les deux types d’empathie) les chercheurs ont montré que certains d’entre nous sont « plus empathiques que d’autres » – et que les femmes (en moyenne) sont légèrement plus empathiques que les hommes. Les autistes, quant à eux, rencontrent en moyenne des difficultés avec l’empathie cognitive, même lorsque leur empathie affective reste intacte.

La nouveauté : l’équipe de Cambridge (Pr Simon Baron-Cohen),  l’Institut Pasteur, l’université Paris Diderot, le CNRS (Pr Thomas Bourgeron) et 23andMe, « rapportent les résultats de la plus grande étude génétique menée sur l’empathie, utilisant les données de plus de 46 000 clients [sic] de la société 23andMe. Ces personnes ont toutes complété en ligne le questionnaire EQ et fourni un échantillon de salive pour analyse génétique ».

En pratique : notre empathie est en partie (« au moins un dixième) génétique. Les auteurs du travail nous rassurent : les femmes sont en moyenne plus empathiques que les hommes. « Cependant, cette variation n’est pas due à notre ADN car aucune différence n’a été observée dans les gènes qui contribuent à l’empathie chez les hommes et les femmes, reconnaissent les chercheurs. Par conséquent, la différence d’empathie entre les sexes est le résultat d’autres facteurs, tels que la socialisation, ou de facteurs biologiques non génétiques tels que les influences hormonales prénatales, qui diffèrent également entre les sexes. »

Equation génétique de la prédestination

Les chercheurs observnt aussi que les variants génétiques « associés à une plus faible empathie » sont également associés à un risque plus élevé d’autisme. D’autres entités psychiatiques pourraient être concernées. « Nous franchissons une étape majeure dans la compréhension du rôle joué par la génétique dans l’empathie. Si les gènes n’expliquent qu’un dixième de la variation du degré d’empathie entre les individus, les facteurs non génétiques sont aussi essentiels » affirme Varun Warrier (étudiant en doctorat à l’Université de Cambridge, premier auteur.

Pour le Pr Bourgeron responsable de l’unité  de Génétique humaine et fonctions cognitives, à l’Institut Pasteur, ces résultats offrent « un éclairage neuf et passionnant sur les influences génétiques sous-tendant l’empathie ». « Individuellement chaque gène joue un petit rôle et il est donc difficile de les identifier. La prochaine étape consistera donc à étudier un nombre encore plus grand de personnes afin de répliquer ces découvertes et d’identifier les voies biologiques associées aux différences individuelles en matière d’empathie » dit-il. Parions que 23andMe sera au rendez-vous de la science et du commerce.

Reste aussi, désormais, à travailler les dimensions génétiques du libre arbitre et de la prédestination.

A demain

1 Cette étude a reçu le soutien de l’Autism Research Trust (www.autismresearchtrust.org) et de la Templeton World Charity Foundation (TWCF), Inc. Elle a également bénéficié du soutien du Conseil de la recherche médicale, du Wellcome Trust, de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Université Paris-Diderot, de la Fondation Bettencourt-Schueller, du Cambridge Commonwealth Trust et du St John’s College de l’Université de Cambridge. Elle a été menée en association avec l’Institut national pour la recherche en santé (NIHR) Collaboration pour le leadership en recherche appliquée et soins (CLAHRC) du Cambridgeshire & Peterborough NHS Foundation Trust, l’Institut national de recherche sur le génome humain (NHGRI) des Instituts nationaux de santé (NIH) et la Fondation américaine des sciences.

2 Extrait de la publication : « Research participants were drawn from the customer base of 23andMe, Inc., a personal genetics company, and are described in detail elsewhere. There were 46,861 participants (24,543 females and 22,318 males). All participants included in the analyses provided informed consent and answered surveys online according to a human subjects research protocol, which was reviewed and approved by Ethical & Independent Review Services, an AAHRPP (The Association for the Accreditation of Human Research Protection Programs, Inc.)-accredited private institutional review board (http://www.eandireview.com). « 

Déficit et tarification à l’activité : l’AP-HP devrait connaître une année 2018 assez agitée

 

Bonjour

Rien ne va plus. Ce sont des informations glanées par l’AFP. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a revu à la hausse sa prévision de déficit pour l’année 2017. Deux « sources internes » évoquent désormais un montant supérieur à 200 millions d’euros – montant non confirmé par une direction générale habituellement plus loquace – direction générale qui a décidé de « geler une partie des dépenses de personnel pour 2018 ».

« Le déficit budgétaire de l’institution serait porté (…) à plus de 200 millions d’euros pour l’année 2017 », indique le syndicat SUD au lendemain d’une réunion avec le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch. Le même montant a été évoqué devant les représentants de la commission médicale d’établissement (CME) du 6 février. « Contrairement aux attentes, l’activité ne s’est pas redressée en fin d’année ». Où l’on retrouve pour partie les absurdités, aujourd’hui officiellement dénoncées en haut lieu, de la « tarification à l’activité ».

La direction générale ? Elle a reconnaît « une dégradation par rapport au résultat prévisionnel » ; ajoute que « les chiffres ne seront confirmés officiellement qu’au moment de la clôture des comptes » – mais se garde bien de donner une date. « Le budget du plus grand centre hospitalier français a déjà été révisé en octobre, puis en novembre, en raison de recettes atones, de dépenses supérieures aux attentes et d’une réduction des dotations de l’Etat, explique-t-on. La dernière mouture tablait sur un déficit de 174 millions d’euros pour le budget principal, qui correspond aux activités de soins, et de 134 millions pour le résultat consolidé, qui inclut notamment les ventes immobilières. »

Cette troisième aggravation du déficit en quatre mois a conduit Martin Hirsch à annoncer pour 2018 « un gel de 0,5 % de la masse salariale à titre conservatoire ». Ainsi qu’un « effort particulier » sur les « dépenses de médicaments et de dispositifs médicaux ». « L’année s’annonce particulièrement difficile », résume la CME. Le syndicat SUD redoute pour sa part la « suppression de 600 postes » et dénonce déjà « un plan social d’ampleur ».

Suppression de 600 postes ?

Une estimation réfutée par la direction, qui précisé que le gel des dépenses de personnel « pourra être réajusté d’ici la fin de l’année » et viser « d’autres paramètres que les emplois », comme « l’intérim » et les « remplacements ». Fin novembre dernier le projet de budget pour 2018 prévoyait déjà la suppression de 180 postes non médicaux, doublée d’un moindre recours à l’intérim non médical et aux heures supplémentaires.

Pour sa part ‘USAP-CGT redoute à son tour un « nouveau tour de vis »Le syndicat évoque même un déficit 2017 attendu encore provisoire « autour de 219 millions d’euros ». Un déficit qui serait selon lui  significatif « de l’intensification de la politique d’austérité et de l’étranglement budgétaire impulsé par Bercy, le ministère et l’agence régionale de santé, le directeur général de l’AP-HP, main dans la main avec le gouvernement Macron ».

Dans le même temps l’AP-HP communique aux frontières de l’éthique : son « collège de déontologie » vient de se réunir, pour la première fois, sous la présidence de Maud Vialettes, conseillère d’Etat. Il aura pour mission d’apporter aux agents de l’AP-HP tout conseil utile au respect des obligations et principes déontologiques, notamment en vue de mieux prévenir « les situations de conflits d’intérêts ».

Tout agent de l’AP-HP peut dès aujourd’hui saisir le collège de déontologie:  collegedeontologie@aphp.fr  – ou par l’intermédiaire des Directions des affaires médicales et des ressources humaines de l’AP-HP. Reste à définir le champ à venir des conflits d’intérêts.

A demain

 

Méthadone mortelle, « chemsex » à la mode, alcools et conflits d’intérêts à l’Elysée  

Bonjour

Dernières nouvelles en provenance du font de la lutte contre les drogues et des addictions.

Méthadone. C’est un communiqué de presse de la Fédération Française d’Addictologie : « Risques d’overdoses et de décès liés à la méthadone ». Il y a quelques jours le bilan à neuf ans du suivi d’addictovigilance et de toxicovigilance (pour les formes sirop et gélule de la méthadone) a été présenté à la Commission des stupéfiants et psychotropes de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé : « Retour sur la séance du 1er février 2018 de la Commission des stupéfiants et psychotropes ».

La méthadone « forme sirop » est indiquée dans le « traitement substitutif des pharmacodépendances majeures aux opiacés dans le cadre d’une prise en charge médicale, sociale et psychologique ». Quant à la « forme gélule », elle est indiquée « en relais de la forme sirop chez des patients traités par la forme sirop depuis au moins un an et stabilisés, notamment au plan médical et des conduites addictives ».

Qu’apprend-on ? Que 5,9 % des consommateurs de méthadone l’ont obtenu illégalement en 2008 (contre 9,7 % en 2016) avec une augmentation des cas nécessitant une prise en charge hospitalière. Que l’on observe une augmentation, durant la neuvième année du suivi : de la consommation de méthadone par des sujets naïfs ou occasionnels, du nombre de patients ayant présenté un coma profond et du nombre de patients ayant fait une tentative de suicide.

On estime que le taux de décès par méthadone est de 2 décès pour 1 000 patients traités – six fois plus élevé avec la méthadone qu’avec la buprénorphine et 4,5 fois plus élevé qu’avec l’héroïne. L’analyse des données met également en évidence des prescriptions de méthadone hors AMM dans la douleur et dans certains cas ne respectant pas les recommandations de 2010 (douleurs rebelles en situation palliative avancée – complexité de la titration et extrême importance de la surveillance des patients). Une demande d’AMM pour la méthadone dans le traitement de la douleur est en cours d’instruction.

La Commission des stupéfiants et psychotropes « s’est interrogée sur l’accessibilité de la méthadone en France et plus particulièrement sur les raisons de son obtention illégale ».

« ChemSex » ; soit l’usage de substances psychoactives avant ou pendant les relations sexuelles afin d’améliorer performance, durée et plaisir sexuel. Le « Slam » désigne quant à lui l’injection de substances psychoactives psychostimulantes dans ce même contexte sexuel. Le « ChemSex » peut avoir des conséquences sanitaires individuelles (addictions, complications somatiques) et collectives  (transmission d’infections virales ou bactériennes) très importantes, rappellent les spécialistes. En 2016, un signal d’addictovigilance avec des décès en lien avec la pratique du « ChemSex » avait alerté l’ANSM. Au vu des risques liés à cette pratique et du nombre de décès rapportés au réseau d’addictovigilance, une mise à jour du rapport précité a été réalisée.

Les données de cette mise à jour qui porte sur les risques liés à la pratique du « ChemSex» (Slam inclus) sur la période de janvier 2014 à août 2017 font état : – d’une augmentation du nombre de cas notifiés ; – d’une population plus jeune ; – d’une répartition géographique nationale plus homogène ; – d’une évolution des substances psychoactives utilisées ; – de risques cardiovasculaires, neuropsychiques (suicides) et d’addiction plus importants ; – de comas et décès plus nombreux. Aucun chiffre n’est ici malheureusement donné.

L’alcool et l’Elysée. Alerte de plusieurs associations de lutte contre les addictions.  L’affaire remonte à mai 2017 et concerne Audrey Bouroleau nommée au Palais de l’Elysée après avoir été déléguée générale de « Vin et Société ». Nous avions alors évoqué ce qui avait été présenté comme une percée du lobby alcoolier.

« Huit mois plus tard, ce risque est confirmé alors que la filière vin se félicite du rôle joué par l’ex-lobbyiste pour aider la filière à obtenir ce qu’elle « n’avait jamais obtenu précédemment, écrivent les associations. Les professionnels du vin ont remis le 29 janvier 2018 leur plan de filière. Depuis le 15 décembre, ils refusaient de le transmettre au Ministre de l’Agriculture tant qu’ils n’auraient pas obtenu une « clarification de la politique de santé publique à l’égard du vin ». En cause, la Stratégie nationale de santé 2018-2022 qui inclut l’alcool – et non le vin pris isolément – dans les « substances psychoactives licites ou illicites » au même titre que le tabac . Une vérité scientifique alors que l’alcool est à l’origine chaque année en France de près de 50 000 décès prématurés et la 2ème cause de mortalité routière.

« Grâce à l’action de Audrey Bourolleau, ‘’ conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural’’ du Président de la République, ces professionnels se félicitent aujourd’hui d’avoir eu gain de cause et même au-delà. Selon l’un des porte-paroles de la filière, un courrier du Président de la République aurait répondu à leurs attentes et notamment d’obtenir ‘’deux points majeurs, que nous n’avions jamais obtenus précédemment’’. En l’occurrence, la reconnaissance des acteurs du vin comme des acteurs de prévention et donc un acteur légitime auprès du ministère de la Santé. »

Les associations « ne remettent pas en cause le droit des producteurs d’alcool à faire valoir leurs arguments sur leur situation économique ou les normes des productions ». En revanche elles « alertent sur le danger d’en faire des acteurs de prévention ». Conflits d’intérêts ? Pour l’heure le Palais de l’Elysée est muet – et le ministère de la Santé se tait.

A demain