Coronavirus et diplomatie : quand l’Institut Pasteur de Paris accuse Pékin de nous avoir menti

Bonjour

A quoi peut servir une radio de service public en période d’épidémie virale ? La réponse nous est donnée par Radio France où, fort opportunément, un mouvement de grève sans précédent a été suspendu. Deux exemples :

I France Culture avec, le 5 février, un remarquable opus de la non moins remarquable« Temps du débat » (par Emmanuel Laurentin) : « Coronavirus : la mondialisation réactive-t-elle les peurs ancestrales ? » (trente-neuf minutes avec notamment, le Dr Jean-Claude Manuguerra) :

«En France, en Australie, ou dans les pays limitrophes de la Chine, les brusques réactions de mise à distance, voire de racisme, vis-à-vis de population venant d’Asie se sont multipliées ces derniers jours. À Marseille, certains n’ont pas manqué de rappeler qu’en cette année de tricentenaire de la peste, l’arrivée, à proximité du grand port du Sud, de français venant de Wuhan avait réveillé une peur des épidémies constamment réactivée depuis trois siècles. La mondialisation des informations, des transports de marchandises et des voyageurs facilite-t-elle la multiplication des rumeurs, tout autant d’ailleurs que la résolution de ce type d’épidémie, par un échange d’informations plus rapide ? »

II France Inter ce 6 février avec son « grand entretien du 8h20 » (Léa SalaméNicolas Demorand) : aujourd’hui le Dr Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur de Paris. Où l’on entend, pour la première fois sous cette forme une accusation directe des autorités sanitaires et politiques chinoises : «Sur le plan scientifique, la réponse à ce nouveau virus a été très rapide. Mais sur le plan politique, jusqu’au 10 ou 15 janvier, on a voulu nous faire croire qu’il n’y avait que quarante patients à Wuhan, sans transmission interhumaine ni risque d’épidémie. Il y a eu un retard pris et qu’on paie très cher aujourd’hui. »

Tout laisse penser que le montant de la facture ne cessera de grimper. Et nul ne sait si Pékin sera disposé à la régler. Ni même s’il en aura les moyens.

A demain @jynau

Coronavirus : accusera-t-on l’OMS si l’épidémie atteint, dès demain, le sol africain ?

Bonjour

31 janvier 2020. Les médias ne parlent que du Brexit et des mille et une facettes du phénomène épidémique. A commencer par la décision a minima de l’OMS : décréter une urgence de santé publique de portée internationale qui n’en est pas tout à fait une. Décret planétaire pris par le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général qui a suivi l’avis de son comité ad hoc présidé par le Pr Didier Houssin, ancien directeur général français de la Santé.

Selon le règlement sanitaire international (RSI) en vigueur depuis 2005, l’urgence de santé publique de portée internationale est « un événement extraordinaire dont il est déterminé qu’il constitue un risque pour la santé publique dans d’autres Etats en raison du risque de propagation internationale de maladies et qu’il peut requérir une action internationale coordonnée ».

Tout pourrait être simple. Rien ne l’est. L’OMS, par la voix de son directeur général a avant tout rempli une fonction de diplomate, prenant le soin de souligner que cette initiative n’était en aucun cas « un acte de défiance vis-à-vis de la Chine » et qu’elle était motivée non pas « par ce qu’il se passe en Chine mais par ce qu’il se passe dans les autres pays ».

A quand l’alerte « orange » ?

Le Monde (Marie Bourreau) : « Devant les journalistes réunis en conférence de presse, le docteur Tedros a justifié cette mesure par l’augmentation du nombre de cas et de pays touchés ; 9 692 cas ont été répertoriés en Chine – qui enregistre aussi l’ensemble des 213 morts répertoriés à ce jour. C’est plus que lors de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003, au cours de laquelle 5 327 personnes avaient été infectées. (…) De nombreux experts critiquent le fonctionnement binaire du système qui a poussé à déclarer une urgence mondiale alors que les chiffres des malades en dehors de la Chine restent pour l’instant très faibles. Lors d’une rencontre avec les journalistes, le Dr Tedros lui-même avait laissé entendre qu’une alerte intermédiaire ‘’orange’’ aurait sans doute été plus représentative du risque actuel. »

Résumons : dix mille cas (officiels) en Chine et plus de deux cents morts Une centaine de cas identifiés (officiellement) dans une vingtaine de pays le plus souvent en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. Avec, ce qui inquiète surtout le comité d’urgence – et qui a « presque unanimement » recommandé le lancement de cette alerte mondiale, selon le Pr Houssin : les cas de transmissions interhumaines enregistrées dans cinq pays (France, Etats-Unis, Allemagne, Japon, Vietnam). Un phénomène qui soulève de manière très concrète la question de la contagiosité des patients asymptomatiques. 

« L’organisation onusienne craint aussi un deuxième scénario catastrophe : la possibilité que l’épidémie puisse atteindre des pays dont le système de santé ne serait pas capable de gérer une telle crise sanitaire, en Afrique notamment, un continent avec lequel la Chine entretient de nombreux liens commerciaux » observe Le Monde.

Or cette crainte est exprimée alors même que  le Conseil de supervision de la préparation globale (GPMB) a averti, jeudi 30 janvier, que de nombreux pays n’étaient pas prêts à faire face à l’épidémie de pneumonie virale. « Tous les pays et gouvernements locaux, y compris ceux qui n’ont pas été touchés, doivent d’urgence consacrer des ressources au renforcement de leurs capacités essentielles de préparation », souligne cet organe indépendant constitué en 2018 par l’OMS et la Banque mondiale,

Arrondir les angles et ronds de jambe

Ajoutons que le déclenchement de l’alerte sanitaire mondiale doit précisément permettre d’aider les Etats membres des Nations unies à mettre en place des mesures de prévention et de détection adéquates et de dégager des fonds pour combattre le virus. Pour l’heure les pays aujourd’hui les plus touchés actuellement (Chine, Japon, Allemagne, Etats-Unis, Corée du Sud et Vietnam) peuvent lutter sans réclamer de soutien financier. Mais demain si, venant de Chine, le virus émerge et diffuse sur le continent africain ?

Dès lors comment comprendre que l’OMS demande aux Etats membres de se tenir prêts à détecter les nouveaux cas, à les isoler et à suivre les chaînes de transmission pour éviter la propagation de la maladie et que, dans le même temps, elle déconseille de limiter les voyages et les échanges commerciaux avec la Chine ? Selon « un diplomate » (cité par Le Monde), c’est l’effet boomerang d’une telle mesure. « Il y a maintenant un tampon OMS officiel. Tous les ministères de la santé sont en alerte et vont pouvoir décider de mesures qui pourront être jugées trop restrictives par l’organisation. »

Et que pourra l’OMS face aux mesures bilatérales et à la pression internationale ?  Moscou vient de décider de fermer ses 4 250 km de frontières communes avec la Chine. Il faut compter avec l’arrêt des liaisons aériennes entre certaines grandes capitales européennes et la République populaire ; avec l’évacuation de ressortissants étrangers par la France, le Japon et les Etats-Unis qui, de fait instaure un isolement international de Pékin.

De retour de la capitale chinoise, sur les blanches hauteurs de Genève et face aux journalistes, le directeur général de l’OMS a une nouvelle fois loué « la transparence et la rapidité avec laquelle la Chine a détecté le virus puis partagé ses informations ». Il a aussi  affirmé « n’avoir jamais vu ça de [sa] vie » (sic). Selon lui, « la Chine est tout à fait capable de contrôler l’épidémie » grâce aux mesures « radicales » prises par Pékin avec le confinement de plus de 60 millions de personnes à travers le pays.

En langage diplomatique on parle ici « d’arrondir les angles ».  Le Monde : « La déférence du chef de l’OMS à l’égard de Pékin étonne jusque dans l’écosystème onusien, pourtant habitué aux ronds de jambe des diplomates. »

A demain @jynau

Dangers de notre future « 5G »: la France ne sait toujours pas ce qu’il faut en penser

Bonjour

Rappel à ceux.celles qui, quoique devenus dépendant.e.s de leur(s) téléphone(s) portable(s), l’ont oublié : « 5 G » signifie « 5ème Génération ». Le « déploiement » (terme consacré) eujourd’hui en cours de cette technologie vise officiellement à développer des « services innovants » dans de multiples domaines : « la santé, les médias, les transports les industries du futur etc. » La « 5 G » s’appuiera sur « de plus grandes capacités de transfert de données mobiles, en quantité et en vitesse ». Elle proposera « une plus grande offre de services sans-fil et favoriser le développement d’objets interconnectés ». On observera que ses promoteurs ne nous parlent jamais (ou presque) de ses conséquences écologiques.

En France le citoyen ne sait guère que les dés sont jetés : les premières « offres 5G » seront lancées fin 2020. Les fréquences déjà utilisées par les précédentes « générations » de téléphonie mobile (« 2G », « 3G », « 4G ») seront exploitées, ainsi que deux nouvelles bandes de fréquences : dans un premier temps, la bande 3,5 GHz pour la couverture en téléphonie mobile 5G dans des zones géographiques étendues, puis les années suivantes, la bande 26 GHz pour la communication entre des objets connectés ou pour de la téléphonie mobile dans des périmètres restreints.

S’inquiéter ? Dans le cadre de ce « déploiement »  et de la « feuille de route nationale lancée par le Gouvernement en juillet 2018 » l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a été saisie par les ministères chargés de la santé, de l’environnement et de l’économie. Objectif :  « conduire une expertise sur l’exposition de la population aux champs électromagnétiques découlant de cette technologie et aux éventuels effets sanitaires associés » (sic). C’est dans ce contexte, que l’Anses publie aujourd’hui un « rapport préliminaire [74 pages] qui détermine les bases de ses travaux d’expertise dont les résultats seront disponibles au 1er trimestre 2021 » (re-sic). Elle y présente notamment un recensement des études scientifiques disponibles et identifie les axes principaux d’évaluation des risques (re-re-sic) 1.

Conclusion : l’Anses « souligne la nécessité de disposer des données décrivant les technologies développées et leurs installations afin de caractériser les niveaux d’exposition associés et d’évaluer les éventuels effets sanitaires ».

A demain @jynau

1 A savoir : « Les opérateurs de téléphonie mobile ont déjà réalisé des expérimentations pilotes dans plusieurs villes françaises pour tester le fonctionnement des nouvelles infrastructures. A cette occasion, dans le cadre de ses missions de contrôle de l’exposition du public aux ondes, l’ANFR effectue depuis fin 2018 des essais exploratoires de mesure de l’exposition dans la bande 3,5 GHz. Ces mesures constitueront l’une des sources de données prises en compte dans l’expertise de l’Anses.

L’Agence a identifié deux champs d’évaluation des risques distincts correspondant aux deux nouvelles bandes de fréquences 5G, autour de 3,5 GHz et de 26 GHz dont les modalités d’exposition sont différentes. Elle a mis en évidence un manque de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires potentiels liés à l’exposition aux fréquences autour de 3,5 GHz. De ce fait, les experts évalueront la possibilité d’extrapoler les résultats des travaux d’expertise antérieurs de l’Agence sur les impacts sanitaires des diverses technologies de communications existantes (3G, 4G, Wi-Fi, …) qui utilisent des fréquences proches de la bande 3,5 GHz, de 0,8 à 2,45 GHz. Concernant les fréquences plus élevées, entre 20 et 60 GHz, les données disponibles dans la littérature sont plus nombreuses, les travaux d’expertise s’attacheront donc à les analyser pour évaluer les impacts sanitaires éventuels liés aux expositions dans la bande 26 GHz. »

Mais comment a-t-on réussi à lessiver le corps des soignants hospitaliers? (France Culture)

Bonjour

Il y a le texte, essentiel 1 : le Pr Stéphane Velut, chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. Un langage qui l’étouffe 2

« (…) Pourquoi, à l’hôpital, faut-il subir le métalangage du Leader mondial du consulting visant à nous faire avaler un «beau projet»? L’épithète apparaît devant toute perspective risquant de faire grincer des dents. En l’occurrence, il s’agit d’un «nouvel hôpital» dont le nombre réduit de lits devra être compensé par une «optimisation de nos pratiques» qui étaient jusque-là, dit le communicant, «parfaitement inappropriées».

Ce beau projet comportant moins de lits, il faudra concrètement réduire cette fameuse DMS (Durée moyenne de séjour), autrement dit: limiter le stock de gens et en accélérer le flux. C’est pourtant simple. Il nous montre fièrement le plan d’un «hôpital-aéroport». Comment en sommes-nous arrivés là, à devoir subir ce langage repris par l’administration et destiné à nous faire admettre cette perspective intenable? (…) »

« Prière de redimensionner le capacitaire »

Il y a désormais le complément radiophonique 3. Un modèle d’émission où productrice-animatrice laisse (enfin) l’invité parler, accepte ces silences où l’on perçoit la pensée s’élaborer. Trente-trois minutes concentrées durant lesquelles l’auditeur s’approche, au mieux, de la déconstruction en cours du modèle hospitalier français. D’un corps soignant désabusé, puis désenchanté, puis « lessivé », puis en état de désarroi.

Désarroi dont l’auteur redoute qu’il finisse par « avoir raison de son abnégation ». Un monde dont nul ne sait encore s’il résistera au métalangage et à la fabrique du consentement. S’il saura « s’adapter à la transversalité de projet pour parvenir à une meilleure agilité… ». « Se transformer d’hôpital de stocks en hôpital de flux… ». Non pas « réduire le nombre de lits » mais « redimensionner le capacitaire ». Hôpital de demain, hôpital sans humain ?  

A demain @jynau

1 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

2 La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière Slate.fr, 21 janvier 2020

3 Gesbert O, La grande table des idées, Stéphane Velut  France Culture, 24 janvier 2020  Avec la rediffusion du remarquable témoignage du Pr  Agnès Hartemann, chef du service diabétologie de la Pitié-Salpêtrière (16/01/2020)

Christophe Castaner et la «PMA pour toutes»: les préfets sont priés de ne pas «diverger»

Bonjour

Silence de marbre dans les rangs de la préfectorale. C’est une affaire à bien des égards édifiante. Où l’on apprend que Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, vient de convoquerle préfet des Pays de la Loire pour le rappeler à « ses obligations » après des propos critiques sur l’ouverture de la PMA « à toutes les femmes ». Une affaire rapportée dans le détail par Médiacités.  (Anthony Torzec). Extraits :

« La réputation de Claude D’Harcourt n’est plus à faire. Le préfet de Loire-Atlantique et des Pays de la Loire est connu pour son style direct. « Cash », même. Trop ? C’est la question qui se posait, hier soir, à l’issue de son discours de vœux prononcé devant les responsables des services de l’État, les élus locaux, parlementaires, représentants des religions et des associations. Au milieu d’un portrait bien sombre de l’année 2019 – année « de fractures, de violences » qui lui « laisse un sentiment de lassitude, d’impuissance » -, le représentant de l’État dans la Région sort soudain de son devoir de réserve pour exprimer ses doutes à propos du projet de loi du gouvernement sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. « Le projet de loi bioéthique porte une rupture anthropologique majeure », lâche-t-il, reprenant l’expression employée par l’Académie de médecine en septembre dernier. Un avis « un peu daté » avait jugé, à l’époque, la ministre de la Santé Agnès Buzyn. « A titre personnel, je ne suis pas sûr que cette loi favorise les repères auxquels aspirent nos concitoyens », poursuit le préfet. »

Puis le préfet d’Harcourt poursuit son discours centré autour des malaises de la société française, citant notamment « L’archipel français », récent ouvrage du politologuecentré autour du malaise de notre société, les travaux du philosophe et historien Marcel Gauchet ou encore François Mauriac (1885-1970). Où l’on comprend qu’un préfet peut aussi lire, penser et partager ses idées.

Mais Médiacités de s’interroger. Simple usage de sa liberté d’expression ou entorse à la loyauté dû par le représentant de l’Etat au Gouvernement ? « Le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque », indique le site fonction-publique.gouv.fr. Cette « obligation de réserve est particulièrement forte pour les titulaires de hautes fonctions administratives en tant qu’ils sont directement concernés par l’exécution de la politique gouvernementale ».      

« Les avis divergents ne sont pas les bienvenus au sein de la fonction publique ».

Médiacités n’en resetra pas là :  « Si personne ne bronche dans le salon de la préfecture aux dorures XVIIIe, chacun a bien retenu la sortie préfectorale. Un élu en particulier ne cache pas sa satisfaction : le vice-président (Les Républicains) du conseil régional des Pays de la Loire Sébastien Pilard. Tout juste rentré de la manifestation parisienne de dimanche « contre la PMA pour toutes », il juge le préfet « courageux » avant d’expliquer à Mediacités qu’il aimerait « que certains politiques aient le même courage ».

«La députée macroniste et candidate à la mairie de Nantes Valérie Oppelt exprime pour sa part sa « surprise ». « Peut-être que le préfet devrait rencontrer les acteurs de ce sujet », conseille-t-elle, en précisant qu’elle a voté cette loi en première lecture. D’habitude si prompt à monter au créneau sur ces questions de société, le président du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, préfère « ne pas faire de commentaire ».

Puis voici que le préfet d’Harcourt est convoqué en urgence à Paris, par le ministère de l’Intérieur, mercredi 22 janvier. Pour Christophe Castaner, ces propos constituent une « faute ». Le ministre « a demandé au préfet d’Harcourt de réagir dans la journée », voulant « lui rappeler ses obligations ». « Les avis divergents ne sont pas les bienvenus au sein de la fonction publique ».

A l’issue de cet entretien, le préfet des Pays de la Loire faisait paraître un communiqué dans lequel « il reconnaît que son expression, même s’il a précisé qu’il s’agissait de son opinion personnelle, dès lors qu’elle était publique, était inadéquate (…). Il a eu ce matin l’occasion de fournir ces explications au ministre de l’Intérieur, qui lui a rappelé ses obligations ».

Pour le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, un préfet « a tout à fait le droit d’avoir sa conception, mais lorsqu’il exerce une mission officielle, il se doit de représenter le gouvernement. Il ne peut pas dire le contraire de ce que disent Nicole Belloubet ou Agnès Buzyn dans le même temps devant le Sénat ». Où comment inciter à faire durablement silence dans les rangs de la vieille préfectorale.

A demain @jynau

Loterie médicamenteuse pour enfants condamnés: les explications de Novartis à Slate.fr

Bonjour

Comment et pourquoi? Comment un géant de Big Pharma peut-il prendre la décision d’organiser une sorte de tirage au sort destiné à sauver, grâce à l’un de ses médicaments au prix ahurissant, une centaine d’enfants condamnés par une maladie génétique? Et pourquoi s’engage-t-il dans cette voie sans précédent?

Ce sont là les deux questions au cœur de l’affaire Zolgensma®, du nom du médicament de la multinationale pharmaceutique suisse Novartis. Une affaire d’autant plus spectaculaire qu’elle concerne le médicament le plus coûteux du monde (près de deux millions d’euros l’injection, unique). Une affaire d’autant plus emblématique qu’elle concerne une substance issue de travaux initiaux novateurs conduits en France grâce aux sommes recueillies via les initiatives caritatives de l’AFM-Téléthon. Après avoir, sur ce blog et sur Slate.fr exposé les différentes pièces du dossier, nous avons, pour mieux comprendre, interrogé le géant Novartis – qui a accepté de nous répondre par la voix de Marilise Marcantonio, porte-parole de Novartis France (sans demander  – point notable- à relire les propos rapportés).

A lire sur Slate.fr : « Loterie médicamenteuse pour enfants condamnés: Novartis s’explique »

Aussi audibles qu’ils puissent être, ces arguments peuvent-ils être compris? Pour l’heure, Novartis, en adoptant une telle démarche, prend un risque majeur: oser la gratuité tout en gardant pleinement les commandes d’un dispositif jouant avec le hasard –le tout dans l’attente d’une commercialisation à des prix qui battront des records. Il y a là, de manière quelque peu paradoxale, matière à conforter l’image d’une industrie pharmaceutique enfermée dans sa logique capitalistique et ses appétits de profits.

«À mon sens, la seule réponse possible à cette affaire, si ce traitement est réellement efficace et bien toléré, serait de le rendre accessible à tous les enfants atteints de cette maladie rare, estime le Pr Antoine Flahaultspécialiste de santé publique (directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’Université de Genève). Et ce quitte à créer un instrument (du type Fonds mondial contre le sida) pour la coordination internationale de son financement et de sa distribution, en mettant le laboratoire pharmaceutique, les acteurs politiques, les soignants et les représentants des patients et leurs familles autour de la table.»

Voilà une proposition de bon sens. Mais cette table, en 2020, existe-t-elle ?

A demain @jynau

Charcuteries, omissions et autres tromperies : quand un lanceur d’alerte accuse deux experts

Bonjour

Dénoncer les conflits d’intérêt(s). C’est dans le dossier du Journal du Dimanche consacré aux risques sanitaires inhérents aux charcuteries industrielles.On peut y découvrir  : « Danger de la charcuterie : des experts au secours de l’industrie agroalimentaire » (Guillaume Coudray). Guillaume Coudray est diplômé de Sciences Po et ancien allocataire de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques. Il est aussi l’auteur d’une enquête sur les nitrites et accuse certains scientifiques de propager le doute. Enquête qui nourrit son ouvrage Cochonneries (La Découverte, 2017),

« Cela fait plus de dix ans que ­j’enquête sur les risques liés aux nitrites dans la charcuterie, écrit-il.  J’ai vu plusieurs experts mettre en doute les connaissances scientifiques. Ce sont souvent les mêmes qui propagent ces théories contestables, et tous ont des liens d’intérêt avec l’industrie agroalimentaire. »

Il précise que le 2 décembre, par exemple, Le Quotidien du médecin a publié une tribune de Jean-Michel Lecerf titrée « Une consommation modérée est compatible avec une nutrition équilibrée ». Et il ajoute que feux jours plus tard, une vidéo de ce même médecin était mise en ligne sur le site de la Fédération professionnelle, représentative des industries charcutières, traiteurs et transformatrices de viandes (FICT). « À chaque fois, il est précisé que Lecerf est le chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille 1 mais pas qu’il a été consultant pour la FICT » souligne-t-il.

Ne pas hésiter à tricher avec la science ?

Selon lui le fond du propos pose également question. « Dans Le Quotidien du ­Médecin, le nutritionniste disserte sur le risque lié à la consommation de viande rouge, moins élevé que celui lié à la charcuterie, écrit-il encore dans le JDD. C’est un contre-feu habituel pour braquer la lumière sur un sujet moins grave. Dans la vidéo, cet habitué des plateaux de télé affirme que « même les plus gros consommateurs de charcuterie ne consomment que 11% de la DJA, dose journalière admissible ». Il poursuit en expliquant que, pour atteindre 50% de la DJA des nitrites, « il faudrait huit à dix tranches de jambon par jour toute sa vie ». Avant de conclure : « On est dans un niveau de sécurité extrêmement élevé. » » Or on sait très bien que les nitrites ne provoquent jamais directement le cancer. (…) Car, après avoir été injectés dans la viande, ces additifs se décomposent et donnent naissance à des molécules cancérogènes. En évoquant la DJA, Jean-Michel Lecerf parle des nitrites eux-mêmes mais omet de signaler les composés cancérogènes, non pris en compte par celle-ci. »

Le lanceur d’alerte vise aussi autre expert « qui prend souvent la parole pour défendre les nitrites ». Dans le même numéro du Quotidien du Médecin, puis dans une tribune dans Les Échos, Gérard ­Pascal, ­ancien directeur de recherches à l’Inra, n’hésite pas à tricher avec la science en affirmant que le rapport du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé en 2015 la charcuterie dans la catégorie « cancérogène probable pour l’homme ». La vérité, c’est qu’elle fait partie des cancérogènes avérés et qu’il suffit de deux clics sur Internet pour s’en convaincre! Ces tours de prestidigitation ne manquent pas d’audace. »

Prestidigitation ou pas les deux scientifiques consultants pour des entreprises alimentaires auront-ils ou non l’audace de répondre à l’attaque ?

A demain @jynau

1 Le Dr Jean-Michel Lecerf est l’auteur de « La viande, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. » Éditions Buchet Chastel, 2016