Duplicité et tabac : le gouvernement a tout fait pour que le prix des cigarettes n’augmente pas

 

Bonjour

C’est officiel : le prix du tabac augmente – à l’exception de celui des cigarettes… Seuls les acheteurs de tabac à rouler verront la différence : une hausse de 15 % en moyenne. Les paquets de cigarettes continueront pour leur part à s’arracher  entre 6,50 et 7 euros – soit assez loin des dix euros réclamés par Marisol Touraine, ministre de la Santé aujourd’hui silencieuse. Tout est raconté le site du Journal Officiel de ce 2 février : « Arrêté du 1er février 2017 modifiant l’arrêté du 24 juin 2016 portant homologation des prix de vente au détail des tabacs manufacturés en France, à l’exclusion des départements d’outre-mer ».

Dupes

Comment comprendre ce jeu de dupes ? Rien de plus simple : les géants mondiaux du tabac se sont réunis à Macao, ils ont regardé le marché de l’Hexagone et ils ont décidé de renoncer à des augmentations de prix malgré les petites hausses des taxes gouvernementales. Rien de plus légal. Quel gouvernement peut interdire à un géant de rogner sur ses marges ? Et le gouvernement français a homologué la liste des prix qu’on lui présentait. Les buralistes en sont satisfaits, les consommateurs aussi. Seuls ceux qui connaissent le dramatique dessous des cartes addictives et médicales sont en colère.

« C’est une très mauvaise nouvelle. Ce qui est nécessaire et souhaité, c’est une hausse significative et répétée, c’est le seul moyen de casser la consommation », rappelle, dans le désert, le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT). Beaucoup ont abandonné, fatigués de tant de duplicité. Faut-il rappeler qu’il y a précisément trois ans (le 4 février 2014) François Hollande lançait solennellement un Programme national de réduction du tabagisme qu’il confiait à Marisol Touraine. Echec total. La France n’a jamais autant fumé. Et le cautère du paquet neutre est censé faire oublier l’absence d’augmentation des prix.

On pourrait en rester là, le gouvernement accusant les cigarettiers de ne pas répercuter les hausses de ses taxes. On aurait tort. Il existe un levier pour contraindre les fabricants et obtenir une hausse assurée : faire voter par le Parlement une hausse du minimum de perception. Ce n’est pas celui qui a été choisi à l’automne dans le cadre du budget de la Sécurité sociale piloté par … Marisol Touraine. Mme Touraine qui co-signe avec Christian Eckert, secrétaire d’Etat chargé du budget et des comptes publics, l’arrêté de ce 2 février.

Pantois

 Il faut, sur le site des buralistes, lire ce que nous explique Benoît Bas, directeur des affaires publiques de Japan Tobacco International France :

« Le gouvernement accuse les fabricants de ne pas augmenter le prix des cigarettes. Il a tout fait pour qu’il n’augmente pas. Il y a quelques mois l’outil principal de la baisse de consommation était le paquet neutre (…). S’il veut faire preuve de cohérence, le gouvernement peut, comme il l’a fait sur le tabac à rouler, augmenter le minimum de perception sur les cigarettes et les prix des cigarettes augmenteront automatiquement comme ils l’ont fait pour le tabac à rouler ».

Que le directeur des affaires publiques de Japan Tobacco International fasse la leçon au gouvernement français en matière de cohérence et de santé publique laisse pantois. Emmanuel Macron n’a toujours rien dit sur le tabac.

A demain

Expérimentation sur l’homme : en finira-t-on un jour avec le «laxisme» des essais cliniques ?

 

Bonjour

Les gazettes ne s’intéressent plus à l’affaire de l’essai clinique mortel de Rennes. Tout, pourtant, n’a pas été effacé, loin de là. Un an après une publication vient réveiller les mémoires. Deux spécialistes de bioéthiques de l’université McGill de Montréal, dénoncent, dans Nature le « laxisme » qui prévaut dans le lancement des études de phase 1 – essais cliniques au cours desquelles des molécules sont expérimentées pour la première fois sur des volontaires humains (rémunérés à cette fin). Une publication remarquable et un dessin de presse qui ne l’est pas moins : « Consider drug efficacy before first-in-human trials » (Nature, 30 janvier 2017)

« Si les agences de régulations européennes évaluent la sécurité avant qu’un essai ne débute, elles ne sont pas assez exigeantes en ce qui concerne les données sur l’efficacité potentielle, écrivent Jonathan Kimmelman & Carole Federico. Nous pensons que de nombreuses études de phase 1 sont lancées sur la base de preuves fragiles et peu examinées. » On peut voir là une formulation diplomatique doublée d’une accusation qui vise un monde feutré où les yeux extérieurs ne sont jamais conviés.

Qu’en dira l’ANSM ?

On pourrait soutenir que cette tendance à lancer trop rapidement des expérimentations humaines par esprit de lucre n’expose pas nécessairement les volontaires rémunérés à des risques quant à leur intégrité. Les auteurs répliquent qu’il y a là une source de gaspillages de ressources à la fois financières et humaines. « Ces dépenses consacrées à des traitements inefficaces finissent par peser sur les systèmes de santé, sous la forme de prix plus élevés. C’est un argument en faveur d’études plus minutieuses chez l’animal », expliquent-ils.

« Cette prise de position intervient alors que le nouveau président américain a annoncé sa volonté de réduire les conditions nécessaires au lancement d’études de phase 1, ainsi que les exigences en matière d’autorisations de mise sur le marché » souligne pour sa part Le Quotidien du Médecin. Selon les auteurs de Nature la mort (et les séquelles) de Rennes eussent pu être prévenues si des règles éthiques simples avaient été observées.

Ils estiment notamment qu’il faut exiger des laboratoires pharmaceutiques qu’ils fournissent l’ensemble des données précliniques, y compris les résultats négatifs. Le lancement des essais de phase 1 devrait en outre être inféodé à l’avis positif d’un comité d’experts indépendants. Ces experts devraient d’autre part examiner les performances des traitements déjà disponibles pour estimer s’il est pertinent de poursuivre une nouvelle voie de recherche. On aimerait connaître, sur tous ses points, les commentaires que ne manquera pas d’adresser à Nature, les responsables de l’Agence nationale de la sécurité des médicaments (ANSM) – responsables qui avait autorisé l’essai de Rennes avant d’enquêter pur conclure qu’il n’y avait, dans les grandes lignes, rien à redire. La même observation vaut pour le « Comité de protection des personnes » en charge de l’éthique qui avait, lui aussi, donné son feu vert et qui, depuis, ne semble pas avoir jugé utile de faire son autocritique.

Questions d’éthique

Le Quotidien rappelle qu’après Rennes la loi française a été modifiée pour « renforcer la sécurité » des volontaires (rémunérés) participant à ces études. L’ordonnance n° 2016-800 « relative aux recherches impliquant la personne humaine », publiée le 16 juin 2016 au Journal Officiel permet l’application de la « loi Jardé »promulguée en 2012 qui n’était pas encore entrée en vigueur (sic). Celle-ci, reprenant pour l’essentiel la loi Huriet de 1988, avait inspiré le règlement européen encadrant les essais cliniques de médicaments d’avril 2014 mais qui ne sera appliqué qu’en 2018 (re-sic). Afin d’éviter un vide juridique, la nouvelle ordonnance intègre la réglementation européenne dans la loi française et rend possible son entrée en vigueur sur le territoire.

L’ordonnance redéfinit notamment le cadre et le champ d’intervention des Comités de protection des personnes (CPP). Ce sont là des structures inconnues du grand public, composées pour moitié de représentants de la société civile (associations de patients, juristes, travailleurs sociaux…) et de professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers, psychologues). Ces CPP ont pour mission l’évaluation de tous les éléments assurant la protection des participants. « Avec l’affaire de Rennes s’est posée avec acuité la question pour certains de leurs membres de possibles conflits d’intérêts » écrit joliment Le Quotidien. Les comités de protection des personnes seront désormais désignés de façon aléatoire (et non pas choisis par les promoteurs de l’essai) et appelés à intervenir sur l’ensemble du territoire, et non pas attachés à une région comme cela était (sic).

Le texte revient aussi sur le rôle qui leur était dévolu. Ces entités étaient appelées à se prononcer sur la pertinence de la recherche et la validité de la méthodologie des études. Ce ne sera plus le cas. « L’évaluation de la partie scientifique et technique sera réalisée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), tandis que l’évaluation éthique sera effectuée par les comités de protection des personnes », dispose la nouvelle loi. C’est étrange, on aurait certifié que tel était déjà le cas. Il faudra bien, un jour prochain, revenir sur l’affaire mortelle de Rennes.

A demain

 

 

Accepteriez-vous que votre femme puisse gagner 1000 euros en donnant ses ovules en Espagne ?

Bonjour

C’est la question que l’on ne pose jamais aux candidats à la fonction française suprême. Est-il licite, éthique, de percevoir de l’argent contre une fraction de son corps ? Faut-il voir là une forme d’esclavage moderne et capitaliste ? Est-ce au contraire une version moderne de l’altruisme, de la générosité, de l’empathie dès lors que la fraction « cédée » sera l’objet d’une action à visée thérapeutique ?

La question n’a pas été posée hier, lors du débat télévisé opposant, sur le thème du « revenu universel », les deux socialistes que sont Benoît Hamon et Manuel Valls. Pour l’heure, à gauche, seul Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé acceptant, assez courageusement, de défendre le concept d’indisponibilité du corps humain. On attend toujours les positions d’Emmanuel Macron, perçu (à gauche et sur France Culture) comme un « signifiant flottant ». Celle de François Fillon, ancien élu de la Sarthe (victime, selon ses termes, d’une affaire politique et domestique de « boules puantes » 1) est, elle aussi, attendue – de même que celle de la droite extrême.

Altruisme et solidarité espagnols

Celle question n’est en rien hors-sol. De l’autre côté des Pyrénées des femmes échangent une fraction de leur « capital d’ovocytes » contre de la menue monnaie. Les dernières informations disponibles sur ce sujet viennent d’être diffusées, en France, par les responsables du puissant groupe IVI de cliniques privées 2. Ces responsables ne se cachent nullement pour inciter les Françaises à bénéficier en Espagne de techniques de PMA interdites en France pour des raisons éthiques (ou impossibles à mettre en œuvre du fait d’une pénurie d’ovocytes disponibles). Cela donne ceci :

« Le traitement avec don d’ovules est l’un des plus efficaces en matière de procréation assistée, avec un taux de réussite supérieur à 68% chez IVI, le leader européen en médecine de la reproduction. Face à la pénurie d’ovocytes et aux listes d’attente de plus de deux ans, les Françaises sont de plus en plus nombreuses à se rendre chez IVI, en Espagne. Ce traitement reste aujourd’hui encore le plus demandé par les Françaises, ce qui représente 44 % des traitements (Insémination artificielle, FIV, FIV Plus et Préservation de la fertilité). Une progression de plus de 253% par rapport à 2011. » 

D’autres explications sont fournies à la presse française, féminine ou généraliste :

« La raison de ce succès tient au fait que les Espagnoles donnent plus volontiers leurs ovocytes pour des raisons culturelles et par esprit de solidarité. Il n’existe donc pas de pénurie d’ovocytes en Espagne. C’est notamment le cas des cliniques IVI qui disposent de la plus grande banque d’ovocytes dans le monde. IVI Valence a même mis en place un programme ‘Egg Donation’, dirigé par le Dr. Pilar Alamá, qui a pu identifier le profil de ces femmes qui font don de leurs ovules et les a classées en trois groupes. »

Trois groupes ? Tout d’abord la « femme entre 18 et 25 ans » (62% du total des dons d’ovules). Elle « évolue aujourd’hui dans une culture plus altruiste envers la société que les générations précédentes ». « Empathie, solidarité sont des valeurs qui ne suscitaient avant qu’un intérêt social mineur » affirme la Dr  Alamá.

Le montant de la compensation

Ensuite les « femmes entre 26 et 31 ans » (« qui ont pour la plupart déjà connu la maternité ». « Ce sont elles qui, après avoir donné la vie, ressentent une plus grande sensibilité quant à la situation des femmes ayant des problèmes de reproduction, précise la Dr  Alamá. Elles veulent donc partager leur bonheur avec les patientes qui ne peuvent pas réaliser leur rêve d’être mère avec leurs propres ovules. Elles leur concèdent alors, de manière altruiste, le plus grand des cadeaux : des ovules qui seraient sans quoi perdus à chaque menstruation ». Ce groupe Soit 29% de tous les dons reçus dans les cliniques IVI en Espagne.

Enfin les « femmes entre 32 et 35 ans » (9% des dons). « Elles font don de leurs ovocytes par pure solidarité, conscientes de l’importance de ce geste pour ces femmes privées par la nature de la possibilité d’être mères avec leurs propres gamètes ».

Le meilleur des mondes altruiste en somme.  Mais encore ?  « Les donneuses reçoivent une compensation financière pour le désagrément physique, fixé par le ministère de la Santé espagnol » répond IVI. On insiste.

« Pourriez-vous en préciser le montant ? 

Pour répondre à votre question : le ministère de la Santé espagnol établit un barème pour cette compensation. Elle est habituellement entre 800 et 1000 euros par donation.»

A demain

1 « Boule puante » : petite boule qui contient un liquide répandant une odeur généralement nauséabonde. L’objet n’est plus guère commercialisé. C’est aussi une expression dont l’usage tend à disparaître, à l’exception des sphères politiques. Dans son célèbre « Journal » Léon Bloy (1846-1917) évoque métaphoriquement un « lanceur de boules puantes dans les salons ». Nous sommes en 1892.

Sans doute François Fillon aurait-il dû rappeler (comme le fait aujourd’hui l’éditorialiste politique du Monde) qu’en novembre  1965, trois semaines avant la première élection présidentielle au suffrage universel, le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, avait conseillé au général de Gaulle d’attaquer directement son principal adversaire. Il extrait alors d’un dossier la photo de François Mitterrand, arborant la (célèbre) francisque et serrant la main du maréchal Pétain, en  1943.  » Pourquoi ne permettriez-vous pas que sortent quelques bonnes vérités cachées ? « , demande le ministre.  » Non, je ne ferai pas la politique des boules puantes « , tranche le général. C’était de Gaulle.

2 Le groupe se présente ainsi : « IVI, fondée en 1990, est la première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la reproduction assistée. Aujourd’hui leader européen en médecine de la reproduction, elle compte plus de 60 cliniques dans 11 pays (Espagne, Brésil, Argentine, Chili, Émirats Arabes Unis, Inde, Italie, Mexique, Panama, Portugal et Royaume-Uni). Depuis cette date, IVI a contribué à la naissance de plus de 126 000 enfants, grâce à la mise en œuvre de méthodes de reproduction assistée particulièrement innovantes et 20 % des patients viennent de l’étranger. »

Nouveaux dons d’organes : risque de futurs scandales à fort retentissement médiatique

Bonjour

Editorial de la dernière livraison de La Revue du Praticien : « De nouvelles modalités pour les prélèvements d’organes » (sur abonnement). Le  Dr Alain Tenaillon y fait le point sur ce qui change. C’est un condensé de pédagogie qui s’achève par une proposition dérangeante. Résumons ce qui, depuis quarante ans, oscille entre le consentement présumé et la quête de l’explicite.

« Depuis 1976, la loi postule en France qu’un prélèvement d’organes, en vue d’une greffe, peut être réalisé chez tout sujet décédé dès lors que de son vivant il n’avait pas marqué d’opposition à cette éventualité » rappelle l’éditorialiste. La référence ici est faite à la loi Caillavet, du nom de Henri Caillavet (1914-2013), homme politique trop méconnu, athée et rationaliste, passionné par les questions dites « de société ».

Humanisation encadrée

Et ensuite ? « Les lois de bioéthique de 1994, 2004 et 2011 ont encadré et en quelque sorte humanisé ce principe, dit du consentement implicite ou présumé, en exigeant qu’avant toute décision les coordinateurs de prélèvement d’organes s’entretiennent avec les proches du défunt, non seulement pour les informer de cette possibilité, mais aussi et surtout pour s’assurer par leur témoignage que la personne décédée n’y était pas hostile de son vivant. » C’était bien le moins et il est remarquable que cette nécessaire « humanisation » ait été jugée nécessaire. A commencer par « l’entretien avec les proches du défunt ».

« Cet entretien avait un rôle majeur en termes d’empathie et de lien avec les personnels de santé pour préparer le deuil dans ces circonstances particulièrement douloureuses, résume Alain Tenaillon. Tout refus de prélèvement signifié par les proches au nom du défunt était respecté, quel que soit son mode d’expression, le plus souvent oral, les équipes ayant également l’obligation de vérifier qu’une telle opposition n’était pas inscrite sur le registre national informatisé des refus (RNR), mis en place en 1998. »

On connait le contexte et son évolution : le manque récurrent d’organes (du fait du grand nombre de personnes malades en attente de greffe), le taux élevé des oppositions au prélèvement, un peu plus de 30 % (malgré le faible nombre d’inscrits sur le RNR). Autant d’éléments qui ont amené les parlementaires à voter l’an dernier un amendement à la loi de bioéthique de 2011. Il s’agit, pour le dire clairement comme le fait Alain Tenaillon, de « limiter les oppositions orales aux prélèvements, qui semblaient plus être celles des proches que celles des sujets décédés ».

Douloureux formalisme

Puis les modalités possibles d’expression du refus ont fait l’objet d’un décret applicable depuis le 1er janvier. Où en sommes-nous ? En pratique, la nouvelle loi autorise tous les modes de refus dès lors qu’ils émanent effectivement de la personne dont le corps est l’objet. A cette fin l’inscription sur le RNR est privilégiée et sera facilitée par une procédure sécurisée accessible sur Internet, mise en place par l’Agence de la biomédecine. La suite est plus compliquée :

« Toute autre opposition devra avoir été signifiée par un document écrit, signé du vivant de la personne, et remis aux responsables du prélèvement. Si l’expression de ce refus par le défunt était orale, ses proches au cours de l’entretien qui reste obligatoire devront en attester les circonstances par écrit. »

« Le changement peut paraître modeste, mais son formalisme imposé, sous-tendu par une suspicion à peine voilée vis-à-vis de la parole des proches, pourrait au début, dans ce moment de grande souffrance, générer tensions et conflits, observe, fort justement Alain Tenaillon. De plus, rien n’empêchera certaines familles de s’opposer en leur nom au prélèvement (il n’y a pas de sanctions, fort heureusement…) et l’on voit mal comment les coordinateurs pourraient passer outre, au risque d’un scandale au fort retentissement médiatique qui ne pourrait que desservir la cause des prélèvements d’organes. »

L’affaire Tesnière

Tout ceci est parfaitement écrit. Réparer les vivants, bien sûr; mais pas à n’importe quel prix. Et pour avoir connu (et participé, via Le Monde, en 1992) à un « retentissement médiatique » de ce type (affaire Tesnière) nous pouvons témoigner de la violence tragique, dévastatrice, inhérente à ce genre d’affaire. « In fine, pour que cette évolution législative porte ses fruits, et on ne peut que l’espérer, il faut d’une part que médecins et infirmiers coordinateurs se l’approprient et apprennent à adapter leur attitude pour rassurer proches et familles et que le dialogue reste celui de l’empathie et non celui de la simple application de la loi ; d’autre part que les médias en relation avec l’Agence de la biomédecine jouent un rôle positif pour transmettre cette information sans affoler la population » conclut l’éditorialiste de la Revue du Praticien.

Au risque de le désespérer nous pensons que l’éditorialiste pèche ici, pour ce qui est des « médias », par excès d’optimisme.

A demain

Les étudiants français en médecine sont-ils gangrenés par les marchands de médicaments ?

 

Bonjour

Joli tir groupé. A la fois sur le site The Conversation : « Les facs de médecine les plus indépendantes vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique » et sur celui de la revue PLOS ONE : « Conflict of Interest Policies at French Medical Schools: Starting from the Bottom ». Le sujet est aussi repris dans Le Monde : « Prévention des conflits d’intérêts : les facs de médecine épinglées ». Où l’on apprend que l’association Formindep publie le premier classement des facultés « en fonction de leur degré d’indépendance vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques ».

Aider à progresser

C’est là une initiative originale qui devrait faire parler d’elle dans les amphithéâtres de médecine sinon chez Big Pharma. Elle s’inspire d’une opération similaire menée aux Etats-Unis en 2007. Ses auteurs ont adressé aux doyens de trente-sept facultés de médecine françaises un questionnaire (treize critères) visant à évaluer le degré de perméabilité sinon de compromission avec l’industrie des médicaments.  Le résultat est sévère pour ne pas dire lamentable. Toutes peuvent nettement mieux faire. Seules Angers et Lyon Est (Lyon 1) sortent-elle le nez de l’eau. Pour les auteurs « c’est un outil dont les étudiants doivent s’emparer au niveau local ».

 Ce travail lui-même n’est pas parfait mais il a pour but premier d’aider à progresser. Jusqu’où ? « Nous avons tout intérêt à avoir des liens avec l’industrie, à condition de mettre en place des garde-fous et d’être transparents, ce qui est le cas, aussi bien pour les contrats de recherche que pour les opérations de mécénat », explique au Monde le Pr  Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes. « Au niveau des facs, l’interaction avec les industries est très faible », assure pour sa part le Pr Jean-Luc Dubois-Randé, président de la conférence des doyens en médecine, qui se dit toutefois favorable à plus de transparence.

Court-circuiter

Une solution serait le court-circuit, la déconnexion : enseigner la thérapeutique non plus avec les noms commerciaux des médicaments mais en ne faisant référence qu’aux DCI (dénomination commune internationale). En France, il existe plus de 8.000 noms commerciaux de médicaments pour seulement 1.700 DCI.  On pouvait, en 2007, lire ceci sur le site de la Mutualité Française :

« Depuis septembre 2005, la Mutualité Française, la revue Prescrire et l’association de consommateurs UFC-Que choisir mènent une campagne d’information pour promouvoir « La DCI : le vrai nom du médicament ». Cette action s’est traduite par la publication de fiches pratiques expliquant les bonnes raisons de l’utilisation de la DCI. »

 Sept ans plus tard, où en est-on ? Que pourraient dire, sur le sujet, les enseignants, les doyens, les fabricants, les étudiants ? Sans oublier les pharmaciens.

A demain

Transparence: en 2017 chacun pourra distinguer entre le «lien d’intérêts» et la grosse ficelle

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Bonjour

Dans une France gelée, des communiqués de presse comme s’il en pleuvait. Des textes jusqu’à plus soif. Aujourd’hui Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, annonce la publication  d’un décret 1 renforçant la transparence des liens entre les « acteurs du système de santé » et les « industriels du secteur ». Qu’est-ce qu’un lien transparent ? Est-ce dire qu’on ne peut le voir et qu’à ce titre il nous est caché ? Et qu’est-ce qu’une transparence renforcée ? Est-là un synonyme d’invisibilité ? Un bon sujet pour les tables du Nouvel An.

Ah, la transparence… Comment faisions-nous avant elle ? C’est là une œuvre de longue haleine.  En juin 2014, Marisol Touraine avait inauguré la base de données publique « Transparence-Santé », accessible sur un site Internet unique : www.transparence.sante.gouv.fr. Ce site répertorie « l’ensemble des liens d’intérêts entre les entreprises qui commercialisent des produits de santé ou cosmétiques et les professionnels de santé ». Puis vint la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016. Et avec elles ces dispositions de fin d’année. Elles viennent compléter les mesures déjà engagées pour préserver l »a nécessaire confiance entre les citoyens, les usagers et les acteurs du système de santé ».

Que dit, en pratique, ce décret signé, pour Bernard Cazeneuve Premier ministre, par Marisol Touraine ?

. il étend le champ des informations relatives aux liens d’intérêts entre les industries de santé et les différents acteurs, publiées sur le site Internet www.transparence.sante.gouv.fr : les montants des conventions signées entre les acteurs du système de santé et les industriels devront être publiés ; une rubrique dédiée permettra d’accéder plus facilement aux rémunérations perçues dans le cadre de ces conventions.

. il permet de rendre public le montant des rémunérations et participations financières des personnes soumises à l’obligation de remplir une déclaration publique d’intérêts.

Marisol Touraine :

« La loi de modernisation de notre système de santé a permis de nouvelles avancées pour la transparence des liens d’intérêts dans le secteur de la santé. Après la possibilité offerte par la loi d’extraire les données issues de la base, le public pourra accéder dès le 1er avril 2017 à de nouvelles informations sur le site transparence.sante.gouv.fr. S’il faut distinguer liens d’intérêts et conflits d’intérêts, il revient à chaque internaute, chaque citoyen, de connaître en toute objectivité la nature des relations qui lient les industries de santé aux autres parties prenantes du secteur. »

Devenus transparents les liens d’intérêts ne devront pas être confondus avec les conflits. Qui aidera le citoyen à ne pas être dupes de trop grosses ficelles ? La question se posera à compter du prochain 1er avril. Nous avons trois mois pour y réfléchir.

A demain

1 « Décret n° 2016-1939 du 28 décembre 2016 relatif à la déclaration publique d’intérêts prévue à l’article L. 1451-1 du code de la santé publique et à la transparence des avantages accordés par les entreprises produisant ou commercialisant des produits à finalité sanitaire et cosmétique destinés à l’homme »

 

Autisme : ceux qui croyaient au ciel et ceux qui voudraient y croire (France Inter)

 

Bonjour

On a beau faire, faute de science dure la croyance revient à bride abattue. A l’aube c’était  France Inter qui ajoutait  ses voix à toutes celles qui nourrissent, depuis quelques jours, la polémique sur l’autisme-psychanalyse-ou-pas. Une guerre de cinquante ans et de nouvelles flambées de violence. Les vents ont tourné et ce sont désormais les analystes qui sont promis aux bûchers scientifiques.

Nouveau combat de tranchée annoncé avec Avec Florent Chapel, vice-président de la Maison de l’Autisme et Patrick Landman, adversaire du DSM-5, psychiatre et psychanalyste.  Du second on entendra qu’il n’est pas, au micro de la radio publique, en situation de conflit d’intérêts.

Mea culpa analytique

Du premier on apprendra, grâce à une auditrice, qu’il est directeur associé depuis 2008 en charge de l’ensemble des missions de conseil chez L J Corporate (Cabinet conseil en stratégie, membre du réseau international Crisis Management Network) – société très impliquée dans le monde du médicament et de la santé.  Il est aussi l’auteur, avec Sophie Le Callennec, de l’ouvrage « Autisme la grande enquête » (Editions Les Arènes, 2016).

Les vents ont tourné. Aujourd’hui c’est le psychanalyste qui accepte de battre sa coulpe. Il accepte de reconnaître l’existence d’outrances dans le passé. Pour un peu l’Opus Dei analytique aurait bel et bien sévi. On aurait bel et bien accusé des mères d’être la cause première de l’autisme de leur progéniture.  Des mères condamnées.

Le divan aux dimanches

Pour le communicant tout cela existe toujours. Il faut selon lui en finir, radicalement, avec cette diablerie qu’est la thermodynamique des inconscients. Et, dans tous les cas, ne plus financer l’approche analytique sur des deniers publics, la sortir des établissements hospitaliers, des unités de psychiatrie. C’est précisement ce qui se discutera cet après-midi à l’Assemblée nationale, sur la rive gauche de la Seine où la droite républicaine apporte le bois du bûcher. On peut le dire autrement : réserver le divan aux dimanches. Promulguer une nouvelle séparation, entre Freud et de l’Etat.

Une mère appelle. Elle dit, simplement, que la complémentarité est possible, que son enfant de onze ans est scolarisé mais que la psychanalyse l’a beaucoup aidée, elle et le père, son mari. L’analyste est satisfait. Le communicant ne l’est pas. Une autre mère l’accuse de vouloir enrégimenter, militariser les autistes. On songe à la radicalité et aux entreprises de déradicalisation.  Au retour récurrent de  la croyance, cette certitude débarrassée des preuves.

Le temps passe vite sur France Inter.Une centaine d’auditeurs au standard. Trop tard, au revoir. Voici le temps venu des tristes humoristes.

A demain