«Meilleur des Mondes» : dernières nouvelles du front de la sélection des embryons humains

Bonjour

Jusqu’où ? Et quand ? A Vienne, dans le cadre de la 35ème réunion annuelle de la Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie (ESHRE),  la firme IVI 1 a présenté « deux nouvelles études sur la sélection des embryons humains » – études « basées sur les protéines et l’oxyde présents dans les milieux de culture ». Où l’on apprend que l’assistance de l’Intelligence Artificielle pourra, chaque jour un peu plus, aider à perfectionner la sélection des embryons de notre espèce.

IVI : « Dans le domaine de la reproduction humaine, l’amélioration de la sélection embryonnaire est l’un des axes de recherche dans lequel de plus en plus de ressources est investie. Récemment, l’utilisation de l’Intelligence Artificielle pour atteindre un certain degré d’automatisation lors du choix des embryons ou dans l’exécution de l’analyse génétique a représenté une évolution significative en termes de perfectionnement de la sélection et, par conséquent, d’amélioration des résultats ». Et par conséquent, d’amélioration de l’espèce ? Pour l’heure voici ces deux études viennoises :

I Première étude : « Le profil protéiné du transfert d’embryon unique euploïde révèle des schémas différentiels entre eux ». Elle a été réalisée à la clinique IVI à Valence entre septembre 2017 et mars 2018. Taille d’échantillon : 81 cycles préparés pour le transfert d’un seul embryon (transfert simple de blastocyste – SET).

Dr Marcos Meseguer, responsable de la recherche à la clinique d’IVI de Valence. « L’importance de cette étude réside dans le fait qu’il s’agit d’embryons qui ont déjà été testés génétiquement et qui se sont avérés euploïdes. Elle a une valeur élevée étant donné qu’en dépit d’être des embryons sélectionnés génétiquement, ils ne parviennent pas tous à s’implanter. L’idée est donc d’améliorer le processus de sélection grâce à l’analyse de protéines. Dans cette étude, nous avons eu recours, en partie, à l’Intelligence Artificielle, liée avec les images que nous obtenons par l’Embryoscope et le Geri (deux modèles d’incubateurs cinématographiques), en développant une méthode qui combine des images avec la méthode de sélection des protéines. Nous avons confirmé une sécrétion significativement élevée d’IL-6 et d’IL-8 dans les embryons en croissance, en se concentrant sur le potentiel de ces molécules pendant le développement de ces embryons. La majorité des concentrations de protéines présentaient un modèle de valeurs plus élevées chez les blastocystes éclos. »

2 Seconde étude : « Profil oxydant dans les milieux de culture élevés, biomarqueur d’embryons de bonne qualité : un outil non invasif pour sélectionner l’embryon à transférer ». Elle est basée sur l’étude du milieu de culture avec le développement multiple d’embryons, situations dans lesquelles « on trouve entre 10 et 12 embryons dans la même goutte ». Objectif : analyser si le profil oxydant peut être un bon biomarqueur pour déterminer la qualité des embryons. Etude également réalisée à la clinique IVI à Valence auprès d’un échantillon de 683 embryons sur un total de 174 cycles qui ont été effectués au moyen de la fécondation in vitro (FIV), entre mai 2017 et décembre 2018

Dr Marcos Meseguer : « Nous avons procédé à l’évaluation avec tous les embryons cultivés ensemble, et avons détecté qu’il existe un profil oxydatif différent lorsque les embryons sont de bonne qualité et lorsqu’il existe des paramètres qui rendent les embryons non viables. Nous avons développé une méthode pour évaluer l’environnement dans lequel de nombreux embryons se développent. En ne développant pas d’étude individuelle, nous avons analysé l’oxydation générée comme valeur mesurable dans le milieu dans lequel les embryons sont cultivés. Plus les embryons sont actifs et de meilleure qualité, plus ils genèrent de l’oxydation dans le milieu de culture. Cela indique qu’ils seront mieux préparés pour être transférés et permettront d’assurer un taux de réussite plus élevée dans le cycle de la patiente. Au contraire, dans les critères de classification, le niveau de stress oxydatif diminuait à mesure que la qualité de l’embryon se détériorait ».

Rappelons que la réunion annuelle de l’ESHRE est la plus importante conférence européenne sur la procréation assistée. C’est l’endroit où les meilleurs professionnels du monde entier se réunissent, et où, chaque année, ils arrivent à des conclusions importantes qui tracent l’avenir dans le domaine de la reproduction. L’avenir de l’espèce humaine sur le chemin de Valence, Vienne et Londres, du Brave New World et du Humanexit. Quand ?

A demain @jynau

1 IVI se présente ainsi :  « IVI a été fondée en 1990 en tant que première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la procréation assistée. Depuis lors, elle a contribué à la naissance de plus de 160 000 bébés grâce à l’application des dernières technologies de procréation assistée. Début 2017, IVI a fusionné avec RMANJ pour devenir le plus grand groupe de procréation assistée au monde. Il compte actuellement plus de soixante-cinq cliniques dans onze pays et est le principal centre de médecine de la reproduction. https://ivi-fertilite.fr/http://www.rmanj.com/ »

Cannabis et récréation : voici la Note présentée à Emmanuel Macron et Edouard Philippe

Bonjour

Depuis vingt-quatre heures les médias généralistes ne traitent plus, ou presque, que du cannabis. Le « thérapeutique » comme le « récréatif ». Au risque d’ajouter à la confusion générale. Dans ce brouillard, un document officiel est à verser à l’épais dossier : une « Note » du « Conseil d’analyse économique » (CAE) 1. Son titre ne manque pas d’intriguer. La voici : « Cannabis : comment reprendre le contrôle ? ». Pitch :

« En dépit d’une des politiques les plus répressive d’Europe, les Français, et en particulier les mineurs, figurent parmi les plus gros consommateurs de cannabis de l’Union Européenne. Le système actuel de prohibition ne fonctionne pas : il est inapte à protéger les plus fragiles, il pèse lourdement sur les dépenses publiques et il profite au crime organisé. Dans cette nouvelle « Note du CAE », Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard explorent les réformes à entreprendre pour reprendre le contrôle de ce marché.

« En s’appuyant sur l’analyse économique et l’étude des expériences étrangères récentes, ils défendent l’idée selon laquelle la légalisation du cannabis récréatif, strictement encadrée, permet à la fois de restreindre l’accès au produit pour les plus jeunes, de lutter contre la criminalité, et de développer un secteur économique créateur d’emplois et de recettes fiscales. »

Cette « Note » a été présentée aux cabinets du Premier ministre et du Président de la république, ainsi qu’à celui du Ministre de l’Economie le 4 juin 2019. Elle a également été présentée au directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et à celui de la ministre de la Santé les 5 et 12 juin 2019. Nous sommes le 20 juin. Edouard Philippe, Christophe Castaner et Agnès Buzyn gardent un religieux silence. Pour l’heure le président Emmanuel Macron rend hommage à la mémoire, au savoir et à la carrière de Georges Pompidou (1911-1974).

A demain @jynau

1 Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique réalise, en toute indépendance, des analyses économiques pour le gouvernement et les rend publiques. Il est composé d’économistes universitaires et de chercheurs reconnus.

Attaché.e.s de presse et soupçons de conflits d’intérêts : un bel exemple à méditer

Bonjour

Mercredi, Le Canard chasse. Dans son viseur Sophie Le Quellec. Qui la connaissait ? Elle  a été nommée, le 3 juin 2019, « directrice de la communication et des relations institutionnelles » de la prestigieuse Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail. Et, en même temps, Directrice de cabinet du Directeur général de l’Agence (le scientifique Roger Genet). Elle est officiellement présentée ainsi à la presse spécialisée :

« Spécialiste des enjeux de communication associés aux sujets scientifiques et techniques d’intérêt public, Sophie Le Quellec coordonne désormais la réflexion et les actions visant à renforcer le rayonnement de l’expertise et les valeurs de l’Anses. Elle succède à Alima Marie-Malikité, nommée Directrice de la communication à Météo France.

« Ingénieur agronome, Sophie Le Quellec débute sa carrière comme chargée de communication pour la Société commerciale des potasses d’Alsace. Après une première expérience dans le conseil, en tant que directrice d’études auprès d’entreprises du secteur agricole, puis après avoir suivi un cursus de formation en communication institutionnelle au Celsa, elle rejoint en 2002 l’agence de communication et de relations publiques i&e.  Chez i&e puis Burson-Marsteller i&e, où elle évolue jusqu’au poste de directeur conseil, elle se spécialise dans le domaine de la santé et en particulier dans les sujets de santé publique, de santé environnementale ou encore d’innovation médicale

« Elle conseille et accompagne notamment l’Afsset, l’Agence de la biomédecine et le ministère en charge de l’écologie sur des orientations de communication institutionnelle, des campagnes de santé publique (don d’organes, don de gamètes) et des actions de concertation (Etats généraux de la bioéthique 2009, Assises nationales des risques naturels 2013, Rencontres nationales santé environnement 2013).

Un CV du genre à se pâmer

« En 2016, Sophie Le Quellec rejoint l’Unédic pour accompagner le développement de sa communication sur sa performance et son utilité sociale en tant que gestionnaire de l’Assurance chômage. Promue directrice de l’information et de la communication en 2017, elle s’attache à faire connaître et à mettre en valeur l’appui expert apporté par l’Unédic aux récentes phases de négociation et de concertation entre les partenaires sociaux, et entre les partenaires sociaux et l’Etat. 

« Sophie Le Quellec assure désormais la fonction de directrice de cabinet du directeur général et pilote la stratégie de communication et des relations institutionnelles de l’Anses. A ce titre, elle impulse et met en œuvre les orientations de l’Agence pour diffuser ses travaux scientifiques en appui aux politiques publiques. Elle contribue ainsi à poursuivre un dialogue continu avec l’ensemble des partenaires et parties prenantes afin de partager l’expertise scientifique de l’Anses selon ses principes d’ouverture et de transparence. »

Salaire non précisé. Au terme ce ce CV à se pâmer la nouvelle Directrice déclare :

« Soucieuse de l’utilité sociale des projets et actions que je porte, j’adhère pleinement aux engagements scientifiques et déontologiques ainsi qu’aux valeurs de transparence et de dialogue portés par l’Anses. Alimenter les débats et la décision de repères scientifiques solides, c’est essentiel pour accompagner les politiques publiques au plus près des réalités sanitaires et des questions de la société civile. »

C’est alors que Le Canard (Isabelle Barré) entre en scène. Il rapporte (« Une recrue très industrieuse ») que priée de préserver une totale indépendance vis-à-vis des lobbys, l’Anses vient d’opérer un choix qui se discute : chez i&e et Burson-Marsteller les cliens se nommaient Coca Cola, Findus, Danone, Total, Bayer et Monsanto. Et Le Canard de se souvenir que Sophie Le Quellec a participé, au début des années 2000 à une oparation de communication commanditée par un consortium d’industriel – dont Monsanto « visant à redorer le blason des OGM. « C’est, dit-elle aujourd’hui, un atout » :

« J’ai observé des points de vue très divers et je sais accueillir la complexité des sujets ». [sic ajoute le volatile]

On pourrait retourner le compliment. Dénoncer un parcours qui pourrait laisser redouter une forme de duplicité. Se morfondre de la dissolution des cohérences dans le ciel des idéologies disparues. Et après ?

A demain @jynau

L’invraisemblable affaire du malade auquel l’administration refuse le droit au pembrolizumab

Bonjour

On attend la réaction du ministère des Solidarités et de la Santé.

C’est à lire dans Nice Matin :« Atteint d’un cancer de la vessie, il ne peut pas être soigné à cause d’un incroyable problème administratif » (Nancy Cattan). Où l’on apprend que depuis trois semaines, le Dr Jérôme Barrière, oncologue à la polyclinique Saint-Jean de Cagnes-sur-Mer, « se bat comme un lion » : posts sur LinkedIn, appels insistants à la CNAM (Caisse nationale d’assurance maladie), à la DGOS (Direction générale de l’offre de soins), prise de contact avec les autres établissements de santé du territoire…

« Partout, la même réponse : vous avez raison, mais on ne peut rien faire. Inacceptable pour l’oncologue azuréen. Car, ne rien faire, c’est laisser mourir René, un habitant de Saint-Laurent-du-Var de 76 ans, atteint d’un cancer de la vessie métastatique. Laisser mourir René, alors qu’il existe un médicament, le pembrolizumab, susceptible de le sauver. »

Précision : le pembrolizumab (Keytruda® ) de MSD.

« Un médicament qui a obtenu le Graal, soit une autorisation de mise sur le marché (AMM), mais dont le prix n’a toujours pas été fixé par les instances. Pendant que la situation s’éternise, ce médicament peut légalement être utilisé, mais, faute de prix, il ne peut être facturé par les établissements de santé à la CPAM. Personne dès lors pour honorer une facture qui devrait s’élever à plus de 70.000 euros pour un an de traitement (c’est à ce prix que le pembrolizumab est commercialisé dans son autre indication, le cancer du poumon métastatique). »

Nice Matin rapporte encore que, confronté à une fin de non-recevoir administrative et « incapable d’accepter la sentence », le Dr Barrière a choisi de saisir la presse pour dénoncer une situation kafkaïenne, mais qui deviendrait, selon lui, le quotidien des oncologues. 

« M. Estève est en impasse thérapeutique. Sa maladie évolue, sa vie est en danger, mais on ne peut plus le traiter une seconde fois par chimiothérapie, ça le tuerait. Seul le pembrolizumab, une immunothérapie déjà utilisée dans le cancer du poumon, peut encore le sauver. Nous sommes tombés d’accord sur ce point en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire). La preuve scientifique de l’efficacité de cette molécule a été fournie, puisqu’elle a obtenu en 2017 son autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’indication, cancer de la vessie avec métastase. »

Le Dr Barrière envisage même une requête de référé devant le tribunal administratif. Sans y croire. Et le temps presse. Le pronostic vital de René est engagé. « Les pouvoirs publics sont incohérents, dit-il à la presse. Ils nous mettent, nous médecins, dans des situations kafkaïennes et éthiquement intolérables, avec des patients qui comprennent qu’ils ont des pertes de chance de guérison. Ne pourrait-on pas avoir une procédure de remboursement accélérée, une fois les AMM accordées ! ».

On attend la réponse des services d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain

@jynau

Sur les vaccins et l’homéopathie, Yannick Jadot sème plus d’ivraie que de bon grain

Bonjour

France Inter a (parfois) des auditeurs formidables. Ainsi, ce matin : « Guy, du côté de Toulouse », vieux militant écolo qui cette fois n’a pas voté EELV à cause des « engagements maladif »s « anti-vaccins » et « pro-homéopathie-Boiron » de Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot (et numéro 2 de sa liste). Pour Guy c’était  « devenu impossible ».

Et l’invité de France Inter Yannick Jadot, 51 ans, fonça comme un jeune taureau piqué au vif. Il a, sans nuance aucune, précisé la ligne de son parti. Au risque d’être accusé d’approximations, de contradictions, voire de mensonges. Au risque d’être catalogué (comme, depuis peu, Laurent Wauquiez) de cette nouvelle plaie : l’« insincérité ». Quelques heures plus tard Le Monde et ses « Décodeurs » corrigeaient le tir et les mots du nouveau poids lourd médiatique du paysage politique français. Extraits :

1. Michèle Rivasi a bel et bien fait circuler de fausses informations

Yannick Jadot : « Sur les vaccins, la ligne du mouvement EELV comme celle de Michèle Rivasi est très claire : nous sommes pour la vaccination. Nous défendons la vaccination comme une responsabilité individuelle et aussi comme une responsabilité collective. Il n’y a pas simplement un choix individuel, par exemple on le voit en ce moment sur la rougeole : le fait de choisir pour soi engage l’ensemble de la société. Donc nous sommes pro vaccins. »

Selon lui, il est en revanche indispensable de faire la transparence sur « le poids des lobbys pharmaceutiques dans la décision publique. (…) C’est notre seul combat ».

Le Monde : « L’écologiste Michèle Rivasi est eurodéputée depuis 2009 et a été réélue. Sa présence en deuxième place sur la liste conduite par Yannick Jadot pour la campagne de 2019 a néanmoins suscité des critiques contre le parti, notamment à cause de ses prises de position sur la vaccination. Elle y a répondu dans un communiqué publié le 12 mars, intitulé « oui aux vaccins, non aux lobbys ».

« En cela, sa position pourrait coller à la ligne « pro vaccins » prônée par Yannick Jadot sur France Inter. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas du seul impair de Michèle Rivasi sur cette question. Elle a en effet diffusé, dans des entretiens à la presse et sur son blog, un certain nombre de contre-vérités sur la vaccination, bien loin du discours du chef de file de son mouvement. Elle a par exemple : contesté la vaccination des enfants contre l’hépatite B sous le prétexte qu’il s’agirait d’une maladie exclusivement « sexuellement transmissible » (ce qui n’est pas le cas) ; dénoncé la présence de « nanoparticules métalliques dans des vaccins courants », une conclusion réfutée par l’Agence européenne des médicaments ; affirmé que « si une femme allaite son enfant, elle lui transmet les anticorps » contre la rougeole, ce qui rendrait la vaccination contre cette pathologie inutile (une affirmation réfutée par les spécialistes) ; dénoncé la présence d’aluminium dans les adjuvants de nombreux vaccins, occultant que les études menées sur le sujet n’ont pas établi un lien entre ce composé et  des troubles sur la santé. »

Pour résumer Michèle Rivasi, bras droit de Yannick Jadot,  a bel et bien contribué à faire circuler des informations erronées émanant d’opposants à la vaccination et à semer le doute à tort au sein de la population – « ce qui peut légitimement être reproché à une personnalité politique de premier plan » observe Le Monde.

2. L’homéopathie, son efficacité et ses lobbies

Yannick Jadot : « Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte…. –Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ? –L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Certes le coût des spécialités homéopathiques prescrites par des médecins est marginal : environ 0,3 % des remboursements de médicaments, en 2016  – soit environ 55 millions d’euros sur 18 milliards d’euros de prise en charge. Reste L’argumentaire de Yannick Jadot sur le fond du sujet est en revanche nettement plus surprenant : seul le « résultat » compterait. Un remboursement des médicaemnts associé à une obligation de résultats ? Rembourser dès lors que cela « participe de soigner » ? Oublier la somme des travaux qui concluent, au mieux à une efficacité équivaelnte à celle de l’effet placebo ?  

« Par ailleurs, la position de l’écologiste sur la question de l’homéopathie peut surprendre, tant elle entre en contradiction avec la ligne générale qu’il édictait quelques instants plus tôt, affirmant vouloir ‘’sortir les lobbys pharmaceutiques de la décision publique’’ » observe fort justement Le Monde.  Dans le cas de l’homéopathie, les Laboratoires Boiron sont, précisément un modèle-type de lobby pharmaceutique – défendant farouchement leurs intérêts  en remuant ciel et terre à la perspective d’un déremboursement.

« L’avis définitif de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la question, qui devrait orienter le choix de la ministre de la santé, Agnès Buzyn, est attendu pour juin » conclut Le Monde. Ce n’est pas tout à fait exact : Agnès Buzyn a publiquement expliqué qu’elle suivrait l’avis de la HAS – laissant étrangement en cela son pouvoir politique de décision (et celui du gouvernement) entre les mains de cette institution qu’elle présida. On conclura en rappelant que Mme Buzyn tenait peu ou prou, il y a un an, les mêmes propos que Yannick Jadot aujourd’hui.

C’était le 12 avril 2018. Invitée de la matinale sur RMC-BFM TV, Agnès Buzyn annonçait alors que les spécialités homéopathiques continueraient à être remboursées par l’Assurance-maladie, même si c’est «probablement un effet placebo». «Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal !».

C’est dire si l’on attend, avec un vif intérêt, la suite.

A demain

@jynau

 

Big Data et George Orwell : le Comité national d’éthique évoque la fin de la vie privée

Bonjour

29 mai 2019. Résumé du dernier avis (N°130) du Comité national d’éthique français pour les sciences de la vie et de la santé : « Les données massives en santé (Big Data) ont un impact important et croissant en permettant par leur exploitation d’importantes innovations dans le domaine de la recherche, dans la prise en charge des patients et l’organisation du système de soins. Les mutations technologiques et culturelles à l’œuvre obligent à s’interroger sur les enjeux éthiques liés au recueil des données, à leur traitement et à leur exploitation. Dans son avis 130, le CCNE dresse un état des lieux complet des données massives dans le champ de la santé, évoque leur développement potentiel et analyse les nouvelles questions éthiques que ces sujets soulèvent. Il propose 12 recommandations qu’il estime indispensables au respect des principes éthiques ».

Extrait :

« Le CCNE montre qu’une des caractéristiques des données massives relatives à la santé est d’effacer les distinctions sur lesquelles repose la mise en œuvre des principes éthiques qui fondent la protection des droits individuels dans le champ de la santé. Ainsi, la séparation s’estompe entre vie privée et vie publique par la possibilité de croiser des données sans lien les unes avec les autres, mais aussi parce que notre représentation de l’intime change.

« Le rapport entre l’individuel et le collectif évolue : l’autonomie de chacun s’accroit, mais la connaissance très précise des personnes et de leur état de santé induit le risque d’un profilage ; celui-ci met en cause la protection de la vie privée et peut aboutir à la stigmatisation de personnes ou de groupes. Celle-ci menace la vie privée, mais aussi les principes de solidarité et d’équité qui fondent notre système de santé ; soin et commerce deviennent plus difficiles à distinguer, conséquence de la transformation du soin et du marché de la santé.

« Le CCNE remarque, en outre, que la notion même de consentement libre et éclairé, exigé a priori comme assurant la protection d’une personne face à une décision la concernant, est remise en cause par les conditions mêmes d’exploitation des données massives (finalités incertaines et incompréhension, voire inaccessibilité, du processus d’analyse). La nécessité d’une protection de la personne doit être réaffirmée et ses modalités doivent être redéfinies, afin d’éloigner la menace d’une société de surveillance et de contrôle par de multiples opérateurs agissant à des fins diverses.

«  Même si le consentement reste l’un des fondements majeurs de licéité du traitement des données personnelles, le RGPD, qui se veut ferme sur ses principes mais pragmatique, prend acte de ce que cette exigence n’est pas réalisable dans tous les cas, notamment dans l’hypothèse d’une réutilisation des données ; il reconnaît comme licites d’autres modalités de protection lorsque sont poursuivies des finalités d’intérêt général.

« Le CCNE prend acte de ce passage progressif d’une volonté de contrôle exhaustif a priori par l’individu à une logique d’intervention et de contrôle a posteriori fondée sur une recherche d’intelligibilité et de responsabilisation. Cette logique exige une loyauté de comportement des responsables du traitement, une transparence de leurs processus, et la possibilité de contrôler leurs possibilités d’accès aux données et leur démarche déontologique. Le CCNE réaffirme l’importance d’une gouvernance identifiée et d’engagements qui doivent pouvoir être vérifiés. L’information précise et loyale, adaptée aux différents contextes d’utilisation, devient un critère éthique majeur. »

Où l’on retrouve le 1984 d’Eric Arthur Blair, mieux connu des services sous le nom de George Orwell. Nous y reviendrons.

A demain

@jynau

Cigarette électronique : dix ans après, l’Inserm n’est pas loin de découvrir qu’elle existe

Bonjour

« Inserm » : Institut national de la santé et de la recherche médicale. Absent du tabac, première cause de mort prématurée. Ne craint pas de s’auto-féliciter.

C’est, nous dit-il aujourd’hui,  un « record inégalé ». Comprendre qu’il a atteint l’objectif qu’il s’était lui-même fixé : « 200 000, c’est le nombre de personnes vivant en France qui ont rejoint la cohorte Constances depuis 2012. » « Un record inégalé qui fait de Constances le plus important projet de recherche d’épidémiologie et de santé publique en France, qui n’a que peu d’équivalents au niveau international. »

« Constances » ? Une entreprise qui réunit l’Inserm, la Caisse nationale d’assurance maladie, la Caisse nationale d’assurance vieillesse les universités de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et de Paris Descartes. Sans oublier des entreprises pharmaceutiques et le géant L’Oréal :

« Comme nous vous l’avons annoncé à diverses reprises, nous avons déjà des conventions avec plusieurs entreprises du médicament. Depuis début 2019 un nouveau partenariat, géré de façon transparente par Inserm Transfert (filiale de l’Inserm), a été établi avec L’Oréal Recherche & Innovation dont l’une des missions de ses chercheurs est de mieux comprendre la physiologie de la peau et des cheveux.

Bien entendu les projets soumis par L’Oréal Recherche & Innovation se dérouleront avec les mêmes exigences de qualité scientifique et de transparence que ceux provenant d’équipes d’organismes publics (…) les volontaires auront toujours la possibilité de refuser que leurs données soient utilisées pour un projet bénéficiant de financements privés. »

Objectifs de Constances : « suivre la santé des 200 000 volontaires sur le long terme afin de mieux comprendre les facteurs qui l’influencent comme l’alimentation, l’environnement, les conditions de travail, etc.

Un exemple : « association entre symptômes dépressifs et régimes végétariens » :

« Chez un peu de plus de 90 000 sujets de la cohorte Constances, les chercheurs ont retrouvé cette association pour les régimes pesco-végétariens (excluant la consommation des mammifères et des oiseaux) et lacto-ovo-végétariens (excluant également la consommation des poissons), même en tenant compte de facteurs socio-démographiques ou liés à la santé. Toutefois, cette association n’était pas présente chez les personnes consommant fréquemment des légumineuses (lentilles, pois chiches, soja, etc.) ni chez celles suivant un tel régime « pour leur santé ». Surtout, cette association avec la dépression n’était pas spécifique de l’exclusion des produits animaux mais observée avec n’importe quel groupe alimentaire. Par exemple, un régime pauvre en légumes était associé avec une augmentation de la probabilité de dépression deux fois plus importante qu’un régime pauvre en viande. »

Attention : « Ces résultats ne peuvent affirmer une relation de cause à effet. Tout au plus suggèrent-ils que la dépression est associée à une tendance à restreindre la variété des aliments consommés, quels que soient ces aliments ».

Benzodiazépines : consommation chronique et stress au travail

Les benzodiazépines sont les médicaments les plus prescrits au monde en raison de leurs effets anxiolytiques. Pourtant leurs indications sont limitées et il n’est pas recommandé de les utiliser de façon prolongée à cause du risque de dépendance et de nombreux effets indésirables. Les chercheurs ont étudié les associations entre le stress au travail, mesuré à l’aide d’une échelle validée internationalement, et le risque d’usage chronique de benzodiazépines. A partir d’un échantillon de plus de 30 000 actifs inclus dans la cohorte Constances entre 2012 et 2014, et n’ayant pas d’antécédent récent d’usage chronique de benzodiazépines, les chercheurs ont calculé le risque d’apparition d’usage chronique au cours d’un suivi de deux ans. Et ils ont trouvé que le stress au travail était associé à un risque accru d’usage chronique de benzodiazépines et que ce risque augmentait en fonction de l’intensité du stress au travail. Le risque d’usage chronique de benzodiazépines était au moins multiplié par 2 pour les sujets les plus stressés. »

 Cigarette électronique efficace pour réduire le tabagisme à long terme ?

Pas de publication scientifique ici. Mais on apprend qu’à l’occasion de la 6e journée scientifique « Constances et Gazel » organise le 23 mai à Paris, les chercheurs ont présenté les derniers résultats …. parmi les quatre-vingt projets en cours. Cette étude porte sur 5400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs de Constances (2012-2016 ; arrêt du tabac à partir de 2010, année de mise en vente de la cigarette électronique en France).

« Au total, 15% des fumeurs et environ 9% des ex-fumeurs déclaraient vapoter au moment où ils étaient interrogés. Au cours d’une période moyenne de suivi  de deux ans, les fumeurs utilisant la cigarette électronique ont plus réduit leur niveau de tabagisme que les non-utilisateurs (réduction de 4,4 cigarettes/j à. 2,7 cigarettes/j). De plus, 40% se sont arrêté de fumer pendant le suivi, contre 25% des fumeurs qui n’utilisaient pas la cigarette électronique. Cependant, les ex-fumeurs utilisant la cigarette électronique avaient une plus forte probabilité de refumer que les non-vapoteurs (31 vs. 16%). »

Conclusion : « la cigarette électronique permet aux fumeurs de réduire leur niveau de tabagisme ou d’arrêter de fumer, mais cet arrêt ne semble pas toujours durable, il est donc nécessaire de surveiller de près les personnes qui vapotent et conseiller l’arrêt complet du tabac pour limiter le risque de rechute. »

Nous sommes dix ans après. Nous en restons bouche bée.

A demain

@jynau