Rugby et violences : les obsèques de Louis Fajfrowski, 21 ans – le silence de cinq présidents

Bonjour

Vendredi 17 août 2018. Près de 400 personnes ont, en l’église Saint-Jacques de Fabrègues (Hérault), assisé aux obsèques de Louis Fajfrowski, un jeune rugbyman d’Aurillac (Pro D2) mort vendredi 10 août à l’âge de 21 ans -lors d’un match amical contre Rodez (Férérale 1). Un match d’été, pour le plaisir de s’affûter.

Fabrègues, situé la périphérie de Montpellier, village natal du jeune joueur. Les médias rappellent qu’il est mort à la suite d’un un plaquage thoracique jugé « régulier » par tous les observateurs. Régulier ou pas l’affaire fait grand bruit dans les milieux de l’Ovalie – et bien au-delà. Les médias :

« Vers 14 h 30, la cérémonie religieuse a débuté en présence de la famille et des proches du jeune homme, ainsi que des joueurs des clubs d’Aurillac, de Saint-Jean-de-Védas, le premier club de Fajfrowski, et de Montpellier, parmi lesquels Fulgence Ouedraogo, Kelian Galletier et Yvan Reilhac.

« Bernard Laporte, le président de la Fédération française de rugby, Serge Simon, le vice-président, Mohed Altrad, le président du MHR, de même que Robins Tchale-Watchou, président du syndicat des joueurs de rugby professionnels, et Paul Goze, le président de la Ligue nationale de rugby, étaient également présents. »

Dans un éditorial publié lundi 13 août et titré « La nausée », Midi olympique, dénonce le fait que ce sport soit « de plus en plus destructeur », qu’il mette  « ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse ».

Pour le Midi Olypique, comme de nombreux amateurs et observateurs il y a désormais urgence : modifier les règles pour réduire les risques de l’affrontement physique, revenir à l’art de l’évitement et augmenter ainsi la beauté de ce jeu incomparable.

La question est désormais ouvertement posée à Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, au Dr Serge Simon, le vice-président, à Mohed Altrad, président du MHR, à Robins Tchale-Watchou, président du syndicat des joueurs de rugby professionnels. Sans oublier Paul Goze, le président de la Ligue nationale de rugby.

Il y a urgence. Quand parleront-ils ?

A demain

PS On apprend que Bernard Laporte, ancien secrétaire d’Etat chargé des Sports (2007-2009) et actuel président de la Fédération française de rugby (FFR) « interviendra » dans la nouvelle émission de l’humoriste Cyril Hanouna sur C8. Il y « commentera l’actualité ».

« Ancien manager du club de Toulon (2011-2016) Bernard Laporte animait une émission, Direct Laporte, le lundi et le dimanche sur RMC lorsqu’il a été élu président de la FFR fin 2016, rappellent l’AFP et 20 minutes. A contre-coeur, d’autant qu’il s’était engagé à ne pas être rémunéré par la FFR, il avait alors renoncé à cette activité afin d’éviter d’être accusé d’un conflit d’intérêts avec un grand groupe de médias. . La chaîne C8 fait partie du groupe Canal+, diffuseur exclusif du Top 14. »

 

 

 

Yves Lévy, PDG de l’Inserm jette l’éponge : le conflit d’intérêts n’avait que trop duré

Bonjour

Il aura donc fallu attendre plus d’un an. La question avait été publiquement soulevée dans la presse en mai 2017, au lendemain de la nomimation d’Agnès Buzyn au poste de ministre des Solidarité et de la santé. « Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait, jésuitiquement, La Croix (Pierre Bienvault).

« La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Institut national de la santé et la recherche médicale (Inserm). Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Agnès Buzyn, hier encore présidente du Collège de la Haute Autorité de santé (HAS) affirmait alors que la question serait vite réglée. Elle ajoutait aussi que son mari sera maintenu dans ses fonctions.  « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Solution bigrement bancale

Régler sans larmes ce conflit d’intérêts ? On pouvait imaginer le « déport systématique » – une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon) et qui permet de sauver les apparences pour ne pas être à la fois juge et partie. Difficile. « Pour un ministre de la Santé, l’Inserm n’est pas un domaine occasionnel, mais un sujet d’activité quasi quotidien » observait Le Monde (François Béguin, Paul Benkimoun).

Une piste, selon La Croix : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles. Un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la cotutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche.

Ce fut la solution, légale mais bigrement bancale, qui fut alors retenue. Puis le problème fut de nouveau posé, cette année, avec le processus de désignation du nouveau PDG de l’Inserm. M. Lévy allait-il demander à prendre la succession de lui-même pour un nouveau mandat de quatre ans le conduisant à la fin du quinquennat ?

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, expliquait, en avril dernier Anne-Sophie Mercier dans Le Canard Enchaîné. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emporterait ? Des rumeurs donnaient Agnès Buzyn perdante.

Les rumeurs ont gagné et le Palais de l’Elysée vient de trancher. M. Lévy « reste en charge de l’intérim à la tête de l’Inserm » viennent de faire savoir, dans un communiqué les services du Premier ministre. Ajoutant un savoureux : « le processus de recrutement du PDG de l’Inserm sera relancé dans les prochaines semaines ».

Autres fonctions

« Ce processus avait pourtant déjà commencé, puisque des candidats avaient été entendus le 21 juin à huis clos par une commission ad hoc » précise l’AFP. Qui traduit : le Pr Yves Lévy, mari de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, a retiré sa candidature pour un nouveau mandat à la tête de l’Inserm, organisme public de recherche médicale. L’Inserm indique dans un communiqué que M. Lévy avait « adressé ce jour à l’ensemble des personnels de l’Inserm un message expliquant sa décision ». Message encore tenu secret.

La suite est sans surprise, qui enfonce toutefois le clou. « Le gouvernement prend acte » de sa décision « de retirer sa candidature à un renouvellement à la présidence de l’Inserm ». Le gouvernement rappelle que « l’ensemble des procédures permettant d’éviter tout conflit d’intérêt entre l’Inserm et la ministre des Solidarités et de la Santé ont été mises en oeuvre de façon continue depuis mai 2017 ».

Les noms des candidats à la succession de M. Lévy n’ont pas été révélés et ce « conformément à la réglementation, pour permettre d’attirer les meilleurs postulants » (sic). Seuls deux ont choisi de rendre publique leur candidature : Jessica Zucman-Rossi (Inserm, université Paris-Descartes) et Philippe Froguel (CNRS, université de Lille et Imperial College de Londres).

Quant aux services du Premier ministre, ils précisent que M. Lévy, 60 ans, « sera prochainement appelé à d’autres fonctions ». Qui en aurait douté ?

A demain

Conflits d’intérêts :  le Comité national d’éthique est publiquement accusé de partialité

Bonjour

Il faudra, mardi 5 juin 2018, être à la Maison de la Chimie, à Paris. Objet : découvrir le « rapport de synthèse » des États Généraux de la Bioéthique qui, alors, sera présenté à la presse par des membres du Comité consultatif national d’éthique. Peu après des membres du « Comité Citoyen » présenteront les « Opinions » émises par ce dernier.

S’ils ont lu, sous la plume du biologiste Jacques Testart et de la juriste Marie-Angèle Hermitte la tribune publiée il y a peu dans Le Figaro les journalistes présents pourront poser quelques questions piquantes : les deux auteurs  s’interrogent, avec pertinence, sur « la fiabilité et l’intérêt » des consultations organisées dans le cadre de ces États Généraux. Ils reprochent en substance au CCNE d’être à la fois juge et partie. Une accusation d’une paticulière gravité quand il vise cette institution généralement tenue, dans les médias, pour être au-dessus de tout soupçon. Résumons leur propos qui, déjà, jette le trouble sur la qualité du programme annoncé.

Quoi de plus beau, en théorie, que la « démocratie participative » ? De plus séduisant que la révision, à échéances démocratiquement fixées, du texte de loi qui encadre les pratiques ayant à voir avec la « morale en marche » ? C’est dans ce cadre que la loi de 2011 relative à la bioéthique fut à l’origine « Etats Généraux » qui, sept ans plus tard, viennent de s’achever. Des « Etats Généraux » modestement intitulés : « Quel monde voulons-nous pour demain ? ».

« L’entre-soi »

On lira, dans Le Figaro, les chapitres du réquisitoire signé Testart – Hermitte. Avec d’emblée cette question qui, une nouvelle fois, nous ramène à celle, consanguine et anti-démocratique de « l’entre-soi ». Ou, si l’on veut, du novlangue d’Orwell. Décrypter, en somme, les dysfonctionnements et les maquillages inhérents au « web », aux « débats publics » et autres « auditions ». Ne pas se laisser berner par les chiffres (« 29 000 personnes ont participé à une discussion sur le web et posté 64 985 ‘’contributions’’ », « 250 débats en région », « autour de 150 auditions » etc.). Hermitte et Testart :

« Les données recueillies seront en général pauvres en termes d’innovation de choix politiques du fait de l’absence de temps de délibération collective et de confrontations créatrices. Une fois obtenues, qu’en faire? La loi de 2011 a prévu un «rapport de synthèse», exercice difficile, et a eu tort de le confier au CCNE qui, commanditaire de l’exercice, ne doit pas être à la manette pour les conclusions. Il ne saurait malgré ses efforts être «objectif», ayant déjà rendu des avis sur la plupart des thèmes abordés.

«  Des doutes sur la validité et l’honnêteté du processus sont vite apparus, même s’ils ont été exprimés de manière sommaire. Certains journalistes ont pointé la mobilisation de la «Manif pour tous» accaparant les débats publics pour s’opposer à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes ; mais ils ont oublié de mentionner la mobilisation des pro-PMA et GPA, sur Internet, dans les médias et dans les auditions. »

Faut-il rappeler, comme nous l’avions fait il y a peu sur ce blog, que Didier Sicard, ancien président de CCNE, s’est inquiété de la diabolisation dont sont victimes les opposants à cette ouverture de la loi, traités de «réacs, d’obscurantistes ou désignés comme croyants… accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires ».

Le passage fort du réquisitoire signé Hermitte-Testart :

« Lorsque le CCNE remettra le 4 juin son rapport de synthèse à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPCEST), lequel préparera la discussion parlementaire, les groupes d’intérêts institutionnels auront été largement représentés et vont presque tous dans le même sens: ouverture des recherches sur l’embryon ; sélection élargie des embryons in vitro dans un contexte où le transhumanisme a le vent en poupe ; AMP hors stérilité ; indifférence à la manière dont sera gérée la pénurie du sperme, avec possibilité d’ouverture à la rémunération des donneurs (et ensuite au don du sang, des organes?). Les mêmes acteurs, et d’autres, prônent l’ouverture de l’AMP aux femmes seules, ce qui prive l’enfant non seulement d’un père mais d’une lignée entière, alors que l’ouverture aux couples de femmes, déjà problématique, donne au moins deux lignées parentales à l’enfant. »

Ne retenir qu’une seule phrase ? Celle-ci : « Le principe cardinal d’indisponibilité des éléments du corps humain est de plus en plus écarté au profit du désir des personnes mais aussi de la possibilité de vendre ou louer ces éléments ».

Il faudra, mardi 5 juin 2018, être à la Maison de la Chimie, à Paris. 14 heures.

 

A demain

 

Christine Angot et «On n’est pas couchés» sont attaqués par la Société des soins palliatifs

 

Bonjour

C’est une polémique naissante et sans précédent. Dans un communiqué de presse non dénué de virulence,  la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) 1 réagit avec virulence après avoir visionné deux émissions télévisées diffusées par deux chaînes publiques.

1 Le 23 mai 2018, l‘émission « Le monde en face » (France 5) a diffusé dans des conditions préoccupantes un reportage, intitulé « Fin de vie, le dernier exil », suivi d’un débat. animé par Marina Carrère d’Encausse – elle-même publiquement favorable à l’euthanasie affirme la SFAP. Ce débat opposait  trois personnes favorables au suicide assisté à un cadre de santé en unité de soins palliatifs, adhérent de la SFAP. « Non seulement le débat était fortement orienté, les propos de ce dernier étaient les seuls à être remis en cause – de façon systématique – mais, en cours de débat, l’animatrice est allée jusqu’à indiquer se faire « le porte-parole » de ces trois intervenants » peut-on lire dans ce communiqué.

« En outre, au cours du reportage, comme du débat qui s’en est suivi, un médecin et deux soignantes ont affirmé face caméra pratiquer régulièrement, en France, des suicides assistés alors même que cette pratique est illégale, ajoute la SFAP. Il est stupéfiant que l’on puisse revendiquer la pratique d’activités illégales impliquant la mort de personnes et parfaitement inadmissible que ces pratiques illégales soient présentées sous un jour favorable, de surcroît sur une chaîne du service public. »

2 Le 21 avril 2018, dans l’émission « On n’est pas couchés » (France 2), l’écrivaine Christine Angot « a tenu des propos gravement diffamatoires à l’encontre des bénévoles en soins palliatifs ».

Pour la SFAP il n’est tout simplement pas acceptable que les solutions de pointe développées en France à travers les soins palliatifs soient pratiquement ignorées – « quand ses acteurs ne sont pas tout simplement dénigrés voire mis en accusation, alors qu’ils consacrent leurs vies à soulager les souffrances des patients ».

On sait que le débat, en France, est sans cesse médiatiquement relancé quant à une éventuelle légalisation de l’injection létale et du suicide assisté. Audiences assurées. « C’est un débat citoyen crucial qui met en jeu la vie et la mort de chacun. Un tel débat ne peut se tenir valablement sans que soit respecté un minimum d’impartialité et de pluralisme » rappelle, fort justement la SFAP. C’est pourquoi elle « saisira le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel afin qu’il statue sur cette situation ».

Soyons clairs : aucune illusion à avoir quant à l’action à venir d’on ne sait quel CSA… Pour autant est-il, véritablement, impossible d’espérer entendre, sur un tel sujet, une autre voix : celle d’un service public qui, loin d’attiser les passions, aiderait  équitablement le citoyen à se forger une opinion grâce aux deniers de la collectivité ? L’avenir télévisuel français se réduit-il, désormais, à « On n’est pas couchés » ?

A demain
1 Créée en 1990, la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs  est une association reconnue d’utilité publique qui fédère 10.000 soignants et 6.000 bénévoles engagés dans les soins palliatifs. Elle rassemble environ 350 associations françaises d’accompagnement.

Conflits d’intérêts : Agnès Buzyn va-t-elle pouvoir encore conserver la tutelle de son mari ?

Bonjour

L’affaire avait été publiquement évoquée dès sa nomination : comment Agnès Buzyn, 55 ans, ministre des Solidarités et de la Santé pourrait-elle traiter des dossiers relatifs à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dirigée par Yves Lévy, 60 ans, son mari ?

« Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait il y a un an, sans naïveté, La Croix (Pierre Bienvault). « La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé, expliquait le quotidien catholique. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Inserm. Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Il y a un an Agnès Buzyn  assurait que la question sera vite réglée et que, en même temps, son mari serait maintenu dans ses fonctions. « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Pour régler ce conflit d’intérêt une solution :  le « déport systématique », du verbe déporter dans son acception se désisterse départir. C’est une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon). Le cas le plus fréquent, connu de Mme Buzyn, est celui des médecins experts consultants  pour des laboratoires pharmaceutiques. Le cas échéant ils doivent (désormais) quitter la salle pour ne pas être juge et partie. Mais imagine-t-on raisonnablement une telle procédure pour une ministre ayant une tutelle continue sur son mari ?

Visiteuse du soir de Marisol Touraine

La Croix avait touvé une piste : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles (signé Jean-Marc Ayrault). Schématiquement : un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la co-tutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche. Ce qui fut fait.

Un an plus tard, réémergence de l’affaire dans les colonnes du Canard Enchaîné daté de ce 18 avril 2018. Page 7 dans le toujours savoureux portrait « Prises de Bec » signé Anne-Sophie Mercier . Aujourd’hui : « Agnès Buzyn : Soldate du peu ». On en apprend un peu plus sur les raisons véritables qui conduisirent cette hématologue hospitalo-universitaire à quitter le service du sacro-saint hôpital Necker-Enfants malades où tout ou presque était réuni pour qu’elle fasse carrière. « Elle a longtemps été une visiteuse du soir de Marisol Touraine au ministère de la Santé confie au volatile un ‘’haut fonctionnaire’’ anonyme. Elle ne s’en vante pas parce que Touraine était cassante et pas très populaire. »

Le Canard revient aussi sur l’affaire de la situation de conflit d’intérêts officiellement déjouée. « Imaginer que la recherche médicale puisse être déconnectée du ministère de la Santé c’est du foutage de gueule » a expliqué à l’auteure du portrait un « ponte de l’Inserm » ; un ponte qui, avec quelques collègues, parle de « l’arrogance » de son PDG.

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, explique Anne-Sophie Mercier. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emportera dans cet éclairant dossier ? Des rumeurs donnent Agnès Buzyn perdante. Le verdict élyséen ne saurait tarder.

A demain

Baclofène – nalmefène : la Société française d’alcoologie accusée de conflits d’intérêts

Bonjour

L’affaire couvait de longue date. Elle éclate. Et c’est un nouveau rebondissement dans l’affaire, spécifiquement française, du baclofène. Pour l’heure c’est un communiqué signé des présidents de trois associations pro-baclofène dans le traitement de la dépendance à l’alcool 1. Un communiqué auquel sont joints des documents. Un communiqué qui ne pourra pas rester sans réponses.

Cette initiative sans précédent fait suite au document que viennent de signer et de rendre public les Prs Mickael Naassila et François Paille, respectivement président et président d’honneur de la Société française d’alcoologie (SFA) : une revue de la littérature sur le baclofène dans le mésusage de l’alcool.

Impartialité

« Cette étude approximative occulte de nombreuses données, en particulier celles d’essais favorables au baclofène, dénoncent aujourd’hui les trois associations.  Ces deux universitaires en appellent à un examen scientifique et serein de la question. En effet, c’est cela qui importe. La SFA et ses responsables sont-ils les mieux placés pour le faire ? Non, si on en croit leur travail lacunaire. Mais, ce n’est pas tout. » Ils ajoutent ceci :

« Il faut s’interroger sur la partialité de la SFA, en particulier celle des deux auteurs de ce communiqué. En effet, comme le montrent les documents que nous révélons aujourd’hui 2 , la SFA et ses administrateurs ont reçu pendant plusieurs années des sommes importantes du laboratoire Lundbeck, qui commercialise le nalmefène, un concurrent direct du baclofène.

« De plus, la SFA s’est livrée en 2014 à la rédaction de recommandations favorables au nalmefène. Ces recommandations ont été largement subventionnées par le laboratoire Lundbeck. Nous demandons que les sommes touchées par la SFA et ses administrateurs au cours des dix dernières années soient intégralement rendues publiques, dans un esprit de transparence. Jusqu’à maintenant, ils se sont refusés à le faire, malgré les demandes qui leur ont été adressées. »

Intolérable

Ces trois associations demandent que la publication des recommandations de la SFA sur le mésusage de l’alcool soit rétractée « car l’ampleur des liens d’intérêts avec le laboratoire Lundbeck a été camouflée ». « De plus, cette publication fait état d’un soutien financier de la Direction générale de la Santé, ce qui est inexact, comme l’a affirmé le directeur général de la santé lui-même, ajoutent-il. Les auteurs des recommandations de la SFA prétendent avoir suivi les règles de la Haute Autorité de santé en matière de recommandations sur bon usage des médicaments, ce qui est également faux. »

« Il n’est pas tolérable qu’une société savante et des chercheurs s’érigent en arbitres, alors qu’ils sont en conflits d’intérêts, concluent-ils. Nous demandons que le ministère des solidarités et de la santé ainsi que les autorités universitaires diligentent des enquêtes sur cette inconduite scientifique manifeste. » Il n’est pas impossible que le sujet intéresse un ou plusieurs journalistes d’investigation.

A demain

 1 Sylvie Imbert, présidente de l’association Baclofène, Samuel Blaise, président de l’association Olivier Ameisen ; Dr Patrick de la Selle, président de l’association Resab

2 Ces documents sont accessibles à l’adresse suivante : « La Société française d’alcoologie vendue à l’industrie pharmaceutique ? »

Nouveau : pour savoir si vous êtes empathique, donnez votre salive à « 23andMe »

Bonjour

Tombons-nous ici le yeux grands ouverts dans le piège du réductionnisme ? Soit une publication de Translational Psychiatry (12 mars 2018) : « Genome-wide analyses of self-reported empathy: correlations with autism, schizophrenia, and anorexia nervosa » – un travail relayé par le service de presse de l’Institut Pasteur : « les gènes jouent un rôle dans l’empathie ». Un travail académique 1 où l’on retrouve toutefois, étrangement, la société 23andMe qui aura fourni une fraction d’un trésor génétique qui lui a été gracieusement offert et avec lequel elle a fait de solide bénéfices. On espère que la question des conflit d’intérêts a été minutuesement étudiées 2.

Où l’on s’attaque à la question de l’empathie via sa face nord : génétique. Empathie : « Composé du préfixe grec em-, de en, « dans », et de -pathie, d’après sympathie. Capacité de s’identifier à autrui, d’éprouver ce qu’il éprouve ». Une vieille histoire déjà aux confins de la religion, de la philosophie, de la psychanalyse et des neurosciences. Au carrefour de la sympathie, de la compassion, de l’altruisme voire de la contagion émotionnelle . On attendait la génétique : la voici donc.

46.861 clients et autant de salives

L’étude a été menée par des chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’Institut Pasteur, de l’université Paris Diderot, du CNRS et, donc, de la société de génétique 23andMe. Au final « elle suggère que notre empathie n’est pas seulement le résultat de notre éducation et de notre expérience, mais aussi en partie influencée par les variations génétiques ». Voici la définition  donnée de l’objet :

« Jouant un rôle clé dans les relations humaines, l’empathie est à la fois la faculté de reconnaître les pensées et les sentiments d’autrui, et celle d’y apporter une réponse émotionnelle adaptée. Dans le premier cas, on parle d’«empathie cognitive », et dans le second, d’« empathie affective ». »

Un rappel : il y a quatorze ans, une équipe de scientifiques de l’Université de Cambridge mettait au point le Quotient d’Empathie ou EQ, une brève mesure d’auto-évaluation de l’empathie. Grâce à ce test (qui propose de mesurer les deux types d’empathie) les chercheurs ont montré que certains d’entre nous sont « plus empathiques que d’autres » – et que les femmes (en moyenne) sont légèrement plus empathiques que les hommes. Les autistes, quant à eux, rencontrent en moyenne des difficultés avec l’empathie cognitive, même lorsque leur empathie affective reste intacte.

La nouveauté : l’équipe de Cambridge (Pr Simon Baron-Cohen),  l’Institut Pasteur, l’université Paris Diderot, le CNRS (Pr Thomas Bourgeron) et 23andMe, « rapportent les résultats de la plus grande étude génétique menée sur l’empathie, utilisant les données de plus de 46 000 clients [sic] de la société 23andMe. Ces personnes ont toutes complété en ligne le questionnaire EQ et fourni un échantillon de salive pour analyse génétique ».

En pratique : notre empathie est en partie (« au moins un dixième) génétique. Les auteurs du travail nous rassurent : les femmes sont en moyenne plus empathiques que les hommes. « Cependant, cette variation n’est pas due à notre ADN car aucune différence n’a été observée dans les gènes qui contribuent à l’empathie chez les hommes et les femmes, reconnaissent les chercheurs. Par conséquent, la différence d’empathie entre les sexes est le résultat d’autres facteurs, tels que la socialisation, ou de facteurs biologiques non génétiques tels que les influences hormonales prénatales, qui diffèrent également entre les sexes. »

Equation génétique de la prédestination

Les chercheurs observnt aussi que les variants génétiques « associés à une plus faible empathie » sont également associés à un risque plus élevé d’autisme. D’autres entités psychiatiques pourraient être concernées. « Nous franchissons une étape majeure dans la compréhension du rôle joué par la génétique dans l’empathie. Si les gènes n’expliquent qu’un dixième de la variation du degré d’empathie entre les individus, les facteurs non génétiques sont aussi essentiels » affirme Varun Warrier (étudiant en doctorat à l’Université de Cambridge, premier auteur.

Pour le Pr Bourgeron responsable de l’unité  de Génétique humaine et fonctions cognitives, à l’Institut Pasteur, ces résultats offrent « un éclairage neuf et passionnant sur les influences génétiques sous-tendant l’empathie ». « Individuellement chaque gène joue un petit rôle et il est donc difficile de les identifier. La prochaine étape consistera donc à étudier un nombre encore plus grand de personnes afin de répliquer ces découvertes et d’identifier les voies biologiques associées aux différences individuelles en matière d’empathie » dit-il. Parions que 23andMe sera au rendez-vous de la science et du commerce.

Reste aussi, désormais, à travailler les dimensions génétiques du libre arbitre et de la prédestination.

A demain

1 Cette étude a reçu le soutien de l’Autism Research Trust (www.autismresearchtrust.org) et de la Templeton World Charity Foundation (TWCF), Inc. Elle a également bénéficié du soutien du Conseil de la recherche médicale, du Wellcome Trust, de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Université Paris-Diderot, de la Fondation Bettencourt-Schueller, du Cambridge Commonwealth Trust et du St John’s College de l’Université de Cambridge. Elle a été menée en association avec l’Institut national pour la recherche en santé (NIHR) Collaboration pour le leadership en recherche appliquée et soins (CLAHRC) du Cambridgeshire & Peterborough NHS Foundation Trust, l’Institut national de recherche sur le génome humain (NHGRI) des Instituts nationaux de santé (NIH) et la Fondation américaine des sciences.

2 Extrait de la publication : « Research participants were drawn from the customer base of 23andMe, Inc., a personal genetics company, and are described in detail elsewhere. There were 46,861 participants (24,543 females and 22,318 males). All participants included in the analyses provided informed consent and answered surveys online according to a human subjects research protocol, which was reviewed and approved by Ethical & Independent Review Services, an AAHRPP (The Association for the Accreditation of Human Research Protection Programs, Inc.)-accredited private institutional review board (http://www.eandireview.com). «