Conflits d’intérêts et cholestérol  : la Haute Autorité de Santé reconnaît sa relative légèreté

Bonjour

C’est un petit événement dans le monde de la quête de la transparence et de la lutte contre les conflits d’intérêts masqués. La Haute Autorité de Santé (HAS) vient d’annoncer qu’elle « abrogeait sa recommandation sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies ». Une décision prise « face au doute sur l’impartialité de certains de ses experts ». Une première.

Nous avions rapporté le 22 octobre dernier les principaux éléments de ce dossier : « Conflits d’intérêts et cholestérol : des experts de la HAS visés par une action anticorruption ». On apprenait alors que l’association Anticor avait déposé plainte au tribunal de grande instance de Bobigny pour prise illégale d’intérêt contre un groupe d’experts travaillant au service la Haute autorité de santé (HAS). Anticor (« contre la corruption, pour l’éthique en politique ») accusait ces experts d’avoir, en élaborant une recommandation publiée en 2017 sur les dyslipidémies, d’ inciter à la prescription de certains médicaments alors même que des liens financiers les unissent à des entreprises qui les fabriquent. Une affaire qui, de manière indirecte, pouvait concerner Agnès Buzyn, ancienne présidente de la HAS.

Déontologie

Aujourd’hui, au vu du recours devant le Conseil d’État de l’association Formindep demandant son abrogation, la HAS dit « avoir constaté qu’elle n’avait pas eu à l’époque connaissance de l’ensemble des liens d’intérêts de certains des experts ». Et le « non-respect des règles déontologiques de l’institution conduit à abroger cette recommandation ».

On sait que cette Haute Autorité de Santé est chargée d’élaborer des recommandations de bonne pratique pour les professionnels de santé, contribuant ainsi à la régulation des pratiques médicales. A ce titre elle est « garante de la rigueur scientifique de ses recommandations, lesquelles s’appuient notamment sur l’impartialité de ses experts ». C’est précisément pourquoi « elle s’est dotée de règles méthodologiques et déontologiques qu’elle actualise régulièrement pour tenir compte des nouveaux outils disponibles pour la transparence et la prévention des conflits d’intérêts ».

Dès lors comment comprendre ? Voici l’explication :

La recommandation publiée en mars 2017 sur les stratégies de prise en charge des principales dyslipidémies a été élaborée selon les règles déontologiques en vigueur : les membres du groupe de travail ont été sélectionnés à l’automne 2015 et en janvier 2016 après analyse par les services de la HAS de leur déclaration publique d’intérêts (DPI). Or ce ne serait qu’à l’occasion du recours de l’association Formindep devant le Conseil d’État « que la HAS a pris connaissance, sur la base de données transparence-santé alimentée par les déclarations des entreprises, de l’existence de liens qui n’avaient pas été renseignés par certains experts dans leur déclaration publique d’intérêts ». « Elle a également été informée qu’une plainte pour prise illégale d’intérêts avait été déposée contre eux ».

Transparence-santé

Et maintenant ?  La justice pénale devra déterminer avec précision s’il y a eu des omissions volontaires. Mais d’ores et déjà «  la distorsion d’informations présentes dans les DPI et sur la base transparence-santé entraîne un doute sur l’impartialité des experts qui ont participé à l’élaboration de la recommandation sur les dyslipidémies ». « C’est la raison pour laquelle la HAS décide de l’abroger et d’initier au plus vite un nouveau travail afin de fournir aux professionnels de santé une recommandation élaborée en toute impartialité fondée sur les dernières données de la science. »

Pour finir la HAS émet un vœu : elle souhaiterait « disposer des données en temps réel sur la base transparence-santé pour que l’analyse des liens au moment de la constitution des groupes de travail soit la plus précise possible ». Comment imaginer que ce vœu ne soit pas, au plus vite, exaucé ?

A demain

@jynau

 

Ethique sans frontières : un médecin français peut-il euthanasier en Belgique ?

Bonjour

Plus jamais de repos dominicaux ?  C’est une information de La Croix (Loup Besmond de Senneville). Le Conseil national de l’Ordre des médecins français se prononcera bientôt sur une question d’une particulière originalité : un médecin français est-il libre d’adresser (certains de) ses patients en Belgique (dans une  »maison de repos ») afin de pouvoir librement, ensuite, les euthanasier ? On connaît des sujets géo-éthiques moins compliqués.

C’est pourtant bien la question dont vient de se saisir, jeudi 8 novembre, le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). « C’est une question qui est à l’ordre du jour de notre réflexion » , a confié à La Croix le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du Cnom. » Pourquoi à La Croix ? On ne le saura pas. En écho, La Croix, dans sa sagesse :

« Disons-le d’emblée : la question est pour l’instant purement théorique, et l’Ordre ne recense aucun médecin français exerçant de telles pratiques. Mais c’est un texte publié fin octobre en Belgique qui a poussé l’instance médicale française à engager la réflexion. Le Comité consultatif d’éthique de Belgique a en effet publié le 22 octobre un avis sur cette épineuse question.

« Dix-huit mois auparavant, il avait en effet été saisi par le ministre wallon de la santé, à la suite d’« un cas concret, qui lui a été signalé par ses services » : « Un médecin établi en France peut-il venir en Belgique avec son patient et le faire admettre dans un centre de court séjour belge ou dans une maison de repos et de soins belge afin de l’y euthanasier, à sa demande ? »

Et La Croix de nous expliquer que, dans un texte de trois pages, les experts du Comité d’éthique belge font état de leurs divisions. Les uns affichent leurs réticences, affirmant qu’un tel cas poserait « de sérieuses questions »« Le fait d’envoyer [dans un centre de repos belge] un patient dans le seul but d’y pratiquer une euthanasie ne correspond pas aux objectifs poursuivis par ces centres. » De même, craignent-ils encore, « l’acceptation occasionnellement donnée dans ces centres ouvre la porte à une pratique qui pourrait rapidement devenir une habitude ».

Assurance maladie, démocratie et euthanasie

A l’opposé d’autres estiment au contraire « qu’il n’y a aucun inconvénient éthique à ce qu’un médecin, de nationalité belge ou non, autorisé à exercer en Belgique, pratique en Belgique une euthanasie dans les conditions prévues par la loi ». Reste la dimension financière – sur laquelle rien ne nous est dit. Qu’en dira notre Assurance Maladie ?

 Faudrait-il, ici,  rappeler que chez nos amis vivant de l’autre côté de la minuscule bourgade de Quiévrain la pratique de l’euthanasie est légale depuis une quinzaine d’années ? Et que depuis 2005, une directive européenne permet aux médecins d’exercer dans les différents pays de l’Union. On peut le dire autrement : au plan strictement juridique, rien n’interdit aujourd’hui à un médecin français de franchir la frontière, la main dans la main avec un patient, pour euthanasier ce dernier. Puis de revenir dans exercer dans son cabinet français.Avant de recommencer.

Si l’on en croit La Croix (et le dernier rapport de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie) vingt-trois personnes/patients sont venus de l’étranger pour se faire euthanasier en Belgique en 2016 et 2017. Et le quotidien catholique, en cette fin de dimanche de 11 novembre 2018, de citer le Pr Paul Cosyns, coprésident du Comité d’éthique belge, professeur émérite de psychiatrie de l’université d’Anvers :

 « Ce n’est pas du tout dans l’esprit de la loi de permettre ce genre de pratique. Cela s’assimilerait à une forme de tourisme d’euthanasie. »

Tourisme ? La belle affaire qui nous conduira bientôt, en charters offerts, au bord du Styx …  Où l’on voit, une nouvelle fois, que la Belgique  n’est pas la Suisse. Mais qu’elle pourrait bientôt, sous d’autres masques démocratiques et déontologiques, y faire songer.

A demain

@jynau

Cholestérol et médiatisation : Philippe Even et Bernard Debré satisfaits de leur opération ?

Bonjour

Alerter ou applaudir ?  La proportion d’adultes traités par hypolipémiant a baissé de près de 30 % entre 2006 et 2015, révèle une étude sur le LDL-cholestérol (LDL-c) en France publiée dans le « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » (BEH) et reprise dans Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou).

Chacun sait que l’hypercholestérolémie est un facteur de risque cardiovasculaire important  – pour autant elle n’est pas, loin s’en faut, toujours diagnostiqué ». En 2006, 18,8% des adultes avaient en France un cholestérol-LDL (LDL-c) supérieur à 1,6 g/l. Et depuis ? Les auteurs ont travaillé sur la base de l’étude Esteban – une étude transversale menée entre 2014 et 2016 sur un échantillon représentatif de la population de France métropolitaine (hors Corse). Elle incluait une enquête par questionnaires et un examen de santé avec un bilan lipidique chez les adultes de 18 à 74 ans. Conclusions :

« La proportion d’adultes avec un LDL-c >1,6 g/l, relativement élevée par rapport aux autres pays industrialisés, n’a pas évolué depuis 2006 ; la proportion d’adultes déclarant avoir déjà eu un bilan lipidique et celle des adultes traités par hypolipémiants ont diminué. Ce nouvel état des lieux témoigne d’une situation qui reste préoccupante en France, dans la mesure où l’hypercholestérolémie-LDL est souvent associée à d’autres facteurs de risque cardiovasculaire. (…) Il y a une tendance à l’augmentation à la fois du cholestérol moyen et de la proportion des patients ayant un taux très élevé de LDL-c > 1,9 g.»

Il apparaît de plus, dans cette étude, que la proportion d’adultes avec un traitement hypolipémiant a significativement diminué entre 2006 et 2015 (-29,6%). « Cette diminution est cohérente avec les données publiées par l’Assurance maladie, qui a mis en place dès le début des années 2000 une communication sur les recommandations de prise en charge de l’hypercholestérolémie (démarrage du traitement après échec de mesures hygiéno-diététiques) écrivent les auteurs. La baisse significative de la proportion d’adultes avec un traitement hypolipémiant observée dans notre étude pourrait également être liée à la polémique sur les statines 2 (fortement médiatisée en France à partir de 2013) et à la défiance qu’elle a pu susciter à la fois chez les prescripteurs et chez les patients. Sans pouvoir établir de lien de causalité avec la polémique sur les statines, Bezin et coll. avaient déjà observé un arrêt des statines plus important en 2013 qu’en 2012 et 2011 chez tous les patients traités, avec un risque d’arrêt augmentant inversement au risque cardiovasculaire du patient 3. »

 Aujourd’hui en France le repérage d’une anomalie lipidique est recommandé dans le cadre d’une évaluation du risque cardiovasculaire global chez les hommes après 40 ans et chez les femmes après 50 ans, mais aussi lors d’une prescription d’une contraception hormonale œstroprogestative ainsi qu’en présence de certains événements de santé ou facteurs de risque (maladie cardiovasculaire, HTA, diabète, insuffisance rénale, tabagisme actuel ou arrêté depuis moins de trois ans, notamment). « Cette méconnaissance de l’hypercholestérolémie interroge sur le dépistage et/ou le suivi de l’hypercholestérolémie et sur l’information du patient après le dépistage et/ou sa compréhension des résultats » observent les auteurs.

Effet Mediator

Voir ici l’effet direct du discours amplement médiatisé des deux anciens mandarin ?  « Sans doute, une partie de la diminution de prescription lui est imputable, a expliqué au Quotidien du Médecin Valérie Olié, épidémiologiste à Santé publique France (SPF) et co-auteure de l’étude. Plus largement, il y a sans doute une défiance vis-à-vis des médicaments cardiologiques, suite au scandale du Mediator, comme cela a été constaté dans notre analyse précédente dans l’hypertension artérielle  . On n’aurait pas dû voir une baisse aussi importante et on ne se l’explique pas encore très bien.»

« Suite à la polémique des statines, beaucoup de médecins ont embrayé en ne prescrivant pas de statines en prévention primaire. L’argumentation scientifique est très faible : faut-il réellement attendre l’infarctus du myocarde (IDM) pour traiter ? Il faut vraiment abandonner l’idée simpliste de décider de traiter ou ne pas traiter en opposant prévention primaire/prévention secondaire et évaluer le risque cardiovasculaire global » explique pour sa part le Pr Jacques Blacher, cardiologue à (Hôtel-Dieu, AP-HP).

« Soyons pragmatiques, ajoute-t-il. Les médecins ne s’en servent pas, de l’échelle de risque de la HAS et il faut arrêter de recommander des outils peu utilisés. En revanche, tous les médecins savent reconnaître les facteurs de risque  cardiovasculaires, tels que le tabac, l’HTA, le diabète et les antécédents familiaux. La décision de traiter peut se prendre sur l’âge, le niveau du LDL-c et ces quatre facteurs de risque, plus ou moins associés au  niveau d’HDL-cholestérol. Avec cette cote mal taillée, charge aux médecins de discuter avec son patient du rapport bénéfices/risques et de l’informer qu’avec un hypolipémiant, il peut faire baisser de 30 % son risque d’accident cardiovasculaire. C’est une décision médicale individualisée. »

Les polémistes patentés feront observer que le Pr Jacques Blacher n’est pas sans liens d’intérêt.

A demain

@jynau

1 Cholestérol LDL chez les adultes en France métropolitaine : concentration moyenne, connaissance et traitement en 2015, évolutions depuis 2006

Camille Lecoffre1, Anne-Laure Perrine1, Jacques Blacher2,3, Valérie Olié1
1 Santé publique France, Saint-Maurice, France
2 Centre de diagnostic et de thérapeutique, Hôtel-Dieu, AP-HP, Paris, France
3 Université Paris-Descartes, Paris, France

Liens d’intérêt : Jacques Blacher déclare avoir des liens d’intérêt, en dehors du cadre de cette étude, avec les laboratoires Astra-Zeneca, BMS, MSD, Novartis, Pierre Fabre, Pfizer, Sanofi-Aventis et Servier, qui commercialisent des produits hypocholestérolémiants.

2 Sur ce thème : « L’affaire des statines pourrait être la première d’une longue série de nouvelles crises sanitaires » Slate.fr 26 juin 2018

3 Bezin J, Francis F, Nguyen NV, Robinson P, Blin P, Fourrier-Réglat A, et al. Impact of a public media event on the use of statins in the French population. Arch Cardiovasc Dis. 2017;110(2):91-8.

Règlement de compte et rebondissements sans fin dans l’étrange affaire des «bébés sans bras»

Bonjour

Qui peut comprendre quoi à cette affaire sans précédent d’agénésie transverses du membre supérieur (ATMS ou « bébés sans bras ») ? Indiscrétions médiatiques et amplifications militantes, démentis officiels, embarras de l’exécutif, prise de parole ministérielle désavouant l’un de ses services, quiproquo administratif… On pensait avoir fait le tour du sujet. C’était compter sans la contagion de l’étrangeté.

30 octobre 2018. Le Monde (Stéphane Foucart) n’est pas sans se régaler de rapporter, en exclusivité, un nouveau cas qui avait, selon lui, échappé aux radars de Santé publique France (SpF). On passait ainsi de sept à huit cas dans une zone délimitée du département de l’Ain. Réplique immédiate et surenchère de SpF, agence officielle :  selon elle il faut désormais compter avec onze cas supplémentaires.

Et les explications de SpF ne sont pas sans mélanger les genres, sans céder à quelques passions rentrées. A ce titre elles valent, aujourd’hui, d’être rapportées in extenso :

« Santé publique France a reçu hier un signalement du Registre « Remera » d’un enfant né en 2012 avec une malformation. Ce signalement n’avait pas été recensé auparavant par le Registre, alors que celui-ci est censé assurer l’exhaustivité. Cette exhaustivité doit concerner l’ensemble des cas résidents du département de l’Ain, que les naissances aient lieu dans ce département ou non.

Comme Santé publique France s’y était engagée, des analyses complémentaires ont été initiées à partir des données hospitalières (PMSI). Ce travail est actuellement en cours.

Santé publique France annonce d’ores et déjà avoir identifié dans la base de données du PMSI, dans le département de l’Ain :

  • Entre 2000 et 2008 : 7 cas suspects (réductions des membres supérieurs incluant les ATMS) ;
  • Entre 2009 et 2014 : 4 cas suspects supplémentaires, parmi lesquels figure a priori le cas rapporté par le journal Le Monde. Ces 4 cas s’ajoutent aux 7 cas identifiés et transmis par le Registre.

Dans le département de l’Ain, sur la période de 2000 à 2014, Santé publique France a donc identifié 11 cas suspects supplémentaires aux 7 cas signalés par le registre Remera.Il convient d’abord d’évaluer, parmi ces 11 cas suspects de réductions de membres supérieurs, ceux qui correspondent réellement à des agénésies transverses des membres supérieurs.

L’analyse de la répartition spatiale et temporelle des cas confirmés d’ATMS sur la période 2000-2014 (15 ans) et les investigations complémentaires sont en cours. Il convient de rappeler que la réalisation d’enquêtes rétrospectives, plusieurs années après la naissance, sera complexe, d’où l’importance :

  1. de disposer d’un registre fiable, rigoureux scientifique et adossé à des équipes hospitalo-universitaires et au système européen de surveillance Eurocat ;
  2. de produire la carte des malformations pour la région concernée (AURA) et la région limitrophe au Nord (BFC). A terme, l’incidence sera produite région par région et département par département, pour l’ensemble du territoire français et accessible au grand public sur le site internet de l’Agence, et cela à partir du PMSI. »

Puis, après les faits (et malheureusement sans transition) le commentaire :

« La surveillance des anomalies congénitales a besoin des registres et que leur activité soit consolidée, avec l’impératif d’une bonne gestion des fonds et une forte exigence scientifique. Pour en garantir la pérennité, Santé publique France a annoncé la constitution d’une fédération des registres des anomalies congénitales, de façon à homogénéiser et consolider le recueil des données dans le cadre d’une base de données commune. Cette fédération permettra de disposer d’un système de surveillance renforcé et plus homogène, de mieux investiguer les signaux, de mieux soutenir les petites structures et de les adosser à des travaux de recherche scientifique de plus grande ampleur. Le rapport à l’origine de cette démarche est disponible ici. »

Qui, raisonnablement, comprendra quoi ?

A demain

@jynau

La «cystite» de Buzyn, le «rhume» de Fillon et la «couronne dentaire» de Castaner

Bonjour

Simplifier n’évite pas le danger. C’est tout particulièrement vrai quand le politique se pique de médecine. Trois exemples récents en témoignent.

I Nous étions en décembre 2016. La campagne pour l’élection présidentielle montait en puissance. Grand favori : François Fillon. Ce dernier commençait à s’attaquer à une Sécurité sociale en déficit, évoquant l’idée, politiquement suicidaire, que les « petits risques » pourraient ne plus être pris en charge au même titre que les « gros ».

Le 12 décembre Jérôme Chartier, alors député (Les Républicains, Val d’Oise) et porte-parole de François Fillon parlait sur France Inter (Léa Salamé). Interrogé sur le fait de savoir si, Fillon président, les rhumes seraient ou non toujours pris en charge par la Sécurité sociale, il répond:

«Le rhume, ça dépend de quel rhume. Il faut entrer dans le détail. Je ne suis pas médecin, je ne suis pas capable de vous le dire, c’est le médecin qui pourra le dire, un rhume si ça tourne mal, ça peut devenir beaucoup plus qu’un rhume, c’est le médecin qui va le déterminer.»

France Inter en fera bien vite des gorges chaudes. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, pourtant peu rompue à l’humour, osa ironiser sur Twitter : ✔@MarisolTouraine J Chartier annonce qu’avec #Fillon, seuls certains rhumes seront remboursés. Il veut indexer le remboursement sur le degré d’éternuement ? 09:48 – 12 déc. 2016

Et Florian Philippot, alors vice-président du  »Front national », d’expliquer, dans un docte communiqué, qu’«une prise en charge différenciée des consultations médicales en fonction de la sévérité des pathologies n’est pas acceptable (…). Ce qui s’apparente à un rhume peut être plus sévère.»

A dire vrai il n’était guère besoin, en décembre 2016, d’être fin spécialiste pour comprendre que l’exemple du rhume était, très précisément, celui à ne pas prendre pour établir une nouvelle cartographie des «petits risques» 1.

II Nous étions en juin 2017. Emmanuel Macron était président de la République et, déjà, présent sur tous les écrans Christophe Castaner, 51 ans. Venu du Var profond, titulaire d’un DESS de « juriste d’affaires internationales » et d’un diplôme de sciences pénales et de criminologie il n’était pas encore ministre de l’Intérieur. Porte-parole d’Emmanuel Macron pendant la campagne électorale il venait d’être nommé secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement d’Édouard Philippe.

Ce jour-là il était, déjà, invité sur RMC-BFM-Jean-Jacques Bourdin. Question de dents et de gros sous. Avec une mise en parallèle de l’impact de la hausse de la CSG pour les retraités avec la baisse des coûts de l’audioprothèse et des soins dentaires. Et tout particulièrement de la « couronne dentaire ». Christophe Castaner :

 « L’augmentation de la CSG de 1,7 % (…) touchera seulement les 20% des retraités les plus aisés et en parallèle, je peux vous dire que quand ils n’auront plus à payer les prothèses auditives, un certain nombre de soins dentaires, les couronnes qui coûtent 1 500 euros pour ne citer qu’un exemple, ils verront qu’ils auront fait beaucoup d’économies ».

La couronne à 1 500 euros ! Réaction immédiate de la Confédération nationale des syndicats dentaires : « Mais quelle mouche a piqué le ministre ? Quel rapport entre la hausse de la CSG et les soins dentaires ? D’où sort-il ce chiffre de 1500 € alors que le prix moyen d’une couronne céramique est de 539 € et d’une couronne métallique de 321 € ? »

Christophe Castaner parlait-il d’une seule couronne de sa connaissance ou du seul exemple des couronnes dans leur ensemble ? A-t-il, à 51 ans, confondu couronne et implant ?

III Nous étions le 23 octobre 2018. Reprenant à son compte un amendement explosif permettant aux pharmaciens d’officine de diagnostiquer et de prescrire, Agnès Buzyn osait, dans Les Echos, jouer avec son camps politique contre son titre de médecin et son Ordre professionnel. Les députés macroniens avaient estimé  que plusieurs pathologies pouvaient, sans danger, être directement prises en charge (sous certaines conditions) par les pharmaciens : « la cystite, la conjonctivite ou l’eczéma par exemple ».

Et, dans le quotidien économique, la ministre des Solidarités et de la Santé d’approuver : elle cite ainsi  « certaines pathologies » en traduisant le texte de l’amendement « infections urinaires, orgelet, angine, etc. », des petites maladies « où le diagnostic est facile », et pour lesquelles « on peut imaginer que les médecins et les pharmaciens se mettent d’accord localement sur une forme de délégation de compétence ».

« Boire votre vin pur »

 « Petites maladies » ? « Diagnostic facile » ? Serait-ce si simple ? Le commentaire, sur ce blog d’U. Ucelli :

« La médecine ça a l’air simple. Cela ne l’est pas. La machine dont les médecins s’occupent, c’est un modèle unique chaque fois, globalement très similaire à tous les modèles de la série et la série, ils n’en n’ont pas les plans, on ne sait pas parfaitement comment ça fonctionne (…) La cystite c’est simple. Certes. Oui, indiscutable ! Oui, mais non. La cystite ça a l’air simple mais il y a quelques pièges qui font mal. Vous n’imaginez-pas. Même si 98% des cas sont très simples. Simples après qu’on ait fait le diagnostic. Avant c’est avant.

Donc un pharmacien/pharmacienne devra avoir un local isolé pour interroger la patiente et : vérifier qu’elle n’a pas de pertes vaginales ; pas de fièvre (la mesurer car l’interrogatoire n’est pas fiable) ; il devra s’assurer qu’il n’y a pas de douleur lombaire …  Et les recommandations très officielles que si vous ne les observez-pas vous êtes dans le rouge, c’est la HAS qui les impose aux médecins, disent de faire un examen d’urine à la bandelette réactive. Les pharmaciens en seront-ils dispensés ? Pas envisageable n’est-ce pas? Donc prélèvement d’urine et bandelette à la pharmacie. Vraiment ?

Après comment traiter ? La dame est-elle enceinte ? Quels antibiotiques reçus les derniers mois ? Est-ce une récidive ? Si oui il faut un examen d’urine au laboratoire. On peut donner un tableau similaire de simplicité pas si simple pour l’angine.

Ignorantus ignoranta ignorantum 2 Moins on en sait , moins on a peur de faire une bêtise- parce qu’on se connait pas les bêtises possibles. »

Simplifier n’évite pas le danger.

A demain

@jynau

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon »  Slate.fr 14 décembre 2016

2 « TOINETTE : IgnorantusignorantaIgnorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main; et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville. » (Molière, Le Malade imaginaire Acte III).

 

Qui sont les généreux «partenaires industriels» intéressés par la maladie alcoolique du foie ?

Bonjour

Le 7 décembre prochain se tiendra à Paris une intéressante « journée de préparation », prélude à l’élaboration des « recommandations de la prise en charge de la maladie alcoolique du foie ». Tout est dit ici. Une manifestation prestigieuse organisée par la Société Française d’Hépatologie.

Cette dernière est également conne sous l’appellation Association Française pour l’Étude du Foie (AFEF). Elle regroupe « l’ensemble des chercheurs et cliniciens impliqués en hépatologie ». Créée le 17 novembre 1975, elle a obtenu le statut d’association reconnue d’utilité publique le 6 janvier 2005. Elle est aussi « l’interlocutrice privilégiée des institutions officielles » et « la référence en matière de recommandations de la prise en charge des traitements des maladies liées au foie ». Ses actions sont soutenues par de très nombreux partenaires scientifiques, institutionnels et industriels (pharmaceutiques)– sans oublier les associations de patients.

Nous apprenons aujourd’hui que la Fédération Française d’Addictologie (FFA) vient de faire savoir par mail urgent à ses membres que l’AFEF – Société Française d’Hépatologie « a la possibilité de prendre en charge (sic) quelques médecins qui souhaiteraient participer «  à la journée parisienne du 7 décembre » – et ce « grâce au soutien de quelques-uns de ses partenaires industriels ».

« Si vous êtes intéressé(e) par une telle prise en charge (re-sic), merci de le préciser par retour de courriel d’ici demain 10h00 (en effet pour des raisons réglementaires les laboratoires doivent transmettre leur liste d’invités assez longtemps avant la manifestation) » précise la FFA.

Intéressé, nous avons demandé à cette dernière qui étaient ces généreux partenaires de l’industrie pharmaceutique. Aucune réponse, même de courtoisie. Il est, ainsi, sur certains sujets, des silences automatiques.

A demain

@jynau

Arrêter de fumer avec (ou sans) conflits d’intérêts : que s’est-il passé à l’OpenMind Kfé ?

Bonjour

Nous évoquions il y a peu la peu banale invitation adressée par la multinationale Pfizer aux journalistes de la presse spécialisée « santé ». Rendez-vous le 17 octobre 2018 de 9 h à 11h à « l’OpenMind Kfé », 165 Faubourg Saint Honoré, 75008 Paris.  Programme : « Regards croisés de deux experts de santé », par le Dr. Ivan Berlin & le Dr. Anne-Laurence Le Faou.

Nous sommes le 17 octobre. Que s’est-il dit, ce matin, qui méritait une telle rencontre. Pfizer (qui commercialise la varénicline – Champix®  indiqué dans le sevrage tabagique chez l’adulte remboursé depuis mai 2017 suite à une initiative de Marisol Touraine) a rappelé haut et fort « la possibilité d’un arrêt progressif du tabac pour réussir son sevrage tabagique ». « Dans le cadre du traitement de seconde intention, une étude a montré que la varénicline peut-être une des solutions thérapeutiques adaptée pour un sevrage progressif de la nicotine » a-t-on expliqué aux journalistes.

Financée par Pfizer cette étude (dite « Reduce To Quit ») date déjà de 2015 :  Effect of Varenicline on Smoking Cessation Through Smoking ReductionA Randomized Clinical Trial. JAMA. 2015;313(7):687–694. « On observe que la varénicline, molécule qui aide au sevrage tabagique en agissant directement sur la dépendance à la nicotine, est une solution thérapeutique adaptée dans le cadre d’un arrêt progressif de la cigarette, résume le commanditaire. Les événements indésirables les plus fréquents (>10%) avec la varénicline sont : nausées, rhinopharyngite, rêves anormaux, insomnies et céphalées. »

« Grâce à une prévention active et au remboursement des traitements nous observons une baisse notable des fumeurs en France : moins d’un million cette année [une donnée plus que fragile] a pour sa part expliqué, citée par Pfizer, Anne-Laurence Le Faou, présidente de la Société Francophone de Tabacologie, responsable du centre ambulatoire d’addictologie (Hôpital européen Georges-Pompidou. Cependant il en reste encore 12 millions ! Il faut donc continuer à encourager le sevrage tabagique et la prise en charge des fumeurs par les professionnels de santé ».

Un médicament qui fonctionne très bien

Et de citer une étude datant, déjà,  de 2014 ( Baha M, Le Faou AL. Gradual versus abrupt quitting among French treatment-seeking smokers ) tendant à démontrer qu’une stratégie de réduction avant arrêt complet peut être bénéfique notamment chez des fumeurs ayant un profil sévère : gros fumeurs avec ancienneté importante du tabagisme et moindre confiance en eux pour l’arrêt.

« La varénicline permet surtout d’éviter les difficultés souvent rencontrées par les patients lors d’un arrêt brutal : la forte envie de fumer et l’apparition de symptômes de sevrage. Il est remboursé à 65% par la Sécurité Sociale et reste un médicament qui fonctionne très bien dans le cadre d’un sevrage tabagique » a pour sa part expliqué, cité par Pfizer, le Dr  Ivan Berlin (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière).

Le Dr Berlin est secrétaire général adjoint chargé de la recherche de la Société Francophone de Tabacologie. Il conduit sur fonds publics (900 000 euros), l’étude ECSMOKE qui cherche à comparer les effets de la cigarette électronique contenant de la nicotine à la cigarette électronique sans nicotine et à la varénicline- Champix®.

A demain