Démocratie vaccinale : choisirez-vous le Prévanar® (Pfizer) ou le Synflorix® (GSK) ? 

Bonjour

D’un côté l’opération fractale « obligation vaccinale » voulue par le gouvernement – entreprise généralement mal comprise, souvent contestée : onze vaccinations avant l’âge de deux ans.  De l’autre une opération séduction, baptisée « consultation publique », menée par  la Haute Autorité de Santé (HAS). Depuis le mois de mai dernier cette institution a en effet, aussi, pour mission de « participer à l’élaboration de la politique vaccinale » 1. Exclue de l’opération gouvernementale, la HAS expérimente et le fait savoir à la presse :

« Compte tenu des enjeux que représente la vaccination, la HAS a décidé de mettre en consultation publique tous les projets de recommandations vaccinales visant à établir ou modifier une stratégie vaccinale. Ainsi, du 12 décembre 2017 au 5 janvier 2018, la HAS invite pour la première fois tous les acteurs concernés à s’exprimer sur la place du vaccin Synflorix® (GSK) dans la prévention des infections à pneumocoques chez l’enfant de moins de 5 ans. »
 
Démocratie : la HAS a décidé que les acteurs concernés « seraient systématiquement sollicités pour exprimer leur avis sur un projet de recommandation avant d’aboutir à une version finalisée ». Elle soumet ainsi aujourd’hui à consultation publique la version préliminaire de sa première recommandation vaccinale concernant le vaccin pneumococcique Synflorix®

Coup de griffe

Contexte : afin de réduire la fréquence des pneumonies et des infections invasives à pneumocoque, la stratégie vaccinale cible aujourd’hui l’ensemble des prématurés et nourrissons. Un seul vaccin conjugué est aujourd’hui disponible : il s’agit du Prévanar 13 ® (Pfizer) vaccin comportant 13 sérotypes de pneumocoques. Il s’agit ici de déterminer la place devant être accordée à un nouveau, le Synflorix® (qui ne comporte que 10 sérotypes).

En pratique : cette consultation publique est ouverte (du 12 décembre 2017 au 5 janvier 2018). Les acteurs concernés : associations agréées de patients et d’usagers du système de santé, collèges nationaux professionnels et sociétés savantes, institutions publiques, agences sanitaires, syndicats, industriels, centres de vaccination… Mode d’emploi. Le Prévanar® est commercialisé au prix de 56,24 € TTC. Le Synflorix® n’a pas encore de prix. GSK versus Pfizer, on espère que les conflits d’intérêts seront évités.

« L’ensemble des contributions sera analysé et discuté afin d’enrichir et d’aboutir à la version finale de la recommandation vaccinale » assure la HAS. Elle dit aussi, « au-delà de la rigueur scientifique des travaux menés par ses commissions » affirmer ainsi « sa volonté d’ouverture et de transparence dans l’élaboration de ses recommandations vaccinales ». Ces consultations publiques sont pour elle « un moyen de favoriser leur acceptabilité et leur appropriation ».

On pourrait presque lire ici, entre les lignes, un petit coup de griffe contre un exécutif peu soucieux de favoriser « l’acceptabilité » et « l’appropriation » de sa décision. Mais ce serait oublier que la décision gouvernementale avait été précédée d’une « concertation citoyenne ».

A demain

1 Créée en 2017, la commission technique des vaccinations de la HAS est chargée d’évaluer les vaccins et de préparer les décisions de l’institution en matière de recommandation vaccinale. Ces recommandations « ont vocation à éclairer le ministre en charge de la santé en lui apportant des éléments sur les bénéfices et les risques au niveau individuel et collectif des vaccins et sur la stratégie vaccinale à mettre en œuvre (populations susceptibles de bénéficier des vaccins et conditions de leur utilisation). »

Vacciner de force contre le pneumocoque et le méningocoque C ? Quelques raisons de refuser 

 

Bonjour

Journalisme : d’abord voir, observer – puis interroger au plus près. Bon papier, original et pertinent, dans Le Figaro (Cécile Thibert). Oser demander quel est le véritable intérêt des vaccinations pédiatriques désormais obligatoires contre le méningocoque de type C, le pneumocoque et l’hépatite B. Et le demander au Dr Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à Santé Publique France – expert au cœur de la machine vaccinale réglementaire.

Dans une lettre ouverte aux députés publiée le 15 octobre un petit groupe de médecins généralistes « éduqués, rationnels et responsables » analysaient de manière critique le projet gouvernemental des nouvelles obligations vaccinales pédiatriques – et demandaient aux membres de la représentation nationale de ne pas voter le projet de loi qui leur était proposé. Mais les députés de La République en Marche les ont-ils seulement entendus ? Le gouvernement a été suivi comme un seul homme. Pour autant leurs arguments demeurent. Deux sujets  méritent d’être soulignés

La vaccination contre la méningite à méningocoque C :

« Cette maladie est rarissime même en l’absence de vaccination (120 cas par an en moyenne  dans l’ensemble de la population en l’absence de vaccination et un à  trois décès par an chez les moins de 15 ans). Dans ce cas la vaccination universelle risque de provoquer plus d’effets indésirables graves chez les nourrissons, que de bénéfices dans la population générale. Cette vaccination  est donc préconisée non pour éviter une menace sanitaire grave mais dans l’espoir illusoire, comme le montre l’exemple d’autres pays européens, d’une éradication possible de cette maladie rare. »

 Réponse du Dr Daniel Lévy-Bruhl :

« Aujourd’hui, les infections invasives à méningocoque en France sont rares et sont responsables d’environ 500 cas par an. Cependant, elles peuvent être très graves, puisque plus d’une personne infectée sur dix en décédera, et plus d’une personne sur cinq en gardera des séquelles à vie (atteintes cérébrales, auditives, amputation des membres).

« La vaccination contre le méningocoque C a été introduite en France en 2010, sous la forme d’une injection unique chez les enfants de 1 an, avec un rattrapage recommandé jusqu’à 24 ans. L’incidence des infections à méningocoque C a augmenté entre 2010 et 2014, en particulier chez les nourrissons, très vraisemblablement à cause d’une recrudescence épidémique que la couverture vaccinale insuffisante n’a pas pu contrôler.

Si cette couverture vaccinale avait été suffisamment élevée pour induire une immunité de groupe, une très grande partie des 467 cas survenus depuis 2011 chez des personnes de moins de 1 an ou de plus de 24 ans aurait été évitée, parmi lesquels 66 personnes sont décédées. La trentaine des décès survenus chez des personnes âgées entre 1 et 24 ans non vaccinées aurait également été évitée. Chez nos voisins européens, par exemple au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, où la couverture vaccinale est très élevée, les infections à méningocoque C ont quasiment disparu.

« Concernant les risques, les vaccins contre les méningocoques sont très bien tolérés. Ils comportent, comme tous les vaccins, un risque de réaction allergique et des effets secondaires bénins et transitoires au site d’injection. Récemment, un des vaccins contre le méningocoque a été suspecté d’induire des effets secondaires qui auraient été liés à la présence de métaux dans le vaccin. L’expertise menée a permis de conclure qu’il n’existe pas de risque pour la santé des personnes vaccinées lié à ces métaux, qui ont effectivement été retrouvés à l’état de traces dans ce produit, mais également dans le médicament injectable, le sérum physiologique injectable et les cinq autres vaccins testés. »

La vaccination contre le pneumocoque :

 Le groupe de médecins généralistes développe (annexe III) un long argumentaire détaillé – et accuse en substance le vaccin contre le pneumocoque d’avoir contribué à l’augmentation de la fréquence de cette maladie.

« Qu’en est-il ? » demande, simplement, Le Figaro au Dr Daniel Lévy-Bruhl. Réponse :

« Le problème du pneumocoque est qu’il s’agit d’une bactérie qui existe sous plus de 90 formes différentes, qu’on appelle «sérotypes». En 2003, on a commencé à vacciner contre sept de ces formes. Dans beaucoup de pays, et particulièrement en France, le vaccin s’est révélé très efficace, avec une réduction spectaculaire des infections invasives attribuées aux sérotypes qui étaient présents dans le vaccin.

« Ces bactéries, qui vivent dans la gorge des enfants et qui peuvent provoquer des méningites, ont été détruites par le vaccin. Le problème, c’est que d’autres pneumocoques sont venus ‘’coloniser’’ la gorge des enfants. Les scientifiques savaient que cela allait arriver, mais l’hypothèse était faite que ces nouveaux pneumocoques seraient moins dangereux. Malheureusement, certains l’ont été tout autant que les précédents. Par conséquent, alors que nous avions une couverture vaccinale de plus de 80 % en France, la réduction du nombre de cas de méningite n’a été que de 30 %. La baisse a donc été moins importante qu’espérée. Le nombre total de cas dans l’ensemble de la population a même légèrement augmenté entre 2003 et 2009.

« À partir de 2010, un nouveau vaccin a été rendu disponible: le Prévenar 13. Comme son nom l’indique, celui-ci protège contre treize sérotypes de pneumocoques et inclut les sérotypes le plus souvent responsables du phénomène de remplacement que j’ai évoqué. Ce vaccin a permis de réduire la fréquence des méningites, des pneumonies et des septicémies à pneumocoque à tous les âges. La réduction observée chez les personnes âgées est liée au fait que ce sont les enfants qui les contaminent le plus souvent. En diminuant la présence dans la gorge des sérotypes les plus sévères, la vaccination a indirectement protégé les personnes âgées.

« À l’heure actuelle, si la couverture vaccinale diminuait, les cas liés aux sérotypes inclus dans le vaccin réapparaîtraient, car ils circulent toujours. Il faut rappeler qu’au début des années 2000, avant la vaccination des enfants, plus d’une centaine de méningites à pneumocoque survenaient chaque année chez le nourrisson. Environ 10 % des cas en décédaient et plus de 20 % en gardaient des séquelles.

Le Figaro précise que les généralistes affirment également qu’entre 2010 et 2014, cinq décès ont été jugés imputables au vaccin contre le pneumocoque. Réponse du Dr Daniel Lévy-Bruhl :

« Fort heureusement, ce n’est pas le cas. Depuis quelques années, la définition d’un effet indésirable soumis à la pharmacovigilance inclut les échecs de la vaccination. En clair, cela signifie que si vous contractez la maladie pour laquelle vous avez été vacciné, cela est désormais considéré comme un effet indésirable. Le vaccin contre le pneumocoque, comme la plupart des vaccins n’est pas efficace à 100%. Pour être précis, le grand essai clinique mené aux Etats-Unis a conclu à une efficacité de 94%.

« D’une part, les 5 décès dont il est ici question ont été recensés dans le monde entier. D’autre part, ils font suite à une infection par le pneumocoque, c’est-à-dire que le vaccin n’a pas été efficace chez ces cinq personnes et qu’ils ont contracté la maladie. En résumé, on peut certes se montrer exigeant et reprocher au vaccin de ne fonctionner ‘’qu’à 94%’’, mais on ne peut certainement pas dire qu’il a tué ces personnes. »

Reste que pour ces deux vaccins l’obligation est là. Et c’est dans ce contexte que le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins met en garde : les professionnels qui relaieraient « des arguments contraires aux données de la science » pourront être poursuivis. « Quelles que soient les convictions personnelles d’un professionnel, il se doit de protéger ceux qui l’entourent. Il n’y a pas de débat » déclare-t-il dans une interview au Généraliste :

« Je le redis solennellement et avec conviction, nous soutenons l’initiative de la ministre de la Santé car, dans le climat actuel, il est primordial de protéger l’individu et la collectivité. Créer l’obligation pour ces vaccins dont nous savons qu’ils protègent et sauvent des vies, c’est une action de santé publique ! En disant cela, je n’ai pas le sentiment de me « mettre à genoux devant le gouvernement » ou d’être à la solde des laboratoires, comme certains l’ont affirmé. »

 L’Ordre, dans sa logique, poursuivra-t-il les médecins auteurs de la lettre ouverte ?

A demain

 1 Drs Claudina MICHAL-TEITELBAUM, Jean-Baptiste BLANC, Sylvain FEVRE, Marc GOURMELON, Jean-Claude GRANGE, Dr Christian LEHMANN, Dr Bertrand STALNIKIEWICZ, Dominique LOUBET, Isabelle CHIVILO, Armel SEVESTRE.

 

L’Académie de médecine part en guerre contre les miroirs des « Lyme doctors » auto-proclamés

 

Bonjour

Comment vider un abcès chronique ? Nouvelle étape dans la saga médicale et médiatique que constitue désormais en France la « maladie de Lyme » : l’Académie nationale de médecine vient de partir en guerre et en fait la déclaration dans un communiqué de presse : « L’Académie de médecine dénonce les tromperies à propos de la maladie de Lyme ».

C’est là une mise en garde solennelle rédigée par sa commission « Maladies infectieuses et tropicales ». On y dénonce la diffusion d’assertions sans fondement scientifique, notamment par la « Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques » et sa promotion des théories du Pr Christian Perronne, chef du service maladies infectieuses à l’hôpital de Garches, par ailleurs vice-Président de cette Fédération.

« Alertée par les rumeurs diffusées par des groupes de pression » l’Académie tient aujourd’hui à préciser fermement la position exposée lors de sa séance du 20 septembre 2016 1. Puis elle change de ton et entre dans le vif du sujet avec une virulence qu’on ne lui connaissait pas. Elle appelle ainsi les médecins « à ne pas nourrir l’angoisse de patients désorientés en leur faisant miroiter le diagnostic de ‘’maladie de Lyme chronique’’ et invite les pouvoirs publics à être attentifs à cette dérive ». Elle écrit ainsi :

« Au mépris de toute démarche scientifique et forts de leur seule intime conviction, des médecins,’Lyme doctors’’ auto-proclamés, dont certains sont soumis à des liens d’intérêt, entretiennent l’inquiétude chez de nombreux malades en errance diagnostique et nourrissent leurs récriminations infondées en se faisant l’écho en Europe, notamment en France, de l’ILADS (International Lyme and Associated Diseases Society), association non reconnue par les instances officielles outre-Atlantique.

« Face aux malades souffrant de symptômes chroniques non étiquetés et qui se sentent délaissés, les médecins ne doivent pas céder à la facilité du diagnostic de ‘’ maladie de Lyme chronique’’ ni les soumettre à des traitements prolongés, inutiles et dangereux. Ces malades doivent pouvoir bénéficier d’une prise en charge diagnostique multidisciplinaire. Le ‘’Lyme’’ est une mauvaise réponse médicale à la question légitime d’un patient qui souffre. »

La « chronicité » n’a selon l’Académie, aucune base scientifique. On sait que cette dernière serait liée à la persistance de l’agent pathogène dans l’organisme pendant des années et qu’elle repose sur l’hypothèse non  d’une « crypto-infection »  justifiant notamment le recours à des traitements antibiotiques prolongés. Pour l’Académie les symptômes « mal définis » et « subjectifs » (fatigue, crampes, douleurs musculaires, acouphènes, troubles du sommeil ou de l’humeur, pertes de mémoire, etc.) associés à cette chronicité « ne repose sur aucun élément de preuve ».

Pouvoirs publics alertés

« Les responsables de laboratoires doivent résister à la demande de praticiens désinformés, soucieux de confirmer coûte que coûte, y compris par la modification des seuils de positivité des tests Elisa , leur diagnostic de ‘’maladie de Lyme chronique’’ devant des tableaux cliniques indéterminés, ajoute-t-elle. L’efficacité revendiquée de traitements antibiotiques prolongés, parfois associés à des médicaments antiparasitaires, antifongiques ou anti-inflammatoires, ne repose sur aucune donnée expérimentale probante et ne s’appuie sur aucun essai clinique randomisé contrôlé. En revanche, de telles prescriptions sont dangereuses pour le malade, conséquentes pour l’écologie microbienne, risquées pour la Santé publique et dispendieuses pour l’Assurance maladie. »

 Pour finir les académiciens « mettent solennellement en garde les pouvoirs publics qui, afin de répondre à l’inquiétude des patients trompés par des groupes de pression, cèderaient au chantage dont ils sont l’objet sans référence scientifique et porteraient ainsi une lourde responsabilité dans l’adoption de mesures inappropriées ». Ils « désapprouvent l’attitude des praticiens qui cèdent à la facilité trompeuse du diagnostic de ‘’maladie de Lyme chronique’’ face à des patients en errance diagnostique ». Et ils condamnent sévèrement les campagnes de désinformation menées par des groupes de pression en quête de judiciarisation et de réparations financières d’un préjudice inexistant ».

A demain

1 Maladie de Lyme : prise de position de l’Académie nationale de médecine. Bull. Acad. Natle Méd. 2016 ;200(7):1349-50.

 

Las Vegas : son cannabis désormais en vente libre, la soirée d’Emmanuel Macron dans le désert

Bonjour

2 juillet 2017. L’actualité a ses surprises qui, soudain, braque les projecteurs sur une scène non prévue. Aujourd’hui cela devait être Liège (Belgique), deuxième étape du Tour de France. Cela sera Las Vegas (Nevada), temple du jeu et du vice fondé par les mormons au milieu du désert.

« L’usage récréatif de la marijuana est devenu légal, samedi 1er juillet, dans le Nevada, nous explique l’Agence France Presse. Des milliers d’habitants et d’étrangers se sont rués sur les trente-huit points de vente ouverts à Las Vegas, la plus grande ville de l’Etat, qui attire chaque année des millions de touristes dans ses hôtels casinos.

Certains sont restés plus de trois heures dans la file d’attente pour acheter du cannabis en toute légalité, rapporte le quotidien local Las Vegas Sun’La file d’attente du samedi matin à The Source – waouh’’, a tweeté le sénateur démocrate Tick Segerblom, avocat de longue date de la légalisation de cette substance psychotrope.

En pratique les adultes de 21 ans et plus peuvent acheter jusqu’à 28 grammes de cannabis par jour ou 3,5 grammes de « concentré ». Pragmatique, la police de Las Vegas a dressé la liste de ce qui reste interdit : vendre à des jeunes de moins de 21 ans, fumer du cannabis dans la rue, ou conduire sous l’emprise du cannabis.

Las Vegas et ses casinos ont attiré plus de 40 millions de touristes en 2016. Les autorités locales estiment que ceux-ci constitueront 63 % de la clientèle, pronostique l’agence de presse AP. Le Nevada pourrait ainsi devenir le plus important marché du cannabis légal des États-Unis . Selon le groupe Arcview (un réseau d’investisseurs qui a publié un rapport annuel sur l’industrie légale du cannabis) les Nord-Américains ont dépensé 6,7 milliards de dollars en 2016 en cannabis légal, soit une hausse de plus de 30 % par rapport à l’année précédente. L’amorce d’un cannabisness assez éloigné des lointaines imaginations californiennes

James Bond ou Frédéric Dard

« L’opération Las Vegas » : cela pourrait être un James Bond ou un Frédéric Dard. C’était une manifestation centrée sur Emmanuel Macron, alors ministre français de l’Economie organisée dans le désert du Nevada lors du Consumer Electronics Show – « grand-messe mondiale réunissant des entreprises américaines et françaises du secteur des hautes technologies ». Elle est aujourd’hui à la Une du Journal du Dimanche qui, après Libération, fait des révélations assez embarrassantes pour le gouvernement du président Macron ; plus précisément pour Muriel Pénicaud, ministre du travail du gouvernement Philippe II.

Dans un courrier électronique daté du 11 décembre 2015, Fabienne Bothy-Chesneau, alors directrice de la communication de Business France (organisme dirigé à l’époque par la ministre) écrit que cette dernière a été « briefée » par l’équipe de communication en amont sur les problèmes financiers liés à l’organisation de la soirée à Las Vegas en l’honneur d’Emmanuel Macron. Or celle qui est ministre n’aurait pas, alors, pas agi en conséquence. « Elle gérera aussi quand la CdesC [Cour des comptes] demandera des comptes à BF [Business France], ce ne sera pas faute d’avoir dit et redit », poursuit Fabienne Bothy-Chesneau dans son courrier électronique.

Il faut, pour comprendre, savoir que l’événement festif du 6 janvier 2016 a coûté 289 000 euros en fonds publics, qui ont été versés à l’agence Havas, et 45 000 euros de frais d’hôtel. Sans appel d’offres ; un montant revu à la baisse après appel à l’Inspection générale des finances. Une enquête judiciaire, ouverte par le parquet de Paris pour « favoritisme », suspecte Business France, organisme public, de ne pas avoir organisé de mise en concurrence. Selon les révélations du JDD, Business France aurait davantage servi d’intermédiaire dans une opération lancée par le cabinet du ministre Emmanuel Macron.

Le 28 juin Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement et du Président demandait instamment à la presse de « ne pas chercher à affaiblir » la ministre du Travail Muriel Penicaud visée par une enquête judiciaire. Pourquoi cette menace ? « Car nous sommes dans un moment important pour la réforme du travail » a-t-il expliqué. Et après ? Qui retrouvera, intacte, la mémoire du désert ? Qui l’emportera à Liège ?

A demain

Rendre obligatoire onze vaccins ? Le piège s’est déjà refermé sur la ministre Agnès Buzyn

 

Bonjour

Un ministre doit-il donner un entretien sur un sujet d’importance pour dire qu’il réfléchit à la question ? Une ministre de la Santé fraîchement nommée doit-elle annoncer haut et fort qu’elle pourrait rendre obligatoire onze vaccinations infantiles mais qu’elle déteste la coercition ? Une obligation « pour une durée limitée, qui pourrait être de cinq à dix ans ». Qui, hormis les bons connaisseurs du dossier, peut comprendre quelque chose à de tels propos ? Et comment ne pas redouter que ces propos ne réactivent les oppositions déclarées ou latentes à la vaccination ?

La vérité est que la ministre Agnès Buzyn est déjà piégée – à la fois par le passif de Marisol Touraine et par le calendrier imposé au gouvernement par le Conseil d’Etat. Ce dernier avait été saisi par Augustin de Livois, à la tête de l’Institut de la protection pour une santé naturelle (IPSN) – une jeune association qui «défend le droit de se soigner librement, et notamment par des solutions naturelles»; une association qui a aussi «vocation à informer les citoyens, défendre les médecins ou thérapeutes et à changer les législations dans le domaine au niveau national et européen».

Patriarche médical du « naturel »

Dans un premier temps Augustin de Livois avait demandé à Marisol Touraine de prendre les mesures permettant de rendre disponibles des vaccins correspondant aux seules vaccinations que la loi rend obligatoires (contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite). Par une décision du 12 février 2016 Marisol Touraine avait rejeté leur demande. Le militant avait alors engagé une action devant le Conseil d’Etat où il fut rejoint par plus de deux mille trois cents personnes. Cette action et, de fait, un relais de celle menée par le professeur Henri Joyeux, patriarche médical du « naturel » qui réclame de longue date le retour des seuls trois vaccins obligatoires.

Face à cette contestation montante Marisol Touraine avait annoncé un « Plan d’action pour la rénovation de la politique vaccinale ». La mesure la plus spectaculaire était la mise en œuvre d’une « concertation citoyenne».  Finalement, et contre toute attente les conclusions de la «concertation citoyenne sur la vaccination» furent, fin novembre 2016, aux antipodes des espérances politiques de la ministre :

« Considérant les exigences sociétales et les impératifs de santé publique, le comité conclut que la levée de l’obligation vaccinale est l’objectif à atteindre. Néanmoins, dans le contexte actuel de perte de confiance et de baisse de la couverture vaccinale, il lui apparaît nécessaire de réaffirmer le bien-fondé de la vaccination. Pour ce faire, le comité préconise un élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l’enfant, assorti d’une clause d’exemption et de leur gratuité. »

La part belle à l’industrie pharmaceutique

Ainsi donc, loin d’élargir la recommandation, cette consultation concluait à le nécessité de systématiser l’obligation. Ces conclusions (démocratiquement obtenues) associées à la décision du Conseil d’Etat de mettre à disposition les trois valences vaccinales obligatoires (aujourd’hui introuvables) avant le 8 août prochain ne laissent plus aucune marge de manœuvre à Mme Buzyn. Soit le gouvernement lève l’obligation vaccinale par décret, soit il étend les obligations vaccinales – et ce afin que celles-ci correspondent aux vaccins aujourd’hui disponibles sur le marché. C’était, dit-on, la solution préconisée par Marisol Touraine, qui avait laissé entendre avoir préparé un avant-projet de loi en ce sens (sans avoir tenté de le faire voter).

Pour compliquer le tout la concertation citoyenne avait aussi recommandé, outre une prise en charge intégrale par l’Assurance-maladie de l’ensemble des nouvelles obligations vaccinales, la mise en place d’une « clause d’exemption » pour les parents qui ne souhaitent pas faire vacciner leur enfant…

Quelques heures après ses déclarations la nouvelle ministre de la Santé est devenue la cible des nouveaux militants anti-vaccinaux. Interrogée par Le Parisien sur le fait de savoir si elle ne craint pas « de faire la part belle à l’industrie pharmaceutique » Mme Buzyn répond : « Je refuse qu’on me colle cette étiquette. Oui, les industriels gagnent de l’argent, mais on ne peut pas réduire la question de la vaccination à l’intérêt des laboratoires ». Certes. De même qu’il est difficile d’interdire que l’on vous colle des étiquettes.

A demain

Alcools et conflits d’intérêts à l’Elysée : les buralistes dénoncent le « lobby hygiéniste »

 

Bonjour

C’est devenu un rituel : chaque décision politique contraire aux intérêts de la santé publique voit monter au créneau un groupe d’associations et de personnalités connues, à divers titres, des médias. Généralement les responsables politiques demeurent radicalement indifférents à ces adresses. Ce sera une fois de plus le cas avec l’initiative de onze associations d’addictologues et de six personnalités 1 qui se déclarent « inquiètes ». En cause : la récente nomination à l’Elysée d’Audrey Bourolleau –  ancienne déléguée générale de « Vin & Société » une « instance de représentation » (ou plus précisément de lobbying) désormais à proximité immédiate du président de la République.

 Cette nomination a d’ores et déjà été saluée par La Revue du Vin de France : « Audrey Bourolleau : la Madame Agriculture d’Emmanuel Macron est une championne du vin ! » et Vitisphère : « Audrey Bourolleau quitte Vin & Société pour l’Élysée ».

Pour les pétitionnaires cette nomination nous rapproche dangereusement du conflit d’intérêts tel que le définit la loi sur la transparence de la vie publique :

« Constitue un conflit d’intérêts toute situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction. »

Experts « auto-proclamés »

Le risque majeur, selon eux, est que désormais « la politique agricole et viticole se fasse au détriment d’une politique efficace de lutte contre les consommations nocives d’alcool ». Où l’on voit, une nouvelle fois, la confusion malheureusement entretenue entre la production viticole et celle de boissons alcooliques industrielles ; une confusion dont se régalent les grands alcooliers.

Symptôme éclairant quoique non surprenant, cette initiative est reprise  sur lemondedutabac.com. Le site des buralistes se gausse de ceux qu’il qualifie d’« arbitres auto-proclamés du politiquement correct en matière de santé publique ». « Ceci survient en pleine préparation du projet de loi sur la transparence, mitonnée ces jours-ci par François Bayrou, souligne le site. En fait, toute cette mini-campagne correspond à une tentative du ‘’lobby hygiéniste’’ pour éliminer toute contradiction. »

Quels seront, désormais, les rapports entre Mmes Audrey Bourolleau (Elysée) et Agnès Buzyn (Santé) ?

A demain

1 Fédération Française d’Addictologie, Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie, Association Périnatalité Prévention Recherche Information, Collège Professionnels des Acteurs de l’Addictologie Hospitalière, Coordination des associations et mouvements d’entraide reconnus d’utilité publique, Fédération Addiction, Fédération Alcool Assistance,  Fédération Nationale des Amis de la Santé, Fonds Actions Addictions,  Ligue Contre la Violence Routière, Société Française d’Alcoologie, Gérard Dubois, Irène Frachon, Claude Got, Serge Hercberg, Catherine Hill et Albert Hirsch.

Calomnies et sous-entendus : le Formindep nuit-il à la santé des malades hypertendus ?

 

Bonjour

Retour de volée. Et changement de division. Le 10 mai Agnès Buzyn n’était pas ministre de la Santé (et des Solidarités). Ce jour-là, la présidente de la Haute Autorité de Santé (HAS) recevait une lettre de l’association Formindep qui, comme elle sait le faire, dénonçait une situation structurelle de conflits d’intérêts. Et qui, en l’espèce, réépinglait la HAS. Nous avions, le 11 mai dernier, exposé les éléments de ce dossier – dossier symptomatique à bien des égards.

Co-accusés : la HAS et la Société française d’hypertension artérielle (SFHTA). Or cette dernière n’a guère goûté l’initiative de Formindep. Et elle n’a pas tardé à le faire savoir sous la forme d’un communiqué. Elle va jusqu’à parler  d’« accusations calomnieuses » pour ce qui est des reproches de conflits d’intérêts dans la rédaction d’une « fiche mémo » co-réalisée avec la HAS. Ce qui permet de lever un coin du voile de ce secteur d’activité.

 « La SFHTA, société savante, ne reçoit aucun financement public » rappelle-t-elle. « Elle peut être amenée à recevoir des financements en rapport avec la participation des industriels à son congrès scientifique annuel », mais « ces financements sont essentiellement utilisés pour subventionner la recherche française ».

Conséquences de la défiance

« La fiche mémo sur la prise en charge de l’HTA a été élaborée par un groupe de travail constitué de dix-sept membres dont trois étaient membres de la SFHTA, ajoute-t-elle. Douze organismes professionnels et associations de patients et usagers ont été sollicités pour participer à ce groupe de travail. Vingt-huit organismes professionnels ont été ensuite sollicités pour émettre un avis sur le document. Enfin, trois organismes institutionnels, l’ANSM, la CNAM et la DGS ont formulé leurs avis avant publication. La pluralité du groupe de travail et la qualité du circuit de relecture incluant des organismes institutionnels garantissent l’indépendance éditoriale et la qualité du travail élaboré. »

Mais il y aurait plus grave. Cette société savante révèle ainsi que d’autres polémiques récentes « scientifiquement tout aussi injustifiées » ont été « responsables d’une diminution de la prévention et d’une augmentation de la mortalité cardiovasculaire en raison des arrêts de traitements provoqués par ces campagnes de défiance » 1. Dès lors la SFHTA s’inquiète « des conséquences pour les patients hypertendus » des actions répétées du Formindep ; actions « visant à semer un doute illégitime sur la prise en charge de la première maladie chronique des Français, et qui reste la première cause de mortalité ».

Liens d’intérêts sans intérêts

Et la HAS, qu’a-t-elle à répondre ? Interrogée par Le Quotidien du Médecin elle précise que le sujet de la « fiche mémo » n’était pas « une évaluation des médicaments indiqués dans l’hypertension mais son dépistage, sa prise en charge, les stratégies de prise en charge et les problèmes d’observance que rencontrent les médecins ». « Ce sont les classes médicamenteuses, et non pas les noms commerciaux, qui sont citées dans la note. Ces médicaments sont de plus tous génériqués » souligne la Haute Autorité. Elle explique enfin que les liens d’intérêts déclarés par les membres du groupe de travail n’avaient pas « été retenus comme pertinents, compte tenu du périmètre de la fiche mémo ».

Agnès Buzyn n’aura plus à répondre sur ces liens d’intérêts. Elle a abandonné la présidence de la Haute Autorité de Santé pour devenir ministre de la Santé (et des Solidarités) ; un ministère où, à peine entrée, elle est confrontée à d’autres orages.

A demain

1 Question : la SFHTA a-t-elle les preuves d’une telle affirmation ?