Politique. La «5G» au pays des Lumières, des Amish et des ascenseurs pornographiques

Bonjour

16/09/2020 Sont-ce les toujours les médias qui rabaissent les débats ? Au lendemain de la publication, dans Le Journal du dimanche, d’une tribune d’élus écologistes et de gauche réclamant un moratoire sur le déploiement de la 5G en France, Emmanuel Macron a pris la parole. Cette tribune était signée par 70 élus de gauche et écologistes, dont le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon et le député européen (Europe Ecologie-Les Verts) Yannick Jadot.

Le Président de la République s’est insurgé, lundi 14 septembre, contre des responsables qui « estiment qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ». « Je ne crois pas au modèle Amish », a-t-il plaisanté. Les Amish, ces anabaptistes d’origine suisse apprécieront-ils cette méchante pique 1 ?

« La France est le pays des Lumières, c’est le pays de l’innovation. On va tordre le cou à toutes les fausses idées. » Le choix de la 5G, « c’est le tournant de l’innovation », a insisté le chef de l’Etat devant une centaine d’entrepreneurs de la « French Tech » réunis dans la salle des fêtes de l’Elysée. On appréciera le rapprochement que fait le président entre le « pays des Lumières » et le retour à la « lampe à huile » (pourtant en usage au temps de Voltaire).

En charge de développer la pensée présidentielle, Cédric O, le secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique, a donné un entretien au Monde (Vincent Fagot). Il y soutient que la 5G est « indispensable à la France ». Extraits :

« Soyons très clair : il y a des interrogations chez certains de nos concitoyens. Elles sont légitimes et nous devons y répondre méthodiquement, en nous fondant sur ce que nous dit la science. Or, l’ensemble des agences sanitaires des pays du monde entier, dont l’Anses [l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail], ont toujours indiqué qu’il n’y avait pas à ce jour de raison de penser que la 5G représentait un risque supplémentaire par rapport à la 4G ou aux autres radiofréquences, pour lesquelles la France possède des normes de protection parmi les plus élevées du monde 2 .»

Que répond-il, le secrétaire d’Etat au maire hyper-écologiste de Grenoble, Eric Piolle, pour qui la 5G ne sert « qu’à regarder du porno dans les ascenseurs » ? « Ces propos reflètent une méconnaissance étonnante pour un ingénieur et un mépris des Français qui ne sert en rien l’environnement » estime Cédric O.

La question, complexe, aurait pourtant mérité de plus longs dégagements. Pourquoi les ascenseurs ? Sont-ce les médias qui rabaissent les débats ?

A demain

1 La première règle Amish est : « Tu ne te conformeras point à ce monde qui t’entoure ».

2 C’est à dire vrai un tout petit peu plus compliqué : Nau J-Y, « On peut être raisonnablement inquiet face à la « 5G ». Voici pourquoi », Revue Médicale Suisse 2020; volume 16. 380-381

Pourquoi la PDG de Radio France a-t-elle le droit de s’opposer au port du masque dans les studios ?

Bonjour

25/08/2020. Jamais on n’a autant parlé du Covid-19 et du port du masque sur les ondes radiophoniques. C’est tout particulièrement vrai sur celles de Radio France qui décline depuis des semaines les innombrables variations sur ce thème. Mais qu’en est-il pour ceux qui sont en studio, derrière les micros ? Sibyle Veil, présidente-directrice générale du groupe radiophonique, vient pour la première fois d’aborder le sujet, comme le rapporte Le Monde (Sandrine Cassini et Aude Dassonville). Et, à la différence de ce dernier, on ne manquera pas de s’étonner.

Conférence de presse de rentrée organisée en ligne. « Autour de la table, tous les patrons des stations – France Inter, France Bleu, Franceinfo… – étaient présents aux côtés de Mme Veil » rapporte Le Monde. Et Mme Veil de saisir l’occasion pour donner son avis sur la question des masques à la radio – ce alors même que la polémique sur ce thème enfle au sein des médias. Pour le moment, « il n’y a pas d’obligation de porter le masque dans les studios. Mais la radio, c’est le métier de la voix et du souffle, sur lequel le port du masque a donc des conséquences. Sans compter que la radio est de plus en plus filmée. C’est important pour les malentendants de pouvoir lire sur les lèvres », a fait valoir la présidente-directrice générale de Radio France.

Où l’on comprend que la radio publique fera exception à la règle dictée par le pouvoir exécutif. Au nom de la voix, du souffle, des images filmées et des malentendants. Qu’en sera-t-il, demain, sur les chaînes, publiques et privées de télévision ?

Visages découverts ou visages masqués

Pour le reste Mme Veil n’a cessé de parler de la crise liée à la pandémie de Covid-19 qui a eu des conséquences sensibles sur les finances de Radio France. Le groupe vit certes essentiellement de la redevance, mais il engrange également des recettes publicitaires – malmenées par la pandémie Pas question donc de tirer un trait sur le plan d’économies. « Les économies décidées avant la crise sont maintenues par l’Etat, qui nous l’a confirmé officiellement. La contribution à l’audiovisuel public va baisser d’ici à 2022. Nous n’avons donc pas d’autres choix que de mettre en œuvre notre plan d’économies et réduire la masse salariale », a-t-elle expliqué.

Avec une réduction de la contribution publique de 20 millions d’euros par an et en tenant compte de la croissance mécanique des charges et d’un redéploiement de 20 millions d’euros des dépenses vers le numérique, l’entreprise publique doit économiser 60 millions par an. Aussi, avec une masse salariale qui représente 60 % de son budget, Radio France avait prévu, en 2019, de supprimer 299 des quelque 4 400 postes du groupe.

Après une grève sans précédent de cinquante-deux jours  des négociations étaient en cours entre la direction et les organisations syndicales début 2020 – avant que la pandémie ne vienne les interrompre. Pourquoi ? « On ne négocie pas à distance », a expliqué Mme Veil. Les discussions doivent ainsi reprendre en septembre. En tête à tête. Visages découverts ou visages masqués ?

A demain @jynau

Martin Hirsch accuse désormais le Pr Raoult d’user des «vieilles ficelles complotistes»

Bonjour

25/08/2020. Rentrée et retour-réflexe des personnalités habituées des médias. Sur France Inter, une nouvelle fois Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP. Promotion d’un nouveau livre au titre botanique énigmatique 1. Avec une précision, de taille : « Ce livre n’est pas celui qui dit que j’ai eu raison et que les autres sont des couillons ». Certes. Mais à bien l’écouter certains seraient plus dangereux que d’autres.  

On a ainsi, selon lui, assisté durant cette épidémie à la jonction du « populisme scientifique » et du « populisme politique » – règlement de compte vis-à-vis du Dr Philippe Douste-Blazy, ancien ministre et grand promoteur médiatique des recommandations-chloroquine du Pr Didier Raoult. Martin Hirsch vaut ici d’être cité qui parle de « scientificiens populistes » comme il en est de certains politiciens :

« Jusqu’à présent la science était une sorte de rationalité contre le populisme. C’est quoi le populisme ? C’est faire croire aux gens que tout est possible n’importe comment, qu’il n’y a pas de contraintes, dictées par le réel. Et quand la science devient elle-même irrationnelle et utilise les recettes du populisme (faire semblant de se différencier par rapport aux autres, à considérer que tous les gens sont pourris sauf soi et ce même quand on a le même type de comportement, à faire croire à des recettes miracles, à penser que quand cent mille personnes signent pour l’usage d’un médicament on devrait l’utiliser plutôt que de regarder en double aveugle ce qui se passe, etc.) – ça c’est quelque chose de nouveau. On avait vu des dérives individuelles, des prix Nobel dire qu’ils pouvaient soigner le pape avec de la papaye quand il avait un Parkinson [Pr Luc Montagnier en juin 2002] Mais on a jamais vu me semble-t-il, comme ce printemps, une pénétration aussi forte sur les comportements de l’attitude de certains scientifiques. »

Pourquoi nous dire tout et son contraire ?

Comment néanmoins expliquer le succès considérable du Pr Didier Raoult auprès du « grand public » ? Pourquoi est-il plus cru que Martin Hirsch ou que les responsables de l’exécutif ? Martin Hirsch :

« J’explique ça d’abord par sa propre attitude. C’est ce qu’il cherche, avec un talent absolument remarquable. Il cherche à le faire et il utilisent de vieilles ficelles, qui sont des ficelles complotistes… C’est très astucieux, c’est très bien fait … La première chose c’est de dire : ‘’attention, tous vendus sauf moi !’’ – et donc de décrédibiliser le système. La deuxième chose c’est de dire ‘’vous allez-voir je suis le seul à penser comme vous ‘’. C’est la pensée par identification…

« Et en période de crise la population est en général réceptive. On a envie de bouc émissaire, de solutions faciles, d’une clef de compréhension. Donc si quelqu’un vous la livre avec en plus l’ambiguïté sur sa légitimité c’est-à-dire face je suis comme les grands scientifiques, j’ai le plus grand nombre de publications etc. Et pile en fait je suis plutôt comme vous, je suis la victime du système … et bien ça marche. Et s’il y a un deuxième Raoult cela marchera aussi bien – sauf si il y a un peu plus de responsabilité dans la parole collective. »

Responsabilité dans la parole collective médiatique ? Hier Karine Lacombe, invitée d’Inter , parlait d’une entrée dans la deuxième vague, et au même moment sur franceinfo le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, contestait ce terme.

On se penche ici sur la crédibilité de la parole scientifique dans les médias, Martin Hirsch estime qu’il y avait bien, hier, « une erreur – mais une erreur difficile à rectifier ».  « Il faut à la fois ne pas censurer – un scientifique peut avoir raison comme les autres et doit avoir la liberté de parole. estime-t-il. Mais ne pas laisser chacun à trop d’individualisme. La solution est d’aider les scientifiques  à faire au micro ce qu’il font dans leur labo ou dans leur colloque : faire du collégial. » Ne pas laisser faire qu’à force d’accumulations médiatiques d’opinions dissidentes on ne s’y retrouve plus… ». Son propos vaut aussi, faudrait-il le rappeler, pour les politiques : « Comment on en vient à nous dire ‘’tout et son contraire’’ sur le Covid-19 ».

A quand la rencontre sur le pré ? A quand le grand débat télévisé entre le directeur général de l’AP-HP et celui de l’IHU Méditerranée ?

A demain @jynau

1 Hirsch M. L’Enigme du nénuphar. Editions Stock. « Ce sont des mots confiés d’un souffle au dictaphone chaque soir, comme un ultime effort après une journée folle. Ce sont des messages d’encouragement adressés chaque matin à ceux-là même que les Français applaudissent à 20 heures. Pour que ces moments ne tombent pas dans l’oubli. Pour qu’il reste une trace. Pour que cela ne soit pas ceux qui étaient loin de l’action qui inventent leurs propres récits, vus de l’extérieur. Pour que les leçons soient tirées. Pour que tout ne redevienne pas comme avant. D’habitude, dans chaque crise, il y a toujours quelqu’un pour dire ce que cela lui rappelle. Là, même les plus expérimentés confiaient que cela ne leur rappelait rien, ni en France, ni ailleurs. Du jamais vu. Martin Hirsch, qui dirige l’AP-HP depuis sept ans, a vécu cette crise aux avant-postes. Il a choisi de restituer brut ce qu’il a ressenti, ce qu’il a affronté, ce qu’il a vécu avec tous ceux qui étaient au front. »

Volte-face : Emmanuel Macron fait une croix sur son trop célèbre «quoiqu’il en coûte»

Bonjour

20/08/2020. Sourire. Soutenir la presse en difficulté. Et décalquer le monde d’avant. Ainsi donc le citoyen devra se procurer Paris Match (numéro 3720) pour retrouver les dernières confidences d’Emmanuel et Brigitte Macron – accompagnées des « photos exclusives » du couple présidentiel en vacances dans le Var.

« Le couple présidentiel nous a ouvert les portes de sa résidence (sic) de Brégançon, à Bormes-les-Mimosas (Var). Emmanuel Macron s’est confié à Paris Match, notamment sur la crise sanitaire et économique liée à la pandémie de Covid-19 en France » explique l’hebdomadaire dont la gloire fut, au siècle passé, d’associer le poids (des mots) au choc (des photos).

Soupesons les mots imprimés. Ce fut, pour le président de la République « un été sur la brèche ». « Même en vacances, son emploi du temps est millimétré, surtout quand surgissent les crises et les drames, résume l’hebdomadaire. Le 11 août, il convoquait en réunion virtuelle deux conseils de défense, l’un consacré au rebond des cas de Covid-19, l’autre à la situation au Niger qui a coûté la vie à six Français. »

« Le risque zéro n’existe jamais dans une société »

Paris Match le confirme : l’accélération de la circulation du Covid en France est dans tous les esprits. Paris Match l’affirme : le président de la République veut à tout prix éviter «d’être débordé». « Les Français ont une anxiété légitime, liée au virus, que l’on doit accepter. On vit en temps réel un phénomène épidémique totalement neuf., déclare-t-il sur papier glacé. Nous devons lui donner un cadre, permettre aux scientifiques d’avancer, accélérer sur les vaccins, garantir leur accès, apporter la meilleure réponse sanitaire compte tenu de ce que l’on sait, tester, tracer, isoler, organiser nos urgences, prévenir, généraliser le port du masque lorsque c’est nécessaire.»

Question politique : Un nouveau confinement est-il possible ? «Nous avons des stratégies très localisées, comme ce qui s’est passé en Mayenne, et allant jusqu’à un reconfinement ciblé qu’on pourrait instaurer si la situation l’imposait. (…) On ne peut pas mettre le pays à l’arrêt, parce que les dommages collatéraux d’un confinement sont considérables. Le risque zéro n’existe jamais dans une société. Il faut répondre à cette anxiété sans tomber dans la doctrine du risque zéro.»

Où  l’on entend la fin de la trop célèbre et solennelle formule du « quoiqu’il en coûte » du 12 mars 2020. Cinq mois ont passé. La malencontreuse métaphore du « nous sommes en guerre » commence à être oubliée. On ne parlera pas de victoire sur un virus trop souvent anthropomorphisé. Qui a dit que le risque zéro existait ? Depuis les hauteurs et soleil du fort de Brégançon le message présidentiel est clair : nous allons, ici et là, devoir apprendre à vivre avec le virus-ennemi, passer de l’épidémie à l’endémie. Quoiqu’il en nous en coûte.

A demain @jynau

Masques en entreprises : le Pr Eric Caumes parla et, peu après, le gouvernement s’exécuta

Bonjour

16/08/2020. Nous voici à nouveau au croisement du discours médical et de l’action de l’exécutif. Le 12 août dernier sur franceinfoon retrouvait le Pr Eric Caumes chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Des interventions régulières dans les médias, quelques provocations, une voix qui porte. Nouvelle attaque :

« Santé publique France fait un très très bon travail. On sait où sont les clusters a assuré le Pr Caumes. 50% sont dans des entreprises médicales ou non médicales. Et 22% des clusters sont dans les entreprises privées. Rendons le masque obligatoire dans tous les lieux clos, dont les entreprises privées ! »

Selon le Pr Caumes ce nombre important de foyers de contamination n’est pas dû au protocole sanitaire des entreprises. « Je pense juste qu’il n’est pas appliqué correctement, sinon il n’y aurait pas de souci à se faire, expliquait-il.. Je pense que c’est un problème d’autodiscipline. C’est la nécessité de ne pas se contaminer entre collègues, donc on devrait y arriver assez facilement. On y arrive dans les hôpitaux, mais nous-mêmes on peut se relâcher donc on peut le comprendre ce relâchement. Mais on ne peut pas se le permettre. » Conséquence pratique, quand la chose est possible : « continuer le télétravail à la rentrée ».

L’intervention du Pr Caumes fut, directement ou pas, amplement reprise dans les médias. Quatre jours plus tard on apprend que, pour « endiguer le coronavirus en entreprise », le gouvernement veut modifier « d’ici à la fin août » les règles sanitaires, notamment via le « port obligatoire du masque » dans certaines situations, affirme la ministre du Travail, Elisabeth Borne, dans un entretien au Journal du Dimanche du jour.

Le Haut Conseil de santé publique et les « open spaces » 

A deux semaines de la rentrée et face à des signes d’une possible accélération épidémique Mme Borne explique qu’elle présentera le 18 août  « aux partenaires sociaux les premières évolutions que nous proposons d’introduire ». Elle ajoute que ces décisions devront être prises « dans les jours qui viennent, pour que les nouvelles règles puissent s’appliquer d’ici à la fin août ». Et parmi ces mesures, en écho des propos du Pr Caumes, « le port obligatoire du masque ». Il  sera préconisé « dans les salles de réunion où il n’y a pas d’aération naturelle [et] les espaces de circulation », mais pas forcément dans les bureaux individuels où « il n’est sans doute pas nécessaire », précise-t-elle. Les privilégiés apprécieront.

Elisabeth Borne explique encore que le télétravail devra être mis en place chaque fois qu’il est possible dans les zones de circulation active du nouveau coronavirus. Mieux encore la ministre entend saisir le Haut Conseil de santé publique sur le cas des « open spaces » et l’efficacité des vitres de Plexiglas pour protéger les salariés. Elle ne voit, en revanche, « pas de raison pour remettre en cause la règle actuelle de distanciation » imposant un mètre carré par poste de travail.

Ce n’est pas tout : les employeurs devront se montrer « plus vigilants » quand « des travailleurs sont accueillis dans un hébergement collectif, comme c’est le cas pour les saisonniers », mais aussi « dans les milieux froids et humides » – comme les abattoirs dont on sait qu’ils peuvent être fréquemment des foyers infectieux.

Sans doute n’y a-t-il pas de relation de cause à effet entre les propos du Pr Eric Caumes et ceux de la ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. Peut-être à peine l’ombre d’une corrélation. On ne peut pourtant s’empêcher de penser que, jamais comme aujourd’hui, certains discours médicaux médiatisés peuvent peser sur les décisions de l’exécutif.

A demain @jynau

Covid et journalisme : pourquoi tant de mystères de l’ARS à propos du cluster d’Orléans ?

Bonjour

13/08/2020. C’est un scoop que, dans le Loiret, France Bleu peine à confirmer (Antoine DenéchèreNoémie PhilippotFrance Bleu Orléans). Sollicité par ce média l’Agence Régionale de Santé vient, finalement de confirmer qu’il y a « plusieurs dizaines de cas positifs au Covid-19 liés à un rassemblement conséquent » à Orléans. 

« Selon nos informations, ce foyer épidémique est consécutif à un mariage célébré le dimanche 1er août, quartier de la Source. Et il y a, à ce jour, plus de cinquante cas testés positifs, révèle France Bleu.  Ce mariage a donné lieu à une grande fête avec un nombre très important d’invités (plus de 250 convives selon nos informations). Selon plusieurs sources, les gestes barrières ont été peu ou pas respectés lors de ce mariage. « Il s’agissait d’une fête dans des conditions normales », nous explique-t-on. »  

 « Rappelons que c’est le quartier de la Source, au sud d’Orléans, qui a été choisi pour le lancement de la première campagne de dépistage massif et gratuit ce jeudi dans l’agglomération orléanaise, insistent les journalistes. Plusieurs autres clusters familiaux, plus petits, ont été recensés ces derniers jours dans l’agglomération orléanaise. Cette campagne de tests pourrait logiquement conduire à accroître encore le nombre important de cas positifs au Covid-19 liés à ce mariage.

Les responsables de l’ARS Centre-Val de Loire ne souhaitent pas confirmer ou infirmer ces éléments. Pourquoi ? A quel titre ? De quel droit ? On ne le sait pas.

A demain @jynau

Bernard-Henri Lévy dénonce tous ces médecins qui nous faisaient la leçon à la télévision

Bonjour

01/05/2010. Pour un peu, en rire : « Sur la pandémie, Bernard-Henri Lévy n’a rien à nous dire, aussi en fera-t-il un livre ». Or il l’a (déjà) fait  : « Ce qui virus qui rend fou » 1. Et ce matin le philosophe était (déjà) l’invité du Grand Entretien de la matinale de France Inter en compagnie de Nicolas Demorand et Léa Salamé.

Etait-ce la précocité de l’heure ou la complexité d’un sujet trop vite survolé ?  On a connu BHL capable d’autres envolées. Comment comprendre, par exemple, qu’il puisse attribuer à Paul Valéry « et d’autres » (sic) la célèbre formule de René Leriche : « La santé c’est la vie dans le silence des organes ». Pour le reste qu’a-t-il à nous dire ? Extraits :

« Il y a eu une sorte de mondialisation de la peur, la façon dont, à la seconde, une épidémie de terreur s’est abattu sur le monde, ça ne s’est jamais produit (…) Je trouve que les villes vides, c’est pas beau, rester chez soi était utile pour une raison sanitaire, mais ce n’est pas une vertu.

« Sanitairement, il fallait les gestes barrières, cesser de se serrer la main…la vrai problème, c’est que les gens se soient confit dans ce confinement, cette incroyable docilité, que ce silence des organes soit un silence de couvre-feu et mirador. Quand j’entends certains médecins, comme Anthony Fauci, dire ‘le serrement de main ne reviendra plus’, c’est affreux ! (…) J’ai du mal à associer soumission et … grandeur : je trouve qu’il y a plus de grandeur chez ceux qui ont accepté les règles en râlant.

« Pascal ne disait pas que rester chez soi était de cuisiner et mettre ses plats sur Instagram, mais que c’était douloureux, que le repli sur le soi n’est pas une vertu (…) On est devenu délateur. Il y a eu des actes de civisme, mais aussi un incivisme grandissant : le civisme, c’est pas de s’enfermer, de jouir de rester chez soi« .

« Il y avait un traitement plus complexe à faire de tout ça (…) Il y avait quelque chose qui était en route et qui est en train de se sceller. Nous sommes de plus en plus nombreux à choisir la santé dans le débat entre sécurité et santé (…) Le passage entre contrat social et contrat vital : c’est ce qui est préoccupant, je crois que c’est pas un bon deal. »

« La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! »

De cette promotion on ne retiendra guère, avec la mémoire de Michel Foucault, que le passage les rapports entre pouvoir politique et le pouvoir médico-scientifique. Un pouvoir politique qui cherche à se relégitimer grâce à un « supposé savoir » associé à un « abus d’autorité incroyable ». Le Pr Jean-François Delfraissy et son Conseil scientifique apprécieront- de même qu’Emmanuel Macron. BHL:

« Ces médecins qui passaient leur temps à nous faire la leçon à la télévision, pardonnez-moi mais moi, à l’oreille j’entendais l’abus d’autorité. Ce pouvoir médical cela fait des siècles qu’il se cherche, des siècles qu’il tente de s’imposer. Et là il a failli triompher ! La République ce n’est pas le pouvoir des experts ! La République c’est le pouvoir des politiques. La République ce n’est pas l’hygiénisme, c’est pas le pouvoir des médecins qui transforme la politique en clinique, qui font la chasse au virus …. La politique, ce n’est pas le pouvoir médical … »

Et le philosophe médiatique d’accuser journalistes, médias et spectateurs d’avoir accepté cette « prise de pouvoir par les médecins ». « D’ailleurs les meilleurs d’entre eux savaient que c’était absurde, ils étaient embarrassés de ce rôle, ils savent qu’ils ne sont pas d’accord les uns avec les autres, que la médecine n’est que très partiellement une science exacte, que la médecine c’est plein de querelles, que c’est encore pire que la philosophie… ».

Selon lui le président de la République a eu grand tort de parler de « guerre », les médecins et les médias ont eu tort d’entretenir un sentiment de peur cette « mauvaise conseillère ». Avec, en toile de fond des « émerveillés du confinement », un monde qui serait (enfin) débarrassé des humains.

Et BHL d’évoquer (lui aussi) le Pr Didier Raoult qu’il n’est pas sans admirer.

« Moi je connais la chloroquine, je suis un vieux paludéen, c’est aussi un bon médicament, il m’a sauvé la vie il y a cinquante ans… Le spectacle qu’ont donné les médecins à cette occasion, ce tintamarre,  cette pétarade, cette chamaillerie, cette pétarade à la table du roi, c’était l’illustration  du pire de ce que je dis sur les exagérations du pouvoir médical. »

Précision : durant le confinement BHL n’est pas allé à la campagne. Il est resté à Paris et n’a fait que deux reportages, l’un au Bangladesh, l’autre à Lesbos.

A demain @jynau

1 « Ce virus qui rend fou » Bernard-Henri Levy, Editions Grasset, 112 pages, 8 euros, sortie le 10 juin L’ intégralité des droits d’ auteur de ce livre sera versée à l’ ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création).

Face aux nouveaux journalistes d’investigation, deux anciens directeurs généraux de la santé

Bonjour

28/05/2020. C’est une tribune originale, dérangeante, provocatrice. Un texte qui alimentera diverses polémiques dans les champs politique, judiciaire et journalistique. Il est publié dans Le Monde et signé de deux anciens directeurs généraux de la santé : Jean-François Girard (1986-1997) et Joël Ménard (1997-1999) ; deux fortes personnalités médicales.

Un texte que Le Monde présente et résume ainsi : « Pour les anciens directeurs généraux de la santé Jean-François Girard et Joël Ménard, les leçons à tirer de la crise sanitaire liée au Covid-19 ne le seront ni par le journalisme d’investigation ni par les commissions d’enquête ou des actions judiciaires collectives ». Incitons, ici, à sa lecture (et au débat ouvert par Le Monde) à partir de ces quelques extraits :

« La loupe médiatique a jeté son dévolu sur le champ de la santé. Le temps du « Monde de la médecine », sous l’autorité de Mme la docteure Claudine Escoffier-Lambiotte [1923-1996, responsable de la rubrique médicale du Monde de 1956 à 1988], est révolu. La génération de journalistes médicaux qu’elle a contribué à former a presque disparu.

« Des journalistes reconnus pour leurs investigations du monde politique enquêtent aujourd’hui sur l’étrange mélange de la médecine et de la politique, de la santé publique et de l’économie, qui s’est installé depuis février. De nos jours, la pression exercée au travers de la course aux nouvelles des multiples chaînes d’information continue est démultipliée par les interprétations que chacun propose ou invente sur les réseaux sociaux. Le démenti d’une fausse nouvelle est en soi une nouvelle de plus.

La défausse, la rancœur, la vengeance, la possibilité de faire parler de soi

« Il est donc normal pour deux anciens directeurs généraux de la santé (DGS) de suivre avec empathie la situation de leurs successeurs quand on les voit affronter une situation difficile (…)  Les personnalités prises dans les filets du journalisme d’investigation ont des doutes sur elles-mêmes. A aucun prix elles ne peuvent craquer sur leurs faiblesses.

« Volontairement ou non s’infiltrent dans la confrontation aux médias des biais comme la peur, la défausse, la rancœur, voire la vengeance ou la possibilité de faire parler de soi. Savoir que l’on est interrogé par des journalistes oriente les réponses, consciemment ou inconsciemment. La recherche de faits ne devrait pas dépendre de manière disproportionnée des aléas de formulation d’une question ou d’une réponse, ni d’un choix arbitraire des interlocuteurs. Il en sera de même pour les commissions dites « d’enquête » (…)

« Les narrations du journalisme d’investigation accompagnent l’actualité, ont un style particulier d’accroche, en particulier dans les titres, mais leur démarche narrative n’est pas l’histoire. Lire ces narrations est intéressant, creuser l’histoire est une tâche différente et plus difficile, où il faudra échapper aux risques de facilité induits par l’accès à un récit anecdotique antérieur bien écrit, qui influence les mémoires et les analyses critiques ultérieures (…)

« Le point majeur, selon nous, est que les leçons à tirer de la pandémie ne le seront pas par le journalisme d’investigation, ni par les commissions d’enquête, les actions judiciaires collectives ou les débats télévisés. La seule urgence est l’avenir du fonctionnement global de la France et de l’Europe, dans leur composante santé. »

A demain @jynau

Masques: une pauvre affaire d’entremetteur chez un ancien collaborateur d’Olivier Véran

Bonjour

10/05/2020. Il est, parfois, des faits divers que l’on aimerait ne pas avoir à évoquer. Un ancien collaborateur du ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a tenté, en vain, de toucher une commission en cherchant à placer auprès du ministère une offre de masques FFP2. C’était à la mi-mars, alors que la France souffrait d’une pénurie massive de masques de protection contre l’épidémie de coronavirus. Une triste affaire qui vient d’être révélée samedi 9 mai Mediapart (MATTHIEU SUC et MARINE TURCHI).

Cet ancien collaborateur, Tewfik Derbal est ensuite devenu collaborateur d’une députée (LREM, Isère), Emilie Chalas. Il a «confirmé» à cette dernière les faits relatés par le site d’information – puis a démissionné de son poste précise dans un communiqué la députée. Elle ajoute qu’elle «ignorait tout» de ces «faits et comportements», qu’elle «condamne avec la plus grande fermeté».

De son côté, Olivier Véran a répondu au quotidien Le Dauphiné Libéré (Eve Moulinier) que «cette histoire» ne le «concerne pas». «Les premières semaines, le ministère a reçu des centaines d’offres de masques, par tous les canaux imaginables. À tel point que la cellule de crise a dédié une équipe à l’examen de ces offres. L’écrasante majorité était d’ailleurs hélas bidon. J’imagine que celle de Tewfik Derbal l’était aussi, vu qu’aucune suite n’y a été donnée», explique-t-il. Je n’en sais pas plus et j’avoue que j’ai vraiment d’autres choses à gérer dans la période. »

Interrogé par l’AFP, le ministère de la Santé n’a pas souhaité faire de commentaire.

Selon Mediapart, l’ancien assistant parlementaire d’Olivier Véran (ancien député de l’Isère de 2012 à 2015 et de 2017 à 2020) a cherché, à la mi-mars, à positionner une offre de masques FFP2 auprès du ministère de la Santé. Ces masques en grande quantité – au moins un million – étaient proposés par une société française d’import-export avec la Chine, auprès de qui «plusieurs pays» avaient manifesté leur intérêt, «sauf la France».

Selon des messages produits par Mediapart, la société est alors entrée en contact avec Tewfik Derbal, qui a affirmé être «en lien» avec le ministère de la Santé, et réclamé une commission en tant «qu’apporteur d’affaires»: un certain pourcentage du prix sur chaque masque vendu. Un contrat est signé entre les deux parties, mais «la transaction n’aura jamais lieu», et «Tewfik Derbal ne finalisera jamais la commande de l’Etat».

Une pauvre et sordide affaire. On pourrait ne pas en parler. Elle resurgira, le moment venu, quand seront conduites les différentes enquêtes officielles sur les causes véritables (et les conséquences) de la pénurie récurrente, en France, de masques de protection – l’une des failles politiques majeures de la lutte contre cette épidémie.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : premières surprises chiffrées de sa consommation post-médiatisation

Bonjour

06/05/2020. Revenons sur cette étude originale de pharmaco-épidémiologie  1 menée conjointement par l’Agence nationale française de sécurité du médicament (ANSM) et par la Caisse nationale française d’Assurance maladie. Nous avons vu qu’elle portait sur la dispensation de médicaments remboursés sur ordonnance en pharmacie d’officine depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en France. Réalisée à partir des données nationales de remboursement de l’Assurance Maladie elle avait notamment pour objectif de caractériser les comportements de consommation des Français vis-à-vis des médicaments prescrits – que ces médicaments soient en lien ou non avec le Covid-19 –  dans le contexte particulier du confinement décidé et imposé par le gouvernement français.

Il n’est pas inintéressant, dans ce contexte, de se pencher sur le chapitre « Chloroquine/Hydroxychloroquine ». Voici des extraits de ce document dont les auteurs disent observer « une augmentation du nombre de personnes avec délivrance sur ordonnance de Chloroquine/Hydroxychloroquine : à partir de fin février pour la chloroquine et à partir de la semaine 10 pour l’hydroxychloroquine.

« Cette augmentation était de 21% en semaine 10 pour atteindre 62% et 145% en semaine 12 et 13. La délivrance de chloroquine était marquée par un pic autour du 25 au 28 février en passant de moins de 50 personnes par jour à plus de 450. Cela faisait suite à la médiatisation de ce traitement potentiel.

« Les délivrances d’hydroxychloroquine ont été tardives mais plus massives que celles de chloroquine. Ainsi le pic de délivrance sur ordonnance était le 18 mars avec près de 5 000 personnes avec délivrance le même jour pour le seul régime général. Ce pic concernait surtout des personnes déjà traitées par hydroxychloroquine pour des pathologies de type lupus ou polyarthrite rhumatoïde (stockage par peur de manquer après les annonces médiatiques d’un potentiel effet de l’hydroxychloroquine mais aussi des traitements débutés en lien avec le Covid-19).

Sociologie et pharmacie, médecine et médiatisation.

« Nous estimons à environ 41 000 le nombre de personnes supplémentaires ayant acquis sur ordonnance un traitement d‘hydroxychloroquine (ou plus rarement de chloroquine) sur les semaines 12 à 16 de 2020, écrivent les auteurs. La population nouvellement sous hydroxychloroquine (population incidente) était relativement jeune, 62% de moins de 60 ans avec 57% de femmes et globalement plus favorisée socialement avec plus de 30% des personnes résidant dans les 20% des communes les plus favorisées. »

 Il existait de fortes disparités géographiques ; c’est à La Réunion que la chloroquine était la plus prescrite (en instauration 46,0 pour 100 000) par habitant (vs 9,4 en Provence-Alpes-Côte d’Azur et 7,3 pour l’Îlede-France). En terme de prescription d’hydroxychloroquine la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (47,1 pour 100 000) était la première devant la région Île-de-France (35,8 pour 100 000). Le Grand Est, particulièrement atteint par l’épidémie, se situait juste dans la moyenne pour les prescriptions d’hydroxychloroquine (24,9 pour 100 000).

À l’échelle départementale les dix départements ayant le taux de délivrance d’hydroxychloroquine le plus élevé étaient Paris (64,2 pour 100 000), les Bouches-du-Rhône (57,5 pour 100 000), le Var (41,4 pour 100 000), les Hauts-de-Seine (41,2 pour 100 000),le Territoire de Belfort (40,7 pour 100 000), la Corse-du-Sud (39,4 pour 100 000), le Val-de-Marne (36,1 pour 100 000), les Pyrénées-Orientales (35,1 pour 100 000), le Cantal (33,6 pour 100 000) et la Martinique (32,9 pour 100 000).

Les départements ayant les taux de délivrance d’hydroxychloroquine les plus faibles (moins de 15 pour 100 000) se situaient dans départements ruraux peu denses plutôt dans l’Ouest de la métropole, et en Guyane. Il s’agissait de la Mayenne (10,5 pour 100 000), la Guyane (12,4 pour 100 000), Manche (12,6 pour 100 000), la Vienne (12,6 pour 100 000), l’Ille-et-Vilaine (12,8 pour 100 000), les Deux-Sèvres (12,9 pour 100 000), la Loire-Atlantique (13,7 pour 100 000), le Lot (13,9 pour 100 000), les Côtes-d’Armor (14,1 pour 100 000) et l’Indre (14,7 pour 100 000).

Voilà un précieux matériel pour qui s’intéresse à la sociologie et à la pharmacie, à la médecine et à la médiatisation. Il sera aussi du plus grand intérêt, d’observer l’évolution de ces données chiffrées au lendemain des premiers résultats des études cliniques contrôlées.

A demain @jynau

1 « Usage des médicaments de ville en France durant l’épidémie de Covid-19 – point de situation après 5 semaines de confinement (jusqu’au 19 avril 2020). Etude pharmaco-épidémiologique à partir des données de remboursement du SNDS » Dr Alain Weill , Jérôme Drouin, David Desplas, Francois Cuenot, Dr Rosemary Dray-Spira, Pr Mahmoud Zureik