Les journalistes peuvent-ils « harceler » l’exécutif (en réponse au Dr Philippe Batel) ?

Bonjour

« Cher Jean-Yves, Voulez-vous l’adresse de Matignon ? Le numéro de l’avenue de Ségur où se trouve le ministère de la Santé (…) Je lis toujours avec beaucoup de plaisir votre blog mais votre interpellation quotidienne de l’exécutif et des agences de l’Etat commence à donner à vos quotidiennes réflexions des allures d’obsessions persécutrices qui fleurent le harcèlement. »

Ainsi nous écrit notre confrère Philippe Batel – écriture pimentée en écho d’un texte publié sur ce blog : « Mortalité prématurée : quand un géant du tabac s’amuse à jouer avec le conflit d’intérêts ». Comment ne pas répondre ?

Cher Philippe, Qui pourrait ignorer ces adresses républicaines dans les plus beaux quartiers de notre capitale ? Ecrire à leurs locataires ? Imaginez-vous le nombre des envois journalistiques sans retour, depuis tant et tant d’années ? Combien de tribunes, combien d’alertes, combien de papiers pour dire la vérité addictive ? Vous souvenez-vous, cher Philippe, de la désormais mythique rue des Italiens, de la parenthèse Falguière, de la terrasse de Claude-Bernard – sans parler d’Auguste Blanqui, en son boulevard ? Combien d’adresses sans retour ?

Vous poursuivez :

« Aux lectures répétées d’une telle posture incisive, j’en viens à me demander si, dans le domaine des addictions, la résolution des problèmes ne seraient pas à la portée d’actions immédiates tant attendues depuis 70 jours des nouvelles équipes en place (…) A demain donc pour un nouvel épisode de « mais que font donc Agnès, Emmanuel, Edouard, Vincent, Paul et les autres ? ».

Clins d’œil au passé signé Claude Sautet ? Bien volontiers. Allons plus loin. Et autorisons-nous un clin d’œil à George Orwell, son novlangue et son « 1984 » ; Orwell : « La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit ». 2017 : pour l’essentiel, le reste suit. Et c’est ainsi que nous sommes libres de pouvoir adopter (ou pas) quelques postures incisives, d’interpeller (quotidiennement ou presque par voie de blog) le pouvoir exécutif et les agences de l’Etat. Et ce tout particulièrement dans le champ mortifère et fiscalisé du tabac. Ou plus généralement dans celui, qui vous est cher, des addictions – leur prise en charge affûtée et l’amélioration drastique de leur prévention.

Nuire à la réflexion

Ainsi ces « quotidiennes réflexions » prendraient, à vos yeux, « des allures d’obsessions persécutrices » et nous nous rapprocherions de ce délit qu’est le « harcèlement ». L’heure serait à ce point grave ? De fait la gravité est là et elle est bien, dans l’instant, de nature politique. Fonte des idéologies… effacement programmé du législatif… hyperprésidence quotidiennement assumée… mise en ondes napoléoniennes déjà revendiquées. Et il faudrait, cher Philippe, s’interdire de planter quelques épines irritatives dans le talon tabagique de l’exécutif ?

L’idée fondamentale du novlangue est de supprimer toutes les nuances d’une langue afin de ne conserver que des dichotomies qui renforcent l’influence de l’État. Postulat (amplement vérifié) : le discours manichéen permet d’éliminer toute réflexion sur la complexité d’un problème : si t’es pas pour, t’es contre, pas de milieu, pas de quartier. Ce type de raisonnement binaire permet de favoriser les raisonnements à l’affect, et ainsi d’éliminer tout débat, toute discussion, et donc toute potentielle critique de l’État. On appréciera un rythme élevé de syllabes, la vitesse des mots nuisant à la réflexion. Et si la langue possède le mot « bon », pourquoi faudrait-il qu’elle possédât, en outre, celui de « mauvais » ? Remplaçons ce dernier par « non-bon »…

Mais voici que nous pourrions donner l’idée que nous nous égarons, loin du champ de l’exécutif et des addictions. Merci encore, cher Philippe, de l’intérêt critique et en même temps bienveillant que vous portez à nos écrits.

Avec notre amitié.

A demain

Cannabis et double peine : que dire des juges qui condamnent un malade hémiplégique ?

Bonjour

Un journaliste ne commente pas une décision de justice. Mais il ne lui est pas interdit d’en faire état. « Il est arrivé que la justice prononce une condamnation avec dispense de peine dans des cas d’usage et même de culture de cannabis dans un cadre purement thérapeutique. Pour le tribunal de Valenciennes, c’est non » rapporte La Voix du Nord.

Où il est question d’un homme de 42 ans habitant la commune de Brillon. Victime d’un AVC en 2009, aujourd’hui hémiplégique, il dit souffrir de contractures musculaires, de spasmes, de tremblements quotidiens… et ne cache pas avoir recours au cannabis à visée thérapeutique. « Il a essayé les remèdes légaux, mais sans succès :  ‘’ Les effets secondaires sont abominables ‘’, a-t-il expliqué à la barre du tribunal. Le premier provoquait des crises d’épilepsie, tandis qu’avec le second, il passait sa vie à dormir, peut-on lire dans le quotidien régional. Seul médicament qui pourrait l’aider, d’après son avocate : le Sativex®, à base de cannabis et autorisé, mais… toujours pas commercialisé. » 1

Autonomie autarcique

On ne commente pas une décision de justice. Mais on peut tenter de comprendre ceux qui en font l’objet. L’habitant de Brillon était un ancien consommateur récréatif. Devenu hémiplégique il a, comme tant d’autres, commencé à cultiver la plante dans son sous-sol. C’était en 2015. Une autonomie autarcique pour ne pas se fournir « dans la rue », ne pas douter de la qualité ingérée, ne pas financer des mafieux. Une démarche sanitaire et citoyenne en somme.

La vie est parfois difficile dans le Nord. Le quotidien régional rapporte que son ex-compagne, copropriétaire du logement et qui exigeait 200 euros par mois (« les sous du silence »), a fini par le dénoncer en février dernier. Et pour payer cette somme, il avait dû vendre une partie de sa récolte à des amis rencontrés dans des associations et souffrant également de ‘douleurs chroniques’’.

Les douleurs et la peine

On ne commente pas une décision de justice. A Valenciennes la substitut Garnaud a rappelé que la culture de cannabis est, en France, considérée comme un crime – même si le dossier a été correctionnalisé. Elle a refusé d’entrer dans un débat médical et s’est attachée à la loi : « Je ne veux pas qu’on diffuse le message que parce qu’on a des douleurs, on peut être dispensé de peine. »

Pour un peu on parlerait de double peine. Mais ce serait commenter. Puis la substitut Garnaud a requis : 150 jours-amende à 10 euros l’unité pour l’ex (qui avait profité de la culture et de la vente), quatre mois avec sursis et obligation de soins (sic) pour le quadra hémiplégique et trois mois avec sursis pour la mère de ce dernier (qui l’aidait dans la récolte).

L’avocate de ces deux derniers a dit « l’honneur » qu’elle ressentait à les défendre. Elle a précisé que son client utilise, « avec un usage raisonnable », des « espèces médicinales » et ce « sans aucune défonce ». Elle considère qu’il s’agit, en l’espèce, d’un « usage illicite mais indispensable » et réclame la relaxe – ou, au pire, une dispense de peine.

Au final les juges du tribunal de Valenciennes ont condamné le quadra à six mois de prison avec sursis et 1 000 euros d’amende, sa mère à 2 000 euros d’amende et l’ex à 1 000 euros. Il est des condamnations qui ne réclament pas d’être commentées.

A demain

1 Sur l’actualité politique et économique du Sativex®, lire : « Cannabis : les nouveaux brouillards français » Slate.fr 30 mai 2017

Trente-deux ans après, trois membres de la famille du petit Grégory placés en garde à vue

Bonjour

« Vertigineux » dit Le Républicain Lorrain. Qui dit mieux ? Nous sommes le 14 juin 2017. Ce matin, vers 8 heure les gendarmes de la section de recherche de Dijon ont débarqué dans la vallée de la Vologne, là où il y a un peu plus de trente-deux ans le petit Grégory Villemin, 4 ans, a été assassiné. Ils se sont rendus dans un petit village du secteur de Bruyères. Puis ils ont interpellé et placé en garde à vue un couple de septuagénaires. « Un couple dont le nom figure depuis belle lurette dans ce dossier hors-norme et qui a été conduit à la brigade de Bruyères, révèle le quotidien régional. Les militaires leur ont signifié leurs droits, leur ont indiqué pourquoi ils étaient momentanément privés de liberté. Les qualifications pour lesquelles ils ont été placés en garde à vue sont les suivantes : complicité d’assassinat, non-dénonciation de crime, non-assistance à personne en danger et abstention volontaire d’empêcher un crime ».

Les trois personnes interpellées appartiennent à la famille Villemin : il s’agit de l’oncle et de la tante de Jean-Marie Villemin – le père du petit Grégory –, ainsi qu’une belle-sœur, a fait savoir une source proche du dossier. Une quatrième personne, la grand-mère de Grégory Villemin, Monique Villemin, est également actuellement entendue mais en audition libre – son état de santé ne permet pas d’être placée en garde à vue.

Vertigineux. Les plus de cinquante ans comprendront que c’est là un véritable séisme dans la mémoire nationale. Car l’affaire Grégory est bien l’une des plus grandes énigmes criminelles de l’histoire judiciaire française. La mémoire revient à grande vitesse. Le corps sans vie de Grégory Villemin, 4 ans, retrouvé au soir du 16 octobre 1984, pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne. Bernard Laroche, un cousin de Jean-Marie Villemin, inculpé d’assassinat, incarcéré, remis en liberté le 4 février 1985. Son assassinat par Jean-Marie Villemin d’un coup de fusil de chasse. Jean-Marie Villemin condamné pour ce meurtre à quatre ans de prison en 1993.

L’affaire Libération-Duras

Juillet 1985, le juge Jean-Michel Lambert porte soudain ses soupçons sur Christine Villemin. La mère est qui totalement innocentée en 1993 au terme d’un non-lieu retentissant pour « absence totale de charges ».

La mémoire journalistique revient au pas de charge. C’est aussi en 1985, et la demande de Serge July, que Marguerite Duras se rend à Lépanges-sur-Vologne pour le journal Libération. La mère de Grégory refuse de parler à l’écrivaine. Le 17 juillet de cette année-là Libé publie une tribune signée Duras, qui pointe la culpabilité criminelle de Christine Villemin 1. « Sublime, forcément sublime… ». L’article est certes précédé d’un avertissement, « La transgression de l’écriture », rédigé par Serge July, qui rappelle la liberté inhérente à l’écriture de l’artiste. Il n’empêche, l’affaire fait scandale. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Dans sa biographie Marguerite Duras (Gallimard), Laure Adler expliquera en 1998 que « Marguerite Duras se défendra toujours de ce « sublime, forcément sublime ». Huit ans plus tard le journaliste Denis Robert (qui suivait en 1985 l’affaire Grégory pour Libération ) révèle que le texte est en réalité une « version allégée » d’une première tribune, refusée par la rédaction du journal, et dans laquelle Marguerite Duras « développait l’idée qu’une mère qui donne la vie a le droit de la retirer ». Où est la vérité ?

Vertiges de la mémoire. 1985 : c’est le début des « empreintes génétiques » utilisée à des fins d’enquête criminelle; en Angleterre grâce à Alec Jeyffreys. La quête de l’ADN sur les bords de la Vologne ne commencera qu’en 1999, puis en 2008 – l’ADN est alors recherché sur les scellés. En 2013, mise au jour de nouvelles traces d’ADN sur les cordelettes ayant servi à entraver le corps de l’enfant relance une nouvelle fois l’affaire. Puis le procureur général de la cour d’appel de Dijon assure que c’est là une nouvelle impasse. « Il y a toujours un espoir, dans la mesure où le dossier n’est pas fermé. Mais, d’un point de vue scientifique, l’espoir s’éloigne », avait-il alors déclaré.

Au delà des vertiges, que peut-on dire, aujourd’hui 14 juin 2017 ?

A demain

1 Sur l’écriture et les grandes affaires criminelles on lira avec le plus vif intérêt la réédition de « Trois crimes rituels » de Marcel Jouhandeau (Les Editions du Chemin de fer)

 

 

Les étranges alliances : «Le Monde» fait affaire avec Doctissimo ; F. Bayrou avec E. Macron

 

Bonjour

C’est peu dire que nous vivons des temps étranges. Depuis quelques heures tous les commentateurs politiques se nourrissent de l’alliance a priori contre nature que forment le tendre Emmanuel Macron et François Bayrou l’aguerri. Certains y verront le mysticisme de Jeanne d’Arc et son ombre infernale, Gilles de Rais. Le second a dit les pires choses sur le premier ? Qu’importe ! Cette alliance a précisément pour objet de le transformer. Qui se repaîtra de l’autre ? Tout nous est dit sur les ondes. Ainsi que son exact contraire. Et le maire de Pau (grand spécialiste de Henri IV et ancien ministre de l’Education nationale) de souligner qu’alliance n’est en rien allégeance.

Des temps étranges. On apprend à l’instant que le groupe Le Monde lance un bimestriel consacré à la santé et au bien-être – et ce en collaboration avec le site Doctissimo. Ce sera, étrangement, « Sens & santé » (difficile à prononcer). Un bimestriel positionné très précisément « au croisement de la recherche scientifique, des médecines complémentaires et de l’art de vivre ». Une mission ? Bien évidemment. « Vous aider à retrouver ce qui relie en vous le corps et l’esprit, dans un rapport plus équilibré à la nature et au monde » promet, dans son premier édito, la rédactrice en chef Elisabeth Marshall-Hannart, ancienne de La Vie.

« Les secrets du ventre »

Mais encore ? Une centaine de pages, lancement le 2 mars, 5,95 euros, 80.000 exemplaires. Au sommaire du premier numéro : « les secrets du ventre, cœur de la vitalité, clé de notre équilibre » ; « les aliments fermentés » ; « les bains de forêt » et l’immanquable aromathérapie.

Le groupe Le Monde s’associe pour l’occasion à Doctissimo, deuxième site de France dans la catégorie féminin-santé et propriété du groupe Lagardère. Un poids lourd de la Toile sanitaire fondé en 2000 par les Drs Claude Malhuret et Laurent Alexandre, aujourd’hui dirigeant d’un entreprise de génétique belge, devenu spécialiste du transhumanisme, par ailleurs chroniqueur régulier du Monde.

Wikipédia : « Concernant la communication et la publicité, Doctissimo propose aux annonceurs de communiquer par des opérations de parrainage éditorial (parrainage institutionnel, publi-rédactionnels, espace produits, etc.), e-mailing ou de publicité. Doctissimo propose aussi son contenu en ligne à la vente pour tous supports et peut aussi réaliser des dossiers spéciaux et exclusifs ».

« Ce nouveau magazine vient s’insérer dans un marché de la santé en pleine forme, alors que les magazines généralistes sont en crise » nous dit l’Agence France Presse. Que dire de plus ?

A demain

 

 

Votez Montebourg : oasis médicales, hussards sanitaires, dispensaires du troisième millénaire!

 

Bonjour

Arnaud Montebourg, 54 ans, n’est jamais aussi bon (dit-on) que devant des journalistes. Mardi 10 janvier il était devant l’Association des journalistes de l’information sociale. Et Le Quotidien du Médecin était dans la salle (Anne Bayle-Iniguez)

Que peut dire d’original (en janvier 2017) un ancien ministre de François Hollande (mai 2012 – août 2014) à des journalistes s’intéressant à la société et à la santé ? Que dire de captivant quand fut le porte-parole de Ségolène Royale  battant la campagne de 2007 ? Suffit-il de décliner quelques éléments d’un programme destiné à l’ascension  de la face gauche des Primaires Citoyennes ?  Peut-être.

Mr et Mme Bovary

Contre François Fillon (qui a confirmé ce matin sur RMC-BFMTV la suppression d’un demi-million de fonctionnaires) il prévoit de créer 5 000 postes supplémentaires par an à l’hôpital public. Il sait (ou croit savoir) que François Fillon supprimera «100 000 à l’hôpital » sur la durée du quinquennat. « Ça fait 20 000 postes en moins par an quand moi, je dis que les effectifs des hussards sanitaires de la République doivent être renforcés de 5 000 personnes en plus » affirme le citoyen Montebourg.

Il se dit conscient de la « crise » que vit l’hôpital public. Sait-il bien, le candidat de gauche, que l’on ne peut guère plaisanter, en médecine, avec le concept de hussard qui renvoie, pour certains, à celui d’officier de santé ?  C’est une affaire qui date de Flaubert, de Madame Bovary et de son mari : le médecin libéral français déteste l’Etat.

 Soigner en paix

Plonger dans le passé pour réenchanter l’avenir français ? On construira les « dispensaires du XXIe siècle » des « oasis médicales », de sources de vie dans les déserts médicaux ; des espaces où chanteront des généralistes et des infirmières salariés désireux d’exercer en groupe et de soigner en paix.

L’ancien ministre du redressement productif est, comme depuis peu Manuel Valls, partisan de l’interdiction du libre vissage des plaques. Cela vaut pour les plaques en cuivre des médecins comme pour celles, en bakélite, des autres professionnels de santé.

Arnaud Montebourg était porte-parole de Ségolène Royal en 2007 ? C’est la députée (socialiste, Haute-Garonne)  Catherine Lemorton, qui est aujourd’hui la sienne. Présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale elle fut longtemps pharmacienne d’officine. A ce titre elle reste « lucide » sur les chances de convaincre le corps médical. Le secteur 2 ? Les dépassements d’honoraires ? Les supprimer au nom de l’égalité citoyenne devant la maladie, la souffrance et la mort ?

Copié par Macron

« Le candidat ne s’est pas prononcé directement » souligne Le Quotidien du Médecin. « Il faudra les plafonner mais ça ne va pas arriver du jour au lendemain », concède Mme Lemorton. Le tiers payant généralisé voulu par Marisol Touraine, dénoncé par François Fillon ? « Hors de question de revenir sur le sujet. »

Arnaud Montebourg est progressiste : il favoriser l’accès à la couverture santé, à la faveur d’une nouvelle mutuelle publique à 10 euros par mois. Pourquoi ? Parce qu’il a appris qu’entre 30 et 40% des Français éligibles à la CMU-C ne le savent pas. Pourquoi ? On ne le sait pas.

Prothèses auditives

Tout le monde est pour la prévention ? Arnaud Montebourg aussi : il instaurera une consultation annuelle de prévention remboursée à 100 % par la Sécurité sociale. Le type même de la fausse bonne idée ? « L’ambition d’une Sécurité sociale du XXIe siècle doit être d’atteindre une couverture complète de […] soins en matière de prothèses auditives, de soins dentaires et de lunettes », écrit le candidat dans son programme santé.

A l’évidence Emmanuel Macron s’en est inspiré – et il  évoque l’horizon 2022. Arnaud Montebourg ne fixe pas de date. Il parle d’ambition et du XXIème siècle  dans sa globalité.

Finalement, tout bien pesé, on reste sur sa faim.

A demain

1 Tabuteau D. Démocratie sanitaire, les nouveaux défis de santé publiqueEditions Odile Jacob, 2013.

 

 

Une ancienne ministre socialiste tape sur les doigts des journalistes et des buralistes

Bonjour

Les années passent, les fléaux demeurent. Celui du tabagisme comme celui de l’incapacité politique à trouver une thérapie à cette addiction de masse organisée par un Etat dissocié. Dernière pièce en date :

Acte I. Un entretien accordé au quotidien  Sud-Ouest par Jean-Luc Renaud secrétaire général de la Confédération des buralistes.

Acte II. Les commentaires faits, à la lecture de Sud Ouest, par Michèle Delaunay, ancienne ministre socialiste des  Personnes âgées, aujourd’hui députée (PS, Gironde) et présidente de l’Alliance contre le Tabac.

Acte III. Les commentaires de ces commentaires que l’on peut lire sur Le Monde du Tabac, site des buralistes.

Que dit le patron des buralistes ? Ceci :

 « Nous vendons le paquet neutre depuis le 20 novembre dernier et toutes nos inquiétudes se vérifient. Nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes. En revanche, pour nous, les buralistes, c’est un surcroît énorme de travail pour identifier les paquets, qui sont tous identiques, et les ranger. Sans compter le risque d’erreur pour nos clients.

« Si on veut protéger la santé, ce qui est légitime, menons alors une vraie politique de prévention comme en Allemagne, où le tabagisme diminue chez les jeunes alors qu’il n’y a pas de paquet neutre et que la publicité pour le tabac y est autorisée. Ce que nous demandons, surtout, c’est que les fumeurs achètent leur tabac chez nous et que l’État s’attaque vraiment au marché parallèle ».

Que répond Michèle Delaunay ? Cela :

 « Cet article rapporte l’ ‘’opinion’’ d’un buraliste sur le paquet neutre, alors que celui-ci n’est que très partiellement entré dans les linéaires de vente (première apparition le 20 novembre), les débitants ayant le droit d’écouler leurs stocks jusqu’au 31 décembre. On comprend à l’évidence que, utile ou non, il n’a aujourd’hui aucune chance d’avoir pesé le moins du monde sur le volume des ventes.

« Or notre buraliste affirme le contraire. Il a le droit, mais le journaliste a deux devoirs : 1-de l’interroger sur la brièveté du délai et son manque de signification 2- de ne pas mettre son affirmation en encadré au coeur de l’article « nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes depuis le paquet neutre ».

« Le contenu de l’interview est,  ‘’as usual’’, un résumé des éléments de langage fournis par les cigarettiers : approximations (« des milliards.. »), vérités falsifiées (1000 fermetures de bureaux de tabac par an alors que beaucoup sont des regroupements ou des relocalisations et que les bureaux de tabac sont les 3èmes commerces de sécurité les plus florissants), déformations de faits (l’efficacité de la prévention en Allemagne), contradictions (sur les ventes illicites)…

« Tout cela, sans avis contraire mis en face à face, comme on le trouve de plus en plus souvent dans les médias écrits, sans droit de réponse, sans question demandant des précisions ou opposant des faits. Le paquet neutre n’est pas LA solution contre le tabac, mais il ne sert certainement pas à rien.

Responsabilité électronique

 « Pourquoi je râle ? Parce que le sujet est trop sérieux pour qu’on accorde une demi-page à un buraliste sans aucun rétablissement des vérités démontrées, ni sans aucune mise en perspective. Parce que, tout simplement, le tabac tue en deux jours autant que l’insécurité routière en un an. Tous les médias aujourd’hui -à raison- insistent sur les risques encourus dans la nuit du 31 décembre et alertent les conducteurs. Devons-nous laisser « l’opinion » d’un seul peser sur l’Opinion en toute impunité ? Les médias ont aujourd’hui une considérable responsabilité concernant les grands enjeux de santé publique qui détruisent nos sociétés de l’intérieur (addictions en tête). Responsabilité qu’ils partagent avec les politiques et dont, les uns et les autres, ils devront répondre.  ‘’Vous saviez et vous n’avez rien fait’’.

Sud Ouest répondra-t-il à l’ancienne ministre ? Le Monde du Tabac s’y emploie « D’ici que Michèle Delaunay émette une proposition de loi imposant la publication d’un avertissement sanitaire chaque fois qu’un buraliste s’exprime dans la presse, il n’y a qu’un pas ». Qui le fera ? Pourquoi Mme Delaunay ne dit-elle rien, elle qui sait, sur sa propre responsabilité quant à son absence d’intérêt pour la cigarette électronique ?

A demain

 

Blog : en 2016 «Journalisme et Santé publique» a flirté avec les 600 000 visites. Merci.

 

Bonjour

Mesurer l’écho d’un blog ? « Journalisme et santé publique »: il y a deux ans nous faisions état  de 330 000 « visites » pour l’année 2014. Un an plus tard, les statistiques officielles (celles de « Wordpress.com ») recensaient, pour 2015, un peu plus de 500 000 « visites »  (et de près de 300 000 « visiteurs »). Les mêmes méthodes statistiques annoncent, pour l’année 2016, un peu plus de 585 000 visites (et près de 350 000 visiteurs).

Trop en parler, immodestie ? Se taire, fausse modestie ? Ne voir là qu’une forme de remerciement à celles et ceux qui « visitent » et relaient ce blog. Celles et ceux qui critiquent… s’énervent… s’indignent… commentent… apprécient… n’en pensent pas moins…

Remercier aussi nos confrères de Slate.fr, le Club des médecins blogueurs (Dominique Dupagne), la Revue médicale suisse (Bertrand Kiefer), le site Planetesante.ch (Michael Balavoine), La Revue du Praticien (Jean Deleuze), SOS Addictions (William Lowenstein) et tous les croisés, évangélisateurs et chevau-légers lanciers de la réduction des risques.

Médecins et journalistes

Sans oublier, non plus, Antoine Flahault et tous les confrères (médecins et journalistes, français et étrangers) qui nous aident à décrypter, commenter, les terres, vastes, mouvantes et toujours politiques, situées aux confins du journalisme, de la politique, de la santé publique et de la bioéthique.

Rapporter… raconter…débusquer… commenter… critiquer… acidifier… dénoncer parfois. Liberté de ton, de sujet, de titraille, d’expression et de longueur. Le blog est, aussi, un formidable espace journalistique.

Année étrange, 2016 a vu se tourner bien des pages. Une autre année commence. « Rien n’est plus beau que la vérité, sinon un fait divers joliment raconté» écrivit un beau jour Jean-Pierre Quélin, dans Le Monde. Continuons, nous aussi, à raconter les faits divers et leurs vérités.

Bonne année

A demain