Alcoolisme: Philippe Manœuvre, depuis vingt ans, n’a pas «touché une goutte». Et après ?

Bonjour

Philippe Manoeuvre aura bientôt 65 ans. C’est un journaliste, animateur radiophonique, spécialiste de bandes dessinées critique musical dont l’un des titres de gloire est d’avoir été durant vingt-quatre ans (de 1993 à 2017) le rédacteur en chef du magazine Rock & Folk. Il a également collaboré aux Nouvelles littéraires, à Playboy et à Libération.C’est, dans ce domaine, une bibliothèque vivante doublée d’une forme de caricature auto-proclamée qui fait le bonheur des humoristes-imitateurs.

Tintin du rock’n’roll

Aujourd’hui à la retraite, l’homme a trouvé un siège aux « Grosses Têtes » – comme Roselyne Bachelot (qui fut ministre). Et il fait la tournée des grands-ducs médiatiques pour assurer la promotion de son dernier opus, Rock, ma vie est un roman (HarperCollins) :

« L’autobiographie de Philippe Manœuvre est une plongée dans la vie de celui qui est devenu une légende du Rock à lui tout seul, un personnage vibrionnant, un Tintin du rock’n’roll immanquablement chaussé de ses Ray-Ban, le plus célèbre critique rock français de ces quarante dernières années. Proche d’Iggy Pop, de Polnareff, de Gainsbourg et de tant d’autres, intervieweur des Stones plus de vingt fois, il a fréquenté les plus grandes stars et parle aux baby-boomers comme au public de la « Nouvelle Star ». Ce livre foisonnant d’anecdotes, qui raconte comment cet homme et tous ces musiciens ont voulu changer le monde à travers le Rock, est à l’image de Manœuvre : il rocke. »

Passage obligé dans les colonnes du Monde (Laurent Carpentier) : « Un apéro avec Philippe Manœuvre : ‘’J’ai vu que Keith Richards non plus ne boit plus’’  Chaque semaine, ‘’L’Epoque’’ paie son coup. Cette semaine, Philippe Manœuvre, l’enfant du rock aux lunettes noires, parle abstinence, nuits blanches et lendemains qui se déhanchent ».

« Proposer un apéro à un ex-alcoolo, c’est comme inviter un évêque au bordel. Cela fera vingt ans cette année que Philippe Manœuvre n’a pas touché une goutte d’alcool, pas même un verre de vin blanc quand des copains apportent des huîtres. ‘’Pas toujours facile, mais je sais que si j’y touche, même un verre, le lendemain c’est trois verres, et je reviens illico au niveau où je m’étais arrêté.’’ Tournée générale de thé Earl Grey ! »

Sevrage réussi

Où l’on découvre, en s’intéressant au sujet, qu’il n’en est pas à sa première confidence médiatique sur son alcoolisme et son sevrage jusqu’ici réussi :

Juin 2008 : « Philippe Manœuvren’a pas toujours été le dynamique et avisé juré de la Nouvelle Star que l’on connait. Il fut un temps où le rédac’ chef de Rock & Folk avait de sérieux problèmes de drogue et d’alcool. Dans deux interviews accordées à GQ et Voici, il revient sur son passé d’alcoolique et de toxicomane.

« L’alcool tout d’abord. « À un moment, tu constates que tu es à une bouteille de Jack Daniel’s par jour et tu te dis : ‘Hum, ça serait bien qu’on ne dépasse pas’. […] Et puis tu t’aperçois que tu prends ton petit déj’ à la Heineken. À midi, tu vas boire trois bouteilles de vin avec une attachée presse et puis après tu recommences au Jack Daniel’s. Et parfois, la nuit, vers deux heures du matin, tu te dis : ‘Tiens, on se boirait pas des vodkas ?' ». En 1999, le complice de Lio, Sinclair et André Manoukian a tourné le dos à la boisson quand il s’est aperçu qu’il avait perdu toute inspiration et qu’il ne parvenait même plus à écouter de la musique. La drogue ensuite. « Je n’ai jamais été attiré par l’héroïne et j’ai arrêté la coke il y a un siècle. À un moment, j’ai été loin dans l’alcool… Je pesais vingt kilos de plus, j’étais sordide. » »

Décembre 2010 :  À l’occasion de la sortie de son livre – Le Rock français -, Philippe Manœuvre a rencontré nos confrères de Grazia. L’ancien juré de Nouvelle Staraujourd’hui sur Canal+, et toujours rédacteur en chef de Rock&Folk, prend un malin plaisir à tordre les clichés du rock. Certes, il ne quitte jamais ses lunettes noires et considère qu’une « veste Levi’s reste d’un chic incroyable« , mais pour ce qui est de l’expression sex, drugs & rock’n’roll, Manoeuvre en est bien revenu.

Dérive et sobriété

« Il raconte par exemple qu’il est aujourd’hui sobre après quelques années de dérive : « Je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis 1999. J’ai été obligé de m’arrêter : je buvais toute la nuit, toute la journée. Je faisais 20 kilos de plus, vous n’auriez pas aimé me voir et je n’aurais pas aimé que vous me rencontriez non plus. Quand je passais devant une glace, je me disais : C’est qui ce lourd ? Je me suis arrêté tout seul et j’ai évité la case rehab en écoutant John Coltrane. » Sa nouvelle drogue ? Le thé ! »

Où l’on en vient a regretter de ne pas disposer (à des fins de réduction des risques sinon d’exemple édifiant à proposer) d’un long témoignage, circonstancié, sur les modalités et les ressentis de cette sortie réussie d’un enfer où tant d’autres sont restés. Une reportage au plus profond de soi, en somme, comme il en existe quelques-uns dans la littérature – à commencer par « L’Opium » 1 de Jean Cocteau. Cocteau, l’auteur de « La Difficulté d’être » 2. Cocteau poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français. Mort à Milly-la-Forêt en 1963. Philippe Manœuvre n’avait pas encore dix ans.

A demain

@jynau

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

2 Comme OpiumLa Difficulté d’être est un livre de cure, cure de repos après le calvaire enduré pendant le tournage de La Belle et la Bête, durant lequel Cocteau souffre notamment de plusieurs maladies de peau. Le livre est commencé à Morzine (Haute-Savoie) en février 1946, continué à Paris, achevé début juillet à Verrières-le-Buisson, chez les Vilmorin. La convalescence se poursuivra dans le Poitou à La Roche-Posay du 25 juillet au 24 août. Le livre, auquel Cocteau ajoute une belle préface écrite en mars 1947 dans la maison qu’il vient d’acheter à Milly-la-Forêt, paraît en juillet de cette année.

 

A savoir : Agnès Buzyn «en a marre» d’être cantonnée à son champ de compétences

Bonjour

Quand le moment du bilan sera venu, voilà un portrait qu’il faudra retrouver: « Buzyn, la ministre qui veut se ‘’lâcher’’ ». Signé d’Anna Cabana on le trouve dans le Journal du Dimanche. Etrange portrait qui vient au terme d’un très long dossier consacré aux « vrais chiffres » des hôpitaux et maternités qui ont fermé, ce sous-chapitre des déserts médicaux, aiguillon des Gilets Jaunes.

Portrait peu banal, donc, d’une ministre longtemps tenue pour idéale et dont on découvrirait (à l’Elysée) qu’elle serait notablement sous-employée. « Profil rassurant », certes, mais ne parvenant pas à imprimer dans les médias – à la différence notable de Marlène Schiappa, 36 ans. « Aux yeux des journalistes 1, les sujets n’existent que s’ils sont polémiques, dit-elle. Je ne parle pas fort et je ne suis pas clivante. » Et quand elle cherche à « cliver » c’est souvent une opération ratée.Comme quand elle a « forcé le trait » vis-à-vis de François-Xavier Bellamy, 33 ans, (tête de liste des Républicains aux élections européennes) accusant ce dernier « d’être hostile à la contraception » quand il s’est déclaré personnellement opposé à l’IVG.

« A cogner trop fort on prend le risque de disqualifier son indignation, non ? demande la journaliste. ‘’Je suis très spontanée, je ne calcule pas sur qui je vais cogner ni quand, répond-elle. Un peu comme le président de la République qui parfois se lâche et dit ce qu’il pense’’ (sic). » Et de revenir sur le cas François-Xavier Bellamy qu’elle qualifie cette fois d’ « archaïque ».

Parler tous les jours de la grippe et des urgences

Portrait en rupture d’une femme que « l’on ne saurait soupçonner d’être hypocrite » et qui entend désormais ouvertement faire de plus en plus de « politique ». « J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences, ose-t-elle déclarer à la journaliste. Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujets (…) On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. »

Elle le dit aussi autrement. Elle souhaite désormais « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). Est-ce dire que faire de la politique c’est, consubstantiellement, sortir de son champ de compétences ? Et si oui à quelles autres fins que le seul exercice du pouvoir ?

Et puis retour à la modestie : «  Je ne sais pas si le président de la République a eu raison de me faire confiance en mai 2017 ». Avant de menacer et de prendre le risque de se vanter avec une phrase à l’emporte-pièce : « Je suis extrêmement tenace, je ne lâche rien et je gagne à la fin ». Agnès Buzyn gagnera-t-elle à la fin ? Sur quels tableaux ? Le moment du bilan venu c’est un portrait qu’il faudra retrouver.

A demain

@jynau

1 Cette interrogation de l’historien Patrick Boucheron dans le même Journal du Dimanche (propos recueillis Marie-Laure Delorme) : « Comment en est-on arrivé à ce que les journalistes soient perçus comme des nantis et des ‘’chiens de garde’’ de l’Etat, au mépris de toute sociologie réaliste de l’exercice de leur métier ? » Il est peu vraisemblable que « les journalistes » soient, ici, capables d’apporter une réponse objective. Qui le pourra ?

 

«Radio France bleu Isère incendiée cette nuit». Pourquoi tant de haine envers les médias ?

Bonjour

28 janvier 2019. Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. Et pourtant, coment ne pas y songer ? Une synthèse est offerte par Le Figaro. «Pas de radio ce matin». C’est ainsi que le site de France Bleu Isère a annoncé ce lundi avoir été victime d’un incendie, qui a «ravagé» dans la nuit de dimanche à lundi une partie de ses locaux, situés dans le centre-ville de Grenoble. «Heureusement, il n’y a aucun blessé, mais les dégâts sont conséquents et impossible pour le personnel d’accéder aux locaux», souligne la radio sur son site d’informations. Une dizaine de salariés travaillent habituellement à la radio.

L’incendie se serait déclaré vers 2h30 et aurait détruit le rez-de-chaussée du bâtiment, qui comprenait le studio de diffusion. Selon nos confrères, «l’origine criminelle ne fait guère de doute» car «il y a eu deux départs de feu à l’intérieur des locaux et une porte d’entrée a été fracturée». Interrogé par France Info, le rédacteur en chef, Léopold Strajnic, a indiqué qu’aucune menace particulière n’avait été prononcée ces derniers jours à l’encontre de la radio ou des journalistes. «Les relations qu’on avait sur le terrain, pendant les manifestations, étaient relativement saines. Il est beaucoup trop tôt pour émettre des hypothèses», a-t-il indiqué ce matin.

Aucune revendication n’a été retrouvée sur place. Une enquête a été ouverte. Pour continuer à émettre, la direction de la station envisage de délocaliser une partie de ses équipes à Valence ou Chambéry, et d’utiliser les studios de France Bleu Drome Ardèche ou France Bleu Pays de Savoie afin d’assurer une partie des programmes.

Destruction du langage

Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. Pour autant Le Figaro souligne que cet incendie « s’inscrit dans un climat général de défiance envers les médias ». Il rappelle que ces dernières semaines, plusieurs journalistes ont été victimes de violences alors qu’ils couvraient les manifestations des Gilets Jaunes.

« Souvent traités de «collabos», ils sont soupçonnés de ne rapporter que la parole gouvernementale, de dissimuler les violences policières ou de mentir sur le nombre de participants aux manifestations. Parallèlement, des distributions de journaux ont été perturbées. Cette défiance se retrouve dans un des derniers sondages effectués auprès des Français par l’institut Kantar pour le journal La Croix. Interrogés sur les «critiques et agressivité» touchant les journalistes durant le mouvement des «gilets jaunes», 24 % des sondés les trouvaient justifiées.

Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. On peut aussi, sur ce thème, conseiller la lecture d’un ouvrage remarquable 1, bientôt indispensable : « La Langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement » d’Ingrid Riocreux. Editions de l’Artilleur.

A demain

@jynau

1 « Le journaliste l’ignore, mais les mots ont un sens » Jean-Marc Proust, Slate.fr 25 septembre 2016

 

Faudrait-il enfin croire les journalistes quand ils annoncent qu’ils ne sont plus crédibles ?

Bonjour

C’est une vertigineuse mise en abyme offerte par  La Croix (Aude Carasco) : « Baromètre médias, les journalistes sommés de se remettre en question ». Où l’on découvre que dans le 32e « Baromètre de la confiance des Français dans les médias » 1 pour le quotidien catholique, la crédibilité accordée aux différents supports et la perception de l’indépendance des journalistes sont « au plus bas ». Et ce alors même que l’intérêt pour l’actualité remonte après trois années de baisse.

« Insultes, menaces de viol, jets de projectiles, coups, scènes de lynchage… Après plusieurs agressions de journalistes, des agents de protection accompagnent des équipes de télévision ou radio lors de mobilisations de Gilets Jaunes. Une « ‘’escalade de la haine’’ dénoncée par l’ONG Reporters sans frontières, qui héberge sur son site la pétition  #Libresdinformer, lancée par des collectifs de journalistes et de citoyens pour défendre le droit d’informer. »

Journalisme morne plaine. Un quart seulement des sondés jugent que lesjournalistes sont indépendants du pouvoir et de l’argent. La radio, traditionnellement jugée comme le moyen d’information le plus fiable, sort à peine la tête de l’eau (avec 50 % de niveau de confiance, – 6 points sur un an), devant la presse écrite (à 44 %, – 8 points), la télévision (à 38 %, – 10 points), et Internet (à 25 %, comme en 2018). Interrogés sur les critiques et l’agressivité provenant d’une minorité de manifestants envers des journalistes, un petit quart des sondés (23 %) les jugent justifiées, une majorité (39 %) « pas vraiment », et un tiers (32 %) « pas du tout ».

Conseil de l’Ordre des Journalistes

Violences, fractures et paradoxes révélés par le phénomène des Gilets Jaunes. « Il y a un décrochage important entre les milieux culturels et les niveaux d’éducation, observe le sociologue Jean-Marie Charon. Les plus âgés et les moins diplômés regardent encore très majoritairement le petit écran. Les “intellos” n’ont pas les mêmes sources d’information que les milieux populaires : ils écoutent la radio et s’informent sur les sites de la presse écrite et auprès des médias créés sur Internet. Il y a bel et bien une information à deux vitesses, qui pose plus que jamais le débat de la qualité de l’information. »

Critique majeure : un manque de « terrain » et un plus que trop-plein de « journalisme de commentaire » 2. Pour autant l’utilité du métier de journaliste n’est pas niée. Critiqués voire honnis, les journalistes arrivent en tête des acteurs « qui devraient agir contre la propagation des fake news » (à 37 %), devant les organes de contrôle des médias (35 %), les citoyens eux-mêmes (31 %) et le gouvernement (23 %).

« À travers les critiques exprimées et les réponses faites à ce baromètre transparaît une demande d’évolution dans les modes de traitement (meilleure représentation de la diversité de la société et des opinions, moins de sensationnalisme, plus d’attention portée à la qualité des invités…) et la hiérarchisation de l’information (plus de sujets concernant les grands enjeux de société comme l’environnement et le vivre-ensemble, moins de sujets politiques » résume La Croix.

Et déjà, ici ou là, revient le vieux serpent de mer des périodes de grandes crises : la nécessité de créer un Conseil de l’Ordre des Journalistes comme il en a un, bien connu, des Médecins.

A demain

@jynau

1 « Le 32e Baromètre de la confiance dans les médias ». Étude réalisé par Kantar Sofres/Kantar Media pour La Croix entre le 3 et le 7 janvier 2019.  La méthode utilisée est celle des quotas, auprès d’un échantillon nationale de 1000 personnes, représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Les entretiens ont été réalisés en face à face.

2 La Croix rappelle qu’à la faveur du mouvement des Gilets Jaunes de nouveaux débats sont entrés dans les rédactions. Dès la mi-décembre, Laurent Guimier, le vice-PDG d’Europe 1, et son conseiller Guy Birenbaum faisaient leur « média culpa » dans une tribune aux Échos,confessant un manque de terrain et un trop-plein de « journalisme de commentaire », et invitant les médias à se « réinvestir dans des missions » délaissées. Des discussions ont également été ouvertes à TF1 ou BFMTV. Une consultation a été lancée au sein de la radio France Info, qui possède sa propre agence de vérification. « Si les violences sont inexcusables, il est indispensable, sain et utile qu’un débat et un dialogue aient lieu, estime Vincent Giret, son directeur. Il y a une prise de conscience que le paysage de l’information a changé et qu’on ne peut plus travailler comme hier. »

Richard Ferrand, ancien journaliste, a-t-il le droit de faire taire un confrère sur Twitter ?

Bonjour

Tout craque dans l’étrange. Et le Nouveau Monde auto-proclamé par Emmanuel Macron prend chaque jour un peu plus, un peu mieux, les vieux traits de l’Ancien. Ainsi cette affaire rapportée par notre antique et toujours vespéral Le Monde (Alexandre Berteau). Une première en France.

« La justice va devoir déterminer si un responsable politique peut empêcher un journaliste d’accéder à son compte Twitter. En l’occurrence, si le président de l’Assemblée nationale est en droit de bloquer le journaliste indépendant Guillaume Tatu sur le réseau social. Proche de La France insoumise (LFI), ce dernier a porté plainte, vendredi 4 janvier, contre Richard Ferrand pour ‘’discrimination’’ en raison de ses ‘’ opinions politiques’’..

Guillaume Tatu, jeune journaliste prometteur a découvert, en septembre dernier, qu’il ne pouvait plus lire ni commenter les tweets du président siégeant au Palais Bourbon. Un blocage qu’il interprète comme une réaction aux nombreux articles de presse relayés sur Twitter par M. Tatu au sujet de l’affaire des Mutuelles de Bretagne dans laquelle le puissant Richard Ferrand est impliqué au premier chef..

Dans sa plainte (que Le Monde a pu consulter) le journaliste déplore « une restriction à sa liberté d’être informé et de pouvoir informer » et ce au motif que le fil twitter du président de l’Assemblée nationale relevant, selon lui, d’un « profil d’intérêt général ».

Expressions cadenassées

« On parle du quatrième personnage de l’Etat, qui tweete de façon exclusive et à longueur de journée sur ses activités parlementaires », a déclaré au Monde l’avocat de M. Tatu, Me Arash Derambarsh. Ce dernier estime que son client « se voit entravé dans son travail de journaliste » (même si un utilisateur bloqué peut encore voir les publications de l’intéressé en naviguant sur Twitter sans se connecter à un compte). Et au-delà des seuls détenteurs d’une carte de presse, les publications de M. Ferrand sur le réseau social « doivent être accessibles à tous les citoyens », estime M. Tatu dans sa plainte.

Conseiller médias de Jean-Luc Mélenchon pendant la dernière campagne présidentielle et ex-journaliste du Média, la web-télé proche de LFI, le journaliste Guillaume Tatu a été « bloqué » par M. Ferrand en tant qu’«opposant politique », estime l’avocat du journaliste. Dans l’entourage du ponte de l’Assemblée nationale on pointe que « cette plainte permet à M. Tatu de se faire une publicité extraordinaire ».

Elargissant sa focale Le Monde conclut qu’outre-Atlantique, se prononçant sur une plainte déposée par sept citoyens contre Donald Trump, une juge fédérale de New York avait estimé, en mai 2018, que le président américain n’avait pas le droit de bloquer ses détracteurs sur Twitter, au titre de la liberté d’expression protégée par le premier amendement.

Vies antérieures

Le Monde ne nous dit pas que Richard Ferrand, dans une vie antérieure, exerça la profession de journaliste, notamment pour Le Monde. C’était avant Twitter, comme l’explique Wikipédia. Né à Rodez le 1er juillet 1962 Richard adhère au PS à l’âge de 18 ans et  commence sa vie professionnelle comme journaliste en collaborant à Centre PresseAuto MotoCirculerVie publiqueLa Dépêche du Midi , et Le Monde.

En 1988, à l’âge de 26 ans, il devient directeur associé d’une agence de graphisme de presse qu’il dirige jusqu’en 1990, date à laquelle il se lance, comme tant d’autres, dans le « conseil en communication ». En 1991, il devient « conseiller en communication » de Kofi Yamgnane, alors secrétaire d’Etat. Dès 1992, il demande à Kofi Yamgnane s’il peut « s’installer en Bretagne et continuer le travail pour le ministère ». L’épouse de Kofi Yamgnane lui trouve une maison à Hanvec, où il s’installe en famille.

Battu aux législatives de 1993, Kofi Yamgnane fait entrer Richard Ferrand aux Mutuelles de Bretagne, via un de ses amis qui en est alors président. Richard Ferrand devient directeur général des Mutuelles de Bretagne en 1998. En mars de la même année, il obtient son premier mandat politique en étant élu conseiller général du Finistère dans le canton de Carhaix-Plouguer.

La suite est connue. Sera-t-il bientôt interdit de la narrer ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

L’entrecôte feuilletée d’or du lièvre Ribéry, les lunettes de tortue écaillée d’Audrey Pulvar

Bonjour

Plus un débat sans violence, plus un repas sans débat. Ainsi Franck Ribéry, 35 ans, footballeur international français sur le déclin, évolue toujours néanmoins au poste d’ailier gauche du Bayern Munich. Victime, à l’âge de deux ans, d’un accident de la circulation qui lui laisse des cicatrices sur le visage,  commence le football à six ans au FC Conti de Boulogne-sur-Mer, rejoint à douze ans le centre de formation du LOSC Lille, dont il sera renvoyé quatre ans plus tard à la suite de mauvais résultats scolaires et de problèmes de comportement.  Généralement caricaturé comme un « footballeur surexcité à la syntaxe sommaire ». Converti à l’islam depuis 2006 il porte aussi le nom de Bilal Yusuf Mohammed.

Franck Ribéry vient d’insulter sans ménagement les personnes qui l’ont critiqué après un article paru dans Bild évoquant une facture de 1200 euros pour une « entrecôte recouverte d’or ». Bild avait révélé qu’en vacances à Dubaï, le célèbre joueur avait rendu visite au célèbre chef Nusret Gökçe à la Nusr-Et Steakhouse pour y déguster une des spécialités de l’établissement.

Et le quotidien allemand de se délecter, précisant que le joueur français et ses proches avaient commandé une entrecôte pailletée d’or d’une valeur de 1200 euros, déclenchant de nombreuses critiques à son égard. Une information reprise par de nombreux médias, notamment par Le Figaro.fr. Avant que l’on apprenne que la facture entrecotesque avait été largement surévaluée,  Bild confondant les euros et les dirhams émiratis. La pièce de chair coûtait un peu moins de 300 euros, et non 1200 comme indiqué.

Remettre les points sur les i et les barres sur les t…

Meurtris par les critiques, l’ancien international a violemment répondu à ses détracteurs et notamment aux médias, via les réseaux sociaux. Extrait (repris non sans délectation par Le Figaro):

«Pour 2019, remettons les points sur les i et les barres sur les t… Commençons par les envieux, les rageux, nés sûrement d’une capote trouée: n*iquez vos mères, vos grands-mères et même votre arbre généalogique. Je ne vous dois rien, ma réussite c’est avant tout grâce à Dieu, à moi et mes proches qui ont cru en moi. Pour les autres, vous n’étiez que des cailloux dans mes chaussettes!».

Ribéry poursuit, amer, regrettant notamment que les médias n’avaient pas relayé ses actions généreuses auprès des associations.

«Ensuite, concernant ces pseudo-journalistes qui ont toujours été dans la critique négative envers moi, mes actes (dernier exemple en date: le prix de ce que je mange!)… Quand je fais des dons (car on m’a appris à donner quand je reçois beaucoup), pourquoi aucun grand média national ne diffuse-t-il cela ?. Non, vous préférez parler des vacances que je passe en famille, vous scrutez mes faits et gestes, ce que je mange etc. Oh, oui, pour ce genre de futilités, vous êtes présents!»

 Puis, « pour mettre un terme à cette polémique qui n’a même pas lieu d’être », Franck Ribéry a publié une capture d’écran d’un article reprenant un tweet de l’ancienne journaliste Audrey Pulvar où elle proclamait « Je fais ce que je veux de l’argent que je gagne ». A l’époque Mme Pulvar avait été particulièrement critiquée après avoir dévoilé le prix de ses lunettes en écaille de tortue… d’une valeur de 3300 euros. Un modèle de la célèbre maison Bonnet, lunetier, dont le prix habituel est nettement plus élevé.

Or aujourd’hui la même tacle le joueur sur Twitter : « Monsieur Franck Ribéry, si vous ne savez pas quoi faire de votre argent, il reste plein de causes à financer et soutenir dans le monde » écrit celle qui désormais préside de la Fondation Nicolas Hulot. Reprise de volée de Franck Ribéry:

« J’espère que vos lunettes [en écaille de tortue] vous permettent d’entrevoir un meilleur avenir professionnel que celui de la pseudo journaliste que vous êtes actuellement ».

 A demain

@jynau

Blog: en 2018 « Journalisme et Santé Publique » a flirté avec les 550 000 visites. Merci

Bonjour

Quelques chiffres pour dire les liens qui nous unissent. « Journalisme et santé publique »: il y a quatre ans nous faisions état  de 330 000 « visites » pour l’année 2014. Un an plus tard, les statistiques officielles (celles de « Wordpress.com ») recensaient, pour 2015, un peu plus de 500 000 « visites »  (et de près de 300 000 « visiteurs »).

Les mêmes méthodes statistiques annonçaient, pour l’année 2016, un peu plus de 585 000 visites (et près de 350 000 visiteurs). Pour l’année 2017, léger recul avec un peu plus de 540 000 visites (pour une activité moindre) et pratiquement le même nombre de visiteurs.

Stabilité à nouveau pour 2018 – avec augmentation du nombre des visiteurs. Plus qu’un succès, une reconnaissance. L’expression chiffrée d’un soutien de celles et ceux qui « visitent » et relaient ce blog. Celles et ceux qui critiquent… s’énervent… s’indignent… commentent… apprécient… ne disent rien mais n’en pensent pas moins…

Le soutien, aussi, de tous les confrères – de tous les titres – que nous citons, de tous ceux nous aident dans notre quête. Sans jamais oublier Slate.fr (Christophe Carron, Hélène Decommer) , le Club des médecins blogueurs (Dominique Dupagne), la Revue médicale suisse (Bertrand Kiefer), La Revue du Praticien (Jean Deleuze), SOS Addictions (William Lowenstein & C°). Sans jamais oublier, non plus, Antoine Flahault qui sut nous mettre le pied à l’étrier.

2019 : l’objectif ne variera pas. Ni la méthode. Liberté de ton, de sujet, de titraille, d’expression et de longueur. Montrer, jour après jour, que le blog peut, aussi, être un formidable espace journalistique. Un espace pour raconter. Pour expliquer. Pour commenter. Au risque de déranger, d’irriter. Continuons, ensemble, à en user.

A demain