Blog: en 2018 « Journalisme et Santé Publique » a flirté avec les 550 000 visites. Merci

Bonjour

Quelques chiffres pour dire les liens qui nous unissent. « Journalisme et santé publique »: il y a quatre ans nous faisions état  de 330 000 « visites » pour l’année 2014. Un an plus tard, les statistiques officielles (celles de « Wordpress.com ») recensaient, pour 2015, un peu plus de 500 000 « visites »  (et de près de 300 000 « visiteurs »).

Les mêmes méthodes statistiques annonçaient, pour l’année 2016, un peu plus de 585 000 visites (et près de 350 000 visiteurs). Pour l’année 2017, léger recul avec un peu plus de 540 000 visites (pour une activité moindre) et pratiquement le même nombre de visiteurs.

Stabilité à nouveau pour 2018 – avec augmentation du nombre des visiteurs. Plus qu’un succès, une reconnaissance. L’expression chiffrée d’un soutien de celles et ceux qui « visitent » et relaient ce blog. Celles et ceux qui critiquent… s’énervent… s’indignent… commentent… apprécient… ne disent rien mais n’en pensent pas moins…

Le soutien, aussi, de tous les confrères – de tous les titres – que nous citons, de tous ceux nous aident dans notre quête. Sans jamais oublier Slate.fr (Christophe Carron, Hélène Decommer) , le Club des médecins blogueurs (Dominique Dupagne), la Revue médicale suisse (Bertrand Kiefer), La Revue du Praticien (Jean Deleuze), SOS Addictions (William Lowenstein & C°). Sans jamais oublier, non plus, Antoine Flahault qui sut nous mettre le pied à l’étrier.

2019 : l’objectif ne variera pas. Ni la méthode. Liberté de ton, de sujet, de titraille, d’expression et de longueur. Montrer, jour après jour, que le blog peut, aussi, être un formidable espace journalistique. Un espace pour raconter. Pour expliquer. Pour commenter. Au risque de déranger, d’irriter. Continuons, ensemble, à en user.

A demain

Agnès Buzyn rattrapée par l’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière

Bonjour

Ce sera, désormais, « l’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière ». Comme il y avait eu, il y a cinq ans, celle de « la femme retrouvée morte aux urgences de Cochin ». Etranges similitudes mais stratégie radicalement différente de la direction générale de l’AP-HP. Entre-soi absolu pour Cochin vs transparence générale et transfert à la justice pour Lariboisière. On ne saura jamais pourquoi. Ou dans très longtemps. Ce qui n’interdit nullement d’observer dès aujourd’hui  les conséquences de cette différence politique de traitement.

20 décembre 2018, c’est l’Ordre des médecins qui, solennellement, prend la parole, élève et politise le sujet. L’institution ordinale, pour l’heure, parle du « terrible drame survenu aux urgences de l’hôpital Lariboisière. Il fait publiquement part « de sa très vive émotion » et « appelle à des mesures d’urgence structurantes pour les établissements hospitaliers et leur personnel ». Extraits ordinaux :

« L’Ordre déplore l’extrême difficulté dans laquelle se trouve aujourd’hui l’hôpital public, et assure de son soutien l’ensemble des médecins et professionnels de santé qui y exercent dans des conditions périlleuses. Cette extrême difficulté appelle des mesures d’urgence structurantes, dirigées vers les établissements bien sûr, mais aussi vers le personnel hospitalier, afin de retrouver les voies d’un fonctionnement normal. L’institution ordinale continuera de défendre des propositions allant en ce sens dans le débat public. »

#soutienauxurgenceslariboisière

Et l’Ordre de renouveler « sa pleine et entière confiance à l’ensemble du personnel hospitalier qui, chaque jour, prend en charge les patients avec le plus grand soin, notamment dans les services d’urgences ». Conclusion qui fera siffler bien des oreilles en haut-lieu : « L’Ordre ne saurait tolérer que le poids et la responsabilité des difficultés liées à l’organisation des établissements hospitaliers pèsent sur les professionnels de santé, dont le professionnalisme et le dévouement honorent l’ensemble du corps médical ».

Lariboisière, donc. Les médias se souviennent qu’en août dernier, les infirmières et les aides-soignantes de cet hôpital manifestaient pour dénoncer le manque d’effectif et les temps d’attente trop longs aux urgences, comme le relayait France Bleu.  #soutienauxurgenceslariboisière avait même été initié sur les réseaux sociaux. Interrogée la direction de l’hôpital de Lariboisière avait assuré au Monde qu’elle « remplaçait systématiquement et sans délai l’ensemble des départs des agents des urgences » et que « tous les postes sont aujourd’hui pourvus ». 

Drame prophétisé

Aujourd’hui les téléspectateurs des messes du 20 heures comme ceux des chaînes en continu découvrent le bel et antique ensemble hospitalier pavillonnaire. Et les mêmes sons : urgences saturées, incompréhension, drame prophétisé. Les syndicalistes s’expriment face aux caméras. La direction managériale fuit les journalistes. La direction générale est avenue Victoria. Quelques médecins parlent, des urgentistes extérieurs à l’établissement. Comme le Dr Gérald Kierzek, sur TF1 et France Info : « Hôpital Lariboisière : « On ne peut pas débiter du malade comme on fait sur une chaîne de production » »

« Le service [des urgences] est en surchauffe permanente. Les syndicats alertent en permanence en disant qu’il va y avoir un drame, malheureusement c’est ce drame-là et je crains que ce ne soit ni le premier ni le dernier ».

« On sait que ce service de Lariboisière est un des plus gros services d’urgences, qui a été construit en 1997 pour 120 malades par jour, et ils sont à plus de 300 malades par jour, donc les équipes font ce qu’elles peuvent, avec ce qu’elles ont en terme de moyens, c’est-à-dire pas grand-chose. Ce n’est c’est pas faute d’avoir alerté la direction générale [de l’AP-HP]. On ne peut pas débiter du malade comme on fait sur une chaîne de production, et c’est ce qu’on nous demande de faire en ce moment. »

Usines à malades

L’urgentiste médiatique Gérald Kierzek n’est pas un inconnu d’Agnès Buzyn. La ministre avait choisi cet « urgentiste et journaliste qui fait beaucoup d’information médicale » pour coprésider la « mission information et médicament » mise en place il y a un an et qui a remis son travail en septembre dernier – un document formulant une série de recommandations pour « améliorer les informations liées à l’utilisation des médicaments». Le Dr Gérald Kierzek était alors présenté comme « représentant des professionnels de santé, praticien hospitalier et chroniqueur santé pour Europe 1, France Télévision et Télé 7 jours ».

 Aujourd’hui Gérald Kierzek en appelle à Agnès Buzyn : « Il ne faudrait pas que la responsabilité retombe sur les infirmiers, les infirmières et les médecins ». Selon lui, il faut à tout prix qu’Agnès Buzyn comprenne qu’on ne peut plus faire des « usines à malades ». Il faut revenir à une « taille humaine », de façon à ne plus « oublier des malades sur des brancards ». Les oublier le soir avant de les retrouver morts, à l’aube, sur les mêmes brancards.

A quelle heure Agnès Buzyn le comprendra-t-elle ?

A demain

Le Monde publie une prestigieuse supplique savante pour que Science & Vie ne meure pas

Bonjour

Tempêtes capitalistiques continuelles sur la presse écrite. Aujourd’hui les nuages noirs foncent sur  Télé StarScience & VieAuto PlusGraziaCloserLe Chasseur français et Pleine Vie. Ces magazines, édités par Mondadori France, seraient sur le point d’être repris par le groupe Reworld Media. Et c’est peu dire que cette perspective inquiète fortement les salariés de ces titres. « Les syndicats de Mondadori France en appellent aux pouvoirs publics pour la gestion de ce dossier » précise 20 Minutes.  « Reworld Media, n’est pas vraiment un éditeur de presse. Ce qui l’intéresse, c’est de transformer les lecteurs en contacts pour les annonceurs, en priorité sur les supports numériques » l’intersyndicale CFDT-CGC-CGT-FO-SNJ. 700 emplois CDI ainsi que ceux de centaines de pigistes et précaires seront directement menacés. (…) Au-delà, compte tenu du poids de Mondadori dans la presse écrite, c’est toute la filière, déjà très ébranlée, qui en subirait les effets, des imprimeurs aux kiosquiers. »

Fin septembre, Reworld avançait dans un communiqué que cette éventuelle acquisition « vise à développer un groupe média international majeur, détenteur de solutions média et de marques média qualitatives à fort potentiel, ainsi qu’à associer des compétences complémentaires, des capacités et savoir-faire, afin de faire face aux défis du nouvel environnement de marché. »

 

Il y a peu la rédaction de Grazia s’est adressée dans une lettre ouverte à Pascal Chevalier, le président de Reworld Media. « Vos méthodes et la raison d’être de votre entreprise, décrites dans tous les articles qui vous sont consacrés depuis peu, sont aux antipodes des nôtres et de ce que nous sommes. Les simples mots « presse » et « journalisme » semblent absents de vos sites comme de vos déclarations », écrivaient les signataires.

« Passeur de science depuis plus de cent ans »

 C’est dans ce contexte que l’on découvre, dans Le Monde de ce jour une peu banale tribune : « Nous veillerons à ce que “Science & Vie” ne soit pas dénaturé ». Un prestigieux collectif de scientifiques et de médecins s’inquiète d’un éventuel changement de propriétaire du magazine, « relais d’informations précieux pour la diffusion des connaissances scientifiques et contre les ‘’fake news’’ ». C’est un texte d’une touchant et naïf, rempli de bonnes intentions, un texte sans précédent  qui rappelle que Science & Vie est un passeur de science essentiel depuis plus de cent ans. Extraits :

« Nous, chercheurs et personnalités du monde scientifique, avons tous lu un magazine Science & vie. En faisant émerger et en nourrissant la soif de comprendre et d’apprendre, il a même pu jouer un rôle dans la vocation de certains d’entre nous. Nos étudiants le lisent. Nos enfants, nos petits-enfants y sont abonnés… Chaque mois, ce sont des centaines de milliers de lecteurs à travers le monde, petits et grands, qui se plongent dans les pages de ces magazines.

« Les journalistes des magazines Science & vie nous ont fait part de leurs inquiétudes dans la perspective d’un changement de propriétaire de leur groupe de presse. Ils craignent que leur indépendance éditoriale soit remise en cause, que des groupes d’intérêt et des industriels peu scrupuleux puissent, à l’avenir, imposer leurs vues dans leurs magazines. Les premiers à en pâtir seraient évidemment les lecteurs, qui se retrouveraient, bien malgré eux, face à des articles biaisés, plus intéressés qu’intéressants.

« Dans une démocratie, c’est aux citoyens et à leurs représentants qu’il revient de décider de la manière dont les nouvelles connaissances et technologies doivent être mises en œuvre, dans l’intérêt de tous. Pour cela, il est nécessaire que le public le plus large dispose de sources d’information scientifique grand public objectives, pertinentes et exemptes de tout parti pris, traitant avec la même rigueur les progrès de la science et les éventuels dangers de ses applications.

« A défaut de culture scientifique partagée, comment parvenir collectivement à des choix éclairés sur des sujets aussi importants que la transition énergétique ou l’avenir de la thérapie génique ? Sans parler des « fake news » se propageant aussi vite que la lumière, ou des pseudosciences toujours plus séduisantes… »

Pour l’heure aucun collectif pour veiller à l’intégrité de Télé Star (1976) d’Auto Plus (1988)de Grazia (2009) ou de Closer (2005). Sans parler de l’antique Chasseur français (1885) et de ses célèbres annonces matrimoniales.

A demain

@jynau

1 Signataires : Isabelle Arnulf, neurologue, IHU@ICM – Faculté de médecine-Sorbonne Université ; Alain Aspect, professeur à l’Institut d’optique et à l’Ecole polytechnique ; Anouk Barberousse, philosophe des sciences à l’université de Lille ; Eric Buffetaut, paléontologue, directeur de recherche émérite au CNRS ; Georges Chapouthier, directeur de recherche émérite au CNRS ; Gilles Cohen-Tannoudji, physicien et philosophe des sciences, chercheur émérite au Laboratoire de recherches sur les sciences de la matière (Larsim CEA-université Paris-Saclay), conseiller scientifique auprès du directeur de la recherche fondamentale du CEA ; Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de physique, professeur émérite au Collège de France, Laboratoire Kastler Brossel, département de physique de l’ENS ; Françoise Combes, astrophysicienne, Observatoire de Paris, professeure au Collège de France, chaire galaxies et cosmologie, et membre de l’Académie des sciences ; Alain Connes, mathématicien, médaille Fields, professeur au Collège de France, à l’IHES et à l’université OSU, Columbus, aux Etats-Unis, membre de l’Académie des sciences ; Pierre Corvol, professeur émérite au Collège de France, membre de l’Académie des sciences ; Pascale Cossart, secrétaire perpétuelle de l’Académie des sciences, professeure de classe exceptionnelle à l’Institut Pasteur ; Hélène Courtois, astrophysicienne, université Lyon-I ; Frédéric Dardel, professeur de biologie moléculaire, président de l’université Paris-Descartes ; Jean-Paul Delahaye, mathématicien et informaticien, professeur émérite à l’université de Lille ; Jean-Paul Demoule, professeur émérite d’archéologie à l’université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne) ; Francesco D’Errico, directeur de recherche au CNRS ; Jean Eisenstaedt, directeur de recherche émérite au CNRS ; Francis Eustache, directeur de l’unité Inserm-EPHE-UNICAEN, U1077, « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » (NIMH), pôle des formations et de recherche en santé (PFRS) ; Pierre Fayet, directeur de recherche émérite, CNRS-Ecole normale supérieure, Académie des sciences ; Albert Fert, Prix Nobel de physique 2007 ; Marc Fontecave, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, président de la Fondation du Collège de France ; François Forget, planétologue, directeur de recherche CNRS, membre de l’Académie des sciences ; Nicolas Gisin, physicien, département de physique, université de Genève, Suisse ; Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, à l’AgroParisTech, à l’ENS et à Sciences Po ; Jean Guilaine, professeur au Collège de France, membre de l’Institut ; Serge Haroche, Prix Nobel de physique, professeur émérite au laboratoire Kastler Brossel ; Fabrice Herpin, président de la Société française d’astronomie et d’astrophysique (SF2A) ; Jean-Jacques Hublin, director department of human evolution. Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology ; Jean Jouzel, climatologue ; Sabrina Kriefprimatologue ; Roland Lehoucqastrophysicien ; Henri Leridon, démographe, membre de l’Académie des sciences ; Thierry Lhermitte, comédien, parrain de la Fondation pour la recherche médicale ; Valérie Masson-Delmotte, CEA/LSCE, coprésidente groupe 1 du GIEC ; Michel Mayor, professeur honoraire d’astrophysique à l’université de Genève ; Alessandro Morbidelli, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur ; Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS ; Antoine Petit, professeur des universités de classe exceptionnelle, PDG du CNRS ; Thierry Philip, président de l’Institut Curie ; Martin Pickford, paléoanthropologue au Collège de France ; Gilles Pison, généticien et démographe, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et chercheur associé à l’INED ; Francis Rocard, CNES, responsable des programmes d’exploration du Système solaire ; Carlo Rovelli, astrophysicien et physicien ; Alain Schuhl, directeur général délégué à la science du CNRS ; Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et à l’université de Gdansk (Pologne), président de la Société botanique de France, membre de l’Académie d’agriculture de France ; Michel Spiro, vice-président de la Société française de physique ; Philippe Starck, designer ; Dominique Stoppa-Lyonnet, Institut Curie, université Paris-Descartes ; Patrick Tort, directeur de l’Institut Charles Darwin International, lauréat de l’Académie des sciences ; Cédric Villani, mathématicien, médaille Fields, député LRM.

 

La liste intégrale des signataires.

 

Jean Cormier (1943 -2018) : il incarna, durant un demi-siècle, un journalisme de fraternité

Bonjour

C’était un cri doublé d’un sourire malicieux. Un amoureux de l’humanité et des mots tricotés. Un homme parfois désespéré mais ne cessant de distribuer autour de lui des raison d’espérer. Et un journaliste dont on gardera la mémoire. Les hasards et la fatalité le firent embrasser cette profession  – et il officia durant un demi-siècle. Un demi-siècle d’une pratique qui a progressivement, dans le même temps, changé de visage. Aucune nostalgie, mais bien une vérité : Jean Cormier fut un journaliste comme nous n’en verrons plus.

Aujourd’hui, au lendemain de sa mort,  le souvenir d’un confrère au-delà de l’atypique, un camarade humanisant un milieu professionnel qui n’est pas, parfois, sans sauvagerie. Un journaliste sportif d’exception œuvrant au bien commun, celui des sports et celui des journalistes.

Se souvenir de Jean Cormier (« La Corme ») c’est, d’abord, se souvenir de l’amour qu’il portait à sa mère, basque, (« Cette dame qui aimait tans la fête (…) ma passé comme un ballon doré cette passion de l’autre qui anime et adoucit mon temps terrestre » – Alcool de nuit, avec Antoine BlondinRoger Bastide, 1988, Rocher). C’est aussi la résurgence de mille et une situations comiques, troublantes, surréalistes. Des centaines de matchs de rugby, des dizaines de Tour de France, des chapelets de Jeux Olympiques. Des nuits sans fin, des ivresses avec et sans alcools. Des amis d’un jour et d’une vie. Un Gargantua de la seconde moitié du XXème siècle.

Il faut, pour bien comprendre, lire les nécrologies qui lui sont consacrées Celle du Parisien (Olivier François), quotidien où il rayonna durant un demi-siècle : « Jean Cormier s’est éteint ». Celle de L’Equipe (Pierre-Michel Bonnot) : « Mort de Jean Cormier, un guerrier de la nuit ». Celle du Monde (Philippe Ridet) : « Le journaliste Jean Cormier est mort ».

Des sportifs pleurent leur chroniqueur

Bonnot rapporte plusieurs inédits où « La Corme » entra par effraction dans l’histoire, comme dans le village olympique assiégé de Munich (1972) ou sur le planchot final du Tournoi des Cinq Nations de 1982. « Par soif du scoop ? Même pas, écrit Bonnot. Juste par curiosité journalistique, car Jean Cormier était soucieux de l’autre avant d’être journaliste, chaleureux et attentif avant d’être obnubilé par la prospérité de sa signature et surtout infiniment ouvert sur le vaste monde où la fraternité du rugby lui tint souvent lieu de passeport. » Comment mieux dire ?

Biographe absolu de Che Guevara (y compris du Che médecin) Basque devenu citoyen de l’Amérique du Sud, citoyen pour l’éternité son jardin de Saint-Germain-des-Prés Jean Cormier ne cessa d’être, plus que simple passeur, catalyseur de rencontres, ambassadeur en fraternité. Pour notre part il nous fit entrer, journaliste-médecin du Monde, dans le cercle fermé du rugby. Nous fit quelques confidences, nous invita à partager, avec Blondin et Bastide les repas hebdomadaires de la rue Lobineau. Nous laissa mettre sur pied, en 1987, la superbe équipe pluri-médiatique « Théophraste Renaudot » du premier « Marathon des Leveurs de coudes » germanopratin. Tous ne pouvaient pas suivre, mais tous se souviennent.

« Ça, un journaliste ? On vous voit venir avec votre petit manuel de déontologie sous le bras, écrit Ridet. Et bien oui, c’était un journaliste, comme il n’y en aura plus. Serge Blanco : « C’était un ami, un complice. » Reverrons-nous des sportifs pleurer leur chroniqueur ? Un souvenir personnel : parfois, il faisait de l’auto-stop à la sortie du Parisien, avenue Michelet, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), pour se faire voiturer jusqu’à la station de métro Porte de Clignancourt. Il charriait toujours une énorme besace. Je le prenais à bord de ma 4L Safari. J’avais l’impression qu’il débordait de l’habitacle. Arrivé à destination, il disparaissait comme un courant d’air. Ça laissait un vide. »

Le vide est bel est bien là. Avec gros nuage de tristesse sous lequel on perçoit son sourire. Et son cri.

A demain

@jynau

Une messe en hommage à Jean Cormier sera dite vendredi 21 décembre à 12 h 30 à l’église Saint-Sulpice, à Paris.

 

VIH : Cinq ministres et un dîner d’exception au service du dépistage de l’infection  

Bonjour

Le temps passe certains rites parisiens demeurent. Ainsi vient-on de demander à la presse de faire savoir que le 10ème dîner « LINK pour AIDES » 1 se tiendra le lundi 3 décembre 2018,à partir de 19h, au Pavillon Cambon . Un dîner réalisé par Michel, César et Léo Troisgros et Pierre Hermé.


Cinq ministres français ont confirmé leur participation à ce dîner de gala exceptionnel : Agnès Buzyn (ministre de la Santé), Franck Riester (ministre de la Culture), Sébastien Lecornu (ministre des Collectivités territoriales), Mounir Mahjoubi (secrétaire d’Etat chargé du Numérique) et Gabriel Attal (secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse et de la Vie associative).

Les « acteurs-trices incontournables de la lutte contre le sida », ainsi que les « personnalités issues du monde économique » seront présents :  Accenture, AG2R La Mondiale, Alderville, AQUILA, Brimaral, Coty, Dior Parfums, France Brevets, Janssen, Jo Malone, Les Notaires du Trocadéro, Louis Vuitton, Maison Francis Kurkdjian, MHC, Michael Page, MSD, Natixis, Ordre des Géomètres-Experts, Pierre Cardin, RM conseil, Ruinart, Steele & Holt, Tête à Tête Arts, TGM, Vedreine, ViiV Healthcare, Voyageurs du Monde.

Sans oublier des représentants de la culture, des médias et des associations.  Précisons que des « surprises et des animations » viendront agrémenter cette soirée d’exception animée par Marianne James et Christophe Beaugrand.

Rapports sexuels non protégés

On rappellera à tous que, pour mettre fin à l’épidémie en 2030, l’ONUSIDA a annoncé l’objectif à atteindre dès 2020 : 90 % des personnes infectées par le VIH connaissant leur statut, 90 % des personnes diagnostiquées sous traitement antirétroviral, 90 % des personnes traitées en charge virale indétectable.

On rappellera aussi qu’une personne séropositive sous traitement, dont la charge virale est devenue indétectable, ne transmet plus le VIH. A ce titre elle peut donc avoir des rapports sexuels « non protégés sans risque de transmettre du virus ». En d’autres termes si toutes les personnes séropositives avaient accès aux traitements, il n’y aurait donc plus de contaminations. Or aujourd’hui, en France, on estime à 25 000 le nombre de personnes porteuses du VIH et qui ne connaissent pas leur statut sérologique….

L’intégralité des fonds collectés lors de ce dîner sera reversée aux actions de dépistage rapide mis en œuvre par l’association AIDES.

A demain

@jynau

1 LINK est un fonds de dotation créé et animé par des entrepreneurs et cadres dirigeants d’entreprise, qui ont décidé de rassembler leur détermination et leurs moyens pour que soit enfin gagnée la bataille contre le sida. LINK s’appuie sur les ressources et le savoir-faire de ses membres pour identifier et financer, selon une approche innovante, philanthropique et solidaire, les programmes les plus pertinents pour vaincre le sida.
LINK a reversé plus de 2,5 millions d’euros à la lutte contre le sida depuis 2009.

AIDES Créée en 1984 à l’initiative du sociologue Daniel Defert, AIDES (reconnue d’utilité publique en 1990) est l’une des plus importantes associations européennes de lutte contre le sida. Dès son origine, l’objectif a été de réunir les personnes touchées directement ou indirectement par le sida afin de leur permettre de s’organiser face à ce nouveau fléau, d’initier et de mener des actions pour être associées aux grandes décisions de santé publique qui les concernent.

Roger Cans (1945-2018) : journaliste au Monde, pionnier/prophète au service de l’écologie

Bonjour

Les nécrologies, de nos jours, ne tardent plus guère. Ainsi celle de Roger Cans, signée dans Le Monde, par notre confrère Benoît Hopquin.

« Roger Cans, qui est mort le 28 novembre à l’âge de 73 ans, est de ceux, chanceux ou obstinés, qui surent faire de leur passion un métier. Lui, Roger, notre ami, c’était la nature qui suscitait sa vénération, d’enfant curieux, puis d’adulte passionné et, enfin, de journaliste spécialisé. La nature et ses peuples innombrables, faunes et flores, l’émerveillaient de leur fragilité et de leur résilience. Il les a observés toute sa vie, au bout d’une jumelle ou le nez au raz de l’herbe. De cette patiente fréquentation, il avait acquis un savoir et même une science qu’il transmettait comme un jeu, un exercice sans prétention, aux lecteurs du Monde. »

Comment mieux écrire ?

Pour notre part nous avions découvert Roger Cans au sein du superbe vaisseau amarré 5-7, rue des Italiens. L’époque était alors -encore-  à l’affrontement des idées, aux éclairantes méchancetés nées des idéologies. Combien étions-nous, alors, journalistes rue des Italiens, à saisir que « l’écologie » deviendrait un sujet omniprésent sur le site d’un journal bientôt sans papier ?

Qui, dans la vieille et superbe bâtisse, avait pris la mesure des apocalypses précédemment  signées Pierre Fournier (1937-1973) dans le Charlie Hebdo de Choron ? Qui se souvient des premiers vagissements de La Gueule ouverte, « le journal qui annonce la fin du monde ». Et qui aurait pu penser qu’un jour un président de la République établirait (oubliant le copyright citoyen)  un lien entre la « fin du monde » et la « fin du mois » ?

Benoît Hopquin, aujourd’hui, dans Le Monde :

« Né le 7 février 1945 à Maule (Yvelines) d’un père agronome et d’une mère assistante sociale, élevé dans une famille de tradition protestante, Roger Cans  passe son temps entre le grand jardin de la maison au bord de la Mauldre et la campagne de Mayenne où il traîne ses étés. Il apprend les noms et les caractéristiques des oiseaux et des plantes, des poissons et des insectes, les regarde avec la même admiration candide et la même cruauté juvénile que Marcel Pagnol quand, par exemple, il offre en festin dans son aquarium diptyques ou sangsues aux tritons ou aux épinoches.

Les sciences naturelles et le dessin le passionnent plus que les maths, cette discipline de malheur qui lui fermera le métier d’ingénieur forestier. A 14 ans, la lecture de Jules Verne démultiplie son horizon. Il part très vite sur les routes comme l’intiment ses 20 ans et les années 1960 : Gabon, Maroc, Grèce, Asie, Sicile, Israël, etc.

Après une licence de lettres à la Sorbonne, il atterrit au Centre de formation des journalistes. Professeur de français à Phnom Penh, il envoie ses premiers articles à l’hebdomadaire protestant Réforme. Revenu en France, il travaille pour Nice-Matin, puis reprend son baluchon et s’installe à Washington comme employé de la « Voix de l’Amérique » et correspondant de La Tribune de Lausanne. Il envoie quelques papiers transocéaniques au Monde. Il est embauché, en 1976, au service Education. En 1983, il reprend la rubrique Environnement, inaugurée dans le journal par Marc Ambroise-Rendu.

Autre temps… La protection de la nature, ainsi qu’on résumait alors l’écologie, est considérée comme une contingence, voire une lubie, une douce rêverie un peu attardée, au sein de la rédaction. Il faut se battre pour imposer ses sujets. Il se voit ainsi retoquer une série sur l’agriculture bio, jugée alors marginale et sans avenir. Pendant treize ans, il va contribuer à donner ses lettres de noblesse à l’environnement et à en élargir la compétence. Il s’intéresse aux méfaits de l’amiante, à une époque où des scientifiques de renom en proclament sans sourciller l’innocuité.

Dix ans après que René Dumont a provoqué l’éclat de rire en brandissant son verre d’eau, lors de la campagne présidentielle 1974, déclarant la ressource menacée, Roger Cans soulignera au long d’articles et de livres la pollution et le gaspillage de cette ressource. Il embarquera également des semaines sur un bateau de Greenpeace et rendra compte de la campagne antinucléaire dans le Pacifique.

Défenseur de l’environnement sans nul doute, le journaliste prendra cependant une distance prudente et même agacée avec l’écologie politique, moquant avec aigreur sa récupération et voyant dans Les Verts une auberge espagnole autant qu’une pétaudière. Ses modèles sont à chercher parmi les scientifiques épris de nature : Théodore Monod, Haroun Tazieff ou Jacques-Yves Cousteau, trois figures dont il troussera les biographies dans des livres.

Dans la nébuleuse écolo, Roger Cans se rangera toujours dans le camp des naturalistes, là où l’avaient mené ses rêves d’enfant. En 1996, quand il quitte le quotidien, il poursuit ses grands voyages (son seul regret sera de n’avoir jamais vu les îles Galapagos), écrit, filme sans relâche la nature, dans l’air, sur terre, sous l’eau, s’en émerveille comme aux premiers temps. Toute sa vie, il peindra aussi, sans se lasser, oiseaux, petits mammifères, poissons, arbres, fleurs ou champignons, collectionnera roches, coquillages, crâne et même mues de serpent qu’il rassemblera dans un cabinet de curiosités chez lui, dans le vieux prieuré de Saint-Jean-de-la-Motte (Sarthe), près du Mans, au milieu de cette nature qui aura été, plus que sa respiration, sa vie. »

Comment mieux écrire ces fractions de notre  passé? Comment mieux dire les angoisses de notre possible avenir  ?

A demain

@jynau

 

 

#Implant Files : les eurodéputés socialistes se rappellent au bon souvenir des journalistes

Bonjour

Il y eu bien des affaires avant  #Implant Files. Ainsi, en 2010, le formidable et multiforme  scandale des prothèses mammaires PIP . À partir de 2005, plusieurs plaintes avaient été déposées en Grande Bretagne contre la société française PIP (Poly Implant Prothèse) après des ruptures de prothèses. La société fut condamnée à verser 1,4 million d’euros sans pour autant être alors inquiétée par la justice française – et sans que la certification de son produit pas remise en cause. Suivi le scandale hexagonal (puis international) à la suite de plaintes déposées en France  tandis que des chirurgiens esthétiques français tentaient en vain d’attirer l’attention des autorités sanitaires.

Qui, dix ans après, s’en souvient ? Quelques personnes à commencer par les eurodéputés socialistes et radicaux. Prenant connaissance du travail d’enquête du consortium journalistique à l’origine d’#Implant Files ils tiennent à rappeler qu’ils s’étaient mobilisés :

« Plusieurs résolutions ont été votées au Parlement européen pour réviser la législation européenne qui datait de 1993. A force de persévérance, nous avons obtenu de la Commission européenne qu’elle présente un nouveau règlement en 2013. Puis les négociations avec les Etats membres ont duré 4 ans et demi ; ces derniers n’ont eu de cesse de vouloir affaiblir le texte, ce à quoi nous avons résisté. Cette nouvelle législation encadrant les dispositifs médicaux a été définitivement approuvée en avril 2017, mais ne sera mise en œuvre qu’à partir de 2020. Elle représente un pas dans le bon sens, même si nous aurions souhaité aller plus loin. »

Tout en regrettant quelques points (calendrier trop long ; médecins pas assez contraints à déclarer les incidents ; absence de véritables sanctions contre les fabricants) ils estiment que ce texte « représente un pas dans le bon sens et améliore considérablement la législation existante ».

Et que les journalistes et la population se rassurent : « les eurodéputés socialistes et radicaux resteront mobilisés pour renforcer cette législation.

A demain

@jynau