Dr Jacques Leibowitch (1942-2020), l’un des grands soldats de la longue lutte contre le sida

Le hasard sans doute, la fatalité peut-être veut que ce croisé disparaisse au moment ou émerge une tempête virale internationale. Jacques Leibowitch, 77 ans, qui aura consacré une bonne partie de sa vie et de ses énergies à croiser le fer avec un virus pandémique, celui de l’immunodéficience humaine.

Apprendre sa dispartion c’est, pour nous, retrouver une image : sa venue, avec trois autres pionniers, dans le sanctuaire du Monde, 5-7 rue des Italiens à Paris. Un groupe de quatre jeunes médecins hospitaliers éclairés. Ils voulaient à tout prix rencontrer un journaliste en charge des sujets de médecine et de société. Un petit groupe enflammé, persuadé d’être sur une piste médicale d’importance : l’émergence d’une nouvelle et dérangeante maladie – une étrange pathologie affectant, de l’autre côté de l’Atlantique, la communauté homosexuelle masculine.

Les quatre ne savaient rien, ou presque, mais pressentaient que l’affaire allait prendre de l’ampleur – et que la presse devait donner l’alerte, commencer à remuer ciel et terre. Sans doute n’ont-ils pas été alors entendus comme il aurait fallu qu’ils le soient. Pourquoi ? Bientôt quarante ans déjà – nous n’avons toujours pas trouvé la véritable réponse à la question.

Le Monde garde toujours la trace de l’énergie alors déployée par Jacques Leibowitch. Un papier du Dr Escoffier-Labiotte « Le SIDA » (Le Monde du 2 janvier 1984) où il est cité via question (sujet capital, alors) du « sarcome de Kaposi ». Il y aura encore « Le SIDA et ses fantasmes » (Le Monde du 4 avril 1984) traitant de son premier ouvrage. « (…) L’ouvrage du docteur Leibowitch, brillant, documenté, présenté comme une  » double enquête policière et biologique « , retient l’attention. L’auteur y développe longuement une hypothèse qui lui est chère et qui donne naissance à une grande fresque épidémiologique aux dimensions de la planète. Une narration séduisante, où un  » virus exotique  » suit les migrations humaines (…) ». Puis « Un donneur de sang sur mille a été en contact avec le virus du SIDA » (Le Monde du 13 juin 1985) où pointaient déjà les premiers éléments d’affaires qui deviendraient tragiques.

Nous croisâmes à plusieurs reprises, par la suite, cet immunologiste atypique, cette personnalité hors du commun, brillante, bouillonnante, colérique, séductrice, solitaire, éruptive, pertinente et déroutante. Pionnier sur le front de l’émergence de la maladie virale il le fut aussi sur celui de la prévention, sur celui des méthodes diagnostiques et plus encore sur celui de la thérapeutique antirétrovirale.

Dernière rencontre, hasard matinal, à la terrasse des Deux Magots. Il mobilisait alors le petit mais puissant « monde des arts et de la mode », toujours pour mieux soigner, mieux lutter contre une épidémie qu’il n’avait jamais quitté.  Puis, en 2014 ou le retrouvait une dernière fois dans les colonnes du Monde – « médecin-clinicien » il signait une tribune. Il s’agissait, là encore, de tout faire pour améliorer le traitement.

L’auteur était ainsi présenté : « Jacques Leibowitch a contribué à la connaissance du VIH et du sida et de son traitement, dont la première trithérapie anti-VIH effective et la désignation d’un rétrovirus comme cause présumée du sida. » C’était parfaitement résumé. Un grand soldat.

 PS  « Membre de notre comité scientifique de 1994 à 1997, passionné et entier, nous n’oublierons pas ses contributions très importantes à la connaissance du virus et à la qualité de vie de ses patients », souligne sur Twitter l’association de lutte contre le sida Sidaction.

« Chercher, comprendre, soigner, innover, imaginer ! Toute sa vie, Jacques Leibowitch n’aura cessé de le faire dans le domaine de la lutte contre le VIH et de la prise en charge des personnes malades, note le site Seronet, lancé en 2008 par l’association Aides. Moins connu médiatiquement que nombre de ses confrères, moins en cour du fait d’un tempérament peu consensuel, le médecin a pourtant été parmi les premiers en France à se mobiliser sur le sida. Il a été un des pionniers de la lutte contre le VIH, dès 1981. »

Journalisme et crédibilité : quand Nicolas Sarkozy surveillera les médias d’Arnaud Lagardère

Bonjour

Que vaut la crédibilité journalistique ? Ce sont quelques lignes confraternelles de l’indépendante Agence France Presse. Où l’on apprend que les sociétés de journalistes et de rédacteurs (SDJ et SDR) du pôle «news» de Lagardère (Paris Match, le Journal du Dimanche et Europe 1) sont inquiètes. Inquiètes des conséquences pour la « crédibilité » de ces médias de l’entrée de Nicolas Sarkozy au conseil de surveillance du groupe. Et ce « dans un contexte de défiance généralisées vis-à-vis des médias et de suspicion de leur proximité avec les responsables politiques » (sic).

«Les SDR et SDJ des trois rédactions réunies réaffirment dès aujourd’hui avec force leur attachement à l’indépendance éditoriale et leur vigilance quant au traitement de l’information en dehors de toute pression», ajoutent ces organisations. Le groupe d’édition et de distribution Lagardère a annoncé fin février la cooptation «à l’unanimité» (sic) de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy et de l’ancien patron de la SNCF Guillaume Pepy à son conseil de surveillance.

L’AFP nous explique : l’arrivée de ces deux « poids-lourds » (sic) -tous deux « proches des intérêts du premier actionnaire du groupe, le fonds souverain du Qatar »- s’inscrit dans une offensive d’Arnaud Lagardère pour renforcer son contrôle sur l’entreprise. Et ce face aux critiques du fonds activiste Amber Capital qui réclame des changements en matière de gouvernance. Mais que pèsent, face aux « poids lourds » et autres « fonds souverains », les frêles journalistes ? Où est passé le trébuchet ?

A demain @jynau

Coronavirus et thérapeutique : la chloroquine, lecture écologique du Monde Diplomatique

Bonjour

26/02/2020. Etre le premier. C’est une publication modeste publiée en urgence : « Breakthrough: Chloroquine phosphate has shown apparent efficacy in treatment of COVID-19 associated pneumonia in clinical studies ». Elle est signée Jianjun Gao, Zhenxue Tian et Xu Yang (School of Pharmacy, Qingdao University, Qingdao, China).

« The coronavirus disease 2019 (COVID-19) virus is spreading rapidly, and scientists are endeavoring to discover drugs for its efficacious treatment in China. Chloroquine phosphate, an old drug for treatment of malaria, is shown to have apparent efficacy and acceptable safety against COVID-19 associated pneumonia in multicenter clinical trials conducted in China. The drug is recommended to be included in the next version of the Guidelines for the Prevention, Diagnosis, and Treatment of Pneumonia Caused by COVID-19 issued by the National Health Commission of the People’s Republic of China for treatment of COVID-19 infection in larger populations in the future. »

L’espoir est déjà dans tous les médias. Traduction : « Un banal traitement à la chloroquine, médicament couramment utilisé contre le paludisme, a montré des signes d’efficacité contre le coronavirus, a assuré mardi 25 février à l’AFP Didier Raoult, directeur de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille. ‘’Nous savions déjà que la chloroquine était efficace in vitro contre ce nouveau coronavirus et l’évaluation clinique faite en Chine l’a confirmé’’, explique le Pr Raoult, spécialiste renommé des maladies infectieuses, en commentant la première publication sur cette étude clinique de trois chercheurs chinois dans la revue BioScience Trends.’’Finalement, cette infection est peut-être la plus simple et la moins chère à soigner de toutes les infections virales’’, ajoute le directeur de cet institut hospitalo-universitaire très impliqué dans la détection du nouveau coronavirus en France, chroniqueur au Point – et qui ne craint jamais de donner des leçons aux journalistes comme à ses confrères.

Idéocologie – épipandémie

Nous en reparlerons. Comme de ce papier à la Une du dernier Monde Diplomatique : « Contre les pandémies, l’écologie » (Sonia Shah) 1. Où l’on comprend que l’idéologie-écologie  peut, elle aussi, être une grille de lecture des épi-pandémies :

« Même au XXIe siècle, les vieux remèdes apparaissent aux yeux des autorités chinoises comme le meilleur moyen de lutter contre l’épidémie due au coronavirus. Des centaines de millions de personnes subiraient des restrictions dans leurs déplacements. N’est-il pas temps de se demander pourquoi les pandémies se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu ?

« Serait-ce un pangolin ? Une chauve-souris ? Ou même un serpent, comme on a pu l’entendre un temps avant que cela ne soit démenti ? C’est à qui sera le premier à incriminer l’animal sauvage à l’origine de ce coronavirus, officiellement appelé Covid-19, dont le piège s’est refermé sur plusieurs centaines de millions de personnes, placées en quarantaine ou retranchées derrière des cordons sanitaires en Chine et dans d’autres pays. S’il est primordial d’élucider ce mystère, de telles spéculations nous empêchent de voir que notre vulnérabilité croissante face aux pandémies a une cause plus profonde : la destruction accélérée des habitats.

Depuis 1940, des centaines de microbes pathogènes sont apparus ou réapparus dans des régions où, parfois, ils n’avaient jamais été observés auparavant. C’est le cas du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), d’Ebola en Afrique de l’Ouest, ou encore de Zika sur le continent américain. La majorité d’entre eux (60 %) sont d’origine animale. Certains proviennent d’animaux domestiques ou d’élevage, mais la plupart (plus des deux tiers) sont issus d’animaux sauvages.

Or ces derniers n’y sont pour rien. En dépit des articles qui, photographies à l’appui, désignent la faune sauvage comme le point de départ d’épidémies dévastatrices. il est faux de croire que ces animaux sont particulièrement infestés d’agents pathogènes mortels prêts à nous contaminer. En réalité, la plus grande partie de leurs microbes vivent en eux sans leur faire aucun mal. Le problème est ailleurs : avec la déforestation, l’urbanisation et l’industrialisation effrénées, nous avons offert à ces microbes des moyens d’arriver jusqu’au corps humain et de s’adapter.

La destruction des habitats menace d’extinction quantité d’espèces. parmi lesquelles des plantes médicinales et des animaux sur lesquels notre pharmacopée a toujours reposé. Quant à celles qui survivent, elles n’ont d’autre choix que de se rabattre sur les portions d’habitat réduites que leur laissent les implantations humaines. Il en résulte (…) »

A demain @jynau

Journaliste. Auteure de Pandemic : Tracking Contagions, From Cholera to Ebola and Beyond, Sarah Crichton Books, New York, 2016, et de The Next Great Migration : The Beauty and Terror of Life on the Move, Bloomsbury Publishing, Londres, à paraître en juin 2020. Ce texte a été publié dans The Nation.

Cigarette électronique, médias et manquements à l’éthique: questions à propos d’une «rétractation »

Bonjour

Tout n’est pas toujours glorieux en matière de science et de publications scientifiques. Dans ce monde la faute, le manquement à l’éthique a un méchant nom, celui de « rétractation ». En voici un exemple éclairant, parfaitement résumé sur le site vapolitique.blogspot par Philippe Poirson.  

Ainsi donc il aura fallu huit mois pour que le Journal of American Heart Association (JAHA) rétracte une publication centrée sur « le vapotage et les crises cardiaques ». « Le manuscrit de Bhatta et Glantz a fait l’objet d’un examen approfondi et complet au cours des 7 derniers mois et le processus est désormais terminé. Au 18/02/20, JAHA a rétracté le document », a déclaré Michelle Kirkwood, porte-parole de l’American Heart Association (AHA), l’association de cardiologie américaine qui édite la revue JAHA, au site Reason

« Très médiatisée à sa sortie, l’étude 1 affirmait de manière erronée un lien de causalité entre vapotage et crise cardiaque, résume Philippe Poirson. Les chercheurs Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l’Université de San Francisco, avaient comptabilisé dans leurs calculs les crises cardiaques survenues chez des vapoteurs avant qu’ils ne se mettent à vapoter pour incriminer le vapotage. Une violation du principe basique selon lequel la cause précède l’effet. 

Dans un premier temps, Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l’Université de Louisville, avaient mis en évidence l’incohérence. « Les principales conclusions de l’étude Bhatta-Glantz sont fausses et invalides », avaient écrit Rodu et Plurphanswat le 11 juillet au JAHA. La revue avait répondu mollement fin octobre. Le statisticien Pr Andrew Gelman avait ensuite confirmé l’erreur méthodologique. Enfin, début janvier, seize chercheurs de renoms avaient à leur tour écrit à la revue pour demander des clarifications sur cette publication. La plupart des commentaires d’experts se trouvent sur le site PubPeer. »

Aujourd’hui, JAHA rétracte enfin la publication frauduleuse. L’explication des éditeurs est, pour Philippe Poirson,  « confondante » :

« Lors de l’examen par les pairs, les examinateurs ont identifié la question importante de savoir si les infarctus du myocarde se sont produits avant ou après que les répondants ont commencé à utiliser la cigarette électronique et ont demandé aux auteurs d’utiliser des données supplémentaires dans le livre de codes PATH (âge du premier IM et âge de la première utilisation de vapotage) pour répondre à cette préoccupation », explique la revue JAHA

« En d’autres termes, même avant la publication, les  éditeurs et les examinateurs du JAHA ont reconnu qu’il y avait un problème logique à affirmer un lien de causalité entre l’utilisation du vapotage et les crises cardiaques sur la base de cas antérieurs à l’utilisation du vapotage, commente Jacob Sullum sur le site ReasonIls ont demandé à Bhatta et Glantz de résoudre ce problème crucial, et les auteurs n’ont pas réussi à le faire, bien que la base de données PATH contenait les informations nécessaires ».

Et Philippe Poirson de soulever une question bien délicate, celle de la responsabilité des nombreux organes de presse et des organisations qui ont repris les conclusions frauduleuses de cette étude. En premier lieu, dit-il, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment lors du 146e Conseil exécutif devant les délégués à Genève le 4 février.  Et, d’autre part, le « pool santé » de l’Agence France Presse ainsi que « les nombreux médias » qui ont répandu cette désinformation durant ses huit derniers mois, sans tenir compte des critiques fondées contre cette fraude. 

« Que vont-ils faire, demande-t-il, pour réparer les torts causés au public, en particulier aux millions de fumeurs abusés par cette désinformation et qui ont renoncé à arrêter de fumer avec le vapotage ? » C’est une bonne question. Qui y répondra ?

A demain @jynau

1. Bhatta DN, Glantz SA. Electronic Cigarette Use and Myocardial Infarction Among Adults in the US Population Assessment of Tobacco and Health. J Am Heart Assoc. 2019;8:e012317. DOI: 10.1161/JAHA.119.012317.

Résurgence de l’étrange : un bateau fantôme vient de s’échouer sur les côtes de l’Irlande

Bonjour

Rien à voir, certes, avec le Diamond Princess contaminé par le Covid-19. Quoique. C’est l’une des conséquences de la tempête Dennis qui, mi-février, a affolé le nord-ouest de l’Europe. Nous parlons ici de l’inhumaine odyssée solitaire du MV Alta. Le « bateau fantôme apparemment destiné à ne jamais faire escale », résume le quotidien britannique The Guardian. Un fantôme finalement échoué, dimanche 16 février, sur les côtes rocailleuses aux abords du petit village de pêcheurs de Ballycotton, dans le sud-est de l’Irlande. Une pépite pour les méta-journalistes spécialisés dans les revues de presse.

Il s’agit ici d’un cargo tanzanien de 77 mètres abandonné par son équipage. Il aurait dérivé dans l’Atlantique pendant près de dix-huit mois, longeant le continent américain, l’Afrique et l’Europe, « rouillé mais à flot ». Les autorités irlandaises s’interrogent désormais sur le devenir de l’épave, ainsi que sur un éventuel risque de pollution. Les médias, eux, se sont penchés sur son mystérieux périple qui s’est achevé en mer Celtique.

Monstres et Fantômes

Parti de Grèce le cargo cinglait vers Haïti quand il a souffert d’une avarie, raconte The Irish Times. « Il dérivait déjà depuis près de vingt jours lorsque l’équipage a demandé de l’aide, après que ses réserves de nourriture et d’eau ont commencé à manquer. » Les dix hommes à bord ont été secourus par les garde-côtes américains, à environ 2 220 kilomètres au sud-est des Bermudes, puis emmenés à Porto Rico. Nous étions alors en …. octobre 2018.

En août 2019, le MV Alta  est repéré par un navire de patrouille de la Royal Navy dans l’Atlantique, au large de l’Afrique, apparemment sans équipage. « Nous nous sommes rapprochés du navire pour prendre contact et offrir notre aide, mais personne n’a répondu ! Tant que l’enquête se poursuit, nous ne pouvons pas vous donner plus de détails sur cet étrange événement », écrivent alors aux équipes à terre les membres du HMS Protector  – aujourd’hui cités par The Irish Examiner. Et le MV Alta aurait continué à dériver de l’Afrique vers l’Irlande, en passant par l’Espagne.

Comment, ici, ne pas rêver à la légende du bateau qui continue de voguer sans fin débarrassé de son équipage humain ? A commencer par  Le Hollandais volant  ? Ou le célébrissime Mary Celeste. Sans oublier le pétrolier Jian Seng retrouvé en 2006 au large du Queensland, en Australie. Nous sommes là aux antipodes des paquebots croisières, comme le Diamond Princess, ces monstres qui croisent, sans jamais les voir, les fantômes des mers.

A demain @jynau

Hystérie et Covid-19 : les journalistes doivent-ils désormais « travailler » avec l’OMS ?

Bonjour

17 février 2020, après bien des atermoiements l’OMS) estime que la propagation du Covid-19 est désormais «impossible à prévoir». Dernier décompte officiel : plus de 71 000 cas – 1775 décès.

Et, pour la première fois dans ce dossier, une question ouvertement dérangeante : face à une épidémie quelle est, quel doit être le rôle de la presse, celui des journalistes ? Pour le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS les choses sont claires. « Nous demandons à tous les gouvernements, toutes les sociétés et tous les organismes de presse de travailler avec nous pour déclencher le niveau d’alarme idoine sans souffler sur les braises de l’hystérie », vient-il de déclarer lors de la « Conférence de sécurité » de Munich.

Il s’agit ici une enceinte créée en 1962 par Ewald von Kliest un ancien officier allemand et l’un des comploteurs contre Hitler en 1944. Idée-pivot de cette conférence : promouvoir la paix par le dialogue.

Médias ayant pignon sur rue et sur écran.

« Déclencher le niveau d’alarme idoine sans souffler sur les braises de l’hystérie ». On peut le dire autrement. Les journalistes doivent-ils se limiter à diffuser les bulletins de l’OMS ? Répercuter les propos tenus sur les estrades des conférences de presse ? S’interdire de commenter, de critiquer, d’éditorialiser ? Soutenir les pouvoirs exécutifs en place ?

Un exemple : fallait-il ou non s’interroger publiquement sur les atermoiements du Dr Tedros Adhanom quant à la nécessité de déclencher une alerte de niveau mondial ? Se museler face à une OMS en perte de vitesse 1 ? Où sont aujourd’hui les journalistes qui « soufflent sur les braises de l’hystérie » ? Et comment ne pas voir que si souffle et braises il y a, on le trouvera sur ces « réseaux sociaux » que l’on ne saurait confondre avec le travail des journalistes oeuvrant dans des médias ayant pignon sur rue et sur écran.

Depuis le Dr Théophraste Renaudot, inventeur du journalisme, l’appel à l’aide de la presse par le pouvoir en situation de crise est un grand classique 1. C’est, pourrait-on, dire une expression inversée de la tentation de censure. On ne peut, ici, que souhaiter que le pouvoir se limite à lancer cet appel – et que les journalistes puissent continuer à exercer leur passionnant métier. Avec souffle – mais sans braises.

A demain @jynau

1 Nau J-Y « Informations à caractère médical dans la presse écrite d’audience nationale. Education sanitaire ou journalisme. Thèse de médecine. Université François-Rabelais. Faculté de médecine de Tours. 1984.

Perversité ou pas, le pédophile tourangeau restera emprisonné loin des Philippines

Bonjour

Loin du Flore et de la littérature, c’est une scène de la justice ordinaire. Mandé depuis la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Orléans le papier est publié dans La Nouvelle République du Centre Ouest (Vincent Baranger). « Il avait filmé ses « ébats » avec une philippine de 9 ans » Pied de page 4, édition d’Indre-et-Loire.

L’affaire trouve ses racines antipodiques dans une cyber-enquête de la police australienne qui, en 2017 avait permis de remonter à deux hôtels ayant servi de lieu de tournage à des scènes de viol sur mineur. Sur une vidéo filmée avec un portable, les enquêteurs sont parvenus à identifier « un quadragénaire tourangeau ayant des relations sexuelles avec une fillette des Philippines, âgée de 9 ans ».

« Aujourd’hui âgé de 48 ans, l’homme soutient avoir accepté cette proposition d’exploitation sexuelle d’une mineure… par un souteneur, qui serait l’oncle de la victime, moyennant de l’argent ‘’pour subvenir aux besoins de la famille’’, rapporte le quotidien régional. Il ne conteste pas les faits mais les relativise :‘’J’étais attaché à cette jeune fille.’’ » On peut voir là un grand classique du déni.

Jusqu’ici jamais condamné, l’homme a subi deux expertises psychiatriques. On apprend que la première le présente comme « un déviant, un pervers », qui exploite sexuellement des mineurs vulnérables car défavorisés.  Quant à la seconde, plus nuancée, elle observe  « des tendances pédophiles mais pas de dangerosité psychiatrique ». Là encore, un grand classique pour qui s’intéresse à la définition de la perversité 1 et aux divergences idéologiques des experts de la psychiatrie médico-légale.

Pour la défense :  Me Louise Thome, assure que son client « a un sentiment de honte » et souligne que « l’incarcération actuelle n’est pas le seul moyen de réinsérer son client ». Et d’insister sur la nécessité de « soins plus poussés » en contrôle judiciaire. Il faut aussi tenir compte de son projet de sortie :un hébergement à La Riche (Indre-et-Loire), chez sa nouvelle compagne ; une promesse d’embauche. Ajoutons une caution de 30.000 € est proposée pour appuyer ses garanties de représentation et la remise de son passeport. 

Pour la partie civile : Me Emmanuelle Descot, conseil de la partie civile administrateur ad hoc « France Victimes 37 » craint une reprise de contact du suspect avec Internet « qu’il maîtrise ».

Pour l’avocat général : Alexandra Pethieu, s’oppose à la libération. Il entend prévenir « un renouvellement de l’infraction ». Il évoque une déviance pédophile « ancienne » (admise par le Tourangeau et par les deux experts psychiatriques) « déviance » qui s’est accentuée au fil du temps. Quant à la caution proposée, la magistrate aimerait détenir des garanties sur la situation financière. De plus, dans cette belle région de « tourisme sexuel » des Philippines, la dimension internationale de trouble à l’ordre public subsiste : « L’inconcevable a été réalisé ! » Elle requiert une confirmation de l’ordonnance de refus de liberté.

Le détenu : il clame sa volonté de rester en France et de ne pas récidiver, indiquant qu’« aux Philippines, c’est un contexte de prostitution ».

Loin des Philippines, du Flore, des médias nationaux et de toute forme de littérature la cour d’appel d’Orléans a rejeté la demande de mise en liberté.

A demain @jynau

1 Perversité(psychopathologie) : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la Société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle » (Mucch. Psychol. 1969). « Il n’y a perversité véritable que dans une indifférence morale rebelle prolongée: il ne faut donc pas confondre avec les pervers, les impulsifs ou les nonchalants moraux » (Mounier, Traité caract.,1946, p.728).

− P. méton., rare. Action, pratique immorale ou contre nature d’une telle personne. « L’une des perversités (…) en usage au commencement de ce siècle, était le luxe des rats. Un rat, mot déjà vieilli, s’appliquait à un enfant de dix à onze ans, comparse à quelque théâtre, (…) que les débauchés formaient pour le vice et l’infamie » (Balzac, Splend. et mis., 1844, p.18).

Coronavirus : peut-on désormais, sans danger, utiliser la métaphore de la «Cocotte-minute®»

Bonjour

Tout évolue à très grande vitesse sur le front du « corona » (nouvelle abréviation médiatique). Où l’on voit désormais certains médias interroger avec componction les experts sur le fait de savoir « s’ils en font trop ou pas assez ». Où l’on voit, aussi, se multiplier à l’infini les nouvelles sources d’interrogations : « masques », « portiques », « quarantaine », « incubation », « thermomètre frontal », « mutations », « chambres d’isolement à pression négative/positive » etc.

Où l’on voit, enfin, certains hauts responsables commencer à puiser dans le grand sac des métaphores. Ainsi la ministre Agnès Buzyn user de celle de l’incendie qui, comme chacun sait, doit être au plus vite circonscrit.  Ainsi le Pr Arnaud Fontanet (Institut Pasteur de Paris), qui dans Le Monde, a recours à un outil généralement utilisé en cuisine. Le Monde (Rémi Barroux) lui demande si l’OMS aurait dû décréter un « état d’urgence internationale ».

Ne pas oublier de dépressuriser

«  C’est difficile à dire, répond le pastorien. On se rend compte que la déclaration de l’OMS a été très débattue : retardée d’un jour, avec un communiqué qui indique que les membres du comité avaient des avis différents, ce qui exceptionnel. Pour déclarer une ‘’urgence de santé publique de portée internationale’’, il faut que ce soit soudain, grave, d’une ampleur mondiale et que la réponse nécessite une action coordonnée à l’échelle internationale. Or, pour le moment, la dimension mondiale est encore incertaine, puisque dans tous les pays où des cas ont été enregistrés, il n’y a pas eu de cas secondaire, c’est-à-dire pas de personne secondairement infectée dans l’entourage du cas importé. Même si on se rend compte qu’il y a une cocotte-minute en Chine. Qu’en sera-t-il dans quinze jours ? »

Attendons quinze jours, donc. Dans l’attente, la « Cocotte-minute® » (marque déposée depuis soixante-sept ans par SEB, célèbre acronyme de « Société d’Emboutissage de Bourgogne »). Un objet devenu culte également connue sous le nom d’ « auto-cuiseur » : ustensile de cuisine constitué d’un récipient en métal épais hermétiquement clos par un couvercle équipé d’une valve de dépressurisation. Il permet de cuire les aliments sous haute pression. Où l’on retrouve incidemment la notion de pression, avec tous les risques et dangers qui y sont associés. La Chine a-t-elle su manier comme il convenait la petite valve de dépressurisation ?

A demain @jynau

«Haine» ou pas : l’intérêt porté aux médias est aujourd’hui en chute libre révèle La Croix

Bonjour

C’est à la fois un sondage et une étrange mise en abyme. « Un intérêt pour l’actualité en baisse et une confiance dans les médias toujours très faible » :  tels sont les résultats du baromètre annuel réalisé par Kantar pour le quotidien La Croix, publié mercredi 15 janvier. Selon cette enquête, seuls 59 % des Français disent suivre l’actualité avec un intérêt « assez grand » ou « très grand » – ils sont 41 % a déclaré un intérêt « très faible » ou « assez faible » – un niveau en recul de 8 points par rapport à l’an dernier.

« Il s’agit de la plus forte chute jamais enregistrée depuis le lancement du baromètre en 1987, précise l’AFP.  Elle confirme une tendance à l’œuvre depuis quelques années : l’intérêt pour l’information a dégringolé après un pic de 76 % atteint en 2015, en pleine vague d’attentats, qui était proche de son record absolu (77 % en 1993). Quant à la confiance envers les médias, elle reste à des niveaux extrêmement faibles. Comme l’an dernier, seuls 50 % des Français jugent que les infos diffusées à la radio sont crédibles, un niveau historiquement bas. »

Plus précisément la « confiance » dans la télévision remonte de deux points mais reste faible, à 40 %, tout comme celle envers la presse écrite (+ 2 points à 46 %). Enfin, la « confiance » dans les infos sur Internet (mesurée par le baromètre depuis 2005), retrouve son plus faible étiage à 23 % (- 2 points), loin de son sommet à 39 % atteint en 2015.

Entre le moutonnier et l’anxiété

« Ces chiffres ont de quoi inquiéter, observe l’AFP, alors que les médias sont confrontés régulièrement à la forte défiance des citoyens, au même titre que d’autres institutions. ‘’On s’en aperçoit tous les jours sur le terrain, et dans les réactions de nos téléspectateurs et internautes’’, a confié Valérie Nataf, directrice de la rédaction de LCI, lors d’une présentation du baromètre à Paris. Le phénomène semble lié en partie au nombre de canaux d’information, qui se trouvent démultipliés par les réseaux sociaux, et à des actualités souvent anxiogènes, qui peuvent générer du rejet. »

Autre élément critiqué par les Français : le fonctionnement souvent moutonnier des médias. Les personnes interrogées lors de cette enquête déplorent la surmédiatisation de certains sujets, comme l’incendie de Notre-Dame de Paris, au détriment de problématiques comme la crise climatique et les violences conjugales.

Pour Vincent Giret, patron de la radio publique France Info, la défiance s’est accélérée avec la crise de gilets jaunes. Elle « reste dans la mémoire historique de nos rédactions, comme quelque chose de très fort, comme un acte de défiance et même de violence physique avec les journalistes qui ont été très malmenés sur le terrain ».

Face à ce constat, quelles solutions ? Le développement de l’éducation aux médias ? La lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux ?  Une présence plus importante des médias traditionnels sur le numérique ? Le dialogue entre les rédactions et les citoyens ?

 Mieux encore : un Conseil de l’Ordre des médias –  instance de déontologie qui pourrait servir d’arbitre et de médiateur entre eux et les citoyens ? Un Ordre comme celui des médecins ? Qui pourrait raisonnablement imaginer que ce serait la panacée ?

A demain @jynau

Que dire de l’affaire du «Divan des médecins» ? Non, l’«humour carabin» ne justifie rien

Bonjour

9 janvier 2019. La triste affaire a soudain pris une nouvelle dimension. Extrait du discours des vœux 2020 prononcé par le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Concernant le groupe privé Facebook ‘’Le Divan des médecins » » nous mettons en demeure le régulateur du groupe s’agissant du contrôle des contenus, et nous signalerons ces contenus au Procureur de la République. »

Connue du cénacle le sujet a été révélé il y a quelques jours par L’ObsLouise Auvitu et Béatrice Kammerer) ». « ‘’Quand les seins tombent, je refuse la consultation’’. Sur Facebook, des médecins violent leur serment ». Une bien affaire reprise et analysée par Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos) : « Accusé de graves dérapages en ligne, le « Divan des médecins » se défend et divise la profession ». Deux titres qui disent beaucoup des divergences de lecture et des incompréhensions pouvant exister sur un tel sujet.

« Depuis plusieurs jours, le groupe Facebook privé « Le Divan des médecins » est sous les feux de la rampe, résume Le Quotidien. Propos sexistes ou diffamatoires, dérapages, dénigrement : dans une enquête publiée le 5 janvier, L’Obs a dévoilé, à la lumière de plusieurs témoignages, le côté sombre de ce groupe de praticiens parfois accusé de violer le secret médical. » De bien méchants feux, une bien triste rampe.

« Divan » ? Il s’agit ici d’un groupe fermé est composé de plus de 11 000 médecins. « Il a été créé en 2017 par les Drs Elsa Fayad et Christophe Poyer et se définit comme un espace d’entraide médicale entre confrères mais aussi d’échanges pour s’interroger sur la pratique et le quotidien avec bienveillance. Tout y passe : demande d’avis sur des cas cliniques, remplacement, CARMF, installation, posologie, gestion du coup de blues du praticien, soutien moral… » ajoute encore Le Quotidien.

Photos mal floutées de patients, noms mal anonymisés

« Bienveillance » ? Interrogés par L’Obs, plusieurs membres actuels ou anciens dénoncent des photos mal floutées de patients, des noms mal anonymisés, mais aussi des blagues obscènes sous couvert « d’humour carabin » – mais aussi et surtout des propos sexistes, homophobes, racistes ou grossophobes.

Plusieurs captures d’écran ont été diffusées par L’Obs. On peut y lire des commentaires tels que « peut-on mettre un coup de pelle au patient qui termine sa partie sur son smartphone ? » ou « Et hop ! Un certif de sport chez CMU ! Désolée, faut payer… ba j’peux pas ! Moi non plus ! Et je suis à l’heure ! Merci Madame CMU ». 

Le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) et l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) ont condamné les propos diffusés « Le SNJMG condamne les agissements en ligne du groupe #divandesmedecins révélés par @lobs.

 « Le respect est la base d’une relation saine avec les patients et de tels propos peuvent entraîner une défiance légitime », commente Romain Levesy, 1er vice-président de l’ANEMF.  Contactée par Le Quotidien,  l’une des fondatrices, le Dr Elsa Fayad, affirme que de tels dérapages concernent une poignée d’individus, « parfois occasionnellement et parfois de façon répétée ».  Elle reconnaît quelques « rares cas » de non-anonymisation des cas cliniques, rapidement « signalés et corrigés ». Même constat pour les propos sexistes, homophobes ou grossophobes pointés par L’Obs. Le Dr Fayad souligne qu’un à deux « signalements » en moyenne sont effectués chaque semaine et qu’« un à deux membres sont expulsés du divan par trimestre ». Pour elle encore, ces incidents « isolés » discréditent et déshonorent cette communauté médicale « animée, par un esprit de partage, d’entraide et de confraternité, parfois aussi de détente et non pas sur le dos des patients ».

« Pas d’éthique sans médecins, pas de médecins sans éthique »

Également joint par Le Quotidien le Conseil national de l’Ordre national assurait n’avoir reçu aucun signalement concernant le groupe. Tel n’est plus le cas, grâce aux médias. Le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président de l’Ordre condamne déjà certains propos jugés « effarants ». « Qu’il s’agisse d’un groupe privé ne change rien dans la mesure où la diffusion est massive, dit-il . Quant à la question de l’humour carabin, s’il y a pu avoir un temps une certaine tolérance, elle n’a plus lieu d’être dans le contexte actuel. » 

Au-delà de l’affaire du « Divan » il restera à l’Ordre des Médecins une mission urgente et d’importance : définir « l’humour carabin » et fixer les nouvelles frontières de la tolérance. Extrait du discours des vœux 2020 prononcé le 9 janvier par le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Il n’y a pas d’éthique sans médecins, et pas de médecins sans éthique. Là est notre légitimité à s’exprimer ».

A demain @jynau