Cigarette électronique, médias et manquements à l’éthique: questions à propos d’une «rétractation »

Bonjour

Tout n’est pas toujours glorieux en matière de science et de publications scientifiques. Dans ce monde la faute, le manquement à l’éthique a un méchant nom, celui de « rétractation ». En voici un exemple éclairant, parfaitement résumé sur le site vapolitique.blogspot par Philippe Poirson.  

Ainsi donc il aura fallu huit mois pour que le Journal of American Heart Association (JAHA) rétracte une publication centrée sur « le vapotage et les crises cardiaques ». « Le manuscrit de Bhatta et Glantz a fait l’objet d’un examen approfondi et complet au cours des 7 derniers mois et le processus est désormais terminé. Au 18/02/20, JAHA a rétracté le document », a déclaré Michelle Kirkwood, porte-parole de l’American Heart Association (AHA), l’association de cardiologie américaine qui édite la revue JAHA, au site Reason

« Très médiatisée à sa sortie, l’étude 1 affirmait de manière erronée un lien de causalité entre vapotage et crise cardiaque, résume Philippe Poirson. Les chercheurs Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l’Université de San Francisco, avaient comptabilisé dans leurs calculs les crises cardiaques survenues chez des vapoteurs avant qu’ils ne se mettent à vapoter pour incriminer le vapotage. Une violation du principe basique selon lequel la cause précède l’effet. 

Dans un premier temps, Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l’Université de Louisville, avaient mis en évidence l’incohérence. « Les principales conclusions de l’étude Bhatta-Glantz sont fausses et invalides », avaient écrit Rodu et Plurphanswat le 11 juillet au JAHA. La revue avait répondu mollement fin octobre. Le statisticien Pr Andrew Gelman avait ensuite confirmé l’erreur méthodologique. Enfin, début janvier, seize chercheurs de renoms avaient à leur tour écrit à la revue pour demander des clarifications sur cette publication. La plupart des commentaires d’experts se trouvent sur le site PubPeer. »

Aujourd’hui, JAHA rétracte enfin la publication frauduleuse. L’explication des éditeurs est, pour Philippe Poirson,  « confondante » :

« Lors de l’examen par les pairs, les examinateurs ont identifié la question importante de savoir si les infarctus du myocarde se sont produits avant ou après que les répondants ont commencé à utiliser la cigarette électronique et ont demandé aux auteurs d’utiliser des données supplémentaires dans le livre de codes PATH (âge du premier IM et âge de la première utilisation de vapotage) pour répondre à cette préoccupation », explique la revue JAHA

« En d’autres termes, même avant la publication, les  éditeurs et les examinateurs du JAHA ont reconnu qu’il y avait un problème logique à affirmer un lien de causalité entre l’utilisation du vapotage et les crises cardiaques sur la base de cas antérieurs à l’utilisation du vapotage, commente Jacob Sullum sur le site ReasonIls ont demandé à Bhatta et Glantz de résoudre ce problème crucial, et les auteurs n’ont pas réussi à le faire, bien que la base de données PATH contenait les informations nécessaires ».

Et Philippe Poirson de soulever une question bien délicate, celle de la responsabilité des nombreux organes de presse et des organisations qui ont repris les conclusions frauduleuses de cette étude. En premier lieu, dit-il, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment lors du 146e Conseil exécutif devant les délégués à Genève le 4 février.  Et, d’autre part, le « pool santé » de l’Agence France Presse ainsi que « les nombreux médias » qui ont répandu cette désinformation durant ses huit derniers mois, sans tenir compte des critiques fondées contre cette fraude. 

« Que vont-ils faire, demande-t-il, pour réparer les torts causés au public, en particulier aux millions de fumeurs abusés par cette désinformation et qui ont renoncé à arrêter de fumer avec le vapotage ? » C’est une bonne question. Qui y répondra ?

A demain @jynau

1. Bhatta DN, Glantz SA. Electronic Cigarette Use and Myocardial Infarction Among Adults in the US Population Assessment of Tobacco and Health. J Am Heart Assoc. 2019;8:e012317. DOI: 10.1161/JAHA.119.012317.

Résurgence de l’étrange : un bateau fantôme vient de s’échouer sur les côtes de l’Irlande

Bonjour

Rien à voir, certes, avec le Diamond Princess contaminé par le Covid-19. Quoique. C’est l’une des conséquences de la tempête Dennis qui, mi-février, a affolé le nord-ouest de l’Europe. Nous parlons ici de l’inhumaine odyssée solitaire du MV Alta. Le « bateau fantôme apparemment destiné à ne jamais faire escale », résume le quotidien britannique The Guardian. Un fantôme finalement échoué, dimanche 16 février, sur les côtes rocailleuses aux abords du petit village de pêcheurs de Ballycotton, dans le sud-est de l’Irlande. Une pépite pour les méta-journalistes spécialisés dans les revues de presse.

Il s’agit ici d’un cargo tanzanien de 77 mètres abandonné par son équipage. Il aurait dérivé dans l’Atlantique pendant près de dix-huit mois, longeant le continent américain, l’Afrique et l’Europe, « rouillé mais à flot ». Les autorités irlandaises s’interrogent désormais sur le devenir de l’épave, ainsi que sur un éventuel risque de pollution. Les médias, eux, se sont penchés sur son mystérieux périple qui s’est achevé en mer Celtique.

Monstres et Fantômes

Parti de Grèce le cargo cinglait vers Haïti quand il a souffert d’une avarie, raconte The Irish Times. « Il dérivait déjà depuis près de vingt jours lorsque l’équipage a demandé de l’aide, après que ses réserves de nourriture et d’eau ont commencé à manquer. » Les dix hommes à bord ont été secourus par les garde-côtes américains, à environ 2 220 kilomètres au sud-est des Bermudes, puis emmenés à Porto Rico. Nous étions alors en …. octobre 2018.

En août 2019, le MV Alta  est repéré par un navire de patrouille de la Royal Navy dans l’Atlantique, au large de l’Afrique, apparemment sans équipage. « Nous nous sommes rapprochés du navire pour prendre contact et offrir notre aide, mais personne n’a répondu ! Tant que l’enquête se poursuit, nous ne pouvons pas vous donner plus de détails sur cet étrange événement », écrivent alors aux équipes à terre les membres du HMS Protector  – aujourd’hui cités par The Irish Examiner. Et le MV Alta aurait continué à dériver de l’Afrique vers l’Irlande, en passant par l’Espagne.

Comment, ici, ne pas rêver à la légende du bateau qui continue de voguer sans fin débarrassé de son équipage humain ? A commencer par  Le Hollandais volant  ? Ou le célébrissime Mary Celeste. Sans oublier le pétrolier Jian Seng retrouvé en 2006 au large du Queensland, en Australie. Nous sommes là aux antipodes des paquebots croisières, comme le Diamond Princess, ces monstres qui croisent, sans jamais les voir, les fantômes des mers.

A demain @jynau

Hystérie et Covid-19 : les journalistes doivent-ils désormais « travailler » avec l’OMS ?

Bonjour

17 février 2020, après bien des atermoiements l’OMS) estime que la propagation du Covid-19 est désormais «impossible à prévoir». Dernier décompte officiel : plus de 71 000 cas – 1775 décès.

Et, pour la première fois dans ce dossier, une question ouvertement dérangeante : face à une épidémie quelle est, quel doit être le rôle de la presse, celui des journalistes ? Pour le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS les choses sont claires. « Nous demandons à tous les gouvernements, toutes les sociétés et tous les organismes de presse de travailler avec nous pour déclencher le niveau d’alarme idoine sans souffler sur les braises de l’hystérie », vient-il de déclarer lors de la « Conférence de sécurité » de Munich.

Il s’agit ici une enceinte créée en 1962 par Ewald von Kliest un ancien officier allemand et l’un des comploteurs contre Hitler en 1944. Idée-pivot de cette conférence : promouvoir la paix par le dialogue.

Médias ayant pignon sur rue et sur écran.

« Déclencher le niveau d’alarme idoine sans souffler sur les braises de l’hystérie ». On peut le dire autrement. Les journalistes doivent-ils se limiter à diffuser les bulletins de l’OMS ? Répercuter les propos tenus sur les estrades des conférences de presse ? S’interdire de commenter, de critiquer, d’éditorialiser ? Soutenir les pouvoirs exécutifs en place ?

Un exemple : fallait-il ou non s’interroger publiquement sur les atermoiements du Dr Tedros Adhanom quant à la nécessité de déclencher une alerte de niveau mondial ? Se museler face à une OMS en perte de vitesse 1 ? Où sont aujourd’hui les journalistes qui « soufflent sur les braises de l’hystérie » ? Et comment ne pas voir que si souffle et braises il y a, on le trouvera sur ces « réseaux sociaux » que l’on ne saurait confondre avec le travail des journalistes oeuvrant dans des médias ayant pignon sur rue et sur écran.

Depuis le Dr Théophraste Renaudot, inventeur du journalisme, l’appel à l’aide de la presse par le pouvoir en situation de crise est un grand classique 1. C’est, pourrait-on, dire une expression inversée de la tentation de censure. On ne peut, ici, que souhaiter que le pouvoir se limite à lancer cet appel – et que les journalistes puissent continuer à exercer leur passionnant métier. Avec souffle – mais sans braises.

A demain @jynau

1 Nau J-Y « Informations à caractère médical dans la presse écrite d’audience nationale. Education sanitaire ou journalisme. Thèse de médecine. Université François-Rabelais. Faculté de médecine de Tours. 1984.

Perversité ou pas, le pédophile tourangeau restera emprisonné loin des Philippines

Bonjour

Loin du Flore et de la littérature, c’est une scène de la justice ordinaire. Mandé depuis la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Orléans le papier est publié dans La Nouvelle République du Centre Ouest (Vincent Baranger). « Il avait filmé ses « ébats » avec une philippine de 9 ans » Pied de page 4, édition d’Indre-et-Loire.

L’affaire trouve ses racines antipodiques dans une cyber-enquête de la police australienne qui, en 2017 avait permis de remonter à deux hôtels ayant servi de lieu de tournage à des scènes de viol sur mineur. Sur une vidéo filmée avec un portable, les enquêteurs sont parvenus à identifier « un quadragénaire tourangeau ayant des relations sexuelles avec une fillette des Philippines, âgée de 9 ans ».

« Aujourd’hui âgé de 48 ans, l’homme soutient avoir accepté cette proposition d’exploitation sexuelle d’une mineure… par un souteneur, qui serait l’oncle de la victime, moyennant de l’argent ‘’pour subvenir aux besoins de la famille’’, rapporte le quotidien régional. Il ne conteste pas les faits mais les relativise :‘’J’étais attaché à cette jeune fille.’’ » On peut voir là un grand classique du déni.

Jusqu’ici jamais condamné, l’homme a subi deux expertises psychiatriques. On apprend que la première le présente comme « un déviant, un pervers », qui exploite sexuellement des mineurs vulnérables car défavorisés.  Quant à la seconde, plus nuancée, elle observe  « des tendances pédophiles mais pas de dangerosité psychiatrique ». Là encore, un grand classique pour qui s’intéresse à la définition de la perversité 1 et aux divergences idéologiques des experts de la psychiatrie médico-légale.

Pour la défense :  Me Louise Thome, assure que son client « a un sentiment de honte » et souligne que « l’incarcération actuelle n’est pas le seul moyen de réinsérer son client ». Et d’insister sur la nécessité de « soins plus poussés » en contrôle judiciaire. Il faut aussi tenir compte de son projet de sortie :un hébergement à La Riche (Indre-et-Loire), chez sa nouvelle compagne ; une promesse d’embauche. Ajoutons une caution de 30.000 € est proposée pour appuyer ses garanties de représentation et la remise de son passeport. 

Pour la partie civile : Me Emmanuelle Descot, conseil de la partie civile administrateur ad hoc « France Victimes 37 » craint une reprise de contact du suspect avec Internet « qu’il maîtrise ».

Pour l’avocat général : Alexandra Pethieu, s’oppose à la libération. Il entend prévenir « un renouvellement de l’infraction ». Il évoque une déviance pédophile « ancienne » (admise par le Tourangeau et par les deux experts psychiatriques) « déviance » qui s’est accentuée au fil du temps. Quant à la caution proposée, la magistrate aimerait détenir des garanties sur la situation financière. De plus, dans cette belle région de « tourisme sexuel » des Philippines, la dimension internationale de trouble à l’ordre public subsiste : « L’inconcevable a été réalisé ! » Elle requiert une confirmation de l’ordonnance de refus de liberté.

Le détenu : il clame sa volonté de rester en France et de ne pas récidiver, indiquant qu’« aux Philippines, c’est un contexte de prostitution ».

Loin des Philippines, du Flore, des médias nationaux et de toute forme de littérature la cour d’appel d’Orléans a rejeté la demande de mise en liberté.

A demain @jynau

1 Perversité(psychopathologie) : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la Société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle » (Mucch. Psychol. 1969). « Il n’y a perversité véritable que dans une indifférence morale rebelle prolongée: il ne faut donc pas confondre avec les pervers, les impulsifs ou les nonchalants moraux » (Mounier, Traité caract.,1946, p.728).

− P. méton., rare. Action, pratique immorale ou contre nature d’une telle personne. « L’une des perversités (…) en usage au commencement de ce siècle, était le luxe des rats. Un rat, mot déjà vieilli, s’appliquait à un enfant de dix à onze ans, comparse à quelque théâtre, (…) que les débauchés formaient pour le vice et l’infamie » (Balzac, Splend. et mis., 1844, p.18).

Coronavirus : peut-on désormais, sans danger, utiliser la métaphore de la «Cocotte-minute®»

Bonjour

Tout évolue à très grande vitesse sur le front du « corona » (nouvelle abréviation médiatique). Où l’on voit désormais certains médias interroger avec componction les experts sur le fait de savoir « s’ils en font trop ou pas assez ». Où l’on voit, aussi, se multiplier à l’infini les nouvelles sources d’interrogations : « masques », « portiques », « quarantaine », « incubation », « thermomètre frontal », « mutations », « chambres d’isolement à pression négative/positive » etc.

Où l’on voit, enfin, certains hauts responsables commencer à puiser dans le grand sac des métaphores. Ainsi la ministre Agnès Buzyn user de celle de l’incendie qui, comme chacun sait, doit être au plus vite circonscrit.  Ainsi le Pr Arnaud Fontanet (Institut Pasteur de Paris), qui dans Le Monde, a recours à un outil généralement utilisé en cuisine. Le Monde (Rémi Barroux) lui demande si l’OMS aurait dû décréter un « état d’urgence internationale ».

Ne pas oublier de dépressuriser

«  C’est difficile à dire, répond le pastorien. On se rend compte que la déclaration de l’OMS a été très débattue : retardée d’un jour, avec un communiqué qui indique que les membres du comité avaient des avis différents, ce qui exceptionnel. Pour déclarer une ‘’urgence de santé publique de portée internationale’’, il faut que ce soit soudain, grave, d’une ampleur mondiale et que la réponse nécessite une action coordonnée à l’échelle internationale. Or, pour le moment, la dimension mondiale est encore incertaine, puisque dans tous les pays où des cas ont été enregistrés, il n’y a pas eu de cas secondaire, c’est-à-dire pas de personne secondairement infectée dans l’entourage du cas importé. Même si on se rend compte qu’il y a une cocotte-minute en Chine. Qu’en sera-t-il dans quinze jours ? »

Attendons quinze jours, donc. Dans l’attente, la « Cocotte-minute® » (marque déposée depuis soixante-sept ans par SEB, célèbre acronyme de « Société d’Emboutissage de Bourgogne »). Un objet devenu culte également connue sous le nom d’ « auto-cuiseur » : ustensile de cuisine constitué d’un récipient en métal épais hermétiquement clos par un couvercle équipé d’une valve de dépressurisation. Il permet de cuire les aliments sous haute pression. Où l’on retrouve incidemment la notion de pression, avec tous les risques et dangers qui y sont associés. La Chine a-t-elle su manier comme il convenait la petite valve de dépressurisation ?

A demain @jynau

«Haine» ou pas : l’intérêt porté aux médias est aujourd’hui en chute libre révèle La Croix

Bonjour

C’est à la fois un sondage et une étrange mise en abyme. « Un intérêt pour l’actualité en baisse et une confiance dans les médias toujours très faible » :  tels sont les résultats du baromètre annuel réalisé par Kantar pour le quotidien La Croix, publié mercredi 15 janvier. Selon cette enquête, seuls 59 % des Français disent suivre l’actualité avec un intérêt « assez grand » ou « très grand » – ils sont 41 % a déclaré un intérêt « très faible » ou « assez faible » – un niveau en recul de 8 points par rapport à l’an dernier.

« Il s’agit de la plus forte chute jamais enregistrée depuis le lancement du baromètre en 1987, précise l’AFP.  Elle confirme une tendance à l’œuvre depuis quelques années : l’intérêt pour l’information a dégringolé après un pic de 76 % atteint en 2015, en pleine vague d’attentats, qui était proche de son record absolu (77 % en 1993). Quant à la confiance envers les médias, elle reste à des niveaux extrêmement faibles. Comme l’an dernier, seuls 50 % des Français jugent que les infos diffusées à la radio sont crédibles, un niveau historiquement bas. »

Plus précisément la « confiance » dans la télévision remonte de deux points mais reste faible, à 40 %, tout comme celle envers la presse écrite (+ 2 points à 46 %). Enfin, la « confiance » dans les infos sur Internet (mesurée par le baromètre depuis 2005), retrouve son plus faible étiage à 23 % (- 2 points), loin de son sommet à 39 % atteint en 2015.

Entre le moutonnier et l’anxiété

« Ces chiffres ont de quoi inquiéter, observe l’AFP, alors que les médias sont confrontés régulièrement à la forte défiance des citoyens, au même titre que d’autres institutions. ‘’On s’en aperçoit tous les jours sur le terrain, et dans les réactions de nos téléspectateurs et internautes’’, a confié Valérie Nataf, directrice de la rédaction de LCI, lors d’une présentation du baromètre à Paris. Le phénomène semble lié en partie au nombre de canaux d’information, qui se trouvent démultipliés par les réseaux sociaux, et à des actualités souvent anxiogènes, qui peuvent générer du rejet. »

Autre élément critiqué par les Français : le fonctionnement souvent moutonnier des médias. Les personnes interrogées lors de cette enquête déplorent la surmédiatisation de certains sujets, comme l’incendie de Notre-Dame de Paris, au détriment de problématiques comme la crise climatique et les violences conjugales.

Pour Vincent Giret, patron de la radio publique France Info, la défiance s’est accélérée avec la crise de gilets jaunes. Elle « reste dans la mémoire historique de nos rédactions, comme quelque chose de très fort, comme un acte de défiance et même de violence physique avec les journalistes qui ont été très malmenés sur le terrain ».

Face à ce constat, quelles solutions ? Le développement de l’éducation aux médias ? La lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux ?  Une présence plus importante des médias traditionnels sur le numérique ? Le dialogue entre les rédactions et les citoyens ?

 Mieux encore : un Conseil de l’Ordre des médias –  instance de déontologie qui pourrait servir d’arbitre et de médiateur entre eux et les citoyens ? Un Ordre comme celui des médecins ? Qui pourrait raisonnablement imaginer que ce serait la panacée ?

A demain @jynau

Que dire de l’affaire du «Divan des médecins» ? Non, l’«humour carabin» ne justifie rien

Bonjour

9 janvier 2019. La triste affaire a soudain pris une nouvelle dimension. Extrait du discours des vœux 2020 prononcé par le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Concernant le groupe privé Facebook ‘’Le Divan des médecins » » nous mettons en demeure le régulateur du groupe s’agissant du contrôle des contenus, et nous signalerons ces contenus au Procureur de la République. »

Connue du cénacle le sujet a été révélé il y a quelques jours par L’ObsLouise Auvitu et Béatrice Kammerer) ». « ‘’Quand les seins tombent, je refuse la consultation’’. Sur Facebook, des médecins violent leur serment ». Une bien affaire reprise et analysée par Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos) : « Accusé de graves dérapages en ligne, le « Divan des médecins » se défend et divise la profession ». Deux titres qui disent beaucoup des divergences de lecture et des incompréhensions pouvant exister sur un tel sujet.

« Depuis plusieurs jours, le groupe Facebook privé « Le Divan des médecins » est sous les feux de la rampe, résume Le Quotidien. Propos sexistes ou diffamatoires, dérapages, dénigrement : dans une enquête publiée le 5 janvier, L’Obs a dévoilé, à la lumière de plusieurs témoignages, le côté sombre de ce groupe de praticiens parfois accusé de violer le secret médical. » De bien méchants feux, une bien triste rampe.

« Divan » ? Il s’agit ici d’un groupe fermé est composé de plus de 11 000 médecins. « Il a été créé en 2017 par les Drs Elsa Fayad et Christophe Poyer et se définit comme un espace d’entraide médicale entre confrères mais aussi d’échanges pour s’interroger sur la pratique et le quotidien avec bienveillance. Tout y passe : demande d’avis sur des cas cliniques, remplacement, CARMF, installation, posologie, gestion du coup de blues du praticien, soutien moral… » ajoute encore Le Quotidien.

Photos mal floutées de patients, noms mal anonymisés

« Bienveillance » ? Interrogés par L’Obs, plusieurs membres actuels ou anciens dénoncent des photos mal floutées de patients, des noms mal anonymisés, mais aussi des blagues obscènes sous couvert « d’humour carabin » – mais aussi et surtout des propos sexistes, homophobes, racistes ou grossophobes.

Plusieurs captures d’écran ont été diffusées par L’Obs. On peut y lire des commentaires tels que « peut-on mettre un coup de pelle au patient qui termine sa partie sur son smartphone ? » ou « Et hop ! Un certif de sport chez CMU ! Désolée, faut payer… ba j’peux pas ! Moi non plus ! Et je suis à l’heure ! Merci Madame CMU ». 

Le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) et l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) ont condamné les propos diffusés « Le SNJMG condamne les agissements en ligne du groupe #divandesmedecins révélés par @lobs.

 « Le respect est la base d’une relation saine avec les patients et de tels propos peuvent entraîner une défiance légitime », commente Romain Levesy, 1er vice-président de l’ANEMF.  Contactée par Le Quotidien,  l’une des fondatrices, le Dr Elsa Fayad, affirme que de tels dérapages concernent une poignée d’individus, « parfois occasionnellement et parfois de façon répétée ».  Elle reconnaît quelques « rares cas » de non-anonymisation des cas cliniques, rapidement « signalés et corrigés ». Même constat pour les propos sexistes, homophobes ou grossophobes pointés par L’Obs. Le Dr Fayad souligne qu’un à deux « signalements » en moyenne sont effectués chaque semaine et qu’« un à deux membres sont expulsés du divan par trimestre ». Pour elle encore, ces incidents « isolés » discréditent et déshonorent cette communauté médicale « animée, par un esprit de partage, d’entraide et de confraternité, parfois aussi de détente et non pas sur le dos des patients ».

« Pas d’éthique sans médecins, pas de médecins sans éthique »

Également joint par Le Quotidien le Conseil national de l’Ordre national assurait n’avoir reçu aucun signalement concernant le groupe. Tel n’est plus le cas, grâce aux médias. Le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président de l’Ordre condamne déjà certains propos jugés « effarants ». « Qu’il s’agisse d’un groupe privé ne change rien dans la mesure où la diffusion est massive, dit-il . Quant à la question de l’humour carabin, s’il y a pu avoir un temps une certaine tolérance, elle n’a plus lieu d’être dans le contexte actuel. » 

Au-delà de l’affaire du « Divan » il restera à l’Ordre des Médecins une mission urgente et d’importance : définir « l’humour carabin » et fixer les nouvelles frontières de la tolérance. Extrait du discours des vœux 2020 prononcé le 9 janvier par le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins : « Il n’y a pas d’éthique sans médecins, et pas de médecins sans éthique. Là est notre légitimité à s’exprimer ».

A demain @jynau

Rebondissement vidéo dans l’affaire de Cédric C., 42 ans mort après un contrôle de police

Bonjour

Mourez, vous êtes filmé. Nous rapportions il y a peu l’affaire Cédric C. décédé à Paris dans la nuit de samedi 4 à dimanche 5 janvier, à la suite d’un « malaise cardiaque survenu lors d’un contrôle policier »  angle Suffren/Branly – annonce faire par l’avocat mandaté par sa famille : Me Arié Alimi.

Rappel : Vendredi 3 janvier, dans la matinée, roulant à scooter et téléphone à la main, ce père de cinq enfants est interpellé à l’angle de l’avenue de Suffren et du quai Branly. Selon BFMTV, qui cite des « sources policières », l’homme se serait alors montré «irrespectueux et agressif». « Nos confrères du Parisien évoquent, eux, des insultes et un policier repoussant le pilote, qui tentait de filmer son interpellation, rapportait Le Figaro.  C’est lorsque les policiers tentent de l’arrêter qu’ils se rendent compte que le visage de l’homme est ‘’bleu’’». Est-ce bien la vérité ?

Victime d’un malaise cardiaque, l’homme est pris en charge par les policiers, puis par les pompiers, avant d’être conduit à l’hôpital européen George Pompidou. Placé sous respirateur, il est finalement décédé dans la nuit, aux alentours de 3h30. «Il est probable que le cerveau de Cédric n’ait pas été suffisamment oxygéné pendant quelques minutes, a détaillé Me Alimi au Parisien, ce qui ouvre plusieurs hypothèses, comme un plaquage ventral, ou une clé d’étranglement. Nous avons toutes les raisons de croire, en tout cas, qu’il ne s’agit pas d’un arrêt cardiaque spontané, mais provoqué. L’autopsie qui va être pratiquée nous permettra d’en savoir plus, et notamment si les policiers sont à l’origine de ce drame. Cédric souffrait certes d’hypertension artérielle, mais il n’avait jamais eu le moindre malaise cardiaque de quelque nature que ce soit.»

  « Un appel à témoin citoyen »,

Mardi 7 janvier, rebondissement sur le site du Monde (Nicolas Chapuis) qui diffuse de troublantes images vidéos :

« Les images, filmées au smartphone, sont un peu lointaines, tremblotantes, mais elles éclairent d’un jour nouveau les circonstances de la mort de Cédric Chouviat. Diffusées depuis le siège de la Ligue des droits de l’homme par les avocats de la famille, elles donnent à voir les conditions très musclées dans lesquelles s’est déroulé, vendredi 3 janvier, à l’angle du quai Branly et de l’avenue de Suffren, à Paris, le contrôle routier au cours duquel l’homme de 42 ans a fait un malaise cardiaque. (…) Pour les avocats de la famille Chouviat, Me Arié Alimi, Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth, les autorités ont tenté par leur communication de dissimuler une partie des faits, en niant tout lien de cause à effet entre la technique d’interpellation et le malaise cardiaque. »

Selon la Préfecture de police de Paris, les fonctionnaires ont contrôlé le conducteur de la moto parce qu’il téléphonait. Celui-ci se serait montré « irrespectueux et agressif », et aurait insulté l’équipage au moment où il partait. Les agents auraient alors procédé à l’interpellation pour outrage, à laquelle M. Chouviat aurait résisté, avant de faire un malaise cardiaque.

Le Monde commente : sur une première vidéo obtenue par les avocats à la suite d’« un appel à témoin citoyen », on voit d’abord Cédric Chouviat filmant de près les policiers, qui le repoussent. Sur une  deuxième vidéo, on aperçoit de loin plusieurs policiers en train de maîtriser l’homme au sol, avec la technique dite du « plaquage ventral », qui consiste à porter son poids sur le torse de l’individu. « Les jambes de Cédric Chouviat, en pantalon gris, s’agitent en vain, écrit Nicolas Chapuis. L’homme qui a filmé la scène assure, selon les avocats, que les policiers ont également pratiqué une clé d’étranglement. Enfin, sur une dernière séquence tournée une vingtaine de minutes plus tard, on aperçoit les policiers en train de prodiguer un massage cardiaque à la victime.

Pour le père de Cédric Chouviat, Christian, cité par Le Monde il s’agit d’un meurtre, ni plus ni moins, couvert par « un tissu de mensonges » : « Est-ce qu’on a le droit de faire ça ? Le mec, il se lève à 6 heures du matin, été comme hiver. Il va travailler, et d’un coup on a décidé de lui couper le sifflet. Ce sont des assassins. Il y a trois assassins. Je veux aller au jugement, je veux qu’ils ne dorment plus, ces gens-là ! »

De plus la famille accuse : elle estime que l’homme, coursier de profession et propriétaire d’un casque avec micro intégré, ne pouvait se servir de son téléphone au moment de l’interpellation. Sa femme assure que la première version que lui ont donnée les policiers parlait d’un contrôle routier à cause d’une plaque d’immatriculation sale. Et Cédric Chouviat ne souffrait par ailleurs d’aucune « insuffisance cardiaque connue » et avait été autorisé médicalement à pratiquer le sport dix mois auparavant. On évoquait toutefois l’existence d’une « hypertension artérielle ». Le rapport médical lu à la famille mentionne quant à lui « un arrêt cardiaque ».

Et maintenant ? Les avocats de la famille ont déposé lundi 6 janvier une plainte avec constitution de partie civile pour violences volontaires ayant entraîné la mort, afin d’obtenir l’ouverture d’une information judiciaire, confiée à un juge d’instruction. Selon eux, la justice a entre les mains plusieurs éléments qui pourraient permettre de faire rapidement la lumière sur l’ensemble des faits. Deux caméras de vidéosurveillance disposées sur le carrefour couvrent cette zone. Par ailleurs, M. Chouviat a lui-même filmé toute la scène avec son smartphone, actuellement placé sous scellés. Contactée par Le Monde, la Préfecture de police s’en est tenue à sa version initiale. Quant au parquet de Paris, il devait communiquer les suites judiciaires à donner à cette affaire dans le courant de la journée.

Attendons les suites.

A demain @jynau

Retraites et controverses: le président Ferrand peut-il vraiment parler d’« hystériser » ?

Bonjour

Ancien journaliste, ancien socialiste Richard Ferrand, 57 ans, est aujourd’hui président de l’Assemblée nationale. Soutien « historique » d’Emmanuel Macron, ancien spécialiste de communication il connaît le poids des mots.

 I Fin novembre dernier il accordait un entretien au Journal du Dimanche. « J’ai ­l’espoir que nous allons sauver un système de retraites qui est ­aujourd’hui inégalitaire et à bout de souffle » expliquait-il. Selon lui la grève qui, alors s’annonçait sera donc « une mobilisation pour conserver des inégalités ». Il ajoutai que la réforme voulue par le gouvernement était indispensable à « la préservation de notre modèle social » et qu’il faudra « travailler plus ». Extrait :

« Regardez l’hôpital : Mme Buzyn avait présenté le plan Ma santé 2022, qui avait été largement approuvé et prévoit d’améliorer l’offre de soins, la télémédecine et l’indemnisation des proches aidants. Nous aurions pu attendre qu’il porte ses fruits. Mais nous avons écouté le personnel hospitalier, pris la mesure de l’urgence d’une situation qui ne pouvait attendre 2022. L’investissement dans les hôpitaux a été divisé par deux et la dette, multipliée au cours des dix dernières années. Le gouvernement a été réactif, par des décisions massives et historiques. C’est ça, l’acte 2 : écouter et agir. Et de grâce, nous, Français, n’oublions jamais que nous avons le meilleur système de santé du monde, qui nous est partout envié! Là encore, soyons enthousiastes pour le maintenir et le développer, et pas pleurnichards. »

« Pleurnichard » : Subst. et adj. (Celui, celle) qui pleurniche à tout propos, qui à l’habitude de se plaindre, de larmoyer. Synon. pleurard, grognon..Si le monde contemporain ne renferme pas des racines pour une nouvelle morale, que deviendra-t-il? Les gémissements d’une bourgeoise pleurnicharde ne le sauveront pas, s’il a vraiment perdu ses moeurs pour toujours (Sorel, Réflex. violence, 1908, p.346).

II Début janvier. La controverse sur la réforme des retraites n’a pas cessé. Richard Ferrand défend un projet gouvernemental «juste» qui «corrige de vraies inégalités» envers les femmes, les chômeurs, les carrières hachées, les agriculteurs, les artisans. Il juge «néfaste pour notre démocratie, notre démocratie sociale, certains propos et attitudes de syndicalistes comme de politiques qui concourent à hystériser le débat», assurant qu’on «n’est pas dans une guerre de tranchées».

Il faut, selon lui, «que le gouvernement et ces organisations syndicales rapprochent leurs positions pour aboutir, dans la compréhension réciproque, sans préalable ni ligne rouge». «Aux négociateurs de trouver les voies de rapprochement en sortant des postures. Avec un peu de bonne foi, cela ne me paraît pas insurmontable», a-t-il ajouté. Et Richard Ferrand d’attaquer ceux qui «concourent à hystériser le débat».

« Hystériser » : provoquer une agitation ou une excitation démesurée dans un but précis. Il eût été plus correct de dire « rendre le débat hystérique » qu' »hystériser le débat ». Qu’importe. Voilà bien, dans la bouche d’un macronien historique, un mot de l’ancien monde. L’Académie française rappelle que le verbe hystériser est une création des frères Goncourt qui furent, à la fin du XIXème siècle, de grands pourvoyeurs de néologismes. Au début du XXème siècle, dans L’Oblat, Huysmans employa ce verbe à la forme pronominale. Ces formes ne sont donc pas incorrectes, mais force est bien de constater que l’usage leur préfère des tours périphrastiques composés avec l’adjectif hystérique ou le verbe électriser.

Longtemps, en médecine, certains crurent que l’on pouvait « hystériser » , c’est-à-dire « rendre hystérique », « provoquer des crises de convulsions » voire une perte de connaissance – et ce à cause « d’un système nerveux trop sensible ». « Cette acception ne semble désormais plus guère usitée.

A demain @jynau

«Journalisme et santé publique» : 615 000 visites pour ce blog durant l’année 2019

Bonjour

Nouvelle année. Quelques mots, quelques chiffres pour dire la richesse des liens qui, via ce blog, nous unissent.

« Journalisme et santé publique » : en 2019 : plus de 615 000 visites. On peut voir là une expression chiffrée de la richesse de l’actualité. Mais aussi et surtout le fidèle et croissant soutien de celles et ceux qui visitent et relaient ce blog. Celles et ceux qui commentent et critiquent… s’irritent… s’indignent parfois… apprécient peut-être… Merci à tous et merci de vos commentaires. N’hésitez pas. Sachez qu’ils sont lus, soupesés, médités 1.

Merci encore à tous les confrères, ceux que nous citons, ceux qui nous aident dans notre quête. Sans oublier Slate.fr (Christophe Carron, Hélène Decommer) , le Club des médecins blogueurs (Dominique Dupagne), la Revue médicale suisse (Bertrand Kiefer), La Revue du Praticien (Jean Deleuze), SOS Addictions (William Lowenstein & C°). Et Antoine Flahault – sans qui ce blog ne serait sans doute pas.

2020 : l’objectif ne variera pas. Liberté de ton, de sujet, de titraille, d’expression et de longueur. Relais de textes glanés dans les espaces médiatisés. Montrer que le « blog » peut, aussi, être un formidable espace journalistique. Un espace pour raconter. Pour expliquer. Pour commenter. Au risque de déranger. Continuons, ensemble, à en user.

A demain @jynau

1 Pour 2020, on méditera celui-ci, adressé en réponse à :  « Lutte contre le tabagisme : au 1er janvier, augmentation de la rémunération des buralistes », de Philippe Boucher @philippeboucher:

« L’Etat ne cherche pas vraiment à réduire le tabagisme. C’est une source de revenu et un moyen de réduire le paiement de retraites via le décès prématuré des fumeurs qui pour la plupart n’appartiennent pas à la classe dirigeante et ne représentent pas une force politique organisée. »