Faudrait-il vraiment retirer sous peu l’implant stérilisant Essure® du marché français ?

 

Bonjour

Dans les « affaires sanitaires » il y a toujours un moment où les plaignants sont reçus au ministère de la Santé. Parfois même par la ministre en personne. Le pont-levis se baisse. Le château s’entrouvre aux malheureux. C’est la réplique des antiques réceptions des doléances par le seigneur et roi. La suite, on le voit, correspond rarement aux attentes de l’une ou l’autre des deux parties.

Vendredi 20 janvier, à Paris, des responsables de l’association Resist (Réseau d’entraide, de soutien et d’informations sur la stérilisation tubaire) sont entrées dans le château républicain de l’avenue de Ségur. Les doléances portaient sur Essure, un « dispositif contraceptif définitif ». Essure® : nom de la marque d’une technique de stérilisation féminine commercialisée en France par la multinationale allemande Bayer. Et une affaire qui se développe depuis quelques semaines dans les gazettes, féminines ou pas.

Portrait d’avocat

Les plaignantes entendaient, nous apprend Le Monde (Patricia Jolly), qu’Essure® soit « retiré du marché », et ce « au nom du principe de précaution, dans l’attente des résultats des expertises médico-judiciaires ». Elles n’ont pas été entendues – et elles souhaitent le faire savoir. Me Charles -Joseph-Oudin, leur avocat, s’y emploie avec un certain succès dans les médias. L’homme en noir est sur plusieurs fronts, défenseur de victimes du Mediator® et de la Dépakine®. Cela lui a valu un très gentil portrait dans le supplément du Monde : « L’avocat qui fait trembler les labos ».

« Essure® » ? La modernité incarnée : un implant composé de fibres de polyéthylène téréphtalate, d’un alliage nickel-titane et d’acier inoxydable. Il est placé dans la partie proximale de chaque trompe (dispositif est guidé par un cathéter inséré par voie vaginale ; réaction tissulaire d’occlusion des trompes). « Essure®permanent birth control »:

« Essure® est la seule méthode de contrôle ne naissance permanent que vous pouvez obtenir avec une procédure non chirurgicale. Il peut vous aider à arrêter de vous soucier d’une grossesse qui serait non planifiée. La procédure Essure® est généralement achevée en une dizaine de minutes et peut être effectuée au cabinet de votre médecin. »

Remboursés par la Sécurité Sociale

Un million (environ) d’Essure® ont été prescrits et vendus dans le monde. En France, remboursés par la Sécurité sociale depuis 2005, plus de 20 000  sont posés chaque année. L’affaire tient au fait qu’on soupçonne cet implant d’être associé à une vaste gamme d’effets secondaires : allergies au nickel présent dans l’implant, douleurs pelviennes chroniques, nécessité de réopérer les patientes pour stabiliser ou retirer le dispositif instable. Me Joseph-Oudin ajoute : règles hémorragiques, violentes douleurs pelviennes, rapports sexuels douloureux,  douleurs musculaires et articulaires, tachycardie, perforation d’organes, réactions allergiques ou auto-immunes,  fatigue chronique.

« L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé – ANSM – et le cabinet de la ministre de la santé, Marisol Touraine, ont bien conscience qu’il y a un problème lié à la pose du dispositif Essure et à sa composition, a déclaré Me Joseph-Oudin au Monde. Mais ils attendent les conclusions dans quelques semaines de deux études épidémiologiques. L’une menée par l’ANSM à partir de données de l’Assurance-maladie, et une autre demandée à Bayer par la Food and Drug Administration, l’autorité de santé américaine. »

Silence classique

Il y a aussi, en parallèle, une procédure d’indemnisation engagée par trois plaignantes contre Bayer HealthCare. Elle doit être examinée, lundi 23  janvier, par le tribunal de grande instance de Bobigny avant d’être renvoyée à plus tard. « Notre objectif est de faire nommer des experts qui se prononceront sur les pathologies énoncées et le dispositif , explique encore Me Joseph-Oudin qui compte aussi faire  » prendre en charge «  le coût des expertises par Bayer HealthCare. C’est de l’ordre de 3 000  à 4 000 euros par dossier. Environ deux cents dossiers sont en cours de constitution.  Ce serait pour Bayer une bonne façon de manifester son intention de faire la lumière sur cette affaire. »

La lumière ? Où est-elle ? Le conseil de Bayer HealthCare n’a pas répondu aux sollicitations du Monde. Un grand classique : Big Pharma ne parle qu’à son avantage. Et ne répond jamais, ni au téléphone, ni aux doléances.

A demain

 

François Hollande se refuse à trancher en ce qui concerne la fin de vie de Vincent Lambert

 

Bonjour

C’est décidé : le président de la République ne peut pas, de sa propre autorité, intervenir dans une affaire judiciaire. Il ne peut pas « faire pression » sur la direction du CHU de Reims pour qu’une équipe médicale cesse de nourrir et d’hydrater Vincent Lambert. C’est ce que réclamait le neveu de ce malade en état de coma végétatif depuis 2008.

Dans un entretien à la presse rapporté par l’AFP, François Hollande a déclaré : « Nous devons maintenant trouver une solution humaine et digne dans le cadre de l’application de la loi (…) Nous devons trouver les formes pour que cette loi soit appliquée (…) Ce ne peut pas être le président de la République qui en décide : c’est l’équipe médicale, c’est avec la famille ». Or la famille est déchirée…

 Séparation des pouvoirs

« Vous avez vous-même nommé par décret en date du 24 février 2015 Dominique de Wilde à la tête du CHU de Reims, avait pour sa part écrit le neveu du malade au président de la République. Vous pouvez donc faire pression sur elle pour que la légalité ne soit pas que théorique au sein de l’établissement dont elle a la charge. »

Découvrant les propos de François Hollande ce neveu les a commentés. Il estime qu’ils peuvent « le faire espérer tout comme ils peuvent rassurer les parents de Vincent ». Il persiste et signe :  selon lui, le président de la République « a les moyens de faire appliquer [les décisions de justice], directement et par l’intermédiaire de sa ministre de la Santé ».

Il ne veut pas entendre que président de la République ne peut, coma ou pas, intervenir dans une affaire judiciaire. Et ce au nom d’un concept assez ancien connu sous le nom de « séparation des pouvoirs ».

A demain

 

Bioéthique : le futur président de la République dira-il oui à la gestation pour autrui ?

 

Bonjour

Condamnation de la France – cinquième. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a, jeudi 19 janvier, une nouvelle fois condamné la France. Cette dernière était poursuivie pour avoir refusé de transcrire les actes de naissance d’enfants nés d’une mère porteuse (gestation pour autrui – GPA) à l’étranger. La CEDH confirme ainsi sa jurisprudence, formulée dans des condamnations de la France en juin 2014 pour deux affaires similaires, puis en juillet 2016 pour deux autres cas.

Contrat prohibé

Ici aussi, Ubu n’est pas loin d’être sacré roi. La CEDH reconnaît que la France peut interdire la GPA sur son territoire. Mais elle lui interdit de ne pas transcrire les actes de naissance des enfants nés d’une mère porteuse à l’étranger. De ce point de vue la dernière affaire, rapportée par le site Gènéthique citant l’ADFH, est exemplaire.

Les requérants, Karine et Fabrice Laborie, ont eu recours à une mère porteuse en Ukraine. Deux enfants naissent en novembre 2010, Mateo et Manon, dont les actes de naissance ukrainiens indiquent les époux Laborie comme leurs parents. En février 2012, une demande de transcription des actes de naissance à l’ambassade de France en Ukraine est déposée. Le procureur de Nantes la refuse « compte-tenu des indices sérieux réunis par [le] poste diplomatique que ces naissances soient intervenues dans le cadre d’un contrat de gestation pour autrui prohibé par l’article 16-7 du code civil ».

Droit ukrainien

Saisi par les époux Laborie, le tribunal de grande instance de Nantes les déboute en novembre 2012 : « Le principe de l’indisponibilité de l’état des personnes, principe essentiel du droit français, fait obstacle à ce que, par la reconnaissance de la filiation, il soit donné effet à une convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui qui, fût-elle licite à l’étranger, est nulle et d’une nullité d’ordre public aux termes des articles 16-7 et 16-9 du code civil ».

Il précise que ce « rejet de transcription ne prive cependant pas les enfants de la filiation paternelle et maternelle que le droit ukrainien leur reconnait ni ne les prive de vivre avec leurs parents, et ne porte en conséquence pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de ces enfants, au sens de l’article 8 de la Convention ». En appel devant la Cour de Rennes en 2013, ce jugement a été confirmé.

Hauteur de vue

Comme dans les affaires précédentes, la CEDH estime que la France avait violé dans cette affaire le droit au respect de la vie privée des enfants. « C’est la cinquième fois que la France est condamnée parce qu’elle refuse d’appliquer la jurisprudence définie par la CEDH. C’est une marque d’opprobre pour la France, qui incarne les droits de l’homme, et une victoire juridique », s’est réjouie l’avocate du couple, Me Caroline Mecary.

« Opprobre » ? Bigre ! Et comment Me Mecary qualifie-t-elle le fait de bafouer ouvertement le principe de l’indisponibilité de l’état des personnes, principe essentiel du droit français ? Comment avancer ? Serait-ce trop demander que cette question sociétale, à la fois symbolique et concrète, soit publiquement traitée, avec la hauteur de vue qui s’impose, par chacun des candidats à la fonction présidentielle ?

A demain

 

Ubu roi : l’inénarrable affaire du vaccin DTP rebondit soudain devant le Conseil d’Etat.

 

Bonjour

Le vieux quotidien continue à suivre certains de ses dossiers. Parmi eux celui, chaque jour plus épais, des vaccins. Aujourd’hui Le Monde (François Béguin) nous révèle que l’Etat français pourrait être contraint de trouver (avant l’élection présidentielle) une solution pratique pour assurer la disponibilité des seuls vaccins obligatoires : ceux contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). Aussi étrange que cela puisse paraître au citoyen ces trois vaccins sont introuvables depuis 2008. Plus précisément ces vaccins sont introuvables seuls : ils existent, certes, mais toujours associés à d’autres valences : coqueluche, hépatite B et Haemophilus influenzae de type b…

On peut le dire autrement : les prescripteurs et les parents se voient contraints d’utiliser des spécialités associant les trois vaccins obligatoires à des vaccins simplement recommandés. Il y a là une incohérence qui alimente la suspicion croissante contre le geste vaccinal. Cette anomalie jamais expliquée par la ministre en charge de la santé publique laisse aussi supposer que les multinationales vaccinales ont tout fait pour parvenir à cette vente forcée. A ce titre force est de constater que les menaces de Marisol Touraine vis-à-vis des fabricants (formulées il y a un an) sont restées sans effets 1.

Patriarche médical du naturel

Tout cela n’avait pas échappé à l’Institut de la protection pour une santé naturelle (IPSN), une jeune association énergétique. Basée rue de Clichy à Paris et dirigée par Augustin de Livois, l’IPSN « défend le droit de se soigner librement, et notamment par des solutions naturelles ». Il a aussi « vocation à informer les citoyens, défendre les médecins ou thérapeutes et à changer les législations dans le domaine au niveau national et européen ». C’est aussi l’un des (puissant) relais du célèbre Pr Henri Joyeux  patriarche médical du naturel dont l’idéologie est moins lisse qu’on pourrait le penser.

Or le Pr Joyeux réclame de longue date le retour des seuls vaccins trivalents DTP. Et son appel à Marisol Touraine a réuni plus d’un million de signatures. Il en va de même pour l’ISPN. Et faute de réponse de la ministre de la Santé plus de deux mille personnes ont déposé une requête devant le Conseil d’Etat. Cette requête était examinée ce lundi 16 janvier. Et que croyait vous qu’il arriva ?

Applaudissements au Palais Royal

« La discordance actuelle entre l’obligation vaccinale et l’impossibilité de la mettre en œuvre conduit à une situation d’illégalité », a fait valoir Rémi Decourt-Paolini , rapporteur public de la plus haute juridiction administrative française. Il a  estimé que « la ministre de la santé est en capacité de prendre diverses mesures pour assurer la disposition des seuls vaccins obligatoires ». Il a notamment expliqué que Marisol Touraine pouvait demander à l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) « d’acquérir, de fabriquer ou d’importer les vaccins en cause ». 2

On entend les applaudissements sous les ors et dans la cour du Palais Royal.  « C’est un énorme soulagement pour ceux qui veulent juste prendre le vaccin DTP », a réagi Augustin de Livois. « La première étape est gagnée, il y a un rééquilibrage des forces », s’est pour sa part félicitée Me Jacqueline Bergel, l’avocate des requérants.

Refus de l’aluminium

Et maintenant ?  La décision du Conseil d’Etat devrait être annoncée à la fin de janvier ou au début de février. En toute hypothèse elle ne réglera rien. Car les attaques anti-vaccinales du Pr Joyeux, de l’IPSN et des centaines de milliers de signataires ne se bornent pas à la seule question de la mise à disposition d’un vaccin trivalent DTP. Il faut aussi que ce vaccin soit sans aluminium.

Sans aluminium, sans adjuvants, purement naturels en somme – ce que par définition, ils ne sont pas. On attend (avec le plus vif intérêt) de savoir comment tranchera le Conseil d’Etat.

A demain

« Vaccin «DTPolio» : Marisol Touraine a entendu le Pr Henri Joyeux. Reste la question de l’aluminium » Journalisme et santé publique 28 janvier 2016

Lire sur ce thème: « Vaccination DTPolio : le raisonnement vicié du Pr Henri Joyeux. Nouvelles menaces de pénurie » Journalisme et santé publique  (13 août 2015). L’ANSM nous expliquait alors qu’une solution avait été trouvée:

« Pour pallier l’indisponibilité du vaccin DTVax®, nous avons autorisé l’importation des doses d’une spécialité similaire du Canada « Vaccin diphtérique et tétanique adsorbé » début février 2015. Ce vaccin se présente sous forme de flacon unidose (contrairement au DTVax® qui se présentait sous forme de flacons multidoses). Il dispose d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) aux USA.

Le laboratoire Sanofi Pasteur MSD met à disposition à titre gracieux sur demande des médecins prescripteurs (comme préalablement pour le DT Vax®) le vaccin diphtérique et tétanique adsorbé « canadien » sous forme d’un « kit » contenant également Imovax Polio®, (vaccin poliomyélitique inactivé du même laboratoire).

Ce kit est indiqué pour les patients présentant une contre-indication à la valence coquelucheuse et ce afin de satisfaire aux obligations vaccinales. Ces deux vaccins doivent être administrés simultanément en deux sites d’injection différents. Ce vaccin importé est disponible depuis mai 2015. »

 

Après Jacqueline Sauvage, François Hollande interviendra-t-il dans l’affaire Lambert ?

Bonjour

D’un côté la liberté. De l’autre la mort programmée. On se souvient des atermoiements de François Hollande dans l’affaire de la grâce présidentielle (finalement) accordée à Jacqueline Sauvage. Aujourd’hui c’est à l’affaire Vincent Lambert que le président sortant est personnellement confronté. Voici comment :

Le neveu de Vincent Lambert, patient plongé dans un état végétatif depuis 2008, a écrit à François Hollande. Il lui demande d’ordonner à la direction du CHU de Reims d’obtenir de ses médecins qu’ils reprenent la procédure « d’arrêt des soins ». Pourquoi ? « Pour que la légalité ne soit pas que théorique » plaide l’intéressé. « Rien ne bougera au CHU sans qu’une décision politique courageuse ne soit prise », écrit François Lambert dans un courrier daté du 10 janvier adressé au Palais de l’Elysée et dont l’AFP a obtenu copie, confirmant une information de France Inter :

« Par un arrêt du 16 juin 2016, la cour administrative d’appel de Nancy (…) a enjoint le CHU de Reims (…) de répondre aux obligations lui incombant (…), c’est-à-dire de reprendre et achever la procédure collégiale, en prenant évidemment en compte les souhaits de Vincent tels qu’ils ont été actés par une multitude de décisions de justice (Conseil d’Etat, Cour européenne des droits de l’Homme, juge des tutelles de Reims, cour d’appel de Reims, cour de Cassation) ».

On se souvient que les médecins du CHU de Reims avaient lancé puis stoppé deux procédures d’arrêt des soins, l’une voulue par le Dr Eric Kariger (en 2013), l’autre par son successeur, la Dr  Daniéla Simon (en 2015). François Lambert a saisi en octobre 2016 le juge administratif pour enjoindre, sous peine d’astreinte, au CHU de Reims de reprendre la procédure sur un éventuel arrêt des soins du patient conformément aux décisions (contestées) de la CEDH et du Conseil d’Etat, qui s’étaient prononcés pour un arrêt des soins, soit une condamnation à mort par arrêt d’alimentation et d’hydratation.

Faire pression sur la nouvelle directrice

François Lambert, au président de la République :

« Vous avez vous-même nommé par décret en date du 24 février 2015 Dominique de Wilde à la tête du CHU de Reims. Vous pouvez donc faire pression sur elle pour que la légalité ne soit pas que théorique au sein de l’établissement dont elle a la charge. »

François Lambert à l’AFP :

« Le CHU se prétend victime d’une situation qu’il a créé lui-même, toxique pour tout le monde. Les parents portent plainte à longueur de temps, et le CHU ne respecte pas son patient et ses souhaits. »

Pour ne rien simplifier les parents de Vincent Lambert ont porté plainte fin décembre contre le CHU de Reims pour « délaissement de personne hors d’état de se protéger ». Que fera (ou pas) François Hollande avant de quitter le Palais de l’Elysée ?

A demain

 

Cannabis en vente demain chez les buralistes ? Surprises à venir dans le champ politique

 

Bonjour

Les gazettes sont devenues allergiques aux sondages politiques. Cela n’interdit pas les sociétaux- à commencer par le cannabis qui assure toujours de bonnes recettes médiatiques. Aujourd’hui c’est le site Atlantico qui, avec la complicité de l’Ifop, a cédé à la tentation. Ses résultats, repris par l’AFP, ne manqueront pas d’étonner. La proportion de Français favorables à la dépénalisation de sa consommation ne cesse d’augmenter. Et elle atteint désormais 43 % des citoyens en âge de voter.

Ce chiffre est en hausse constante : avril 2016 (41 %) contre 30% en 2012 et 26% en 1996. « En 2017, la moitié des moins de 35 ans sont favorables à la dépénalisation du cannabis, résume l’AFP. Entre juin 2011 et janvier 2017, il y a eu très peu d’évolution chez les plus jeunes et les plus vieux, mais l’étude montre qu’il y a une progression chez les classes d’âge intermédiaires vers l’adhésion à la dépénalisation (+ 13 points pour les 35-49 ans et + 14 points pour 50-64 ans).

Déchirements socialistes

Le temps passant, l’attirance pour le THC apparaît moins un marqueur de l’âge que des opinions politiques.   « Nous pouvons constater une adhésion très forte à la dépénalisation chez les proches du Front de gauche (69 %) et des écologistes tandis que l’électorat PS (50 %) est coupé en deux, explique Jérôme Fouquet, directeur du département opinion publique à l’Ifop. Par ailleurs, les personnes proches de la droite et du centre sont majoritairement contre la dépénalisation du cannabis, l’électorat FN (42 %) est plutôt contre mais moins opposé que les partisans de droite. »

Faut-il rappeler que l’usage du cannabis come des autres stupéfiants illicite est, en vertu de la loi du 31 décembre 1970, passible d’un an d’emprisonnement et/ou d’une amende de 3 750 euros ? Que 17 millions de personnes ont, en France, déjà expérimenté ses effets sur leur état de conscience ? Que près de 1,5 million de personnes en consomment au moins dix fois par mois (chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies) ?

Droit de l’homme

L’homme libre a-t-il le droit de consommer des drogues ? La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’est prononcée il y a quelques semaines sur ce sujet philosophique. Comme on peut le découvrir ici dans son rapport « Usages de drogues et droits de l’homme ».  Et la réponse est plutôt oui :

 « Une troisième alternative, qui trouve un certain écho en France, vise à  ouvrir un accès légal, mais restreint et contrôlé par l’Etat aux produits cannabiques,  sur le modèle de ce qui a été mis en place en Uruguay. Le récent rapport du  laboratoire d’idées Terra Nova préconise même de confier la vente de cannabis  à des détaillants agréés par une autorité de régulation spécialement créée,  l’Autorité de Régulation du CAnnabis (ARCA), dans « le réseau des débitants de tabac, celui des officines pharmaceutiques ou un nouveau réseau de magasins».

 « Comme pour le tabac, la commercialisation devrait alors être soumise à une interdiction aux mineurs, des « avertissements sanitaires et un packaging neutre», ainsi qu’à « une interdiction de la consommation dans les lieux à usage collectif  et de travail clos et couverts ». Quant à la production, elle « pourrait soit se faire par des agriculteurs français autorisés par des licences du ministère de l’agriculture, soit par des entreprises étrangères», avec un dosage en THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) limité. »

Cannabis de la Sarthe

Dépénaliser le cannabis ? Restons au centre global de l’échiquier :

On imagine mal François Fillon accepter les champs de marijuana jouxtant son manoir sarthois. Jusqu’ici Manuel Valls ne voulait pas en entendre parler : « J’ai la conviction, comme le président de la République, que toute société doit savoir fixer des interdits. Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un », avait-il déclaré le 13 avril 2016. Une porte fermée qui n’a pas empêché le débat de revenir par la fenêtre.

Marisol Touraine ? La ministre de la Santé, s’est dernièrement prononcée favorable non pas à la dépénalisation, mais à « la tenue d’un débat sur la nature de la sanction » assortie à la consommation de cannabis.

Emmanuel Macron ? Dans son ouvrage « Révolution » (XO Editions, 17,90 euros) l’ancien secrétaire général-adjoint de l’Elysée écrit : « je plaide pour une dépénalisation de la détention en petite quantité du cannabis afin de désengorger les tribunaux ». C’est terriblement jésuite, un brin hypocrite – et radicalement flou sur la quantité. On réclame un trébuchet.

A demain

Crash-Germanwings : les médecins allemands d’Andréas Lubitz blanchis par la justice allemande

Bonjour

La justice allemande a, lundi 9 janvier, annoncé qu’elle classait sans poursuites son enquête dans le crash de l’avion de Germanwings dans les Alpes françaises en mars 2015. « Les investigations n’ont pas apporté d’indices suffisants ni tangibles sur des responsabilités extérieures de personnes encore vivantes » dans l’entourage familial ou médical du pilote et au sein de son entreprise, a indiqué à l’Agence France Presse Christoph Kumpa, porte-parole du parquet de Düsseldorf, qui dirigeait l’enquête en Allemagne.

Cette même enquête a déterminé que le crash de l’avion a bel et bien été délibérément provoqué par le copilote Andreas Lubitz, 27 ans dépressif et suicidaire de longue date. C’est lui qui a profité de l’absence momentanée du commandant de bord pour s’enfermer dans le cockpit et précipiter l’avion sur la montagne. Le crash de l’appareil, qui reliait Barcelone à Düsseldorf, a fait 150 morts (dont 144 passagers).

Fin sanglante

Les enquêteurs allemands ont tenté de déterminer s’il y avait eu des « négligences » de la part des nombreux médecins qui ont examiné le pilote dépressif et suicidaire. Entendre par « négligences » des médecins qui n’auraient pas fait part de ses troubles dépressifs de leur patient à son employeur Germanwings, filiale low cost de Lufthansa.

Le copilote, Andreas Lubitz, 27 ans  avait été embauché par Germanwings en septembre 2013. Il passait régulièrement une visite médicale pour renouveler son certificat médical de classe 1. On connaît la suite, les épisodes dépressifs, le syndrome « d’épuisement professionnel », le refus de renouvellement de son certificat médical, puis l’acceptation avec une mention signalant la nécessité d’« examens médicaux spécifiques réguliers ». Jusqu’à la fin, sanglante.

Que croyait-vous qu’il arriva ? « L’enquête a montré que les médecins savaient que Lubitz était dans un état de souffrances psychiques, état qui n’a toutefois pas été diagnostiqué comme « cliniquement dépressif » » explique aujourd’hui M. Kumpa. Mieux encore : selon M. Kumpa « le copilote n’a parlé de ses pulsions suicidaires ni à ses médecins, ni à ses proches, ce qui implique qu’aucun d’entre eux n’était en mesure d’en parler à Germanwings, qui ne savait donc rien de son état réel ». Et voilà pourquoi votre fille est muette : la justice allemande referme le dossier. La médecine du travail ne sera pas inquiétée, pas plus que la compagnie.

Quarante-et-un médecins, dont plusieurs psychiatres

On verra bientôt si la lecture si la même lecture prévaut de ce côté-ci du Rhin : une enquête pour homicides involontaires est toujours instruite à Marseille afin de déterminer le niveau de connaissance de la compagnie concernant l’état mental du copilote, une procédure – ce qui pourrait (le cas échéant) déboucher sur un procès.

Les proches des victimes ont également introduit une procédure aux Etats-Unis contre l’école de pilotage par laquelle est passée Andreas Lubitz, habilité à voler alors qu’il avait été examiné par de nombreux médecins les années avant la catastrophe. Persuadé qu’il était en train de perdre la vue, ce que les analyses n’ont en rien confirmé, il avait consulté quarante-et-un médecins dans les cinq années précédentes, dont plusieurs psychiatres. Quarante-et-un médecins qui ne se sont pas parlés, n’ont pas parlé.

Suite à la catastrophe, l’Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) avait préconisé un meilleur suivi médical des pilotes, notamment par le biais d’examens psychologiques et toxicologiques renforcés. Qui, aujourd’hui, sait ce qu’il en est ? Une certitude, toutefois : une certaine proportion de pilotes confient, sous le sceau de l’anonymat, avoir des idées suicidaires.

A demain