« Le dernier mort du Bataclan» : première affaire de suicide après stress post-traumatisant

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Couverture-choc du Parisien de ce dimanche 16 juin (Timothée Boutry) : « 131ème victime. Guillaume Valette. Le dernier mort du Bataclan ». Nous sommes à la frontière de la violence terroriste, de la médecine, de la psychiatrie et de la justice. C’est aussi une tragédie, celle d’un survivant du Bataclan, indemne physiquement, mais atteint d’un état de stress post-traumatique d’une particulière sévérité. Guillaume Valette s’est pendu le 19 novembre 2017, dans sa chambre de la clinique psychiatrique du Val-de-Marne où il avait été admis un mois et demi plus tôt. Il avait 31 ans.

Mais aujourd’hui, dix-neuf mois plus tard, quelle est l’actualité ? « Depuis le mois dernier, le suicide de Guillaume Valette n’est plus seulement une tragédie, révèle Le Parisien.  Sur la base d’un rapport médical ayant imputé son geste à l’attaque, les juges d’instruction ont considéré que cet ancien analyste dans un laboratoire scientifique pourrait bien être le 131ème mort des attentats du 13 novembre. Pour ses parents, qui se sont battus pour obtenir cette première reconnaissance, c’est un soulagement, même s’il n’atténue pas leur peine et que leur combat n’est pas terminé. Car il appartiendra à la cour d’assises d’apporter une réponse définitive »

Etat de stress post-traumatique (ESPT), selon l’Institut de Victimologie :

 « Une situation ou un événement stressant (de courte ou de longue durée) exceptionnellement menaçant ou catastrophique qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus » entraîne « une réponse différée ou prolongée » dont la conséquence est dans 15 à 35 % des cas selon la nature de l’événement traumatique et le vécu subjectif du sujet, un ESPT.

« L’ESPT peut s’accompagner de divers troubles comorbides qui sont parfois la seule manifestation clinique dont se plaint le patient qui ne fait pas le lien avec l’événement traumatique causal. La prévalence vie entière de l’ESPT atteint en Europe, selon l’étude ESEMeD menée en 2004 sur un échantillon de 21 425 habitants de six pays d’Europe, 2.9 % des femmes et 0.9 % des hommes, c’est beaucoup moins qu’aux Etats-Unis. Il faudrait par conséquent rechercher systématiquement des antécédents traumatiques chez tous les patients qui consultent un professionnel de santé pour traiter la cause de certains troubles et non les conséquences. »

De ce point de vue le cas de Guillaume illustre de manière exemplaire combien le terrorisme peut faire des ravages à distance. Le jeune homme  avait fait l’objet, en janvier 2017, d’un examen médico-légal par un psychiatre du Fonds de garantie des actes de terrorisme et autres infractions (FGTI), l’organisme chargé d’évaluer le préjudice des victimes.     «Ce sujet présente un trouble psycho-traumatique caractérisé, qui reste évolutif, avec de très nombreux évitements, des moments d’anxiété majeure en de nombreuses circonstances […], une modification de son rapport à l’existence, un remaniement de son système de valeurs, le sentiment d’un éloignement dans son rapport aux autres », résume-t-il alors, précisant que son état n’est pas encore stabilisé.

Episode dépressif majeur

« L’état médical de Guillaume s’aggrave à l’été 2017, rapporte Le Parisien. Hypocondriaque, il multiplie les visites chez le médecin. Son état d’anxiété est tel qu’il est admis en psychiatrie en août. Trois mois plus tard, il met fin à ses jours. Alain et Arlette Valette prennent attache avec Me Claire Josserand-Schmidt, une avocate qui intervient notamment auprès de l’Association française de victimes du terrorisme (AFVT). Ils sont persuadés que le suicide de leur fils est la conséquence de l’attentat. »

C’est alors le Dr Catherine Wong, psychiatre spécialisée dans la réparation juridique du dommage corporel qui prend connaissance du dossier. Et qui porte un diagnostic : au moment de son décès, le jeune homme souffrait d’une « dépression délirante ». Aucun antécédent psychiatrique,  Dr Wong privilégie la piste du traumatisme psychique dans son rapport daté de janvier 2019 :

« On peut établir que le traumatisme du 13/11/15 a été responsable d’un état de stress post-traumatique chez M. Guillaume Valette, qui s’est compliqué d’un épisode dépressif majeur […] et que le suicide a été une complication de cet épisode dépressif majeur. Le suicide de M. Valette Guillaume est donc bien la conséquence ultime de l’attentat du 13/11/15 ».

Et le 2 mai dernier les juges d’instruction en charge du dossier adressent aux parents de Guillaume un « avis à partie civile » reconnaissant ainsi implicitement le statut de victime de leur fils. « C’est une avancée considérable, souligne Me Josserand-Schmidt. En accueillant la constitution de partie civile de la famille de Guillaume, les juges d’instruction admettent la possibilité du lien de causalité entre l’attentat et son suicide. La discussion médicale se poursuivra devant la cour d’assises qui tranchera lors du procès. »

Où l’on apprend que le trébuchet aveugle de la justice française peut percevoir le poids de certaines blessures invisibles. « Ces blessures peuvent, tout autant qu’une jambe amputée ou un œil arraché, handicaper la victime dans sa sphère personnelle, familiale, intime, sociale, dit l’avocate, en écho. L’histoire de Guillaume doit alerter les pouvoirs publics sur le nécessaire accompagnement des victimes d’attentats sur la durée. Notre système d’indemnisation devrait aussi en tirer les conséquences : si les atteintes fonctionnelles sont plutôt bien évaluées en cas de blessures corporelles, nous en sommes encore, s’agissant des blessures psychiques, très loin. »

A demain @jynau

Polémique PMA: non le projet de loi bioéthique n’est pas encore finalisé (Nicole Belloubet)

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Comment apaiser un débat qui ne le sera pas ? Hier le Premier ministre affirmait devant les députés que tout était réglé : projet de loi fin juillet – examen fin septembre. Ce matin sur France Inter la ministre de la Justice dit le contraire. Et ce sur un sujet bien particulier, inclus dans la « PMA pour toutes », un sujet technique mais essenteil qui concerne les règles de la filiation des enfants qui (si la loi est promulguée) seraient conçus par insémination artificielle avec sperme de donneur de femmes « vivant seules ou avec une autre femme ». Il faut ici reproduire les sages propos de Nicole Belloubet.

Sur le mode d’établissement de la filiation, (entendre « la façon dont on est reconnu fils ou fille de ») trois options sont possibles :

I L’extension du droit commun de la filiation aux couples de mères ou aux mères célibataires ce qui prévaut aujourd’hui pour les couples hétéroexuels.

II Création d’un régime spécifique pour tous les enfants qui seront issus d’une procréation médicalement assistée avec un « tiers donneur »

III Création d’un régime spécifique aux couples de femmes et aux femmes célibataires.

« C’est un sujet extrêmement délicat car il se rapporte à des notions relatives à la protection de la vie privée, à des notions liées à l’accès aux origines…. Comment indiquons-nous, et faut-il indiquer, qu’un enfant est né par procréation médicalement assistée… ? Ce sont des questions très délicates. »

Et la Garde des Sceaux, ministre de la Justice de révéler que seules deux options ont été transmises au Conseil d’Etat pour recueillir son avis : la II et la III.  

« Au moment où je vous parle l’avis du gouvernement n’est pas complètement stabilisé » (sic).

Est-ce dire que l’option I est abandonnée ? « Actuellement la décision n’est pas prise ». Contrairement à ce qu’a annoncé le Premier ministre le texte du futur projet de loi n’est pas « prêt ». Pour cela il faudra attendre la fin juillet dans une France que l’on espère apaisée. Etant bien entendu qu’en toile de fond la grande question qui se joue ici est celle de l’égalité entre les couples et les parents, homosexuels ou pas.  

« Aujourd’hui toute la question est de savoir, pour les femmes qui seront concernées, comment elles déclareront, avant la naissance, qu’elles ont un projet parental ; où sera écrit, au moment de la naissance, le fait que l’enfant a été conçu par une PMA avec tiers donneur … Ce sont ces questions-là, qui sont très sensibles humainement (re-sic) qui doivent être tranchées. »

Pour le reste, sur la GPA, tout est clair et rien ne sera modifié. Non, contrairement à ce qui est clamé à longueur de tribunes dans tous les médias il n’existe aucune « insécurité juridique » pour les enfants ainsi conçus dans des pays étrangers et vivant en France (filiation pour le père et système d’adoption pour le second parent). Inscrire dans la loi française la « non marchandisation du corps des femmes » ? Sans doute pas puisque cela découle de l’ensemble des dispositions précédentes.

Résumons. Tout sera encadré, verrouillé et la GPA n’aura pas, n’aura jamais, droit de cité sur le sol français. Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, 13 juin 2019.

A demain @jynau

Vingt-quatre empoisonnements, neuf mortels : comment l’affaire bisontine évoluera-t-elle ?

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Son nom peine à imprimer : le Dr Frédéric Péchier. Aussi les médias parlent-ils de « l’anesthésiste bisontin ». L’affaire est simplement inimaginable. Aussi cherche-t-on des points d’ancrage. Et, quand ils se souviennent, les médias évoquent « l’affaire Mériel » (CHU de Poitiers, 1984, un mort).

La cour d’appel de Besançon a, le 12 juin,  maintenu le Dr Frédéric Péchier, soupçonné de vingt-quatre empoisonnements dont neuf mortels, en liberté sous contrôle judiciaire. L’information a été donnée par les avocats de la défense et ceux des parties civiles. À l’issue de quatre heures de débats et d’une heure de délibéré les magistrats bisontin ont (à nouveau) laissé le médecin anesthésiste libre – comme il l’est depuis sa première mise en examen, prononcée en mars 2017, pour sept premiers cas d’empoisonnement.

Me Jean-Yves Le Borgne, l’un des avocats du médecin : « La chambre de l’instruction a purement et simplement confirmé la décision qui avait été prise au mois de mai par le juge des libertés et de la détention. C’était ce que nous sollicitions, c’était ce que nous espérions, c’était dans notre esprit ce que l’équité mais aussi le droit et la procédure pénale française commandaient. Nous vous le disons avec force, le Dr Péchier est présumé innocent (…), c’est un dossier en l’état sans preuves, il y a encore beaucoup d’actes d’investigation à accomplir ».

La démesure de l’ego

C’est peu dire que les parties civiles ont mal compris la décision des magistrats bisontins. Les chaînes télévisées ont amplement relayé leurs réactions. A ce stade l’affaire est d’un peu banale complexité, comme en témoigne un remarquable dossier du Parisien (Louise Colcombet) : « Anesthésiste de Besançon : révélations sur le mobile présumé du docteur Péchier En plus d’un ‘’ego démesuré’’, les enquêteurs soupçonnent le docteur Péchier d’avoir empoisonné des patients pour se venger de ses confrères. Le mobile est selon eux pluriel. Narcissisme confinant à la mégalomanie ou volonté de régler ses comptes par patients interposés ? (…) ».

Où l’on en revient à cette fascination que peut exercer le « fait divers ». Un sujet traité dans Libération ( Frédérique Roussel) : « Ecrire un fait divers est un défi lancé au réel » – un remarquable entretien avec Frédérique Toudoire-Surlapierre (« Le fait divers et ses fictions » Minuit, 192 pp., 18 €).

« Le fait divers n’existe que par les médias. Si un crime a lieu mais qu’il n’est pas signalé dans le journal, ce n’est pas un fait divers. Donc sa première expression est médiatique ; elle se caractérise souvent par la concision, la surprise, elle est un surgissement de l’extraordinaire dans une vie ordinaire. En revanche, le fait divers littéraire est tout autre puisque l’écrivain développe l’intrigue, il donne aussi des éléments de biographie des protagonistes, il rend compte de la complexité, voire de l’ambivalence des faits. C’est le cas de Truman Capote avec De sang-froid, Philippe Jaenada avec La Serpe, Lola Lafon avec Mercy, Mary, Patty, Emmanuel Carrère avec L’Adversaire à sa façon. »

Quel écrivain, s’emparera, demain, de l’affaire de l’anesthésiste bisontin ?

A demain @jynau

 

Infirmier allemand narcissique: deux cents patients tués par injection de médicament

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Jeudi 6 juin. Toujours les cérémonies du D-Day et, en écho venu de l’Est, l’épilogue « d’une affaire sans précédent dans l’Allemagne de l’après-seconde guerre mondiale ». La justice allemande a reconnu coupable un infirmier accusé de quatre-vingt cinq meurtres. « L’un des pires tueurs en série de l’histoire récente » résume l’AFP.

Niels Högel, ancien infirmier, 42 ans. Reconnu coupable d’avoir tué ses victimes âgées de 34 à 96 ans par injection médicamenteuse dans les hôpitaux où il a travaillé entre 2000 et 2005. Injections d’ajmalinesotalol, lidocaïne, amiodarone ou chlorure de calcium. « Ses crimes dépassent l’entendement et toutes les limites connues », a déclaré le président du tribunal d’Oldenbourg. Peine de détention à perpétuité assortie d’une période de sûreté « qui rendra très difficile toute perspective de libération même au-delà de quinze ans de prison » (sic).

« Il y a tellement de victimes que l’esprit humain capitule devant le nombre des crimes, a ajouté le magistrat allemand. Ce que vous avez commis est incompréhensible, c’est tout simplement trop. » Est-ce dire que moins eût été compréhensible ? La police le suspecte d’avoir tué en réalité jusqu’à deux cents personnes, dans des affaires qui ne pourront toutefois plus être éclaircies, notamment car les corps d’un grand nombre de corps de victimes potentielles ont été incinérés.

Cet ancien infirmier (par ailleurs fils d’infirmier) avait déjà été condamné à la sentence la plus lourde en 2015 pour plusieurs meurtres. « Je veux sincèrement m’excuser auprès de chacun pour tout le mal que je vous ai fait pendant toutes ces années », vient-il de déclarer à l’adresse des proches de quelques unes de ses victimes. Il a dit désormais être « jour et nuit » poursuivi par la « honte » et « les remords ».

Pourquoi ? « Par désir maladif de briller, dépendant aux analgésiques, il provoquait des arrêts cardiaques chez ses patients choisis arbitrairement et tentait de les réanimer, le plus souvent sans succès, érsume l’AFP.  Après avoir admis globalement les faits, Niels Högel a reconnu au cas par cas être l’auteur de quarante-trois meurtres, et nié cinq autres. Pour les cinquante-deux restants, il ne se souvient plus avoir ou non ‘’manipulé’’ le terme qu’il emploie pour décrire ses meurtres. ’Après le cinquantième, j’ai arrêté de compter’’, avait-il un jour déclaré. »

« Niels Högel souffre d’un trouble narcissique sévère 1 a déclaré durant l’audience le Dr Max Steller, psychiatre. Il est toujours fondamentalement prêt à mentir si cela lui permet de se mettre en valeur ». L’ampleur de l’affaire, dont la justice a tardé à s’occuper, a soulevé surtout la question de la responsabilité des établissements hospitaliers allemands, qui n’ont pas réagi malgré la surmortalité constatée lorsqu’il était de service. Désir maladif de briller, dépendance aux analgésiques.

A demain @jynau

1 « Quel Narcisse êtes-vous ? Hanouna et Macron, certes, mais les personnalités qui ne vivent qu’à travers le regard d’autrui sont de plus en plus nombreuses » Slate.fr 13 mai 2019

Patiente handicapée à terre : que s’est-il vraiment passé, le dimanche 26 mai, à l’hôpital Necker ?

Bonjour

Quelques lignes qui en disent beaucoup, peut-être trop. Celles d’un communiqué de presse diffusé sur le site de l’AP-HP et daté de ce 5 juin. On y apprend que la direction de l’hôpital Necker – Enfants malades a été alertée le dimanche 26 mai 2019 « par un riverain ».

« Il décrit une situation ayant eu lieu le même jour et dans laquelle deux agents de l’hôpital, à côté d’une patiente handicapée à terre devant l’hôpital, rient bruyamment. D’après ce témoignage, l’une d’elle se prendrait en photo près de cette dernière. Dès connaissance de ces faits, la direction de l’hôpital a déclenché une enquête administrative. Elle a mobilisé le service de sécurité de l’établissement, afin de visionner les bandes de vidéosurveillance pour identifier les deux agents de l’hôpital. Les agents seront suspendus à titre conservatoire pendant la durée de l’enquête interne. »

L’AP-HP précise avoir « signalé ces faits au procureur de la République de Paris ». Le père de la patiente a d’autre part été informé de cette enquête par la direction de l’hôpital « qui s’est engagée à faire toute la lumière sur les faits et lui a indiqué les procédures en cours ». Devions-nous être ainsi informé ? La question ne se pose plus. Reste les interrogations sur ce qui s’est réellement passé. On attend le prochain communiqué de l’AP-HP.

A demain

@jynau

L’invraisemblable affaire du malade auquel l’administration refuse le droit au pembrolizumab

Bonjour

On attend la réaction du ministère des Solidarités et de la Santé.

C’est à lire dans Nice Matin :« Atteint d’un cancer de la vessie, il ne peut pas être soigné à cause d’un incroyable problème administratif » (Nancy Cattan). Où l’on apprend que depuis trois semaines, le Dr Jérôme Barrière, oncologue à la polyclinique Saint-Jean de Cagnes-sur-Mer, « se bat comme un lion » : posts sur LinkedIn, appels insistants à la CNAM (Caisse nationale d’assurance maladie), à la DGOS (Direction générale de l’offre de soins), prise de contact avec les autres établissements de santé du territoire…

« Partout, la même réponse : vous avez raison, mais on ne peut rien faire. Inacceptable pour l’oncologue azuréen. Car, ne rien faire, c’est laisser mourir René, un habitant de Saint-Laurent-du-Var de 76 ans, atteint d’un cancer de la vessie métastatique. Laisser mourir René, alors qu’il existe un médicament, le pembrolizumab, susceptible de le sauver. »

Précision : le pembrolizumab (Keytruda® ) de MSD.

« Un médicament qui a obtenu le Graal, soit une autorisation de mise sur le marché (AMM), mais dont le prix n’a toujours pas été fixé par les instances. Pendant que la situation s’éternise, ce médicament peut légalement être utilisé, mais, faute de prix, il ne peut être facturé par les établissements de santé à la CPAM. Personne dès lors pour honorer une facture qui devrait s’élever à plus de 70.000 euros pour un an de traitement (c’est à ce prix que le pembrolizumab est commercialisé dans son autre indication, le cancer du poumon métastatique). »

Nice Matin rapporte encore que, confronté à une fin de non-recevoir administrative et « incapable d’accepter la sentence », le Dr Barrière a choisi de saisir la presse pour dénoncer une situation kafkaïenne, mais qui deviendrait, selon lui, le quotidien des oncologues. 

« M. Estève est en impasse thérapeutique. Sa maladie évolue, sa vie est en danger, mais on ne peut plus le traiter une seconde fois par chimiothérapie, ça le tuerait. Seul le pembrolizumab, une immunothérapie déjà utilisée dans le cancer du poumon, peut encore le sauver. Nous sommes tombés d’accord sur ce point en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire). La preuve scientifique de l’efficacité de cette molécule a été fournie, puisqu’elle a obtenu en 2017 son autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’indication, cancer de la vessie avec métastase. »

Le Dr Barrière envisage même une requête de référé devant le tribunal administratif. Sans y croire. Et le temps presse. Le pronostic vital de René est engagé. « Les pouvoirs publics sont incohérents, dit-il à la presse. Ils nous mettent, nous médecins, dans des situations kafkaïennes et éthiquement intolérables, avec des patients qui comprennent qu’ils ont des pertes de chance de guérison. Ne pourrait-on pas avoir une procédure de remboursement accélérée, une fois les AMM accordées ! ».

On attend la réponse des services d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain

@jynau

Québec : autoriser l’«aide médicale à mourir» aux personnes «inaptes» à la demander ?

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Froid dans le dos ? Les médias généralistes n’ont pas encore, de ce côté de l’Atlantique, fait écho à ce qui se passe au Québec. Danielle McCann y est ministre de la Santé et des Services sociaux de Québec. Elle vient d’annoncer être favorable à l’ouverture d’un débat sur l’ouverture de « l’aide médicale à mourir » aux personnes « inaptes » 1. Entendre par là qui ne sont pas ou plus capables de donner leur consentement à l’acte euthanasique : personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mais aussi toutes les personnes « souffrant de diverses formes de démence et de pertes cognitives », un phénomène « grandissant avec le vieillissement de la population ».

Au Québec, en vertu d’une loi adoptée en 2014, une personne apte à donner son consentement souffrant d’une maladie incurable et qui est en fin de vie peut obtenir une « aide médicale à mourir ». Mais une personne souffrant d’Alzheimer ou de démence qui se retrouve dans la même situation ne peut l’obtenir au motif qu’elle est incapable d’exprimer son consentement.

L’affaire est notamment rapportée par le Huffington Post (Jocelyne Richer) et par   La Presse.ca (Tommy Chouinard) :

Lesdéclarations de la ministre de la Santé et des Services sociaux font suite à une décision de justice : « la juge Hélène Di Salvo a envoyé Michel Cadotte derrière les barreaux pour deux ans moins un jour pour l’homicide involontaire de sa femme Jocelyne Lizotte. M. Cadotte disait avoir agi ‘’par compassion’’, afin de mettre fin aux souffrances de sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer ».

Danielle McCann n’a pas voulu commenter l’affaire Cadotte. Elle a néanmoins tenu à dire qu’’’il faut être sensible à ce que met en lumière cette situation-là et voir que, vraiment, nous devons avancer dans [le] dossier’’ de l’élargissement de l’aide médicale à mourir. ‘’ Le Québec est rendu à se pencher sur cette question-là : comment nous allons le faire, à quel moment nous allons le faire. Ce sont évidemment avec les recommandations du groupe d’experts qu’on va travailler’’, a-t-elle expliqué. Créé il y a quelques mois, le comité doit remettre son rapport prochainement. ‘’C’est sûr qu’on entend beaucoup dans la population qu’on souhaite qu’on élargisse. On entend ça, et je pense qu’on ne peut pas le nier. Mais on ne va pas s’avancer davantage sans attendre les recommandations du groupe d’experts.’’ .

La ministre n’a pas voulu donner son opinion personnelle – mais elle fait valoir que ses fonctions font qu’elle est « au service de la population ». « Et je sais que la population a des attentes par rapport à ce dossier. Nous avons une Commission sur les soins de fin de vie, des experts, et je dis à la population qu’on va s’occuper de ce dossier-là. Ce sera un dossier majeur pour nous, et nous serons à l’écoute de la population ».

Que dira « la population » ? Et qui décidera que l’on peut « aider à mourir » les personnes (de plus en plus nombreuses) qui n’auront pas les capacités de le demander ? Froid dans le dos ?

A demain

@jynau

1 « Inapte »