L'étrange et la transparence : l’affaire Delevoye et celle du petit cimetière d’Estramiac (Gers)

Bonjour

Comprendre l’étrange. Bien des affaires criminelles et politiques se résument à un impératif : faire la transparence. Ainsi en est-il de ce nouveau feuilleton en marge de la crise sociale dite « des retraites » : l’affaire Jean-Paul Delevoye, 71 ans, et la découverte des étrange failles de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique  – une  autorité administrative indépendante créée par la loi relative à la transparence de la vie publique du 11 octobre 2013 en remplacement de la Commission pour la transparence financière de la vie politique.

« La Haute Autorité est chargée de recevoir, contrôler, avec l’administration fiscale, et publier les déclarations de situation patrimoniale et les déclarations d’intérêts de certains responsables publics: membres du gouvernement. Elle peut également être consultée par ces mêmes responsables publics sur des questions de déontologie et de conflit d’intérêts relatifs à l’exercice de leur fonction et émettre des recommandations à la demande du Premier ministre ou de sa propre initiative. »

Quête de la transparence. Changeons de focale avec l’Agence France Presse. Une femme de 90 ans, en grande partie dénudée, a été découverte morte dans le cimetière de la micoscopique commune d’Estramiac (Gers).

C’est un homme venu déposer des fleurs au cimetière qui a donné l’alerte samedi, vers 18 heures. «Elle était allongée sur le dos, sur une pierre tombale, le torse entièrement dénudé, et le pantalon de pyjama au niveau des genoux , a détaillé Charlotte Beluet, procureure de la République. Les causes de sa mort n’ont pas encore été identifiées (…) mais le médecin légiste qui est arrivé sur place le soir-même a pu constater un certain nombre de blessures ante mortem, des fractures costales qui pourraient être post-mortem, et une légère plaie à la tête.»

Une autopsie médico-légale pratiquée ce 16 décembre permettra-t-elle de mieux comprendre ? D’ores et déjà les enquêteurs de la gendarmerie de la brigade de recherche d’Auch, épaulés par ceux de la section de recherche de Toulouse, ont pu identifier la femme, une résidente de la commune de Saint-Clar, à quelque 10 km d’Estramiac. C’est sur la tombe de son défunt mari qu’elle avait été placée. Son fils, qui vivait avec elle, a été interpellé le 15 décembre à son domicile. Il a aussitôt été placé en garde à vue pour «homicide sur ascendant». Pour la procureure cette qualification est «susceptible d’évoluer en fonction des résultats de l’autopsie». Et la procureure d’ajouter : «Selon ses premières déclarations, il affirme avoir trouvé sa mère morte et, ne sachant que faire, l’avoir transporté jusqu’au cimetière ».

Au-delà de l’étrange, bien des affaires criminelles et politiques se résument à un impératif : faire la transparence. Ne serait-ce que pour comprendre.

A demain @jynau

Le paquebot de l’Ordre des médecins, 75 ans, torpillé par les magistrats de la Cour des comptes

Bonjour

Imagine-t-on une vie médicale sans un Ordre des médecins ? Sans payer sa cotisation annuelle ? Rappel : créé en 1945, l’Ordre des médecins est un organisme privé chargé d’une mission de service public. Son rôle est de veiller au respect, par les praticiens, des règles de déontologie et de défendre l’indépendance et l’honneur de la profession. Il dispose pour cela de ressources annuelles d’environ 85 M€, provenant des cotisations obligatoires (335 euros, tarif plein) de 300 000 médecins, de réserves de 152 M€ et d’un patrimoine évalué à 110 M€.

Or voici que nous apprenons, via la Cour des comptes, que cet Ordre « n’a que marginalement tenu compte des recommandations formulées par la Cour en 2012 à l’issue de son précédent contrôle ». Cette institution reste grevée « par des problèmes de gouvernance, de sérieuses défaillances de gestion, des insuffisances persistantes dans l’exercice de ses missions et un manque de rigueur dans le traitement des plaintes des patients ». Extraits du communiqué que viennent de publier les magistrats de la rue Cambon :
 « Comme d’autres ordres des professions de santé contrôlés par la Cour, l’ordre des médecins est traversé par des problèmes de gouvernance qui rejaillissent sur la qualité de sa gestion. La surreprésentation d’hommes (91 %) âgés et retraités (40 %) au sein du CNOM, ainsi que la longévité des mandats exercés, ne favorisent pas la prise de
conscience d’un changement nécessaire. Des conflits internes ont abouti, dans certains départements, à des tensions et à une désorganisation préjudiciables à la bonne exécution des missions de l’Ordre
.

« La décentralisation du processus de recouvrement des cotisations et de la tenue des comptes, abandonnés sans contrôle aux conseils départementaux de l’ordre, a favorisé l’apparition de nombreux désordres, surtout au niveau des échelons territoriaux : écritures comptables irrégulières, incomplètes, voire délibérément faussées ; ressources incomplètement retracées au compte de résultat ; patrimoine sous-évalué ; débordements multiples dans la gestion. »

Manque de diligence dans le traitement des plaintes pour des faits à caractère sexuel

Au moins aussi grave, le contrôle du respect par les médecins de leurs obligations de développement professionnel continu ou des règles déontologiques de la profession (au regard des relations avec l’industrie pharmaceutique notamment) souffre de graves lacunes. De même l’accès aux soins n’apparaît pas ; non plus, comme une priorité et certains  errements de gestion pourront donner lieu à une saisine des autorités judiciaires par l’intermédiaire du Parquet général près la Cour. Sans oublier que « le traitement des plaintes des patients n’est pas (toujours) assuré avec suffisamment de rigueur » et que « l’impartialité de la formation de jugement n’est pas toujours garantie. »  Extrait :

« Dans un certain nombre de cas, l’absence de poursuites disciplinaires pose question. Ainsi, l’analyse d’une cinquantaine de décisions rendues entre 2016 et 2017 (parmi une liste de 90 décisions transmises par l’ordre à la Cour) révèle l’existence d’irrégularités de procédure ou un manque de diligence dans le traitement des plaintes pour des faits à
caractère sexuel. »

Conséquence : priorité devrait être donnée à « une remise en ordre urgente » (sic) :  replacer la sécurité des patients au cœur des préoccupations de l’ordre, ouvrir sa gouvernance à des non médecins et achever la mutation de la justice ordinale.

« ‘’Désordres comptables’’,  immobilier « somptuaire », contrôles inopérants : la Cour des comptes se paye l’Ordre des médecins » ironise Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) pour qui la rue Cambon torpille la vénérable institution. Extraits :

« L’Ordre, c’est « des fonctions bénévoles généralement indemnisées », cingle la Cour des comptes. Selon les textes réglementaires, les ordinaux peuvent être rémunérés pour leurs services afin de compenser une perte d’activité et dans la limite de trois fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (121 572 euros en 2019) et 337 euros la demi-journée (10 % du plafond mensuel).

« Mais sur le terrain, notamment parisien, « l’esprit de bénévolat réputé animer les fonctions ordinales est inégalement présent », lit-on. En 2017, les indemnités (10 millions d’euros) et les frais (4,1 millions d’euros) représentaient 17 % du budget annuel de l’Ordre dans son ensemble. Ces dépenses sont en augmentation de 33 % depuis 2011. Parmi les conseils comptant plus de 6 000 médecins inscrits, il existe un rapport d’un à cinq entre Paris (446 000 euros pour l’indemnisation de ses 26 élus) et l’Hérault, qui consacre 81 000 euros à celle de ses 21 élus.

Au CNOM (national), les seize membres du bureau ont perçu au total plus d’un million d’euros d’indemnités en 2017 (68 000 euros par personne). Pour les 40 % d’élus retraités du CNOM, « ces montants élevés ne constituent pas une compensation de perte d’activité professionnelle mais bien un revenu complémentaire ».

Autre incongruité : entre 2007 et 2013, le Dr Michel Legmann, président du CNOM, « s’est fait verser irrégulièrement, avec l’accord du secrétaire général, des indemnités d’un montant supérieur de près de 9 000 euros au plafond annuel, en considérant abusivement que le calcul du plafond de la Sécurité sociale devait s’entendre net de cotisations CSG-CRDS », s’agace la Cour. Son successeur, le Dr Patrick Bouet, « a mis fin à cette pratique ».  

En matière de remboursement de frais, « des pratiques abusives ont eu cours pendant des années » au plus haut niveau ordinal jusqu’en 2015, où le CNOM a remis de l’ordre. Selon la Cour, le Dr Legmann a perçu entre 2010 et 2012 des forfaits sans nuitée de 78 000 euros au-dessus du seuil autorisé. D’autres conseillers nationaux ont fait de même. » 

Cloué au pilori médiatique

Que va bien pouvoir l’accusé ainsi cloué au pilori médiatique ? Il avait déjà réagi en février dernier quand Le Canard enchaîné avait révélé quelques éléments du pré-rapport de la Cour – document qui fait suite à un contrôle de plusieurs mois de l’ensemble des échelons territoriaux de l’Ordre. Il réagit à nouveau comme on pourra le lire ici (temps de lecture 16 minutes : « L’Ordre conteste le rapport de la Cour des comptes ». Résumé :

« Si l’Ordre conteste une grande partie de l’analyse portée sur sa gestion, il reste soucieux de poursuivre la modernisation de l’institution d’ores et déjà engagée depuis six ans. Il accéléra, sur ce point, la mise en œuvre de certaines mesures correctives dans le cadre des recommandations de la Cour. »

Bien enregistré. Tout indique qu’il y a urgence. Sinon il faudra commencer à imaginer une vie où d’autres que des médecins veilleront au respect des règles de déontologie et à la défense de l’indépendance et de l’honneur de cette profession. Ce qui se révélerait bientôt invivable.

A demain @jynau

Affaire Kulik. Tentative de suicide et découverte d’un poison interdit mais toléré : le Temik®

Bonjour

Un cas hors du quotidien des salles de justice. Le 6 décembre 2019, quelques secondes après l’énoncé du verdict par la présidente de la cour d’assises d’Amiens le condamné Willy Bardon avale du Temik®, (Bayer). L’enquête ouverte par le parquet doit notamment déterminer comment il a pu se procurer cette substance, et  «si c’est un acte qui avait été prémédité, organisé et de quelle manière». Il avait confié à un proche qu’il «attenterait à ses jours s’il était condamné».

Cet accusé de 45 ans comparaissait libre. Il  avait toujours clamé son innocence – mais venait d’être condamné à 30 ans de réclusion pour l’enlèvement et la séquestration suivis de mort et le viol d’Elodie Kulik, une employée de banque de 24 ans, en janvier 2002 à Tertry (Somme). Comateux le condamné a aussitôt été transféré dans le service de réanimation du CHU de la ville.

«Le produit ingéré (…) est un pesticide appelé le Temik®. C’est un produit extrêmement dangereux dont la commercialisation est extrêmement réglementée sur le territoire français et européen et qui a des effets à la fois sur le système nerveux et le système cardio-vasculaire», a peu après indiqué le procureur d’Amiens Alexandre de Bosschère. Il a des effets en une dizaine ou une quinzaine de minutes. Il n’est normalement pas en accès pour des personnes qui ne correspondent pas à la réglementation.»

Interdit mais autorisé pour des usages « sur betteraves »

Autorisé pour la première fois en 1970 le Temik® a pour principe actif l’aldicarbe – famille chimique des carbamates –  effet insecticide et nématicide ; essentiellement utilisé dans la culture de la betterave. Ce pesticide du géant allemand Bayer a progressivement été interdit dans les années 2000.

Aujourd’hui, en France, cette substance active n’est pas autorisée dans la composition de préparations bénéficiant d’une AMM. Un délai dérogatoire est toutefois accordé pour des usages « sur vignes et betteraves ». Selon un avis paru au Journal Officiel du 18 avril 2003, cette dérogation s’applique au produit Cardinal®, à base d’aldicarbe et de fipronil, pour des utilisations sur betterave, au produit Témik® 10 G, à base d’aldicarbe, pour des utilisations sur betterave et vigne,

Il ne doit pas être très difficile de parvenir à se procurer ce poison. Notamment dans le nord de la France, pays de betteraves. Le Figaro rappelle ainsi que le Temik® a été évoqué dans des affaires d’empoisonnement d’animaux. En 2013, une dizaine de chats en avaient été victimes à Haisne (Pas de Calais). En 2018, les deux chiens d’une famille d’Emmerin (Nord) avaient également été empoisonnés au Temik : seul l’un des deux avait pu être sauvé.

A demain @jynau

La justice européenne vient de trancher : il n'existe aucun droit à avoir des petits-enfants

Bonjour

C’est une forme de tragédie moderne. Elle nous dit que tout ce qui est aujourd’hui techniquement possible ne doit pas, humainement, être mis en œuvre. Ainsi vient d’en décider la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Elle avait été saisie par Mme Dominique Petithory Lanzmann, veuve de Claude Lanzmann, journaliste, écrivain et réalisateur du film Shoah, décédé en 2018. Leur fils était décédé le 13 janvier 2017 des suites d’une pathologie diagnostiquée en 2014.

« Dès l’annonce de sa maladie, rapporte la CEDH, il avait exprimé son désir d’être père et d’avoir une descendance, y compris en cas de décès. Il avait ainsi procédé à un dépôt de gamètes au centre d’études et de conservation des œufs et du sperme (CECOS) de l’hôpital Cochin à Paris, avait pris contact avec un centre en Suisse et envisagé d’autres démarches de dépôt de sperme à l’étranger, qui ne purent se réaliser en raison de sa maladie. Au cours du printemps 2017, le président du CECOS refusa de transmettre à l’Agence de la biomédecine la demande de la requérante tendant au transfert des gamètes de son fils vers un établissement de santé situé en Israël. »

Dominique Petithory Lanzmann initia alors un recours en référé devant le tribunal administratif de Paris pour demander au juge de prendre toutes mesures afin de permettre l’exportation des gamètes de son fils vers un établissement de santé sis en Israël, autorisé à pratiquer les PMA. « Elle fit valoir que, par le refus qui lui était opposé, elle était ainsi privée de son droit d’exercer la vie privée et familiale à laquelle elle pourrait prétendre en devenant grand-mère et en assurant le respect de la volonté de son fils » souligne la CEDH.

Un don à un couple stérile ou une GPA

Le juge du référé rejeta la requête. La requérante interjeta appel de l’ordonnance devant le Conseil d’État qui rejeta également la requête qui fut introduite devant la CEDH le 25 avril 2019. Invoquant l’article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale) 1 de la Convention européenne des droits de l’Homme, la requérante se plaignait de l’impossibilité de disposer des gamètes de son fils décédé en vue de procéder, dans le respect de ses dernières volontés, à une PMA au moyen d’un don à un couple stérile ou une GPA, procédures qui seraient autorisées en Israël ou aux États-Unis.

La décision de la CEDH a été rendue par un comité de trois juges composé de Mārtiņš Mits (Lettonie), président, André Potocki (France) et Lәtif Hüseynov (Azerbaïdjan). La Cour observe que le grief de la requérante se divise, en réalité, en deux branches distinctes, selon qu’elle le formule en tant que victime indirecte au nom de son fils défunt ou en tant que victime directe privée de descendance.

« 1 S’agissant du grief formulé en tant que victime indirecte, la Cour note que les droits revendiqués par la requérante concernent le droit de son fils de décider de quelle manière et à quel moment il souhaitait devenir parent. La Cour rappelle néanmoins qu’un tel droit fait partie de la catégorie des droits non transférables. En conséquence, la requérante ne peut, à cet égard, se prétendre victime d’une violation de la Convention au nom de son fils.

2 S’agissant du grief formulé en tant que victime directe, la Cour considère que l’article 8 ne garantit pas le droit à une descendance pour des grands-parents, aussi respectable que soit l’aspiration personnelle de la requérante à la continuité de la parenté génétique. »

C’est ainsi que la Cour européenne des droits de l’homme vient de déclarer irrecevable les deux branches de la requête.

A demain @jynau

1 Article 8.  Droit au respect de la vie privée et familiale :  « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

Autisme : une goutte de sang et des dilutions homéopathiques. Est-ce du charlatanisme ?

Bonjour

Le Dr G., spécialiste de pédiatrie à Fréjus (Var), savait-il à quoi il s’exposait ? Il vient d’être condamné par la section disciplinaire de l’Ordre des médecins de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur : « une sanction d’interdiction d’exercer les fonctions de médecin pendant une durée de trois mois, prenant effet le 1er février 2020 et assortie d’un sursis de deux mois ».

Le Dr G. était poursuivi par le conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), qui avait porté plainte en janvier 2018, estimant que le Dr G. enfreignait le code de déontologie médicale. Et ce « faisant la promotion d’un traitement homéopathique de l’autisme et en ayant une attitude (…) hostile à la vaccination ». L’AFP nous précise que le CNOM, dans sa sagesse, avait dans un premier temps demandé au conseil départemental du Var de l’Ordre des médecins de contacter le médecin pour « débattre avec lui » des thérapeutiques  qu’il pouvait proposer.

Or l’instance départementale avait estimé que la pratique professionnelle de ce médecin était « exempte de reproches ». Aussi L’Ordre national avait alors décidé de porter plainte directement contre lui. Il n’est en effet pas rare d’observer des divergences d’appréciation entre le sommet national et la base départementale de l’institution ordinale. Les territoires ont des raisons que la raison parisienne ne peut qu’ignorer.

 « Pollution par les vaccins souvent chargés en aluminium » 

Le CNOM s’appuie ainsi sur les articles du code de déontologie médicale qui précisent qu’un médecin s’engage à assurer des soins « fondés sur les données acquises de la science » et qu’il ne peut proposer au patient « comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé » – interdiction du charlatanisme 1.

Or, ajoute l’AFP, dans un « protocole thérapeutique » publié sur internet 2 en février 2016, le Dr G. estime notamment que l’autisme est la « conséquence de la pollution qui envahit notre planète », y incluant la « pollution par les vaccins souvent chargés en aluminium » à côté de la « pollution par l’oxyde de carbone », « par des métaux lourds » ou encore par certaines bactéries.

Et l’AFP d’ajouter que le Dr G. est membre du conseil d’administration du Syndicat national des médecins homéopathes français et qu’il propose un traitement à base d’une goutte de sang du malade diluée et de produits homéopathiques dont « des dilutions homéopathiques de vaccin » 2 « De telles indications et thérapeutiques ne correspondent pas aux données acquises de la science » et « manquent de prudence en ne faisant pas état des débats existants sur l’efficacité de tels traitements », estime la chambre disciplinaire de l’Ordre régional des médecins.

On attend, désormais, de savoir si praticien et/ou le CNOM feront appel de cette décision. Ce qui aiderait à préciser les frontières françaises actuelles des concepts de charlatan et de charlatanisme.

A demain @jynau


1 Article 39 (article R.4127-39 du code de la santé publique) : « Les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite. »

Charlatanisme : subst. masc.Art d’exploiter la crédulité d’autrui érigé en système. Le charlatanisme à côté du mérite est comme le zéro à la droite d’un chiffre et décuple sa valeur (Stendhal, Lucien Leuwen, t. 3, 1836, p. 228)

2 Toujours disponible sur internet : « Traitement homéopathique pour l’autisme : Chlorum et les autres… » : « Des recherches menées en neurophysiologie ont montré que le cerveau des enfants autistes présentait un niveau de chlore trop élevé. Des essais de traitement par des diurétiques éliminant le chlore ont mis en évidence des effets positifs sur l’éveil et le comportement des patients traités, mais ces produits provoquent des effets secondaires. Nous avons donc eu l’idée de traiter les enfants autistes par des doses homéopathiques de chlore pour réduire l’excès de chlore et obtenir des améliorations sans effet secondaire.

« Depuis deux ans, plusieurs enfants ont reçu Chlorum 9 CH : cinq granules une fois par semaine pendant un mois, puis 12 CH une fois par semaine pendant le deuxième mois, puis 15 CH dans les mêmes proportions le troisième mois et 30 CH le quatrième mois. Les premiers résultats sont remarquables avec un certain éveil à la réalité, une qualité de contact jamais obtenue avant, une communication bien meilleure. Sur vingt dossiers étudiés, sept enfants semblent ne plus présenter de trouble du spectre autistique au bout d’un an de traitement. »

Retour sur le suicide du Pr Christophe Barrat et l’accusation de violation du secret médical

Bonjour

Qui peut s’autoriser à lever le secret médical ?

C’était le 3 février dernier, un dimanche : le Pr Christophe Barrat, 57 ans, chirurgien, se suicidait On apprenait rapidement, de sources concordantes, qu’il s’était donné la mort par défenestration au sein des locaux de l’hôpital Avicenne (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris). Ce praticien était chef du service de chirurgie bariatrique et métabolique du groupe hospitalier Hôpitaux universitaires Paris Seine-Saint-Denis (Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret). Cette fin tragique n’était pas sans rappeler celle du Pr Jean-Louis Mégnien, cardiologue à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) – il s’était lui aussi défenestré sur son lieu de travail le 17 décembre 2015. Une mort qui avait rapidement mis en lumière la somme des conflits internes au sein de cet établissement hospitalier réputé. 

Dans le cas du Pr Barrat la polémique prit une autre forme – avec notamment la dénonciation de la « communication désastreuse » de l’AP-HP et l’hypothèse d’une violation du secret médical. Puis l’AP-HP répondit via un communiqué signé Didier FRANDJI, Directeur des Hôpitaux Universitaires Paris Seine Saint Denis; Pr Nathalie CHARNAUX, Directrice et Doyen de la Faculté Santé, médecine et biologie humaine ; Pr Yves COHENPrésident de la Commission médicale d’établissement locale. Extraits :

« Nous regrettons d’avoir à nous exprimer publiquement et de sortir du recueillement plus opportun en cette période de deuil. Toutefois, les circonstances nous obligent à le faire et ce en plein accord avec la famille du Professeur Christophe Barrat, afin d’apporter les précisions suivantes : nous avons fait référence, dans le message diffusé au sein du groupe hospitalier et des instances de l’AP-HP,  à l’état de santé du Professeur Christophe Barrat afin, selon l’expression même de son épouse, « d’apporter un éclairage au geste de son mari ». Nous n’avons donc en rien rompu le secret médical mais avons été autorisés à porter cet élément à la connaissance de  notre communauté selon la  volonté et le plein accord de la seule personne légitime à nous délier de ce secret : son épouse, qui a validé ce message avant qu’il soit diffusé (…) »

Les différentes analyses que nous avions alors sollicitées convergeaient avec la lecture que fait l’Ordre des textes en vigueur : rien ne permettait, en l’espèce, de justifier le non-respect du secret médical. Les spécialistes de déontologie médicale font notamment observer qu’un membre de la famille (en l’espèce l’épouse du chirurgien) ne pouvait en aucun cas délier des médecins du secret professionnel qui s’imposait à eux. Le principe (parfois difficile à comprendre) est qu’il n’existe pas de dérogation, le patient lui-même ne pouvant délier les médecins du secret médical.

Deux courriers évoquant l’état de santé du chirurgien

Dix mois plus tard, l’affaire connaît un nouveau prolongement -rebondissement. Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) nous apprend que le conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris a, mardi 3 décembre, tenu une séance de conciliation. Entre d’une part le président de la commission médicale d’établissement (CME) de l’hôpital Avicenne et la doyenne de l’UFR de santé, médecine et biologie humaine Paris 13 – et d’autre part la veuve du Pr Christophe Barrat.  Le Pr Yves Cohen et le Pr Nathalie Charnaux sont accusés d’avoir violé le secret médical dans deux courriers évoquant l’état de santé du chirurgien de 57 ans adressés à la communauté hospitalière et à la presse. Les deux médecins font aussi l’objet d’un dépôt de plainte pour le même motif auprès du procureur de la République du TGI de Bobigny – un plainte qui vise également Didier Frandji, directeur d’Avicenne à l’époque des faits, lui aussi signataire des deux courriers.

La plainte ordinale a été déposée le 23 septembre auprès de l’Ordre de Seine-Saint-Denis, tableau où le Pr Barrat était inscrit. Les « ordinaux du 93 » souhaitant éviter tout conflit d’intérêts, la plainte a été délocalisée à Paris. « La séance en commission de conciliation ordinale de ce mardi est l’étape préalable à la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire, explique Le Quotidien. En cas d’accord entre les deux parties, l’affaire en restera là sauf si le conseil départemental se saisit du dossier. En cas de non-conciliation, la plainte sera transmise à la chambre disciplinaire de première instance dans un délai de trois mois. Contactées, ni l’AP-HP, ni la faculté de médecine de Paris13 n’ont répondu à nos sollicitations du Quotidien. »

Finalement la conciliation entre les deux parties a échoué. Le dossier sera étudié par la chambre disciplinaire de première instance en janvier. 

 A demain @jynau

L’étrange histoire de l’athlète endormie qui a été dopée à l’EPO à l’insu de son plein gré

Bonjour

Qui doit-on croire ? 

L’athlète française Ophélie Claude-Boxberger, 31 ans, est une athlète française atypique et de grand talent. Fille du spécialiste des courses de fond, Jacky Boxberger. Une personnalité hors du commun :  

« Elle débute l’athlétisme en septembre 2001 après avoir pratiqué plusieurs sports : danse, équitation, tennis, escalade et gymnastique au niveau national. Parmi les meilleures minimes françaises sur 1 000 m en 3 min 3 s, elle se consacre plus à ses études — ce qui engendre une progression assez lente — ainsi qu’à la musique qu’elle débute à l’âge de 5 ans jusqu’à obtenir son diplôme au conservatoire de Montbéliard après plus de douze années de piano. Après avoir obtenu un baccalauréat scientifique avec mention en 2006, elle devient professeur d’éducation physique et sportive après avoir réussi le CAPEPS et un master langage et intervention en 2010 à l’Université de Besançon. »

 Devient ensuite spécialiste des douloureuses épreuves de demi-fond ; rapides progrès ; quatre titres de championne de France espoirs sur 800 m et 1 500 m ; deux sélections en équipe de France jeune ; cinq fois championne de France Élite sur 1 500 m et 3 000 m en salle ainsi que sur 3 000 m steeple ; neuf sélections internationales A avec l’équipe de France ; une sélection en équipe d’Europe.

Puis, catastrophe : contrôlée positive à la célèbre érythropoïétine (EPO) le 18 septembre dernier ; annonce faite un mois plus tard. Son domicile est perquisitionné ; le pôle santé du parquet de Paris ouvre une enquête préliminairepour « détention et utilisation de substances vénéneuses » et « aide à l’utilisation de ces substances ». Elle se retrouve impliquée dans une controverse liée au médecin de l’équipe de France d’athlétisme, Jean-Michel Serra, blâmé pour s’être plaint du trop grand nombre de contrôle subis par l’athlète – dont il évoquait la fragilité psychologique et dont il est le compagnon.

« Injection lors d’un massage durant lequel elle s’était endormie » 

L’athlète, depuis, ne cesse de clamer son innocence, de démentir avoir eu recours au dopage. Puis, rebondissement : les déclarations d’une personne de son entourage aux gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp). Alain Flaccus, compagnon de la mère de l’athlète (et qui fait partie de l’encadrement sportif de celle-ci) a déclaré lui avoir injecté de l’EPO à son insu. Information communiquée au Monde des sources proches de l’enquête, confirmant une révélation de L’Equipe.

M. Flaccus était entendu dans le cadre d’une garde à vue de quarante-huit heures, dans les locaux de la gendarmerie de Montbéliard (Doubs) – tout comme l’athlète. Il a précisé avoir « piqué » Ophélie Claude-Boxberger avec une seringue d’EPO la veille de la fin de son stage en altitude à Font-Romeu (Pyrénées-Orientales) – et ce « lors d’un massage durant lequel elle s’était endormie ». Il a dit s’être procuré lui-même l’EPO.

Pour l’heure l’athlète est toujours suspendue par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Interrogée par l’Est républicain à l’issue de sa garde à vue, Ophélie Claude-Boxberger a dénoncé « une machination » : « J’ai enfin compris des choses, compris comment on avait retrouvé de l’EPO dans mon corps. Les faits sont là. Cette personne a profité d’un instant de faiblesse psychologique et physique. Il y aurait préméditation, volonté de nuire à ma carrière sportive et exercice illégal de la médecine (sic)».

Les déclarations d’Alain Flacus suscitent toutefois des interrogations chez les enquêteurs. L’intéressé a en effet changé plusieurs fois de version durant sa garde à vue. Ces nouvelles révélations n’éteignent d’ailleurs pas la procédure ouverte par l’AFLD, qui dit continuer « de mener l’enquête préalable à la saisine de la commission des sanctions ». « La sportive pourra apporter toute explication et tout élément matériel de preuve dans le cadre de sa défense », a expliqué l’instance dans une déclaration à l’Agence France-Presse.

Qui croira-t-on ?

A demain @jynau