Greffe, argent et football : sept ans après, la sombre affaire du lobe de foie d’Eric Abidal

Bonjour

C’était une bien belle histoire, cela devient une trop sombre affaire. Une affaire qui vient rappeler la gangrène que peut générer l’argent dans le champ des greffes d’organes. L’Equipe du jour (Florent Torchur) rapporte, depuis Madrid, que la justice espagnole vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur la greffe de foie d’Eric Abidal 1 – une greffe pratiquée le 10 avril 2012 sur ce joueur de football, ancien international français aujourd’hui directeur sportif du FC Barcelone.

Nous avions, en mars 2012, évoqué cette transplantation hors du commun médiatisée avant même qu’elle ne soit pratiquée. « Les stars du football peuvent (elles aussi) servir la cause de la santé publique, écrivions-nous alors. Un exemple nous en est fourni aujourd’hui par Eric Abidal. L’émotion internationale que suscite l’annonce de sa prochaine greffe de foie est une formidable opportunité pour, via la sphère médiatique, (re) dire et (ré) expliquer ce qu’est l’activité de prélèvement et de greffe d’organe. » Et nous citions alors la chronique parue sur Slate.fr rédigée à partir d’un entretien avec Emmanuelle Prada Bordenave, directrice générale de l’Agence de la biomédecine. Extraits :

« Le footballeur Eric Abidal, 32 ans, défenseur international de l’équipe de France  et joueur du FC Barcelone est aujourd’hui  en attente d’une greffe de foie. L’information a été donnée par son club et amplement relayée par L’Equipe et de nombreux médias. Il avait subi une intervention chirurgicale il y a précisément un an –le 17 mars 2011-  pour une « tumeur au foie » (…) Dans le cas d’Eric Abidal cette transplantation hépatique  est d’ores et déjà programmée. Les responsables des activités de prélèvements et de greffes déplorent de manière récurrente la pénurie de dons d’organes et, corollaire, l’allongement des délais d’attente (…) En 2010 on a pratiqué près de 1100 greffes de foie en France alors que le nombre des personnes en attente était d’environ 2400. Dans le même temps on a pratiqué 2900 greffes de rein pour une liste d’attente de 11 600 personnes. »

Miracle

Interrogée sur le fait de savoir si elle était ou non surprise par la rapidité avec laquelle on pu programmer une prochaine greffe de foie chez Eric Abidal la directrice générale de l’Agence de la biomédecine nous répondait : « Je ne connais aucunement ce dossier, je ne sais pas où cette greffe sera pratiquée et me garderai de tout commentaire. En revanche si l’émotion collective grandit sur ce sujet nous nous saisirons peut-être de ce cas pour faire au plus vite une campagne d’information rappelant quelles sont nos règles et nos pratiques, en France concernant l’organisation des listes d’attente et les critères de répartition des greffons. »

Miracle en août 2013 quand on découvre que le greffé du foie d’avril 2012 retrouve l’équipe de France à l’occasion du match amical Belgique-France (0-0) – une sélection qui n’était en rien un « cadeau » du sélectionneur Didier Deschamps, Abidal jouant (pleinement) les 90 minutes. Un solide message d’espoir.

Puis confidence de la star dans un portrait accordé à Libération en octobre 2014 :

« Un an plus tard : la rechute. Le Catalan reçoit du soutien de tous côtés. De Platini à Blatter, le machiavélique président de la Fifa. Il y a des connus, des reconnus et des anonymes. Tout le monde, sauf Raymond Domenech. Mais cette fois, il a besoin de plus pour s’en sortir : un donneur. Son cousin Gérard se propose, et donne une partie de lui : «Je lui suis redevable de beaucoup. Aujourd’hui, c’est le plus compliqué à gérer, ça me ronge de l’intérieur. Un foie, ça n’a pas de prix. Je ne sais pas comment le remercier en sachant que je n’ai pas le droit de le rémunérer, ni de lui acheter des biens.» 

Tabou

 Le remercier ? Le rémunérer ? Lui « acheter des biens » ? Nous sommes en février 2019 et rien ne va plus. Déjà, en juillet dernier, le parquet espagnol avait demandé l’ouverture d’une enquête sur cette greffe de foie après la publication d’informations sur un éventuel trafic d’organes. Ceci faisait suite à la transcription d’écoutes téléphoniques de l’ancien président du Barça Sandro Rosell – par ailleurs impliqué dans différentes affaires judiciaires – qui laissaient entendre que le club avait acheté illégalement un foie pour son ancien joueur. La justice avait enquêté durant un an sur un éventuel délit de trafic d’organes avant de classer l’affaire faute de preuves. L’ancien joueur français, le club et l’Hôpital Clinic de Barcelone, où la greffe avait été pratiquée, avaient alors démenti toute irrégularité lors de cette opération.

L’affaire rebondit aujourd’hui avec l’ouverture de cette enquête décidée par la cour d’appel de Barcelone. L’Equipe rapporte les propos et les silences des différents protagonistes. Le joueur et son cousin germain-donneur ne se parleraient plus, ce dernier supportant mal que l’on puisse imaginer qu’il a touché « un million d’euros » dans la transaction d’organe quand il n’a « pas touché un centime ». Un sujet devenu « tabou dans la famille ».

Quant à savoir si le lobe hépatique greffé a été acheté par le club sur le marché illégal la justice espagnole affirme qu’elle fera toute la lumière. Ce qui, sans préjuger de la suite, ne devrait guère, en théorie, soulever de difficultés biologiques.

 A demain

@jynau

1 Né à Saint-Genis-Laval (Rhône), formé à  l’AS Lyon-Duchère, club de CFA-2, Eric Abidal  rejoint  l’AS Monaco en 2000 puis gagne Lille (2002-2003) avant l’Olympique lyonnais et le maillot de l’équipe nationale en 2004. En 2007 il est transféré (pour environ seize millions d’euros) sur le couloir latéral gauche du FC Barcelone. Il s’ exprimera à merveille :  Ligue des champions,  championnat d’Espagne,  coupe d’Espagne,  supercoupe d’Europesupercoupe d’Espagne et coupe du monde des clubs.

 

A l’Ehpad de « La Maison du Grand Cèdre », l’aide-soignant explique avoir « pété un câble »

Bonjour

15 février 2019. Ainsi donc nous en sommes là. Confronté à ce que diffusent en boucles les médias radiophoniques. Face à ces violences résumées en quelques lignes de l’Agence France Presse. Un aide-soignant d’un Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) d’Arcueil (Val-de-Marne) doit être présenté devant le tribunal de Créteil. Il est accusé d’avoir maltraité et violenté une pensionnaire de l’établissement âgée de 98 ans.

Cet homme âgé de 57 ans est en garde à vue depuis deux jours. Il avait été interpellé à la suite d’une plainte déposée par la famille de la nonagénaire. Soupçonnant des maltraitances, les enfants de la vieille dame avaient installé, début février, une caméra dans sa chambre, dans l’Ehpad « La Maison du Grand Cèdre » (groupe ADEF résidences) 1. Un établissement qui explique par ailleurs développer une « démarche éthique » (« Bientraitance »).

Salarié mis à pied

Sur les vidéos, on voit l’aide-soignant tirer par les jambes la nonagénaire au sol pour la remettre dans son lit, lui donner des coups de pied, des gifles, la tirer par les cheveux. « Tu me fais chier, espèce de vieille salope  !»« Ferme ta gueule ! », lui dit-il à plusieurs reprises, selon une source proche du dossier. « Comment tu veux que je fasse ? »« Pitié pour moi ! », le supplie la vieille dame.

L’homme a nié les faits – jusqu’à la confrontation avec les images vidéos. Il a alors évoqué des « actes isolés », déclaré avoir « pété un câble ». D’autres familles de pensionnaires ont été entendues dans le cadre de l’enquête, notamment celles résidant au même étage, mais personne n’a, pour l’instant, fait état d’autres violences. ADEF résidences (34 Ehpad) déplore un « acte de violence insoutenable » et a mis à pied son salarié « dès connaissance des faits ». 15 février 2019.

A demain

@jynau

1 Cet établissement se présente ainsi :

« La Maison du Grand Cèdre, située sur la commune d’Arcueil dans le Val-de-Marne (94), est un Établissement associatif à but non lucratif d’hébergement pour personnes âgées dépendantes à qui l’on propose une aide pour effectuer les actes de la vie quotidienne et des soins médicaux et paramédicaux si l’état de santé le nécessite.

Lieu d’accueil et d’accompagnement médicalisé, la Maison du Grand Cèdre est également un lieu de vie et centre son action sur la qualité d’accueil du résident et son bien-être au quotidien, le maintien de son autonomie et de sa vie sociale.

La Résidence est de dernière génération et totalement adaptée à la perte d’autonomie. Entièrement médicalisée, elle accueille des personnes de 60 ans et plus. Véritable lieu de vie, les espaces et les aménagements y sont fonctionnels. La Maison du Grand Cèdre est aussi le lieu d’une vie sociale, affective, culturelle…  Balnéothérapie, ateliers thérapeutiques, activités quotidiennes, restauration sur place, rencontres inter-générationnelles, salons des familles : tout est mis en œuvre pour favoriser le maintien de la vie sociale, mais aussi l’autonomie de la personne.

Bouleversant l’équilibre familial et les repères de la personne accueillie, l’entrée dans un Établissement médico-social est une étape importante pour le Résident comme pour ses proches. Il est essentiel pour l’Association de veiller à ce que l’environnement soit parfaitement adapté car il représente l’une des premières sources de bien-être et de réassurance. Chacun y bénéficie d’un accompagnement personnalisé qui garantit le respect de ses désirs et de ses choix de vie. Également, les actions menées dans les Établissements Adef Résidences le sont selon les critères de la qualité de l’accompagnement (avec une modélisation très fine pour une forte structuration de toutes les activités), ainsi que de la démarche éthique de l’Association. »

 

 

Justice: le Dr Jérôme Cahuzac sera-t-il autorisé à exercer la médecine au fond de sa prison ?

Bonjour

Pour l’exemple. Le Dr Jérôme Cahuzac, 66 ans, ancien ministre du Budget, condamné (en mai 2018) à un an de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, a été autorisé à purger sa peine sous bracelet électronique par la justice. Mais cette décision a aussitôt été contesté par le procureur de la République d’Ajaccio qui a déposé un appel suspensif.

Lors des débats (le 31 janvier) Eric Bouillard, le procureur, s’était déjà opposé à la demande de port de bracelet électronique pour ce célèbre condamné (fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale).

« Je me suis opposé, pas parce que c’était Jérôme Cahuzac, mais parce que le projet me paraissait insuffisamment étayé, avait expliqué M. Bouillard. L’aménagement de peine est possible pour répondre à une obligation personnelle ou une obligation professionnelle, j’ai considéré qu’il n’avait pas d’obligation particulière ni d’un côté ni de l’autre. »

Raisons obscures

Des arguments bien fragiles : ils n’ont pas été retenus par le juge ajaccien de l’application des peines (Jérôme Cahuzac a déclaré sa résidence principale en Corse-du-Sud). La loi permet pour toute peine allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement, et en l’absence de récidive, la possibilité d’un aménagement immédiat. Cette demande peut être acceptée ou rejetée par le juge.

Ce n’est pas tout. Pour d’obscures raisons le Jérôme Cahuzac (jadis chirurgien brillant) doit être prochainement entendu par le Conseil national de l’Ordre des médecins qui décidera de son aptitude à exerxer en tant que médecin généraliste.  Retraité depuis l’an dernier l’ancien ministre n’a plus besoin de travailler pour gagner sa vie . Il aimerait toutefois exercer à l’hôpital de Bonifacio « où les candidats font défaut ».

Ainsi donc, au temps de l’électronique, comme jadis, la lie et le calice.

A demain

@jynau

 

Indigne : dans les facultés de médecine racisme et antisémitisme «prennent de l’ampleur»

Bonjour

Pourquoi ?

Nous sommes en février 2019 et c’est un communiqué de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Extraits. « Il y a de plus en plus d’actes racistes et antisémites perpétrés à l’encontre des enseignants, des autorités et des étudiants de confession juive et/ou d’origine étrangère » – un phénomène « scandaleux et inadmissible ». « Cette situation n’est pas nouvelle, des faits identiques s’étant déjà déroulés en 2013 et 2014. Mais la recrudescence récente de ces comportements inquiète la Conférence des doyens. Quelle que soit la forme que revêtent ces actes (humour, etc.), ils ne peuvent pas être tolérés ».

Les doyens « appellent le corps enseignant à redoubler de vigilance et à dénoncer au plus vite tout comportement répréhensible ». Elle appelle aussi les étudiants à « informer les autorités compétentes lorsqu’ils assistent à des agissements antisémites et racistes ».

« Il n’y a pas eu d’actes précis ces derniers jours (…) en revanche, nous avons observé des tags à la faculté de Créteil, à Lyon et à Grenoble, où le président de l’université était directement visé, a déclaré le président de la conférence, Jean Sibilia, au site spécialisé What’s up doc. Nous ne disposons d’aucun outil pour affirmer que ces faits sont en augmentation. Néanmoins, on sent monter, comme tout le monde, cette ambiance d’intolérance.»

« Une faculté de médecine – plus qu’une autre peut-être – doit défendre une certaine vision citoyenne et sociétale. S’il y a un endroit où l’on doit favoriser la cohésion sociale, c’est bien dans les amphis de la faculté, au sein d’une institution qui a une vocation humanitaire et sanitaire. Essayons de bien vivre ensemble et arrêtons de véhiculer cette agressivité et ces ondes négatives comme on le voit sur les réseaux sociaux. Il faut que l’on sorte de ça. Et si le monde académique ne diffuse pas ce message là, qui le portera ?

« La tolérance zéro c’est dénoncer ces actes et ne plus les subir. C’est libérer la parole. Dans toutes les facultés il y a désormais des commissions bien-être où le moindre fait, la moindre parole qui vient à l’encontre du vivre ensemble peuvent être signalés. Toute intolérance doit y être rapportée, et le sexisme et l’homophobie en font partie. Derrière, si nécessaire, la commission disciplinaire pourra être saisie. Et au-delà, les propos antisémites, racistes ou discriminants sont des faits punis par la loi. »

« Préparation d’un week-end d’intégration »

Le 8 février, un étudiant de l’université Paris-13 (Seine-Saint-Denis) a été exclu après la plainte d’une étudiante en médecine, qui accusait plusieurs étudiants d’avoir tenu des propos antisémites à son égard. L’étudiant a été sanctionné par la section disciplinaire de l’université pour « un an, dont deux mois ferme », a précisé Paris-13 dans un communiqué. Sept autres étudiants et étudiantes, également mis en cause dans cette affaire, ont été relaxés. Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) rappelle que la jeune fille, étudiante en deuxième année de médecine sur le campus de Bobigny, avait porté plainte en octobre 2018, assurant avoir fait l’objet de harcèlement à caractère antisémite de la part d’un groupe d’élèves, notamment lors de la préparation d’un week-end d’intégration.

Alertée, la présidence de l’université avait saisi la section disciplinaire, ainsi que le procureur. La ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal avait à l’époque dénoncé des faits « profondément inacceptables ».

En janvier, le parquet de Bobigny a classé sans suite la plainte de la jeune fille, pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Son avocat, Me Antonin Péchard, avait alors dit au « Quotidien » avoir « déposé une plainte avec constitution de partie civile » pour tenter d’obtenir l’ouverture d’une enquête par un juge d’instruction.  Depuis octobre, cette situation a donné lieu « à un grand nombre de spéculations et déclarations publiques excessives ou prématurées et aux exagérations les plus violentes sur les réseaux sociaux », regrette l’université dans un communiqué. Elle appelle « la communauté universitaire dans son ensemble à redoubler d’efforts et d’actions concrètes, de même qu’à poursuivre un inlassable examen de conscience sur les questions de discrimination, de racisme et d’antisémitisme. »

Nous sommes en France et en février 2019. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, vient d’annoncer que le nombre des actes antisémites avait augmenté de 74 % en France entre 2017 et 2018 (passant de 311 à 541). Le ministre était en déplacement à Sainte-Geneviève-des-Bois, où deux arbres plantés en mémoire d’Ilan Halimi, jeune juif tué en 2006 par le « gang des barbares », venaient d’être retrouvés sciés à la base. Ils ont été replantés. Et La  Marseillaise fut chantée.

A demain

@jynau

Un généraliste peut-il consulter plus vite que son ombre sans être condamné à rembourser?

Bonjour

C’est une histoire comme on n’imagine plus en trouver dans un monde médical hypersurveillé.  Elle nous est rapportée par La Dépêche (Jean Cohadon). Soit un « médecin généraliste » (la presse régionale cultive encore l’anonymat) installé au Mirail, à Toulouse est accusé d’avoir facturé des consultations jamais effectuées. Un médecin jamais mis en cause pour la qualité de ses soins mais poursuivi devant le tribunal correctionnel.

« La ‘’Sécu’’ a d’abord compris que ce médecin recevait plus de 60 patients par jour. Un chiffre trop important. ‘’Une consultation classique, c’est 15-20 minutes, détaille Me Nathalie Banchet, avocate de la caisse. Si on multiplie par 60, cela fait des journées de plus de 15 heures.’’ « « Les malades s’enchaînent, les pathologies aussi. Je peux aller très vite», rétorque le médecin, âgé de 46 ans. ‘’51 % de vos patients vus en moins de 5 minutes, 39 % en moins de 3 minutes’’, insiste la procureure Anne Gaulhier.

 « ‘’Ce calcul s’appuie sur quoi ?», répond Me Alexandre Martin, en défense. Offensif, l’avocat dénonce une enquête « ‘’uniquement à charge’’. ‘’La victime, la CPAM, accuse, le parquet reprend, on pose trois questions, on le juge coupable et donc on va le condamner… Et les preuves ? Pour le condamner, il fallait ouvrir une instruction, nous donner le temps et les moyens de nous expliquer.’’»

Evidente fictivité des soins

Mais il existe, semble-t-il, d’autres indicateurs qui laisse un parfum d’étrange ? Comme ce patient reçu 268 fois en juillet 2013. Ou de trop  grandes familles qui débarquent sans carte vitale, des actes chirurgicaux qui « explosent ». «Par rapport au médecin qui partage votre cabinet, les différences sont impressionnantes», observe l’avocate de la CPAM. Et puis le style. La procureure, nous dit La Dépêche, n’aime ni «l’arrogance» du prévenu, ni «son humanité à la carte bleue ». « Il fait payer un autre et en plus il majore», dénonce la magistrate. Elle souligne «une évidence fictivité des soins». Et elle réclame trente mois d’emprisonnement dont dix-huit avec sursis et une interdiction d’exercer en tant que profession libérale.

Soit, pour la défense, « une mort sociale». «Vous le condamnerez pour ce qu’il a fait et reconnu, environ 50 000 €. Pas pour les rêves de la CPAM, loin de la réalité du quartier » plaide la défense. Le tribunal a fixé la condamnation à 18 mois de prison avec sursis, n’a pas ordonné la confiscation des biens saisis mais a fixé l’amende à 100 000 €. La CPAM a quant à elle obtenu 379 419 € de dommages et intérêts. Sans oublier l’Ordre des médecins, reparti avec l’euro symbolique qu’il réclamait.

A demain

@jynau

 

Virologie et populisme : Donald Trump entend éradiquer l’épidémie de sida en une décennie

Bonjour

On ne connaît pas, en France, le rituel américain du « discours sur l’état de l’Union ». Un événement annuel qui voit le président exposer son programme pour l’année en cours devant la branche législative du gouvernement fédéral. Discours prononcé au Capitole des États-Unis, où les deux chambres sont réunies en Congrès. Discours  diffusé en direct à la télévision et à la radio. Importé en France ce rite démocratique permettrait aujourd’hui à Emanuel Macron de faire l’économie des ses incessants petits monologues de gymanses et salles des fêtes – dans l’hypothétique optique d’un Grand Débat National.

Outre-Atlantique le discours du 5 février restera peut-être gravé dans la mémoire des spécialistes internationaux de la santé publique. Donald Trump, président des Etats-Unis a en effet promis, dans son projet de budget, de demander « aux démocrates et aux républicains de dégager les moyens nécessaires pour éliminer l’épidémie de VIH aux Etats-Unis d’ici dix ans ». « Ensemble, nous vaincrons le sida en Amérique et au-delà », a-t-il affirmé – avant de demander un effort comparable « pour lutter contre les cancers de l’enfant » (sic).

Alex M. Azar II, secrétaire à la Santé a précisé ce qu’il en était de l’annonce présidentielle. Le but est de diminuer les contaminations par le VIH aux Etats-Unis, de 75% en cinq ans, et de 90% en dix ans. On estime aujourd’hui que près de 40 000 Américains contractent le virus chaque année, et qu’environ 165 000 personnes ignorent leur statut de séropositif.

Tâche titanesque

« Cette initiative, si elle est mise en place et financée, pourrait s’inscrire dans l’histoire comme l’une des plus grandes réussites de sa présidence », a déclaré Michael Ruppal, directeur de l’AIDS Institute. « Contrôler le VIH en une décennie est une tâche titanesque, mais nous applaudissons la volonté affichée », a pour sa part indiqué à l’AFP Michael Weinstein, président de l’AIDS Healthcare Foundation.

Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) précise que depuis cette annonce, le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis a publié une « factsheet » dans laquelle sont détaillés les leviers qui seront actionnés pour parvenir à une réduction de 75 % du nombre de nouvelles infections d’ici à 5 ans, et de 90 % d’ici à 10 ans.

« Les services américains envisagent d’assigner des équipes pluridisciplinaires dédiées aux 48 comtés, aux 7 États américains (Oklahoma, Arkansas, Missouri, Mississippi, Kentucky Caroline du Sud, Alabama), ainsi que San Juan et Puerto Rico qui regroupent plus de la moitié des nouvelles infections aux États-Unis. Ces équipes, baptisées « HIV HealthForce » seront chargées d’analyser les problématiques locales et d’aider à la mise en place de politiques spécifiques pour promouvoir le diagnostic et l’administration précoce du traitement, ainsi que les méthodes de prévention, et notamment la prophylaxie post-exposition. »

Mais encore ?  La Société internationale sur le sida (IAS)  salue « l’objectif ambitieux » affiché par Donald Trump. Mais prend bien soin de rappeller que ces déclarations ne sont pas cohérentes avec « la politiques et la rhétorique » du président américain « ciblant directement les trans- et plus généralement la communauté LGBT, les consommateurs de drogue injectable, les minorités ethniques, les réfugiés, les travailleuses du sexe et les droits sexuels des femmes ».

Une loi interdisant l’avortement tardif

« Cet objectif nécessite plus que du traitement et des programmes de prévention, rappelle l’IAS. Le Congrès et l’administration américaine devront revoir les politiques qui augmentent le risque d’infection et renforcent la stigmatisation et l’injustice sociale et de genre, incluant les mesures de bannissement des trans de l’armée ou le démantèlement des programmes publics à destination du public LGBT. »

Où l’on redécouvre en somme, à trente ans de distance, à quel point, au-delà du virologique à quel point l’épidémie de VIH est politique. Politique également cette conclusion, par Trump, du volet santé du discours sur l’état de l’Union : « Pour défendre la dignité de chaque personne, je demande au Congrès d’adopter une loi interdisant l’avortement tardif des enfants pouvant ressentir une douleur dans le ventre de leur mère ». Le Monde rappelle que l’avortement est, officiellement, autorisé aux Etats-Unis jusqu’à la 22e semaine de grossesse.

A demain

@jynau

«Le profil psychiatrique de la femme incendiaire et alcoolisée commence à se dessiner»

Bonjour

L’essentiel du cadre de la tragédie de l’incendie de Paris (10 morts, 33 blessés) est connu. Reste à compléter les cases, à remonter les fils, à tenter de comprendre les failles, les fautes, tout ce qui aurait permis de réduire les risques. Les médias généralistes s’y emploient. Et, chose remarquable, avec une pédagogie qui souvent fait défaut dans le traitement des affaires où la psychiatrie est sur le devant de la scène.

Loin de stigmatiser la femme à l’origine de l’incendie de la rue Erlanger, s’attache-t-on à décrypter les rouages de la machinerie médico-légale, à contextualiser, à rappeler que rien n’est simple dans la prise en charge de la « maladie mentale » et de celles et ceux qui en souffrent 1.

C’est ainsi que France Info aide, sinon à comprendre, du moins à cerner « le profil de la suspecte », une femme de 40 ans interpellée non loin des lieux, qui habitait l’immeuble incendié et qui a été admise à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP), quelques heures après avoir été placée en garde à vue.

D’emblée Rémy Heitz, procureur de la République de Paris, avait évoqué ses « antécédents psychiatriques ». Selon France Info cette femme a déjà effectué « quatorze séjours en hôpital psychiatrique, pour une durée totale de près de cinq ans ». « Elle est également connue de la justice, pour des affaires récentes, toutes classées sans suite. » Et selon une  source judiciaire à France 2 et France 3, elle avait été mise en cause dans trois procédures distinctes :

• Une procédure en 2016 pour vol précédé de dégradation (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2016 pour une contravention de violences (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2017 pour violences conjugales classée sans suite (infraction insuffisamment caractérisée).

Plusieurs de ses voisins ont fait, à différents médias, des descriptions convergentes : « J’ai vu que c’était quelqu’un qui avait des perturbations psychiques, c’était quelqu’un qui voulait tout de suite être ami-ami, qui voulait vous donner son numéro de téléphone… comme si on se connaissait. Puis quelques jours plus tard c’était fini. Etait-ce l’alcool ? »

La dimension politique du psychiatrique

Combien sont-elles, les personnes croisées au fil des jours dont le comportement nous interroge ? Et que faisons-nous ? Il y a quelques jours on apprenait qu’une centaine de psychiatres venaient d’adresser un courrier à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Parmi eux le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Il s’en expliquait dans Le Parisien, précisant que chacun peut désormais voir de plus en plus de personnes atteintes de troubles psychiques « dans les rues » :

« Tout le monde peut le remarquer. Ce n’est un mystère pour personne. Il y a des lieux plus propices, comme le métro, où l’on croise beaucoup de gens qui semblent perdus sans savoir exactement si c’est la conséquence de troubles psychiques, de l’alcool ou de drogues. Certes, il n’existe pas de statistiques pour dire s’il y en a plus qu’avant, mais ce n’est pas normal d’en voir autant. (…) Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle. Ce n’est pas bon signe. Cela signifie que cette personne n’est pas soignée correctement ou qu’elle ne l’est pas du tout. Avec des traitements, on n’est pas censé avoir ce genre d’hallucinations. »

 « Il y a une réalité, aujourd’hui en France, les malades psychiatriques ne sont pas suffisamment pris en charge. A l’hôpital ou en ville, la demande de consultations augmente car on identifie mieux certains troubles et des pathologies comme les dépressions et l’autisme sont aussi en hausse. Or, ces patients ne sont pas assez vite examinés à cause des délais d’attente. En trente ans, le nombre de lits dans les hôpitaux a aussi été divisé par deux alors que la population augmente. »

 Où l’on saisit, une nouvelle fois, que le politique est presque toujours consubstantiel au psychiatrique – et très souvent au tragique.

A demain

On estime entre 4,7 et 6,7 millions le nombre de personnes souffrant de dépression en France (7 à 10 % de la population) ; entre 800 000 et 3,7 millions celui des personnes atteintes de troubles bipolaires (1,2 à 5,5 %) et à 670 000 celui des personnes schizophrènes (1 %). On recense d’autre part chaque année plus de 10 000 suicides et 220 000 tentatives. Données tirées du remarquable « Psychiatrie : l’état d’urgence » de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca, éditions Fayard.