La suite de l’affaire du médecin anesthésiste et des empoisonnements de Besançon

 

Bonjour

Rien de tel qu’un beau reportage pour tenter d’approcher la vérité. Pour Le Monde notre consœur Ariane Chemin a fait le voyage de Besançon et livre les derniers éléments d’une affaire étrangement encore assez peu couverte par les gazettes : « L’anesthésiste de Besançon au cœur d’une affaire d’empoisonnement avec préméditation ».

Tout avait commencé début mars avec la mise en examen d’un médecin anesthésiste de 45 ans placé sous contrôle judiciaire – avec interdiction d’exercer sa profession. Il était soupçonné d’avoir empoisonné avec préméditation sept patients dont deux mortellement. Le parquet dénonçait des actes « volontaires ». Le médecin niait catégoriquement tandis que la vice-procureure Christine de Curraize affirmait lors d’une conférence de presse que ces empoisonnements « n’étaient pas un accident ».

 L’affaire se compliqua bien vite et l’on évoqua la notion de « frisson de la réanimation ». « Frédéric P., 45 ans » est devenu de Dr Frédéric Péchier et l’on parle de la clinique Saint-Vincent de Besançon. « Grand, sportif, barbe de trois jours, ce médecin de 45 ans, charmeur et sûr de lui, a de quoi rassurer les deux mille patients qu’il endort chaque année dans cet établissement privé de 250 lits, qui se plaçait l’an dernier en douzième place au tableau d’honneur des 50 meilleurs hôpitaux et cliniques du Point, rapporte Ariane Chemin. Preuve d’une certaine reconnaissance, ou de son autorité : on a confié à cet homme disponible le « planning » des dix anesthésistes de l’établissement. »

L’affaire de Poitiers

Six ans d’études à la fac de Poitiers, l’internat puis un poste de chef de clinique au CHU de Besançon, l’anesthésiste n’a plus quitté Saint-Vincent depuis 2005 – hormis une parenthèse de six mois à la Polyclinique de Franche-Comté. Puis, come on le sait, deux accidents cardiaques inexpliqués en début d’année. Alerté par la direction de la clinique, le parquet de Besançon commande en urgence, le 14 février, une enquête à l’Agence régionale de santé (ARS). Et Le Monde a « pris connaissance » de ce document qui conclut à « des actes intentionnels » pour ces deux accidents. Et note aussi la présence « remarquable » du médecin dans quatre cas recensés depuis 2008 à la clinique Saint-Vincent (dont deux mortels), mais aussi dans trois cas à la Polyclinique, où il n’a pourtant exercé qu’entre le 1er janvier et le 22 juin 2009.

« On m’accuse de crimes odieux que je n’ai pas commis », s’est défendu le médecin dans L’Est républicain. « Une moitié des anesthésistes de l’établissement a trouvé son coupable, tandis que l’autre défend Péchier et cherche un autre responsable, ressuscitant des jalousies feutrées de cette bourgeoisie médicale qui aime réveillonner ensemble, plongeant cette ville de douves, de créneaux et de remparts dans une ambiance toute chabrolienne » rapporte Le Monde. L’avocat du médecin, Me Randall Schwerdorffer parle d’une « affaire hors normes, sans équivalent, pas même l’histoire de Poitiers ». Il évoque ici la célèbre « affaire Mériel » que nous couvrîmes pour Le Monde à compter de 1984.

On lira avec le plus vif intérêt le reportage d’Ariane Chemin, sa volonté de comprendre en contextualisant, la complexité du milieu socioprofessionnel et celle l’enquête, la compétence reconnue du médecin et les soupçons qui émaille son parcours.  « Nous examinons une quarantaine d’autres événements indésirables graves, dont une vingtaine mortels », explique la vice-procureure de la République de Besançon. Et la procureure, Edwige Roux-Morizot, évoque des cas « échelonnés sur une période de dix-sept ans ». Qui établira la vérité ?

A demain

Faut-il laisser les détenus toxicomanes s’injecter des drogues avec le tube d’un stylo ?

 

Bonjour

C’est la question qui ne peut être posée dans l’espace politique. Nous sommes ici, en 2017 à l’extrême lisière de la réduction des risques. Un groupe d’associations militantes (usagers, professionnels de l’addictologie et de la santé en milieu pénitentiaire) vient de publier un texte dont on doute qu’il puisse être largement repris par les gazettes. Les signataires y déplorent l’inertie des pouvoirs publics pour appliquer une politique de « prévention des risques en milieu carcéral ».

C’est là un vieux dossier de santé publique que l’on pourrait faire remonter aux malheureuses décisions de l’administration pénitentiaire du début des années 1980 et l’émergence du VIH. Mais c’est aussi un dossier que ces associations avaient eu l’espoir de voir aboutir suite à l’adoption de la « Loi de modernisation du système de santé ». La loi fut votée. Marisol Touraine s’en félicita. Mais aujourd’hui les arbitrages rendus par le ministère de la justice et par Premier ministre font que l’espoir de ces associations s’est envolé. Le dossier est enterré et personne au sein du gouvernement ne se souvient plus du sujet.

« Sommes-nous naïfs. Une fois de plus, la direction de l’administration pénitentiaire, bien soutenue par son ministère de tutelle, a accompli son récurrent ouvrage : saboter le processus aboutissant à la mise en place de programmes de seringues en prison. Les arbitrages réduisent le travail interministériel et les nombreuses années de concertation basées sur les études scientifiques, à une seule logique sécuritaire. »

Michèle Barzach

Ces associations 1, ces professionnels, rappellent que personne n’ose plus affirmer, en France, qu’il n’y a pas de drogues en prison. Des toxicomanes, des « usagers de drogues » sont incarcérés. Et après ?

« Dans la réalité, que se passe-t-il ? Les personnes se procurent une seringue (et/ou une aiguille) par différents circuits, sinon un stylo sera détourné de son usage pour servir de corps et une aiguille y sera « adaptée ». Les personnes ne souhaitant pas être identifiées comme des usagers de drogues, les points d’injection ne doivent pas être visibles, ils sont donc cachés. Cela entraîne des injections avec des risques élevés car elles sont réalisées en dessous de la ceinture (jambe, pied, artère fémorale…). Les dommages sont terribles et l’administration pénitentiaire ferme les yeux. »

L’administration pénitentiaire sait ce qui se passe entre ses murs. Mais elle ne le voit officiellement pas. Elle ne veut pas organiser en milieu carcéral ce qui commença à être organiser avec les échanges de seringues en 1987 grâce à Michèle Barzach sous un gouvernement de droite 1. Et ce alors que, selon les associations, « l’évaluation de tous d’échanges de seringues en prison au niveau européen montre non seulement une absence d’incidents mais également une amélioration de la situation sanitaire des détenus injecteurs ».

« Malgré tous les principes d’équivalence de soins inscrits dans de nos nombreux textes nationaux et internationaux, la cohérence des politiques de réduction des risques et de drogues s’arrêtera aux portes de la prison, avec tous les risques pour les populations concernées. Le dernier décret de la Loi de modernisation du système de santé ne verra jamais le jour et nous sommes en colère. »

A demain

1 AIDES, APSEP, ASPMP, ASUD et CHV, Fédération Addiction, OIP, Sidaction, SOS Hépatites, TRT5

2 « Sida et toxicomanie: les bénéfices massifs de la politique de réduction des risques en trois graphiques » Slate.fr 12 avril 2014

 

Tabac : Nicolas Dupont-Aignan reste sec sur la santé publique et la cigarette électronique

Bonjour

La politique ? « Cabinet noir », trahisons et spectacles indignes de la télévision publique… Et puis, en marge de cette régression épidémique, les échanges entre les buralistes et les candidats à la magistrature suprême. Nous avons lu les lettres de François Fillon et d’Emmanuel Macron aux vendeurs de tabac. Aujourd’hui leur site nous offre, dans son intégralité, le message que vient de leur faire passer Nicolas Dupont-Aignan.

Nicolas Dupont-Aignan, 56 ans se réclame du gaullisme et du souverainisme. Il parle haut et fort, fut successivement membre du Rassemblement pour la République (RPR), du Rassemblement pour la France (RPF) et de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), avant de fonder et présider Debout la France (DLF), anciennement Debout la République.

Clé sous la porte

Que peut dire aux buralistes celui qui a recueilli 1,79 % des suffrages exprimés à l’élection qui vit le sacre de François Hollande ? Des choses comme celle-ci :

« Un nombre accru d’entre vous, buralistes et représentants des buralistes de France m’alerte, mois après mois, sur votre situation devenue de plus en plus difficile. Je me dois donc de vous écrire afin de vous dire mon appui. Votre maillage important sur l’ensemble du territoire fait de vous un acteur de proximité social et économique essentiel, mais vous êtes toujours plus délaissés par la classe politique actuelle. »

 Ou encore ceci :

« Le matraquage fiscal mené par François Hollande vous étouffe et conduit bon nombre d’entre vous à mettre la clé sous la porte. Je me suis toujours battu à l’Assemblée nationale pour que les charges pesant sur les petites et moyennes entreprises soient réduites. Ce n’est pas à vous de payer les pots cassés de 30 ans de gestion hasardeuse des comptes publics. »

 Sans oublier l’incantation rituelle aux frontières et barrières douanières :

« Vous subissez l’impuissance de l’État et la réglementation européenne. Vous êtes exposés à une concurrence déloyale que je ne peux tolérer contrairement à nos actuels dirigeants. Les règles d’importation de tabac en UE et la suppression des frontières favorisent les trafics de tabac : la Cour de Justice de l’UE nous a imposé la suppression des seules barrières qui empêchaient le transport massif de tabac par les particuliers. »

Libération fraternelle

Ceci posé, que faire du tabac (80 000 morts prématurées chaque année) à l’intérieur de nos frontières retrouvées ? Organiser une libération fraternelle de celles et ceux devenus dépendants du fait, pour partie, de l’Etat ? Bâtir (enfin) une politique pragmatique de réduction des risques ? Agir en usant du puissant levier que pourrait être la cigarette électronique ? S’inspirer des modèles développer avec succès au Royaume-Uni ou en Australie ?

M. Dupont-Aignan à bien d’autres préoccupations. C’est la lutte (à intensifier) contre le marché parallèle. C’est aussi la sécurité (à renforcer avec police et vidéosurveillance) des buralistes. Sur ce sujet il a ce mot, terrible, dont on voit assez mal en quoi il peut s’inspirer du gaullisme et de la République  :

« De récents événements ont conduit certains de vos collègues à faire leur propre loi : je n’approuve bien entendu pas cette méthode, mais sachez que je la comprends. »

 Puis il aborde le seul sujet où le gouvernement a, ces cinq dernières années, tenter d’agir en matière de tabac : le paquet neutre. Cela donne ceci :

Deux paquets de tabac étranger

« Dans la concurrence internationale, la France doit combattre à armes égales. Le paquet neutre créé une distorsion de concurrence insupportable qui fragilise une filière économique entière. Nos dirigeants actuels sont si peu soucieux des intérêts des Français qu’ils sont prêts à prendre des décisions plus restrictives que les règles européennes sur le paquet neutre. »

Les buralistes auront bien compris le message. Avec, en prime, la future restriction à deux paquets par personnes pour ce qui est de européens l’importation de tabac des pays voisins. Un dernier message, pour la route :

« Les 23 avril et 7 mai a lieu l’élection présidentielle. Elles seront pour vous, professionnels buralistes, l’occasion de vous faire entendre et d’influencer les orientations que prendra votre activité pour les années à venir. On ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont causés ».

A demain

Dernières vérités chiffrées sur les agressions dont sont victimes les médecins français

 

Bonjour

C’était, ce matin, une exclusivité du Quotidien du Médecin (Henri de Saint Roman). Une exclusivité vite relayée par le Conseil national de l’Ordre des médecins. Elle prend la forme d’un bulletin chiffré venu d’un front que nul ne sait identifier, de zones d’insécurité mouvantes, d’une nouvelle réalité des quartiers et des cités.

L’erreur serait ici de trop noircir ce qui nous est livré. Pour autant ce bulletin dit bien le malaise croissant et, si l’on peut utiliser le mot, la forme de désacralisation de l’espace et du geste médical. Il dit aussi l’impossibilité désormais chronique du politique à peser sur cette réalité pour la prévenir. Il exprime aussi la nécessité d’un renouveau, d’un sursaut solidaire qui reste à imaginer.

Document ordinal :

« L’Ordre des médecins publie aujourd’hui les résultats de l’Observatoire de la sécurité des médecins en 2016. 968 incidents ont été déclarés en 2016. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création en 2003 de cet Observatoire.  Dans ce contexte préoccupant, et comme en 2015, 56% des incidents n’entraînent cependant pas de suites légales, proportion la plus élevée depuis la création de l’Observatoire

« L’Observatoire de la sécurité s’est basé en 2016 sur 968 fiches de déclarations d’incidents. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création en 2003 de l’Observatoire, et d’un nombre qui reste nettement supérieur à la moyenne constatée (741 déclarations d’incidents par an). Depuis 2010 est observée une stabilité globale élevée. Les départements les plus touchés sont les Bouches-du-Rhône (68 incidents) et le Nord (59 incidents). L’on constate également une recrudescence importante des déclarations en Seine-Saint-Denis (49 déclarations, contre 27 en 2015).

« La surreprésentation des généralistes parmi les médecins déclarant s’accentue par ailleurs depuis 2012, et est demeurée en 2016 au même niveau record qu’en 2015 : les généralistes représentent 65% des déclarants, alors qu’ils ne représentent que 45% des praticiens. »

Crachats

Il faut ajouter que ces chiffres regroupent les agressions verbales et menaces (majoritaires) les agressions physiques, les vols et tentatives et les actes de vandalisme. L’agresseur est le patient dans un peu plus d’un cas sur deux, un accompagnant ou une tierce personne. Une arme a été utilisée dans 2 % des agressions. Les  violences physiques sont majoritairement des coups et blessures, des crachats au visage.

Quant à « l’élément déclencheur » de l’ « incivilité » il est souvent d’une redoutable banalité. Trois cents incidents sont nés d’un reproche sur une prise en charge, cent-cinquante faisaient suite à un refus de prescription, une centaine avait trait à une demande de falsification de certificat et une autre centaine résultait d’un temps d’attente jugé excessif.

A demain

La Cour de cassation confrontée à la neutralité de la sexualité. Que dira le droit français ?

Bonjour

L’affaire avait commencé en octobre 2015 avec une révélation de « 20 minutes ».  On apprenait qu’un magistrat du tribunal de grande instance de Tours (Indre-et-Loire) avait, le 20 août de la même année, ordonné à l’état civil de la mairie de cette ville de modifier l’acte de naissance d’une personne intersexuée mais enregistrée comme étant de sexe masculin – modifier pour y apposer la mention « sexe neutre ». Pour la première fois une juridiction française avait autorisé une personne, âgée de 64 ans, à sortir du système binaire masculin/féminin en ordonnant à un officier d’état civil de modifier son acte de naissance pour y faire figurer la mention sexe neutre. Une décision contraire à la loi 1.

Née, selon son médecin, avec un « vagin rudimentaire », un « micropénis » (mais pas de testicules) cette personne expliquait souffrir d’avoir été mise dans la « case masculine » dès sa naissance. « A l’adolescence, j’ai compris que je n’étais pas un garçon. Je n’avais pas de barbe, mes muscles ne se renforçaient pas… », avait-elle confié au quotidien gratuit.  Redoutant « que cette requête renvoie à un débat de société générant la reconnaissance d’un troisième genre » le parquet de Tours avait fait appel du jugement,

Et dans un arrêt rendu lundi 21 mars 2016, les magistrats de la cour d’appel d’Orléans sont revenus sur la décision du juge de Tours, estimant qu’«admettre la requête de monsieur X reviendrait à reconnaître, sous couvert d’une simple rectification d’état civil, l’existence d’une autre catégorie sexuelle ».

Le cas fut alors porté devant la Cour de cassation. Mardi 21 mars cette dernière a auditionné l’avocat de celui que la justice considère toujours comme une personne de sexe masculin. Et c rendra son arrêt le 4 mai. Dans l’attente l’affaire, ainsi que les innombrables questions de tous ordres qu’elle soulève, ont été longuement abordés dans différents médias.

Toutes ces questions viennent également d’être traitées dans un travail sénatorial original : « Variations du développement sexuel : lever un tabou, lutter contre la stigmatisation et les exclusions ». Plus généralement on sent, ici, la nécessité de décrire une réalité jusqu’ici cantonnée au médical et au pathologique. Corollaire : on sent poindre la revendication d’un nouveau droit – une revendication radicale puisqu’elle entend définir, au-delà des deux genres, une neutralité.

Séparation des pouvoirs

Devant la Cour de cassation l’avocat du plaignant a dénoncé le « principe de la binarité, de la limitation du sexe à deux : homme ou femme », qui est « une typologie, un artifice, une construction intellectuelle ». « La nature n’est pas binaire. Je ne vois pas pourquoi, là où la nature n’est pas binaire, le droit le serait », a-t-il plaidé dans l’une de ces formules qu’affectionnent les avocats. Face à lui, le marbre de la loi. « La dualité sexuelle, bien que ne faisant pas l’objet d’une définition légale spécifique, fait bien l’objet d’une prise en compte juridique généralisée », a objecté l’avocat général Philippe Ingall-Montagner qui, sans surprise, a demandé le rejet du pourvoi.

Et l’avocat de la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français d’en appeler au règlement d’une question aussi fondamentale par le législateur. « Il y aurait trop d’incertitude à faire autrement. Créer une nouvelle catégorie de personne, c’est quelque chose qui excède l’office du juge », a-t-il tranché.

Où l’on se souviendra que, dans leur infinie sagesse, les plus puissants des magistrats français respectaient toujours, en mars 2017, le principe sacré de la séparation des pouvoirs.

A demain

1 L’article 57 du code civil dispose que « l’acte de naissance énoncera le jour, l’heure et le lieu de la naissance, le sexe de l’enfant, les prénoms qui lui seront donnés, le nom de famille, […] ainsi que les prénoms, noms, âges, professions et domiciles des père et mère ». Si cet article n’impose pas de mentionner les sexes « féminin » ou « masculin », une circulaire du 28 octobre 2011 précise que : « Lorsque le sexe d’un nouveau-né est incertain, il convient d’éviter de porter l’indication ‘de sexe indéterminé’ dans son acte de naissance » et d’indiquer « le sexe qui apparaît le plus probable » au médecin. S’agissant de la carte nationale d’identité, la circulaire du 10 janvier 2000 indique que « Le sexe qui est mentionné sur l’acte de naissance (article 57 du code civil) doit être indiqué par la lettre M (masculin) ou F (féminin) » sur la carte.

Orly : le terroriste était bien sous l’emprise d’alcool (0,93 g/l), de cannabis et de cocaïne

Bonjour

Son père avait vu juste. On connaît depuis peu (et de « source judiciaire ») les résultats des expertises toxicologiques pratiquée sur le corps de Ziyed Ben Belgacem, abattu le 18 mars par un militaire de l’opération « Sentinelle » dans l’aéroport d’Orly, au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis.

Les analyses toxicologiques pratiquées sur l’attaquant ont mis en évidence la présence, dans le sang, d’alcool (0,93g par litre) et de stupéfiants (cannabis et cocaïne). Agé de 39 ans, il avait été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

« Il boit »

Dimanche 19 mars, peu après avoir été relâché par la police,  son père avait déclaré sur Europe 1« Mon fils n’a jamais été un terroriste. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. »  François Molins, procureur de la République de Paris avait quant à lui expliqué la veille que désormais le but de l’information judiciaire serait de tenter « d’expliquer le cheminement psychologique » de cet homme. Il a aussi observé que le choix de sa cible dans l’aéroport d’Orly (des militaires de l’opération Sentinelle) correspondait « aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». 

 Reste que la grande nouveauté, dans cette affaire, tient à l’évocation faite d’emblée du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1 L’autre nouveauté tient au fait que les réponses toxicologiques n’ont pas tardé. L’association d’alcool, de cannabis et de cocaïne explique sans aucun doute « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » observée par le procureur de la République de Paris.

Reste une autre question, autrement plus complexe : ce type de désinhibition massive et auto-induite modifie-t-il la qualification juridique de l’acte ?  Le droit interrogera-t-il, ici, les spécialistes de l’addictologie et ceux de la conscience ?

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Alcool et cannabis sont-ils compatibles avec le caractère « terroriste » d’un attentat ?

Bonjour

Sites et agences de presse ont déjà dit l’essentiel de ce qui s’est passé à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne). Reste une question pour l’heure sans réponse, médico-légale et toxicologique. Résumons. Le parquet antiterroriste a été saisi, samedi 18 mars, après qu’un homme, Ziyed Ben Belgacem, a été abattu par un militaire de l’opération « Sentinelle » au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre – une course-poursuite qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis. Agé de 39 ans, l’homme a été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

Dans un rituel désormais codifié François Molins, procureur de la République de Paris, est venu, dans un style qui n’appartient qu’à lui, dire l’essentiel devant la presse.  Il a précisé que Ziyed Ben Belgacem avait déclaré : « Posez vos armes, mains sur la tête, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts ». Ses dernières paroles témoignent, selon le procureur, qu’il s’agissait d’« un individu extrêmement violent », avec une intention terroriste, déterminé à « aller jusqu’au bout ». Principaux éléments du dossier :

Peu avant 7 heures, samedi matin, Ziyed Ben Belgacem fait l’objet d’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), alors qu’il roule « à vive allure, tous feux éteints », selon M. Molins. Il présente ses papiers, puis ouvre le feu avec un pistolet à grenaille et blesse légèrement un policier. Prend la fuite, et se dirige vers un bar qu’il connaît et où il était quelques heures auparavant. Met en joue des clients, tire sans faire de blessés et abandonne son téléphone sur place.

Machette et cocaïne

Est repéré à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) à la suite d’un car-jacking. Prend la direction d’Orly avec le véhicule volé. « En une heure trente, il y a eu une fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur », selon François Molins. La suite a été maintes fois racontée.  Arrivé à l’aéroport d’Orly peu après 8 heures, il rentre dans le terminal sud. Attaque à 8 h 22 une militaire, arme de poing à la main, et l’utilise comme bouclier, revolver sur la tempe. En se redressant après être parvenu à s’emparer du « Famas » de la militaire, l’attaquant laisse la possibilité aux militaires de le viser ; selon le procureur, le troisième tir lui est fatal. Les enquêteurs ont découvert le revolver à grenaille avec cinq cartouches dont trois percutées, 750 euros en liquide, un Coran, un briquet et un paquet de cigarettes.

Le père et le frère de Ziyed Ben Belgacem ont été placés en garde à vue le même jour. Après le contrôle routier, il les avait appelés pour leur confier « avoir fait une bêtise ». Un cousin a également été placé en garde à vue après s’être spontanément présenté aux policiers. Il avait croisé Ben Belgacem dans la nuit. Dimanche matin, son père a été relâché : « Mon fils n’a jamais été un terroriste, a-t-il témoigné sur Europe 1. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. Il me téléphone à sept ou huit heures du matin et il était énervé à l’extrême, même sa mère n’arrivait pas à le comprendre. Il me dit ‘’Je te demande pardon, j’ai fait une connerie avec un gendarme’’. »

Une perquisition a eu lieu au domicile du suspect, situé à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). Elle a permis la découverte de quelques grammes de cocaïne, d’une machette et de devises étrangères. Né en 1978, Ziyed Ben Belgacem était connu des services de police pour des affaires de droit commun (neuf mentions à son casier judiciaire, notamment des affaires de stupéfiants et de vols aggravés). En 2001, il est condamné à cinq ans de prison pour vol à main armée par la cour d’assises du Val-de-Marne. En 2009 il est condamné successivement à trois puis cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants.

Mieux comprendre

Au cours d’un de ses séjours en détention, il laisse transparaître « des signaux de radicalisation » (2011 et 2012) . L’homme n’est pas pour autant « fiché S ». Une perquisition administrative est effectuée chez lui, dans le cadre de l’état d’urgence en 2015. Sans résultat. L’homme vivait au sixième étage d’un immeuble dans un quartier populaire de Garges-lès-Gonesse. Plusieurs voisins le décrivent comme un homme sombre et renfermé, solitaire. Depuis septembre et sa dernière sortie de prison, il était sous contrôle judiciaire.

Et maintenant ? Le procureur de la République de Paris explique que le but de l’information judiciaire sera de tenter « d’expliquer son cheminement psychologique ». François Molins observe aussi que le choix de la cible, des militaires de l’opération Sentinelle« correspond aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». La nouveauté, dans cette nouvelle affaire tient à l’évocation du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1

Ces substances expliquent-elles « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » ? La désinhibition auto-induite modifie-t-elle la qualification de l’acte ? On se souvient que lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale le Premier ministre Manuel Valls avait, le 25 novembre 2015, insisté sur le fait qu’« aucune excuse sociale, sociologique et culturelle» ne devait être cherchée au terrorisme après les attentats de Paris. En toute hypothèse, la publication des résultats toxicologiques n’aident en rien, dans ce domaine, à excuser. Elle permettrait toutefois de mieux éclairer, de mieux comprendre, les circonstances de tels actes.

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015