Aspergillose : l’Hôpital européen Georges-Pompidou et le syndrome du bâtiment malsain

 

Bonjour

Rien n’avait filtré. Jusqu’au Figaro d’aujourd’hui « Paris : l’hôpital Pompidou contraint de fermer 9 de ses 24 blocs opératoires »

«Lors des prélèvements systématiques de surveillance des salles 3,5 et 9 des blocs opératoires du premier étage les prélèvements d’air et de surfaces (…) ont mis en évidence la présence de champignons filamenteux. Ces résultats sont incompatibles avec la prise en charge de patients dans ces salles, écrivait hier 11 juillet le Dr Najiby Kassis-Chikhani, en charge de l’hygiène dans l’établissement.  Il est indispensable de réaliser un bionettoyage soigneux des salles et de nouveaux prélèvements microbiologiques. Les salles pourront être réutilisées après les résultats microbiologiques.»

 Bataclan

On imagine la suite.  « En plein état d’urgence et à la veille du défilé du 14 juillet, la nouvelle inquiète au plus haut point les chirurgiens, précise Le Figaro. Ils confient que si un événement comme le Bataclan venait à se reproduire, Pompidou ne serait pas en mesure de participer à l’effort collectif. »

Une réunion de crise vient d’être organisée à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Un communiqué de presse vient d’être publié :

« Des résultats de prélèvements air/surface, qui sont réalisés très régulièrement dans les blocs opératoires dans le cadre de contrôles qualité, ont montré la présence de champignons filamenteux dans l’air de trois salles du bloc 1 de l’Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP). Par mesure de précaution, la direction et le Président du Comité de lutte contre les infections nosocomiales (Clin) de l’hôpital ont pris la décision hier en fin de journée, en accord avec la communauté médicale, de fermer le bloc 1 (qui comprend 9 salles d’opération) pour pouvoir procéder aux opérations de désinfection de l’ensemble des salles.

Il n’a été constaté aucune contamination de patient. Les deux autres secteurs de blocs de l’hôpital fonctionnent normalement. Une réorientation des activités de chirurgie orthopédique et digestive lourde a été mise en place, de même que celle des urgences orthopédiques et polytraumatiques, en lien avec d’autres hôpitaux de l’AP-HP, et en articulation avec l’Agence régionale de santé Ile-de-France, les SAMU et les pompiers, prévenus lundi après-midi, pour assurer la continuité des prises en charges. Le  nettoyage complet des premières salles a débuté ce matin.

« Seront ensuite réalisés d’autres prélèvements afin de s’assurer de l’absence de tout risque avant réouverture des salles. Aucune incidence n’est constatée à ce jour sur la prise en charge des urgences à Paris. »

Fumigatus

Champignons filamenteux ? On parle d’Aspergillose :

« L’Aspergillose est un terme qui regroupe les infections causées par des champignons appartenant au genre Aspergillus, dont les spores sont véhiculées par l’air et sont inhalées par tous les individus. Totalement inoffensif pour la majorité de la population, ces champignons peuvent cependant provoquer différentes formes de mycoses. L’espèce Aspergillus fumigatus est responsable de plus de 80% des aspergilloses humaines. »

 Juillet 2016. L’HEGP, figure de proue de l’AP-HP est aujourd’hui âgé de seize ans. Dès son ouverture, et après bien des inquiétudes,  il avait été confronté à un premier épisode infectieux aérien : une bouffée épidémique de légionellose. L’affaire avait fait grand bruit. Une mission d’experts avait conclu en mars 2001 qu’après les mesures prises le risque était « maîtrisé ». Une deuxième vague d’infections avait été constatée entre la fin du mois de juin et le début du mois de juillet 2001. Au total, une dizaine de patients hospitalisés dans l’établissement avaient contracté la légionellose. Cinq en étaient morts. Huit ans plus tard  l’AP-HP avait été mis en examen.

A demain

Première deadline pour la fin de vie : ce sera vendredi, à l’Elysée, autour de midi

Bonjour

Les diables sont aussi dans le protocole. C’est au Palais de l’Elysée, le 12 décembre et en présence de François Hollande, que les députés Jean Leonetti (UMP , Alpes- Maritimes) et Alain Claeys (PS, Vienne) rendront « leurs conclusions sur la fin de vie ». La Croix y voit « un signe de l’importance accordée au sujet de la part de l’exécutif ». La Croix est dans le vrai.

Bonne et due forme

Et La Croix d’ajouter : « Ces conclusions sont très attendues par les « pro et les anti-euthanasie«  car il ne s’agira pas seulement d’un rapport « mais aussi d’une proposition de loi en bonne et due forme ». » Les choses progressent donc, et se compliquent à grande vitesse : proposition de loi (et non projet engageant le gouvernement) rédigée par un tandem de députés (pas toujours en harmonie) missionnés pour trouver une solution à l’improbable engagement à tiroirs du candidat Hollande :

« Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité »

Mise en scène

Le protocole est fixé. Il prévoit que les deux députés complémentaires et idéologiquement opposés seront reçus par le chef de l’Etat à 10 heures le 12 décembre. Il prévoit aussi que, dans la foulée, le président de la République dira quelles suites il entend donner aux conclusions-proposition de MM. Claeys et Leonetti. Ce devrait être autour de midi. C’est dire si tout est déjà écrit. Le protocole réclame une mise en scène, pour BFMTV-RMC. Et un faste et un décorum qui avaient été refusés au Pr Didier Sicard, président d’honneur du Comité national d’éthique à qui une mission similaire avait été confiée par François Hollande en  2012. Ou au Pr Jean-Claude Ameisen actuel président du même Comité, également missionné sur ce sujet. Une nouvelle démonstration, en somme, que le politique va au politique.

C’est que le sujet est à haut risque pour l’actuel exécutif. Après avoir craint le pire au travers de sa loi sur « le mariage pour tous » le président de la République ne peut cristalliser les oppositions sur la fin de vie, le « suicide médicalement assisté » ou le « droit à mourir dans la dignité » dans son acception militante. Un Collectif réunissant sept associations « Soulager mais pas tuer » appelle à manifester mercredi 10 décembre pour « réaffirmer l’interdit de tuer comme fondement de la confiance entre soignants et soignés et de notre pacte social ». La Croix rappelle que le parrain de ce collectif est Philippe Pozzo di Borgo, dont l’histoire a inspiré le film Intouchables.

Mobilisation latente

Cette manifestation sera-t-elle celle, inaugurale, d’une vague de contestation du type de celle observée contre le « mariage pour tous » ? C’est peu vraisemblable tant les termes du débat sont confus, un même terme, une même formule (« euthanasie », « soins palliatifs », « sédation terminale », « directives anticipées », « mourir dans la dignité »), pouvant avoir des significations différentes.

Pour autant les symboles, explicites ou pas, sont lourds – de même que les angoisses inhérentes à l’entrée du droit dans l’espace, médicalisé ou non, de l’agonie. Et on peut imaginer (la ministre de la Santé ne gérant plus ce dossier) que le Palais de l’Elysée a pris la mesure de la mobilisation latente  des associations et autres groupes de pression opposés au compromis que l’on croit percevoir sur ce sujet.

Directives et sédation

Le protocole plait aux augures. «  Si le président parle juste après le rapport, ce n’est pas très bon signe pour nous » croit savoir (dans Le MondeJean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) qui n’a de cesse d’obtenir une légalisation, à sa façon, de l’euthanasie. Apprenant les derniers détails protocolaires il dit vouloir organiser vendredi 12 dans l’après-midi un rassemblement devant l’Assemblée nationale à Paris (et devant les préfectures en province) avec pour slogan : « Non à une loi Leonetti de gauche ! » Comprenne qui pourra.

Tout laisse désormais penser qu’après quelques dissensions (plus ou moins médiatisées), les deux parlementaires vont  proposer que les directives anticipées deviennent (quand elles existent) opposables. Et que la « sédation profonde et terminale jusqu’au décès » soit rendue possible « sous certaines conditions ». Alain Claeys l’avait déclaré dans un entretien accordé à Libération, le 27  novembre. Un entretien dans lequel il estimait avoir mis au point un dispositif qui permettrait  « de régler la quasi-totalité des cas, comme celui de Vincent Lambert ». Une affirmation sans doute bien loin de la réalité et vécue comme profondément choquante par certains.

Vincent Lambert

« Penser régler ‘’la quasi totalité des cas comme Vincent Lambert’’ par une euthanasie d’exception (sans la nommer) dont le médecin sera le décideur en dernier ressort et l’exécuteur… Imaginer que  le même médecin fera le tri entre les vies qui valent la peine et celles qu’il faut abréger…  Une digue est en train de sauter…,  nous avait alors déclaré  le Dr Philippe Petit, spécialiste de santé publique et administrateur de l’Union nationale des familles de traumatisés crâniens et cérébro-lésés (UNAFTC). Le pire est peut-être que nombre de médecins trouveront dans cette toute puissance médicale pérennisée une compensation au sentiment d’échec vis à vis de la maladie, ajoutait-il.  A défaut de maîtriser la maladie, ils auront le pouvoir suprême de décider de la mort… Ils y perdraient leur âme : le médecin ne peut  pas être à la fois celui qui mettra tout en œuvre pour vous sauver, et celui qui le pouvoir de vous tuer. »

Les opposants à l’euthanasie font pour leur part état d’une « menace explicite liée à des amendements parlementaires ». Parmi les associations récemment regroupées dans le collectif intitulé « Soulager mais pas tuer », un mouvement catholique, Alliance Vita, qui s’est  notamment fait connaître par son activité contre le mariage ouvert aux personnes homosexuelles. Le collectif a appelé à un rassemblement, mercredi 10  décembre, sur le parvis du Trocadéro.

Indices concordants

« Nous sommes dans une situation à haut risque, explique au Monde Tugdual Derville, un des porte-parole du mouvement. L’exécutif maîtrise-t-il ce qui peut se passer au Parlement ? Face à un faisceau d’indices concordants, nous serions naïfs de ne pas nous mobiliser. L’apparent consensus peut se transformer en piège. Nous nous serions fait anesthésier par le rapport Claeys-Leonetti. » Non loin de lui le Pr Olivier Jonquet, chef du service de réanimation de Montpellier, met en garde : « Donner la mort de façon intentionnelle à un moment donné serait une rupture anthropologique forte ». Pour eux, si l’euthanasie devait émerger sous une forme ou une autre (dans un projet ou dans une proposition de loi)  le mot d’ordre est donné : « lancer des mobilisations de rue de grande ampleur ».

Qu’il maîtrise ou pas le Parlement, l’exécutif est averti.

A demain

Métamorphoses médicales : de Bernard Debré à Gérald Kierzek

Bonjour

Le corps médical français est formidable. Prenons le cas du Dr Gérald Kierzek, médecin et fonctionnaire. Cet urgentiste était hier sur le plateau de Canal +. Non pas pour défendre « son bout de gras » (il est l’auteur d’un petit livre grand public à visé préventive). Simplement pour défendre la cause des internes (qui travaillent trop) les médecins libéraux (sui seront en grève à Noël), l’ensemble des hospitaliers (qui débraieront à la rentrée) et plus généralement « toutes les blouses blanches » (infirmières comprises).

Chevalier

C’est ainsi. Par la magie des médias, radiophoniques et télévisés (1), le Dr Kierzek est devenu le chevalier autoproclamé  du corps médical français. Le voici qui prend, sous nos yeux, la place hier encore occupée à par son confrère Patrick Pelloux, vieux  collaborateur de Charlie Hebdo et jeune chevalier de la Légion d’honneur. Ou avant-hier par Bernard Debré dans les colonnes du Figaro-Magazine. Nous étions au début des années 1980 la gauche venait de prendre le pouvoir et ce petit-fils d’un grand mandarin éclairé – futur ministre de la Coopération (1994-1995) de François Mitterrand – manifestait déjà contre la soviétisation de la médecine française. C’était boulevard du Montparnasse à Paris et dans les colonnes du Figaro-Magazine, un journal alors extrême.

Moscou

Jack Ralite, militant communiste éclairé, était alors ministre de la Santé dans le gouvernement Mauroy. On inaugurait le nouvel hôpital Bichat. Le virus du sida était dans les congélateurs de Pasteur. Le mur de Berlin n’allait pas tarder à tomber. Le Comité national d’éthique était porté sur les fonds baptismaux par le Pr Jean Bernard. La télévision serait bientôt privatisée.

C’était il y a trente ans. Aujourd’hui, sur Canal +, le Dr Kierzek, 40 ans. Il repart au combat contre l’Etat tentaculaire, la liberté d’installation menacée, le malaise généralisé du corps médical, les lourdes menaces qui pèse sur ces malades qui s’ignorent. Mais il le fait de manière désidéologisée. La où, depuis Cochin,  Bernard Debré voyait l’œil de Moscou l’urgentiste Kierzek, depuis les cloches de l’Hôtel-Dieu, ne voit rien.

Hippocrate

Rien sinon une volonté aveugle de faire mal à la médecine et à ceux qui, désintéressés, ne veulent que le bien des souffrants qui s’adressent à eux. C’est, paradoxalement, un monde en noir et blanc. Avec une future « loi Touraine » qui n’est qu’une « auberge espagnole.

Tout ceci est très utile. On comprend mieux, à  l’écoute de Canal +,  pourquoi le Dr Kierzek n’a guère goûté (sur Paris Match et Europe 1) le film Hippocrate.  Cet urgentiste pressé ne veut voir l’hôpital en particulier (et la médecine en général) que sur un écran, en deux dimensions. Il est comme allergique à la profondeur, à la dialectique, à la perspective historique. La rançon de l’urgence, en somme.

A demain

(1) On peut voir ici ce qu’il en est de sa « carrière médiatique »  Sans oublier son étonnant blog du Monde :« Urgences (dans la) Santé ». Ou encore son portrait dans Libération