« PMA pour toutes » : soudain le Conseil national de l’Ordre des médecins relança la polémique

Bonjour

Février 1973 le Pr Jean-Louis Lortat-Jacob, alors président du Conseil de l’Ordre des médecins dénonçait ouvertement les médecins partisans du droit des femmes à avorter. Septembre 2018 : le même Conseil national de l’Ordre annonce, à l’occasion d’une audition à l’Assemblée nationale, qu’il ne voit aucun obstacle à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. L’affaire est révélée aujourd’hui 19 septembre en exclusivité par La Croix (Loup Besmond de Senneville). « Une prise de position qui fera grand bruit » estime le quotidien catholique. Une prise de position aussitôt applaudie par la ministre Agnès Buzyn invitée matinale de RTL.

Que pense précisément l’Ordre ? «  Nous considérons que cette demande est essentiellement sociétale », explique à La Croix le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’ordre des médecins. « Si la société veut une AMP élargie, nous estimons que c’est à elle de trancher. Sur ce sujet sensible, il n’est pas dans notre rôle de dire ce qui est bien ou ce qui est mal. L’Ordre des médecins n’est pas une instance moralisatrice. »

Rien ici, de révolutionnaire. L’argumentaire est plus problématique : Le Dr Faroudja estime que « le rôle des médecins est d’apaiser les souffrances, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Or, le désir d’enfant est une souffrance, et le médecin est là pour l’entendre. » Il balaie l’argument, utilisé par les opposants à l’extension de la PMA, selon lequel il s’agirait là d’ouvrir un « droit à l’enfant ». On devrait plutôt, selon lui, parler « du droit d’accéder à une technique médicale spécialisée ». On devrait aussi parler d’une mesure qui transforme un geste thérapeutique (contre l’infertilité d’un couple) en une pratique qui ne le sera plus. Mais l’Ordre, ici, reste coi.

« Tout cela n’est pas très sérieux, commente son confrère Bertrand Galichon, président du Centre catholique des médecins français (CCMF). Nous ne sommes pas là pour répondre à n’importe quelle demande. À partir du moment où on tient de tels propos, on met clairement en danger la clause de conscience. »  Il voit dans cette prise de position une « remise en cause fondamentale de la place des soignants dans la société ». Avant d’interroger : « Allons-nous vers un horizon où les médecins seront simplement tenus de répondre aux demandes de la société sans pouvoir réfléchir sur leur fonction première? »

Ambiguïté

A dire vrai la position de l’Ordre n’est pas sans ambiguïté. « Clairement favorables à une évolution législative » selon La Croix les responsables nationaux de l’institution ordinale n’en soulignent pas moins les « conséquences » d’une extension de la PMA aux femmes seules ou aux couples de femmes homosexuelles. A commencer par la pénurie probable des spermatozoïdes de donneurs. « Comment fera-t-on?, s’interroge ainsi le Dr Faroudja. Il nous semble inacceptable de hiérarchiser les demandeurs. Couples homosexuels, hétérosexuels et femmes seules doivent être traités sur un pied d’égalité. »

Ce n’est pas tout, loin s’en faut. Le responsable de l’Ordre défend également « la liberté des médecins ». Faut-il prévoir une clause de conscience spécifique pour celles et ceux qui se refuseraient à pratiquer la « PMA pour toutes » ? Un sujet que vient d’aborder le Dr Bertrand de Rochambeau, président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France lors d’une polémique sur l’ « IVG-homicide ».

« Le droit actuel, qui permet au médecin de refuser un acte médical pour des raisons personnelles à condition qu’il avertisse son patient et le dirige vers un autre praticien, est suffisant. Le refus doit être possible dans certaines circonstances, mais il ne doit jamais reposer sur la seule orientation sexuelle des patients, ce serait contraire aux règles de la déontologie », estime le Dr Faroudja.

La Croix observe que la position de l’Ordre se démarque de celle prise au printemps par l’Académie nationale de médecine. Dans sa contribution envoyée au Comité consultatif national d’éthique, celle-ci avait insisté sur « l’intérêt supérieur de l’enfant ». « L’assistance médicale à la procréation avec donneur prive volontairement l’enfant de la relation structurante avec deux adultes de sexe différent », pouvait-on y lire. Et La Croix de citer un sondage Exafield/Quotidien du Médecin réalisé en mai dernier : 44 % des médecins approuvaient l’extension de la PMA aux couples de femmes, 45 % s’y opposaient et 11 % ne se prononçaient pas. Et La Croix, enfin, de citer Raphaël Nogier, médecin lyonnais à l’origine d’une pétition signée par 1 700 de ses confrères pour s’opposer à l’extension de la PMA au nom de la défense du « rôle de la médecine ».

Nous parlions de 1973. Rappelons aussi qu’en mars 2013 le Dr Michel Legmann, alors président du Conseil de l’Ordre expliquait être d’accord avec les propos de son confrère François Olivennes, gynécologue-obstétricien exerçant dans le secteur privé. Ce dernier réclamait la possibilité légale, en France, pour les femmes homosexuelles d’avoir recours à l’1AD et de ne plus aller gare du Nord à Paris pour en bénéficier une heure trente plus tard à Bruxelles. « Nous ne devons pas nous retrouver dans la même hypocrisie que celle qui a entouré le contexte de la loi Veil sur l’IVG, tonne-t-il. Or nous en sommes-là ! Nous ne devons pas être en retard d’un train comme nous l’avons été avec l’IVG. »

A demain

 

 

A demain

 

 

 

« Ma santé 2022 »: Macron soutiendra-t-il longtemps la comparaison avec de Gaulle ?

Bonjour

Immodestie. Ainsi donc cela s’appellera « Ma santé 2022 » (sic). Une fois de plus l’étouffante mise en scène médiatiquement programmée. Il y avait eu Charles de Gaulle et la création, discrète et révolutionnaire, des CHU. Soixante ans plus tard voici Emmanuel Macron. Non plus une création mais une réorganisation a minima. Un ensemble de pansements incitatifs ; un « nouveau souffle » que le président entend donner à un « système de santé » qui ne cesse d’en manquer. Et une fanfare médiatique à vous tournebouler.

De Gaulle ? C’est l’actuel président de la République qui a placé la barre au niveau de celle de son illustre prédécesseur, expliquant que son  rendez-vous avec l’ hôpital « était aussi important que celui de 1958 » 1. Un saut à très haut risque – le premier étant de montrer au grand jour que le pouvoir exécutif français n’est plus ce qu’il avait été et fait.

Résumons le catalogue macronien : une cinquantaine de mesures touchant aussi bien l’organisation de la médecine libérale que de l’hôpital, 400 millions d’euros supplémentaires en 2019, une nouvelle « loi santé Buzyn » dans quelques mois. Un inventaire plus qu’une révolution. Un ajustement dans les limites d’un maigre possible. Soit, en pratique :

« . Un objectif national de dépenses d’assurance-maladie relevé de 0,2 point, le portant à 2,5 % en 2019, soit 400 millions d’euros supplémentaires. . 400 médecins généralistes vont être salariés par des centres hospitaliers de proximité ou des centres de santé situés dans les « déserts médicaux ». 

 . 4 000 postes d’assistants médicaux vont être créés pour décharger les médecins d’une partie du travail administratif ou des actes simples. . Des communautés professionnelles territoriales de santé seront créées afin de regrouper les professionnels de santé libéraux et mettre fin à l’exercice isolé. Ils devront répondre aux « urgences de ville » non vitales jusqu’à 20 heures.

. Des établissements hospitaliers seront répartis en trois catégories – soins de proximité, soins spécialisés et soins ultra-spécialisés – impliquant aussi le secteur privé. Des activités cesseront dans certains établissements. . Un financement des hôpitaux qui va évoluer pour passer de la tarification à l’acte à une tarification « au forfait », dans un premier temps pour deux pathologies chroniques : le diabète et l’insuffisance rénale chronique. En parallèle, l’enveloppe dédiée à récompenser la qualité des soins devrait passer de 60 à 300 millions d’euros dès 2019. »

Voir là une réorganisation « systémique »du système français de distribution des soins ? On ne peut oublier que rien n’était préparé, que tout s’est fait dans l’urgence. Que l’exécutif a été contraint à ouvrir un chantier auquel il n’était pas préparé mais qui s’est imposé au fil des crises dans les services d’urgences, des grèves dans les hôpitaux psychiatriques, des angoisses d’une population de plus en plus angoissée pour sa « santé ».

Les objectifs de la réforme sont nobles autant que nombreux. Pour autant on peine à trouver un fil rouge dans le catalogue macronien. Les annonces élyséennes sont bien loin de répondre à l’ampleur des objectifs visés : renforcer l’offre de soins pour permettre à tous les Français d’être pris en charge par la médecine de ville, désengorger des urgences hospitalières saturées, améliorer la qualité de la prise en charge et enfin répondre au malaise de soignants en perte de sens dans des hôpitaux perdus dans une course mortelle à l’activité.

Il s’agirait, assure le président de la République, , de « renforcer l’offre de soins  pour les cinquante années à venir ». Or force est bien de constater, aujourd’hui, que le pouvoir mouline, que l’exécutif est à la peine sur le réel, que l’appel à la « mobilisation générale » sonne pour partie dans le vide. Et que les parallèles d’Emmanuel Macron avec le de Gaulle et la France de 1958 ne sont, décidément, plus  de saison.

A demain

1 Sur ce thème : « A 60 ans, les CHU français montrent d’inquiétants signes d’essoufflement » Rev Med Suisse 2018; volume 14. 348-349. Egalement sur ce thème : Debré P. « Robert Debré Une vocation française ». 2018 Odile Jacob

Cannibalisme, spiritueux et Pernod Ricard : légalisé le cannabis liquide sera-t-il alcoolisé ?

Bonjour

La publicité est déjà trouvée : « Un cannabis récréatif, sinon rien ! ». Et le pitch expliquera que la gamme s’ouvre du  vieux jaune jusqu’au nouveau vert. L’affaire est rapportée par Le Monde (Laurence Girard) et reprise sur le site des buralistes. Soit les confidences soupesées d’Alexandre Ricard, 46 ans, patron de Pernod Ricard, numéro deux mondial des spiritueux, derrière le britannique Diageo et devant Bacardí-Martini.

Il faut pour comprendre disposer de quelques éléments d’un contexte mouvant qui voit des géants brasseurs parier sur la légalisation progressive du cannabis récréatif. Le Monde :

« Le propriétaire de la bière Corona, le groupe de spiritueux américain Constellation Brands, en pince pour le cannabis. Il a créé la surprise, mi-août, en déboursant près de 4 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros) pour monter au capital de la société canadienne Canopy Growth et en détenir 38 %. Il avait pris un premier ticket de 10 % des parts en 2017. Un montant à la hauteur du pari. En s’alliant à cette entreprise spécialisée, à l’origine, dans le cannabis thérapeutique, il compte bénéficier de la légalisation de son usage récréatif. Un cap que va franchir, le 17 octobre, le Canada. Il espère que les Etats-Unis et d’autres pays lui emboîteront le pas.

« Constellation Brands n’est pas le seul groupe de spiritueux à miser sur cette plante. Le brasseur Molson Coors a annoncé, également en août, la création d’une coentreprise avec le producteur canadien The Hydropothecary Corporation. Son objectif : proposer des boissons non alcoolisées à base de cannabis. La brasserie californienne Lagunitas, détenue par le groupe néerlandais Heineken a, elle, déjà lancé, cet été, une eau pétillante infusée au cannabis, sous la marque Hi-Fi Hops. Cette coproduction avec le spécialiste de la feuille verte CannaCraft, n’a, pour l’instant, qu’une diffusion limitée à la Californie. »

Cognac Martell prisé en Chine

Dans ce paysage Pernod Ricard ne peut être absent. Et il le fait savoir. « Nous regardons de près ce marché. Même si, à ce stade, il est encore difficile de se prononcer, confie Alexandre Ricard. Mais il y a une vraie question à se poser. Est-ce que la légalisation du cannabis peut avoir un impact de cannibalisation de la consommation des spiritueux premium ? Il n’y a pas d’évidence que ce soit le cas. Nous restons prudents et continuons nos analyses.»,

Pour l’heure le groupe français triomphe : selon les résultats publiés mercredi 29 août, le groupe français a vu son chiffre d’affaires progresser de 6 % à taux de change constant. De même, son résultat opérationnel affiche une hausse de 6,3 %, à taux de change constant. Le résultat net affiche une progression de 13 %, à 1,57 milliard d’euros. De quoi augmenter la part versée aux actionnaires sous forme de dividendes. En remerciant le cognac Martell qui, prisé en Chine, décroche la palme avec une augmentation de 14 % des ventes.

« Nous poursuivons notre stratégie d’acquisitions ciblées » confie encore  M. Ricard. « Le cannabis sera-t-il un jour dans la cible ? » demande Le Monde et les buralistes. Sans obtenir de réponse.

Une autre question devra être posée. Pourquoi faudrait-il, demain, en rester à des « boissons à base de cannabis non alcoolisées » ? A quel titre, et de quel droit, interdirait-on l’association ?

A demain

Le spritz de Campari : comment faire un succès alcoolisé à partir d’une tache d’huile d’Italie ?

Bonjour

Loi Evin ou pas, avez-vous observé le nombre des publicités agressives réclamant de consommer au plus vite des boissons alcooliques anisées d’origine industrielle ? C’est là une convergence publicitaire qui fait suite à celle incitant à la consommation intensive de bières durant la Coupe du monde de football. Autre sujet d’actualité, dans l’ombre du mojito, le « spritz », raconté par l’AFP et repris dans les pages d’été de nombre de quotidiens.

Prosecco, de l’eau de Seltz et association alcoolisée plus ou moins amère : Campari (Spritz bitter) ou Aperol,(Spritz dolce ou Aperol Spritz). Sans oublier une rondelle de citron, d’orange ou d’orange sanguine ainsi – le cas échéant – qu’une olive.

A chaque marque il faut une histoire. Elle commencerait, ici, à l’occupation autrichienne dans le nord-est de l’Italie, au XIXe siècle. Quand un vin n’était pas très bon (ou qu’il faisait chaud) les soldats, dit-on, l’allongeaient avec de l’eau pétillante. Puis vient l’Aperol® , en 1919, à Padoue : alcool, oranges amères, gentiane et rhubarbe remplacent le vin : l’ancêtre du Spritz est né. Puis, en 2003, le puissant groupe milanais Campari s’empare de la marque Aperol®, alors inconnue en dehors du nord-est de l’Italie.

« Quand nous l’avons achetée, cette marque vendait quelques millions de litres dans trois villes du nord-est de l’Italie : Venise, Padoue et Trévise, où en moyenne chaque habitant buvait cinq spritz par jour », explique Bob Kunze-Concewitz, le patron de Campari – qui compte dans son large portefeuille de spiritueux la marque du même nom, mais aussi des vodkas ou des whiskys.

« ‘’Nous nous sommes rendu compte de son vrai potentiel et nous avons conçu grâce à l’Italie, notre laboratoire, un modèle de développement très précis’’. A chaque fois, le groupe entre dans un quartier d’une ville (choisie pour son potentiel) et collabore avec deux ou trois bars, en offrant une formation intense aux barmen et des événements pour faire déguster le breuvage. Petit à petit, selon une ‘’stratégie de tache d’huile’’, le spritz séduit des consommateurs. »

Puis Campari s’est ensuite attaqué à l’immense secteur international de la grande distribution. « Le groupe a mis le paquet sur la publicité pour casser cette image de boisson juste pour la période estivale. Ensuite, les internautes ont pris le relais. Sur les réseaux sociaux, #Spritz compte plus d’un million de publications Instagram, rapporte l’AFP. Aperol est désormais la marque la plus importante du groupe (13 % des ventes). Elle a connu une croissance de 19,5 % en 2017, avec des hausses de 27 % en France ou 51 % aux États-Unis, et même supérieure à 100 % dans de nouveaux marchés comme la Russie, le Mexique ou le Brésil. Au premier semestre 2018, les ventes ont encore progressé de 24,7 %. Aperol vise une croissance encore à deux chiffres dans les prochaines années. »

Face à Instagram et à la « stratégie de la tache d’huile » que reste-t-il, aujourd’hui, de la loi Evin ?

A demain

Avortement : de Bailleul (Sarthe) à Buenos Aires, politique, médecine et polémiques

Bonjour

L’IVG (sa dépénalisation, sa légalisation, sa pratique) est un sujet permanent de polémiques médiatisées. On vient de l’observer en Argentine. En juin les députés argentins avaient approuvé sa légalisation (129 voix contre 125. Mercredi 8  août, leurs collègues du Sénat s’y sont opposés (38 voix contre 31 et 2  abstentions). Rejet du projet de loi au grad dam de centaines de milliers de personnes qui s’étaient rassemblées à Buenos Aires et dans les principales villes du pays.

« Le débat sur le droit à l’avortement est loin d’être refermé en Argentine. Certes, le vote des sénateurs témoigne du solide pouvoir d’influence de l’Eglise catholique et des Eglises évangéliques, vigoureusement mobilisées contre ce texte, ainsi que du machisme persistant dans les provinces les plus traditionnelles, éditorialise Le Monde. Mais la démonstration est désormais faite, confirmée par tous les sondages ces dernières semaines, que la société argentine a profondément évolué et est aujourd’hui majoritairement favorable au droit à l’IVG. En tout état de cause, après quatre mois d’un débat intense – et qui a ouvert d’autres brèches, comme la demande de la séparation de l’Eglise et de l’Etat –, il est probable que la dépénalisation et la légalisation ne sont plus qu’une question de temps, en Argentine, et certainement dans le reste du continent, où les mouvements féministes sont plus actifs que jamais. »

En France, plus de quarante ans après la promulgation de la loi Veil les polémiques, pour s’être apaisées, n’ont jamais véritablement cessé.

Le 26 juillet dernier, au cours d’une question orale au Sénat à l’attention d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé  Agnès Buzyn, la sénatrice Nadine Grelet-Certenais (Socialiste, Sarthe) a déclaré :

« Il est intolérable que les femmes ne puissent pas exercer leur droit essentiel parce que des médecins, au mépris de l’accès aux soins, font valoir des réticences d’ordre personnel ou éthique ». (JO du Sénat du 26/07/2018 page 3808).

Cette déclaration faisait référence au cas exceptionnel du centre hospitalier du Bailleul, dans la Sarthe, où suite au départ à la retraite d’un médecin et au recours à la clause de conscience des trois autres praticiens de l’établissement, ce dernier n’était plus en mesure temporairement de pratiquer l’IVG.

Intolérable

En réponse à la sénatrice, le Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France (SYNGOF) a réagi avec une particulière virulence :

« Si l’accès à l’avortement pour les femmes est un droit essentiel, incontesté et incontestable, la réalisation de l’avortement n’est pas un acte de soins ordinaire. A ce titre,  il nécessite des médecins à qui la loi reconnait le droit d’avoir une liberté de conscience. Qu’une sénatrice de la France, élue de la Nation, ne reconnaisse pas la liberté de conscience des soignants est intolérable à la Nation. Prétendre que les médecins ont le mépris de l’accès aux soins, alors qu’ils sont au contact direct avec la souffrance de leurs patientes, c’est ne pas connaitre leur vie. »

Pour autant le SYNGOF reconnaît que le cas exceptionnel de Bailleul, dans la Sarthe angevine, met en évidence un problème de fond dans l’organisation de l’accès aux soins sur le territoire français Alors que la loi N°2016-41 du 26 janvier 2016, dans son article premier, fait de l’Etat l’organisateur et le responsable de la santé en France, la pénurie de gynécologues annoncée par la profession depuis vingt ans s’aggrave depuis plusieurs années, et les gouvernements successifs n’ont pas jugé utile de la corriger.

« Et ce n’est pas en retirant leur éthique et leur conscience aux médecins que la Nation permettra un égal accès à l’avortement pour les Françaises qui le demandent. Comme Madame la sénatrice a une éthique et une conscience, qu’elle souffre que les médecins en aient une et que l’Etat la respecte. » 

Et le SYNGOF de noter que la ministre de la Santé « n’a pas acquiescé » aux attaques de la sénatrice socialiste. Et ensuite ?

A demain

Sur RTL, Agnès Buzyn révèle le contenu de ce que sera le futur projet de loi sur la PMA 

Bonjour

Retour en avion du congrès VIH/sida d’Amsterdam, les orages de l’affaire Benalla et la canicule montante dans les EHPAD : Agnès Buzyn invitée politique avait réponse à tout, ce matin, au micro de RTL (Jérôme Chapuis), première radio de France.

Jusqu’au dossier de la « PMA pour toutes ». On venait d’apprendre (via Le Monde) que le parti La République en marche (LRM) venait de fixer « son cap » quant à l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. « La réforme, engagement de campagne d’Emmanuel Macron, doit être votée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique au début de l’année 2019, expliquait le quotidien  Mais la promesse présidentielle comptait quelques zones d’ombres, que le gouvernement et la majorité devront éclairer dans les mois qui viennent. »

Ainsi, LRM défend désormais la reconnaissance de la filiation pour les deux mères et dès la naissance de l’enfant « comme pour les couples hétérosexuels ». Le parti défendra d’autre part le remboursement de la PMA par l’Assurance maladie. Un sujet éthique et économique d’une particulière importance dans la mesure où ces actes sortent du champ de la thérapeutique.

Les jeux sont faits

Interrogée sur la position du gouvernement, la ministre des Solidarités et de la Santé s’est exprimée en des termes qui soulèvent quelques questions de taille.

« La position du gouvernement sera rendue publique à l’automne. Nous attendons, parce que c’est prévu dans le calendrier de révision des lois de bioéthique, un rapport du Conseil (sic) national  consultatif d’éthique et le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques. Nous sommes en train de rédiger la loi (sic), des décisions vont être prises, mais officiellement nous attendons l’ensemble des rapports et c’est très bien que LRM donne son opinion et son avis… »

Jérôme Chapuis demande à la ministre si le gouvernement pourrait aller à l’encontre de l’avis du parti majoritaire à ce sujet ? « C’est peu probable » répond la ministre en souriant.

Ainsi donc, officiellement, le gouvernement attend deux rapports officiels sur le sujet. Mais on sait d’ores et déjà que les jeux faits. Le « projet de loi » est, sur ce point, ficelé. Nous apprendrons à l’automne que le gouvernement proposera l’extension de certaines techniques de PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires – actes pris en charge via la solidarité de la sécurité sociale. Il ne restera plus alors, aux députés, qu’à voter. Une page sera tournée.

A demain

 

Etat, drogues et mafias : le ministre Darmanin rappelle l’existence des bureaux de tabac

Bonjour

Sous les orages politiques de  l’affaire Benalla les travaux législatifs continuent. La réforme de la Constitution est certes reportée aux vendanges, mais le « projet de loi relatif à la lutte contre la fraude » est examiné par les commissions des Lois et des Finances de l’Assemblée nationale.

« Nous nous intéressons à ce projet puisqu’il inclut désormais les deux amendements gouvernementaux de Gérald Darmanin fixant une limite claire et sans ambiguïté au transport de tabac par les particuliers. Soit, pas plus de quatre cartouches pour les cigarettes, par exemple, peut-on lire sur le site des buralistes. Avec un renforcement des amendes. »

Et Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics était, ce 24 juillet à l’heure des croissants au beurre, l’invité de France Inter. Extraits croustillants concernant la fraude au tabac :

 « La fraude au tabac est une fraude très importante. C’est des recettes en moins pour l’Etat. C’est tuer le réseau des buralistes qui est le seul, je voudrais le répéter ici,  où on peut acheter du tabac. Et c’est contraire à la politique de santé publique du gouvernement qui augmente le prix du tabac.

 « Nous devons lutter  contre toute forme de trafic. Et nous constatons de plus en plus que ces trafics de cigarettes ne servent seulement ‘’à la papa’’ – à avoir quelques cartouches quand on passe une frontière- mais, souvent, financent des réseaux qui étaient auparavant des réseaux de la drogue – parce c’est apparemment moins risqué et plus rémunéré de faire du trafic de cigarettes.

 « Et parfois ce trafic paye des réseaux criminels voire d’autres réseaux qui sont tout à fait inquiétants du point de vue de la sécurité nationale. Il est hors de question désormais de laisser prospérer une contrebande de tabac ! »

Le même jour, les services de Bercy annonçaient qu’en moins d’une semaine les brigades des douanes d’Hendaye, Arcachon, Narbonne et Perpignan avaient réalisé plusieurs saisies majeures de cannabis sur l’autoroute et les axes secondaires. Soit, au total,  5,2 tonnes de cannabis interceptées (3,9 tonnes de résine et 1,2 d’herbe de cannabis) par les agents des douanes dans divers véhicules en provenance d’Espagne.

La valeur totale de la marchandise saisie est estimée à près de 42 millions d’euros sur le marché illicite de la revente au détail de stupéfiant – en dehors du réseau des buralistes.

A demain