IVG et confinement : le gouvernement autorisera-t-il les soignants à ne pas respecter la loi?

Bonjour

Volontiers prolixe sur son action contre l’épidémie, le pouvoir exécutif peut aussi étrangement garder le silence. C’est le cas face à l’appel de soignant·es et de personnalités politiques qui s’inquiètent du risque qui pèse sur le droit à avorter pendant le confinement.

La demande, comme la situation, est sans précédent : obtenir que l’exécutif donne son feu vert de principe pour que la loi et les règlements sur la pratique de l’IVG ne soient pas toujours pleinement respectés – et ce sans que les soignant·es puissent en être les victimes.

Rien d’extravagant dans cet appel soutenu par cinq anciennes ministres. Et le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre rapidement des mesures sanitaires rapides (notamment dans le champ des addictions), au nom d’une politique de réduction des risques. Pour l’heure Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé garde le silence. Jusqu’à quand ?

A lire, sur Slate.fr : « Urgences et confinement : respecter ou pas la loi sur l’IVG ? »

A demain @jynau

Avortement : Olivier Véran refusera-t-il trois aménagements durant le confinement ?

Bonjour

01/03/2020. Où l’on découvre, une fois encore, que l’épidémie met douloureusement à l’épreuve notre système de santé dont il révèle les insuffisances, les failles, l’impréparation. Sans nullement ignorer le courage et la force des soignants, la haute conscience qu’ils ont de leur métier, de leur rôle dans leur métier.

C’est une courte et forte tribune collective, médicale et politique, publiée dans Le Monde : « Il faut ‘’protéger les droits des femmes et maintenir l’accès à l’avortement’’». Plus d’une centaine de professionnels de l’IVG 1 appellent, soutenue par des personnalités du monde politique et de la culture, à des mesures d’urgence et se disent prêts à défier la loi. Extraits :

« Nous, professionnelles de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), avons dès le début de l’épidémie réorganisé la prise en charge des femmes afin de pouvoir répondre à toutes les demandes dans le délai le plus bref et en limitant au maximum tout déplacement. Il est essentiel de protéger les droits des femmes et de maintenir l’accès à l’avortement (…) Malgré cette organisation ultra-précoce et malgré notre investissement collectif, nous sommes confrontés aujourd’hui à trois problèmes dont les femmes sont les premières victimes »

« – Le premier est lié aux questions de ressources humaines avec des soignant(e)s également malades, ce qui met les équipes en tension. Pour limiter la sollicitation des équipes hospitalières, nous souhaitons que les avortements puissent être autorisés par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée, soit sept semaines de grossesse. Cette option est validée par l’OMS et ne présente pas de danger particulier.

« – Le deuxième est la limitation des déplacements des femmes lors de leur IVG. Pour la respecter au mieux, nous demandons que les mineures soient dispensées du délai de quarante-huit heures qui leur est actuellement imposé avant leur IVG et puissent bénéficier d’une IVG dans la foulée de leur première consultation.

« – Enfin, le confinement aggrave les situations de violences et rend encore plus difficiles les possibilités de consultation pour les femmes qui vivent dans un environnement dangereux. Il s’ensuit des retards de diagnostic et des demandes hors délais. Ces situations donnent en général lieu à une prise en charge à l’étranger (Pays-Bas principalement) à condition que les patientes en aient les moyens, mais cette solution n’est même plus envisageable du fait de la fermeture des frontières (…)  Ces difficultés vont obliger nombre de femmes à conserver leur grossesse contre leur gré, mettant en danger leur autonomie et l’avenir des enfants nés dans ces conditions. Nous souhaitons pouvoir, à titre exceptionnel pendant la durée du confinement, réaliser des aspirations jusqu’à seize semaines d’aménorrhée, soit quatorze semaines de grossesse. »

Il s’agit, en d’autres termes, et pour une période limitée, que l’exécutif donne, au minimum, son feu vert de principe pour que la loi et le règlement ne soit pas toujours pleinement respectés – sans que les soignants puissent en être les victimes. Le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre des mesures rapides dans la période épidémique que nous connaissons.

« On nous a répondu qu’on ne pouvait pas changer la loi, que c’était compliqué, vient de déclarer sur France Inter  Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, Certains politiques, voire des collègues, nous ont même dit que c’était “ignoble” de vouloir profiter de la situation pour faire passer des revendications. On ne profite pas de la situation, on veut juste aider les femmes dans une période encore plus difficile que d’habitude. »

Quatre anciennes ministres soutiennent ces demandes. Or on indique qu’Olivier Véran serait ici fermement opposé à tout changement. Vraiment ? Ce serait d’autant plus surprenant que le nouveau ministre de la Santé a démontré qu’il pouvait (dans le champ des addictions) prendre en urgence des mesures dérogatoires – et ce au nom de la réduction des risques. Et sans avoir besoin de saisir le Comité national d’éthique.

« La loi doit aligner les pratiques médicales sur les besoins sociaux concluent les signataires. Nous y sommes prêt(e)s, et sommes également prêt(e)s à nous mettre hors-la-loi pour appliquer ces trois mesures. » Le Dr Olivier Véran fera-t-il en sorte que l’on puisse ne pas en arriver là ?

A demain @jynau

1 Liste des premiers signataires : Docteur Laurence Danjou, gynécologue Paris ; Docteur Philippe Faucher, responsable CIVG hôpital Trousseau, président de REVHO (Réseau entre la ville et l’hôpital pour l’orthogénie) ; Docteur Danielle Gaudry, gynécologue-obstétricienne, CPEF Maison-Alfort ; Docteur Sophie Gaudu, responsable CIVG, hôpital du Kremlin-Bicêtre ; Docteur Maud Gelly, CIVG, hôpital Avicenne, Bobigny ; Docteur Danielle Hassoun, gynécologue obstétricienne, centre de santé du Square de la Mutualité ; Docteur Ghada Hatem, médecin chef de la Maison des femmes de Saint-Denis. Liste complète des signataires sur le site Internet IVG-Covid.

Ce texte a reçu le soutien de : Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la santé ; Guillaume Gouffier-Cha, député du Val-de-Marne (LRM) ; Anne Hidalgo, maire de Paris, socialiste ; Laurence Rossignol, sénatrice socialiste, ancienne ministre des droits des femmes ; Yvette Roudy, ancienne ministre des droits des femmes ; Marisol Touraine, ancienne ministre de la santé ; Najat- Vallaud-Belkacem, ancienne ministre des droits des femmes. 

Liste complète des soutiens au texte sur le site IVG-Covid.

Hydroxychloroquine: comment le Conseil d’Etat en vient-il à s’opposer au Pr Didier Raoult ?

Bonjour

29/03/2020. Elle se glisse dans toutes les conversations, bat des records de taux d’audience, inquiète le pouvoir exécutif, alimente les fantasmes et nourrit l’irrationnel : l’hydroxychloroquine. On la retrouvait hier sous les ors du Conseil d’Etat. Au moment même où, à l’hôtel Matignon le ministre de la Santé tentait de ne pas mettre d’huile sur le feu, la plus haute juridiction administrative  rejetait les requêtes en référé contestant la politique de l’exécutif en matière de prescription d’hydoxychloroquine (Plaquenil) aux patients ( ainsi que l’approvisionnement en masques des professionnels de la santé et de tests de dépistage). «  Gestion de la pandémie : le Conseil d’Etat donne un blanc-seing au gouvernement » résumait aussitôt Libération (Renaud Lecadre).

Au chapitre médicamenteux, les plaignants dénonçaient la «carence caractérisée» du gouvernement à autoriser largement ce traitement, au risque d’attenter au «droit à la vie». Un soutien nullement voilé, plein et entier au Pr Didier Raoult de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille. Il n’est pas inintéressant d’observer comment les puissants juges du Conseil d’Etat s’emparent du sujet, le traitent et concluent. Comment, en somme, le pouvoir judiciaire saisi par le citoyen traite des questions relatives aux rapports qu’entretient l’exécutif avec la science, la médecine et la santé publique.

1 La demande. Le Syndicat des Médecins Aix et Région (SMAER) demandaient au juge des référés du Conseil d’Etat, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative « d’enjoindre à l’Etat de prendre toutes mesures utiles pour fournir et autoriser les médecins et hôpitaux à prescrire et administrer aux patients à risque l’association de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, en respectant les précautions d’emploi de cette association ».

2 La spécialité pharmaceutique. Le Conseil d’Etat rappelle que le sulfate d’hydroxychloroquine est commercialisé par le laboratoire Sanofi sous le nom de marque de Plaquenil, en vertu d’une autorisation de mise sur le marché initialement délivrée le 27 mai 2004. Indications thérapeutiques :  le traitement symptomatique d’action lente de la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux discoïde, le lupus érythémateux subaigu, le traitement d’appoint ou prévention des rechutes des lupus systémiques et la prévention des lucites. Cette spécialité ne peut être prescrite dans une autre indication.

3 Les nouvelles études. « Alors qu’aucun traitement n’est à ce jour connu pour soigner les patients atteints du covid-19, une étude chinoise publiée au début du mois de mars 2020 a documenté l’activité in vitro de l’hydroxychloroquine sur le virus qui en est responsable, observe le Conseil d’Etat. Une recherche a ensuite été conduite, du 5 au 16 mars 2020, par une équipe de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille en utilisant l’hydroxychloroquine en association avec un antibiotique, l’azithromycine, chez vingt-six patients, dont les auteurs déduisent que le traitement par hydroxychloroquine est associé à une réduction ou une disparition de la charge virale chez des patients atteints du covid-19 et que cet effet est renforcé par l’azithromycine. »

Puis, le 22 mars 2020 a été lancé un essai clinique européen « Discovery » pour tester l’efficacité et la sécurité de cinq molécules, dont l’hydroxychloroquine, dans le traitement du covid-19, incluant 3 200 patients européens, dont au moins 800 patients français hospitalisés pour une infection due au covid-19, inclus à compter du 24 mars, les premiers résultats étant attendus quinze jours après le démarrage de l’essai.

4 L’avis demandé par le gouvernement. A la demande urgente de la Direction générale de la santé, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP)  a rendu, le 23 mars 2020, un avis sur les recommandations thérapeutiques dans la prise en charge du covid-19. « Il estime que les résultats de l’étude menée au sein de l’institut hospitalo-universitaire de Marseille doivent être considérés avec prudence en raison de certaines de ses faiblesses et justifient, du fait de son très faible niveau de preuve, la poursuite de la recherche clinique » analyse le Conseil d’Etat.

5 L’action du Premier ministre. Par un décret du 25 mars 2020 il a pris différentes mesures. Il autorise notamment, sous la responsabilité d’un médecin, la prescription, la dispensation et l’administration de l’hydroxychloroquine aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile. Il précise que ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du HCSP. Il charge d’autre part l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé d’élaborer un protocole d’utilisation thérapeutique à l’attention des professionnels de santé et d’établir les modalités d’une information adaptée à l’attention des patients. Et il encadre la dispensation par les pharmacies d’officine de la spécialité pharmaceutique Plaquenil, dans le respect des indications de son autorisation de mise sur le marché à une prescription initiale émanant de spécialistes en rhumatologie, médecine interne, dermatologie, néphrologie, neurologie ou pédiatrie, ou au renouvellement d’une prescription émanant de tout médecin. En dernier lieu, il interdit l’exportation du Plaquenil par les grossistes-répartiteurs.

6 Les insuffisances méthodologiques. « En premier lieu, tout d’abord, il résulte de l’instruction que les études à ce jour disponibles souffrent d’insuffisances méthodologiques, tacle le Conseil d’Etat.  En particulier, l’étude observationnelle menée à l’institut hospitalo-universitaire de Marseille, qui a permis de constater une diminution ou une disparition de la charge virale pour treize patients après six jours de traitement, portait sur vingt-six patients, dont six n’ont pas été analysés – trois ayant été admis en réanimation, un étant décédé et deux ayant arrêté le traitement dont un en raison d’effets indésirables – et ne comportait pas de groupe témoin comparable. »

Il ajoute : « L’existence d’une différence significative n’a pas été confirmée par les résultats, très récemment diffusés, d’une autre étude, réalisée en Chine du 6 au 25 février 2020 et portant sur trente patients hospitalisés présentant une forme modérée de la maladie, qui relève que treize des quinze patients auxquels étaient administrée de l’hydroxychloroquine avaient une charge virale négative au septième jour, pour quatorze des quinze patients du groupe témoin. »

Plus grave : « En outre, ces études ne permettent pas de conclure à l’efficacité clinique de l’hydroxychloroquine. Or, l’essai clinique européen ‘’Discovery’’, dont les premiers résultats seront connus dans une dizaine de jours et qui doit inclure, ainsi que l’a indiqué à l’audience le représentant du ministre des Solidarités et de la Santé, des patients pour lesquels le traitement est initié suffisamment tôt pour apprécier l’incidence de la molécule sur l’évolution de la maladie, permettra de recueillir des résultats plus significatifs. »

Sans oublier : « Ensuite, si l’usage de cette molécule est bien documenté, il peut provoquer des hypoglycémies sévères et entraîner des anomalies ou une irrégularité du rythme cardiaque susceptibles d’engager le pronostic vital et il présente des risques importants en cas d’interaction médicamenteuse. Son administration, si elle peut être le fait de médecins de ville, suppose ainsi non seulement le respect de précautions particulières mais également un suivi spécifique des patients, notamment sur le plan cardiaque ».

Et, pour finir : «  Enfin, compte tenu des espoirs suscités par les premiers résultats rendus publics par l’équipe de Marseille, une forte augmentation des ventes de Plaquenil en pharmacie d’officine a été enregistrée, faisant apparaître des tensions dans l’approvisionnement de certaines officines et des difficultés à se la procurer pour les patients ayant besoin de cette spécialité dans les indications de son autorisation de mise sur le marché. »

7 Le jugement. Au terme de son travail, et au vu de l’ensemble des données aujourd’hui disponibles le Conseil d’Etat statuant au contentieux,  juge, dans son ordonnance (N° 439726), que le choix des mesures prises par l’exécutif ne peut être regardé, « en l’état de l’instruction, comme portant une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie et au droit de recevoir, sous réserve de son consentement libre et éclairé, les traitements et les soins appropriés à son état de santé, tels qu’appréciés par le médecin. »

Peut-on, ici, véritablement parler de « blanc-seing » donné par les juges du Conseil d’Etat au gouvernement ? Il nous faut désormais attendre le jugement du Pr Didier Raoult qui, non sans arguments, dénonce désormais haut et fort la « dictature morale » des méthodologistes.

A demain @jynau

«Etat d’urgence sanitaire»: l’exécutif veut restreindre certaines libertés pour mieux lutter

Bonjour

18/03/2020. Nous changeons soudain, une nouvelle fois, de dimension. Et entrons peut-être dans de nouvelles polémiques citoyennes. Face à la progression de l’épidémie de coronavirus, le pouvoir exécutif français entend se doter de moyens supplémentaires pour agir de manière plus drastique et faire respecter le confinement. C’est dans cette dynamique qu’un projet de loi d’urgence doit être présenté ce mercredi après-midi en Conseil des ministres. Selon l’AFP, qui en a obtenu une copie de source parlementaire, le texte « prévoit notamment la restriction de certaines libertés ».

L’état d’urgence sanitaire donne en effet «pouvoir au Premier ministre de prendre par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la Santé, les mesures générales limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion et permettant de procéder aux réquisitions de tout bien et services nécessaires afin de lutter contre la catastrophe sanitaire», détaille le texte. L’Assemblée nationale et le Sénat seront informés «sans délai» du détail des mesures prises pendant cet état d’urgence.

Une fois « déclaré par décret en Conseil des ministres » – après l’adoption du projet de loi – cet état d’urgence sanitaire pourra être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain et en outre-mer. Il pourra s’appliquer «en cas de catastrophe sanitaire, notamment d’épidémie mettant en jeu par sa nature et sa gravité, la santé de la population». Sa prorogation au-delà de douze jours ne pourra être autorisée que par la loi.

Toutes ces mesures sont présentées comme «proportionnées aux risques encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu». Pour s’en assurer, il est d’ailleurs prévu qu’il soit «mis fin sans délai aux mesures (…) dès lors qu’elles ne sont plus nécessaires».

Réquisition ou le confinement de certaines catégories de citoyens

Verra-t-on ici une opposition des juristes et constitutionnalistes ? « Dans le cas d’une épidémie grave et intervenant brutalement, les pouvoirs publics, rappelait le Comité national d’éthique (CCNE) en 2009, pourraient prendre « des mesures contraignantes, telles que la réquisition ou le confinement de certaines catégories de citoyens, ou des restrictions à la circulation. » Selon le droit français, les restrictions générales ou particulières aux libertés individuelles « doivent être décidées et appliquées conformément à la loi, être conformes à un objectif légitime d’intérêt général, être proportionnées et strictement nécessaires pour atteindre cet objectif, sans comporter de mesure déraisonnable ou discriminatoire, et être définies compte tenu des données acquises de la science, en particulier sur leur efficacité ».

Le CCNE rappelait en 2009 (et vient de rappeler) à ce sujet le danger qu’il y aurait à étendre ces mesures contraignantes au-delà de ce qui serait nécessaire à la lutte contre l’épidémie ou à cause d’une conception inadaptée du principe de précaution ou encore à des fins d’affichage démagogique. Et d’ajouter : « Tous les droits et libertés qui n’auront pas été spécifiquement écartés devront continuer à être appliqués ».

A demain @jynau

Lire : « L’épidémie de coronavirus justifie-t-elle d’attenter à nos libertés ? » Slate, 10 mars 2020

Deux membres du gouvernement sont infectés. Mais pourquoi donner leur identité ?

Bonjour

14/03/2020. Sans doute ne peut-on plus, désormais sous nos cieux démocratiques, garder certains secrets, protéger comme jadis sa vie privée. Après Franck Riester, Brune Poirson. On apprend aujourd’hui que la secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, a été testée positive au coronavirus. Pour autant son état de santé « ne présente pas de signe inquiétant », vient de faire savoir son cabinet. « Conformément aux recommandations des autorités de santé, l’ensemble des cas contacts ont été répertoriés et observent dès à présent une mise en quatorzaine », précise-t-on de même source. C’est la deuxième personne faisant partie du gouvernement a être testée positive, après le ministre de la Culture, Franck Riester.

« Conformément aux recommandations des autorités de santé ». Certes pour ce qui est de l’enquête épidémiologique, de la recherche des contacts possibles, d’établir la « chaîne des contamination ». Mais pour le reste ? Existe-t-il des dispositions réglementaires, une jurisprudence, qui impose de donner le nom des membres du gouvernement ayant contracté le nouveau coronavirus ? Si tel n’est pas le cas, pourquoi le faire ? Et comment songer aux questions soulevées sur le même thème, dans les années qui suivirent l’émergence du VIH ?

Et si oui jusqu’où aller dans une telle démarche d’absolue « transparence » ? Tous les membres du pouvoir exécutif, ceux du législatif, sans oublier le judiciaire ? Le chef de l’Etat en personne ? Et demain le « quatrième pouvoir » ?  Et que faire lorsque les personnes seront hospitalisées ? Faire publier des bilans quotidiens de santé ? Où l’on pressent dès aujourd’hui les dangers de cette quête dévorante. Une alerte lancée il y a quelques jours sur BFM-TV par le Pr Gilles Pialloux. Le chef du service d’infectiologie de l’hôpital Tenon (Paris) avait alors, non sans courage, abordé quelques questions relatives au secret professionnel et aux libertés individuelles.

Qui reposera publiquement ces questions ? Qui et quand ? On lira, dans l’attente, ce que vient d’écrire le Comité national consultatif d’éthique :

« Une exigence à respecter : la confidentialité des données de santé. Des personnes à l’étranger et plus récemment en France ont choisi de révéler publiquement leur état de santé. De telles situations entraînent des élans de solidarité, d’empathie visibles sur les réseaux sociaux. Elles peuvent participer à dédramatiser certaines expériences de confinement à domicile, dans une sorte « d’éducation par le vécu ». Ces décisions doivent en tous les cas être prises en toute connaissance de cause (des propos malveillants peuvent aussi être tenus), sans pression sociale. Cependant, le CCNE recommande qu’il soit rappelé impérativement à tous les acteurs, particuliers, soignants, acteurs publics et médias qu’il existe des textes de loi concernant le respect de la confidentialité des données médicales et l’identité des personnes atteintes et qu’elles doivent prévaloir en situation d’épidémie et de menace pour la santé. »

Ce texte vient d’être écrit par le Comité national d’éthique 1 à la demande d’Olivier Véran, ministre de la Santé  et du gouvernement. Le citoyen aimerait, sur un sujet aussi important, avoir la lecture qu’en fait le Dr Véran et le gouvernement. Les membres de ce dernier sont-ils pleinement libres de révéler leur positivité ? Ou pas.

A demain @jynau

1
La contribution du CCNE résulte d’un groupe de travail composé de Sophie Crozier, Jean-François Delfraissy, Pierre Delmas-Goyon, Pierre-Henri Duée, Claire Hédon et Frédéric Worms, ainsi que de Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique de Santé publique France et Marie-Christine Simon, directrice de la communication du CCNE. Le projet de texte qu’il a produit a été discuté au sein de la section technique du CCNE, réunie le 12 mars 2020, et transmis à l’ensemble des membres du Comité. Par ailleurs, le groupe de travail a procédé à 4 auditions les 6 et 7 mars 2020 : Mélanie Heard (Docteur en sciences politiques), Emmanuel Hirsch (Professeur d’éthique médicale, Université Paris-Saclay), Grégory Emery (conseiller du ministre des solidarités et de la santé) et Christian Vigouroux (conseiller d’État).

Elections municipales: Olivier Véran révèle les coulisses de la décision d’Emmanuel Macron

Bonjour

13/03/2020. Il est au cœur des décisions, présent sur tous les plateaux, multipliant les émissions. Aujourd’hui, dans la « matinale d’Europe 1 », Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, a justifié le maintien des élections municipales en dépit des nombreuses mesures de confinement annoncées la veille par Emmanuel Macron. Cette mesure est déjà contestée par certains médecins et épidémiologiques qui auraient souhaité leur report. Arbitrage politique ou scientifique ? Emmanuel Macron :

« (…)  je demande ce soir à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile. Elles pourront, bien sûr, sortir de chez elles pour faire leurs courses, pour s’aérer, mais elles doivent limiter leurs contacts au maximum.

« Dans ce contexte, j’ai interrogé les scientifiques sur nos élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes. J’ai aussi demandé au Premier ministre, il l’a fait encore ce matin, de consulter largement toutes les familles politiques, et elles ont exprimé la même volonté (…) il est important, dans ce moment, en suivant l’avis des scientifiques comme nous venons de le faire, d’assurer la continuité de notre vie démocratique et de nos institutions. Voilà, la priorité des priorités aujourd’hui est donc de protéger les plus faibles, celles et ceux que cette épidémie touche d’abord. »

« Non, l’arbitrage n’a pas été politique » assure pour sa part Olivier Véran. Lui-même, « instinctivement », s’ était demandé « quel serait le sort réservé aux élections municipales ». Puis il en a appelé aux meilleurs scientifiques du pays. « On a demandé au conseil scientifique 1, explique-t-il.. Le président de ce conseil est le professeur Jean-François Delfraissy. Il est virologue, c’est un cador de l’épidémiologie et c’est aussi le président du conseil consultatif national d’éthique. J’ai réuni une dizaine d’experts autour de lui et nous les avons laissés travailler à l’Élysée hier  pendant plusieurs heures, confinés si j’ose dire », explique-t-il.  

Indispensable transparence

Puis il ajoute : « Nous sommes allés les voir lorsqu’ils ont terminé leur travail et leur avons posé la question : ‘faut-il ou non maintenir les élections municipales ?’ La réponse a été très claire. Dans la mesure où nous demandons aux personnes âgées de rester chez elles, mais où nous considérons que les personnes âgées, bien qu’elles restent chez elles soient amenées à sortir pour faire leurs courses, avoir des déplacements incontournables dans leur quotidien, nous estimons que la vie démocratique du pays justifie un déplacement. » 

Mais le gouvernement ne s’arrête pas à cette simple décision de maintenir les élections, il souhaite en profiter pour « en faire un temps de la prévention de la santé publique ». « Je vous l’annonce, il y aura un mètre d’écart entre les personnes qui iront voter dans la file d’attente, il y aura des horaires qui seront proposés aux personnes âgées fragiles, par exemple après le déjeuner. On sait qu’après le déjeuner, il y a moins de monde qui va voter. Vous avez parfois vingt ou trente personnes sur une heure », a encore justifié le ministre de la Santé. Puis il ajoutera, pour la suite et en rappelant notre passé :

«  L’heure n’est pas au bilan, mais je souhaite qu’il ait lieu en toute transparence. J’ai suivi, comme médecin et passionné de santé publique, le déroulé et la prise en charge de crises sanitaires dans notre pays. Nous sommes un pays qui a été marqué par des crises sanitaires qui n’ont pas été gérées en transparence : nous sommes le pays du sang contaminé, le pays de l’amiante, le pays de la vache folle, le pays des grippes avec des gestions parfois difficiles à faire entendre et accepter. Or, cette transparence est indispensable.

J’ai beaucoup de questions, les Français en ont aussi. Moi, j’ai l’avantage de pouvoir trouver des réponses auprès de ceux qui savent, avec des experts qui travaillent collectivement et qui nous font des recommandations qui évoluent chaque jour. Je vis entouré de données, de sciences, et je crois que c’est ce qui nous permet de prendre des décisions qui sont rationnelles. Des décisions que nous prenons au bon moment, pour les bonnes personnes. »

A demain @jynau

«Stade 3» : à partir de quel moment l’épidémie justifiera-t-elle d’attenter à nos libertés?

Bonjour

« Inexorable » ? Dans quelques heures, dans quelques joursn la France sera sans soute au « stade 3 » de la lutte contre l’épidémie de noubeau coronavirus. Avec quels risques pour les libertés démocratiques ? Le gouvernement avait, il y a peu, sur ce sujet, saisi le Comité consultatif national d’éthique. Ses réponses sont , pour l’essentiel, d’ores et déjà connues.

C’était le 4 mars dernier. Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement était l’invitée du «Grand entretien» de France Inter. Emmanuel Macron n’avait pas encore qualifié d’«inexorable» la progression du phénomène épidémique. Interrogée sur la politique de l’exécutif confrontée à l’épidémie de nouveau coronavirus, la porte-parole eut ce mot: «[Lorsque nous serons] au stade 3, les métros continueront à circuler jusqu’à nouvel ordre, les transports en commun continueront à circuler jusqu’à nouvel ordre… la vie du pays ne s’arrêtera pas à cause du coronavirus.»

Les auditeurs et auditrices citoyennes se seront peut-être interrogées sur ce «nouvel ordre». Qui le donnerait? Pourquoi? Et quand? 

La suite « L’épidémie de coronavirus justifie-t-elle d’attenter à nos libertés ? » (Slate.fr 10 mars 2020)

A demain @jynau