Humour : Agnès Buzyn, sa loi Santé et l’accusation de «pied de nez» fait aux députés citoyens

Bonjour

Le temps passe bien vite dans le champ politique. « Agnès Buzyn la ministre qui veut se lâcher » titrait, le 11 février dernier, Le Journal du Dimanche. C’était alors l’envol programmé vers Strasbourg, Bruxelles, l’Union européenne. Six semaines plus tard la ministre plus attachée que jamais à ses dossiers – et défend jour et nuit devant l’Assemblée nationale un projet de loi auquel elle donnera peut-être un jour son nom : la loi « relative à l’organisation et à la transformation du système de santé ».

Et voici Agnès Buzyn cible  d’une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche (24 mars).

Une tribune qui voit une nouvelle fois en quelques jours la gauche presque réunie dans l’Hémicycle : cinquante-sept députés dont André Chassaigne, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Rabault – sans oublier François Ruffin 1. Et ces députés plus ou moins insoumis d’user de la vieille métaphore du « pied de nez » :

 « « La loi santé est un pied de nez fait aux Français qui défendent leurs services publics et qui s’inquiètent face à la désertification médicale croissante. Le Parlement a examiné cette semaine le texte présenté par Agnès Buzyn en Conseil des ministres le 13 février dernier. Cette loi, qui compte 7 ordonnances pour 23 articles, prétend supprimer le numerus clausus et redéfinir la carte hospitalière française conformément au souhait du président de la République de ‘’réformer structurellement le système de santé français’’. »

Les cinq petits doigts de la main qui gigotent

 Si les signataires partagent le constat (« il faut adapter notre système de santé aux évolutions de notre société ») ils sont   en désaccord profond sur les choix du gouvernement en la matière. Ils estiment que face à la désertification médicale, « tout n’a pas été essayé » (ils plaident pour un « conventionnement ­sélectif » des médecins) et que la refonte de la carte hospitalière ne peut se faire par ordonnance.

« Nous n’avons manifestement pas la même vision de ce que doit être le service public de la santé. En effet, sur ce sujet sensible, le gouvernement compte légiférer par ordonnances et ­demander au Parlement un blanc-seing pour éviter le débat d’idées, la confrontation projet contre projet (…) Il s’agit de savoir quels territoires verront leurs hôpitaux déclassés, leurs maternités déménagées, leurs services d’urgences fermés, leurs plateaux techniques abandonnés. Ce sujet ne peut échapper aux représentants du peuple, et plus largement aux citoyens eux-mêmes. »

Ainsi donc, pour des députés « viscéralement attachés à nos territoires et à une certaine idée du service public » il faudrait voir dans ce projet de loi un pied de nez fait à certains Français. Où l’on en revient à la signification véritable de cette expression. Geste de moquerie, sans doute, consistant à mettre son pouce sur son nez, la main tendue vers le haut, tout en agitant les doigts. Mais aussi geste prisé par les jeunes enfants – ce qui peut donner cette lecture pédo-psychiatrique (Paule Aimard, Les bébés de l’humour):

« Ce geste de moquerie, qui a une certaine drôlerie en soi, avec les cinq petits doigts de la main qui gigotent en prolongeant l’appendice nasal, est un affront à l’autorité, affront qui n’est pas envoyé de face, ouvertement, mais souvent en douce, dans le dos. Comme tirer la langue, un geste du plus faible qui ne peut ni lutter physiquement, ni envoyer ce qu’il pense à la figure du plus fort. Il y a du David et Goliath dans le pied de nez ». 

Où l’on voit, avec David et Goliath, que les signataires commettent sans doute, ici, un parfait contresens – sinon un lapsus. Il est vrai que tout passe si vite, dans les champs mêlés de la métaphore et du politique.

A demain

@jynau

1 Premiers signataires : Joël Aviragnet, député de Haute-Garonne, Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône, Caroline Fiat, députée de Meurthe-et-Moselle, responsables pour les groupes Socialistes et apparentés, Gauche démocrate et républicaine (GDR) et La France insoumise (LFI) sur le projet de loi santé ; André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône, et Valérie Rabault, députée de Tarn-et-Garonne, présidents des groupes GDR, LFI et Socialistes et apparentés.

Cosignataires : Clémentine Autain, Ericka Bareigts, Marie-Noëlle Battistel, Ugo Bernalicis, Gisèle Biémouret, Christophe Bouillon, Jean-Louis Bricout, Alain Bruneel, Marie-George Buffet, Luc Carvounas, Éric Coquerel, Alexis Corbière, Alain David, Jean-Paul Dufrègne, Laurence Dumont, Elsa Faucillon, Olivier Faure, Guillaume Garot, David Habib, Christian Hutin, Régis Juanico, Sébastien Jumel, Marietta Karamanli, Bastien Lachaud, Jérôme Lambert, Michel Larive, Jean-Paul Lecoq, Serge Letchimy, Josette Manin, Danièle Obono, Mathilde Panot, George Pau-Langevin, Stéphane Peu, Christine Pires Beaune, Dominique Potier, Loïc Prud’homme, Joaquim Pueyo, Adrien Quatennens, Jean-Hugues Ratenon, Muriel Ressiguier, Fabien Roussel, Sabine Rubin, François Ruffin, Hervé Saulignac, Bénédicte Taurine, Sylvie Tolmont, Cécile Untermaier, Hélène Vainqueur-Christophe, Boris Vallaud, Michèle Victory, Hubert Wulfranc.

 

Médecine et Gilets Jaunes : pourquoi ne pas interdire aux personnes âgées de manifester ?

Bonjour

Geneviève Legay, 73 ans, est une militante d’Attac. Une enquête vient d’être  ouverte à Nice sur les circonstances dans lesquelles cette femme a été grièvement blessée, samedi 23 mars, lors d’une charge de la police contre une manifestation de « Gilets Jaunes ». Voici les faits, tels qu’ils sont rapportés par Attac :

« Geneviève Legay, 74 ans, porte-parole d’Attac 06 et militante infatigable pour la paix, a été grièvement blessée par une charge policière, lors de l’acte XIX des Gilets Jaunes le samedi 23 mars à Nice.  Samedi vers 11 h, les CRS ont procédé à une violente charge au cours de laquelle Geneviève est tombée au sol, sa tête heurtant un poteau métallique. De multiples images montrent Geneviève, gilet jaune sur le dos et drapeau arc-en-ciel ‘’Pace’’ dans les mains, avec une attitude totalement non violente, scander ‘’Liberté de manifester’’ peu avant la charge policière.

« Alors que les précédentes mobilisations des Gilets Jaunes à Nice n’avaient pas entraîné de dégradations, Christian Estrosi, maire de la ville, avait demandé et obtenu une interdiction de manifester dans une grande partie de la ville. L’interdiction par le préfet des manifestations et rassemblements dans une grande partie de Nice est illégitime et ne peut justifier d’utiliser la force contre des citoyenˑneˑs qui se rassemblent pacifiquement pour exprimer leurs opinions.

« Attac France condamne la répression des rassemblements pacifiques qui ont eu lieu ce samedi et s’indigne de la grave restriction des libertés publiques actuellement en cours en France. Ce n’est pas par la répression et les violences policières qu’Emmanuel Macron répondra à la légitime demande de justice sociale qui s’exprime partout dans le pays. Attac France exige que toute la lumière soit faite et que les responsabilités de ces actes de violence à l’encontre de Geneviève Legay soient clairement établies. »

Flaque de sang

On a vu ce qu’a fait la police. Et ensuite ? Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, a déclaré qu’il avait ouvert « une enquête classique en recherche des causes des blessures ». « J’ai ordonné la saisie des images vidéo, par ailleurs d’excellente qualité, et fait des réquisitions auprès de l’hôpital Pasteur, a ajouté M. Prêtre qui a aussi fait ausculter Geneviève Legay. Elle a été prise en charge par les pompiers avec une qualification d’urgence relative et, à son arrivée à l’hôpital, elle s’est retrouvée avec une appréciation médicale montée d’un cran, qualifiée de pronostic réservé. Quand on se maintient dans une manifestation après les sommations réglementaires pour dire que les gens doivent se disperser, c’est un délit. Pour elle, ce n’est pas si net : là où ça s’est passé, c’était presque en dehors de la place, dans un mouvement confus des forces de l’ordre et des manifestants. »

Ce sont les pompiers qui avaient évacué la blessée. Une flaque de sang restait visible au sol provenant d’une blessure au niveau de la tête, avaient pu constater des journalistes de l’AFP. Elle souffrirait, selon l’une de ses filles, de plusieurs fractures au crâne et d’hématomes sous-duraux.

Et puis ces propos, que l’on peut trouver curieux, tenus par la ministre de la justice, Nicole Belloubet :

« Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

La famille de Geneviève Legay annonce, par le biais de son avocat Me Arié Alimi, vouloir porter plainte « pour violences volontaires en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable » Où l’on en vient, en écoutant Mme Belloubet et en songeant à la vulnérabilité de la victime, à se demander si on en viendra, sous peu, à interdire de manifester aux citoyen.ne.s trop âgé.e.s.

A demain

@jyau

 

 

La médecine à la découpe. Le pharmacien promu « prescripteur » et #balancetondéputé

Bonjour

Les prémices d’un grand délitement. Comme la fin d’une époque. L’amorce d’une catastrophe. Ou du moins c’est ressenti comme tel par une large proportion de la profession. On parlera peut-être, dans l’histoire, de la victoire du Dr Thomas Mesnier, jeune urgentiste macronien venu de la Charente à Paris. Et qui aura, via l’Assemblée nationale permis aux pharmaciens de délivrer sans ordonnance (et sous conditions) des médicaments sous prescription médicale obligatoire pour des pathologies « bénignes », comme des « cystites aiguës » ou des « angines ».

Oubliant quelque peu les règles de la confraternité le Dr Mesnier, rapporteur d’un projet de loi simplement intitulé « relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé » était aussi l’auteur d’un amendement « pharmacien » qui suscite l’ire des médecins – un amendement finalement voté malgré la mobilisation de l’opposition, qui a dénoncé l’ouverture d’un « droit de prescription » aux pharmaciens d’officine. L’heure est grave puisque’on a entendu ces pots prononcés par le député Jean-Paul Lecoq (PCF, Seine-Maritime).

« Le médecin a l’apanage du diagnostic et de la prescription médicale : il a été formé pour cela au cours d’une dizaine d’années d’études longues et difficiles. Le pharmacien a l’apanage de l’analyse de l’ordonnance, de la délivrance du médicament et de l’accompagnement du patient […] mais il n’est pas formé pour poser un diagnostic. Le glissement de certaines tâches des médecins vers les pharmaciens fait courir le risque d’une médecine à deux vitesses, low cost ! »

Réplique du macroniste charentais :

« Pas question de donner un droit de prescription aux pharmaciens. L’objectif est de lui permettre, dans le cadre d’un exercice coordonné avec d’autres professionnels de santé, de délivrer des médicaments, selon un protocole mis en place par la Haute Autorité de santé, après une formation ad hoc à ces protocoles, et une obligation relative au lien avec les médecins traitants et à leur information [a expliqué le rapporteur, citant une fois de plus en exemple la cystite] « cette infection urinaire simple qui peut se traiter par antibiotique.»

Agnès Buzyn, médecin mais ministre macronienne des Solidarités et de la Santé, embarrassée, assurant qu’un consensus serait trouvé sous ses suspices :

 « Un travail avec les acteurs est encore nécessaire. Je m’emploierai à ce que ce qui a été adopté […] soit bien cadré, afin que tout le monde se sente à l’aise avec le nouveau dispositif ».

Le Dr Jean-Pierre Door (Loiret, LR) :

« Une cystite : cela peut être n’importe quoi, y compris une pathologie qui dissimule quelque chose de grave. Or, le pharmacien n’en sait rien. Il ne s’agit pas seulement de donner au patient le produit qui peut calmer les symptômes, mais de savoir ce qu’il en est. »

Le syndicat CSMF :  « C’est un très mauvais signal envoyé aux médecins généralistes qui sont en mode survie. Faisons confiance aux acteurs de terrain plutôt que d’imposer des mesures dans la loi. Il y a des risques derrière pour la santé des patients. Prenez l’ibuprofène, délivré sans ordonnance : si on ne questionne pas les personnes âgées sur leur fonction rénale, celle-ci peut se dégrader ! »

MG France, au Quotidien du Médecin  : « Les généralistes n’ont pas besoin de cela, mais d’une amélioration de l’attractivité de la profession. Nous serons attentifs à ce que les protocoles soient le plus bordés possible, car c’est une brèche qu’on ouvre, un premier pas vers l’élargissement qui inquiète les médecins. »

La FMF :  « Le gouvernement choisit de dégrader la qualité de la prise en charge des patients, il portera la responsabilité de l’extension de la désertification médicale On s’assoit sur le parcours de soins avec ce genre de mesures, qui vont amener une désorganisation. Il va falloir lancer un #balancetondéputé ! »

Le Syndicat des médecins libéraux : « Les pharmaciens pourront prescrire, modifier la prescription du médecin en cas de rupture, vacciner… À ce rythme, on se demande si la conception des politiques n’est pas d’éloigner les médecins purement et simplement du soin, afin de leur confier la gestion de la paperasse qu’ils sont en train de créer ».

Simple péripétie historique ou début de la fin d’une époque ?

A demain

@jynau

IVG : contre Agnès Buzyn, la gauche réunie réclame la fin de la «clause de conscience»

Bonjour

Agnès Buzyn est aujourd’hui dans une une situation on ne peut plus paradoxale. Car voici la ministre des Solidarités et de la Santé qui fut la belle-fille de Simone Veil, confrontée devant l’Assemblée nationale à une demande qui nous ramène à la loi défendue en 1975 par celle dont elle tient actuellement le maroquin. Et Agnès Buzyn, par ailleurs médecin, est opposée à cette demande présentée comme « le prolongement de la belle œuvre de Mme Veil » par la députée Caroline Fiat (LFI, Meurthe-et-Moselle) première aide-soignante de l’histoire de France à siéger dans l’Hémicycle.

Objet de la polémique : la fameuse « clause de conscience » dont les médecins peuvent se prévaloir pour refuser de pratiquer une interruption volontaire de grossesse. L’affaire s’est nouée dans la soirée du vendredi 22 mars à l’Assemblée nationale où Mme Buzyn défend un projet de loi concernant la Santé.

Où l’on vit des députées du Parti socialiste et de La France insoumise associées Parti communiste  défendre des amendements pour supprimer cette clause spécifique à l’IVG – clause qui s’ajoute à la clause de conscience pour l’ensemble des actes médicaux. En septembre 2018 une offensive socialiste sur le même thème avait fait long feu devant le Sénat.

« Pouvoir médical »

De quoi parle-t-on ? Le code de la déontologie médicale prévoit dans son article 47 relatif à la continuité des soins (article R. 4127-47 du code de la santé publique) le droit de tou.te.s les professionnel.le.s de santé de refuser, pour des raisons personnelles, de pratiquer des actes médicaux. Les médecins qui ne veulent pas pratiquer une IVG doivent « informer, sans délai » l’intéressée de leur refus et « communiquer immédiatement le nom de praticiens ou de sages-femmes susceptibles de réaliser cette intervention ».

Exposé des motifs idéologiques de celles et ceux qui veulent en finir avec cette clause spécifique :

« Depuis la loi Veil, les adversaires de l’IVG n’ont jamais désarmé, jamais renoncé ; et le droit à l’IVG gratuite, accessible et libre continue de s’exercer sur une ligne de crête. Faute d’obtenir, comme ils le revendiquent, l’interdiction de l’IVG, ils œuvrent, d’une part, à culpabiliser et dissuader les femmes et, d’autre part, à organiser et soutenir, dans les services de santé, les réfractaires à l’IVG. Leur but est explicite : rendre ineffectif le droit à l’avortement.

La clause de conscience est aujourd’hui le symbole d’un pouvoir médical qui s’arroge le droit de contester la loi et continue de se mobiliser pour contrôler le corps des femmes. Elle est une menace constante et insidieuse qui pèse sur la réalité tangible du droit à l’IVG pour toutes les femmes. »

« Superfétatoire »

Hier 22 mars, devant l’Assemblée nationale, Sylvie Tolmont (PS) a fait valoir que cette clause était « superfétatoire » et confortait l’idée que l’IVG était  « un acte à part ». Pour Caroline Fiat (LFI), « cette double clause de conscience » mise « à l’époque pour faire passer la loi Veil » n’a « plus lieu d’exister ». La supprimer, « c’est une belle occasion 44 ans après de prolonger la belle œuvre de Mme Veil », a-t-elle ajouté.

Agnès Buzyn est « fondamentalement » opposée à cette suppression qui, selon elle, est « une fausse bonne idée ». Elle estime que  « compliquerait le parcours des femmes » sans « améliorer  l’accès à l’IVG ».

 « La clause de conscience permet d’afficher quelque part clairement les intentions. Donc ça va éviter aux femmes de prendre rendez-vous avec des médecins qui éventuellement peuvent leur faire perdre du temps s’ils sont contre l’IVG et qu’ils ne sont pas dans la clause de conscience avec l’obligation de trouver un médecin [prêt à la pratiquer]. »

 « La clause de conscience, elle affiche la couleur. Ce n’est pas génial, je suis d’accord, mais je pense que pour les femmes en situation de détresse, ça apporte beaucoup plus de garanties d’un parcours simple ».

En attendant force est de bien de constater qu’en France, depuis quinze ans, le nombre d’IVG est stable. En 2017, 216 700 interruptions volontaires de grossesse ont été réalisées dans l’Hexagone, soit quasiment le même nombre qu’en 2001.

A demain

@jynau

 

Où se procurer, dans l’Union européenne, un véritable embryon humain pour 3 600 euros ?

Bonjour

Le  sujet ne fait partie ni du Grand Débat français ni des élections européennes. On le découvre , ce 22 mars 2019, en page 9 du Parisien/Aujourd’hui en France (Christine Mateus) : « L’adoption d’embryons, vous connaissez ? ». Où l’on retrouve l’Institut Marquès de Barcelone 1. L’Institut catalan et sa « plate-forme mondiale de cession d’embryons humains abandonnés ».

En Espagne, « après deux relances sans réponses de la part des patients » les embryons conçus par fécondation in vitro « sont à disposition des cliniques, qui peuvent opter pour leur destruction ou les conserver pour la recherche ou bien les donner à d’autres couples ». Pour sa part l’Institut Marquès a choisi, depuis 2004, cette dernière possibilité, en lançant à Barcelone « le premier programme d’adoption d’embryons du monde ».

Religion et consanguinité

Aujourd’hui, explique-t-on, des « patients du monde entier » se rendent en Espagne afin d’adopter des embryons disponibles et plus d’un millier d’enfants sont nés grâce à cette initiative. 62% des couples français qui choisissent l’option d’adopter des embryons à l’Institut Marquès, le font car ils n’ont pas réussi à obtenir une grossesse avec d’autres techniques de reproduction assistée ; 28% des adoptants français sont des femmes sans partenaire qui veulent devenir mères, certaines d’entre elles après avoir été un certain temps sur liste d’attente pour une adoption standard ; 10% des adoptants d’embryons s’avèrent être des personnes qui par croyances éthiques ou religieuses écartent les autres techniques de procréation médicalement assistée.

A Barcelone l’attribution des embryons se réalise via un système informatique qui assure que chaque enfant naîtra dans un pays (ou dans une communauté) distinct de celle des autres embryons conçus lors du même cycle. « Pour éviter les consanguinités futures ». Nouvelle donnée, dans Le Parisien, le prix facturé : « 3 600 euros environ ». Les affres de la marchandisation concurrentielle du corps humain ne font partie ni du Grand Débat ni des élections européennes.

A demain

@jynau

1 L’Institut Marquès se présente ainsi : « Un centre barcelonais à la renommée internationale dans les domaines de la gynécologie, l’obstétrique et la reproduction assistée, présent à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et Kuwait. Ce centre, spécialisé dans les cas qui présentent une difficulté particulière, aide les personnes dans plus de cinquante  pays à réaliser leur rêve de devenir parents. L’Institut Marquès offre les meilleurs taux de grossesse, avec 89% de réussite par cycle de fécondation in vitro avec don d’ovocytes. Leader en innovation, il développe une importante ligne d’investigation sur les bénéfices de la musique lors des débuts de la vie et la stimulation fœtale. Aussi, engagé pour la cause environnementale, l’Institut Marquès réalise depuis 2002 des études sur le rapport entre les toxiques environnementaux, la stérilité et les traitements de reproduction assistée. »

 

 

Il est désormais possible de radiographier les os pour déterminer l’âge des jeunes étrangers

Bonjour

« M. Adama S. [Examens radiologiques osseux aux fins de détermination de l’âge] » Décision n° 2018-768 QPC du 21 mars 2019. « Jugé par le Conseil constitutionnel dans sa séance du 21 mars 2019, où siégeaient: M. Laurent FABIUS, Président, Mme Claire BAZY MALAURIE, M. Alain JUPPÉ, Mmes Dominique LOTTIN, Corinne LUQUIENS, Nicole MAESTRACCI, MM. Jacques MÉZARD et Michel PINAULT. »

Ainsi donc le Conseil constitutionnel vient de valider la pratique des examens osseux pour (tenter de) déterminer l’âge exact des jeunes migrants isolés. Une affaire à haute teneur polémique. Et une décision à laquelle s’opposaient  Médecins du monde et le Secours catholique, ainsi que la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et la Cimade qui réclamaient l’interdiction de ces tests, dénonçant notamment  « l’absence de pertinence scientifique et éthique de ces tests et leur caractère attentatoire aux droits de l’enfant » – sans parler de « l’exposition d’enfants à des rayons irradiants, potentiellement dangereux pour la santé, sans aucune finalité thérapeutique ».

L’Académie nationale de médecine, le Haut Comité de santé publique, le Comité national d’éthique avaient auparavant tous affirmé qu’un tel examen n’est nullement fiable pour établir l’âge civil d’une personne aux confins de l’enfance et de l’âge adulte – avec une marge d’erreur se situant entre dix-huit et vingt-quatre mois. Et d’autres encore jugeaient que  le détournement d’examens médicaux pour une finalité administrative, bien loin de protéger, risquait d’empêcher d’obtenir un droit au séjour, et constituait de ce point de vue une faute éthique.

Boule de cristal

Mais il s’agissait ici, via une QPC, de juger du caractère constitutionnel ou pas d’une telle pratique. Les « sages » ont certes reconnu que ces examens « peuvent comporter une marge d’erreur significative ». Mais ils ont dans le même temps jugé « qu’il appartient aux autorités administratives et judiciaires compétentes de donner leur plein effet à l’ensemble des garanties » prévues par la loi. Or la loi française impose la mention de cette « marge d’erreur » dans les résultats des tests. De plus, selon la loi, ces examens ne peuvent à eux seuls permettre de déterminer si l’intéressé est mineur.

« Si nous n’obtenons pas l’interdiction du recours aux tests osseux, ce qui est une déception, pour autant le Conseil affirme clairement que l’intérêt supérieur de l’enfant est une exigence constitutionnelle, a aussitôt réagi Me Patrice Spinosi, avocat de la Ligue des droits de l’homme. Il demande par conséquent aux autorités judiciaires et administratives de s’assurer que le doute sur sa minorité lui profite bien. C’est un signe positif qui doit guider les juges vers la plus grande protection de l’enfance. »

« On est extrêmement déçus, a commenté Clémentine Bret, de Médecins du Monde, citée par l’AFP. On aurait aimé que la France s’honore à suivre les décisions des Cours espagnole et anglaise qui ont banni ces tests (…) Ces tests n’ont rien à voir avec l’intérêt supérieur de l’enfant, ils sont aussi fiables qu’une boule de cristal  et on continuera à demander leur interdiction. »

A demain

@jynau

 

Publicité : heureuses comme Heineken® et Guinness® aux stades de l’inconscient humain

Bonsoir

« Faire de la publicité, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons ». On peut le dire autrement : expliquer que la publicité a un impact majeur sur nos consommation, notre santé, notre vie. Et les  amateurs de rencontres sportives n’y échappent pas, bien au contraire, via les incrustations publicitaires aux armes des marques de boissons alcooliques industriellement élaborées.

Une étude franco australienne à paraître dans la revue Drug and Alcohol Review  apporte sur ce thème de nouvelles et sombres lumières. Elle a mesuré ce qui résulte de  l’exposition des téléspectateurs aux logos alcooliques omniprésentes dans les stades et sur les écrans.« Il y a beaucoup de données déjà publiées sur la corrélation entre le temps d’exposition (aux marques de boissons alcooliques) et le niveau de consommation , explique Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble et coauteur de l’étude. L’intérêt de ces recherches c’est de voir, au-delà de la corrélation, si on a un effet causal sur la perception des marques et de l’alcool en général».

On sait qu’en France la loi Evin interdit (en théorie et depuis près d’un quart de siècle) le « parrainage sportif » par des alcooliers. Pour autant les téléspectateurs peuvent y être exposés lors des compétitions internationales télévisées. Dernière démonstration en date : le sacre noir 1 de la Guinness, sponsor principal du dernier tournoi des VI Nations – désormais intitulé « Guinness Six Nations » – sauf (pour l’heure) en France : « L’exception française au cœur du « Guinness/Greatness Six Nations » » (MAGALI TÉZENAS DU MONTCEL, Les Echos)

Rassurer les alcooliers

Pour cette étude franco-australienne une centaine de citoyens français volontaires ont été répartis en trois groupes – groupes qui ont visionné un extrait de match de rugby où était visible soit la marque de bière Heineken, soit la marque néo-zélandaise Steinlager, moins connue en France, soit un sponsor n’ayant aucun lien avec l’alcool (la marque d’huile de moteur Castrol Edge). Puis on leur a ensuite demandé de classer de «très agréable» à «très désagréable» des images de boissons alcooliques (avec ou sans marque), des bouteilles d’eau ou des aliments et différents autres objets.

Les résultats rassureront, s’il en était besoin, alcooliers industriels et publicitaires ? Ils montrent que ceux qui ont visionné un extrait où une marque de bière était présente ont ensuite une évaluation indirecte plus positive de cette marque. Pour les chercheurs suggère «qu’elle est plus facilement accessible en mémoire, et qu’elle sera plus susceptible d’être prise en considération lorsque l’individu devra faire un choix».

Mieux : ces résultats sont également observés lorsque les participants ont au préalable effectué une tâche destinée à diminuer leurs capacités de concentration observent les auteurs de l’étude. « Cela implique que les processus sous-jacents à la publicité pour de l’alcool se produiraient de manière automatique, sans qu’il ne soit nécessaire de traiter volontairement et consciemment le message , estime Laurent Bègue. Ce résultat doit sensibiliser au fait qu’on peut être influencé par des images sans en être nécessairement conscient. Cette nouvelle étude est un argument supplémentaire pour que les pouvoirs publics mettent autant d’énergie à réguler la publicité pour l’alcool que celle pour le tabac. »

Où l’on voit qu’un spécialiste affûté de psychologie sociale peut ne pas connaître des véritables énergies qui animent les « pouvoirs publics ». « Faire de la publicité, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons » est de George Orwell.

A demain

@jynau

1 Extrait du discours des Gros Pardessus internationaux : « Ce sponsoring est un accord de six ans et renforce considérablement l’engagement de GUINNESS envers le rugby, et s’ajoute à un portefeuille qui compte déjà le Guinness PRO14, des partenariats avec les fédérations anglaises, irlandaises, écossaises et galloises ainsi que les provinces du Leinster et du Munster.

GUINNESS travaillera avec le Tournoi des Six Nations pour construire sur l’incroyable patrimoine de sa marque. En particulier, l’équipe GUINNESS essayera de soutenir l’expérience des joueurs et des supporters, et utilisera son sponsoring pour encourager les millions de supporters adultes qui regardent ou assistent aux matchs, de boire de manière responsable.

Pour commenter ce nouveau partenariat, le PDG des Six Nations Benjamin Morel a dit : ‘’Nous sommes absolument ravis d’augmenter notre relation de longue date avec GUINNESS, et ce sera un super sponsor principal du Plus Grand Tournoi de Rugby. GUINNESS est un leader mondial et notre partenariat entre deux marques emblématiques va nous permettre d’atteindre de nouvelles audiences sur une échelle globale. On ne peut être plus enthousiastes de travailler avec l’équipe GUINNESS ces prochaines années pour développer de manières nouvelles et innovantes pour se connecter avec les supporters et les consommateurs. »