Stades alcoolisés : but marqué, mais comment penser que la partie politique est gagnée ?

Bonjour

D’abord ne pas se tromper d’hymne. Andorre, c’est après Albanie. Ensuite se laisser bercer par le clavier : suffirait-il de bloguer pour, parfois, être écouté ? De se manifester pour marquer ?

Nous en étions resté à la joie de trois joueurs enthousiastes, comme grisés, persuadés d’avoir déjà remporté la partie. C’était compter sans l’assistance vidéo à l’arbitrage (video assistant referee ou VAR) qui fait gronder et trépigner les gradins. Le jugement vient de tomber : but accordé. Le cabinet du Premier ministre français Édouard Philippe vient d’adresser un courrier, daté du 2 septembre, au président de la Fédération française d’addictologie (FFA), le Pr Amine Benyamina. Et la FFA vient de rendre public le verdict :

« Le Premier ministre tient à vous confirmer, ainsi que l’ont fermement exprimé Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et Roxana Maracineanu, ministre des Sports, que le gouvernement n’envisage pas de modifier la réglementation en vigueur relative à l’interdiction de vente d’alcool dans les stades, telle qu’inscrite dans la loi Evin ».

On se souvient que l’article L49-1-2 du code des débits de boissons et des mesures contre l’alcoolisme, institué par la loi Evin, interdit la vente de boissons alcoolisées dans « les stades, dans les salles d’éducation physique, les gymnases et, d’une manière générale, dans tous les établissements d’activités physiques et sportives ». Et on sait aussi que cette disposition est affaiblie par de nombreuses dérogations.

Robinets et vitres VIP

On se souvient aussi que plus d’une centaine de députés de La République en marche, bataillon avancé de l’actuel gouvernement, ont déposé une proposition de loi « visant à faire de la France une nation sportive »; un texte qui propose d’autoriser temporairement la vente d’alcool par les clubs lors de rencontres sportives dans les tribunes. On se souvient enfin que, sur la pointe des pieds, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait évoqué l’hypothèse éventuelle de proposer de supprimer vins de champagnes et spiritueux sous les ors des loges VIP. Avant de faire savoir qu’elle se rétractait.

Finalement premier but marqué, donc. Mais nullement match gagné. Et encore moins de trophée. La  saison sera longue qui verra l’équipe sponsorisée des députés macroniens 1 repartir à l’attaque  – des députés assurés du soutien bienveillant du véritable juge-arbitre, en fonction jusqu’au printemps 2022. Des députés qui, certains de bonne foi, estiment que la consommation-publicité dans les stades de boissons alcoolisées industriellement élaborées aidera à faire de la France une « nation sportive ».

Peuvent-ils gagner ? Verra-t-on, face à eux, des joueurs privés d’un Didier Deschamps et comme enivrés de leur premier but ? Des joueurs démobilisés, oubliant ce qui devrait, en toute logique, être leur prochain objectif (métaphorique): les vitres cristallines et les robinets dorés des loges VIP.

A demain @jynau

1 Cette proposition de loi est portée par trois solides députés macroniens  François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans – Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans – Belkhir Belhadad député, (LREM, Moselle, 50 ans). 

Alcools, gradins et loges VIP: pourquoi le gouvernement ne nous dit-il pas, enfin, la vérité ?

Bonjour

Revenons un instant sur le texte signé, dans Le Figaro, par les Drs Amine Benyamina*, Bernard Basset** et Axel Kahn*** 1. Un étrange papier dans lequel les auteurs se réjouissent « que pour la première fois depuis vingt-cinq ans d’attaques incessantes contre la loi Évin, les alcooliers aient connu une défaite ». La suite et, pourrait-on croire, la fin de  l’édifiante affaire politique des stades pré-alcoolisés et des VIP champagnisées.

Résumons.Trois députés macroniens  François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans – Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans – Belkhir Belhadad député, (LREM, Moselle, 50 ans) sont à l’origine d’une proposition de loi « sportive » qui alimente depuis peu une violente polémique sanitaire et politique. Ils ont été rejoints par plus de soixante de leurs collègues. Certains les ont, depuis, quittés.

Quant à leur proposition « portant diverses dispositions pour faire de la France une Nation sportive » (sic) enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 24 juillet dernier, elle n’est toujours pas sur le site dédié de cette dernière.

Une affaire close comme le laisserait penser le satisfecit du triumvirat du Figaro ? Nullement. Et tout laisse malheureusement penser que le tweet unique d’Agnès Buzyn, loin du clairon victorieux, pourrait bien signer la fuite en rase campagne devant les députés macroniens sportifs marchant au pas cadencé des alcooliers industriels. Et puis, hier, ce tweet explicatif d’Axel Kahn :

« L’article contentieux 13 du projet de loi sur le sport semble avoir été retiré, les ministres de la santé et des sports se sont engagées par tweets et interviews, l’Élysée semble avoir donné des assurances. »

Où l’on notera l’usage du verbe sembler. Un verbe fragile, délicat à manier 2.

Un article d’une proposition de loi retiré par ses auteur-députés ? Et ce à la demande du locataire du Palais de L’Elysée ? L’exécutif pesant sur le législatif ? Il semble que cela mériterait d’être vérifié. Et officiellement, haut et fort, confirmé. Par exemple par la ministre des Solidarités et de la Santé. Ou par le Premier ministre étrangement absent de ce dossier. On attend.

A demain @jynau

1 * Médecin psychiatre-addictologue, chef du département de psychiatrie-addictologie groupe hospitalier Paul-Brousse (AP-HP), professeur à l’université Paris-Sud, président de la Fédération française d’addictologie (FFA). ** Médecin spécialiste en santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), administrateur de la Fédération française d’addictologie. *** Généticien, président honoraire de l’université Paris-Descartes, président de la Ligue nationale contre le cancer.

2 « Supposons deux corps électrisés; bien qu’ils nous semblent en repos, ils sont l’un et l’autre entraînés par le mouvement de la terre » (H. Poincaré, Valeur sc., 1905, p. 185).

« Pour tous les événements qui dans la vie et ses situations contrastées se rapportent à l’amour, le mieux est de ne pas essayer de comprendre, puisque, dans ce qu’ils ont d’inexorable comme d’inespéré, ils semblent régis par des lois plutôt magiques que rationnelles » (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 501).

Agnès Buzyn et les stades pré-alcoolisés : comment ne pas confondre ses désirs et la réalité

Bonjour

Ils sont trois médecins: Amine Benyamina*, Bernard Basset** et Axel Kahn*** 1. Trois responsables qui signent un étrange papier dans Le Figaro. Un papier dans lequel ils se réjouissent « que pour la première fois depuis vingt-cinq ans d’attaques incessantes contre la loi Évin, les alcooliers aient connu une défaite » [sic]. Où l’on revient à l’édifiante affaire politique des stades pré-alcoolisés et des loges VIP bien champagnisées.

L’analyse des trois médecins ne diffère guère de celle de tous les spécialistes des luttes contre les addictions. Ils observent ici une nouvelle émergence de l’hydre du lobby des puissants alcooliers industriels. Avec un plan d’action bien rôdé :

« Instrumentaliser une activité sociale positive et populaire comme le sport pour dissimuler un cadeau au lobby alcoolier, de la bière en l’occurrence, qui réclame depuis longtemps des facilités pour abreuver d’alcool les spectateurs ; dissimuler cette stratégie derrière des éléments de langage standardisés censés rassurer et destinés à occulter la brutalité de la manœuvre («assouplir», «clarifier», «simplifier») ; ne pas se concerter à l’avance avec les acteurs de santé pour les prendre par surprise ; et enfin lancer les opérations en catimini au cœur de l’été pour profiter de l’inattention générale. C’est de cette manière qu’un tiers des députés de la majorité (LREM) ont annoncé que, pour promouvoir «une nation sportive», il fallait faciliter l’alcoolisation des spectateurs pendant les matchs, et donc, incidemment, «assouplir» la loi Évin. »

Prêcher le faux dans Le Figaro pour tenter de lever le voile sur le vrai

Mais pour les signataires cette « manœuvre grossière » aurait « échoué ». Et ce grâce, notamment, à la mobilisation immédiate des « acteurs de l’addictologie » et parce que « la société civile ne dort jamais ». « Le rapport à l’alcool est en train de basculer dans la population française, ajoutent-ils. La recherche de bien-être, les préoccupations de santé et écologiques, les progrès des connaissances scientifiques et la pédagogie inlassable du monde de la santé publique ont fait prendre conscience que toutes les boissons alcooliques étaient des produits à risques. L’incitation à boire pendant les compétitions, notamment pour les jeunes spectateurs, ne pouvait être acceptée aisément. »

Et de poursuivre leur analyse : « Une lettre ouverte de la Fédération française d’addictologie à la ministre de la Santé lui demandant de prendre position «publiquement et fermement» sur ce sujet a permis à Agnès Buzyn – probablement avec l’accord du gouvernement – [sic] de déclarer qu’il n’était nul besoin de nouvelles incitations à la consommation d’alcool et que la loi Évin ne serait pas modifiée. Elle a ajouté le 21 août que la meilleure solution serait que les tribunes VIP ne jouissent plus d’une exception [exception dont elle ignorait l’existence] ».

La vérité est qu’Agnès Buzyn ne s’est (timidement) exprimée sur le sujet que le 9 août et que l’on en reste à ce tweet ministériel :

« L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

C’est un peu court pour voir ici, comme les trois signataires, « un coup d’arrêt » à l’offensive du lobby alcoolier industriel » . Un peu court pour en tirer la conclusion que pour la première fois depuis un quart de siècle d’attaques incessantes contre la loi Evin, « les alcooliers ont connu une défaite ».

Le vrai est que rien n’est joué. Pour un peu on imaginerait que ces trois responsables prennent leur désir pour la réalité. A moins qu’ils ne jouent, qu’ils ne prêchent le faux dans Le Figaro pour tenter de lever le voile sur le vrai. Reste l’essentiel, politique, de ce dossier. Et ce  n’est pas le bien trop modeste tweet unique de la ministre de la Santé – mais la décision prise par l’ambigu Emmanuel Macron.

A demain @jynau

1 * Médecin psychiatre-addictologue, chef du département de psychiatrie-addictologie groupe hospitalier Paul-Brousse (AP-HP), professeur à l’université Paris-Sud, président de la Fédération française d’addictologie (FFA).

** Médecin spécialiste en santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), administrateur de la Fédération française d’addictologie.

*** Généticien, président honoraire de l’université Paris-Descartes, président de la Ligue nationale contre le cancer.

En sortant de l’école, nous admirons les publicités qui nous poussent à boire de l’alcool

Bonjour

C’est la rentrée. Que la police ? Quelques mots glanés sur la Toile (@GuylaineBenech) :

« Spécial rentrée des classes. Ce matin j’ai accompagné mes deux petits garçons (CE1 et CM1). Nous habitons à 600 mètres du groupe scolaire. Sur le chemin nous avons croisé … trois publicités pour de l’alcool ! Entre la maison et l’école, il y a un collège. Et près de ce collège, une pub pour la marque ‘’Desperados’’ du groupe Heineken 1. Ce premix est un mélange de bière + tequila + énormément de sucre. Les premix sont surtout consommés par des ados en raison du goût très sucré qui masque l’alcool.  

« Juste à côté, une grande affiche publicitaire pour la marque de Gin « Gibson’s » 2 qui appartient au groupe français de Vin & Spiritueux « La Martiniquaise ». 37% d’alcool, et un concept marketing résolument adolescent surfant sur la vague « London ». Un peu plus loin, ns arrivons au groupe scolaire (maternelle et élémentaire) et de nouveau, face à l’école, cette affiche pr le Gin ‘’Gibson’s’’. Si l’objectif de La Martiniquaise est de familiariser les enfants dès le plus jeune âge, c’est gagné, leur petit cerveau enregistre tout… ».

C’est la rentrée. Toujours sur la Toile, Axel Kahn, l’omniprésent nouveau président de la Ligue contre le cancer :

 « Voilà une situation scandaleuse que les comités départementaux de la @liguecancer et leurs partenaires NE DOIVENT PAS TOLERER. Dénoncer, porter plainte auprès du maire, du rectorat, de l’ARS, communiqué dans PQR, mobilisation des ligueurs et des parents … »

C’est la rentrée. Bientôt, dans les têtes et sur les cahiers, Prévert Jacques et Kosma Joseph :

« En sortant de l’école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré.
Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés.
Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
tournant la manivelle d’un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins.
Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l’hiver
qui voulait l’attraper.
Mais nous sur notre chemin de fer
on s’est mis à rouler
rouler derrière l’hiver
et on l’a écrasé
et la maison s’est arrêtée
et le printemps nous a salués.
C’était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie de chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer.
Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles. »

A demain @jynau

1 Informations pour consommateurs  « DESPERADOS® ORIGINAL Née en 1995 dans notre brasserie de Schiltigheim en Alsace, Desperados® est la première bière aromatisée tequila commercialisée en France.

  « Notre produit iconique, Desperados® Original, est aromatisé tequila et présente une robe d’un jaune soleil, limpide et brillante. De fermentation basse, brassée avec du malt d’orge, elle titre à 5,9 % vol. À déguster bien fraîche entre 4°C et 6°C, Desperados® Original offre un goût puissant et prononcé en bouche, avec de subtiles notes citronnées et quelques touches épicées. »

2 Informations pour consommateurs : « Le London Dry Gin GIBSON’S ® est élaboré en Angleterre à partir de céréales soigneusement sélectionnées et distillées en alambics selon la méthode traditionnelle. Les vapeurs d’alcool s’imprègnent ensuite des arômes de baies de genièvre, de coriandre, d’angélique et d’écorces d’oranges selon une recette unique, avant d’être recueillies et mises en repos quelques heures dans des cuves. Le degré alcoolique est réduit par dilution, puis le Gin GIBSON’S est filtré à froid avant sa mise en bouteille. »


Polémique eugéniste : de quel droit nous interdire de connaître nos gènes et notre avenir?

Bonjour

C’est aujourd’hui une question majeure de bioéthique politique. Une question rarement traitée dans les médias généralistes français – et un sujet qui passe à l’as dans le projet de loi bioéthique. L’affaire est opportunément rappelée aujourd’hui par Le Parisien/Aujourd’hui en France (Florence Méréo: « Maladie, faut-il miser sur la médecine prédictive ? ». Avec, coïncidence, la sortie du « livre-plaidoyer » 1 du Pr Pascal Pujol, 55 ans, spécialiste d’oncogénétique au CHU de Montpellier.

Le Pr Pujol est par ailleurs président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP). Il s’agit ici d’une forme de lobby créé en 2014 « pour répondre à des questions médicales et transversales dans le contexte d’une médecine prédictive et personnalisée en plein essor ». La volonté de la SFMPP est de répondre de façon multidisciplinaire et sociétale aux questions que pose cette nouvelle approche de la médecine en intégrant les dimensions éthiques et économiques. La SFMPP a notamment pris position sur le dépistage prénatal non invasif de la trisomie 21 en 2016, l’extension des indications d’analyse BRCA1 et BRCA2, l’utilisation des signatures génomiques et a élaboré des recommandations cliniques pour les données secondaires du génome.

Dans son ouvrage l’oncogénéticien « appelle à un élargissement des tests génétiques aux adultes qui le demandent ». Et plus particulièrement aux futurs parents afin de rechercher des gènes responsables de maladies graves pour leurs futurs enfants (dépistage préconceptionnel). « Mais voilà, alors qu’elles faisaient partie du débat initial, ces applications ont disparu des travaux actuels de révision des lois de bioéthique » précise Le Parisien. . « Catastrophique et ridicule, tranche Jean-Louis Mandel, 73 ans, généticien de renom et professeur honoraire au Collège de France. Il y a une évidente perte de chance de mise en place d’actions préventives pour des patients. Je pense aux femmes porteuses de BRCA qui ne sont pas détectées parce que leurs antécédents familiaux ne les y autorisent pas. »

Qu’en pense Agnès Buzyn, elle dont le passé médical et le fonctions passées et présentes font qu’elle ne peut pas ne pas avoir un avis argumenté ? Silence total. « Prudence et réserve, tempère de son côté le ministère de la Santé, confie Le Parisien. ‘’Les risques et inconvénients d’un tel élargissement seraient plus grands que les avantages supposés’’, nous confie-t-il, arguant les répercussions immanquables sur ceux qui ont recours aux tests. Cela peut générer par exemple l’angoisse d’une maladie qui ne se déclarera jamais la consommation de soins inutiles ou encore des comportements ou choix de vie que la personne s’imposera à tort ». Ce qui mériterait, face aux Prs Mandel et Pujol, de plus amples explications.  

Pascal Pujol : « Après avoir été en avance, nous nous sommes fait doubler ces cinq dernières années. L’Europe du nord, la Hollande, la Chine ont véritablement mis en place leurs plans gouvernementaux pour une politique de santé avec la génétique. Nous avons le nôtre : France Médecine Génomique 2025, qui doit nous permettre d’étudier le génome dans sa globalité. Un outil formidable… qui a un train de retard à l’allumage. Il a été lancé il y a quatre ans mais n’est pas opérationnel. Pendant ce temps, les Anglais ont passé la barre des 120 000 personnes séquencées.

Les dépistages préconceptionnels consistent à détecter, chez des parents sains, un risque pour leurs enfants de développer des maladies génétiques terribles comme la mucoviscidose ou l’amyotrophie spinale. Mais aujourd’hui, alors que dans neuf cas sur dix il n’y a pas d’antécédents, seuls les couples ayant déjà eu un premier enfant atteint par une pathologie ont le droit d’y avoir accès. Ce n’est ni satisfaisant, ni éthique. Alors qu’en septembre, le Comité d’éthique s’était prononcé pour l’élargissement de ces tests, le projet de loi de bioéthique ne l’a pas retenu 2. Je le regrette car le progrès médical est réel.

Le coût des tests n’est pas comparable au coût de la prise en charge de ces maladies par la société. Certes, des dérives sont possibles mais il y aura toujours des garde-fous et je crois en la raison des hommes. La vraie question est : le patient veut-il savoir ? Cette liberté doit primer. Si tel est le cas, nous devons l’accompagner au mieux. L’enjeu est bien d’améliorer sa santé. »

Jean-Louis Mandel : « Je ne comprends pas pourquoi nous freinons à ce point. Sur le préconceptionnel, il y a, selon moi, une peur d’être taxés d’eugénistes, alors que ce n’est ni plus, ni moins, que le même principe que le dépistage de la trisomie 21. »

Précisément. Où l’on en revient au concept de pente glissante – et à celui d’ « eugénisme mou » développé par un Jacques Testart que personne ne veut entendre dans le champ de l’exécutif et du législatif.

A demain @jynau

1 Pujol P, Peylet B (avec) «Voulez-vous savoir ? Ce que nos gènes disent de notre santé » Humensciences. 184 p. 20 €.

« Nos prédispositions génétiques touchent le cancer comme les maladies cardiaques ou certaines pathologies rares que l’on peut transmettre à ses enfants sans en être atteint soi-même. Les progrès de la génétique permettent aujourd’hui de prédire un nombre croissant de ces maladies afin de mieux les soigner en les dépistant plus tôt, voire de les éviter. En parallèle, l’avènement d’une médecine de précision basée sur la génomique offre des traitements « personnalisés » qui transforment des chances de rémission faibles en guérison pour la plupart des malade : Des chimiothérapies peuvent être évitées.

« Mais pour les maladies qui restent sans solution pour l’instant, la seule option est celle du diagnostic avant la naissance. Jusqu’où faut-il aller ? Que dire à cette jeune femme porteuse d’un gène héréditaire de cancer du sein ? Et à ce couple de non-voyants qui demande un diagnostic prénatal parce qu’ils veulent « un enfant qui voit » ? Eugénisme ? Faut-il étendre les tests génétiques à la population générale ? Quelle est la pertinence des tests commerciaux ? Et d’ailleurs, à qui appartiennent nos données génétiques ? Pour aider à répondre à ces questions, l’auteur, professeur de médecine, nous amène dans ses consultations et nous fait vivre les situations auxquelles il est quotidiennement confronté. La médecine vit une révolution et cela nous concerne tous »

2 Nous y reviendrons sous peu.

Loi de bioéthique : l’Assemblée nationale, après René Frydman, se doit d’entendre Jacques Testart

Bonjour

Ainsi donc il existe une « Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique. Forte de soixante-et-onze membres, présidente, vice-présidents et secrétaires. Et cette commission vient d’entamer le marathon de ses auditions – quelques dizaines de personnalités dont quelques unes inatendues et d’autres, incontournables :  Dominique Martin, directeur général de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) ; Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste ; Pr Serge Uzan, Vice-président du Conseil national de l’Ordre des Médecins (CNOM) et Dr Anne-Marie Trarieux, présidente de la section Éthique et Déontologie.

Et encore : Haïm Korsia, Grand Rabbin de France ; Mgr Pierre d’Ornellas, responsable du groupe de travail sur la bioéthique, Conférence des évêques de France ; Pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France ; « X » Conseil français du culte musulman (en attente de confirmation) ; Fédération de la libre pensée : M. Dominique Goussot, responsable de la Commission « Droit et Laïcité » ;  Grande Loge Mixte de France : Mme Élise Ovart-Baratte, conseillère ; Grand Orient de France : M. Bruno Tavernier, vice-président de la commission nationale de santé publique et bioéthique ; Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International ;  Le Droit Humain : Mme Nadine Le Forestier, membre expert de la commission bioéthique ; « X » Grande Loge de France (en attente de confirmation) ; « X » Grande Loge Féminine de France (en attente de confirmation) ; « X » Association Philosophique Française Le Droit Humain (en attente de confirmation) ; « X » Grande Loge nationale Française (en attente de confirmation).

Eugénisme, transhumanisme et libéralisme intégral

Sans oublier le Pr René Frydman, pionnier-de-la-procréation-médicalement-assistée (PMA), que l’on ne présente plus, depuis très longtemps déjà. Et qui maîtrise suffisamment les médias pour avoir dit, la veille, via le site du Journal du Dimanche, ce qu’il dirait aujourd’hui aux députés de cette commission. 

« Je veux leur dire que la France est très en retard en matière de PMA et leur expliquer pourquoi. » Voici les trois points qu’il compte aborder :

1. La PMA donne de meilleurs résultats chez les femmes jeunes : Frydman plaidera pour que toutes les Françaises en soient informées par la Sécurité sociale. 2. Il demandera la légalisation des techniques permettant de détecter le « potentiel des embryons », des tests chromosomiques qui peuvent permettre « d’éviter de faire des FIV pour rien, des fausses couches, bref,de lancer des femmes dans le mur ». 3. Il réclamera « un soutien accru à la recherche » afin de « comprendre pourquoi les problèmes d’infertilité augmentent ».

Nul ne sera surpris : Frydman reprend et développe ces thèmes depuis des années dans les nombreux médias où il jouit du pouvoir médiatique de s’exprimer haut et fort. Où l’on en vient à regretter l’absence de cet autre « pionnier », son exact double inversé. Jacques Testart, qui guerroie sur d’autres fronts, défend d’autres nobles causes, nourrit d’autres polémiques dans le vaste champ de la bioéthique. Testart qui embrasse un horizon plus large aurait pu, sous les ors de l’Assemblée nationale, dessiller quelques députés en marche.

Nous ignorons, ici, les raisons de cette absence. S’il nous était possible de conseiller les soixante-et-onze membres de la commission spéciale nous leur indiquerions, en parfait écho des paroles du Pr René Frydman la lecture d’un texte du biologiste éthique Jacques Testart, disponible sur son blog. Un texte mesuré, politique et prophétique  : « L’eugénisme va dans le sens politique du libéralisme intégral ».

A demain @jynau

Le « donneur de sperme fléché », ou comment ruiner la logique française de la bioéthique

Bonjour

Suivisme. Sur la révision de la loin de bioéthique les médias généralistes moutonnent, s’auscultent, se recopient. Et puis soudain France Inter (« Le téléphone sonne ») : « La PMA en pratique ». Au micro le Pr Jean-Louis Touraine, ancien immunologiste, ancien socialiste, député (LREM, Rhône) et préposé idéologique du gouvernement à la révision de cette loi. A ses côtés une praticienne : Pr Nelly Achour-Frydman (CECOS de l’hôpital Antoine Béclère de Clamart).  

Après les silences d’Agnès Buzyn le matin, on s’évertue, ce soir, à trouver des solutions à l’impossible équation de la destruction du stock des gamètes/droit à connaître ses origines. On ne saisit plus très bien ce qui était, ce qui est, ce qui pourrait être. On parle « insémination artificielle » et « insémination artisanale » (à domicile). Quand soudain survient, sur fond de pénurie chronique, la question de Suzy sur le « don dirigé ». (« On vient simplement avec son donneur, en fait, en disant voilà mon donneur et voilà avec qui je veux faire cette PMA ; ça existe en Belgique. Est-ce plus facile ou plus injuste  » demande la journaliste Fabienne Sintes).

Pr Achour-Frydman : « Dans notre organisation, avec un donneur on peut faire normalement dix enfants, donc cela suscite des questions puisque là c’est pour un couple. Ensuite les psychologues nous disent que l’on met ici le couple receveur dans une dette (…) Après la naissance existe un risque que s’établissent entre le donneur et les receveurs une dette morale qui n’est pas viable (sic) Voilà.».

Pr Touraine : « Nous, nous y réfléchissons et ce sera l’objet d’un débat à l’Assemblée. Il y a des arguments pour : ça limite la pénurie ; on pourrait aussi demander au donneur de donner pour neuf autres personnes, en plus de la personne accompagnée. Et puis je crois que la solution c’est exactement celel qui a été appliquée pour les dons d’organes, reins par exemple.  Avant il n’y avait que les parents, frères et soeurs qui pouvaient être des donneurs vivants. Aujourd’hui il peut s’agir des amis.

« Cela se fait avec le contrôle d’un juge qui s’assure qu’il n’y a aucune pression, aucun échange d’argent, rien de préjudiciable. Et en définitive le fait de connaître son donneur n’a jamais causé de difficultés pour le don d’organes… Or le don de rein c’est quand même quelque chose qui est relativement important. On sait qu’on a un exemple auquel on peut se référer si on veut l’appliquer. Mais la décision n’est pas encore prise c’est un débat qui va s’ouvrir. Nous allons voir si, parmi les députés de la majorité, nous serons favorables au ‘’don dirigé’’ ».

Où l’on voit que ce médecin-député assimile sans difficulté rein et cellule sexuelle, greffe et fécondation-procréation. Où l’on observe, aussi qu’il fait (aujourd’hui) bien peu de cas de l’un des trois concepts qui (avec le bénévolat et la gratuité) a depuis un demi-siècle, fondé l’éthique à la française : l’anonymat. Où l’on comprend, aussi, que les temps, progressivement, se rapprochent qui verront la France s’ouvrir, sous une forme ou sous une autre, à la marchandisation des éléments du corps humain.

Il faudra ainsi observer comment la prochaine révision de la loi de bioéthique pourra, ou non, jouer le vieux rôle du cheval de Troie.

A demain @jynau