Nice : c’est la police qui dira la «vérité» sur le sur le «mensonge» dénoncé par Libération

 

Bonjour

Une tragédie (la tuerie de Nice) et un grand classique (l’Entre-Soi). Une semaine après le sang sur promenade des Anglais on ne sort pas de la polémique politique. Ce matin Libération accusait la police et le gouvernement d’avoir menti sur le dispositif de sécurité déployé le 14 juillet à Nice. Peu après minuit, avant même la sortie en kiosques du journal-papier, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur cinglait par voit de communiqué :

 « Alors que la préfecture des Alpes-Maritimes a fourni aujourd’hui à sa demande au journal Libération l’ensemble des réponses à ses questions, M. Bernard CAZENEUVE, Ministre de l’Intérieur, s’indigne des contre-vérités que le journal a publiées dans son édition datée du 21 juillet. Ces méthodes interrogent la déontologie des journalistes qui ont signé ces articles. Ces procédés, qui empruntent aux ressorts du complotisme, sont graves, car ils laissent penser que le Préfet des Alpes-Maritimes, le Ministre de l’Intérieur et le Premier Ministre auraient cherché à travestir la vérité là où ils se sont résolument engagés dans une démarche de totale transparence, dans le respect dû aux victimes et dans la responsabilité qui est la leur devant la Nation meurtrie. (…) »

Vinaigre politique

L’affaire allait tourner vinaigre politique. Depuis l’Irlande où il voyage, François Hollande, président de la République fit alors une promesse : « vérité et transparence » sur le dispositif de sécurité déployé le 14 juillet sur la promenade des Anglais. A Nice le préfet des Alpes-Maritimes, premier visé, réunissait la presse pour affirmer qu’à « aucun moment » il n’y avait eu  « mensonge des autorités ». A Paris, place Beauvau, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur publiait un deuxième communiqué sur le même sujet. « Dispositif de sécurité à Nice le 14 juillet : Bernard Cazeneuve saisit l’IGPN » :

« M. Bernard CAZENEUVE, Ministre de l’Intérieur, a décidé de saisir l’Inspection Générale de la Police Nationale d’une évaluation technique du dispositif de sécurité et d’ordre public tel qu’il a été conçu puis mis en œuvre à Nice dans la soirée du 14 juillet et dans la nuit qui a suivi.

Cette enquête administrative, sans préjudice de l’enquête judiciaire en cours, permettra d’établir la réalité de ce dispositif, alors que des polémiques inutiles se poursuivent.

Cette saisine s’inscrit dans une démarche de transparence et de vérité due aux victimes et à leurs familles, qui a toujours été celle du Gouvernement après le terrible attentat de Nice. »

Papier bleu

Toujours depuis Paris Libération (sur abonnement 9,90 euros par mois) répond point par point aux attaques du ministre et du préfet. Le quotidien affirme que seule une voiture de police municipale interdisait l’accès à la zone piétonne de la promenade des Anglais lorsque Mohamed Lahouaiej Bouhlel a lancé son camion meurtrier sur la foule anonyme.

Résumons. Libération ne tremble ni ne bouge. On parle de papier bleu. Le ministre de l’Intérieur dénonce, accuse puis recule. Etonnants discours pour une étrange méthode. Et au final le patron de la police demande à la « police des polices » d’établir « la vérité » et de faire « la transparence » sur fond de polémiques qu’il qualifie d’« inutiles ». Pour finir le chef de l’Etat annonce que les résultats seront rendus « la semaine prochaine » et estime qu’il n’a « pas de place pour la polémique ». Comment, alors, expliquer qu’elle existe ?

A demain

Métamorphoses médicales : de Bernard Debré à Gérald Kierzek

Bonjour

Le corps médical français est formidable. Prenons le cas du Dr Gérald Kierzek, médecin et fonctionnaire. Cet urgentiste était hier sur le plateau de Canal +. Non pas pour défendre « son bout de gras » (il est l’auteur d’un petit livre grand public à visé préventive). Simplement pour défendre la cause des internes (qui travaillent trop) les médecins libéraux (sui seront en grève à Noël), l’ensemble des hospitaliers (qui débraieront à la rentrée) et plus généralement « toutes les blouses blanches » (infirmières comprises).

Chevalier

C’est ainsi. Par la magie des médias, radiophoniques et télévisés (1), le Dr Kierzek est devenu le chevalier autoproclamé  du corps médical français. Le voici qui prend, sous nos yeux, la place hier encore occupée à par son confrère Patrick Pelloux, vieux  collaborateur de Charlie Hebdo et jeune chevalier de la Légion d’honneur. Ou avant-hier par Bernard Debré dans les colonnes du Figaro-Magazine. Nous étions au début des années 1980 la gauche venait de prendre le pouvoir et ce petit-fils d’un grand mandarin éclairé – futur ministre de la Coopération (1994-1995) de François Mitterrand – manifestait déjà contre la soviétisation de la médecine française. C’était boulevard du Montparnasse à Paris et dans les colonnes du Figaro-Magazine, un journal alors extrême.

Moscou

Jack Ralite, militant communiste éclairé, était alors ministre de la Santé dans le gouvernement Mauroy. On inaugurait le nouvel hôpital Bichat. Le virus du sida était dans les congélateurs de Pasteur. Le mur de Berlin n’allait pas tarder à tomber. Le Comité national d’éthique était porté sur les fonds baptismaux par le Pr Jean Bernard. La télévision serait bientôt privatisée.

C’était il y a trente ans. Aujourd’hui, sur Canal +, le Dr Kierzek, 40 ans. Il repart au combat contre l’Etat tentaculaire, la liberté d’installation menacée, le malaise généralisé du corps médical, les lourdes menaces qui pèse sur ces malades qui s’ignorent. Mais il le fait de manière désidéologisée. La où, depuis Cochin,  Bernard Debré voyait l’œil de Moscou l’urgentiste Kierzek, depuis les cloches de l’Hôtel-Dieu, ne voit rien.

Hippocrate

Rien sinon une volonté aveugle de faire mal à la médecine et à ceux qui, désintéressés, ne veulent que le bien des souffrants qui s’adressent à eux. C’est, paradoxalement, un monde en noir et blanc. Avec une future « loi Touraine » qui n’est qu’une « auberge espagnole.

Tout ceci est très utile. On comprend mieux, à  l’écoute de Canal +,  pourquoi le Dr Kierzek n’a guère goûté (sur Paris Match et Europe 1) le film Hippocrate.  Cet urgentiste pressé ne veut voir l’hôpital en particulier (et la médecine en général) que sur un écran, en deux dimensions. Il est comme allergique à la profondeur, à la dialectique, à la perspective historique. La rançon de l’urgence, en somme.

A demain

(1) On peut voir ici ce qu’il en est de sa « carrière médiatique »  Sans oublier son étonnant blog du Monde :« Urgences (dans la) Santé ». Ou encore son portrait dans Libération